Claude François et France Gall : “Même si tu revenais”

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Claude François et France Gall : "Même si tu revenais"
Claude François et France Gall : "Même si tu revenais"

Le 29 octobre 1968, France Gall nous racontait, en exclusivité, son extraordinaire histoire d’amour et son mariage annulé avec le chanteur Claude François. Tout cela était resté secret depuis trois ans…

Le mariage devait être célébré à Gretna Green en Écosse, car les parents de France, alors âgée de 17 ans, n’étaient pas d’accord. « Si aujourd’hui j’ai décidé de parler, avoue-t-elle trois ans plus tard, c’est que je suis majeure, et que le secret que je garde est trop lourd pour moi. »

France joue nerveusement avec une petite gourmette en or qu’elle porte au poignet. À sa main gauche brille une alliance. Elle lâche, émue : « C’est Claude qui m’a offert ces deux bijoux. Ils ne me quittent jamais. Ils sont le gage de ces trois années passées avec lui, trois années merveilleuses mêlées de passion, de disputes et de folles étreintes. J’avais à peine 16 ans lorsque j’ai rencontré Claude pour la première fois. C’était au mois de mai 1964, à Boulogne-sur-Mer, où nous faisions ensemble une émission de radio. Ce n’est que deux mois plus tard que je devais le revoir. Il chantait aux arènes des Saintes-Maries-de-la-Mer. Après le spectacle, je suis allée en compagnie d’autres amis le voir dans sa loge. Nous sommes restés près d’une heure avec lui et pendant cette heure, pas une seconde nos regards ne se sont quittés. »

C’est un coup de foudre, impérieux et réciproque, qui vient d’avoir lieu dans la loge de l’artiste. Elle poursuit : « Ce soir-là, nos amis nous ont attendus longtemps. Nous avons passé la soirée à nous promener main dans la main sur le sable d’une grande plage. Il faisait une nuit merveilleuse. Nous nous étions allongés. Claude avait passé sa main sous ma nuque et pendant plus d’une heure nous sommes restés ainsi sans dire un mot. Et puis, tout à coup, une étoile a traversé le ciel à une vitesse vertigineuse et Claude m’a dit : “Il faut faire un vœu.” J’ai tout de suite pensé : j’aimerais qu’il m’embrasse. Claude avait fait le même vœu car, au même instant, nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre et, pour la première fois de ma vie, j’ai reçu un vrai baiser. Pendant dix jours, nous ne nous sommes pas quittés une seule seconde. Claude savait trouver les mots justes qui allaient droit au cœur. »

L’artiste lui murmure au creux de l’oreille : « Je n’ai jamais aimé avec autant de force. Tu as même réussi à me faire oublier ce que je croyais être un grand amour. Je ne pourrai jamais te quitter et seule la mort pourra nous séparer. »

France est bouleversée et surtout conquise : « Quelques jours plus tard, nous sommes rentrés à Paris. Les vacances étaient terminées et je ne pouvais plus voir Claude que de temps en temps. Nous passions des heures au téléphone. Il me téléphonait 20 fois, 30 fois, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Un jour, il est venu voir mes parents. Claude voulait m’épouser. »

Mais Robert Gall, le père de France, s’oppose fermement à cette union : « Ma fille est trop jeune. Il faut aussi qu’elle s’occupe de sa carrière. Je vous permets de sortir avec elle mais je veux que personne ne vous voie ensemble ! »

France est désemparée, meurtrie, perdue. Elle se souvient : « Pendant des mois, nous avons vécu cachés. Pour nous rencontrer, j’allais le rejoindre toutes les semaines en tournée dans de petites villes. Je restais en coulisses. En chantant, Claude se tournait vers moi et me regardait. »

En vérité, le chanteur est accablé par le veto du père de France qui, de son côté, se laisse dévorer par la jalousie : « J’étais devenue jalouse, jalouse des filles qui l’attendaient dans la rue après le spectacle et qui se jetaient à son cou pour l’embrasser. Jalouse de ses musiciens qui l’accaparaient pour son métier, jalouse de sa mère qui le couvait comme un enfant… Ce soir-là nous avons eu notre première dispute. C’était à Cannes où j’étais allée le rejoindre. Je me suis alors enfuie dans la nuit. J’ai fait les 1000 km qui me séparaient de Paris d’une traite avec une seule idée en tête : en finir avec la vie. Au petit matin, lorsque je suis arrivée chez moi, mes parents étaient affolés. Claude avait téléphoné toute la nuit. »

Son père, Robert, est livide d’inquiétude. Il la prévient d’une voix balbutiante : « Claude est comme fou, il a tout cassé à l’hôtel. Il faut lui téléphoner tout de suite… » Le soir même, France saute dans le premier avion pour Nice : « Je suis allée le rejoindre. C’est là qu’il m’a dit pour la première fois : “Je t’épouse, nous allons nous marier en Écosse, puisque tes parents s’opposent à notre mariage. Nous nous passerons de leur consentement.” »

Méthodiquement, l’artiste choisit le jour du mariage : le 5 mars 1965. Le plus beau jour de sa vie : « À cette date, Claude était libre et moi aussi. Le 9 février, j’ai reçu un message chez moi : “Tu es retenue pour représenter la France à l’Eurovision le 5 mars 1965.” C’était signé de mon directeur artistique. »

France est comblée : l’amour, la gloire… Mais elle connaît bien mal la possessivité maladive et la mégalomanie de son compagnon : « Lorsque je l’ai annoncé à Claude, il est entré dans une colère folle. Le soir du Grand Prix de l’Eurovision, quand on m’a annoncé ma victoire, j’ai sauté sur le téléphone pour prévenir Claude. Il m’a répondu d’un ton sec : “C’est très bien, mais pour nous c’est fini. Jamais je n’épouserai une fille du métier.” »

Transpercée de douleur, la jeune chanteuse vit un cauchemar éveillé. Mais elle croit encore possible de sauver ce grand amour : « Ce soir-là, je n’ai même pas assisté à la remise du prix. J’ai sauté dans le premier avion pour Paris et je suis arrivée comme une folle chez Claude. Je ne vous raconterai pas la violence de notre dispute. Pendant quinze jours, nous sommes restés fâchés. C’est moi qui ai flanché la première. Je suis allée le voir. Après, ça a continué encore un ou deux ans, mais ce n’était plus la même chose. Il nous arrivait de nous disputer pour des petits riens. Jamais plus Claude ne m’a reparlé de mariage. Et puis, au mois de juillet 1967, nous avons eu notre dernière dispute. Ce soir-là, je suis partie seule dans la nuit et j’ai atterri dans un club à Cannes, le Play-Boy. Là un garçon m’a invitée à danser. J’ai accepté. À ce moment Claude est entré. Il m’a fait une scène, il a crié. J’ai crié aussi. Encore une fois, nous nous sommes quittés fâchés. »

France comprend ce soir-là que leur histoire appartient au passé : « Quelque chose s’est brisé en moi et j’ai décidé de trancher les derniers liens qui nous unissaient l’un à l’autre. Aujourd’hui, entre nous, tout est bien fini. Bien sûr, Claude a été mon premier amour et je n’oublierai jamais les moments de bonheur que nous avons vécus l’un près de l’autre. Je n’oublierai jamais : Claude, je ne pourrais plus t’aimer comme avant. Même si tu revenais… »

Magazine : France Dimanche
Propos recueillis par Vanessa Roudet
Hors-série N°2H
Décembre 2016