
En 1992, Laissez passer les rêves ouvre l’album Double Jeu et s’impose comme son premier grand succès. France Gall y pousse Michel Berger à déplacer ses lignes : le monde change, la musique doit grincer, se déstructurer, respirer autrement. De cette tension naît une chanson au groove contenu, portée par une basse tendue, où rien ne se relâche vraiment.
Le texte convoque celles et ceux qui ont élargi l’horizon : Charlie Chaplin, Martin Luther King, Jules Verne, Mère Teresa… Des figures qui rappellent qu’il est encore possible d’inventer, de créer, de “battre des ailes pour rattraper le ciel”. La voix de France Gall et celle de Michel Berger avancent à l’unisson, presque fondues dans l’orchestration, cherchant un point d’équilibre rare.
Le clip officiel, réalisé en 1992 par Philippe Gautier, prolonge cette idée d’un monde en suspension. Fidèle à son approche, le réalisateur construit un espace visuel qui ne se livre pas immédiatement : gestes, rythmes et matières dialoguent avec la musique sans l’illustrer littéralement. Philippe Gautier, qui réalisera aussi en 1997 le clip de Résiste (album France), inscrit ici l’image dans un rapport poétique au son. Restaurée par France Gall Collection, cette vidéo redonne toute sa lisibilité à un moment clé de Double Jeu. Laissez passer les rêves reste aujourd’hui une invitation intacte : préserver l’élan, même lorsque tout semble vouloir le contraindre.
France Gall