Le 10 mars 2001, France 2 diffuse l’émission “Gainsbourg et caetera”, consacrée à l’œuvre et à la mémoire de Serge Gainsbourg. À cette occasion, France Gall livre un témoignage rare sur sa relation avec le compositeur. Entre souvenirs légers et blessures encore vives, elle raconte ses rencontres avec Gainsbourg, leurs rares sorties, et revient sur l’épisode des Sucettes, qu’elle a vécu comme une profonde humiliation.
France Gall :
Je sentais qu’il y avait vraiment un mal, quelque chose en lui qui le faisait souffrir et qui devait l’emmener très loin. J’imaginais ça.
Donc, je n’ai jamais accepté de sortir avec lui le soir, à part deux fois. On se voyait à l’heure du goûter en général, et sinon en séance d’enregistrement ou quand il me jouait ses chansons au piano tous les trois mois, puisque j’ai travaillé avec lui pendant cinq ans, à raison de quatre fois par an. Je suis sortie deux fois avec lui.
Je suis allée à la première d’Anna, sa comédie musicale. Il m’avait offert un bracelet ce jour-là, d’un grand bijoutier, et je l’ai perdu entre le début du film et la fin du film. Après la séance, on a été à quatre pattes le rechercher. Je me souviens, c’était drôle.
Et puis une autre fois, il m’a emmenée dîner. Alors là, on a fait toute la soirée. Il m’a emmenée manger des huîtres et il m’a dit : « Vous allez vous régaler, vous connaissez les clams ? » Moi, je ne connaissais pas les clams et je n’avais jamais mangé d’huîtres de ma vie. Il m’en a donné… Je n’ai jamais pu les manger. Évidemment, ça a mal commencé.
Mais on rigolait beaucoup.
« Expliquez-moi le texte des Sucettes. »
C’est une petite fille qui aime bien les sucettes qu’elle achète au drugstore pour quelques pennies, hein ? Et c’est tout. D’accord, hein ?
Mais j’avais honte. J’ai eu tellement honte.
J’ai appris ce que cela voulait dire quand j’étais au Japon, en tournée. Et avant, j’avais fait des émissions de télé. Il y avait 500 personnes sur le plateau. Je ne comprenais absolument pas pourquoi, d’un seul coup, il y avait 500 personnes sur le plateau.
Ensuite, quand je l’ai appris, j’ai eu la honte absolue. Je suis restée chez moi enfermée. Ça m’a vraiment rendue mal. J’étais très mal. Trahie, d’une certaine manière, par les adultes autour de moi.
Cette vidéo a été restaurée par France Gall Collection à partir d’un enregistrement d’époque de qualité limitée. Le travail de restauration est un processus long et complexe, qui combine plusieurs étapes techniques. Ce processus n’est jamais parfait : certaines séquences peuvent comporter des artefacts ou des déformations. Mais c’est souvent le seul moyen de faire revivre ces images avec la qualité qu’elles méritent.
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