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France Gall, la belle leçon de courage

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Malgré son opération d'une tumeur au sein, France Gall continuait à préparer Bercy. Aujourd'hui, à bout de forces, elle renonce. Mais, promis, elle reviendra en septembre.
Malgré son opération d'une tumeur au sein, France Gall continuait à préparer Bercy. Aujourd'hui, à bout de forces, elle renonce. Mais, promis, elle reviendra en septembre.
France Gall, la belle leçon de courage

Malgré son opération d’une tumeur au sein, France Gall continuait à préparer Bercy. Aujourd’hui, à bout de forces, elle renonce. Mais, promis, elle reviendra en septembre.

Elle n’annule pas son spectacle à Bercy, elle le reporte. Une nuance d’importance pour France Gall qui ne baisse jamais les bras, que ce soit après une traversée du désert, après la disparition de Michel Berger et maintenant, à l’annonce d’une très mauvaise nouvelle médicale.

France l’a révélé hier. Le 22 avril dernier, elle a subi une intervention chirurgicale dans un hôpital parisien. L’ablation d’une tumeur du sein. Durant deux mois, elle doit suivre un traitement de radiothérapie qui devrait assurer sa guérison. France, là encore, croyait pouvoir faire face à toutes ces difficultés. Mais ce traitement lui demande finalement plus d’énergie qu’elle n’aurait pu le croire. Car la belle blonde voulait continuer … Ne plus y penser.

Il y a moins d’une semaine, elle se démenait sur la scène du Théâtre de Paris sur l’air de « Mlle Chang », un titre du répertoire de Michel Berger qu’elle enregistrait pour le sortir le lendemain même, soit vendredi dernier.

Mince dans un caleçon long noir et un grand pull blanc, elle montrait une énergie féroce et riait à la moindre blague : « J’adore travailler entre copains, nous disait-elle alors. Ce disque est un petit événement. Il représente bien ce que sera mon spectacle le mois prochain. »

Aujourd’hui, si elle décide de s’arrêter jusqu’en septembre, de se reposer loin de Paris, au calme et au vert, ce n’est pas de gaieté de cœur mais parce que, parfois, il faut être raisonnable pour mieux vivre le futur. « Les répétitions du spectacle l’ont fatiguée, confie une amie proche de la chanteuse, et c’est la raison unique pour laquelle elle doit reporter le spectacle de juin. »

« Avant-hier, les médecins lui ont conseillé de se reposer durant trois mois et de se refaire une santé. Mais elle est en forme et elle a un moral d’acier. »

Jusque-là France a toujours su se relever de tout : même du passage de la quarantaine difficile, une période où elle ne savait plus que faire. La scène, la musique, plus rien ne lui plaisait. Il n’y avait que l’Afrique pour l’apaiser, un pays où elle passait de longues périodes pour faire le point sur sa vie, sur son passé. Puis il y eut ce disque à deux voix, ce « Double jeu » avec son époux-compositeur, un disque qui a su lui redonner l’envie de revenir prendre ses marques derrière un micro : « Si j’ai voulu recommencer, confiait-elle en juin 92, lors de la sortie de cet album commun, c’est parce que j’ai vraiment envie qu’on me donne de l’amour. Parce que cela me manquait. »

Le départ de Michel Berger pour son « Paradis blanc », le 2 août dernier, aura malheureusement mis un terme à cette magnifique aventure. Mais « le petit caporal », comme la surnommait son père, avait encore su rester debout. Et plus que tout, elle ferait cette scène : « Aujourd’hui, j’éprouve moins le besoin de tout cacher, avouait-elle récemment, j’ai l’impression très nette d’ouvrir les portes.

Depuis quelques mois, elle répétait ce spectacle prévu pour deux, qu’elle voulait assurer seule, avant de faire ces examens médicaux qui lui demandèrent une hospitalisation : « Il n’y a aucune prédisposition familiale, poursuit son amie, pas d’antécédent dans sa famille, il y a un an, elle n’avait rien. Les médecins pensent que le mal a été provoqué par un choc qu’elle a subi il y a huit mois avec la disparition de Michel Berger. Comme si son chagrin s’était concrétisé par cette tumeur. Mais il n’y a rien d’alarmant, d’ailleurs nous avons repris des dates pour son spectacle. Ce sera en septembre et elle y sera.

Un spectacle pour lequel elle avait annulé toutes ses émissions de promotion télé afin d’être prête pour sauter dans l’arène de Bercy dès le 1er juin. Qu’à cela ne tienne, elle se prépare à reprendre les rênes dès le mois d’août pour de nouvelles répétitions. Un mois d’été qu’elle attend avec impatience car, ces derniers temps, elle aurait tout donné pour sentir les planches sous ses pieds. Valérie Domain


« Je suis toujours obligée de me bagarrer pour n’en faire qu’à ma tête ! », nous confiait encore France Gall la battante.

Pas du genre qui désarme, ce petit bout de femme qui a toujours mené de front sa vie d’artiste et de mère de famille, souvent au triple galop, mais avec un sens inné de l’harmonie. Pas du style qui s’étiole, cette passionnée, dont le seul but avec ses concerts est de continuer à faire vivre Michel Berger. Et d’y puiser une autre raison de vivre. Mais elle a présumé de ses forces en imaginant pouvoir concilier rayons X, promo, répètes, tout en gardant un œil aiguisé sur les moindres détails de mise en scène, son, lumières et autres artilleries de ses concerts.

Action

Même entre deux scènes ou deux enregistrements, France Gall est toujours en action. C’est ce qu’elle appelle sa « période de travail obscur ». Toujours un album live à mixer, un tournage de concert à monter, une émission de télé à préparer.

Que ce soit sur les dons d’organes ou sur la lutte pour l’eau potable en Afrique (son grand cheval de bataille à l’époque de Balavoine, action qu’elle prolongea avec Michel Berger), France, c’est plus fort qu’elle, a besoin de faire avancer les choses. A présent que Michel n’est plus là, elle est sur tous les fronts dans le monde où « Starmania », le spectacle musical de Berger-Plamondon, fait des petits.

La force de France, en fait, c’est d’être douée pour le bonheur. « C’est simple, pour moi, la vie représentant 90 % de soucis et 10 % de joie, la mise au monde d’un spectacle c’est le vrai moment de récré, déclarait-elle malicieuse, juste avant son Zénith de 1987. Mais 10 % de joie, ça n’est pas rien, quand on les dresse en montagne », précisait-elle aussi sec.

« C’est très important de vivre à fond chaque instant fort. C’est bon, aussi, après l’excitation de la scène, le contrepoint avec le marché, la cuisine, les grandes tables d’amis … Le bien-être, ça rejaillit sur l’entourage et je veux que Pauline et Raphaël (neuf et six ans, à l’époque) soient aussi heureux que moi, petite fille, quand je partais en roulotte avec toute ma famille. »

Rêveur

Et lorsqu’on l’interrogeait sur Michel : était-il aussi doué qu’elle pour le bonheur ? Elle éclatait de rire : « Michel ? En dehors de sa création, c’est un rêveur. Partout où il se trouve, il a toujours l’air d’être de passage. Lorsque je l’ai connu, il vivait dans un studio avec un vieux canapé marron, un frigo vide, mais un superbe piano blanc qui occupait tout l’espace. Heureusement que, côté pratique, c’est moi qui mène le jeu ! »

Le jeu, elle l’a toujours mené avec talent. Même à l’époque des « Sucettes à l’anis » et de « Poupée de cire, poupée de son », de Gainsbourg, où sa voix de sucre Candy et sa silhouette yéyé BCBG lui firent remporter à dix-sept ans le prix de l’Eurovision 65. Après la victoire, elle s’était retrouvée seule à Naples dans le grand appartement où ses frères, victimes d’un accident sans gravité, n’avaient pu la rejoindre.

« C’est fou, on n’a pas l’impression, comme ça, mais à l’époque, déjà, je n’arrêtais pas. J’avais enregistré une vingtaine de disques en allemand et sans accent. A tel point qu’on finissait là-bas par croire que j’étais de chez eux. »

Enfants

Sacrée par ce « Sacré Charlemagne », l’ex-Lolita devenue une maman responsable et une chanteuse qu’on adore n’a rien perdu de son sourire qui fleure encore la cour de récré, même si le doux brin de ses yeux se voile bien souvent d’une tonalité grave. Une chose est sûre, tant qu’il y aura des enfants – pas seulement les siens – autour d’elle et dans le monde, tant qu’il y aura de la musique – celle de Michel bien sûr, mais aussi le jazz dont elle raffole – France Gall irradiera partout avec ce même appétit de vivre qu’elle a toujours affiché.

« C’est parce que j’adore les enfants que j’ai imaginé cette scène ovale, légèrement inclinée et surmontée d’une passerelle en contrechamp, expliqua-t-elle lors de son dernier spectacle au Zénith. Comme ça « la meute » pourra m’entourer complètement. » Monique Prevot

Journal Le Figaro
Par Valérie Domain et Monique Prevot
12 mai 1993
Numéro : 15 163

France Gall : un disque en un jour !

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C'est une double performance que France Gall, ses musiciens et ses techniciens, ont réalisée hier : non seulement la chanteuse a enregistré en « live » une chanson de Michel Berger, « Mlle Chang », mais elle a tout fait pour que le disque sorte aujourd'hui. Du jamais vu en France.
C'est une double performance que France Gall, ses musiciens et ses techniciens, ont réalisée hier : non seulement la chanteuse a enregistré en « live » une chanson de Michel Berger, « Mlle Chang », mais elle a tout fait pour que le disque sorte aujourd'hui. Du jamais vu en France.
France Gall : un disque en un jour !

C’est une double performance que France Gall, ses musiciens et ses techniciens, ont réalisée hier : non seulement la chanteuse a enregistré en « live » une chanson de Michel Berger, « Mlle Chang », mais elle a tout fait pour que le disque sorte aujourd’hui. Du jamais vu en France.

« On avait connu ça une fois ou deux en Angleterre et aux Etats-Unis, mais en France ça ne s’était jamais vu. En CD, c’est d’ailleurs une première mondiale. »

Nouveau manager de France Gall, Lionel Rotcage, qui est aussi un grand ami de la chanteuse, semble tout excité. Sur la scène du Théâtre de Paris, ce mercredi en fin d’après-midi, la petite fée blonde fait un break dans ses répétitions « bercyennes » pour tenter un incroyable exploit. Non seulement, en effet, elle enregistre en « live » le célébrissime « Mlle Chang » de Michel Berger, mais elle a aussi décidé que ce disque serait prêt dès le lendemain matin (c’est-à dire aujourd’hui) pour annoncer Bercy sur les ondes des radios.

Aux instruments il y a les quatre mousquetaires du chevalier Berger (Serge Perathoner, Jannick Top, Denis Labble, Claude Salmieri). Aux chœurs, deux amis fidèles qui ne passent pas inaperçus : Marc Lavoine et Renaud Hantson. Au premier rang de la salle, tout le staff de sa maison de disques s’est réuni, producteur du spectacle et attachés de presse compris, mais, surtout, il y a l’œil protecteur et l’oreille vigilante de Raphaël, le fils de douze ans.

Pour plaire à France Gall, la technique a suivi, le commercial aussi. Toute la nuit dernière on aura mixé, gravé, pressé … et dès ce jeudi matin, les radios seront livrées. Dès ce soir, même (et demain matin pour les points de vente les plus lointains), les disquaires seront pourvus. Un gigantesque concours radiophonique débutera alors, permettant aux fans de gagner mille places de concert à Paris et en province. Il y a quelques jours, lorsque France a eu cette idée, elle avait imaginé d’ouvrir au public la salle de la rue Blanche où elle va encore répéter pendant quinze jours. Les spectateurs auraient ainsi découvert, comme nous, combien, sur la scène de Bercy, elle sera enfin sereine, mince, sexy et souriante. En la voyant dans ses bottines menues, son pantalon moulé à fines rayures, son grand pull et son foulard indien, ils auraient retrouvé la gamine des sixties tellement soucieuse de vivre.

Mais elle s’est ravisée au dernier moment : « Je n’étais pas assez prête pour enregistrer devant les gens, je ne voulais pas tout mélanger. Il fallait que je reste concentrée. Ce disque, c’est un cadeau, un coup de cœur spontané, mais c’est tout de même un disque. »

Mignon, non ? … On dirait du Berger !

Journal Le Parisien
Par Alain Morel
6 mai 1993
Numéro : 15 135

France Gall nous ouvre sa maison et son coeur

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France Gall nous ouvre sa maison et son coeur
France Gall nous ouvre sa maison et son coeur
France Gall nous ouvre sa maison et son coeur

Courageuse France Gall !

France Gall n’a même pas voulu changer la date.

Avec Michel Berger, son talentueux compositeur, mais aussi son mari dans la vie, ils avaient décidé, il y a plus d’un an, de chanter ensemble pour la première fois en concert, à Bercy, en juin prochain. Michel, disparu tragiquement l’été dernier, ne sera pas à ses côtés. France chantera ses chansons avec ferveur, fierté, et sans doute la verra-t-on sourire sous les ovations. Car France Gall a décidé de revivre, pour ses enfants. Elle ouvre pour la première fois les portes de sa maison. Elle ouvre aussi son cœur. Avec pudeur, avec beaucoup d’émotion aussi. Et surtout elle manifeste un grand courage …

Après les jours sombres de l’été dernier, elle retrouve le sourire … En accord avec ses deux enfants, France honorera seule le défi de Bercy qu’elle s’était fixé avec Michel.

Jusqu’à présent, France Gall avait toujours mis un point d’honneur à préserver sa vie de femme des regards indiscrets. Jamais elle n’avait autorisé quiconque à photographier Pauline, treize ans, et Raphaël, onze ans, les deux enfants qu’elle a eus avec Michel Berger. Jamais non plus, elle n’avait ouvert la porte de son univers intime à des caméras de télévision. Mais, pour Laurent Boyer et son “Fréquenstar”, diffusé sur M6, elle vient de faire une exception à sa règle d’or.

C’est ainsi qu’un jour de mars dernier, toute l’équipe de l’émission et les reporters de Télé-Loisirs se sont mis en route pour la Normandie. C’est en effet dans cette campagne où les vaches paissent dans des champs qui surplombent la mer que France et les siens viennent, depuis des années, se ressourcer loin de Paris et de son tumulte.

“J’adore les maisons, nous confie-t-elle en nous faisant faire le tour du propriétaire. M’occuper de la décoration, chiner dans les brocantes, peindre moi-même des meubles défraîchis, c’est pour moi une manière de m’exprimer. Partout où je me sens bien, j’ai envie de posséder quelque chose”, ajoute-t-elle, faisant sans doute allusion à son cabanon près de Dakar. “Ça doit s’expliquer, n’est-ce pas, docteur ?”

Le ton est donné : France Gall a décidé, durant ces cinquante-deux minutes qui lui sont consacrées, d’être “nature”. “J’ai beaucoup de défauts, avouera-t-elle pendant l’interview. Je suis une emmerdeuse, mais, à mes yeux, ça n’est pas un vrai défaut. J’aime les gens qui ont du caractère et surtout de la fantaisie. Je fais les choses à l’instinct, et jamais rien pour l’image que je donne de moi.”

Elle qui n’aime pas beaucoup se pencher sur son passé a pourtant accepté d’évoquer avec Laurent Boyer ses débuts de chanteuse, à seize ans.

“Je savais que je ne voulais pas travailler dans un bureau. J’hésitais entre le cinéma et la chanson. Comme j’étais toujours première en chant et que mon père était dans ce métier, c’était plus simple pour moi d’aller vers la musique. Mais, pendant les dix premières années de ma carrière, ça n’était pas du tout une passion. Ça ne l’est devenu qu’après avoir rencontré Michel, en 1974.”

En évoquant sa victoire au Grand Prix de l’Eurovision, elle avoue : “J’ai pleuré ce soir-là devant les caméras, non pas de joie comme on pouvait le penser, mais de tristesse. Je me sentais totalement perdue dans ce métier d’adulte, moi qui suis restée adolescente très longtemps. A l’époque, je faisais semblant tout le temps. »

Un besoin de transparence

Aujourd’hui, au contraire, France a besoin de vérité, de transparence. Peut-être parce que, il y a quelques années, elle s’est fait aider psychologiquement pour y voir plus clair en elle.

“La seule différence qu’il existe entre un artiste et le commun des mortels, c’est que nous montons sur scène, chose qui paraît impossible à d’autres. Mais, pour le reste, nous sommes semblables. avec nos peines, nos chagrins et nos bonheurs aussi. Comme tout le monde, j’aime vivre et profiter des choses de la vie.”

Actuellement, ses sources de joie professionnelle. elle les puise dans la préparation de son spectacle, qui aura lieu à Bercy du 1er au 6 juin prochain. “Je l’ai déjà dit, avant de rencontrer Michel, je n’aimais pas la façon dont on me faisait faire mon métier, pas plus que je n’avais envie de me produire en scène. C’est lui qui m’a apprit tout cela.”

Aujourd’hui, donc, elle reconnaît prendre un plaisir extrême à répéter avec ses musiciens ce futur spectacle. Celui-ci devait marquer, après dix-huit ans de vie commune mais de carrières séparées, les débuts de France Gall et de Michel Berger ensemble sur une même scène. Elle n’a pas voulu renoncer à ce rendezvous d’amour avec le public, honorant le contrat qu’ils avaient signé à deux, au printemps de l’an dernier.

« J’ai écarté certains titres »

“Michel devait interpréter certains de ses titres comme “Quelques mots d’amour” ou “Paradis blanc” … je les chanterai, ils étaient prévus, promis. En revanche, j’en ai volontairement écarté certains dont, aujourd’hui, les mots résonnent, bien sûr, avec une autre dimension.”

De l’absence, elle ne dira pas davantage, préférant insister sur le bonheur que lui procurent les mélodies écrites par son mari.

“La force de cette musique me donne une énergie énorme, dit-elle encore. Je me sens totalement portée par elle. Avec les musiciens qui m’accompagnent, on s’est dit récemment qu’on ne voudrait donner notre place à personne !”

La voici donc prête à affronter cette salle immense où se succèdent les plus grands ; puis, l’automne prochain, elle partira sillonner l’Hexagone en tournée. Après, quel sera l’avenir professionnel de France Gall ? “Je ne me pose pas ce genre de question, répond-elle à Laurent Boyer. Je vis au jour le jour, même si je m’imagine très bien refaire, d’ici quelque temps, un autre spectacle. En revanche, je sais que je n’ai pas envie, pour l’instant, de chanter d’autres mots que ceux de Michel. C’est la personne qui m’a le plus connue, qui a le mieux retranscrit ce que je suis. Non, vraiment, personne d’autre ne peut écrire pour moi. »

Et de conclure : “Jusqu’à vingt-cinq ans, je n’étais pas heureuse. Je désirais désespérément fonder une famille et m’épanouir professionnellement et rien ne marchait ! Én rencontrant Michel, j’ai eu les deux. J’ai toujours voulu tout avoir, et ce qui est extraordinaire, c’est que je l’ai eu.”

Son thème astral

Il aura fallu cette terrible épreuve – la mort de Michel Berger – pour découvrir que France Gall est une femme courageuse et déterminée. Malgré la solitude dont elle souffre cruellement (son signe et son ascendant sont en Balance, le « signe du couple »), elle a rassemblé ses forces vives (position dominante du Soleil et de Mars, vitalité, combativité) et elle a su faire face, ne serait-ce que pour ses enfants. Et puis, France a la musique (sensibilité artistique due à l’influence de Vénus et Neptune) et c’est une formidable source de plaisir pour elle.

Magazine : Télé Loisirs
Véronick Dokan
Date : 24 au 30 avril 1993
Numéro : 373

France Gall, son pari fou, c’est pour que ses deux enfants n’aient plus jamais peur

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C’est un grand rendez-vous d'amour que France Gall donne, le 1er juin prochain, à Bercy. Ce soir-là, pour la première fois depuis la disparition brutale de Michel Berger, France retrouvera le public.
C’est un grand rendez-vous d'amour que France Gall donne, le 1er juin prochain, à Bercy. Ce soir-là, pour la première fois depuis la disparition brutale de Michel Berger, France retrouvera le public.
France Gall, son pari fou, c'est pour que ses deux enfants n'aient plus jamais peur

C’est un grand rendez-vous d’amour que France Gall donne, le 1er juin prochain, à Bercy.

Ce soir-là, pour la première fois depuis la disparition brutale de Michel Berger, France retrouvera le public.

Et, tous ensemble, nous communierons dans son souvenir et le souvenir du couple parfait qu’ils formaient.

Hommage à Michel ? Certainement, puisque ces concerts, France et lui avaient prévu de les donner ensemble avant que la mort ne vienne les séparer.

Mais, derrière ce retour sur scène, se cache aussi une raison encore plus émouvante. Si France a choisi de dépasser son chagrin et de rechanter, c’est pour que Pauline, 13 ans, et Raphaël, 11 ans, ses enfants, n’aient plus jamais peur.

Depuis toujours, les deux petits avaient eu près d’eux leur père et leur mère. Michel, si fort, si résolu, sur lequel France s’appuyait.

« Pendant des années, je me suis entièrement reposée artistiquement sur lui, a confié France. Il savait trouver les mots, les images, les idées qui me correspondaient, bien mieux que je ne l’aurais fait moi-même. C’est tellement agréable de se laisser porter ».

Ainsi, Pauline et Raphaël ont toujours vu Michel « porter » France.

Et puis, leur père leur a été arraché, et France s’est retrouvée seule.

Alors, pour leur équilibre, France a senti qu’il fallait qu’elle leur montre que, par-delà la douleur, la vie continuait. Que, même si leur père n’était plus là, elle, France, était assez solide pour continuer seule. Il fallait qu’ils aient confiance. Il fallait qu’ils sachent qu’elle était capable de les protéger.

« Au début, a encore confié France, ils ne voulaient pas que je fasse ce spectacle. Ils pensaient que je n’y arriverais pas. »

Alors, France a relevé ce pari fou. Mieux : elle y a associé Pauline et Raphaël.

Eux que, prudemment, elle avait toujours soigneusement tenus à l’écart du monde du show-business, elle les a emmenés aux répétitions, en a fait les témoins privilégiés de la mise au point du spectacle.

Jour après jour, Pauline et Raphaël ont découvert une autre France. Une France professionnelle, volontaire, opiniâtre, perfectionniste. Une France qui sait ce qu’elle veut, et fonce pour l’obtenir. Une nouvelle maman est née sous leurs yeux. Une maman forte et solide.

« J’ai gagné leur confiance », dit aujourd’hui France.

Et rien que pour ça, elle sait que ses concerts à Bercy, jusqu’au 6 juin, seront un succès.

France Dimanche
Par Daisy Lemercier
17 avril 1993
Numéro : 2433

France Gall : la vie après Michel

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« J’ai expliqué à mes enfants qu'il y aura de nouveau, pour eux comme pour moi, plein de de belles choses dans l'existence. J'ai envie d'être encore heureuse », confie France Gall.
« J’ai expliqué à mes enfants qu'il y aura de nouveau, pour eux comme pour moi, plein de de belles choses dans l'existence. J'ai envie d'être encore heureuse », confie France Gall.
France Gall : la vie après Michel

« J’ai expliqué à mes enfants qu’il y aura de nouveau, pour eux comme pour moi, plein de de belles choses dans l’existence. J’ai envie d’être encore heureuse », confie France Gall.

Huit mois après la disparition de Michel Berger, elle décide, par fidélité, de revenir à la scène, à la vie.

Du 1er au 6 juin, elle chantera à Bercy, seule, là où Michel et elle devaient se produire ensemble. Elle interprétera ses plus belles chansons d’amour : « Michel exprimait mieux que moi les choses que je ressentais », dit-elle.

« Il me serait impossible de travailler avec quelqu’un d’autre que Michel, affirme-t-elle. C’était prévu à deux, j’y vais seule. Mais il aurait été vraiment trop triste d’arrêter comme cela. La musique, c’est la vie. Ça continue. » Longtemps, la mort brutale de Michel Berger l’a laissée désemparée, anéantie. Mais pour Pauline, sa fille de 13 ans, et Raphaël, son fils de 11 ans, France Gall a brisé l’écrasante chape de son chagrin. Et, si plus jamais son sourire ne sera tout à fait le même qu’avant, son visage s’éclaire désormais d’une nouvelle et émouvante joie de vivre. Comme naguère, elle fait elle-même la cuisine pour recevoir ses amis, lit, chine chez les brocanteurs, écoute de la musique. « Très vite, raconte-t-elle, j’ai remis les disques de Michel sur la platine. J’ai tout réécouté, depuis le début. »

Paris Match. Ainsi, vous allez donc vous produire sur la scène de Bercy. Seule. Vous n’avez pas peur ?

France Gall. Avant de rencontrer Michel, je détestais chanter en public, tout comme je détestais faire ce métier, d’ailleurs. Lorsqu’on débute à 16 ans, on n’est pas préparé à affronter cette vie d’adulte, et c’est si difficile. On se sent perdu. Il y avait un tel décalage entre l’image que l’on avait de moi et ce que j’étais réellement. Je ne pourrai jamais raconter les choses que j’ai vécues. Il fallait d’abord que je sois en accord avec moi-même pour comprendre et aimer mon métier. J’ai appris tout ça en vivant avec lui. Il faut comprendre que j’avais 26 ans quand je l’ai rencontré et que c’est le premier garçon qui m’a “donné”. Il a pensé à “moi”, à la façon de me rendre heureuse, tout en me redonnant confiance professionnellement alors que je songeais à m’arrêter. Et, un jour, en 1982, au Palais des sports, j’ai compris ce qu’était la scène. Un échange extraordinaire. Une communion unique. Et maintenant, surtout maintenant, j’ai incroyablement envie de vivre ça. Ce qui se passe, en vérité, quand on chante devant un public, je devrais dire avec le public, c’est tout simple : c’est de l’amour. Personne ne se connaît dans cette histoire-là et, pourtant, on s’aime. Alors moi, j’ai hâte d’y être. Il faut juste que je sois capable d’affronter cette émotion qui m’attend, je le sais.

P.M. Ne craignez-vous pas que, cette fois-ci, on aille voir “celle qui vient de perdre son mari” plutôt que la chanteuse ? L’être humain a parfois des instincts de voyeur …

F.G. Qui peut faire la part des choses ? Je ne veux pas penser à tout ça. J’essaie simplement, à travers les interviews ou les images de moi aujourd’hui, de dédramatiser. On n’a pas besoin de s’en rajouter. Je sais que je vais faire la musique que j’aime, en face de gens qui l’aiment aussi. Et même si certains viendront voir la veuve de Michel Berger, comme vous dites, j’espère qu’ils sortiront en ayant vu France Gall.

P.M. On pourrait tout de même imaginer qu’il y ait, pour vous, une certaine appréhension à cumuler désormais les fonctions. Jusqu’à présent, Michel écrivait, composait et mettait en scène tous vos spectacles. Il était le Pygmalion créateur et vous la muse admirative.

F.G. Je ne vous dirai qu’une chose : je m’épate moi-même. C’est vrai que, pendant toutes ces années, je me suis entièrement reposée artistiquement sur lui. Il savait trouver les mots, les images, les idées qui me correspondaient, bien mieux que je ne l’aurais fait moi-même. C’est tellement agréable de se laisser porter. Ce qu’il m’a donné, c’est à moi, et personne ne peut me le reprendre. Comme si tout ce temps passé à ses côtés avait servi à me préparer à vivre aujourd’hui. Avant, j’avais le sentiment de n’être jamais assez à la hauteur. Depuis cet été, c’est étrange, je n’ai plus peur de rien. Comme si, en partant, Michel m’avait légué sa force.

P.M. C’est donc pour cela que vous avez décidé de maintenir ces dates initialement prévues pour célébrer vos débuts sur scène avec Michel ?

F.G. Pas du tout. Je ne savais pas que je pouvais le faire seule. Tout de suite, j’ai été à la recherche d’un metteur en scène. Et, avec le temps, j’ai senti que ce spectacle-là, je devais le faire moi-même. Mais ce qui m’a décidée avant tout, c’est de ne pas enterrer ce disque que nous avions mis un an à faire ensemble. Je les aime, ces chansons. C’était impensable, pour moi, de ne pas les chanter sur scène. Et comme je ne voulais pas faire la démarche de téléphoner pour réserver une salle, alors j’ai gardé les dates de Bercy que nous avions retenues un an auparavant.

P.M. En mai de l’année dernière, devant quelques privilégiés, des amis essentiellement, vous aviez donné tous les deux, au New Morning, un aperçu de ce qu’auraient été vos concerts communs en 1993.

F.G. Bizarrement, pour la première fois, j’avais une certaine idée du spectacle que nous nous préparions à faire. Je voulais déjà quelque chose de simple et montrer l’extraordinaire complicité qu’il y avait entre Michel et moi quand on faisait notre musique. On se faisait beaucoup rire dans la vie, et on avait envie de continuer sur scène. Ce concert au New Morning reflétait cet esprit-là.

P.M. Il me semble que déjà, en 1980, vous aviez envisagé de vous produire ensemble. Un projet qui n’a jamais vu le jour …

F.G. C’était un été formidable. Michel chantait “La groupie du pianiste” et moi “Il jouait du piano debout”. D’ordinaire, on s’arrangeait pour alterner nos occupations professionnelles mais, là, tout marchait en même temps. On a été tenté, c’est vrai, de faire une tournée à deux, mais nous avons tout annulé lorsque j’ai appris que j’étais enceinte de mon fils Raphaël, ce que je souhaitais plus que tout.

P.M. On dit aussi qu’il existe dans vos tiroirs un album entier de chansons en duo inédites.

F.G. Exact ! Avant d’écrire “Starmania”, avec Luc Plamondon, Michel avait imaginé l’histoire d’une adolescente kidnappée, puis devenue terroriste aux côtés de ses geôliers, s’inspirant d’un fait divers qui avait fait couler beaucoup d’encre à l’époque, l’histoire de Patricia Hearst. Il avait composé des chansons autour de ce thème que nous sommes allés enregistrer à Los Angeles. Mais le disque n’a jamais été commercialisé. Il a, disons, servi de base à l’élaboration de “Starmania”.

P.M. Peut-on espérer l’entendre un jour ?

F.G. S’il n’est pas sorti en son temps (1974), c’est que Michel n’en était pas satisfait. Je suis totalement contre le fait d’exhumer des inédits.

P.M. A Bercy, en revanche, vous allez inclure dans votre répertoire des morceaux qu’il interprétait sur ses propres disques. Doit-on prendre cela pour un hommage ?

F.G. Prenez cela comme vous voudrez. Je ne fais pas ce spectacle pour rendre un hommage à Michel, il aurait détesté l’idée. Je fais ce que je sens, et le choix des chansons s’est imposé très vite. Initialement, il y aurait eu des titres à lui, des titres à moi, et des titres à nous (album “Double jeu”, le dernier). Eh bien ! c’est ce que je vais faire, et c’est tout naturel pour moi. En revanche, j’ai enlevé toutes les chansons qui prendraient une autre signification aujourd’hui, comme “Plus haut” (“celui que j’aime vit dans un monde plus haut”).

P.M. Vous me faites penser à un petit soldat qui fait bravement face à l’adversité. Vous êtes assurée et forte. On vous imaginait timide et fragile.

F.G. La force et la fragilité sont indissociables de l’artiste. Je n’analyse pas mon comportement, je n’ai jamais su me voir. Mais je ressens profondément ces deux traits de caractère en moi. Je ne suis sûre de rien, mais j’y vais.

P.M. Vos enfants, que vous avez toujours tenus éloignés de votre vie publique, ont donné, lors des obsèques de leur père, une grande leçon aux adultes. Malgré leur jeune âge (11 et 13 ans), on a senti que Raphaël et Pauline vous protégeaient autant que vous les préserviez. Aujourd’hui, les faites-vous participer à vos activités professionnelles ?

F.G. Ils n’avaient pas un papa comme tout le monde, et le mur de caméras et d’appareils photo au cimetière les a fait basculer du jour au lendemain dans un univers public. On n’y peut rien, même si on ne le désire pas. Et maintenant, c’est trop tard. Au début, ils ne voulaient pas que je fasse ce spectacle, car ils avaient peur pour moi. Ils pensaient que je n’y arriverais pas toute seule. J’ai voulu les sécuriser en les emmenant aux répétitions avec les musiciens, en leur faisant partager beaucoup plus de moments professionnels et en les impliquant davantage. Ils ont d’ailleurs une vision très juste de ce qu’il faut faire ou pas. J’ai gagné leur confiance, je crois. De toute façon, je n’aurais pas pu faire tout ça sans eux.

P.M. Faites-vous vôtre la phrase d’Yves Montand qui disait, quelque temps après la disparition de Simone Signoret : “On ne refait pas sa vie, on continue seulement » ?

F.G. Je reprendrais plutôt une phrase que disait Michel : “Évidemment. On rit encore comme des enfants, mais pas comme avant.”

Interview : Véronick Dokan
Photos de Marianne Rosenstiehl
Magazine : Paris Match
Date : 15 avril 1993
Numéro : 2290

France Gall, sa nouvelle vie !

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France Gall, sa nouvelle vie !
France Gall, sa nouvelle vie !
France Gall, sa nouvelle vie !

Mue par un formidable instinct de vie, elle réagit !

C’est à elle-même qu’elle fait plaisir.

C’est pour lui qu’elle chante. Pour celui qui l’a brusquement quittée le 2 août dernier mais qui restera à jamais dans son cœur. France Gall sera sur la scène du Palais omnisports de Paris Bercy à partir du 1er juin prochain, accompagnée par seulement cinq musiciens.

Avec un extraordinaire courage, elle va offrir aux spectateurs le concert qu’elle avait prévu de monter avec Michel Berger, donnant ainsi un merveilleux exemple de détermination et d’amour. Comme pour prolonger la vie de celui qui n est plus à ses côtés, avec lequel elle a vécu seize années d’un bonheur rare …

France la battante, un instant brisée, murée dans son chagrin, a vite réagi, comme mue par un formidable instinct de vie. Elle est partie en Afrique du Sud, juste le temps d’un clip réalisé par Jean-Marie Périer, Superficiel et léger, consacré à Michel Berger.

A la mi-décembre, elle a pris l’avion pour Londres. Elle voulait absolument assister aux dernières répétitions de Tycoon, version anglaise de Starmania, qui obtient depuis trois mois un vif succès en Grande-Bretagne. Michel l’aurait fait. Elle ne pouvait faillir. Poings serrés, sourire triste aux lèvres, elle a assisté à la réalisation du rêve de son mari : il aurait tant aimé voir sa comédie musicale reconnue à l’étranger.

Depuis elle travaille à son spectacle qui aurait dû être leur spectacle. Elle rit, rythme le tempo, comme si rien ne s’était passé, comme si Michel était là, tout près d’elle.

Il est là. C’est sur sa musique qu’elle danse, cette musique qui lui ressemble, qu’il n’a composée que pour elle et dans laquelle elle se fond. Ce sont ses mots à lui, devenus ses mots à elle qu’elle chante. Comme si désormais, elle vivait pour deux. Depuis que Michel Berger s’est éteint brusquement dans le silence de leur maison de Ramatuelle, une nouvelle vie a commencé pour France Gall. Plus difficile, plus solitaire. Heureusement, ses enfants sont auprès d’elle. Pauline, qui a quatorze ans, et Raphaël, qui en a douze. Elle a dû leur expliquer. Mais comment faire comprendre le définitif d’une absence ? Elle a été une mère plus attentive encore, même si depuis toujours, c’était elle qui s’occupait de leurs devoirs et de leurs leçons.

Durant ce mois d’août qui s’annonçait plein de gaité, qui symbolisait les vacances passées ensemble, elle a fait preuve d’une énorme volonté pour les aider à accepter cette incroyable injustice. France, avec une énergie farouche, a décidé de continuer à vivre. Pour eux, pour elle, pour lui.

Oui, elle va remonter sur scène, parce que cela lui fait plaisir, parce que Michel lui avait redonné le goût de ce métier qu’elle avait détesté pendant longtemps. Elle affirmait, au début de leur mariage : “Il a le génie de dire des choses graves sans cesser d’être subtil et poétique.”

Il lui a appris aussi à voir la vie côté positif, même quand tout semblait aller mal. C’est sans doute l’un des plus beaux cadeaux qu’il lui ait fait.

Sans cela, elle n’aurait pas pu émerger de la tourmente, décider comme elle l’a fait, que le spectacle devait continuer. Mais cette fois, elle est seule pour tout régler, tout choisir. Avec, toujours, Michel comme référence. Avec en elle, tout ce qu’il lui a appris, même si, alors, elle ne s’en rendait pas compte.

“Chanter devant les gens, c’est un véritable rendez-vous d’amour”, dit-elle et elle avait tellement envie de se rendre à celui-ci qu’elle n’a pas voulu le louper. Ce sera plus qu’un spectacle : un défi qu’elle relèvera seule.

Pour France, demain doit vraiment être encore plus fort qu’hier. Elle donne ainsi l’exemple à ses enfants, leur montrant que l’espoir peut vaincre le malheur.

“Continuer, affirmait-elle il y a quelques semaines, je n’avais pas le choix. Ne rien faire, m’arrêter, ça m’aurait donné des regrets … Ce sera le spectacle le plus fort que j’aurais jamais fait dans toute ma vie.”

Après s’être réfugiée pendant quelque temps chez des amis, son tempérament a repris le dessus et, avec ses airs fragiles, du haut de son mètre presque soixante, elle a recommencé à lutter, bien décidée à mener à bien une entreprise un peu démesurée, sur une des plus grandes scènes de la capitale.

“Prouve que tu existes, Bats-toi, Signe et persiste, Résiste, Bats-toi si tu veux te battre, bats-toi pour ça”, avait écrit Michel Berger. Elle se bat pour tout, parce qu’elle le veut, avec ses propres armes et son sens du spectacle.

Elle chantera toute seule les chansons qu’ils chantaient à deux dans leur dernier album, Double jeu. Une fois encore, elle fera Tout pour la musique et clamera Laissez passer les rêves, accompagnée comme cela se passait d habitude par une salle qui se balancera à son rythme.

En parlant de France, l’une de ses amies a dit : “Elle fait aller la vie.”

On ne peut sans doute pas mieux résumer sa façon d’être.

Magazine : Ici Paris Magazine
Claude BENJAMIN
Date : 14 avril 1993
Numéro : 2493

France Gall, son défi par amour

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France Gall a choisi «Taratata», le samedi 10 avril sur France 2, et "Télé 7 Jours", pour évoquer son grand retour face au public, du 1er au 6 juin à Paris sur la scène de Bercy.
France Gall a choisi «Taratata», le samedi 10 avril sur France 2, et "Télé 7 Jours", pour évoquer son grand retour face au public, du 1er au 6 juin à Paris sur la scène de Bercy.
France Gall, son défi par amour

France Gall a choisi «Taratata», le samedi 10 avril sur France 2, et “Télé 7 Jours”, pour évoquer son grand retour face au public, du 1er au 6 juin à Paris.

Elle parle avec sincérité et dignité de celui qui lui a tant donné, pour sa carrière de chanteuse et pour sa vie de femme. Les années de bonheur l’ont aidée à affronter ce qu’elle vit aujourd’hui, à être plus forte.

Au dernier étage d’un immeuble bourgeois du 8e arrondissement à Paris, un appartement ouvre, comme un loft, par de grandes baies, sur le ciel. Sièges tendus de couleurs vives, tableaux bariolés, voix d’enfants qui jouent dans la pièce à côté au sortir de l’école. Cette maison-là vit, rit. Quel âge a-t-elle donc ? Quand on voit France en caleçon et grand pull pénétrer dans la pièce, on se demande comment elle peut déjà avoir d’aussi grands enfants. Il y a bien sûr ses quelques fines lignes au coin des yeux, quand elle sourit … Car elle sourit souvent. Chaleureuse, sans détours.

On va vous retrouver seule sur scène, du 1er au 6 juin, à Bercy. Ce défi est un hommage à Michel ?

Je ne fais pas ce spectacle pour Michel. La scène, on ne s’y lance pas pour quelqu’un, mais parce qu’on en a envie. C’est un rendez-vous d’amour. On vient prendre et donner. Je pourrais raconter que je le fais parce que c’était prévu «avant». C’était prévu à deux. J’y vais seule. Mais je crois que je n’avais pas d’autre choix. Il aurait été vraiment trop triste d’arrêter comme cela. La musique, c’est la vie. Ça continue. Bercy, ça s’est imposé à moi très vite, même si je ne l’ai vraiment envisagé sérieusement qu’après un certain temps.

Travailler pour ne pas penser?

Cela m’oblige à être hyper-occupée, à avancer. Et c’est évident que lorsque l’on a un projet, lorsque l’on crée, on n’a pas beaucoup le temps de se laisser aller au chagrin. Je mentirais en disant qu’il n’y a que cela. J’ai envie d’aller sur scène. J’ai envie d’être encore heureuse. Comme je dis à mes enfants qu’il y aura, pour moi et pour eux, encore plein de belles choses dans notre vie. Quand on perd quelqu’un, on se sent forcément toujours un peu coupable d’être encore là. J’ai pensé qu’il ne fallait absolument pas que je me punisse. J’aime chanter, j’aime être sur scène, c’est un plaisir pour moi. Il ne fallait pas que cela aussi disparaisse.

Pourtant, cette envie de chanter, ce plaisir de la scène, vous les aviez perdus?

Disons plutôt que, d’un seul coup, je ne voyais plus comment me renouveler. J’ai beaucoup aimé nos spectacles avec Michel. Le dernier notamment. Le soir de la dernière, à Bourg-en-Bresse, je me suis dit que je ne pourrais plus faire mieux, que j’avais atteint le sommet. L’apothéose. Et comme je n’envisageais pas de devenir une vieille chanteuse, je me suis dit que ce serait bien que ça s’arrête là, comme ça.

Sans aucun regret ?

Sans regret. J’avais incroyablement hâte d’arriver au terme de la tournée. Et d’ailleurs, la scène ne m’a pas manqué pendant quatre ans. Rien ne me manquait de ce métier. J’avais tout pour être heureuse. D’une certaine manière, j’avais eu tout ce dont je pouvais rêver. Des enfants merveilleux alors que j’avais longtemps craint de ne pouvoir en avoir, un homme hyper-brillant qui avait bien voulu m’épouser – on a beau dire, on reste fleur bleue et cela fait du bien de penser que l’on vous a choisie – un métier où je faisais ce que je savais faire le mieux : chanter. D’un seul coup, j’ai pensé à l’avenir. Il fallait que je réfléchisse.

Une sorte de crise de croissance ?

Je m’aperçois que toutes les femmes autour de 40 ans connaissent cela. Pendant une partie de la vie, on mène tout de front : le métier, le mari, les enfants. On ne fait d’ailleurs jamais tout bien en même temps. Et puis, on s’aperçoit que l’on a oublié de penser à soi. Parce que dans tout cela, c’est toujours soi que l’on sacrifie un peu.

Vous vous étiez “perdue de vue” ?

Sans m’en rendre compte et dans le plus parfait bonheur. Moi, j’était enchantée de me laisser emporter. Michel disait mieux que moi les choses que je ressentais. Il avait un esprit tellement clair, tellement rapide. Il avait une telle énergie. C’était très facile de vivre à côté de lui. Je suis quelqu’un qui aime la vie, qui aime bien manger, recevoir des amis, j’aime ma maison. Michel étant plus abstrait, je lui déléguais le soin de savoir vers quoi il allait nous mener. Je ne me posais pas de questions.

Et soudain, cela n’a plus été si clair ?

J’ai eu envie de casser tout cela. De tout remettre en question. Ce n’était pas très facile à comprendre. D’ailleurs, Michel, au début, n’a pas bien compris ce que je cherchais. Il me regardait, un peu atterré. Je disais non à tout ce qui ressemblait à ce que j’avais déjà fait et je ne savais pas exactement formuler ce que je voulais. Je me cherchais. J’ai mené la vie rude à tout le monde. J’avais emmagasiné des choses en silence mais contente d’être silencieuse, il fallait que ça sorte. Mais je ne suis qu’interprète. Je n’ai jamais écrit un mot, une note. C’était difficile d’expliquer.

C’est là que Michel est parti à Los Angeles pour y composer l’album « Superficiel et léger » ?

J’ai pensé qu’il fallait qu’il s’éloigne, qu’il aille travailler loin, qu’il s’évade du cocon familial. Je lui avais dit que si je recommençais à chanter, cela ne pourrait être qu’autrement, et avec lui. Il est parti la tête basse, pestant contre ce que je lui imposais. Et il a trouvé. Il lui a fallu toute son intelligence, toute sa sensibilité pour écrire exactement ce que je ressentais. Quand il est revenu, il était sûr de lui. Et il avait raison. Quand il m’a joué « Laissez passer les rêves » pour la première fois, j’ai su moi aussi qu’il avait tout compris. La suite de l’album a été plus simple.

C’était comme un nouveau départ ?

On avait décidé de chanter à Bercy ensemble, de faire de nouveaux albums, de nouveaux spectacles ensemble. De travailler sur des choses plus longues, plus durables. Nous avions fait un petit essai au New Morning pour quelques amis. Ça se passait très bien entre nous sur scène. Nous avions un dialogue assez rigolo entre nous. Une très grande complicité. Nous étions heureux …

Vous serez seule à Bercy.

Ça ne pourra être que très différent de ce que nous aurions pu faire ensemble et de ce que j’ai fait précédemment. Pour mon dernier spectacle, nous étions dix-sept. Nous ne serons que cinq sur scène. Je suis persuadée que ce sera plus fort que tout ce que j’ai fait jusqu’ici. Je chanterai des chansons à moi et des chansons de Michel. Nous avons refait toutes les orchestrations de mes chansons dans l’esprit de l’album. Les musiciens qui m’accompagnent sont ceux du disque. Ils effectuent un travail formidable. Pas pour moi, mais parce qu’ils aiment ce qu’ils font, parce qu’ils sont heureux, eux aussi, que les choses ne s’arrêtent pas là.

Michel, jusqu’ici, s’occupait de la mise en scène de vos spectacles. Qui en a la charge aujourd’hui ?

C’était ma principale préoccupation quand j’ai songé à ce spectacle. Jusqu’ici, je n’avais jamais eu aucune idée sur les spectacles. La liste et l’ordre des chansons, les musiciens, les lumières … Tout cela, c’était Michel. Un mois avant un spectacle, je disais en riant: “C’est dans un mois et il ne sait pas encore ce qu’il va faire !”

Je faisais confiance. Maintenant, c’est à moi de jouer. J’ai dit oui à Bercy sans savoir comment je m’y prendrais. Il fallait mettre la machine en route et y aller. Je m’y suis prise longtemps à l’avance.

Michel avait une étonnante facilité de décision ?

Moi, il faut que je tâtonne, que j’essaie toutes les possibilités avant d’être sûre. Depuis deux mois, je vais à Bercy tous les lundis. Les choses se sont mises doucement en place.

Comme dans un puzzle … J’ai découvert que finalement je savais ce que je voulais. Quand on vit aux côtés de quelqu’un de brillant, on apprend énormément sans même s’en rendre compte. Je n’ai jamais rien appris par moi même. Toujours à travers des gens. Sans Michel, je ne serais sans doute pas devenue celle que je suis aujourd’hui. J’ai emmagasiné des choses. Et aujourd’hui, je prends conscience d’une force en moi que je n’avais même pas soupçonnée.

Comme si, sans le savoir, vous vous étiez préparée à ce qui est arrivé ?

C’est inexplicable mais c’est vrai que j’ai parfois l’impression que ces années de bonheur, puis cette crise, m’ont aidée à affronter ce que je vis. Si je n’avais pas connu avant cette période de remise en question positive, je n’aurais peut-être pas été aussi forte aujourd’hui. Cela dit, je ne suis pas seule dans l’entreprise. J’ai mes enfants d’abord, pour lesquels il faut que la vie continue, les gens qui travaillent avec moi, comme Hervé Lebeau qui s’occupe de la coordination du spectacle, ou Coco Balavoine, la femme de Daniel, qui était l’assistante de production de Michel, et puis les musiciens. Nous avançons en équipe dans le même sens.

Vous aurez aussi le soutien d’un public qui a salué votre dignité dans le malheur.

On se sent loin d’une chanteuse, on se sent plus proche d’une femme. A la mort de Michel, j’ai énormément reçu de témoignages d’amitié. Tous ceux qui aimaient Michel se sont sentis un peu seuls. Michel aidait les gens à vivre à travers sa musique, à travers ses mots. Cet amour des gens pour lui me revient un peu aujourd’hui. On attend quelque chose de moi. Cela aide beaucoup. Je ne suis plus seulement la petite blonde qui chante. A travers ce malheur, les gens ont perçu que j’existais aussi différemment. Il me l’ont écrit. Cela m’a encouragée à remonter sur scène.

Vous allez chercher sur scène un bonheur que vous n’y avez pourtant pas toujours éprouvé.

Je n’ai commencé à me sentir heureuse dans ma vie et dans mon métier qu’à 30 ans. Quand je suis montée sur scène pour la première fois, j’avais 15 ans. Et pour moi, la scène c’était l’horreur. Évidemment, il y a pire. Mais quand on se retrouve sur scène et que l’on vous insulte, quand on colporte des horreurs sur vous, il faut vraiment être costaud. J’ai longtemps détesté ce métier. Michel m’a appris à l’aimer, à me sentir bien sur scène. Mais on garde en soi les blessures que cela vous a infligé. On serre les dents mais, quelque part, on se dit qu’on est forcément coupable de la haine que l’on suscite. J’ai mis dix ans à m’en remettre. Ces quatre ans de silence m’ont servi aussi à cela. A faire le tri. A faire un retour sur cette jeunesse qui m’était passée sous le nez.

Vous devez éprouver une grande sympathie pour ces « bébés stars », comme Vanessa Paradis, que leur carrière détourne de la vie des filles de leur âge ?

J’ai beaucoup d’admiration pour elles et aussi une grande tendresse. Je sais quels sont les sacrifices qu’il faut à cet âge, le courage nécessaire pour supporter de vivre dans un univers très agressif où l’on ne vous fait pas de cadeau. Un jour ou l’autre, tout cela se paie. J’ai eu énormément de chance. J’ai rencontré quelqu’un qui, dès notre première rencontre, s’est mis à mon écoute. Michel donnait beaucoup aux autres. Il savait observer, guider. J’avais confiance en sa générosité. Jane Birkin disait récemment qu’elle n’imaginait pas chanter un jour quelqu’un d’autre que Gainsbourg.

Je la comprends. Il me serait impossible de travailler avec quelqu’un d’autre que Michel. J’ai appris aussi qu’il ne faut jamais dire jamais. La musique m’aide à vivre. Elle m’a rendue gaie. Aujourd’hui encore, quand je me coule dans celle de Michel, je suis gaie. Et pour mes enfants, pour moi, je veux encore que ma vie soit gaie.

Magazine : Télé 7 Jours
par Martine Bourillon
Date : 10 au 16 avril 1993
Numéro : 1715

France Gall, que le rêve continue …

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France Gall : que le rêve continue
France Gall : que le rêve continue

Retranscription impossible : le contraste du fond et des caractère est trop important, la reconnaissance visuelle est impossible.

Magazine : France Soir TV magazine
Date : 3 avril 1993
Numéro : 15132

L’hommage de France Gall : elle chante pour Michel

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L'hommage de France Gall : elle chante pour Michel
L'hommage de France Gall : elle chante pour Michel
L'hommage de France Gall : elle chante pour Michel

Elle a répondu à l’invitation de Nagui. Deux mois avant son retour sur scène, à Bercy, France Gall rend hommage à celui qu’elle admirait et aimait.

Michel Berger, ses belles chansons demeurent parmi nous.

France 2 ayant décidé, en dernière minute, de changer le jour de diffusion de “Taratata”, nous devrions retrouver France Gall, samedi 10 avril.

Quand le désert avance, France Gall ne recule pas. Et lorsque, le 3 août dernier, la mort a frappé celui qui partageait son existence, elle n’a pas désarmé. “Avant, on n’imaginait pas que des malheurs m’avaient touchée, je n’en parlais pas”, écrivait France, il y a quelques semaines, dans les colonnes d’un magazine féminin.

“Là, c’était difficile de ne pas en parler. Tout le monde a participé à ce malheur. On a réalisé que, peut-être, j’étais quelqu’un de différent.” Différente et terriblement courageuse. Du 1er au 6 juin, elle reprendra le concert qu’elle avait prévu de monter avec Michel Berger. Seule en scène, sur les planches du Palais omnisports de Paris-Bercy, elle chantera ses titres à lui, à elle, à eux.

“Le dernier album qu’il a écrit marquait vraiment un très grand changement dans sa façon d’écrire”, déclarait-elle à Lionel Rotcage, le 25 janvier dernier. Le fils de Régine l’avait, en effet, convaincue de participer à l’hommage collectif rendu à Michel Berger, “Celui qui chante”.

“Continuer, je n’avais pas d’autre choix … »

Autour de Bruel, Cabrel, Maurane et Hardy, France Gall parlait de Michel pour la première fois. Toujours numéro un dans le cœur des Français, elle s’est révélée “admirable, digne et gaie”, selon les mots de Rotcage.

“La casquette qu’il préférait porter, c’était celle du chanteur”. Les tubes tels que “Écoute la musique”, “La groupie du pianiste” ou “Paradis blanc” ont exaucé ses vœux. Mais le public n’a pas oublié qu’il fut également le pygmalion de Véronique Sanson (“Besoin de personne”), le parolier de Françoise Hardy (“Message personnel”) et l’homme de la renaissance pour France (“La déclaration d’amour”), “Quand j’ai entendu sa musique pour la première fois, j’ai eu l’impression que c’était moi qui l’avait écrite. Ses textes correspondaient à ce que je ressentais.”

Avec cœur et détermination, France a décidé de perpétuer son œuvre et son souvenir. “Continuer, je pense que je n’avais pas le choix. Ne rien faire, m’arrêter, ça m’aurait donné des regrets … Ce sera le spectacle le plus fort que j’aurais jamais fait dans toute ma vie. Je me coule littéralement dans la musique de Michel. Elle est à moi. Elle est pour moi.”

Magazine : Télé Poche
Daniel BEAUCOURT
Date : 3 au 9 avril 1993
Numéro : 1416

France Gall, le retour à la vie

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C'était en février dernier à Paris. Six mois après la brutale disparition de Michel Berger, France Gall effectuait l'une de ses premières sorties publiques.
C'était en février dernier à Paris. Six mois après la brutale disparition de Michel Berger, France Gall effectuait l'une de ses premières sorties publiques.
France Gall, le retour à la vie

C’était en février dernier à Paris. Six mois après la brutale disparition de Michel Berger, France Gall effectuait l’une de ses premières sorties publiques.

A côté de Danielle Mitterrand et de Manu Dibango, elle célébrait le premier anniversaire du musée de l’Art, l’ancien musée de l’Affiche et de la publicité.

Une soirée placée sous le signe de la culture africaine, thème auquel France est particulièrement attachée.

Avec Michel Berger et Daniel Balavoine, elle s’est battue pour aider au développement du continent noir et fit de l’histoire d’un petit garçon pauvre, « Babacar », qu’elle avait pris sous sa protection lors d’un séjour au Sénégal, l’un de ses plus grands succès.

Entretemps, depuis cet affreux dimanche d’août où Michel mourut dans ses bras, France a fait preuve d’une exemplaire discrétion. Redoublant d’attentions pour ses enfants, Pauline (13 ans) et Raphael (11 ans), elle s’est un temps réfugié à la montagne chez des amis qui, en lui prodiguant tendresse et réconfort, l’ont aidée à surmonter son chagrin.

Mère courage, « Babou » a ainsi appris à vivre sans Michel, cet époux qu’elle a tant aimé, qu’elle aime encore et qui lui a laissé de si belles chansons. Des paroles et des musiques dont elle est désormais l’héritière et qui l’ont progressivement amenée à sortir de sa retraite pour poursuivre l’œuvre de celui qui était tout pour elle.

Par un clip tout d’abord, réalisé en octobre 1992 par Jean-Marie Périer, illustrant « Superficiel et léger » (extrait de « Double jeu », le dernier album composé par Michel Berger), et que tous deux ont choisi de tourner en Afrique du Sud. Un clip souvenir où France, par pudeur, n’apparaît que quelques secondes. A la mi-décembre, elle s’est rendue à Londres superviser les dernières répétitions de « Tycoon », la version anglaise de « Starmania » (dont Cindy Lauper est l’une des interprètes) qui, trois mois après sa création, triomphe outre-Manche. Un magnifique mais cruel succès, quand on sait que Michel Berger caressait le rêve de voir sa comédie musicale consacrée à l’étranger. Mais cela a dû réchauffer le cœur de France, qui, après avoir participé à la réalisation d’un portrait de son mari (pour France 2), a choisi de remonter sur scène, du 1er au 5 juin, à Bercy.

Je suis incapable d’expliquer ce qui a motivé cette décision, a-t-elle déclaré. Tout ce que je peux dire est que Michel et moi avions prévu de refaire un spectacle ensemble … avant Mais je ne pouvais pas me faire à l’idée que tout disparaisse.

France Gall

« Taratata » à 20h30 cet été.

Depuis un mois, « Taratata » est diffusée le jeudi en deuxième partie de soirée (au lieu du dimanche auparavant). Nagui, son producteur-animateur, souligne qu’au fil des semaines, son émission acquiert de plus en plus de notoriété auprès des artistes.

« La plupart des chanteurs et chanteuses apprécient l’émission. Ils sont les premiers à me proposer d’y participer. Nos prochains invités : Julien Clerc, Laurent Voulzy, Elsa, Gilbert Bécaud et Vanessa Paradis. » Par ailleurs, et pour cet été, Nagui prépare deux « Taratata» spéciales qui, d’une plus longue durée, seront diffusées à 20h30.

Magazine : Télé Star
Par Gérald Lévrault
Date : 29 mars 1993
Numéro : 861