Jean-Pierre Foucault a permis aux téléspectateurs de découvrir en exclusivité le nouveau clip de France Gall (ndlr : Ella, elle l’a). Elle chante toujours les compositions de Michel Berger, son mari depuis maintenant dix ans.
C’est simple, je n’ai envie de travailler avec personne d’autre. Aucune musique ne me touche autant que la sienne. Aucun texte ne traduit aussi bien ce que je ressens. Sans doute parce que personne ne me connaît mieux que lui… L’artiste, c’est lui. Il crée. Moi, je ne suis pas une artiste !
Bonheur professionnel et bonheur familial : France Gall a réussi sa vie sur tous les plans.
À dix-sept ans, je rêvais d’avoir des enfants et une maison. Je voulais réussir ma carrière, mais pas au détriment de ma vie privée. Aujourd’hui, je m’occupe complètement de Pauline (9 ans) et de Raphaël (6 ans). Je vais les chercher à l’école, je suis leur parcours au quotidien. Quand on est une vedette de la chanson, on peut facilement se couper des réalités. Quand on élève des enfants, on est en plein dans les réalités !
Poupée de cire, poupée de son ou Les sucettes, elle avoue avoir chanté ces titres sans vraiment comprendre les sous-entendus. Adolescente, elle a rougi lorsqu’un petit ami lui a expliqué le sens caché des textes de Serge Gainsbourg. À présent, le temps du yé-yé est oublié. À tout juste quarante ans, elle est plutôt fière que des adolescentes de seize ans se reconnaissent en elle. Les gosses reçoivent la cruauté du monde en pleine figure. Les textes de Michel répondent à certaines questions qu’ils se posent. Je me sens proche de mon public, mais le jour où je ne parlerai plus le même langage, je m’arrêterai. Je m’y prépare suffisamment pour ne pas être triste ce jour-là.
Elle qui dit volontiers que la scène est une pièce supplémentaire de la maison, refuse toute tournée ou spectacle durant les vacances scolaires de ses enfants. Quand elle tourna le clip de Babacar au Mali, elle a trop eu conscience de la misère qui y régnait pour ne pas retrouver, d’instinct, la valeur des choses.
Je n’oublierai jamais la dignité et la beauté de ces gens qui se demandent pourtant, chaque jour, ce qu’ils vont manger.
France Gall a peut-être chanté Les sucettes sans en comprendre l’érotisme gaulois, mais elle a bien réveillé sa conscience d’adulte pour mieux inquiéter celle de tous ceux qui l’écoutent avec ravissement.
Magazine : Ciné Télé Revue
Bernard Alès
Date : 26 mai 1988
Numéro : 21

