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France Gall

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France Gall
France Gall

Elle a débarqué dans les années soixante. Avec ses cheveux jaune paille, sa jolie frimousse, son air mutin, sa silhouette menue et ses chansons piquantes et acidulées.

Fraiche spontanée, un brin naïve, elle a alors collectionné les tubes, de “sacré charlemagne” à “Annie aime les sucettes”.

Après une brève période de trou, elle a retrouvé le succès en rencontrant en 1973 son auteur, son compositeur, son producteur, son pygmalion et … Son mari, Michel berger.

Il a su trouver les mots qu’elle avait envie de chanter France Gall, l’ex-idole des yéyés, est devenue une femme des années quatre-vingt, mure, réfléchie, révoltée, combative. En aout 1992 juste après “double jeu”, le premier album qu’ils avaient enregistré ensemble, Michel a été rattrapé par son destin. Un cancer du sein a retardé sa rentrée au printemps mais elle sera bel et bien, seule sur scène, à Bercy, en septembre.

LES DEBUTS D’UNE VOCATION

“Près du lycée, il y avait un café appelé “Chez Bonald”. J’y retrouvais avant ou après, et même parfois pendant les cours, toute une bande de garçons et de filles qui préféraient comme moi écouter sur un juke box les nouveaux enregistrements venus d’Amérique plutôt que de suivre les rythmes mystérieux de l’algèbre. A mon tour, j’ai eu envie de gratter les cordes d’une guitare. Je m’entraînais toute seule, en sortant de la classe, sur celle de mon frère. Mon père, qui écrivait à cette époque les plus belles chansons d’Edith Piaf, m’a conseillé de jouer plus souvent afin d’acquérir une certaine souplesse des doigts. Maman n’avait pas l’air très heureuse de me voir, pendant des heures, faire une gamme, chercher des accords. Un jour, à table, j’ai annoncé brusquement à ma mère que je voulais apprendre à chanter. Elle a été scandalisée. Mon père, lui, n’a rien dit. Il a simplement téléphoné à un de ses amis, Quelques minutes après, il est revenu dans la salle à manger et m’a souri en disant: “Tu as rendez-vous demain chez un professeur de chant. Nous verrons ce que l’on peut faire de ta voix”. France Gall, Salut les copains, octobre 1969.

L’EUROVISION

Pour sa dixième année, le Grand Prix de l’Eurovision de la chanson organisé à Naples et transmis en direct toute la soirée pour 100 millions de téléspectateurs européens nous a montré une télévision de l’avenir. Et c’est ainsi qu’une jeune fille blonde, voix verte, robe blanche, jeune insolente de sourires arracha rapidement avec une chanson, “Poupée de cire, poupée de son”, qui ne sera qu’une parmi celles qu’elle chantera, le premier prix. Willy Guiboud, mars 1965.

LA PERIODE GAINSBOURG

A ses fulgurants débuts, quand elle chantait “Les sucettes à l’anis” pour la télévision, il y avait toujours 500 personnes sur le plateau. Elle ne comprenait pas pourquoi. “C’est normal, j’avais 16 ans. J’ai fini par demander à quelqu’un. Il m’a expliqué. J’en ai été malade. Jusqu’à 22 ans, j’ai eu peur des hommes à cause de cela, Je voyais des horreurs dans toutes les chansons, même quand il n’y en avait pas”. France n’a pas de rancune contre ses managers. “Ils pensaient faire ce qu’il fallait : battre le fer tant qu’il est chaud. Combien de fois ai-je entendu cette phrase ? Je ne crois pas qu’on puisse travailler plus que je ne l’ai fait entre 16 et 20 ans, je n’ai pas pris un jour de vacances, je suis allée dans le monde entier sans jamais m’arrêter, sans rien voir”. Jean-Pierre Cerquant, Libération, le 11 janvier 1982.

LA RENCONTRE AVEC MICHEL BERGER

“Quand j’ai entendu pour la première fois Michel chanter, j’ai eu un grand choc”, racontera France Gall. Il disait des choses que je ressentais complètement. C’était comme si c’était moi qui avait écrit des chansons”. Quand elle le rencontre au hasard d’un plateau de télévision, elle se lance: “Ecrivez pour moi!”. Seulement voilà: il refuse tout net. Il n’a besoin de personne. “Je voulais interpréter mes chansons moi-même. Ça me gonflait d’écrire pour les autres et quitte à le faire ce n’est pas pour France que je l’aurais fait”. France Gall représente en effet tout ce qu’il déteste : l’idole fabriquée à la chaine et en kit. “Son image me faisait peur, se souviendra-t-il. A la télévision, on finissait par l’appeler pour faire de la décoration. Dans ses interviews, elle ne parlait plus jamais de chanson, seulement de concombres. Je ne lui trouvais aucun point commun avec mon inspiration”. En réalité, France Gall arrive au bon moment pour Michel Berger. Il est sensible au fait qu’une femme s’intéresse à lui alors qu’il a la tête dans le sac après sa rupture avec Véronique Sanson. Ses mots le touchent et le rassurent et son charme ne le laisse pas indifférent. Il craque pour son “physique miniature”, “sa façon gracile de passer sa main dans ses cheveux longs”, “sa petite voix”, “sa spontanéité cocasse”. Il se remet à aimer et à créer. “France m’a sauvé” reconnaîtra-t-il. L’une des premières chansons qu’il lui offre est tout un programme : “La déclaration d’amour”. Loïc Sellin et Bertrand Tessier, Paris-Match, août 1993.

LE COUPLE BERGER-GALL

A 30 ans, à la veille de cette épreuve indispensable pour qui veut, dans le show-business français, accéder à la catégorie des premiers numéros, l’épreuve du Palais des sports, France Gall offre la physionomie d’un être parvenu à un grand bonheur d’exister. Elle ajoute : “bonheur de faire, bonheur de donner”. Car, pour elle, le spectacle, c’est donner, se donner, et, comme le dit le titre de son nouveau disque, titre symbole de sa vie, et de celle de son auteur : “Tout pour la musique”. Lorsqu’on entend France Gall parler de ce spectacle, puis de sa conception de la musique et de la vie au cours desquelles reviennent sans arrêt les termes “aimer” et le souci de faire face à un “monde égoïste”, on ressent souvent l’étrange impression qu’une double voix s’adresse à vous. Car c’est aussi Michel Berger qui s’exprime. Il y a entre ces deux humains une osmose rare, et ce n’est faire injure ni à l’un ni à l’autre que de l’écrire puisque, si chacun possède sa personnalité et son talent propre, ils ont cette chose que l’on ne rencontre que rarement dans les couples et encore plus rarement dans l’univers de la chanson : les gens qui s’aiment finissent par se ressembler. Philippe Labro, Paris-Match, janvier 1982.

SON DERNIER ALBUM : DOUBLE JEU

Il y a eu de la douleur dans l’élaboration de ce disque, c’est la première fois que cela nous arrive. Jusque là, je chantais tout ce qu’il me donnait sans éprouver le besoin de discuter, j’étais à l’aise sur ses chansons, c’était magique. Mais, ces dernières années, j’ai changé. Je voulais des textes plus violents, énergiques. Pas des chansons d’amour. C’est vrai que nous avons une vie agréable. Nous sommes célèbres, nous évoluons dans un décor de rêve, mais ce n’est pas cela qui nous rend profondément heureux. Il y a des épreuves ? Je ne voulais pas faire comme si elles n’existaient pas, jusqu’à maintenant, nous avions toujours marché côte à côte. Mais, moi, j’ai pris un nouveau chemin. La quarantaine, tout comme l’adolescence est une période bouleversante ( .. ,). Michel n’a pas encore totalement accepté que je sois devenue différente de la femme qu’il a connue. D’autant que lui m’offre moins l’image d’une pérennité absolue. Mais j’ai vaincu quelques-uns de mes démons. J’ai plus confiance à l’avenir”. France Gall, interview à Patricia Gandin, Elle, juin 1992.

LA MORT DE MICHEL BERGER

Il appelle France Gall. “J’ai à nouveau mal à la poitrine”. Michel Berger est dans son bain, Dimanche soir, 20h30. Il est inquiet. Il vient de jouer au tennis, une petite heure comme chaque jour depuis qu’il est à Ramatuelle. Mais cette fois-là, il a dû interrompre sa partie, premier élancement au coeur, cela ne dure pas longtemps, il rentre dans sa maison. Pense que c’est la chaleur et c’est vrai qu’aujourd’hui il a fait spécialement chaud. Second élancement dans le bain, France Gall téléphone à un médecin de garde, dix minutes plus tard, il est au chevet du compositeur. Il appelle SOS médecins et le Samu. Il se retourne vers Michel Berger. Brusquement, le chanteur pâlit, il porte de nouveau la main à son coeur. Le médecin lâche le téléphone, lui fait une injection. Michel Berger s’étend sur le lit, France Gall s’assied près de lui. Maintenant les gestes du chanteur sont lents, il pose doucement la main sur l’épaule de France. Lentement, ses yeux se ferment. Lentement, sa main sans force quitte l’épaule de sa femme et tombe sur le lit. Michel Berger est mort. Arnaud Bizot, Paris-Match, 13 août 1992.

BREVES

  • Une vraie famille de musiciens que la famille Gall/Philippe, le frère aîné de France, a lui aussi enregistré un disque, sans succès.
  • La première rencontre entre France Gall et Michel Berger remonte en réalité au 12 avril 1966. Ce jour-là, Jean-Marie Périer avait réuni toutes les idoles des années soixante pour une photo à paraître dans “Salut les copains”, Michel et France s’étaient à peine parlé.
  • C’est après sa rupture avec France Gall que Julien Clerc a demandé à son parolier, Etienne Roda-Gil, d’écrire un texte sur la souffrance d’un homme quitté par une femme. Résultat: “Souffrir par toi n’est pas souffrir”, qui figure sur l’album “N°7” du chanteur.
  • France Gall a toujours eu un faible pour les chanteurs : le troisième homme qui compte dans sa vie est Claude François.
  • C’est le 22 juin 1976 que Michel Berger et France Gall se sont mariés à la mairie du 16ème arrondissement. Ils s’installent alors près du bois de Boulogne dans une isaba construite pour l’exposition universelle de 1889.
  • France Gall a interprété en duo avec Elton John “Donner pour donner” en 1980. Musique de Michel Berger, évidemment.
  • Quand France Gall veut décompresser et déconnecter, elle s’envole, seul, pour l’Afrique. “J’ai au Sénégal une maison sur une île quasiment où l’on n’accède qu’en pirogue”.
Georges DUROY

Magazine : Générations Nostalgie
Date : Octobre 1993
Numéro : 2

France Gall, la rage de vivre !

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France Gall : la rage de vivre
France Gall : la rage de vivre
France Gall : la rage de vivre

“Ne pleurez pas dans les chaumières ! Je ne vis pas un calvaire. Je ne suis pas une mère-courage.”

C’est avec ces mots nets et tranchants que France Gall s’ exprimait au mois de mai dernier.

Pour la première fois, et en termes choisis, elle rétablissait la vérité sur sa vie, sa maladie et son nouvel état d’esprit. De quoi faire taire tous les oiseaux de mauvais augure brodant à qui mieux mieux sur le destin cruel qui venait de la frapper par deux fois en moins d’un an.

L’été dernier, Michel Berger la quittait brutalement, d’un arrêt du cœur. Celui qui avait été son pygmalion, son amour, son double musical s’en allait, la laissant seule. Pour elle, pour ses enfants, pour ses proches, France ne baisse pas les bras. Pour conjurer le malheur, pour tromper la solitude, pour “résister et prouver qu’elle existe”, et surtout parce que c’était un projet qu’elle avait mis sur pied avec Michel et qu’ils devaient se produire ensemble pour la première fois de leur carrière, elle relève le défi de Bercy. Cette immense salle de 14 000 places que seules quelques stars françaises comme Johnny Halliday ou Michel Sardou peuvent remplir plusieurs soirs d’affilée. Sans Michel, mais avec ses musiciens habituels, fidèles amis de toujours, ceux des bons et des mauvais moments, elle se prépare, s’active, surmonte l’absence pour monter un spectacle encore plus grand, encore plus beau.

Soudain, la maladie : France s’explique

Et puis, en mai dernier, à la veille de son grand retour sur scène, la terrible nouvelle combe : “Le 22 avril dernier, France Gall a été opérée d’une tumeur maligne au sein”. Aussitôt, la presse à scandales s’enflamme. Celle qu’elle a horriblement baptisée “la veuve de Ramatuelle” se voit affligée des pires maux par les pires mots. On parle de cancer, bien sûr, mais aussi de chimiothérapie et bientôt d’ablation. Des journalistes sans scrupules aggravent la situation et noircissent à loisir le tableau, inquiétant les proches et les fans de France. Lucide et déterminée, elle rompt alors le silence de son repos forcé et s’explique. Une fois pour toutes. Avec franchise, netteté, elle décrit son état de santé : “Il s’agit d’une tumeur maligne, découverte et soignée à temps”. Elle n’a eu à subir aucune chimiothérapie et n’a aucune séquelle à redouter. Pas même une cicatrice voyante. Seul le repos lui est imposé et les dates de concert sont remises à la rentrée.

Au cours de ces deux graves événements de sa vie, et au fil des interviews, on découvre une nouvelle France Gall, plus mûre, plus aguerrie, qui n’hésite plus à s’exprimer et à livrer le fond de sa pensée. Comme elle est amenée à le répéter au cours de divers entretiens, elle n’est qu’une femme qui a vécu ce que vivent chaque année des milliers de femmes. La disparition d’un être cher, la maladie sont des étapes de la vie. Mais son statut de star n’autorise personne à violer, à ces occasions, la vie privée qu’elle a su jusqu’à présent protéger,

Pour Michel, elle relève le défi aujourd’hui

A 40 ans, France Gall reconnaît être à un tournant de sa vie. Côté privé, puisqu’elle apprend à vivre avec l’absence. Côté professionnel également car la musique n’a jamais autant compté. Elle sent qu’elle est aujourd’hui parvenue à une nouvelle maturité, un nouveau palier. Comme cette reprise de “Mademoiselle Chang”, de Michel Berger, enregistrée en une nuit avec des amis et lancée le lendemain chez les disquaires. France veut vivre de nouvelles aventures professionnelles. C’est Michel qui lui a montré que la scène était une immense source de joie, et c’est pour lui qu’elle relève le défi aujourd’hui, Elle prend de nouveaux risques financiers et personnels en assumant une lourde partie de la production. C’est elle qui décide des décors, des costumes, de l’ordre des chansons, du rythme du spectacle. A sa propre surprise, elle adore ce nouveau rôle, ces nouveaux défis. C’est en véritable femme d’action, armée d’un nouveau courage, qu’elle prend aujourd’hui cette nouvelle vie à bras le corps. Avec succès et classe … la tête haute.

Laurent Duuault

Michel et France : une belle histoire d’amour

C’était un des couples les plus unis, les plus complémentaires, les plus équilibrés que l’on connaisse. Qu’ils appartiennent au show business n’est qu’accessoire. leur amour était plus fort que tout. “Elle est Terre, je suis Air”, a-t-il déclaré un jour pour définir leur relation. Fuyant le star système et la publicité facile, ils se marieront en secret et élèveront leurs enfants à l’abri des paparazzis. Pauline (15 ans) et Raphaël (13 ans) grandissent en harmonie, loin des rumeurs. Elle devient sa muse, il sera celui qui lui offrira ses plus belles chansons. Depuis “La déclaration d’amour” titre qui fut vendu à plus d’un million d’exemplaires, chaque disque est un nouveau rendez-vous magique, rendez-vous d’amour et de complicité. “Double jeu”, leur premier album réalisé en commun, sera le parfait point d’orgue d’une relation qui se sera toujours déclinée dans l’intelligence et le talent. France, aujourd’hui, continue seule son chemin mais elle se sent plus prête, plus sûre. La musique de Michel est à elle, pour elle … pour toujours.

Magazine : Intimité Magazine
Date : Octobre 1993
Numéro : 2444

France Gall : à la reconquête de la vie

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France Gall : à la reconquête de la vie
France Gall : à la reconquête de la vie

Courageuse, elle a puisé dans l’adversité une force nouvelle.

Après l’amertume du chagrin, elle va pouvoir enfin savourer le plaisir de ses retrouvailles avec le public à Bercy.

Née sous le signe de la Balance, France Gall illustre parfaitement la dualité du signe. Son image fut longtemps décalée par rapport à sa véritable personnalité. Il a fallu la mort et la maladie pour que l’on découvre sa vraie nature : angoissée, vulnérable, mais aussi combative et amoureuse de la vie.

France Gall fait ses débuts dans la chanson en 1963, en pleine vague yé-yé. Bien que née dans une famille de musiciens, elle n’avait pas spécialement décidé de chanter. Le succès de Ne sois pas si bête, son premier disque, en décide autrement. Sans même s’en rendre compte, France commence sa carrière de chanteuse. Elle a seize ans.

Le choc est rude.

“L’adolescence, c’est un passage très difficile et j’aurais aimé au moins en connaître le côté agréable, les flirts, les boums … au lieu d’être pendant un mois au Japon où je pleurais tous les jours.”

Projetée hors du chaud cocon familial, elle parcourt le monde et travaille sans répit.

1965 : c’est la consécration avec Poupée de cire, poupée de son, qui obtient le Grand Prix de l’Eurovision. Les sucettes à l’anis, Bébé requin … autant de tubes qui ont marqué cette époque. Mais France se sent de plus en plus décalée par rapport à ce qu’elle chante. Le cœur n’y est plus et le succès retombe. Creux de la vague, dépression.

Jusqu’au jour où elle entend une chanson de Michel Berger : Attends-moi. Elle le rencontre, le convainc non sans mal d’écrire pour elle. Il compose La Déclaration. Pour France, c’est une véritable renaissance professionnelle. Désormais, Michel Berger ne composera plus que pour elle.

Possessive, France ? “S’il écrivait pour d’autres chanteuses, cela m’ennuierait vraiment, et quel intérêt pour lui ?”

La rencontre professionnelle s’est doublée d’une rencontre amoureuse. La vie privée de France a rarement défrayée la chronique. Seule une brève idylle avec Claude François lui valut une fois, mais pas deux, les titres de la presse : papa Gall, arguant que sa fille était mineure, fit condamner aussitôt les journaux indiscrets. Sa liaison avec Julien Clerc était trop passionnelle pour que France, qui rêvait de fonder un foyer, s’engage vraiment.

Avec Michel, elle trouve enfin l’homme de sa vie.

Les médecins pensent qu’elle ne pourra pas avoir d’enfants : elle se bat et en aura deux. France aborde difficilement la quarantaine, qui réveille ses angoisses au point qu’elle décide d’entamer une psychothérapie pour trouver l’origine de cette vulnérabilité

Chaque année, elle part vivre quelque temps seule dans son île, au Sénégal. En 1992, elle enregistre pour la première fois un album en duo avec Michel. Quelques semaines après sa sortie, il meurt foudroyé par une crise cardiaque. France tient bon et décide que ces chansons faites pour eux deux doivent être chantées sur scène. “Je me coule littéralement dans la musique de Michel, on ne fait qu’un, j’ai ce que les chanteurs recherchent toute leur vie et c’est le bonheur.” Mais on découvre alors qu’elle a un cancer du sein. Opération, convalescence.

Et, en ce mois de septembre, seule pour la première fois, France retrouve son public à Bercy. Jupiter transitera alors le Soleil, l’Ascendant et Vénus en Balance; cette rencontre s’annonce donc sous les meilleurs auspices ; le public et les amis seront au rendez-vous.

L’arrivée de Saturne en Maison V, l’année prochaine, pourrait bien correspondre à une nouvelle orientation professionnelle, axée sur la production el la formation de jeunes chanteurs.

Magazine : Horoscope
Anne HOPKINS
Date : Octobre 1993
Numéro : 523

France Gall à Bercy, quel culot !

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France Gall à Bercy, quel culot !
France Gall à Bercy, quel culot !

Virage à 180° pour France Gall !

On connaissait son goût impénitent pour le jazz et les voix de mammas noires. Mais de là à remodeler pratiquement tout son répertoire et risquer de nous prendre à rebrousse-poil en nous plaçant à contrepied de nos habitudes, cela frisait l’inconscience, pour ne pas dire le culot.

Eh bien ce culot, elle l’a eu, France ! Et avec ce magnétisme fou, cette voix chaque fois plus suave et ce feeling de vraie pro, elle a fini par nous avoir, insolemment tranquille et souriante, prenant quand même au passage l’avis du public pour être bien certaine qu’il continue de l’aimer,

Dire qu’il n’y a pas de malaise au départ sur certains titres (tels “Le Paradis blanc” ou “Débranche”), pratiquement méconnaissables tant ils se vident de leur substance rythmée pour s’étirer en blues à n’en plus finir … serait malhonnête, d’autant que rien dans la mise en scène d’une sobriété renversante n’aide à entrer de prime abord dans ce nouveau jeu étonnamment intimiste pour Bercy.

Flanquée de ses quatre complices musiciens, la gestuelle plus coulée, la tenue (longue chemise rouge sur caleçon noir) très “comme à la ville”, la nouvelle Gall sait doser les émotions. Le très beau “Laissez passer les rêves” – extrait de son dernier album “Double jeu ” – laisse délicatement passer le souffle de Michel Berger.

La deuxième partie plus acoustique, avec le fidèle Perathoner qui troque le synthétiseur contre le piano, l’indétrônable Janis Top (à la guitare) et l’arrivée d’un miraculeux joueur de bandonéon, nous rallie définitivement.

France conclut son spectacle dans une houle d’amour avec une meute de fans à l’avant-scène et, une joyeuse clique de rappers venus de la banlieue pour bouger avec elle sur “La Négresse blonde”, “Ella elle l’a” et “Mademoiselle Tchang”.

Elle a bien raison de n’en faire qu’à sa tête.

Magazine : France Soir
Monique PREVOT
Date : 14 septembre 1993
Numéro : 15270

France Gall : tout pour la musique

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France Gall : tout pour la musique
France Gall : tout pour la musique
France Gall : tout pour la musique

De ses débuts à 15 ans à aujourd’hui, la carrière de France Gall est jalonnée de tubes écrits pour elle par son compagnon, Michel Berger. En juin 1992, ils sortent ensemble Double jeu, un album qu’ils voulaient présenter sur scène. Dans Fréquenstar, France Gall interprète quelques-unes des chansons qu’elle a choisies pour ces concerts à Bercy.

Les débuts yé-yé

France Gall n’a que 15 ans quand elle enregistre son premier disque. “Je n’avais pas décidé de chanter, dira-t-elle plus tard, mais simplement de ne pas redoubler ma troisième”. Portée par la vague yé-yé, elle enchaîne les tubes et gagne l’Eurovision avec Poupée de cire, poupée de son, une chanson de Serge Gainsbourg.

La rencontre

En 1974, Michel Berger écrit La Déclaration pour France Gall. C’est le début d’une collaboration qui durera plus de quinze ans. Il lui écrit ses plus belles chansons et lui donne envie de remonter sur scène. En 1979, elle joue et chante dans Starmania, l’opéra-rock de Michel Berger.

Le couple s’intéresse aussi au monde qui l’entoure. A l’appel de Daniel Balavoine, ils soutiennent Action Ecole pour aider les enfants en Afrique. C’est la rencontre entre France Gall et un petit garçon du Sénégal qui inspire à Michel Berger la chanson Babacar.

Le retour sur scène

En juin 1992, Michel Berger et France Gall sortent ensemble l’album Double Jeu. Ils projettent alors de remonter sur scène. Mais Michel Berger meurt en août 1992. Il venait juste de terminer la version américaine de Starmania : Tycoon. The world is stone, chantée par Cyndi Lauper, entrait dans les hit-parades.

France Gall montera seule sur la scène de Bercy. Pour ce spectacle, elle a imaginé elle-même la mise en scène et choisi les chansons qu’elle interprétera, pas pour rendre hommage à Michel Berger, mais, comme elle le dit “parce que la musique, c’est la vie. Ça continue.”

Magazine : Télérama Junior
Date : 11 au 17 septembre 1993
Numéro : 85

France Gall rouge de plaisir

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France Gall rouge de plaisir
France Gall rouge de plaisir

Je ne peux pas croire que ce soit possible une chose pareille. C’est dingue ! C’est tellement d’émotion ce moment.

“Vous savez que ça fait six ans qu’on ne s’était pas vus ? Eh bien, la plus belle chose qui me soit arrivée depuis, c’est ici, à Bercy, maintenant.”

Elle est apparue à contre-jour entre ses quatre musiciens ; elle a rejoint avec eux le devant de la scène, et plus elle avançait, plus la lumière soulignait sa blondeur, plus elle semblait petite, toute petite sous la clameur de son public retrouvé.

Tout est simple. Le décor aux gradins rouges, juste rehaussé de tentures dans la seconde partie, le jeu des éclairages éparpillant leurs étoiles blanches dans les cintres, et cette façon qu’a France Gall d’être en contact avec la salle, de lui parler longtemps, puis de se retirer dans ses chansons, pensive, concentrée, assurant le rythme de son poing fermé, Ce qui frappe chez elle, c’est cette nonchalance sans mélancolie qui l’accompagne dans ses mélodies. Même ses tenues sont sans apparat : un pull long et rouge sur un justaucorps et un pantalon noirs, d’abord ; une tunique et un pantalon gris clair ensuite.

“Il faut que je vous dise, souffle-t-elle après avoir lancé au front une salve de ses chansons nouvelles émaillée d’une version différente, plus souple, de “Cézanne peint” : pour un rendez-vous comme celui-ci on a envie de se faire belle. Alors j’ai voulu une robe ; je la voulais rouge, dans un tissu extraordinaire. J’y ai pensé des nuits et des nuits et, quand je l’ai essayée, hier pour la première fois, je me suis rendu compte qu’elle me grossissait ! Alors je suis venue vers vous comme ça, nature.”

Mais elle la montre tout de même, pour le plaisir. Elle la tient serrée sur sa poitrine. Elle tourne avec elle. C’est une robe courte avec des reflets de velours satiné. C’est une robe de la joie de vivre, écarlate dans les Paradis Blancs. Puis elle enchaîne avec “Evidemment” et tout Bercy chante avec elle, reprend au refrain, tandis qu’elle n’en finit pas de dire, presque tout bas, comme en écho à sa propre voix “qu’on rit toujours comme des enfants, mais plus comme avant”.

Magazine : Le Parisien – Edition de Paris
Pierre Vavasseur – Photo “le Parisien” Philippe Lenglin
Date : 11 et 12 septembre 1993
Numéro : 15245

France Gall, la rage de revivre !

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Durement frappée depuis un an par le destin, France Gall revient sur scène avec un « énorme bonheur ».
Durement frappée depuis un an par le destin, France Gall revient sur scène avec un « énorme bonheur ».

Durement frappée depuis un an par le destin, France Gall revient sur scène avec un « énorme bonheur ».

Dans un Bercy chargé d’émotion auquel elle s’attaque pour la première fois, France Gall guérie et épanouie fait son grand retour ce soir, après six ans d’absence. Six ans déjà depuis son Zénith, en 1987, où elle investissait une scène en forme de soucoupe volante. Depuis un an, le destin s’est acharné sur elle. Il lui a repris son mari, Michel Berger, puis l’a frappée d’un cancer du sein, bénin, mais cette opération et le traitement qui a suivi l’ont obligée à reporter son spectacle. Malgré tout cela, France n’a rien perdu de sa rage de vivre ni de son rythme. Une force qu’elle pulse, bien sûr, dans l’immense amour qu’elle a vécu avec Michel Berger. Retrouvailles.

France-Soir : Après une année à « survivre », comme vous le dites, Bercy vous redonne le bonheur de revivre?

France Gall : Ah oui ! Un énorme bonheur. Car, tout en affrontant les choses, je ne me suis jamais relâchée une minute, cette année, dans ma tête. Et ce qui m’a touchée beaucoup, c’est que mes enfants d’un seul coup, pour m’aider, se sont mis à se comporter en adultes. J’ai tout de suite arrêté ça. Pauline va avoir 15 ans, Raphaël n’en a que douze. Alors, un soir, je lui ai dit : « C’est gentil, mon chéri, mais tu es encore trop jeune pour jouer les chefs de famille. Tu ne remplaceras pas Michel. Tu es mon enfant et tu vas vite te laver les dents et aller te coucher. »

France-Soir : Pourquoi l’image de mère-courage vous a-t-elle été aussi insupportable ?

France Gall : Je sais bien qu’en soi ce n’est pas une insulte. Beaucoup de femmes revendiqueraient ce qualificatif. J’aimerais simplement alléger ce terme de son côté dramatique. Une couverture de magazine me montrait effondrée après mon opération, disant que je me battrais jusqu’au bout. C’était d’un mauvais goût ! Bon, c’est vrai que, le cancer, il sort ou il sort pas, mais tout le monde l’a. Pour moi, il est sorti. C’est fréquent après un grand choc. Simplement, il n’était pas envahissant. On ne m’a pas fait de chimio. On m’a juste enlevé une petite boule dans le sein qui n’a pas laissé l’ombre d’une cicatrice. Et il est fort probable, m’ont dit les médecins, que je n’en entende plus parler.

Je suis donc très, très loin des cas extrêmes et dramatiques. Et ce n’est pas une rescapée de tous les sinistres qui va monter sur la scène de Bercy. Je crois, heureusement, que mon public ne s’y trompe pas. Mais les gens sont facilement perturbés par ce qu’ils lisent. Et, à propos de bonheur, ce qui m’a surtout blessée, c’est ce que j’ai lu dans un autre magazine sur Michel et moi. En gros, c’était : elle a voulu faire son premier disque avec lui parce que ça ne marchait plus du tout pour elle. Puis, en quelques lignes, on sautait directement, quinze ans plus tard, à de ridicules petites querelles de métier parce que je ne voulais pas chanter exactement ce que Michel proposait. Sordide.

Toute l’extraordinaire histoire d’amour qu’on a vécue, Michel et moi, était réduite à ça. Dix-huit ans que je vais garder toute ma vie. Car même s’il ne m’arrive plus rien, je suis riche de ça. Tout a été beau entre nous. Et les rares personnes qui nous ont suivis d’un peu près peuvent témoigner de cette complicité pleine d’humour et d’amour qui nous liait.

France-Soir : Votre spectacle en témoigne-t-il ?

France Gall : J’espère. D’ailleurs, c’est étrange ce qui se passe en ce moment. J’ai beau dire que ce spectacle je le fais d’abord pour moi et pas pour Michel (ça fait niaiseux et mélo et je ne veux pas d’un spectacle larmoyant), je vois bien que plus le spectacle approche et plus la présence de Michel m’envahit. Mais c’est aussi ce qui me donne ma force et me fait dire : « Il faut que la vie continue ! »

France-Soir : Vous aviez eu le temps d’échafauder ensemble un canevas du spectacle?

France Gall : Rien. C’est moi, cette fois, qui décide de tout. Son, lumières, éléments de décor … Mais en me posant toujours la question : est-ce qu’il serait d’accord ? Ma réponse est : « oui ». Je suis sereine là-dessus. Les moments les plus heureux de cette année auront été ceux où j’aurai travaillé sur ce spectacle. Avec Michel, j’avais les commandes de la vie privée. J’organisais tout pour qu’il puisse créer, créer, créer. (Admirative) Sa production est inimaginable ! Lui avait les commandes de la vie professionnelle. Et c’était bien agréable de me remettre entre ses mains. Mais apprendre à maîtriser un spectacle est passionnant aussi.

France-Soir : Envisagez-vous un jour de chanter autre chose que du Michel Berger ?

France Gall : Impensable. En ce moment précis en tous les cas. La musique de Michel, c’est comme si j’étais née avec. Quand je l’ai entendue pour la première fois, j’ai cru que c’était moi qui parlais. Ce spectacle, je n’ai pas fini de le trimballer en tournée ! Au moins pendant deux ans!

France-Soir : Quelles sont les particularités de ce grand retour?

France Gall : Les musiques et le son. J’avais une certaine lassitude des morceaux que je chantais depuis près de quinze ans. J’ai changé dans ma tête artistiquement. Et c’est en ça qu’il y a eu des heurts avec Michel au moment de l’écriture de notre album « Double jeu ». Lui, en tant qu’artiste naturellement inspiré, n’éprouvait pas ce besoin de changement. Et moi, j’aurais aimé surprendre. Je pense que ce sera le cas ce soir à Bercy. La première partie comprend beaucoup du dernier album, auquel je n’ai pas touché. Dans la deuxième partie, je chante aussi des chansons qui appartenaient à Michel, comme « Le Paradis blanc », « Quelques mots d’amour », mais je les ai réorchestrées. Je n’en fais qu’à ma tête, c’est bien connu … La touche finale sera l’arrivée de toute la banlieue, avec une association qui s’appelle « Droit de cité ». Que des jeunes rappeurs blacks et beurs qui m’apportent leur culture et leur fraîcheur en m’accompagnant dans « Ella, elle l’a », « La Négresse blonde » et « Mademoiselle Tchang ». Le bonheur !

Journal France-Soir
Par Monique Prévot
Date : 10 septembre 1993

Programme France Gall – Tournée 93/94

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Le programme de la tournée 93/94 était vendu pendant les concerts de France Gall les 10, 11, 12 et 22, 23, 24 septembre 1993 au Palais omnisports de Paris-Bercy.
Le programme de la tournée 93/94 était vendu pendant les concerts de France Gall les 10, 11, 12 et 22, 23, 24 septembre 1993 au Palais omnisports de Paris-Bercy.

Le programme de la tournée 93/94 était vendu pendant les concerts de France Gall les 10, 11, 12 et 22, 23, 24 septembre 1993 au Palais omnisports de Paris-Bercy.

Il était ensuite proposé pendant la tournée jusqu’en décembre 1993 à Strasbourg.

Ce programme se compose de 16 pages (32 faces) avec un contenu particulièrement riche. On y retrouve une très belle interview : Paroles de France – “J’ai demandé à chaque personne qui travaille avec moi de me donner quelque chose qu’elle n’avait jamais donné avant à personne. Quelque chose pour moi.” Cette interview est retranscrite ici.

Paroles de France

Seule mais pas solitaire, tel est le regard que France jetait sur elle-même et sa manière de travailler quelques mois avant Bercy quand elle cherchait encore à quoi allait ressembler son spectacle. Le premier dont elle allait assumer seule tous les aspects. A quelques jours de son premier concert, elle parle de ses musiciens, de sa vision musicale personnelle, de son avenir.

Savez-vous qui est venu vous voir et vous écouter ce soir ?

C’est drôle car je pense que cela va être différent des autres fois : je ne vais pas avoir que des fans dans la salle. Il va y avoir des gens qui viennent parce que l’on a beaucoup parlé de moi cette année par la force des événements. Il va y avoir tous les gens qui aimaient Michel, qui vont, d’une certaine manière, tenter de le retrouver à travers moi. Et puis, évidemment, il va y avoir ceux qui sont là depuis toujours.

Ceux qui aimaient Michel, vont-ils le retrouver ?

Incroyablement, oui. Parce que quoi que je fasse, quelle que soit la façon dont j’ai orchestré ses chansons, les mélodies sont tellement fortes … J’ai beau changer les rythmes, changer les instruments, les solos, les intros, mettre une voix de fille à la place de la sienne, on reconnaît les chansons de Michel incroyablement.

Ces changements, c’est une nécessité, un besoin, une volonté ?

En réécoutant toutes les chansons, les miennes et les siennes afin de choisir celles que je chanterais sur scène, je me suis rendue compte que je ne pourrais pas les faire comme Michel les avait faites, lui. Je les entendais, cette fois, autrement… Ce qui est important ce sont les notes et les mots, le reste c’est de l’habillage. Et chacun a le droit de s’habiller comme il veut au moment où il décide de le faire. Cette fois, j’avais un son dans la tête, un esprit, une atmosphère musicale, j’ai fait en sorte qu’elle existe.

Pour les musiciens qui jouent avec vous sur scène et qui ont travaillé régulièrement et depuis longtemps avec vous et Michel, cela a-t-il posé problème de vous suivre dans cette nouvelle vision musicale ?

Il a fallu un an et tout le temps du dernier album pour qu’il comprennent ce que j’entendais. Par exemple, quand on a fait Double Jeu avec Michel, il arrivait que, dans un morceau, Michel entende un solo de guitare et moi aussi j’entendais un solo de guitare. Cependant, Michel, lui, l’entendait très joli, propre. Moi, je l’entendais moche, crasseux. Les musiciens avaient deux solutions : devenir fou ou nous comprendre tous deux et trouver un compromis. Double jeu est donc un compromis.

Si les musiciens n’avaient pas compris ce que je voulais entendre, je ne sais pas ce que j’aurais fait. Mais ils ont passé une année entière à m’observer musicalement et ce que ces quatre garçons me donnent aujourd’hui est immense. Ils me suivent et en même temps ils me poussent, et je ne pourrais pas faire ce spectacle sans eux. On est cinq aujourd’hui devant des milliers de gens et je sens que l’on fait le poids : on est autant capable de donner que de recevoir.

C’est vrai qu’au départ c’était une sécurité extraordinaire de les avoir avec moi, mais cependant, je leur ai dit : “Je vais faire ce spectacle seule, et ce que vous allez me donner, vous allez le chercher en vous et vous ne l’aurez jamais donné à personne avant. Il faut que vous me disiez si vous allez m’apporter quelque chose que vous n’avez jamais fait, quelque chose de nouveau.” Je leur ai posé la question à chacun. Mais j’ai posé la même question à Jacques Rouverollys qui fait les lumières ou à Yves Jaget qui fait le son. J’ai posé cette question à tous ceux qui travaillent avec moi. Pour en revenir aux musiciens, au bout d’un mois de répétition, on savait où on allait. L’osmose était totale. Cela a été très difficile pour eux car je sais dire non, mais je ne sais pas dire ce que je veux. Je sais l’indiquer à coups de refus. J’ai besoin du talent et de l’intelligence des autres pour obtenir ce que je veux : ils ont su me proposer et moi j’ai su disposer. Il faut par honnêteté que j’ajoute que je suis au moins aussi perfectionniste (chieuse ?) que l’était Michel.

Ce qui m’impressionne le plus dans ce travail fait avec les musiciens, c’est que nous sommes cinq et qu’il n’y a qu’une seule sensibilité, comme si il n’y avait qu’une seule personne.

Avec les autres membres de votre équipe, habitués à travailler avec vous dans le passé, comment cela s’est-il passé ?

A eux tous, je n’ai cessé de dire : “Si vous trouvez que ce que je vous demande est à côté de la plaque, vous me le diriez, n’est-ce pas ?” Mais cela c’est possible uniquement avec des gens avec qui on a une véritable intimité. Et avec ceux qui travaillent avec moi, j’ai une histoire, vous comprenez ?

Votre volonté de faire quelque chose “d’autre”, quelque chose à vous, ne correspond pas à l’image que nous avons de vous : l’interprète dissimulait une volonté musicale propre ?

C’est cela, mais j’en suis la première étonnée. Michel m’a suffisamment appris pendant suffisamment longtemps pour qu’à un moment j’existe par moi même. Le vrai problème c’est que je me suis toujours considérée comme une interprète. Je n’ai jamais pensé que je pouvais avoir une idée de comment faire les choses. Et c’était probablement vrai. Mais là, par la force des choses, j’ai dû le faire.

Vous racontiez néanmoins que, avant de rencontrer Michel, vous aviez déjà un goût personnel prononcé, puisque vous n’aimiez pas toutes les chansons que l’on vous donnait à interpréter ?

J’ai aimé toutes les chansons de Gainsbourg. Pour les autres en effet j’ai été assez mitigée. Mais cela dit je me rends compte que c’est aussi très pratique de s’écraser. Avant (j’ai l’impression de parler comme un ancien combattant !), on ne sortait que des simples avec quatre titres et je sortais quatre de ces simples par an. En général, sur quatre titres, il y en avait deux que j’aimais et que je défendais, et pour pouvoir les imposer, j’acceptais les deux autres qui ne m’emballaient pas. Heureusement depuis que j’ai rencontré Michel, cela a complètement changé puisque tout ce que je fais, je l’aime.

La question évidemment que l’on peut se poser, c’est : “Qu’est ce qui va se passer après cette première expérience en solitaire ?”

C’est un gros problème pour moi, car je ne vois pas du tout où je vais (rires). Cette fois-ci, c’est simple, je fais un spectacle avec des chansons que j’aime. Mais dans l’avenir, si je dois refaire un autre spectacle, je pense immédiatement que je puiserais dans l’œuvre de Michel. Cela ne m’effleure pas pour l’instant de chanter autre chose que les chansons de Michel. Michel, qui était un romantique, disait de moi que j’étais un réaliste-optimiste. C’est peut-être pour cela qu’aujourd’hui je ne vois pas au-delà de cette tournée qui va me rendre heureuse jusqu’en décembre.

France Gall : je ne veux pas qu’on me plaigne

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Après avoir surmonté les pires épreuves (la mort de Michel Berger et son propre cancer), France Gall remonte sur les planches, tenant tête au destin et ne supportant pas qu'on s'apitoie sur elle.
Après avoir surmonté les pires épreuves (la mort de Michel Berger et son propre cancer), France Gall remonte sur les planches, tenant tête au destin et ne supportant pas qu'on s'apitoie sur elle.

Elle entame ce soir le premier volet d’une série de concerts à Bercy.

Après avoir surmonté les pires épreuves (la mort de Michel Berger et son propre cancer), France Gall remonte sur les planches, tenant tête au destin et ne supportant pas qu’on s’apitoie sur elle.

Alain Morel : Deux fois différé pour des raisons dramatiques, voilà enfin Bercy, l’immense défi, le coup d’envoi aussi de votre grand retour sur scène. A quelques heures du lever de rideau, comment ça va vraiment ?

France Gall : Ça va … avec des hauts et des bas. Et quand les bas font mine de prendre le dessus, je suis particulièrement contrariée. Ce spectacle, j’aurais préféré l’aborder de manière plus légère. Sans jamais avoir à me battre pour retenir mes larmes. Je ne voulais pas laisser l’émotion m’envahir mais, dans cette dernière ligne droite, je me retrouve face à elle. Sans doute parce que le gros du travail est fait. Ça libère l’esprit. Du coup, ne pas penser devient un exercice difficile.

Alain Morel : Il y a quatre mois, deux jours avant que des examens vous révèlent la maladie dont le traitement éprouvant allait vous contraindre à repousser votre spectacle, vous disiez que Bercy ne serait pas un hommage à Michel, que vous ne le faisiez que pour vous. Est-ce toujours le cas?

France Gall : Je n’aimais pas l’idée que ce soit un hommage. Michel détestait ce genre de chose et je n’allais pas, moi, en être l’instigatrice. Je voulais aussi insister sur mon envie de chanter à nouveau et inscrire ce spectacle dans un contexte gai.

Ça, d’ailleurs, je ferai tout pour m’y tenir, même si certains me l’ont reproché lors de mes rares passages à la télé.

Pour le reste, plus l’heure H s’est précisée et plus j’ai su que Michel serait tellement omniprésent que chaque frisson lui rendrait hommage. Plus le spectacle a pris forme, plus la première s’est approchée, et plus j’ai eu le sentiment de me rapprocher de lui. Je crois que nous sommes définitivement indissociables. En fait, c’est en faisant Bercy pour moi que je le fais vraiment pour lui.

Alain Morel : L’essentiel de votre répertoire est d’ailleurs constitué de ses chansons à lui.

France Gall :  Il y a bien sûr notre album à tous les deux, il y a aussi ce qu’on pourrait appeler mes « incontournables » (rires)… Mais c’est vrai que j’éprouve un plaisir inouï à chanter ses tubes. J’ai presque le sentiment de chanter de nouvelles chansons et je suis fascinée par la cohésion qui ressort entre tous ces titres.

Alain Morel : Vous êtes-vous déjà imaginée, dans une carrière future, chanter des chansons qui ne soient pas signées Michel Berger ?

France Gall :  Non. Absolument pas. Je n’imagine pas cela du tout. La seule chose que j’imagine, c’est de prolonger ce spectacle le plus loin possible. Le trimbaler, par exemple, aux quatre coins du monde. Mon but, c’est aussi de faire en sorte que « Starmania » et « La Légende de Jimmy » soient jouées le plus possible … et partout.

Michel avait envie de cela et j’ai le sentiment que les décisions que je ressens le besoin de prendre sont en parfait accord avec lui. Tous les deux, vous savez, on était un couple rare. Jamais de bonheur à l’eau de rose. Toujours une vraie complicité sur l’essentiel des choses. En fait, ce que j’ai encore à faire pour nous, cela va me prendre dix ans.

Alain Morel : Pour votre bonheur, ne serait-il pas plus raisonnable de vous battre pour … oublier ?

France Gall :  Je n’ai jamais pensé à lutter pour oublier. Je sais que toute ma vie je vivrai avec ça. Je l’ai admis. L’autre jour, une journaliste m’a demandé s’il y avait eu des aspects positifs dans les drames qui m’avaient frappée. Eh bien, pour mon cancer, il y en a eu. Mais la mort de Michel, ce départ d’une violence absolue, maquillée de calme, il n’en reste que l’absurdité et la douleur. Continuer à vivre avec le souvenir des bons moments, espérer bien sûr que la souffrance s’atténuera – car on ne peut pas travailler quand elle est trop aiguë – , mais ne pas détruire le passé. Il n’y a rien d’autre à faire. Michel, de toute façon, n’avait pas de plus grand supporter que moi. Son aura, son talent, son œuvre, sa musique font partie intégrante de ma vie. Pour mes enfants comme pour moi, c’est notre patrimoine. S’y consacrer n’alourdit pas l’atmosphère … bien au contraire.

Alain Morel : A part le travail, de quoi, aujourd’hui, votre vie se nourrit-elle ?

France Gall :  De mes enfants … et de réflexion.

Alain Morel : Il paraît que vos enfants étaient hostiles à votre retour sur scène ?

France Gall :  Ils s’inquiétaient pour moi. Vous savez, quand on perd son père, on n’a qu’une peur, c’est de perdre sa mère. Au début, je ne pouvais même pas quitter la maison sans qu’ils paniquent. Maintenant, ils participent beaucoup à mon travail. Je leur raconte mes sensations, ils donnent leur avis … On s’organise. Même en tournée, ils me rejoindront souvent.

Alain Morel : Comment ont-ils subi l’épreuve de votre maladie ?

France Gall :  Avant ma complète guérison, j’en avais considérablement minimisé les effets. L’idée de leur imposer cette nouvelle épreuve était l’un des pires aspects de la chose.

Alain Morel : Est-ce la raison de votre silence ?

France Gall :  L’une des raisons. Les autres sont plus égoïstes. D’abord, j’ai pensé que les gens me fuiraient. Qu’ils se détourneraient de moi comme si j’étais pestiférée. Les chiens malades, aucun autre chien ne s’approche d’eux. Ensuite, je me suis dit qu’on ne me parlerait plus jamais de la même façon qu’avant… que je guérisse ou non. Je ne voulais pas non plus devenir la conversation de bistrot numéro un dans la France entière. Enfin, je ne supportais pas l’idée qu’on me plaigne, cela n’a pas changé d’ailleurs ! Alors, j’ai failli m’inventer une jambe cassée ou un truc comme ça. Mais, d’un autre côté, je ne voulais pas mentir. Disons que je parle peu mais je choisis la vérité. Je ne le regrette pas. La vérité, c’est vraiment mon truc.

Alain Morel : C’est une sorte de « vérité » que vous cherchez quand vous parlez de … réflexion ? Vos proches disent que vous vous êtes tournée vers la spiritualité …

France Gall :  Je n’ai pas trop envie de parler de ça, car on n’en parle utilement qu’avec des gens qui ont réellement envie de s’y intéresser. Ce qui est clair, c’est que se retrouver confrontée à sa propre mort occasionne un bouleversement.

Surtout si, en peu de temps, on vient de voir son premier « mort » en la personne de son père, puis de perdre son amour dans les conditions que vous connaissez. Moi, j’ai ressenti le besoin de parler de certaines choses avec des amis et surtout, de lire des ouvrages sur la foi, l’au-delà, la frontière entre la vie apparente et la mort.

Pour Michel, tout s’arrêtait après le dernier souffle et, tant qu’il était là, je m’abritais, sereine, derrière sa pensée. En plus, il me trouvait trop fragile pour que je m’aventure dans ce genre de domaine. Aujourd’hui, je me demande comment j’ai pu rester des années sans m’intéresser à tout cela. L’âme, c’est tout de même plus important que le fameux « niveau social » après lequel tout le monde court en s’agitant. Mais, rassurez-vous, je ne fais pas brûler d’encens ni tourner les tables (Rires) … Je me fais juste un petit trajet au milieu de la folie de la vie …

► France Gall à Bercy, ce soir à 21 heures, demain à 21 heures, dimanche à 16 heures et à 21 heures. Puis du 22 au 25 septembre. Location : 40.02.60.60.

Magazine : Le Parisien (édition de Paris)
Propos recueillis par Alain Morel
Date : 10 septembre 1993

France Gall à Bercy (Publicité)

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Publicité pour les dates de concerts de France Gall à Bercy. Il n’a pas été possible de faire 6 dates consécutives. Les représentations ont eu lieu les 10, 11, 12 et 22, 23, 24 septembre 1993 au Palais omnisports de Paris-Bercy.
Publicité pour les dates de concerts de France Gall à Bercy. Il n’a pas été possible de faire 6 dates consécutives. Les représentations ont eu lieu les 10, 11, 12 et 22, 23, 24 septembre 1993 au Palais omnisports de Paris-Bercy.

Publicité pour les dates de concerts de France Gall à Bercy.

Il n’a pas été possible de faire 6 dates consécutives. Les représentations ont eu lieu les 10, 11, 12 et 22, 23, 24 septembre 1993 au Palais omnisports de Paris-Bercy.

Magazine : Le Parisien (édition de Paris)
Date : 9 septembre 1993
Numéro : 15243