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L’histoire de France | Paris Match | Mars 2009

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Ces dernières années, elle s’est peu exprimée. La faute à la vie, qui lui a joué des mauvais tours, la disparition de Michel Berger, puis de Pauline, leur fille. De temps à autre, la chanteuse est revenue à l’occasion d’émissions de télévision, de ressorties de disques. Mais l’envie de chanter n’est plus là.

Pourtant, dès 1965, France Gall fut une immense vedette. A 18 ans, lorsqu’elle remporte le Grand Prix de l’Eurovision pour “Poupée de cire, poupée de son”, elle n’est absolument pas prête à affronter le succès et la déferlante médiatique qui suit. Naïve, elle obéit à son père, à son producteur et à Serge Gainsbourg qui lui écrit des chansons pop acidulées. Dix ans plus tard, la femme-enfant est devenue femme tout court, amoureuse, qui interprète avec fougue les chansons de son mari. Paris Match a toujours accompagné France Gall, dans les moments de joie comme dans les moments de peine. Alors qu’elle travaille à la réédition de l’opéra rock “Starmania”, elle a accepté de sortir de son silence pour évoquer une soixantaine d’années. Les siennes. Les nôtres. Concentrée, précise dans ses réponses, France nous a reçus dans son élégant appartement parisien pour un entretien sincère, spontané et émouvant. Histoire de refaire le monde, encore une fois …

Paris-Match. Vous n’êtes pas montée sur scène depuis 1997. Cela vous manque-t-il ?

France Gall. Ce n’est pas mon retour ! Si je défends Starmania, c’est parce que cela me tient à cœur mais simplement en tant qu’animatrice de ce show télé. Il y a trente ans, au Palais des Congrès, j’entrais en scène pour créer le rôle de Cristal…

Paris-Match. Remontons le temps alors. Quels sont vos souvenirs des années 50 ?

France Gall. C’était la merveilleuse période de mon enfance. J’ai tout de suite aimé l’école, les autres, les copines. Je n’ai que des bons souvenirs. L’enfance est associée aux vacances. Donc à deux endroits : Vallauris, où je voyais Picasso peindre tous les jours, et la grande maison de famille que nous possédions à la campagne, où tout le monde se retrouvait. Des étés merveilleux…

Paris-Match. En 1963, vous passez une audition au théâtre des Champs-Elysées.

France Gall. En totale inconscience ! Comme tout ce que j’ai fait pendant des années. Je me suis laissé porter en faisant ce que l’on me demandait. On m’a demandé de chanter, donc j’ai chanté. J’aurais très bien pu être comédienne…

Paris-Match. Très vite, vous êtes confrontée à un immense succès populaire. Etiez-vous prête ?

France Gall. J’ai très mal vécu ces premières années. J’ai été à la fois applaudie et attaquée. Quand on est une enfant, on ne retient que les coups de griffe. J’étais traumatisée par les filles qui m’insultaient dans la rue. Monter sur scène la première fois fut un tel choc que j’ai chanté faux.

Paris-Match. Pouviez-vous dire non ?

France Gall. On ne m’écoutait pas. Je ne voulais pas que Sacré Charlemagne sorte. J’en avais honte. Evidemment, personne ne m’a suivie.

Paris-Match. Où êtes-vous en Mai 68 ?

France Gall. Je n’ai pas vécu une vie d’adolescente mais d’adulte. Je n’étais pas consciente des problèmes des étudiants. J’avais déjà suffisamment à faire avec ma vie. En mai, je suis donc partie quinze jours à Malte avec mon petit ami. Nous n’avions pas de télé, nous ne savions pas trop ce qui se passait. Alors qu’à Paris c’était la révolution. Je n’étais absolument pas concernée. Je voyais ce mouvement avec frayeur et excitation.

Paris-Match. Vous sentiez-vous forte pour affronter la vie ?

France Gall. Je me sentais légère mais pas de manière agréable. De 16 à 21 ans, j’ai tourné sur scène neuf mois par an, fait le tour du monde, chanté en six langues. Sortie de tout cela, je ne savais plus où j’en étais. Je voulais juste partir en vacances, avoir une vie normale avec mes copains !

Paris-Match. Au début des années 70, le succès est moins présent. Vous travaillez avec de nombreux compositeurs différents…

France Gall. Je cherchais ! Je rencontrais des gens formidables, mais ça ne marchait pas. J’ai même essayé d’arrêter pour trouver une autre occupation. Mais quoi ? J’aurais tellement aimé ouvrir une épicerie !

Paris-Match. Quelle vision avez-vous de cette décennie ?

France Gall. Elle fut extraordinaire. Une période d’ouverture, de légèreté, tout était possible. Plein de choses montraient le monde de demain : la poignée de main d’Anouar el-Sadate et Menahem Begin, la performance parfaite de Nadia Comaneci, l’enlèvement de Patti Hearst… Et dans les années 70, je vis mon rêve absolu : je deviens maman.

Paris-Match. Être mère était plus important que votre carrière ?

France Gall. Bien sûr ! Ma vie s’est mise en place. Du coup, je ne ressentais plus cette légèreté désagréable. Là, j’étais un être humain qui se réalise.

Paris-Match. Michel écrit vos chansons. Avez-vous le sentiment que plus rien ne vous arrêtera ?

France Gall. Pas du tout ! Je vis au jour le jour. Quand Michel se lance dans l’écriture de mon premier album, je ne savais pas ce qu’il allait faire. Il m’a répondu : “Ne t’inquiète pas, moi je sais ce que je vais écrire pour toi.” Il m’a rassurée pour toujours.

Paris-Match. Il existe peu d’images de Michel et vous à cette période.

France Gall. Nous avions décidé de ne pas nous montrer ensemble pour ne pas devenir “le petit couple de la chanson”. Il y avait déjà Stone et Charden, nous avions peur de devenir France et Michel. Nous souhaitions mener des carrières séparées, mais derrière les caméras nous étions inséparables.

Paris-Match. Que ressentez-vous le 10 mai 1981 quand François Mitterrand est élu ?

France Gall. Une énorme joie : j’avais voté pour lui ! Nous vivions dans le XVIe arrondissement. Ce jour-là, il faisait chaud. Nos fenêtres étaient grandes ouvertes. Raphaël était né peu de temps avant. Nous regardions la télé. Quand le visage du nouveau président est apparu, nous étions les seuls du quartier à hurler de bonheur ! Tout autour de nous régnait le silence.

Paris-Match. Dans les années 80, vous remportez de nouveau un grand succès.

France Gall. C’est la décennie de la fête ! Nous rencontrons plein de gens, nous invitons plein de monde. Nous vivons dix vies en dix ans. Un incroyable tourbillon. Les disques et les spectacles se succèdent… C’est aussi la décennie des premiers deuils : le frère de Michel, Daniel Balavoine, Coluche…

Paris-Match. Vous disiez privilégier vos enfants à votre carrière. Les emmeniez-vous en tournée ?

France Gall. Ils ne sont jamais venus, car c’était très difficile de les mêler à la vie artistique. Je les ai emmenés avec moi après la mort de Michel, pour être le plus possible avec eux.

Paris-Match. En 1988, vous annoncez avoir envie de tout arrêter. Pourquoi ?

France Gall. Je trouvais que ça suffisait. J’étais fatiguée. Et j’avais de gros soucis liés à la santé de ma fille. Je ne voulais pas m’éloigner d’elle. Je voulais être disponible.

Paris-Match. Après la mort de Michel, vous montez sur scène. Pour vous consoler ?

France Gall. Le public m’accompagne, mais la musique me console. Je ne l’ai jamais autant aimée qu’à ce moment-là.

Paris-Match. Après la disparition de Pauline, continuez-vous à vous intéresser à ce qui se passe dans le monde ?

France Gall. Je ne me suis jamais coupée du monde. Je me suis coupée de la rue, de la ville, des connaissances. Depuis, je suis spectatrice et observatrice. Je me suis créé un monde dans lequel je me sens bien. Je ne me considère pas comme un membre de la vie active, même si je travaille à ma manière, sans rentrer dans le système du stress, de la vie où il faut courir.

Paris-Match. Comment définissez-vous votre monde ?

France Gall. Comme celui de la douceur et du silence. Le téléphone ne sonne plus pour rien. Pour me joindre, il faut passer par mon entourage. Je suis protégée.

Paris-Match. Que pensez-vous du mot “demain” ?

France Gall. Ma prochaine vie ! Je ne pense pas en être à ma dernière vie. Tout ce que j’ai souhaité, je l’ai réalisé sur tous les plans. Maintenant, je vis chaque journée, chaque heure, je regarde la lumière, je profite de la vie. Je suis retirée de la vie publique.

Paris-Match. Vous sentez-vous seule ?

France Gall. Je ne le suis pas. Je ne suis pas inaccessible, je crois que lorsque les rencontres doivent se faire, elles se font. Je suis heureuse, j’aime ma vie actuelle. Je suis très privilégiée. Aujourd’hui, je pense différemment, je vis différemment. N’oubliez pas que je traverse le bel âge…

Paris-Match. Souffrez-vous encore ?

France Gall. La souffrance n’existe plus. La vie m’a joué des tours, mais je ne suis pas passée à côté d’elle. J’ai eu de grands moments de joie et de bonheur.

Paris-Match. Est-ce que votre carrière de chanteuse est terminée ?

France Gall. Je ne peux pas le dire, parce que c’est facile de chanter à nouveau. Cela ne dépend que de moi. If you want to make God laugh, then tell him the plan for your life…


Magazine : Paris Match
Propos recueillis par Benjamin Locoge
Photos de Thierry Boccon-Gibod
Date : 26 mars 2009
Numéro : 3123

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