De 1989 à 1992, les apparitions médiatiques sont triées sur le volet, très peu de presse et quelques amitiés télévisuelles, notamment pour Michel Drucker qui la convie à chanter en duo avec Francis Cabrel puis avec Yves Montand.
De 1989 à 1992, les apparitions médiatiques sont triées sur le volet, très peu de presse et quelques amitiés télévisuelles, notamment pour Michel Drucker qui la convie à chanter en duo avec Francis Cabrel puis avec Yves Montand.
Elle retrouve les micros pour deux chœurs sur l’album Ça ne tient pas debout de Michel Berger en 1990. Cette même année, la disparition de Robert Gall, père démiurge de l’enfant vedette tout autant que présence bienveillante aux côtés de la femme artiste, ébranle la chanteuse.*
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France Gall : Il faut toujours se méfier des fausses petites filles modèles, surtout lorsqu'elles envoûtent leur public avec des "Poupées de cire, poupées de son", car elles pourraient fort bien en venir à vous demander plus tard : "Mais qu'est-ce que l'on nous demande ?"
Une carrière hors du commun
Il faut toujours se méfier des fausses petites filles modèles, surtout lorsqu’elles envoûtent leur public avec des « Poupées de cire, poupées de son », car elles pourraient fort bien en venir à vous demander plus tard : « Mais qu’est-ce que l’on nous demande ? Mais qu’est-ce que l’on veut de nous ? Qu’on se plie, qu’on marchande ? Qu’on se mette à genoux ? »
Ces paroles, elles sont comme toutes celles de France Gall, de son mari Michel Berger, maître pâtissier pétrisseur de ses mots, de ses maux. Pas évidente une telle complicité, après dix ans, dont huit de vie commune. Pas évidente non plus cette rencontre, d’où naquirent deux enfants ardemment désirés : Pauline, neuf ans, Raphaëlle, sept ans, et un grand nombre de chansons.
Quand, surmontant sa timidité naturelle, elle décroche son téléphone pour demander à Michel Berger, dont certaines chansons l’ont touchée, d’écrire une chanson pour elle, elle est alors en pleine crise personnelle. Elle vient de vivre une rupture sentimentale particulièrement éprouvante, et cherche un répertoire qui lui corresponde vraiment. Un passage à vide qui dure depuis quatre ans. Beaucoup de paroliers se sont cassés les dents à habiller de mots l’âme de celle qui tend à devenir elle-même.
Aussi, dans un premier temps, il refuse. Il faut dire que France Gall a un lourd passé derrière elle. Un passé qui en aurait brisé plus d’une. Propulsée en pleine gloire à seize ans par la chanson « Ne sois pas si bête », elle grimpe à dix-sept ans à l’assaut des hit-parades avec son tube « Sacré Charlemagne ».
Ce tube, elle le doit à son père Robert Gall qui, après avoir obtenu un premier pris au Conservatoire, préfère devenir auteur compositeur. Charles Aznavour lui doit, entre autres, sa célèbre « Mamma ». Il comprend vite que sa fille, au prénom si patriotique, a « tout pour la musique ». Quoi de surprenant à cela puisqu’elle baigne, depuis sa plus tendre enfance, dans le monde de la chanson. Non seulement par son père, mais aussi par ses frères, deux jumeaux Philippe, bassiste, et Patrice, auteur ; par ses cousins, tous musiciens dans le classique et la variété ; par son grand-père, fondateur, avec l’abbé-Maillet des Petits chanteurs à la Croix de Bois. Ses oncles et tantes chantaient dans les chorales. De six à huit, son grand-père tenait un salon de musique, et tout le monde jouait d’un instrument France Gall se souvient de cette période avec tendresse, malgré son « goût amer qui ne change rien, qui change tout ». Robert Gall amène donc sa fille à quitter le lycée et à passer une audition. Le reste, comme diraient certains, appartient tient à l’histoire. Ce sera donc « Sacré Charlemagne », puis la rencontre avec Gainsbourg, ce grand prêtre de l’ambigu. Lorsqu’on lui expliquera toutes les connotations sexuelles, à peine voilées, des « sucettes à l’anis », elle tombera des nues. Cette chanson gourmande lui vaut beaucoup de lettres enflammées, voire obscènes, de vieux messieurs. Pourtant, Gainsbourg la fera triompher, à 18 ans, du Grand Prix de l’Eurovision avec « Poupée de cire, poupée de son », à laquelle une intelligentsia féroce, à la rancune tenace, l’identifiera, probablement toute sa vie, quoiqu’elle n’ait cessé, depuis la naissance de cette complicité totale entre elle et Michel Berger, de prendre des virages à 180°.
Une vie privée tenue secrète
De sa vie privée, on ignore pratiquement tout. On sait sa liaison avec Julien Clerc, mais le reste, souvent, demeure dans le flou. Secrète et réservée, elle n’aime pas en parler. De même qu’elle n’aime ni photos, ni interviews. Sa vie d’aujourd’hui, elle est toute entière dans ses chansons… Ce ne fut pas le cas depuis longtemps.
On veut la modeler selon l’image qu’on a d’elle, celle d’une jeune fille sage, même si elle a, selon ses paroliers, tantôt des « dents de loup », tantôt des airs de « bébé requin ». Mais, prématurément mûrie par la scène, elle éprouve de plus en plus le besoin de chanter des textes qui lui correspondent vraiment. Elle tente un moment d’écrire elle-même ses chansons. Mais ce n’est pas son truc, elle frappe de nouveau à la porte de Gainsbourg : « Vous seul pouvez quelque chose pour moi » lui dit-elle. Mais c’est le trou noir encore. Elle a 23 ans. La vague yé-yé, qui l’a propulsée aux sommets, est retombée. Ce qu’elle cherche, ce sont des mots à elle, qui la définissent vraiment telle qu’elle se sent, et non telle qu’on la veut. Elle vit alors encore avec ses parents, non par obligation, mais par choix. En 74, elle entend chanter un homme dont les chansons la touchent. Lui aussi vient de subir une rupture sentimentale très dure. Il s’appelle Michel Berger. Elle veut le rencontrer, et le rencontre. Mais l’idée de collaborer avec celle qui immortalisa les « Sucettes à l’anis » ne l’enthousiasme guère. Pour lui, France Gall, semble-t-il, n’est qu’un produit commercial comme les autres. Certains ricaneront sans doute car Berger, ce n’est pas Ferré, ni Le Forestier. Pas un chanteur à message certes (étiquette que d’ailleurs, lui et sa femme, refusent), mais un auteur engagé humainement. Son domaine à lui c’est l’intelligence du cœur. Il refuse donc. Poussé par France Gall dans ses retranchements, il lui écrit sans trop y croire « La déclaration d’amour ». Surprise : c’est un succès. Entre temps, France Gall et Michel Berger ont appris à mieux se connaître, et s’aperçoivent, avec stupéfaction, que leurs sensibilités se correspondent parfaitement. Mais une histoire d’amour leur semble inenvisageable, pensant tous les deux, bien avant les Rita Mitsouko, que « les histoires d’amour finissent mal en général ». Prudents, ils mettent deux ans avant de sauter le pas d’une vie commune.
France Gall peut enfin vivre son rêve « avoir des enfants, et mener une carrière professionnelle qui ne nuise pas à sa vie familiale ». Elle s’occupe pleinement de l’éducation de ses enfants, va les chercher à l’école, s’entretient avec leurs maîtresses, les emmène au cinéma, joue avec eux.
A l’approche de ses 41 ans, cette Balance qui a su harmonieusement équilibrer sa vie professionnelle, sa vie sentimentale et sa vie familiale, avoue : « J’ai peur de vieillir ». Normal, quand on sait que le signe de la Balance est celui de la séduction. Mais où trouver le temps de vivre dans l’encombrement des galas ? Il y a un truc, comme dirait Majax. Effectivement, il y en a un : une année sur deux, France Gall prend une année sabbatique pendant laquelle elle se consacre à sa vie familiale. Michel Berger monte alors sur les planches. Chacun son tour. Alors chacun peut dire à l’autre : « C’est bon que tu sois là, c’est comme une évidence dans un affreux combat ».
Les mots de son mari sont ceux qui la touchent le plus, qui expriment vraiment ce qu’elle est. C’est une gloire pour elle que de n’interpréter que du Michel Berger.
Il est vrai que le grand tournant de France Gall s’est négocié si progressivement que certains n’y voient encore que du feu. « Est-ce que tu écoutes ce que je dis ? Non, tu n’écoutes que ce que tu dis. Tu comprendras quand tu seras plus jeune, tu comprendras quand tu seras plus fou, que cette musique c’est un cri d’amour, que tu es déjà devenu sourd ». Goûtez et comparez : ce n’est tout de même pas du Vanessa Paradis !
France Gall : une femme d’aujourd’hui
France Gall est une femme d’aujourd’hui, avec des textes qui peuvent toucher les gens d’aujourd’hui. Quand elle déclare dans « Il jouait du piano debout » : « les gens qui pensent autrement, ça nous dérange », les gens qui ont des oreilles comprennent déjà qu’elle va aller plus loin. Aussi la retrouve-t-on entièrement dans « Résiste » : « Si tu réalises que ta vie n’est pas là, que le jour tu te lèves sans savoir où tu vas : résiste »
Ce cri du cœur, elle l’adresse aux jeunes de 16 à 25 ans, qui constituent une grande part de son fidèle public. Ils lui écrivent d’ailleurs. France Gall répond elle-même à toutes les lettres ; quelquefois, elle rencontre un de ses fans dans un café, histoire de descendre de son piédestal.
Elle adore la scène, mais aime, de temps en temps, renouer avec la vie, faire elle-même ses courses, préparer la cuisine. Ses textes, c’est elle qui en conçoit la teneur. Elle en discute longtemps avec Michel Berger. « Je voudrais une chanson qui exprime cela. Je sais que ce sera difficile … Michel Berger a le pouvoir de concrétiser ce qui se passe dans la tête de cette blonde Balance de 1,53 m, toujours en jean et baskets. Quelquefois « J’aimerais que l’ensemble du disque soit beaucoup plus fort, beaucoup plus violent que le précédent ». Cela donne « Babacar », un album dont on sort secoué, pour peu que l’on sache écouter (pour les autres, les paroles sont écrites sur la pochette …).
France Gall n’est pas une militante, mais être bien dans sa peau, c’est sa façon à elle d’aider la souffrance des autres, qui lui est intolérable. Il lui faut agir. Son voyage au Niger l’a totalement changée, elle a découvert ce qu’étaient la soif et la faim, en participant à l’action humanitaire “Action écoles”, aux côtés de Daniel Balavoine.
Mes chansons sont ma vie
Ainsi est né « Babacar », l’histoire d’un enfant qu’elle a rencontré là-bas. Pour écrire, Michel Berger s’inspire de leur vie commune, de ce que l’un et l’autre peuvent ressentir. Le bonheur, elle l’a cherché et il semble qu’elle l’ait trouvé, malgré ceux qui persistent à croire qu’elle est à jamais « superficielle ».
Magazine : Vous et votre avenir Par Pascal Perrot Date : Octobre 1988 Numéro : 64
En débutant timidement sa carrière il y a 25 ans, France Gall ignorait alors la vie qu'allait lui apporter son succès à l'Eurovision.
En débutant timidement sa carrière il y a 25 ans (ndlr : cet article date de 1988), France Gall ignorait alors la vie qu’allait lui apporter son succès à l’Eurovision.
Après ses fulgurants débuts qui la propulsent en haut de l’affiche, le début des années 70, est marqué par une éclipse dans sa vie professionnelle jusqu’à sa rencontre avec Michel Berger qui lui écrit les textes qui correspondent à sa sensibilité de femme.
Les années 80, seront pour elle et son public une période de retrouvailles et de succès. Au terme d’une fantastique tournée à travers la France au cours de l’hiver 1988 et après avoir affronté pour la seconde fois, avec panache, le public parisien du Zénith durant l’automne 1987, voici l’épopée discographique de France Gall à travers les sixties, du temps où Gainsbourg composait pour elle, à l’image de notre poster.
Isabelle (car c’est son vrai prénom), naît le 9 octobre 1947 à Paris, près de la porte Dorée. Petite-fille de Paul Berthier, organiste à la cathédrale d’Auxerre et co-fondateur des Petits Chanteurs à la Croix de Bois, elle est la fille de Robert Gall et de sa femme Cécile, musicienne.
Son père, ancien chanteur lyrique et auteur de centaines de chansons a écrit pour Charles Aznavour les paroles de La Mamma. Isabelle manque souvent l’école à la demande de son père qui préfère l’emmener dans les coulisses des plus grands. Elle y côtoie Édith Piaf, Gilbert Bécaud et Charles Aznavour. Déjà, elle chante pour son plaisir les standards de l’époque en s’accompagnant au piano ou à la guitare. Durant les vacances de Pâques 1963, son père lui suggère d’enregistrer sur un magnétophone quelques chansons. Elle choisit un succès de Charles Aznavour, popularisé par Dany Logan, « Donne tes 16 ans » et un des Chaussettes Noires d’Eddy Mitchell « Parce que tu sais », tous deux mis en musique par Georges Garvarentz. Son père confie la bande à un ami : Denis Bourgeois, des Éditions Bagatelle qui, après l’avoir écouté, souhaite la rencontrer. Il la convoque au théâtre des Champs-Élysées pour faire un essai de voix le vendredi 11 juillet (63) suivant. Accompagnée par son père, elle s’y rend avec un répertoire de cinq chansons : J’entends cette musique, thème classique de « L’Adagio » d’Albinoni avec des paroles adaptées par son père ; « Parce que tu sais » des Chaussettes Noires ; « Il a le truc » des Gam’s : « Pardonnez-moi de vivre », titre original que par la suite elle n’enregistrera jamais ; et « Ne boude pas » de Richard Anthony, le « Take Five » de Dave Brubeck. Soutenue par quatre musiciens « vieux loups du métier » : Pierre Michelot (basse), Christian Garros (batterie), Léo Petit (guitare solo) et Alain Goraguer (piano), elle prend confiance en elle, mais Denis Bourgeois ne semble pas impressionné. Elle rentre chez elle mortifiée, décidée à tout oublier.
L’avenir la détrompe très vite et elle enregistre peu après sous la direction de Denis Bourgeois Ne sois pas si bête, adapté en français par Pierre Delanoë, dont la version originale « Stand a little closer » est signée Jack Wolf et « Bugs » Bower. Le jour de son seizième anniversaire, Cécile, sa mère, la réveille et elle reçoit le « baptême des ondes » sur Europe 1 qui diffuse Ne sois pas si bête.
1/ Son père signe un contrat chez Philips (elle est encore mineure) qui grave son premier super 45 tours (Philips 434807). Cette chanson-conseil destinée aux garçons hésitants, titre-leader du disque, se classe aussitôt, en novembre 1963, au hit-parade de Salut Les Copains, en 44e position (derrière « Tu n’y crois pas » de Michel Berger, et devant La Mamma de Charles Aznavour).
Le deuxième titre de André Salvet et Claude Carrère Ca va je t’aime, reprise de « Hip-Huggers » de E. Lewis et R. Moseley, reflète la bonne humeur. J’entends cette musique qu’elle a interprété lors de son audition se trouve judicieusement placé sur la deuxième face au côté de Pense à moi de Jacques Datin – ce mélodiste subtil orienté vers le jazz – et Robert Gall pour le texte. Disponible dès le 28 novembre 1963 chez les disquaires, ce EP habillé d’une pochette où la photo signée Jacques Aubert nous fait découvrir une France Gall aux cheveux châtains et aux yeux noisettes, se vend dans les mois qui suivent à 200 000 exemplaires. France se retrouve classée numéro 1 dans la catégorie des filles au concours des nouveaux chanteurs organisé par Daniel Filipacchi dans SLC. Poussée par ce succès, elle quitte le lycée Paul Valéry à la fin de sa troisième bien décidée à rester dans ce métier pour lequel elle se sent née. Dans son numéro du 21 mars 1964, Paris-Match parle pour la première fois à ses lecteurs de France dans sa rubrique des « Jeunes du mois ».
Fait unique dans la carrière de cette jeune adolescente qui semble-t-il prend déjà son métier à cœur : elle fait retirer de la vente les disques dont la photo de la pochette ne lui plaît pas. Ce “caprice” enrichit sa discographie d’une deuxième pochette.
La publicité commence à lui faire les yeux doux, elle se retrouve pour des photos au volant d’une Lotus Super Seven de chez Ford alors qu’elle n’a même pas dix-sept ans. Le virus de la scène semble se réveiller en elle et elle décide de se trouver des musiciens.
Après plusieurs auditions, elle choisit un groupe de jeunes Libanais arrivés depuis peu : Patrick Samson et les Phéniciens. Elle répète plusieurs fois par jour pendant deux mois et débute enfin sur scène le 14 avril en vedette américaine de Sacha Distel à l’Ancienne Belgique de Bruxelles. Avant le spectacle, elle découvre avec horreur que la scène n’a pas de rideau et qu’elle n’a pas envisagé cette hypothèse au cours de ses répétitions. Elle avouera que cette absence l’a traumatisé longtemps, mais le public l’applaudit et la rappelle alors qu’affolée elle est au bord de la crise de nerfs et en larmes. Ce douloureux souvenir la fera rire bien plus tard de bon cœur, et cette erreur ne se produira plus. Pendant trois mois elle cesse de voyager et prépare son show. Ses deux frères jumeaux, Philippe et Patrice qui fredonnent et grattent sur leur guitare tous les grands succès « swing » du moment, partagent avec leur sœur cadette (de 16 mois) cette passion pour la musique. Par goût, France demande à enregistrer dorénavant sur chacun de ses disques un morceau d’influence jazzy. La voix des crooners noirs la fascine.
3/ Sur son troisième super 45 tours (Philips 434914), Jazz à gogo ne dément pas ce choix, ce morceau reste le plus réussi techniquement et le plus agréable à écouter. Ce titre, abréviation de “Jazz à Goraguer” (le compositeur), Robert Gall, le parolier, le met au côté de La cloche, de Jack Wolf et « Bugs » Bower adapté par André Salvet, qui se classe en juin N° 31 dans les hit-parades et lui vaudra d’être filmé en scopitone.
Pour laisser à France Gall le maximum de naturel et d’improvisation pour Jazz à gogo il est décidé que la prise sera faite en une seule fois, ce dont elle s’acquitte fort bien. Sur la face 2 Mes premières vraies vacances des deux complices Jacques Datin et Maurice Vidalin font chanter à la jeune fille la complexité des premiers amours. Ce morceau gravira les échelons des classements semaine après semaine durant un trimestre. Soyons sages, de Guy Magenta et Robert Gall, invite pour sa part les amoureux à danser sur un air de slow.
Sa voix acidulée et fraîche semble avoir attiré les faveurs du public et des médias et en juillet 64, France figure pour la première fois en couverture de Salut Les Copains, vêtue d’un tee-shirt imprimé du signe de la balance (le sien).
Le comédien Jean Meyer la contacte et lui propose le rôle principal d’une pièce qui doit débuter en octobre à Paris, mais elle refuse par manque de temps.
Son second gala à lieu à Montreuil, le 4 juillet devant quinze mille personnes. Il est organisé par le Syndicat C.G.T.
Au même programme se produisent des artistes confirmés comme Eddy Mitchell, Lucky Blondo, Danyel Gérard et Léo Ferré.
Le premier chagrin d’amour de Claude-Henri Vic et Robert Gall décrit pour sa part la douleur d’un cœur d’enfant de seize ans. Christiansen de Jacques Datin et Maurice Vidalin raconte, pour les adolescentes romantiques, à la fin de l’été le récit des amours de vacances. On t’avait prévenue, qui aux dires de France est son morceau préféré, est dynamique et empreint de dérision, c’est une composition de Claude-Henri Vic, Guy Magenta et Vline Buggy.
Dans la maison familiale de Noirmoutier où elle part prendre quelques jours de repos, Patrick Samson et les Phéniciens, l’accompagnent pour lui permettre malgré tout de répéter régulièrement. A la rentrée, elle est élue dauphine de Sylvie Vartan, détrônant Sheila et Françoise Hardy, dans le référendum des lecteurs de SLC, une information qui sera reprise dans Paris-Match sous la plume de Gérard Asaria. En août 64, Disco-Revue lui consacre un article que Christian Seguin titre « France Gall une idole au pays des merveilles ». En octobre 64, elle mène la mode « Mop’s » pour les teenagers qui imposent un nouveau moyen de communication : le parapluie. Le signe de ralliement, un petit brin de laine verte, orange ou rouge à y accrocher suivant un code particulier. L’idole, toujours à l’écoute de sa génération, suit ou crée les modes et devient le porte-drapeau d’une adolescence mal dans sa peau et qui cherche sa voie.
A l’occasion de son dix-septième anniversaire, La Semaine Radio-TV lui consacre sa couverture avec une photo particulièrement réussie (de André Florent). Le 15 octobre 1964, le numéro 1 de Mademoiselle Age Tendre, la version féminine de SLC, présente à son tour France Gall en couverture.
A la sortie des studios Pathé Marconi de Boulogne, elle rencontre ensuite le producteur Ken Lean qui lui présente quatre copains-musiciens en mal de contrat : les Français. Après avoir écouté leur premier 45 tours publié chez Pathé, elle les engage immédiatement. Ils deviennent son orchestre d’accompagnement composé de Jacky Rault à la batterie, Matt Camison à l’orgue, Ted Tony-Cliff (anglais) à la guitare-solo et Jacky Mithier à la basse. Dans Music Magazine, Jean Monteux nous apprend que France Gall « le sage petit oiseau » n’a pas quitté le nid familial qui la préserve du monde cruel et étouffant du show-business. Face au couple fougueux Johnny-Sylvie, les journaux parlent d’une douce idylle entre France et Claude François ; information que les deux idoles démentent régulièrement. En décembre 64, ils partent, chacun de leur côté en tournée. France effectue ce périple dans le cadre du Gala des Etoiles dont Richard Anthony est la tête d’affiche, se produisant en vedette américaine durant un mois.
5/ Cinquième EP (Philips 434962) – Fin 1964, son père lui concocte un nouveau titre qui reste encore aujourd’hui pour le public un des morceaux-phares de son répertoire, Sacré Charlemagne, qui se vend à plus de deux millions d’exemplaires. Ce refrain-talisman, traduit en seize langues envahit les cours de récréation du Japon aux États-Unis. Certains pays francophones d’Afrique, comme l’Algérie, l’adoptent comme hymne national des mouvements de jeunesse.
Ce cinquième EP dont elle dessine le verso de la pochette est destiné aux enfants qui représentent la majorité de ses admirateurs. Au clair de la lune, mélodie enfantine, sur un rythme de fox-trot, en forme de déclaration romantique, et Bonne nuit, qu’elle chante pour ses petits amis, soutenue par la chorale des Lutins, attestent de la constante présence d’Alain Goraguer et de Robert Gall. Pour le dernier titre Nounours, Guy Magenta et Maurice Tézé, qui n’ignore pas que France possède une multitude de peluches dans sa chambre d’enfant, lui confie cette complainte.
Puis, elle est sélectionnée pour représenter le Luxembourg au Grand Prix de l’Eurovision. Elle part donc pour Naples avec Serge Gainsbourg qui lui a composé pour la circonstance un nouveau titre Poupée de cire, poupée de son. Le 20 mars, devant cent cinquante millions de téléspectateurs, la voix tremblante et le teint pâle, elle interprète sa chanson. Plébiscitée par le jury à la majorité absolue des voix, elle se retrouve propulsée à la première place. Consacrée vedette internationale en un instant, bousculée, oppressée, elle rentre seule à Paris au lendemain de ce succès dont elle ne mesure pas encore l’ampleur. Les critiques de la presse française se déchaînent et dans leur grande majorité conteste ce choix. La saisie du Journal Ici Paris est demandée. Le courrier afflue du monde entier chez la jeune fille et devant cette avalanche « la tribu-Gall » s’organise. Les propositions de galas pour l’étranger se précisent. Au Japon, elle devient du jour au lendemain millionnaire du disque (NDLR : avec une version japonaise de Poupée de cire, poupée de son). Pour la RFA, elle enregistre en allemand “Poupée de cire, poupée de son” qui devient Das War Eine Shone Party et se classe n°1 des best-sellers étrangers. L’Italie réclame aussi sa version qui devient lo si, tu no.
6/ Son sixième EP (Philips 437032) est commercialisé avec sur la pochette le label : Grand Prix 1965, donnant lieu dans la presse à une polémique. Du coup, au lendemain de sa victoire, le premier label sera remplacé par la mention incontournable : 1er Grand Prix de l’Eurovision 1965.
Ses avocats, à la demande de la famille, attaque en diffamation Télé 7 Jours, débouté peu après de ses accusations. Face à la popularité grandissante de France Gall, une société de gadgets fabrique à la cadence de 15 000 exemplaires par jour, une poupée de vinyle à l’effigie de la chanteuse, sous la forme d’un porte-clés de trois centimètres de hauteur que ses fans s’arracheront. Les collectionneurs avertis auront donc à cœur de posséder les deux pochettes et la poupée. Serge Gainsbourg du même coup devient une des fortunes de la SACEM grâce aux deux millions de disques vendus de Poupée de cire, poupée de son et décide de se consacrer essentiellement à la composition.
Jacques Datin et Maurice Vidalin récidivent dans le romantisme avec Un prince charmant, celui dont toutes les jeunes filles rêvent et que France interprète avec sa fraîcheur naturelle. Comme pour le précédent EP, Robert Gall et Alain Goraguer ont créé pour la satisfaire Le coeur qui jazze où malgré sa jeune expérience, France démontre, s’il en est encore besoin, qu’elle a la possibilité de chanter admirablement le jazz. Guy Magenta et Maurice Tézé qui ont vus partir au Service National Jacky, le bassiste de France, immortalise l’événement avec Dis à ton capitaine qui prend dans sa bouche de surprenants accents de vérité. Au cours des deux premières semaines d’avril 65, elle part en tournée dans le sud-est avec Audrey et Richard Anthony. Les Français, son orchestre, sont bien sûr du voyage avec Philippe Gall, son frère qui a dû prendre la place du bassiste au pied levé. Connaissant par cœur les tubes de sa sœur, il n’a que peu de difficultés pour s’intégrer.
Eddy Marnay et Guy Magenta ont retranscrit le rêve de l’adolescente de traverser l’Atlantique et sur un rythme de western nous font découvrir l’Amérique. Pour le moment de poésie, Claude-Henri Vic et Robert Gall lui offrent une ballade On se ressemble toi et moi.
En face B, Serge Gainsbourg, toujours en grande forme, lui laisse graver Nous ne sommes pas des anges, que Barbara a enregistré en test-pressing et refusé. En souvenir de la rentrée scolaire à laquelle elle ne prend plus part, son père et son frère Patrice écrivent Le temps de la rentrée.
Elle vient d’avoir 18 ans. France, et sa jeune carrière compte déjà deux années de gloire grâce à tous les talentueux auteurs et compositeurs qui forment son clan depuis ses débuts. Novembre 65 arrive et elle part se produire à Lyon, les 6 et 7, pour deux concerts. Le lendemain, elle embarque pour le Japon où elle séjourne jusqu’au 18, dans ce pays qui la réclame depuis son triomphe à l’Eurovision. Trois mois auparavant, elle a enregistré en japonais Poupée de cire, poupée de son tiré à 350 000 exemplaires.
Aux dires de son auteur « c’est le constat de la tendance musicale actuelle » (sic). En fait c’est un morceau pop sur un texte en forme de complainte du désespoir. Il se classe aussitôt en 26e position au hit-parade de SLC et donnera plus tard à Madame Davis-Boyer l’occasion de produire là, le troisième scopitone de France Gall.
Les inséparables Jacques Datin et Maurice Vidalin à l’âme romantique lui font avouer Faut-il que je t’aime alors qu’en face B, Guy Magenta et Pierre Delanoë associés pour la première fois à Jean-Pierre Bourtayre décrivent la coupure entre l’adolescence et l’âge adulte dans C’est pas facile d’être une fille. Le dernier titre créé par les inséparables amis Robert Gall et Alain Goraguer est Cet air-là.
1966 montre son nez, et après les fêtes de fin d’année, France se produit en vedette à Gstaad en Suisse le 3 janvier. Du 12 au 26 janvier 66, elle est à l’Ancienne Belgique à Bruxelles où le public se souvient de ses débuts et l’accueille avec chaleur. Elle partage l’affiche avec Hugues Aufray, jusqu’au 22 février, assurant la première partie du spectacle.
Le morceau-leader Les sucettes de Serge Gainsbourg, titre aux paroles des plus équivoques, trouve un large écho auprès d’un public qui se plaît à regarder avec perversité l’aspect physique de l’interprète dont la candeur les fascine. Les années qui ne semblent avoir aucune prise sur la jeune femme ajoutent à l’érotisme du texte ambigu. Une partie de son public puritain ne lui pardonne pas cette erreur et la presse malveillante, toujours à l’affût du ragot, saisit l’occasion et cherche à abattre celle qui les dérange depuis ses débuts par ce talent que le grand public a su reconnaître seul. Ce nouveau style ne servira que la notoriété de son créateur : Serge Gainsbourg.
Fruit de l’écriture collective de Frank Pourcel-Raymond Lefebvre-Robert Gall-Roland Berthier Quand on est ensemble est une complainte dont seul l’arrangement du type grand orchestre donne la vraie dimension. Au verso, Ca me fait rire de Jacques Datin et Maurice Vidalin nous réconforte par les éclats de rire spontanés de France. Je me marie en blanc écrit par deux nouveaux venus dans le clan (Jean Wiener pianiste-virtuose et Jean Dréjac auteur célèbre) termine ce disque.
Le 12 avril, au Studio Mac-Mahon, rue des Acacias, à Paris, France participe avec quarante-huit autres vedettes à une séance-photo organisée par Jean-Marie Périer et qui restera le témoin de la vague « Yé Yé » pour fêter le quatrième anniversaire du magazine Salut Les Copains.
Puis elle signe un contrat pour une campagne publicitaire organisée par Poly et qui vante le changement de couleur des cheveux. France s’adresse directement par voie de presse à ses fans et un 45 tours simple (373658), habillé d’une double-pochette où elle pose avec son caniche noir Nougat (diminutif de Nougaro), est distribué à cette occasion avec les titres l’Amérique et On se ressemble toi et moi.
En juin, elle embarque à Orly pour passer deux semaines au Japon, du 7 au 22, avec un emploi du temps surchargé. Neuf personnes l’accompagnent, son père et ses musiciens, avec parmi eux l’organiste Henri Garella. Elle emmène pour son public nippon son deuxième disque surprise enregistré en japonais dont le morceau-vedette est Un prince charmant. Douze récitals de 24 chansons l’attendent de Tokyo à Osaka en passant par Sendaï et Nagoya, où elle chante devant 4000 étudiants. Triomphant des Beatles dans les hit-parades, elle participe à de nombreuses émissions TV et à une conférence de presse sur NHK.
Jours de France lui consacre la couverture de son n° 604 en juin 1964, et un article de six pages sur son séjour au Japon, au moment où MAT l’a choisie pour la une de son vingtième numéro. De retour à Paris, elle repart pour Huy en Belgique pour un gala, le 24 juin 64, à l’occasion de la fête de la Bière aux côtés de Jacques Brel, Adamo et Les Rolling Stones. Pour débuter juillet, elle s’est promis une semaine de repos à Noirmoutier comme chaque année avant un aller-retour pour Londres, le 9 juillet 64, où elle doit enregistrer un 45 tours simple et participer à une émission de télé.
11/ Le 16 juillet, c’est un concert à Tunis avant une nouvelle séance en studio pour son onzième EP (Philips 437259).
Après l’assassinat de John Kennedy diffusé en direct à la télé en novembre 1963, elle avait souhaité lui rendre hommage. La visite en France de son fils John Jr dit “John-John” va donner à Claude-Henri Vic et Gilles Thibaut l’occasion de la satisfaire. Avec beaucoup de conviction, et de délicatesse, elle lui dédiera Bonsoir John-John qui prouve l’amour qu’elle porte aux enfants à travers l’histoire de ce petit garçon marqué par le destin. La rose des vents à la mélodie incomparable de douceur donne à ce titre un goût de miel. Sur la face 2 La guerre des chansons dénonce le mouvement perpétuel des modes et Boom Boom raconte par le menu son premier accident de voiture … et d’amour.
Le 1er octobre 1966 elle interprète à la télévision Les sucettes pour l’émission « Au risque de vous plaire » qui scandalisera par sa mise en scène. Pour le dixième anniversaire de Multi-Techniques, un disque-document rend hommage aux grands artistes du moment qui y raconte chacune des anecdotes concernant leur début. France ne manque pas l’invitation, aux côtés de Serge Gainsbourg, Henri Salvador, Sheila, etc.
Début 1967, pour compléter son sixième album qu’elle destine aux enfants, France enregistre six nouveaux morceaux qui donneront naissance à trois 45 tours simples. Le premier (Philips 373914) pour lequel Gérard Liferman et Robert Gall compose Oh ! Quelle famille raconte la vie d’une famille-tribu qui ressemble étrangement à la sienne.
J’ai retrouvé mon chien de Alain Goraguer, Maurice Tézé et Pierre Delanoë nous conte l’histoire de son caniche qui un jour avait décidé de courir l’aventure en laissant sa maîtresse dans un grand désarroi.
En février 1967, sort un nouveau super 45 tours (Philips – 437317) où l’on retrouve France Gall pour un duo inattendu avec le défunt comédien animateur Maurice Biraud dans La petite, histoire d’un homme mûr amoureux de la fille de son meilleur ami. Ce duo d’une grande gaieté porte la signature de Guy Magenta, Robert Gall et Mya Simille. Polichinelle second refrain sur le thème d’un conte de fée inédit rédigé par Jean Bernard et Pierre Saka, nous entraîne au pays des rêves de petite fille. Ces deux morceaux font l’objet d’un 45 tours simple publicitaire pour la campagne promotionnelle de la marque Polichinelle (Philips 373967). Sur la face 2 de l’EP, Serge Gainsbourg est de nouveau là avec un thème musical oriental qui raconte l’histoire de la Reine d’Égypte Nefertiti. Enfin Claude-Henri Vic et Robert Gall pour Les yeux bleus font exprimer à France le regret de ne pas avoir les yeux clairs. Ce morceau figure en français sur le 33 tours allemand de chez Decca.
Son amie, Mireille Darc qui a un contrat d’enregistrement chez Philips lui propose également un duo pour son premier super 45 tours, sur lequel elles interprètent ensemble Ne cherche pas à plaire (Philips 437339), écrit pour la circonstance par Jean-Claude Oliver et Roland Valade.
La vie quotidienne de France continue par une sarabande de kilomètres : Lisbonne, Luxembourg, Beyrouth, Hambourg. En Allemagne France Gall a un contrat d’artiste indépendante et elle enregistre chez Decca, dans la langue de Goethe, des titres inédits, composés spécialement pour ce pays. Cette vie trépidante qui exige une santé de fer a permis à notre idole d’évoluer et de mûrir. Elle éprouve quelques difficultés à se dégager de l’étiquette de jeune fille naïve que ses auteurs et compositeurs ont jusqu’ici exploité avec bonheur.
Pour son n°33 de juillet 1967, Mademoiselle Age Tendre lui demande de présenter pour la saison d’été les tenues de plage, affichant sa photo en couverture. Après une semaine de vacances à Saint-Tropez et un voyage à Vienne en Autriche, elle revient à Paris.
Une nouvelle campagne publicitaire démarre pour quatre mois dans Elle et MAT, patronnée par les Fils Schappe qui à cette occasion distribue un 45 tours simple de France avec les chansons l’Amérique et On se ressemble toi et moi (Philips 373658), orné d’une double-pochette où elle pose vêtue de robes multicolores et de collants assortis.
Parallèlement elle grave un nouvel EP (Philips 437358) avec Teenie – Weenie – Boppie, une chanson pop créée par Serge Gainsbourg qui raconte les effets du LSD, la drogue hallucinogène. Chanson pour que tu m’aimes un peu parle de l’indifférence engendrée par l’habitude du quotidien dans un couple, ce sont Robert et Patrice Gall qui en co-signent la réalisation. Pour le troisième titre Bébé requin la presse dite “spécialisée” de l’époque a longtemps tendance à attribuer cette chanson à la plume du prolifique Serge Gainsbourg alors que ce magistral morceau est dû au regretté Joe Dassin et à Jean-Michel Rivat et Frank Thomas. En Allemagne ce hit est traduit sous le titre Haïfishbaby par Niessen et il est gravé sur le 33 tours Decca Die Grossen Erfolge.
Made in France de Jacques Datin et Maurice Vidalin explique les différences entre Français et Anglais dans leur aspect de la vie quotidienne. Pour la première fois, ce disque qui sort le 22 septembre, est mis en musique par l’orchestre de David Whitaker. Le 26 novembre 1967, le journal Top Réalités Jeunesse consacre sa une à ce bébé requin qui fait un malheur : France Gall.
Dans La fille d’un garçon, des toujours complices Jacques Datin et Maurice Vidalin, c’est le mouvement hippie qui est retranscrit. Sur la face 2 Toi que je veux, du célèbre trio de Bébé requin, est une déclaration d’amour.
Frédéric Botton lui propose, pour sa première collaboration, la légende bien connue du géant qui dévore tout Gare à toi … Gargantua.
Pour son EP suivant (Philips – 437 423) le titre Dady da da, signé Michel Colombier-Pierre Delanoë, sert d’indicatif pour un show télé avec Brigitte Bardot (NDLR : C’est à l’origine l’indicatif The Big Team composé par Michel Colombier pour le générique de l’émission télévisée des années 1960-1970, Dim, Dam, Dom.)
Le temps du tempo annonce les retrouvailles de Robert Gall et Alain Goraguer par un rythme jazzy. Gérard Gustin et Philippe Nicaud sont responsables sur la face B de Allo ? Monsieur là-haut, communication téléphonique et prière destinés au gardien du Paradis. Dans le show TV de Jacques Chazot, France interprète ce morceau en dansant, tout en faisant ses débuts de comédienne déguisée en Cléopâtre aux côtés de Marie Daems et Jacqueline Maillan. Joe Dassin et Jean-Michel Rivat dont leur succès individuel n’empêche nullement leur association signent La vieille fille, état qui semble bizarrement préoccuper l’interprète !
Le 29 avril 68, France Gall est une nouvelle fois en couverture du journal Elle où elle pose très sage, coiffure de Dessange et robe jaune à col rond de Courrèges.
Pour la quatrième fois, elle enregistre un 45 tours simple (Philips 370675) dont les deux chansons ne sont pas publiées en EP, en dehors des éditions Juke Box, avec une pochette signée Patrick Bertrand, sur lequel le chanteur Monty compose avec Robert Gall le premier morceau Mon p’tit soldat qui parle de la mort d’un tambour-major.
En face B, c’est un hommage au soleil rendu par Hubert Giraud et Robert Gall avec Y’a du soleil à vendre.
Joe Dassin et Jean-Michel Rivat rédige sur un air moyenâgeux Souffler les bougies. La mélodie de Rue de l’abricot, de Jean-Pierre Bourtayre, Vline Buggy et Robert Gall, emprunte à Marie Laforêt cette voix rauque dans les graves et enfantine dans les aigus que France utilise là avec bonheur. Enfin, pour la première fois, France Gall interprète une chanson en anglais pour clôturer cet EP Don’t make war captain, make love de Jerry Mengo et Maurice Vidalin, sur le thème d’une histoire d’amour avec un capitaine, lui demandant de ne pas faire la guerre.
Avec ce disque s’achève la discographie Philips de France Gall en super 45 tours, nous reviendrons une autre fois sur celle des 33 tours. France signera ensuite, successivement avec La Compagnie en 1969 puis avec Atlantic en 1971 et Pathé Marconi dès 1972 avant de rejoindre, par l’intermédiaire de Michel Berger, de nouveau l’écurie Atlantic où elle retrouvera la gloire.
Magazine : Jukebox Magazine Martine BORDENEUVE Date : Juillet et Août 1988 Numéro : 20
Il fallait un réalisateur à la hauteur pour faire passer en images l'émotion contenue dans « Évidemment » et personne mieux que Michel Berger.
Lorsque la blonde chanteuse interprète des airs mélancoliques, c’est à chaque fois un charme fou, un feeling troublant qui nous envahit.
Il fallait un réalisateur à la hauteur pour faire passer en images l’émotion contenue dans « Évidemment » et personne mieux que Michel Berger, auteur, compositeur, metteur en scène des spectacles de France Gall et aujourd’hui réalisateur de ses clips, n’aurait pu traduire plus exactement ce qu’exprime la chanson écrite à partir de ce que lui et France avaient ressenti à la disparition de leurs amis Coluche et Daniel Balavoine.
Le clip joue donc sur ce malaise face à la mort d’un ami proche. C’est le comédien Etienne Chicot qui joue ici le rôle de celui qui s’en va. Il incarne en effet à la perfection ces êtres à la personnalité unique, marquante qui vous manquent tant lorsqu’ils ne sont plus là. Chicot étant par ailleurs un ami personnel de France Gall et de Michel Berger, ce choix s’imposait.
Le tournage s’est donc déroulé « en famille », entre copains dans l’ambiance paisible d’un village italien. L’Italie, parce qu’il y était possible cet hiver de faire passer dans la pellicule l’impression de deux saisons : l’été, les moments inoubliables passés avec ses amis pendant les vacances, et l’hiver, en repli, avec le souvenir … Afin d’accentuer cette opposition, le clip utilise l’alternance de scènes en noir et blanc et en couleur. Pour l’anecdote il faut savoir que la maison bleue du clip est un bureau de poste aimablement prêté par les Postes italiennes après moult négociations. Enfin, pour faire croire qu’elle se trouvait au bord de la mer, il a fallu déverser des tonnes de sable autour de la maison, en plein village, et surtout le déblayer ensuite !. .. D’ailleurs les scènes d’intérieur ont été tournées dans les très fameux studios romains de Cinecitta.
« Évidemment » est le deuxième clip du génial mari de France et c’est une totale réussite.
Magazine : Top 50 Date : du 6 au 12 juin 1988 Numéro : 118
« Pour moi, il n'y a que deux choses qui comptent dans la vie », confie France Gall, qui a pris d'assaut les charts allemands à 40 ans.
« Il n’y a que deux choses qui comptent dans ma vie », déclare France Gall, qui, à 40 ans, a atteint le sommet des classements allemands, 23 ans après qu’Isabelle, son véritable prénom, a remporté l’Eurovision.
« Ce sont ma famille et la musique ! » C’est son père ambitieux, Robert Gall, qui l’a poussée vers la musique et, en tant que manager, a fait d’elle une immense star adolescente au milieu des années 60, l’idole des jeunes filles et la coqueluche des parents.
Cependant, France Gall n’a trouvé le bonheur familial que lorsque sa carrière musicale a connu des difficultés. Elle a mal vécu la célébrité précoce et n’a pas supporté de devoir abandonner l’école, sa jeunesse insouciante et ses amis, pour enchaîner les apparitions scéniques.
Alors qu’elle était au plus bas, déprimée, frustrée et en perte de vitesse professionnelle, elle a trouvé le bonheur auprès de Michel Berger. Lui aussi était musicien et producteur, et est devenu son manager. Mais, contrairement à son père Robert, Michel a permis à France de préserver son identité et ne l’a pas dirigée comme une marionnette.
Le surnom « Püppchen » (petite poupée), qu’on lui donnait, en plus de « Babou », n’était pas anodin ; elle se sentait comme une marionnette.
France et Michel se sont mariés en 1974. Leur fille Pauline est née en 1979, suivie deux ans plus tard par leur fils Raphaël. Cette harmonie familiale lui a apporté le calme et la force nécessaires à son retour sensationnel.
Autrefois, elle chantait des bluettes et des chansons légères sur des thèmes universels. Aujourd’hui, elle s’engage sur des sujets tels que les problèmes environnementaux et le tiers-monde.
Son tube numéro un « Ella, elle l’a » est un hommage à son idole Ella Fitzgerald, à qui France reconnaît ce « petit quelque chose » de spécial.
France Gall mène une vie heureuse et savoure son nouveau succès. Cependant, elle a deux grandes peurs : tout d’abord, elle redoute le jour où elle ne sera plus sollicitée, où les lettres de fans – environ 2000 par mois actuellement – cesseront d’arriver. Ensuite, elle a peur de vieillir.
À noter : avoir atteint la première place dans les classements allemands représente pour France son plus grand succès, car bien qu’elle ait été élue meilleure chanteuse de l’année dans son propre pays, elle n’avait jamais atteint la première place là-bas.
Version originale
Es gibt für mich nur zwei Dinge, die in meinem Leben zählen”, sagt France Gall, die mit 40 Jahren die deutsche Chartsspitze stürmte, 23 Jahre nachdem Isabelle, wie sie eigentlich heißt, den Grand Prix gewann.
„Das ist meine Familie und die Musik!“
Zur Musik trieb sie ihr ehrgeiziger Vater, Robert Gall, der sie als ihr Manager zum absoluten Teenie-Star Mitte der 60er Jahre machte, zum Idol der Töchter, zum Liebling aller Mütter und Väter.
Ihr Familienglück fand France allerdings erst, als es ihr musikalisch schlecht ging. Sie verkraftete den frühen Ruhm nicht, kam nicht damit klar, ihre Schule, die unbeschwerte Jugend, ihre Freunde aufzugeben und statt dessen von einem Showtermin zum anderen zu hetzen.
Als France so richtig am Boden war, total deprimiert, frustriert und karrieremäßig nicht mehr erfolgreich, fand sie ihr Glück bei Michel Berger (41). Auch Michel war Musiker, Produzent und wurde ihr Manager. Aber er ließ France ihre Identität, lenkte sie nicht wie Vater Robert.
Der neben, „Babou“ zweite Spitzname für France, „Püppchen“, kommt nicht von ungefähr; sie war wie eine Marionette.
1974 heirateten France und Michel, 1979 kam Tochter Pauline zur Welt, zwei Jahre später Sohnemann Raphael. Aus der Familienharmonie nahm sie die Ruhe und die Kraft für ihr sensationelles Comeback.
Früher sang sie Schnulzen und nette Schlager über Allerweltsthemen, heute setzt sie sich mit Umweltproblemen und der Dritten Welt auseinander.
Ihr Nummer-1-Hit „Ella, elle l‘a“ ist eine Huldigung an ihr Vorbild Ella Fitzgerald, der France das „gewisse Etwas“ bescheinigt.
France Gall führt ein glückliches Leben, genießt itlren neuen Erfolg. Dennoch hat sie zwei Angste: Erstens fürchtet sie den Tag, an dem sie nicht mehr gefragt ist, an dem die Fanpost – im Moment kommen rund 2000 Briefe pro Monat – versiegt. ZY>!eitens hat sie Angst vorm Altern.
Ubrigens: Die Spitzenreiterposition in den deutschen Hitparaden bedeutet für France den größten Erfolg, denn obwohl sie in ihrer Heimat zur besten Sängerin des Jahres gewählt wurde – Nummer 1 war sie da nicht.
Article consacré à France Gall dans Ciné Télé Revue, mai 1988. Elle évoque Michel Berger, ses enfants et son parcours.
Jean-Pierre Foucault a permis aux téléspectateurs de découvrir en exclusivité le nouveau clip de France Gall (ndlr : Ella, elle l’a). Elle chante toujours les compositions de Michel Berger, son mari depuis maintenant dix ans.
C’est simple, je n’ai envie de travailler avec personne d’autre. Aucune musique ne me touche autant que la sienne. Aucun texte ne traduit aussi bien ce que je ressens. Sans doute parce que personne ne me connaît mieux que lui… L’artiste, c’est lui. Il crée. Moi, je ne suis pas une artiste !
Bonheur professionnel et bonheur familial : France Gall a réussi sa vie sur tous les plans.
À dix-sept ans, je rêvais d’avoir des enfants et une maison. Je voulais réussir ma carrière, mais pas au détriment de ma vie privée. Aujourd’hui, je m’occupe complètement de Pauline (9 ans) et de Raphaël (6 ans). Je vais les chercher à l’école, je suis leur parcours au quotidien. Quand on est une vedette de la chanson, on peut facilement se couper des réalités. Quand on élève des enfants, on est en plein dans les réalités !
Poupée de cire, poupée de son ou Les sucettes, elle avoue avoir chanté ces titres sans vraiment comprendre les sous-entendus. Adolescente, elle a rougi lorsqu’un petit ami lui a expliqué le sens caché des textes de Serge Gainsbourg. À présent, le temps du yé-yé est oublié. À tout juste quarante ans, elle est plutôt fière que des adolescentes de seize ans se reconnaissent en elle. Les gosses reçoivent la cruauté du monde en pleine figure. Les textes de Michel répondent à certaines questions qu’ils se posent. Je me sens proche de mon public, mais le jour où je ne parlerai plus le même langage, je m’arrêterai. Je m’y prépare suffisamment pour ne pas être triste ce jour-là.
Elle qui dit volontiers que la scène est une pièce supplémentaire de la maison, refuse toute tournée ou spectacle durant les vacances scolaires de ses enfants. Quand elle tourna le clip de Babacar au Mali, elle a trop eu conscience de la misère qui y régnait pour ne pas retrouver, d’instinct, la valeur des choses.
Je n’oublierai jamais la dignité et la beauté de ces gens qui se demandent pourtant, chaque jour, ce qu’ils vont manger.
France Gall a peut-être chanté Les sucettes sans en comprendre l’érotisme gaulois, mais elle a bien réveillé sa conscience d’adulte pour mieux inquiéter celle de tous ceux qui l’écoutent avec ravissement.
Magazine : Ciné Télé Revue Bernard Alès Date : 26 mai 1988 Numéro : 21
Déjà, à seize ans, elle apparaît au hit-parade de l'époque avec « N'écoute pas les idoles », une chanson écrite par Serge Gainsbourg.
Il était une fois … C’est sans doute une bonne fée du show-biz qui s’est penchée sur le berceau de la petite France, car à seize ans déjà elle apparaît au hit-parade de l’époque avec « N’écoute pas les idoles », une chanson écrite par Serge Gainsbourg.
C’était en 1964. France Gall depuis sa plus tendre enfance était bercée dans un milieu musical.
Son père, qui était auteur compositeur, écoutait des disques de jazz qui ont été la première culture musicale de la petite France. De plus il recevait dans la maison familiale de nombreux chanteurs, entre autres Charles Aznavour qui venait répéter.
Quoi d’étonnant alors qu’à la suite d’un essai de voix que son père lui fait passer au studio des Champs-Élysées elle enregistre son premier disque. Elle gagne le grand prix de l’Eurovision avec « Poupée de cire, poupée de son » du même Gainsbourg et, contrairement à la plupart des chanteurs qui ont gagné ce prix, elle ne sera pas une étoile filante. Elle devient l’idole de toute une génération, celle des années 60.
En 1974 c’est la rencontre avec le talentueux musicien pianiste Michel Berger qui va changer sa carrière musicale. De cette rencontre naîtra un premier tube. « La déclaration ». France réussit alors à mener de front ses deux carrières : celle de mère de famille, elle a deux petites filles qui vivent complètement protégées hors du monde du show-biz, et celle de star. Elle renoue avec le succès au rythme d’un album tous les deux ans, albums qui deviennent tous disques d’or ou de platine, avec des chansons et musiques concoctées par Michel Berger, son mari. Son premier concert, qui sera un succès, elle le donne au Théâtre des Champs-Élysées. Elle participe à l’opéra-rock de Michel, « Starmania » aux côtés de Balavoine qui deviendra le meilleur ami de la famille Berger. Avec Balavoine, elle partagera cette envie d’aider les peuples en difficulté, notamment en Afrique où elle rencontre Babacar, l’enfant noir dont Michel Berger a mis l’histoire en musique. En 87, c’est un nouveau personnage de légende, la chanteuse Ella Fitzgerald avec « Ella elle l’a » qui installe France aux meilleures places du Top 50. Sa fidélité en amitié est sans faille, elle aime se retrouver avec des amis pour raconter des souvenirs. La mort de Balavoine et de Coluche, elle l’a ressentie au plus profond d’elle-même et sa dernière chanson, « Évidemment », a été écrite en souvenir des amis qu’elle aime et qu’elle ne reverra jamais. Mais si France n’oublie pas l’absence, elle adore la vie et c’est pour ces trois passions qu’elle existe : ses enfants, Michel et la musique.
6 questions à …
« Évidemment », ta dernière chanson, est-elle dédiée à Daniel Balavoine ?
Oui, mais pas qu’à lui, elle est aussi dédiée à Coluche qui nous a quittés. C’est une chanson sur l’absence en général et sur le manque que l’on ressent quand quelqu’un qu’on aime disparaît.
Où a été tourné le clip ?
En Italie, au bord de la mer, à une heure de Rome, pour les extérieurs. Nous voulions trouver le soleil et à cette époque, en France, il pleuvait sans arrêt. Les scènes intérieures ont été tournées à Rome, à Cinecitta, les studios dans lesquels se sont fait les plus grands films italiens.
Aurais-tu envie de faire du cinéma ?
Non, ce n’est pas mon truc. Je m’ennuie entre les scènes car il faut attendre des heures dans sa loge. Et les tournages ont souvent lieu de très bonne heure le matin, ce qui était le cas pour le tournage du clip, et moi je ne suis pas une lève-tôt …
Pendant le tournage du clip, y a-t-il eu des aventures ?
Pas vraiment, mais une histoire drôle. La maison bleue que l’on voit dans le clip était la poste du village, il a fallu parlementer avec les PTT italiens. Il fallait que cette maison ait l’air d’être au bord de la mer, aussi nous avons déversé des tonnes de sable dans la rue. Seulement, ensuite, il a fallu balayer !
Des projets pour cet été ?
Vacances, vacances, vacances avec ma petite famille. Cette année avec mes tournées et mon spectacle je n’ai pas eu le temps de beaucoup voir mes deux filles.
Ensuite, un nouveau disque, un nouveau spectacle ?
Oui, mais pas tout de suite. Je ne pourrais pas vivre sans musique, rien ne remplace pour moi le bonheur d’être en studio, entourée de musiciens.
Discographie
Le premier 45 tours de France Gall « N’écoute pas les idoles » remonte à 1964. Il serait trop long de vous citer tous ses disques entre 64 et 75.
Albums
1975 : 1er album avec « La déclaration »
1977 : « Dancing disco »
1978 : « Live théâtre des Champs-Élysées »
1980 : « Paris France »
1980 : Album des compilations
1981 : « Tout pour la musique »
1982 : « Live » Palais des Sports
1984 : « Débranche »
1985 : « Live » Zénith
1986 : Triple “Live”
1987: « Babacar », (WEA et Apache)
Magazine : Top 50 Date : du 16 AU 22 mai 1988 Numéro : 115
Bonbon acidulé, pastille de menthe, chocolat glacé, friandise à la fois poivrée et sucrée quand elle le veut, France Gall affiche à la ville sa volonté et son minois de fillette délurée.
Bonbon acidulé, pastille de menthe, chocolat glacé, friandise à la fois poivrée et sucrée quand elle le veut, France Gall affiche à la ville sa volonté et son minois de fillette délurée. Qu’on ne s’y trompe pas, derrière l’apparence se cache un caractère d’acier trempé, chauffé à blanc par les spots et les fans.
Et son triomphe aux Victoires de la musique prouve qu’elle n’a pas eu tort d’emprunter la voie tracée par Michel Berger, en 1973, après quatre années de déprime et de (presque) oubli. Et eu bien raison de le suivre pour créer en chœur et en couple. « Aucune musique ne me tente plus que la sienne. Aucun texte ne traduit à ce point ma vraie nature ».
Effrayée à l’idée de vieillir
Lui et elle : question d’harmonie. Pour les grands événements, les petites choses de la vie. Ce qui permet à France Gall d’évoluer avec aisance : « Je passe sans transition de ma cuisine à la scène. De la même façon que je me rends de ma chambre à la salle de bain … » Idem pour son rôle de chanteuse ou de mère. Qui, cette fois, lui donne la possibilité de devenir, en alternance, grâce à un mari qui sait prendre la relève, vedette et femme au foyer, traditionnelle et débordée. « Face à un mari rêveur et poète », dit-elle, France Gall se charge de l’intendance, d’autant qu’elle entame cette semaine une année sabbatique : « J’achète des plantes vertes et remplis les placards, fais le marché et n’occupe réellement de Raphaël, neuf ans, et de Pauline, six ans. »
Enfants désirés avec passion et acharnement, « ayant rencontré des difficultés pour en avoir ». Aujourd’hui, elle va les chercher à l’école, s’entretient avec les maîtresses.
Mon caractère autoritaire ne pousse à surveiller leurs progrès en classe. A réprimander. »
Réussite totale, rêve de toutes les femmes, assure-t-elle. Mais qui ne la satisfait pas à cent pour cent, pour être en accord avec elle-même – autre désir profond -, l’ex-baby-star des sixties, à qui Serge Gainsbourg fit interpréter, à dix-sept ans, les désormais couplets scandaleux des « Sucettes à l’anis » – : Je ne comprenais pas ce que je chantais et j’ai ressenti la plus grande honte de ma vie lorsqu’on m’en a expliqué le sens » -, France Gall, à quarante ans, effrayée à l’idée de vieillir, part en guerre par soif de justice. Déléguée de l’organisation humanitaire, « Action école », elle est partie pour le Niger. Après Daniel Balavoine, son ami et partenaire dans « Starmania », spectacle musical qu’on demande à Michel Berger de remonter. « Les innocents emprisonnés, les enfants qui meurent de faim, me bouleversent. Ce monde injuste et cruel m’indigne. Me donne envie de pleurer. » Aussi, en public, elle chante « Babacar », né de sa rencontre avec un enfant africain que la mère lui demandait d’adopter.
En gros pull-over et baskets, l’un de ses costumes de ville qu’elle pourrait porter sur scène, France Gall n’établit pas de différence. Elle assure que, de toutes les carrières, celle qui aurait pu la tenter, si elle n’était pas France Gall, serait encore la peinture. Témoin de cet obscur désir refoulé, sa délicieuse chanson « Cézanne peint ».
Et pour se prouver que son succès n’appartient qu’à elle, Isabelle (son vrai prénom) conclut : « Chanter me rend heureuse. » Pour France, tout finit par des chansons.
Magazine : Télé Star A.R. Date : du 7 au 13 mai 1988 Numéro : 605
C'était un autre temps, une autre vie. Elle avait seize ans. Elle participait au fameux grand prix de l'Eurovision.
C’était un autre temps, une autre vie. Elle avait seize ans. Elle participait au fameux grand prix de l’Eurovision. Elle représentait la France, avec une chanson écrite par un Gainsbourg que l’on n’appelait pas encore “Gainsbarre”.
Sa blondeur ensoleillée, son regard candide et sa voix déjà unique avaient séduit le jury et le public. Elle rafla le premier prix. Sa chanson s’appelait « Poupée de cire, poupée de son ».
Du jour au lendemain, le nom de France Gall allait être sur toutes les bouches et sa voix dans toutes les oreilles. Seulement une poupée ? Pas dégonflée elle ne retombera pas dans les limbes maussades du show-biz. France Gall ne sera jamais une étoile filante. Et toujours elle brillera au firmament de la chanson française.
Même si « La petite fille qui rêvait de réaliser quelque chose d’extraordinaire a été mal dans sa peau pendant dix ans … Je n’aimais rien. Seulement en studio, le bonheur de chanter me faisait vibrer … Michel Berger est entré dans ma vie. J’ai été bouleversée. Il m’a offert ma mesure, mes démesures. Quand il m’écrit un texte, je suis toujours aussi émerveillée ! »
La petite fille est devenue femme. La chanteuse est devenue artiste. De « Il jouait du piano debout » à « Ella elle l’a » en passant par « Babacar » ou « La déclaration », sa discographie est ponctuée de ces joyaux musicaux qui ont marqué la production française de ces dernières années.
Nouveau titre à marquer d’une pierre blanche : « Évidemment ». « Évidemment », un titre plein de nostalgie mais aussi d’espoir.
Salut ! : Mais pourquoi avoir écrit cette chanson ?
Michel, qui écrit toutes les paroles et les musiques de mes disques, éprouve toujours le besoin, dans ses albums, de refléter les émotions de la vie. Ces dernières années, nous avons perdu deux de nos amis, Daniel et Coluche. Avec cette chanson, Michel parle de l’absence et du vide que l’on ressent quand on perd des êtres que l’on aime.
Salut ! : Pourquoi avoir tourné ce clip en Italie ?
France Gall : Question de temps et de couleur, il nous fallait un endroit qui puisse à la fois représenter l’été et l’hiver car l’histoire se passe durant deux saisons. Nous avons tourné à une heure de Rome, dans un petit village proche de la Méditerranée. Une ravissante maison bleue plaisait particulièrement à Michel, seulement elle se trouvait au milieu du village et de plus c’était la poste ! S’il n’a pas été facile de convaincre les P.T.T. italiens de nous louer la maison, il a été encore plus difficile de faire croire que nous étions au bord de la mer. Des camions ont déversé des tonnes de sable. Seulement, ensuite, il a fallu le balayer et le ramener au bord de la mer, un vrai travail de titan, mais le résultat n’est pas mal car on a vraiment l’impression que la maison se trouve à quelques mètres de la mer. Le reste du tournage s’est fait à Rome à Cinecitta, nous avons joué dans les décors du film « Un homme amoureux ».
Salut ! : Pourquoi avoir choisi le comédien Etienne Chicot ?
France Gall : Avant tout parce qu’il est un excellent comédien et un ami. Il incarnait très bien avec toute sa sensibilité le rôle de celui qui disparaît. Je ne voulais tourner qu’avec des gens qui se connaissaient car je me sentais plus à l’aise. Le cinéma n’est pas mon métier et je n’arrive pas à m’y faire. J’aime la scène, je m’y sens bien car j’ai besoin d’évoluer dans un monde de musique. Pendant le tournage, j’avais l’impression de perdre mon temps. Moi qui ne suis pas une lève-tôt, je devais être debout à 7 h du matin, mais pour ne tourner qu’à 15h. Les comédiens, eux, ont une grande habitude et ils s’organisent, ils lisent ou écrivent. Moi je fulminais, ce n’est que le dernier jour que j’ai trouvé la solution. Je jouais aux cartes. Michel, par contre, lui, était ravi, il adore découvrir sans cesse de nouvelles choses. « Évidemment » était son deuxième clip en tant que réalisateur. Il est passionné par la mise en scène. Ses premières armes, il les avait faites avec la comédie musicale « Starmania » : Il a réalisé tous mes spectacles et aussi celui de Johnny Hallyday à Bercy. Je crois qu’il a très envie de faire du cinéma, moi ce n’est pas mon truc, je préfère et reste dans la musique. »
C’est vrai que France a bien prouvé cette année qu’elle ne vit que pour la musique. Après son spectacle au Zénith, elle a pris le chemin des tournées et a donné des galas dans la France entière, n’arrêtant que quelques jours le temps de tourner son clip. Malgré tout, elle a trouvé le temps de prendre quelques jours de repos pour passer les vacances de Pâques avec ses enfants car France est aussi une maman très célèbre et la vie familiale prend une grande place dans sa vie. Elle a réussi ce qui paraît souvent irréalisable : être un personnage public qui a su garder les valeurs de la vie privée.
Après la France, c’est la Réunion et l’île Maurice qui auront le plaisir de l’écouter en concerts. Qui mieux qu’elle peut représenter la chanson française outre-mer ?
Magazine : Salut ! Magazine Date : du 13 au 26 avril 1988 Numéro : 11
Le clip d’« Évidemment» n'exploite pas les doses missives de bons sentiments pleurnichards, ce n'est décidément pas le créneau du tandem Berger-Gall
France Gall. Absente mais pas l’indifférence surtout pas l’indifférence.
Le temps, dit-on, corrige, répare, atténue les mesures de l’âme, « Évidemment », la route poursuit son linéaire et inaltérable parcours mais l’oubli ne peut et ne doit pas s’installer.
“Bala” n’est plus, mais Daniel demeure en nous, pour toujours sobre, pudique, émouvant, intimiste. Le clip d’« Évidemment» n’exploite pas les doses missives de bons sentiments pleurnichards, ce n’est décidément pas le créneau du tandem Berger-Gall ! Ici, tout n’est que grâce, suggestion et impressionnisme. Berger, le scénariste, auteur-compositeur et réalisateur, peint, dresse, portraitiste la mort d’un ami, le plus simplement possible … Il a calqué ses images aux mots, sans commentaires surannés, déplacés …
Tourné en Italie, en quatre jours, Berger, le perfectionniste s’est efforcé de reconstituer le puzzle de ses émotions.
Un ami, campé par Etienne Chicot (le comédien entre autres de « Garde à vue ») partage, l’essentiel ainsi que les détails d’un quotidien « soleil » auprès de sa famille de cœur, et puis il disparait, il s’estompe tout à coup du tableau en laissant bien évidemment derrière lui des traces, des moments, des empreintes, des souvenirs indélébiles d’un passé hélas sans lendemain.
Berger a donc revêtu une fois de plus, le costume du clippeur avec inscrit à son générique, son actrice favorite, France Gall, elle-même.
Pas toute seule sur sa liste, il a aussi recruté des apprentis comédiens pour les services d’une figuration des plus « intelligentes ». En ce qui concerne l’équipe technique, elle était de nationalité exclusivement italienne. Tout se serait déroulé dans le meilleur des climats possibles, si les lois d’un timing « serré » n’avaient composé une course contre l’horloge « infernale » et puis autant l’évoquer, le laxisme des techniciens, toujours en retard aux rendez-vous du travail, ça n’a guère arrangé les affaires de l’ami Berger. Des journées bien remplies, lever 7 heures du mat « j’ai des frissons », coucher à l’aube « j’ai des palpitations ». Une ambiance spartiate pas vraiment touristique. « Rome ville ouverte » affirme la légende, en l’occurrence, là il s’agissait d’un « tournage very fermé » et Michel Berger n’a pas lésiné sur les moyens de nous faire rêver …
C’est ainsi qu’il a squatté la poste du village de Sabadia, transformée pour la circonstance en « maisonnée de villégiature » ensuite. « Maniaco non dépressif », il n’a pas hésité à « importer » du sable afin d’illustrer les séquences ballades sur la plage. Une entreprise lourde de remue-ménage et de casse-têtes italiens que Berger le stratège a mené à bon port ! Tendu, le pianiste sans groupies, a quand même tenu le choc et a affiché durant ces quatre jours un self contrôl digne de nos voisins british … il grogna parfois, à l’encontre des lambineurs ritals !
Mais jamais, on ne le coince en flagrant délit de mauvaise humeur.
Une attitude qu’il fallait souligner, les non caractériels de ce métier se raréfiant, n’est-ce pas. France, quant à elle, donnait dans le créneau « concentration ». Maquillage, coiffage, habillage, on se serait cru sur le tournage d’une superproduction made in Hollywood.
Au détour des coulisses de Cinecitta, on croisa aussi des visages non inconnus à notre mémoire, Fellini en personne, Mastroianni, en chair et en charme … Manifestement, on vibrait en plein cœur d’une mythologie bel et bien vivante.
Côté bouffe, ce ne fut pas une partie de plaisir. On engloutissait plutôt qu’on dégustait. Un quart d’heure chrono pour le ravitaillement, pas de quoi noircir en effet les pages du guide Michelin. Extérieur-jour, intérieur-nuit, ou l’inverse. Un chef opérateur ponte dans son genre, collaborateur en titre de Luc Besson (Subway). Berger ne s’entoure jamais des plus mauvais. « Évidemment » que la qualité d’images est irréprochable … Touche à tout, pluridimensionnel, ce maître à chanter de sa génération, deviendra-t-il demain, un réalisateur notoirement recherché.
C’est le mal qu’on lui souhaite en attendant son prochain album … et ses créations, sûr qu’il se situera à proximité de Miss Gall, en tournée … elle promène son spectacle du Zénith en province.
Donc, si elle passe par chez vous, foncez-la voir et l’écouter, évidemment !