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Bouleversante France Gall

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Bouleversante France Gall !
Bouleversante France Gall !

Un moment fort, unique, bouleversant, qui a empoigné les milliers de spectateurs venus remplir Bercy pour faire un triomphe à France Gall.

Du 10 au 17 septembre, chaque soir, au beau milieu de son récital, France s’est arrêtée de chanter pour s’adresser directement à son public.

Et en entendant ses mots, si simples, tous avaient la gorge serrée.

“Quand Michel a chanté “La Minute de silence”, il vous a demandé de ne pas applaudir. Je vous demande de faire le silence après cette chanson …”

Hommage poignant de France Gall à Michel Berger qui est l’auteur de toutes les chansons de ce récital : certaines écrites directement pour France, d’autres chantées par Michel lui-même, plus quelques-unes en duo sur leur ultime album. Un récital que France reprendra, à Bercy toujours, du 22 au 25 septembre. Cette chanson, “La Minute de silence”, a une histoire bouleversante. Michel l’avait enregistrée avec Daniel Balavoine, disparu le 14 janvier 1986.

Et quand Michel a fait le Zénith, en avril de la même année, il a effectivement demandé aux spectateurs de ne pas applaudir, en mémoire de Daniel.

En demandant la même chose à son public, France a rendu un superbe hommage à Michel bien sûr, mais aussi à Daniel.

Magazine : France Dimanche
Date : Septembre 1993
Numéro : 2455

France Gall guérie

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France Gall est guérie ! Tout à fait guérie. C'est l'heureuse et formidable nouvelle que nous pouvons vous annoncer aujourd'hui.
France Gall est guérie ! Tout à fait guérie. C'est l'heureuse et formidable nouvelle que nous pouvons vous annoncer aujourd'hui.

France Gall est guérie ! Tout à fait guérie. C’est l’heureuse et formidable nouvelle que nous pouvons vous annoncer aujourd’hui.

Toujours aussi belle, le visage auréolé de la blondeur dorée de ses cheveux, la voix aussi fraîche et acidulée que par le passé, elle offre même l’image d’une femme épanouie et bien dans sa peau.

Et pourtant, comme le destin a été brutal, implacable, inhumain avec France Gall ! Non seulement il lui a arraché Michel Berger, son amour, son époux, le père de ses deux enfants, mais il l’a frappée dans sa propre chair.

Au printemps dernier, elle a été victime d’un cancer du sein. Et France qui, avec un rare courage avait décidé de remonter sur scène malgré son chagrin, a été obligé d’annuler tous ses concerts et d’entreprendre un traitement pénible.

Heureusement, cette période noire, cette année horrible est terminée. Mais comme France a dû lutter contre le destin ! Une lutte où, heureusement, elle n’a jamais été seule. Non seulement l’affection, la complicité de ses deux enfants, Pauline et Raphaël, l’ont toujours soutenue, mais une femme, une femme exceptionnelle l’a aidée de toutes ses forces.

Cette femme à qui elle dit aujourd’hui un grand, un émouvant «merci», c’est sa mère, Cécile.

Avec un immense amour, Cécile Gall a su retrouver les gestes tendres, les petits mots câlins dont elle avait bercé l’enfance de sa “Babou”, le diminutif d’Isabelle, le vrai prénom de la star de la chanson.

Consolée par sa mère, encouragée par les mots et les gestes touchants, elle a su donner un nouveau sens à sa vie. Épouse comblée, mère heureuse, artiste adulée, elle avait vécu comme dans un rêve.

Les coups du sort ont changé tout cela. Aujourd’hui, France a mûri. Elle connaît désormais le vrai prix de la vie.

D’ailleurs, tous ceux qui l’ont approchée se sont fait la même réflexion :

“France est métamorphosée. Elle est devenue une autre femme !”

Mais une autre force, une autre énergie lui ont permis de mener à bien son combat. En effet, ces deux derniers mois, il s’est passé un événement bouleversant qui a contribué puissamment à sa guérison. Après avoir vécu la disparition tragique de Michel, après avoir frôlé elle-même la mort, elle s’est rendu compte qu’il existait une autre dimension à l’existence. Que tout ne s’arrêtait pas brutalement, ne laissant aucun espoir.

“Avant, a-t-elle déclaré, je ne m’étais jamais vraiment posé la question de la vie après la mort. Mais, aujourd’hui, j’ai changé. Après la disparition de Michel, après avoir moi-même vu la mort de très près, je commence à croire qu’il y a une continuité, une autre existence.”

Nul doute que ce réconfort, cette immense espérance dans l’au-delà ont aidé France Gall à gagner son fabuleux pari ! En effet, le 10 septembre prochain, dans six jours donc, elle va se produire à Bercy pour une série de sept concerts exceptionnels. Et quand elle montera sur scène, tous seront témoins de son incroyable « renaissance. »

Pourtant, France refuse absolument qu’on la fasse passer pour une héroïne.

“Ce que j’ai vécu à 45 ans, beaucoup de femmes de mon âge l’ont elles aussi vécu. Les millions de lettres de soutien que j’ai reçues m’ont fait comprendre que, malgré la célébrité, je n’étais qu’une femme comme les autres.”

Une femme comme les autres, certes. Mais une femme dont le courage et la volonté ne peuvent que forcer le respect et l’admiration.

Magazine : France Dimanche
Par Claude Leblanc
Date : du 4 au 10 septembre 1993
Numéro : 2453

France Gall à Bercy : la revanche

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France gall a accepté de répondre à toutes nos questions. Sérénité mais aussi, par instants, colère, tel est son état d'esprit quelques jours avant Bercy, les 10, 11, 12, 22, 23, 24 et 25 septembre prochains avant une grande tournée en France, du 8 octobre au 5 décembre 1993.
France gall a accepté de répondre à toutes nos questions. Sérénité mais aussi, par instants, colère, tel est son état d'esprit quelques jours avant Bercy, les 10, 11, 12, 22, 23, 24 et 25 septembre prochains avant une grande tournée en France, du 8 octobre au 5 décembre 1993.

Près de cent mille spectateurs vont lui faire un triomphe. France Gall est de retour pour notre plus grand plaisir.

Elle a accepté de répondre à toutes nos questions. Sérénité mais aussi, par instants, colère, tel est son état d’esprit quelques jours avant Bercy, les 10, 11, 12, 22, 23, 24 et 25 septembre prochains avant une grande tournée en France, du 8 octobre au 5 décembre 1993.

« La mèche, ça va, là ? » France n’écoute pas la réponse, elle tranche. Enfile, docile, la chemise que le photographe lui demande de passer, étudie l’effet dans le miroir, relève le col, puis le laisse tomber bien bas sur ses épaules découvrant un joli décolleté, jauge le tout, se ravise soudain d’un grand éclat de rire : trop échancré. « Faut quand même pas que j’en fasse trop ! Quoique … pour ceux qui doutent que je les ai encore ! » Ouf, c’est elle qui en parle. De cette sale petite « boule au sein qu’il a fallu lui enlever de toute urgence au printemps dernier. Plus qu’un mauvais souvenir ? Le sourire est là pour l’attester. « Je suis intacte, je suis guérie. »

Et puis, France n’est pas du style à s’écouter. « Je n’ai pas le choix. J’ai deux enfants et, dans quelques jours, je suis sur scène. » Trop à faire. Trop de moments forts aussi en perspective pour renoncer. Pour s’autoriser à gamberger. Sinon comment tenir bon ?

Il y a de la force, de la dignité chez ce petit bout de bonne femme d’un mètre soixante. Quelque chose de gamin, de juvénile dans le visage, aussitôt tempéré par une émouvante gravité. Primesautière, un brin facétieuse, elle obéit aux désirs du photographe, plaisante avec la maquilleuse, se love dans un fauteuil, prend la pose. Et tout à coup, replonge. Elle semble loin, très loin. Autour, on se sentirait presque de trop, voyeurs, déplacés. Sacrilèges, en quelque sorte, dans cet endroit qui doit lui rappeler tant de scènes passées. Car c’est là, dans cet hôtel particulier, transformé pour la circonstance en studio photos, que Michel enregistrait ses chansons, c’est là qu’auprès de lui elle veillait, là qu’ils retrouvaient à chaque note de musique une intense complicité. Témoin, la photo sur leur dernier CD « Double Jeu », où ils sont assis sur des coussins blancs près de l’escalier. France ou les deux facettes. Même si, là, ce n’est pas par jeu. La séance de photos se termine. Elle remet son chemisier rouge, prend une cigarette, et avant que chacun ne reparte, trouve un mot gentil. Rassurante, elle promet, malgré l’heure tardive, de prendre le temps nécessaire pour l’interview. Bien qu’elle ne voie pas vraiment pourquoi on a tant insisté pour la rencontrer.

« Ça me touche, mais j’ai toujours du mal à comprendre pourquoi on s’intéresse à moi. J’ai accepté de sortir un peu de ma réserve à cause de cette maladie qui m’a contrainte à faire faux bond en juin dernier. Je me dois d’expliquer pourquoi à mon public. Sinon, moins je parle de moi, mieux je me porte. »

Moins on parle d’elle aussi, semble-t-il. Le ton change, France est furieuse. Les bras autour des genoux, les tennis noires à semelles compensées coincées sur le fauteuil, la chanteuse au look d’éternelle adolescente s’anime et retrouve l’autorité de ses quarante-cinq ans.

« On a écrit n’importe quoi au sujet de Michel et moi. Je trouve ça écœurant. Je souhaite à tout le monde de vivre une histoire d’amour aussi forte que la nôtre. Quinze ans sans un nuage, sans une dispute, avec une courtoisie et un respect absolus, vous vous rendez compte ! Pourquoi salir tout ça ? » Il fallait que ça sorte.

Devant la représentante d’une corporation qu’elle a parfois du mal à supporter, France choisit de vider son sac. Parce qu’elle a été blessée par des mots, et qu’elle a mal. Tout ça parce qu’une méchante crise de quarantaine – « Rien que de très banal, comme les femmes la vivent toutes » – l’a plongée, il y a peu, dans un désarroi inattendu, face à des remises en cause douloureuses. Une soudaine envie de chanter autre chose, de vivre autrement. « Pendant des années, j’ai été derrière Michel et heureuse de l’être. Là, j’ai eu envie d’être à côté. Je me suis rebellée. Mais c’est bien, quelqu’un qui se rebelle. C’est quelque chose que je juge positif, c’est un formidable virage. » Qu’elle a effectué à l’aide d’une psychothérapie, de séjours au Sénégal dans une maison éloignée de tout et de tous, histoire de se retrouver, et en tentant d’expliquer à Michel ce qu’elle désirait désormais chanter. Dur pour un créateur, habitué à suivre son seul instinct. Déroutant surtout pour un mari, qui ne reconnaissait plus sa femme. Quinze jours à Los Angeles et Michel est revenu avec « Double Jeu ». Joli cadeau d’amour prouvant, s’il en était besoin, que lui seul pouvait comprendre ce que France attendait : « Ce disque est mon préféré. » Et l’apothéose de leur complicité retrouvée. Au point de projeter, pour la première fois de leurs carrières, de monter ensemble sur scène.

Une partie de tennis fatale à Ramatuelle en a décidé autrement. L’enterrement, la souffrance, le quotidien sans lui… France, pour ses enfants, fait front. « Dès le lendemain, je leur ai fait une vie gaie. J’ai laissé la porte ouverte à tous les amis tout au long de l’année … Vu ce qui m’est arrivé ensuite, peut-être que j’aurais mieux fait de craquer ». A peine six mois après le drame, elle participe à quelques émissions de télévision : « Je sais que certains m’ont reproché d’apparaître gaie, désinvolte. Ça ne se faisait pas pour une veuve ! Ils ignoraient les heures que je passais ensuite à me remettre de pareilles évocations. Mais lorsqu’après, on leur a annoncé mon opération, je leur ai tout à coup paru plus humaine. » Un check-up de routine au printemps avant d’affronter seule Bercy début juin – « Parce qu’il fallait que les choses continuent » – et la seconde mauvaise nouvelle tombe : une tumeur maligne au sein. Le gouffre. Puis la remontée instinctive : « Il ne fallait pas que mes enfants soient orphelins ! » Chimiothérapie et répétitions du spectacle alternent. Jusqu’à ce que … « J’ai cru que j’allais mourir de fatigue. Ce n’est pas une expression. J’étais totalement à bout. »

Annulation de Bercy. « Un mois de cauchemar, un été de solitude », quelques mises au point aussi : France ne supporte pas qu’on la traite de « mère Courage » et qu’on brosse un tableau pathétique de son « calvaire ». Pas le temps de s’apitoyer sur son sort, d’autant que très vite de nouvelles dates sont fixées pour Bercy. Quelques semaines de vacances au Canada, au mois d’août, où elle possède aussi une maison, et la voilà désormais disposée, impatiente d’être sur scène. Plus forte encore qu’avant : « Il me reste heureusement la musique, un métier qui me passionne, deux très beaux enfants, bref, pas mal de choses. » De nouvelles amitiés aussi : « Cette année, j’ai connu des gens nouveaux, des comiques surtout : Muriel Robin, Pierre Palmade, Michel Blanc … J’ai besoin de me nourrir. Auparavant j’étais nourrie par quelqu’un vingt-quatre heures sur vingt-quatre. »

« Ce spectacle sera un très grand moment. L’avenir ? Bercy terminé, il y aura une courte tournée en France. Et après, quand les applaudissements vont cesser, les lumières s’éteindre … « Je ne veux pas y penser. J’ai la chance d’hériter des musiques de Michel. Je vais faire jouer « Starmania » et « la Légende de Jimmy » à travers le monde, et puis, il a écrit un film. A moi de trouver le producteur, le metteur en scène … Pendant dix ans, j’ai de quoi m’occuper. »

Gardienne du Temple ? « C’est le patrimoine de mes enfants et le mien, je dois y veiller. » Mais chaque chose en son temps. Parallèlement à Bercy, il y a aussi, plus prosaïquement, la rentrée des enfants :

Pauline, quatorze ans, en troisième, Raphaël, douze ans, en cinquième. « Je n’irai pas les conduire au lycée. Ils trouvent que ça ne se fait plus. » Des graines d’artistes, l’un et l’autre. « L’aînée a un don pour le dessin, mon fils, lui, qui ressemble à son père comme deux gouttes d’eau, mais aussi extraverti que Michel était secret adore la musique. »

France nous quitte pour aller répéter à Bercy.

« Je sais que ce spectacle va être un très grand moment. »

Elle l’a voulu presque intimiste … dans la plus grande salle de France ! « Nous serons cinq sur scène. Je sens que c’est comme ça qu’il faut le faire ! » précise-t-elle avec cet aplomb qui tranche si brutalement avec sa fragilité. Et, songeuse, de susurrer : « En fait, je fais ce que Michel ne m’aurait pas permis de faire. Il aurait préféré un très grand spectacle. » Ou l’art d’être fidèle et rebelle à la fois.

Magazine : Madame Figaro
Par Maryvonne Ollivry
Photos Barry Dunne / Madame Figaro
Date : 4 septembre 1993
Numéro : ?

France Gall, sa vie sans michel Berger

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France Gall, sa vie sans michel Berger
France Gall, sa vie sans michel Berger
France Gall, sa vie sans michel Berger

Chapeau France Gall ! Malgré les terribles épreuves qu’elles a vécues, la mort de son mari, Michel Berger, et son opération du sein, elle revient en force, du 10 au 12 et du 22 au 25 septembre, au Palais Omnisports de Bercy.

Sa rage de vivre a pris le dessus et elle relève l’incroyable défi que lui avait lancé Michel avant de disparaître, le 2 août 1992 : poursuivre sa carrière tout en gérant l’énorme entreprise « Berger».

S’armant de courage, la petite fée blonde s’est battue pour mettre sur pied un fabuleux spectacle, à la fois artistique et émouvant, en hommage à son « professeur Tournesol ». Aujourd’hui, France Gall est plus solide que jamais et semble avoir puisé dans son chagrin encore plus d’énergie : “Je n’ai plus peur de rien, dit-elle. Comme si, en partant, Michel m’avait légué sa force.”

Avant les répétitions, France s’est réfugiée quelques jours dans sa somptueuse propriété, Le Clos Saint Nicolas, située à Vasouy, près de Honfleur, en Normandie. Nous avons mené notre enquête pour en savoir un peu plus sur la manière dont la jeune femme vivait désormais.

D’une façon générale, les gens du village affirment, avec une certaine amertume dans la voix : “Depuis la mort de Michel, on ne la voit plus aussi souvent.”

Il semble en effet que France Gall ait choisi d’éviter le plus possible les contacts avec le monde extérieur. Quand elle se rend dans un lieu public, c’est toujours pendant les heures creuses. Et elle prend alors soin de porter des lunettes noires afin de limiter les risques d’être reconnue.

Mais évidemment, elle ne peut tromper ceux qui la connaissent bien. Aux Vapeurs, le célèbre restaurant de Trouville-sur-Mer, les patrons, Martine et Gérard Bazire, nous ont confié que France arrivait pour dîner vers 19 heures afin d’éviter la foule : “Elle vient régulièrement depuis la mort de Michel. Nous avons remarqué qu’à table, même si elle est entourée de ses enfants et d’amis, ce n’est pas la grande gaieté. Elle a l’air triste. On voit bien qu’il manque quelqu’un à ses côtés.”

A Honfleur, dans la rue du Dauphin, il faut être matinal pour avoir la chance de rencontrer France Gall. A l’heure où tout le monde dort encore, excepté les commerçants qui ouvrent leurs portes, on peut entendre le vrombissement d’une Renault Espace qui se gare sur la place Sainte-Catherine.

Trois, quatre, cinq silhouettes descendent de la voiture et se dirigent vers La petite Chine, une pâtisserie réputée pour ses desserts à base de pommes.

“Elle apprécie les gourmandises en général, mais ce qu’elle préfère, ce sont les tartes Tatin” explique Fan Terrier, la propriétaire des lieux. C’est quelqu’un de très simple. Elle vient avec sa gouvernante et je peux vous dire que personne dans la rue ne la reconnaît, personne ne se retourne sur elle.”

« Hésitante … »

Malgré tout, la chanteuse préfère ne pas s’attarder en ville. Elle se contente de faire un petit tour chez Jean-Claude Herrault, le fleuriste de la place Pierre Berthelot, pour choisir des bouquets de fleurs champêtres à dominantes jaunes et bleues : “France est une cliente très sympa, mais pas très facile, avoue celui-ci. Elle est hésitante, change d’avis, ce qui me complique les choses pour réaliser mes compositions florales. »

A la parfumerie, en revanche, France se montre décidée : “Elle ne reste pas longtemps car elle sait ce qu’elle veut. Elle a ses produits de beauté attitrés, tel que le parfum L’heure Bleue de Guerlain, son maquillage est sobre, rimmel et eye-liner noirs. Et lorsqu’elle vient en ville, elle est toujours accompagnée d’un certain nombre d’amis.”

Et pour ne pas perdre de temps, France envoie ses deux enfants, Pauline, qui a quatorze ans, et Raphaël, qui en a douze, chercher du pain à la boulangerie. Au blé d’or.

Le seul endroit où on ne la rencontre plus, c’est Deauville. Autrefois, elle s’y rendait régulièrement et, au cours de ses escapades, s’arrêtait chez Liberty’s, une boutique de décoration d’intérieur.

Alain, le vendeur, s’est occupée d’elle pour la dernière fois quinze jours après le décès de son mari : “Elle a du goût, dit-il. Et le chic pour choisir les plus belles choses : comme des peintures scandinaves contemporaines et des petits coussins. Elle adorait vraiment chiner.”

C’est vrai, ça fait un an qu’on ne la voit plus, la petite France, un an qu’elle est seule, un an qu’elle se bat : “Aujourd’hui, dit-elle, j’ai le sentiment d’avoir passé une ‘année à survivre plutôt qu’à vivre.”

Les fenêtres du Clos Saint Nicolas sont grandes ouvertes et laissent entrer l’air frais et les parfums de la campagne normande. Retirée du monde, France Gall profite de ses tous derniers moments de détente avant Bercy, en compagnie de ses enfants chéris et de ses amis qu’elles a invités à partager le calme et la sérénité de sa retraite …

Magazine : Ici Paris Magazine
Reportage et photos Maureen MARCHAL
Date : 1er au 7 septembre 1993
Numéro : 2513

France Gall debout

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Elle remonte sur scène après avoir tout affronté : la disparition de Michel Berger et sa propre maladie, un cancer du sein. Elle n'aime pas qu'on la trouve courageuse.

France Gall remonte sur scène après avoir tout affronté : la disparition de Michel Berger et sa propre maladie, un cancer du sein.

Elle n’aime pas qu’on la trouve courageuse. Elle n’aime pas qu’on ressasse tout ça à sa place.

Elle préfère revenir chanter, sans lui, mais avec ses titres à lui, qu’elle seule peut s’approprier aujourd’hui. Elle chantera même quelques-unes des chansons que Berger avait écrites pour lui-même et enregistrées sur ses propres albums.

Notamment « Le Paradis blanc », « Chanter pour ceux » et « Mademoiselle Chang».

Bercy, 10, 11, 12 et 22, 23, 24 septembre, 21 heures. Soirée supplémentaire le 25. Tél. 43.46.12.21.

Magazine : Le Parisien (édition de Paris)
Date : 30 août 1993
Numéro : 15234

France Gall : je suis devenue quelqu’un d’autre

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Métamorphosée, livrée à elle-même, France Gall a puisé, dans le travail et un tas de curiosités nouvelles, une rage de vivre ... contagieuse.
Métamorphosée, livrée à elle-même, France Gall a puisé, dans le travail et un tas de curiosités nouvelles, une rage de vivre ... contagieuse.

Après ses ennuis de santé, il lui a fallu affronter ce mois d’août au souvenir douloureux.

Métamorphosée, livrée à elle-même, France Gall a puisé, dans le travail et un tas de curiosités nouvelles, une rage de vivre … contagieuse.

Ludmilla Chartoff : Vous n’aimez pas passer pour Mère Courage, pourtant on a du mal à ne pas se dire : la pauvre, tout ce qui lui arrive …

France Gall : Franchement, alors que la fin de l’été approche, je me dis : y’en a marre ! Par la force des choses, j’ai dû interrompre la préparation de mon spectacle. Je me suis trouvée désœuvrée ces trois derniers mois et chacun sait qu’un esprit livré à lui-même est une véritable catastrophe ! La vérité est que j’ai eu beaucoup de mal à passer l’été en raison de cette date du 2 aout qui, avant, comme après, était sans cesse trop proche. Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’avoir passé une année à survivre plutôt qu’à vivre.

L.C. : Cette année aurait-elle été plus facile à traverser si vous n’aviez pas été une personne publique ?

F.G. Absolument ! C’est tout à fait nouveau pour moi d’être seule en couverture des magazines pour d’autres raisons que pour mon travail et de lire des choses concernant ma vie privée. Avant, je maintenais une frontière infranchissable entre la vie personnelle et la vie professionnelle. Je n’avais pas le sentiment d’être quelqu’un de public. Depuis la mort de Michel, je ne me suis exprimée que deux fois (dont une dans ELLE) et, pourtant, il y a eu des couvertures de magazines en pagaille et encore plus d’articles. Je me rends compte que je n’y peux rien et qu’il va falloir que je fasse avec. Alors, quitte à devoir le faire, autant dire les choses telles qu’elles sont.

L.C. : Ce qui voudrait dire qu’il existe un décalage entre ce que vous lisez sur vous et ce que vous pensez de vous-même ?

F.G. (martelant les mots). Je-n’ai-pas-envie-de-jouer ! J’ai envie de vérité. J’ai envie de dire les choses telles que je les vis, telles que je les sens, telles que je les vois.

L.C. : On sent comme une exigence dans ce que vous dites, à quoi est-elle due ?

F.G. Je ne sais pas pourquoi c’est aussi inacceptable pour moi que les gens m’imaginent autrement que ce que je suis. Je ne comprends pas pourquoi cela me fait autant de mal quand je lis certains articles où l’on parle de moi de façon tellement fausse. J’ai envie que l’on sache ce que je suis vraiment. Je ne suis pas une sainte, mais je crois être quelqu’un de « bien » et ce n’est pas le sentiment que je retire de ce que je lis sur moi écrit par des journalistes qui ne m’ont jamais rencontrée ! Dernièrement, il y a eu des papiers sur Michel, puisqu’il y a un an qu’il est mort. Je n’ai pas voulu apporter mon concours à ces articles, on peut comprendre cela, il me semble : il fallait déjà que je traverse cette période sans m’écrouler et j’étais très loin de me douter à quel point cela allait être difficile. En lisant la masse de contrevérités, d’approximations, d’amalgames et d’erreurs contenue dans ces articles, je me disais que les journalistes sont vraiment légers. Au moment où j’ai dû annoncer que j’étais atteinte d’un cancer, la plupart des articles ont été négatifs, dramatisants, ignorant les informations encourageantes. Comme si ceux qui font les journaux, pensant que leurs lecteurs ont besoin de savoir que les gens souffrent, en rajoutent à plaisir, enlaidissent, bafouent, trichent, salissent. Peut-être certains lecteurs ont-ils ce besoin d’ailleurs, puisque ces magazines se vendent bien ? Moi, je suis quelqu’un de positif. D’un malheur, d’une souffrance, d’un problème, je tire instinctivement une force nouvelle.

L.C. : Que les gens ont besoin de la souffrance des autres, c’est le sentiment que vous avez retiré des lettres que vous ont envoyées les lectrices de ELLE ?

F.G. Ce courrier était d’une nature totalement nouvelle pour moi. D’habitude, je reçois énormément de lettres, mais plutôt de teen-agers, de jeunes gens qui ont rarement plus de 25 ans. Cette fois, les lettres, des centaines, provenaient en majorité de femmes qui avaient sensiblement mon âge. Ce n’était donc pas la même façon d’écrire et il y avait une grande tendresse dans ces lettres. A leur lecture, car je les ai toutes lues, j’ai perçu une reconnaissance de moi, femme, en tant que telle. Or, je n’avais jamais vraiment pensé à moi en ces termes : à mes yeux, j’étais la mère de famille, l’épouse, la chanteuse. Cela va vous faire sourire : je me suis sentie une Française parmi les Françaises, une femme parmi les femmes. Je me suis aussi rendu compte à travers ce courrier à quel point les femmes pouvaient s’entraider. A quel point les femmes aimaient les autres femmes. Ca m’a beaucoup touchée. Vous voyez, aucun point commun entre ce courrier et les articles dont je parlais.

L.C. : Cette année, vous avez traversé des épreuves fortes, vous avez dû prendre en main votre carrière, gérer « l’entreprise France Gall », les sociétés que vous a léguées Michel, préparer votre spectacle, vous assumer en tant que femme seule … Comment vous en sortez-vous ?

F.G. Maintenant que je suis complètement guérie, je trouve cela intéressant à vivre. Et pourtant, je ne suis pas une folle de travail, je n’aime pas courir ni faire deux choses à la fois, ce que je fais en ce moment. Je n’avais jamais décidé d’un décor, des lumières, de la façon dont les musiciens doivent jouer, d’une mise en scène, de l’ordre des chansons pour ne parler que de Bercy et de la tournée que j’entreprends à partir d’octobre. Michel faisait tout cela. Et ça m’arrangeait bien. Et il s’est passé une sorte de miracle ! Au début, j’ai pensé que je n’y arriverais jamais, et puis tout s’est délié comme par magie. C’est un peu comme si une case s’était ouverte en moi, libérant des forces, des intérêts, des curiosités nouvelles dans tout un tas de domaines.

L.C. : Vous en parlez comme émerveillée par vos propres capacités ?

F.G. Vous savez, je n’étais pas très fière de moi de réaliser qu’à 45 ans je devenais quelqu’un d’autre, d’une certaine manière, que je découvrais tant de choses sur moi et sur le monde, si importantes qu’elles peuvent bouleverser une vie. Je me demandais si je n’étais pas un peu attardée ! Si j’étais restée tout ce temps dans un cocon, aveuglée par une sorte de bonheur anesthésiant ? Mais, heureusement, certains de mes amis, intelligents et cultivés – car j’ai des amis intelligents et cultivés ! -, m’ont rassurée en me démontrant que les grandes choses sont généralement réalisées entre 50 et 60 ans ! C’est un peu comme si je n’avais jamais réfléchi auparavant, analysé, médité. Maintenant, je suis livrée à moi-même, sans garde-fou, et je le prends ce temps, bien que dirigeant mes affaires, préparant mon spectacle, m’occupant de mes enfants et du reste.

L.C. : Quels aspects de la vie découvrez-vous qui vous paraissent importants ?

F.G. Ce sont les aspects les plus … « spirituels » de la vie. Dans ma vie, j’ai été entourée de gens qui, soit comme Michel, maîtrisaient les aspects les plus abstraits des choses et, par conséquent, n’éprouvaient pas le besoin d’en parler. Soit par des gens qui les rejetaient complètement. Lorsque je dis spirituel, je m’avance avec précaution. C’est aussi bien s’intéresser aux gens et à la signification des choses qu’à l’existence d’une vie après la mort. D’une vie ou de quelque chose ? Michel, lui, par exemple, pensait qu’après la mort il n’y a rien. Comme j’admirais Michel, j’ai beaucoup adopté ses idées, dont celle-là : après la mort, il n’y a rien. Mais penser que Michel, avec toute la beauté qui l’habitait, est dans un cercueil et que tout s’arrête là, est une idée qui m’est insupportable. Depuis qu’il a disparu, je suis donc mon propre chemin à travers mes questions. Je me dirige vers un domaine où je n’étais jamais allée et dont l’appel comble sans doute un besoin de réponses. Le déclic n’a pas été la mort de Michel mais, évidemment, la perspective de la mienne, quand on m’a annoncé que j’avais un cancer dont on ignorait à ce moment la gravité. Être guérie n’a heureusement pas éteint ce besoin de comprendre.

L.C. : S’intéresser à ce genre de choses, n’est-ce pas dangereux quand on doit être une femme d’action ?

F.G. C’est très curieux car, lorsque j’ai commencé à m’intéresser à tout cela, je me suis dit que je ne pourrais plus vivre de la même façon. Michel, d’ailleurs, ne tenait pas à ce que je m’aventure de trop près dans ce genre de choses, il me trouvait trop fragile pour cela. Disons qu’aujourd’hui, en dehors de mes enfants et de la scène, c’est là (et ce « là » est vaste et encore flou) que réside mon principal centre d’intérêt, mais j’y vais très mollo.

L.C. : C’est donc une artiste chargée d’émotions et d’expériences qui va monter sur scène à Bercy dans quelques jours ?

F.G. Je me sens au meilleur de moi-même dans mon art, je n’ai jamais mieux chanté. La musique qui va me porter, c’est évidemment celle de Michel, ses chansons, mais que je me suis complètement appropriés. Avant de travailler avec l’équipe qui est avec moi sur et autour de la scène, et qui travaillait avec nous depuis longtemps, j’ai demandé à chacun de me donner ce qu’il n’avait jamais donné à personne auparavant. Ils l’ont fait. J’ai préparé ce spectacle, le décor, les orchestrations, les lumières avec une vision qui est la mienne. Seule. Comme je le suis aujourd’hui devant ma vie qui, d’une certaine manière, commence. C’est donc avec une sorte de rage de vivre que je rencontrerai le public, une rage positive, une rage qui ne fait qu’exprimer mon amour de la vie.

Dans le ELLE du 8 octobre 2001, France Gall commente elle-même ses couvertures

AOÛT 1993 « Entre cette couverture et la précédente (Février 1993), il y a eu la maladie, mon cancer. Les messages de soutien et d’amitié que m’ont envoyés des centaines de femmes à travers le journal ELLE m’avaient profondément émue. Pour la première fois de ma vie, je me sentais une femme parmi les femmes. »

Magazine : Elle
Par Ludmilla Chartoff

Photos Jean-Marie Périer.
Date : 23 août 1993
Numéro : 2486

Destins brisés : Michel Berger

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Destins brisés : Michel Berger
Destins brisés : Michel Berger
Destins brisés : Michel Berger

Sous la tendresse, la révolte

A la fin d’une partie de tennis, le 2 août 1992, Michel Berger a eu un malaise. Sous la lumière de la Provence, dans la maison ocre qu’il partageait avec sa femme, France Gall, et leurs deux enfants, il est mort quelques minutes plus tard.

Soudain, le public qui ne connaissait pas vraiment ce timide inspiré et fécond a découvert que, depuis bientôt trente ans, il chantait du Berger sans le savoir. Comme dans la légende, il avait été foudroyé en plein essor.

Et, pourtant, on a appris que le compositeur de 45 ans, apparemment dans la force de l’âge, se savait fragile.

C’était le secret de tant d’intensité, l’urgence et l’exigence de vivre vite.

Le surdoué de 16 ans pose timidement sur la photo historique des copains

“A 14 ans, j’ai connu la cassure intégrale, en écoutant Ray Charles et Elvis Presley, disait-il. J’ai décidé d’abandonner le solfège, de rejeter la technique classique.” Fils cadet du Pr Jean Hamburger et de la pianiste Annette Haas-Hamburger, Michel Berger est un enfant doué. A 3 ans, il joue du piano à quatre mains avec sa mère. Parallèlement à la musique, qui a toujours fait partie de son univers, il continue ses études: le lycée Carnot, puis philo à Nanterre avec, pour sujet de maîtrise, “L’esthétique de la pop music”. Dès 15 ans, il a sorti son premier disque sous le label La Voix de son maître: “Tu n’y crois pas”, sélectionné comme “Chouchou” par “Salut les copains”. Le 12 avril 1966, il pose (tout à gauche, au 3e rang) pour la photo légendaire des idoles yé-yé réalisée par Jean-Marie Périer pour “S.L.C.”. Il a 19 ans – deux rangs derrière lui, devant Sylvie Vartan, sourit France Gall. Ce jour-là, pourtant, Michel et France ne se sont même pas vus. En 1974, quand il pose dans son appartement proche du parc Monceau, il est un musicien reconnu. Il s’est laissé pousser les cheveux, mais n’a pas perdu son look sage.

Les toutes premières images d’une harmonie qui va durer 17 ans

En 1974, France, après avoir entendu à la radio la chanson de Michel “Attends-moi”, lui a demandé d’écrire pour elle.

Il a d’abord refusé, car l’image de la “copine” yé-yé, interprète de “Sacré Charlemagne” ou de “Poupée de cire, poupée de son”, lui faisait peur. Puis il s’est laissé convaincre. Il lui offre d’abord “La déclaration”, le premier tube de la jeune femme depuis cinq ans. Bientôt, le 22 juin 1976, ils se marient à la mairie du 16e arrondissement de Paris. Ils vivent près du bois de Boulogne dans une isba construite pour l’Exposition universelle de 1889, et leurs gages d’amour s’inscrivent sur des partitions. Michel s’attendrit en voyant France peindre.

En 1979, au bonheur de l’amour partagé s’ajoute le triomphe de l’opéra rock “Starmania”. En 1980, Michel joue les reporters aux pieds de France. Mais, très vite, ils éviteront d’apparaître en photo ensemble : Michel, en accord avec France, refuse que l’image du couple fasse perdre à chacun sa personnalité.

Après la blessure de l’enfance, Michel retrouve son célèbre père

Michel était le fils du célèbre Pr Jean Hamburger, premier chirurgien au monde à avoir réussi, en 1962, une transplantation de rein. Mais ce père, qui aurait voulu créer une dynastie de médecins, a surtout été un absent. Michel était encore très jeune quand le grand héros de la science a quitté la maison où il vivait, laissant son éducation à sa mère, la pianiste Annette Haas. Il en a été blessé, et c’est une des raisons pour lesquelles il attachait tant d’importance à l’harmonie de la famille qu’il avait créée avec France Gall, et où Raphaël et Pauline étaient élevés dans la musique et la tendresse. Michel avait éprouvé une grande satisfaction, ces dernières années, à découvrir enfin chez son père une complicité intellectuelle qui le dédommageait de ses frustrations d’enfant.

Et c’est France qui avait tenu à fixer un de ces moments où, à La Colombe d’or de Saint-Paul-de-Vence, le père et le fils, le docteur et le saltimbanque, renouaient un dialogue trop tôt interrompu. Le professeur disait à Michel : “Créer, c’est anéantir le néant”. Il est mort deux mois avant lui.

Ils aiment mettre en scène les sourires d’un bonheur fragile

Michel avait un peu appréhendé les séances de photos pour la promotion de leur album. Il craignait de paraître gauche près de France, plus accoutumée que lui à ce qu’il considérait comme une corvée. Mais ses réticences sont tout de suite tombées, et jamais titre n’aura, finalement, été plus justifié que celui de “Double jeu”, tant il s’amuse sincèrement en posant avec elle. En quête permanente de spontanéité artistique, il choisira pourtant, pour la pochette du disque, une image plus insolite. Le photographe Thierry Boccom-Gibaud, qui avait filmé les enregistrements en vidéo super-huit, lui a montré, un soir, un effet de solarisation sur arrêt d’image. Enthousiasmé, il exige d’en obtenir un tirage par ordinateur. Amoureux de la vie, c’est la vie même qu’il entend restituer par toutes les facettes de son talent.

Saint-Tropez, 2 août 1992 : Michel, une heure avant d’être foudroyé

Une heure avant, il était descendu à Saint-Tropez. Préoccupé par l’adaptation -à New York- de son opéra rock “Starmania”, Michel n’était pas totalement en vacances. Après les courses en ville et les nombreux coups de téléphone, c’est en fin de journée qu’il prenait son meilleur moment de détente, sur le tennis de sa maison du Capon, à Ramatuelle. Ce soir du 2 août, il a attendu la fraîcheur du soir pour venir y frapper les premières balles. Et, soudain, les bruits de raquettes et les éclats de voix se sont interrompus. Après son malaise, Michel a pensé que la crise était passée. Il est allé prendre un bain quand la douleur a, de nouveau, déchiré sa poitrine. C’est alors que France Gall a appelé le médecin, qui n’a rien pu faire quand la troisième attaque cardiaque a éclaté. Dans ses papiers, on a retrouvé plus tard une lettre de son père à un confrère cardiologue, lui demandant d’examiner Michel. Il n’a jamais utilisé cette recommandation. Il savait donc, et c’est pourquoi il était si pressé de vivre.

L’article consacré à Michel Berger ne peut pas être intégré en retranscription car il a été mal séparé du magazine et des caractères sont manquants.

Magazine : Paris Match
Date : 5 août 1993
Numéro : 2306

Portraits de France Gall, photos de vacances

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France Gall, après un été de repos, sera sur la scène de Bercy pour 3 soirées, en septembre prochain.
France Gall, après un été de repos, sera sur la scène de Bercy pour 3 soirées, en septembre prochain.

France Gall, après un été de repos, sera sur la scène de Bercy pour 3 soirées, en septembre prochain.

En attendant ce moment privilégié, Platine vous offre un tour en pédalo dans les étés de France et d’ailleurs.

Eté 1964. France chante “Mes premières vacances” et part se reposer dans la propriété familiale de Noirmoutier après un gala annuel de la CGT à Montreuil en compagnie d’Eddy Mitchell, des Fantômes, de Lucky Blondo, de Danyel Gérard et de Léo Ferré.

Elle rencontre Claude François aux Saintes. Sacha Distel, au festival de Montreux, essaie de montrer qu’après Versailles, Philips, son arrivée chez RCA peut confronter sa position de crooner français. Son nouveau challenger se nomme Frank Alamo qui chante “Maillot 38-37”.

Olivier Despax a beaucoup de difficulté à imposer son talent au public. Hugues Aufray triomphe avec la protest song à la française. Ronnie Bird imite les Stones, Les Lionceaux adaptent les Beatles. La tournée Radio Luxembourg sillone la France avec les Champions. Le Golf Drouot est lui aussi sur les routes. Jean-Jacques Debout vient de triompher à la Rose d’or d’Antibes. Claude François interprète “La ferme du bonheur”, en tournée avec Michèle Torr, les Gams et, les Lionceaux, Monty et les Missiles. Johnny est à l’armée en Allemagne et répète “Le pénitencier”, Sylvie Vartan est en tournée en France, en Espagne et dans le Magreb avec “Shalala”.

Françoise Hardy fait une saison en Italie et en Espagne. Marie Laforêt se partage aussi entre France et Italie. Sheila, après une tournée épuisante, se repose en banlieue parisienne et sur la côte d’Azur. Avec Dalida, elles chantent toutes les deux la même adaptation de Dionne Warwick, “Chaque instant de chaque jour”. Richard Anthony fait une carrière en France et en Italie avec un slow à l’italienne, “Ce monde” , alors que Bobby Solo impose “Una lacrima sul viso”. Petula Clark adapte “Hello Dolly” et Henri Salvador “Zorro est arrivé”. France ne sait pas encore que sa rentrée sera marquée par “Sacré Charlemagne” et l’Olympia de son “copain” Cloclo.

Eté 1967

France chante “Bébé requin”, un titre de Joe Dassin qui ravit le tube à l’autre face, “Teenie Weenie Boopie”, signé Gainsbourg. En août, pour France, c’est une tournée en Allemagne, en Espagne et au Portugal. Richard Anthony triomphe en France et en Espagne avec le “Concerto de Aranjuez”. Serge Gainsbourg rencontre Jane Birkin et chante “Comic strip”. Olivier Despax tourne un nouveau film à Madrid. Jacques Dutronc est en tournée d’été avec ”j’aime les filles”, son pote, Nino Ferrer a rasé sa moustache. Claude François s’apprête à quitter Philips pour créer Flêche. On le voit, comme beaucoup d’idole, sur “La jeanne” le bateau de RTL au large de Cannes. Hugues Aufray affirme que “C’est tout bon” et salue l’exploit de Killy aux derniers JO, Eddy Mitchell chante “Alice”, une chanson qui fonctionnera mille ans. Sheila fait le tube avec “Adios amor”, alors que Sylvie chante “Un bon mois d’été”. Johnny cartonne sa Lamborghini pendant sa tournée alors qu’il est avec Jean-Marie Périer, le photographe des copains et l’ami de Françoise Hardy. Les petits nouveaux arrivés dans la deuxième partie de la décennie sont là : Joe Dassin triomphe avec “Les Daltons”, Nicoletta adapte Procol Harum et chante “La musique”, Michel Polnareff “Ame Câline”, Michel Fugain “Je n’aurai pas le temps”, Nino Ferrer “Le telefon”. Sandie Shaw, après avoir gagné l’Eurovision, est en tournée en France. Pétula est à l’apogée de sa carrière avec la bande originale du film “La contesse de Hong Kong” écrite par Charlie Chaplin. France aura une rentrée difficile et ira se vendre sur le marché allemand, Gainsbourg arrêtera d’écrire pour elle.

Eté 1975

France se repose après un hiver bien rempli grace a sa nouvelle collaboration avec Michel Berger. Sheila pouponne à Cabri près de Grasse, alors que Véronique Sanson convole avec Stephen Stills, de Crosby Stills Nash and Young. Cloclo, pour contrer quelques revers de fortune, fait une tournée d’été avec Dani et laisse la presse révéler qu’il a deux enfants et non pas un seul. Richard Anthony, dans la lancée de son tube “Amoureux de ma femme”, fête l’anniversaire de Johnny avec Eddy Mitchell au Golf Drouot. Johnny triomphe avec “La fille de l’été dernier”, il chante à Montréal avec Sylvie qui achève une tournée de 40 villes avec “La drôle de fin”. Eddy amorce son grand retour avec “C’est un rockeur”. RTL est en train de rattraper la radio leader des années 60, Europe 1. Dalida, dans les bras du Comte de St Germain, savoure le succès de “Il venait d’avoir 18 ans”. Petula Clark nous offre sa plus belle chanson en langue française ”Je voudrais qu’il soit malheureux”. Sacha Distel vient de quitter EMI pour une distribution Carrère, comme Hervé Vilard, il y trouve un nouveau souffle. Joe Dassin décroche le tube de l’été avec “L’été indien”. Et puis, il y a les petites nouvelles, Patricia Lavila, Carène Chéryl qui n’est pas encore Karen Chéryl, Myriam qui deviendra Marie Myriam. Et tous les charmeurs, Frédéric François, Christian Delagrange, Ringo, Santiana, Art Sullivan … Un seul d’entre eux vient de quitter les rangs en pleine gloire, Mike Brant. La rentrée de France sera très chargée avec l’album “Samba Mambo” où l’on trouve le titre “Comment lui dire”, toujours et plus que jamais signé Berger.

Eté 1980

France triomphe avec Michel Berger. Elle chante “Il jouait du piano debout” et elle s’impose comme interprète. Sheila finit la promotion internationale de son succès “Spacer” et part en vacances à New-York et en Californie. Le disco peu à peu s’estompe et la chanson française reprend ses droits. Sylvie Vartan se montre à Roland Garros et dine chez les Rotschild elle vit séparée de Johnny, qui ne marche plus très fort. Eddy concocte “Couleur menthe à l’eau” et, Dalida, après un Palais des Sports triomphal, n’obtient pas un grand succès avec “Il faut danser Reggae”. Petula Clark s’est repliée sur le marché anglais et laisse la place aux nouvelles : comme Marie Myriam ou Julie Pietri. Parti en voyage aux iles, après une période de succès moyen, Joe Dassin succombe à une crise cardiaque. Karen Chéryl est au sommet de sa carrière avec “La marche des machos”. Sélectionné par Girls, Sacha chante “Le bateau blanc”, alors que Richard Anthony après une promenade chez Sonopresse, Tréma, WEA, Polydor, s’apprête à réintégrer EMI. Julien Clerc, Véronique Sanson ont fait des petits: Francis Cabrel, Renaud, Daniel Balavoine. Le règne des anti-stars est installé. France, à la rentrée, continue sa promotion de son duo avec Michel et fait de nombreuses télés.

Eté 1993

France a terminé la promotion de son album avec Michel Berger, elle a enregistré en une nuit une version “Live” de “Mademoiselle Chang”. Les tubes et les artistes de l’été se conjuguent au présent du transistor sur les plages de vos vacances. France sera sur scène à la rentrée à Bercy et prouvera que même si la poupée a abandonné la cire, elle a gardé le son.

Magazine : Platine
Par Patrick Robert Galéra et J.-P. P.
Photos: DR
Date : Août / Septembre 1993
Numéro : 7

Planches France Gall

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Planches France Gall
Planches France Gall
Planches France Gall

France Gall, en cette fin de printemps, a décidé de remonter sur scène.

Seule, forte, depuis la publication de son dernier album avec Michel Berger, plusieurs extraits sont sortis en simples dont “Laissez passer les rêves”, “Superficiel et léger”, et “Les élans du coeur”, le dernier en date, l’occasion rêvée de vous raconter son histoire d’amour avec la scène … Ça balance pas mal …

Tournées 64 : Sacrée vedette.

Si les débuts discographiques de France remontent à l’automne 1963, sa première scène a lieu du 10 au 15 avril 1964 à l’Ancienne Belgique de Bruxelles. Elle chante en lever de rideau de Rachel, qui vient de se faire remarquer à l’Eurovision, et de Sacha Distel. On la voit, ensuite, durant le mois de juillet à la fête syndicale de Montreuil (le 5) et au théâtre de Verdure de Nice. A cette époque, elle a enregistré 3 super-45 tours qui sont des succès, sans plus. Le tube arrive avec “Sacré Charlemagne”, fin 1964. Du 29 octobre au 22 décembre, elle est en tournée pour le “Gala des Etoiles” dans toute la France avec, en tête d’affiche, Richard Anthony. C’est un triomphe pour les deux artistes.

Tournées 65 : Numéro Un européen.

Début 1965, France Gall est sacrée vedette. Du 2 au 14 mars, elle part 10 jours en tournée avec Richard Anthony. Puis, début avril, une nouvelle tournée, en vedette pour la première fois avec, en première partie Audrey, une chanteuse “météore”. Après l’Eurovision, qu’elle emporte en 1965, France passe du statut de vedette nationale, à celui de star européenne. Sa carrière fait alors un pas de géant. Du 20 mai au 1 octobre, forte de sa gloire, elle fait sa première tournée en vedette: “Le Cirque de France”, orchestrée par Robert Gall qui débordera jusqu’en Espagne, entre le 20 octobre et le 4 novembre. Après deux dates à Lyon en novembre (6 et 7), France part chanter au Japon du 8 au 18 novembre. La petite Française est devenue une star mondiale.

Tournées 66 : Star mondiale.

L’année 66 lui permet de finir d’honorer tous les contrats découlant de sa victoire à l’Euro. En janvier, elle est à Gstaad (le 6), à Londres puis Varsovie. Elle fait une rentrée triomphale à ]’Ancienne Belgique de Bruxelles fin janvier (14 au 24), partage la scène avec Hugues Aufray, qui continue la tournée avec elle à travers la France jusqu’en février (22). Ses disques sont sortis un peu partout dans le monde et, pour asseoir sa réputation, elle fait sa première tournée mondiale en mars (3 au 11). Au programme : le Canada, New-York, l’Argentine, le Mexique et le Japon, qui la réclame à corps et à cri. A peine rentrée, elle est au “Gala de l’Union” (13) et à nouveau sur les routes en juin (4 au 14). Elle se demande quand ce tourbillon infernal s’arrêtera. Très populaire au Japon, elle s’y rend à nouveau en juin (7 au 23) pour 5 concerts et quelques télés. A son retour, bien qu’épuisée, elle participera à la fête de la bière de Huy en Belgique (25) et chantera dans quelques villes françaises (26 juin, 7 et 8 juillet) et en Tunisie (16).

Tournées 67 : Roue libre.

Depuis 1966, France Gall compte plus de succès que de tubes, ce qui rend les tournées françaises risquées. Aussi préfère t-elle finir d’honorer tous ses contrats à l’étranger. Quand 1967 arrive, l’Eurovision n’est plus qu’un souvenir. Pourtant les tournées marchent toujours. En mars le Liban (17 au 19), en avril le Japon, en mai le Portugal et le Luxembourg, en août l’Allemagne, l’Espagne et de nouveau le Portugal.

Tournée 69: Repos forcé.

L’année 1968, marquée par un printemps français très agité, n’est pas favorable aux tournées. France en profite pour se reposer. Ce n’est qu’en novembre 1969, qu’on retrouve la trace d’une nouvelle tournée en compagnie d’Hugues Aufray (19 au 30).

Tournée 70 : Traversée du désert.

En février France Gall, plus “vedette-mannequin” de magazines féminins que star de la chanson, participe à la tournée “Mademoiselle Age Tendre” avec Adamo et Gilles Marchal. Après son départ de chez Philips et son entrée à La Compagnie, les tubes sont rares.

Théâtre des Champs-Elysées 78 : Rentrée.

Après une carrière en Allemagne chez BASF et Decca, au début des années 70, un passage chez Pathé France, France Gall a trouvé sa voie chez WEA, la maison de disques de Daniel Filipacchi. Dès 1974, elle retrouve le chemin du succès grâce à Michel Berger. Ses tubes de 1976: “La déclaration”, “Aime la”, “Comment lui dire”, “Ca balance pas mal à Paris” correspondent aux goûts de la jeunesse. Et ce n’est pas fini : en 1977, son album “Dancing disco” est un record de ventes avec des titres tels “Musique” ou “Si maman si”. Période exceptionnelle qui permet à France de monter sur la scène du théâtre des Champs-Elysées (sa première scène parisienne) du 14 au 20 avril 1978. “Viens je t’emmène”, transporte littéralement les spectateurs dans un univers pré-Starmania.

“Starmania” Palais des Congrès 79:

Retour vers le futur. Fin 1978, Michel finit d’écrire Starmania et demande à France Gall de participer à l’aventure. Elle sera sur la scène du Palais des Congrès, aux côtés de Fabienne Thibeault, Claude Dubois, Daniel Balavoine … Du 10 avril au 3 mai, trois semaines à l’affiche. Cet Opéra-Rock n’aura réussi à séduire le public qu’à titre posthume, et sur support vinylique.

Palais des Sport 82, tournée 82 : Avant-garde.

Après une apparition au “Mai de la chanson française” (15 au 18 mai 1981,) à La Défense avec RTL, France continue d’enchaîner les tubes: “Tout pour la musique”, “Résiste” et le duo “Il jouait du piano debout”. Elle affronte pour la première fois le célèbre Palais des sports du 7 janvier au 14 février 1982. Les spectateurs seront malheureusement peu nombreux, aussi la chanteuse sera-t’elle obligée d’invoquer des problèmes de santé pour arrêter sa prestation trois jours avant la date prévue. Une tournée à travers la France débutera tout de suite après (16 au 25 février). Si le concert de Toulouse est annulé faute de réservations, celui de Nice est doublé vu l’engouement du public de la Côte d’Azur.

Zénith 84 : Consécration.

Renaud inaugure le Zénith en 1984, juste avant France Gall. Celle-ci fait là un immense pari, la salle pouvant contenir 6 000 personnes. Mais son répertoire (“Débranche”, “Hong Kong Star”, “Calypso”, … ) multiple lui permet d’attirer tous les publics. Elle y chante du 11 septembre au 7 octobre et y dompte la critique. Cette scène historique est suivie d’un concert pour l’Ethiopie, à la Courneuve, toujours en octobre (16).

Zénith 87, tournée 88 : Apogée.

Et puis, il y eut “Cézanne peint”, “Babacar”, “Ella, elle l’a”. Autant de succès qui décident Michel Berger à la faire remonter sur la scène du Zénith du 12 novembre à début décembre 1987. La “répétition générale” se fait à Montluçon le 31 octobre. Ce Zénith sera suivi d’une tournée en deux temps : du 10 au 20 décembre, ensuite février et mars 1988 (du 23 février au 26 mars), où quelques changements interviennent par rapport au programme initialement prévu .

Bercy 93 : Mère Courage.

De 1988 à 1992, France n’apparaît pas sur scène. Il y a un an, elle faisait sa rentrée avec Michel Berger, dans un album en duo. Après un passage difficile fin 1992, courageusement, elle a décidé de reprendre le flambeau. De continuer à chanter. C’est ce que Michel aurait voulu. C’est évident. Les émissions de télévision, au mois d’avril, se sont enchainées à un rythme soutenu, comme si France se laissait aller à un tourbillon promotionnel curatif. En 1993, l’album “Laissez passer les rêves” atteint des chiffres de vente très importants. Voilà pourquoi France axera son spectacle sur ce dernier. Tout en rendant un hommage au reste de sa carrière qui, durant 20 ans, a été managé de main de maître par Michel. Aucun doute, ces deux semaines à Bercy se joueront à guichet fermé.

Magazine : Platine
Martine Bordeneuve et J.-P.P. / Photos des programmes de spectacles 1982, 1984, 1987: Collection Bordeneuve.
Date : Juin / Juillet 1993
Numéro : 6

France Gall, une opération l’oblige à reporter Bercy

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France Gall, une opération l'oblige à reporter Bercy
France Gall, une opération l'oblige à reporter Bercy
France Gall, une opération l'oblige à reporter Bercy

Une nouvelle épreuve pour France Gall, opérée d’une tumeur maligne.

Son combat contre la maladie l’a contrainte à renoncer au spectacle prévu à Bercy du 1er au 6 juin. Mais France fixe d’ores et déjà rendez-vous à son public en septembre.

Le 10 avril dernier, France Gall était sur le plateau de “Taratata”. Elle y évoquait son prochain retour sur la scène de Bercy du 1er au 6 juin. Plus récemment encore, elle avait enregistré en une nuit sa version de “Mademoiselle Chang”. Mais le destin, une fois de plus impitoyable avec elle, a contrarié ses projets … Le mardi 11 mai, une information aussi lapidaire qu’inattendue tombait : “France Gall, opérée le 22 avril dernier d’une tumeur maligne du sein, est obligée de reporter les dates de son spectacle à Bercy … En cours de traitement complémentaire par irradiation, son état est considéré comme suffisamment satisfaisant pour ses médecins pour lui permettre de fixer de nouvelles dates de concert : les 10, 11, 12, 22, 23 et 24 septembre 1993.”

France Gall, qui puisait dans ce rendezvous avec son public les forces nécessaires pour réapprendre à vivre normalement depuis la dramatique disparition de Michel Berger, se trouve de nouveau confrontée à l’adversité. Il n’est d’ailleurs pas interdit de penser que celte tumeur résulte du choc et de la douleur qu’elle a éprouvés en ce funeste 2 août 1992. Le vide laissé s’était comblé de désarroi et de désespoir. Puis, peu à peu, France a voulu réagir; d’abord pour ses enfants, Pauline et Rafaël. Un jour elle s’est dit que les chansons de Michel devaient continuer à vivre, et qu’elle était dépositaire de ce magnifique héritage. Il y a peu, elle déclarait : “La musique m’aide à vivre. Quand je me coule dans celle de Michel, je suis gaie.”

Un beau jour, sa décision a été prise : “Bercy, s’est imposé à moi très vite, même si je ne l’ai envisagé vraiment sérieusement qu’après un certain temps.” Il est évident que le meilleur des refuges, celui qui peut prodiguer un peu d’oubli, c’est le travail.

Michel et elle devaient présenter ensemble leur “Double jeu” à la Cigale en octobre dernier. Le destin en oyant décidé autrement, France a courageusement fixé un nouveau rendez-vous à son public. Les retrouvailles devaient donc avoir lieu du 1er au 6 juin. Mois pas question pour elle de transformer ce spectacle en hommage : “Je ne le fait pas pour Michel. La scène, on ne s’y force pas pour quelqu’un, mais parce qu’on en a envie.

C’est un rendez-vous d’amour. On vient prendre et donner, j’ai envie d’être encore heureuse sur une scène.

Ce droit ou bonheur, France le réclame, elle estime y avoir droit, même s’il lui faut s’expliquer sur ce désir que certains peuvent trouver un peu déplacé. “Quand on perd quelqu’un, dit-elle, on se sent forcément toujours un peu coupable d’être encore là, j’ai pensé qu’il ne fallait absolument pas que je me punisse, j’aime chanter, j’aime être sur scène, c’est un plaisir pour moi. Il ne fallait pas que cela disparaisse aussi.”

France était donc fin prête pour ce qu’elle appelait son “rendez-vous d’amour”.

Ses chansons comme celles de Michel avaient été réorchestrées par les cinq musiciens qui avaient participé ou dernier album, ceux-là aussi qui devaient l’accompagner à Bercy. Et l’amour devait être le trait d’union entre les gens sur la scène et le public : “A la mort de Michel, (ai reçu énormément de témoignages d’amitié. Tous ceux qui l’aimaient se sont sentis un peu seuls. Cet amour des gens pour lui me revient un peu aujourd’hui. A travers ce malheur, les gens ont compris que j’existais aussi, mais différemment. Ils me l’ont écrit et cela m’a encouragée à remonter sur scène.”

Quelque temps avant le décès de Michel Berger, France Gall avait traversé “une période de doutes, de peurs, d’angoisses”. “Il y a deux époques terribles dons la vie d’une femme, dit-elle, son adolescence et la quarantaine. Pour celle-ci, j’ai sérieusement dégusté. Cela a contribué à me donner un certain sentiment de malaise, de mal être.”

Là déjà, France avait voulu s’en sortir seule. “Avec toutefois une bonne petite dose de psychothérapie pour évacuer les plus gros “poissons”, précise-t-elle, mois c’est d’abord avec soi-même qu’il faut retrouver l’équilibre. Mois j’ai mené la vie dure à tout le monde.”

A peine avait-elle réussi à se reconstruire, à faire la paix avec elle-même et à assumer sa quarantaine que la fatalité la frappait en plein cœur. Pas facile à accepter la disparition d’un être cher à quarante-quatre ans (l’âge de Michel et le sien).

Ces deux épreuves, en se succédant, en s’additionnant, ont dû insidieusement introduire le mal en elle, comme une fleur noire de la douleur. Heureusement, la tumeur a été décelée à temps, et mise hors d’état de grandir. Les médecins de France sont confiants : dès qu’elle en aura terminé avec quelques séances indispensables d’irradiation, elle pourra reprendre ses activités tout à fait normalement. Car France Gall est forte. Elle l’a déjà prouvé et elle saura encore le démontrer. li n’en sera finalement que plus intense ce “rendez-vous d’amour” remis à septembre. Bonne santé France, et à très bientôt.

Magazine : Télé Magazine
Gilbert Jouin
Date : 29 mai au 4 juin 1993
Numéro : 1960