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France Gall : l’autre drame de sa vie

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Le 22 avril 1993, la chanteuse subissait une opération chirurgicale dans un hôpital parisien. Excepté son très proche entourage, personne ne savait que France Gall souffrait d'un cancer du sein.
Le 22 avril 1993, la chanteuse subissait une opération chirurgicale dans un hôpital parisien. Excepté son très proche entourage, personne ne savait que France Gall souffrait d'un cancer du sein.

Le 22 avril dernier, France Gall subissait une opération chirurgicale dans un hôpital parisien.

Excepté son très proche entourage, personne ne savait que France Gall souffrait d’un cancer du sein.

Malgré la fatigue, elle continuait à répéter son prochain spectacle à Bercy. Mais, la mort dans l’âme, France a dû reporter son retour sur scène. Après la mort de Michel Berger, France Gall livre un nouveau combat.

Tumeur maligne : tel est le pronostic des médecins de France Gall, opérée il y a trois semaines d’une tumeur cancéreuse au sein. On croyait l’interprète de “Si maman si” en vacances à Ramatuelle, elle se battait en réalité contre la maladie. Durant deux mois, elle devra suivre un traitement de radiothérapie qui devrait normalement assurer sa guérison. Mais les premiers médicaments auraient affaibli France. Pour elle, perfectionniste et professionnelle jusqu’au bout des ongles, il devenait impossible d’assurer ses concerts au Palais Omnisports de Bercy du 1er au 6 juin prochains. Repos forcé pour celle, symbole même de la joie de vivre, et dont le destin a basculé ces derniers mois dans la rubrique tristesse.

Il y a encore quelques jours, elle travaillait dans l’euphorie lors des répétitions de son prochain show. Ses fans devront patienter jusqu’en septembre pour revoir la chanteuse, temporairement sur la touche. Nul doute qu’elle retrouvera toutes ses forces pour donner alors le meilleur d’elle-même.

Elle voulait chanter en mémoire de Michel.

La semaine dernière, France Gall répétait, avec une fougue de débutante, au Théâtre de Paris ses six concerts de Bercy. Mieux : elle avait même enregistré une nouvelle version de « Mademoiselle Chang », un titre du répertoire de Michel Berger, sorti chez les disquaires. Comme elle le confia à nos confrères de « France-Soir » : « Ce disque est un petit évènement. Il représente bien ce que sera mon spectacle le mois prochain. » C’était avant l’ablation de sa tumeur du sein.

France Gall voulait, pour son come-back à Bercy, un show dépouillé et sobre. A peine cinq musiciens à ses côtés pour l’accompagner, pas d’effets spéciaux ou de grandioses jeux de lumières et une priorité essentielle à l’émotion.

Car la chanteuse souhaitait non seulement interpréter ses grands tubes, mais aussi ceux de Michel Berger.

Elle l’affirmait récemment au « Parisien » : Le vrai bonheur de Bercy va être de chanter les « Paradis blancs », « Mademoiselle Chang » puis « Quelques mots d’amour »  écrites par Michel. » Pour cet évènement artistique et émotionnel, 55 000 places avaient déjà été vendues. Le triomphe de France allait s’imposer.

Et cela, près d’un an après le départ de Michel Berger, qui choqua toute la France.

Un nouveau rendez-vous a déjà été fixé avec le large public de France. Les 10, 11, 12, 22, 23 et 24 septembre, France Gall sera à Bercy pour crier son espoir et son amour de la musique.

France Gall se bat de toutes ses forces. Pour elle, pour ses enfants Pauline et Raphaël, pour son immense public qui l’a propulsé au sommet et pour la mémoire de Michel Berger. Son époux ; son Pygmalion ; son compositeur, l’autre moitié de sa personne. Comme si une force mystérieuse avait jeté son dévolu sur la doute France, celle-ci encaisse les coups durs. Mais la chanteuse n’est pas du genre à baisser les bras. Elle affronte avec un courage exemplaire cette nouvelle dure épreuve. Pour mieux se relever et gagner son combat !

Un mal qui frappe une femme sur dix.

Selon les statistiques, une Française sur dix est atteinte (ou le sera) du cancer du sein. Cette forme de tumeur foudroie 10 000 femmes chaque année et 30 000 nouveaux cas sont répertoriées annuellement, soit une progression de 5% par an. Principal cancer chez le sexe faible, il concerne principalement les femmes ménopausées, mais aussi des patientes beaucoup plus jeunes. Pour lutter contre ce mal, le meilleur instrument de prévention demeure la mammographie. Les médecins la recommandent au rythme d’une tous les trois ans pour les plus de 50 ans, D’après les derniers résultats médicaux, de 30 à 50% des cancers du sein seraient héréditaires. Conclusion : une jeune personne, dont la mère, la sœur ou la tante, a été frappée d’une tumeur cancéreuse au sein, présente plus de risques de maladie. Au laboratoire du Généthon, dirigé par le professeur Cohen, on travaille déjà sur un test, capable de prédire les menaces d’hérédité. Et donc d’entraîner un dépistage précoce.

Spécial Dernière
15 mai 1993
Numéro : 3075

Le calvaire de France Gall

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Opérée en grand secret le 22 avril, elle vient d’être réhospitalisée.

Neuf mois. Neuf mois seulement que la mort implacable, fauchait Michel Berger par un beau soir de vacances. Le 2 août 1992, il tombait, foudroyé à 44 ans par une crise cardiaque, laissant France Gall, sa femme, son amour, seule avec leurs deux enfants, Pauline, 14 ans, et Raphaël, 12 ans.

Aux obsèques, mère-courage, France avait bouleversé chacun par sa dignité, fragile silhouette blonde, serrant sur son cœur ses deux petits éplorés. Puis, France avait disparu. Elle s’était entourée de silence et de mystère pour tenter d’engourdir sa terrible douleur.

Et voici que, aujourd’hui, le destin s’abat une seconde fois sur France. Tandis qu’elle tentait de surmonter le drame qui lui déchirait le cœur, un autre fléau rongeait sournoisement sa chair : le cancer. Cette terrible maladie dont de plus en plus de médecins disent qu’un choc psychologique profond, tel un deuil, peut déclencher le développement …

Ce cancer, France l’a caché dix-huit jours à tous ceux qu’elle aime, espérant de toutes ses forces qu’une intervention chirurgicale rapide suffirait à endiguer le mal. Mais, après avoir été opérée en secret le 22 avril, France a dû être réhospitalisée le 10 mai dernier. Les médecins ont jugé qu’elle devait suivre sans attendre un long traitement : deux mois de chimiothérapie. La mort dans l’âme, elle a dû annuler les concerts qu’elle devait donner en juin à Bercy … en souvenir de Michel.

Quel coup terrible pour cette jeune femme qui a déjà tellement souffert I Quel coup injuste et tragique. Voici qu’après avoir perdu leur père, Pauline et Raphaël devaient maintenant trembler pour la vie de leur mère.

Et dire qu’elle croyait avoir surmonté le plus douloureux. Que la vie recommençait, même -st depuis la mort de Michel, France savait qu’elle ne serait plus jamais la même.

Et puis, il y avait ce grand rendez-vous de Bercy. Depuis des mois, France ne vivait plus que dans l’idée de ce retour sur scène. Il était devenu sa raison de vivre. Grâce à lui, elle avait peu à peu réussi à surmonter son chagrin.

Michel et elle avaient projeté de monter ensemble pour la première fois sur scène au printemps 1993. La grande salle du Palais Omnisport de Paris-Bercy avait été retenue longtemps à l’avance. Eh bien, France relèverait le défi. En mémoire de Michel, elle chanterait seule les chansons qu’ils avait composées pour eux.

Dès lors, France n’a eu de cesse de préparer ce grand rendez-vous de l’amour. Elle est sortie de son silence, a retrouvé les musiciens, les répétitions, les studios.

De jour en jour, c’est à une véritable renaissance à laquelle on a assisté Pauline et Raphaël qui, au début, ne croyaient pas leur mère assez forte pour mener un tel combat ont été subjugués. France revivait sous leurs yeux.

“Je n’ai plus peur de rien”, confiait-elle le 15 avril dernier à notre confrère “Paris-Match”. Comme si, en partant, Michel m’avait légué sa force.

Hélas, quelques jours plus tard, c’était le drame. Les médecins décelaient une grosseur à la poitrine de France : il fallait l’opérer d’urgence.

Une fois encore, ce petit bout de femme, d’apparence si fragile, a fait preuve d’un courage extraordinaire. En grand secret, elle s’est rendue dans un hôpital parisien. Et là, le 22 avril dernier, l’intervention a eu lieu. Les chirurgiens ont retiré la tumeur. Une tumeur qu’ils ont qualifiée de « maligne mais de bon pronostic ».

Lutter, lutter, lutter, tel a alors été l’unique pensée de France. Et pendant dix-huit jours elle s’est battue pour cacher son cancer à ceux qu’elle aime. Quoi qu’il arrive, elle trouverait la force de retrouver son public à Bercy en juin. Elle triompherait de sa maladie.

Avec courage, elle s’est alors accrochée au travail comme pour oublier plus vite le reste … Le 5 mai dernier, encore fragile après son opération, France a réussi un véritable tour de force, une première dans l’histoire de la chanson française.

Sur la scène du Théâtre de Paris, elle retrouve les quatre fidèles musiciens de Michel Berger, Serge Perathoner, Jannick Top, Denis Lable et Claude Salmieri. Elle retrouve aussi deux fidèles amis : Renaud Hantson et Marc Lavoine. Et là, en un après-midi, ils enregistrent tous ensemble « Mademoiselle Chang », la célèbre chanson de Michel. La voix de France, fraîche et acidulée, est intacte, superbement posée, elle semble voler sur le rythme imposé par les musiciens. Renaud et Marc, eux, font les chœurs.

Dans la salle, tout le personnel de Ia maison de disques est là. Et parmi eux, au premier rang, un petit bonhomme incroyablement attentif, un gamin dont les grands yeux brillent d’émotion et d’admiration : Raphaël.

En un rien de temps, « Mademoiselle Chang » est enregistrée, parfaite. Et dans la nuit même, le disque est gravé. Dès le lendemain matin, on peut l’entendre sur toutes les radios : il annonce le grand lancement du prochain spectacle de Bercy.

Mais c’est dans sa chambre d’hôpital que France s’entend chanter. Car, sitôt l’enregistrement fini, elle a dû y retourner. Pour combien de temps ? Le moins possible.

Envers et contre tous, France s’accroche à l’espoir d’être rétablie pour le 1er juin. Elle va ainsi lutter en vain pendant cinq jours.

Hélas, le 10 mai, elle doit se rendre à l’évidence : il lui faut renoncer. Les médecins qui jusque-là l’avait laissée s’accrocher à son fol espoir, lui avouent que jamais elle n’aura la force de remonter si vite sur scène. Pire, ce serait mettre définitivement sa vie en péril.

Pourtant, France la courageuse ne s’avoue pas vaincue pour autant. Elle en est sûre : elle surmontera cette épreuve comme elle a surmonté les autres.

Plus lucide et plus combative que jamais, France s’est fixé un nouvel objectif : elle triomphera de sa terrible maladie et elle retrouvera comme promis son public à Bercy. D’ores et déjà des dates ont été retenues. Ce sera les 10, 11, 12, 21, 22, 23 et 24 septembre prochains.

D’ici là, France devra continuer de subir sa chimiothérapie. A l’heure qu’il est, elle est à nouveau hospitalisée et supporterait difficilement le pénible traitement. Les radiations pour détruire toutes cellules cancéreuses à son sein ont entraîné une douloureuse ankylose de son bras.

Mais France continue de lutter courageusement et, dès l’automne, elle retrouvera la scène. Elle se l’est promis, elle l’a promis à Pauline et Raphaël. Elle l’a promis, au fond de son cœur, à Michel. Michel qui de là-haut veille sur elle et continue de lui donner sa force face à la malédiction.

France Dimanche
Par Bruno Samson
15 mai 1993
Numéro : 2437

France Gall : Je me battrai jusqu’au bout

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C'est à l'issue d'un check-up, peu avant Pâques, que France Gall a appris qu'elle était atteinte d'un cancer du sein.
C'est à l'issue d'un check-up, peu avant Pâques, que France Gall a appris qu'elle était atteinte d'un cancer du sein.

Huit mois après la mort soudaine de Michel Berger, elle a le courage de dire la vérité sur le cancer qui l’oblige à annuler ses concerts à Bercy. Chez elle, elle se prépare à affronter un combat qu’elle sait long et difficile. Après un traitement de deux mois, elle reprendra le travail et promet : « Je reviendrai sur scène ».

Show chez Nagui : elle sait que dans douze jours elle entrera en clinique. C’est à l’issue d’un check-up, peu avant Pâques, que France Gall a appris qu’elle était atteinte d’un cancer du sein.

Mais, le 10 avril, sur France 2, elle respecte son engagement, malgré les conseils de son médecin, et oppose aux craintes de son entourage la volonté de faire son métier.

« J’ai expliqué à mes enfants qu’il y aura de nouveau, pour eux comme pour moi, plein de belles choses dans l’existence. J’ai envie d’être encore heureuse. »

France Gall

Quelques jours après la mort de Michel Berger, le 9 août dernier à Ramatuelle, France Gall trouvait les mots justes, les mots d’une maman courage pour apaiser la douleur de Raphaël et de Pauline. Eh oui ! la vie devait continuer comme avant, presque comme avant… Et c’est vrai que France est allée puiser au plus profond d’elle-même pour « faire comme si ». Pas question de stopper net. C’est avec les mots et les principes chers à Michel qu’elle a décidé de se relancer dare-dare dans la bagarre : « avancer », « foncer », « poursuivre ». D’où l’idée de ce grand show en solo prévu à Bercy du 1er au 6 juin.

Mais le sale destin est revenu à la charge. Un autre mot terrible est apparu, sous la forme d’un diagnostic médical : cancer ! Mardi dernier, au matin, une dépêche tombait, abrupte : « France Gall, opérée d’une tumeur maligne du sein, de bon pronostic, le 22 avril dernier, est obligée de reporter les dates de son spectacle à Bercy. En cours de traitement complémentaire par irradiation, l’état de France Gall est considéré par ses médecins suffisamment satisfaisant pour permettre de fixer de nouvelles dates en septembre. »

Sous ses allures volontairement rassurantes, le communiqué a provoqué une sérieuse onde de choc.

Car, mis à part le cercle restreint, sa garde rapprochée depuis la mort de Michel, une poignée d’amis de toujours, dont l’organisateur de spectacles Gilbert Coullier, son nouveau producteur Lionel Rotcage, personne ne semblait avoir été mis dans la confidence. La décision d’annulation des six jours à Bercy n’aurait été prise que lundi dernier, au cours d’une réunion au sommet, d’une sorte de conseil de famille. C’était décidé : France n’aurait ni la force, ni l’énergie, ni l’esprit de mener à bien ce spectacle.

Flash-back sur ces derniers jours où tout a basculé : le samedi 10 avril, France participe à l’émission de Nagui, « Taratata ». Elle s’y montre drôle, resplendissante. Ce soir-là, elle donne l’image d’une femme en paix, d’une femme forte qui est parvenue, en l’espace de quelque huit mois, à terrasser la peine, la douleur, l’injustice, la cruauté de l’existence. Son leitmotiv du moment : « Je chante pour retrouver le bonheur. » Et le bonheur, c’est vrai, à ce moment-là, il était parfaitement décelable sur sa frimousse d’éternelle blondinette de 45 ans.

C’est peu avant Pâques, en allant chez son médecin pour un check-up, que France Gall a appris qu’elle était atteinte d’un cancer du sein et que son état nécessitait une intervention. L’opération a eu lieu le 22 avril, dans un hôpital parisien. En toute discrétion. Personne n’en a rien su. A l’époque, les répétitions avaient déjà commencé. Des répétitions pour le son, au Théâtre de Paris, avant d’en débuter d’autres, quasiment en « live », en grandeur (presque) nature, sur la scène du Zénith. En cela, France adoptait la méthode chère à Michel. Répéter à outrance. Peaufiner sans cesse. Pas question d’arriver devant le public avec un spectacle qui bégaie, qui boite. La machine devait être huilée et France s’y employait de toutes ses forces, épaulée, cornaquée, soutenue à bout de bras et de cœur par tous les « ex » du clan Berger.

Au sortir de l’hôpital, ses médecins lui ont évidemment conseillé de se reposer. Mais France avait dans l’esprit cette date phare du 1er juin. On l’attendait ce jour-là. Elle avait rendez-vous avec elle-même, son orgueil, son public et surtout Michel. Rendez-vous qu’elle ne voulait pas différer.

Peut-être a-t-elle repris trop vite les répétitions ? Peut-être n’a-t-elle pas supporté les séances d’irradiation et de chimiothérapie qu’on lui a prescrites jusqu’à la fin du mois de juin (on dit qu’elle les supporte très mal et que son bras, à l’issue de chaque séance, se trouve paralysé) ? Peut-être la fatigue ? L’angoisse ? Le stress ?

Bref, les médecins ont tiré la sonnette d’alarme : « Pas question de continuer à travailler huit heures par jour ; hors de question de persévérer à ce rythme, de jouer les martyrs ! »

D’ordinaire, dans le monde du show-biz, on a plutôt tendance à cacher les choses, à les masquer. Annuler Bercy, ce n’était pas rien ! Près de cent mille spectateurs l’attendaient ! Alors, à quoi bon trouver une excuse ? France a décidé de tout dire, de tout avouer. Un cancer ? Et alors ? Le tabou est tombé depuis pas mal d’années. Cette maladie n’est plus « honteuse ».

De l’avis de l’un de ses amis, l’ayant rencontrée chez elle il y a tout juste une semaine (et qui n’était pas au courant de cette opération), France « était comme d’habitude ». Peut-être un soupçon de fatigue dans le regard. Comme de la lassitude. Ainsi qu’une légère pâleur. Mais bon … 

Pour mieux se prouver qu’elle n’avait rien perdu de son énergie, France a même relevé une sorte de défi, le jeudi 6 mai dernier, en enregistrant une version en direct de Mademoiselle Chang, en une seule soirée. Le disque, brut de four, était gravé dès le lendemain. Performance jamais réalisée en France et peut-être une ou deux fois seulement en Angleterre et aux Etats-Unis. Dernière prouesse avant la convalescence forcée. Comme pour laisser un signe, une trace à tous ceux qui l’attendaient à Bercy. Comme pour marquer sa présence. Pour leur dire : « Vous voyez, je ne débranche pas ! »

« Aujourd’hui, dit-elle, j’ai confiance, je me bats, je vais guérir et je serai sur scène en septembre. » Une phrase qui fait écho à cette déclaration lâchée au lendemain de la mort de son mari : « Je n’ai plus peur de rien, comme si, en partant, Michel m’avait légué sa force ! »

Magazine : VSD
Par Didier Valle
Date : 13 au 19 mai 1993
Numéro : 819

France Gall, le destin s’acharne !

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On l'a appris hier : atteinte d'un cancer du sein, France Gall a été opérée le 22 avril et reporte à septembre son Bercy prévu pour juin.
On l'a appris hier : atteinte d'un cancer du sein, France Gall a été opérée le 22 avril et reporte à septembre son Bercy prévu pour juin.

On l’a appris hier : atteinte d’un cancer du sein, elle a été opérée le 22 avril et reporte à septembre son Bercy prévu pour juin.

La nouvelle a suscité une émotion inouïe et une tristesse rageuse. Le destin s’entête, mais France Gall, une fois de plus, fait preuve de ce courage qu’elle a déjà montré après la mort de Michel Berger.

Elle a, elle a ce je ne sais quoi … Ce petit truc en plus, cette incroyable grandeur d’âme … » Ce sont ces mots de Michel Berger, tirés d’une chanson-hommage à Ella Fitzgerald, qui se sont tout de suite imposés à notre esprit en apprenant la nouvelle.

Que France Gall, victime d’une tumeur maligne du sein – « de bon pronostic » précisent les médecins – se soit fait opérer le 22 avril d’un cancer, alors qu’on la croyait en vacances à Ramatuelle et qu’elle ait maintenant à subir – « sans inquiétude » affirment heureusement ses proches – un traitement complémentaire par irradiation dont, vraisemblablement, les effets secondaires des premières séances l’ont amenée à différer Bercy, cela, bien sûr, incite à une tristesse rageuse. Depuis sept mois et la tragique disparition de Michel, son combat a été suffisamment douloureux pour que le destin l’épargne de toute autre agression.

Mais que, se sachant malade, elle ait préféré tout cacher et tenter de relever l’incroyable défi de mener conjointement toutes ses convalescences – celle de la chanteuse qui, longtemps, avait renoncé à des bonheurs qu’elle croyait galvaudés, celle de l’épouse abandonnée en plein renouveau par son omniprésent « professeur Tournesol», celle, enfin, de la femme atteinte dans sa chair par la malignité _:_ voilà qui laisse pantois sur ses ressources intérieures, d’autant plus que, il y a tout juste une semaine, France avait enregistré « Live » », en une seule journée, sa version de « Mademoiselle Chang », de Michel Berger.

« Parfois je m’épate », nous confiait-elle, l’autre jour, en nous interdisant aussitôt de le répéter. Elle évoquait le trouble dans lequel, au-delà du chagrin, l’avait plongée la disparition de Michel. « Avant, j’avais toujours besoin de me sentir protégée, car je savais que la chose était possible. Depuis, tout a été brusqué. Je suis obligée de me prendre seule en main … et j’y arrive ! »

Pour ce faire, France avait d’abord pris « sa » grande décision, chanter quand même : « Je l’ai prise très vite mais, sans que je sache très bien pourquoi, il a fallu que j’attende Noël pour la rendre publique. Exactement, comme pour oser sortir de chez moi, à part pour les concerts de Johnny ou de Catherine Lara, où l’émotion m’a finalement submergée. » Ensuite, elle a fait, comme le chanterait Michel, sa « déclaration » : « C’est vrai ! Un jour, j’ai dit tout haut : je vais faire Bercy. Quatre mots qui mettent en route tellement d’argent, de risques, d’émotion. Je les ai prononcés pour ne plus avoir à reculer. » En nous confiant cela, elle avait ajouté : « Je sais que je vais y arriver », avec un ton d’une étonnante véhémence.

Peut-être pensait-elle alors à l’ultime et insidieux obstacle de sa maladie. Il ne fallait pas compter sur elle pour se livrer à ce sujet, puisqu’elle ajoutait aussitôt : « Ce qui m’importe, même dans la douleur, c’est la dignité. Je suis très choquée par tous ceux qui jouent sur l’émotion. Je ne suis pas du genre à tirer la larme aux gens ! »

Il lui restait encore à s’organiser pour se gérer elle-même tout en gérant l’énorme entreprise « Berger ». Sur le plan privé comme sur le plan professionnel, elle sut saisir les bonnes mains : « Au début, à titre personnel, mon amie Coco Balavoine m’a beaucoup aidée. C’était un réconfort inouï d’avoir à côté de soi quelqu’un qui avait connu un drame similaire. Et puis, il y a eu énormément d’amour et d’amitié, y compris anonyme, autour de moi. Mais, côté boulot, il a fallu que je m’entoure. J’ai évidemment gardé l’équipe de Michel, mais j’ai aussi créé la mienne car, pour le remplacer, il fallait au moins trois personnes. J’ai donc pris un avocat, je me suis chargée moi-même de l’artistique, et mon ami Lionel Rotcage est devenu mon manager. »

C’est ainsi paré que France a commencé à concevoir ce spectacle qui, avec déjà cinquante-cinq mille billets vendus, allait créer l’événement artistique autant qu’émotionnel. Au programme, on allait, bien sûr, entendre « Double jeu », l’album publié par le couple à la fin du printemps dernier, mais aussi, au-delà des « incontournables » de France, la plupart des titres chantés jusqu’ici exclusivement par Michel ; « Mes propres chansons, je m’en étais un peu lassée. Celles que je reprendrai pour faire plaisir aux gens et le faire avec plaisir, je les aurai sérieusement rockifiées (rire). Mais le vrai bonheur de ce Bercy va être de chanter les « Paradis blancs », « Quelques mots d’amour » et autre « Mademoiselle Chang » de Michel. Non que je fasse cette scène par amour ou par hommage – comme cela a été dit pour faire du sensationnel – mais si c’était pour chanter d’autres chansons que les siennes, je ne serais pas là. »

Les nouvelles dates sont déjà fixées, deux fois trois jours les 10, 11, 12 puis les 22, 23, 24 septembre. Avant, France, au repos forcé, continuera quand même à s’occuper de Michel. A la rentrée, Paris doit aussi accueillir le « Tycoon », version anglaise de « Starmania », dont le disque fait un carton dans le monde entier et dont Lewis Furey assurera la mise en scène.

Et puis, dans quelque tiroir secret du couple que jamais le temps ne scellera, il y a un scénario de film, signé Michel Berger, qui lui tenait terriblement à cœur. Plus qu’intéressés, certains producteurs l’avaient baptisé « Totem ». France aimerait remettre la machine à flot et redonner à l’œuvre son titre original : « le Bruit silencieux de la pagaie ». Pas étonnant, quand on sait comme elle peut ramer dur tout en gardant le silence.

Journal Le Parisien
Par Alain Morel
12 mai 1993
Numéro : 15 140

France Gall, la belle leçon de courage

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Malgré son opération d'une tumeur au sein, France Gall continuait à préparer Bercy. Aujourd'hui, à bout de forces, elle renonce. Mais, promis, elle reviendra en septembre.
Malgré son opération d'une tumeur au sein, France Gall continuait à préparer Bercy. Aujourd'hui, à bout de forces, elle renonce. Mais, promis, elle reviendra en septembre.

Malgré son opération d’une tumeur au sein, France Gall continuait à préparer Bercy. Aujourd’hui, à bout de forces, elle renonce. Mais, promis, elle reviendra en septembre.

Elle n’annule pas son spectacle à Bercy, elle le reporte. Une nuance d’importance pour France Gall qui ne baisse jamais les bras, que ce soit après une traversée du désert, après la disparition de Michel Berger et maintenant, à l’annonce d’une très mauvaise nouvelle médicale.

France l’a révélé hier. Le 22 avril dernier, elle a subi une intervention chirurgicale dans un hôpital parisien. L’ablation d’une tumeur du sein. Durant deux mois, elle doit suivre un traitement de radiothérapie qui devrait assurer sa guérison. France, là encore, croyait pouvoir faire face à toutes ces difficultés. Mais ce traitement lui demande finalement plus d’énergie qu’elle n’aurait pu le croire. Car la belle blonde voulait continuer … Ne plus y penser.

Il y a moins d’une semaine, elle se démenait sur la scène du Théâtre de Paris sur l’air de « Mlle Chang », un titre du répertoire de Michel Berger qu’elle enregistrait pour le sortir le lendemain même, soit vendredi dernier.

Mince dans un caleçon long noir et un grand pull blanc, elle montrait une énergie féroce et riait à la moindre blague : « J’adore travailler entre copains, nous disait-elle alors. Ce disque est un petit événement. Il représente bien ce que sera mon spectacle le mois prochain. »

Aujourd’hui, si elle décide de s’arrêter jusqu’en septembre, de se reposer loin de Paris, au calme et au vert, ce n’est pas de gaieté de cœur mais parce que, parfois, il faut être raisonnable pour mieux vivre le futur. « Les répétitions du spectacle l’ont fatiguée, confie une amie proche de la chanteuse, et c’est la raison unique pour laquelle elle doit reporter le spectacle de juin. »

« Avant-hier, les médecins lui ont conseillé de se reposer durant trois mois et de se refaire une santé. Mais elle est en forme et elle a un moral d’acier. »

Jusque-là France a toujours su se relever de tout : même du passage de la quarantaine difficile, une période où elle ne savait plus que faire. La scène, la musique, plus rien ne lui plaisait. Il n’y avait que l’Afrique pour l’apaiser, un pays où elle passait de longues périodes pour faire le point sur sa vie, sur son passé. Puis il y eut ce disque à deux voix, ce « Double jeu » avec son époux-compositeur, un disque qui a su lui redonner l’envie de revenir prendre ses marques derrière un micro : « Si j’ai voulu recommencer, confiait-elle en juin 92, lors de la sortie de cet album commun, c’est parce que j’ai vraiment envie qu’on me donne de l’amour. Parce que cela me manquait. »

Le départ de Michel Berger pour son « Paradis blanc », le 2 août dernier, aura malheureusement mis un terme à cette magnifique aventure. Mais « le petit caporal », comme la surnommait son père, avait encore su rester debout. Et plus que tout, elle ferait cette scène : « Aujourd’hui, j’éprouve moins le besoin de tout cacher, avouait-elle récemment, j’ai l’impression très nette d’ouvrir les portes.

Depuis quelques mois, elle répétait ce spectacle prévu pour deux, qu’elle voulait assurer seule, avant de faire ces examens médicaux qui lui demandèrent une hospitalisation : « Il n’y a aucune prédisposition familiale, poursuit son amie, pas d’antécédent dans sa famille, il y a un an, elle n’avait rien. Les médecins pensent que le mal a été provoqué par un choc qu’elle a subi il y a huit mois avec la disparition de Michel Berger. Comme si son chagrin s’était concrétisé par cette tumeur. Mais il n’y a rien d’alarmant, d’ailleurs nous avons repris des dates pour son spectacle. Ce sera en septembre et elle y sera.

Un spectacle pour lequel elle avait annulé toutes ses émissions de promotion télé afin d’être prête pour sauter dans l’arène de Bercy dès le 1er juin. Qu’à cela ne tienne, elle se prépare à reprendre les rênes dès le mois d’août pour de nouvelles répétitions. Un mois d’été qu’elle attend avec impatience car, ces derniers temps, elle aurait tout donné pour sentir les planches sous ses pieds. Valérie Domain


« Je suis toujours obligée de me bagarrer pour n’en faire qu’à ma tête ! », nous confiait encore France Gall la battante.

Pas du genre qui désarme, ce petit bout de femme qui a toujours mené de front sa vie d’artiste et de mère de famille, souvent au triple galop, mais avec un sens inné de l’harmonie. Pas du style qui s’étiole, cette passionnée, dont le seul but avec ses concerts est de continuer à faire vivre Michel Berger. Et d’y puiser une autre raison de vivre. Mais elle a présumé de ses forces en imaginant pouvoir concilier rayons X, promo, répètes, tout en gardant un œil aiguisé sur les moindres détails de mise en scène, son, lumières et autres artilleries de ses concerts.

Action

Même entre deux scènes ou deux enregistrements, France Gall est toujours en action. C’est ce qu’elle appelle sa « période de travail obscur ». Toujours un album live à mixer, un tournage de concert à monter, une émission de télé à préparer.

Que ce soit sur les dons d’organes ou sur la lutte pour l’eau potable en Afrique (son grand cheval de bataille à l’époque de Balavoine, action qu’elle prolongea avec Michel Berger), France, c’est plus fort qu’elle, a besoin de faire avancer les choses. A présent que Michel n’est plus là, elle est sur tous les fronts dans le monde où « Starmania », le spectacle musical de Berger-Plamondon, fait des petits.

La force de France, en fait, c’est d’être douée pour le bonheur. « C’est simple, pour moi, la vie représentant 90 % de soucis et 10 % de joie, la mise au monde d’un spectacle c’est le vrai moment de récré, déclarait-elle malicieuse, juste avant son Zénith de 1987. Mais 10 % de joie, ça n’est pas rien, quand on les dresse en montagne », précisait-elle aussi sec.

« C’est très important de vivre à fond chaque instant fort. C’est bon, aussi, après l’excitation de la scène, le contrepoint avec le marché, la cuisine, les grandes tables d’amis … Le bien-être, ça rejaillit sur l’entourage et je veux que Pauline et Raphaël (neuf et six ans, à l’époque) soient aussi heureux que moi, petite fille, quand je partais en roulotte avec toute ma famille. »

Rêveur

Et lorsqu’on l’interrogeait sur Michel : était-il aussi doué qu’elle pour le bonheur ? Elle éclatait de rire : « Michel ? En dehors de sa création, c’est un rêveur. Partout où il se trouve, il a toujours l’air d’être de passage. Lorsque je l’ai connu, il vivait dans un studio avec un vieux canapé marron, un frigo vide, mais un superbe piano blanc qui occupait tout l’espace. Heureusement que, côté pratique, c’est moi qui mène le jeu ! »

Le jeu, elle l’a toujours mené avec talent. Même à l’époque des « Sucettes à l’anis » et de « Poupée de cire, poupée de son », de Gainsbourg, où sa voix de sucre Candy et sa silhouette yéyé BCBG lui firent remporter à dix-sept ans le prix de l’Eurovision 65. Après la victoire, elle s’était retrouvée seule à Naples dans le grand appartement où ses frères, victimes d’un accident sans gravité, n’avaient pu la rejoindre.

« C’est fou, on n’a pas l’impression, comme ça, mais à l’époque, déjà, je n’arrêtais pas. J’avais enregistré une vingtaine de disques en allemand et sans accent. A tel point qu’on finissait là-bas par croire que j’étais de chez eux. »

Enfants

Sacrée par ce « Sacré Charlemagne », l’ex-Lolita devenue une maman responsable et une chanteuse qu’on adore n’a rien perdu de son sourire qui fleure encore la cour de récré, même si le doux brin de ses yeux se voile bien souvent d’une tonalité grave. Une chose est sûre, tant qu’il y aura des enfants – pas seulement les siens – autour d’elle et dans le monde, tant qu’il y aura de la musique – celle de Michel bien sûr, mais aussi le jazz dont elle raffole – France Gall irradiera partout avec ce même appétit de vivre qu’elle a toujours affiché.

« C’est parce que j’adore les enfants que j’ai imaginé cette scène ovale, légèrement inclinée et surmontée d’une passerelle en contrechamp, expliqua-t-elle lors de son dernier spectacle au Zénith. Comme ça « la meute » pourra m’entourer complètement. » Monique Prevot

Journal Le Figaro
Par Valérie Domain et Monique Prevot
12 mai 1993
Numéro : 15 163

France Gall : un disque en un jour !

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C'est une double performance que France Gall, ses musiciens et ses techniciens, ont réalisée hier : non seulement la chanteuse a enregistré en « live » une chanson de Michel Berger, « Mlle Chang », mais elle a tout fait pour que le disque sorte aujourd'hui. Du jamais vu en France.
C'est une double performance que France Gall, ses musiciens et ses techniciens, ont réalisée hier : non seulement la chanteuse a enregistré en « live » une chanson de Michel Berger, « Mlle Chang », mais elle a tout fait pour que le disque sorte aujourd'hui. Du jamais vu en France.

C’est une double performance que France Gall, ses musiciens et ses techniciens, ont réalisée hier : non seulement la chanteuse a enregistré en « live » une chanson de Michel Berger, « Mlle Chang », mais elle a tout fait pour que le disque sorte aujourd’hui. Du jamais vu en France.

« On avait connu ça une fois ou deux en Angleterre et aux Etats-Unis, mais en France ça ne s’était jamais vu. En CD, c’est d’ailleurs une première mondiale. »

Nouveau manager de France Gall, Lionel Rotcage, qui est aussi un grand ami de la chanteuse, semble tout excité. Sur la scène du Théâtre de Paris, ce mercredi en fin d’après-midi, la petite fée blonde fait un break dans ses répétitions « bercyennes » pour tenter un incroyable exploit. Non seulement, en effet, elle enregistre en « live » le célébrissime « Mlle Chang » de Michel Berger, mais elle a aussi décidé que ce disque serait prêt dès le lendemain matin (c’est-à dire aujourd’hui) pour annoncer Bercy sur les ondes des radios.

Aux instruments il y a les quatre mousquetaires du chevalier Berger (Serge Perathoner, Jannick Top, Denis Labble, Claude Salmieri). Aux chœurs, deux amis fidèles qui ne passent pas inaperçus : Marc Lavoine et Renaud Hantson. Au premier rang de la salle, tout le staff de sa maison de disques s’est réuni, producteur du spectacle et attachés de presse compris, mais, surtout, il y a l’œil protecteur et l’oreille vigilante de Raphaël, le fils de douze ans.

Pour plaire à France Gall, la technique a suivi, le commercial aussi. Toute la nuit dernière on aura mixé, gravé, pressé … et dès ce jeudi matin, les radios seront livrées. Dès ce soir, même (et demain matin pour les points de vente les plus lointains), les disquaires seront pourvus. Un gigantesque concours radiophonique débutera alors, permettant aux fans de gagner mille places de concert à Paris et en province. Il y a quelques jours, lorsque France a eu cette idée, elle avait imaginé d’ouvrir au public la salle de la rue Blanche où elle va encore répéter pendant quinze jours. Les spectateurs auraient ainsi découvert, comme nous, combien, sur la scène de Bercy, elle sera enfin sereine, mince, sexy et souriante. En la voyant dans ses bottines menues, son pantalon moulé à fines rayures, son grand pull et son foulard indien, ils auraient retrouvé la gamine des sixties tellement soucieuse de vivre.

Mais elle s’est ravisée au dernier moment : « Je n’étais pas assez prête pour enregistrer devant les gens, je ne voulais pas tout mélanger. Il fallait que je reste concentrée. Ce disque, c’est un cadeau, un coup de cœur spontané, mais c’est tout de même un disque. »

Mignon, non ? … On dirait du Berger !

Journal Le Parisien
Par Alain Morel
6 mai 1993
Numéro : 15 135

France Gall nous ouvre sa maison et son coeur

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France Gall nous ouvre sa maison et son coeur
France Gall nous ouvre sa maison et son coeur
France Gall nous ouvre sa maison et son coeur

Courageuse France Gall !

France Gall n’a même pas voulu changer la date.

Avec Michel Berger, son talentueux compositeur, mais aussi son mari dans la vie, ils avaient décidé, il y a plus d’un an, de chanter ensemble pour la première fois en concert, à Bercy, en juin prochain. Michel, disparu tragiquement l’été dernier, ne sera pas à ses côtés. France chantera ses chansons avec ferveur, fierté, et sans doute la verra-t-on sourire sous les ovations. Car France Gall a décidé de revivre, pour ses enfants. Elle ouvre pour la première fois les portes de sa maison. Elle ouvre aussi son cœur. Avec pudeur, avec beaucoup d’émotion aussi. Et surtout elle manifeste un grand courage …

Après les jours sombres de l’été dernier, elle retrouve le sourire … En accord avec ses deux enfants, France honorera seule le défi de Bercy qu’elle s’était fixé avec Michel.

Jusqu’à présent, France Gall avait toujours mis un point d’honneur à préserver sa vie de femme des regards indiscrets. Jamais elle n’avait autorisé quiconque à photographier Pauline, treize ans, et Raphaël, onze ans, les deux enfants qu’elle a eus avec Michel Berger. Jamais non plus, elle n’avait ouvert la porte de son univers intime à des caméras de télévision. Mais, pour Laurent Boyer et son “Fréquenstar”, diffusé sur M6, elle vient de faire une exception à sa règle d’or.

C’est ainsi qu’un jour de mars dernier, toute l’équipe de l’émission et les reporters de Télé-Loisirs se sont mis en route pour la Normandie. C’est en effet dans cette campagne où les vaches paissent dans des champs qui surplombent la mer que France et les siens viennent, depuis des années, se ressourcer loin de Paris et de son tumulte.

“J’adore les maisons, nous confie-t-elle en nous faisant faire le tour du propriétaire. M’occuper de la décoration, chiner dans les brocantes, peindre moi-même des meubles défraîchis, c’est pour moi une manière de m’exprimer. Partout où je me sens bien, j’ai envie de posséder quelque chose”, ajoute-t-elle, faisant sans doute allusion à son cabanon près de Dakar. “Ça doit s’expliquer, n’est-ce pas, docteur ?”

Le ton est donné : France Gall a décidé, durant ces cinquante-deux minutes qui lui sont consacrées, d’être “nature”. “J’ai beaucoup de défauts, avouera-t-elle pendant l’interview. Je suis une emmerdeuse, mais, à mes yeux, ça n’est pas un vrai défaut. J’aime les gens qui ont du caractère et surtout de la fantaisie. Je fais les choses à l’instinct, et jamais rien pour l’image que je donne de moi.”

Elle qui n’aime pas beaucoup se pencher sur son passé a pourtant accepté d’évoquer avec Laurent Boyer ses débuts de chanteuse, à seize ans.

“Je savais que je ne voulais pas travailler dans un bureau. J’hésitais entre le cinéma et la chanson. Comme j’étais toujours première en chant et que mon père était dans ce métier, c’était plus simple pour moi d’aller vers la musique. Mais, pendant les dix premières années de ma carrière, ça n’était pas du tout une passion. Ça ne l’est devenu qu’après avoir rencontré Michel, en 1974.”

En évoquant sa victoire au Grand Prix de l’Eurovision, elle avoue : “J’ai pleuré ce soir-là devant les caméras, non pas de joie comme on pouvait le penser, mais de tristesse. Je me sentais totalement perdue dans ce métier d’adulte, moi qui suis restée adolescente très longtemps. A l’époque, je faisais semblant tout le temps. »

Un besoin de transparence

Aujourd’hui, au contraire, France a besoin de vérité, de transparence. Peut-être parce que, il y a quelques années, elle s’est fait aider psychologiquement pour y voir plus clair en elle.

“La seule différence qu’il existe entre un artiste et le commun des mortels, c’est que nous montons sur scène, chose qui paraît impossible à d’autres. Mais, pour le reste, nous sommes semblables. avec nos peines, nos chagrins et nos bonheurs aussi. Comme tout le monde, j’aime vivre et profiter des choses de la vie.”

Actuellement, ses sources de joie professionnelle. elle les puise dans la préparation de son spectacle, qui aura lieu à Bercy du 1er au 6 juin prochain. “Je l’ai déjà dit, avant de rencontrer Michel, je n’aimais pas la façon dont on me faisait faire mon métier, pas plus que je n’avais envie de me produire en scène. C’est lui qui m’a apprit tout cela.”

Aujourd’hui, donc, elle reconnaît prendre un plaisir extrême à répéter avec ses musiciens ce futur spectacle. Celui-ci devait marquer, après dix-huit ans de vie commune mais de carrières séparées, les débuts de France Gall et de Michel Berger ensemble sur une même scène. Elle n’a pas voulu renoncer à ce rendezvous d’amour avec le public, honorant le contrat qu’ils avaient signé à deux, au printemps de l’an dernier.

« J’ai écarté certains titres »

“Michel devait interpréter certains de ses titres comme “Quelques mots d’amour” ou “Paradis blanc” … je les chanterai, ils étaient prévus, promis. En revanche, j’en ai volontairement écarté certains dont, aujourd’hui, les mots résonnent, bien sûr, avec une autre dimension.”

De l’absence, elle ne dira pas davantage, préférant insister sur le bonheur que lui procurent les mélodies écrites par son mari.

“La force de cette musique me donne une énergie énorme, dit-elle encore. Je me sens totalement portée par elle. Avec les musiciens qui m’accompagnent, on s’est dit récemment qu’on ne voudrait donner notre place à personne !”

La voici donc prête à affronter cette salle immense où se succèdent les plus grands ; puis, l’automne prochain, elle partira sillonner l’Hexagone en tournée. Après, quel sera l’avenir professionnel de France Gall ? “Je ne me pose pas ce genre de question, répond-elle à Laurent Boyer. Je vis au jour le jour, même si je m’imagine très bien refaire, d’ici quelque temps, un autre spectacle. En revanche, je sais que je n’ai pas envie, pour l’instant, de chanter d’autres mots que ceux de Michel. C’est la personne qui m’a le plus connue, qui a le mieux retranscrit ce que je suis. Non, vraiment, personne d’autre ne peut écrire pour moi. »

Et de conclure : “Jusqu’à vingt-cinq ans, je n’étais pas heureuse. Je désirais désespérément fonder une famille et m’épanouir professionnellement et rien ne marchait ! Én rencontrant Michel, j’ai eu les deux. J’ai toujours voulu tout avoir, et ce qui est extraordinaire, c’est que je l’ai eu.”

Son thème astral

Il aura fallu cette terrible épreuve – la mort de Michel Berger – pour découvrir que France Gall est une femme courageuse et déterminée. Malgré la solitude dont elle souffre cruellement (son signe et son ascendant sont en Balance, le « signe du couple »), elle a rassemblé ses forces vives (position dominante du Soleil et de Mars, vitalité, combativité) et elle a su faire face, ne serait-ce que pour ses enfants. Et puis, France a la musique (sensibilité artistique due à l’influence de Vénus et Neptune) et c’est une formidable source de plaisir pour elle.

Magazine : Télé Loisirs
Véronick Dokan
Date : 24 au 30 avril 1993
Numéro : 373

France Gall, son pari fou, c’est pour que ses deux enfants n’aient plus jamais peur

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C’est un grand rendez-vous d'amour que France Gall donne, le 1er juin prochain, à Bercy. Ce soir-là, pour la première fois depuis la disparition brutale de Michel Berger, France retrouvera le public.
C’est un grand rendez-vous d'amour que France Gall donne, le 1er juin prochain, à Bercy. Ce soir-là, pour la première fois depuis la disparition brutale de Michel Berger, France retrouvera le public.

C’est un grand rendez-vous d’amour que France Gall donne, le 1er juin prochain, à Bercy.

Ce soir-là, pour la première fois depuis la disparition brutale de Michel Berger, France retrouvera le public.

Et, tous ensemble, nous communierons dans son souvenir et le souvenir du couple parfait qu’ils formaient.

Hommage à Michel ? Certainement, puisque ces concerts, France et lui avaient prévu de les donner ensemble avant que la mort ne vienne les séparer.

Mais, derrière ce retour sur scène, se cache aussi une raison encore plus émouvante. Si France a choisi de dépasser son chagrin et de rechanter, c’est pour que Pauline, 13 ans, et Raphaël, 11 ans, ses enfants, n’aient plus jamais peur.

Depuis toujours, les deux petits avaient eu près d’eux leur père et leur mère. Michel, si fort, si résolu, sur lequel France s’appuyait.

« Pendant des années, je me suis entièrement reposée artistiquement sur lui, a confié France. Il savait trouver les mots, les images, les idées qui me correspondaient, bien mieux que je ne l’aurais fait moi-même. C’est tellement agréable de se laisser porter ».

Ainsi, Pauline et Raphaël ont toujours vu Michel « porter » France.

Et puis, leur père leur a été arraché, et France s’est retrouvée seule.

Alors, pour leur équilibre, France a senti qu’il fallait qu’elle leur montre que, par-delà la douleur, la vie continuait. Que, même si leur père n’était plus là, elle, France, était assez solide pour continuer seule. Il fallait qu’ils aient confiance. Il fallait qu’ils sachent qu’elle était capable de les protéger.

« Au début, a encore confié France, ils ne voulaient pas que je fasse ce spectacle. Ils pensaient que je n’y arriverais pas. »

Alors, France a relevé ce pari fou. Mieux : elle y a associé Pauline et Raphaël.

Eux que, prudemment, elle avait toujours soigneusement tenus à l’écart du monde du show-business, elle les a emmenés aux répétitions, en a fait les témoins privilégiés de la mise au point du spectacle.

Jour après jour, Pauline et Raphaël ont découvert une autre France. Une France professionnelle, volontaire, opiniâtre, perfectionniste. Une France qui sait ce qu’elle veut, et fonce pour l’obtenir. Une nouvelle maman est née sous leurs yeux. Une maman forte et solide.

« J’ai gagné leur confiance », dit aujourd’hui France.

Et rien que pour ça, elle sait que ses concerts à Bercy, jusqu’au 6 juin, seront un succès.

France Dimanche
Par Daisy Lemercier
17 avril 1993
Numéro : 2433

France Gall : la vie après Michel

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« J’ai expliqué à mes enfants qu'il y aura de nouveau, pour eux comme pour moi, plein de de belles choses dans l'existence. J'ai envie d'être encore heureuse », confie France Gall.
« J’ai expliqué à mes enfants qu'il y aura de nouveau, pour eux comme pour moi, plein de de belles choses dans l'existence. J'ai envie d'être encore heureuse », confie France Gall.

« J’ai expliqué à mes enfants qu’il y aura de nouveau, pour eux comme pour moi, plein de de belles choses dans l’existence. J’ai envie d’être encore heureuse », confie France Gall.

Huit mois après la disparition de Michel Berger, elle décide, par fidélité, de revenir à la scène, à la vie.

Du 1er au 6 juin, elle chantera à Bercy, seule, là où Michel et elle devaient se produire ensemble. Elle interprétera ses plus belles chansons d’amour : « Michel exprimait mieux que moi les choses que je ressentais », dit-elle.

« Il me serait impossible de travailler avec quelqu’un d’autre que Michel, affirme-t-elle. C’était prévu à deux, j’y vais seule. Mais il aurait été vraiment trop triste d’arrêter comme cela. La musique, c’est la vie. Ça continue. » Longtemps, la mort brutale de Michel Berger l’a laissée désemparée, anéantie. Mais pour Pauline, sa fille de 13 ans, et Raphaël, son fils de 11 ans, France Gall a brisé l’écrasante chape de son chagrin. Et, si plus jamais son sourire ne sera tout à fait le même qu’avant, son visage s’éclaire désormais d’une nouvelle et émouvante joie de vivre. Comme naguère, elle fait elle-même la cuisine pour recevoir ses amis, lit, chine chez les brocanteurs, écoute de la musique. « Très vite, raconte-t-elle, j’ai remis les disques de Michel sur la platine. J’ai tout réécouté, depuis le début. »

Paris Match. Ainsi, vous allez donc vous produire sur la scène de Bercy. Seule. Vous n’avez pas peur ?

France Gall. Avant de rencontrer Michel, je détestais chanter en public, tout comme je détestais faire ce métier, d’ailleurs. Lorsqu’on débute à 16 ans, on n’est pas préparé à affronter cette vie d’adulte, et c’est si difficile. On se sent perdu. Il y avait un tel décalage entre l’image que l’on avait de moi et ce que j’étais réellement. Je ne pourrai jamais raconter les choses que j’ai vécues. Il fallait d’abord que je sois en accord avec moi-même pour comprendre et aimer mon métier. J’ai appris tout ça en vivant avec lui. Il faut comprendre que j’avais 26 ans quand je l’ai rencontré et que c’est le premier garçon qui m’a “donné”. Il a pensé à “moi”, à la façon de me rendre heureuse, tout en me redonnant confiance professionnellement alors que je songeais à m’arrêter. Et, un jour, en 1982, au Palais des sports, j’ai compris ce qu’était la scène. Un échange extraordinaire. Une communion unique. Et maintenant, surtout maintenant, j’ai incroyablement envie de vivre ça. Ce qui se passe, en vérité, quand on chante devant un public, je devrais dire avec le public, c’est tout simple : c’est de l’amour. Personne ne se connaît dans cette histoire-là et, pourtant, on s’aime. Alors moi, j’ai hâte d’y être. Il faut juste que je sois capable d’affronter cette émotion qui m’attend, je le sais.

P.M. Ne craignez-vous pas que, cette fois-ci, on aille voir “celle qui vient de perdre son mari” plutôt que la chanteuse ? L’être humain a parfois des instincts de voyeur …

F.G. Qui peut faire la part des choses ? Je ne veux pas penser à tout ça. J’essaie simplement, à travers les interviews ou les images de moi aujourd’hui, de dédramatiser. On n’a pas besoin de s’en rajouter. Je sais que je vais faire la musique que j’aime, en face de gens qui l’aiment aussi. Et même si certains viendront voir la veuve de Michel Berger, comme vous dites, j’espère qu’ils sortiront en ayant vu France Gall.

P.M. On pourrait tout de même imaginer qu’il y ait, pour vous, une certaine appréhension à cumuler désormais les fonctions. Jusqu’à présent, Michel écrivait, composait et mettait en scène tous vos spectacles. Il était le Pygmalion créateur et vous la muse admirative.

F.G. Je ne vous dirai qu’une chose : je m’épate moi-même. C’est vrai que, pendant toutes ces années, je me suis entièrement reposée artistiquement sur lui. Il savait trouver les mots, les images, les idées qui me correspondaient, bien mieux que je ne l’aurais fait moi-même. C’est tellement agréable de se laisser porter. Ce qu’il m’a donné, c’est à moi, et personne ne peut me le reprendre. Comme si tout ce temps passé à ses côtés avait servi à me préparer à vivre aujourd’hui. Avant, j’avais le sentiment de n’être jamais assez à la hauteur. Depuis cet été, c’est étrange, je n’ai plus peur de rien. Comme si, en partant, Michel m’avait légué sa force.

P.M. C’est donc pour cela que vous avez décidé de maintenir ces dates initialement prévues pour célébrer vos débuts sur scène avec Michel ?

F.G. Pas du tout. Je ne savais pas que je pouvais le faire seule. Tout de suite, j’ai été à la recherche d’un metteur en scène. Et, avec le temps, j’ai senti que ce spectacle-là, je devais le faire moi-même. Mais ce qui m’a décidée avant tout, c’est de ne pas enterrer ce disque que nous avions mis un an à faire ensemble. Je les aime, ces chansons. C’était impensable, pour moi, de ne pas les chanter sur scène. Et comme je ne voulais pas faire la démarche de téléphoner pour réserver une salle, alors j’ai gardé les dates de Bercy que nous avions retenues un an auparavant.

P.M. En mai de l’année dernière, devant quelques privilégiés, des amis essentiellement, vous aviez donné tous les deux, au New Morning, un aperçu de ce qu’auraient été vos concerts communs en 1993.

F.G. Bizarrement, pour la première fois, j’avais une certaine idée du spectacle que nous nous préparions à faire. Je voulais déjà quelque chose de simple et montrer l’extraordinaire complicité qu’il y avait entre Michel et moi quand on faisait notre musique. On se faisait beaucoup rire dans la vie, et on avait envie de continuer sur scène. Ce concert au New Morning reflétait cet esprit-là.

P.M. Il me semble que déjà, en 1980, vous aviez envisagé de vous produire ensemble. Un projet qui n’a jamais vu le jour …

F.G. C’était un été formidable. Michel chantait “La groupie du pianiste” et moi “Il jouait du piano debout”. D’ordinaire, on s’arrangeait pour alterner nos occupations professionnelles mais, là, tout marchait en même temps. On a été tenté, c’est vrai, de faire une tournée à deux, mais nous avons tout annulé lorsque j’ai appris que j’étais enceinte de mon fils Raphaël, ce que je souhaitais plus que tout.

P.M. On dit aussi qu’il existe dans vos tiroirs un album entier de chansons en duo inédites.

F.G. Exact ! Avant d’écrire “Starmania”, avec Luc Plamondon, Michel avait imaginé l’histoire d’une adolescente kidnappée, puis devenue terroriste aux côtés de ses geôliers, s’inspirant d’un fait divers qui avait fait couler beaucoup d’encre à l’époque, l’histoire de Patricia Hearst. Il avait composé des chansons autour de ce thème que nous sommes allés enregistrer à Los Angeles. Mais le disque n’a jamais été commercialisé. Il a, disons, servi de base à l’élaboration de “Starmania”.

P.M. Peut-on espérer l’entendre un jour ?

F.G. S’il n’est pas sorti en son temps (1974), c’est que Michel n’en était pas satisfait. Je suis totalement contre le fait d’exhumer des inédits.

P.M. A Bercy, en revanche, vous allez inclure dans votre répertoire des morceaux qu’il interprétait sur ses propres disques. Doit-on prendre cela pour un hommage ?

F.G. Prenez cela comme vous voudrez. Je ne fais pas ce spectacle pour rendre un hommage à Michel, il aurait détesté l’idée. Je fais ce que je sens, et le choix des chansons s’est imposé très vite. Initialement, il y aurait eu des titres à lui, des titres à moi, et des titres à nous (album “Double jeu”, le dernier). Eh bien ! c’est ce que je vais faire, et c’est tout naturel pour moi. En revanche, j’ai enlevé toutes les chansons qui prendraient une autre signification aujourd’hui, comme “Plus haut” (“celui que j’aime vit dans un monde plus haut”).

P.M. Vous me faites penser à un petit soldat qui fait bravement face à l’adversité. Vous êtes assurée et forte. On vous imaginait timide et fragile.

F.G. La force et la fragilité sont indissociables de l’artiste. Je n’analyse pas mon comportement, je n’ai jamais su me voir. Mais je ressens profondément ces deux traits de caractère en moi. Je ne suis sûre de rien, mais j’y vais.

P.M. Vos enfants, que vous avez toujours tenus éloignés de votre vie publique, ont donné, lors des obsèques de leur père, une grande leçon aux adultes. Malgré leur jeune âge (11 et 13 ans), on a senti que Raphaël et Pauline vous protégeaient autant que vous les préserviez. Aujourd’hui, les faites-vous participer à vos activités professionnelles ?

F.G. Ils n’avaient pas un papa comme tout le monde, et le mur de caméras et d’appareils photo au cimetière les a fait basculer du jour au lendemain dans un univers public. On n’y peut rien, même si on ne le désire pas. Et maintenant, c’est trop tard. Au début, ils ne voulaient pas que je fasse ce spectacle, car ils avaient peur pour moi. Ils pensaient que je n’y arriverais pas toute seule. J’ai voulu les sécuriser en les emmenant aux répétitions avec les musiciens, en leur faisant partager beaucoup plus de moments professionnels et en les impliquant davantage. Ils ont d’ailleurs une vision très juste de ce qu’il faut faire ou pas. J’ai gagné leur confiance, je crois. De toute façon, je n’aurais pas pu faire tout ça sans eux.

P.M. Faites-vous vôtre la phrase d’Yves Montand qui disait, quelque temps après la disparition de Simone Signoret : “On ne refait pas sa vie, on continue seulement » ?

F.G. Je reprendrais plutôt une phrase que disait Michel : “Évidemment. On rit encore comme des enfants, mais pas comme avant.”

Interview : Véronick Dokan
Photos de Marianne Rosenstiehl
Magazine : Paris Match
Date : 15 avril 1993
Numéro : 2290

France Gall, sa nouvelle vie !

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France Gall, sa nouvelle vie !
France Gall, sa nouvelle vie !
France Gall, sa nouvelle vie !

Mue par un formidable instinct de vie, elle réagit !

C’est à elle-même qu’elle fait plaisir.

C’est pour lui qu’elle chante. Pour celui qui l’a brusquement quittée le 2 août dernier mais qui restera à jamais dans son cœur. France Gall sera sur la scène du Palais omnisports de Paris Bercy à partir du 1er juin prochain, accompagnée par seulement cinq musiciens.

Avec un extraordinaire courage, elle va offrir aux spectateurs le concert qu’elle avait prévu de monter avec Michel Berger, donnant ainsi un merveilleux exemple de détermination et d’amour. Comme pour prolonger la vie de celui qui n est plus à ses côtés, avec lequel elle a vécu seize années d’un bonheur rare …

France la battante, un instant brisée, murée dans son chagrin, a vite réagi, comme mue par un formidable instinct de vie. Elle est partie en Afrique du Sud, juste le temps d’un clip réalisé par Jean-Marie Périer, Superficiel et léger, consacré à Michel Berger.

A la mi-décembre, elle a pris l’avion pour Londres. Elle voulait absolument assister aux dernières répétitions de Tycoon, version anglaise de Starmania, qui obtient depuis trois mois un vif succès en Grande-Bretagne. Michel l’aurait fait. Elle ne pouvait faillir. Poings serrés, sourire triste aux lèvres, elle a assisté à la réalisation du rêve de son mari : il aurait tant aimé voir sa comédie musicale reconnue à l’étranger.

Depuis elle travaille à son spectacle qui aurait dû être leur spectacle. Elle rit, rythme le tempo, comme si rien ne s’était passé, comme si Michel était là, tout près d’elle.

Il est là. C’est sur sa musique qu’elle danse, cette musique qui lui ressemble, qu’il n’a composée que pour elle et dans laquelle elle se fond. Ce sont ses mots à lui, devenus ses mots à elle qu’elle chante. Comme si désormais, elle vivait pour deux. Depuis que Michel Berger s’est éteint brusquement dans le silence de leur maison de Ramatuelle, une nouvelle vie a commencé pour France Gall. Plus difficile, plus solitaire. Heureusement, ses enfants sont auprès d’elle. Pauline, qui a quatorze ans, et Raphaël, qui en a douze. Elle a dû leur expliquer. Mais comment faire comprendre le définitif d’une absence ? Elle a été une mère plus attentive encore, même si depuis toujours, c’était elle qui s’occupait de leurs devoirs et de leurs leçons.

Durant ce mois d’août qui s’annonçait plein de gaité, qui symbolisait les vacances passées ensemble, elle a fait preuve d’une énorme volonté pour les aider à accepter cette incroyable injustice. France, avec une énergie farouche, a décidé de continuer à vivre. Pour eux, pour elle, pour lui.

Oui, elle va remonter sur scène, parce que cela lui fait plaisir, parce que Michel lui avait redonné le goût de ce métier qu’elle avait détesté pendant longtemps. Elle affirmait, au début de leur mariage : “Il a le génie de dire des choses graves sans cesser d’être subtil et poétique.”

Il lui a appris aussi à voir la vie côté positif, même quand tout semblait aller mal. C’est sans doute l’un des plus beaux cadeaux qu’il lui ait fait.

Sans cela, elle n’aurait pas pu émerger de la tourmente, décider comme elle l’a fait, que le spectacle devait continuer. Mais cette fois, elle est seule pour tout régler, tout choisir. Avec, toujours, Michel comme référence. Avec en elle, tout ce qu’il lui a appris, même si, alors, elle ne s’en rendait pas compte.

“Chanter devant les gens, c’est un véritable rendez-vous d’amour”, dit-elle et elle avait tellement envie de se rendre à celui-ci qu’elle n’a pas voulu le louper. Ce sera plus qu’un spectacle : un défi qu’elle relèvera seule.

Pour France, demain doit vraiment être encore plus fort qu’hier. Elle donne ainsi l’exemple à ses enfants, leur montrant que l’espoir peut vaincre le malheur.

“Continuer, affirmait-elle il y a quelques semaines, je n’avais pas le choix. Ne rien faire, m’arrêter, ça m’aurait donné des regrets … Ce sera le spectacle le plus fort que j’aurais jamais fait dans toute ma vie.”

Après s’être réfugiée pendant quelque temps chez des amis, son tempérament a repris le dessus et, avec ses airs fragiles, du haut de son mètre presque soixante, elle a recommencé à lutter, bien décidée à mener à bien une entreprise un peu démesurée, sur une des plus grandes scènes de la capitale.

“Prouve que tu existes, Bats-toi, Signe et persiste, Résiste, Bats-toi si tu veux te battre, bats-toi pour ça”, avait écrit Michel Berger. Elle se bat pour tout, parce qu’elle le veut, avec ses propres armes et son sens du spectacle.

Elle chantera toute seule les chansons qu’ils chantaient à deux dans leur dernier album, Double jeu. Une fois encore, elle fera Tout pour la musique et clamera Laissez passer les rêves, accompagnée comme cela se passait d habitude par une salle qui se balancera à son rythme.

En parlant de France, l’une de ses amies a dit : “Elle fait aller la vie.”

On ne peut sans doute pas mieux résumer sa façon d’être.

Magazine : Ici Paris Magazine
Claude BENJAMIN
Date : 14 avril 1993
Numéro : 2493