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France Gall, son défi par amour

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France Gall a choisi «Taratata», le samedi 10 avril sur France 2, et "Télé 7 Jours", pour évoquer son grand retour face au public, du 1er au 6 juin à Paris sur la scène de Bercy.
France Gall a choisi «Taratata», le samedi 10 avril sur France 2, et "Télé 7 Jours", pour évoquer son grand retour face au public, du 1er au 6 juin à Paris sur la scène de Bercy.

France Gall a choisi «Taratata», le samedi 10 avril sur France 2, et “Télé 7 Jours”, pour évoquer son grand retour face au public, du 1er au 6 juin à Paris.

Elle parle avec sincérité et dignité de celui qui lui a tant donné, pour sa carrière de chanteuse et pour sa vie de femme. Les années de bonheur l’ont aidée à affronter ce qu’elle vit aujourd’hui, à être plus forte.

Au dernier étage d’un immeuble bourgeois du 8e arrondissement à Paris, un appartement ouvre, comme un loft, par de grandes baies, sur le ciel. Sièges tendus de couleurs vives, tableaux bariolés, voix d’enfants qui jouent dans la pièce à côté au sortir de l’école. Cette maison-là vit, rit. Quel âge a-t-elle donc ? Quand on voit France en caleçon et grand pull pénétrer dans la pièce, on se demande comment elle peut déjà avoir d’aussi grands enfants. Il y a bien sûr ses quelques fines lignes au coin des yeux, quand elle sourit … Car elle sourit souvent. Chaleureuse, sans détours.

On va vous retrouver seule sur scène, du 1er au 6 juin, à Bercy. Ce défi est un hommage à Michel ?

Je ne fais pas ce spectacle pour Michel. La scène, on ne s’y lance pas pour quelqu’un, mais parce qu’on en a envie. C’est un rendez-vous d’amour. On vient prendre et donner. Je pourrais raconter que je le fais parce que c’était prévu «avant». C’était prévu à deux. J’y vais seule. Mais je crois que je n’avais pas d’autre choix. Il aurait été vraiment trop triste d’arrêter comme cela. La musique, c’est la vie. Ça continue. Bercy, ça s’est imposé à moi très vite, même si je ne l’ai vraiment envisagé sérieusement qu’après un certain temps.

Travailler pour ne pas penser?

Cela m’oblige à être hyper-occupée, à avancer. Et c’est évident que lorsque l’on a un projet, lorsque l’on crée, on n’a pas beaucoup le temps de se laisser aller au chagrin. Je mentirais en disant qu’il n’y a que cela. J’ai envie d’aller sur scène. J’ai envie d’être encore heureuse. Comme je dis à mes enfants qu’il y aura, pour moi et pour eux, encore plein de belles choses dans notre vie. Quand on perd quelqu’un, on se sent forcément toujours un peu coupable d’être encore là. J’ai pensé qu’il ne fallait absolument pas que je me punisse. J’aime chanter, j’aime être sur scène, c’est un plaisir pour moi. Il ne fallait pas que cela aussi disparaisse.

Pourtant, cette envie de chanter, ce plaisir de la scène, vous les aviez perdus?

Disons plutôt que, d’un seul coup, je ne voyais plus comment me renouveler. J’ai beaucoup aimé nos spectacles avec Michel. Le dernier notamment. Le soir de la dernière, à Bourg-en-Bresse, je me suis dit que je ne pourrais plus faire mieux, que j’avais atteint le sommet. L’apothéose. Et comme je n’envisageais pas de devenir une vieille chanteuse, je me suis dit que ce serait bien que ça s’arrête là, comme ça.

Sans aucun regret ?

Sans regret. J’avais incroyablement hâte d’arriver au terme de la tournée. Et d’ailleurs, la scène ne m’a pas manqué pendant quatre ans. Rien ne me manquait de ce métier. J’avais tout pour être heureuse. D’une certaine manière, j’avais eu tout ce dont je pouvais rêver. Des enfants merveilleux alors que j’avais longtemps craint de ne pouvoir en avoir, un homme hyper-brillant qui avait bien voulu m’épouser – on a beau dire, on reste fleur bleue et cela fait du bien de penser que l’on vous a choisie – un métier où je faisais ce que je savais faire le mieux : chanter. D’un seul coup, j’ai pensé à l’avenir. Il fallait que je réfléchisse.

Une sorte de crise de croissance ?

Je m’aperçois que toutes les femmes autour de 40 ans connaissent cela. Pendant une partie de la vie, on mène tout de front : le métier, le mari, les enfants. On ne fait d’ailleurs jamais tout bien en même temps. Et puis, on s’aperçoit que l’on a oublié de penser à soi. Parce que dans tout cela, c’est toujours soi que l’on sacrifie un peu.

Vous vous étiez “perdue de vue” ?

Sans m’en rendre compte et dans le plus parfait bonheur. Moi, j’était enchantée de me laisser emporter. Michel disait mieux que moi les choses que je ressentais. Il avait un esprit tellement clair, tellement rapide. Il avait une telle énergie. C’était très facile de vivre à côté de lui. Je suis quelqu’un qui aime la vie, qui aime bien manger, recevoir des amis, j’aime ma maison. Michel étant plus abstrait, je lui déléguais le soin de savoir vers quoi il allait nous mener. Je ne me posais pas de questions.

Et soudain, cela n’a plus été si clair ?

J’ai eu envie de casser tout cela. De tout remettre en question. Ce n’était pas très facile à comprendre. D’ailleurs, Michel, au début, n’a pas bien compris ce que je cherchais. Il me regardait, un peu atterré. Je disais non à tout ce qui ressemblait à ce que j’avais déjà fait et je ne savais pas exactement formuler ce que je voulais. Je me cherchais. J’ai mené la vie rude à tout le monde. J’avais emmagasiné des choses en silence mais contente d’être silencieuse, il fallait que ça sorte. Mais je ne suis qu’interprète. Je n’ai jamais écrit un mot, une note. C’était difficile d’expliquer.

C’est là que Michel est parti à Los Angeles pour y composer l’album « Superficiel et léger » ?

J’ai pensé qu’il fallait qu’il s’éloigne, qu’il aille travailler loin, qu’il s’évade du cocon familial. Je lui avais dit que si je recommençais à chanter, cela ne pourrait être qu’autrement, et avec lui. Il est parti la tête basse, pestant contre ce que je lui imposais. Et il a trouvé. Il lui a fallu toute son intelligence, toute sa sensibilité pour écrire exactement ce que je ressentais. Quand il est revenu, il était sûr de lui. Et il avait raison. Quand il m’a joué « Laissez passer les rêves » pour la première fois, j’ai su moi aussi qu’il avait tout compris. La suite de l’album a été plus simple.

C’était comme un nouveau départ ?

On avait décidé de chanter à Bercy ensemble, de faire de nouveaux albums, de nouveaux spectacles ensemble. De travailler sur des choses plus longues, plus durables. Nous avions fait un petit essai au New Morning pour quelques amis. Ça se passait très bien entre nous sur scène. Nous avions un dialogue assez rigolo entre nous. Une très grande complicité. Nous étions heureux …

Vous serez seule à Bercy.

Ça ne pourra être que très différent de ce que nous aurions pu faire ensemble et de ce que j’ai fait précédemment. Pour mon dernier spectacle, nous étions dix-sept. Nous ne serons que cinq sur scène. Je suis persuadée que ce sera plus fort que tout ce que j’ai fait jusqu’ici. Je chanterai des chansons à moi et des chansons de Michel. Nous avons refait toutes les orchestrations de mes chansons dans l’esprit de l’album. Les musiciens qui m’accompagnent sont ceux du disque. Ils effectuent un travail formidable. Pas pour moi, mais parce qu’ils aiment ce qu’ils font, parce qu’ils sont heureux, eux aussi, que les choses ne s’arrêtent pas là.

Michel, jusqu’ici, s’occupait de la mise en scène de vos spectacles. Qui en a la charge aujourd’hui ?

C’était ma principale préoccupation quand j’ai songé à ce spectacle. Jusqu’ici, je n’avais jamais eu aucune idée sur les spectacles. La liste et l’ordre des chansons, les musiciens, les lumières … Tout cela, c’était Michel. Un mois avant un spectacle, je disais en riant: “C’est dans un mois et il ne sait pas encore ce qu’il va faire !”

Je faisais confiance. Maintenant, c’est à moi de jouer. J’ai dit oui à Bercy sans savoir comment je m’y prendrais. Il fallait mettre la machine en route et y aller. Je m’y suis prise longtemps à l’avance.

Michel avait une étonnante facilité de décision ?

Moi, il faut que je tâtonne, que j’essaie toutes les possibilités avant d’être sûre. Depuis deux mois, je vais à Bercy tous les lundis. Les choses se sont mises doucement en place.

Comme dans un puzzle … J’ai découvert que finalement je savais ce que je voulais. Quand on vit aux côtés de quelqu’un de brillant, on apprend énormément sans même s’en rendre compte. Je n’ai jamais rien appris par moi même. Toujours à travers des gens. Sans Michel, je ne serais sans doute pas devenue celle que je suis aujourd’hui. J’ai emmagasiné des choses. Et aujourd’hui, je prends conscience d’une force en moi que je n’avais même pas soupçonnée.

Comme si, sans le savoir, vous vous étiez préparée à ce qui est arrivé ?

C’est inexplicable mais c’est vrai que j’ai parfois l’impression que ces années de bonheur, puis cette crise, m’ont aidée à affronter ce que je vis. Si je n’avais pas connu avant cette période de remise en question positive, je n’aurais peut-être pas été aussi forte aujourd’hui. Cela dit, je ne suis pas seule dans l’entreprise. J’ai mes enfants d’abord, pour lesquels il faut que la vie continue, les gens qui travaillent avec moi, comme Hervé Lebeau qui s’occupe de la coordination du spectacle, ou Coco Balavoine, la femme de Daniel, qui était l’assistante de production de Michel, et puis les musiciens. Nous avançons en équipe dans le même sens.

Vous aurez aussi le soutien d’un public qui a salué votre dignité dans le malheur.

On se sent loin d’une chanteuse, on se sent plus proche d’une femme. A la mort de Michel, j’ai énormément reçu de témoignages d’amitié. Tous ceux qui aimaient Michel se sont sentis un peu seuls. Michel aidait les gens à vivre à travers sa musique, à travers ses mots. Cet amour des gens pour lui me revient un peu aujourd’hui. On attend quelque chose de moi. Cela aide beaucoup. Je ne suis plus seulement la petite blonde qui chante. A travers ce malheur, les gens ont perçu que j’existais aussi différemment. Il me l’ont écrit. Cela m’a encouragée à remonter sur scène.

Vous allez chercher sur scène un bonheur que vous n’y avez pourtant pas toujours éprouvé.

Je n’ai commencé à me sentir heureuse dans ma vie et dans mon métier qu’à 30 ans. Quand je suis montée sur scène pour la première fois, j’avais 15 ans. Et pour moi, la scène c’était l’horreur. Évidemment, il y a pire. Mais quand on se retrouve sur scène et que l’on vous insulte, quand on colporte des horreurs sur vous, il faut vraiment être costaud. J’ai longtemps détesté ce métier. Michel m’a appris à l’aimer, à me sentir bien sur scène. Mais on garde en soi les blessures que cela vous a infligé. On serre les dents mais, quelque part, on se dit qu’on est forcément coupable de la haine que l’on suscite. J’ai mis dix ans à m’en remettre. Ces quatre ans de silence m’ont servi aussi à cela. A faire le tri. A faire un retour sur cette jeunesse qui m’était passée sous le nez.

Vous devez éprouver une grande sympathie pour ces « bébés stars », comme Vanessa Paradis, que leur carrière détourne de la vie des filles de leur âge ?

J’ai beaucoup d’admiration pour elles et aussi une grande tendresse. Je sais quels sont les sacrifices qu’il faut à cet âge, le courage nécessaire pour supporter de vivre dans un univers très agressif où l’on ne vous fait pas de cadeau. Un jour ou l’autre, tout cela se paie. J’ai eu énormément de chance. J’ai rencontré quelqu’un qui, dès notre première rencontre, s’est mis à mon écoute. Michel donnait beaucoup aux autres. Il savait observer, guider. J’avais confiance en sa générosité. Jane Birkin disait récemment qu’elle n’imaginait pas chanter un jour quelqu’un d’autre que Gainsbourg.

Je la comprends. Il me serait impossible de travailler avec quelqu’un d’autre que Michel. J’ai appris aussi qu’il ne faut jamais dire jamais. La musique m’aide à vivre. Elle m’a rendue gaie. Aujourd’hui encore, quand je me coule dans celle de Michel, je suis gaie. Et pour mes enfants, pour moi, je veux encore que ma vie soit gaie.

Magazine : Télé 7 Jours
par Martine Bourillon
Date : 10 au 16 avril 1993
Numéro : 1715

France Gall, que le rêve continue …

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France Gall : que le rêve continue
France Gall : que le rêve continue

Retranscription impossible : le contraste du fond et des caractère est trop important, la reconnaissance visuelle est impossible.

Magazine : France Soir TV magazine
Date : 3 avril 1993
Numéro : 15132

L’hommage de France Gall : elle chante pour Michel

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L'hommage de France Gall : elle chante pour Michel
L'hommage de France Gall : elle chante pour Michel
L'hommage de France Gall : elle chante pour Michel

Elle a répondu à l’invitation de Nagui. Deux mois avant son retour sur scène, à Bercy, France Gall rend hommage à celui qu’elle admirait et aimait.

Michel Berger, ses belles chansons demeurent parmi nous.

France 2 ayant décidé, en dernière minute, de changer le jour de diffusion de “Taratata”, nous devrions retrouver France Gall, samedi 10 avril.

Quand le désert avance, France Gall ne recule pas. Et lorsque, le 3 août dernier, la mort a frappé celui qui partageait son existence, elle n’a pas désarmé. “Avant, on n’imaginait pas que des malheurs m’avaient touchée, je n’en parlais pas”, écrivait France, il y a quelques semaines, dans les colonnes d’un magazine féminin.

“Là, c’était difficile de ne pas en parler. Tout le monde a participé à ce malheur. On a réalisé que, peut-être, j’étais quelqu’un de différent.” Différente et terriblement courageuse. Du 1er au 6 juin, elle reprendra le concert qu’elle avait prévu de monter avec Michel Berger. Seule en scène, sur les planches du Palais omnisports de Paris-Bercy, elle chantera ses titres à lui, à elle, à eux.

“Le dernier album qu’il a écrit marquait vraiment un très grand changement dans sa façon d’écrire”, déclarait-elle à Lionel Rotcage, le 25 janvier dernier. Le fils de Régine l’avait, en effet, convaincue de participer à l’hommage collectif rendu à Michel Berger, “Celui qui chante”.

“Continuer, je n’avais pas d’autre choix … »

Autour de Bruel, Cabrel, Maurane et Hardy, France Gall parlait de Michel pour la première fois. Toujours numéro un dans le cœur des Français, elle s’est révélée “admirable, digne et gaie”, selon les mots de Rotcage.

“La casquette qu’il préférait porter, c’était celle du chanteur”. Les tubes tels que “Écoute la musique”, “La groupie du pianiste” ou “Paradis blanc” ont exaucé ses vœux. Mais le public n’a pas oublié qu’il fut également le pygmalion de Véronique Sanson (“Besoin de personne”), le parolier de Françoise Hardy (“Message personnel”) et l’homme de la renaissance pour France (“La déclaration d’amour”), “Quand j’ai entendu sa musique pour la première fois, j’ai eu l’impression que c’était moi qui l’avait écrite. Ses textes correspondaient à ce que je ressentais.”

Avec cœur et détermination, France a décidé de perpétuer son œuvre et son souvenir. “Continuer, je pense que je n’avais pas le choix. Ne rien faire, m’arrêter, ça m’aurait donné des regrets … Ce sera le spectacle le plus fort que j’aurais jamais fait dans toute ma vie. Je me coule littéralement dans la musique de Michel. Elle est à moi. Elle est pour moi.”

Magazine : Télé Poche
Daniel BEAUCOURT
Date : 3 au 9 avril 1993
Numéro : 1416

France Gall, le retour à la vie

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C'était en février dernier à Paris. Six mois après la brutale disparition de Michel Berger, France Gall effectuait l'une de ses premières sorties publiques.
C'était en février dernier à Paris. Six mois après la brutale disparition de Michel Berger, France Gall effectuait l'une de ses premières sorties publiques.

C’était en février dernier à Paris. Six mois après la brutale disparition de Michel Berger, France Gall effectuait l’une de ses premières sorties publiques.

A côté de Danielle Mitterrand et de Manu Dibango, elle célébrait le premier anniversaire du musée de l’Art, l’ancien musée de l’Affiche et de la publicité.

Une soirée placée sous le signe de la culture africaine, thème auquel France est particulièrement attachée.

Avec Michel Berger et Daniel Balavoine, elle s’est battue pour aider au développement du continent noir et fit de l’histoire d’un petit garçon pauvre, « Babacar », qu’elle avait pris sous sa protection lors d’un séjour au Sénégal, l’un de ses plus grands succès.

Entretemps, depuis cet affreux dimanche d’août où Michel mourut dans ses bras, France a fait preuve d’une exemplaire discrétion. Redoublant d’attentions pour ses enfants, Pauline (13 ans) et Raphael (11 ans), elle s’est un temps réfugié à la montagne chez des amis qui, en lui prodiguant tendresse et réconfort, l’ont aidée à surmonter son chagrin.

Mère courage, « Babou » a ainsi appris à vivre sans Michel, cet époux qu’elle a tant aimé, qu’elle aime encore et qui lui a laissé de si belles chansons. Des paroles et des musiques dont elle est désormais l’héritière et qui l’ont progressivement amenée à sortir de sa retraite pour poursuivre l’œuvre de celui qui était tout pour elle.

Par un clip tout d’abord, réalisé en octobre 1992 par Jean-Marie Périer, illustrant « Superficiel et léger » (extrait de « Double jeu », le dernier album composé par Michel Berger), et que tous deux ont choisi de tourner en Afrique du Sud. Un clip souvenir où France, par pudeur, n’apparaît que quelques secondes. A la mi-décembre, elle s’est rendue à Londres superviser les dernières répétitions de « Tycoon », la version anglaise de « Starmania » (dont Cindy Lauper est l’une des interprètes) qui, trois mois après sa création, triomphe outre-Manche. Un magnifique mais cruel succès, quand on sait que Michel Berger caressait le rêve de voir sa comédie musicale consacrée à l’étranger. Mais cela a dû réchauffer le cœur de France, qui, après avoir participé à la réalisation d’un portrait de son mari (pour France 2), a choisi de remonter sur scène, du 1er au 5 juin, à Bercy.

Je suis incapable d’expliquer ce qui a motivé cette décision, a-t-elle déclaré. Tout ce que je peux dire est que Michel et moi avions prévu de refaire un spectacle ensemble … avant Mais je ne pouvais pas me faire à l’idée que tout disparaisse.

France Gall

« Taratata » à 20h30 cet été.

Depuis un mois, « Taratata » est diffusée le jeudi en deuxième partie de soirée (au lieu du dimanche auparavant). Nagui, son producteur-animateur, souligne qu’au fil des semaines, son émission acquiert de plus en plus de notoriété auprès des artistes.

« La plupart des chanteurs et chanteuses apprécient l’émission. Ils sont les premiers à me proposer d’y participer. Nos prochains invités : Julien Clerc, Laurent Voulzy, Elsa, Gilbert Bécaud et Vanessa Paradis. » Par ailleurs, et pour cet été, Nagui prépare deux « Taratata» spéciales qui, d’une plus longue durée, seront diffusées à 20h30.

Magazine : Télé Star
Par Gérald Lévrault
Date : 29 mars 1993
Numéro : 861

La saga de Starmania

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La saga de Starmania
La saga de Starmania
La saga de Starmania

Luc Plamondon, l’auteur, raconte la création de la célèbre comédie musicale.

Plus qu’un succès, « Starmania » tient du phénomène.

L’album (un million d’exemplaires vendus en France) fourmille de tubes : “Le blues du businessman”, “Les uns contre les autres”, “Le monde est stone” … Sur scène, l’opéra-rock de Michel Berger et Luc Plamondon a été joué à Paris, Montréal, adapté en allemand et en espagnol. Des producteurs brésiliens et japonais s’y intéressent. De plus, la version anglaise, rebaptisée “Tycoon”, laisse présager un séisme dans les hit-parades anglo-saxons. Et pour cause : ses textes sont signés de Tim Rice (auteur de « Jésus-Christ superstar» et d’ “Evita”) et chantés par Cindy Lauper, Kim Carnes, Peter Kingsbery … Michel Berger, avant de disparaître brutalement le 2 août dernier, avait peaufiné ces nouveaux arrangements et concrétisait ainsi un vieux rêve : voir jouer sa musique au-delà de nos frontières.

L’histoire de ce «miracle» démarre en 1975. Michel Berger propose à Luc Plamondon parolier de Diane Dufresne, Julien Clerc, Robert Charlebois, de lui écrire un opéra-rock.

“Au départ, se souvient l’auteur québécois, Michel voulait s’inspirer de la vie de Patricia Hearst. Puis le projet a évolué. On s’est vus pendant trois-quatre mois pour mettre au point l’histoire. Le démarrage a été long. On se croisait, on échangeait des bouts de textes, de musique. Finalement, on s’est enfermés un mois dans une maison. Au bout de ce mois, on avait écrit sept ou huit chansons. Là, on a su qu’on ne pouvait plus reculer, qu’on tenait quelque chose.”

Ce “quelque chose” devient un album à succès puis, en 1979, un spectacle monté au Palais des Congrès. Sur scène, avec France Gall, vont se révéler au public français Diane Dufresne, Fabienne Thibeault, Nanette Workman, Daniel Balavoine. Les chansons deviennent des tubes “Starmania” s’exporte au Québec. “Le show a été monté une première fois en 1986, avec des inconnus, explique Luc Plamondon. Un triomphe. Michel est venu le voir. On s’est rendu compte que ça fonctionnait presque mieux qu’à la création, parce que les thèmes étaient devenus encore plus actuels. Ça nous a donné l’envie de le refaire à Paris, avec un nouveau casting. Mais nous étions prisonniers de la distribution d’origine, devenue mythique. Les gens demandaient: mais qui va remplacer Fabienne Thibeault, France Gall, Daniel Balavoine ? C’était un défi à relever.”

En 1989, Starmania triomphe au Théâtre de Paris, puis joue les prolongations à Marigny. On découvre une nouvelle grande voix : la chanteuse Maurane.

Lorsqu’il cherche les raisons de ce déferlement international, Luc Plamondon hésite. “Je crois que la force de Starmania, c’est que Michel et moi avons tout mis, tout ce que nous ressentions vis-à-vis du monde. Nous voulions une fresque du 20e siècle avec des personnages démesurés, tous symboliques. C’est une fable, pas une œuvre réaliste, qui se voulait visionnaire, et qui l’était peut-être, puisqu’on peut encore la jouer comme si l’histoire se passait aujourd’hui.» Plus que le succès, c’est son universalité qui réjouit Luc Plamondon. “On se dit qu’on a touché une corde sensible. Quand Marie-Jeanne, la serveuse, chante “Je voudrais faire quelque chose que j’aime, mais je ne sais pas ce que j’aime”, ça concerne beaucoup de gens. Quand j’ai écrit: “J’aurais voulu être un artiste”, je ne me doutais pas de la force d’identification qu’aurait la phrase sur le public. Aujourd’hui, tout le monde rêve d’être star, même trois minutes.»

“Le blues du businessman” a eu pour interprètes rien moins que Claude Dubois, Etienne Chicot, Nicole Croisille, François Valéry. Des “amateurs” : Alain Delon, Bernard Tapie, Michel Drucker, s’y sont essayés. “Johnny Hallyday parle de la reprendre, ajoute Luc Plamondon. Elle a été classée troisième chanson la plus populaire du Québec. Et quand Claude Dubois la chante, la salle se lève, comme pour un hymne national !”

Magazine : Télé Star
FRÉDÉRIC KARPYTA
Date : 6 au 12 mars 1993
Numéro : 857

France Gall, ses mots pour tout dire

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Magazine Elle - 22 février 93 - C'est la première fois que France Gall parle depuis que Michel Berger n'est plus là. Des mots forts, des mots justes.
Magazine Elle - 22 février 93 - C'est la première fois que France Gall parle depuis que Michel Berger n'est plus là. Des mots forts, des mots justes.

Magazine Elle – 22 février 93 – C’est la première fois que France Gall parle depuis que Michel Berger n’est plus là. Des mots forts, des mots justes.

Avant Bercy en juin, pour ne pas laisser passer le rêve.

Je ne voudrais pas paraître démago, mais à la mort de Michel, au-delà de l’entourage, des proches, j’ai énormément ressenti l’amour des gens. Et ça m’a énormément aidée.

Tous ceux qui aimaient Michel ont perdu une partie d’eux-mêmes. Il les a accompagnés pendant leur adolescence et au-delà, à chaque période difficile de leur vie. Grâce à ses textes, ils se sont sentis moins seuls. C’est formidable d’accompagner les enfants jusqu’à l’âge adulte en les aidant de cette façon. C’est beau et important.

Comme un grand médecin, Michel guérit avec ses mots et sa musique. Quand il est mort, ils ont tous vraiment perdu une partie d’eux-mêmes. Et cet amour me revient, ils m’écrivent. On me voyait toujours comme une petite blonde qui chante, gentillette, et ce grand malheur que tout le monde a vécu avec moi a changé ça.

Le 2 août, la grande faucheuse a décidé de l’embarquer, et il n’y avait rien à faire. Et je ne pourrai jamais me remettre d’une chose pareille, jamais. Ça a beau se passer dans le plus grand calme, dans le plus grand silence, c’est d’une violence inouïe. Une violence inouïe dans le silence. Et c’est une idée tellement inacceptable qu’on se demande comment on est vivant après. Parce qu’il faut qu’on vous le dise, vous le voyez, mais non, non, non, ce n’est pas possible, on ne peut pas le croire … Et quand on vous le dit en face, on pense qu’on va vraiment mourir, juste de recevoir ça, cette information-là. Ces trois mots-là. Ça aussi, c’est d’une violence extrême. D’abord il y a la violence de ce que j’ai vu, dans le calme, dans le silence, et c’est ça qui est très impressionnant, et après, la violence de ces trois mots.

Quand on me l’a dit, j’ai vraiment cru que j’allais exploser, que tout mon corps allait éclater en lumière, que j’allais exploser, paf ! tellement c’est monstrueux. Et je trouve ça incroyable d’être là aujourd’hui à en parler. Avant, il y a eu toutes ces morts … La mort de Daniel Balavoine, c’était mon premier grand chagrin. Ou plutôt la première disparition de quelqu’un, parce que des chagrins, il y en a eu, mais la mort, c’était la première fois. Bon, j’avais perdu ma grand-mère à 13 ans, et ça m’avait fait devenir athée et après agnostique, alors que je faisais ma prière à genoux tous les soirs en bas de mon lit… C’était une cassure, mais en même temps c’est naturel de perdre sa grand-mère. La mort de Daniel, ç’a été un grand choc. La mort si brutale … J’étais très proche de sa femme, elle est devenue ma meilleure amie, et j’ai fait pour elle ce que je pense Daniel aurait fait au cas où il me serait arrivé la même chose. Je l’ai vraiment soutenue, c’est quelqu’un qui avait besoin de l’être. Moi, beaucoup moins. Et après il y a eu toutes les morts … Coluche et puis tous ces amis qui sont morts du sida au point que je me suis même demandé si toutes ces morts n’avaient pas été faites pour me préparer … Mais tous ces amis, je ne les ai pas vus mourir ou alors j’étais préparée. Les amis qui meurent du sida, on les accompagne pendant des mois, on voit cette dégradation terrible, et on attend ensemble la mort, tandis que de voir … On a le sentiment de toucher du doigt ce qui vous dépasse, ce qu’on ne s’explique pas … On ne peut pas faire ami avec la mort, c’est quelque chose qu’on ne peut pas comprendre.

Avant, on n’imaginait pas que j’aie pu avoir des malheurs, je n’en parlais pas. Alors que, là, c’est difficile de ne pas en parler, tout le monde a participé à ce malheur, et on a réalisé que, peut-être, j’étais quelqu’un de différent.

Pourtant, ces dernières années, j’avais décidé d’apprivoiser ce rapport avec la mort qui m’angoissait tant. Je m’étais dit qu’il valait mieux, quand même, que je sois un peu au courant de la façon d’aborder ce truc-là. A 40 ans, j’avais d’une certaine manière tout réussi :

j’avais eu des enfants, alors que je ne pouvais pas en avoir, des grossesses précieuses comme on dit ; quelqu’un avait bien voulu m’épouser (et épouser une chanteuse, ça ne se fait pas), et à travers mon métier, je faisais ce que je savais faire le mieux. Chanter, c’est ce que je fais de mieux – quoique je fasse très bien la cuisine … Donc, j’avais tout pour être heureuse et j’ai arrêté de chanter. Je me suis retrouvée face à moi-même. Et là je me suis dit, je vais essayer de comprendre ce que c’est, la mort. Il y a des gens qui ne sont pas du tout angoissés à l’idée de mourir, pourquoi pas moi. J’ai lu des choses, j’ai parlé … Il y a un livre qui m’a beaucoup apaisée, qui s’appelle « Les Belles Imprudences » de Jean Hamburger (NDLR / Le père de Michel Berger). Ça nous explique qu’il faut qu’on meure pour donner la vie, que la mort ça sert à quelque chose, que ça fait tourner le monde …

Et puis je me rends compte après ce que j’ai vécu là, que c’est trop énorme ce truc-là, c’est trop énorme. Donc la mort, c’est pire que jamais pour moi. Enfin, peut-être qu’un jour j’atteindrai une certaine sagesse … En ce moment, moi, elle me bouscule la vie, c’est exactement ce que je ressens. Je ne me sens pas ballottée, c’est beaucoup plus que ça …

Je ne pourrais pas expliquer pourquoi je vais faire Bercy. Simplement pour que les choses changent le moins possible : c’était prévu. Avant. Et l’idée que tout disparaisse, ce n’est pas possible. Et, en même temps, j’ai envie de chanter ces chansons parce que je les aime, et j’ai envie de les chanter sur scène. La scène, ce n’est pas quelque chose qui me fait peur, c’est un plaisir. J’ai énormément souffert au début, quand j’ai commencé à chanter, du fait d’être propulsée sur scène. J’avais 16 ans, je ne savais rien, on m’avait dit voilà, c’est comme ça que ça se passe et on m’avait mise avec cinq musiciens derrière un rideau, et moi, la chanteuse, devant. Je ne comprenais pas pourquoi tout le monde me disait que ce métier était génial, moi je trouvais que c’était une horreur ! Dès que j’ai pu, je me suis arrêtée, et je me suis dit : plus jamais de scène ! J’ai détesté ce métier pendant des années. Je n’ai commencé à l’aimer que lorsque j’ai travaillé avec Michel. J’avais enfin des textes qui parlaient de ce que j’avais envie de dire et qui me ressemblaient, ce qui n’était pas le cas avant. Pour moi, la chanson, ce n’est pas de la pure distraction : « je chante, je chante soir et matin », j’adore écouter ça, mais ce n’est pas ce que j’ai envie de faire. Les chansons c’est comme des peintures de la vie, de la société, des gens, des rapports humains, de ce qu’on pense, de ce qu’on est. Ça doit aider, ça doit communiquer quelque chose, sinon c’est raté.

Ce que j’aime bien dans les textes de Michel, c’est qu’il y a toujours une note positive, ça commence « tu te réveilles, tu n’es sûr de rien » et à la fin c’est « tu te réveilles, tout a changé, tu peux repartir, tu verras ! ». Ça démarre très mal, mais il faut s’en sortir, et on s’en sort …

Donc, j’aimais chanter en studio, mais je détestais toujours la scène. Quand, au bout de trois-quatre ans, Michel m’a dit qu’il allait falloir en faire, quelle horreur ! Je me suis défendue, mais il m’a dit que c’était génial, que je ne devais pas passer à côté de ce truc-là. Donc j’ai fait un essai, le théâtre des Champs-Élysées avec les filles. Et quand j’ai vu comment ça se passait, j’ai commencé à aimer ça. Au Palais des Sports un an et demi après, là j’ai vraiment compris ce que c’était. Depuis, j’ai fait deux Zénith. J’ai aimé la scène grâce à Michel qui m’a poussée à en faire. J’avais une confiance inouïe, totale, parce que j’aimais tout ce que je chantais. Je suis pratiquement sûre que j’ai décidé de faire Bercy très vite après la mort de Michel, et même si je ne l’ai formulée que trois mois plus tard, l’idée m’est venue très vite. Ne pas enterrer cet album, ne pas enterrer ces chansons, les faire vivre. Mon hésitation résidait dans le fait que je n’avais jamais rien fait toute seule. J’ai toujours eu besoin de l’intelligence des autres. Je m’étais toujours laissé porter. Surtout pour les spectacles. Je n’ai jamais eu besoin de l’ouvrir puisque j’avais quelqu’un qui me ressemblait tellement qu’il disait les choses avant moi, quelqu’un qui avait une énergie extraordinaire, qui s’occupait de tout… Là, qui pourrait être mon regard ? On était deux et plus que deux même, parce que moi je comptais pour une, et lui pour neuf !

Et puis je me suis lancée. Je me suis dit je vais dire oui, et quand j’aurai dit oui, la machine sera en route. Je n’avais jamais eu une idée, même dans le choix des musiciens, même dans la liste des chansons qu’on fait sur scène, je n’avais jamais eu besoin de le faire moi-même … Et donc, je me suis retrouvée un jour à Bercy. J’y vais tous les lundis, quand c’est vide, avec le type du son, le type des lumières, des décors, les musiciens, le producteur, on se retrouve tous là. Et petit à petit, ça se met en place comme un puzzle, je vois comment, quelles couleurs, quels musiciens … C’est lent, c’est beaucoup plus lent qu’avant, je prends mon temps, mais je suis contente de mes choix, je suis entourée de grands professionnels, et ça avance, j’arrive à avoir une idée de ce spectacle, je sais dans quel esprit je vais le faire, comment je vais entrer en scène, comment je vais en sortir, ce que je vais mettre dedans. Ma force, c’est peut-être tout ce que j’ai emmagasiné en silence, mais sans souffrance, un silence voulu, contente d’être en silence … En fait, je me rends compte que je n’ai pas arrêté d’apprendre.

Ce dernier album, ce n’est pas tout à fait mon disque, ce n’est pas tout à fait celui de Michel, c’est le nôtre. Là, j’étais plus précise dans ce que je voulais dire, même dans la musique. Je m’étais arrêtée quatre ans, si je recommençais, ce n’était pas pour refaire la même chose. Si l’on faisait quelque chose ensemble, il fallait que ce soit différent. Lui ne s’était pas posé le problème, ça ne le dérangeait pas. On ne voit pas pourquoi ça l’aurait dérangé d’ailleurs, il a vraiment sa personnalité, son son, comme Gainsbourg, dès qu’on entend du Berger, on le reconnaît tout de suite. Mais moi, ça ne me suffisait pas. Je m’étais arrêtée parce que je trouvais que j’avais été au bout de quelque chose et que je ne pourrais pas faire mieux. C’est beau d’arrêter comme ça. Il fallait que je prenne du recul, que je réfléchisse.

A 40 ans, on se tourne vers soi, et on essaie d’arranger les choses qui ne vont pas, celles qu’on a mises de côté pour s’occuper avec bonheur et délectation de ceux qu’on aime, et qu’on retrouve un jour dans son potage. La vie que j’ai eue m’a fait contourner beaucoup de choses … J’ai commencé à chanter à 15 ans, c’est très malsain. Évidemment, ce n’est pas la mine, mais quand on se retrouve à 16 ans sur une scène où on entend des gens qui vous hurlent « à poil », c’est quand même être jetée en pâture. Il faut être costaud. Moi, j’avais envie d’aller dans des surprises-parties, l’adolescence, c’est un passage très difficile, et j’aurais aimé au moins en avoir le côté agréable, les flirts, les boums … Au lieu d’être pendant un mois au Japon, où je pleurais tous les jours … Et puis cet univers de musique est très agressif, on déclenche chez les gens des haines et des jalousies difficiles à supporter. C’est ça ce qui m’a fait le plus mal. Je me souviens très bien avoir été au drugstore, j’avais 18 ans, un jour acheter quelque chose. Deux filles se sont arrêtées à côté de moi, elles m’ont regardée et elles m’ont dit : « Ce que tu es moche, t’es vraiment une pauvre conne, tu crois que tu es belle mais tu chantes mal … » Et elles m’ont poursuivie en m’insultant pendant dix minutes dans ce magasin … J’ai mis dix ans pour m’en remettre. C’est con ! Mais c’est pour vous dire à quel point on est fragile. C’est comme ça que tous les chanteurs deviennent paranos ! On ne s’en fout pas à 18 ans. On ne comprend pas, on pense qu’on est haïssable, qu’on doit faire quelque chose de mal pour mériter d’entendre des horreurs pareilles. On se sent rabaissée, humiliée. Pendant ces quatre dernières années, je me suis demandé ce que je pourrais faire. La scène ne me manquait pas, rien ne me manquait… Ce qui a déclenché ce retour c’était que je ne le fasse pas toute seule. Je me suis rendu compte que j’avais encore envie de chanter, et que ça pouvait être autre chose que ce que j’avais toujours fait. Je suis une chanteuse, une interprète. Je n’écris pas un mot, pas une note, et j’ai une admiration sans bornes pour l’écriture de Michel. Ça a été difficile pour lui d’arriver à ce que je voulais. Quand on donne à un créateur une idée globale de ce qu’on a en tête, d’une façon très maladroite, vous imaginez … J’ai pensé qu’il fallait qu’il parte, qu’il s’enlève de cet univers familial, qu’il aille travailler loin, dans un hôtel, tout seul, genre poète maudit… Il fallait vraiment casser son ambiance pour qu’il puisse écrire différemment. Je l’ai envoyé quinze jours à Los Angeles, bougonnant comme ce n’est pas permis. Quand il est revenu, je lui ai demandé à écouter, il m’a dit : « Non, parce que je sais, je suis sûr. » Et le lendemain en studio, il a joué « Laissez passer les rêves ». Pour moi, c’est une des plus belles chansons, peut-être même la préférée de toutes les chansons que j’ai chantées. C’était ce que j’avais envie de faire et il l’a fait. Il a dit ce que je ressentais et que je n’aurais pas su exprimer …

Continuer, je pense que je n’avais pas le choix. Ne rien faire, m’arrêter, ça, ça m’aurait donné des regrets. Ça m’oblige à être occupée. Mais tout ça, ce sont de mauvaises raisons. L’unique raison, c’est que j’ai envie de le faire, c’est tout. Moi qui ai peur de tout, la seule chose qui ne me fasse pas peur, c’est d’aller chanter devant les gens. C’est un rendez-vous d’amour, ce n’est que de l’amour à prendre et à donner.

Je ne fais pas ce spectacle pour Michel. La scène, on ne la fait pas pour quelqu’un. C’est quelque chose qui vous demande tellement, et pour moi c’est un challenge beaucoup plus important cette fois-ci parce que je suis seule. Je suis très entourée, je ne suis pas solitaire, mais je n’ai pas Michel dans la salle pour répéter, je suis seule. Et je le fais parce que je suis poussée par une formidable envie de le faire. Je suis très heureuse quand je suis avec les musiciens et que je chante. Juste quatre musiciens et moi. Nous serons cinq au lieu de dix-sept. Ça sera fort, ce sera le spectacle le plus fort que j’aurais jamais fait dans toute ma vie. Je me coule littéralement dans la musique de Michel, elle est à moi, elle est pour moi, on ne fait qu’un, je suis totalement portée par la musique et les mots, j’ai ce que les chanteurs recherchent toute leur vie, et c’est le bonheur. J’ai vraiment le sentiment d’être le plus proche de ce que je suis. Je n’ai jamais été autant moi. Je suis moi. Et ça, c’est extraordinaire. J’ai été quelqu’un d’extraordinairement heureux. Et je vais l’être encore. J’aime énormément la vie. Et je veux une vie gaie. Pour moi et pour mes enfants. FRANCE GALL

Magazine : Elle
Propos recueillis par Alix de Saint-André
Photos de Jean-Marie Périer
Date : 22 février 1993
Numéro : 2460

L’argus des collectionneurs de disques (mars 93)

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L'argus des collectionneurs de disques (mars 93)
L'argus des collectionneurs de disques (mars 93)

Magazine : Jukebox Magazine
Date : Mars 1993
Numéro : 68

L’argus des collectionneurs de disques (février 93)

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L'argus des collectionneurs de disques
L'argus des collectionneurs de disques

Magazine : Jukebox Magazine
Date : Février 1993
Numéro : 67

Michel Berger, un hommage sous le signe de l’amitié

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Emotion lorsque France Gall, qui, pour l'occasion, a accepté de sortir de sa réserve, déclare : "Lorsque j'ai entendu sa musique pour la première fois, j'ai eu l'impression que c'était moi qui l'avait écrite.
Emotion lorsque France Gall, qui, pour l'occasion, a accepté de sortir de sa réserve, déclare : "Lorsque j'ai entendu sa musique pour la première fois, j'ai eu l'impression que c'était moi qui l'avait écrite.

“Un arrêt en pleine marche”, dit le réalisateur Jean-Paul Rappeneau en évoquant la disparition de Michel Berger, le 2 août dernier, à 44 ans.

Nous le retrouvons à travers un hommage de cent six minutes réalisé par le journaliste Lionel Rotcage, qui nous explique le pourquoi et le comment de ce portrait.

“Avec Michel et France, nous avions depuis plusieurs mois un projet d’émission de télévision, dit-il. Je me suis senti le devoir d’aller jusqu’au bout, tout de même. Avec comme ligne de conduite, de ne pas le trahir. Michel était un être raffiné, sobre, exigeant, esthète. Il était donc indispensable que, dans la forme et dans le fond, l’émission le soit aussi.”

Pour cela, France 2 et Marie-France Brière, directrice artistique de la chaîne, ont mis à sa disposition des moyens techniques réellement exceptionnels. Certaines séquences « live » tournées au Bataclan sont filmées en Cinémascope, et la lumière est signée Jean-François Robin, le chef opérateur attitré de Jean-Jacques Beineix. Quinze jours de tournage ont été nécessaires, après deux mois de préparation.

Eviter la rétrospective larmoyante

“L’idée, poursuit Lionel Rotcage, était de faire un film référence sur ce que pouvait être, sinon l’homme, du moins l’artiste. Présenter Michel à travers ce qu’en disent ses proches, ceux qui l’ont côtoyé, comme le président François Mitterrand, qui a accepté de témoigner avec une grande simplicité, et à travers des documents inédits, des interviews, des chansons, sans oublier Richard Berry dans le rôle du narrateur de cette vie déjà si remplie. Tout a été conçu avec beaucoup d’amitié, de vérité et de sincérité. Il était hors de question de faire une rétrospective larmoyante. S’il y a de l’émotion, elle est spontanée et en aucun cas manipulée. »

Emotion lorsque France Gall, qui, pour l’occasion, a accepté de sortir de sa réserve, déclare : “Lorsque j’ai entendu sa musique pour la première fois, j’ai eu l’impression que c’était moi qui l’avait écrite.” Puis d’ajouter : “Le dernier album qu’il a composé, celui que nous avons fait ensemble, marquait vraiment le début d’un très grand changement dans l’écriture de Michel. Et c’est pour moi tellement dommage de ne pas savoir ce que ce serait devenu. J’aurais tellement voulu voir s’épanouir cette écriture …”

Mais sourire, aussi, lorsque Michel Drucker, Gérard Holtz, Luc Besson, Richard Anconina ou Evelyne Bouix fredonnent ses plus grands succès. Au jeu des ressemblances, Patrick Bruel parle de lui comme d’une étoile, et le dessinateur Philippe Druillet l’associe au lotus, fleur éternelle.

Cette séquence a été tournée dans le studio d’enregistrement que possédait Michel Berger. Un samedi du mois de novembre, le 28 précisément, une date qui n’a pas été choisie au hasard puisqu’elle aurait dû être celle de son anniversaire. Au total, plus de trente personnes, des amis proches pour la plupart, se sont succédé pour parler de lui, pour témoigner, pour perpétuer sa mémoire et son œuvre.

Un avant-goût du spectacle a Bercy

D’autres ont interprété ses propres chansons. Parmi eux, Patrick Bruel, Vanessa Paradis, Francis Cabrel, Alain Chamfort, Marc Lavoine, Salif Keita, Art Mengo et, bien sûr, France Gall qui entourée de ses musiciens, donne un avant-goût de ce que sera son passage sur la scène du Palais Omnisports de Bercy, du 1er au 5 juin prochain, avec «”Superficiel et léger” et “Jamais partir”. Car, après avoir longuement hésité, elle a décidé d’honorer toute seule le contrat qu’elle et Michel avaient signé avec cette salle parisienne. “Le Berger de l’âme”, comme l’appelle le producteur René Cleitman, sera donc évidemment très présent dans le cœur et dans l’esprit de ce spectacle. Comme il l’est à tout instant dans ce portrait qui nous le montre encore à ses débuts, à l’âge de quinze ans, avec ses amis, Coluche et Daniel Balavoine au travers de « La Légende de Jimmy », « Starmania » et « Tycoon », sa version anglaise, opéras-rock écrits en collaboration avec l’auteur québécois Luc Plamondon.

“J’ai remarqué, déclare ce dernier, que Michel reposait en face de Stendhal. Plus loin, il y a Zola, plus loin encore, Offenbach. Cela m’a apaisé, car je me suis dit qu’il faisait partie maintenant des grands créateurs de la terre.”

Un créateur avec qui il aurait encore dû collaborer : “La veille de sa mort, il m’a téléphoné. On avait rendez-vous la semaine suivante à Paris. Pour commencer à travailler sur un nouveau projet qui l’excitait beaucoup.”

Un projet qui n’aura pas eu le temps de voir le jour, pas plus que “Totem”, le film que Michel Berger avait écrit et qu’il comptait mettre en scène. Nul doute que, dans ce domaine aussi, il se serait révélé aussi doué qu’il l’était pour l’écriture. Il avait en lui toute la sensibilité nécessaire à cet art. “Peut-être qu’il avait mieux à faire ailleurs”, conclut Françoise Hardy pour qui il écrivit “Message personnel”. Peut-être …

Le film que l’on ne verra jamais

“Lentement mais sûrement, Michel se dirigeait vers une carrière derrière la caméra”, dît France. Lui qui avait déjà mis en scène plusieurs de ses clips avait en projet de réaliser un long métrage. Il avait écrit “Totem”, une histoire d’indiens contemporains qui était aussi intimiste que “Bagdad Café”. Avide d’apprendre, il avait passé une nuit entière sur le tournage de “Cyrano de Bergerac”.

Le spectacle continue

Michel Berger disparu, restent sa musique et son œuvre. Ainsi “La Légende de Jimmy” fut-elle jouée en novembre dernier au Théâtre de la Place-des-Arts, à Montréal. Quant à “Tycoon”, qui est la version anglaise de “Starmania”, elle poursuit son impressionnante ascension discographique. Après Cyndi Lauper et “The World is Stone”, c’est désormais le tour de Peter Kinsberry, l’ex-chanteur de Cock Robin, d’interpréter “Only The Very Best”, le deuxième extrait de cet album.

Magazine : Télé Loisirs
Par Véronick Dokan
Date : 23 au 29 janvier 1993
Numéro : 360

Merci à Élisabeth 🙏

Michel Berger, le dernier été

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Michel Berger, le dernier été
Michel Berger, le dernier été
Michel Berger, le dernier été

“Mon grand regret, disait Michel Berger, est de n’avoir qu’une vie pour composer, écrire, chanter, mettre en scène, faire des films, aimer … La durée dérisoire de l’existence m’est insupportable.”

Seul le film, dont il rêvait depuis des années, aura échappé à son talent.

L’été dernier, quand ils arrivent dans leur grande maison perchée à la frontière de Saint-Tropez et Ramatuelle, France Gall et Michel Berger viennent de se lancer dans une nouvelle aventure. Un album à deux voix, “Double jeu”, enregistré un peu plus tôt, testé au « New Morning », une boîte de nuit de la capitale, lors d’une soirée intime. Suite prévue à la rentrée : une série de concerts parisiens à la Cigale (“Nous éprouvons tous les deux, dit France Gall, une espèce de lassitude pour les énormes spectacles”) puis dans les villes-symboles qui les hantent, Phnom Penh, Hanoi, Shanghai, Dakar.

Michel Berger, depuis trois ans, a travaillé sur la version anglaise de “Starmania”, exportée à Moscou, Madrid et puis Londres, où il espère voir se monter le spectacle: “Si je me suis donné tant de mal pour ça, c’est parce que je souffre du côté “volatil” de la chanson. C’est fabuleux qu’une œuvre puisse survivre à son exploitation commerciale, qu’elle puisse franchir les frontières …”

France Gall, elle, depuis trois ans, a navigué entre la France et une île du Sénégal, où tout le monde l’appelle “la négresse blonde”. Parce que le cap de la quarantaine lui a fait reconsidérer sa vie (“Je me suis rendu compte qu’avant Michel, on m’avait volé ma jeunesse, et qu’à présent j’entrais dans la dernière ligne droite”), elle a confirmé son recul sous un soleil anonyme : “Là-bas, je retrouve mes 18 ans. Je n’ai pas besoin, comme ici, de porter des lunettes noires pour supporter le regard des autres.”

Seize ans que le couple dure, autour de Pauline, 13 ans, et Raphael, 11 ans. A cause et en dépit des différences : “Je ne vis pas l’existence de France, dit Michel Berger. Nous avons chacun la nôtre. Les maisons, la cuisine, le quotidien ne me concernent pas. La perspective de rentrer dans un supermarché déclenche chez moi une terreur irraisonnable, ce qui prouve que je suis anormal, fou !

France est pour moi la femme au foyer idéale. Elle a un sens du raffinement qui confine au sublime. J’en profite, j’adore … Je l’aime parce qu’elle me rassure, qu’elle est à l’opposé de moi. Et puis elle me supporte. Quand j’écris, je suis invivable.”

Etre deux face au monde (“Je suis écorché, furieux, plein de colères rentrées, comme un lycéen de 17 ans “), voilà qui fonde sa croyance en l’amour : “J’ai une angoisse insupportable de la vraie solitude. L’isolement total – quand les parents sont morts, quand on n’a plus personne à ses côtés – me paraît insoutenable.”

“Créer, c’est anéantir le néant”

Lorsqu’il arrive à Saint-Tropez, l’été dernier, Michel Berger pense encore à son père, le professeur Hamburger, ce grand médecin disparu le 1er février 1992 : “Créer, disait-il, c’est affirmer qu’on existe. C’est anéantir le néant.». Le duo Gall-Berger, en attendant la rentrée, se repose. Les enfants sont en vacances à la montagne, on peut discuter le soir, interminablement, avec les amis : “Il n’y a jamais assez de monde pour Michel, dit France. Il aime bien quand la maison est pleine”. Commentaires du voisin et ami, Johnny Hallyday : « On refaisait le monde jusqu’à 5 heures du matin. France est encore plus insomniaque que moi. Michel, lui, angoissé comme d’habitude, se posait et nous posait toutes les questions possibles. Ils ont réussi à m’apprivoiser. Ils font partie de ma famille.”

Le dimanche 2 août, Michel Berger ressent un malaise, pendant une partie de tennis dans sa propriété. Puis un deuxième, dans son bain. Médecins, injections, SAMU. Le cœur, une troisième fois … “France m’époustoufle par son courage dans les moments graves, avait-il dit de sa femme. Elle sait se tenir debout.”

France Gall chantera à Bercy du 1er au 5 juin prochain.

Magazine : Télé Star
FRANÇOISE MOBIHAN
Date : 23 au 29 janvier 1993
Numéro : 851