Les années folles figure en ouverture de ce 45 tours quatre titres français paru en 1969 sous la référence La Compagnie EP 104. C’est la deuxième parution de France Gall chez ce label monté par Hugues Aufray et Norbert Saada, où la chanteuse vient de se réfugier après avoir tourné la page Philips. L’exemplaire présenté ici se distingue par deux détails recherchés par les collectionneurs : la languette d’origine du disquaire est toujours présente sur la pochette, et l’étiquette centrale du disque est bleue, l’une des variantes connues des macarons La Compagnie pour cette période.
Le pressage rassemble quatre morceaux. La face A enchaîne Les années folles et Le soleil au cœur ; la face B accueille La manille et la révolution puis Les quatre éléments. La photographie de la pochette est signée Gilbert Nencioli. Elle marque une rupture visuelle dans l’iconographie de la chanteuse : pour la première fois, ses longs cheveux blonds ne sont plus l’élément central de la mise en scène. Casquette enfoncée jusqu’aux yeux, elle fixe l’objectif de face, dans une attitude qui rompt avec les couvertures précédentes. Derrière les pupitres, la direction musicale est confiée à José Bartel, dont le grand public ne connaît pas forcément le nom mais qu’il a déjà entendu sans le savoir, puisque c’est lui qui prêtait sa voix à Nino Castelnuovo dans Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy. Bartel occupe par ailleurs un poste de directeur artistique au sein de La Compagnie.
La chanson-titre déroule un inventaire affectueux d’une décennie. Sur une rythmique enlevée portée par un soubassophone et des chœurs en lalala, France Gall convoque les attributs et les adresses parisiennes des années 1919-1929. La narratrice, prénommée Jeanne, repasse en revue les colifichets et les hauts lieux de sa jeunesse d’avant-guerre. La paternité du morceau est partagée : aux paroles françaises, on retrouve Boris Bergman, qui taillera quelques années plus tard l’un des plus grands succès d’Alain Bashung avec Gaby oh Gaby ; à la musique, la chanteuse et autrice-compositrice britannique Barbara Ruskin. La mélodie a en réalité une vie antérieure : Ruskin l’avait initialement écrite sous le titre Gentleman, please, dans l’espoir que Lulu la défende pour le Royaume-Uni à l’Eurovision 1969. Lulu lui a finalement préféré Boom bang-a-bang, choix payant puisque c’est avec ce titre qu’elle a remporté le concours.
Le soleil au cœur prolonge la face A sur un registre plus lumineux. Robert Gall y signe pour sa fille un texte aux accents hippie, posé sur une composition de Jean-Pierre Bourtayre. La chanson sera défendue à la télévision le 23 mars 1970 dans Tous en scène, France Gall en bottes et robe longue, partageant le plateau avec les facétieux Charlots.
Bascule de continent et d’époque pour ouvrir la face B. La manille et la révolution transporte l’auditeur dans le Mexique de 1910, en pleine insurrection. France Gall y campe un personnage embarqué malgré lui dans la mêlée familiale, entre rafales de fusil, rasades de tequila et parties de cartes qui dérivent vers le tir au canon. Le morceau a droit à sa séquence costumée le 7 février 1970 dans Musicolor, sombreros et ponchos de rigueur.
Le disque se referme sur Les quatre éléments, écrite et composée par Patrice Gall, frère de la chanteuse. Le texte propose un cheminement quasi initiatique d’un personnage masculin qui traverse l’eau, le feu, la terre et l’air, France Gall jouant les présences cachées au creux de chaque élément. La construction mélodique, soutenue par un arrangement précis, fait de cette face B l’un des morceaux les plus singuliers de la période La Compagnie.
Deux mots sur les particularités de cet exemplaire, recherchées par les collectionneurs. La languette du disquaire, parfois appelée languette de réapprovisionnement, est ce petit rabat de papier que les revendeurs de l’époque utilisaient pour ranger leurs stocks et anticiper leurs commandes auprès des distributeurs. Sa présence sur un pressage français des années 1960 reste assez rare aujourd’hui, et impacte directement la cote du disque. Quant à la rondelle bleue, elle désigne la couleur du label central : La Compagnie a produit ses pressages avec des macarons de plusieurs couleurs, et le bleu marque une partie des tirages de 1969-1970.
L’EP 104 a essaimé hors de France sous plusieurs formes : en Belgique chez Vogue (VB 133, avec uniquement Le soleil au cœur et Les années folles), en Espagne chez La Compagnie sous deux références distinctes (SN-20.339 avec les titres français, et SN-20.390 sous le titre Los años locos en version castillane), ainsi qu’au Canada (La Compagnie S. 107, couplant La manille et la révolution et Le soleil au cœur).
Titres | Face 1 : 1. Les années folles (3’05) | 2. Soleil au cœur (2’23) | Face 2 : 1. La manille et la révolution (2’07) | 2. Les quatre éléments (3’15)
Crédits auteurs et compositeurs | Face 1 : 1. Les années folles | Paroles : Boris Bergman | Musique : Barbara Ruskin | 2. Soleil au cœur | Paroles : Robert Gall | Musique : Jean-Pierre Bourtayre | Face 2 : 1. La manille et la révolution | Paroles : Boris Bergman | Musique : Hubert Giraud | 2. Les quatre éléments | Paroles et musique : Patrice Gall
Mentions légales & crédits | France Gall | Les années folles | Super 45 tours (EP) | Avec languette | 45 rpm | Label : La Compagnie | Distribution : Discodis | Production : Norbert Saada | Arrangements et direction musicale : José Bartel | Prise de son : Roger Roche (Europa Sonor) | Photo : Gilbert Nencioli | Référence catalogue : EP 104 | Société de droits : BIEM | Année de sortie : 1969 | Fabrication : Made in France | Mention circulaire (rondelle) : All rights of the manufacturer and of the owner of the recorded work reserved. Unauthorized public performance, broadcasting and copying of this record prohibited | Languette : La Compagnie EP 104 – France Gall | La Compagnie

