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France Gall, le courage exemplaire ! | Questions de femmes | Octobre 2007

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Star à 16 ans, la vie de France Gall n’est qu’amour et musique. Jusqu’au jour où son fabuleux destin vire à la tragédie. Grégoire Colard et Alain Morel retracent le parcours de la chanteuse dans un récent ouvrage, “France Gall : le destin d’une star courage”*.

France Gall a tout juste 15 ans quand elle enregistre son premier 45-tours, grâce à son père, Robert Gall, auteur de son état (La Mamma, d’Aznavour, c’est lui !). La perspective de devenir chanteuse comme Sylvie Vartan, sa copine d’enfance, enchante l’adolescente. Elle espère, ainsi, ne pas retourner au lycée. Mais, rapidement, ses premiers pas d’artiste la déçoivent. Elle ne s’amuse pas autant qu’elle l’avait imaginé. D’abord, on lui impose de changer de prénom. Dans la vie, elle s’appelle Isabelle, et non France… « France Gall », cela ressemble à un match de rugby ; quelle idée ! Ensuite, chacun décrète qu’il faut lui trouver un look, une allure, une personnalité… On l’emmène chez un grand coiffeur, puis chez un créateur de mode… Finalement, elle se demande si elle n’aurait pas mieux fait de continuer au lycée. Dès sa sortie, le disque est soumis à Daniel Filipacchi, le grand manitou de Salut les copains. Séduit, il demande aux auditeurs d’Europe 1 de donner leur avis.

Ne sois pas si bête, le titre phare du disque, arrive en tête de tous ceux qui sont proposés ce jour-là. Dès lors, France enchaîne séances de photos et interviews.

Un soir, elle croise Claude François à l’Olympia, où elle est venue applaudir Gilbert Bécaud. Elle a 17 ans. Il en a 25. Elle est impressionnée par son dynamisme sur scène. Chaque soir, elle assiste à son spectacle ; ensuite, elle lui rend visite dans sa loge. Cloclo, comme on surnomme l’idole, ne reste pas longtemps insensible au charme acidulé de la jeune fille. Ils entament une liaison passionnée, au grand dam des parents de France. Il faut dire que Claude lui en fait voir de toutes les couleurs. Il annule des rendez-vous à la dernière minute, exige qu’elle vienne le rejoindre sur-le-champ, où qu’il soit… Il se montre d’une jalousie maladive… Peu à peu, il cherche à lui imposer sa loi, à lui faire respecter ses règles. C’est ainsi qu’en tournée, il insiste pour qu’elle soit à l’hôtel dès sa sortie de scène et n’hésite pas à appeler tout de suite si, par malheur, elle n’est pas là avant lui. Leur amour est un psychodrame permanent qui épuise la jeune fille et lui fait perdre toute légèreté. Son père n’a plus aucune influence sur elle. Il prend la décision de l’émanciper.

Le 20 mars 1965, France représente le Luxembourg au concours Eurovision de la chanson avec Poupée de cire, poupée de son, une chanson signée Serge Gainsbourg. Dix-huit pays participent au concours, qui réunit 200 millions de téléspectateurs. Elle gagne ! Claude l’appelle dans sa loge. « Alors, tu es content ? », lui demande France. « Écoute-moi bien, répond Claude François. Tu as gagné, bravo. Alors, entre nous, c’est fini ! » Il raccroche. Le lendemain, elle prend le premier avion pour Paris, sans prévenir personne, se précipite chez Claude, sonne à la porte, finit par s’asseoir sur le paillasson, prostrée. Et elle attend. Des heures. Enfin, il ouvre… Et leur histoire reprend. Mais, en juillet 1967, la jalousie et les caprices finissent par avoir raison de leur amour. France se sent enfin débarrassée de son « envoûtement ».

Deux ans plus tard, un autre homme fait battre son cœur, un jeune artiste révélé grâce à sa chanson La Cavalerie. Il est beau, très beau. Sensuel, envoûtant. Il s’appelle Julien Clerc. Elle est tellement fascinée qu’elle revient l’applaudir tous les soirs, comme elle l’avait fait avec Claude François. Julien est libre. Ils entament une relation amoureuse. Et France présente très vite Julien à ses parents. D’ailleurs, Robert Gall adore Julien qui, à ses yeux, devient son troisième enfant. Le chanteur achète une ferme à cinq kilomètres de la maison de campagne de ses « beaux-parents ». Tandis que Julien joue au fermier, France cuisine, jardine, se promène dans les prés.

Mais, très vite, un problème s’installe. Respectant l’avis de son entourage, qui lui conseille de ne pas s’afficher aux côtés de sa compagne pour ne pas brouiller son image de séducteur, Julien ne parle jamais de France et, lorsqu’elle l’accompagne dans un lieu public, il lui demande d’arborer une perruque noire et de se faire discrète. À la maison, Julien se montre adorable et très protecteur. Il lui dit qu’elle l’inspire. Alors, France préférerait qu’il hurle son amour à la face du monde, qu’il se penche sur sa carrière musicale et lui donne des conseils. Mais il prétend qu’il n’en a pas le temps. Un soir, il lâche un mot terrible qu’elle n’oubliera jamais : « Ah, voilà l’ancienne chanteuse ! »

France commence à s’ennuyer. Elle qui a été une immense vedette, entourée, protégée, bichonnée, n’est plus qu’une chanteuse en instance d’oubli. Plus personne ne l’appelle. Elle a le sentiment de ne plus exister. Au volant de sa petite Austin, dans les rues de Paris, elle ressasse sa vie. Elle allume son autoradio et tombe sur une chanson qui l’accroche. « C’est exactement ça qu’il me faut. Il faut que ce Michel Berger m’écrive des chansons. » Michel Berger, elle l’a déjà rencontré, notamment en avril 1966, pendant la séance photo du célèbre poster de Salut les copains, organisée par Jean-Marie Périer. Mais ils ne se sont pratiquement jamais parlé. Quelques jours plus tard, France rencontre Michel Berger par hasard, dans les couloirs d’Europe 1. Elle l’aborde sans hésiter : « J’aimerais que vous m’écriviez une chanson. » L’auteur-compositeur décline l’offre aimablement. Toutefois, France ne le laisse pas indifférent. Les deux jeunes gens se revoient. Ils apprennent à se connaître, en tout bien tout honneur. Ils sont l’un et l’autre engagés dans une relation. Jusqu’au jour où Michel propose à France une chanson. « C’est toi qui me l’as inspirée », lui dit-il. La Déclaration est non seulement une chanson, mais sa déclaration d’amour à France.

Elle décide immédiatement d’annoncer à Julien qu’elle le quitte. Il est atterré, sidéré. Il tente de la convaincre de rester. En vain. En mai 1974, France Gall et Michel Berger s’installent dans une maison située dans le 16e arrondissement de Paris. Le 22 juin 1976, le couple se marie. Puis, le 14 novembre 1978, France met au monde une petite fille, Pauline. Trois ans plus tard, Raphaël vient agrandir la famille. Un mari adoré, deux enfants merveilleux, un succès professionnel hors pair… C’est le bonheur parfait !

Hélas, l’heure des épreuves va commencer. Le 26 janvier 1982, Bernard, le frère de Michel, décède des suites d’une sclérose en plaques. Bernard était pour Michel non seulement un modèle, un mentor, un point de repère, mais aussi son plus grand confident. Peu de temps après, un autre malheur s’abat sur le couple. France et Michel apprennent que leur fille Pauline est atteinte d’une maladie fatale, incurable : la mucoviscidose.

Au printemps de la même année, Michel éprouve le besoin de s’accorder une année sabbatique qu’il veut consacrer à des voyages. France accepte de rester à la maison, d’y être la gardienne du temple. Elle a compris que son mari a besoin de s’éloigner un peu des malheurs récents et de ressourcer son inspiration. Quant à elle, elle a passé le cap de la quarantaine et, peu à peu, s’est installée l’envie de faire le point, de se retrouver. France, qui a toujours dépendu des autres, de son père, de Claude François, de Julien Clerc, et surtout de Michel qui lui a offert une nouvelle carrière, une vie de femme et une vie de mère, réalise maintenant qu’elle a besoin de liberté. Elle veut arrêter de travailler, d’être France Gall… Quand on a besoin d’elle à la maison, quand Pauline réclame ses bras et toute son attention, le « métier » lui paraît horrible. À la maison, la compréhension entre Michel et elle n’est pas au beau fixe. Pour lui, les mots, la poésie, les mélodies, c’est l’oxygène. S’arrêter, c’est devoir se placer sous respiration artificielle. Pendant quatre ans, France met néanmoins sa carrière entre parenthèses.

Le 22 juin 1992, le couple fête ses seize ans de mariage et son dernier album, Double jeu, prélude à une tournée annoncée. Ce premier jour du mois d’août 1992, France est à la plage… Une femme s’approche d’elle et lui propose de lui lire les lignes de la main. Elle accepte. « Ça va venir maintenant ! » « Quoi ? Qu’est-ce qui va venir ? », demande France. « Vous entrez dans l’immortalité », lui répond la femme. France ironise : « Ce n’est quand même pas avec ma carrière de chanteuse que je vais entrer dans l’immortalité… Et vous dites que cela va se passer maintenant ? » « En effet ! »

Ce dimanche 2 août 1992, il est environ 14 heures quand France et Michel s’activent pour débarrasser la table. Ils ont promis une interview à Alain Morel, grand reporter au Parisien. Ils ont hâte de l’enregistrer afin d’être tranquilles. L’interview terminée, Michel se dirige vers le court de tennis pour disputer une partie, seul contre deux amies. Pendant environ trois quarts d’heure, tout se déroule normalement quand, tout à coup, il ressent comme un coup de couteau dans la poitrine et quelques nausées. Il décide de rentrer et de prendre un bain pour se détendre. Les douleurs ont disparu. Dans la baignoire, nouveau coup de poignard, suivi d’élancements constants. Michel s’inquiète. France appelle un médecin à qui il a le temps de décrire ses symptômes avant d’être victime d’une troisième attaque cardiaque. Celle-ci lui est fatale. Michel est mort. France a perdu son double.

Après la mort de Michel, elle s’enferme dans un silence médiatique total et ne sort plus de chez elle pendant près de trois mois. Comment gérer le chagrin des petits ? Ils ne veulent plus que leur mère continue de chanter, ni qu’elle remonte sur scène. Ce métier, la vie aussi, pour eux, c’est dangereux…

Le 30 mars 1993, France fait un malaise et manque de s’effondrer pendant l’enregistrement de l’émission Fréquenstar de Laurent Boyer. Elle a un cancer du sein, heureusement non évolutif. France est effondrée. Mourir ne lui fait pas peur, mais quitter ses petits la terrifie. Pauline est de plus en plus affaiblie par la maladie, et Raphaël terriblement perturbé. En juin, France est guérie et ne garde aucune trace de l’opération.

Mais le 15 décembre 1997, le destin de France tourne à l’horreur. Pauline, tout juste âgée de 19 ans, s’éteint. Depuis, France s’est retirée de la vie publique. Ses envies ont changé. Elle consacre une partie de son temps à soutenir des associations. En novembre 2006, elle accepte d’être la marraine de l’opération Cœur d’or, dont l’action est de lutter contre l’exclusion, notamment de jeunes femmes en détresse. Au Sénégal, où elle possède une maison, elle soutient le Samu social qui recueille les enfants de la rue.

France aura 60 ans en octobre. Elle a vendu près de 20 millions de disques et fait le tour du monde dans tous les sens. Elle a été, tour à tour, fêtée, adulée, oubliée et portée aux nues. En s’éloignant volontairement du show-business, elle a trouvé la sérénité.

Heureuse ?

« Être heureux, c’est se lever le matin et être content. Dans ce cas, oui, je suis heureuse. Je sais où je dois aller. »

Magazine : Questions de femmes
Par Geneviève Rembaux
Date : octobre 2007
Numéro : 129
*Éditions Flammarion, 2007.

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