France aux deux visages | Rock & Folk | Février 1968

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France Gall | Rock & Folk 1968 | Interview de Philippe Constantin sur son image, Gainsbourg et Les Sucettes
France Gall | Rock & Folk 1968 | Interview de Philippe Constantin sur son image, Gainsbourg et Les Sucettes

France Gall est un personnage ambigu. Sous couvert d’une gentillesse enfantine (« le monde tendre et poétique de l’enfance », celui du Seigneur des Mouches de William Golding), elle est la seule de nos chanteuses pop à attaquer effectivement le système. Si vous la prenez pour une aimable petite gourde, vous avez tort. Je la prenais pour Lolita. J’avais tort aussi. France Gall, c’est Alice au pays des Merveilles, une Alice qui aurait un penchant avoué pour la littérature érotique. On ne dit pas de mal d’Alice. Ceux qui n’aiment pas France Gall se trompent. Je leur opposerai cette phrase sans réplique du grand penseur marxiste J.-P. Anastassopoulos : « Bouche qui vase n’haroun tazieff ».

Philippe Constantin à Serge Gainsbourg (Rock & Folk) : Vous avez trouvé en France Gall l’interprète idéale ?

Serge Gainsbourg : Non, c’est elle qui a trouvé en moi le compositeur idéal… Non, mais ça fait un joli couple. Vous savez, avant que j’écrive pour elle, on ricanait à mon sujet, on disait : ouais, ésotérique… Mais je n’admets pas qu’on dise du mal de cette fille qui, à son âge, gagne sa vie…

Philippe Constantin : France Gall, c’est avec une certaine perplexité que j’envisage de l’interviewer.

Serge Gainsbourg : Moi, il paraît que je ne parle pas, et voilà une heure et demie qu’on cause… En Suisse, je suis tombé sur un gars, en direct : « Vous… êtes pas un marrant… vous ». Je suis marrant… En tête à tête avec une fille, je suis très marrant… Elle peut en pleurer, même… de rire. Mais en face d’un connard, non… Alors pour en revenir à France, si vous savez ouvrir cette huître, eh bien vous trouverez la perle… Sinon vous tomberez sur une moule…

France Gall est un personnage ambigu. Sous couvert d’une gentillesse enfantine (« le monde tendre et poétique de l’enfance », celui du Seigneur des Mouches de William Golding), elle est la seule de nos chanteuses pop à attaquer effectivement le système. Si vous la prenez pour une aimable petite gourde, vous avez tort. Je la prenais pour Lolita. J’avais tort aussi. France Gall, c’est Alice au pays des Merveilles, une Alice qui aurait un penchant avoué pour la littérature érotique. On ne dit pas de mal d’Alice. Ceux qui n’aiment pas France Gall se trompent. Je leur opposerai cette phrase sans réplique du grand penseur marxiste J.-P. Anastassopoulos : « Bouche qui vase n’haroun tazieff ».

Philippe Constantin : Pour une oreille quelque peu attentive, il y avait dans « Ne sois pas si bête » les germes prometteurs de ce qui allait être la France Gall d’aujourd’hui. Je m’explique : d’abord cette voix très originale, très amusante, très distanciée, si vous voulez, par rapport aux textes. Et surtout le thème de cette chanson où l’on voit, pour la première fois je crois dans l’histoire chargée de la chanson française, une jeune fille prendre l’initiative des relations amoureuses. Très différent de l’amour genre bête blessée de Françoise Hardy, ou de celui turbulent mais prosaïquement hygiénique de Sylvie Vartan. C’était hardi et même osé. Ensuite, il y a eu toute une série de chansons pour enfants dont le sommet, si j’ose dire, est « Charlemagne ».

France Gall : Oui, j’ai toujours gardé un public très jeune depuis cette période. Mais il y a un renversement de tendance dans mes deux derniers disques, où les plus vieux peuvent s’intéresser à moi sans avoir de complexes. Ce public de jeunes de mes débuts, je l’aime bien parce que c’est le plus fidèle qui soit.

Philippe Constantin : Vous vous êtes donc créée une image de marque de chanteuse pour enfants. Est-ce que c’est à ce public que la plupart de vos chansons s’adressent ? N’y aurait-il pas un autre public, plus adulte, qui ne vous écoute pas justement à cause de cette image, parce qu’il s’imagine que vous ne chantez pas pour lui ? Dans votre répertoire, il y a une rupture très nette au niveau de « Poupée de cire », qui est, je crois, la première chanson que Serge Gainsbourg ait écrite pour vous.

France Gall : Non, Serge Gainsbourg avait déjà fait pour moi « N’écoute pas les idoles » et « Laisse tomber les filles ». Il est exact qu’elles sont dans la lignée de « Ne sois pas si bête ».

Philippe Constantin : « Poupée de cire » est toujours, à un certain niveau, une chanson pour enfants, mais le contenu y est plus agressif que le style : « Si t’écoutes Sheila, je balance tes disques dans le vide-ordures ». À cet égard, la chute de la chanson est révélatrice.

France Gall : « Un jour je vivrai mes chansons, sans craindre la chaleur des garçons ». Eh oui, de toutes façons, les trois quarts des gens n’ont absolument rien compris à cette chanson.

Philippe Constantin : Voilà. Nous retombons sur le grand problème : dès qu’on fait dans l’abusif, ça manque son but. On vous a donc collé une étiquette, « chanteuse pour enfants », et maintenant, vous pourriez chanter les pires insanités que les mères de famille écouteraient d’un air béat en disant : « Ce qu’elle est mignonne cette petite ». Ceci, sans faire aucunement allusion à une chanson dont vous devriez avoir honte… Vous êtes, curieusement, une chanteuse incomprise.

France Gall : Les gens du milieu semblent comprendre.

Philippe Constantin : S’ils comprenaient vraiment, est-ce qu’ils la passeraient à la radio ? Car je voudrais enfin en venir à la plus belle de toutes, celle qui restera…

France Gall : Je vous vois venir, avec votre barboteuse, vous allez encore me parler des « Sucettes »… Vous croyez que ça restera ?

Philippe Constantin : Ça j’en suis sûr. Et c’est un avis que je partage avec Monsieur Gainsbourg himself.

France Gall : Pour lui, c’est la plus belle chanson qu’il ait jamais écrite. Il la trouve tellement belle qu’il la fera empailler sur son prochain 33 tours. Je ne sais pas ce que ça va donner avec Serge, ça sera mieux en tout cas que par Régine… Il est vrai qu’elle peut le faire, avec sa dernière chanson, du Gainsbourg, je ne vous le cacherai pas.

Philippe Constantin : C’est moins sous-entendu, donc moins bon, que « Les Sucettes ». De toute façon, le problème de l’interprète est important. « Les Sucettes », par Serge Gainsbourg, ce sera forcément moins bon que par France Gall. Le message sera transmis par un érotomane notoire et le décalage saisissant entre la blonde innocence de l’interprète et le contenu de la chanson disparaissant, le résultat sera plus anodin. Comme disait Klossowski, Sade ne serait pas Sade s’il n’avait utilisé le langage de Bossuet dans ses descriptions.

France Gall : Mais (gémissement) écoutez, « Les Sucettes », j’avais seize ans et demi à l’époque… et je l’ai enregistrée très, très, très innocemment. Contrairement à ce qu’on a pu dire… je suis partie au Japon pendant que le disque sortait à Paris. Les programmateurs de radio ont hurlé : « Elle est complètement folle, elle va se ridiculiser ». Moi, je n’en savais rien. Et quand je suis revenue, je n’osais plus sortir de chez moi. Je n’osais plus faire de radio, plus de télé. En plus, la première télé que j’ai faite, c’était avec Averty. C’est le plus mauvais souvenir de ma vie. Il y avait cent personnes sur le plateau. Et ils étaient là pour ça. C’était atroce. Atroce. Averty m’avait donné une sucette à sucer. Et il me disait : « Alors sale petite Gall, t’as jamais sucé de sucette. Je vais t’enfoncer des couteaux et des fourchettes dans les yeux ». Mais moi, je ne voulais pas la sucer comme on suce une sucette habituellement. C’était affreux. Finalement, il l’a fait faire par les danseuses, qui se sont débrouillées merveilleusement bien.

Philippe Constantin : Vous voulez dire que vous n’aviez aucune idée du contenu réel de cette chanson ?

France Gall : Absolument, oui. Mon impresario, le coquin, le savait très bien. Mais il n’en a jamais rien dit. De toute façon, le public l’a prise aussi comme une chanson pour enfants.

Philippe Constantin : Invitons-les donc à une réécoute. Mais maintenant que vous « savez », comment la chantez-vous ?

France Gall : Mais… exactement pareil, sans changer quoi que ce soit à mes intonations. Les mêmes mimiques, ce que je fais avec mes yeux… maintenant je sais… bon, d’accord.

Philippe Constantin : En résumé, tout se passe comme si un personnage occulte, animé des plus noires intentions, s’était servi de vous pour corrompre la jeunesse française.

France Gall : « Bébé Requin », ce n’était pas tout à fait innocent, et j’en suis consciente, si c’est ça que vous voulez savoir.

Philippe Constantin : On vieillit, que voulez-vous… mais j’ai écouté hier soir avec ravissement vos premiers disques. On voit ce personnage devenir de plus en plus présent. Par exemple, « Et des baisers », tout gentil que cela paraisse, n’est ni plus ni moins qu’une apologie de l’adultère concerté. « Et des amis, et des amis, et des amis »… cette insistance semble réclamer une nouvelle conception, plus saine, de la vie du couple.

France Gall : Là vous charriez… cette chanson, c’est mon père qui l’a faite ! Alors ça m’étonnerait. C’est vous qui avez l’esprit mal tourné.

Philippe Constantin : Pas du tout, je cherche des significations. Qu’elles soient conscientes ou non m’importe peu. Est-ce que vous allez continuer à chanter toute votre vie ou allez-vous diversifier votre activité ?

France Gall : La plus grosse bêtise que j’ai faite, c’était pendant une interview. On m’avait demandé combien de temps je comptais chanter. J’ai répondu : « Cinq ans et je m’arrête ». Ça m’a valu une belle gifle de mon impresario.

Philippe Constantin : Cinq ans, c’était pas assez pour assurer un avenir assez réconfortant, non ?

France Gall : Pour moi, c’était le bout du monde. Maintenant, ça fait cinq ans, et j’ai l’impression que c’est le commencement. Je suis persuadée que je chanterai jusqu’à 25 ans.

Philippe Constantin : C’est bien, vous travaillez sur plan quinquennal.

France Gall : Et puis après, je me marierai. Après, on a des enfants. Et quand on est âgé, c’est pas drôle. Un jour, j’ai été obligée d’aller à Munich et j’ai rencontré un bonhomme qui lit les lignes de la main. Ça m’a fait un effet extraordinaire. Il m’a dit que ma vie était une vie de chanteuse. Pour l’instant, ce n’était rien de ce que j’allais être plus tard. Je me marierai au milieu de ma vie, je n’aurai pas du tout d’enfants, pas de vie de famille, mon mari me suivra partout, il m’aidera… les valises… dans mon métier. Ça m’a ennuyée, qu’il me dise tout ça, parce que j’ai l’impression que je suis faite pour avoir une vie de famille…

Philippe Constantin : Oui.

France Gall : Des enfants ; j’adore les enfants. Maintenant, quand on me demande ce que je vais devenir, je n’ose plus rien dire.

Philippe Constantin : Je vais vous dire une chose, ce bonhomme, c’était votre impresario déguisé. De toute façon, « Bébé Requin » correspond à une stabilisation chez vous. Un peu plus indépendant de votre personnage. Alors que pour « Les Sucettes », il était difficile de ne pas imaginer ce plan bien précis du film de Stanley Kubrick où l’on voit Lolita dans son jardin en train d’en savourer une.

France Gall : Oui, depuis deux disques, mes fans ont vieilli de deux ans.

Philippe Constantin : Ils ont vieilli ou vous les éduquez ?

France Gall : Oh, je crois que ceux du début restent, et maintenant, j’en glane par-ci par-là, des plus vieux. Ceux-là sont moins fidèles, mais je les aime bien aussi.

Philippe Constantin : Est-ce que vous avez une conception de la chanson ?

France Gall : La chanson, je ne pouvais pas rêver mieux. Je voulais faire quelque chose, et j’ai toujours vécu dans ce milieu où est mon père. Et plus j’en fais, plus j’aime ça. Pour moi, la chanson est un moyen d’accès à un monde qui me plaît.

Philippe Constantin : Est-ce que vous aimeriez chanter comme quelqu’un ?

France Gall : Non, je n’aimais pas tellement ma voix au début, trop enfantine, trop acidulée. J’avais peur qu’elle agace les gens. Maintenant, ça va. J’ai ma personnalité. Mes chanteurs préférés, ce sont les Beatles, de très loin. En France, c’est selon les chansons. J’aime bien Françoise Hardy, quelques chansons de Sylvie, mais je n’ai pas de phobie particulière.

Philippe Constantin : Il faudrait.

France Gall : Non, je n’ai aucun ami dans ce métier et je n’ai pas de raison de détester qui que ce soit. J’essaie de sortir de ce petit monde ; par exemple, je crois qu’un jour je me déciderai à faire du cinéma. Peut-être cette année. On m’a proposé des tas de trucs, mais je voudrais quelque chose qui soit différent. Je ne veux pas qu’on pense que c’est moi qui suis sur l’écran. Si, à la fin du film, on pense toujours que c’est France Gall, ce sera raté. Et je ne voudrais pas une histoire d’amour. Parce que… embrasser un garçon qui ne m’attire pas, j’aimerais pas tellement. Je ne suis pas une comédienne.

Philippe Constantin : Ah bon, comment occupez-vous vos loisirs ?

France Gall : Je ne peux pas faire comme Sheila ou Mathieu, être 24 heures sur 24 la chose publique. Ça me profiterait peut-être, mais ça ne m’intéresse pas. Maintenant, je suis parfaitement heureuse… actuellement, c’est extraordinaire, il ne me manque rien. Je n’ai besoin de rien, j’ai tout ce que je veux, je trouve ça merveilleux, pas vous ?

Philippe Constantin : Oh si ! Au stade où cela a l’air d’être, je trouve ça fascinant.

France Gall : Je ne suis pas particulièrement sûre de moi, mais je ne voudrais pas changer quoi que ce soit à ce que je suis actuellement. Même mon mauvais caractère.

Philippe Constantin : Ah ?

France Gall : Non, je suis quand même supportable.

Philippe Constantin : Oui.

France Gall : Je ne frappe pas les gens. Vous voyez, ma secrétaire est en bonne santé. Mais mon père m’appelle « La Chèvre », parce que je me propulse la tête la première dans tous les azimuts.

Philippe Constantin : Est-ce que vous lisez ? Je veux dire, pas ce qui est sur cette étagère, des vies de saints… encore que ce soit quelquefois assez salace.

France Gall : Non, pas ça. Je ne lis pas tellement. Ce que ma mère me conseille… J’aime bien les femmes écrivains. Et puis je suis en train de lire toute une série de Mazo de la Roche que je trouve ravissante… 25 volumes…

Philippe Constantin : Tiens donc…

France Gall : Mais, j’aime Colette, Daphné du Maurier, Balzac et des trucs comme Druon par exemple.

Philippe Constantin : Avez-vous lu « Lolita » ?

France Gall : Oui. Je l’avais acheté dans une gare parce que le titre me plaisait. Ma mère m’a dit : « France, je ne veux pas que tu lises ça. D’ailleurs ça ne te plaira pas. » Eh bien, ça m’a beaucoup plu. J’ai quelques autres titres dans ma bibliothèque innocente… « Thérèse et Isabelle » que j’aime beaucoup… et aussi la moitié du fameux « Trois filles de leur mère » de Pierre Louÿs. C’est Bardot qui a l’autre moitié ; on l’a piqué ensemble dans la bibliothèque de quelqu’un qui nous avait invitées, on l’a déchiré en deux et on se le repasse périodiquement.

Philippe Constantin : Tiens, tiens, il faudra lire « Emmanuelle ». Ça risque de vous plaire. Est-ce que vous aimez le cinéma ?

France Gall : J’ai horreur du théâtre mais j’adore le cinéma. J’y allais presque tous les soirs. Maintenant un peu moins. Il y a un film que je veux voir absolument, c’est « Cendrillon ». Mais j’aime bien les choses violentes. Récemment j’ai vu « Luke la main froide », « Le Viol », « Le Samouraï »… « Le Viol », j’ai assez aimé, mais j’étais furieuse parce que mon interprétation a été contredite par un journal.

Philippe Constantin : Oui, quel journal ?

France Gall : J’ai honte de vous le dire. Je l’avais trouvé dans le train, c’était « Minute ».

Philippe Constantin : C’est pas un journal, c’est un caleçon. C’est évidemment vous qui avez raison. Parlez-nous un peu de Gainsbourg.

France Gall : Un jour, on a demandé à Serge Gainsbourg s’il avait quelqu’un de moins de trente ans à statufier et il a dit quelque chose qui m’a bouleversée : « Ce serait France Gall. Ce serait une immense statue en sucre d’orge et tous les enfants viendraient lécher ses doigts. »

Philippe Constantin : Très joli. Et on mettrait sur le socle « À France Gall, les entreprises Pierrot Gourmand reconnaissantes » ? Visiblement, Gainsbourg vous voue une affection toute débordante. On pourrait comparer vos rapports avec ceux qui liaient Magali Noël et Boris Vian. Elle semblait être pour lui un personnage échappé d’un de ses romans, une confirmation de ses rêves, une jeunesse retrouvée… Et il y a ce décalage quand vous chantez ses chansons, et qui est absent des interprétations de Minouche Boumbadaboum-Barelli ou de Dominique Boudin-Walter.

France Gall : Je ne sais pas. Je le connais très peu en définitive, on se voit rarement. Mais il est tellement gentil avec moi, et vous savez, il ne l’est pas spécialement avec les autres. Je voudrais qu’il continue toujours à écrire des chansons pour moi.

Philippe Constantin : Vous faites de la scène ?

France Gall : J’aime bien en faire. Mais c’est trop épuisant pour une fille comme moi. Il y a des exceptions… Gréco, Barbara, Mathieu maintenant. Elles ont leur orchestre et leur tête…

Philippe Constantin : Mathieu, une tête ? Vous avez encore lu ça dans les journaux.

France Gall : Oui, mais faire 800 km tous les jours, pas de loge, pas d’eau… Ou alors au Japon. Parce que là-bas ils m’adorent et j’aime bien les gens qui se prosternent devant moi.

Philippe Constantin : Et aux USA, ça va bien ?

France Gall : Pour « John-John » ? Oui, ils ont aimé. Mais ici on m’est encore tombé dessus.

Philippe Constantin : Ah oui, nécrophilie… Braves ménagères françaises, si elles avaient vu les ravissants coquetiers à l’effigie de Kennedy, avec la trace des balles dessinée en rouge sur le support…

France Gall : Oui, mais je n’aime pas susciter le scandale ; j’aime qu’on m’aime.

Philippe Constantin : La politique ?

France Gall : Ça ne m’intéresse pas du tout.

Philippe Constantin : Indifférente ? Ce qui veut dire que vous concevez avec sérénité l’existence de guerres atroces et injustes…

France Gall : Je vais vous dire, j’ai vu « Vivre pour vivre » ; il y a dedans une séquence sur la guerre du Viet-Nam. Ça m’a sidérée ; franchement, j’ignorais pratiquement tout. J’étais bouleversée ; ça m’a gâché les trois quarts du film…

Philippe Constantin : Il ne devait pas rester grand-chose alors. Enfin, nous découvrons là la véritable ignominie de cette guerre : elle vous a gâché un film… France, vous vivez dans un petit nuage rose. Avec qui ?

France Gall : Mon poisson rouge, deux caniches et un chat. Venez, je vais vous les présenter.

Magazine : Rock & Folk
Interview par Philippe Constantin
Photos de Bruno Vincent
Date : Février 1968
Numéro : 15