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Michel Berger, le génie trop fragile

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Michel Berger, le génie trop fragile
Michel Berger, le génie trop fragile
Michel Berger, le génie trop fragile

Il y a juste deux ans, il nous quittait, terrassé par une crise cardiaque.

TF1 évoque, dans une série lancée par “paris match”, “destins brisés”, l’âme de toute une génération.

Deux ans après avoir vu son cœur se briser sous le soleil de l’été, France Gall, sa femme, sa muse, sa chanteuse, rend hommage à Michel Berger en évoquant, pour TF1, ce samedi 30 juillet, à 20h45, leurs jours heureux. Il avait la fragilité qui accompagne souvent la grâce des surdoués. Il avait été l’âme discrète de toute une génération qui a surtout appris à le connaître à travers la voix des idoles pour qui il a composé tant de succès. Depuis quelques années, comme s’il savait que le temps lui était compté, ce timide se montrait plus volontiers et multipliait les créations. Comme un chant d’adieu qui s’ignorait, il venait d’enregistrer avec France Gall, dans l’enthousiasme d’une quarantaine aussi flamboyante que leur adolescence, un album qu’ils avaient appelé “Double jeu”. A la même époque, ils s’étaient offert une échappée belle au Sénégal. Nous avons retrouvé les images de ce dernier voyage.

Il est deux façons d’aborder la courbe d’un destin : la première qui consiste à enfiler, de la prime enfance à la mort, des séries d’anecdotes, de scènes, de récits où la légende et le réel s’entremêlent souvent de manière inextricable; et l’autre, élucidation ingrate et patiente du fameux “petit tas de secrets” où Malraux vit, naguère, l’essence de la condition humaine. Avec Michel Berger, on n’a pas le choix : deux ans après sa disparition au plein soleil de l’âge et de la création, l’homme continue de garder son mystère, même pour ses plus proches, même pour France Gall, qui partagea pourtant avec lui près de deux décennies.

“Il y avait beaucoup de secrets autour de lui, confirme-t-elle dans l’émission rétrospective que TF1 consacre à son mari, mais ces secrets, Michel les a confiés à ses chansons. Si on sait les écouter, les décoder, on peut les y retrouver. Il n’y a pas un texte où il ne parle de lui. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai pensé au moment de sa mort : au moins, il laisse derrière lui quelque chose qui va continuer à vivre.” Ombre et lumière, douleur de vivre et bonheur de créer, fébrilité extrême au quotidien et recueillement absolu de ces moments où, avec une facilité déconcertante, ses chansons jaillissaient sur ses cahiers dans une forme quasi définitive; c’est sur ces contradictions radicales que se construisit cette destinée foudroyante – Michel Berger était du reste fasciné par la trajectoire météorique de James Dean. Conduit par le talent et le succès à vivre dans la lumière surexposée du showbiz, il trouvait en fait son inspiration dans un univers foncièrement opposé, celui d’une enfance où il avait découvert très tôt les harmoniques fondamentales qui allaient le guider, au contact d’une mère pianiste et dans un monde où les liens affectifs, l’intimité, la création ne cessaient déjà de s’interpénétrer. D’où une première fracture violente au moment de la séparation de ses parents. D’après ses proches, c’est sans doute à ce moment-là qu’il se créa un univers intérieur qui n’appartenait qu’à lui. La première et très précoce manifestation en fut un premier disque à l’âge de 15 ans … Témoignage unique sur sa fièvre musicale et une époque de sa vie à propos de laquelle il ne laissa échapper aucune confidence, même à ses proches, même à France Gall. « Il ne parlait jamais de cette période-là, confie-t-elle; le chagrin du départ de son père, le suicide de son meilleur ami lorsqu’il avait 17 ans, puis la mort de son frère l’avaient conduit à une réponse unique et définitive à la détresse : créer.”

Ce qu’on ne comprend généralement qu’avec le temps et l’expérience, Michel Berger semblait donc déjà le savoir à l’aube de sa jeunesse : comment transformer la fragilité en force, les douleurs en beauté, le silence en musique. Alors que sa famille souhaitait le voir poursuivre des études universitaires, il joua le jeu, passa son bac, obtint même une maîtrise de philosophie mais sur un thème dont l’intitulé claironnait à lui seul son irréductible passion pour les sons : “L’esthétique de la musique pop” … Parallèlement, sa conviction s’affermit encore que la musique seule peut faire accepter l’insupportable, donner un sens à l’insaisissable. Il y consume désormais ses nuits et ses jours, à sa façon bien à lui, fulgurante et discrète à la fois. On le demande beaucoup dans le monde du showbiz. Il préfère déjà écrire pour des femmes : Véronique Sanson, Françoise Hardy. Mais pour lui, la vie demeure toujours plus forte, plus grande que n’importe quelle réussite matérielle. Passionnément épris de Véronique Sanson, il s’effondre quand elle le quitte.

Et comme toujours en pareil cas, il écrit. Ce qui le conduit à une autre rencontre décisive, celle de France Gall, comme lui en quête d’univers musicaux inédits. Au départ réticent, il se laisse tenter par l’aventure d’une collaboration artistique. Elle se transforme vite en histoire d’amour. Commence alors pour lui la période la plus féconde, la plus fébrile, la plus lumineuse de sa vie, de ces moments rares où tout s’entremêle, le travail, la passion, la tendresse, des bonheurs neufs – il épouse France en 1976 et ils ont bientôt deux enfants -, enfin des peurs, des doutes, des désespoirs croissants à mesure que grandit la faveur du public : la critique admet difficilement ses succès et peut-être encore moins sa personnalité inclassable. Car comment situer, comment comprendre.

Pour France, Michel l’Africain avait composé au Sénégal “La Négresse Blonde”

Ils avaient tous les deux les mêmes passions. Alors, naturellement, Michel Berger a aimé le Sénégal parce que France l’adorait. La première fois que le poète est parti retrouver sa femme en Afrique, dans un village près du lac Rose, il a écrit et composé pour elle l’une de ses pus belles chansons, “Babacar”.

Il y a sept ans, quand elle a rencontré Babacar Diop, Babou – surnom de France depuis l’enfance – a immédiatement été séduite par le jeune garçon. Sa mère, très pauvre, l’a tendu à France en lui disant : “Je te le donne.” La chanteuse, émue, lui a répondu: “Je l’adopte, mais garde-le.”

“Babacar” raconte cette histoire extraordinaire. Le couple a adopté le petit garçon … Depuis, tous les mois, la famille reçoit de l’argent. France avait pensé le faire venir à Paris, mais Michel estimait qu’il valait mieux, pour son équilibre, le laisser dans sa famille. Plus tard, pour ses études, il en sera autrement.

L’année suivante, Michel et France sont revenus au Sénégal pour la fameuse émission de France 2 consacrée au Paris-Dakar, une soirée aux flambeaux sur la plage, où tout le monde a chanté, Nathalie Baye comme Philippe Lavil. France et Michel ont été séduits par l’île de N’Gor. C’est là que France a rencontré le tambour-major du Sénégal, Doudou N’Diaye Rose, qui donne le rythme à “Babacar”. Et pour son premier concert à Bercy, France a fait venir la troupe sénégalaise de Doudou, qui l’accompagnait dans la chanson.

Jugeant que le Sénégal n’était qu’à cinq heures d’avion de Paris, France eut envie d’une maison sur l’île de N’Gor, à dix-sept kilomètres de Dakar, face à l’ancien hôtel Méridien, aujourd’hui le Diorama N’Gor. De là, elle partait chaque jour en pirogue pour rejoindre l’île et ses amis sénégalais, et ils faisaient griller du poisson sur la plage. Une vie simple au milieu des rires, où Michel et France ne se sentaient pas différents des autres.

C’est à Dakar qu’ils ont terminé le dernier disque de France que Michel a composé, “La négresse blonde”, comme la surnommaient les Sénégalais parce qu’elle vivait comme eux et, comme eux, portait le boubou.

Elle choisit de construire sa maison au bout de l’île pour que Michel puisse voir la mer et y puise son inspiration. Une maison sans électricité, où ils auraient vécu en contact avec la nature. Elle voulait une chambre immense, ouverte sur l’océan. Là, Michel échapperait aux contraintes de la civilisation, se ressourcerait. En attendant que la maison soit construite, France et Michel vivaient dans le plus vieil hôtel d’Afrique, le N’Gor, maintenant à l’abandon. Aujourd’hui, quand elle retourne au Sénégal, France descend au Méridien ou chez des amis à Dakar.

Michel s’était attaché au Sénégal. Il aimait le sourire des gens, et cette faculté qu’ils ont de pouvoir vivre de rien. Il projetait de donner à Dakar un grand concert gratuit, avec France et leur troupe. Les gens auraient chanté avec eux. Il voulait faire une fête que tous auraient partagée.

Là-bas, au paradis, il dit un jour à son fils, Raphaël : “Il ne faut jamais parler d’argent. De l’argent, il en faut pour vivre. Et si on en a beaucoup, on doit faire du bien autour de soi, partager avec les autres, donner avec son cœur.”

Il n’aimait pas les mondanités, préférait les dîners sur la plage avec des amis. C’était un excellent photographe. De belles photos de sa femme ont été publiées dans les journaux sénégalais. li était très lié avec le chanteur Youssou N’Dour, et Peter Gabriel, qui possède aussi une maison près de N’Gor. Michel fit son dernier voyage au Sénégal en avril 1992, pour voir l’emplacement de sa future maison. Ce furent ses dernières vacances. il était fatigué et avait besoin de repos. Tous les matins, il partait vers l’île en pirogue, pour y passer la journée.

Le Sénégal a perdu un de ses enfants les plus chers. C’était un homme, un vrai, digne d’estime et de respect. En hommage à la gentillesse de France Gall, le village de N’Gor a baptisé “Babou” l’une des pirogues qui permettent de rejoindre le continent.

Magazine : Paris Match
Jean-Claude Zana
Date : 4 août 1994
Numéro : 2358

Fiche Platine Japon de France Gall

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Fiche Platine Japon
Fiche Platine Japon
  • Nombre de disques recensés dans ce pays 15 à 20 SP + 3 EP + 7 LP + 3 à 5 CD.
  • Nombre de chansons interprétées en langue locale 2 en japonais.
  • Date de sortie locale 1968. Producteur d’origine Bagatelle.
  • Référence du pressage SFL 1153. Distributeur local Philips Japon.

Magazine : Platine
Date : Août / Septembre 1994
Numéro : 13

France Gall : c’est un amour si vrai, si fort

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Cela fera deux ans le 2 août prochain qu'au soir d'une trop chaude journée à Ramatuelle, Michel Berger s'en est allé au paradis blanc des chanteurs.
Cela fera deux ans le 2 août prochain qu'au soir d'une trop chaude journée à Ramatuelle, Michel Berger s'en est allé au paradis blanc des chanteurs.
France Gall : c'est un amour si vrai, si fort

Deux ans. Cela fera deux ans le 2 août prochain qu’au soir d’une trop chaude journée à Ramatuelle, Michel Berger s’en est allé au paradis blanc des chanteurs.

Ce jour-là, son cœur a littéralement explosé, comme le dit Guillaume Durand dans l’émission hommage que TF1 consacre à Michel, le 30 juillet à 20 h 45 : « Destins brisés ».

Hélas, en ce 2 août 1992, le destin de Michel Berger n’était pas le seul à être ainsi brisé. Celui de France Gall, son épouse, la mère de ses deux enfants, Pauline et Raphaël, treize et onze ans à l’époque.

Mais aujourd’hui, France Gall revit grâce à un amour fou. Un amour incroyable et qui a surpris même ceux qui lui sont le plus proches. Un amour inespéré.

Car en ce terrible été 1992, ils étaient bien peu à croire à une telle résurrection face au trio pathétique de la mère et de ses deux petits qui accompagnait Michel jusqu’à sa dernière demeure au cimetière parisien de Montmartre.

Terrassée de chagrin, France paraissait une femme condamnée pour toujours à la solitude. Sa vie semblait finie. Plus jamais elle ne retrouverait la magie d’une complicité aussi forte que celle qui l’avait unie à Michel. Plus jamais personne ne serait là pour l’épauler, la soutenir, l’aider. Et elle, mieux que personne, sentait alors combien Michel, près d’elle, lui avait été indispensable, vital. Pourtant, courageuse, France avait fait front. Il fallait que la vie continue, sinon pour elle, au moins pour ses enfants. Perdre leur père était si horrible, elle n’avait pas le droit de se laisser aller.

Mais dix mois plus tard seulement, France était confrontée à une nouvelle épreuve : les médecins lui annonçaient qu’elle avait un cancer du sein. Et c’est à cet instant, alors qu’elle aurait pu définitivement sombrer, que le miracle a eu lieu. France, au fond de la détresse, a fait de nouveau une rencontre. Une rencontre qui lui a redonné la force de se battre, la volonté de s’accrocher coûte que coûte à la vie.

« Quand on vous dit cancer, at-elle expliqué à Michèle Manceaux de « Marie Claire », en décembre dernier, on pense tout de suite qu’on va mourir. Et là, je me suis effondrée. C’était insupportable à cause de mes enfants. Je n’ai pas hurlé parce que j’étais entourée de médecins mais pour la première fois, j’ai parlé à Michel ».

Oui, face à la mort, France, dans un ultime sursaut, s’est tournée vers celui qui l’avait quittée pour toujours croyait-elle, quelques mois plus tôt. « Je lui disais : « Pourquoi m’as-tu abandonnée », a-t-elle encore confié à Michèle Manceaux.

Et là, France a eu une véritable révélation. Elle a eu le sentiment intime de renouer le contact avec le disparu.

« Il ne m’a pas abandonnée, poursuit-elle dans cette interview. Je sens maintenant qu’il y a quelque chose au-delà de la mort ». Et c’est dans cette présence qu’elle seule sentait, dans cet amour qui continuait de vivre par-delà la séparation, que France a trouvé une fois de plus la force de se battre et de triompher de la maladie. A tel point qu’elle en est arrivée à expliquer toujours à Marie Claire :

« Ce cancer, je suis heureuse aujourd’hui de l’avoir eu parce que je l’ai guéri ».

« Je sens que la vie ne s’arrête pas à la mort …, a-t-elle encore expliqué. J’ai vu mon père mort, j’ai vu Michel et je sais la différence. Il y a une telle différence entre quelqu’un qui est mort et quelqu’un qui dort. Mon père n’était plus habité. Il y a une différence aussi fantastique qu’entre le jour et la nuit ».

Pour France, Michel, lui, s’est endormi. Pour toujours, bien sûr, mais quelque part il vit encore et de là où il se trouve il continue de la protéger, elle et leurs deux enfants.

Entre eux, le lien est toujours aussi fort, aussi puissant qu’au temps de leurs longues années de vie commune. Le contact n’est pas rompu et il ne tient qu’à elle, France, de le renouer.

C’est pour ça aussi qu’elle a choisi de continuer à chanter. Les chansons de Michel, la musique de Michel sont la passerelle magique qui les unit toujours l’un à l’autre.

Pourtant, longtemps, France a lutté contre cette idée. Après avoir triomphé de sa maladie, alors qu’elle préparait l’automne dernier son grand retour à Bercy, elle refusait d’admettre que c’était un peu pour retrouver Michel. Mais, quatre jours avant la première, elle a dû s’avouer vaincue.

« Je me suis rendu compte qu’en fait tout ça c’était pour le retrouver » a-t-elle révélé aussi à Marie Claire.

Cette découverte l’a alors tellement bouleversée qu’elle a craint de ne pouvoir chanter, submergée par l’émotion de sentir à nouveau Michel près d’elle, presque palpable.

Concerts

La suite, on l’a connaît. France a finalement donné une série triomphale de concerts pendant lesquels des milliers de fans ont communié avec elle dans la musique de Michel.

Depuis, la présence de cet amour n’a cessé d’accompagner France dans chacun de ses instants.

Et c’est amour n’a cessé de l’aider, de la porter, de la rendre toujours plus forte au point de pouvoir· affronter aujourd’hui son plus tragique souvenir.

Michel est mort dans leur propriété de Ramatuelle, et depuis, y retourner avait toujours été pour France une épreuve cruelle.

Pourtant, à plusieurs reprises elle se l’était déjà imposée.

Une première fois à Noël et cela ne s’était pas trop mal passé. La saison était autre, le paysage différent.

Mais le premier été s’est révélé terrible. Les images de la tragédie la hantaient sans cesse.

« Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, j’y ai pensé, a-t-on pu lire dans Marie Claire. Cela a été atroce, mais je voulais être avec mes enfants pendant six semaines.

C’est là qu’ils voulaient aller.

Eux, n’ont pas vécu les choses dans cet endroit, comme moi. Cela n’est pas lié à des souvenirs précis ».

Cette année, France a repris la route de Saint-Tropez avec Pauline et Raphaël. Elle a retrouvé la grande maison, les pins sous le ciel bleu. Mais cette fois, les souvenirs n’ont plus la même violence. France sait, au plus profond d’elle-même que Michel n’est pas parti à jamais le 2 août 1992. Ce jour-là, il s’est seulement endormi d’un étrange sommeil. Un sommeil qui l’a conduit là-bas, en un lieu inconnu mais bien réel, duquel il continue de veiller sur elle par-delà la mort …


Par Bruno Samson
Date : 30 juillet au 5 août 1994
Numéro : 2500

France Gall : ce qu’elle n’a jamais dit sur Michel Berger

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France Gall : ce qu'elle n'a jamais dit sur Michel Berger
France Gall : ce qu'elle n'a jamais dit sur Michel Berger
France Gall : ce qu'elle n'a jamais dit sur Michel Berger

Comme France Gall le précise avec beaucoup de pudeur et de tendresse, “C’est délicat pour moi d’avoir à parler de lui, mais si ce n’est pas moi, c’est qui ?”.

Elle nous permet ainsi de mieux connaître celui qui est parti vers “Le Paradis blanc”, le 2 août 1992, à 44 ans.

Après un “Le Luron” magnifique et en attendant “Balavoine”, “Claude François” et “Gainsbourg”, Guy Job, Stéphane Courbit et Lionel Rotcage ont réussi un superbe “Michel Berger”, comme en témoignent les trois 7 attribués à ce “Destins brisés”, dans nos pages programmes. Pour cette émission unique, France Gall parle comme jamais auparavant.

Sa musique touchait les gens au coeur

C’est très délicat pour moi d’avoir à parler de Michel. Si c’est pas moi, c’est qui ? Je le fais donc pour ça, mais je voudrais qu’il ait de l’indulgence, en tout cas s’il nous entend. J’ai beaucoup de mal à expliquer la différence entre cet homme qui avait eu une éducation très stricte, protestante, habitant dans les beaux quartiers, et ce sens qu’il avait de la musique qui touchait au cœur les gens, le public. Il était très pudique et, en même temps, il faisait le métier le plus exposé possible. C’est comme si ça l’amusait de se voir sur scène ou de se savoir sur scène, là, devant les gens, alors que ce n’était pas du tout sa nature. Il était aussi spectateur de Michel Berger sur scène, de ce type qui se montre. Je ne me souviens pas d’avoir échangé un mot, une phrase avec Michel sur un ton audessus de la normale. Je pense que c’était dommage pour lui, parce qu’il a gardé beaucoup de choses en lui.

Sa facilité à écrire toutes les chansons

Michel savait parfaitement, en écrivant une chanson, si c’était une chanson forte ou pas. Sauf pour lui ! Mais c’était assez impressionnant. Pour les autres, il entendait une chanson, même perdue au fond d’un album, il allait dire : “C’est celle-là qui va marcher”, et c’était toujours celle-là qui marchait. C’était un homme d’affaires, et c’est vrai que c’est assez rare quand on est aussi artiste que lui. Parce que, je le répète, c’est la personne la plus artiste que j’ai rencontrée dans ma vie. Dans sa façon de penser, d’être, de vivre les choses au quotidien, de sentir, de réagir à un film ou à une musique. D’un autre côté, il s’occupait aussi des discussions avec tous les hommes d’affaires, les maisons de disques, et en anglais. C’était donc quelqu’un de très occupé. C’était presque honteux la facilité avec laquelle il travaillait. C’était tellement rapide, tellement fulgurant que c’en était un scandale. Parce qu’il écrivait trois ou quatre albums quand d’autres en faisaient un. Il disait que c’était plus fort que lui, que ça lui venait, que ça devait sortir et qu’il ne pouvait absolument pas lutter contre. J’ai retrouvé une phrase en feuilletant des vieux cahiers où il écrivait des textes. Et il y avait une phrase au milieu d’une chanson qui n’est jamais sortie et qui disait : “Dieu seul sait que la musique n’était pas qu’une envie”. Il trouvait cela absolument incroyable de faire de la musique pour que ça ne marche pas, pour que cela reste une chanson qu’on chante sous la douche.

C’était le contraire d’un faiseur

Il voulait mettre toutes les chansons de son côté et, en même temps, ça sortait comme ça. Moi, chaque fois que je lui ai demandé – c’est très rare d’ailleurs – quelque chose de précis, je n’ai jamais pu obtenir ce que je voulais, que ce soit sur un texte ou sur l’idée d’une chanson. “Diego” est le meilleur exemple. Je lui avais dit : “Je voudrais une chanson sur les enfants qui sont malheureux, qui souffrent”. Eh bien, il a écrit “Diego libre dans sa tête”, une chanson sur un prisonnier politique. C’est ça qui est sorti. C’était le contraire d’un faiseur. Il n’y avait rien de plus difficile que d’écrire pour lui-même. Quand il écrivait pour les autres, c’était une vraie récréation, et il le faisait avec une très grande rapidité, et facilité. C’est vrai qu’il arrivait à écrire des chansons qui collaient tellement aux gens qui les chantaient, comme s’il se mettait à l’intérieur de ces personnes. De Johnny Hallyday par exemple.

Il ne racontait pas de souvenirs d’enfance

J’ai rencontré Michel, il avait 26 ans. Je ne connais absolument pas sa vie avant. Il ne parlait jamais de lui, jamais de son passé, il ne racontait jamais de souvenirs d’enfance, donc je ne connais absolument pas sa vie avant de l’avoir rencontré.

Histoire d’amour pour Véronique Sanson

Le premier album de Michel, je l’ai écouté et j’ai eu envie de le casser parce que je trouvais que c’était une réplique de Véronique Sanson. Cet album était vraiment bien mais cela m’énervait parce que j’avais déjà entendu ça d’une certaine manière. Après, j’ai compris la manière dont ils avaient travaillé ensemble et comment ils s’étaient connus, l’histoire d’amour qu’il avait vécue et donc après, j’ai pu aimer complètement sa manière de travailler et sa musique, en comprenant à quel point il avait été l’instigateur de la musique de Véronique Sanson.

Il se trouvait bien avec les femmes

Ce qui m’a le plus frappée, quand j’ai entendu son album, c’était que c’était des mots très simples. Et puis il y avait une rythmique, quatre musiciens. C’était encore l’époque des arrangeurs, de 20 musiciens en séance. C’était un autre son, une autre façon de faire balancer la musique française avec des mots qui racontaient des choses fortes, avec des mots de tous les jours. C’est vraiment cela qui m’a donné envie de travailler avec lui. Je trouvais ça tellement moderne par rapport aux autres. La première chose qui m’avait frappée chez lui, lorsque je l’ai rencontré, c’était son discours féminin qui était le mien à ce moment-là, en l’occurrence. Et qui a duré. Ça m’avait frappée parce que je n’avais jamais rencontré ça chez un homme, chez aucun garçon, et donc, il se trouvait bien avec les femmes. Françoise Hardy l’avait rendu extrêmement furieux quand elle avait fait, en 1974, son thème astral à la radio. Elle avait dit : “Il y a autant de masculin que de féminin en toi, Michel.”

Quand il était rentré, il m’avait confié: “Vraiment, ça m’énerve l’astrologie !”. Car, c’était justement quelqu’un qui ne se sentait bien qu’avec les femmes. Il avait très peu d’amis. Il détestait l’idée d’avoir une conversation de mecs. Il détestait, par exemple, quand on était dans un dîner, que les hommes soient d’un côté à parler et les femmes de l’autre. Avec lui, jamais ça n’arrivait. Tout le monde devait se mélanger et parler. Et il était toujours entouré de femmes. Il comprenait leurs désirs, leurs demandes, leurs inquiétudes, ce qu’elles avaient au fond d’elles, ce qu’elles recherchaient.

Il voulait laisser une trace

Je n’ai réellement compris que lorsque je lui ai dit que je voulais m’arrêter de chanter à quel point j’étais importante, je dirais, dans sa création. Parce qu’il faut savoir qu’il ne m’a jamais dit : “C’est bien”, il ne m’a jamais fait de compliments.

Il fallait que je devienne moi. Je suis quelqu’un qui a toujours besoin d’être encouragée. Et j’ai réalisé l’importance que j’avais en travaillant avec lui, lorsque j’ai voulu m’arrêter, il a été tellement… presque cassé, le choc passé, le choc affectif passé, cela a été une bonne chose pour lui.

Cela a orienté sa vie artistique complètement différemment. Il a écrit un film, tout un film, prêt à être tourné, il a fait “la légende de Jimmy”, un album pour lui, “Ça ne tient pas debout”, il a remonté “Starmania” sur scène. Donc, moins de chansons, beaucoup plus de grandes choses. Il a pensé que les chansons ne restaient pas à jamais, qu’il fallait se lancer dans des choses beaucoup plus ambitieuses pour laisser une trace. C’est quelqu’un qui voulait absolument laisser une trace.

Toute sa tendresse pour Johnny

C’est drôle quand je repense aux rapports de Johnny et Michel. C’étaient des rapports qui étaient tellement tendres, oui des rapports de tendresse et Johnny, qui était beaucoup plus grand, beaucoup plus costaud, enfin tout le contraire physique de Michel. Et je crois qu’il s’est pas mal soulagé à travers ses textes pour Johnny. Il disait là des choses qu’il ne pouvait pas dire lui et, donc, c’était un grand plaisir et peut-être même une petite psychothérapie.

Il ne pouvait pas attendre

C’était quelqu’un qui ne pouvait pas attendre. C’est vrai que “La Légende de Jimmy”, cela aurait pu se jouer à l’Opéra Bastille avec un groupe rock, et un orchestre symphonique. Mais cela prenait du temps. Alors, il a conclu avec Jérôme Savary à Mogador. Quand j’ai entendu “La Légende de Jimmy”, la première fois, je me suis dit : “Oh la, la, c’est compliqué, ce n’est pas facile ce truc-là.”. Et puis, à force d’assister aux répétitions, au bout de quinze jours – quand même quinze jours – j’ai réalisé la force de cette musique et je lui ai dit : “C’est magnifique, mais c’est trop en avance !”.

Il s’accommodait mal du monde

La pureté de la nature de Michel faisait qu’il s’accommodait très mal du monde dans lequel il vivait. Et ça, vraiment, c’était terrible de voir à quel point ça le touchait au quotidien. Je ne sais pas si les gens se rendaient compte à quel point c’était quelqu’un de fragile. Je crois, d’ailleurs, que personne ne le savait vraiment.

Magazine : Télé 7 Jours
© “Destins brisés”
Date : 30 juillet au 5 août 1994
Numéro : 1783

France Gall a su relever la tête parce qu’elle le sent toujours auprès d’elle !

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France Gall a su relever la tête parce qu'elle le sent toujours auprès d'elle !
France Gall a su relever la tête parce qu'elle le sent toujours auprès d'elle !

C’est alors que des détails jusque-là inconnus de la vie du compositeur surgissaient.

Qui savait qu’à seize ans, il avait sorti son premier disque et que cela lui avait permis d’être assis parmi les grands, en 1963, sur le célèbre poster de Salut les Copains ?

Qui pouvait raconter, sinon ses proches, que Bourvil avait été son premier interprète et qu’il lui avait offert une chanson intitulée Les Girafes ?

Deux ans après sa mort, Michel Berger reste incroyablement présent et nous fredonnons tous ses chansons. TF1 lui consacre une émission le samedi 30 juillet, à 20 h 45 dans la série Destins brisés. Ses amis, Johnny Hallyday, Françoise Hardy, Philippe Labro, entre autres, viendront témoigner, raconter l’homme qu’il était. Et bien sûr France Gall. France la courageuse, qui a continué la vie, le spectacle. Malgré le drame, malgré ses problèmes de santé. Elle vient d’être décorée de la Légion d’honneur. Pour ce qu’elle a donné à notre pays et pour tout ce qu’elle a fait afin qu’à l’étranger on connaisse le talent de son mari, le créateur de Starmania, celui dont elle a écouté un jour la musique et qu’elle a voulu rencontrer.

“J’ai eu un grand choc, a-t-elle raconté. Il disait des choses que je ressentais complètement. Comme si c’était moi qui avais écrit ses chansons.” Mais c’était lui. Et pour elle, il en a écrit bien d’autres. Elle est ainsi devenue “La groupie du pianiste”, en 1979, alors qu’elle était, pour le meilleur et pour le pire, sa femme depuis 1976.

Deux ans déjà … Et grâce à Michel Berger, il existe toujours une Rock’n roll attitude et Quelque chose de Tennessee, des compositions qu’il avait offertes à Johnny Hallyday.

Un curieux destin que celui de Michel. Comme si, avec France, ils avaient eu une prémonition. Quelques mois avant de se séparer pour toujours, ils avaient enregistré ensemble Double Jeu. Leur premier album en duo. Et puis, en février 92, le professeur Jean Hamburger disparaissait. Il était le père de Michel qui reprenait une de ses phrases. Aujourd’hui, elle résonne encore à nos oreilles : “La plupart des mécanismes de la vie connaissent des ratés. La mort, jamais.”

France, après la douleur immédiate, a relevé la tête. Alors qu’on la voyait déjà sombrer dans la dépression, tourner le dos au spectacle, celle qu’on avait cru n’être, il y a longtemps, qu’une “poupée de cire”, a montré qu’elle était une femme de caractère. A force de volonté, elle a combattu son chagrin et elle a fait face. Dignement. Presque avec le sourire. Elle a même affronté Bercy où le public l’a récompensée par le nombre de spectateurs et par ses applaudissements.

Elle savait aussi que Michel était là, quelque part dans la salle, et qu’il la soutenait. Elle avait confié alors au magazine Elle : “Selon Michel, après la mort, il n’y avait rien. J’étais plutôt d’accord. Mais penser que mon mari, avec toute la beauté qui l’habitait, est dans un cercueil et que tout s’arrête là m’est insupportable.”

France s’est tournée vers la spiritualité et la foi. Pour croire encore et toujours que Michel est auprès d’elle, de sa fille Pauline, qui a seize ans, de son fils Raphaël, qui en a quatorze.

Pour nous qui n’avons connu Michel Berger que sur une scène, à la télévision ou en écoutant un disque, c’est sans doute plus facile. Il nous suffit d’entendre sa voix, de fredonner un de ses airs, de répéter ses paroles pour le sentir présent. Deux années d’absence n’ont rien changé. Sauf que nous aurions sincèrement aimé qu’il nous écrive encore d’autres textes pour nous faire rêver, pour nous donner envie de jouer “du piano debout”, et pour que nous ayons toujours au cœur “quelques mots d’amour”.

Magazine : Ici Paris Magazine
Claude BENJAMIN
Date : 27 juillet au 2 août 1994
Numéro : 2560

France Gall : La petite histoire du grand prix de l’Eurovision

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La petite histoire du grand prix de l'Eurovision
La petite histoire du grand prix de l'Eurovision
La petite histoire du grand prix de l'Eurovision

L’histoire du concours Eurovision est passionnante.

Pour s’en convaincre, il suffit d’en parcourir le palmarès depuis l’origine, il y a 38 ans.

Et si l’on pousse un peu plus loin la curiosité, les surprises sont nombreuses. car il y a ceux qui ont gagné, mais également ceux qui s’y sont cassé les dents, avec ou sans conséquence pour leur carrière. Auteurs, compositeurs, interprètes, les plus grands noms y ont pris part. A une époque, il est vrai, l’Eurovision était une carte de visite, un formidable outil de promotion à l’échelle du continent entier. Les années ont passé et l’institution a pris des rides. Si l’émission TV reste l’une des plus regardées de l’année, passés les lauriers du soir même le lauréat retombe dans l’anonymat presque instantanément. Et les compagnies de disques n’essaient même plus d’imposer l’artiste sur la mention Grand Prix Eurovision, autrefois fièrement exhibée et synonyme de grosses ventes. Avec l’arrivée massive des pays de l’Est, le concours change à partir de cette année. survivra-t-il à ce chamboulement, lui qui semble figé depuis ses origines. Les interrogations et les craintes sont nombreuses dans le microcosme des collectionneurs d’Eurovision. car !’Eurovision se collectionne ! Et le fanatique se donne beaucoup de mal pour compléter sa série. Dénicher la sélection finlandaise de 1966 ou la version italienne de la chanson anglaise de 1968 relève du tour de force! ce mois-ci, Juke Box Magazine remonte aux origines du concours et en retrace l’histoire jusqu’en 1965 : des prémices aux premiers véritables frissons; les lauréats, les autres, des anecdotes et l’inventaire des disques, plus ou moins rares, en pressages français uniquement.

1965 – France Gall à Naples

Pour sa dixième édition, le concours affiche un record de participation : 18 délégations se retrouvent le 20 mars 1965 dans la Sala Di Concerto de la RAI, à Naples. La soirée est animée par Renata Mauro et les interprètes ont pour toile de fond le fameux sigle étoilé de l’Eurovision. Ce dixième anniversaire marque un virage. La proportion de titres rythmés est plus grande. Le tout reste bon-chic bon-genre mais un nouveau courant se fait jour, exception faite de la Suède qui déconcerte tout le monde avec le baryton Ingvar Wixell. Sa chanson “Annorstades Vals” (10e), moitié en suédois, moitié en anglais, semble vraiment extraite d’un opéra. Les autres concurrents masculins misent sur le charme. Pour l’Italie, Bobby Solo, encore auréolé de son succès avec “Una Lacrima Sul Viso”, chante “Se Piangi, Se Ridi” (Festival FX 1429). Il termine 5e. Bobby en réalise une version française, “Si Tu Pleures, Si Tu Chantes” (Festival FX 1412). Pour la deuxième année consécutive, Udo Jürgens représente l’Autriche et persévère dans le slow chanté au piano, “Sag 1hr, lch Lass Sie Grüssen” (Vogue EPL 8341) se place 49. La persévérance d’Udo Jürgens est payante, puisque l’Autrichien triomphera l’année suivante avec cc Merci Chérie», de la même veine. La France a choisi un jeune espoir révélé à l’automne 1964 par “Si Tu N’Y Crois Pas”, Guy Mardel, qui a composé la musique de “N’Avoue Jamais” (DiscAZ 969), laissant à Françoise Dorin le soin d’en écrire les paroles. La chanson finit 3e et devient un tube immédiat dans l’hexagone, le plus marquant de la carrière de Guy Mardel, qui en enregistre des versions italienne (“Non Dire Mai”) et espagnoles (“amas, Jamas”). Parmi les autres francophones, Marjorie Noël représente Monaco avec “Va Dire A L’Amour” (Barclay 70772), un joli morceau, trop anodin toutefois pour faire mieux que 9e. Même commentaire pour le titre suisse, “Non A Jamais Sans Toi” (8e) par Yovanna, une chanteuse grecque ! La seule version de la Suisse parue en France est celle de Patricia Carli (Bel Air 211 327).

La sensation de la soirée, c’est bien sûr la prestation de la Luxembourgeoise de circonstance, France Gall. Avec ses cheveux blonds, son visage rond, ses yeux rieurs et ses 17 ans et demi, la jeune fille balaie en moins de trois minutes dix années de conformisme eurovisuel. Ecrit sur mesure par Serge Gainsbourg, “Poupée De Cire, Poupée De Son” (Philips 437 032, avec deux logos différents de l’Eurovision) possède un refrain et un couplet d’une même puissance. L’absence de temps mort et une orchestration cuivrée tranchent avec le violon, dont usent et abusent les autres titres en lice. En décernant à France Gall le Grand Prix, les jurys font peut-être également passer un message : assez de rengaines, du rythme ! “Le style pépée-poupée a battu la canzone/ta langoureuse ” titre France Soir. Pour la jeune idole, établie l’année précédente avec “Sacré Charlemagne”, c’est le début d’une carrière internationale menée tous azimuts. “Poupée De Cire, Poupée De Son” devient c”Das War Eine Schëne Party” en allemand et “lo Si, Tu No” en italien. Il en existe même une édition japonaise. Pour l’anecdote, on peut également s’enticher d’une version instrumentale façon ragtime, magistralement jouée par les Strapontins (Barclay 72653), et d’une autre par l’anglaise Twinkle (“A Lonely Singing Doll”, Decca 457 077) …

Magazine : Jukebox Magazine
Dominique DUFFAUT
Date : Avril 1994
Numéro : 80

France Gall, elle se tourne vers le spiritisme

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France Gall, elle se tourne vers le spiritisme
France Gall, elle se tourne vers le spiritisme
France Gall, elle se tourne vers le spiritisme

Le 2 août 1992, jour de la mort de Michel Berger, qui aurait pu penser que France Gall, ce petit bout de femme fragile et enfantine, se battrait avec autant de volonté et d’acharnement pour réapprendre le goût de vivre ? Et pourtant …

On la voyait déjà sombrer dans une grave dépression. Recluse chez elle, ruminant son chagrin et abandonnant la chanson. Mais à la stupéfaction générale, la “poupée de cire” nous a gratifié d’un bel aperçu de son caractère.

Du haut de son mètre cinquante-sept, elle a su combattre son chagrin par la seule force de sa volonté. Refusant le rôle de la veuve éplorée, on l’a vue progressivement sourire, revivre et enfin reprendre sa carrière. Alors qu’on pensait ne plus jamais la voir monter sur scène, elle a même affronté Bercy pour le plus grand plaisir de ses admirateurs.

Détendue, heureuse et incroyablement belle, France a finalement révélé le secret de cette presque résurrection : depuis la mort de son mari, c’est dans la méditation qu’elle a puisé toute son énergie.

Dévorant tous les ouvrages traitant de l’au-delà pour combler ses nuits blanches de chagrin, elle a trouvé le moyen d’affronter son malheur grâce à cette nouvelle philosophie de la vie. A l’époque, elle confiait au magazine Elle : “Selon Michel, après la mort, il n’y avait rien. Et j’étais plutôt d’accord. Mais penser que mon mari, avec toute la beauté qui l’habitait, est dans un cercueil et que tout s’arrête là est une idée qui m’est insupportable.”

Alors, pour l’amour de ses enfants, Pauline, qui a aujourd’hui quinze ans, et Raphaël, qui en a treize, France a redécouvert la foi. Pour affronter un avenir qui se joue désormais sans la présence de Michel.

Année noire

Malheureusement, malgré sa bonne volonté, le ciel ne lui a pas montré tant de clémence: le 8 avril 1993, elle révélait qu’elle était atteinte d’un cancer du sein. Deux semaines plus tard, elle se faisait opérer. Année noire, décidément, pour France Gall, avec cette épreuve supplémentaire.

Mais déterminée à se sortir de cet enfer, terrorisée à l’idée de quitter notre bonne vieille Terre pour un aller simple vers une destination inconnue, elle a assumé sa maladie en se tournant encore davantage vers la spiritualité.

“En fait, le vrai déclic n’a pas été la mort de Michel mais la perspective de la mienne. La mort m’a toujours terrorisée. Il était temps que je fasse un peu amie-amie avec elle, que j’essaie d’en savoir plus. Aujourd’hui, à quarante-cinq ans, je me demande comment j’ai pu rester des années sans m’intéresser à tout ça. Maintenant, je suis persuadée que lorsque quelqu’un disparaît, il y a une vie au-delà. Cela me donne envie d’être plus sereine”, avait-elle confié à Télé 7 Jours.

En tout cas, cela lui réussit plutôt bien. Totalement remise de son opération, France n’est jamais parue aussi resplendissante. Ses récents passages à la télévision sont là pour en témoigner. Gourmande de la vie, elle sait maintenant vers quoi se tourner pour affronter les orages du quotidien. Et elle n’est pas la seule. Parmi les stars, de Sheila en passant par Michel Delpech, Bambou et bien d’autres, nombreux sont ceux qui, à une période difficile de leur vie, ont su retrouver courage et espoir grâce à la foi.

Et pourquoi pas ? Dans ce monde de chaos où nous vivons, vers qui se tourner et qu’attendre de demain si l’on n’a pas l’amour et la rage de vivre au fond du cœur?

Magazine : Ici Paris Magazine
Stéphanie LOHR
Date : 9 au 15 mars 1994
Numéro : 2540

France Gall : un papillon fragile sur les ailes d’un soldat

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Un bout de femme qui éclate, qui explose, qui implose aussi, c'est France Gall au Zénith … de sa gloire et de sa maturité tant scénique que musicale.
Un bout de femme qui éclate, qui explose, qui implose aussi, c'est France Gall au Zénith … de sa gloire et de sa maturité tant scénique que musicale.
France Gall : un papillon fragile sur les ailes d'un soldat

Née sous le signe artistique de la Balance, France Gall a dans son ciel de naissance un ascendant Capricorne.

Chez cette femme de talent, douceur et rigueur sont à la fois réunies.

Certes cet aspect physique est typiquement influencé par Vénus, planète qui signe là la carrière de notre artiste, carrière orientée vers la musique, la danse et toutes les formes d’expression corporelle. Mais entrons plus avant dans le ciel de France, cette femme qui laisse tant paraître de douceur et de fragilité. Il ne s’agit là en fait que de l’un de ses aspects.

Ce que l’on ne voit pas, en effet, à première vue c’est sa force de caractère, sa puissance de création et de réalisation qui prend sa source au coeur même de la femme.

Pas si fragile donc qu’on pourrait le penser, notre Balance a de l’énergie à revendre et plus de répondant qu’il n’y parait.

Celle que l’on imagine volontiers femme-enfant en besoin de protection n’est pas celle que l’on croit. Elle sait faire face à sa carrière et la gère d’une main de fer en canalisant une immense discipline avec pour seul but celui de mener à bien tout ce qu’elle entreprend. Patiente, logique et déterminée, France avance avec une notion très fine et instinctive du temps. Continuité et durée s’inscrivent dans son ciel de naissance et font qu’elle agit presque toujours au moment le plus opportun. Femme de tête et volontaire, elle a les capacités de conduire un bataillon de soldats et d’obtenir de ceux avec lesquels elle travaille ce qu’elle aura décidé. France dirige, plus que tout. ..

La Lune placée dans le signe du Cancer dans le secteur des associations indique bien un large succès avec les foules apportant une popularité durable et non un feu de paille. Arrivée à ce jour dans la seconde partie de sa vie, France va désormais être dominée par son ascendant Capricorne. C’est une femme désormais secrète, solitaire et moins familière qu’il n’y parait et qui cachera derrière un si beau sourire un réalisme très présent. Le coeur chaud mais la tête froide, elle n’est pas de celles qui se laissent séduire facilement.

La déchirure que la vie lui a imposée est une expérience purement Capricorne. Saturne, planète des grande solitudes, pénètre dans une âme aujourd’hui prête à accueillir de nouvelles valeurs issues d’un élan de sérénité. Elle va désormais s’ouvrir progressivement à de nouvelles valeurs mystiques qui sommeillaient en elle et qui se révèlent à présent au grand jour. De l’enfant à la femme moderne, elle ne vécut pas la transition. Aujourd’hui, elle est consciente que sa moitié veille là-haut et sera le phare de sa destinée. Un autre art s’intègre dans son histoire : la peinture, la sculpture ou l’écriture? Nous le saurons en temps utile … Elle finira par habiter entre les lignes d’un livre dont elle n’a pas encore trouvé le titre. France avance. France se bat contre elle-même dans le but d’atteindre son idéal de perfection, idéal loin d’être éteint. L’étoile de sa naissance brille encore et sa complicité avec l’inexplicable demeure en elle un grand secret pudique. Les nombreuses planètes qui gravitent sur son ascendant sont les témoins d’une vie intérieure silencieuse, d’un destin ignoré par le grand public.

Magazine : Le monde du mystère
Mariella Madonna
Date : Mars 1994
Numéro : 12

France Gall à coeur ouvert

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France Gall à coeur ouvert
France Gall à coeur ouvert
France Gall à coeur ouvert

Après “Taratata”, sur France 2, France Gall est l’invitée de “Nulle part ailleurs” le 2 mars, sur Canal +, pour présenter son nouveau CD avec, en live, des chansons de Michel Berger.

De lui, de leurs enfants, de la maladie, elle parle avec une rare sincérité. Avant tout “pour dédramatiser” et puis parce que son métier, public, “impose une certaine dignité”.

Une femme en or. Ce trophée, l’un des cinq distinguant les femmes qui ont marqué 1993, elle le méritait sans doute plus encore que d’autres. Cette année-là, autant que la précédente, restera à jamais gravée dans sa mémoire. Avant son retour sur scène à Bercy, en avril – il a donc été différé -, France Gall entrait en clinique pour être opérée d’un cancer du sein.

La maladie, ce concert tant attendu, repoussé … Vous avez dû craquer ?

Vingt-quatre heures, oui. La première nuit que j’ai passée chez moi a été terrible. Je m’imaginais trimbalée d’un hôpital à l’autre. Possédée par quelque chose qui s’était emparé de moi à mon insu. Et puis j’ai songé à mes enfants. C’est affreux à dire, mais quand leur père est mort, j’ai pensé : je suis là, moi. Penser qu’ils risquaient de devenir orphelins, c’est insoutenable. Cette journée-là est le jour le plus malheureux de toute mon existence. Et pourtant, aujourd’hui, je considère tout ce qui est arrivé comme un cadeau.

Comme un cadeau !

Oui, quelque part j’ai eu le sentiment que je n’en avais pas encore eu assez avec la mort de Michel. Qu’il fallait que je me fasse vraiment peur pour aller au fond de moi. Cela m’a obligée à réfléchir davantage.

Que vous reste-t-il de cette épreuve supplémentaire ?

D’abord que la vérité, c’est mon truc ! Dans un premier mouvement, j’ai eu peur, si j’avouais ma maladie, que les gens se détournent de moi comme d’une pestiférée. Peur aussi qu’on ne me parle plus jamais normalement. Et puis, je n’avais pas envie que ma maladie devienne la conversation de bistrot de la France entière.

Qu’est-ce qui vous a décidée alors à parler de ce cancer ?

Un cancer du sein n’est pas une maladie honteuse. Il y a des maladies beaucoup plus graves. Dix femmes sur cent subissent ce que j’ai subi. J’ai tenu à parler pour dédramatiser. Pour éviter que des bruits amplifiés par certains viennent inquiéter mes enfants.

A eux aussi vous avez tout de suite dit la vérité ?

En partie. J’ai minimisé. Ce n’est pas facile à vivre, ce décalage entre la terreur que l’on sent au fond de soi et la nécessité de se montrer réaliste, optimiste.

On a le sentiment, depuis la mort de Michel Berger, que vous ne marchez qu’à la volonté. Certains ont trouvé curieux que vous paraissiez si gaie à la télé.

Je déteste que l’on s’apitoie sur moi. Je ne veux pas faire pleurer les gens, je veux les rendre gais. Je fais un métier qui impose une certaine dignité. Ce n’est pas toujours facile. On ne s’est pas rendu compte de l’effort que m’ont demandé certaines émissions de télévision. Demandez à l’équipe de “Fréquenstar”.

Pourquoi vous être imposé tout cela ?

Il fallait que j’affronte tout ce qui m’arrivait seule. Jusqu’en 1992, j’étais encore une petite fille. La mort de Michel, puis ma maladie m’ont fait prendre vingt ans à chaque fois. J’ai presque récupéré mon âge.

Depuis, vous avez enfin chanté à Bercy, en septembre, puis vous êtes partie en tournée. Quand vous étiez sur scène et que vous chantiez “Quelques mots d’amour” ou “Si maman si”, il y avait des larmes partout où vous êtes passée. Comment avez-vous fait, vous, pour les retenir ?

Je me raccroche à la musique, aux mots. Je me suis efforcée de ne pas penser à quoi que ce soit d’autre qu’aux chansons. Mais parfois, j’ai fermé les yeux ou tourné le dos quand l’émotion que me rendait le public m’envahissait.

Une incroyable ferveur.

Mon public a changé. C’est comme si les gens se rendaient à un rendez-vous d’amour. Ils viennent comme s’ils voulaient me dire qu’ils ont eu le courage de venir eux aussi “quand même”. Ils viennent comme s’ils se disaient que c’est la dernière fois. Cette tournée est ce qui m’est arrivé de plus heureux depuis deux ans. Je prends de la vie ce qui est à prendre. Je savoure. Je n’ai pas le sentiment d’avoir encore écrit le mot “fin”.

Et vos enfants qui étaient réticents à l’idée de vous voir seule sur scène.

Ils avaient peur que je n’y arrive pas. Ils avaient peur de la séparation. Parce qu’ils avaient envie de me protéger, de se sentir en sécurité auprès de moi. Je crois qu’à eux aussi cela a fait du bien. Que je fasse quelque chose par moi-même pour être heureuse, ça leur a donné du courage. Et ils adorent entendre en public la musique de leur père.

Ils sont venus vous rejoindre en tournée ?

Plusieurs fois. Je me suis débrouillée pour n’être pas trop absente de chez moi. J’étais de retour tous les week-ends. Mais ils sont venus aux vacances scolaires.

Les enfants, votre métier, c’est la première fois que vous assumez tout en même temps ?

Parfois, le soir quand je rentre chez moi, je m’aperçois que je suis seule dans la rue, que c’est moi dont les enfants guettent le bruit des clefs qu’on pose sur la table d’entrée. Je suis devenue le chef de famille. Je vis une vie d’homme. C’est ainsi, je n’ai pas le choix.

De quoi avez-vous envie ?

Le bonheur pour mon entourage, évidemment. Et pour moi, de parvenir à devenir plus sereine.

C’est vrai que vous vous tournez vers la spiritualité ?

Disons que je cherche. Pour Michel, tout s’arrêtait avec le dernier souffle. Quand j’ai vu Michel mort, j’ai senti qu’il y avait forcément quelque chose au-delà de la mort. Aujourd’hui, je me demande comment j’ai pu vivre jusqu’à 45 ans sans m’intéresser sérieusement à cela. Je lis des livres, je parle avec des amis. Peut-être vais-je en rester là. Je ne sais pas.

Et dans l’immédiat ?

Continuer à faire aimer la musique de Michel. La balader partout dans le monde.

En aidant des jeunes comme Droit de cité à débuter par exemple ?

Ils viennent d’un peu toutes les banlieues de Paris, Lyon, Marseille. Je crois que cette tournée a été importante pour eux. Moi, je l’avoue, j’avais besoin de leur enthousiasme, de leur fraîcheur. Je ne les ai pas aidés, ils m’ont aidée.

Vous allez vous offrir un peu de vacances …

Je me donne des rendez-vous réguliers avec l’Afrique où j’ai le sentiment de vivre une autre vie, dans une autre société. J’aime aussi séjourner au Canada, où nous avons une maison et où je me rends souvent l’été. Paris me stresse un peu.

Vous comptez y rester pour vos enfants ?

Les enfants ont besoin de vous et en même temps besoin de temps pour eux. Ils ont des chagrins très violents, puis des moments où ils ne sont que joie. Ils vivent au présent. Intensément. Je suis un peu comme eux maintenant. Michel disait de moi : “C’est une réaliste optimiste”. Je crois qu’il avait raison.

Magazine : Télé 7 Jours
Martine BOURRILLOH – Photos Michel MARIZY
Date : 26 février au 4 mars 1994
Numéro : 1761

France Gall : « En réussissant mon show, j’ai rassuré mes enfants. »

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France Gall : « En réussissant mon show, j’ai rassuré mes enfants. »

De retour du Sénégal, où elle vient de donner un concert triomphal, et tandis qu’est sorti cette semaine le deuxième album live de Bercy 93, France Gall, à qui Nagui consacre ce soir son Taratata (France 2, 22 h 30), nous ouvre son cœur…

Alain Morel : Le deuxième CD live du concert de Bercy vient de sortir… La boucle est-elle bouclée ?

France Gall : Une page est tournée, mais le livre est loin d’être refermé.

Alain Morel : Quels seront les prochains chapitres ?

France Gall : Je veux monter un spectacle différent. Peut-être pour une mini-tournée d’été, et aussi pour partir à l’étranger. Je souhaite y ajouter d’autres grands titres de Michel, comme Tennessee, par exemple.

Alain Morel : Un des « best » de Johnny ?

France Gall : Il n’y a pas de raison… Lui, il m’a pris Diego (rire).

Alain Morel : On vous sent plus « chanteuse » que jamais.

France Gall : Si je poursuis, c’est parce que cela me plaît. C’est aussi parce que cela me permet de retrouver une équipe de travail qui est quasiment devenue ma famille.

Alain Morel : Avant la première de Bercy, l’émotion vous avait saisie si fort qu’on avait cru que vous renonciez…

France Gall : Malgré moi, malgré lui, Michel exerçait une pression énorme, mais elle s’est estompée dès le premier soir, dès que j’ai eu confiance. L’émotion, ensuite, on la prenait de plein fouet tous les jours, surtout quand je chantais la Minute de silence. Je savais que beaucoup de gens pleuraient, et je fermais les yeux pour ne pas les voir… Sinon, j’étais foutue !

Alain Morel : Il paraît qu’entre le public et vous il s’est passé des choses incroyables ?

France Gall : Il y a eu beaucoup de monde et beaucoup d’amour. Le seul mot qui compte ! Un soir, à Grenoble, le public m’a carrément fait craquer. Il m’a retenue un quart d’heure sous une ovation qui sonnait comme une tonitruante « déclaration ». Je suis ressortie, les yeux sur une autre planète, et j’ai murmuré « Ah, les vaches ! »

Alain Morel : Tout cela s’est terminé il y a deux mois… Qu’avez-vous fait depuis ?

France Gall : Le dernier « soir » de la tournée était une… matinée. Cela se passait à Strasbourg. Du coup, le soir venu, on a tous dansé et fêté dans une brasserie alsacienne, puis on a marché dans la ville tous ensemble, comme de vrais amis. On savait qu’on se retrouverait. Et cela a eu lieu l’autre jour à Dakar. Encore un concert qui m’a transcendée, dans ce pays où j’ai ma petite maison et plein d’amis que j’adore.

Alain Morel : Pas de vacances ?

France Gall : Si. Elles étaient bien méritées (rire). Avec Pauline et Raphaël, on a passé les fêtes de fin d’année dans une petite île du bout du monde, du côté des Bahamas.

Alain Morel : Comment vont vos enfants ?

France Gall : Beaucoup mieux… Ils sont redevenus des enfants. Je crois qu’en réussissant mon show, j’ai aussi réussi à les rassurer.

Alain Morel : Vous aussi, vous avez l’air mieux, incroyablement rajeunie…

France Gall : Tout le monde me dit ça… C’est génial ! Il n’y a pourtant aucun tirage de peau, je vous le jure. C’est juste la musique et la scène.

Alain Morel : Certains disent qu’il y a d’autres raisons, comme la méditation, par exemple…

France Gall : J’ai su, pendant un bon moment, me couper de toutes les infos extérieures. Cela m’a fait respirer. Le monde disjoncte grave, on le sait. Quand on ne va pas très bien soi-même, on n’a pas besoin qu’on vous en rajoute au quotidien. Et puis, quand télés et journaux sont fermés, on ouvre enfin des livres. Alors, naturellement, ce sont des livres qui concernent en priorité des sujets qui m’obsèdent, comme la mort. Elle m’a toujours terrorisée et j’avais le sentiment d’être sérieusement « repérée ». Il était temps que je fasse un peu « amie amie » avec elle, que j’essaie d’en savoir plus. Cela donne, croyez-moi, matière à… méditer !

Alain Morel : Il semble que vous souhaitiez garder secrètes vos connaissances sur le sujet ?

France Gall : D’abord, elles sont encore infimes. Ensuite, ce n’est pas un fonds de commerce. S’intéresser à une certaine approche de l’au-delà, il n’y a évidemment rien de honteux (sou-rire). Mais si je suis discrète, c’est parce que le déclic n’est pas transmissible. Il vient spontanément ou pas. À quoi sert d’embêter les gens avec ça ?

Alain Morel : Êtes-vous croyante ?

France Gall : Oui, mais je n’enferme ma foi dans aucune religion.

Alain Morel : La mort de Michel, peut-on ne pas en vouloir au Ciel ?

France Gall : Peut-être que la pureté de la nature de Michel devenait incompatible avec les aspects de plus en plus malsains du monde.

Alain Morel : On dit que les routes de la connaissance sont, dans ces domaines, peuplées de charlatans.

France Gall : Ils sont faciles à débusquer. Le but de la vie des gens qui ont des facultés hors du commun, c’est toujours de se mettre au service des autres. Ceux qui se prennent pour des entreprises médiatiques, dont l’appât du gain et la conquête du pouvoir sont les motivations rapidement identifiables… voilà les faussaires.

Alain Morel : On murmure de plus en plus fort qu’une autre raison de votre bonne mine retrouvée serait… l’amour ?

France Gall : C’est important de savoir à nouveau qu’on est une femme dans le regard d’un homme. Mais les parenthèses se referment vite quand l’essentiel n’est pas là. Je vis seule avec mes enfants. C’est ma réponse aux murmures.

Alain Morel : En ce moment, vous êtes en tout cas particulièrement jolie… L’entendre, cela vous flatte-t-il ?

France Gall : Côté abnégation de soi, à côté de l’abbé Pierre, je me sens plutôt minable (rire). Moi, quand on me dit que je suis belle, j’avoue, ça me fait sacrément plaisir.

Nouveau CD paru : Simple Jeu rebranché, Bercy 93 (WEA)

Journal Le Parisien
Propos recueillis par Alain Morel
Date : 13 février 1994
Numéro : 15 377