Paru au Japon en 1965 sous la référence SFL-3086, ce 33 tours compile plusieurs chansons de France Gall issues de ses débuts chez Philips. Parmi les titres inclus, quatre morceaux marquent particulièrement cette période de jeunesse, à la fois espiègle et prometteuse.
Soyons sage est une chanson vive et malicieuse, dans laquelle France Gall joue avec les conventions amoureuses. L’arrangement met en valeur une pop légère, fidèle au style de ses premiers enregistrements.
Avec Jazz à gogo, l’univers musical s’ouvre à des influences plus marquées. Ce titre, devenu un classique de son répertoire, mêle rythme dansant et tonalité résolument moderne, illustrant bien l’ouverture de la chanson française aux sonorités internationales du moment.
Christiansen, quant à elle, adopte une ambiance plus sentimentale. La chanson évoque un amour de jeunesse avec douceur, dans un style simple mais touchant, porté par une mélodie fluide et une interprétation sensible.
Enfin, Sacré Charlemagne, probablement l’un des plus grands succès de France Gall à cette époque, complète cette sélection. Avec son texte amusé sur l’école et ses obligations, cette chanson s’adresse directement au jeune public, tout en s’imposant comme un tube populaire.
Cette édition japonaise, rare et recherchée, témoigne du rayonnement international de France Gall dès le milieu des années 60. Elle reflète aussi la variété de son répertoire, entre légèreté pop, influences jazz et ballades romantiques.
Ce disque est difficile à trouver.


Titres de France Gall | 1. Soyons sages 2:30 | 2. Jazz à gogo 2:26 | 3. Christiansen 2:37 | 4. Sacré Charlemagne 2:50
Mentions légales | France Gall For You | 1965 | Japon | 33t (format 45t) | 1 disque | 4 titres | Paroles et musique : G. Magenta, R. Gall, A. Goraguer, J. Datin, M. M. Vidalin, G. Liferman | Éditions Bagatelle & Gimmick | Pochette : crédit non indiqué | ℗ Philips | Référence : SFL-3086 | Fabriqué par Victor Company of Japan Ltd., Yokohama | Code pressage : PVM-2173 / PVM-2174
Traduction en français du texte signé Masao Kaneko de la pochette à partir du japonais : Cette traduction est proposée à titre informatif. Certaines formulations ont pu être adaptées pour respecter le sens original dans un contexte francophone.
Extrait d’un journal parisien – 14 octobre 1964 – Pluie. La pluie s’est mise à tomber en fin d’après-midi et s’est intensifiée peu à peu. Ne trouvant pas de taxi, j’arrive en retard devant le siège de Philips. Une voiture croise la mienne, s’arrête un peu plus loin. La fenêtre s’abaisse et un monsieur m’interpelle.
- Monsieur !
- Oui ? dis-je en me retournant.
- Nous vous attendions. C’est France Gall. Montez dans la voiture, s’il vous plaît.
À l’intérieur, une jeune fille mignonne est assise à côté du chauffeur. Je m’excuse pour le retard et monte à l’arrière.
- C’est tout près, allons à la maison. Je suis le père de France, Robert.
- Ah, vous êtes… le parolier ?
- Oui, Robert Gall.
J’ignorais qu’il s’agissait de son père. Cela m’a surpris. Il a l’air d’un professeur mais il semble facile d’accès. En entrant dans la maison, toute la famille vient m’accueillir, la mère, le frère, tout le monde. Meubles usés, piano, une atmosphère familière et simple, qui ne diffère en rien de notre quotidien. C’est un peu en désordre mais propre et sans prétention. Un foyer chaleureux.
- Un verre ? me propose Robert. C’est un apéritif typiquement français. Il me tend un verre d’absinthe diluée.
- Quelle belle maison, dis-je.
- Vraiment ? Nous vivons ici depuis toujours… Et dans cette maison, l’ambiance est naturellement chanson. Mes amis compositeurs, arrangeurs ou chanteurs viennent souvent jouer ici. Et France se joint toujours à eux.
- Depuis quand chantez-vous, mademoiselle Gall ?
- Oh, depuis longtemps. À l’école, mes camarades me disaient souvent : pourquoi tu ne deviens pas chanteuse ? Alors j’ai commencé à chanter et à m’entraîner à la guitare pendant environ un an et demi, avec un magnétophone. Puis j’ai montré les enregistrements à papa, qui les a transmis à ses amis. J’ai passé une audition. C’était le 11 juillet 1963, je crois. Quatre mois plus tard, mon premier disque est sorti : Mes premières vraies vacances.
- Parmi vos chansons, laquelle préférez-vous ?
- Je les aime toutes, mais peut-être Mes premières vraies vacances, Jazz à gogo, ou Christiansen…
- Vos artistes préférés ?
- En France, j’aime Sylvie Vartan, Françoise Hardy… et Monty, c’est un ami. Claude François, Charles Aznavour… Il y en a encore beaucoup d’autres.
- Et les sports ?
- Je joue au foot et au volley. J’ai deux frères, alors forcément…
- Elle prend sa guitare et commence à chanter doucement. Le cocker spaniel saute sur ses genoux.
- Nougat ! dit-elle en caressant sa grosse tête. Ses parents sourient doucement. Je me sens comme chez des amis. C’est une jeune fille sérieuse, intelligente, sans artifice. Elle devait certainement être bonne élève.
C’est vraiment une famille admirable. Il est presque temps de partir. À regret, je me lève. Toute la famille m’accompagne jusqu’à la porte. La pluie s’est arrêtée à Paris. Le cœur léger, je marche sur les pavés mouillés.
Face A
- “L’amour en sourdine” (Soyons sages) Paroles de Robert Gall, célèbre auteur et père de France Gall, musique de Guy Magenta. En France, ce titre est sorti à la fin 1963 sur le même EP que Jazz à gogo.
- “Jazz à gogo” Paroles de Robert Gall, musique d’Alain Goraguer. Au premier semestre 1964, ce titre a connu un grand succès aux côtés de Mes premières vraies vacances. Le titre fait référence au club new-yorkais Whisky à Go-Go, repris récemment à Paris dans un bar américain du même nom. C’est une chanson jazz entraînante, au ton rare dans la pop. Avec sa voix espiègle et séduisante, Gall y propose un swing plein d’entrain.
Face B
- “Christiansen” Paroles de Maurice Vidalin, musique de Jacques Datin. Paru à l’automne 1964 sur un EP, ce morceau est monté dans les premières places du hit-parade fin 1964. Il évoque un été passé avec un jeune homme venu de Norvège, Christian. Une chanson pleine de tendresse et de fraîcheur. C’est l’une de ses préférées.
- “Charlemagne” (Sacré Charlemagne) Paroles de Robert Gall, musique de Georges Liferman. Ce titre grimpe à la 19e place du hit-parade de Salut les copains en janvier 1965, puis atteint la première place en février. Charlemagne, empereur du 8e siècle, a fondé le royaume des Francs et conquis une grande partie de l’Europe. Il a aussi relancé les arts et est considéré en France comme le fondateur de l’école. La chanson joue avec l’esprit des jeunes : si Charlemagne n’avait pas inventé l’école, on ne serait pas obligés de souffrir comme ça.