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Les heures terribles où France Gall a pensé au suicide

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Partir, partir, fuir loin, très loin, c'est la décision que l'on est tous tentés d'adopter quand la vie devient trop lourde à supporter.
Partir, partir, fuir loin, très loin, c'est la décision que l'on est tous tentés d'adopter quand la vie devient trop lourde à supporter.
Les heures terribles où France Gall a pensé au suicide

France Gall. Partir, partir, fuir loin, très loin, c’est la décision que l’on est tous tentés d’adopter quand la vie devient trop lourde à supporter.

Quand croiser toujours les mêmes lieux, les mêmes regards, ravive chaque fois davantage la blessure que l’on porte en soi.

Car lorsque l’autre vous a quitté, partir c’est le dernier espoir pour tenter de se retrouver soi, de revivre pour soi et pour ceux que l’on aime.

De se dire que la vie continue malgré tout, et que cette vie, même si elle est parfois pénible, vaut le coup d’être vécue.

Voilà pourquoi, un an et demi après la mort de Michel Berger, survenue au milieu de l’été 1992, France Gall a décidé de partir. De s’envoler pour Los Angeles avec ses enfants, afin de prendre un nouveau départ.

Mais ceux qui ont déjà souffert savent bien que ce n’est pas parce que l’on fait 10 000 km que tout est résolu. Bien sûr, cela fait partie, comme le dit France, dans une interview publiée dans ELLE, « de ces petits détails qui peuvent changer la vie ». Mais il serait utopique de croire que l’on peut faire le deuil de quelqu’un et se sentir bien, soudain, juste parce qu’il fait beau. Et France n’a pas échappé à la règle.

« Une fois que j’ai décidé de partir, je me suis demandé ce que j’allais faire pour ne pas me suicider pendant que les enfants seraient à l’école », dit-elle encore dans cette même interview.

Alors, comme elle n’est pas du genre à s’apitoyer sur son sort pour que les autres pleurent avec elle, France a décidé de continuer à mettre toutes les chances de son côté. Los Angeles, c’était le premier pas vers sa renaissance. Mais il lui fallait quelque chose de plus fort pour pouvoir renaître vraiment. Quelque chose qui lui permette de faire doucement en elle la transition entre les années de bonheur qu’elle avait connues avec Michel, et son existence après lui.

La solution s’est alors imposée à elle, presque comme une évidence. Ce lien magique, salvateur, c’était la musique.

Et si elle nous revient aujourd’hui avec un nouvel album, composé de treize des plus belles chansons de Michel, ce n’est pas « seulement » pour lui rendre hommage. C’est plutôt pour faire connaître et reconnaître le talent de celui qui a été son amour pendant dix-huit ans, à travers le monde.

« Je sais que c’est quelque chose qu’il souhaitait, que sa musique sorte de son pays. J’ai envie qu’on l’aime aussi ailleurs qu’en France. », dit-elle encore.

Ce n’est donc pas un hasard si l’album s’appelle « France » et non pas « France Gall chante Michel Berger » par exemple.

Non, cet album, et pour la première fois, elle peut se vanter de l’avoir porté et mis au monde de bout en bout.

Car, contrairement au passé où elle s’appuyait entièrement sur Michel, c’est elle et elle seule qui a décidé des musiciens qui l’ accompagneraient dessus, des chansons qui y figureraient, et aussi, du ton dans lequel elle chanterait.

« Michel me faisait chanter dans le ton dans lequel il composait, qui était toujours trop haut pour moi ! Mais pour la première fois, j’ai imposé mon timbre naturel. »

Après avoir été la femme de Michel, la mère de ses enfants, France est donc enfin devenue elle-même.

Et quand on lui parle de son avenir, elle avoue se sentir prête à vivre une ou plusieurs histoires d’amour.

Après tout, pourquoi sa vie de femme devrait-elle s’arrêter?

Et puis, comme elle le dit si bien, « un amour ne chasse pas le précédent», et c’est à jamais que Michel restera dans son cœur.

Magazine : France Dimanche
Date : du 6 au 12 avril 1996
Numéro : 2588

France Gall : c’est important de croire en soi

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France Gall revient, et c'est tant mieux. Avec un album intitulé « France » tout simplement, où elle chante Michel Berger.
France Gall revient, et c'est tant mieux. Avec un album intitulé « France » tout simplement, où elle chante Michel Berger.
France Gall : c'est important de croire en soi

Née sous le signe de la Balance, elle se définit comme une femme réaliste mais optimiste. Elle a, aujourd’hui, surmonté sa période sombre. Son disque, s’il est un hommage à Michel Berger est aussi et surtout une manière de redevenir elle-même et d’aller de l’avant.

France Gall revient, et c’est tant mieux. Avec un album intitulé « France » (WEA) tout simplement, où elle chante Michel Berger, évidemment.

Un album épuré, émouvant, qui balance entre le rire et les larmes, entre les idées noires qui peuplent les nuits blanches et le jour qui se lève, quand même. Forte de cet album, qu’elle a porté toute seule, pour la première fois, France Gall est rayonnante. Si jolie, si menue, mais pas si fragile ! Avec une dignité qui force le respect, elle raconte le chemin qu’elle a suivi pour arriver à ce qu’elle est aujourd’hui : une femme équilibrée, au bord d’être heureuse.

ELLE. Quel a été le déclic qui vous a donné envie de faire cet album ?

FRANCE GALL. Partir ! Parce que c’était un peu « lourd » pour moi en France, à cause des événements de la vie, de la pression. Partir faire le point, respirer. Partir et être comme tout le monde, pouvoir sortir sans qu’on me regarde, sans avoir un objectif braqué sur moi, pouvoir faire de la bicyclette avec les enfants. Ce sont des petits détails, mais qui peuvent changer la vie. D’ailleurs, mes enfants avaient aussi formidablement envie de partir.

ELLE. Et pourquoi avez-vous choisi de vous installer à Los Angeles ?

F.G. A cause du soleil ! J’avais envie de sauter un hiver et de voir le ciel bleu.

ELLE. Et l’album dans tout ça, comment est-il né ?

F.G. Une fois que j’ai décidé de partir, je me suis demandé ce que j’allais bien pouvoir faire pour ne pas me suicider pendant que les enfants seraient à l’école ! Alors, je me suis dit que j’allais faire de la musique.

ELLE. Pas avec n’importe qui, puisque vous avez travaillé avec le producteur de Prince !

F.G. J’ai travaillé avec l’équipe de Paisley Park, que Prince a créée et avec laquelle il travaille depuis dix ans, et aussi avec Andrew Stoker, le producteur de Sting, et aussi avec des Blacks, parce que j’aime la musique qui groove : Marcus Miller, qui est presque un mythe, et Captain Kirk, qui a fait des rythmiques d’enfer. En tout, j’ai travaillé avec quatre producteurs.

ELLE. Mais le chef, c’était vous !

F.G. Si je les avais laissés faire, ce ne serait pas le même album, on entendrait une voix noyée d’échos, plus aiguë, avec beaucoup de cordes, de clochettes, plein de trucs ! Alors que moi, je voulais un album sans fioritures, d’une grande pureté, j’avais envie de retrouver les vrais sons des instruments, avec ma voix devant.

ELLE. Elle est plus grave qu’avant, non ? On dirait presque que vous avez changé de voix !

F.G. Michel me faisait chanter dans le ton dans lequel il composait, qui était toujours trop haut pour moi ! Et comme il ne voulait pas changer, je me pliais à ça. Mais moi, contrairement à ce qu’on pourrait penser, j’ai une voix grave ! Et, pour la première fois, j’ai imposé mon timbre naturel.

ELLE. Comment avez-vous choisi les treize titres qui composent l’album ?

F.G. J’ai écouté toutes les chansons de Michel, les siennes, les miennes, celles qu’il avait écrites pour Johnny et Françoise Hardy. Et puis, j’ai sélectionné et j’en ai gardé treize. Mon idée, c’était de donner la palette la plus large des possibilités musicales de Michel, qui sont extraordinaires. Et aussi de choisir ses chansons les plus universelles pour aller porter cet album un peu partout dans le monde. Je sais que c’est quelque chose qu’il souhaitait, que sa musique sorte de son pays. J’ai envie qu’on l’aime aussi ailleurs qu’en France.

ELLE. Dans les concerts que vous avez donnés après la mort de Michel, vous aviez choisi de ne pas chanter des chansons comme « Plus haut, celui que j’aime vit dans un monde plus haut », qui pouvaient donner lieu à des interprétations. Or, « Plus haut » est le premier single de votre nouvel album, pourquoi ?

F.G. Je n’avais pas chanté « Plus haut » en concert, parce que je m’étais dit que ça allait me retomber dessus, ce texte-là ! Je ne voulais pas faire larmoyer les gens, je déteste ça. Mais, en préparant l’album, je me suis dit que je n’allais pas me priver de cette chanson, d’abord parce que je l’aime, et ensuite parce qu’elle me fascine. Je n’en reviens pas que Michel ait écrit ce texte en 1981 ! Quand j’ai enregistré « Plus haut » en studio, j’avais la chair de poule tellement je trouvais que c’était incroyable, ce texte écrit il y a quinze ans, et qui est tellement fort et proche de la réalité aujourd’hui.

ELLE. Justement, qu’avez-vous ressenti en vous glissant dans les mots de Michel ?

F.G. En studio, on passe de l’euphorie quand ça va bien à la souffrance quand on n’y arrive pas. Mais, moi, je pourrais passer ma vie en studio tellement j’aime ça ! Parce que c’est le moment où une musique prend forme, et que j’adore tout ce qui se concrétise, tout ce qui se crée. Pour prendre un exemple dans le quotidien, j’aime bien mettre la table, mais je n’aime pas la défaire !

ELLE. Michel disait : « Je suis l’air, et France la terre. »

F.G. Il disait aussi que je suis une réaliste optimiste.

ELLE. Et vous trouvez que cela vous correspond ?

F.G. Oh oui ! Par l’éducation que j’ai reçue et par mon double signe de la Balance, je suis quelqu’un d’assez équilibré. J’adore la vie ! Je me réjouis quand il fait beau le matin, d’être dans un joli appartement, de faire un bouquet de fleurs ! J’adore la vie et, en même temps, je la trouve épouvantable. Quand j’ai appris qu’un SDF avait été brûlé vif dans la rue, ça m’a fait un tel choc que j’ai vomi. Je suis bouleversée par la violence du monde. Quand on souffre de la souffrance des autres, ou bien on essaye de voir les choses positives, ou alors on balance tout pour se vouer aux autres et on devient Mère Teresa ou l’abbé Pierre ! Ce n’est pas une chose que j’exclus, peut-être qu’un jour je balancerai tout !

ELLE. Où puisez-vous cet amour de la vie, malgré toutes les épreuves que vous avez traversées ?

F.G. Je me dis que j’ai eu beaucoup de chance. Que les drames que je traverse, beaucoup de gens les traversent aussi, mais sans avoir le confort dans lequel je vis, l’entourage que j’ai, l’amour que je sens autour de moi, de mes amis mais surtout de tous ceux que je ne connais pas. Tous ces gens qui ont souffert et pleuré avec moi au moment de l’enterrement de Michel m’ont aidée énormément. Je suis moins seule que les autres. J’ai beaucoup de chance.

ELLE. C’est paradoxal de vous entendre dire ça …

F.G. Je crois qu’on doit souffrir pour avancer et grandir. Et je crois aussi que tout le monde doit souffrir à un moment donné de sa vie, au début, au milieu ou à la fin, je ne sais pas. Moi, ça a été au milieu mais, maintenant, c’est derrière moi, j’ai traversé ma période sombre et je vais sûrement entrer dans une période paradisiaque ! (Elle éclate de rire.)

ELLE. Vous avez toujours été aussi optimiste ?

F.G. Pas du tout ! Je ne suis plus du tout la même femme. Et ce n’est pas seulement une question d’être à l’aise dans ses baskets. Je suis plus heureuse parce que je comprends mieux le sens de la vie, parce que je me suis posé beaucoup de questions auxquelles des livres m’ont, d’une certaine manière, répondu. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’être moi. Avant, j’étais la mère de mes enfants, la femme de Michel, l’amie idéale, la maîtresse de maison … Et moi, je me mettais de côté, je ne voulais pas me mettre en face de moi. Je suis très riche et très forte des dix-huit ans que j’ai passés avec Michel, mais, aujourd’hui, je crois que je suis davantage moi.

ELLE. Vous refusez toujours de vous apitoyer sur vous-même …

F.G. Mais je ne suis pas non plus dure avec moi ! Je m’aime bien, je trouve que je suis quelqu’un d’assez bien !

ELLE. Vous ne ressemblez pas du tout à l’image que donnent de vous certains journaux : une femme triste mais aussi courageuse.

F.G. Quand j’ai fait Bercy, sur toutes les couvertures de journaux, on lisait : « En hommage à Michel, elle fait Bercy. » Ça m’a fait du mal parce que ce n’est pas comme ça que je vois les choses. Je ne veux pas jouer sur la mort de Michel, sur ma tristesse, c’est impossible ! Je n’aime pas quand on me présente comme une femme dans le malheur, et qu’on me donne le sentiment que je joue de mon malheur. Je ne veux pas qu’on parle à ma place, je ne peux pas le supporter ! Pour moi, il ne s’agit pas d’oublier ou d’enterrer, la preuve, c’est cet album. Mais quand Michel est mort, j’ai essayé de faire son deuil le plus vite possible. Je pensais que c’était vraiment la chose la plus intelligente à faire. Et je crois que j’ai réussi. Aujourd’hui, je ne pense pas avec tristesse à Michel. Et je pense que c’est ça, faire son deuil, c’est arriver à y penser, sans recevoir un coup de poignard dans le cœur. J’y suis arrivée et j’en suis fière.

ELLE. Vous vous épatez ?

F.G. Oui, je suis vachement contente de moi ! Et c’est formidable de s’aimer, d’avoir confiance, de croire en soi. Si on ne s’aime pas, personne ne peut vous aimer !

ELLE. Vous avez repris une chanson de Michel qui s’appelle « Que l’amour est bizarre ». Vous croyez que l’amour est bizarre ?

F.G. Oui, c’est complètement bizarre l’amour ! Ça vous tombe dessus, même si ça ne vous arrange pas, avec cette personne-là et pas une autre. Mais c’est comme ça, on n’y peut rien. Parfois, ce n’est pas le bon moment. Par exemple, Michel, je l’ai rencontré plusieurs fois avant qu’on tombe amoureux. On s’est croisés, on a dîné, on s’est vus, mais ce n’était pas le bon moment.

ELLE. Et après ?

F.G. J’ai entendu son premier disque à la radio, et, immédiatement, je me suis dit : « Ce sera lui ! ». J’ai été bouleversée par sa musique, j’ai immédiatement eu envie de travailler avec lui et de le rencontrer.

ELLE. Vous êtes tombée amoureuse de sa musique avant de tomber amoureuse de lui !

F.G. Mais ses chansons, c’était tellement lui que je ne pouvais absolument pas faire autrement que de tomber amoureuse de lui ! « Que l’amour est bizarre » est la première chanson qu’il a écrite et chantée après m’avoir rencontrée.

ELLE. Dans l’interview que vous avez donnée au magazine ELLE juste après la mort de Michel, vous disiez : « J’ai été quelqu’un d’extraordinairement heureux. Et je veux l’être encore. » Aujourd’hui vous êtes heureuse …

F.G. Si la vie est un peu plus douce, je pense que je vais arriver à être heureuse, oui.

ELLE. Et amoureuse ?

F.G. Il n’y a que le temps qui va pouvoir me le dire. Je suis sûre que je vais vivre une histoire ou des histoires d’amour, je l’espère, je suis prête. Je ne vois pas pourquoi ma vie de femme devrait s’arrêter.

ELLE. Vous avez un rêve ?

F.G. Oui, être sereine, mais à haut niveau ! Être sereine, pour moi, c’est pouvoir passer des journées entières sans voir personne, sans parler, et être heureuse. Les gens qui peuvent vivre comme ça ont un éclat dans les yeux qu’on ne rencontre nulle part ailleurs. Moi, je crois que j’aimerais un jour avoir cet éclat dans les yeux. Pour ça, il faut se détacher totalement de tout. Moi, je suis encore trop attachée à mes maisons, mes objets, au temps qu’il fait, à un bon repas … Le bâton de pèlerin, c’est pas encore pour demain !

Magazine : ELLE
Par Olivia de Lamberterie
Photo de Kate Barry
Date : 1er avril 1996
Numéro : 2622

France Gall : ma vie sans Michel Berger

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Pendant un an et demi, elle s'était installée à Los Angeles avec ses enfants. Pour tourner une page douloureuse. De retour, elle nous livre ses confidences.
Pendant un an et demi, elle s'était installée à Los Angeles avec ses enfants. Pour tourner une page douloureuse. De retour, elle nous livre ses confidences.
France Gall : ma vie sans Michel Berger

Pendant un an et demi, elle s’était installée à Los Angeles avec ses enfants. Pour tourner une page douloureuse. De retour, elle nous livre ses confidences.

Un duplex à deux pas du parc Monceau, à Paris, vers 18 heures. Caleçon noir, tunique verte, France Gall partage le goûter de ses deux enfants. Thé et fruits. Elle est anxieuse de l’accueil qui sera réservé à son disque, mais apaisée sur le plan personnel.

Gala : France, votre nouvel album, est à nouveau, et uniquement, consacré à Michel Berger. Pourquoi?

France Gall : C’est le patrimoine qu’il nous a légué, à moi, à ses enfants et au public. Dans les chansons de Michel, je me sens chez moi. Pourquoi aurais-je laissé tomber ? Pourquoi serais-je allée voir ailleurs ? Pour l’instant, je n’ai rien entendu de plus beau qui me corresponde. D’ailleurs, la première fois que j’ai écouté un disque de Michel, je me suis dit que si je ne pouvais pas travailler avec lui, mieux valait arrêter de chanter.

Gala : Pourquoi avez-vous éprouvé le besoin de vous expatrier pour faire ce disque, qui est finalement si proche de nous ?

F. G. : Parce que, pour respirer, il fallait que je m’en aille. L’idée n’était pas de faire un disque « américain ». C’était de partir sans regarder en arrière. De laisser des choses un peu lourdes, après quelques années de tracas.

Gala : N’avez-vous pas eu peur que ce soit, pour vos enfants, une rupture de plus ?

F. G. : Je ne serais jamais partie s’ils ne l’avaient pas souhaité. Mais ils le désiraient comme des fous. Raphaël voulait être américain et Pauline bilingue ! On partageait la même envie de changer de paysage.

Gala : Et alors ? Ils sont revenus bilingues ?

F. G. : Raphaël, moyennement. Mais Pauline, tout à fait.

Gala : Et la solitude, vous ne la redoutiez pas ?

F. G. : On est partis sans peur, sans se poser de questions. On est arrivés un jour de décembre, dans une grande maison vide qu’avait habitée Doris Day, et l’aventure a commencé. Je mentirais si je vous disais que le réveillon a été le plus heureux de notre vie. On ne connaissait personne, on se retrouvait à l’autre bout du monde et on trouvait les Américains aussi si différents que les Chinois. On savait qu’il nous faudrait un temps d’adaptation. On se sentait protégés par notre volonté commune.

Gala : A Los Angeles, comment se déroulait votre vie ?

F. G. : C’était très organisé. Beaucoup plus qu’ici, où c’est toujours un peu le chantier ! Là-bas, tout était programmé. Il y avait peu de place pour l’inattendu. La semaine, les enfants allaient au lycée français et moi au studio. Huit heures par jour … comme au bureau. Le week-end, on allait à Venice, au bord de la mer. On faisait du sport. On déjeunait toujours dans le même restaurant. Puis, je me faisais masser le dos sur la plage. C’était nouveau de vivre comme ça, en liberté, dans l’anonymat !

Gala : Qu’avez-vous découvert, en bien comme en mal, à Los Angeles ?

F. G. : Les Californiens. J’ai apprécié leur formidable énergie. Ce sont des gens sûrs d’eux, plutôt gais et en forme. Aucun laisser-aller. Les femmes sont coquettes et les hommes impeccables. C’est agréable, même si pour nous, Latins, voir des types qui s’enduisent de crème, se font tirer la peau et prennent un soin inouï de leur corps, cela fait un peu bizarre !

Gala : Vous aviez déménagé vos affaires personnelles ?

F. G. : Des malles entières, oui. Je voulais apporter un peu de mon décor. Des tonnes de vêtements, notamment. Inutiles, puisque nous n’avons porté que ceux achetés sur place ! Pour les meubles, nous avons tout loué là-bas. Chacun s’est créé son univers : la chambre de Raphaël était toute noire, celle de Pauline toute blanche.

Gala : Comment avez-vous vécu votre retour en France ?

F. G. : On était plutôt contents de rentrer, mais, une fois arrivés, on a trouvé que tout était un peu … petit ! L’espace, la végétation somptueuse avaient disparu. Heureusement, les vacances nous ont permis de retrouver tout ça.

Gala : Votre maison dans le Midi, où Michel Berger est décédé, arrivez-vous à y vivre sereinement ?

F. G. : J’aime cette maison. Elle a une âme. Une vraie. La plupart du temps, je n’ai aucun problème avec elle. Mais c’est vrai que je n’y ai pas encore passé un été réussi. C’est la saison bannie, celle du pire souvenir. J’attends avec impatience le premier été où je m’y sentirai bien.

Gala : Et votre maison en Afrique ? L’Amérique vous en a-t-elle privée ?

F. G. : Pendant sept mois, nous n’avons pas quitté Los Angeles, mais j’adore toujours cet endroit. Ma petite maison est enfin terminée. J’y suis retournée pour les fêtes de fin d’année. Mais ça … tout le monde le sait !

Gala : Vous faites allusion à certaines photos de paparazzi ?

F. G. : Oui. Elles m’ont horrifiée. Sur le coup, j’ai immédiatement téléphoné à Dakar pour faire vendre la maison. Mais, finalement, je l’aime trop.

Gala : Revenons à vous : êtes-vous amoureuse ?

F. G. : Seul le temps permettra de répondre à cette question. Il y a trois ans et demi que Michel est parti. Je n’ai pas envie de me cacher, si je peux avoir du bonheur avec quelqu’un, mais il faut de la patience pour savoir si cette personne est devenue essentielle !

Gala : Comment vos enfants réagiraient-ils, face à un autre amour ?

F. G. : Chaque enfant réagit différemment. Surtout quand il s’agit d’un garçon et d’une fille. L’essentiel, c’est d’être la plus heureuse possible, pour les aimer le mieux possible. Et puis, un nouvel amour ne chasse pas le précédent. A vingt ans ou trente ans, on aime pour construire. Plus tard, quand tout est déjà construit, on aime pour retrouver une certaine … légèreté. Pour se reposer un peu et vivre sa vie de femme.

Gala : Comment voyez-vous votre futur ?

F. G. : Je ne sais pas ce que je vais faire et je m’en vante. J’ai appris que penser à l’avenir ne sert à rien et que la vie se moque de nos projets. Alors, et cela me change un peu, je me contente de vivre le présent.

Gala : Trois ans et demi après le départ de Michel, outre ses chansons, que reste-t-il de lui ?

F. G. : La force qui m’anime.

Gala : Si nous terminions en citant quelques mots de Michel Berger au hasard de l’album ?

F. G. : Oui ! Mais pas d’analyse de texte … il aurait détesté cela !

Gala : « Des rêves, des promesses, des mariages … à quoi elle sert cette vie qu’on vit malgré tout », écrit-il. Votre réponse ?

F. G. : A donner l’amour qui est en nous. Les rêves, on en change.

Gala : « Il nous faut le paradis pour oublier l’enfer », entend-on dans Laissez passer les rêves

F. G. : Il nous faut surtout des rêves qui mettent de la hauteur dans nos vies.

Gala :« Que l’amour est bizarre » C’est une constatation ?

F. G. : L’amour, c’est la plus belle surprise de la vie. On ne sait jamais quand il va vous tomber dessus !

Gala : « Débranche … » vous savez le faire ?

F. G. : Sans aucun problème.

Gala : Débrancher le chagrin, on y arrive comment ?

F. G. : Avec l’aide du temps et de gens merveilleux.

Gala : « Si le dégoût de la vie vient en toi », écrit-il encore dans Message personnel.

F. G. : Le dégoût, sûrement pas. La lassitude, parfois.

Gala : L’avenir est-il « fragile … pour les princes des villes » ?

F. G. : Eh oui ! Chanteur, c’est pas le métier le plus pépère du monde.

Magazine : Gala
Par Alain Morel
Date : 28 mars 1996
Numéro : 146

France Gall : “Mon premier album toute seule !”

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France Gall, Vous revenez avec un album consacré à Michel Berger et vous dites dans le dossier de présentation : « A quoi sert cet album ? A me rendre heureuse, finalement. » Que cache ce « finalement » ?
France Gall, Vous revenez avec un album consacré à Michel Berger et vous dites dans le dossier de présentation : « A quoi sert cet album ? A me rendre heureuse, finalement. » Que cache ce « finalement » ?
France Gall : "Mon premier album toute seule !"

Alain Morel : On ne vous a pas vue depuis longtemps, comment ça va ?

France Gall : Maintenant … ça va bien.

Vous revenez avec un album consacré à Michel Berger et vous dites dans le dossier de présentation : « A quoi sert cet album ? A me rendre heureuse, finalement. » Que cache ce « finalement » ?

France Gall : Ce « finalement » raconte l’expérience professionnelle passionnante mais difficile que je viens de vivre. J’avais une vision très précise et très déterminée de ce disque. La faire comprendre à des producteurs à la fois masculins et américains ne fut pas simple. Ils avaient craqué pour les chansons de Michel, mais ils ne connaissaient rien de son univers. Je passais mon temps à les empêcher de m’emmener là où ils le voulaient eux. Je parlais mal leur langue. Il m’a fallu des mois pour parvenir à la simplicité et à l’unité que je recherchais. Y être parvenue à quatre-vingt-quinze pour cent est une bonne raison de me sentir heureuse.

« J’allais pas lâcher comme ça, même s’il était mort », dites-vous en évoquant Michel. Lâcher quoi, pour être plus précise ?

France Gall : L’œuvre de Michel. C’est le patrimoine qu’il nous a légué, à moi, à ses enfants et au public.

A l’écoute du disque, on a l’impression que vous n’avez jamais été autant en osmose avec lui …

France Gall : C’est vrai. Maintenant qu’il ne nous reste plus que la musique à partager, il est normal que l’on ressente très fort cette osmose. Mais elle est née il y a longtemps. La première fois que j’ai entendu l’un de ses disques, ce fut une révélation, un éblouissement. Aujourd’hui, plus investie que jamais dans le travail de studio, en ajoutant beaucoup de moi-même à ses chansons, c’est un peu comme si elles venaient de moi.

Après la mort de Michel, vous aviez dit que faire de la scène vous permettait de renaître. Comment, depuis un an et demi, expatriée aux Etats-Unis, avez-vous pu vous en passer ?

France Gall : Après la renaissance, il reste à vivre. Et ma vie n’est pas sur scène même si, face au public, l’amour est là, réconfortant, comme un résultat immédiat,

C’est à Los Angeles que Michel avait écrit votre album « Double Jeu ». Est-ce la raison de votre choix d’aller passer sept mois là-bas ?

France Gall : On est souvent allé travailler là-bas ensemble. Sans y faire de la musique, l’endroit est un peu vide. (Sourire.) Mais j’adore la lumière des lieux. Et puis Je ne voulais pas me retrouver dans une ville verticale.

Pourquoi n’êtes-vous pas revenue avec, comme prévu, quelques titres en anglais sous le bras ?

France Gall : Tim Rice a bien eu la gentillesse de m’adapter quelques textes, mais, finalement, je ne les ai pas enregistrés. En fait, j’ai du mal à articuler en anglais. (Sourire.) Et puis je me suis dit : « A quoi ça servirait ? » Je ne me vois pas vraiment réussir aux Etats-Unis. Les Américains sont imbattables sur leur terrain. Et, de toute façon, je n’ai pas envie de passer là-bas tout le temps que cela m’imposerait. Par contre, il se pourrait bien que je produise un jour un disque des musiques de Michel chantées par des Américains.

Les musiciens et les quatre producteurs de votre album, dont Marcus Miller (ex-bassiste et producteur de Miles Davis) et Rickie Peterson qui réalise huit titres, c’est vous qui les avez choisis ?

France Gall : Oui. Tout est parti de ma rencontre à Pesley Park avec Rickie qui travaille avec Prince depuis l’âge de dix-neuf ans. Il a d’abord produit la nouvelle version des « Princes des villes » que j’avais ajoutée en bonus sur mon double album live de Bercy.

« Plus haut » est le premier titre de l’album et du single deux titres. Symbolique ?

France Gall : C’est la chanson qui légitime le disque, qui le présente en brossant un portrait de Michel. Je suis follement heureuse que Jean-Luc Godard ait accepté d’en réaliser le clip.

Les autres chansons, sur quels critères les avez-vous retenues?

France Gall : Sur leurs textes. Selon ce que j’ai envie de dire aujourd’hui. Sur leur universalité et leurs différents styles. En fait, j’ai voulu démontrer l’étendue du talent de Michel.

Son répertoire n’étant pas inépuisable, pensez-vous qu’un jour vous serez l’interprète de quelqu’un d’autre?

France Gall : Mais si, il est inépuisable. (Sourire.) Le trésor est encore immense. Michel a écrit quatre cent cinquante chansons. Je les ai toutes réécoutées. Je vous jure que le choix a été difficile.

Existe-t-il encore des chansons inédites ?

France Gall : Je ne crois pas et je ne veux pas chercher car je sais que tout ce qui lui plaisait de ce qu’il ‘avait écrit est sorti.

Aujourd’hui, au-delà de ses chansons, que vous reste-t-il de Michel ?

France Gall : Tout ce qu’il m’a donné. Notamment la force qui m’anime.

On vous dit amoureuse de quelqu’un d’autre ?

France Gall : Seul le temps répondra à cette question. Il y a trois ans et demi que Michel est parti. Je n’ai pas envie de me cacher si je peux avoir du bonheur avec quelqu’un. Mais il faut de la patience pour savoir si cette personne deviendra essentielle.

Votre album s’intitule seulement « France » …

France Gall : Ce titre s’est imposé à la fin, comme une évidence. C’était tout simple. A l’image du disque. C’est mon premier album toute seule.

France Gall Nouvel album : “France”, et single deux titres : “Plus haut” (disques WEA). Sortie demain.

Magazine : Le Parisien Yvelines
Par Alain Morel
Numéro du jeudi 28 mars 1996
Numéro : 16038

Merci à Elisabeth.

Pour France Gall, traitement collector de la part du docteur Dial

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Saviez vous que ...
Saviez vous que ...
Saviez vous que ...

Après Serge Gainsbourg et Johnny Hallyday, c’est au tour de France Gall de subir un petit traitement collector de la part du docteur Dial.

Selon deux potions.

D’une part en rééditant à trois mille exemplaires numérotés ses deux 25 cm de 1964 en fac-similé du format original. D’autre part en proposant selon le procédé “Collection 60 Des EP Français” de la marque Magic, bien connu maintenant des collectionneurs, deux CD rassemblant dans l’ordre dix des super 45 tours de France Gall entre 1963 et 1967.

Avec à l’intérieur la reproduction de ces derniers dans un livret couleurs. Contrairement à d’autres produits du Club Dial, ceux-ci sont disponibles par simple correspondance (voir publicité dans Juke Box Magazine N°100). Démarrée en 1963 et toujours en vigueur, la carrière de France Gall n’est pas avare d’ambivalence. Ses deux tronçons, 60 et 70/80/90, placés sous des augures très différents, sont pour d’aucuns, dont elle-même, antinomiques. Quoi qu’il est tout à fait possible d’apprécier les deux. Rien de bien inexplicable là-dedans quand on pense que France Gall a débuté à seize ans, qu’on lui a fait chanter des thèmes intimement liés à son âge (voire même à celui inférieur), jouant au mieux de sa voix pré-adolescente.

Pas étonnant qu’à l’entrée dans une autre tranche d’âge sa sensibilité d’artiste se soit complètement modifiée. Ensuite, dans le cru qui nous intéresse, volontairement ou involontairement – grande question -, France Gall a réalisé une sorte de grand écart entre Nounours et Lolita. Autrement dit entre une extrême candeur, redevable aux textes de son attentionné papa, Robert Gall, et les insinuations les plus osées, dues bien sûr à Serge Gainsbourg. En 1966. les fameuses “Sucettes” sont ainsi couplées sur le même super 45 tours à … “Je Me Marie En Blanc”!

Pour goûter l’œuvre des années Philips de France Gall, il faut aimer ce qui est acidulé, non-adulte, candide et un tantinet kitsch avec le recul. Et l’on débouche dès lors sur un excellent yéyé, divertissant et de plus bien réalisé, alternant rythme et tendresse. Le lait que l’ensemble du répertoire ne recèle que trois reprises nord-américaines prouve en outre que la pratique généralisée de l’adaptation n’était pas obligatoire pour obtenir efficacité et succès. On peut relever également une certaine sensibilité jazz (“Pense A Moi”, “Jazz A Goqo”, “Le Cœur Qui Jazze”) et parfois une approche groupes féminins américains dans certains arrangements à étages et voix superposées (“La Cloche”). Avec son timbre unique, ses envolées mutines soudaines, son chant parfois poussé à l’extrême (comme l’aime Serge Gainsbourg), la prestation vocale de France Gall est essentielle.

Les textes passent au crible les sentiments et situations que peut rencontrer une adolescente, plutôt naïve en général. Parfois ils laissent un peu perplexe, comme dans le charmant “Si J’Etais Un Garçon”; “Moi je vous le dis, Qui connais les filles! Plus elles disent NON, plus ça veut dire OUI”.

Pierre IAYANI

Magazine : Jukebox Magazine
Date : Mars 1996
Numéro : 102

France Gall : l’amour après 4 ans de solitude

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France Gall : l'amour après 4 ans de solitude
France Gall : l'amour après 4 ans de solitude

France Gall confiait à un journaliste, il y a plus d’un an : “C’est le moment pour moi de faire des choix. Je crois que, maintenant, tout est possible. Et cela également dans ma vie privée.”

Aujourd’hui, elle a sauté le pas. Il aura fallu près de quatre longues années à France pour revivre.

Quatre ans pour refaire surface, après le décès soudain de Michel Berger, disparu à l’âge de 44 ans, un après-midi d’août 1992. Michel était son mari, bien sûr, et le père de ses enfants, Pauline et Raphaël. Mais il était aussi son pygmalion, celui dont elle disait : “Il fut le premier à m’écouter”.

C’est Paul, un jeune NewYorkais de 30 ans, qui lui a redonné le goût des choses de la vie. Et, comme pour France tout commence par une chanson, Paul est lui aussi musicien. Ils se sont rencontrés cet été, en Californie, chez des amis, alors que France mettait la dernière touche à son nouvel album. Un recueil des meilleures chansons de Michel Berger, en anglais, qui sortira en mars prochain. En attendant l’inévitable tournée de promotion, qui devrait bientôt débuter, la star a décidé de passer le réveillon du nouvel an sous le soleil du Sénégal.C’est son pays de prédilection, celui où elle vient, à chaque moment important de son existence, depuis près de vingt-cinq ans. Même à l’époque de sa passion avec Michel il lui arrivait de venir arpenter, seule, les rives du fleuve Sénégal. Cette année, elle a souhaité faire partager son amour de l’Afrique à Paul… Elle lui a ouvert les portes de sa “petite bicoque” – comme elle l’appelle – sur l’île de N’Gor, juste au nord de Dakar. Et elle l’a présenté aux habitants de l’île, des peintres et des musiciens, qui sont ses copains. Après quelques improvisations, ils ont tous adopté Paul. Pour le plus grand bonheur de France. A 48 ans, elle reprend goût à la vie. Enfin.

Magazine : Voici
THIERRY MOREAU
Date : 15 au 21 janvier 1996
Numéro : 427

France Gall : un lourd et bouleversant secret !

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France Gall : un lourd et bouleversant secret !
France Gall : un lourd et bouleversant secret !
France Gall : un lourd et bouleversant secret !

Bien sûr, elle danse et chante encore sur les accords qu’elle aimait tant, mais ce n’est plus comme avant.

France Gall la courageuse, la femme femme, résiste. Sous des apparences fragiles, avec ses cheveux blonds et son regard candide, elle est bien plus forte que d’autres. Ni une poupée de cire, ni poupée de son, si vous pouviez voir sa vie et son cœur aussi, vous seriez étonnés. Etonnés par sa force et sa volonté.

Elle a perdu un ami qui s’appelait Daniel Balavoine. Elle est restée seule après la disparition de son amour, son mari, Michel Berger. Elle a vaincu un cancer. Elle est remontée sur la scène de Bercy, puis sur celle de Pleyel, chaque fois pour faire un triomphe. Chaque jour, en dépit d’un sort qui a semblé s’acharner sur elle, on a l’impression qu’elle réinvente sa vie.

Peu de femmes ou d’hommes sont doués d’un tel instinct de survie. Peut-être parce qu’elle a des enfants, sûrement parce que son tempérament est celui d’une battante qui veut croire qu’il faut continuer quoi qu’il arrive.

“Le bonheur est une suite de moments”, disait Michel Berger. Et pour en conserver des bribes, France lutte encore. Pas comme beaucoup d’autres pour respecter une mémoire, mais parce qu’elle est ainsi faite et qu’elle ne baissera jamais les bras, malgré les coups du sort.

Mais qu’est-ce qui fait encore courir France Gall ? Qu’est-ce qui lui donne cette incroyable force ? Quand bien même ferait-elle “tout pour la musique”, ce ne serait pas suffisant. Elle porte en elle un lourd et bouleversant secret : celui de l’amour. Comme une protection émanant de ceux qu’elle aimait tant et qui sont partis. Comme un renouveau fondé sur un passé tissé d’émotion. Comme une renaissance après avoir touché le fond.

A force d’épreuves, France Gall a trouvé une nouvelle façon d’aimer : donner pour donner. Elle se dépense sans compter, sans s’occuper d’elle.

“Le chagrin ne s’efface pas”, dit-elle, mais elle le cache au plus profond d’elle-même afin que l’existence reprenne le dessus, avec un peu plus de passion encore. Juste pour prouver qu’elle est une entêtée de la vie.

Et puis elle a quitté la France. Loin des souvenirs. même s’ils demeurent dans sa tête et dans son cœur. Loin des endroits qui lui font mal parce qu’ils lui rappellent trop de choses. Ce n’était pas une fuite, juste un éloignement. Pour se récupérer, parce qu’elle en avait besoin. La chanteuse n’est pas de celles qui disent : “Il faudrait que je fasse ceci ou cela.” Elle agit. Vite. Comme en urgence. pour rester elle-même et pouvoir continuer à se battre.

Et grâce à elle, ses enfants, qui ont aujourd’hui dix-sept et quatorze ans, découvrent le monde. Meurtris eux aussi par le décès de leur père, Raphaël et Pauline sont partis avec leur mère sur un nouveau chemin.

France respire mieux outre-Atlantique. Elle sent toujours la présence de Michel Berger, comme une ombre auprès d’elle. Dix-huit années d’amour ne s’effacent pas ainsi. Au-delà de la mort, il en reste forcément quelque chose de fort, d’indestructible. Michel avait entre autres, exprimé un désir. que ses enfants soient bilingues. Son rêve se réalise. France est plus proche que jamais de son fils et de sa fille. Son fils qu’elle a failli perdre durant l’été 94.

Il circulait sur un scooter avec un copain et a été victime d’un terrible accident, tout près de Ramatuelle. Elle était à Paris. On craignait le pire. Après une nuit d’angoisse durant laquelle elle a pu se rendre à son chevet, elle a fini par être rassurée. Trop, c’est trop. Le destin a fini tout de même par se montrer clément.

Aujourd’hui, France est une femme qui peut compter sur elle-même. Elle a prouvé qu’au-delà des épreuves, elle est capable de vivre, d’assurer, comme on dit. “Quand on a vécu le pire, on peut espérer le meilleur.” Selon ses propos, elle s’est “maquillée de silence” et a repris la route de la chanson, un micro dans la main comme d’autres s’appuient sur une canne. Certains, pourtant, pensaient qu’elle ne chanterait plus jamais. C’était mal la connaître.

Dotée d’une immense énergie, surmontant sa peine, elle a relevé vaillamment la tête et bravé la fatalité. Des amis ont fait cercle autour d’elle, le public l’a soutenue. Elle a fait l’admiration de tous. Elle n’a jamais accepté que quiconque s’apitoie sur son sort. Elle s’est toujours voulu forte et elle y est parvenue. Rebelle à la tristesse et a la dépression, elle a privilégié l’espoir auprès de ses enfants. Par fidélité à Michel Berger qui lui a donné la volonté de croire et qui la guide toujours.

Quel que soit le continent sur lequel elle vit, cette femme d’apparence fragile saura sans cesse montrer qu’elle possède une énergie et une volonté hors du commun. Après toutes les épreuves qu’elle a subies, on pourrait même penser que cela tient du miracle!

Magazine : Ici Paris Magazine
Paloma COURCELLES
Date : 3 au 9 janvier 1996
Numéro : 2635

France Gall en 1996

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Le 27 mars 1996 paraît « France », nouvel et dernier album de France Gall. Le choix des titres est la grande étape de ce nouveau projet.
Le 27 mars 1996 paraît « France », nouvel et dernier album de France Gall. Le choix des titres est la grande étape de ce nouveau projet.

Le 27 mars 1996 paraît « France », nouvel et dernier album de France Gall.

Depuis la fin de la tournée qui l’a vue chanter salle Pleyel, la chanteuse et ses deux enfants sont partis habiter à Los Angeles pendant quelques mois, dans une grande maison qu’avait occupée l’actrice et chanteuse Doris Day.

La cité californienne est le déclic de ce disque dont le projet mûrit dès 1994 : « Los Angeles est une ville ennuyeuse à long terme pour une Française et je me suis demandé ce que je pourrais faire pour ne pas flipper pendant que Pauline et Raphaël seraient à l’école. Et je me suis dit : pourquoi ne pas y enregistrer un album avec les chansons les plus importantes que Michel a écrites ? »*

Note sur les crédits : Il arrive fréquemment que des œuvres soient diffusées sans que le nom de l’auteur soit mentionné. Ces pratiques sont illégales au sens de l’art. L.121-1 du CPI. Lorsque nous connaissons le nom de l’auteur de la photo, il est toujours mentionné. Si vous constatez une erreur, un manque, ou que vous souhaitez le retrait d’une photo dont vous êtes l’auteur : contactez-nous.

*Sources des textes : France Gall l’intégrale / L’histoire de tous ses disques par Norman Barreau-Gély aux Editions EPA avec les pochettes de France Gall Collection

France Gall : trois ans après le drame

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France Gall : trois ans après le drame
France Gall : trois ans après le drame
France Gall : trois ans après le drame

Elle possédait tout ce dont une femme peut rêver : un mari pygmalion avec lequel elle formait, depuis dix-huit ans, un couple sans fausse note, deux beaux enfants, et une carrière qui l’avait menée au firmament.

Il y a trois ans, France Gall était pleinement heureuse.

Le matin du 2 août 92, elle souriait encore à l’avenir, qui s’annonçait radieux, tout comme cette belle journée d’été. Et puis, subitement, toute sa vie a basculé. Michel, à la fin d’une partie de tennis, s’en était allé, comme ça, sans prévenir, dans son “paradis blanc” … La “poupée de cire” avait alors vacillé, pantelante, désarticulée, puis elle s’était ressaisie et avait recommencé à chanter. Debout, toujours debout, pour elle, pour lui, pour Raphaël et Pauline … Comme aujourd’hui encore …

HOLLYWOOD, le lycée français, 14 h 30. Au milieu d’autres parents d’élèves, une fragile silhouette, vêtue d’une tenue toute simple, petite, anonyme. Soudain, deux adolescents, blonds comme elle, accourent joyeusement, et l’inconnue s’anime. Cette jeune femme, c’est France Gall, venue chercher, comme chaque jour depuis le mois de décembre dernier, Pauline, sa fille de seize ans, et Raphaël, son fils de quatorze, les enfants qu’elle a eus de Michel.

Michel… son “professeur Tournesol”, son rêveur génial, auteur de tant de textes et de musiques qu’il écrivait souvent pour les autres, mais avant tout pour elle. sa muse. sa femme depuis 76. Lorsqu’il est parti, lui qui l’avait révélée à elle-même, lui qui savait si bien exprimer les émotions qu’elle ressentait au plus profond de son être, une part d’elle-même s’était éteinte également.

Après cette tragédie. tout le monde pensait qu’elle allait sombrer dans une grave dépression, vivre désormais en recluse, murée dans son chagrin, tournant définitivement le dos à la chanson. C’était sans compter sur lirnmense volonté et sur la force de caractère de ce petit bout de femme, apparemment si vulnérable.

Surmontant le choc de cette disparition “maquillée de silence, mais d’une violence inouïe”, selon ses propres termes, surmontant l’indicible chagrin, elle avait relevé la tête, brave petit soldat. Soutenue par les amis de toujours, en particulier par Coco, la veuve de Daniel Balavoine, encouragée par les milliers de lettres, bouleversantes, de tous ceux qui partageaient son deuil, elle avait choisi de revenir. De rester fidèle à “son rendezvous d’amour” avec le public.

Et pour remonter sur scène, dix mois seulement après le drame, elle avait même décidé d’affronter Bercy. Elle devait y interpréter plusieurs chansons extraites de Double Jeu, l’album qu’elle avait enregistré avec Michel, quelques mois avant qu’ils ne se séparent pour toujours.

Mais contre toute attente, comme si le destin ne l’avait pas déjà frappée assez durement, France allait devoir franchir une autre terrible épreuve. A quelques semaines du spectacle, alors que l’on attendait déjà plus de cent mille spectateurs, un communiqué tombait, sec : “France Gall, opérée d’une tumeur maligne du sein, de bon pronostic, le 22 avril dernier, est obligée de reporter les dates de son spectacle à Bercy. En cours de traitement complémentaire par irradiation, l’état de France Gall est considéré comme suffisamment satisfaisant pour permettre de fixer de nouvelles dates en septembre.”

Sous ses allures volontairement rassurantes, la nouvelle provoquait la stupeur et l’émoi. Car nul n’était au courant, sauf une poignée de proches. Craignant que son public se détourne d’elle “comme si j’étais une pestiférée”, confiait-elle. Refusant aussi que l’on s’apitoie sur son sort – “Je ne fais pas Bercy pour rendre hommage à Michel, il détestait ce genre de choses, mais parce que j’en ai envie et je veux l’inscrire dans un contexte gai” -. France avait donc préféré dissimuler ce nouveau drame.

Pourtant, lorsqu’elle avait appris son cancer, pour la première fois, elle avait failli craquer. Elle qui affirmait, au lendemain de la mort de l’homme qu’elle aimait : “Je n’ai plus peur de rien, comme si, en partant, Michel m’avait légué sa force”, s’était laissée envahir par la panique et le doute. Car elle avait alors songé à ses enfants. “C’est affreux à dire, expliquait-elle, mais quand leur père est mort, je me suis dit : “Je suis là, moi.” Penser qu’ils risquaient de devenir orphelins, c’était insoutenable. Cette journée-là a été la plus douloureuse de toute mon existence.”

Fort heureusement, la tumeur a été retirée sans qu’il ait été besoin de recourir à une ablation, et France, qui se réfugiait alors, et plus que jamais, dans la foi et la spiritualité, comme elle l’avait fait au moment de la disparition de Michel, a complètement guéri.

En septembre 93, elle retrouvait donc son public à Bercy. Avec une ambiance fut des plus émouvantes. “Je savais que beaucoup de gens pleuraient, raconte-t-elle. Je fermais les yeux pour ne pas les voir … Sinon, j’étais foutue !”

Un an plus tard, elle “faisait” Pleyel, et fêtait son véritable retour à la vie. “Je me sens toute neuve, comme si j’avais deux ans, déclarait alors la chanteuse. Comme si, depuis la mort de Michel, la scène m’aidait enfin à renaître.”

Hélas, l’éclaircie allait être de courte durée. Car en novembre 94, alors qu’elle venait de rentrer à Paris pour des répétitions, son fils, Raphaël, était victime d’un grave accident. Renversé par un chauffard, l’adolescent souffrait d’une hémorragie et de multiples contusions. Accourant aussitôt à son chevet, France allait connaître à nouveau l’enfer, pendant trois jours et trois nuits. Finalement, touché à la rate, et non au pancréas comme on le craignait, Raphaël était rattrapé par la vie …

Quelque temps après, la jeune femme s’envolait avec ses enfants pour les Etats-Unis. A Los Angeles, très exactement, et pour plusieurs mois. Pour réaliser l’un des souhaits de Michel. Celui-ci désirait en effet que leurs enfants soient parfaitement bilingues.

Mais une autre raison, encore plus émouvante, a également motivé cet ex californien : Michel, comme l’a récemment confié France, aurait voulu tenter sa chance outre-Atlantique. Nul doute qu’il y aurait certainement réussi …

Alors, pour exaucer ce vœu ultime, elle a enregistré là-bas un nouvel album, composé des chansons les plus universelles de son mari, traduites en anglais. Et si elle reste définitivement “la groupie du pianiste”, elle est aussi, depuis sa renaissance, une étoile nouvelle, qui fait briller son “Berger”. Sans renoncer à ses propres feux …

Magazine : Ici Paris Magazine
Emmanuelle BACH
Date : 19 ai 25 juillet 1995
Numéro : 2611

Claude François : dans le chagrin de sa rupture avec France Gall il a écrit “Comme d’habitude”

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Ces mots, dans la chanson "Comme d'habitude", pleins de douleur et de révolte contenue, Claude les a écrits pour celle qui venait juste de le quitter : France Gall !
Ces mots, dans la chanson "Comme d'habitude", pleins de douleur et de révolte contenue, Claude les a écrits pour celle qui venait juste de le quitter : France Gall !
Claude François : dans le chagrin de sa rupture avec France Gall il a écrit "Comme d'habitude"

Des musiques à succès, Jacques Revaux en a écrit des centaines. Mais « Comme d’habitude », pour France Gall, restera sans doute à jamais son plus grand tube.

23 ans après, l’extraordinaire révélation de Jacques Revaux, le compositeur de la plus grande chanson du monde.

Qui n’a jamais fredonné « Comme d’habitude », ou « My way », en anglais ? Cette chanson a été reprise par plus de 1000 artistes, s’est vendue jusqu’ici à plus d’un milliard d’exemplaires, et continue de faire le tour du monde.

A tel point que les Américains sont persuadés que cette chanson est 100% made in USA. Mieux, sa popularité, vingt-huit ans après est toujours telle, qu’elle vient de passer numéro un des droits d’auteur, devant le sacro-saint Boléro de Ravel.

Et pourtant, si l’on en connaissait depuis longtemps les auteurs, Claude François pour les paroles, et Jacques Revaux pour la musique, il aura fallu presque trente ans pour que ce dernier révèle le secret qui planait dernière ce super tube. Eh oui, ce n’est que maintenant que le musicien nous apprend pourquoi ces mots bouleversants sont venus sous la plume de Claude François, en 1967. Pourquoi, avec pudeur et finesse, le chanteur, alors âgé de vingt-huit ans, a voulu évoquer le chagrin d’un homme face à une compagne qui s’éloigne de lui. Ces mots, pleins de douleur et de révolte contenue, Claude les a écrits pour celle qui venait juste de le quitter : France Gall !

« J’étais parti avec une bande de copains pour Megève, et un jour, cette mélodie est sortie de ma guitare, dit-il. Je l’ai proposée à Claude François, qui n’en a pas voulu. Mais quelques temps après, j’ai réussi à le convaincre. C’était un slow, il venait de se séparer de France Gall et il avait écrit un texte à cette occasion. Et brusquement, en réécoutant la chanson, il s’est rendu compte que son texte collait avec la musique. »

« Comme d’habitude » était né !

Comme « Ne me quitte pas » de Brel, cette superbe chanson était donc le fruit du désespoir qui sommeillait dans le cœur de Claude.

Il faut dire que sa rencontre avec France, trois ans plus tôt, avait été comme une renaissance pour lui. Elle seule avait réussi à lui redonner goût à l’amour, après l’échec de son mariage avec Janet.

Claude, conquis par la fraîcheur de France, lui avait donné son premier baiser, un soir, après un concert aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Mais ce qui n’aurait pu être qu’une idylle sans lendemain, s’est très vite transformé en véritable passion.

A l’abri des regards, Claude et France se rejoignaient dans un petit café, juste pour le plaisir de pouvoir passer quelques moments ensemble. Et dès qu’ils se quittaient, elle rentrait chez elle et restait collée au téléphone, en attendant que Claude l’appelle.

Et puis, le 9 février, France apprend qu’elle est retenue pour représenter son pays à l’Eurovision, avec sa chanson « Poupée de cire, poupée de son ». C’est la chance de sa carrière. Elle gagne le concours, mais cela l’emmène loin de Claude. De plus en plus loin. De plus en plus souvent.

Claude doit se rendre à l’évidence, France lui échappe. Alors, désemparé, ne trouvant pas les mots pour lui dire à quel point il l’aime encore, il décide de les lui écrire. Avant de se « coucher, seul, dans ce grand lit froid, comme d’habitude » …

Magazine : France Dimanche
Lisette Demonceaux
Date : du 15 au 21 juillet 1995
Numéro : 2550