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France Gall, elle se tourne vers le spiritisme

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France Gall, elle se tourne vers le spiritisme
France Gall, elle se tourne vers le spiritisme
France Gall, elle se tourne vers le spiritisme

Le 2 août 1992, jour de la mort de Michel Berger, qui aurait pu penser que France Gall, ce petit bout de femme fragile et enfantine, se battrait avec autant de volonté et d’acharnement pour réapprendre le goût de vivre ? Et pourtant …

On la voyait déjà sombrer dans une grave dépression. Recluse chez elle, ruminant son chagrin et abandonnant la chanson. Mais à la stupéfaction générale, la “poupée de cire” nous a gratifié d’un bel aperçu de son caractère.

Du haut de son mètre cinquante-sept, elle a su combattre son chagrin par la seule force de sa volonté. Refusant le rôle de la veuve éplorée, on l’a vue progressivement sourire, revivre et enfin reprendre sa carrière. Alors qu’on pensait ne plus jamais la voir monter sur scène, elle a même affronté Bercy pour le plus grand plaisir de ses admirateurs.

Détendue, heureuse et incroyablement belle, France a finalement révélé le secret de cette presque résurrection : depuis la mort de son mari, c’est dans la méditation qu’elle a puisé toute son énergie.

Dévorant tous les ouvrages traitant de l’au-delà pour combler ses nuits blanches de chagrin, elle a trouvé le moyen d’affronter son malheur grâce à cette nouvelle philosophie de la vie. A l’époque, elle confiait au magazine Elle : “Selon Michel, après la mort, il n’y avait rien. Et j’étais plutôt d’accord. Mais penser que mon mari, avec toute la beauté qui l’habitait, est dans un cercueil et que tout s’arrête là est une idée qui m’est insupportable.”

Alors, pour l’amour de ses enfants, Pauline, qui a aujourd’hui quinze ans, et Raphaël, qui en a treize, France a redécouvert la foi. Pour affronter un avenir qui se joue désormais sans la présence de Michel.

Année noire

Malheureusement, malgré sa bonne volonté, le ciel ne lui a pas montré tant de clémence: le 8 avril 1993, elle révélait qu’elle était atteinte d’un cancer du sein. Deux semaines plus tard, elle se faisait opérer. Année noire, décidément, pour France Gall, avec cette épreuve supplémentaire.

Mais déterminée à se sortir de cet enfer, terrorisée à l’idée de quitter notre bonne vieille Terre pour un aller simple vers une destination inconnue, elle a assumé sa maladie en se tournant encore davantage vers la spiritualité.

“En fait, le vrai déclic n’a pas été la mort de Michel mais la perspective de la mienne. La mort m’a toujours terrorisée. Il était temps que je fasse un peu amie-amie avec elle, que j’essaie d’en savoir plus. Aujourd’hui, à quarante-cinq ans, je me demande comment j’ai pu rester des années sans m’intéresser à tout ça. Maintenant, je suis persuadée que lorsque quelqu’un disparaît, il y a une vie au-delà. Cela me donne envie d’être plus sereine”, avait-elle confié à Télé 7 Jours.

En tout cas, cela lui réussit plutôt bien. Totalement remise de son opération, France n’est jamais parue aussi resplendissante. Ses récents passages à la télévision sont là pour en témoigner. Gourmande de la vie, elle sait maintenant vers quoi se tourner pour affronter les orages du quotidien. Et elle n’est pas la seule. Parmi les stars, de Sheila en passant par Michel Delpech, Bambou et bien d’autres, nombreux sont ceux qui, à une période difficile de leur vie, ont su retrouver courage et espoir grâce à la foi.

Et pourquoi pas ? Dans ce monde de chaos où nous vivons, vers qui se tourner et qu’attendre de demain si l’on n’a pas l’amour et la rage de vivre au fond du cœur?

Magazine : Ici Paris Magazine
Stéphanie LOHR
Date : 9 au 15 mars 1994
Numéro : 2540

France Gall : un papillon fragile sur les ailes d’un soldat

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Un bout de femme qui éclate, qui explose, qui implose aussi, c'est France Gall au Zénith … de sa gloire et de sa maturité tant scénique que musicale.
Un bout de femme qui éclate, qui explose, qui implose aussi, c'est France Gall au Zénith … de sa gloire et de sa maturité tant scénique que musicale.

Née sous le signe artistique de la Balance, France Gall a dans son ciel de naissance un ascendant Capricorne.

Chez cette femme de talent, douceur et rigueur sont à la fois réunies.

Certes cet aspect physique est typiquement influencé par Vénus, planète qui signe là la carrière de notre artiste, carrière orientée vers la musique, la danse et toutes les formes d’expression corporelle. Mais entrons plus avant dans le ciel de France, cette femme qui laisse tant paraître de douceur et de fragilité. Il ne s’agit là en fait que de l’un de ses aspects.

Ce que l’on ne voit pas, en effet, à première vue c’est sa force de caractère, sa puissance de création et de réalisation qui prend sa source au coeur même de la femme.

Pas si fragile donc qu’on pourrait le penser, notre Balance a de l’énergie à revendre et plus de répondant qu’il n’y parait.

Celle que l’on imagine volontiers femme-enfant en besoin de protection n’est pas celle que l’on croit. Elle sait faire face à sa carrière et la gère d’une main de fer en canalisant une immense discipline avec pour seul but celui de mener à bien tout ce qu’elle entreprend. Patiente, logique et déterminée, France avance avec une notion très fine et instinctive du temps. Continuité et durée s’inscrivent dans son ciel de naissance et font qu’elle agit presque toujours au moment le plus opportun. Femme de tête et volontaire, elle a les capacités de conduire un bataillon de soldats et d’obtenir de ceux avec lesquels elle travaille ce qu’elle aura décidé. France dirige, plus que tout. ..

La Lune placée dans le signe du Cancer dans le secteur des associations indique bien un large succès avec les foules apportant une popularité durable et non un feu de paille. Arrivée à ce jour dans la seconde partie de sa vie, France va désormais être dominée par son ascendant Capricorne. C’est une femme désormais secrète, solitaire et moins familière qu’il n’y parait et qui cachera derrière un si beau sourire un réalisme très présent. Le coeur chaud mais la tête froide, elle n’est pas de celles qui se laissent séduire facilement.

La déchirure que la vie lui a imposée est une expérience purement Capricorne. Saturne, planète des grande solitudes, pénètre dans une âme aujourd’hui prête à accueillir de nouvelles valeurs issues d’un élan de sérénité. Elle va désormais s’ouvrir progressivement à de nouvelles valeurs mystiques qui sommeillaient en elle et qui se révèlent à présent au grand jour. De l’enfant à la femme moderne, elle ne vécut pas la transition. Aujourd’hui, elle est consciente que sa moitié veille là-haut et sera le phare de sa destinée. Un autre art s’intègre dans son histoire : la peinture, la sculpture ou l’écriture? Nous le saurons en temps utile … Elle finira par habiter entre les lignes d’un livre dont elle n’a pas encore trouvé le titre. France avance. France se bat contre elle-même dans le but d’atteindre son idéal de perfection, idéal loin d’être éteint. L’étoile de sa naissance brille encore et sa complicité avec l’inexplicable demeure en elle un grand secret pudique. Les nombreuses planètes qui gravitent sur son ascendant sont les témoins d’une vie intérieure silencieuse, d’un destin ignoré par le grand public.

Magazine : Le monde du mystère
Mariella Madonna
Date : Mars 1994
Numéro : 12

France Gall à coeur ouvert

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France Gall à coeur ouvert
France Gall à coeur ouvert
France Gall à coeur ouvert

Après “Taratata”, sur France 2, France Gall est l’invitée de “Nulle part ailleurs” le 2 mars, sur Canal +, pour présenter son nouveau CD avec, en live, des chansons de Michel Berger.

De lui, de leurs enfants, de la maladie, elle parle avec une rare sincérité. Avant tout “pour dédramatiser” et puis parce que son métier, public, “impose une certaine dignité”.

Une femme en or. Ce trophée, l’un des cinq distinguant les femmes qui ont marqué 1993, elle le méritait sans doute plus encore que d’autres. Cette année-là, autant que la précédente, restera à jamais gravée dans sa mémoire. Avant son retour sur scène à Bercy, en avril – il a donc été différé -, France Gall entrait en clinique pour être opérée d’un cancer du sein.

La maladie, ce concert tant attendu, repoussé … Vous avez dû craquer ?

Vingt-quatre heures, oui. La première nuit que j’ai passée chez moi a été terrible. Je m’imaginais trimbalée d’un hôpital à l’autre. Possédée par quelque chose qui s’était emparé de moi à mon insu. Et puis j’ai songé à mes enfants. C’est affreux à dire, mais quand leur père est mort, j’ai pensé : je suis là, moi. Penser qu’ils risquaient de devenir orphelins, c’est insoutenable. Cette journée-là est le jour le plus malheureux de toute mon existence. Et pourtant, aujourd’hui, je considère tout ce qui est arrivé comme un cadeau.

Comme un cadeau !

Oui, quelque part j’ai eu le sentiment que je n’en avais pas encore eu assez avec la mort de Michel. Qu’il fallait que je me fasse vraiment peur pour aller au fond de moi. Cela m’a obligée à réfléchir davantage.

Que vous reste-t-il de cette épreuve supplémentaire ?

D’abord que la vérité, c’est mon truc ! Dans un premier mouvement, j’ai eu peur, si j’avouais ma maladie, que les gens se détournent de moi comme d’une pestiférée. Peur aussi qu’on ne me parle plus jamais normalement. Et puis, je n’avais pas envie que ma maladie devienne la conversation de bistrot de la France entière.

Qu’est-ce qui vous a décidée alors à parler de ce cancer ?

Un cancer du sein n’est pas une maladie honteuse. Il y a des maladies beaucoup plus graves. Dix femmes sur cent subissent ce que j’ai subi. J’ai tenu à parler pour dédramatiser. Pour éviter que des bruits amplifiés par certains viennent inquiéter mes enfants.

A eux aussi vous avez tout de suite dit la vérité ?

En partie. J’ai minimisé. Ce n’est pas facile à vivre, ce décalage entre la terreur que l’on sent au fond de soi et la nécessité de se montrer réaliste, optimiste.

On a le sentiment, depuis la mort de Michel Berger, que vous ne marchez qu’à la volonté. Certains ont trouvé curieux que vous paraissiez si gaie à la télé.

Je déteste que l’on s’apitoie sur moi. Je ne veux pas faire pleurer les gens, je veux les rendre gais. Je fais un métier qui impose une certaine dignité. Ce n’est pas toujours facile. On ne s’est pas rendu compte de l’effort que m’ont demandé certaines émissions de télévision. Demandez à l’équipe de “Fréquenstar”.

Pourquoi vous être imposé tout cela ?

Il fallait que j’affronte tout ce qui m’arrivait seule. Jusqu’en 1992, j’étais encore une petite fille. La mort de Michel, puis ma maladie m’ont fait prendre vingt ans à chaque fois. J’ai presque récupéré mon âge.

Depuis, vous avez enfin chanté à Bercy, en septembre, puis vous êtes partie en tournée. Quand vous étiez sur scène et que vous chantiez “Quelques mots d’amour” ou “Si maman si”, il y avait des larmes partout où vous êtes passée. Comment avez-vous fait, vous, pour les retenir ?

Je me raccroche à la musique, aux mots. Je me suis efforcée de ne pas penser à quoi que ce soit d’autre qu’aux chansons. Mais parfois, j’ai fermé les yeux ou tourné le dos quand l’émotion que me rendait le public m’envahissait.

Une incroyable ferveur.

Mon public a changé. C’est comme si les gens se rendaient à un rendez-vous d’amour. Ils viennent comme s’ils voulaient me dire qu’ils ont eu le courage de venir eux aussi “quand même”. Ils viennent comme s’ils se disaient que c’est la dernière fois. Cette tournée est ce qui m’est arrivé de plus heureux depuis deux ans. Je prends de la vie ce qui est à prendre. Je savoure. Je n’ai pas le sentiment d’avoir encore écrit le mot “fin”.

Et vos enfants qui étaient réticents à l’idée de vous voir seule sur scène.

Ils avaient peur que je n’y arrive pas. Ils avaient peur de la séparation. Parce qu’ils avaient envie de me protéger, de se sentir en sécurité auprès de moi. Je crois qu’à eux aussi cela a fait du bien. Que je fasse quelque chose par moi-même pour être heureuse, ça leur a donné du courage. Et ils adorent entendre en public la musique de leur père.

Ils sont venus vous rejoindre en tournée ?

Plusieurs fois. Je me suis débrouillée pour n’être pas trop absente de chez moi. J’étais de retour tous les week-ends. Mais ils sont venus aux vacances scolaires.

Les enfants, votre métier, c’est la première fois que vous assumez tout en même temps ?

Parfois, le soir quand je rentre chez moi, je m’aperçois que je suis seule dans la rue, que c’est moi dont les enfants guettent le bruit des clefs qu’on pose sur la table d’entrée. Je suis devenue le chef de famille. Je vis une vie d’homme. C’est ainsi, je n’ai pas le choix.

De quoi avez-vous envie ?

Le bonheur pour mon entourage, évidemment. Et pour moi, de parvenir à devenir plus sereine.

C’est vrai que vous vous tournez vers la spiritualité ?

Disons que je cherche. Pour Michel, tout s’arrêtait avec le dernier souffle. Quand j’ai vu Michel mort, j’ai senti qu’il y avait forcément quelque chose au-delà de la mort. Aujourd’hui, je me demande comment j’ai pu vivre jusqu’à 45 ans sans m’intéresser sérieusement à cela. Je lis des livres, je parle avec des amis. Peut-être vais-je en rester là. Je ne sais pas.

Et dans l’immédiat ?

Continuer à faire aimer la musique de Michel. La balader partout dans le monde.

En aidant des jeunes comme Droit de cité à débuter par exemple ?

Ils viennent d’un peu toutes les banlieues de Paris, Lyon, Marseille. Je crois que cette tournée a été importante pour eux. Moi, je l’avoue, j’avais besoin de leur enthousiasme, de leur fraîcheur. Je ne les ai pas aidés, ils m’ont aidée.

Vous allez vous offrir un peu de vacances …

Je me donne des rendez-vous réguliers avec l’Afrique où j’ai le sentiment de vivre une autre vie, dans une autre société. J’aime aussi séjourner au Canada, où nous avons une maison et où je me rends souvent l’été. Paris me stresse un peu.

Vous comptez y rester pour vos enfants ?

Les enfants ont besoin de vous et en même temps besoin de temps pour eux. Ils ont des chagrins très violents, puis des moments où ils ne sont que joie. Ils vivent au présent. Intensément. Je suis un peu comme eux maintenant. Michel disait de moi : “C’est une réaliste optimiste”. Je crois qu’il avait raison.

Magazine : Télé 7 Jours
Martine BOURRILLOH – Photos Michel MARIZY
Date : 26 février au 4 mars 1994
Numéro : 1761

France Gall : « En réussissant mon show, j’ai rassuré mes enfants. »

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De retour du Sénégal, où elle vient de donner un concert triomphal, et tandis qu’est sorti cette semaine le deuxième album live de Bercy 93, France Gall, à qui Nagui consacre ce soir son Taratata (France 2, 22 h 30), nous ouvre son cœur…

Alain Morel : Le deuxième CD live du concert de Bercy vient de sortir… La boucle est-elle bouclée ?

France Gall : Une page est tournée, mais le livre est loin d’être refermé.

Alain Morel : Quels seront les prochains chapitres ?

France Gall : Je veux monter un spectacle différent. Peut-être pour une mini-tournée d’été, et aussi pour partir à l’étranger. Je souhaite y ajouter d’autres grands titres de Michel, comme Tennessee, par exemple.

Alain Morel : Un des « best » de Johnny ?

France Gall : Il n’y a pas de raison… Lui, il m’a pris Diego (rire).

Alain Morel : On vous sent plus « chanteuse » que jamais.

France Gall : Si je poursuis, c’est parce que cela me plaît. C’est aussi parce que cela me permet de retrouver une équipe de travail qui est quasiment devenue ma famille.

Alain Morel : Avant la première de Bercy, l’émotion vous avait saisie si fort qu’on avait cru que vous renonciez…

France Gall : Malgré moi, malgré lui, Michel exerçait une pression énorme, mais elle s’est estompée dès le premier soir, dès que j’ai eu confiance. L’émotion, ensuite, on la prenait de plein fouet tous les jours, surtout quand je chantais la Minute de silence. Je savais que beaucoup de gens pleuraient, et je fermais les yeux pour ne pas les voir… Sinon, j’étais foutue !

Alain Morel : Il paraît qu’entre le public et vous il s’est passé des choses incroyables ?

France Gall : Il y a eu beaucoup de monde et beaucoup d’amour. Le seul mot qui compte ! Un soir, à Grenoble, le public m’a carrément fait craquer. Il m’a retenue un quart d’heure sous une ovation qui sonnait comme une tonitruante « déclaration ». Je suis ressortie, les yeux sur une autre planète, et j’ai murmuré « Ah, les vaches ! »

Alain Morel : Tout cela s’est terminé il y a deux mois… Qu’avez-vous fait depuis ?

France Gall : Le dernier « soir » de la tournée était une… matinée. Cela se passait à Strasbourg. Du coup, le soir venu, on a tous dansé et fêté dans une brasserie alsacienne, puis on a marché dans la ville tous ensemble, comme de vrais amis. On savait qu’on se retrouverait. Et cela a eu lieu l’autre jour à Dakar. Encore un concert qui m’a transcendée, dans ce pays où j’ai ma petite maison et plein d’amis que j’adore.

Alain Morel : Pas de vacances ?

France Gall : Si. Elles étaient bien méritées (rire). Avec Pauline et Raphaël, on a passé les fêtes de fin d’année dans une petite île du bout du monde, du côté des Bahamas.

Alain Morel : Comment vont vos enfants ?

France Gall : Beaucoup mieux… Ils sont redevenus des enfants. Je crois qu’en réussissant mon show, j’ai aussi réussi à les rassurer.

Alain Morel : Vous aussi, vous avez l’air mieux, incroyablement rajeunie…

France Gall : Tout le monde me dit ça… C’est génial ! Il n’y a pourtant aucun tirage de peau, je vous le jure. C’est juste la musique et la scène.

Alain Morel : Certains disent qu’il y a d’autres raisons, comme la méditation, par exemple…

France Gall : J’ai su, pendant un bon moment, me couper de toutes les infos extérieures. Cela m’a fait respirer. Le monde disjoncte grave, on le sait. Quand on ne va pas très bien soi-même, on n’a pas besoin qu’on vous en rajoute au quotidien. Et puis, quand télés et journaux sont fermés, on ouvre enfin des livres. Alors, naturellement, ce sont des livres qui concernent en priorité des sujets qui m’obsèdent, comme la mort. Elle m’a toujours terrorisée et j’avais le sentiment d’être sérieusement « repérée ». Il était temps que je fasse un peu « amie amie » avec elle, que j’essaie d’en savoir plus. Cela donne, croyez-moi, matière à… méditer !

Alain Morel : Il semble que vous souhaitiez garder secrètes vos connaissances sur le sujet ?

France Gall : D’abord, elles sont encore infimes. Ensuite, ce n’est pas un fonds de commerce. S’intéresser à une certaine approche de l’au-delà, il n’y a évidemment rien de honteux (sou-rire). Mais si je suis discrète, c’est parce que le déclic n’est pas transmissible. Il vient spontanément ou pas. À quoi sert d’embêter les gens avec ça ?

Alain Morel : Êtes-vous croyante ?

France Gall : Oui, mais je n’enferme ma foi dans aucune religion.

Alain Morel : La mort de Michel, peut-on ne pas en vouloir au Ciel ?

France Gall : Peut-être que la pureté de la nature de Michel devenait incompatible avec les aspects de plus en plus malsains du monde.

Alain Morel : On dit que les routes de la connaissance sont, dans ces domaines, peuplées de charlatans.

France Gall : Ils sont faciles à débusquer. Le but de la vie des gens qui ont des facultés hors du commun, c’est toujours de se mettre au service des autres. Ceux qui se prennent pour des entreprises médiatiques, dont l’appât du gain et la conquête du pouvoir sont les motivations rapidement identifiables… voilà les faussaires.

Alain Morel : On murmure de plus en plus fort qu’une autre raison de votre bonne mine retrouvée serait… l’amour ?

France Gall : C’est important de savoir à nouveau qu’on est une femme dans le regard d’un homme. Mais les parenthèses se referment vite quand l’essentiel n’est pas là. Je vis seule avec mes enfants. C’est ma réponse aux murmures.

Alain Morel : En ce moment, vous êtes en tout cas particulièrement jolie… L’entendre, cela vous flatte-t-il ?

France Gall : Côté abnégation de soi, à côté de l’abbé Pierre, je me sens plutôt minable (rire). Moi, quand on me dit que je suis belle, j’avoue, ça me fait sacrément plaisir.

Nouveau CD paru : Simple Jeu rebranché, Bercy 93 (WEA)

Journal Le Parisien
Propos recueillis par Alain Morel
Date : 13 février 1994
Numéro : 15 377

France Gall en 1994

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France Gall est alors l’une des premières artistes de variété à fouler le plateau mythique de la salle Pleyel, du 27 septembre au 1er octobre 1994.
France Gall est alors l’une des premières artistes de variété à fouler le plateau mythique de la salle Pleyel, du 27 septembre au 1er octobre 1994.

France Gall est l’une des premières artistes de variété à fouler le plateau mythique de la salle Pleyel, du 27 septembre au 1er octobre 1994.

Autour d’elle, un entourage renouvelé : l’orientation musicale qu’elle souhaite donner à l’œuvre de Michel Berger, plus urbaine et influencée par les rythmes du new jack (fusion américaine du rhythm’n’blues et du hip-hop), n’est pas le choix de l’équipe historique de musiciens.

« C’étaient des gens très proches et il fallait que ce soit eux qui partent pour qu’on se sépare et que je puisse évoluer vers autre chose, mais j’ai beaucoup pleuré », explique France Gall.*

Note sur les crédits : Il arrive fréquemment que des œuvres soient diffusées sans que le nom de l’auteur soit mentionné. Ces pratiques sont illégales au sens de l’art. L.121-1 du CPI. Lorsque nous connaissons le nom de l’auteur de la photo, il est toujours mentionné. Si vous constatez une erreur, un manque, ou que vous souhaitez le retrait d’une photo dont vous êtes l’auteur : contactez-nous.

*Sources des textes : France Gall l’intégrale / L’histoire de tous ses disques par Norman Barreau-Gély aux Editions EPA avec les pochettes de France Gall Collection

France Gall : « J’ai gagné, tout le monde pensait que j’allais me ramasser sans Michel »

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C’est officiel : face au succès de sa tournée, clôturée hier à Strasbourg, France Gall prévoit une grande tournée estivale dans les festivals en France.

Elle a terminé hier sa triomphale tournée d’hiver. Cet été, elle repartira en scène.

C’est officiel : face au succès de sa tournée, clôturée hier à Strasbourg, France Gall prévoit une grande tournée estivale dans les festivals en France. Nous l’avons rencontrée jeudi dernier à Lyon, dans une Halle Tony-Garnier comble (6 000 spectateurs, briquets allumés, ovations), où elle brillait, incarnant une éclatante victoire en solo. Rencontre.

France-Soir : Quel bilan tirez-vous de cette première expérience sans Michel ?

France Gall : Je suis pleinement heureuse. En tournée, loin du stress parisien, il ne reste que le plaisir. Cette fois-ci, j’ai senti une force d’amour inédite de la part du public. Les gens ont changé envers moi. L’enthousiasme est toujours aussi fort, mais il est accompagné de quelque chose de plus respectueux. Ce spectacle, je l’ai surtout conçu pour tous ceux qui m’ont soutenue cette année, par leurs lettres adorables, les livres qu’ils m’ont envoyés, leurs encouragements à remonter sur scène. Mais je ne m’attendais pas à recevoir autant de reconnaissance.

F.-S. : Dès le début, vous avez opté pour un style plus intimiste et inhabituel. Est-ce une victoire ?

F. G. : Beaucoup pensaient que j’allais me « ramasser » sans Michel. Même mes enfants ont douté, à un moment. Mais je n’avais rien à prouver à personne. La victoire, c’est envers moi-même. C’est la première fois que je me prouve quelque chose seule, avec, en prime, le plaisir d’offrir un spectacle abouti qui me ressemble profondément. J’avais une envie viscérale de proximité avec le public.

D’ailleurs, Bercy, ce n’était pas mon idée. Mais Michel et moi avions passé un pacte à la sortie de Double Jeu. Il m’avait dit : « D’accord pour La Cigale, mais à condition qu’on programme Bercy une fois. » Quand j’ai été prête à affronter cela, il ne restait que Bercy de disponible.

F.-S. : Après cette expérience, comment voyez-vous l’avenir ?

F. G. : Je le vois comme quelque chose de lointain, car je vis presque au jour le jour. Je savoure chaque instant de ce bonheur total.

F.-S. : Envisagez-vous de chanter des chansons qui ne soient pas signées Michel Berger ?

F. G. : Je ne vois pas aujourd’hui quelle rencontre, fortuite ou provoquée (qui sait ?), pourrait me faire évoluer ailleurs dans mon métier. Ce qui compte, c’est de préserver le patrimoine que Michel nous a laissé, aux enfants et à moi. Pauline et Raphaël adorent la musique de leur père. Prochainement, je vais me concentrer sur une version anglaise de Starmania, destinée au monde entier, et sur la reprise de La Légende de Jimmy, qui a été arrêtée trop vite.

F.-S. : Une femme d’affaires !

F. G. : Je n’ai jamais été futile. Je n’ai jamais passé mes vacances à bronzer sur une plage. Que ce soit lors de mes voyages en Afrique ou avec ce spectacle, où j’invite les jeunes des banlieues via Droit de Cité, j’essaie toujours d’allier l’utile à l’agréable. Michel m’appelait « sa petite réaliste optimiste ». Avant, comme beaucoup de femmes gâtées, je ne me posais pas trop de questions. Aujourd’hui, avec les épreuves mais aussi tant de témoignages d’amour, je suis sortie d’un cocon. Et affronter les choses fait tomber les peurs. Je suis portée par la force que Michel m’a laissée.

F.-S. : Et la maman poule dans tout ça ?

F. G. : En tournée, je parlais à mes enfants chaque jour, et ils m’ont rejoint plusieurs fois. Ils m’ont même fait des surprises ! Une fois, j’ai trouvé Raphaël dansant au final avec mes rappeurs ! Mais il sait que je n’aime pas qu’il se mêle trop de tout ça. Il n’a que douze ans. On verra plus tard.

Journal France-Soir
Propos recueillis par Monique Prévot
Date : 6 décembre 1993
Numéro : 15 341

France Gall, la vie maintenant

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Personne n'est préparé au malheur, mais peut-être moins que quiconque France Gall, mariée depuis dix-huit ans avec Michel Berger, dont elle était inséparable.
Personne n'est préparé au malheur, mais peut-être moins que quiconque France Gall, mariée depuis dix-huit ans avec Michel Berger, dont elle était inséparable.
Personne n'est préparé au malheur, mais peut-être moins que quiconque France Gall, mariée depuis dix-huit ans avec Michel Berger, dont elle était inséparable.

Personne n’est préparé au malheur, mais peut-être moins que quiconque France Gall, mariée depuis dix-huit ans avec Michel Berger, dont elle était inséparable.

Et puis, un jour, le 22 août 1992, il faisait évidemment beau à Ramatuelle et Michel jouait au tennis. Et ce jour-là, la petite fille qui aimait les sucettes et les poupées de son, qui souriait en chantant « Sacré Charlemagne », France Gall, femme-enfant, est devenue soudain une veuve.

Seule devant ses deux petits qui avaient perdu leur père. Encore plus seule parce que Michel Berger avait été un père si présent. On a du mal à imaginer ce qui se passa un tel jour. Et les jours suivants, les mois suivants et toute l’année qui a suivi. Voilà France Gall qui doit inventer une autre vie. Elle qui fut avant tout l’épouse de Michel, elle doit devenir le capitaine, le gestionnaire, le chef de famille. Elle doit surtout vivre alors qu’au mieux, elle ne peut que survivre. Mais elle fait face, elle masque en public son chagrin, elle veut que la gaieté demeure, elle annonce un prochain spectacle à Bercy, elle chantera dans l’immense vaisseau et même sans Michel, elle continuera à faire entendre sa musique.

Le destin en décide autrement et frappe encore. Le 22 avril 1993, on annonce à France Gall qu’elle a un cancer. Ce chagrin, qu’elle s’efforçait de ne pas laisser paraître, s’est exprimé dans son corps. Dès que l’on parle de cancer, et même si aujourd’hui on le guérit, le plus souvent on pense à la mort et France pense à ses enfants qui pourraient devenir orphelins. Ce moment-là, on peut encore moins l’imaginer. Ou bien on pleure et c’est ce qui nous est arrivé au cours de cette interview. A la fin de l’entretien, elle a dit : “Je ne suis pas fière, je parle de ma vie et nous nous étions promis, avec Michel, de ne parler que de notre métier.”

Au contraire, France Gall peut être fière. Son courage, sa dignité, sa gentillesse en font pour nous toutes une femme exemplaire, celle en laquelle nous voulons reconnaître l’esprit et la vaillance des femmes.

Elle avait été obligée de reporter son concert à Bercy, mais elle s’est guérie et elle l’a fait. Elle a remonté « Starmania » au théâtre Mogador dans une mise en scène nouvelle de Lewis Furey. Elle dit : “Je passerai le reste de ma vie au service de l’œuvre de Michel. Il m’a tout donné, il me donne tout, j’ai tout.” Et dans une pirouette qui rappelle la femme-enfant, elle éclate de rire : “J’ai même ses sept pianos à queue. Moi qui ne sait même pas tapoter une note. Oh, là là, tout ça c’est absurde.” Et à nouveau, le regard se voile. Du rire aux larmes.

Michèle Manceaux : Quand vous avez pu enfin chanter à Bercy, après cette année terrible, avez-vous eu le sentiment d’une victoire ou même d’un bonheur ?

France Gall : J’ai fortement ressenti le fait que c’était fait. J’étais contente, très soulagée, heureuse d’y être arrivée et de l’avoir fait. Je ne pouvais pas le croire.

M.M.: Vous avez dit : « Je m’épate moi-même. »

F.G.: Eh bien, oui, c’est toujours étonnant quand on se découvre des possibilités inconnues. Cette année, j’en ai découvert certaines, cela donne de la force. A vrai dire, ce que j’ai découvert, c’est que je pouvais faire des choses seule. Je n’avais jamais vécu seule de toute mon existence. J’étais peut-être encore une petite fille jusqu’à l’année dernière.

M.M.: Vous avez été quelqu’un qu’on entendait peu. Vous disiez : « Michel parle pour moi, il me ressemble, je me retrouve dans ce qu’il dit et je préfère l’écouter. »

F .G.: Il parlait pour moi à travers les chansons, les textes. Il ne parlait pas pour moi autrement parce qu’on n’a jamais donné d’interview l’un à propos de l’autre.

M.M.: Vous étiez cependant silencieuse.

F.G.: Silencieuse en public, oui, mais comme je l’ai dit, j’ai été marquée par les premières années dans ce métier. A la première interview que j’ai donnée, j’ai reçu une gifle de mon imprésario parce que j’avais répondu spontanément: « Cinq ans et je m’arrête » au journaliste qui m’avait demandé combien de temps j’allais encore chanter. A quinze ans, cela me paraissait la vie entière. Je ne pensais pas que trente ans après je serais toujours là.

M.M.: Depuis un an, on découvre une femme extrêmement courageuse. Est-ce une découverte pour vous aussi, ou saviez-vous que vous étiez comme ça ?

F.G.: Je n’ai jamais cherché à savoir comment j’étais. J’ai lu que Michel avait dit, un jour : « Je l’ai épousée pour sa force. » J’ai été très étonnée de lire ça. Lui, il devait avoir cette idée de moi, mais moi, je ne pensais pas à me regarder. Mon idéal était de me marier et d’avoir des enfants. Quand il y a eu un homme qui a bien voulu m’épouser, j’ai été au comble du bonheur. En plus, il m’apportait ce qui est devenu une passion : la musique. Je ne me demandais pas comment j’étais. Mon but était de rendre les gens heureux, c’est ce que j’ai essayé de faire. J’ai voulu être une femme idéale, une épouse idéale, une mère idéale. En même temps, je faisais mon métier.

M.M.: Et vous aviez réussi tout ça ? Jusqu’à l’année dernière ?

F.G.: A peu près, oui, je crois.

M.M.: Il y a quand même eu une période où vous vous êtes retirée du métier.

F.G.: Oui, j’ai pensé m’arrêter. Quand je l’ai annoncé à Michel, je ne me rendais pas compte à quel point cela allait le casser. Cela m’a fait réfléchir car je ne voulais pas lui faire de la peine. C’est quelqu’un qui m’a tellement donné et qui donnait tellement aux autres. Je voulais m’arrêter parce que j’avais peur de ne plus plaire au public. Je voulais le quitter avant qu’il ne me quitte. Cela me paraissait tellement incroyable de chanter, de faire de la scène encore à quarante ans. Je me disais: « Ça va redescendre », et je ne veux pas connaître ça. En même temps, j’avais pris la décision de m’arrêter, mais je n’osais pas le dire. Pendant quatre années j’ai réfléchi : « Qu’est-ce que je vais faire ? Quelle va être ma vie ? »

M.M.: Quatre années inquiètes ?

F.G.: Oui, on ne va pas bien quand on ne sait pas où on met les pieds. J’étais contradictoire et je le suis encore : j’aime exister mais je n’aime pas être en vue. Je sais que c’est fou de dire ça quand on fait un métier où l’on s’expose.

M.M.: Comment êtes-vous revenue sur votre décision?

F.G.: Michel me disait .« Ce serait tellement dommage que tu redémarres dans un autre métier alors que tu as tellement d’expérience dans la musique. » J’ai fini par l’écouter et lui donner raison. C’est vrai, j’avais appris beaucoup. Je ne ne le savais pas encore, mais je le sais maintenant. On désirait faire un disque ensemble et on ne l’avait jamais fait parce qu’on voulait réussir chacun de son côté. Mais à ce moment-là, je lui ai proposé:« Voila, je ne m’arrête pas parce qu’on va faire ce disque qu’on a toujours voulu faire. » C’est comme ça que j’ai redémarré et nous avons fait ce premier disque ensemble, juste avant que Michel… Oh, ne me parlez pas de ça parce que je pleure très vite … Ce disque, je suis tellement heureuse que nous l’ayons fait que je pouvais pas m’arrêter après la mort de Michel. Il est mort un mois après la sortie du disque. Pour la première fois, on nous avait photographiés ensemble …

M.M.: Il était en parfaite santé, toujours en excellente forme ?

F.G.: Non, il était malade sans le savoir, personne ne le savait. Il avait eu deux alertes, mais il disait qu’il était fatigué. C’était quelqu’un de toujours fatigué, mais on pouvait penser que c’était parce qu’il courait partout comme un homme pressé. Il ne s’intéressait pas à sa personne physique, il ne pensait pas à son cœur fragile, tout était dans sa tête et dans ses doigts.

M.M.: La femme de Daniel Balavoine, vous l’avez soutenue après son drame. Vous n’avez pas eu besoin du même soutien ?

F.G.: En fait,j’ai été extrêmement soutenue. Je ne veux pas parler de Coco. La seule chose que je peux dire, c’est que je n’ai pas vécu de la même façon la mort de mon compagnon. Elle, elle aurait voulu se laisser mourir. Moi, pas. Cela m’a donné, au contraire, une espèce de volonté de vivre que je ne m’explique d’ailleurs pas. Comment voulez-vous que j’explique une chose pareille ?

M.M.: Vivre pour vos enfants.

F.G.: Evidemment. Vous imaginez ce que c’est que d’avoir à annoncer une chose pareille … Vous connaissez les relations entre les pères et leurs filles. Ce sont des relations très particulières ainsi que les relations des fils et de leurs mères. J’ai une fille maintenant si malheureuse. Elle rit, mais je vois ses yeux rouges. Elle va avoir quinze ans. C’est déjà difficile cette période de l’adolescence mais cet amour de son père, je ne pourrai jamais le lui donner. J’ai remplacé partout où je pouvais, mais je ne peux pas occuper la place de l’absence. Mon fils est plus petit, il y a un décalage dans la compréhension. La dernière fois que nous nous sommes parlé on s’est dit tous les trois qu’on n’y croyait pas … Je veux que la maison reste gaie.

M.M.: Entre la gaieté et la volonté de gaieté, il y a la tristesse. Est-il possible de vouloir être gaie? N’est-ce pas même une attitude presque fausse, un peu trop forcée ?

F.G.: Mettons que la volonté de ne pas être triste soit une pudeur. Si je fais une émission de télé, par exemple, je ne peux pas imaginer de ne pas sourire. Ce n’est pas faux, c’est comme ça que je sens les choses. Même si je pleure avant et après, au moment où j’apparais, je suis gaie. Je ne veux pas être triste aux yeux des gens, je ne veux pas rendre les gens tristes. Je ne veux pas donner la tristesse en spectacle. La tristesse, c’est l’intimité, on ne montre pas tout de soi. Je suis quelqu’un de très sensible qui pleure pour tout. Si je mange quelque chose de bon, j’ai les larmes aux yeux. Si je vois quelque chose de beau, je pleure. Je pleure aussi bien pour la beauté des choses que pour la tristesse, c’est comme ça, les larmes coulent, mais ce n’est pas la peine de montrer ses joues mouillées. Cette pudeur, c’est aussi l’éducation que Michel m’a donnée.

M.M.: A force de dominer le chagrin, il s’est peut-être exprimé dans votre corps.

F.G.: Sûrement, mais ce cancer, je vais dire quelque chose de curieux : je suis heureuse aujourd’hui de l’avoir eu parce que je l’ai guéri. J’ai senti ma douleur. Cela a été une épreuve de plus. C’est si dur de vivre ça seule, mais j’ai senti aussi ma force, l’énorme vitalité que me donnent mes enfants. Je parle de tout avec eux, je ne me cache pas pour pleurer, mais je leur ai fait une vie formidablement gaie tout de suite. Quand on vous dit : cancer, on pense tout de suite qu’on va mourir. Et là je me suis effondrée. C’était insupportable à cause de mes enfants. Je n’ai pas hurlé parce que j’étais entourée de médecins mais pour la première fois, j’ai parlé à Michel. Je lui disais: “Pourquoi m’as-tu abandonnée ?” Mais il ne m’a pas abandonnée. Je sens maintenant qu’il y a quelque chose au-delà de la mort.

M.M.: Vous tendez à une certaine spiritualité ?

F.G.: J’y vais très précautionneusement. Ce n’est pas intéressant de parler de ses recherches. Et puis, on n’est pas fier de découvrir certaines choses à quarante-cinq ans. Je peux juste essayer de m’instruire. Je sens que la vie ne s’arrête pas à la mort. Mon père a été la première personne que j’ai vue morte, il y a trois ans. Cela m’a aidée d’une certaine manière parce que j’ai bien vu qu’il n’était plus là. J’ai vu mon père mort, j’ai vu Michel et je sais la différence. Il y a une telle différence entre quelqu’un qui est mort et quelqu’un qui dort. Mon père n’était plus habité. Il y a une différence aussi fantastique qu’entre le jour et la nuit. J’ai reçu beaucoup de livres à ce sujet de gens que je ne connais pas et j’en ai lu quelques-uns.

M.M.: Ne croyez-vous pas que c’est notre pensée qui fait vivre les morts ? Tant qu’on aime les gens qui ont disparu, ils sont encore là.

F.G.: Cela ne me suffit pas. Alors, je cherche. Peut-être je vais en rester là. Il faut du temps pour comprendre, cela me bouleverse. Peut-être je me ridiculise …

M.M.: Quand vous avez parlé à Michel à la suite de l’annonce de votre cancer, vous avez entendu une réponse ?

F.G.: Non. Je n’ai jamais eu de flash. Rien du tout, mais je sens quelque chose.

M.M.: Quand vous avez chanté à Bercy, c’était quelque chose que vous vouliez offrir à Michel ?

F.G.: Je m’en suis défendue pendant les mois qui ont précédé, mais quand le décor a commencé à se monter, quatre jours avant, je me suis rendu compte qu’en fait, tout ça, c’était pour le retrouver. A partir du moment où j’ai pensé ainsi, j’ai eu vraiment le sentiment que je chantais pour le retrouver, que Bercy, c’était un point de rencontre, et c’était trop fort. Si c’était cela, je ne pourrais pas chanter. Heureusement, j’ai repris pied.

M.M.: J’aurais cru que c’était cette idée de rencontre qui vous avait donné le désir et la force de faire Bercy.

F.G.: Je n’avais pas pensé à ça. Il faut avoir connu Michel pour savoir qu’il aurait détesté toute forme d’hommage. Et quand je voyais des titres dans les journaux ;« Elle fait Bercy pour Michel», cela ne correspondait pas à ma vérité. On ne s’est jamais servi de l’autre. Heureusement, cette idée ne m’est venue que quatre jours avant le spectacle et j’ai pu m’en défaire. Sinon, si cela m’était arrivé à l’entrée en scène, je n’aurais pas pu avancer. Je n’ai pas pleuré en travaillant parce que la musique me rendait heureuse. Mais quand j’ai eu cette idée, j’ai appelé mon médecin en lui disant : « Il faut m’aider, je ne veux pas me laisser submerger par l’émotion. » Le médecin m’a donné des petits cachets que j’ai commencé à prendre, mais j’ai vite arrêté. Je pouvais m’en passer.

M.M.: Vous n’avez pris aucun médicament pendant toute cette période?

F.G.: Presque pas.

M.M.: Vous dormez?

F.G.: Je suis insomniaque depuis toujours. Je fais des insomnies de deux heures mais c’est très embêtant quand on a peu de temps pour dormir et ce sont souvent des heures terribles. La nuit est angoissante, on ne pense qu’à des choses affreuses, la nuit me fait peur, mais je ne prends pratiquement pas de somnifères. Je déteste les médicaments.

M.M.: Est-ce que vous pourriez dire que la douleur enrichit ou grandit quelqu’un ?

F.G.: Je ne trouve absolument rien de positif à la mort de Michel. La seule chose que je peux dire, c’est que cela m’a peut-être aidée à me trouver, à savoir qui je suis. Quand on se repose sur quelqu’un, on se laisse embarquer. J’ai organisé le quotidien de Michel pendant dix-huit ans, de façon à ce qu’il travaille le mieux possible et il a fait beaucoup de choses. J’ai hérité de toutes les affaires de Michel. Aujourd’hui, j’aborde cela comme j’ai abordé le quotidien. Comme j’ai quelqu’un qui m’aide à tenir la maison, j’ai engagé un avocat pour m’aider et me défendre dans les affaires. C’était Michel qui faisait tout. Je me mets au courant, aujourd’hui.

M.M.: Tout à l’heure, vous disiez que vous ne vouliez plus chanter à quarante ans et vous chantez à quarante-cinq.

F.G: On en dit des bêtises.

M.M.: Vous avez l’impression que vous commencez une autre vie ?

F.G.: Je suis seule pour élever mes enfants et pour décider de tout. C’est forcément un commencement. C’est la première année d’école, j’apprends à lire et à écrire, mais je ne me sens plus comme une petite fille, je me sens vraiment une femme.

M.M.: Ça, c’est un changement pour vous ?

F.G.: Oui et non. On a toujours dit que j’étais une femme-enfant.

M.M.: C’est vrai ?

F.G.: C’est toujours vrai, c’est une nature. Je suis très amie avec une artiste qui s’appelle Mireille. Elle est née au début du siècle, donc vous voyez l’âge qu’elle peut avoir, et elle est toujours une femme-enfant.

M.M.: Cela veut dire quoi : une femme-enfant ?

F.G.: C’est sérieux et pas sérieux. Je peux être comme quelqu’un d’insouciant, même si je ne le suis plus.

M.M.: C’est un jeu.

F.G.: Non, c’est un état naturel, on se sent ainsi. Pas fixée sur un point, sur son âge, sur rien. J’ai une manière de m’habiller qui n’est pas tout à fait de mon âge, mais je me sens bien comme ça. J’espère que je ne suis pas ridicule. D’ailleurs, je m’exprime mal, je n’ai jamais parlé de ça, je n’y ai jamais réfléchi. Depuis que je suis dans ce métier, j’ai toujours entendu dire que j’étais une femme-enfant. A vingt ans, à trente, à quarante ans pareil. C’est pour ça que je le répète, mais je n’y ai jamais réfléchi.

M.M.: Alors, comment est-ce, une femme-enfant ?

F.G.: Je ne sais pas, ce sont des fous rires, des envies d’être cajolée. Avec Mireille, on se fait toujours des câlins, on se tient les mains, on s’embrasse.

M.M.: Qui vous fait des câlins maintenant ?

F.G.: Pas grand monde.

M.M.: Vous imaginez que vous pourrez revivre avec quelqu’un ?

F.G: Etre avec quelqu’un, certainement. Revivre avec quelqu’un, ça je ne sais pas. Ma vie est occupée, construite. Il faudrait que j’ai quelque chose de neuf à construire avec quelqu’un. Avec Michel, j’avais vraiment une vie à construire. On m’avait convaincue que le mariage, c’était nul, mais quand Michel m’a demandée en mariage, j’ai su que c’était important. Maintenant, qu’est-ce que j’ai à construire? J’ai quarante-cinq ans, il me reste du temps. Qu’est-ce que la deuxième partie de ma vie m’apportera?

M.M.: Vous allez l’inventer.

F.G.: Je ne sais pas ce qui va me rendre heureuse. J’ai fait une psychothérapie pendant un an, et j’ai arrêté parce que je pensais que je n’en avais plus besoin. Cela m’a aidée, c’est même extraordinaire. Cela m’a beaucoup aidée à comprendre pourquoi j’étais si différente de ma famille. J’ai proposé à mes enfants après la mort de leur père, de voir quelqu’un, mais ils ne veulent pas, ils disent : « On n’est pas fous. »

M.M.: Est-ce que leur avenir vous inquiète ?

F.G.: Je sais qu’il ne faut pas, mais je crains de ne pas savoir les aiguiller. C’est une grosse responsabilité.

M.M.: Que souhaitez-vous maintenant ?

F.G.: Michel disait toujours la même chose : « Le bonheur pour tous. » Je trouvais ça idiot puisque ça n’avait aucune chance de se réaliser. Evidemment, on souhaite le bonheur de son entourage, tout au moins. Mais pour moi, je souhaite surtout, avec le temps, devenir plus sereine. C’est le chantier dans ma tête, c’est fatigant, très fatigant. Je voudrais que cela s’arrête. D’une certaine manière, j’aspire au repos, même en sachant que je vais m’ennuyer.

M.M.: Les sages disent qu’ils ne s’ennuient pas.

F.G.: Je suis en grande admiration devant les moines tibétains, le dalaï-lama, etc. Je voudrais atteindre cette sagesse, arriver à un truc comme ça, mais ça ne sert à rien d’y penser, on ne peut rien prévoir.

M.M.: Vous parlez avec franchise et confiance, comme vous ne l’auriez jamais fait avant. Cela correspond à quoi ? A un plaisir ? A une envie de rencontrer encore des gens ? Ou à une plus grande ouverture de vous-même ?

F.G. : A un besoin de m’affirmer, je crois. La psychothérapie pendant un an m’avait déjà changée. Et après la mort de Michel, cela a été à la vitesse grand V.

M.M.: Vous avez réagi en force et en ouverture, alors que cela aurait pu vous affaiblir et vous enfermer.

F.G.: C’est comme si je m’étais préparée à pouvoir affronter ça. J’ai retrouvé une photo extraordinaire de Michel et moi. Je suis tellement déterminée sur cette photo, et lui comme s’il était déjà ailleurs et qu’il me disait : « C’est à toi. » Michel ne savait pas qu’il allait partir, mais il faisait mille choses comme s’il n’avait pas de temps.

M.M.: Vous êtes retournée dans votre maison de Ramatuelle, là où Michel est mort.

F.G.: Oui. J’étais un peu la folle de la colline, cet été. A chaque fois que quelqu’un rentrait dans la maison, je posais toujours la même question : “Est-ce que tu penses qu’il y a quelque chose après la mort ?” J’y étais retournée pendant l’hiver, cela ne s’était pas mal passé. A part Noël, bien sûr. Il n’y avait pas de feuilles, il faisait froid, le feu dans la cheminée. J’y suis retournée en juillet, mes enfants ont une passion pour cet endroit, mais, là, cela ne s’est pas passé du tout de la même façon. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, j’y ai pensé. Cela a été atroce, mais je voulais être avec mes enfants pendant six semaines.

M.M.: Vous auriez pu aller dans un autre endroit ?

F.G.: C’est là qu’ils voulaient aller. Eux, n’ont pas vécu les choses dans cet endroit, comme moi. Cela n’est pas lié à des souvenirs précis.

M.M.: Les enfants, c’est en même temps ce qui oblige à vivre, mais cela peut être aussi très lourd.

F.G.: Cela dépend des moments. En ce moment, j’ai besoin de me rapprocher d’eux alors qu’il y a eu un moment où j’avais besoin de m’éloigner. Je le faisais d’ailleurs, parce que si j’ai compris une chose, c’est que quand on est heureux, on rend ses enfants heureux. Pendant cette année, après la mort de Michel,je ne suis pratiquement pas sortie de chez moi. La maison était ouverte.

M.M.: Vous aimiez ça.

F.G.: Les enfants aimaient ça surtout. Avec ma maladie, je me suis un peu recroquevillée. Je peux le dire maintenant, dire et je pèse mes mots, que le jour le plus malheureux de mon existence, c’est le jour où j’ai pensé que mes enfants allaient être orphelins. Je pèse mes mots, oui, parce que je déteste que ça se soit passé ainsi, mais à la mort de Michel, j’étais là encore. Là, les enfants pouvaient nous perdre tous les deux. C’était insoutenable. Vous voyez, on pleure ensemble. Mais je suis guérie et je vais faire entendre l’œuvre de Michel. J’ai de la chance, il m’a laissé tant de choses à faire. Je plains les personnes qui perdent quelqu’un qui ne leur laisse rien. Moi, j’ai tout, et j’ai vécu dix-huit ans, tous les jours, avec lui. On ne se quittait pas, on aimait vivre comme ça. C’était un bonheur d’entendre sa musique. Ce bonheur-là, je le garde et je peux aussi le donner aux autres.

Magazine : Marie Claire
Article et propos recueillis par Michèle Manceaux
Date : Décembre 1993
Numéro : 496

France Gall : un rêve passe …

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Un rêve passe
Un rêve passe

En deux temps et deux mouvements, France Gall retrace les meilleurs moments de sa carrière.

Une déclaration d’amour.

“Ca fait bien six ans que je n’étais pas montée sur scène et la plus belle chose qui me soit arrivée depuis, c’est de me retrouver ici ce soir sur cette scène”. Pour pouvoir prononcer cette phrase rituelle, la même chaque soir, France Gall a dû mettre un peu d’ordre dans un parterre indiscipliné où des spectateurs vite debout nuisaient à la visibilité de leurs voisins sagement assis.

“Quel chantier !”, s’est écrié la blonde chanteuse, l’air lassé. Le Zénith qui enregistrait hier soir son premier plein de la saison (version assise : 4.000 spectateurs) l’encourage.

On savait que ce concert serait chargé d’une atmosphère particulière. Cette émotion fut palpable dès les premières minutes. Quand France Gall est arrivée en chantant “Laissez passer les rêves”. A une seule voix. La seconde, absente, celle de Michel Berger, était dans tous les esprits. Le souvenir du compagnon disparu qui a guidé la plus grande partie de sa carrière devait planer tout au long du concert. Mais sans que celui-ci se transforme un seul instant en mausolée.

De France Gall sur scène, on conservait le souvenir de son “Tour de France”. Etape à grand spectacle où la petite reine virevoltait parmi une douzaine de musiciens et choristes.

Son nouveau tour de chant a une dimension beaucoup plus intime. C’est un quartet de vieux complices qui l’entoure. Avec Jannick Top, le bassiste le plus populaire de France (il officie en outre aux côtés de Johnny). Le décor est sobre. Un gradin recouvert d’un drap blanc évoque le “paradis blanc” de Michel Berger. Des rideaux rouges et un kaléidoscope de lumières pour des ambiances music-hall. Des smurfers pour la figuration.

Le concert se déroulera en deux temps et deux mouvements. Les titres du dernier album (“Bats-toi, Bats-toi”, “Superficiel et léger”) et déjà de nombreuses reprises (“Cézanne peint”. “Evidemment”, “Débranche”) composent le premier jusqu’à l’entracte. Le tempo est soutenu, les guitares saturent. La voix de France martèlent les paroles. Ses gestes sont saccadés. Un peu convenus. Comme toujours.

Petit intermède amusant.

La chanteuse exhibe la robe de scène en dentelle qu’elle n’a pas souhaité mettre “parce qu’elle me grossissait”, lui préférant un habit “nature”. France colle l’étoffe rouge à son corps. Sifflets dans la salle.

Le second mouvement, après la pause, sera plus acoustique, plus jazzy. Un piano a été installé sur scène à la place des claviers. C’est le temps des ballades. Des briquets. Des frissons. De la “déclaration d’amour”. Des reprises de Michel Berger. De “Si maman si” prolongé par les voix féminines du parterre. Et puis : “Il jouait du piano debout”, “La minute de silence”, encore du Michel Berger, pour laquelle France demande un moment de recueillement. “Cette minute de silence est pour nous deux.”

Silence rompu par “Tout pour la musique”, enchaîne France Gall, toujours là … ment et profession de foi qui sonne le temps des rappels. Les smurfers débarquent en nombre pour le final comme dans une émission de variété. “Mademoiselle Chang”. “Ella, elle l’a” en version énergique. La foule exulte.

Un dernier retour sur scène et France tire sa révérence. Le rêve est passé.

Magazine : Midi Libre
Jean-Marie GAVALDA
Date : Novembre 1993
Numéro : Inconnu

France Gall, l’étoile de Berger allume Bercy !

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L'étoile de Berger allume Bercy
L'étoile de Berger allume Bercy
L'étoile de Berger allume Bercy

On retiendra de l’originalité de cette création que chaque enceinte composant le très complexe système de diffusion est contrôlée à l’aide de D 2040 Yamaha, ce qui permet d’affiner pour chacune d’entre elles une réponse optimale en fonction des besoins.

Un contrôle plus global des égalisations par groupes d’enceintes étant assuré par des égaliseurs TC 1128. Le mixage du show est réalisé sur la désormais incontournable Memory lorsqu’on confie un mix à Yves Jaget ou Patrice Cramer.

Côté prise de son, la société Beyerdynamic a proposé à Yves Jaget de fournir l’intégralité du parc de microphones afin de prouver la compétence de la gamme de ces produits. Une collaboration fructueuse et studieuse que nous commenterons aussi dans cet article.

Un SIM, système d’analyse informatisé conçu par Meyer Sound, utilisé par Marc de Fourquières de la société Dispatch pour les répétitions et pendant les premiers shows, a servi à vérifier et affiner la bonne corrélation des différentes enceintes entre elles et à peaufiner les corrections.

Sono : Qu’est ce qui vous a déterminé à créer cette structure de diffusion totalement accrochée et en éventail ?

Yves Jaget : Une contrainte dans la situation des enceintes avait été imposée par le producteur. Pas une seule ne devait apparaître dans le champ de vision du spectateur. Ensuite, j’estime que le confort d’écoute passe par une bonne répartition de l’énergie sonore sur l’ensemble du public. Pour obtenir cette répartition équilibrée, la diffusion se présente donc comme une propagation en éventail avec un large choix d’enceintes et des filtrages très étudiés, de manière à adapter au plus juste chaque enceinte, avec des besoins en dispersion, en égalisation et en image sonore différentes selon la situation des spectateurs.

La diffusion s’inscrit géométriquement dans trois demi-cercles concentriques que nous appelons “les couronnes” dont le centre est la scène. Les enceintes de ces couronnes sont ensuite orientées par rapport à des axes rayonnants. La couronne la plus proche de la scène constitue “le système de référence” dans la mesure où il doit rester pour nous la référence de diffusion par rapport à laquelle les autres couronnes interviennent simplement en renforcement dans les axes rayonnants. Bercy n’est pas une salle en amphithéâtre parfait mais une sorte de rectangle qui crée des distances de dispersion très différentes selon la situation dans la salle. Il a donc fallu tenir compte de cette contrainte en commençant par distordre ces cercles concentriques et ensuite en modifiant le nombre et les types d’enceintes pour trouver le rendement le mieux adapté.

Pourrions-nous détailler l’ensemble de ces couronnes ?

Si l’on démarre par la partie la plus extrême de la première couronne, celle dite “de référence”, on trouve deux MSL3 avec une ouverture de 15° entre elles et une opposition des trompes. Le but n’étant pas la recherche d’une pression dans l’axe mais une ouverture verticale suffisante, environ 90°, pour aller arroser les deux étages de gradins de côté qui sont très proches. Des UPA en bord de scène ont pour fonction de diffuser le son vers la partie la plus basse du gradin. En remontant vers l’axe central de la scène, on trouve à nouveau la même composition d’enceintes avec cette fois une augmentation de niveau car la distance à couvrir est plus grande. Ensuite, un stack de quatre MSL3, couplées cette fois et agrémentées de tweeters MST, vient couvrir une autre partie du parterre plus éloigné de l’axe central – d’où la présence d’un renfort de tweeters puisque c’est la plage de fréquences aiguës, on le sait, qui chute le plus vite en fonction de la distance. Frontalement, on trouve deux stacks composés de quatre packs de MST, de deux MSL5 et quatre de leurs corollaires : les DS2.

Pourquoi corollaire ?

La présence de DS2, enceintes destinées à générer une plage de fréquences graves, est utile dans la mesure où l’accrochage d’enceintes type MSL5 ou autre entraîne une sensation de lacune, de manque entre les subs et la partie médium-aigu.

Arrêtons-nous quelques instants sur cette nouvelle MSL5. Quelles sont ses caractéristiques?

La MSL5 est le prototype d’une nouvelle enceinte créée par Meyer Sound. On pourrait la définir comme la moitié d’une MSL 10 pour la section bas-médium avec seulement deux 12 pouces au lieu de quatre, mais équivalente à la MSL 1 0 pour la section médium-aigu avec également trois trompes en ligne montées verticalement. Les MSL5 sont accolées ici les unes aux autres, pour une dispersion horizontale du stack complet supérieure à cent degrés ! Deux UPA en douche sous chaque stack de MSL5 viennent renforcer la diffusion vers le bas … ce qui nous pose, soyons francs, quelques petits risques de Larsen avec le micro de chant de France!

Au sol, sur le bord de scène, on trouve deux UPA par coté et, en contre-bas, une couronne de sub-basses 650 R2, séparés entre eux pour ne pas avoir des lobes de pressions trop fortes. Il existe un traînage à 40 Hz dû à la piste cyclable de Bercy qui est vraiment très gênant. Des subs ont aussi été ajoutés dans la seconde couronne et en fond de salle.

Passons maintenant à la première couronne, installée à vingt-deux mètres du système de référence …

Comme je te l’ai décrit précédemment, à la manière d’un éventail, chaque enceinte – essentiellement des MSL2 installées dans la première couronne – respecte l’axe de directivité de sa correspondante dans le système de référence. Il en est d’ailleurs de même entre la première et la deuxième couronne. On a, en partant de la gauche vers la droite, trois fois une MSL2, puis un stack de deux MSL2, puis un autre stack de quatre MSL2 légèrement écartées, trompes couplées et on repart à l’identique sur l’autre versant. Les MSL5 ont donc pour complémentaires, dans l’axe rayonnant, les doubles MSL2 de la première couronne. J’ai découvert sur la tournée de Jonasz que l’on avait une belle couleur grâce à ce couplage et une excellente couverture horizontale et verticale. Quatre packs de quatre tweeters, des Fostex 945 cette fois, sont installés aux stacks de MSL2 les plus centraux.

Reste à voir la deuxième couronne qui couvre les besoins des gradins supérieurs du P.O.P.B …

Elle est beaucoup plus simple puisque essentiellement constituée d’UPA seules ou de paires superposées.

Pourquoi un changement de type d’enceintes – de la MSL 5 à l’UPA – dans les différentes couronnes ?

Simplement parce qu’en terme de propagation sonore, les chutes sont plus conséquentes en aigu qu’en grave et bas médium. Les UPA sont des enceintes qui sont intéressantes par rapport à leur niveau d’aigus à une distance de quinze mètres et elles sont donc là pour rattraper les plages de fréquences déficientes.

Il y a bien évidement des systèmes de retard pour ces couronnes …

Bien sûr, ils ont été étudiés très précisément grâce au SIM et paramétrés dans les D 2040. Toujours à cause de ce choix d’un multipositionnement d’enceintes qui servent de renforcement du système de référence, les systèmes retardés sont, en niveau, les plus discrets possibles car ils ne doivent pas apparaître comme des sources autonomes.

Comment s’organise l’image stéréo dans cette diffusion ?

Il y a des diffusions mono à l’intérieur du mixage stéréo. Les MSL5 sont en stéréo et les stacks de deux MSL3 aussi mais la stéréo est croisée par rapport aux MSL5, de manière à ce que les spectateurs placés entre ces deux types d’enceintes entendent quand même l’effet droite/gauche. Idem pour les MSL2 centrales qui sont en fonctionnement stéréo et avec une stéréo croisée pour les stacks de deux MSL2 latéraux. Tout le reste des enceintes fonctionne en mono.

Comment sont gérées ces enceintes. Y a-t-il un système de matriçage à partir de la console ?

Non, en sortie de console nous trouvons une simple sortie droite/gauche. C’est après que le signal est réparti et géré par cinq D 2040 Yamaha. La monophonie et la stéréophonie sont réalisées à partir de distributeurs différents. La stéréo est divisée par un distributeur en quatre sorties stéréo. Ensuite, l’une de ces sorties stéréo entre dans un distributeur spécial (Buffer UB Quattro) réalisé par SCV qui, lui, ressort un signal mono pour alimenter l’un des D 2040, qui travaille en mono.

Plongeons-nous, avec un certain vertige, dans ce grand central de gestion des enceintes que constituent les D 2040 …

Si l’on prend le rack en partant du haut, on trouve les deux premiers D 2040 qui fonctionnent en stéréo et gèrent, avec leurs quatre sorties stéréo respectives, les DS2, les deux stacks de MSL5, les MST centraux, les MSL3 des côtés, les packs de quatre MSL3 et leurs MST du système de référence. Le troisième D 2040 gère en stéréo dans la première couronne les MSL2 face à la régie et leurs tweeters Fostex 945, les packs de deux MSL2 des côtés et leurs tweeters. Ensuite, on a un quatrième D 2040 qui fonctionne en mono {il est à regretter que le D 2040, visiblement conçu pour travailler des diffusions en stéréo, ne soit pas à même de réaliser de lui-même une somme mono des entrées. C’est à toi de lui fournir un signal mono). Le canal droite gère les sub-basses près de la scène et ceux installés dans la première couronne et le fond de salle ; le canal gauche, lui, gère les MSL2 des extrémités. Un dernier D 2040, en mono lui aussi, traite tous les UPA du système de référence et de la deuxième couronne.

Ouf, nos lecteurs doivent en être à leur troisième aspirine !!! …

J’avoue que l’on s’est autant “amusé” à tout concevoir sur le papier qu’à tout mettre en place sur le site !

La fonction filtrage du D 2040 est-elle très sollicitée dans le cas de spectacles ?

Tout à fait. Chaque signal adressé à une enceinte est égalisé et contrôlé grâce au double égaliseur paramétrique par voie, compressé et limité, filtré par un passe-haut ou passe-bas très performant avec un niveau de gain réglable au point de coupure, retardé, et peut même être modifié au niveau de la polarité. Chaque tranche de D 2040 est ainsi filtrée spécifiquement en fonction des enceintes qui lui sont assignées pour une utilisation optimale. Le D 2040 est une réponse très intelligente aux besoins des techniciens mettant en œuvre des multidiffusions.

Il y a quand même une gestion des égalisations indépendantes réalisée par un TC. Pourquoi deux systèmes de correction : D 2040 Yamaha et 1128 TC Electronic ?

Le filtrage est essentiellement réalisé par les filtres/égaliseurs/retards numériques D 2040 Yamaha. Par exemple, un MSL2 descend à 80 Hz sans problème mais nous n’avons pas besoin de descendre jusqu’à cette fréquence pour la zone que nous couvrons. Le D 2040 nous permet donc de réaliser une coupure à 130 Hz de 12 dB/octave sur ces enceintes. Selon les circonstances et la disposition des enceintes, nous avons besoin de telle ou telle plage de fréquences et de pouvoir en écarter certaines autres, d’où les corrections effectuées sur le D 2040. Par exemple, nous atténuons les groupes de sub-basses plus sévèrement que ne le fait le processeur Meyer. Les dix TC Electronic sont toujours en insert sur le mixage. Les 1 et 2 servent à la correction globale stéréo du son de la salle. Ils sont toujours réglés “flat”, ce qui permet de faire une correction de dernière minute selon le remplissage de la salle. De 3 à 10, ils égalisent les groupements d’enceintes par zone.

Malgré les avantages que tu trouves au D 2040, il y a quand même une chose qui t’agace profondément dans cet appareil …

Oui, c’est son mode de protocole qui n’est ni MIDI, ni RS 422 ou 232 mais basé sur un standard, élaboré par Yamaha, le RS 485 qui ne correspond à aucun standard d’autres appareils. Alors que l’on trouve déjà un excellent langage universel comme le MIDI, il me semble stupide d’en créer un nouveau d’autant qu’il n’est compatible avec rien, sauf le D 2040. Pour prendre un contre-exemple, la Memory, elle, commande tous les effets en MIDI et peut dialoguer aisément avec de nombreux inserts et effets. A ma connaissance, aucun soft ne peut servir d’interface entre ce nouveau standard Yamaha et les autres. Patrick Autour, le concepteur de la Memory, envisage de créer cette interface pour que les D 2040 et la Memory dialoguent ensemble mais c’est un surcroît de travail dont on aurait aimé se dispenser !

Passons maintenant au traitement du mixage …

Les traitements sonores plus particulièrement appliqués à la musique sont, soit réalisés par la Memory bien évidemment (précisons que certaines Memory peuvent être équipées de limiteurs-compresseurs et de noise-gates, ce qui n’est pas la cas de celle utilisée sur le spectacle de France Gall. NDLR), mais aussi par un rack extérieur de réverbérations, toutes adressées à la console de retour pour que le monitoring propose aux artistes le même son que moi en salle. En traitement pur de signal, on trouve une vingtaine de limiteurs dont deux baies de dbx 903.

C’est un show qui a une dynamique importante avec une partie acoustique, des ballades et une autre partie plus électrique et rock, mais la vraie raison n’est pas vraiment là, car cela la Memory peut le faire automatiquement. C’est connu, j’aime particulièrement le son compressé, je lui trouve une couleur intéressante. Comme il ne m’est jamais aisé d’aller modifier les seuils ou le ratio pendant le show, ma technique consiste à rentrer plus de niveau en entrée de la console et faire en sorte que le limiteur se mette plus violemment en marche, ce qui crée un effet de pompage et m’apporte la couleur spécifique de la compression. Voilà un exemple de ma manière de travailler avec les compresseurs.

Les voix, celle de France et de la choriste sont compressées par un appareil très perfectionné : le DPR 901 BSS. Il me permet de réaliser des compressions très sophistiquées sur ce show, entre autres. C’est un égaliseur dynamique à quatre bandes indépendantes de compression/expansion. Il présente l’intérêt de n’être actif que sur une bande particulière de fréquences – et non pas sur la totalité – et en plus avec une pente variable. Pour France, j’ai 6 dB de compression à 220 Hz ; tant qu’elle ne chante pas fort, le bas reste neutre. Dès qu’elle monte, le bas va se compresser. C’est en quelque sorte un égaliseur “dynamique”. Le compresseur et l’égaliseur, traditionnels eux, corrigent une fois pour toutes. Mais attention, ce n’est pas facile à régler ! Un limiteur dbx FS 900 placé en sortie de DPR 901 vient compresser la totalité de mes corrections car le défaut du 901 est de ne pas proposer une compression générale en sortie. L’ensemble du piano est compressé par un DPR 904 BSS. Le compresseur SSL G 384 assure la compression générale du mixage. Il s’agit à mon avis d’un des meilleurs du marché, il ne me quitte jamais et je l’utilise aussi en studio.”

Rendons-nous maintenant sur scène pour voir les micros. Le piano est repris par deux plaques Schoeps BLM 3 placées sous le couvercle et orientées en couple à 90°, posées sur des coussinets en gafa pour éviter un contact direct de la plaque sur le bois qui générerait des résonances désagréables. Un AKG 451 inséré dans une ouïe et un Helpinstill complètent la prise de son du piano. Les BLM 3 sont égalisés avec une coupure dans le basmédium du spectre, cette partie étant en fait apportée par l’AKG 451. L’Helpinstill, lui, ne nous sert que pour obtenir du grave.

Le combo de Janik Top est repris à la fois en direct par un micro Beyer M88 placé devant le baffle entre deux HP et en ligne. “Le son ampli me sert surtout lorsque Janik se sert de son octaver, commente Yves Jaget, sa modulation HF m’arrive pure. Une autre, travaillée par les pédaliers d’effets de Janik est reprise à l’ampli. Je mélange le tout dans des proportions différentes selon les titres. Cela me permet de doser l’utilisation importante que Janik fait de ses octavers, sans forcément en reprendre la totalité. Il y a comme cela un son qui lui est personnel en retour et un autre son que je repasse dans la diffusion”.

Des M 422 Beyer servent à la reprise en direct des amplis Fender du guitariste Denis Lable, sauf pour la partie acoustique du show où le son est repris en ligne. “Les M 422 sont des micros cardioïdes dynamiques, avec une bande passante pas très étendue, mais ils descendent bien dans le grave ce qui constitue un avantage de la reprise de cet instrument, une trop grande présence d’aigus peut en effet nuire à la restitution sonore.

Notre difficulté, sur la batterie de Claude, a surtout été de réaliser des positionnements de micros adaptés à des espaces très réduits. Claude joue en effet avec un set de batterie “très à plat” et l’espace entre toms et cymbales est sérieusement réduit. La grosse caisse est reprise par un M 380 TG Beyer bi-directionnel placé à l’intérieur ce qui me permet de reprendre la peau de devant et la peau de derrière. Il a une impressionnante capacité d’encaissement de pression … 156 dB SPL. Les toms et le dessus de la caisse claire sont repris par des micros dynamiques M 420 pour deux raisons : très directif, le 420 évite de reprendre la charleston ou les cymbales très proches. De plus, sa petite taille s’adapte bien dans un environnement exigu.

Sous la caisse claire il y a un MCE 81 TG Beyer : bande passante étendue et bonne tolérance à la pression acoustique développée à cet endroit. La charley utilise un corps CV 710 associé à une capsule CK 704 Beyer : un micro que je trouve vraiment très intéressant, très fin avec des capsules adaptables, un passe-haut réglable par pas de 10 dB. Les overheads sont des statiques cardioides haut de gamme de chez Beyerdynamic, des M 834 . Leur excellent rendu des aigus, très fins sans agressivité convient à mon avis très bien aux reprises de percussions en métal. Ce sont mes micros préférés sur le set de batterie ! Ce sont d’ailleurs les micros que j’ouvre en premier lorsque je réalise ma balance de batterie et c’est avec eux que je détermine ensuite le réglage des autres micros”.

La voix de France est reprise avec un corps de micro HF statique SEM 700 dont la capsule peut être différente selon les besoins. Il s’agit ici d’une EM 186 Beyer (ex-référence EM 81) ! “Je suis las d’utiliser du SM 58 systématiquement, j’ai donc sauté sur l’occasion d’essayer autre chose. Le statique se justifie par le fait que le niveau de voix de France n’est pas terrassant, et que ce micro allie une bande passante très équilibrée (je n’aime pas faire des corrections sur des micros) à une bonne sensibilité. De plus, il ne se dégrade pas à l’usage, ni à l’humidité. La problématique des micros HF est d’avoir des limiteurs très efficaces pour éviter les décrochages des émetteurs HF, limiteurs qui la plupart du temps s’entendent. On observe fréquemment une légère dégradation du signal par ce limiteur. Ici, Beyerdynamic s’est débrouillé pour qu’on ne l’entende pas fonctionner! Le trim sur le corps du micro {de 26 dB), qui adapte le niveau du micro à la voix du chanteur, règle aussi le limiteur qui est commutable on/off. Ce qui est curieux, c’est que Beyerdynamic ne préconise pas au départ cette capsule pour le chant. C’est un peu la découverte de ce show ! On a aussi essayé une autre capsule fabuleuse à double ruban : la BM 85, extraordinaire avec un grain très chaud mais trop fragile, de part ses rubans, en situation de concert.”

La cabine Leslie de l’Hammond est reprise par deux M 420 à 45° dans sa partie haute pour capter l’effet tournant. “J’ai parfois vu des micros placés à 90° sur des cabines Leslie” plaisante Yves ‘je ne vois pas comment, dans ce cas, on capte l’effet tournant !”. Le bas est repris en un point par un M 260 Beyer à ruban par une ouïe.

Pour terminer ce tour de plateau, près de la console de retour nous découvrons le châssis des HF qui peut accueillir de un à douze modules récepteurs EED 700 Diversity Euro Card enfichables selon les besoins. Le niveau de sortie symétrique est ajustable de 20 dBm à + 6 dBm. Le panneau avant propose des sorties préamplis pour écoute, en quelque sorte “PFL”, de l’ensemble des récepteurs ou individuellement. Les boîtiers émetteurs UHF peuvent recevoir des niveaux ligne ou micro avec un atténuateur commutable haute et basse impédance et un réglage par pas de 4 dB de – 20 dBm à+ 6 dBm.

Voilà, après ce tour d’horizon technique pour le moins exhaustif – mais les curieux ne s’en plaindront sûrement pas – d’une des plus conséquentes réalisations sonores de cette rentrée 93. Quelques mots sur le spectacle proprement dit. Retardé (pour raisons de santé) du printemps à cet automne, le spectacle de France Gall revenue après quelques années d’absence scénique, s’articulait en deux grandes parties, l’une électrique, l’autre acoustique, pour un “best of” des plus belles chansons “Cézanne peint” offertes par Michel Berger à sa femme et des compositions qu’il a lui-même chantées “Paradis blanc”. Le groupe de rappeurs “Droit de Cité” en rappel pour dire et redire, s’il en était besoin, que chez les “Berger” on n’a pas trop la fibre pasquaienne.

Un ensemble de musiciens réduit à sa plus stricte nécessité : piano/synthés, batterie, basse et guitare. Mais avec des musiciens de cette trempe, point n’est besoin de surenchère instrumentale. Cela sonne d’emblée.

Le choix technique d’une multidiffusion s’est avéré payant dans la mesure où on voulait que France Gall se produise dans une salle aussi immense que Bercy, tout en jouant la carte de l’intimité musicale. La voix de France, malgré des arrangements orchestraux très denses (les synthés de Serge Perathoner, notamment) ressortait avec fermeté mais sans agressivité, ce qui aurait été catastrophique, esthétiquement parlant.

Je serai moins enthousiaste sur la décoration scénique, qui paraissait démesurée en regard de la taille du groupe et de la fixité de celui-ci. Quant au design des éclairages, il fut peut-être délibérément choisi neutre et discret… ou bien l’imagination a fait défaut. Dommage !

Nous tenons à remercier très vivement Yves Jaget et Xavier Van de Guth qui, malgré un planning extrêmement chargé, ont su trouver toute la disponibilité nécessaire pour nous apporter les informations contenues dans cet article. Albi BOP

Magazine : Sono Magazine
Date : Novembre 1993
Numéro : 175

France Gall : je chante pour retrouver le bonheur

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« Taratata » (France 2, 23h25) marquera, ce soir, le premier vrai retour à la scène - et un peu à la vie - de France Gall.
« Taratata » (France 2, 23h25) marquera, ce soir, le premier vrai retour à la scène - et un peu à la vie - de France Gall.

« Taratata » (France 2, 23h25) marquera, ce soir, le premier vrai retour à la scène – et un peu à la vie – d’une France Gall qu’on avait entrevue trop brièvement dans l’hommage rendu par la télévision à Michel Berger et qui, depuis la mort de ce dernier, s’était cantonnée auprès de ses enfants au plus absolu silence.

« Le Parisien ». – Après la mort de Michel, vous avez gardé le silence longtemps. Pourquoi ?

France Gall. – Vous savez, s’il n’y avait pas Bercy de plus en plus proche, il n’y aurait toujours pas un mot ni une photo. Outre que je n’en avais pas la force, je déteste me faire voir ou entendre en dehors de mes activités professionnelles.

Le déballage du malheur me gêne. Je crois qu’on a réussi à l’empêcher, que tout a été digne. Et puis, j’avais le droit au temps. Comme au poker, quand c’est à soi de distribuer les cartes.

« L.P. ». – Rechanter déjà, est-ce aussi, comme au poker, un coup de bluff avec le destin ?

F.G. – Je ne sais pas. C’est peut-être une diversion. C’est en tout cas, actuellement, mon seul accès à la joie. Je chante pour retrouver le bonheur. J’ai déjà lu dans la presse des titres du genre : « Son défi, par amour », bassement racoleurs et… inexact. Depuis que Michel est parti, je me rends compte, comme jamais, à quel point j’aime chanter. Ce n’est plus du plaisir, ça devient une passion.

« L.P. ». – Depuis que Michel est parti… Beaucoup de choses ont changé ?

F.G. – Tout a changé. Dans ma tête, déjà. Être veuve, pour commencer. Rien que le mot, difficile de l’admettre. Et puis, même si à quarante ans j’avais décidé de m’occuper un peu de moi, tout restait lié à ma tribu. C’était ma référence essentielle. Aujourd’hui, Michel me manque pour tout. Son intelligence et ses avis sur les choses ont laissé un vide incroyable.

« L.P. ». – Comme celui d’un père ?

F.G. – Non ! Mon père, je l’ai adoré mais, depuis sa mort, il y a trois ans, il ne me manque pas de la même façon. Michel, c’était un grand enfant génial avec moi, façon professeur Tournesol. Même quand il était sérieux, voire sinistre (rire), le regarder vivre nous comblait de joie. Avec les enfants, d’ailleurs, quand on parle de lui, on se rappelle toujours les moments drôles.

« L.P. ». – Pauline et Raphaël, comment avez-vous fait face à leur chagrin ?

F.G. – La souffrance des enfants, ça dépasse tout ce qu’on se croit capable d’assumer. Leur refus d’admettre les choses aussi. C’est pour ça que j’ai tenu à ce qu’ils assistent à l’enterrement. Ils ne voulaient pas, mais il fallait qu’ils voient… qu’ils croient. Je les avais préparés comme j’ai pu à l’incontournable mur des appareils photos. Ce jour-là, ils sont devenus des personnages publics, ce qui leur avait toujours été interdit. Ensuite, on a réécouté tous les disques de leur père et on a lu ensemble tous les articles sur le drame. Maintenant, ils participent à tout. On a choisi mon répertoire ensemble et ils sont venus aux premières répétitions. Ils ne voulaient pas que je refasse de la scène. Ce métier, la vie aussi, pour eux, désormais, c’est dangereux.

« L.P. ». – Comment les avez-vous convaincus ?

F.G. – En leur expliquant que je ne faisais cela pour personne d’autre que pour moi. En- leur disant le bonheur que j’éprouvais à faire vivre cet album et revivre les chansons de leur père. En leur faisant comprendre qu’il était essentiel qu’ils me soutiennent et que j’avais besoin qu’ils m’approuvent. En fait, ils étaient inquiets pour moi. Maintenant, ils sont hyper-concernés par le spectacle. Eux et moi, on vit notre petite vie, on s’aime comme des fous, on se touche tout le temps pour se rassurer. Ça se passe plutôt bien.

« L.P. ». – Et l’école ?

F.G. – On sait qu’il y a des cycles à respecter, des étapes qu’ont eues à franchir tous les enfants qui ont connu ce genre de drame.

« L.P. ». – Qui vous aide à les franchir ?

F.G. – Moi d’abord. Quand c’est arrivé, j’ai incroyablement assuré. Je me souviens que j’arrivais quand même à tout faire. Prévenir les gens, régler tous les problèmes, accueillir les proches. Je me souviens par exemple que j’ai voulu faire visiter notre maison à Jean-Jacques Goldman ou que j’ai été la seule à regarder entièrement l’émission qu’avait improvisée Michel Drucker. Et puis, il y a eu l’amour que m’ont manifesté les gens – et pas seulement les proches. L’expression serrer les rangs, je sais vraiment désormais ce qu’elle veut dire. Mais la solitude, cela vous surprend quand même, qu’on soit entouré ou non.

« L.P. ». – Pour votre couple, l’album « Double jeu », n’était-ce pas une sorte de second souffle ?

F.G. – Que Michel ait réussi presque contre son gré à me faire cet album, c’était sa preuve d’amour. Vous savez, quand on vit ensemble dix-huit ans et vingt-quatre heures sur vingt-quatre, c’est qu’il y a des choses très fortes. On était un couple particulier, rare dans ce métier, pas à l’eau de rose, parce que le bonheur n’est jamais simple, mais soudé pas les mêmes valeurs et par le même humour.

« L.P. ». – Ramatuelle, vous avez pu y retourner ?

F.G. – Oui, très vite et avec les enfants. C’est là qu’ils avaient vécu avec leur père pour la dernière fois. Il ne fallait pas laisser le malheur imprégner l’endroit. Il fallait, au contraire, y faire fleurir les bons souvenirs.

« L.P. ». – Le Sénégal, vous y allez encore ?

F.G. – Bien sûr, ce n’était pas une passade, mais un port d’ancrage. On est allés tous les trois passer Noël dans mon cabanon, histoire de ne pas voir passer Noël. Mais les choses ne sont pas si simples.

« L.P. ». -· Aujourd’hui, qu’est-ce que vous souhaitez ?

F.G. – Être heureuse le plus vite possible. Je sens qu’il se passe des choses nouvelles en moi. En fait, je voudrais surtout que le processus de cicatrisation s’accélère. Je guette les arcs-en-ciel.

« L.P. ». – Y en a-t-il déjà eu de beaux ?

F.G. – Bien sûr. Le dernier, c’était il y a quelques jours, pour l’anniversaire de Raphaël. On fêtait ça et, soudain, quelqu’un a sonné à la porte. Quand elle s’est ouverte, il y avait devant Raphaël son idole absolue, David Ginola, le footballeur du P.S.G. qu’il rêvait de rencontrer. C’était notre ami Gérard Holtz qui avait concocté ce cadeau. Pour Raphaël, cela aura été le plus bel anniversaire de sa vie et, pour moi, comme un sourire de l’avenir.

Journal Le Parisien
Propos recueillis par Alain Morel
10 et 11 avril 1993
Numéro : 15 115