France Gall n°6 – FG (Les sucettes) | CD avec OBI | Japon

AccueilAnnées2000France Gall n°6 – FG (Les sucettes) | CD avec OBI |...

Édition japonaise CD avec OBI, parue le 18 novembre 2000, cette réédition propose l’album France Gall n°6, dit Les sucettes, initialement publié en France en novembre 1966. Boîtier standard, bande OBI* au format japonais ; livret reprenant l’iconographie d’origine et les paroles en français avec traduction japonaise. Le crédit du livret mentionne une courte note signée Tomoko Kataoka (Instant Cytron).

Sorti fin 1966, l’album marque un tournant : contrairement aux pratiques de compilation des débuts, il réunit ici sept titres inédits (cinq avaient déjà existé en EP/45 tours), dans une couleur pop nette, arrangements sobres et efficaces signés Goraguer. On y croise la naïveté assumée (Oh ! Quelle famille), des teintes plus mélancoliques (Il neige, L’Écho) et des pièces au climat rêveur (La rose des vents). 

La chanson-titre officieuse, Les sucettes, écrite par Serge Gainsbourg, concentre l’essentiel de la postérité du disque : un texte à double lecture qui déchaîne la polémique à l’époque, tout en figeant l’instant où la chanteuse, 18 ans, passe du registre enfantin à une image plus ambiguë, transition que France Gall vivra douloureusement. La trajectoire publique du morceau, ses mises en images télé et ses commentaires ultérieurs de Gainsbourg sont abondamment documentés. 

Au-delà du “cas” Les sucettes, l’album éclaire la fin du premier cycle Philips : écriture sur mesure (Gainsbourg, Rivière/Bourgeois), direction musicale limpide et formats courts qui cadrent l’interprétation précise de France Gall. Le geste discographique s’inscrit entre Baby Pop (mai 1966) et 1968 (février 1968), confirmant une cadence d’albums studio régulière à la fin des sixties. 

*L’OBI (帯) est la bande cartonnée/papier qui entoure l’objet et centralise prix, code-barres et mentions locales ; c’est un élément typique du packaging japonais, souvent décisif pour les collectionneur·euse·s. 

France Gall – Les sucettes – CD Japon 2000 avec OBI
Montage 2024 de l’escalier du Domaine de l’Ocrerie, intégrant France Gall (1966) sur photo envoyée par Cathy Wagner.

Titres | 1. Tu n’as pas le droit 2:00 | 2. Il neige 2:20 | 3. Oh ! Quelle famille 1:57 | 4. Les leçons particulières 2:32 | 5. J’ai retrouvé mon chien 2:38 | 6. Bonsoir John John 2:14 | 7. Celui que j’aime 2:32 | 8. L’écho 2:17 | 9. La rose des vents 2:21 | 10. La guerre des chansons 2:32 | 11. Les sucettes 2:33 | 12. Quand on est ensemble 2:07

OBI (transcription + traduction) | ミニ・アルバム「フランス・ギャル」— Les Sucettes(レ・シュセット)| 解説・歌詞・対訳付 (notes explicatives, paroles et traductions incluses) | ジャンル:ポップス/ヴォーカル (genre : pop / vocal) | 収録曲 : 1. あなたに権利はない (Tu n’as pas le droit) | 2. 雪が降る (Il neige) | 3. ああ!なんて家族 (Oh ! Quelle famille) | 4. 個人レッスン (Les leçons particulières) | 5. 私の犬を見つけた (J’ai retrouvé mon chien) | 6. ボンソワール・ジョン・ジョン (Bonsoir John John) | 7. わたしの好きな人 (Celui que j’aime) | 8. エコー (L’écho) | 9. 風の薔薇 (La rose des vents) | 10. シャンソン戦争 (La guerre des chansons) | 11. シュセット (Les sucettes) | 12. 一緒にいると (Quand on est ensemble) | 管理表示:00.11.18(66.11)/ 02.11.17まで (indication de validité imprimée : 18/11/2000 (66.11) / jusqu’au 17/11/2002) | バーコード 4988005258380 | レーベル : PHILIPS

Mentions légales & crédits | France Gall est accompagnée par Alain Goraguer et son orchestre | Production : Éditions Bagatelle | Enregistrement : Studio Davout | Réalisation : Denis Bourgeois | Crédits photos (pochette) : recto Patrick Bertrand ; verso Marina Raith | Face arrière : « Universal International, A Universal Music Company. Marketed by Victor Entertainment, Inc. Made in Japan. STEREO/MONO » | UICY-3052 | (P) 1996 Polydor France, un label Universal Music | Philips ; Universal ; Victor Entertainment ; JASRAC ; Compact Disc Digital Audio.

France Gall chante “Les sucettes” lors de l’émission du 8 septembre 1966 “Viva Morandi”. Gianni Morandi, de son vrai nom Gian Luigi Morandi, est un chanteur et acteur italien né le 11 décembre 1944 à Monghidoro.


France Gall chante Les sucettes en duo avec Serge Gainsbourg le 11 janvier 1967 au milieu de danseurs du Moulin de la Galette.


Mes chanteuses préférées ont toutes des points communs. D’abord, l’innocence. Par exemple Astrud Gilberto. Elle chante avec une liberté enfantine, et nous fait entendre la musique avec une candeur presque maladroite. Ensuite, un côté jazzy. Là, je pense à Blossom Dearie. Elle n’est pas une virtuose technique, mais elle adapte son style avec souplesse et colore chaque morceau de sa propre voix, d’une façon adorable. Et puis, il y a le romantisme. Pourquoi ne pas citer Claudine Longet ? Sa voix murmurée, elle qui est avant tout actrice, donne l’illusion qu’elle chante pour soi seul, et plonge l’auditeur dans un état de rêve. Et si, en plus, elle est jolie, c’est encore mieux !

La France Gall que vous avez aujourd’hui entre les mains correspond pour moi à toutes ces qualités indispensables. C’est une artiste que j’admire profondément. Il y a quelque temps, j’écoutais souvent une émission de radio FM animée par les deux membres de FLAT FACE, qui diffusaient notamment de la musique de Serge Gainsbourg et Jane Birkin. Parmi ces morceaux français, il y avait aussi des chansons de France Gall, et je n’ai pas mis longtemps à devenir fan.

J’ai même imité son style : coupe au carré, pull rouge vif, bonnet en tricot… ce genre de choses. Alors, laissez-moi vous présenter rapidement cette fille qui m’a complètement captivée.

France Gall, de son vrai nom Isabelle Gall, est née à Paris le 9 octobre 1947. Sa mère Cécile était chanteuse d’église, son père Robert Gall, ancien chanteur d’opéra devenu parolier, a écrit notamment La Mamma pour Charles Aznavour. Son grand-père Paul Berthier était organiste et fondateur de la prestigieuse chorale des Petits Chanteurs à la Croix de Bois. Ses frères jumeaux jouaient de la guitare swing. Elle grandit donc dans une famille entièrement musicale.

Elle commence le piano à cinq ans, la guitare à onze ans, forme un groupe avec ses frères et s’amuse à faire de la musique. Son surnom à l’époque était Babou. Sur proposition de son père, elle enregistre ses chansons sur magnétophone. Une maison de disques l’entend et elle signe le jour de ses seize ans. Elle débute avec Ne sois pas si bête. En 1965, le succès énorme de Sacré Charlemagne, chanson enfantine écrite par son père, la transforme en idole adolescente.

La même année, elle représente stratégiquement le Luxembourg à l’Eurovision à Naples avec Poupée de cire, poupée de son, écrite par Serge Gainsbourg, ami de son père. Elle remporte le Grand Prix et devient instantanément une idole mondiale. Commence alors une période effrénée : spectacles en chaîne, sans vraiment comprendre ce qui lui arrive.

Puis elle sort le titre controversé Les sucettes. Littéralement “sucettes”. Interprétée naïvement comme une chanson mignonne, cette innocence renforce en réalité son sous-entendu érotique. On raconte qu’à la télévision on lui donnait une sucette à lécher devant le public. Un peu comme ces scènes ambiguës dans certaines émissions de nuit. Quand elle comprend le véritable sens des paroles, elle est profondément blessée et reste enfermée chez elle à pleurer pendant une semaine. Elle publie seize EP chez Philips, mais avec le déclin du yéyé, elle est progressivement oubliée. Dans les années 1970, c’est Michel Berger qui la sauve. Il écrivait déjà pour Véronique Sanson, Françoise Hardy et d’autres artistes. Compositeur et producteur de premier plan, au point que même Elton John l’aurait sollicité.

D’abord hésitant face à la difficulté d’un retour, il accepte finalement de collaborer avec elle, touché par sa détermination. En mai 1974 sort La déclaration d’amour, qui atteint 100 000 ventes en trois semaines. Ils se marient en 1976. Leur partenariat artistique et personnel dure jusqu’à la mort de Berger en 1992. France Gall se libère alors définitivement de l’image de “petite idole yéyé” pour devenir une grande artiste française.

France Gall fait de la musique depuis le collège. La réduire à une simple lolita serait une erreur. Sa musique est innocente, jazzy, romantique, sincère, animée par le simple amour de chanter. Elle aime le jazz au point de demander à son arrangeur Alain Goraguer des morceaux dans ce style. Elle sait aussi adapter sa voix à chaque chanson : murmures graves, voix enfantine, rires, intonations changeantes, toujours avec groove. Pour N’écoute pas les idoles, elle n’aimait pas la photo de la première pochette et a demandé qu’on la remplace. Une vraie conscience de son image. On pourrait même plaisanter en se demandant si l’affaire des Sucettes n’était pas calculée ! L’album présenté ici est celui qu’elle a sorti en 1967 (NDLR : 1966). Un disque joyeux, rempli de chansons charmantes, souvent destinées aux enfants. Bien sûr, on y trouve aussi Les sucettes.

1. Tu n’as pas le droit / Tu n’as pas le droit

Un morceau rythmiquement complexe, basé sur une mesure en 7/8. Et pourtant, la mélodie reste très accessible à l’auditeur – c’est tout le talent du duo Gérard Bourgeois et Jean-Max Rivière, associé au style net et précis de France Gall qui articule chaque note avec clarté. Le refrain, chanté en double piste, est puissant et marquant.

2. Il neige / Il neige

Changement total d’atmosphère : une ballade baroque et romantique. France Gall y chante avec douceur, presque dans un souffle. Les cordes feutrées et le célesta apportent une ambiance hivernale, presque de Noël.

3. Oh ! Quelle famille / Oh ! quelle famille

Une chanson sur une grande famille qui ressemble tellement à celle de France Gall qu’on pourrait croire que c’est autobiographique. Déjà très enfantin dans sa composition, le morceau est rendu encore plus adorable par les chœurs en unisson des Petits Chanteurs d’Île-de-France. La voix de France, ponctuée de rires, apporte une touche décontractée.

4. Leçons particulières / Les leçons particulières

Un morceau rapide en 8-beat, avec un couplet énergique porté par une section de cuivres, en contraste parfait avec un refrain beaucoup plus mélodique et poignant. Ce contraste très réussi est signé par l’équipe de choc : Alain Goraguer (alias « Oncle Go-Go »), Jacques Datin et Maurice Vidalin. Une chanson jusque-là inédite en single SP ou EP.

5. J’ai retrouvé mon chien / J’ai retrouvé mon chien

Inspirée d’un fait réel : le caniche noir de France, prénommé Nougat, avait disparu. Une chanson joyeuse et vivante, portée par les Petits Chanteurs d’Île-de-France. L’accompagnement au clavecin est aussi très efficace.

6. Bonsoir John-John / Bonsoir John John

France Gall aurait été bouleversée par l’assassinat de John F. Kennedy diffusé en direct à la télévision en 1963, et aurait voulu lui rendre hommage. Quand son fils John-John est venu en France, elle commande cette chanson à Claude-Henri Vic et Gilles Thibaut pour la lui dédier. Une mélodie douce et parlée, empreinte de la tendresse de France Gall.

7. Celui que j’aime / Celui que j’aime

Une ballade mélancolique écrite par le père et le frère de France, Robert et Patrice Gall. Le picking à la guitare acoustique dégage une émotion à fleur de peau, et les falsettos de France résonnent avec une sensibilité très lyrique.

8. L’écho / L’echo

Un jazz-waltz dans lequel excelle France Gall. Le piano d’Alain Goraguer est d’une grande classe. Le mot écho est accentué par une réverbération bien dosée, et le pont utilise des effets d’écho/delay assez typiques – peut-être un peu clichés aujourd’hui, mais à l’époque, c’était stylé et novateur. Moi, j’adore.

9. La rose des vents / La rose des vents

Le disque approche de son final, et ce morceau en mode mineur s’impose comme un moment fort. Les cordes renforcent l’intensité de l’émotion. Une ligne mélodique d’une grande beauté, à vous serrer le cœur.

10. La guerre des chansons / La guerre des chansons

Une chanson qui transmet le regard critique de France Gall sur les jeunes emportés par les modes musicales. Une structure typique du yéyé : un morceau en mineur sur un rythme twist, avec un orgue Hammond très groovy.

11. Les sucettes / Les sucettes

L’œuvre controversée de Gainsbourg. Une chanson à la mélodie rêveuse, un arrangement planant, mais des paroles ambiguës. Le changement d’accords du refrain et les sauts mélodiques soudains témoignent du génie de son auteur. Serge a lui-même laissé un enregistrement étonnant : guitare wah-wah à gauche, voix à droite.

12. Quand on est ensemble / Quand on est ensemble

Ce titre clôt l’album. Il a été coécrit par Frank Pourcel (compositeur du célèbre I forget you), Raymond Lefèvre, Roland Bérthier et Robert Gall. Un arrangement vocal féminin très émouvant accompagne une mélodie touchante. Un magnifique morceau pour finir.

Note signée 片岡知子 (Tomoko Kataoka)