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Tout pour l’histoire de la musique de Michel | Paris Match | Novembre 2007

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Pour les 15 ans de la mort du chanteur, elle a réuni à la télévision un plateau de rêve pour rendre hommage à celui qui jouait du piano debout.

Ne comptez pas sur elle pour jouer les veuves éplorées. France Gall a décidé de rendre un hommage joyeux à Michel Berger. Ne pas s’appesantir sur l’absence, mais célébrer son talent. Revivre toutes ces années de bonheur avant que la mort ne fauche, d’une crise cardiaque, l’auteur-compositeur. Son Pygmalion, son époux et le père de ses enfants. C’était le 2 août 1992. Depuis, elle a eu la force de chasser la tristesse.

Malgré une succession de drames : son cancer du sein, en 1993, et surtout la perte de sa fille Pauline, atteinte de mucoviscidose, en 1997. Depuis, elle a quitté la scène, se retirant loin des projecteurs. Aujourd’hui, elle revient avec une idée de sa composition : une émission spéciale dédiée à son mari, « Tous… pour la musique », le 21 novembre, à 20h55, sur France 2. Pour cette occasion, dix-huit stars ont accepté de venir chanter les succès du pianiste. Une soirée de fête. Pour dire adieu à la nostalgie.

C’est elle qui les a choisis.

Parce qu’ils sont de vieux amis, comme Johnny, Laurent Voulzy, Vanessa Paradis… Mais elle a aussi pensé à la génération montante.

Défilant, micro à la main, pour le tournage de l’émission, dans les studios de la Plaine-Saint-Denis. Retrouvailles émues, découvertes éblouies. Tout est filmé : les ratages et les fous rires, les moments de tendresse.

France Gall accueille ses invités un par un, rit de bonheur et danse sur certaines chansons. Ce soir, elle se réjouit de « donner pour donner ». Vivante, tout simplement. Et de confier :

« Qu’il reste quelque chose de moi m’indiffère. Moi, je ne construis que ma vie. »

« J’étais en train de regarder une partie de poker à la télé, raconte France, quand le téléphone a sonné. “J’adore le concept de ton émission, c’est génial. Quand est-ce qu’on enregistre ? Je serai toujours là pour toi, tu le sais. Je veux que tu saches une chose, ma France, c’est qu’il y a un petit Français qui t’aime à Los Angeles, et ce petit Français, c’est Johnny Hallyday. À propos, quelle heure est-il ? — 3 heures du matin ! — 3 heures ? Je ne te réveille pas, j’espère…” »

Sachant que le quinzième anniversaire de la disparition de Michel Berger ne passerait pas inaperçu, France Gall a décidé de faire l’émission de variétés dont elle a toujours rêvé. Pendant deux mois, elle a travaillé d’arrache-pied avec le producteur Franck Saurat et le réalisateur François Hanss. On ne l’a pas vue depuis dix ans sur une scène, mais elle a choisi de ne pas chanter.

« Je me suis mise dans la peau des chanteurs et j’ai essayé de faire en sorte qu’aucun ne se sente un simple numéro parmi les autres. Je me suis efforcée de mettre chaque artiste à l’aise dans son univers propre. » Le résultat est fulgurant.

Seul absent : Elton John, en pleine tournée mondiale. « Cela dit, le connaissant, je pense qu’il ne serait pas venu si je ne chantais pas ! »

Sur le plateau, elle arrange, dérange, comme dans son salon. Elle prend, c’est visible, un énorme plaisir à diriger les artistes qui écoutent religieusement ses directives. « Mon plaisir est aussi grand que si je chantais. Avec le temps, ma place pour être heureuse dans cette vie n’est pas forcément dans la lumière. La disparition de Michel m’avait donné envie de me plonger dans sa musique. À la disparition de ma fille Pauline, il y a bientôt dix ans, je ne désirais qu’une chose : me taire. Quand on perd sa mère, on est orpheline, son mari, on est veuve, mais il n’y a pas de mot quand on perd son enfant. Aujourd’hui, j’ai intégré complètement la mort dans la vie, sans tristesse. »

France Gall aurait-elle été France Gall si elle n’avait pas rencontré Michel Berger ? « Ma rencontre avec lui était écrite, comme il le dit dans la chanson qu’il m’a dédiée au tout début de notre idylle. [Elle se met à fredonner.] “… Et j’ai besoin de lui comme il a besoin de moi. Je peux tout s’il est là et que peut-il sans moi puisqu’il a besoin de moi, de moi !” [Elle rit.] J’ai été une femme follement aimée, par Michel, par ma famille, par le public… En perdant les êtres qui faisaient partie de moi et en me retirant du monde, je ne savais plus ce que c’était. Grâce à ce show, j’ai revécu des sensations que je n’avais pas connues depuis longtemps. Les chanteurs qui sont venus sur ce plateau m’ont tellement donné d’amour que, pour la première fois depuis des années, je me sens comblée. Je ne m’attendais pas du tout à ça. Tout était simple, si simple, comme une évidence. »

Sa chanson enregistrée, Céline Dion se tourne vers France : « C’était génial, tu ne trouves pas ? Qu’est-ce que tu veux que je te dise, mon amour, on est trop pro ! » Avant de quitter le plateau, très émue, elle serre France dans ses bras en soupirant : « C’était le bon temps ! »

« Je ne suis pas du tout dans la nostalgie, m’avouera France. Si avant c’était le bon temps, ça veut dire qu’aujourd’hui c’est le mauvais ? [Elle rit.] Il faut dédramatiser la vie, ce n’est pas évident de retrouver un peu d’humour après les épreuves douloureuses que j’ai vécues, mais il faut essayer. »

Elle essaie, tout le temps. Elle est drôle, désarmante, déconcertante parfois. C’est une boule de vie et de rire. Intelligente, vive et pleine d’humour, elle ne ressemble à personne. Il faut l’observer à table. France est une jouisseuse. Elle prend son temps, rectifie la lumière, déplace une assiette, s’installe confortablement. Elle savoure avec délice chaque bouchée comme si c’était la dernière. Entre deux plats, elle vous balance le plus naturellement du monde, comme si elle parlait du temps qu’il fait : « Pour mon anniversaire, je suis allée déposer toutes les fleurs que j’avais reçues sur la tombe de Michel et Pauline. C’était très joli. »

« La vie malgré tout », « Sans lui »… Les titres des magazines la mettent en colère. « Je ne suis pas idiote, je sais que mon malheur fait vendre mais y en a marre ! Aujourd’hui, je n’ai perdu personne, je viens de créer quelque chose de formidable, alors pourquoi tout ramener à la tristesse ? C’est tellement loin de ma réalité ! Il y a longtemps que je ne pleure plus, j’ai déjà pleuré pour toujours. Quand Michel est parti, au bout d’un certain temps, je me suis dit : je vais changer de vie, je vais me remarier, passer à autre chose. J’ai compris très vite que c’était impossible. Michel m’a légué sa musique, elle remplit mon existence. Jusqu’au bout de ma vie, je l’accompagnerai et elle m’accompagnera. En revanche, je ne veux pas que mon fils Raphaël porte ce lourd bagage. Ce n’est pas évident de trouver sa place dans cet univers de musique qu’il a choisi, mais heureusement il l’a trouvée. Il est producteur. Il est doué mais il a décidé une fois pour toutes de ne pas être dans la lumière. J’ai beaucoup d’admiration pour lui. »

Sur le fond de la scène, des films de vacances défilent sur un grand écran : France, Michel, Pauline et Raphaël en train de chanter, de rire, de danser. « Quand je les vois, je me sens détachée et souriante. Ce n’est que du bonheur, ça a existé, et cette idée me comble. Petite fille, j’hésitais entre être star et mère de famille. J’avais construit une famille, on me l’a reprise. Aujourd’hui, j’ai recréé mon existence. Je m’efforce d’être dans la légèreté et je vis pleinement ma vie de femme. Si on veut faire honneur à la vie, il faut l’aimer. Et quand on lui fait honneur, elle vous le rend bien. »

Quand France lui a demandé d’interpréter un titre de Michel, la rappeuse Diam’s n’en connaissait aucun. Elle a choisi la chanson uniquement d’après son titre. Mais « À quoi je rêve », son premier choix, la toute première chanson que Michel a écrite à 16 ans, était trop courte pour rapper. Elle s’est finalement décidée pour « Laissez passer les rêves ». Dès qu’elle a fini de chanter, une amie qui l’accompagne vient la féliciter : « Je ne savais pas, lui dit-elle, que tu écrivais de si beaux textes… »

Raphaël, aussi beau que discret, allume une cigarette qu’il tend à son ami Matthieu Chedid. Vanessa Paradis, poudrée comme une jolie poupée russe, fait son apparition. « La déclaration est la première chanson que Michel m’a écrite. Je voulais absolument que ce soit elle qui la chante. Vanessa a toujours été notre chouchoute, Michel l’adorait. » La chanson terminée, tous les techniciens se sont levés pour applaudir. De passage à Nice, France, par amitié, a tenu à assister au concert de l’ex-petite fille prodige. Pendant deux heures, elle est restée dans l’ombre, sans broncher, debout au milieu de la foule. Après son spectacle, Vanessa est venue présenter sa fille, tout intimidée, à France : « Tu vois, Lili-Rose, France est une grande chanteuse. »

Dans la gravité comme dans la fantaisie, France a décidé une fois pour toutes de garder son équilibre. Si elle a mené une vie isolée ces dernières années, c’est simplement parce qu’elle en avait besoin. « Avant, être seule était pour moi le comble de la misère. Aujourd’hui, la solitude, j’adore. C’est ça, la liberté. Dehors, je ne suis jamais libre. Je me sens regardée, observée. Même si c’est avec une grande gentillesse, ça me met mal à l’aise. J’ai fait un énorme travail sur moi, je fais en sorte que personne ne me manque et j’essaie de ne plus être triste quand quelqu’un disparaît. C’est peut-être une grande force, mais je reconnais que ça vous empêche aussi d’être totalement heureux. Car si je n’ai plus de grands bas, je ne connais plus non plus de grands hauts. »


Magazine : Paris Match
Propos recueillis par Dany Jucaud
Photos de Thierry Boccon-Gibod
Date : 15 novembre 2007
Numéro : 3052

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