5 minutes d’amour | France Gall | Top à Michel Fugain

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France Gall, 5 minutes d'amour, Top à Michel Fugain, 1972

Le 2 décembre 1972, France Gall interprète 5 minutes d’amour dans l’émission Top à Michel Fugain, l’un des numéros hebdomadaires de la série Top à…, construite chaque semaine autour d’un invité entouré d’artistes, de danseurs et de sketches. Ce soir-là, l’invité d’honneur est le chanteur Michel Fugain, accompagné de son groupe le Big Bazar. France Gall y apparaît deux fois à la suite : d’abord en duo avec Michel Fugain sur Dépêche-toi, puis seule sur 5 minutes d’amour, juste avant l’arrivée de Joe Dassin sur le plateau.

Un come-back sous le parrainage de Julien Clerc

Ce 45 tours 5 minutes d’amour marque une étape particulière pour France Gall. C’est sa troisième maison de disques en quatre ans, après Philips puis un bref passage chez Atlantic. Cette instabilité ne tient pas à un manque de talent : à cette époque, ses ventes sont simplement confidentielles. Pathé est alors le label de Julien Clerc, dont elle est la petite amie. Cette proximité n’est sans doute pas étrangère à la signature.

Fondé en 1894 par Émile Pathé, le label devient en 1936 la branche française du groupe anglais EMI. Il disparaîtra sous cette seule bannière en 1990 ; il appartient aujourd’hui au groupe Warner. C’est Bertrand de Labbey, éditeur et manager de Julien Clerc, qui pilote cette nouvelle étape de la carrière de la chanteuse. Il reste à ses côtés pour 5 minutes d’amour, malgré l’échec commercial du single précédent, Frankenstein.

Le retour des auteurs de Bébé requin

La chanson sort en 45 tours chez Pathé en juin 1972, avec La Quatrième Chose en face B. Les deux titres marquent le retour d’un duo d’auteurs bien connu de la chanteuse : Jean-Michel Rivat et Frank Thomas. Ils avaient déjà écrit pour elle le tube Bébé requin, cinq ans plus tôt, en 1967. La musique de 5 minutes d’amour est signée Roland Vincent, qui dirige également l’orchestre sur l’enregistrement.

Un virage pop après l’échec de Frankenstein

Ce disque arrive dans une période discrète de la carrière de France Gall chez Pathé. Il sort quelques mois après l’échec commercial de Frankenstein, un 45 tours écrit par Serge Gainsbourg. 5 minutes d’amour, par contraste, revient à une variété plus légère et dansante, proche de certains tubes de Claude François ou de ses poulains comme Alain Chamfort. France Gall y double elle-même sa voix, à l’unisson sur les couplets puis avec quelques harmonies sur les refrains.

Ce précédent disque n’était pourtant pas passé inaperçu en coulisses. Frankenstein est écrit par Serge Gainsbourg au sortir de son album culte Histoire de Melody Nelson. Il le compose en collaboration avec le musicien Jean-Claude Vannier. Dans une ambiance de cabaret d’outre-tombe, la chanson revisite librement le roman de Mary Shelley publié en 1818.

Sa face B, un texte explicitement érotique, s’appelait d’abord Les Petits Tétons dans les notes de Gainsbourg, avant d’être rebaptisée Les Petits Ballons. Elle ne provoque pourtant aucun scandale particulier et passe inaperçue. Bertrand de Labbey se souvient avoir craint que Gainsbourg ne l’envoie balader, redoutant que la chanteuse ne vende plus assez de disques pour l’intéresser. Il le trouve finalement « d’une courtoisie exquise ».

La méthode Delpech, un mur du son version France Gall

Pour densifier encore le son de 5 minutes d’amour, Roland Vincent utilise une méthode de studio bien particulière. Il fait chanter l’artiste six ou sept fois la même piste vocale, puis multiplie ces prises pour créer un effet de masse sonore. Cette technique, qu’il employait aussi pour Michel Delpech, évoque le mur du son inventé une décennie plus tôt par le producteur américain Phil Spector.

Le musicologue Serge Elhaïk, dans son ouvrage Les Arrangeurs de la chanson française, surnomme d’ailleurs ce procédé la « méthode Delpech ». Un nom qui rend hommage à l’artiste pour lequel Roland Vincent l’avait mise au point la première fois.

La Quatrième Chose, la face B méconnue

La face B, La Quatrième Chose, prend une direction plus intime. Une guitare folk accompagne le couplet, avant que des voix superposées ne viennent habiller le refrain. Le recul des années permet aujourd’hui de mesurer la délicatesse de cette production, assez rare pour la variété de l’époque.

Dans les coulisses de Top à Michel Fugain

Cet épisode de Top à… correspond au vingt-et-unième de la première saison de l’émission, selon les bases de données professionnelles du secteur (IMDb Pro). Diffusée sur la première chaîne, la case propose chaque semaine un format d’une heure construit autour d’un invité vedette.

En cette fin d’année 1972, Michel Fugain est au sommet. Son groupe, Fugain et Le Big Bazar, vient de signer l’un des plus grands succès de l’année avec Une belle histoire, un titre resté numéro un des ventes en France. Il n’est donc pas surprenant que la chaîne lui confie, ce soir-là, les clés de sa propre émission.

Sur ce même plateau, l’émission réunit aussi Joe Dassin, qui interprète Un peu de paradis puis La Complainte de l’heure de pointe en play-back. On y retrouve également l’humoriste Sylvie Joly, le chanteur Marcel Amont, et la chanteuse italienne Caterina Caselli, venue reprendre Une belle histoire en duo avec Michel Fugain. Comme chaque semaine dans Top à…, l’émission se referme sur un numéro collectif du Big Bazar, le groupe qui accompagne Fugain sur scène.

Et après : Par plaisir, en 1973

5 minutes d’amour reste le seul disque de France Gall publié en 1972. L’année suivante, en 1973, elle enregistre Par plaisir, toujours avec Roland Vincent à la musique. Fini les femmes soumises qui implorent un instant de tendresse : la chanson parle d’émancipation et d’indépendance. En 1996, France Gall racontera avoir chanté ce titre avec « un vibrato à la Véronique Sanson », dont le second album venait alors de paraître, produit par un certain Michel Berger.

Cette même fin d’année 1973, elle apparaît dans deux autres émissions de variétés populaires, Top à Jean-Claude Brialy et Top à Sacha Distel, avant qu’un nouveau chapitre de sa carrière ne s’ouvre, aux côtés de Michel Berger.


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