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Du nouveau pour France Gall

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Du nouveau pour France Gall
Du nouveau pour France Gall
Du nouveau pour France Gall

Avec un nouveau groupe et des chansons de Michel Berger qu’elle n’a jamais interprétées, France Gall s’installe pour cinq concerts Salle Pleyel.

Un sacré caractère, cette France Gall ! Doublement frappée par le sort avec la disparition de Michel Berger, puis les attaques d’une grave maladie qui l’avait empêchée de remonter sur scène aussi vite qu’elle l’avait prévu, la chanteuse était à Bercy en septembre de l’année dernière.

Elle y interprétait un enchaînement serré de tubes efficaces, de ballades raffinées et de calypsos chaloupants signés Michel Berger et dont un disque live, baptisé “France Gall rebranchée” (WEA), donnait un fidèle écho.

Aujourd’hui, France Gall a choisi la salle Pleyel pour une série de concerts placés sous le signe de l’intimité et du renouvellement : dans les compositions de son mari, elle a choisi des titres qu’elle n’avait jamais chantés comme “Message personnel”, “Quelque chose de Tennessee” ou “uns contre les autres “. Côté scène, France Gall a changé complètement de musiciens et s’est entourée d’une joyeuse bande de choristes et de danseurs avec lesquels la chanteuse fera la fête sous les lumières toujours magiques de Jacques Rouveyrollis.

Salle Pleyel, du 27 septembre au 1er octobre, à 20 h 30. 252, Faubourg-Saint-Honoré (8e), Location : Fnac et Virgin Megastore. Tél : 45.61.53.00. Prix des places :215 F, 245 F et 285 F.

Magazine : Figaro Scope
Pierre GRENARD
Date : 21 Septembre 1994
Numéro : 15579

Le sort s’acharne sur France Gall

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Le sort s'acharne sur France Gall
Le sort s'acharne sur France Gall

Deux ans après la, mort de Michel Berger, un an après son opération, la chanteuse doit affronter une nouvelle épreuve.

La scène s’est passée il y a quelques jours dans le Var.

En vacances dans la propriété familiale de Ramatuelle, Raphaël, le fils de France Gall et de Michel Berger, loue un scooter avec un copain. Ce dernier pilote l’engin. Ils se dirigent tranquillement vers Saint-Tropez lorsque, soudain, une femme au volant d’une voiture tourne

sans avoir mis son clignotant. C’est choc. Frontal. Brutal. Raphaël est gravement blessé, tandis que son ami s’en sort avec quelques égratignures. Heureusement, les deux cyclomotoristes portaient un casque. Soigné dans un premier temps à Fréjus, le fils de la chanteuse est évacué sur Nice, puis sur Paris, à l’hôpital Necker, dans le service du Pr Lenoir. Il souffre d’une compression de la rate. Pendant dix jours, France Gall tremble. Son fils est en soins intensifs. Finalement, l’ablation a été évitée et le jeune garçon a pu rejoindre son domicile parisien. Choqué par l’accident et encore en convalescence, il a manqué la rentrée des classes.

Depuis trois étés, le sort s’acharne sur la chanteuse. 2 août 1992 : Michel Berger est terrassé par une crise cardiaque alors qu’il joue au tennis. Pour France, c’est la fin d’une très belle histoire d’amour de dix-huit ans. Terriblement affectée, elle trouve cependant la force de remonter sur scène. Un an plus tard, frappée par un cancer du sein, elle est obligée de reporter ses concerts à Bercy. Une nouvelle fois, elle surmonte avec courage cette épreuve.

A 47 ans, France Gall espérait que le destin ne s’acharnerait plus sur elle. Avec dignité, elle a enduré ce nouveau coup du sort. Elle sera même, du 27 septembre au 1er octobre, sur la scène de la salle Pleyel à Paris. Comme si rien ne s’était passé.

Magazine : Voici
SIMON LEA
Date : 12 au 18 Septembre 1994
Numéro : 357

La nouvelle France Gall a choisi Pleyel

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La nouvelle France Gall a choisi Pleyel
La nouvelle France Gall a choisi Pleyel
La nouvelle France Gall a choisi Pleyel

Pas facile d’être la femme d’un grand de la musique.

Encore moins sa veuve.

Pourtant, après un concert retentissant à Bercy l’an dernier, une tournée qui n’en finit pas et, à nouveau, une scène parisienne à partir du 27 septembre, France Gall semble avoir tourné la page. Michel Berger est pourtant présent à chaque instant de sa vie : “Je lui dois tout”, dit-elle. Alors, elle accepte de parler de lui, d’eux. Tout en se souvenant que les seules confidences livrées par eux aux journalistes concernaient leur métier. “Qui d’autre que moi pourrait parler de lui ?” explique-t-elle, comme pour s’excuser de raconter aux médias ce que fut leur vie.

Mon truc, c’est la vérité, proclame France Gall. Elle a donc pris la décision de s’extérioriser, de parler de sa maladie. Le cancer du sein n’est pas une maladie honteuse. Il touche 10 % des femmes. Quand Michel est mort, j’ai d’abord pensé aux enfants : imaginer qu’ils puissent devenir orphelins était terrible. L’annonce de ma maladie a été insoutenable. Mais j’étais là. Et comme je déteste que l’on s’apitoie sur moi, je me suis battue. Et me suis raccrochée : à la musique, aux mots, au spectacle.

Malgré les réticences de ses enfants, qui craignaient qu’elle n’y arrive pas, elle a repris la scène. Elle reconnaît aujourd’hui que ce fut salutaire : En réussissant, je les ai rassurés.

La “poupée de cire” qui chantait Sacré Charlemagne avoue une surprise : son public a changé. Il s’est assagi. D’où, peut-être, des spectacles qu’elle veut plus intimistes. Le choix de la salle Pleyel, où l’on donne habituellement des concerts de musique classique, n’est pas un hasard. Veut-elle abandonner le show-biz pour le récital ?

Magazine : Le Figaro Magazine
Date : 10 Septembre 1994
Numéro : 15570

France Gall et ses Gosbos vont réveiller Pleyel

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France Gall et ses Gosbos vont réveiller Pleyel
France Gall et ses Gosbos vont réveiller Pleyel
France Gall et ses Gosbos vont réveiller Pleyel

France Gall se produit à Pleyel.

Avec un tout nouveau spectacle qu’elle a monté elle-même, “à l’arraché” et sur un coup de cœur.

Avec de nouveaux musiciens, dont le guitariste de Peter Gabriel, et un joueur de bandonéon norvégien. Avec des chansons de Michel Berger qu’elle chante pour la première fois (“Quelque chose de Tennessee”, “Message personnel”, “Les Uns contre les autres”). Avec aussi les Gosbos (comprenez beaux gosses), quatre rappeurs venus de banlieue qu’elle avait invités lors de son précédent spectacle de Bercy. “Je suis devenue amie avec eux. Depuis, on vit quasiment ensemble, on parc en vacances ensemble. Ils me font sourire et c’est tellement important.”

Les Gosbos accompagnent France de leurs danses et de leurs chœurs pendant tout le spectacle. “Quand j’ai fait le bilan de ce qui m’a rendue heureuse pendant cette dernière année, je me suis rendu compte que c’était que je faisais de la musique, la musique de Michel. Si je ne l’avais pas … La musique a une celle force et pas seulement pour moi. Je reçois cous les jours des lettres d’ados mal dans leur peau, suicidaires, qui retrouvent le goût de vivre grâce à la musique.”

Pleyel, temple parisien de la musique classique, s’ouvre pour France, et pour la première fois depuis vingt ans, à des mélodies populaires.

“Michel rêvait d’y chanter. Mais Pleyel restait fermé à la musique de notre époque. Et puis, cette année, ça s’est débloqué. C’est un formidable cadeau qu’on me fait.”

Pleyel n’est, cependant, qu’une étape de la tournée de France Gall à travers la Belgique, la Suisse et la France. Après quoi, elle ira s’installer quelques mois à Los Angeles. “J’y vais avec mes enfants pour qu’ils apprennent l’anglais. Ils deviennent des adolescents et je me sens un peu perdue. J’ai été une excellence mère quand ils étaient bébés, mais devant l’adolescence, je suis beaucoup moins à l’aise. Avec Michel, nous étions convenus que ce serait lui qui les prendrait en charge à cette époque de leur vie. Il disait tout le temps qu’il fallait qu’ils parlent couramment anglais. Alors, je suis son conseil. Los Angeles est une ville ennuyeuse à long terme pour une Française et je me suis demandé ce que je pourrais faire pour ne pas flipper pendant que Pauline et Raphaël seront à l’école. Et je me suis dit : pourquoi ne pas y enregistrer un album avec les chansons les plus importantes que Michel a écrites ? Cet album devrait sortir dans de nombreux pays. Pour que la musique de Michel Berger continue de me donner de la force et, en même temps, du bonheur aux autres.”

Magazine : Elle
Annick Le Floc’Hmoan
Date : Septembre 1994
Numéro : Inconnu

Michel Berger, le génie trop fragile

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Michel Berger, le génie trop fragile
Michel Berger, le génie trop fragile
Michel Berger, le génie trop fragile

Il y a juste deux ans, il nous quittait, terrassé par une crise cardiaque.

TF1 évoque, dans une série lancée par “paris match”, “destins brisés”, l’âme de toute une génération.

Deux ans après avoir vu son cœur se briser sous le soleil de l’été, France Gall, sa femme, sa muse, sa chanteuse, rend hommage à Michel Berger en évoquant, pour TF1, ce samedi 30 juillet, à 20h45, leurs jours heureux. Il avait la fragilité qui accompagne souvent la grâce des surdoués. Il avait été l’âme discrète de toute une génération qui a surtout appris à le connaître à travers la voix des idoles pour qui il a composé tant de succès. Depuis quelques années, comme s’il savait que le temps lui était compté, ce timide se montrait plus volontiers et multipliait les créations. Comme un chant d’adieu qui s’ignorait, il venait d’enregistrer avec France Gall, dans l’enthousiasme d’une quarantaine aussi flamboyante que leur adolescence, un album qu’ils avaient appelé “Double jeu”. A la même époque, ils s’étaient offert une échappée belle au Sénégal. Nous avons retrouvé les images de ce dernier voyage.

Il est deux façons d’aborder la courbe d’un destin : la première qui consiste à enfiler, de la prime enfance à la mort, des séries d’anecdotes, de scènes, de récits où la légende et le réel s’entremêlent souvent de manière inextricable; et l’autre, élucidation ingrate et patiente du fameux “petit tas de secrets” où Malraux vit, naguère, l’essence de la condition humaine. Avec Michel Berger, on n’a pas le choix : deux ans après sa disparition au plein soleil de l’âge et de la création, l’homme continue de garder son mystère, même pour ses plus proches, même pour France Gall, qui partagea pourtant avec lui près de deux décennies.

“Il y avait beaucoup de secrets autour de lui, confirme-t-elle dans l’émission rétrospective que TF1 consacre à son mari, mais ces secrets, Michel les a confiés à ses chansons. Si on sait les écouter, les décoder, on peut les y retrouver. Il n’y a pas un texte où il ne parle de lui. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai pensé au moment de sa mort : au moins, il laisse derrière lui quelque chose qui va continuer à vivre.” Ombre et lumière, douleur de vivre et bonheur de créer, fébrilité extrême au quotidien et recueillement absolu de ces moments où, avec une facilité déconcertante, ses chansons jaillissaient sur ses cahiers dans une forme quasi définitive; c’est sur ces contradictions radicales que se construisit cette destinée foudroyante – Michel Berger était du reste fasciné par la trajectoire météorique de James Dean. Conduit par le talent et le succès à vivre dans la lumière surexposée du showbiz, il trouvait en fait son inspiration dans un univers foncièrement opposé, celui d’une enfance où il avait découvert très tôt les harmoniques fondamentales qui allaient le guider, au contact d’une mère pianiste et dans un monde où les liens affectifs, l’intimité, la création ne cessaient déjà de s’interpénétrer. D’où une première fracture violente au moment de la séparation de ses parents. D’après ses proches, c’est sans doute à ce moment-là qu’il se créa un univers intérieur qui n’appartenait qu’à lui. La première et très précoce manifestation en fut un premier disque à l’âge de 15 ans … Témoignage unique sur sa fièvre musicale et une époque de sa vie à propos de laquelle il ne laissa échapper aucune confidence, même à ses proches, même à France Gall. « Il ne parlait jamais de cette période-là, confie-t-elle; le chagrin du départ de son père, le suicide de son meilleur ami lorsqu’il avait 17 ans, puis la mort de son frère l’avaient conduit à une réponse unique et définitive à la détresse : créer.”

Ce qu’on ne comprend généralement qu’avec le temps et l’expérience, Michel Berger semblait donc déjà le savoir à l’aube de sa jeunesse : comment transformer la fragilité en force, les douleurs en beauté, le silence en musique. Alors que sa famille souhaitait le voir poursuivre des études universitaires, il joua le jeu, passa son bac, obtint même une maîtrise de philosophie mais sur un thème dont l’intitulé claironnait à lui seul son irréductible passion pour les sons : “L’esthétique de la musique pop” … Parallèlement, sa conviction s’affermit encore que la musique seule peut faire accepter l’insupportable, donner un sens à l’insaisissable. Il y consume désormais ses nuits et ses jours, à sa façon bien à lui, fulgurante et discrète à la fois. On le demande beaucoup dans le monde du showbiz. Il préfère déjà écrire pour des femmes : Véronique Sanson, Françoise Hardy. Mais pour lui, la vie demeure toujours plus forte, plus grande que n’importe quelle réussite matérielle. Passionnément épris de Véronique Sanson, il s’effondre quand elle le quitte.

Et comme toujours en pareil cas, il écrit. Ce qui le conduit à une autre rencontre décisive, celle de France Gall, comme lui en quête d’univers musicaux inédits. Au départ réticent, il se laisse tenter par l’aventure d’une collaboration artistique. Elle se transforme vite en histoire d’amour. Commence alors pour lui la période la plus féconde, la plus fébrile, la plus lumineuse de sa vie, de ces moments rares où tout s’entremêle, le travail, la passion, la tendresse, des bonheurs neufs – il épouse France en 1976 et ils ont bientôt deux enfants -, enfin des peurs, des doutes, des désespoirs croissants à mesure que grandit la faveur du public : la critique admet difficilement ses succès et peut-être encore moins sa personnalité inclassable. Car comment situer, comment comprendre.

Pour France, Michel l’Africain avait composé au Sénégal “La Négresse Blonde”

Ils avaient tous les deux les mêmes passions. Alors, naturellement, Michel Berger a aimé le Sénégal parce que France l’adorait. La première fois que le poète est parti retrouver sa femme en Afrique, dans un village près du lac Rose, il a écrit et composé pour elle l’une de ses pus belles chansons, “Babacar”.

Il y a sept ans, quand elle a rencontré Babacar Diop, Babou – surnom de France depuis l’enfance – a immédiatement été séduite par le jeune garçon. Sa mère, très pauvre, l’a tendu à France en lui disant : “Je te le donne.” La chanteuse, émue, lui a répondu: “Je l’adopte, mais garde-le.”

“Babacar” raconte cette histoire extraordinaire. Le couple a adopté le petit garçon … Depuis, tous les mois, la famille reçoit de l’argent. France avait pensé le faire venir à Paris, mais Michel estimait qu’il valait mieux, pour son équilibre, le laisser dans sa famille. Plus tard, pour ses études, il en sera autrement.

L’année suivante, Michel et France sont revenus au Sénégal pour la fameuse émission de France 2 consacrée au Paris-Dakar, une soirée aux flambeaux sur la plage, où tout le monde a chanté, Nathalie Baye comme Philippe Lavil. France et Michel ont été séduits par l’île de N’Gor. C’est là que France a rencontré le tambour-major du Sénégal, Doudou N’Diaye Rose, qui donne le rythme à “Babacar”. Et pour son premier concert à Bercy, France a fait venir la troupe sénégalaise de Doudou, qui l’accompagnait dans la chanson.

Jugeant que le Sénégal n’était qu’à cinq heures d’avion de Paris, France eut envie d’une maison sur l’île de N’Gor, à dix-sept kilomètres de Dakar, face à l’ancien hôtel Méridien, aujourd’hui le Diorama N’Gor. De là, elle partait chaque jour en pirogue pour rejoindre l’île et ses amis sénégalais, et ils faisaient griller du poisson sur la plage. Une vie simple au milieu des rires, où Michel et France ne se sentaient pas différents des autres.

C’est à Dakar qu’ils ont terminé le dernier disque de France que Michel a composé, “La négresse blonde”, comme la surnommaient les Sénégalais parce qu’elle vivait comme eux et, comme eux, portait le boubou.

Elle choisit de construire sa maison au bout de l’île pour que Michel puisse voir la mer et y puise son inspiration. Une maison sans électricité, où ils auraient vécu en contact avec la nature. Elle voulait une chambre immense, ouverte sur l’océan. Là, Michel échapperait aux contraintes de la civilisation, se ressourcerait. En attendant que la maison soit construite, France et Michel vivaient dans le plus vieil hôtel d’Afrique, le N’Gor, maintenant à l’abandon. Aujourd’hui, quand elle retourne au Sénégal, France descend au Méridien ou chez des amis à Dakar.

Michel s’était attaché au Sénégal. Il aimait le sourire des gens, et cette faculté qu’ils ont de pouvoir vivre de rien. Il projetait de donner à Dakar un grand concert gratuit, avec France et leur troupe. Les gens auraient chanté avec eux. Il voulait faire une fête que tous auraient partagée.

Là-bas, au paradis, il dit un jour à son fils, Raphaël : “Il ne faut jamais parler d’argent. De l’argent, il en faut pour vivre. Et si on en a beaucoup, on doit faire du bien autour de soi, partager avec les autres, donner avec son cœur.”

Il n’aimait pas les mondanités, préférait les dîners sur la plage avec des amis. C’était un excellent photographe. De belles photos de sa femme ont été publiées dans les journaux sénégalais. li était très lié avec le chanteur Youssou N’Dour, et Peter Gabriel, qui possède aussi une maison près de N’Gor. Michel fit son dernier voyage au Sénégal en avril 1992, pour voir l’emplacement de sa future maison. Ce furent ses dernières vacances. il était fatigué et avait besoin de repos. Tous les matins, il partait vers l’île en pirogue, pour y passer la journée.

Le Sénégal a perdu un de ses enfants les plus chers. C’était un homme, un vrai, digne d’estime et de respect. En hommage à la gentillesse de France Gall, le village de N’Gor a baptisé “Babou” l’une des pirogues qui permettent de rejoindre le continent.

Magazine : Paris Match
Jean-Claude Zana
Date : 4 août 1994
Numéro : 2358

Fiche Platine Japon de France Gall

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Fiche Platine Japon
Fiche Platine Japon
  • Nombre de disques recensés dans ce pays 15 à 20 SP + 3 EP + 7 LP + 3 à 5 CD.
  • Nombre de chansons interprétées en langue locale 2 en japonais.
  • Date de sortie locale 1968. Producteur d’origine Bagatelle.
  • Référence du pressage SFL 1153. Distributeur local Philips Japon.

Magazine : Platine
Date : Août / Septembre 1994
Numéro : 13

France Gall : c’est un amour si vrai, si fort

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Cela fera deux ans le 2 août prochain qu'au soir d'une trop chaude journée à Ramatuelle, Michel Berger s'en est allé au paradis blanc des chanteurs.
Cela fera deux ans le 2 août prochain qu'au soir d'une trop chaude journée à Ramatuelle, Michel Berger s'en est allé au paradis blanc des chanteurs.

Deux ans. Cela fera deux ans le 2 août prochain qu’au soir d’une trop chaude journée à Ramatuelle, Michel Berger s’en est allé au paradis blanc des chanteurs.

Ce jour-là, son cœur a littéralement explosé, comme le dit Guillaume Durand dans l’émission hommage que TF1 consacre à Michel, le 30 juillet à 20 h 45 : « Destins brisés ».

Hélas, en ce 2 août 1992, le destin de Michel Berger n’était pas le seul à être ainsi brisé. Celui de France Gall, son épouse, la mère de ses deux enfants, Pauline et Raphaël, treize et onze ans à l’époque.

Mais aujourd’hui, France Gall revit grâce à un amour fou. Un amour incroyable et qui a surpris même ceux qui lui sont le plus proches. Un amour inespéré.

Car en ce terrible été 1992, ils étaient bien peu à croire à une telle résurrection face au trio pathétique de la mère et de ses deux petits qui accompagnait Michel jusqu’à sa dernière demeure au cimetière parisien de Montmartre.

Terrassée de chagrin, France paraissait une femme condamnée pour toujours à la solitude. Sa vie semblait finie. Plus jamais elle ne retrouverait la magie d’une complicité aussi forte que celle qui l’avait unie à Michel. Plus jamais personne ne serait là pour l’épauler, la soutenir, l’aider. Et elle, mieux que personne, sentait alors combien Michel, près d’elle, lui avait été indispensable, vital. Pourtant, courageuse, France avait fait front. Il fallait que la vie continue, sinon pour elle, au moins pour ses enfants. Perdre leur père était si horrible, elle n’avait pas le droit de se laisser aller.

Mais dix mois plus tard seulement, France était confrontée à une nouvelle épreuve : les médecins lui annonçaient qu’elle avait un cancer du sein. Et c’est à cet instant, alors qu’elle aurait pu définitivement sombrer, que le miracle a eu lieu. France, au fond de la détresse, a fait de nouveau une rencontre. Une rencontre qui lui a redonné la force de se battre, la volonté de s’accrocher coûte que coûte à la vie.

« Quand on vous dit cancer, at-elle expliqué à Michèle Manceaux de « Marie Claire », en décembre dernier, on pense tout de suite qu’on va mourir. Et là, je me suis effondrée. C’était insupportable à cause de mes enfants. Je n’ai pas hurlé parce que j’étais entourée de médecins mais pour la première fois, j’ai parlé à Michel ».

Oui, face à la mort, France, dans un ultime sursaut, s’est tournée vers celui qui l’avait quittée pour toujours croyait-elle, quelques mois plus tôt. « Je lui disais : « Pourquoi m’as-tu abandonnée », a-t-elle encore confié à Michèle Manceaux.

Et là, France a eu une véritable révélation. Elle a eu le sentiment intime de renouer le contact avec le disparu.

« Il ne m’a pas abandonnée, poursuit-elle dans cette interview. Je sens maintenant qu’il y a quelque chose au-delà de la mort ». Et c’est dans cette présence qu’elle seule sentait, dans cet amour qui continuait de vivre par-delà la séparation, que France a trouvé une fois de plus la force de se battre et de triompher de la maladie. A tel point qu’elle en est arrivée à expliquer toujours à Marie Claire :

« Ce cancer, je suis heureuse aujourd’hui de l’avoir eu parce que je l’ai guéri ».

« Je sens que la vie ne s’arrête pas à la mort …, a-t-elle encore expliqué. J’ai vu mon père mort, j’ai vu Michel et je sais la différence. Il y a une telle différence entre quelqu’un qui est mort et quelqu’un qui dort. Mon père n’était plus habité. Il y a une différence aussi fantastique qu’entre le jour et la nuit ».

Pour France, Michel, lui, s’est endormi. Pour toujours, bien sûr, mais quelque part il vit encore et de là où il se trouve il continue de la protéger, elle et leurs deux enfants.

Entre eux, le lien est toujours aussi fort, aussi puissant qu’au temps de leurs longues années de vie commune. Le contact n’est pas rompu et il ne tient qu’à elle, France, de le renouer.

C’est pour ça aussi qu’elle a choisi de continuer à chanter. Les chansons de Michel, la musique de Michel sont la passerelle magique qui les unit toujours l’un à l’autre.

Pourtant, longtemps, France a lutté contre cette idée. Après avoir triomphé de sa maladie, alors qu’elle préparait l’automne dernier son grand retour à Bercy, elle refusait d’admettre que c’était un peu pour retrouver Michel. Mais, quatre jours avant la première, elle a dû s’avouer vaincue.

« Je me suis rendu compte qu’en fait tout ça c’était pour le retrouver » a-t-elle révélé aussi à Marie Claire.

Cette découverte l’a alors tellement bouleversée qu’elle a craint de ne pouvoir chanter, submergée par l’émotion de sentir à nouveau Michel près d’elle, presque palpable.

Concerts

La suite, on l’a connaît. France a finalement donné une série triomphale de concerts pendant lesquels des milliers de fans ont communié avec elle dans la musique de Michel.

Depuis, la présence de cet amour n’a cessé d’accompagner France dans chacun de ses instants.

Et c’est amour n’a cessé de l’aider, de la porter, de la rendre toujours plus forte au point de pouvoir· affronter aujourd’hui son plus tragique souvenir.

Michel est mort dans leur propriété de Ramatuelle, et depuis, y retourner avait toujours été pour France une épreuve cruelle.

Pourtant, à plusieurs reprises elle se l’était déjà imposée.

Une première fois à Noël et cela ne s’était pas trop mal passé. La saison était autre, le paysage différent.

Mais le premier été s’est révélé terrible. Les images de la tragédie la hantaient sans cesse.

« Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, j’y ai pensé, a-t-on pu lire dans Marie Claire. Cela a été atroce, mais je voulais être avec mes enfants pendant six semaines.

C’est là qu’ils voulaient aller.

Eux, n’ont pas vécu les choses dans cet endroit, comme moi. Cela n’est pas lié à des souvenirs précis ».

Cette année, France a repris la route de Saint-Tropez avec Pauline et Raphaël. Elle a retrouvé la grande maison, les pins sous le ciel bleu. Mais cette fois, les souvenirs n’ont plus la même violence. France sait, au plus profond d’elle-même que Michel n’est pas parti à jamais le 2 août 1992. Ce jour-là, il s’est seulement endormi d’un étrange sommeil. Un sommeil qui l’a conduit là-bas, en un lieu inconnu mais bien réel, duquel il continue de veiller sur elle par-delà la mort …


Par Bruno Samson
Date : 30 juillet au 5 août 1994
Numéro : 2500

France Gall : ce qu’elle n’a jamais dit sur Michel Berger

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France Gall : ce qu'elle n'a jamais dit sur Michel Berger
France Gall : ce qu'elle n'a jamais dit sur Michel Berger
France Gall : ce qu'elle n'a jamais dit sur Michel Berger

Comme France Gall le précise avec beaucoup de pudeur et de tendresse, “C’est délicat pour moi d’avoir à parler de lui, mais si ce n’est pas moi, c’est qui ?”.

Elle nous permet ainsi de mieux connaître celui qui est parti vers “Le Paradis blanc”, le 2 août 1992, à 44 ans.

Après un “Le Luron” magnifique et en attendant “Balavoine”, “Claude François” et “Gainsbourg”, Guy Job, Stéphane Courbit et Lionel Rotcage ont réussi un superbe “Michel Berger”, comme en témoignent les trois 7 attribués à ce “Destins brisés”, dans nos pages programmes. Pour cette émission unique, France Gall parle comme jamais auparavant.

Sa musique touchait les gens au coeur

C’est très délicat pour moi d’avoir à parler de Michel. Si c’est pas moi, c’est qui ? Je le fais donc pour ça, mais je voudrais qu’il ait de l’indulgence, en tout cas s’il nous entend. J’ai beaucoup de mal à expliquer la différence entre cet homme qui avait eu une éducation très stricte, protestante, habitant dans les beaux quartiers, et ce sens qu’il avait de la musique qui touchait au cœur les gens, le public. Il était très pudique et, en même temps, il faisait le métier le plus exposé possible. C’est comme si ça l’amusait de se voir sur scène ou de se savoir sur scène, là, devant les gens, alors que ce n’était pas du tout sa nature. Il était aussi spectateur de Michel Berger sur scène, de ce type qui se montre. Je ne me souviens pas d’avoir échangé un mot, une phrase avec Michel sur un ton audessus de la normale. Je pense que c’était dommage pour lui, parce qu’il a gardé beaucoup de choses en lui.

Sa facilité à écrire toutes les chansons

Michel savait parfaitement, en écrivant une chanson, si c’était une chanson forte ou pas. Sauf pour lui ! Mais c’était assez impressionnant. Pour les autres, il entendait une chanson, même perdue au fond d’un album, il allait dire : “C’est celle-là qui va marcher”, et c’était toujours celle-là qui marchait. C’était un homme d’affaires, et c’est vrai que c’est assez rare quand on est aussi artiste que lui. Parce que, je le répète, c’est la personne la plus artiste que j’ai rencontrée dans ma vie. Dans sa façon de penser, d’être, de vivre les choses au quotidien, de sentir, de réagir à un film ou à une musique. D’un autre côté, il s’occupait aussi des discussions avec tous les hommes d’affaires, les maisons de disques, et en anglais. C’était donc quelqu’un de très occupé. C’était presque honteux la facilité avec laquelle il travaillait. C’était tellement rapide, tellement fulgurant que c’en était un scandale. Parce qu’il écrivait trois ou quatre albums quand d’autres en faisaient un. Il disait que c’était plus fort que lui, que ça lui venait, que ça devait sortir et qu’il ne pouvait absolument pas lutter contre. J’ai retrouvé une phrase en feuilletant des vieux cahiers où il écrivait des textes. Et il y avait une phrase au milieu d’une chanson qui n’est jamais sortie et qui disait : “Dieu seul sait que la musique n’était pas qu’une envie”. Il trouvait cela absolument incroyable de faire de la musique pour que ça ne marche pas, pour que cela reste une chanson qu’on chante sous la douche.

C’était le contraire d’un faiseur

Il voulait mettre toutes les chansons de son côté et, en même temps, ça sortait comme ça. Moi, chaque fois que je lui ai demandé – c’est très rare d’ailleurs – quelque chose de précis, je n’ai jamais pu obtenir ce que je voulais, que ce soit sur un texte ou sur l’idée d’une chanson. “Diego” est le meilleur exemple. Je lui avais dit : “Je voudrais une chanson sur les enfants qui sont malheureux, qui souffrent”. Eh bien, il a écrit “Diego libre dans sa tête”, une chanson sur un prisonnier politique. C’est ça qui est sorti. C’était le contraire d’un faiseur. Il n’y avait rien de plus difficile que d’écrire pour lui-même. Quand il écrivait pour les autres, c’était une vraie récréation, et il le faisait avec une très grande rapidité, et facilité. C’est vrai qu’il arrivait à écrire des chansons qui collaient tellement aux gens qui les chantaient, comme s’il se mettait à l’intérieur de ces personnes. De Johnny Hallyday par exemple.

Il ne racontait pas de souvenirs d’enfance

J’ai rencontré Michel, il avait 26 ans. Je ne connais absolument pas sa vie avant. Il ne parlait jamais de lui, jamais de son passé, il ne racontait jamais de souvenirs d’enfance, donc je ne connais absolument pas sa vie avant de l’avoir rencontré.

Histoire d’amour pour Véronique Sanson

Le premier album de Michel, je l’ai écouté et j’ai eu envie de le casser parce que je trouvais que c’était une réplique de Véronique Sanson. Cet album était vraiment bien mais cela m’énervait parce que j’avais déjà entendu ça d’une certaine manière. Après, j’ai compris la manière dont ils avaient travaillé ensemble et comment ils s’étaient connus, l’histoire d’amour qu’il avait vécue et donc après, j’ai pu aimer complètement sa manière de travailler et sa musique, en comprenant à quel point il avait été l’instigateur de la musique de Véronique Sanson.

Il se trouvait bien avec les femmes

Ce qui m’a le plus frappée, quand j’ai entendu son album, c’était que c’était des mots très simples. Et puis il y avait une rythmique, quatre musiciens. C’était encore l’époque des arrangeurs, de 20 musiciens en séance. C’était un autre son, une autre façon de faire balancer la musique française avec des mots qui racontaient des choses fortes, avec des mots de tous les jours. C’est vraiment cela qui m’a donné envie de travailler avec lui. Je trouvais ça tellement moderne par rapport aux autres. La première chose qui m’avait frappée chez lui, lorsque je l’ai rencontré, c’était son discours féminin qui était le mien à ce moment-là, en l’occurrence. Et qui a duré. Ça m’avait frappée parce que je n’avais jamais rencontré ça chez un homme, chez aucun garçon, et donc, il se trouvait bien avec les femmes. Françoise Hardy l’avait rendu extrêmement furieux quand elle avait fait, en 1974, son thème astral à la radio. Elle avait dit : “Il y a autant de masculin que de féminin en toi, Michel.”

Quand il était rentré, il m’avait confié: “Vraiment, ça m’énerve l’astrologie !”. Car, c’était justement quelqu’un qui ne se sentait bien qu’avec les femmes. Il avait très peu d’amis. Il détestait l’idée d’avoir une conversation de mecs. Il détestait, par exemple, quand on était dans un dîner, que les hommes soient d’un côté à parler et les femmes de l’autre. Avec lui, jamais ça n’arrivait. Tout le monde devait se mélanger et parler. Et il était toujours entouré de femmes. Il comprenait leurs désirs, leurs demandes, leurs inquiétudes, ce qu’elles avaient au fond d’elles, ce qu’elles recherchaient.

Il voulait laisser une trace

Je n’ai réellement compris que lorsque je lui ai dit que je voulais m’arrêter de chanter à quel point j’étais importante, je dirais, dans sa création. Parce qu’il faut savoir qu’il ne m’a jamais dit : “C’est bien”, il ne m’a jamais fait de compliments.

Il fallait que je devienne moi. Je suis quelqu’un qui a toujours besoin d’être encouragée. Et j’ai réalisé l’importance que j’avais en travaillant avec lui, lorsque j’ai voulu m’arrêter, il a été tellement… presque cassé, le choc passé, le choc affectif passé, cela a été une bonne chose pour lui.

Cela a orienté sa vie artistique complètement différemment. Il a écrit un film, tout un film, prêt à être tourné, il a fait “la légende de Jimmy”, un album pour lui, “Ça ne tient pas debout”, il a remonté “Starmania” sur scène. Donc, moins de chansons, beaucoup plus de grandes choses. Il a pensé que les chansons ne restaient pas à jamais, qu’il fallait se lancer dans des choses beaucoup plus ambitieuses pour laisser une trace. C’est quelqu’un qui voulait absolument laisser une trace.

Toute sa tendresse pour Johnny

C’est drôle quand je repense aux rapports de Johnny et Michel. C’étaient des rapports qui étaient tellement tendres, oui des rapports de tendresse et Johnny, qui était beaucoup plus grand, beaucoup plus costaud, enfin tout le contraire physique de Michel. Et je crois qu’il s’est pas mal soulagé à travers ses textes pour Johnny. Il disait là des choses qu’il ne pouvait pas dire lui et, donc, c’était un grand plaisir et peut-être même une petite psychothérapie.

Il ne pouvait pas attendre

C’était quelqu’un qui ne pouvait pas attendre. C’est vrai que “La Légende de Jimmy”, cela aurait pu se jouer à l’Opéra Bastille avec un groupe rock, et un orchestre symphonique. Mais cela prenait du temps. Alors, il a conclu avec Jérôme Savary à Mogador. Quand j’ai entendu “La Légende de Jimmy”, la première fois, je me suis dit : “Oh la, la, c’est compliqué, ce n’est pas facile ce truc-là.”. Et puis, à force d’assister aux répétitions, au bout de quinze jours – quand même quinze jours – j’ai réalisé la force de cette musique et je lui ai dit : “C’est magnifique, mais c’est trop en avance !”.

Il s’accommodait mal du monde

La pureté de la nature de Michel faisait qu’il s’accommodait très mal du monde dans lequel il vivait. Et ça, vraiment, c’était terrible de voir à quel point ça le touchait au quotidien. Je ne sais pas si les gens se rendaient compte à quel point c’était quelqu’un de fragile. Je crois, d’ailleurs, que personne ne le savait vraiment.

Magazine : Télé 7 Jours
© “Destins brisés”
Date : 30 juillet au 5 août 1994
Numéro : 1783

France Gall a su relever la tête parce qu’elle le sent toujours auprès d’elle !

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France Gall a su relever la tête parce qu'elle le sent toujours auprès d'elle !
France Gall a su relever la tête parce qu'elle le sent toujours auprès d'elle !

C’est alors que des détails jusque-là inconnus de la vie du compositeur surgissaient.

Qui savait qu’à seize ans, il avait sorti son premier disque et que cela lui avait permis d’être assis parmi les grands, en 1963, sur le célèbre poster de Salut les Copains ?

Qui pouvait raconter, sinon ses proches, que Bourvil avait été son premier interprète et qu’il lui avait offert une chanson intitulée Les Girafes ?

Deux ans après sa mort, Michel Berger reste incroyablement présent et nous fredonnons tous ses chansons. TF1 lui consacre une émission le samedi 30 juillet, à 20 h 45 dans la série Destins brisés. Ses amis, Johnny Hallyday, Françoise Hardy, Philippe Labro, entre autres, viendront témoigner, raconter l’homme qu’il était. Et bien sûr France Gall. France la courageuse, qui a continué la vie, le spectacle. Malgré le drame, malgré ses problèmes de santé. Elle vient d’être décorée de la Légion d’honneur. Pour ce qu’elle a donné à notre pays et pour tout ce qu’elle a fait afin qu’à l’étranger on connaisse le talent de son mari, le créateur de Starmania, celui dont elle a écouté un jour la musique et qu’elle a voulu rencontrer.

“J’ai eu un grand choc, a-t-elle raconté. Il disait des choses que je ressentais complètement. Comme si c’était moi qui avais écrit ses chansons.” Mais c’était lui. Et pour elle, il en a écrit bien d’autres. Elle est ainsi devenue “La groupie du pianiste”, en 1979, alors qu’elle était, pour le meilleur et pour le pire, sa femme depuis 1976.

Deux ans déjà … Et grâce à Michel Berger, il existe toujours une Rock’n roll attitude et Quelque chose de Tennessee, des compositions qu’il avait offertes à Johnny Hallyday.

Un curieux destin que celui de Michel. Comme si, avec France, ils avaient eu une prémonition. Quelques mois avant de se séparer pour toujours, ils avaient enregistré ensemble Double Jeu. Leur premier album en duo. Et puis, en février 92, le professeur Jean Hamburger disparaissait. Il était le père de Michel qui reprenait une de ses phrases. Aujourd’hui, elle résonne encore à nos oreilles : “La plupart des mécanismes de la vie connaissent des ratés. La mort, jamais.”

France, après la douleur immédiate, a relevé la tête. Alors qu’on la voyait déjà sombrer dans la dépression, tourner le dos au spectacle, celle qu’on avait cru n’être, il y a longtemps, qu’une “poupée de cire”, a montré qu’elle était une femme de caractère. A force de volonté, elle a combattu son chagrin et elle a fait face. Dignement. Presque avec le sourire. Elle a même affronté Bercy où le public l’a récompensée par le nombre de spectateurs et par ses applaudissements.

Elle savait aussi que Michel était là, quelque part dans la salle, et qu’il la soutenait. Elle avait confié alors au magazine Elle : “Selon Michel, après la mort, il n’y avait rien. J’étais plutôt d’accord. Mais penser que mon mari, avec toute la beauté qui l’habitait, est dans un cercueil et que tout s’arrête là m’est insupportable.”

France s’est tournée vers la spiritualité et la foi. Pour croire encore et toujours que Michel est auprès d’elle, de sa fille Pauline, qui a seize ans, de son fils Raphaël, qui en a quatorze.

Pour nous qui n’avons connu Michel Berger que sur une scène, à la télévision ou en écoutant un disque, c’est sans doute plus facile. Il nous suffit d’entendre sa voix, de fredonner un de ses airs, de répéter ses paroles pour le sentir présent. Deux années d’absence n’ont rien changé. Sauf que nous aurions sincèrement aimé qu’il nous écrive encore d’autres textes pour nous faire rêver, pour nous donner envie de jouer “du piano debout”, et pour que nous ayons toujours au cœur “quelques mots d’amour”.

Magazine : Ici Paris Magazine
Claude BENJAMIN
Date : 27 juillet au 2 août 1994
Numéro : 2560

France Gall : La petite histoire du grand prix de l’Eurovision

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La petite histoire du grand prix de l'Eurovision
La petite histoire du grand prix de l'Eurovision
La petite histoire du grand prix de l'Eurovision

L’histoire du concours Eurovision est passionnante.

Pour s’en convaincre, il suffit d’en parcourir le palmarès depuis l’origine, il y a 38 ans.

Et si l’on pousse un peu plus loin la curiosité, les surprises sont nombreuses. car il y a ceux qui ont gagné, mais également ceux qui s’y sont cassé les dents, avec ou sans conséquence pour leur carrière. Auteurs, compositeurs, interprètes, les plus grands noms y ont pris part. A une époque, il est vrai, l’Eurovision était une carte de visite, un formidable outil de promotion à l’échelle du continent entier. Les années ont passé et l’institution a pris des rides. Si l’émission TV reste l’une des plus regardées de l’année, passés les lauriers du soir même le lauréat retombe dans l’anonymat presque instantanément. Et les compagnies de disques n’essaient même plus d’imposer l’artiste sur la mention Grand Prix Eurovision, autrefois fièrement exhibée et synonyme de grosses ventes. Avec l’arrivée massive des pays de l’Est, le concours change à partir de cette année. survivra-t-il à ce chamboulement, lui qui semble figé depuis ses origines. Les interrogations et les craintes sont nombreuses dans le microcosme des collectionneurs d’Eurovision. car !’Eurovision se collectionne ! Et le fanatique se donne beaucoup de mal pour compléter sa série. Dénicher la sélection finlandaise de 1966 ou la version italienne de la chanson anglaise de 1968 relève du tour de force! ce mois-ci, Juke Box Magazine remonte aux origines du concours et en retrace l’histoire jusqu’en 1965 : des prémices aux premiers véritables frissons; les lauréats, les autres, des anecdotes et l’inventaire des disques, plus ou moins rares, en pressages français uniquement.

1965 – France Gall à Naples

Pour sa dixième édition, le concours affiche un record de participation : 18 délégations se retrouvent le 20 mars 1965 dans la Sala Di Concerto de la RAI, à Naples. La soirée est animée par Renata Mauro et les interprètes ont pour toile de fond le fameux sigle étoilé de l’Eurovision. Ce dixième anniversaire marque un virage. La proportion de titres rythmés est plus grande. Le tout reste bon-chic bon-genre mais un nouveau courant se fait jour, exception faite de la Suède qui déconcerte tout le monde avec le baryton Ingvar Wixell. Sa chanson “Annorstades Vals” (10e), moitié en suédois, moitié en anglais, semble vraiment extraite d’un opéra. Les autres concurrents masculins misent sur le charme. Pour l’Italie, Bobby Solo, encore auréolé de son succès avec “Una Lacrima Sul Viso”, chante “Se Piangi, Se Ridi” (Festival FX 1429). Il termine 5e. Bobby en réalise une version française, “Si Tu Pleures, Si Tu Chantes” (Festival FX 1412). Pour la deuxième année consécutive, Udo Jürgens représente l’Autriche et persévère dans le slow chanté au piano, “Sag 1hr, lch Lass Sie Grüssen” (Vogue EPL 8341) se place 49. La persévérance d’Udo Jürgens est payante, puisque l’Autrichien triomphera l’année suivante avec cc Merci Chérie», de la même veine. La France a choisi un jeune espoir révélé à l’automne 1964 par “Si Tu N’Y Crois Pas”, Guy Mardel, qui a composé la musique de “N’Avoue Jamais” (DiscAZ 969), laissant à Françoise Dorin le soin d’en écrire les paroles. La chanson finit 3e et devient un tube immédiat dans l’hexagone, le plus marquant de la carrière de Guy Mardel, qui en enregistre des versions italienne (“Non Dire Mai”) et espagnoles (“amas, Jamas”). Parmi les autres francophones, Marjorie Noël représente Monaco avec “Va Dire A L’Amour” (Barclay 70772), un joli morceau, trop anodin toutefois pour faire mieux que 9e. Même commentaire pour le titre suisse, “Non A Jamais Sans Toi” (8e) par Yovanna, une chanteuse grecque ! La seule version de la Suisse parue en France est celle de Patricia Carli (Bel Air 211 327).

La sensation de la soirée, c’est bien sûr la prestation de la Luxembourgeoise de circonstance, France Gall. Avec ses cheveux blonds, son visage rond, ses yeux rieurs et ses 17 ans et demi, la jeune fille balaie en moins de trois minutes dix années de conformisme eurovisuel. Ecrit sur mesure par Serge Gainsbourg, “Poupée De Cire, Poupée De Son” (Philips 437 032, avec deux logos différents de l’Eurovision) possède un refrain et un couplet d’une même puissance. L’absence de temps mort et une orchestration cuivrée tranchent avec le violon, dont usent et abusent les autres titres en lice. En décernant à France Gall le Grand Prix, les jurys font peut-être également passer un message : assez de rengaines, du rythme ! “Le style pépée-poupée a battu la canzone/ta langoureuse ” titre France Soir. Pour la jeune idole, établie l’année précédente avec “Sacré Charlemagne”, c’est le début d’une carrière internationale menée tous azimuts. “Poupée De Cire, Poupée De Son” devient c”Das War Eine Schëne Party” en allemand et “lo Si, Tu No” en italien. Il en existe même une édition japonaise. Pour l’anecdote, on peut également s’enticher d’une version instrumentale façon ragtime, magistralement jouée par les Strapontins (Barclay 72653), et d’une autre par l’anglaise Twinkle (“A Lonely Singing Doll”, Decca 457 077) …

Magazine : Jukebox Magazine
Dominique DUFFAUT
Date : Avril 1994
Numéro : 80