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France Gall debout

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Elle remonte sur scène après avoir tout affronté : la disparition de Michel Berger et sa propre maladie, un cancer du sein. Elle n'aime pas qu'on la trouve courageuse.
France Gall debout

France Gall remonte sur scène après avoir tout affronté : la disparition de Michel Berger et sa propre maladie, un cancer du sein.

Elle n’aime pas qu’on la trouve courageuse. Elle n’aime pas qu’on ressasse tout ça à sa place.

Elle préfère revenir chanter, sans lui, mais avec ses titres à lui, qu’elle seule peut s’approprier aujourd’hui. Elle chantera même quelques-unes des chansons que Berger avait écrites pour lui-même et enregistrées sur ses propres albums.

Notamment « Le Paradis blanc », « Chanter pour ceux » et « Mademoiselle Chang».

Bercy, 10, 11, 12 et 22, 23, 24 septembre, 21 heures. Soirée supplémentaire le 25. Tél. 43.46.12.21.

Magazine : Le Parisien (édition de Paris)
Date : 30 août 1993
Numéro : 15234

France Gall : je suis devenue quelqu’un d’autre

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Métamorphosée, livrée à elle-même, France Gall a puisé, dans le travail et un tas de curiosités nouvelles, une rage de vivre ... contagieuse.
Métamorphosée, livrée à elle-même, France Gall a puisé, dans le travail et un tas de curiosités nouvelles, une rage de vivre ... contagieuse.
France Gall : je suis devenue quelqu'un d'autre

Après ses ennuis de santé, il lui a fallu affronter ce mois d’août au souvenir douloureux.

Métamorphosée, livrée à elle-même, France Gall a puisé, dans le travail et un tas de curiosités nouvelles, une rage de vivre … contagieuse.

Ludmilla Chartoff : Vous n’aimez pas passer pour Mère Courage, pourtant on a du mal à ne pas se dire : la pauvre, tout ce qui lui arrive …

France Gall : Franchement, alors que la fin de l’été approche, je me dis : y’en a marre ! Par la force des choses, j’ai dû interrompre la préparation de mon spectacle. Je me suis trouvée désœuvrée ces trois derniers mois et chacun sait qu’un esprit livré à lui-même est une véritable catastrophe ! La vérité est que j’ai eu beaucoup de mal à passer l’été en raison de cette date du 2 aout qui, avant, comme après, était sans cesse trop proche. Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’avoir passé une année à survivre plutôt qu’à vivre.

L.C. : Cette année aurait-elle été plus facile à traverser si vous n’aviez pas été une personne publique ?

F.G. Absolument ! C’est tout à fait nouveau pour moi d’être seule en couverture des magazines pour d’autres raisons que pour mon travail et de lire des choses concernant ma vie privée. Avant, je maintenais une frontière infranchissable entre la vie personnelle et la vie professionnelle. Je n’avais pas le sentiment d’être quelqu’un de public. Depuis la mort de Michel, je ne me suis exprimée que deux fois (dont une dans ELLE) et, pourtant, il y a eu des couvertures de magazines en pagaille et encore plus d’articles. Je me rends compte que je n’y peux rien et qu’il va falloir que je fasse avec. Alors, quitte à devoir le faire, autant dire les choses telles qu’elles sont.

L.C. : Ce qui voudrait dire qu’il existe un décalage entre ce que vous lisez sur vous et ce que vous pensez de vous-même ?

F.G. (martelant les mots). Je-n’ai-pas-envie-de-jouer ! J’ai envie de vérité. J’ai envie de dire les choses telles que je les vis, telles que je les sens, telles que je les vois.

L.C. : On sent comme une exigence dans ce que vous dites, à quoi est-elle due ?

F.G. Je ne sais pas pourquoi c’est aussi inacceptable pour moi que les gens m’imaginent autrement que ce que je suis. Je ne comprends pas pourquoi cela me fait autant de mal quand je lis certains articles où l’on parle de moi de façon tellement fausse. J’ai envie que l’on sache ce que je suis vraiment. Je ne suis pas une sainte, mais je crois être quelqu’un de « bien » et ce n’est pas le sentiment que je retire de ce que je lis sur moi écrit par des journalistes qui ne m’ont jamais rencontrée ! Dernièrement, il y a eu des papiers sur Michel, puisqu’il y a un an qu’il est mort. Je n’ai pas voulu apporter mon concours à ces articles, on peut comprendre cela, il me semble : il fallait déjà que je traverse cette période sans m’écrouler et j’étais très loin de me douter à quel point cela allait être difficile. En lisant la masse de contrevérités, d’approximations, d’amalgames et d’erreurs contenue dans ces articles, je me disais que les journalistes sont vraiment légers. Au moment où j’ai dû annoncer que j’étais atteinte d’un cancer, la plupart des articles ont été négatifs, dramatisants, ignorant les informations encourageantes. Comme si ceux qui font les journaux, pensant que leurs lecteurs ont besoin de savoir que les gens souffrent, en rajoutent à plaisir, enlaidissent, bafouent, trichent, salissent. Peut-être certains lecteurs ont-ils ce besoin d’ailleurs, puisque ces magazines se vendent bien ? Moi, je suis quelqu’un de positif. D’un malheur, d’une souffrance, d’un problème, je tire instinctivement une force nouvelle.

L.C. : Que les gens ont besoin de la souffrance des autres, c’est le sentiment que vous avez retiré des lettres que vous ont envoyées les lectrices de ELLE ?

F.G. Ce courrier était d’une nature totalement nouvelle pour moi. D’habitude, je reçois énormément de lettres, mais plutôt de teen-agers, de jeunes gens qui ont rarement plus de 25 ans. Cette fois, les lettres, des centaines, provenaient en majorité de femmes qui avaient sensiblement mon âge. Ce n’était donc pas la même façon d’écrire et il y avait une grande tendresse dans ces lettres. A leur lecture, car je les ai toutes lues, j’ai perçu une reconnaissance de moi, femme, en tant que telle. Or, je n’avais jamais vraiment pensé à moi en ces termes : à mes yeux, j’étais la mère de famille, l’épouse, la chanteuse. Cela va vous faire sourire : je me suis sentie une Française parmi les Françaises, une femme parmi les femmes. Je me suis aussi rendu compte à travers ce courrier à quel point les femmes pouvaient s’entraider. A quel point les femmes aimaient les autres femmes. Ca m’a beaucoup touchée. Vous voyez, aucun point commun entre ce courrier et les articles dont je parlais.

L.C. : Cette année, vous avez traversé des épreuves fortes, vous avez dû prendre en main votre carrière, gérer « l’entreprise France Gall », les sociétés que vous a léguées Michel, préparer votre spectacle, vous assumer en tant que femme seule … Comment vous en sortez-vous ?

F.G. Maintenant que je suis complètement guérie, je trouve cela intéressant à vivre. Et pourtant, je ne suis pas une folle de travail, je n’aime pas courir ni faire deux choses à la fois, ce que je fais en ce moment. Je n’avais jamais décidé d’un décor, des lumières, de la façon dont les musiciens doivent jouer, d’une mise en scène, de l’ordre des chansons pour ne parler que de Bercy et de la tournée que j’entreprends à partir d’octobre. Michel faisait tout cela. Et ça m’arrangeait bien. Et il s’est passé une sorte de miracle ! Au début, j’ai pensé que je n’y arriverais jamais, et puis tout s’est délié comme par magie. C’est un peu comme si une case s’était ouverte en moi, libérant des forces, des intérêts, des curiosités nouvelles dans tout un tas de domaines.

L.C. : Vous en parlez comme émerveillée par vos propres capacités ?

F.G. Vous savez, je n’étais pas très fière de moi de réaliser qu’à 45 ans je devenais quelqu’un d’autre, d’une certaine manière, que je découvrais tant de choses sur moi et sur le monde, si importantes qu’elles peuvent bouleverser une vie. Je me demandais si je n’étais pas un peu attardée ! Si j’étais restée tout ce temps dans un cocon, aveuglée par une sorte de bonheur anesthésiant ? Mais, heureusement, certains de mes amis, intelligents et cultivés – car j’ai des amis intelligents et cultivés ! -, m’ont rassurée en me démontrant que les grandes choses sont généralement réalisées entre 50 et 60 ans ! C’est un peu comme si je n’avais jamais réfléchi auparavant, analysé, médité. Maintenant, je suis livrée à moi-même, sans garde-fou, et je le prends ce temps, bien que dirigeant mes affaires, préparant mon spectacle, m’occupant de mes enfants et du reste.

L.C. : Quels aspects de la vie découvrez-vous qui vous paraissent importants ?

F.G. Ce sont les aspects les plus … « spirituels » de la vie. Dans ma vie, j’ai été entourée de gens qui, soit comme Michel, maîtrisaient les aspects les plus abstraits des choses et, par conséquent, n’éprouvaient pas le besoin d’en parler. Soit par des gens qui les rejetaient complètement. Lorsque je dis spirituel, je m’avance avec précaution. C’est aussi bien s’intéresser aux gens et à la signification des choses qu’à l’existence d’une vie après la mort. D’une vie ou de quelque chose ? Michel, lui, par exemple, pensait qu’après la mort il n’y a rien. Comme j’admirais Michel, j’ai beaucoup adopté ses idées, dont celle-là : après la mort, il n’y a rien. Mais penser que Michel, avec toute la beauté qui l’habitait, est dans un cercueil et que tout s’arrête là, est une idée qui m’est insupportable. Depuis qu’il a disparu, je suis donc mon propre chemin à travers mes questions. Je me dirige vers un domaine où je n’étais jamais allée et dont l’appel comble sans doute un besoin de réponses. Le déclic n’a pas été la mort de Michel mais, évidemment, la perspective de la mienne, quand on m’a annoncé que j’avais un cancer dont on ignorait à ce moment la gravité. Être guérie n’a heureusement pas éteint ce besoin de comprendre.

L.C. : S’intéresser à ce genre de choses, n’est-ce pas dangereux quand on doit être une femme d’action ?

F.G. C’est très curieux car, lorsque j’ai commencé à m’intéresser à tout cela, je me suis dit que je ne pourrais plus vivre de la même façon. Michel, d’ailleurs, ne tenait pas à ce que je m’aventure de trop près dans ce genre de choses, il me trouvait trop fragile pour cela. Disons qu’aujourd’hui, en dehors de mes enfants et de la scène, c’est là (et ce « là » est vaste et encore flou) que réside mon principal centre d’intérêt, mais j’y vais très mollo.

L.C. : C’est donc une artiste chargée d’émotions et d’expériences qui va monter sur scène à Bercy dans quelques jours ?

F.G. Je me sens au meilleur de moi-même dans mon art, je n’ai jamais mieux chanté. La musique qui va me porter, c’est évidemment celle de Michel, ses chansons, mais que je me suis complètement appropriés. Avant de travailler avec l’équipe qui est avec moi sur et autour de la scène, et qui travaillait avec nous depuis longtemps, j’ai demandé à chacun de me donner ce qu’il n’avait jamais donné à personne auparavant. Ils l’ont fait. J’ai préparé ce spectacle, le décor, les orchestrations, les lumières avec une vision qui est la mienne. Seule. Comme je le suis aujourd’hui devant ma vie qui, d’une certaine manière, commence. C’est donc avec une sorte de rage de vivre que je rencontrerai le public, une rage positive, une rage qui ne fait qu’exprimer mon amour de la vie.

Dans le ELLE du 8 octobre 2001, France Gall commente elle-même ses couvertures

AOÛT 1993 « Entre cette couverture et la précédente (Février 1993), il y a eu la maladie, mon cancer. Les messages de soutien et d’amitié que m’ont envoyés des centaines de femmes à travers le journal ELLE m’avaient profondément émue. Pour la première fois de ma vie, je me sentais une femme parmi les femmes. »

Magazine : Elle
Par Ludmilla Chartoff

Photos Jean-Marie Périer.
Date : 23 août 1993
Numéro : 2486

Destins brisés : Michel Berger

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Destins brisés : Michel Berger
Destins brisés : Michel Berger
Destins brisés : Michel Berger

Sous la tendresse, la révolte

A la fin d’une partie de tennis, le 2 août 1992, Michel Berger a eu un malaise. Sous la lumière de la Provence, dans la maison ocre qu’il partageait avec sa femme, France Gall, et leurs deux enfants, il est mort quelques minutes plus tard.

Soudain, le public qui ne connaissait pas vraiment ce timide inspiré et fécond a découvert que, depuis bientôt trente ans, il chantait du Berger sans le savoir. Comme dans la légende, il avait été foudroyé en plein essor.

Et, pourtant, on a appris que le compositeur de 45 ans, apparemment dans la force de l’âge, se savait fragile.

C’était le secret de tant d’intensité, l’urgence et l’exigence de vivre vite.

Le surdoué de 16 ans pose timidement sur la photo historique des copains

“A 14 ans, j’ai connu la cassure intégrale, en écoutant Ray Charles et Elvis Presley, disait-il. J’ai décidé d’abandonner le solfège, de rejeter la technique classique.” Fils cadet du Pr Jean Hamburger et de la pianiste Annette Haas-Hamburger, Michel Berger est un enfant doué. A 3 ans, il joue du piano à quatre mains avec sa mère. Parallèlement à la musique, qui a toujours fait partie de son univers, il continue ses études: le lycée Carnot, puis philo à Nanterre avec, pour sujet de maîtrise, “L’esthétique de la pop music”. Dès 15 ans, il a sorti son premier disque sous le label La Voix de son maître: “Tu n’y crois pas”, sélectionné comme “Chouchou” par “Salut les copains”. Le 12 avril 1966, il pose (tout à gauche, au 3e rang) pour la photo légendaire des idoles yé-yé réalisée par Jean-Marie Périer pour “S.L.C.”. Il a 19 ans – deux rangs derrière lui, devant Sylvie Vartan, sourit France Gall. Ce jour-là, pourtant, Michel et France ne se sont même pas vus. En 1974, quand il pose dans son appartement proche du parc Monceau, il est un musicien reconnu. Il s’est laissé pousser les cheveux, mais n’a pas perdu son look sage.

Les toutes premières images d’une harmonie qui va durer 17 ans

En 1974, France, après avoir entendu à la radio la chanson de Michel “Attends-moi”, lui a demandé d’écrire pour elle.

Il a d’abord refusé, car l’image de la “copine” yé-yé, interprète de “Sacré Charlemagne” ou de “Poupée de cire, poupée de son”, lui faisait peur. Puis il s’est laissé convaincre. Il lui offre d’abord “La déclaration”, le premier tube de la jeune femme depuis cinq ans. Bientôt, le 22 juin 1976, ils se marient à la mairie du 16e arrondissement de Paris. Ils vivent près du bois de Boulogne dans une isba construite pour l’Exposition universelle de 1889, et leurs gages d’amour s’inscrivent sur des partitions. Michel s’attendrit en voyant France peindre.

En 1979, au bonheur de l’amour partagé s’ajoute le triomphe de l’opéra rock “Starmania”. En 1980, Michel joue les reporters aux pieds de France. Mais, très vite, ils éviteront d’apparaître en photo ensemble : Michel, en accord avec France, refuse que l’image du couple fasse perdre à chacun sa personnalité.

Après la blessure de l’enfance, Michel retrouve son célèbre père

Michel était le fils du célèbre Pr Jean Hamburger, premier chirurgien au monde à avoir réussi, en 1962, une transplantation de rein. Mais ce père, qui aurait voulu créer une dynastie de médecins, a surtout été un absent. Michel était encore très jeune quand le grand héros de la science a quitté la maison où il vivait, laissant son éducation à sa mère, la pianiste Annette Haas. Il en a été blessé, et c’est une des raisons pour lesquelles il attachait tant d’importance à l’harmonie de la famille qu’il avait créée avec France Gall, et où Raphaël et Pauline étaient élevés dans la musique et la tendresse. Michel avait éprouvé une grande satisfaction, ces dernières années, à découvrir enfin chez son père une complicité intellectuelle qui le dédommageait de ses frustrations d’enfant.

Et c’est France qui avait tenu à fixer un de ces moments où, à La Colombe d’or de Saint-Paul-de-Vence, le père et le fils, le docteur et le saltimbanque, renouaient un dialogue trop tôt interrompu. Le professeur disait à Michel : “Créer, c’est anéantir le néant”. Il est mort deux mois avant lui.

Ils aiment mettre en scène les sourires d’un bonheur fragile

Michel avait un peu appréhendé les séances de photos pour la promotion de leur album. Il craignait de paraître gauche près de France, plus accoutumée que lui à ce qu’il considérait comme une corvée. Mais ses réticences sont tout de suite tombées, et jamais titre n’aura, finalement, été plus justifié que celui de “Double jeu”, tant il s’amuse sincèrement en posant avec elle. En quête permanente de spontanéité artistique, il choisira pourtant, pour la pochette du disque, une image plus insolite. Le photographe Thierry Boccom-Gibaud, qui avait filmé les enregistrements en vidéo super-huit, lui a montré, un soir, un effet de solarisation sur arrêt d’image. Enthousiasmé, il exige d’en obtenir un tirage par ordinateur. Amoureux de la vie, c’est la vie même qu’il entend restituer par toutes les facettes de son talent.

Saint-Tropez, 2 août 1992 : Michel, une heure avant d’être foudroyé

Une heure avant, il était descendu à Saint-Tropez. Préoccupé par l’adaptation -à New York- de son opéra rock “Starmania”, Michel n’était pas totalement en vacances. Après les courses en ville et les nombreux coups de téléphone, c’est en fin de journée qu’il prenait son meilleur moment de détente, sur le tennis de sa maison du Capon, à Ramatuelle. Ce soir du 2 août, il a attendu la fraîcheur du soir pour venir y frapper les premières balles. Et, soudain, les bruits de raquettes et les éclats de voix se sont interrompus. Après son malaise, Michel a pensé que la crise était passée. Il est allé prendre un bain quand la douleur a, de nouveau, déchiré sa poitrine. C’est alors que France Gall a appelé le médecin, qui n’a rien pu faire quand la troisième attaque cardiaque a éclaté. Dans ses papiers, on a retrouvé plus tard une lettre de son père à un confrère cardiologue, lui demandant d’examiner Michel. Il n’a jamais utilisé cette recommandation. Il savait donc, et c’est pourquoi il était si pressé de vivre.

L’article consacré à Michel Berger ne peut pas être intégré en retranscription car il a été mal séparé du magazine et des caractères sont manquants.

Magazine : Paris Match
Date : 5 août 1993
Numéro : 2306

Portraits de France Gall, photos de vacances

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France Gall, après un été de repos, sera sur la scène de Bercy pour 3 soirées, en septembre prochain.
France Gall, après un été de repos, sera sur la scène de Bercy pour 3 soirées, en septembre prochain.
Portraits de France Gall, photos de vacances

France Gall, après un été de repos, sera sur la scène de Bercy pour 3 soirées, en septembre prochain.

En attendant ce moment privilégié, Platine vous offre un tour en pédalo dans les étés de France et d’ailleurs.

Eté 1964. France chante “Mes premières vacances” et part se reposer dans la propriété familiale de Noirmoutier après un gala annuel de la CGT à Montreuil en compagnie d’Eddy Mitchell, des Fantômes, de Lucky Blondo, de Danyel Gérard et de Léo Ferré.

Elle rencontre Claude François aux Saintes. Sacha Distel, au festival de Montreux, essaie de montrer qu’après Versailles, Philips, son arrivée chez RCA peut confronter sa position de crooner français. Son nouveau challenger se nomme Frank Alamo qui chante “Maillot 38-37”.

Olivier Despax a beaucoup de difficulté à imposer son talent au public. Hugues Aufray triomphe avec la protest song à la française. Ronnie Bird imite les Stones, Les Lionceaux adaptent les Beatles. La tournée Radio Luxembourg sillone la France avec les Champions. Le Golf Drouot est lui aussi sur les routes. Jean-Jacques Debout vient de triompher à la Rose d’or d’Antibes. Claude François interprète “La ferme du bonheur”, en tournée avec Michèle Torr, les Gams et, les Lionceaux, Monty et les Missiles. Johnny est à l’armée en Allemagne et répète “Le pénitencier”, Sylvie Vartan est en tournée en France, en Espagne et dans le Magreb avec “Shalala”.

Françoise Hardy fait une saison en Italie et en Espagne. Marie Laforêt se partage aussi entre France et Italie. Sheila, après une tournée épuisante, se repose en banlieue parisienne et sur la côte d’Azur. Avec Dalida, elles chantent toutes les deux la même adaptation de Dionne Warwick, “Chaque instant de chaque jour”. Richard Anthony fait une carrière en France et en Italie avec un slow à l’italienne, “Ce monde” , alors que Bobby Solo impose “Una lacrima sul viso”. Petula Clark adapte “Hello Dolly” et Henri Salvador “Zorro est arrivé”. France ne sait pas encore que sa rentrée sera marquée par “Sacré Charlemagne” et l’Olympia de son “copain” Cloclo.

Eté 1967

France chante “Bébé requin”, un titre de Joe Dassin qui ravit le tube à l’autre face, “Teenie Weenie Boopie”, signé Gainsbourg. En août, pour France, c’est une tournée en Allemagne, en Espagne et au Portugal. Richard Anthony triomphe en France et en Espagne avec le “Concerto de Aranjuez”. Serge Gainsbourg rencontre Jane Birkin et chante “Comic strip”. Olivier Despax tourne un nouveau film à Madrid. Jacques Dutronc est en tournée d’été avec ”j’aime les filles”, son pote, Nino Ferrer a rasé sa moustache. Claude François s’apprête à quitter Philips pour créer Flêche. On le voit, comme beaucoup d’idole, sur “La jeanne” le bateau de RTL au large de Cannes. Hugues Aufray affirme que “C’est tout bon” et salue l’exploit de Killy aux derniers JO, Eddy Mitchell chante “Alice”, une chanson qui fonctionnera mille ans. Sheila fait le tube avec “Adios amor”, alors que Sylvie chante “Un bon mois d’été”. Johnny cartonne sa Lamborghini pendant sa tournée alors qu’il est avec Jean-Marie Périer, le photographe des copains et l’ami de Françoise Hardy. Les petits nouveaux arrivés dans la deuxième partie de la décennie sont là : Joe Dassin triomphe avec “Les Daltons”, Nicoletta adapte Procol Harum et chante “La musique”, Michel Polnareff “Ame Câline”, Michel Fugain “Je n’aurai pas le temps”, Nino Ferrer “Le telefon”. Sandie Shaw, après avoir gagné l’Eurovision, est en tournée en France. Pétula est à l’apogée de sa carrière avec la bande originale du film “La contesse de Hong Kong” écrite par Charlie Chaplin. France aura une rentrée difficile et ira se vendre sur le marché allemand, Gainsbourg arrêtera d’écrire pour elle.

Eté 1975

France se repose après un hiver bien rempli grace a sa nouvelle collaboration avec Michel Berger. Sheila pouponne à Cabri près de Grasse, alors que Véronique Sanson convole avec Stephen Stills, de Crosby Stills Nash and Young. Cloclo, pour contrer quelques revers de fortune, fait une tournée d’été avec Dani et laisse la presse révéler qu’il a deux enfants et non pas un seul. Richard Anthony, dans la lancée de son tube “Amoureux de ma femme”, fête l’anniversaire de Johnny avec Eddy Mitchell au Golf Drouot. Johnny triomphe avec “La fille de l’été dernier”, il chante à Montréal avec Sylvie qui achève une tournée de 40 villes avec “La drôle de fin”. Eddy amorce son grand retour avec “C’est un rockeur”. RTL est en train de rattraper la radio leader des années 60, Europe 1. Dalida, dans les bras du Comte de St Germain, savoure le succès de “Il venait d’avoir 18 ans”. Petula Clark nous offre sa plus belle chanson en langue française ”Je voudrais qu’il soit malheureux”. Sacha Distel vient de quitter EMI pour une distribution Carrère, comme Hervé Vilard, il y trouve un nouveau souffle. Joe Dassin décroche le tube de l’été avec “L’été indien”. Et puis, il y a les petites nouvelles, Patricia Lavila, Carène Chéryl qui n’est pas encore Karen Chéryl, Myriam qui deviendra Marie Myriam. Et tous les charmeurs, Frédéric François, Christian Delagrange, Ringo, Santiana, Art Sullivan … Un seul d’entre eux vient de quitter les rangs en pleine gloire, Mike Brant. La rentrée de France sera très chargée avec l’album “Samba Mambo” où l’on trouve le titre “Comment lui dire”, toujours et plus que jamais signé Berger.

Eté 1980

France triomphe avec Michel Berger. Elle chante “Il jouait du piano debout” et elle s’impose comme interprète. Sheila finit la promotion internationale de son succès “Spacer” et part en vacances à New-York et en Californie. Le disco peu à peu s’estompe et la chanson française reprend ses droits. Sylvie Vartan se montre à Roland Garros et dine chez les Rotschild elle vit séparée de Johnny, qui ne marche plus très fort. Eddy concocte “Couleur menthe à l’eau” et, Dalida, après un Palais des Sports triomphal, n’obtient pas un grand succès avec “Il faut danser Reggae”. Petula Clark s’est repliée sur le marché anglais et laisse la place aux nouvelles : comme Marie Myriam ou Julie Pietri. Parti en voyage aux iles, après une période de succès moyen, Joe Dassin succombe à une crise cardiaque. Karen Chéryl est au sommet de sa carrière avec “La marche des machos”. Sélectionné par Girls, Sacha chante “Le bateau blanc”, alors que Richard Anthony après une promenade chez Sonopresse, Tréma, WEA, Polydor, s’apprête à réintégrer EMI. Julien Clerc, Véronique Sanson ont fait des petits: Francis Cabrel, Renaud, Daniel Balavoine. Le règne des anti-stars est installé. France, à la rentrée, continue sa promotion de son duo avec Michel et fait de nombreuses télés.

Eté 1993

France a terminé la promotion de son album avec Michel Berger, elle a enregistré en une nuit une version “Live” de “Mademoiselle Chang”. Les tubes et les artistes de l’été se conjuguent au présent du transistor sur les plages de vos vacances. France sera sur scène à la rentrée à Bercy et prouvera que même si la poupée a abandonné la cire, elle a gardé le son.

Magazine : Platine
Par Patrick Robert Galéra et J.-P. P.
Photos: DR
Date : Août / Septembre 1993
Numéro : 7

Planches France Gall

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Planches France Gall
Planches France Gall
Planches France Gall

France Gall, en cette fin de printemps, a décidé de remonter sur scène.

Seule, forte, depuis la publication de son dernier album avec Michel Berger, plusieurs extraits sont sortis en simples dont “Laissez passer les rêves”, “Superficiel et léger”, et “Les élans du coeur”, le dernier en date, l’occasion rêvée de vous raconter son histoire d’amour avec la scène … Ça balance pas mal …

Tournées 64 : Sacrée vedette.

Si les débuts discographiques de France remontent à l’automne 1963, sa première scène a lieu du 10 au 15 avril 1964 à l’Ancienne Belgique de Bruxelles. Elle chante en lever de rideau de Rachel, qui vient de se faire remarquer à l’Eurovision, et de Sacha Distel. On la voit, ensuite, durant le mois de juillet à la fête syndicale de Montreuil (le 5) et au théâtre de Verdure de Nice. A cette époque, elle a enregistré 3 super-45 tours qui sont des succès, sans plus. Le tube arrive avec “Sacré Charlemagne”, fin 1964. Du 29 octobre au 22 décembre, elle est en tournée pour le “Gala des Etoiles” dans toute la France avec, en tête d’affiche, Richard Anthony. C’est un triomphe pour les deux artistes.

Tournées 65 : Numéro Un européen.

Début 1965, France Gall est sacrée vedette. Du 2 au 14 mars, elle part 10 jours en tournée avec Richard Anthony. Puis, début avril, une nouvelle tournée, en vedette pour la première fois avec, en première partie Audrey, une chanteuse “météore”. Après l’Eurovision, qu’elle emporte en 1965, France passe du statut de vedette nationale, à celui de star européenne. Sa carrière fait alors un pas de géant. Du 20 mai au 1 octobre, forte de sa gloire, elle fait sa première tournée en vedette: “Le Cirque de France”, orchestrée par Robert Gall qui débordera jusqu’en Espagne, entre le 20 octobre et le 4 novembre. Après deux dates à Lyon en novembre (6 et 7), France part chanter au Japon du 8 au 18 novembre. La petite Française est devenue une star mondiale.

Tournées 66 : Star mondiale.

L’année 66 lui permet de finir d’honorer tous les contrats découlant de sa victoire à l’Euro. En janvier, elle est à Gstaad (le 6), à Londres puis Varsovie. Elle fait une rentrée triomphale à ]’Ancienne Belgique de Bruxelles fin janvier (14 au 24), partage la scène avec Hugues Aufray, qui continue la tournée avec elle à travers la France jusqu’en février (22). Ses disques sont sortis un peu partout dans le monde et, pour asseoir sa réputation, elle fait sa première tournée mondiale en mars (3 au 11). Au programme : le Canada, New-York, l’Argentine, le Mexique et le Japon, qui la réclame à corps et à cri. A peine rentrée, elle est au “Gala de l’Union” (13) et à nouveau sur les routes en juin (4 au 14). Elle se demande quand ce tourbillon infernal s’arrêtera. Très populaire au Japon, elle s’y rend à nouveau en juin (7 au 23) pour 5 concerts et quelques télés. A son retour, bien qu’épuisée, elle participera à la fête de la bière de Huy en Belgique (25) et chantera dans quelques villes françaises (26 juin, 7 et 8 juillet) et en Tunisie (16).

Tournées 67 : Roue libre.

Depuis 1966, France Gall compte plus de succès que de tubes, ce qui rend les tournées françaises risquées. Aussi préfère t-elle finir d’honorer tous ses contrats à l’étranger. Quand 1967 arrive, l’Eurovision n’est plus qu’un souvenir. Pourtant les tournées marchent toujours. En mars le Liban (17 au 19), en avril le Japon, en mai le Portugal et le Luxembourg, en août l’Allemagne, l’Espagne et de nouveau le Portugal.

Tournée 69: Repos forcé.

L’année 1968, marquée par un printemps français très agité, n’est pas favorable aux tournées. France en profite pour se reposer. Ce n’est qu’en novembre 1969, qu’on retrouve la trace d’une nouvelle tournée en compagnie d’Hugues Aufray (19 au 30).

Tournée 70 : Traversée du désert.

En février France Gall, plus “vedette-mannequin” de magazines féminins que star de la chanson, participe à la tournée “Mademoiselle Age Tendre” avec Adamo et Gilles Marchal. Après son départ de chez Philips et son entrée à La Compagnie, les tubes sont rares.

Théâtre des Champs-Elysées 78 : Rentrée.

Après une carrière en Allemagne chez BASF et Decca, au début des années 70, un passage chez Pathé France, France Gall a trouvé sa voie chez WEA, la maison de disques de Daniel Filipacchi. Dès 1974, elle retrouve le chemin du succès grâce à Michel Berger. Ses tubes de 1976: “La déclaration”, “Aime la”, “Comment lui dire”, “Ca balance pas mal à Paris” correspondent aux goûts de la jeunesse. Et ce n’est pas fini : en 1977, son album “Dancing disco” est un record de ventes avec des titres tels “Musique” ou “Si maman si”. Période exceptionnelle qui permet à France de monter sur la scène du théâtre des Champs-Elysées (sa première scène parisienne) du 14 au 20 avril 1978. “Viens je t’emmène”, transporte littéralement les spectateurs dans un univers pré-Starmania.

“Starmania” Palais des Congrès 79:

Retour vers le futur. Fin 1978, Michel finit d’écrire Starmania et demande à France Gall de participer à l’aventure. Elle sera sur la scène du Palais des Congrès, aux côtés de Fabienne Thibeault, Claude Dubois, Daniel Balavoine … Du 10 avril au 3 mai, trois semaines à l’affiche. Cet Opéra-Rock n’aura réussi à séduire le public qu’à titre posthume, et sur support vinylique.

Palais des Sport 82, tournée 82 : Avant-garde.

Après une apparition au “Mai de la chanson française” (15 au 18 mai 1981,) à La Défense avec RTL, France continue d’enchaîner les tubes: “Tout pour la musique”, “Résiste” et le duo “Il jouait du piano debout”. Elle affronte pour la première fois le célèbre Palais des sports du 7 janvier au 14 février 1982. Les spectateurs seront malheureusement peu nombreux, aussi la chanteuse sera-t’elle obligée d’invoquer des problèmes de santé pour arrêter sa prestation trois jours avant la date prévue. Une tournée à travers la France débutera tout de suite après (16 au 25 février). Si le concert de Toulouse est annulé faute de réservations, celui de Nice est doublé vu l’engouement du public de la Côte d’Azur.

Zénith 84 : Consécration.

Renaud inaugure le Zénith en 1984, juste avant France Gall. Celle-ci fait là un immense pari, la salle pouvant contenir 6 000 personnes. Mais son répertoire (“Débranche”, “Hong Kong Star”, “Calypso”, … ) multiple lui permet d’attirer tous les publics. Elle y chante du 11 septembre au 7 octobre et y dompte la critique. Cette scène historique est suivie d’un concert pour l’Ethiopie, à la Courneuve, toujours en octobre (16).

Zénith 87, tournée 88 : Apogée.

Et puis, il y eut “Cézanne peint”, “Babacar”, “Ella, elle l’a”. Autant de succès qui décident Michel Berger à la faire remonter sur la scène du Zénith du 12 novembre à début décembre 1987. La “répétition générale” se fait à Montluçon le 31 octobre. Ce Zénith sera suivi d’une tournée en deux temps : du 10 au 20 décembre, ensuite février et mars 1988 (du 23 février au 26 mars), où quelques changements interviennent par rapport au programme initialement prévu .

Bercy 93 : Mère Courage.

De 1988 à 1992, France n’apparaît pas sur scène. Il y a un an, elle faisait sa rentrée avec Michel Berger, dans un album en duo. Après un passage difficile fin 1992, courageusement, elle a décidé de reprendre le flambeau. De continuer à chanter. C’est ce que Michel aurait voulu. C’est évident. Les émissions de télévision, au mois d’avril, se sont enchainées à un rythme soutenu, comme si France se laissait aller à un tourbillon promotionnel curatif. En 1993, l’album “Laissez passer les rêves” atteint des chiffres de vente très importants. Voilà pourquoi France axera son spectacle sur ce dernier. Tout en rendant un hommage au reste de sa carrière qui, durant 20 ans, a été managé de main de maître par Michel. Aucun doute, ces deux semaines à Bercy se joueront à guichet fermé.

Magazine : Platine
Martine Bordeneuve et J.-P.P. / Photos des programmes de spectacles 1982, 1984, 1987: Collection Bordeneuve.
Date : Juin / Juillet 1993
Numéro : 6

France Gall, une opération l’oblige à reporter Bercy

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France Gall, une opération l'oblige à reporter Bercy
France Gall, une opération l'oblige à reporter Bercy
France Gall, une opération l'oblige à reporter Bercy

Une nouvelle épreuve pour France Gall, opérée d’une tumeur maligne.

Son combat contre la maladie l’a contrainte à renoncer au spectacle prévu à Bercy du 1er au 6 juin. Mais France fixe d’ores et déjà rendez-vous à son public en septembre.

Le 10 avril dernier, France Gall était sur le plateau de “Taratata”. Elle y évoquait son prochain retour sur la scène de Bercy du 1er au 6 juin. Plus récemment encore, elle avait enregistré en une nuit sa version de “Mademoiselle Chang”. Mais le destin, une fois de plus impitoyable avec elle, a contrarié ses projets … Le mardi 11 mai, une information aussi lapidaire qu’inattendue tombait : “France Gall, opérée le 22 avril dernier d’une tumeur maligne du sein, est obligée de reporter les dates de son spectacle à Bercy … En cours de traitement complémentaire par irradiation, son état est considéré comme suffisamment satisfaisant pour ses médecins pour lui permettre de fixer de nouvelles dates de concert : les 10, 11, 12, 22, 23 et 24 septembre 1993.”

France Gall, qui puisait dans ce rendezvous avec son public les forces nécessaires pour réapprendre à vivre normalement depuis la dramatique disparition de Michel Berger, se trouve de nouveau confrontée à l’adversité. Il n’est d’ailleurs pas interdit de penser que celte tumeur résulte du choc et de la douleur qu’elle a éprouvés en ce funeste 2 août 1992. Le vide laissé s’était comblé de désarroi et de désespoir. Puis, peu à peu, France a voulu réagir; d’abord pour ses enfants, Pauline et Rafaël. Un jour elle s’est dit que les chansons de Michel devaient continuer à vivre, et qu’elle était dépositaire de ce magnifique héritage. Il y a peu, elle déclarait : “La musique m’aide à vivre. Quand je me coule dans celle de Michel, je suis gaie.”

Un beau jour, sa décision a été prise : “Bercy, s’est imposé à moi très vite, même si je ne l’ai envisagé vraiment sérieusement qu’après un certain temps.” Il est évident que le meilleur des refuges, celui qui peut prodiguer un peu d’oubli, c’est le travail.

Michel et elle devaient présenter ensemble leur “Double jeu” à la Cigale en octobre dernier. Le destin en oyant décidé autrement, France a courageusement fixé un nouveau rendez-vous à son public. Les retrouvailles devaient donc avoir lieu du 1er au 6 juin. Mois pas question pour elle de transformer ce spectacle en hommage : “Je ne le fait pas pour Michel. La scène, on ne s’y force pas pour quelqu’un, mais parce qu’on en a envie.

C’est un rendez-vous d’amour. On vient prendre et donner, j’ai envie d’être encore heureuse sur une scène.

Ce droit ou bonheur, France le réclame, elle estime y avoir droit, même s’il lui faut s’expliquer sur ce désir que certains peuvent trouver un peu déplacé. “Quand on perd quelqu’un, dit-elle, on se sent forcément toujours un peu coupable d’être encore là, j’ai pensé qu’il ne fallait absolument pas que je me punisse, j’aime chanter, j’aime être sur scène, c’est un plaisir pour moi. Il ne fallait pas que cela disparaisse aussi.”

France était donc fin prête pour ce qu’elle appelait son “rendez-vous d’amour”.

Ses chansons comme celles de Michel avaient été réorchestrées par les cinq musiciens qui avaient participé ou dernier album, ceux-là aussi qui devaient l’accompagner à Bercy. Et l’amour devait être le trait d’union entre les gens sur la scène et le public : “A la mort de Michel, (ai reçu énormément de témoignages d’amitié. Tous ceux qui l’aimaient se sont sentis un peu seuls. Cet amour des gens pour lui me revient un peu aujourd’hui. A travers ce malheur, les gens ont compris que j’existais aussi, mais différemment. Ils me l’ont écrit et cela m’a encouragée à remonter sur scène.”

Quelque temps avant le décès de Michel Berger, France Gall avait traversé “une période de doutes, de peurs, d’angoisses”. “Il y a deux époques terribles dons la vie d’une femme, dit-elle, son adolescence et la quarantaine. Pour celle-ci, j’ai sérieusement dégusté. Cela a contribué à me donner un certain sentiment de malaise, de mal être.”

Là déjà, France avait voulu s’en sortir seule. “Avec toutefois une bonne petite dose de psychothérapie pour évacuer les plus gros “poissons”, précise-t-elle, mois c’est d’abord avec soi-même qu’il faut retrouver l’équilibre. Mois j’ai mené la vie dure à tout le monde.”

A peine avait-elle réussi à se reconstruire, à faire la paix avec elle-même et à assumer sa quarantaine que la fatalité la frappait en plein cœur. Pas facile à accepter la disparition d’un être cher à quarante-quatre ans (l’âge de Michel et le sien).

Ces deux épreuves, en se succédant, en s’additionnant, ont dû insidieusement introduire le mal en elle, comme une fleur noire de la douleur. Heureusement, la tumeur a été décelée à temps, et mise hors d’état de grandir. Les médecins de France sont confiants : dès qu’elle en aura terminé avec quelques séances indispensables d’irradiation, elle pourra reprendre ses activités tout à fait normalement. Car France Gall est forte. Elle l’a déjà prouvé et elle saura encore le démontrer. li n’en sera finalement que plus intense ce “rendez-vous d’amour” remis à septembre. Bonne santé France, et à très bientôt.

Magazine : Télé Magazine
Gilbert Jouin
Date : 29 mai au 4 juin 1993
Numéro : 1960

France Gall dans l’arène de Bercy

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Dans quelques jours (du 1er au 6 juin), France Gall sera sur la scène du Palais Omnisports de Bercy.
Dans quelques jours (du 1er au 6 juin), France Gall sera sur la scène du Palais Omnisports de Bercy.
France Gall dans l'arène de Bercy

Dans quelques jours (du 1er au 6 juin), France Gall sera sur la scène du Palais Omnisports de Bercy.

Elle y interprètera ses plus belles chansons et les derniers titres de l’album Gall/Berger, “Double jeu”, enregistré peu de temps avant le décès de Michel Berger, son époux, le 2 août dernier.

« Je ne fais pas ce spectacle pour Michel, confie France Gall. La scène, on ne s’y lance pas pour quelqu’un, mais parce qu’on en a envie. C’est un rendez-vous d’amour. On vient prendre et donner. Je pourrais raconter que je le fais parce que c’était prévu « avant », à deux. Avec Michel, nous avions décidé de chanter à Bercy ensemble, de faire de nouveaux albums et des spectacles ensemble. De travailler sur des choses plus longues, plus durables. Bercy, j’y vais seule. Mais je crois que je n’avais pas d’autre choix. Il aurait été vraiment trop triste d’arrêter comme cela. La musique, c’est la vie. »

« Plus fort que tout … »

De la « Poupée de cire » qui chantait sans malice « Les sucettes à l’anis » à « Babacar », « Superficiel et léger » … que de chemin parcouru pour France Gall !

Alors que ses « copines » chanteuses de l’époque ne figurent plus dans les hit-parades depuis de longues années, la triomphatrice du Prix Eurovision 1965 (« Poupée de cire, poupée de son ») est toujours là. Et à la première place.

« J’ai connu pourtant une époque difficile, dit-elle. Les années 70 ont commencé sans moi. J’étais prisonnière du répertoire qu’on me proposait et dont je ne voulais plus. Je piétinais. J’ai tout arrêté et je me suis mise à vivre dans l’ombre d’un chanteur (Julien Clerc). »

Après une dépression nerveuse et six ans d’absence, un homme la remet en selle : Michel Berger. « Un jour, en 1973, j’ai entendu une chanson de lui à la radio. C’était « Attends-moi ». Comme dans un conte de fées, je me suis dit « ce sera lui ou personne d’autre ».

« De leur première rencontre, naîtra « La déclaration ». Un énorme succès. Bien d’autres suivront : « Il jouait du piano debout », « Tout pour la musique », « Ella, elle l’a », « Papillon de nuit », « Laissez passer les rêves » … Après le Palais des Sports (1982), le Zénith (1984 et 1987), France Gall affronte de nouveau une scène gigantesque avec Bercy.

Dernière minute : pour des raisons de santé, France Gall a reporté son concert à Bercy au 10, 11, 12 et 22, 23, 24 septembre. Nous lui souhaitons un prompt rétablissement.

Magazine : TV Continent (Gratuit)
Du 26 mai au 1er juin 1993

France Gall : “je reviendrai en septembre”

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France Gall, je reviendrai en septembre
France Gall, je reviendrai en septembre
France Gall, je reviendrai en septembre

Opérée d’une tumeur maligne du sein, France Gall : “Je me bats, je vais guérir”.

Après la disparition de son mari Michel Berger, le 9 août 1992, la chanteuse traverse une nouvelle épreuve, la maladie, sans baisser les bras.

Il n’y a que ça à faire. Chanter. Chanter à nouveau pour surmonter sa douleur. France Gall prépare minutieusement, comme Michel Berger en avait l’habitude, le spectacle qu’elle va donner au Zénith.

Le besoin est tel que, malgré son hospitalisation, elle s’échappe une journée pour enregistrer, le 5 mai, un 45 tours compact, Mademoiselle Chang. Le disque est fabriqué dans la nuit pour être disponible le lendemain matin chez les disquaires … Le tour de force n’est pas allé jusqu’aux représentations, prévues dès le 1er juin à Bercy. Le communiqué a gelé les répétitions. “France Gall, opérée d’une tumeur maligne du sein, de bon pronostic, le 22 avril dernier, est obligée de reporter les dates de son spectacle à Bercy. En cours de traitement complémentaire par irradiation, l’état de France Gall est considéré par ses médecins comme satisfaisant pour permettre de fixer de nouvelles dates en septembre.”

Le défi qu’elle s’était lancé était-il prématuré ? L’angoisse liée aux préparatifs de ce grand show et à l’inquiétude d’une hospitalisation n’était certes pas propice à sa convalescence. Et pourtant, le 10 avril dernier, avant son opération, invitée de Nagui sur le plateau de Taratata, France Gall ne laissait rien paraître et montrait sa ferveur au public enthousiaste. Personne ne se doutait de rien au cours de cette «rentrée» aux allures de retrouvailles. France Gall, populaire par son talent et son courage, est un petit bout de femme qui force l’admiration. “J’ai confiance, a-t-elle dit, je me bats, je vais guérir et je serai sur scène en septembre.”

Lettre à France, par Françoise Prévost

Actrice et auteur d’une autobiographie, L’amour nu (Soline), Françoise Prévost est aussi la co-scénariste du film du même nom de Yannick Bellon, adaptation de son récit, avec Marlène Jobert et Jean-Michel Folon. Françoise Prévost a été atteinte d’un cancer du sein, il y a près de vingt ans. L’amour nu est le témoignage sur sa lutte et sur sa guérison. Elle répète en ce moment une pièce, Opening night, adaptée du scénario de John Cassavetes, mise en scène par Philippe Pène, qui sera présentée au Lucernaire à la rentrée. Françoise Prévost a tenu à apporter son soutien à France Gall.

Chère France Gall

Lorsque j’ai entendu à la radio que l’on devait vous opérer d’un cancer du sein, j’ai eu envie de vous écrire pour vous dire merci. Parce que si nous avons appris cette information, c’est que vous aviez accepté qu’elle soit diffusée ou, peut-être, que vous aviez tenu à ce qu’on le dise.

Je connais bien cette petite musique-là. Je l’ai entendue il y a une vingtaine d’années. Dans la tête, ça va très vite. On apprend que le cancer du sein se guérit d’autant mieux qu’il est soigné dès les premiers symptômes. Que ces symptômes, il ne suffit pas de les attendre, mais qu’il faut se faire examiner régulièrement, chaque année, à partir d’un certain âge. Mais pourquoi tant de femmes ne le fontelles pas, qui viennent grossir le nombre de celles qui en meurent? Parce qu’elles ont peur!

Le meilleur moyen d’avoir moins peur, c’est d’entendre une voix qui dit bien haut : “J’ai un cancer du sein. Je vais, avec l’aide des médecins, arranger ça, et vous viendrez en septembre me voir chanter à Bercy. Désolée pour le retard A bientôt. .. »

Merci, France Gall, pour les centaines de femmes qui vont guérir et survivre grâce à vous.

Et merci de chanter aussi bien.

Je vous embrasse.

J’embrasse quelquefois les gens que je ne connais pas.

Françoise Prévost

Magazine : Télé K7 Vidéo Cinéma Télé
Date : 24 mai 1993
Numéro : 507

C’est à la veille de Pâques que France Gall a appris son cancer !

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Elle a bouleversé le pays entier, France Gall. Par son courage, sa volonté de lutter à tout prix contre le mal qui venait de la frapper. Le cancer. Et pas n'importe quel cancer : celui du sein.
Elle a bouleversé le pays entier, France Gall. Par son courage, sa volonté de lutter à tout prix contre le mal qui venait de la frapper. Le cancer. Et pas n'importe quel cancer : celui du sein.
C’est à la veille de Pâques que France Gall a appris son cancer !

Elle a bouleversé le pays entier, France Gall.

Par son courage, sa volonté de lutter à tout prix contre le mal qui venait de la frapper. Le cancer.

Et pas n’importe quel cancer : celui du sein. Un mal qui concerne toutes les femmes, qui est susceptible de les atteindre à leur tour, un jour où l’autre.

C’est pour cela que vous avez été des milliers à soutenir France dans son nouveau combat. Un combat qu’elle a mené jusqu’à maintenant avec encore bien plus de courage qu’on ne pouvait l’imaginer.

En effet, alors que l’on apprenait l’existence de son cancer, le 11 mai, France, elle, le savait depuis un mois déjà. C’est en effet à la veille de Pâques que les médecins ont rendu leur diagnostic : « Tumeur maligne, de bon pronostic. »

Pendant tout ce temps, ces trente jours qui ont dû lui sembler interminables, France s’est battue seule. Sans que personne ne puisse se douter du drame qu’elle affrontait.

Ainsi, lorsqu’elle est apparue à l’émission de Nagui, « Taratata », le samedi 10 avril, France savait déjà. Et pourtant, elle s’est montrée plus drôle, plus resplendissante, plus talentueuse que jamais. L’image d’une femme en paix …

C’est cette fantastique volonté de vivre, ce farouche désir de lutter, que vous êtes si nombreuses à admirer chez France Gall. Et vous avez envie de le lui dire. De lui dire que toutes les femmes sont derrière elle, qu’elle n’est pas seule.

Déjà, vos « lettres à France » affluent à la rédaction de « France Dimanche ». Soyez assurées que nous les lui ferons parvenir, toutes, sans exception. Et, pour toutes celles qui ont envie de dire à France qu’elle doit continuer à se battre, que l’amour de ses fans est plus fort que jamais dans l’épreuve, pour celles qui ne l’ont pas encore fait, il est encore temps. Vos paroles d’espoir lui feront chaud au cœur, et France aura à cœur de remercier toutes celles qui lui auront écrit.

Comment ? Tout simplement en tenant la promesse qu’elle a faite quand elle a été obligée d’annuler ses concerts à Bercy :

« Je reviendrai. Je vous jure que je reviendrai sur scène »

Magazine : France Dimanche
Date : du 22 au 28 mai 1993
Numéro : 2438

Le bouleversant courage de France Gall

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Atteinte d'un cancer du sein, France Gall a été opérée le 22 avril et reporte à septembre son Bercy prévu pour juin.
Atteinte d'un cancer du sein, France Gall a été opérée le 22 avril et reporte à septembre son Bercy prévu pour juin.
Le bouleversant courage de France Gall

Atteinte d’un cancer du sein, France Gall a été opérée le 22 avril et reporte à septembre son Bercy prévu pour juin.

La nouvelle a suscité une émotion inouïe. Le destin s’entête, mais France Gall, une fois de plus, fait preuve de ce courage qu’elle a déjà montré après la mort de Michel Berger.

“Elle a, elle a ce je ne sais quoi … Ce petit truc en plus, cette incroyable grandeur d’âme …” Ce sont ces mots de Michel Berger, tirés d’une chanson-hommage à Ella Fitzgerald, qui se sont tout de suite imposés à notre esprit en apprenant la nouvelle.

Que France Gall, victime d’une tumeur maligne au sein – “de bon pronostic” précisent les médecins – se soit fait opérer le 22 avril d’un cancer, alors qu’on la croyait en vacances à Ramatuelle et qu’elle ait maintenant à subir – “sans inquiétude” affirment heureusement ses proches – un traitement complémentaire par irradiation dont, vraisemblablement, les effets secondaires des premières séances l’ont amenée à différer Bercy, cela, bien sûr, incite à une tristesse rageuse. Depuis huit mois et la tragique disparition de Michel, son combat a été suffisamment douloureux pour que le destin l’épargne de toute autre agression.

Mais que, se sachant malade, elle ait préféré tout cacher et tenter de relever l’incroyable défi que mener conjointement toutes ses convalescences- celle de la chanteuse qui, longtemps, avait renoncé à des bonheurs qu’elle croyait galvaudés, celle de l’épouse abandonnée en plein renouveau par son omniprésent « professeur Tournesol », celle, enfin, de la femme atteinte dans sa chair par la malignité – voilà qui laisse pantois sur ses ressources intérieures d’autant plus que, il y a tout juste une semaine, France avait enregistré “live”, en une seule journée, sa version de “Mademoiselle Chang”, de Michel Berger.

“Parfois je m’épate”, nous confiait-elle, l’autre jour, en nous interdisant aussitôt de le répéter. Elle évoquait le trouble dans lequel, au-delà du chagrin, l’avait plongée la disparition de Michel. “Avant, j’avais toujours besoin de me sentir protégée, car je savais que la chose était possible. Depuis, tout a été brusqué. Je suis obligée de me prendre seule en main … et j’y arrive!”

Pour ce faire, France avait d’abord pris “sa” grande décision, chanter quand même : “Je l’ai prise très vite mais, sans que je sache très bien pourquoi, il a fallu que j’attende Noël pour la rendre publique. Exactement comme pour oser sortir de chez moi, à part pour les concerts de Johnny ou de Catherine Lara, où l’émotion m’a finalement submergée.”

Ensuite, elle a fait, comme le chanterait Michel, sa “déclaration” : “C’est vrai ! Un jour, j’ai dit tout haut : je vais faire Bercy. Quatre mots qui mettent en route tellement d’argent, de risques, d’émotion. Je les ai prononcés pour ne plus avoir à reculer.”

En nous confiant cela, elle avait ajouté : “Je sais que je vais y arriver”, avec un ton d’une étonnante véhémence. Peut-être pensait-elle alors à l’ultime et insidieux obstacle de sa maladie. Il ne fallait pas compter sur elle pour se livrer à ce sujet, puisqu’elle ajoutait aussitôt : “Ce qui m’importe, même dans la douleur, c’est la dignité. Je suis très choquée par tous ceux qui jouent sur l’émotion. Je ne suis pas du genre à tirer la larme aux gens”.

Il lui restait encore à s’organiser pour se gérer elle-même tout en gérant l’énorme entreprise “Berger”. Sur le plan privé comme sur le plan professionnel, elle sut saisir les bonnes mains : “Au début, à titre personnel, mon amie Coco Balavoine m’a beaucoup aidée. C’était un réconfort inouï d’avoir à côté de soi quelqu’un qui avait connu un drame similaire. Et puis, il y a eu énormément d’amour et d’amitié, y compris anonyme, autour de moi.”

C’est ainsi parée que France a commencé à concevoir ce spectacle qui, avec déjà cinquante-cinq mille billets vendus, allait créer l’événement artistique autant qu’émotionne !

Au programme, on allait bien sûr entendre “Double jeu”, l’album publié par le couple à la fin du printemps dernier, mais aussi, au-delà des “incontournables” de France, la plupart des titres chantés jusqu’ici exclusivement par Michel : “Si c’était pour chanter d’autres chansons que les siennes, je ne serais pas là.”

Les nouvelles dates sont déjà fixées, deux fois trois jours les 10, 11, 12 puis les 22, 23, 24 septembre. Avant, France, au repos forcé, continuera quand même à s’occuper de Michel. A la rentrée, Paris doit aussi accueillir le “Tycoon”, version anglaise de “Starmania”, dont le disque fait un carton dans le monde entier et dont Lewis Furey assurera la mise en scène.

Et puis, dans quelque tiroir secret du couple que jamais le temps ne scellera, il y a un scénario de film, signé Michel Berger, qui lui tenait terriblement à coeur. Plus qu’intéressés, certains producteurs l’avaient baptisé “Totem”. France aimerait remettre la machine à flot et redonner à l’oeuvre son titre original : “Le bruit silencieux de la pagaie”. Pas étonnant, quand on sait comme elle peut ramer dur tout en gardant le silence.

Alain Houstraete-Morel

Quelques jours avant son opération, elle se confiait à Alain Houstraete-Morel : “Je n’ai pas pu accepter le départ de Michel”

Alain Houstraete-Morel a rencontré France Gall juste avant “Taratata” le samedi 10 avril, qui marquait son premier vrai retour à la scène et un peu à la vie. Moins de deux semaines plus tard, France entrait en clinique.

Après la mort de Michel, vous avez gardé le silence longtemps. Pourquoi?

Vous savez, s’il n’y avait pas Bercy de plus en plus proche, il n’y aurait toujours pas un mot ni une photo. Outre que je n’en avais pas la force, je déteste me faire voir ou entendre en dehors de mes activités professionnelles. Le déballage du malheur me gêne. Je crois qu’on a réussi à l’empêcher, que tout a été digne. Et puis, j’avais le droit au temps. Comme au poker, quand c’est à soi de distribuer les cartes.

Rechanter déjà, est-ce aussi, comme au poker, un coup de bluff avec le destin ?

Je ne sais pas. C’est peut-être une diversion. C’est en tout cas, actuellement, mon seul accès à la joie. Je chante pour retrouver le bonheur. J’ai déjà lu dans la presse des titres du genre: “Son défi, par amour”, bassement racoleurs et. .. inexacts. Depuis que Michel est parti, je me rends compte, comme jamais, à quel point j’aime chanter. Ce n’est plus du plaisir, ça devient une passion.

Depuis que Michel est parti … Beaucoup de choses ont changé?

Tout a changé. Dans ma tête, déjà. Etre veuve, pour commencer. Rien que le mot, difficile de l’admettre. Et puis, même si à 40 ans j’avais décidé de m’occuper un peu de moi, tout restait lié à ma tribu. C’était ma référence essentielle. Aujourd’hui, Michel me manque pour tout. Son intelligence et ses avis sur les choses ont laissé un vide incroyable.

Comme celui d’un père ?

Non! Mon père, je l’ai adoré mais, depuis sa mort, il y a trois ans, il ne me manque pas de la même façon. Michel, c’était un grand enfant génial avec moi, façon professeur Tournesol. Même quand il était sérieux, voire sinistre (rire), le regarder vivre nous comblait de joie. Avec les enfants, d’ailleurs, quand on parle de lui, on se rappelle toujours les moments drôles.

Pauline et Raphaël, comment avez-vous fait face à leur chagrin ?

La souffrance des enfants, ça dépasse tout ce qu’on se croit capable d’assumer. Leur refus d’admettre les choses aussi. C’est pour ça que j’ai tenu à ce qu’ils assistent à l’enterrement. Ils ne voulaient pas, mais il fallait qu’ils voient… qu’ils croient. Je les avais préparés comme j’ai pu à l’incontournable mur des appareils photos. Ce jour-là, ils sont devenus des personnages publics, ce qui leur avait toujours été interdit. Ensuite, on a réécouté tous les disques de leur père et on a lu ensemble tous les articles sur le drame. Maintenant, ils participent à tout. On a choisi mon répertoire ensemble et ils sont venus aux premières répétitions. Ils ne voulaient pas que je refasse de la scène. Ce métier, la vie aussi, pour eux, désormais, c’est dangereux.

Comment les avez-vous convaincus ?

En leur expliquant que je ne faisais cela pour personne d’autre que pour moi. En leur disant le bonheur que j’éprouvais à faire vivre cet album et revivre les chansons de leur père. En leur faisant comprendre qu’il était essentiel qu’ils me soutiennent et que j’avais besoin qu’ils m’approuvent. En fait, ils étaient inquiets pour moi. Maintenant, ils sont hyper-concernés par le spectacle. Eux et moi, on vit notre petite vie, on s’aime comme des fous, on se touche tout le temps pour se rassurer. Ça se passe plutôt bien.

Et l’école ?

On sait qu’il y a des cycles à respecter, des étapes qu’ont eues à franchir tous les enfants qui ont connu ce genre de drame.

Qui vous aide à les franchir ?

Moi, d’abord. Quand c’est arrivé, j’ai incroyablement assuré. J’arrivais quand même à tout faire. Prévenir les gens, régler tous les problèmes, accueillir les proches. Je me souviens par exemple que j’ai voulu faire visiter notre maison à Jean-Jacques Goldman ou que j’ai été la seule à regarder entièrement l’émission qu’avait improvisée Michel Drucker. Et puis, il y a eu l’amour que m’ont manifesté les gens – et pas seulement les proches. L’expression “serrer les rangs”, je sais vraiment désormais ce qu’elle veut dire. Mais la solitude, cela vous surprend quand même, qu’on soit entouré ou non.

Pour votre couple, l’album “Double jeu”, n’était-ce pas une sorte de second souffle ?

Que Michel ait réussi presque contre son gré à me faire cet album, c’était sa preuve d’amour. Vous savez, quand on vit ensemble dix-huit ans et vingt-quatre heures sur vingt-quatre, c’est qu’il y a des choses très fortes. On était un couple particulier rare dans ce métier, pas à l’eau de rose, parce que le bonheur n’est jamais simple, mais soudé pas les mêmes valeurs et par le même humour.

Ramatuelle, vous avez pu y retourner ?

Oui, très vite et avec les enfants. C’est là qu’ils avaient vécu avec leur père pour la dernière fois. Il ne fallait pas laisser le malheur imprégner l’endroit. Il fallait au contraire, y faire fleurir les bons souvenirs.

Le Sénégal, vous y allez encore ?

Bien sûr, ce n’était pas une passade, mais un port d’ancrage. On est allés tous les trois passer Noël dans mon cabanon, histoire de ne pas voir passer Noël. Mais les choses ne sont pas si simples.

Aujourd’hui, qu’est-ce que vous souhaitez ?

Etre heureuse le plus vite possible. Je sens qu’il se passe des choses nouvelles en moi. En fait, je voudrais surtout que le processus de cicatrisation s’accélère. Je guette les arcs-en-ciel.

Y en a-t-il déjà eu de beaux ?

Bien sûr. Le dernier, c’était il y a quelques jours, pour l’anniversaire de Raphaël. On fêtait ça et, soudain, quelqu’un a sonné à la porte. Quand elle s’est ouverte, il y avait devant Raphaël son idole absolue, David Ginola, le footballeur du P.S.-G. qu’il rêvait de rencontrer. C’était notre ami Gérard Holtz qui avait concocté ce cadeau. Pour Raphaël, cela aura été le plus bel anniversaire de sa vie et, pour moi, comme un sourire de l’avenir.


Le courage de France Gall (courrier des lecteurs)

Pourquoi le destin s’acharne-il donc toujours sur les mêmes personnes ? France Gall avait déjà fort souffert du décès de Michel Berger et la voilà maintenant en proie à la terrible maladie qu’est le cancer. Nous, les téléspectateurs et ses fidèles fans, nous nous réjouissions à l’avance de la retrouver prochainement à l’écran. Elle venait d’apparaître dans quelques émissions et tout laissait supposer qu’il y aurait des suites. J’espère que, dès qu’elle sera remise de son opération, elle pourra rapidement retrouver son public et concrétiser ses projets. Je suis de tout cœur avec elle. Patrick F., Lille.

C’est à ses enfants que je pense le plus maintenant. Ils ont dernièrement perdu leur père, Michel Berger, et il n’a pas dû être facile de faire face aux nombreux hommages qui lui ont été rendus. Revoir constamment son père à l’écran, c’est un peu retourner sans cesse le couteau dans la plaie. Le choc semblait passé lorsque France Gall avait courageusement décidé de reprendre le dessus et d’à nouveau se produire sur scène. Avec bonheur, nous retrouvions notre chanteuse préférée. Mais voilà que le cancer annule tous ces beaux projets … Ses enfants devront, une fois de plus, faire preuve de courage. T.V., Toulouse.

Que de répercussions dans les médias de la maladie de France Gall ! Le cancer du sein est une maladie particulièrement éprouvante moralement, surtout lorsqu’il y a eu ablation, mais je peux en témoigner, on recommence à vivre normalement une fois l’épreuve passée. A condition, bien entendu, que les premiers signes aient été décelés à temps. Mais telle que m’apparaît l’artiste, c’est une battante qui en sortira victorieuse. C’est un moment difficile à passer et sa famille devra beaucoup s’occuper d’elle, la réconforter, mais qu’elle ne perde pas espoir. J’ai 54 ans et, après une opération de chirurgie esthétique (on m’a totalement reconstruit le sein), j’ai repris goût en la vie. Bonne chance, France! Ginette F., Marseille.


Le Dr T.: Nous avons tous le cancer en nous, un brusque choc émotionnel peut le développer.

Le cancer est une maladie de l’adulte, plus fréquent entre 40 et 50 ans. Le cancer du sein, dont a été opérée France Gall (45 ans) est un des plus répandu chez les femmes : environ une sur cinq développera ce type de tumeur au cours de sa vie. La plupart en guérissent, car les traitements médicaux ont fait de grands progrès dans ce domaine. Cependant, la prévention (palpation des seins) joue un rôle essentiel. Pour en savoir plus, nous avons interrogé le Dr T., cancérologue.

GD : Le cancer du sein nécessite-t-i l une intervention très lourde?

Dr T. : L’opération dépend avant tout de la gravité de la tumeur décelée. Ce peut être une intervention bénigne en vue d’enlever un nodule, ou, quand le cancer est plus avancé, l’ablation complète du sein. En soi, il s’agit d’opérations assez minimes, que la chirurgie maîtrise bien aujourd’hui.

GD : Après la chirurgie, quels traitements doit suivre le malade?

Dr T. : Il est essentiel de poursuivre avec un contrôle médical, en surveillant le développement des ganglions au-dessous du bras. Les suites immédiates de l’opération sont des risques de modification anatomique, notamment le bras qui gonfle. Il existe aujourd’hui des traitements appropriés. On ne voit presque plus de femmes opérées avec un énorme bras qui a gonflé.

« Sur le pronostic et les chances de réussite, il est plus délicat de se prononcer. Cela varie selon chaque cas. Le bilan dépend de ce qui aura été découvert durant l’opération et des résultats de l’analyse de la tumeur retirée. Certains patients guérissent très vite, d’autres nécessitent des traitements plus lourds, comme la chimiothérapie ou la radiothérapie. Il y a des cas de récidive. Toutes les femmes doivent palper leurs seins à partir d’un certain âge. Elles peuvent le faire à l’approche de la quarantaine, qui est celle de la ménopause, mais elles peuvent le faire par prudence avant. Les mammographies (contrôle du sein par rayons X) sont recommandées au rythme annuel après 50 ans. »

La mort de Michel

GD : Est-il vrai que chacun porte le cancer en soi ?

Dr T. : Nous avons tous des gènes qui déterminent, au niveau de notre santé, notre présent et notre avenir. Certains gènes portent, dès notre naissance, un code qui peut déclencher un cancer, mais ils sont en permanence contrôlés et réprimés par l’organisme.

« Dans certaines circonstances, les gènes porteurs du cancer échappent au contrôle : le fumeur développera le cancer du poumon, un certain virus attrapé en Afrique favorisera un autre type de cancer, etc. »

GD : Connaît-on les facteurs déclenchants du cancer du sein?

Dr T. : Pour ces tumeurs, on sait qu’il y a des prédispositions héréditaires. Elles dépendent aussi du type d’alimentation. Par exemple, les femmes japonaises, qui se nourrissent autrement que nous, ne développent quasiment jamais de cancer du sein. On dit que certaines hormones féminines induisent ce type de tumeurs, mais c’est très controversé.

GD : Un choc émotionnel, par exemple le fait que France Gall ait perdu son mari Michel Berger en août dernier, peut-il induire le cancer?

Dr T. : C’est tout à fait possible, mais là aussi c’est controversé. Certains travaux cliniques ont été effectués, mais cela demeure au niveau des suppositions. Un état dépressif ou un choc émotionnel peut affaiblir, au niveau du cerveau, des défenses naturelles. Mais c’est très difficile à quantifier. On est dans le domaine des sentiments et de la psychologie, et la science se trouve alors plus démunie pour ce type d’analyse.

Propos recueillis par Guy DARRÉNOUGUÉ

Magazine : Ciné Télé Revue
Propos recueillis par Alain HOUSTRAETE-MOREL, Guy DARRÉNOUGUÉ
Date : 22 au 28 mai 1993
Numéro : 9320