Dans ce numéro 537 de Les Veillées, il n’y a pas d’article associé.
Bonne année ! 1965 (Les Veillées)

France Gall, une voix fraîche, un peu perchée
Mop’s pour France Gall

Oui. Mop’s” a bien mérité la main de France Gall, car sa ligne inédite est résolument moderne : embout plus long, poignée plus courte, galbe plus accentué de sa forme qui en fait le plus grand de tous les parapluies.
“Mop’s” représente ce qui se fait de mieux au monde à l’heure actuelle en technique et en style : il protège efficacement de la pluie grâce à son tissu “super Lilion” à traitement spécial 100% imperméable ; ses baleines dorées et sa tige en “durai” le rendent inrouillable; et il est incassable car ses éléments principaux sont montés « tout d’une pièce ».
Comme France Gall, adoptez le “Mop’s” nouvelle ligne que vous trouverez à partir de 27,50 F chez tous les spécialistes et dans les grands magasins.
Magazine : Salut les copains
Date : Novembre 1964
Numéro : 28
France Gall journaliste : 200 photos choisies par France Gall

Pour vous, France Gall, l’adorable France, est devenue journaliste. Elle a participé à la préparation de ce numéro, proposé des sujets, donné son point de vue. Ainsi, c’est France qui a tenu à ce que le Star-Book soit consacré à Claude Nougaro.
« Pour moi, a-t-elle dit, Claude Nougaro est le numéro un d’aujourd’hui, la grosse révélation de l’année. Comme vous le savez, il a pulvérisé tous les records du succès à l’Olympia… un vrai bonheur ! Sa fille Cécile, deux ans, marche sur ses traces et chante déjà N’écoute pas les idoles. Nous nous entendons très bien, Cécile et moi. Elle a même été la première de mes fans. »
Une fille vraiment bien, France Gall, a dit l’équipe de rédaction quand, le journal bouclé, France nous a quittés sur un dernier sourire.
Bonjour, je me présente : France, 16 ans, yeux marron clair, cheveux blonds. Signe particulier : je chante tout le temps, ce qui n’a rien de drôle puisque papa est parolier. Depuis que je suis née, j’ai vu des tas de vedettes défiler à la maison : Édith Piaf, Aznavour, et chaque fois je restais en adoration.
J’ai deux frères jumeaux, Philippe et Patrice. Ils ont dix-huit ans et ne se ressemblent pas du tout. Patrice est blond avec des yeux clairs, Philippe est brun avec des yeux foncés, mais ils ont un point commun, c’est de savoir me faire rire, mais rire ! Personne, vraiment, ne me fait rire comme eux. Je les adore. Patrice vient de passer son deuxième bac avec succès et d’entrer en Math Sup. Philippe est mon ange gardien. Il me suit partout, s’occupe de la sono, conduit la voiture. Moi, je ne peux pas, je n’ai pas encore mon permis.
Depuis presqu’un an que j’ai enregistré mon premier disque, je ne vais plus en classe. Quelle chance ! Mais je regrette mes amies. J’ai des tas de meilleures amies et de confidentes, seulement maintenant c’est plus difficile de se voir, à cause de mon nouveau métier.
Les choses sont allées très vite et se sont faites très simplement. Je chantais tout le temps, en m’accompagnant à la guitare. Un jour, je me suis enregistrée sur magnétophone. Papa a entendu l’enregistrement… et c’est comme ça que tout a commencé. Je vais partir bientôt en tournée (le premier novembre) avec Richard Anthony. Je suis contente. Jusqu’à présent je n’avais fait que des galas, mais cela m’a fait comprendre combien il est merveilleux et nécessaire d’être en contact avec le public. Le disque ne suffit pas. La scène, c’est la seule façon d’être au centre, au milieu, au plein cœur du métier. J’ai l’intention de beaucoup travailler, et d’apprendre la danse, afin de pouvoir esquisser quelques pas en chantant, je trouve que c’est mieux.
J’ai mes idoles, comme tout le monde. Au cinéma, Steve McQueen. Dans la bibliothèque, George Sand (mon livre préféré est La petite Fadette). Et dans la chanson : Françoise, Sylvie, Pétula, Dionne Warwick, Aznavour, Claude François, les Beatles, et puis les Swingle Singers. J’aime par-dessus tout l’arrangement qu’ils ont fait de Bach et qui a pour titre Jazz Sebastien Bach. Ils ne font que des scats. Pour me chauffer la voix, je mets toujours ce disque.
Cette année, il y a eu un grand changement dans ma vie. J’ai découvert les restaurants russes, chinois, japonais, etc. Jusqu’à présent, mon plat préféré c’était les frites, mais à présent j’ai pris le genre caille aux raisins, beefsteak à la moelle et la gelée de groseille, pâté impérial et litchis, ces délicieux fruits chinois qui ont une odeur de rose. À part ça je suis restée simple !
Quand j’aurai ajouté que j’aime la campagne (mes parents ont une maison dans l’Yonne), que je ne me maquille jamais, que j’aime les cils ronds, et que je lis Spécial Jeunesse, alors vous saurez tout de moi. En toute amitié,
France
France, élève du lycée Paul Valéry à Paris, dit avec orgueil : « C’est le lycée le plus moderne de France. » Mais elle ajoute moins fièrement : « Je suis une élève fantaisiste et un peu fofolle puisqu’à 16 ans je redouble ma troisième… »
Son domaine est sa chambre rose et bleue ; sur une table un magnétophone, son pick-up et un tas de disques hors de leurs pochettes parce que ce sont ceux qu’elle préfère et qu’elle écoute souvent (Dionne Warwick, Françoise Hardy, Trini Lopez, Les Double-Six, Charles Aznavour, The Beatles, et Claude Nougaro) ; sur sa table de chevet, ses lectures : Les malheurs de Sophie, Pauvre Blaise, La petite Fadette et un gros album de Fillette.
Pelotonné dans un coin du lit, Pimpin, son chat, ronronne, tandis que son tout petit singe, Pépita, joue avec les pompons des rideaux. France adore les animaux et elle projette de s’acheter un petit caniche noir et une Mercedes sport pour emmener tout ce petit monde à Pourrain. Pourrain est un village près d’Auxerre. La famille Gall y possède une très belle propriété où il fait bon passer les week-ends.
France a deux frères jumeaux de 17 ans et demi, Philippe et Patrice, et toute une bande d’amis qui aiment beaucoup se retrouver chez elle : on joue de la guitare, on chante et on danse avec entrain.
Cet univers nouveau qu’elle aborde ne l’effraie pas, les seules conversations de grandes personnes qui l’aient intéressée ont toujours été celles où l’on parlait de chansons et cela arrivait fréquemment chez elle. Son père, Robert Gall, est auteur de très nombreuses chansons ; ne citons que la dernière, La Mamma, écrite en collaboration avec Charles Aznavour. (Sur l’épaule de Robert Gall, Pépita, le singe miniature de sa fille.)
Son grand-père, Paul Berthier, élève de Vincent d’Indy, était un organiste très connu non seulement pour ses compositions, mais aussi parce qu’il a été le fondateur des Petits Chanteurs à la Croix de Bois.
À une époque où chaque jour un nouveau nom sort sur le marché du disque, il est intéressant et réconfortant de découvrir une voix. France est avant tout une chanteuse possédant toutes les qualités requises : justesse, sens de la mesure, du rythme, sensibilité, présence, naturel, bonne diction, etc. Sa voix a la fraîcheur de son âge, un peu perchée, mais sans stridence, et d’une grande étendue. Elle possède une mémoire musicale remarquable et peut doubler sans difficulté la plupart de ses disques préférés, y compris les chorus acrobatiques des Double-Six !
Magazine : Jeunesse Cinéma
France Gall est journaliste du numéro 83
N°83
Novembre 1964
Le sage petit oiseau n’a pas quitté le nid familial | Music Magazine | Novembre 1964

Il n’y a pas encore un an, Robert Gall, dans « Music-Magazine (n° 2 – 3e année – février 1964) », nous présentait sa fille, poids léger des débutantes (42 kilos pour 1 mètre 62) mais dont le nom faisait sursauter car il avait la résonance brutale d’une grande rencontre internationale de rugby : France Gall.
Comme de bien entendu, il n’en fallut pas plus pour faire rire. Aujourd’hui les rires se sont figés et on prend France Gall au sérieux. C’est fou ce que l’on peut d’ailleurs prendre au sérieux les gens qui réussissent. Heureusement, France, elle, bien que réalisant point par point la ligne professionnelle qu’elle s’était tracée, a gardé le plus gentil sourire du monde ! et, justement, ne se prend pas au sérieux pour deux sous.
Ce qu’il y a de certain, c’est que France Gall n’est absolument pas une chanteuse comme les autres.
Débutante, on ne la prit d’abord que pour « la fille de son père », le parolier de « La Mamma » et de plusieurs grands succès, et puis voilà qu’à force de chanter « N’écoute pas les idoles », elle devint « idole » elle-même et que tout un public eut grand plaisir à l’écouter et à réclamer ses disques.
Avec son chat Pimpin, qui fait étroitement partie de son univers de jeune fille.
Il est probable aussi que le charme mutin de France y est pour quelque chose, un charme comme on n’a pas l’audace d’en concevoir dans « le métier », c’est-à-dire le charme vrai d’une gentille jeune fille de dix-sept ans, parfaitement bien élevée, manifestant des joies d’enfant, ayant aussi les longs silences tristes de son âge, mais ne cherchant jamais à paraître autre chose que ce qu’elle est profondément, authentiquement. Bien des jeunes ont, hélas, perdu le sens de la vérité de leur âge et ne sont que des adultes prématurés. France est bien différente, un rien la fait rire aux éclats, la laisse perplexe, la fait rosir, enfin elle est adorablement « la petite sœur idéale » dont on craint inconsciemment qu’elle ne devienne femme.
Son aspect fragile, délicat, son petit air mutin et rêveur, sont autant d’atouts que, ingénument, elle n’exploite d’ailleurs pas. Et comme elle a raison…
France ne se laisse encore griser que par la senteur des roses, et l’encens d’une gloire naissante ne la trouble pas le moins du monde, cela la raffermit plutôt dans le désir qu’elle eut toujours de bien faire ce qu’elle a à faire intelligemment, de la façon la plus sensée et surtout sans rien précipiter. C’est ainsi qu’elle enregistre soigneusement des titres qui n’appartiendront qu’à elle et non pas de ces « tubes enregistrés par un peu tout le monde et dont on ne sait jamais qui en est le créateur, ce dernier étant dans la plupart des cas « made in U.S.A. » et ses suivants ne jouant en fait que le rôle de pâles imitateurs ».
France Gall a donc un « matériel » bien à elle. Parfois, son papa met la main « à la rime », mais toujours son éditeur reste « Bagatelle » et « Gimmick », la réalisation appartenant à celui qui eut l’objectivité et l’opportunité de miser sur elle : Denis Bourgeois.
Un facteur important de la réussite et du naturel de cette jolie adolescente à part entière de la chanson est sans conteste le fait qu’elle a eu la sagesse de rester bien blottie au chaud du nid familial et, croyez-moi, elle n’a pas l’intention d’en bouger, ni d’en tomber de sitôt.
Une maman, un papa, deux frères (jumeaux), Patrice et Philippe, son chat « Pimpim » et son singe « Pepito » sont tout l’univers que souhaite et dont a besoin « Babou » (!!!), car on l’appelle « Babau » dans l’intimité du foyer.
Un foyer où elle est littéralement adorée et choyée, mais, pas une seconde, elle ne songe à en profiter et, en définitive, même ses frères la trouvent « obéissante ». Si France Gall doit à tout prix juger son cas, elle vous dira avec une moue (elle a horreur des interviews) :
“Si vous voulez, je crois bien que je suis très étourdie… C’est un peu vrai”. Elle saute d’un sujet à un autre comme un oiseau léger, gracieux, fantasque. Va, vient, virevolte… Les contraintes lui sont étrangères et elle se laisse aller merveilleusement à son naturel. Un naturel dont on est en train de s’apercevoir qu’il est mille fois plus solide que tout ce « préfabriqué » dont on nous rebat les oreilles. Un naturel qui fait que France Gall, petite fille sage et mutine, a installé son nom parmi les plus grands sans que l’on y prenne tellement garde, mais, de même qu’elle n’a pas fait la folie de se laisser « tomber du nid », croyez-moi, elle n’est pas prête à se laisser tomber de sa jeune gloire.
Magazine : Music Magazine
Par Jean Monteux
Photos : crédits non précisés
Date : novembre 1964
Numéro : 11
Gala des Etoiles 1964

Tournées 64 : Si les débuts discographiques de France remontent à l’automne 1963, sa première scène a lieu du 10 au 15 avril 1964 à l’Ancienne Belgique de Bruxelles. Elle chante en lever de rideau de Rachel, qui vient de se faire remarquer à l’Eurovision, et de Sacha Distel.
On la voit, ensuite, durant le mois de juillet à la fête syndicale de Montreuil (le 5) et au théâtre de Verdure de Nice. A cette époque, elle a enregistré 3 super-45 tours qui sont des succès, sans plus. Le tube arrive avec “Sacré Charlemagne”, fin 1964.
Du 29 octobre au 22 décembre 1964, elle est en tournée pour le “Gala des Etoiles” dans toute la France avec, en tête d’affiche, Richard Anthony. C’est un triomphe pour les deux artistes.
Une surprise partie avec France Gall

Les deux conseils de France Gall : Veillez bien à l’ordre de passage des disques, et soyez coquette mais sans exagération : choisissez une robe très simple, légère à porter, qui ne vous empêche pas de vous agiter (n’oubliez pas que vous êtes l’hôtesse!).
Quand c’est moi qui reçois, dit France Gall, je suis toujours affreusement inquiète. Ai-je bien tout préparé ? Mes amis ne vont-ils pas s’ennuyer ?
Je puis en tout cas vous donner un conseil : ne négligez pas le point le plus important d’une surprise-partie, celui qui concerne la musique. Si vous n’avez pas beaucoup de disques, demandez à vos invités d’en apporter … Il sera bon, aussi, qu’une seule et même personne puisse s’occuper du choix des morceaux pendant toute la durée de la fête.
Si chacun réclame le disque dont il a envie, cela finit toujours, immanquablement, de la même manière : on arrête un slow brusquement pour passer à un rock ou un hully-gully, et bientôt tout le monde s’énerve, plus personne ne danse. Dans l’idéal, voici quel devrait être, à mon a vis, le bon “ordre d’écoute” des disques. Au début de la surprise-partie, passez beaucoup de morceaux “rapides” : ils vous permettront de mieux “chauffer” vos danseurs.
Puis tenez-vous au rythme suivant : trois slows, trois rocks, deux hully-gullies ; puis de nouveau trois slows, etc. Et vers la fin, au contraire, insistez plutôt sur les mélodies, les chansons lentes. Et maintenant, je vous souhaite un bon après-midi.”
Magazine : Mademoiselle Age Tendre
Date : 15 octobre 1964
Numéro : 1 (c’est le tout premier numéro édité)
A la veille de la publication du titre “Ne sois pas si bête” de France Gall

Enregistrer un disque ! Pouvoir entendre sa voix à partir d’un petit cercle de vinylite noire et, peut-être, devenir une vedette ! …
Le rêve, pour beaucoup, le plus extraordinaire , pour d’autres, une déjà solide réalité , pour certains encore, ceux qui débutent (France Gall, Michele Torr, Audrey, Monty, par exemple), le tout premier stade d’une expérience bizarre et fantastique : l’apprentissage du métier de chanteur.
Un disque, vous savez ce que c’est – une pochette, des sillons, une étiquette, de la musique , mais vous êtes-vous demandé comment tout cela fut fait ? Par quelles étapes on dut passer d’abord, avant que l’objet fini ne parvint, tout, frais, tour neuf, sur le plateau de votre électrophone ? Pour répondre a ces questions, Guy Abitan a suivi pas à pas France Gall, pendant une vingtaine de jours, à la veille de la publication de son premier enregistrement : “Ne sois pas si bête”.
1/ France Gall est née à Paris, le 9 octobre 1947. Le jour de ses seize ans, Robert Gall, son père, lui offre une guitare. “Puisque tu chantes tout le temps, lui dit-il, cet instrument te permettra de t’accompagner ; tu auras l’air d’être une vraie chanteuse, ainsi !
2/ France apprit bientôt par cœur toutes les chansons de Françoise Hardy et de Sylvie, et suivit les leçons de la méthode de guitare de Mickey Baker. Bientôt, elle fut prête et fit à ses parents l’aveu suivant : “J’ai décidé d’essayer d’enregistrer un disque. “Tu es folle !” répliqua Mme Gall. “Je connais un éditeur, dit M. Gall. Tu pourrais aller le voir de ma part …
3/ C’est un jeudi matin, à onze heures, que France fit la connaissance de ses futurs “patrons” et grands amis, Brigitte Berthollier et Denis Bourgeois. Elle, s’occuperait d’accompagner France partout, lors des reportages qu’elle aurait à faire, des émissions de radio ou de télévision auxquelles elle se trouverait invitée ; lui, deviendrait tout à la fois son directeur artistique, son imprésario, son conseiller … France leur plut, comme eux lui plurent dès cette première visite, ils lui remirent quatre chansons, qu’elle aurait à apprendre rapidement. Toutes ne furent pas ensuite enregistrées; mais France emportait déjà … “Ne sois pas si bête”.
4 Rendez-vous avait été précisé pour la semaine suivante, chez Philips (où l’on projetait de faire une brève séance d’essai en studio, afin de pouvoir “tester” la voix de France). La jeune fille arriva à l’heure. “L’exactitude est ma loi” dit-elle parfois.
5/ L’essai avait été favorable : la maison de disques décidait de compter France Gall au nombre de ses poulains. Ce fut alors un mois de travail soigneux, de répétitions. France apprit jusque dans le plus apprit jusque dans le plus léger détail les phrases de ses chansons. Enfin, arriva le jour de la séance d’enregistrement.
6/ N’est-ce pas impressionnant, la première fois, de se trouver soudain devant un petit microphone ovale, tandis qu’en face de vous, dans la cabine située de l’autre côté de la verrière, s’agitent le preneur de son, l’éditeur, le directeur artistique, les assistants-techniciens ? Souvent, il faut refaire, refaire encore l’enregistrement, jusqu’à ce qu’aient disparu (autant qu’il est possible) tous les défauts. Et il n’est pas rare qu’une séance commencée à deux heures de l’après-midi ne s’achève, parfois, qu’au beau milieu de la nuit. Ou même le matin.
7/ La bande magnétique est prête, le disque doit paraître dans une dizaine de jours. France pose devant un photographe, et, ensuite, on choisira la meilleure photo, la plus amusante : ainsi naîtra sa première pochette.
8/ France est ensuite convoquée aux laboratoires où l’on doit procéder à la gravure, puis au pressage de son disque. Le plateau de gravure est un lourd et vaste cercle de métal gris clair, creusé d’une multitude de trous, qui sont de petits aspirateurs destinés à y faire bien adhérer la vinylite. A mesure que, sur un magnétophone de format “professionnel”, c’est-à-dire énorme, la bande magnétique se déroule, le plateau gris tourne, une aiguille inscrit sur un disque épais, de large diamètre, les sillons qui, reproduits au pressage, permettront de composer l’objet final. “Ce jour-là, dit France, j’ai écouté quarante fois mes chansons”.
9/ Le lendemain, le disque définitif sort de la presse : étiquette collée, frange de vinylite bien rognée, il est prêt à être vendu. Il faut que France aille le faire écouter aux programmateurs de radio. Inquiète, la voici qui arrive à “Europe n° 1” : “Pourvu qu’on ne le trouve …. pas trop mauvais !” se dit-elle. On le trouvera, bon, huit jours plus tard, grâce à “Ne sois pas si bête”, France n’aura-t-elle pas gagné ?
10/ Mais un premier disque, ce n’est pas le bout du monde. Ce qui compte, c’est toujours ce qui va se passer, ce qu’on va pouvoir réaliser après; France Gall a déjà conscience de ce problème : dès la sortie de son disque, elle entreprit d’écouter beaucoup, beaucoup de chansons nouvelles, afin d’essayer de trouver ses prochains titres. Son frère lui conseilla de retenir : “N’écoute pas les idoles” ; ce fut un choix parfait …
Magazine : Salut les copains
Date : Mai 1964
Numéro : 22
Mutine et romantique France Gall | Salut les copains | Mars 1964

Elle est très blonde, mesure un mètre soixante et a des yeux gris clair, très doux. Paru il y a deux mois, son disque lui procura bientôt un fort bon succès : grâce à Ne sois pas si bête, France Gall se trouva classée première (dans la catégorie des filles) au concours des nouveaux chanteurs qu’organisa Daniel à Salut les copains.
— Je me demande, dit-elle, ce que j’aurais pu — et ce que je pourrais — faire d’autre que chanter.
Je suis née le 7 octobre 1949 ; toute petite, j’ai vécu parmi des musiciens, des auteurs. Mon père, Robert Gall, a écrit en quelques années le texte de plusieurs centaines de chansons. Sais-tu qu’il est le parolier de « La Mamma », qu’interprète Charles Aznavour ?
Si vous observiez France avec attention, vous découvririez que, sous son air gai, vif, derrière son regard brillant et léger, il y a, toujours évidents, comme un recul, une timidité, une prudence : soit qu’elle ait une nature très secrète, très renfermée, soit (plus simplement) qu’elle ne se soit pas encore défaite de ses attitudes de petite fille.
France ne dit rien, n’avoue rien que par hasard ou par surprise.
« Pourquoi parler de soi-même ? explique-t-elle parfois. Les autres sont tellement plus intéressants ! »
Les autres, pour elle, sont au vrai nombreux : il s’agit des quarante copains qu’elle s’est faits, au lycée, dans son quartier ou par l’intermédiaire de ses deux frères, et qu’elle continue de voir, tous, une fois par semaine au moins.
Il s’agit de sa mère, Mme Gall, une charmante jeune femme qui n’a le plus souvent qu’une phrase aux lèvres :
« Les voisins ! Pensez qu’il y a les voisins ! »
(Car France chantant, et ses frères jouant l’un et l’autre de la guitare à longueur de jour, cela fait du bruit — beaucoup de bruit…)
Ce sont aussi, et surtout, les garçons : cette race bizarre que France aime bien, et à laquelle elle a décidé de s’adresser d’abord, parce qu’elle est celle qui l’amuse le plus.
Magazine : Salut les copains
Dans la rubrique : “voici les nouveaux-nés de la chanson / 7 noms – 7 têtes”
Date : mars 1964
Numéro : 20
France Gall en 1964

En 1964, France Gall passe de l’ombre à la lumière. Après les débuts prometteurs de l’année précédente, tout s’accélère avec le succès de N’écoute pas les idoles, écrit par Serge Gainsbourg.
Elle devient une figure montante du yéyé, avec une image de jeune fille espiègle, en décalage avec les chanteuses plus lisses de l’époque. D’autres titres comme Jazz à gogo ou Laisse tomber les filles confirment sa singularité musicale, mêlant légèreté et modernité. Cette année-là, France enchaîne les plateaux télé, les séances photo et les concerts, tout en poursuivant ses études. Les images de 1964 montrent une artiste en plein essor : look plus affirmé, sourire plus assuré, mais toujours cette fraîcheur qui séduit un large public. Ces photos témoignent d’un tournant décisif dans sa carrière, celui où l’adolescente devient une vedette.
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Textes librement inspirés du livre : France Gall l’intégrale / L’histoire de tous ses disques par Norman Barreau-Gély aux Editions EPA avec les pochettes de France Gall Collection










