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France Gall : tout pour la musique

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France Gall : tout pour la musique
France Gall : tout pour la musique
France Gall : tout pour la musique

De ses débuts à 15 ans à aujourd’hui, la carrière de France Gall est jalonnée de tubes écrits pour elle par son compagnon, Michel Berger. En juin 1992, ils sortent ensemble Double jeu, un album qu’ils voulaient présenter sur scène. Dans Fréquenstar, France Gall interprète quelques-unes des chansons qu’elle a choisies pour ces concerts à Bercy.

Les débuts yé-yé

France Gall n’a que 15 ans quand elle enregistre son premier disque. “Je n’avais pas décidé de chanter, dira-t-elle plus tard, mais simplement de ne pas redoubler ma troisième”. Portée par la vague yé-yé, elle enchaîne les tubes et gagne l’Eurovision avec Poupée de cire, poupée de son, une chanson de Serge Gainsbourg.

La rencontre

En 1974, Michel Berger écrit La Déclaration pour France Gall. C’est le début d’une collaboration qui durera plus de quinze ans. Il lui écrit ses plus belles chansons et lui donne envie de remonter sur scène. En 1979, elle joue et chante dans Starmania, l’opéra-rock de Michel Berger.

Le couple s’intéresse aussi au monde qui l’entoure. A l’appel de Daniel Balavoine, ils soutiennent Action Ecole pour aider les enfants en Afrique. C’est la rencontre entre France Gall et un petit garçon du Sénégal qui inspire à Michel Berger la chanson Babacar.

Le retour sur scène

En juin 1992, Michel Berger et France Gall sortent ensemble l’album Double Jeu. Ils projettent alors de remonter sur scène. Mais Michel Berger meurt en août 1992. Il venait juste de terminer la version américaine de Starmania : Tycoon. The world is stone, chantée par Cyndi Lauper, entrait dans les hit-parades.

France Gall montera seule sur la scène de Bercy. Pour ce spectacle, elle a imaginé elle-même la mise en scène et choisi les chansons qu’elle interprétera, pas pour rendre hommage à Michel Berger, mais, comme elle le dit “parce que la musique, c’est la vie. Ça continue.”

Magazine : Télérama Junior
Date : 11 au 17 septembre 1993
Numéro : 85

France Gall rouge de plaisir

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France Gall rouge de plaisir
France Gall rouge de plaisir

Je ne peux pas croire que ce soit possible une chose pareille. C’est dingue ! C’est tellement d’émotion ce moment.

“Vous savez que ça fait six ans qu’on ne s’était pas vus ? Eh bien, la plus belle chose qui me soit arrivée depuis, c’est ici, à Bercy, maintenant.”

Elle est apparue à contre-jour entre ses quatre musiciens ; elle a rejoint avec eux le devant de la scène, et plus elle avançait, plus la lumière soulignait sa blondeur, plus elle semblait petite, toute petite sous la clameur de son public retrouvé.

Tout est simple. Le décor aux gradins rouges, juste rehaussé de tentures dans la seconde partie, le jeu des éclairages éparpillant leurs étoiles blanches dans les cintres, et cette façon qu’a France Gall d’être en contact avec la salle, de lui parler longtemps, puis de se retirer dans ses chansons, pensive, concentrée, assurant le rythme de son poing fermé, Ce qui frappe chez elle, c’est cette nonchalance sans mélancolie qui l’accompagne dans ses mélodies. Même ses tenues sont sans apparat : un pull long et rouge sur un justaucorps et un pantalon noirs, d’abord ; une tunique et un pantalon gris clair ensuite.

“Il faut que je vous dise, souffle-t-elle après avoir lancé au front une salve de ses chansons nouvelles émaillée d’une version différente, plus souple, de “Cézanne peint” : pour un rendez-vous comme celui-ci on a envie de se faire belle. Alors j’ai voulu une robe ; je la voulais rouge, dans un tissu extraordinaire. J’y ai pensé des nuits et des nuits et, quand je l’ai essayée, hier pour la première fois, je me suis rendu compte qu’elle me grossissait ! Alors je suis venue vers vous comme ça, nature.”

Mais elle la montre tout de même, pour le plaisir. Elle la tient serrée sur sa poitrine. Elle tourne avec elle. C’est une robe courte avec des reflets de velours satiné. C’est une robe de la joie de vivre, écarlate dans les Paradis Blancs. Puis elle enchaîne avec “Evidemment” et tout Bercy chante avec elle, reprend au refrain, tandis qu’elle n’en finit pas de dire, presque tout bas, comme en écho à sa propre voix “qu’on rit toujours comme des enfants, mais plus comme avant”.

Magazine : Le Parisien – Edition de Paris
Pierre Vavasseur – Photo “le Parisien” Philippe Lenglin
Date : 11 et 12 septembre 1993
Numéro : 15245

France Gall, la rage de revivre !

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Durement frappée depuis un an par le destin, France Gall revient sur scène avec un « énorme bonheur ».
Durement frappée depuis un an par le destin, France Gall revient sur scène avec un « énorme bonheur ».
France Gall, la rage de revivre !

Durement frappée depuis un an par le destin, France Gall revient sur scène avec un « énorme bonheur ».

Dans un Bercy chargé d’émotion auquel elle s’attaque pour la première fois, France Gall guérie et épanouie fait son grand retour ce soir, après six ans d’absence. Six ans déjà depuis son Zénith, en 1987, où elle investissait une scène en forme de soucoupe volante. Depuis un an, le destin s’est acharné sur elle. Il lui a repris son mari, Michel Berger, puis l’a frappée d’un cancer du sein, bénin, mais cette opération et le traitement qui a suivi l’ont obligée à reporter son spectacle. Malgré tout cela, France n’a rien perdu de sa rage de vivre ni de son rythme. Une force qu’elle pulse, bien sûr, dans l’immense amour qu’elle a vécu avec Michel Berger. Retrouvailles.

France-Soir : Après une année à « survivre », comme vous le dites, Bercy vous redonne le bonheur de revivre?

France Gall : Ah oui ! Un énorme bonheur. Car, tout en affrontant les choses, je ne me suis jamais relâchée une minute, cette année, dans ma tête. Et ce qui m’a touchée beaucoup, c’est que mes enfants d’un seul coup, pour m’aider, se sont mis à se comporter en adultes. J’ai tout de suite arrêté ça. Pauline va avoir 15 ans, Raphaël n’en a que douze. Alors, un soir, je lui ai dit : « C’est gentil, mon chéri, mais tu es encore trop jeune pour jouer les chefs de famille. Tu ne remplaceras pas Michel. Tu es mon enfant et tu vas vite te laver les dents et aller te coucher. »

France-Soir : Pourquoi l’image de mère-courage vous a-t-elle été aussi insupportable ?

France Gall : Je sais bien qu’en soi ce n’est pas une insulte. Beaucoup de femmes revendiqueraient ce qualificatif. J’aimerais simplement alléger ce terme de son côté dramatique. Une couverture de magazine me montrait effondrée après mon opération, disant que je me battrais jusqu’au bout. C’était d’un mauvais goût ! Bon, c’est vrai que, le cancer, il sort ou il sort pas, mais tout le monde l’a. Pour moi, il est sorti. C’est fréquent après un grand choc. Simplement, il n’était pas envahissant. On ne m’a pas fait de chimio. On m’a juste enlevé une petite boule dans le sein qui n’a pas laissé l’ombre d’une cicatrice. Et il est fort probable, m’ont dit les médecins, que je n’en entende plus parler.

Je suis donc très, très loin des cas extrêmes et dramatiques. Et ce n’est pas une rescapée de tous les sinistres qui va monter sur la scène de Bercy. Je crois, heureusement, que mon public ne s’y trompe pas. Mais les gens sont facilement perturbés par ce qu’ils lisent. Et, à propos de bonheur, ce qui m’a surtout blessée, c’est ce que j’ai lu dans un autre magazine sur Michel et moi. En gros, c’était : elle a voulu faire son premier disque avec lui parce que ça ne marchait plus du tout pour elle. Puis, en quelques lignes, on sautait directement, quinze ans plus tard, à de ridicules petites querelles de métier parce que je ne voulais pas chanter exactement ce que Michel proposait. Sordide.

Toute l’extraordinaire histoire d’amour qu’on a vécue, Michel et moi, était réduite à ça. Dix-huit ans que je vais garder toute ma vie. Car même s’il ne m’arrive plus rien, je suis riche de ça. Tout a été beau entre nous. Et les rares personnes qui nous ont suivis d’un peu près peuvent témoigner de cette complicité pleine d’humour et d’amour qui nous liait.

France-Soir : Votre spectacle en témoigne-t-il ?

France Gall : J’espère. D’ailleurs, c’est étrange ce qui se passe en ce moment. J’ai beau dire que ce spectacle je le fais d’abord pour moi et pas pour Michel (ça fait niaiseux et mélo et je ne veux pas d’un spectacle larmoyant), je vois bien que plus le spectacle approche et plus la présence de Michel m’envahit. Mais c’est aussi ce qui me donne ma force et me fait dire : « Il faut que la vie continue ! »

France-Soir : Vous aviez eu le temps d’échafauder ensemble un canevas du spectacle?

France Gall : Rien. C’est moi, cette fois, qui décide de tout. Son, lumières, éléments de décor … Mais en me posant toujours la question : est-ce qu’il serait d’accord ? Ma réponse est : « oui ». Je suis sereine là-dessus. Les moments les plus heureux de cette année auront été ceux où j’aurai travaillé sur ce spectacle. Avec Michel, j’avais les commandes de la vie privée. J’organisais tout pour qu’il puisse créer, créer, créer. (Admirative) Sa production est inimaginable ! Lui avait les commandes de la vie professionnelle. Et c’était bien agréable de me remettre entre ses mains. Mais apprendre à maîtriser un spectacle est passionnant aussi.

France-Soir : Envisagez-vous un jour de chanter autre chose que du Michel Berger ?

France Gall : Impensable. En ce moment précis en tous les cas. La musique de Michel, c’est comme si j’étais née avec. Quand je l’ai entendue pour la première fois, j’ai cru que c’était moi qui parlais. Ce spectacle, je n’ai pas fini de le trimballer en tournée ! Au moins pendant deux ans!

France-Soir : Quelles sont les particularités de ce grand retour?

France Gall : Les musiques et le son. J’avais une certaine lassitude des morceaux que je chantais depuis près de quinze ans. J’ai changé dans ma tête artistiquement. Et c’est en ça qu’il y a eu des heurts avec Michel au moment de l’écriture de notre album « Double jeu ». Lui, en tant qu’artiste naturellement inspiré, n’éprouvait pas ce besoin de changement. Et moi, j’aurais aimé surprendre. Je pense que ce sera le cas ce soir à Bercy. La première partie comprend beaucoup du dernier album, auquel je n’ai pas touché. Dans la deuxième partie, je chante aussi des chansons qui appartenaient à Michel, comme « Le Paradis blanc », « Quelques mots d’amour », mais je les ai réorchestrées. Je n’en fais qu’à ma tête, c’est bien connu … La touche finale sera l’arrivée de toute la banlieue, avec une association qui s’appelle « Droit de cité ». Que des jeunes rappeurs blacks et beurs qui m’apportent leur culture et leur fraîcheur en m’accompagnant dans « Ella, elle l’a », « La Négresse blonde » et « Mademoiselle Tchang ». Le bonheur !

Journal France-Soir
Par Monique Prévot
Date : 10 septembre 1993

Programme France Gall – Tournée 93/94

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Le programme de la tournée 93/94 était vendu pendant les concerts de France Gall les 10, 11, 12 et 22, 23, 24 septembre 1993 au Palais omnisports de Paris-Bercy.
Le programme de la tournée 93/94 était vendu pendant les concerts de France Gall les 10, 11, 12 et 22, 23, 24 septembre 1993 au Palais omnisports de Paris-Bercy.

Le programme de la tournée 93/94 était vendu pendant les concerts de France Gall les 10, 11, 12 et 22, 23, 24 septembre 1993 au Palais omnisports de Paris-Bercy.

Il était ensuite proposé pendant la tournée jusqu’en décembre 1993 à Strasbourg.

Ce programme se compose de 16 pages (32 faces) avec un contenu particulièrement riche. On y retrouve une très belle interview : Paroles de France – “J’ai demandé à chaque personne qui travaille avec moi de me donner quelque chose qu’elle n’avait jamais donné avant à personne. Quelque chose pour moi.” Cette interview est retranscrite ici.

Paroles de France

Seule mais pas solitaire, tel est le regard que France jetait sur elle-même et sa manière de travailler quelques mois avant Bercy quand elle cherchait encore à quoi allait ressembler son spectacle. Le premier dont elle allait assumer seule tous les aspects. A quelques jours de son premier concert, elle parle de ses musiciens, de sa vision musicale personnelle, de son avenir.

Savez-vous qui est venu vous voir et vous écouter ce soir ?

C’est drôle car je pense que cela va être différent des autres fois : je ne vais pas avoir que des fans dans la salle. Il va y avoir des gens qui viennent parce que l’on a beaucoup parlé de moi cette année par la force des événements. Il va y avoir tous les gens qui aimaient Michel, qui vont, d’une certaine manière, tenter de le retrouver à travers moi. Et puis, évidemment, il va y avoir ceux qui sont là depuis toujours.

Ceux qui aimaient Michel, vont-ils le retrouver ?

Incroyablement, oui. Parce que quoi que je fasse, quelle que soit la façon dont j’ai orchestré ses chansons, les mélodies sont tellement fortes … J’ai beau changer les rythmes, changer les instruments, les solos, les intros, mettre une voix de fille à la place de la sienne, on reconnaît les chansons de Michel incroyablement.

Ces changements, c’est une nécessité, un besoin, une volonté ?

En réécoutant toutes les chansons, les miennes et les siennes afin de choisir celles que je chanterais sur scène, je me suis rendue compte que je ne pourrais pas les faire comme Michel les avait faites, lui. Je les entendais, cette fois, autrement… Ce qui est important ce sont les notes et les mots, le reste c’est de l’habillage. Et chacun a le droit de s’habiller comme il veut au moment où il décide de le faire. Cette fois, j’avais un son dans la tête, un esprit, une atmosphère musicale, j’ai fait en sorte qu’elle existe.

Pour les musiciens qui jouent avec vous sur scène et qui ont travaillé régulièrement et depuis longtemps avec vous et Michel, cela a-t-il posé problème de vous suivre dans cette nouvelle vision musicale ?

Il a fallu un an et tout le temps du dernier album pour qu’il comprennent ce que j’entendais. Par exemple, quand on a fait Double Jeu avec Michel, il arrivait que, dans un morceau, Michel entende un solo de guitare et moi aussi j’entendais un solo de guitare. Cependant, Michel, lui, l’entendait très joli, propre. Moi, je l’entendais moche, crasseux. Les musiciens avaient deux solutions : devenir fou ou nous comprendre tous deux et trouver un compromis. Double jeu est donc un compromis.

Si les musiciens n’avaient pas compris ce que je voulais entendre, je ne sais pas ce que j’aurais fait. Mais ils ont passé une année entière à m’observer musicalement et ce que ces quatre garçons me donnent aujourd’hui est immense. Ils me suivent et en même temps ils me poussent, et je ne pourrais pas faire ce spectacle sans eux. On est cinq aujourd’hui devant des milliers de gens et je sens que l’on fait le poids : on est autant capable de donner que de recevoir.

C’est vrai qu’au départ c’était une sécurité extraordinaire de les avoir avec moi, mais cependant, je leur ai dit : “Je vais faire ce spectacle seule, et ce que vous allez me donner, vous allez le chercher en vous et vous ne l’aurez jamais donné à personne avant. Il faut que vous me disiez si vous allez m’apporter quelque chose que vous n’avez jamais fait, quelque chose de nouveau.” Je leur ai posé la question à chacun. Mais j’ai posé la même question à Jacques Rouverollys qui fait les lumières ou à Yves Jaget qui fait le son. J’ai posé cette question à tous ceux qui travaillent avec moi. Pour en revenir aux musiciens, au bout d’un mois de répétition, on savait où on allait. L’osmose était totale. Cela a été très difficile pour eux car je sais dire non, mais je ne sais pas dire ce que je veux. Je sais l’indiquer à coups de refus. J’ai besoin du talent et de l’intelligence des autres pour obtenir ce que je veux : ils ont su me proposer et moi j’ai su disposer. Il faut par honnêteté que j’ajoute que je suis au moins aussi perfectionniste (chieuse ?) que l’était Michel.

Ce qui m’impressionne le plus dans ce travail fait avec les musiciens, c’est que nous sommes cinq et qu’il n’y a qu’une seule sensibilité, comme si il n’y avait qu’une seule personne.

Avec les autres membres de votre équipe, habitués à travailler avec vous dans le passé, comment cela s’est-il passé ?

A eux tous, je n’ai cessé de dire : “Si vous trouvez que ce que je vous demande est à côté de la plaque, vous me le diriez, n’est-ce pas ?” Mais cela c’est possible uniquement avec des gens avec qui on a une véritable intimité. Et avec ceux qui travaillent avec moi, j’ai une histoire, vous comprenez ?

Votre volonté de faire quelque chose “d’autre”, quelque chose à vous, ne correspond pas à l’image que nous avons de vous : l’interprète dissimulait une volonté musicale propre ?

C’est cela, mais j’en suis la première étonnée. Michel m’a suffisamment appris pendant suffisamment longtemps pour qu’à un moment j’existe par moi même. Le vrai problème c’est que je me suis toujours considérée comme une interprète. Je n’ai jamais pensé que je pouvais avoir une idée de comment faire les choses. Et c’était probablement vrai. Mais là, par la force des choses, j’ai dû le faire.

Vous racontiez néanmoins que, avant de rencontrer Michel, vous aviez déjà un goût personnel prononcé, puisque vous n’aimiez pas toutes les chansons que l’on vous donnait à interpréter ?

J’ai aimé toutes les chansons de Gainsbourg. Pour les autres en effet j’ai été assez mitigée. Mais cela dit je me rends compte que c’est aussi très pratique de s’écraser. Avant (j’ai l’impression de parler comme un ancien combattant !), on ne sortait que des simples avec quatre titres et je sortais quatre de ces simples par an. En général, sur quatre titres, il y en avait deux que j’aimais et que je défendais, et pour pouvoir les imposer, j’acceptais les deux autres qui ne m’emballaient pas. Heureusement depuis que j’ai rencontré Michel, cela a complètement changé puisque tout ce que je fais, je l’aime.

La question évidemment que l’on peut se poser, c’est : “Qu’est ce qui va se passer après cette première expérience en solitaire ?”

C’est un gros problème pour moi, car je ne vois pas du tout où je vais (rires). Cette fois-ci, c’est simple, je fais un spectacle avec des chansons que j’aime. Mais dans l’avenir, si je dois refaire un autre spectacle, je pense immédiatement que je puiserais dans l’œuvre de Michel. Cela ne m’effleure pas pour l’instant de chanter autre chose que les chansons de Michel. Michel, qui était un romantique, disait de moi que j’étais un réaliste-optimiste. C’est peut-être pour cela qu’aujourd’hui je ne vois pas au-delà de cette tournée qui va me rendre heureuse jusqu’en décembre.

France Gall : je ne veux pas qu’on me plaigne

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Après avoir surmonté les pires épreuves (la mort de Michel Berger et son propre cancer), France Gall remonte sur les planches, tenant tête au destin et ne supportant pas qu'on s'apitoie sur elle.
Après avoir surmonté les pires épreuves (la mort de Michel Berger et son propre cancer), France Gall remonte sur les planches, tenant tête au destin et ne supportant pas qu'on s'apitoie sur elle.
France Gall : je ne veux pas qu'on me plaigne

Elle entame ce soir le premier volet d’une série de concerts à Bercy.

Après avoir surmonté les pires épreuves (la mort de Michel Berger et son propre cancer), France Gall remonte sur les planches, tenant tête au destin et ne supportant pas qu’on s’apitoie sur elle.

Alain Morel : Deux fois différé pour des raisons dramatiques, voilà enfin Bercy, l’immense défi, le coup d’envoi aussi de votre grand retour sur scène. A quelques heures du lever de rideau, comment ça va vraiment ?

France Gall : Ça va … avec des hauts et des bas. Et quand les bas font mine de prendre le dessus, je suis particulièrement contrariée. Ce spectacle, j’aurais préféré l’aborder de manière plus légère. Sans jamais avoir à me battre pour retenir mes larmes. Je ne voulais pas laisser l’émotion m’envahir mais, dans cette dernière ligne droite, je me retrouve face à elle. Sans doute parce que le gros du travail est fait. Ça libère l’esprit. Du coup, ne pas penser devient un exercice difficile.

Alain Morel : Il y a quatre mois, deux jours avant que des examens vous révèlent la maladie dont le traitement éprouvant allait vous contraindre à repousser votre spectacle, vous disiez que Bercy ne serait pas un hommage à Michel, que vous ne le faisiez que pour vous. Est-ce toujours le cas?

France Gall : Je n’aimais pas l’idée que ce soit un hommage. Michel détestait ce genre de chose et je n’allais pas, moi, en être l’instigatrice. Je voulais aussi insister sur mon envie de chanter à nouveau et inscrire ce spectacle dans un contexte gai.

Ça, d’ailleurs, je ferai tout pour m’y tenir, même si certains me l’ont reproché lors de mes rares passages à la télé.

Pour le reste, plus l’heure H s’est précisée et plus j’ai su que Michel serait tellement omniprésent que chaque frisson lui rendrait hommage. Plus le spectacle a pris forme, plus la première s’est approchée, et plus j’ai eu le sentiment de me rapprocher de lui. Je crois que nous sommes définitivement indissociables. En fait, c’est en faisant Bercy pour moi que je le fais vraiment pour lui.

Alain Morel : L’essentiel de votre répertoire est d’ailleurs constitué de ses chansons à lui.

France Gall :  Il y a bien sûr notre album à tous les deux, il y a aussi ce qu’on pourrait appeler mes « incontournables » (rires)… Mais c’est vrai que j’éprouve un plaisir inouï à chanter ses tubes. J’ai presque le sentiment de chanter de nouvelles chansons et je suis fascinée par la cohésion qui ressort entre tous ces titres.

Alain Morel : Vous êtes-vous déjà imaginée, dans une carrière future, chanter des chansons qui ne soient pas signées Michel Berger ?

France Gall :  Non. Absolument pas. Je n’imagine pas cela du tout. La seule chose que j’imagine, c’est de prolonger ce spectacle le plus loin possible. Le trimbaler, par exemple, aux quatre coins du monde. Mon but, c’est aussi de faire en sorte que « Starmania » et « La Légende de Jimmy » soient jouées le plus possible … et partout.

Michel avait envie de cela et j’ai le sentiment que les décisions que je ressens le besoin de prendre sont en parfait accord avec lui. Tous les deux, vous savez, on était un couple rare. Jamais de bonheur à l’eau de rose. Toujours une vraie complicité sur l’essentiel des choses. En fait, ce que j’ai encore à faire pour nous, cela va me prendre dix ans.

Alain Morel : Pour votre bonheur, ne serait-il pas plus raisonnable de vous battre pour … oublier ?

France Gall :  Je n’ai jamais pensé à lutter pour oublier. Je sais que toute ma vie je vivrai avec ça. Je l’ai admis. L’autre jour, une journaliste m’a demandé s’il y avait eu des aspects positifs dans les drames qui m’avaient frappée. Eh bien, pour mon cancer, il y en a eu. Mais la mort de Michel, ce départ d’une violence absolue, maquillée de calme, il n’en reste que l’absurdité et la douleur. Continuer à vivre avec le souvenir des bons moments, espérer bien sûr que la souffrance s’atténuera – car on ne peut pas travailler quand elle est trop aiguë – , mais ne pas détruire le passé. Il n’y a rien d’autre à faire. Michel, de toute façon, n’avait pas de plus grand supporter que moi. Son aura, son talent, son œuvre, sa musique font partie intégrante de ma vie. Pour mes enfants comme pour moi, c’est notre patrimoine. S’y consacrer n’alourdit pas l’atmosphère … bien au contraire.

Alain Morel : A part le travail, de quoi, aujourd’hui, votre vie se nourrit-elle ?

France Gall :  De mes enfants … et de réflexion.

Alain Morel : Il paraît que vos enfants étaient hostiles à votre retour sur scène ?

France Gall :  Ils s’inquiétaient pour moi. Vous savez, quand on perd son père, on n’a qu’une peur, c’est de perdre sa mère. Au début, je ne pouvais même pas quitter la maison sans qu’ils paniquent. Maintenant, ils participent beaucoup à mon travail. Je leur raconte mes sensations, ils donnent leur avis … On s’organise. Même en tournée, ils me rejoindront souvent.

Alain Morel : Comment ont-ils subi l’épreuve de votre maladie ?

France Gall :  Avant ma complète guérison, j’en avais considérablement minimisé les effets. L’idée de leur imposer cette nouvelle épreuve était l’un des pires aspects de la chose.

Alain Morel : Est-ce la raison de votre silence ?

France Gall :  L’une des raisons. Les autres sont plus égoïstes. D’abord, j’ai pensé que les gens me fuiraient. Qu’ils se détourneraient de moi comme si j’étais pestiférée. Les chiens malades, aucun autre chien ne s’approche d’eux. Ensuite, je me suis dit qu’on ne me parlerait plus jamais de la même façon qu’avant… que je guérisse ou non. Je ne voulais pas non plus devenir la conversation de bistrot numéro un dans la France entière. Enfin, je ne supportais pas l’idée qu’on me plaigne, cela n’a pas changé d’ailleurs ! Alors, j’ai failli m’inventer une jambe cassée ou un truc comme ça. Mais, d’un autre côté, je ne voulais pas mentir. Disons que je parle peu mais je choisis la vérité. Je ne le regrette pas. La vérité, c’est vraiment mon truc.

Alain Morel : C’est une sorte de « vérité » que vous cherchez quand vous parlez de … réflexion ? Vos proches disent que vous vous êtes tournée vers la spiritualité …

France Gall :  Je n’ai pas trop envie de parler de ça, car on n’en parle utilement qu’avec des gens qui ont réellement envie de s’y intéresser. Ce qui est clair, c’est que se retrouver confrontée à sa propre mort occasionne un bouleversement.

Surtout si, en peu de temps, on vient de voir son premier « mort » en la personne de son père, puis de perdre son amour dans les conditions que vous connaissez. Moi, j’ai ressenti le besoin de parler de certaines choses avec des amis et surtout, de lire des ouvrages sur la foi, l’au-delà, la frontière entre la vie apparente et la mort.

Pour Michel, tout s’arrêtait après le dernier souffle et, tant qu’il était là, je m’abritais, sereine, derrière sa pensée. En plus, il me trouvait trop fragile pour que je m’aventure dans ce genre de domaine. Aujourd’hui, je me demande comment j’ai pu rester des années sans m’intéresser à tout cela. L’âme, c’est tout de même plus important que le fameux « niveau social » après lequel tout le monde court en s’agitant. Mais, rassurez-vous, je ne fais pas brûler d’encens ni tourner les tables (Rires) … Je me fais juste un petit trajet au milieu de la folie de la vie …

► France Gall à Bercy, ce soir à 21 heures, demain à 21 heures, dimanche à 16 heures et à 21 heures. Puis du 22 au 25 septembre. Location : 40.02.60.60.

Magazine : Le Parisien (édition de Paris)
Propos recueillis par Alain Morel
Date : 10 septembre 1993

France Gall à Bercy (Publicité)

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Publicité pour les dates de concerts de France Gall à Bercy. Il n’a pas été possible de faire 6 dates consécutives. Les représentations ont eu lieu les 10, 11, 12 et 22, 23, 24 septembre 1993 au Palais omnisports de Paris-Bercy.
Publicité pour les dates de concerts de France Gall à Bercy. Il n’a pas été possible de faire 6 dates consécutives. Les représentations ont eu lieu les 10, 11, 12 et 22, 23, 24 septembre 1993 au Palais omnisports de Paris-Bercy.

Publicité pour les dates de concerts de France Gall à Bercy.

Il n’a pas été possible de faire 6 dates consécutives. Les représentations ont eu lieu les 10, 11, 12 et 22, 23, 24 septembre 1993 au Palais omnisports de Paris-Bercy.

Magazine : Le Parisien (édition de Paris)
Date : 9 septembre 1993
Numéro : 15243

Bouleversante France Gall

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Bouleversante France Gall !
Bouleversante France Gall !

Un moment fort, unique, bouleversant, qui a empoigné les milliers de spectateurs venus remplir Bercy pour faire un triomphe à France Gall.

Du 10 au 17 septembre, chaque soir, au beau milieu de son récital, France s’est arrêtée de chanter pour s’adresser directement à son public.

Et en entendant ses mots, si simples, tous avaient la gorge serrée.

“Quand Michel a chanté “La Minute de silence”, il vous a demandé de ne pas applaudir. Je vous demande de faire le silence après cette chanson …”

Hommage poignant de France Gall à Michel Berger qui est l’auteur de toutes les chansons de ce récital : certaines écrites directement pour France, d’autres chantées par Michel lui-même, plus quelques-unes en duo sur leur ultime album. Un récital que France reprendra, à Bercy toujours, du 22 au 25 septembre. Cette chanson, “La Minute de silence”, a une histoire bouleversante. Michel l’avait enregistrée avec Daniel Balavoine, disparu le 14 janvier 1986.

Et quand Michel a fait le Zénith, en avril de la même année, il a effectivement demandé aux spectateurs de ne pas applaudir, en mémoire de Daniel.

En demandant la même chose à son public, France a rendu un superbe hommage à Michel bien sûr, mais aussi à Daniel.

Magazine : France Dimanche
Date : Septembre 1993
Numéro : 2455

France Gall guérie

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France Gall est guérie ! Tout à fait guérie. C'est l'heureuse et formidable nouvelle que nous pouvons vous annoncer aujourd'hui.
France Gall est guérie ! Tout à fait guérie. C'est l'heureuse et formidable nouvelle que nous pouvons vous annoncer aujourd'hui.
France Gall guérie

France Gall est guérie ! Tout à fait guérie. C’est l’heureuse et formidable nouvelle que nous pouvons vous annoncer aujourd’hui.

Toujours aussi belle, le visage auréolé de la blondeur dorée de ses cheveux, la voix aussi fraîche et acidulée que par le passé, elle offre même l’image d’une femme épanouie et bien dans sa peau.

Et pourtant, comme le destin a été brutal, implacable, inhumain avec France Gall ! Non seulement il lui a arraché Michel Berger, son amour, son époux, le père de ses deux enfants, mais il l’a frappée dans sa propre chair.

Au printemps dernier, elle a été victime d’un cancer du sein. Et France qui, avec un rare courage avait décidé de remonter sur scène malgré son chagrin, a été obligé d’annuler tous ses concerts et d’entreprendre un traitement pénible.

Heureusement, cette période noire, cette année horrible est terminée. Mais comme France a dû lutter contre le destin ! Une lutte où, heureusement, elle n’a jamais été seule. Non seulement l’affection, la complicité de ses deux enfants, Pauline et Raphaël, l’ont toujours soutenue, mais une femme, une femme exceptionnelle l’a aidée de toutes ses forces.

Cette femme à qui elle dit aujourd’hui un grand, un émouvant «merci», c’est sa mère, Cécile.

Avec un immense amour, Cécile Gall a su retrouver les gestes tendres, les petits mots câlins dont elle avait bercé l’enfance de sa “Babou”, le diminutif d’Isabelle, le vrai prénom de la star de la chanson.

Consolée par sa mère, encouragée par les mots et les gestes touchants, elle a su donner un nouveau sens à sa vie. Épouse comblée, mère heureuse, artiste adulée, elle avait vécu comme dans un rêve.

Les coups du sort ont changé tout cela. Aujourd’hui, France a mûri. Elle connaît désormais le vrai prix de la vie.

D’ailleurs, tous ceux qui l’ont approchée se sont fait la même réflexion :

“France est métamorphosée. Elle est devenue une autre femme !”

Mais une autre force, une autre énergie lui ont permis de mener à bien son combat. En effet, ces deux derniers mois, il s’est passé un événement bouleversant qui a contribué puissamment à sa guérison. Après avoir vécu la disparition tragique de Michel, après avoir frôlé elle-même la mort, elle s’est rendu compte qu’il existait une autre dimension à l’existence. Que tout ne s’arrêtait pas brutalement, ne laissant aucun espoir.

“Avant, a-t-elle déclaré, je ne m’étais jamais vraiment posé la question de la vie après la mort. Mais, aujourd’hui, j’ai changé. Après la disparition de Michel, après avoir moi-même vu la mort de très près, je commence à croire qu’il y a une continuité, une autre existence.”

Nul doute que ce réconfort, cette immense espérance dans l’au-delà ont aidé France Gall à gagner son fabuleux pari ! En effet, le 10 septembre prochain, dans six jours donc, elle va se produire à Bercy pour une série de sept concerts exceptionnels. Et quand elle montera sur scène, tous seront témoins de son incroyable « renaissance. »

Pourtant, France refuse absolument qu’on la fasse passer pour une héroïne.

“Ce que j’ai vécu à 45 ans, beaucoup de femmes de mon âge l’ont elles aussi vécu. Les millions de lettres de soutien que j’ai reçues m’ont fait comprendre que, malgré la célébrité, je n’étais qu’une femme comme les autres.”

Une femme comme les autres, certes. Mais une femme dont le courage et la volonté ne peuvent que forcer le respect et l’admiration.

Magazine : France Dimanche
Par Claude Leblanc
Date : du 4 au 10 septembre 1993
Numéro : 2453

France Gall à Bercy : la revanche

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France gall a accepté de répondre à toutes nos questions. Sérénité mais aussi, par instants, colère, tel est son état d'esprit quelques jours avant Bercy, les 10, 11, 12, 22, 23, 24 et 25 septembre prochains avant une grande tournée en France, du 8 octobre au 5 décembre 1993.
France gall a accepté de répondre à toutes nos questions. Sérénité mais aussi, par instants, colère, tel est son état d'esprit quelques jours avant Bercy, les 10, 11, 12, 22, 23, 24 et 25 septembre prochains avant une grande tournée en France, du 8 octobre au 5 décembre 1993.
France Gall à Bercy : la revanche

Près de cent mille spectateurs vont lui faire un triomphe. France Gall est de retour pour notre plus grand plaisir.

Elle a accepté de répondre à toutes nos questions. Sérénité mais aussi, par instants, colère, tel est son état d’esprit quelques jours avant Bercy, les 10, 11, 12, 22, 23, 24 et 25 septembre prochains avant une grande tournée en France, du 8 octobre au 5 décembre 1993.

« La mèche, ça va, là ? » France n’écoute pas la réponse, elle tranche. Enfile, docile, la chemise que le photographe lui demande de passer, étudie l’effet dans le miroir, relève le col, puis le laisse tomber bien bas sur ses épaules découvrant un joli décolleté, jauge le tout, se ravise soudain d’un grand éclat de rire : trop échancré. « Faut quand même pas que j’en fasse trop ! Quoique … pour ceux qui doutent que je les ai encore ! » Ouf, c’est elle qui en parle. De cette sale petite « boule au sein qu’il a fallu lui enlever de toute urgence au printemps dernier. Plus qu’un mauvais souvenir ? Le sourire est là pour l’attester. « Je suis intacte, je suis guérie. »

Et puis, France n’est pas du style à s’écouter. « Je n’ai pas le choix. J’ai deux enfants et, dans quelques jours, je suis sur scène. » Trop à faire. Trop de moments forts aussi en perspective pour renoncer. Pour s’autoriser à gamberger. Sinon comment tenir bon ?

Il y a de la force, de la dignité chez ce petit bout de bonne femme d’un mètre soixante. Quelque chose de gamin, de juvénile dans le visage, aussitôt tempéré par une émouvante gravité. Primesautière, un brin facétieuse, elle obéit aux désirs du photographe, plaisante avec la maquilleuse, se love dans un fauteuil, prend la pose. Et tout à coup, replonge. Elle semble loin, très loin. Autour, on se sentirait presque de trop, voyeurs, déplacés. Sacrilèges, en quelque sorte, dans cet endroit qui doit lui rappeler tant de scènes passées. Car c’est là, dans cet hôtel particulier, transformé pour la circonstance en studio photos, que Michel enregistrait ses chansons, c’est là qu’auprès de lui elle veillait, là qu’ils retrouvaient à chaque note de musique une intense complicité. Témoin, la photo sur leur dernier CD « Double Jeu », où ils sont assis sur des coussins blancs près de l’escalier. France ou les deux facettes. Même si, là, ce n’est pas par jeu. La séance de photos se termine. Elle remet son chemisier rouge, prend une cigarette, et avant que chacun ne reparte, trouve un mot gentil. Rassurante, elle promet, malgré l’heure tardive, de prendre le temps nécessaire pour l’interview. Bien qu’elle ne voie pas vraiment pourquoi on a tant insisté pour la rencontrer.

« Ça me touche, mais j’ai toujours du mal à comprendre pourquoi on s’intéresse à moi. J’ai accepté de sortir un peu de ma réserve à cause de cette maladie qui m’a contrainte à faire faux bond en juin dernier. Je me dois d’expliquer pourquoi à mon public. Sinon, moins je parle de moi, mieux je me porte. »

Moins on parle d’elle aussi, semble-t-il. Le ton change, France est furieuse. Les bras autour des genoux, les tennis noires à semelles compensées coincées sur le fauteuil, la chanteuse au look d’éternelle adolescente s’anime et retrouve l’autorité de ses quarante-cinq ans.

« On a écrit n’importe quoi au sujet de Michel et moi. Je trouve ça écœurant. Je souhaite à tout le monde de vivre une histoire d’amour aussi forte que la nôtre. Quinze ans sans un nuage, sans une dispute, avec une courtoisie et un respect absolus, vous vous rendez compte ! Pourquoi salir tout ça ? » Il fallait que ça sorte.

Devant la représentante d’une corporation qu’elle a parfois du mal à supporter, France choisit de vider son sac. Parce qu’elle a été blessée par des mots, et qu’elle a mal. Tout ça parce qu’une méchante crise de quarantaine – « Rien que de très banal, comme les femmes la vivent toutes » – l’a plongée, il y a peu, dans un désarroi inattendu, face à des remises en cause douloureuses. Une soudaine envie de chanter autre chose, de vivre autrement. « Pendant des années, j’ai été derrière Michel et heureuse de l’être. Là, j’ai eu envie d’être à côté. Je me suis rebellée. Mais c’est bien, quelqu’un qui se rebelle. C’est quelque chose que je juge positif, c’est un formidable virage. » Qu’elle a effectué à l’aide d’une psychothérapie, de séjours au Sénégal dans une maison éloignée de tout et de tous, histoire de se retrouver, et en tentant d’expliquer à Michel ce qu’elle désirait désormais chanter. Dur pour un créateur, habitué à suivre son seul instinct. Déroutant surtout pour un mari, qui ne reconnaissait plus sa femme. Quinze jours à Los Angeles et Michel est revenu avec « Double Jeu ». Joli cadeau d’amour prouvant, s’il en était besoin, que lui seul pouvait comprendre ce que France attendait : « Ce disque est mon préféré. » Et l’apothéose de leur complicité retrouvée. Au point de projeter, pour la première fois de leurs carrières, de monter ensemble sur scène.

Une partie de tennis fatale à Ramatuelle en a décidé autrement. L’enterrement, la souffrance, le quotidien sans lui… France, pour ses enfants, fait front. « Dès le lendemain, je leur ai fait une vie gaie. J’ai laissé la porte ouverte à tous les amis tout au long de l’année … Vu ce qui m’est arrivé ensuite, peut-être que j’aurais mieux fait de craquer ». A peine six mois après le drame, elle participe à quelques émissions de télévision : « Je sais que certains m’ont reproché d’apparaître gaie, désinvolte. Ça ne se faisait pas pour une veuve ! Ils ignoraient les heures que je passais ensuite à me remettre de pareilles évocations. Mais lorsqu’après, on leur a annoncé mon opération, je leur ai tout à coup paru plus humaine. » Un check-up de routine au printemps avant d’affronter seule Bercy début juin – « Parce qu’il fallait que les choses continuent » – et la seconde mauvaise nouvelle tombe : une tumeur maligne au sein. Le gouffre. Puis la remontée instinctive : « Il ne fallait pas que mes enfants soient orphelins ! » Chimiothérapie et répétitions du spectacle alternent. Jusqu’à ce que … « J’ai cru que j’allais mourir de fatigue. Ce n’est pas une expression. J’étais totalement à bout. »

Annulation de Bercy. « Un mois de cauchemar, un été de solitude », quelques mises au point aussi : France ne supporte pas qu’on la traite de « mère Courage » et qu’on brosse un tableau pathétique de son « calvaire ». Pas le temps de s’apitoyer sur son sort, d’autant que très vite de nouvelles dates sont fixées pour Bercy. Quelques semaines de vacances au Canada, au mois d’août, où elle possède aussi une maison, et la voilà désormais disposée, impatiente d’être sur scène. Plus forte encore qu’avant : « Il me reste heureusement la musique, un métier qui me passionne, deux très beaux enfants, bref, pas mal de choses. » De nouvelles amitiés aussi : « Cette année, j’ai connu des gens nouveaux, des comiques surtout : Muriel Robin, Pierre Palmade, Michel Blanc … J’ai besoin de me nourrir. Auparavant j’étais nourrie par quelqu’un vingt-quatre heures sur vingt-quatre. »

« Ce spectacle sera un très grand moment. L’avenir ? Bercy terminé, il y aura une courte tournée en France. Et après, quand les applaudissements vont cesser, les lumières s’éteindre … « Je ne veux pas y penser. J’ai la chance d’hériter des musiques de Michel. Je vais faire jouer « Starmania » et « la Légende de Jimmy » à travers le monde, et puis, il a écrit un film. A moi de trouver le producteur, le metteur en scène … Pendant dix ans, j’ai de quoi m’occuper. »

Gardienne du Temple ? « C’est le patrimoine de mes enfants et le mien, je dois y veiller. » Mais chaque chose en son temps. Parallèlement à Bercy, il y a aussi, plus prosaïquement, la rentrée des enfants :

Pauline, quatorze ans, en troisième, Raphaël, douze ans, en cinquième. « Je n’irai pas les conduire au lycée. Ils trouvent que ça ne se fait plus. » Des graines d’artistes, l’un et l’autre. « L’aînée a un don pour le dessin, mon fils, lui, qui ressemble à son père comme deux gouttes d’eau, mais aussi extraverti que Michel était secret adore la musique. »

France nous quitte pour aller répéter à Bercy.

« Je sais que ce spectacle va être un très grand moment. »

Elle l’a voulu presque intimiste … dans la plus grande salle de France ! « Nous serons cinq sur scène. Je sens que c’est comme ça qu’il faut le faire ! » précise-t-elle avec cet aplomb qui tranche si brutalement avec sa fragilité. Et, songeuse, de susurrer : « En fait, je fais ce que Michel ne m’aurait pas permis de faire. Il aurait préféré un très grand spectacle. » Ou l’art d’être fidèle et rebelle à la fois.

Magazine : Madame Figaro
Par Maryvonne Ollivry
Photos Barry Dunne / Madame Figaro
Date : 4 septembre 1993
Numéro : ?

France Gall, sa vie sans michel Berger

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France Gall, sa vie sans michel Berger
France Gall, sa vie sans michel Berger
France Gall, sa vie sans michel Berger

Chapeau France Gall ! Malgré les terribles épreuves qu’elles a vécues, la mort de son mari, Michel Berger, et son opération du sein, elle revient en force, du 10 au 12 et du 22 au 25 septembre, au Palais Omnisports de Bercy.

Sa rage de vivre a pris le dessus et elle relève l’incroyable défi que lui avait lancé Michel avant de disparaître, le 2 août 1992 : poursuivre sa carrière tout en gérant l’énorme entreprise « Berger».

S’armant de courage, la petite fée blonde s’est battue pour mettre sur pied un fabuleux spectacle, à la fois artistique et émouvant, en hommage à son « professeur Tournesol ». Aujourd’hui, France Gall est plus solide que jamais et semble avoir puisé dans son chagrin encore plus d’énergie : “Je n’ai plus peur de rien, dit-elle. Comme si, en partant, Michel m’avait légué sa force.”

Avant les répétitions, France s’est réfugiée quelques jours dans sa somptueuse propriété, Le Clos Saint Nicolas, située à Vasouy, près de Honfleur, en Normandie. Nous avons mené notre enquête pour en savoir un peu plus sur la manière dont la jeune femme vivait désormais.

D’une façon générale, les gens du village affirment, avec une certaine amertume dans la voix : “Depuis la mort de Michel, on ne la voit plus aussi souvent.”

Il semble en effet que France Gall ait choisi d’éviter le plus possible les contacts avec le monde extérieur. Quand elle se rend dans un lieu public, c’est toujours pendant les heures creuses. Et elle prend alors soin de porter des lunettes noires afin de limiter les risques d’être reconnue.

Mais évidemment, elle ne peut tromper ceux qui la connaissent bien. Aux Vapeurs, le célèbre restaurant de Trouville-sur-Mer, les patrons, Martine et Gérard Bazire, nous ont confié que France arrivait pour dîner vers 19 heures afin d’éviter la foule : “Elle vient régulièrement depuis la mort de Michel. Nous avons remarqué qu’à table, même si elle est entourée de ses enfants et d’amis, ce n’est pas la grande gaieté. Elle a l’air triste. On voit bien qu’il manque quelqu’un à ses côtés.”

A Honfleur, dans la rue du Dauphin, il faut être matinal pour avoir la chance de rencontrer France Gall. A l’heure où tout le monde dort encore, excepté les commerçants qui ouvrent leurs portes, on peut entendre le vrombissement d’une Renault Espace qui se gare sur la place Sainte-Catherine.

Trois, quatre, cinq silhouettes descendent de la voiture et se dirigent vers La petite Chine, une pâtisserie réputée pour ses desserts à base de pommes.

“Elle apprécie les gourmandises en général, mais ce qu’elle préfère, ce sont les tartes Tatin” explique Fan Terrier, la propriétaire des lieux. C’est quelqu’un de très simple. Elle vient avec sa gouvernante et je peux vous dire que personne dans la rue ne la reconnaît, personne ne se retourne sur elle.”

« Hésitante … »

Malgré tout, la chanteuse préfère ne pas s’attarder en ville. Elle se contente de faire un petit tour chez Jean-Claude Herrault, le fleuriste de la place Pierre Berthelot, pour choisir des bouquets de fleurs champêtres à dominantes jaunes et bleues : “France est une cliente très sympa, mais pas très facile, avoue celui-ci. Elle est hésitante, change d’avis, ce qui me complique les choses pour réaliser mes compositions florales. »

A la parfumerie, en revanche, France se montre décidée : “Elle ne reste pas longtemps car elle sait ce qu’elle veut. Elle a ses produits de beauté attitrés, tel que le parfum L’heure Bleue de Guerlain, son maquillage est sobre, rimmel et eye-liner noirs. Et lorsqu’elle vient en ville, elle est toujours accompagnée d’un certain nombre d’amis.”

Et pour ne pas perdre de temps, France envoie ses deux enfants, Pauline, qui a quatorze ans, et Raphaël, qui en a douze, chercher du pain à la boulangerie. Au blé d’or.

Le seul endroit où on ne la rencontre plus, c’est Deauville. Autrefois, elle s’y rendait régulièrement et, au cours de ses escapades, s’arrêtait chez Liberty’s, une boutique de décoration d’intérieur.

Alain, le vendeur, s’est occupée d’elle pour la dernière fois quinze jours après le décès de son mari : “Elle a du goût, dit-il. Et le chic pour choisir les plus belles choses : comme des peintures scandinaves contemporaines et des petits coussins. Elle adorait vraiment chiner.”

C’est vrai, ça fait un an qu’on ne la voit plus, la petite France, un an qu’elle est seule, un an qu’elle se bat : “Aujourd’hui, dit-elle, j’ai le sentiment d’avoir passé une ‘année à survivre plutôt qu’à vivre.”

Les fenêtres du Clos Saint Nicolas sont grandes ouvertes et laissent entrer l’air frais et les parfums de la campagne normande. Retirée du monde, France Gall profite de ses tous derniers moments de détente avant Bercy, en compagnie de ses enfants chéris et de ses amis qu’elles a invités à partager le calme et la sérénité de sa retraite …

Magazine : Ici Paris Magazine
Reportage et photos Maureen MARCHAL
Date : 1er au 7 septembre 1993
Numéro : 2513