France Gall fait l’objet d’un grand reportage mode et beauté dans Écho de la mode novembre 1968, le numéro 47 de l’hebdomadaire féminin.
Vous l’avez reconnue, c’est une jolie poupée aux yeux bruns où se promène une lueur malicieuse, une joie de vivre perpétuelle. Ses cheveux lisses, mouvants, d’un blond chaud, s’éparpillent sur sa petite robe rouge toute courte. Dans quelques semaines, elle aura vingt et un ans, elle sera juridiquement une grande personne. (note : France Gall, née le 9 octobre 1947, avait en réalité déjà 21 ans à la parution)
Une affaire de famille
France Gall, à seize ans, redoublait sa 3e, était une élève un peu fofolle, fantaisiste. Elle abandonna alors ses cartables et son lycée Paul-Valéry pour signer son premier contrat d’enregistrement. Insensiblement, elle passe ainsi du lycée au « show business », sans heurt, sans histoire.
Son grand-père, Paul Berthier, élève de Vincent d’Indy, est le fondateur, avec Mgr Maillet, des Petits Chanteurs à la Croix de Bois. Son père est un compositeur connu, et il a écrit des succès tels que La Mamma, À bientôt nous deux, Sacré Charlemagne. Sa mère se nomme Cécile, comme la patronne des musiciens. Ses frères jumeaux, Patrice et Philippe, jouent de la guitare et de la batterie, et composent des chansons.
Courageusement, France apprend son métier, donne des interviews, apparaît à la télévision, fait des tournées, des galas. Peu à peu, la petite fille qui vit douillettement dans sa famille, entre ses parents et ses frères, devient une vedette. Avec Poupée de cire, poupée de son, de Serge Gainsbourg, elle remporte le premier grand prix Eurovision de la chanson européenne.
Sa garde-robe d’hiver
Comme toutes les jeunes filles, France est coquette. Elle aime s’habiller court et déclare fermement qu’elle est trop petite (1,59 m) pour s’habiller aux genoux ou long. Elle raffole des bottes à talon en ginza, très moulantes, des chaussures de bébé, rondes, des chaussettes dont elle fait une énorme consommation. Cet hiver, elle portera des bermudas à carreaux, des manteaux écossais, des tailleurs-pantalon, des shetlands, des chemisiers sport. Elle a une passion pour les petits bijoux : les barrettes à cheveux, les anneaux d’or filiformes, les poils d’éléphant, les petites bagues à pierre rouge, car le rouge est sa couleur et l’or son métal favori. Elle portera, comme toutes les jeunes filles dans le vent, des sacs en bandoulière et de jolies mini-pochettes.
Une femme d’affaires
Elle lance aussi sa chaîne de produits de beauté. Décorés par Guy Peellaert (le roi de la bande dessinée, l’inventeur de Pravda-la-Surviveuse), tous ces produits, qui portent le titre de ses chansons, sont de bonne qualité, accessibles aux bourses jeunes, et présentés dans un amusant flipper. Elle songe aussi à un parfum très frais, très juvénile, mais pour l’instant elle utilise exclusivement l’Aqua di Fresca. France, jolie jeune fille heureuse, a réalisé son rêve d’adolescente : réussir dans son métier et trouver la vie merveilleuse.
L’ensemble préféré de France pour cet automne est un manteau et son bermuda en flanelle à carreaux bleu anglais, blancs, rouges, noirs, qu’elle porte avec un chemisier blanc : 399 F et 99 F, Maxi Librati pour La Gaminerie. Les chaussures à barrette en vernis rouge sont de Céline : 139 F. Elle a choisi, pour compléter sa tenue, un ceinturon en vernis rouge et un sac à bouton géant : 25 F et 69 F à La Gaminerie.
À la ville, France se maquille très légèrement ; elle a la chance de posséder de malicieuses taches de rousseur qu’elle ne camoufle pas. Après avoir posé une crème de base fluide, elle se poudre avec Compact n° 9, se dessine une ombre au creux des joues avec Brush’on n° 7 et ajoute toujours un peu de rose avec Palette rouge n° 10, au menton, entre les deux yeux et sur le front. Elle se passe trois couches successives sous l’œil, une marron, une rose et une blanche, avec Eye-Shadow palette n° 1, pour agrandir, éclaircir le regard ; elle se farde un peu les paupières avec un Eye-Liner gris clair Duo n° 4 et les cils avec le Mascara-cake n° 3. Pour ses lèvres, elle adopte « Christiansen », un rose très doux qui fait ressortir le marron de ses yeux. France aime les ongles soignés, coupés au carré. Elle a choisi pour les vernir « Bébé Requin », une teinte rose tendre et translucide. Quand elle doit passer à la télévision, elle se colle des faux cils un par un sur les paupières et au-dessous de l’œil, et sa coiffure est lissée par Bruno, de chez Dessange. France nous a confié un petit secret : pour avoir de beaux cheveux brillants, elle les rince soigneusement à l’eau glacée après chaque shampooing.
L’amusant flipper qui présente ses produits de beauté se trouvera bientôt dans tous les Grands Magasins et les drugstores.
En compagnie de Problème, le cocker, et de Sacha, le chat, France porte une robe en jersey Orlon type Shetland, de sa couleur préférée, le rouge. Guitare, 95 F environ chez Beli.
Magazine : Écho de la mode
N°47 / Du 24 au 30 novembre 1968
Écho de la mode (anciennement Le Petit Écho de la mode) est un hebdomadaire féminin français fondé en 1879 ou 1880 par Charles de Penanster. C’est l’un des plus anciens et des plus diffusés magazines féminins de l’histoire de la presse française, avec un tirage ayant dépassé le million d’exemplaires par semaine à son apogée. Il raccourcit son titre en Écho de la mode en 1955, abordant mode, couture, cuisine, conseils pratiques et vie familiale, avant de fusionner avec Femmes d’aujourd’hui à la fin des années 1970. Le numéro 47 présenté ici, daté du 24 au 30 novembre 1968, s’inscrit donc dans la grande période de diffusion du titre, qui restait encore à cette date l’un des hebdomadaires féminins les plus lus de France.

