Édition japonaise CD avec OBI, parue le 31 janvier 2018, cette collection* propose l’album France Gall n°6, dit Les sucettes, initialement publié en France en novembre 1966. Pochette cartonnée, bande OBI** au format japonais et sticker SHMCD (Super High Material Compact Disc) ; livret reprenant l’iconographie d’origine et les paroles en français avec traduction japonaise. Le crédit du livret mentionne une courte note signé
Kenzo Saeki, un musicien, compositeur, parolier et producteur japonais, né à Chiba (Japon).
Sorti fin 1966, l’album marque un tournant : contrairement aux pratiques de compilation des débuts, il réunit ici sept titres inédits (cinq avaient déjà existé en EP/45 tours), dans une couleur pop nette, arrangements sobres et efficaces signés Goraguer. On y croise la naïveté assumée (Oh ! Quelle famille), des teintes plus mélancoliques (Il neige, L’Écho) et des pièces au climat rêveur (La rose des vents).
La chanson-titre officieuse, Les sucettes, écrite par Serge Gainsbourg, concentre l’essentiel de la postérité du disque : un texte à double lecture qui déchaîne la polémique à l’époque, tout en figeant l’instant où la chanteuse, 18 ans, passe du registre enfantin à une image plus ambiguë, transition que France Gall vivra douloureusement. La trajectoire publique du morceau, ses mises en images télé et ses commentaires ultérieurs de Gainsbourg sont abondamment documentés.
Au-delà du “cas” Les sucettes, l’album éclaire la fin du premier cycle Philips : écriture sur mesure (Gainsbourg, Rivière/Bourgeois), direction musicale limpide et formats courts qui cadrent l’interprétation précise de France Gall. Le geste discographique s’inscrit entre Baby Pop (mai 1966) et 1968 (février 1968), confirmant une cadence d’albums studio régulière à la fin des sixties.
Anecdote de pochette : la photographie, signée Patrick Bertrand, a été réalisée en 1966 au Domaine de l’Ocrerie (Pourrain, Yonne) — un lieu qui existe toujours et accueille aujourd’hui résidences et expositions. En 2024, Cathy Wagner, actuelle propriétaire du Domaine, m’a transmis une photo du même escalier, cadrée dans l’esprit du cliché d’époque. Pour le plaisir de la comparaison, j’ai réalisé un montage en y intégrant la France Gall de 1966 ; ce visuel est présenté juste sous ce texte.
*Cette collection en provenance du Japon contient les rééditions suivantes : Mes premières vraies vacances (1964), Poupée de cire, poupée de son (1965), Baby pop (1966) , FG (1966) et 1968 (1968). Chaque édition contient un livret de 20 pages environ avec l’intégralité des paroles en Français et en Japonais.





**L’OBI (帯) est la bande cartonnée/papier qui entoure l’objet et centralise prix, code-barres et mentions locales ; c’est un élément typique du packaging japonais, souvent décisif pour les collectionneur·euse·s.
Titres | 1. Tu n’as pas le droit 2:00 | 2. Il neige 2:20 | 3. Oh ! quelle famille 1:57 | 4. Les leçons particulières 2:32 | 5. J’ai retrouvé mon chien 2:38 | 6. Bonsoir John John 2:14 | 7. Celui que j’aime 2:32 | 8. L’écho 2:17 | 9. La rose des vents 2:21 | 10. La guerre des chansons 2:32 | 11. Les sucettes 2:33 | 12. Quand on est ensemble 2:07 | Bonus | 13. Boom Boom | 14. Polichinelle
Éléments OBI (traduction du japonais) | Serge Gainsbourg a glissé un double sens érotique sous des paroles candides, déclenchant la controverse autour de Les sucettes (traduit Annie et les bonbons) ; l’album inclut l’atmosphère douce de Bonsoir John John. 4ᵉ album de France Gall (œuvre de 1966). | Spécificités : pochette cartonnée miniature (réplique du premier LP français) | Reproduction de la mise en page du LP japonais de l’époque | Source audio : remaster 2017 à partir des bandes analogiques originales françaises | SHM-CD (Super High Material CD) : matériau polycarbonate haute transparence améliorant la lecture, lisible sur tous les lecteurs CD | Tirage limité | Stéréo/Mono
Mentions légales & crédits | France Gall accompagnée par Alain Goraguer et son orchestre | Production : Éditions Bagatelle | Enregistrement : Studio Davout | Réalisation : Denis Bourgeois | Crédits visuels d’origine LP : Recto photo Patrick Bertrand ; Verso photo Marina Raith (“Formidable”) | Marques/logos : Philips, Universal Music, Compact Disc, SHM-CD, JASRAC | Cat. no : UICY-78577 | Code-barres : 4988031259436 | Prix indiqué : ¥2,667 (+ taxe) | Mentions disque : « A Polydor release ; © 2018 / © 1966 Polydor (France) — USM Japan, a Universal Music Company. Marketed & Distributed by Universal Music LLC. Made in Japan. STEREO/MONO (POPS). » | Avertissement : « Tous droits du producteur et du propriétaire de l’œuvre enregistrée réservés ; duplication, prêt, location, exécution publique et radiodiffusion interdits. »
France Gall chante “Les sucettes” lors de l’émission du 8 septembre 1966 “Viva Morandi”. Gianni Morandi, de son vrai nom Gian Luigi Morandi, est un chanteur et acteur italien né le 11 décembre 1944 à Monghidoro.
France Gall chante Les sucettes en duo avec Serge Gainsbourg le 11 janvier 1967 au milieu de danseurs du Moulin de la Galette.
Livret : notes par Kenzo Saeki
Kenzo Saeki (佐伯賢三 / Saeki Kenzō) est un musicien, compositeur, parolier et producteur japonais, né à Chiba (Japon). Il est notamment connu pour avoir sorti en 2003 un album hommage à Serge Gainsbourg intitulé L’homme à la tête de sushi.
Il participe aussi, en 2008, à la compilation Cloclo Made In Japan, une collection hommage à Claude François, où il reprend des titres comme Le Lundi au soleil et Magnolias for ever. Des articles et blogs mentionnent aussi qu’il s’est fait connaître dans les années 1980–90 comme chanteur-producteur-compositeur, notamment avec le groupe The Halmens, et qu’il est associé à des projets influencés par la chanson française (versions de standards de Serge Gainsbourg ou Nino Ferrer, par exemple).
Traduction du texte du livret additionnel du japonais vers le français / Veuillez noter que la traduction ci-dessous peut ne pas refléter fidèlement le texte original. Elle est fournie à titre informatif et pourrait contenir des différences de style, de ton ou de signification par rapport à l’œuvre source. Pour une interprétation exacte et définitive, nous vous recommandons de vous référer au texte dans sa langue d’origine.
Laissez‑moi vous présenter le quatrième album de France Gall, FG (aussi connu sous le nom Les Sucettes). Le disque commence par une chanson qui, littéralement, raconte : “On a l’impression d’être au paradis avec France Gall. Une fois la sucette terminée, on court à la pharmacie pour acheter une autre sucette à sucer.” En résumé, il s’agit du fait qu’une femme suce quelque chose dans sa bouche, ce qui est une métaphore sexuelle. C’est une chanson “lolita” remplie de la malice de Serge Gainsbourg que France Gall chante sans en connaître la véritable intention.
France Gall, qui avait débuté en 1963 en plein cœur du mouvement rock’n’roll français yéyé, connaît un énorme succès avec Poupée de cire, poupée de son en 1965 et fait le tour du monde. Puis, en novembre 1965 et en août 1966, elle se produit deux fois au Japon, ce qui la rend également célèbre ici. Ce disque a été publié en France en novembre 1966.
On dit que, à l’époque, le yéyé s’essoufflait déjà, et pourtant cet album, rempli de lyrisme et de couleurs, est arrivé à point nommé. Il est porté par une équipe de production prestigieuse qui élève sa qualité.
Le point d’orgue de ce disque est bien sûr la piste titre, Les sucettes / Annie et les sucettes, une œuvre de Serge Gainsbourg.
Au cinéma, le film Le Dernier Tango à Paris (titre français connu au Japon comme Ma dernière manière) est sorti, un film évocateur où France Gall joue un rôle important, apparaissant comme la petite amie de Claude (personnage joué dans le film). On la voit dans les coulisses du théâtre en tant qu’idole montante visitant les loges, puis le personnage principal la fréquente. C’était vers 1964. (NDLR : information fausse)
La chanson Les sucettes parle d’une fille qui adore les sucettes à l’anis. La couleur de ces sucettes est la même que celle de ses yeux, et quand on les suce, on dit qu’elles rendent heureux. Dans le refrain, l’image est très précise.
Puis survient le méga‑succès de 1965, Poupée de cire, poupée de son, qui propulse France Gall au sommet. À partir de là, la situation s’inverse entre Claude et Gall : Claude, qui était déjà une star majeure, commence à perdre de sa popularité, tandis que la popularité de France Gall dépasse même celle de Sylvie Vartan. Le public les voit de moins en moins ensemble. Est‑ce ce qui arrive vers la seconde moitié de 1966, au moment de la sortie de cet album ? La séparation devient évidente en 1967, quand Claude écrit Comme d’habitude (Comme d’habitude / « Comme toujours »), une chanson triste dont les paroles disent :
« Comme d’habitude, tu ne rentres pas, comme d’habitude tu es avec quelqu’un… Je vais au lit tout seul. » (NDLR : TRADUCTION japonaise de l’auteur)
Ce morceau devient un grand succès. Paul Anka, l’ayant entendu dans le sud de la France, décide de l’adapter en anglais pour son mentor Frank Sinatra sous le titre My Way, donnant naissance à l’une des plus grandes chansons du siècle. France Gall est ainsi considérée comme ayant aidé Claude à devenir ce grand auteur‑compositeur, et joue un rôle majeur dans cette transformation. Si cette version des faits est correcte, qu’en est‑il alors de Les sucettes, sorti en mai 1966 (NDLR : en juin 1966) ? Ceux qui connaissent l’histoire racontent que Claude, un homme séducteur, commença à fréquenter la jeune Gall, nouvelle chanteuse prometteuse, un peu sur le ton de la plaisanterie. Mais, après que France Gall devint une grande star, les positions s’inversèrent, et Claude fut blessé de voir sa position éclipsée. Cela ressemble à une vraie histoire d’adulte. Alors, la version selon laquelle France Gall n’aurait pas compris la vraie signification de Les sucettes… hmm, on peut aussi imaginer que cette explication avait été construite derrière la chanson.
D’un autre côté, il existe aussi une anecdote selon laquelle elle aurait dit avec détachement : « Une chanson comme celle‑ci me va tellement bien que je ne suis plus une enfant. » Donc la vérité reste entourée de mystère.
Mais en écoutant cet album, on comprend la véritable valeur du talent de France Gall. Quand on pense à France Gall, certains disent que sa prononciation un peu infantile et sa voix de petite fille lolita sont simplement immatures. Pourtant, Tu n’as pas le droit est parfaitement juste au niveau du pitch et de la justesse.
Puis Il neige, une ballade, utilise un style whisper‑like (chant chuchoté) très délicat, sans vibrato, avec des notes tenues parfaitement en place, ce qui est en réalité difficile à chanter. Et ensuite, dans le morceau vif Oh ! Quelle famille !, elle chante soudainement de manière enfantine aux côtés du chœur des Petits Chanteurs d’Île‑de‑France.
Il est dit que : Quand un idole chante trop bien, cela lui enlève son charme. C’est une phrase célèbre d’un grand fan japonais d’idoles, Ôtoku Porsche, qui a contribué au succès de Perfume. France Gall, issue d’une famille de musiciens (grand‑père organiste d’église, mère chanteuse d’église, père parolier pour Charles Aznavour), est une artiste née dans ce milieu. Il est possible que ses producteurs aient choisi intentionnellement une approche qui donne une impression de chant naïf mais attachant, car cela touche le cœur.
Passons à la description des chansons :
M1, M2 sont des compositions de Jean‑Max Rivière et Gérard Bourgeois, célèbres pour de nombreux succès, notamment pour Brigitte Bardot.
M1 « Tu n’as pas le droit » est basée sur une mesure complexe intégrant des temps en 7/8. France Gall relève ce défi et le réussit, ce qui renforce sa musicalité et contribue à ce que sa musique ne vieillisse pas.
M2 « Il neige » évoque As Tears Go By des Rolling Stones par ses beaux arrangements de cordes ; sa progression d’accords, de style baroque, est très élaborée.
M3 « Oh ! Quelle famille ! » parle d’une grande famille pleine de disputes et de rires, à l’image de la propre famille de France Gall, où ses frères jumeaux jouent des instruments.
M4 « Leçons particulières » alterne couplet avec cuivres et refrain plus doux, décrivant la relation ambivalente entre un professeur particulier et une élève.
M5 « J’ai retrouvé mon chien » est inspiré par la véritable disparition du caniche noir de France Gall, nommé Nougat. L’accompagnement en dialogue avec les Petits Chanteurs d’Île‑de‑France est joyeux, évoquant des souvenirs de groupes comme Finger 5.
M6 « Bonsoir John‑John », sorti en single en septembre 1966 après Les sucettes, a été écrit à l’initiative de France Gall elle‑même pour encourager John F. Kennedy Jr., fils de John Kennedy, assassiné en 1963, lors de sa venue en France. Le texte chante avec tendresse : « Papa est parti, alors laisse ta place de chef à lui ; si tu es un bon garçon peut‑être que papa viendra en rêve te faire un bisou. » Cette chanson maternelle est un élément important de l’image d’idole. Bien qu’elle soit discrète, elle a atteint la 9e place dans les charts, peut‑être grâce à son contenu réaliste.
M7 « Celui que j’aime » est une ballade mélancolique avec paroles de Robert Gall (père) et musique de Patrice (frère jumeau). La guitare acoustique y apporte une touche nostalgique, et le falsetto de France Gall est particulièrement lyrique.
M8 « L’écho » est une excellente valse jazz dans laquelle France Gall chante des phrases comme « ton rire, ta gentillesse, ta voix font écho », avec une vraie réverbération sur la voix. Le pont évoque la nuit tombante et la passion amoureuse, comme une scène romantique dans les rues de Paris des années 60.
M9 « La rose des vents » chante avec émotion l’angoisse de la jeunesse incertaine, dans une mélodie pop française en mode mineur, renforcée par une voix au timbre froid et profond.
M10 « La guerre des chansons » délivre un message d’avertissement aux jeunes ballottés par les modes musicales, dans un rythme typique du début des années 60, et utilise l’orgue Hammond de manière groovy.
M11, la fameuse « Les sucettes », associe des cordes élégantes à un accompagnement de groupe net et raffiné. France Gall chante avec innocence une mélodie délicate qui contraste avec la signification du texte, donnant au morceau une double dimension : la beauté de la musique contre la noirceur du piège mis en place par Gainsbourg.
M12 « Quand on est ensemble » est une collaboration de grands noms de l’« easy listening » de l’époque : Frank Pourcel, Raymond Lefèvre, Roland Bérthier et le père de France, Robert Gall. Il chante la passion d’un amour nostalgique et rêveur, soutenu par des harmonies féminines touchantes.
En bonus, M13 « Boom Boom », sorti avec le single en 1966 avec M6, est une superbe valse jazz avec une ligne de contrebasse sautillante, swingante et légère.
M14 « Soupir d’amour », côté B du single de 1967 inclus dans 1968, s’intitule à l’origine Polichinelle, terme qui désigne un personnage de théâtre de marionnettes.
La biographie de France Gall raconte qu’elle est née dans un milieu musical simple et pur. Dans la douceur de ses chansons se trouve autant l’intention artistique du projet que la volonté musicale propre à Gall.
Note signée Kenzo Saeki (佐伯賢三 / Saeki Kenzō) / Décembre 2017

