Pour vous, France Gall, l’adorable France, est devenue journaliste. Elle a participé à la préparation de ce numéro, proposé des sujets, donné son point de vue. Ainsi, c’est France qui a tenu à ce que le Star-Book soit consacré à Claude Nougaro.
« Pour moi, a-t-elle dit, Claude Nougaro est le numéro un d’aujourd’hui, la grosse révélation de l’année. Comme vous le savez, il a pulvérisé tous les records du succès à l’Olympia… un vrai bonheur ! Sa fille Cécile, deux ans, marche sur ses traces et chante déjà N’écoute pas les idoles. Nous nous entendons très bien, Cécile et moi. Elle a même été la première de mes fans. »
Une fille vraiment bien, France Gall, a dit l’équipe de rédaction quand, le journal bouclé, France nous a quittés sur un dernier sourire.
Bonjour, je me présente : France, 16 ans, yeux marron clair, cheveux blonds. Signe particulier : je chante tout le temps, ce qui n’a rien de drôle puisque papa est parolier. Depuis que je suis née, j’ai vu des tas de vedettes défiler à la maison : Édith Piaf, Aznavour, et chaque fois je restais en adoration.
J’ai deux frères jumeaux, Philippe et Patrice. Ils ont dix-huit ans et ne se ressemblent pas du tout. Patrice est blond avec des yeux clairs, Philippe est brun avec des yeux foncés, mais ils ont un point commun, c’est de savoir me faire rire, mais rire ! Personne, vraiment, ne me fait rire comme eux. Je les adore. Patrice vient de passer son deuxième bac avec succès et d’entrer en Math Sup. Philippe est mon ange gardien. Il me suit partout, s’occupe de la sono, conduit la voiture. Moi, je ne peux pas, je n’ai pas encore mon permis.
Depuis presqu’un an que j’ai enregistré mon premier disque, je ne vais plus en classe. Quelle chance ! Mais je regrette mes amies. J’ai des tas de meilleures amies et de confidentes, seulement maintenant c’est plus difficile de se voir, à cause de mon nouveau métier.
Les choses sont allées très vite et se sont faites très simplement. Je chantais tout le temps, en m’accompagnant à la guitare. Un jour, je me suis enregistrée sur magnétophone. Papa a entendu l’enregistrement… et c’est comme ça que tout a commencé. Je vais partir bientôt en tournée (le premier novembre) avec Richard Anthony. Je suis contente. Jusqu’à présent je n’avais fait que des galas, mais cela m’a fait comprendre combien il est merveilleux et nécessaire d’être en contact avec le public. Le disque ne suffit pas. La scène, c’est la seule façon d’être au centre, au milieu, au plein cœur du métier. J’ai l’intention de beaucoup travailler, et d’apprendre la danse, afin de pouvoir esquisser quelques pas en chantant, je trouve que c’est mieux.
J’ai mes idoles, comme tout le monde. Au cinéma, Steve McQueen. Dans la bibliothèque, George Sand (mon livre préféré est La petite Fadette). Et dans la chanson : Françoise, Sylvie, Pétula, Dionne Warwick, Aznavour, Claude François, les Beatles, et puis les Swingle Singers. J’aime par-dessus tout l’arrangement qu’ils ont fait de Bach et qui a pour titre Jazz Sebastien Bach. Ils ne font que des scats. Pour me chauffer la voix, je mets toujours ce disque.
Cette année, il y a eu un grand changement dans ma vie. J’ai découvert les restaurants russes, chinois, japonais, etc. Jusqu’à présent, mon plat préféré c’était les frites, mais à présent j’ai pris le genre caille aux raisins, beefsteak à la moelle et la gelée de groseille, pâté impérial et litchis, ces délicieux fruits chinois qui ont une odeur de rose. À part ça je suis restée simple !
Quand j’aurai ajouté que j’aime la campagne (mes parents ont une maison dans l’Yonne), que je ne me maquille jamais, que j’aime les cils ronds, et que je lis Spécial Jeunesse, alors vous saurez tout de moi. En toute amitié,
France
France, élève du lycée Paul Valéry à Paris, dit avec orgueil : « C’est le lycée le plus moderne de France. » Mais elle ajoute moins fièrement : « Je suis une élève fantaisiste et un peu fofolle puisqu’à 16 ans je redouble ma troisième… »
Son domaine est sa chambre rose et bleue ; sur une table un magnétophone, son pick-up et un tas de disques hors de leurs pochettes parce que ce sont ceux qu’elle préfère et qu’elle écoute souvent (Dionne Warwick, Françoise Hardy, Trini Lopez, Les Double-Six, Charles Aznavour, The Beatles, et Claude Nougaro) ; sur sa table de chevet, ses lectures : Les malheurs de Sophie, Pauvre Blaise, La petite Fadette et un gros album de Fillette.
Pelotonné dans un coin du lit, Pimpin, son chat, ronronne, tandis que son tout petit singe, Pépita, joue avec les pompons des rideaux. France adore les animaux et elle projette de s’acheter un petit caniche noir et une Mercedes sport pour emmener tout ce petit monde à Pourrain. Pourrain est un village près d’Auxerre. La famille Gall y possède une très belle propriété où il fait bon passer les week-ends.
France a deux frères jumeaux de 17 ans et demi, Philippe et Patrice, et toute une bande d’amis qui aiment beaucoup se retrouver chez elle : on joue de la guitare, on chante et on danse avec entrain.
Cet univers nouveau qu’elle aborde ne l’effraie pas, les seules conversations de grandes personnes qui l’aient intéressée ont toujours été celles où l’on parlait de chansons et cela arrivait fréquemment chez elle. Son père, Robert Gall, est auteur de très nombreuses chansons ; ne citons que la dernière, La Mamma, écrite en collaboration avec Charles Aznavour. (Sur l’épaule de Robert Gall, Pépita, le singe miniature de sa fille.)
Son grand-père, Paul Berthier, élève de Vincent d’Indy, était un organiste très connu non seulement pour ses compositions, mais aussi parce qu’il a été le fondateur des Petits Chanteurs à la Croix de Bois.
À une époque où chaque jour un nouveau nom sort sur le marché du disque, il est intéressant et réconfortant de découvrir une voix. France est avant tout une chanteuse possédant toutes les qualités requises : justesse, sens de la mesure, du rythme, sensibilité, présence, naturel, bonne diction, etc. Sa voix a la fraîcheur de son âge, un peu perchée, mais sans stridence, et d’une grande étendue. Elle possède une mémoire musicale remarquable et peut doubler sans difficulté la plupart de ses disques préférés, y compris les chorus acrobatiques des Double-Six !
Magazine : Jeunesse Cinéma
France Gall est journaliste du numéro 83
N°83
Novembre 1964

