Starmania
Paru en octobre 1978, l’album Starmania marque une étape majeure dans la carrière de France Gall. Pensé comme un opéra-rock en français, le projet réunit Michel Berger à la composition et Luc Plamondon à l’écriture. France Gall y incarne Cristal, animatrice d’une émission télé dans un monde futuriste et oppressant, Monopolis. Ce double vinyle regroupe les grands moments de cette fresque musicale avant même sa mise en scène au Palais des Congrès. Parmi les titres chantés par France Gall, Monopolis reste l’un des plus marquants : un portrait sans espoir d’une ville souterraine et déshumanisée, que la chanteuse interprète avec une intensité rare. Elle partage également Quand on n’a plus rien à perdre en duo avec Daniel Balavoine, dans un élan désespéré vers la liberté. Avec Besoin d’amour, ajouté à la réédition de 1979, France Gall apporte une respiration plus pop, mais toujours empreinte de gravité. Entre dystopie politique et quête d’humanité, Starmania s’impose comme un projet visionnaire. France Gall y livre trois interprétations majeures, au cœur d’un album devenu culte.
Album Studio
16 Octobre 1978
Édition de 1978 : 1 Ouverture / 2 Quand on arrive en ville / 3 Complainte de la serveuse automate / 4 Le blues du businessman / 5 Monopolis / 6 Un garçon pas comme les autres / 7 La chanson de Ziggy / 8 Travesti / 9 Banlieue Nord / 10 Petite musique terrienne / 11 Paranoïa / 12 Ce soir on danse à Naziland / 13 Les adieux d’un sex symbol / 14 Ego trip / 15 Les uns contre les autres / 16 Quand on n’a plus rien à perdre / 17 Le monde est stone / 18 Petite musique terrienne / 19 Starmania (L’air de l’extraterrestre) / 20 Le rêve de Stella Spotlight / 21 Monopolis (reprise instrumentale)
Édition de 1979 : 1 Ouverture / 2 Quand on arrive en ville / 3 Complainte de la serveuse automate / 4 Le blues du businessman / 5 Monopolis / 6 Un garçon pas comme les autres / 7 La chanson de Ziggy / 8 Travesti / 9 Banlieue Nord / 10 Petite musique terrienne / 11 Paranoïa / 12 Ce soir on danse à Naziland / 13 Les adieux d’un sex symbol / 14 Ego trip / 15 Les uns contre les autres / 16 Quand on n’a plus rien à perdre / 17 Le monde est stone / 18 Petite musique terrienne / 19 Starmania (L’air de l’extraterrestre) / 20 Le rêve de Stella Spotlight / 21 Besoin d’amour / 22 Monopolis (reprise instrumentale)
Avec Starmania, France Gall prend part à l’un des projets musicaux les plus marquants de la scène francophone. L’album sort d’abord en double vinyle à l’automne 1978, sous le titre complet Starmania ou la Passion de Johnny Rockfort selon les évangiles télévisés. C’est un enregistrement studio qui présente les chansons d’un opéra rock imaginé par Michel Berger et Luc Plamondon. Pour Berger, ce disque est un test : prendre le pouls du public avant de monter le spectacle sur scène.
France Gall y incarne Cristal, animatrice d’une émission télé nommée Starmania, passerelle vers la célébrité dans un monde futuriste où les stars font l’actualité. Elle tombe amoureuse de Johnny Rockfort, un voyou charismatique. Leur histoire d’amour, sur fond de révolte, les pousse à fuir Monopolis, une ville souterraine et dystopique. Le personnage de Cristal est directement inspiré de Patricia Hearst, héritière enlevée dans les années 70, et source initiale du projet. C’est France Gall elle-même qui a soufflé à Michel Berger le nom de Luc Plamondon, séduit par l’univers des albums de Diane Dufresne. Le courant passe rapidement entre les deux hommes. De cette rencontre naîtra ce que Berger définira comme un opéra-rock-cyber-punk. À travers un récit de science-fiction ancré dans l’époque, Starmania questionne le pouvoir, les médias, la célébrité et le désespoir. “Ce qu’on a voulu exprimer, c’est l’époque dans laquelle on vit, et dans laquelle on va vivre. C’est de la science-fiction d’aujourd’hui“, expliquait Michel Berger.
L’album aligne une distribution exceptionnelle : Diane Dufresne, Daniel Balavoine, Claude Dubois, Fabienne Thibeault, Éric Estève, René Joly, Nanette Workman… et France Gall. Le choix de Balavoine, révélé à la télévision en mai 1977, est une évidence. Quant à France Gall, elle retrouve dans le rôle de Cristal une énergie nouvelle, une incarnation engagée qui la rapproche d’un théâtre musical à la française, sans copier le modèle anglo-saxon. Comme elle le disait dans Ça balance pas mal à Paris : “J’veux faire un show… mais j’veux pas copier Ginger Rogers !“
Starmania n’est pas une comédie musicale classique. Berger évoque une forme plus proche de l’opéra, mais avec des guitares, du rock, de la tension, de l’urgence. Après l’expérience frustrante de Émilie ou la Petite Sirène 76, diffusée une seule fois à la télévision, il veut un projet plus abouti. Avec Starmania, il construit une œuvre cohérente, où chaque chanson s’intègre dans une narration globale.
La production est ambitieuse. Le budget de 300 000 francs est mis à disposition par Warner France. L’enregistrement s’étale sur plusieurs continents : les cordes à Londres, les cuivres à New York, la rythmique et les voix à Paris, sauf pour Nanette Workman enregistrée au Québec. Michel Bernholc assure la direction musicale, et Jannick Top, à la basse, commence ici une longue collaboration avec Berger et Gall.
Le disque original de 1978 comprend 21 titres, parmi lesquels Quand on arrive en ville, Le Blues du businessman, La Chanson de Ziggy, Banlieue Nord, Monopolis, Ce soir on danse à Naziland ou encore Le monde est stone. Trois morceaux sont interprétés par France Gall : Monopolis, Quand on n’a plus rien à perdre en duo avec Daniel Balavoine, et Besoin d’amour, ajoutée dans la réédition de 1979. Cette dernière, avec sa rythmique disco et sa montée émotionnelle, devient un single phare, relançant les ventes du disque à l’approche du spectacle.
France Gall confiera que Monopolis est la chanson la plus exigeante vocalement de sa carrière. Inspirée par Montréal, où des galeries souterraines relient métro et commerces, la ville de Monopolis devient l’allégorie d’une société moderne, désincarnée, sans horizon. La seule échappatoire semble être un départ en masse vers Mars ou Jupiter, comme le chantent les voix en boucle.
Le spectacle est monté en avril 1979 au Palais des Congrès de Paris. Le concert est enregistré (mais pas capté en vidéo), donnant lieu à un coffret quatre vinyles comprenant plusieurs titres inédits sur l’album studio, comme Interview de Johnny Rockfort, Le Coup de téléphone, La chanson de Cristal ou encore Le Trio de la jalousie.
Le succès est au rendez-vous. Le double album est certifié disque de diamant pour plus d’un million d’exemplaires vendus. En 1984, une nouvelle édition (33 tours à pochette rouge) rassemble les plus grands titres. Depuis, l’œuvre n’a cessé de renaître avec des distributions différentes. La dernière version, dirigée par Thomas Jolly, a vu le jour en 2022 à Nice, portée par l’impulsion de Raphaël Hamburger, fils de France Gall et Michel Berger.