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La saga de Starmania

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La saga de Starmania
La saga de Starmania
La saga de Starmania

Luc Plamondon, l’auteur, raconte la création de la célèbre comédie musicale.

Plus qu’un succès, « Starmania » tient du phénomène.

L’album (un million d’exemplaires vendus en France) fourmille de tubes : “Le blues du businessman”, “Les uns contre les autres”, “Le monde est stone” … Sur scène, l’opéra-rock de Michel Berger et Luc Plamondon a été joué à Paris, Montréal, adapté en allemand et en espagnol. Des producteurs brésiliens et japonais s’y intéressent. De plus, la version anglaise, rebaptisée “Tycoon”, laisse présager un séisme dans les hit-parades anglo-saxons. Et pour cause : ses textes sont signés de Tim Rice (auteur de « Jésus-Christ superstar» et d’ “Evita”) et chantés par Cindy Lauper, Kim Carnes, Peter Kingsbery … Michel Berger, avant de disparaître brutalement le 2 août dernier, avait peaufiné ces nouveaux arrangements et concrétisait ainsi un vieux rêve : voir jouer sa musique au-delà de nos frontières.

L’histoire de ce «miracle» démarre en 1975. Michel Berger propose à Luc Plamondon parolier de Diane Dufresne, Julien Clerc, Robert Charlebois, de lui écrire un opéra-rock.

“Au départ, se souvient l’auteur québécois, Michel voulait s’inspirer de la vie de Patricia Hearst. Puis le projet a évolué. On s’est vus pendant trois-quatre mois pour mettre au point l’histoire. Le démarrage a été long. On se croisait, on échangeait des bouts de textes, de musique. Finalement, on s’est enfermés un mois dans une maison. Au bout de ce mois, on avait écrit sept ou huit chansons. Là, on a su qu’on ne pouvait plus reculer, qu’on tenait quelque chose.”

Ce “quelque chose” devient un album à succès puis, en 1979, un spectacle monté au Palais des Congrès. Sur scène, avec France Gall, vont se révéler au public français Diane Dufresne, Fabienne Thibeault, Nanette Workman, Daniel Balavoine. Les chansons deviennent des tubes “Starmania” s’exporte au Québec. “Le show a été monté une première fois en 1986, avec des inconnus, explique Luc Plamondon. Un triomphe. Michel est venu le voir. On s’est rendu compte que ça fonctionnait presque mieux qu’à la création, parce que les thèmes étaient devenus encore plus actuels. Ça nous a donné l’envie de le refaire à Paris, avec un nouveau casting. Mais nous étions prisonniers de la distribution d’origine, devenue mythique. Les gens demandaient: mais qui va remplacer Fabienne Thibeault, France Gall, Daniel Balavoine ? C’était un défi à relever.”

En 1989, Starmania triomphe au Théâtre de Paris, puis joue les prolongations à Marigny. On découvre une nouvelle grande voix : la chanteuse Maurane.

Lorsqu’il cherche les raisons de ce déferlement international, Luc Plamondon hésite. “Je crois que la force de Starmania, c’est que Michel et moi avons tout mis, tout ce que nous ressentions vis-à-vis du monde. Nous voulions une fresque du 20e siècle avec des personnages démesurés, tous symboliques. C’est une fable, pas une œuvre réaliste, qui se voulait visionnaire, et qui l’était peut-être, puisqu’on peut encore la jouer comme si l’histoire se passait aujourd’hui.» Plus que le succès, c’est son universalité qui réjouit Luc Plamondon. “On se dit qu’on a touché une corde sensible. Quand Marie-Jeanne, la serveuse, chante “Je voudrais faire quelque chose que j’aime, mais je ne sais pas ce que j’aime”, ça concerne beaucoup de gens. Quand j’ai écrit: “J’aurais voulu être un artiste”, je ne me doutais pas de la force d’identification qu’aurait la phrase sur le public. Aujourd’hui, tout le monde rêve d’être star, même trois minutes.»

“Le blues du businessman” a eu pour interprètes rien moins que Claude Dubois, Etienne Chicot, Nicole Croisille, François Valéry. Des “amateurs” : Alain Delon, Bernard Tapie, Michel Drucker, s’y sont essayés. “Johnny Hallyday parle de la reprendre, ajoute Luc Plamondon. Elle a été classée troisième chanson la plus populaire du Québec. Et quand Claude Dubois la chante, la salle se lève, comme pour un hymne national !”

Magazine : Télé Star
FRÉDÉRIC KARPYTA
Date : 6 au 12 mars 1993
Numéro : 857

France Gall, ses mots pour tout dire

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Magazine Elle - 22 février 93 - C'est la première fois que France Gall parle depuis que Michel Berger n'est plus là. Des mots forts, des mots justes.
Magazine Elle - 22 février 93 - C'est la première fois que France Gall parle depuis que Michel Berger n'est plus là. Des mots forts, des mots justes.
France Gall, ses mots pour tout dire

Magazine Elle – 22 février 93 – C’est la première fois que France Gall parle depuis que Michel Berger n’est plus là. Des mots forts, des mots justes.

Avant Bercy en juin, pour ne pas laisser passer le rêve.

Je ne voudrais pas paraître démago, mais à la mort de Michel, au-delà de l’entourage, des proches, j’ai énormément ressenti l’amour des gens. Et ça m’a énormément aidée.

Tous ceux qui aimaient Michel ont perdu une partie d’eux-mêmes. Il les a accompagnés pendant leur adolescence et au-delà, à chaque période difficile de leur vie. Grâce à ses textes, ils se sont sentis moins seuls. C’est formidable d’accompagner les enfants jusqu’à l’âge adulte en les aidant de cette façon. C’est beau et important.

Comme un grand médecin, Michel guérit avec ses mots et sa musique. Quand il est mort, ils ont tous vraiment perdu une partie d’eux-mêmes. Et cet amour me revient, ils m’écrivent. On me voyait toujours comme une petite blonde qui chante, gentillette, et ce grand malheur que tout le monde a vécu avec moi a changé ça.

Le 2 août, la grande faucheuse a décidé de l’embarquer, et il n’y avait rien à faire. Et je ne pourrai jamais me remettre d’une chose pareille, jamais. Ça a beau se passer dans le plus grand calme, dans le plus grand silence, c’est d’une violence inouïe. Une violence inouïe dans le silence. Et c’est une idée tellement inacceptable qu’on se demande comment on est vivant après. Parce qu’il faut qu’on vous le dise, vous le voyez, mais non, non, non, ce n’est pas possible, on ne peut pas le croire … Et quand on vous le dit en face, on pense qu’on va vraiment mourir, juste de recevoir ça, cette information-là. Ces trois mots-là. Ça aussi, c’est d’une violence extrême. D’abord il y a la violence de ce que j’ai vu, dans le calme, dans le silence, et c’est ça qui est très impressionnant, et après, la violence de ces trois mots.

Quand on me l’a dit, j’ai vraiment cru que j’allais exploser, que tout mon corps allait éclater en lumière, que j’allais exploser, paf ! tellement c’est monstrueux. Et je trouve ça incroyable d’être là aujourd’hui à en parler. Avant, il y a eu toutes ces morts … La mort de Daniel Balavoine, c’était mon premier grand chagrin. Ou plutôt la première disparition de quelqu’un, parce que des chagrins, il y en a eu, mais la mort, c’était la première fois. Bon, j’avais perdu ma grand-mère à 13 ans, et ça m’avait fait devenir athée et après agnostique, alors que je faisais ma prière à genoux tous les soirs en bas de mon lit… C’était une cassure, mais en même temps c’est naturel de perdre sa grand-mère. La mort de Daniel, ç’a été un grand choc. La mort si brutale … J’étais très proche de sa femme, elle est devenue ma meilleure amie, et j’ai fait pour elle ce que je pense Daniel aurait fait au cas où il me serait arrivé la même chose. Je l’ai vraiment soutenue, c’est quelqu’un qui avait besoin de l’être. Moi, beaucoup moins. Et après il y a eu toutes les morts … Coluche et puis tous ces amis qui sont morts du sida au point que je me suis même demandé si toutes ces morts n’avaient pas été faites pour me préparer … Mais tous ces amis, je ne les ai pas vus mourir ou alors j’étais préparée. Les amis qui meurent du sida, on les accompagne pendant des mois, on voit cette dégradation terrible, et on attend ensemble la mort, tandis que de voir … On a le sentiment de toucher du doigt ce qui vous dépasse, ce qu’on ne s’explique pas … On ne peut pas faire ami avec la mort, c’est quelque chose qu’on ne peut pas comprendre.

Avant, on n’imaginait pas que j’aie pu avoir des malheurs, je n’en parlais pas. Alors que, là, c’est difficile de ne pas en parler, tout le monde a participé à ce malheur, et on a réalisé que, peut-être, j’étais quelqu’un de différent.

Pourtant, ces dernières années, j’avais décidé d’apprivoiser ce rapport avec la mort qui m’angoissait tant. Je m’étais dit qu’il valait mieux, quand même, que je sois un peu au courant de la façon d’aborder ce truc-là. A 40 ans, j’avais d’une certaine manière tout réussi :

j’avais eu des enfants, alors que je ne pouvais pas en avoir, des grossesses précieuses comme on dit ; quelqu’un avait bien voulu m’épouser (et épouser une chanteuse, ça ne se fait pas), et à travers mon métier, je faisais ce que je savais faire le mieux. Chanter, c’est ce que je fais de mieux – quoique je fasse très bien la cuisine … Donc, j’avais tout pour être heureuse et j’ai arrêté de chanter. Je me suis retrouvée face à moi-même. Et là je me suis dit, je vais essayer de comprendre ce que c’est, la mort. Il y a des gens qui ne sont pas du tout angoissés à l’idée de mourir, pourquoi pas moi. J’ai lu des choses, j’ai parlé … Il y a un livre qui m’a beaucoup apaisée, qui s’appelle « Les Belles Imprudences » de Jean Hamburger (NDLR / Le père de Michel Berger). Ça nous explique qu’il faut qu’on meure pour donner la vie, que la mort ça sert à quelque chose, que ça fait tourner le monde …

Et puis je me rends compte après ce que j’ai vécu là, que c’est trop énorme ce truc-là, c’est trop énorme. Donc la mort, c’est pire que jamais pour moi. Enfin, peut-être qu’un jour j’atteindrai une certaine sagesse … En ce moment, moi, elle me bouscule la vie, c’est exactement ce que je ressens. Je ne me sens pas ballottée, c’est beaucoup plus que ça …

Je ne pourrais pas expliquer pourquoi je vais faire Bercy. Simplement pour que les choses changent le moins possible : c’était prévu. Avant. Et l’idée que tout disparaisse, ce n’est pas possible. Et, en même temps, j’ai envie de chanter ces chansons parce que je les aime, et j’ai envie de les chanter sur scène. La scène, ce n’est pas quelque chose qui me fait peur, c’est un plaisir. J’ai énormément souffert au début, quand j’ai commencé à chanter, du fait d’être propulsée sur scène. J’avais 16 ans, je ne savais rien, on m’avait dit voilà, c’est comme ça que ça se passe et on m’avait mise avec cinq musiciens derrière un rideau, et moi, la chanteuse, devant. Je ne comprenais pas pourquoi tout le monde me disait que ce métier était génial, moi je trouvais que c’était une horreur ! Dès que j’ai pu, je me suis arrêtée, et je me suis dit : plus jamais de scène ! J’ai détesté ce métier pendant des années. Je n’ai commencé à l’aimer que lorsque j’ai travaillé avec Michel. J’avais enfin des textes qui parlaient de ce que j’avais envie de dire et qui me ressemblaient, ce qui n’était pas le cas avant. Pour moi, la chanson, ce n’est pas de la pure distraction : « je chante, je chante soir et matin », j’adore écouter ça, mais ce n’est pas ce que j’ai envie de faire. Les chansons c’est comme des peintures de la vie, de la société, des gens, des rapports humains, de ce qu’on pense, de ce qu’on est. Ça doit aider, ça doit communiquer quelque chose, sinon c’est raté.

Ce que j’aime bien dans les textes de Michel, c’est qu’il y a toujours une note positive, ça commence « tu te réveilles, tu n’es sûr de rien » et à la fin c’est « tu te réveilles, tout a changé, tu peux repartir, tu verras ! ». Ça démarre très mal, mais il faut s’en sortir, et on s’en sort …

Donc, j’aimais chanter en studio, mais je détestais toujours la scène. Quand, au bout de trois-quatre ans, Michel m’a dit qu’il allait falloir en faire, quelle horreur ! Je me suis défendue, mais il m’a dit que c’était génial, que je ne devais pas passer à côté de ce truc-là. Donc j’ai fait un essai, le théâtre des Champs-Élysées avec les filles. Et quand j’ai vu comment ça se passait, j’ai commencé à aimer ça. Au Palais des Sports un an et demi après, là j’ai vraiment compris ce que c’était. Depuis, j’ai fait deux Zénith. J’ai aimé la scène grâce à Michel qui m’a poussée à en faire. J’avais une confiance inouïe, totale, parce que j’aimais tout ce que je chantais. Je suis pratiquement sûre que j’ai décidé de faire Bercy très vite après la mort de Michel, et même si je ne l’ai formulée que trois mois plus tard, l’idée m’est venue très vite. Ne pas enterrer cet album, ne pas enterrer ces chansons, les faire vivre. Mon hésitation résidait dans le fait que je n’avais jamais rien fait toute seule. J’ai toujours eu besoin de l’intelligence des autres. Je m’étais toujours laissé porter. Surtout pour les spectacles. Je n’ai jamais eu besoin de l’ouvrir puisque j’avais quelqu’un qui me ressemblait tellement qu’il disait les choses avant moi, quelqu’un qui avait une énergie extraordinaire, qui s’occupait de tout… Là, qui pourrait être mon regard ? On était deux et plus que deux même, parce que moi je comptais pour une, et lui pour neuf !

Et puis je me suis lancée. Je me suis dit je vais dire oui, et quand j’aurai dit oui, la machine sera en route. Je n’avais jamais eu une idée, même dans le choix des musiciens, même dans la liste des chansons qu’on fait sur scène, je n’avais jamais eu besoin de le faire moi-même … Et donc, je me suis retrouvée un jour à Bercy. J’y vais tous les lundis, quand c’est vide, avec le type du son, le type des lumières, des décors, les musiciens, le producteur, on se retrouve tous là. Et petit à petit, ça se met en place comme un puzzle, je vois comment, quelles couleurs, quels musiciens … C’est lent, c’est beaucoup plus lent qu’avant, je prends mon temps, mais je suis contente de mes choix, je suis entourée de grands professionnels, et ça avance, j’arrive à avoir une idée de ce spectacle, je sais dans quel esprit je vais le faire, comment je vais entrer en scène, comment je vais en sortir, ce que je vais mettre dedans. Ma force, c’est peut-être tout ce que j’ai emmagasiné en silence, mais sans souffrance, un silence voulu, contente d’être en silence … En fait, je me rends compte que je n’ai pas arrêté d’apprendre.

Ce dernier album, ce n’est pas tout à fait mon disque, ce n’est pas tout à fait celui de Michel, c’est le nôtre. Là, j’étais plus précise dans ce que je voulais dire, même dans la musique. Je m’étais arrêtée quatre ans, si je recommençais, ce n’était pas pour refaire la même chose. Si l’on faisait quelque chose ensemble, il fallait que ce soit différent. Lui ne s’était pas posé le problème, ça ne le dérangeait pas. On ne voit pas pourquoi ça l’aurait dérangé d’ailleurs, il a vraiment sa personnalité, son son, comme Gainsbourg, dès qu’on entend du Berger, on le reconnaît tout de suite. Mais moi, ça ne me suffisait pas. Je m’étais arrêtée parce que je trouvais que j’avais été au bout de quelque chose et que je ne pourrais pas faire mieux. C’est beau d’arrêter comme ça. Il fallait que je prenne du recul, que je réfléchisse.

A 40 ans, on se tourne vers soi, et on essaie d’arranger les choses qui ne vont pas, celles qu’on a mises de côté pour s’occuper avec bonheur et délectation de ceux qu’on aime, et qu’on retrouve un jour dans son potage. La vie que j’ai eue m’a fait contourner beaucoup de choses … J’ai commencé à chanter à 15 ans, c’est très malsain. Évidemment, ce n’est pas la mine, mais quand on se retrouve à 16 ans sur une scène où on entend des gens qui vous hurlent « à poil », c’est quand même être jetée en pâture. Il faut être costaud. Moi, j’avais envie d’aller dans des surprises-parties, l’adolescence, c’est un passage très difficile, et j’aurais aimé au moins en avoir le côté agréable, les flirts, les boums … Au lieu d’être pendant un mois au Japon, où je pleurais tous les jours … Et puis cet univers de musique est très agressif, on déclenche chez les gens des haines et des jalousies difficiles à supporter. C’est ça ce qui m’a fait le plus mal. Je me souviens très bien avoir été au drugstore, j’avais 18 ans, un jour acheter quelque chose. Deux filles se sont arrêtées à côté de moi, elles m’ont regardée et elles m’ont dit : « Ce que tu es moche, t’es vraiment une pauvre conne, tu crois que tu es belle mais tu chantes mal … » Et elles m’ont poursuivie en m’insultant pendant dix minutes dans ce magasin … J’ai mis dix ans pour m’en remettre. C’est con ! Mais c’est pour vous dire à quel point on est fragile. C’est comme ça que tous les chanteurs deviennent paranos ! On ne s’en fout pas à 18 ans. On ne comprend pas, on pense qu’on est haïssable, qu’on doit faire quelque chose de mal pour mériter d’entendre des horreurs pareilles. On se sent rabaissée, humiliée. Pendant ces quatre dernières années, je me suis demandé ce que je pourrais faire. La scène ne me manquait pas, rien ne me manquait… Ce qui a déclenché ce retour c’était que je ne le fasse pas toute seule. Je me suis rendu compte que j’avais encore envie de chanter, et que ça pouvait être autre chose que ce que j’avais toujours fait. Je suis une chanteuse, une interprète. Je n’écris pas un mot, pas une note, et j’ai une admiration sans bornes pour l’écriture de Michel. Ça a été difficile pour lui d’arriver à ce que je voulais. Quand on donne à un créateur une idée globale de ce qu’on a en tête, d’une façon très maladroite, vous imaginez … J’ai pensé qu’il fallait qu’il parte, qu’il s’enlève de cet univers familial, qu’il aille travailler loin, dans un hôtel, tout seul, genre poète maudit… Il fallait vraiment casser son ambiance pour qu’il puisse écrire différemment. Je l’ai envoyé quinze jours à Los Angeles, bougonnant comme ce n’est pas permis. Quand il est revenu, je lui ai demandé à écouter, il m’a dit : « Non, parce que je sais, je suis sûr. » Et le lendemain en studio, il a joué « Laissez passer les rêves ». Pour moi, c’est une des plus belles chansons, peut-être même la préférée de toutes les chansons que j’ai chantées. C’était ce que j’avais envie de faire et il l’a fait. Il a dit ce que je ressentais et que je n’aurais pas su exprimer …

Continuer, je pense que je n’avais pas le choix. Ne rien faire, m’arrêter, ça, ça m’aurait donné des regrets. Ça m’oblige à être occupée. Mais tout ça, ce sont de mauvaises raisons. L’unique raison, c’est que j’ai envie de le faire, c’est tout. Moi qui ai peur de tout, la seule chose qui ne me fasse pas peur, c’est d’aller chanter devant les gens. C’est un rendez-vous d’amour, ce n’est que de l’amour à prendre et à donner.

Je ne fais pas ce spectacle pour Michel. La scène, on ne la fait pas pour quelqu’un. C’est quelque chose qui vous demande tellement, et pour moi c’est un challenge beaucoup plus important cette fois-ci parce que je suis seule. Je suis très entourée, je ne suis pas solitaire, mais je n’ai pas Michel dans la salle pour répéter, je suis seule. Et je le fais parce que je suis poussée par une formidable envie de le faire. Je suis très heureuse quand je suis avec les musiciens et que je chante. Juste quatre musiciens et moi. Nous serons cinq au lieu de dix-sept. Ça sera fort, ce sera le spectacle le plus fort que j’aurais jamais fait dans toute ma vie. Je me coule littéralement dans la musique de Michel, elle est à moi, elle est pour moi, on ne fait qu’un, je suis totalement portée par la musique et les mots, j’ai ce que les chanteurs recherchent toute leur vie, et c’est le bonheur. J’ai vraiment le sentiment d’être le plus proche de ce que je suis. Je n’ai jamais été autant moi. Je suis moi. Et ça, c’est extraordinaire. J’ai été quelqu’un d’extraordinairement heureux. Et je vais l’être encore. J’aime énormément la vie. Et je veux une vie gaie. Pour moi et pour mes enfants. FRANCE GALL

Magazine : Elle
Propos recueillis par Alix de Saint-André
Photos de Jean-Marie Périer
Date : 22 février 1993
Numéro : 2460

L’argus des collectionneurs de disques (mars 93)

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L'argus des collectionneurs de disques (mars 93)
L'argus des collectionneurs de disques (mars 93)

Magazine : Jukebox Magazine
Date : Mars 1993
Numéro : 68

L’argus des collectionneurs de disques (février 93)

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L'argus des collectionneurs de disques
L'argus des collectionneurs de disques

Magazine : Jukebox Magazine
Date : Février 1993
Numéro : 67

Michel Berger, un hommage sous le signe de l’amitié

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Emotion lorsque France Gall, qui, pour l'occasion, a accepté de sortir de sa réserve, déclare : "Lorsque j'ai entendu sa musique pour la première fois, j'ai eu l'impression que c'était moi qui l'avait écrite.
Emotion lorsque France Gall, qui, pour l'occasion, a accepté de sortir de sa réserve, déclare : "Lorsque j'ai entendu sa musique pour la première fois, j'ai eu l'impression que c'était moi qui l'avait écrite.
Michel Berger, un hommage sous le signe de l'amitié

“Un arrêt en pleine marche”, dit le réalisateur Jean-Paul Rappeneau en évoquant la disparition de Michel Berger, le 2 août dernier, à 44 ans.

Nous le retrouvons à travers un hommage de cent six minutes réalisé par le journaliste Lionel Rotcage, qui nous explique le pourquoi et le comment de ce portrait.

“Avec Michel et France, nous avions depuis plusieurs mois un projet d’émission de télévision, dit-il. Je me suis senti le devoir d’aller jusqu’au bout, tout de même. Avec comme ligne de conduite, de ne pas le trahir. Michel était un être raffiné, sobre, exigeant, esthète. Il était donc indispensable que, dans la forme et dans le fond, l’émission le soit aussi.”

Pour cela, France 2 et Marie-France Brière, directrice artistique de la chaîne, ont mis à sa disposition des moyens techniques réellement exceptionnels. Certaines séquences « live » tournées au Bataclan sont filmées en Cinémascope, et la lumière est signée Jean-François Robin, le chef opérateur attitré de Jean-Jacques Beineix. Quinze jours de tournage ont été nécessaires, après deux mois de préparation.

Eviter la rétrospective larmoyante

“L’idée, poursuit Lionel Rotcage, était de faire un film référence sur ce que pouvait être, sinon l’homme, du moins l’artiste. Présenter Michel à travers ce qu’en disent ses proches, ceux qui l’ont côtoyé, comme le président François Mitterrand, qui a accepté de témoigner avec une grande simplicité, et à travers des documents inédits, des interviews, des chansons, sans oublier Richard Berry dans le rôle du narrateur de cette vie déjà si remplie. Tout a été conçu avec beaucoup d’amitié, de vérité et de sincérité. Il était hors de question de faire une rétrospective larmoyante. S’il y a de l’émotion, elle est spontanée et en aucun cas manipulée. »

Emotion lorsque France Gall, qui, pour l’occasion, a accepté de sortir de sa réserve, déclare : “Lorsque j’ai entendu sa musique pour la première fois, j’ai eu l’impression que c’était moi qui l’avait écrite.” Puis d’ajouter : “Le dernier album qu’il a composé, celui que nous avons fait ensemble, marquait vraiment le début d’un très grand changement dans l’écriture de Michel. Et c’est pour moi tellement dommage de ne pas savoir ce que ce serait devenu. J’aurais tellement voulu voir s’épanouir cette écriture …”

Mais sourire, aussi, lorsque Michel Drucker, Gérard Holtz, Luc Besson, Richard Anconina ou Evelyne Bouix fredonnent ses plus grands succès. Au jeu des ressemblances, Patrick Bruel parle de lui comme d’une étoile, et le dessinateur Philippe Druillet l’associe au lotus, fleur éternelle.

Cette séquence a été tournée dans le studio d’enregistrement que possédait Michel Berger. Un samedi du mois de novembre, le 28 précisément, une date qui n’a pas été choisie au hasard puisqu’elle aurait dû être celle de son anniversaire. Au total, plus de trente personnes, des amis proches pour la plupart, se sont succédé pour parler de lui, pour témoigner, pour perpétuer sa mémoire et son œuvre.

Un avant-goût du spectacle a Bercy

D’autres ont interprété ses propres chansons. Parmi eux, Patrick Bruel, Vanessa Paradis, Francis Cabrel, Alain Chamfort, Marc Lavoine, Salif Keita, Art Mengo et, bien sûr, France Gall qui entourée de ses musiciens, donne un avant-goût de ce que sera son passage sur la scène du Palais Omnisports de Bercy, du 1er au 5 juin prochain, avec «”Superficiel et léger” et “Jamais partir”. Car, après avoir longuement hésité, elle a décidé d’honorer toute seule le contrat qu’elle et Michel avaient signé avec cette salle parisienne. “Le Berger de l’âme”, comme l’appelle le producteur René Cleitman, sera donc évidemment très présent dans le cœur et dans l’esprit de ce spectacle. Comme il l’est à tout instant dans ce portrait qui nous le montre encore à ses débuts, à l’âge de quinze ans, avec ses amis, Coluche et Daniel Balavoine au travers de « La Légende de Jimmy », « Starmania » et « Tycoon », sa version anglaise, opéras-rock écrits en collaboration avec l’auteur québécois Luc Plamondon.

“J’ai remarqué, déclare ce dernier, que Michel reposait en face de Stendhal. Plus loin, il y a Zola, plus loin encore, Offenbach. Cela m’a apaisé, car je me suis dit qu’il faisait partie maintenant des grands créateurs de la terre.”

Un créateur avec qui il aurait encore dû collaborer : “La veille de sa mort, il m’a téléphoné. On avait rendez-vous la semaine suivante à Paris. Pour commencer à travailler sur un nouveau projet qui l’excitait beaucoup.”

Un projet qui n’aura pas eu le temps de voir le jour, pas plus que “Totem”, le film que Michel Berger avait écrit et qu’il comptait mettre en scène. Nul doute que, dans ce domaine aussi, il se serait révélé aussi doué qu’il l’était pour l’écriture. Il avait en lui toute la sensibilité nécessaire à cet art. “Peut-être qu’il avait mieux à faire ailleurs”, conclut Françoise Hardy pour qui il écrivit “Message personnel”. Peut-être …

Le film que l’on ne verra jamais

“Lentement mais sûrement, Michel se dirigeait vers une carrière derrière la caméra”, dît France. Lui qui avait déjà mis en scène plusieurs de ses clips avait en projet de réaliser un long métrage. Il avait écrit “Totem”, une histoire d’indiens contemporains qui était aussi intimiste que “Bagdad Café”. Avide d’apprendre, il avait passé une nuit entière sur le tournage de “Cyrano de Bergerac”.

Le spectacle continue

Michel Berger disparu, restent sa musique et son œuvre. Ainsi “La Légende de Jimmy” fut-elle jouée en novembre dernier au Théâtre de la Place-des-Arts, à Montréal. Quant à “Tycoon”, qui est la version anglaise de “Starmania”, elle poursuit son impressionnante ascension discographique. Après Cyndi Lauper et “The World is Stone”, c’est désormais le tour de Peter Kinsberry, l’ex-chanteur de Cock Robin, d’interpréter “Only The Very Best”, le deuxième extrait de cet album.

Magazine : Télé Loisirs
Par Véronick Dokan
Date : 23 au 29 janvier 1993
Numéro : 360

Merci à Élisabeth 🙏

Michel Berger, le dernier été

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Michel Berger, le dernier été
Michel Berger, le dernier été
Michel Berger, le dernier été

“Mon grand regret, disait Michel Berger, est de n’avoir qu’une vie pour composer, écrire, chanter, mettre en scène, faire des films, aimer … La durée dérisoire de l’existence m’est insupportable.”

Seul le film, dont il rêvait depuis des années, aura échappé à son talent.

L’été dernier, quand ils arrivent dans leur grande maison perchée à la frontière de Saint-Tropez et Ramatuelle, France Gall et Michel Berger viennent de se lancer dans une nouvelle aventure. Un album à deux voix, “Double jeu”, enregistré un peu plus tôt, testé au « New Morning », une boîte de nuit de la capitale, lors d’une soirée intime. Suite prévue à la rentrée : une série de concerts parisiens à la Cigale (“Nous éprouvons tous les deux, dit France Gall, une espèce de lassitude pour les énormes spectacles”) puis dans les villes-symboles qui les hantent, Phnom Penh, Hanoi, Shanghai, Dakar.

Michel Berger, depuis trois ans, a travaillé sur la version anglaise de “Starmania”, exportée à Moscou, Madrid et puis Londres, où il espère voir se monter le spectacle: “Si je me suis donné tant de mal pour ça, c’est parce que je souffre du côté “volatil” de la chanson. C’est fabuleux qu’une œuvre puisse survivre à son exploitation commerciale, qu’elle puisse franchir les frontières …”

France Gall, elle, depuis trois ans, a navigué entre la France et une île du Sénégal, où tout le monde l’appelle “la négresse blonde”. Parce que le cap de la quarantaine lui a fait reconsidérer sa vie (“Je me suis rendu compte qu’avant Michel, on m’avait volé ma jeunesse, et qu’à présent j’entrais dans la dernière ligne droite”), elle a confirmé son recul sous un soleil anonyme : “Là-bas, je retrouve mes 18 ans. Je n’ai pas besoin, comme ici, de porter des lunettes noires pour supporter le regard des autres.”

Seize ans que le couple dure, autour de Pauline, 13 ans, et Raphael, 11 ans. A cause et en dépit des différences : “Je ne vis pas l’existence de France, dit Michel Berger. Nous avons chacun la nôtre. Les maisons, la cuisine, le quotidien ne me concernent pas. La perspective de rentrer dans un supermarché déclenche chez moi une terreur irraisonnable, ce qui prouve que je suis anormal, fou !

France est pour moi la femme au foyer idéale. Elle a un sens du raffinement qui confine au sublime. J’en profite, j’adore … Je l’aime parce qu’elle me rassure, qu’elle est à l’opposé de moi. Et puis elle me supporte. Quand j’écris, je suis invivable.”

Etre deux face au monde (“Je suis écorché, furieux, plein de colères rentrées, comme un lycéen de 17 ans “), voilà qui fonde sa croyance en l’amour : “J’ai une angoisse insupportable de la vraie solitude. L’isolement total – quand les parents sont morts, quand on n’a plus personne à ses côtés – me paraît insoutenable.”

“Créer, c’est anéantir le néant”

Lorsqu’il arrive à Saint-Tropez, l’été dernier, Michel Berger pense encore à son père, le professeur Hamburger, ce grand médecin disparu le 1er février 1992 : “Créer, disait-il, c’est affirmer qu’on existe. C’est anéantir le néant.». Le duo Gall-Berger, en attendant la rentrée, se repose. Les enfants sont en vacances à la montagne, on peut discuter le soir, interminablement, avec les amis : “Il n’y a jamais assez de monde pour Michel, dit France. Il aime bien quand la maison est pleine”. Commentaires du voisin et ami, Johnny Hallyday : « On refaisait le monde jusqu’à 5 heures du matin. France est encore plus insomniaque que moi. Michel, lui, angoissé comme d’habitude, se posait et nous posait toutes les questions possibles. Ils ont réussi à m’apprivoiser. Ils font partie de ma famille.”

Le dimanche 2 août, Michel Berger ressent un malaise, pendant une partie de tennis dans sa propriété. Puis un deuxième, dans son bain. Médecins, injections, SAMU. Le cœur, une troisième fois … “France m’époustoufle par son courage dans les moments graves, avait-il dit de sa femme. Elle sait se tenir debout.”

France Gall chantera à Bercy du 1er au 5 juin prochain.

Magazine : Télé Star
FRANÇOISE MOBIHAN
Date : 23 au 29 janvier 1993
Numéro : 851

France Gall parle de Michel pour la première fois

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France Gall a longtemps hésité avant de participer à "Celui qui chante", l'hommage collectif rendu à son mari le 25 janvier sur France 2, six mois après sa mort.
France Gall a longtemps hésité avant de participer à "Celui qui chante", l'hommage collectif rendu à son mari le 25 janvier sur France 2, six mois après sa mort.
France Gall parle de Michel pour la première fois

France Gall a longtemps hésité avant de participer à “Celui qui chante”, l’hommage collectif rendu à Michel Berger, le 25 janvier sur France 2, six mois après sa mort.

Devant l’enthousiasme de Bruel, Cabrel et d’autres, à se joindre à l’émission de Lionel Rotcage, elle s’est lancée, “admirable, digne et vraie”, pour évoquer le chanteur tant aimé, tant admiré et trop tôt parti, et pour chanter aussi deux chansons, “Superficiel et léger” et “Jamais partir”.

Michel avait une vie très occupée et très stressante pour moi. Lentement mais sûrement, il allait passer derrière la caméra. Le dernier album que nous avons fait ensemble marque un très grand changement. C’était le tout début d’autre chose et c’est un grand dommage pour moi de ne pas être le témoin de ce que serait devenue cette deuxième carrière, j’aurais voulu la voir s’épanouir.

France Gall a longtemps hésité avant de participer à “Celui qui chante”, l’hommage collectif rendu à son mari le 25 janvier sur France 2, six mois après sa mort. A Lionel Rotcage, un ami de longue date du couple, producteur, scénariste, réalisateur de cette première émission souvenir, elle n’a cessé de confier ses doutes : “Je ne pourrai pas, je vais fondre en larmes, peut-être qu’il ne faut pas“, et puis plus tard, la décision prise: “Est-ce que je ne suis pas trop présente ?“, “On ne me voit pas trop ?“.

France Gall ne veut pas être la gardienne du temple, la seule héritière d’un talent qui appartient à tous, elle n’est qu’une jeune femme balayée par le chagrin, « perdue, une personne admirable, digne et vraie » (selon Lionel Rotcage) qui a accepté de chanter deux chansons du dernier album “Double jeu” parce qu’elle seule pouvait les chanter. Dans les conditions absolues du direct, avec son orchestre. Le visage lisse, petite robe noire, elle n’a rien perdu de sa fraîcheur et sa voix garde toute sa vitalité quand, seule en scène, elle chante “Superficiel et léger” et “Jamais partir”.

Cette énergie, elle l’a usée au fil du tournage, choisissant, encourageant, suivant avec Lionel Rotcage les artistes que Michel aimait ou admirait, capables d’interpréter les chansons que Michel avait écrites pour lui, Alain Chamfort, Francis Cabre!, Vanessa Paradis, Patrick Bruel, Marc Lavoine, Salif Keita. Pour eux, il a fallu les réorchestrer, les adapter à leur personnalité, répéter, tourner. Un gros travail.

Certains ont tout de suite accepté, comme Vanessa Paradis qui a dit oui en une seconde, Patrick Bruel, qu’on ne voit pourtant jamais, actuellement, à la télévision : “Il avait choisi “Seras-tu là ?”, il me téléphonait la nuit pour retravailler les arrangements, et puis il a eu l’idée d’un quatuor à cordes, il a bossé comme un fou. C’est un fan de Michel, quand il a présenté son dernier album avec France au New Morning, un bœuf s’est improvisé et je me suis aperçu que Patrick connaissait les paroles de toutes les vieilles chansons par cœur.

Francis Cabre!, en tournée aux Antilles, a répété là-bas, d’où le rythme un peu biguine de “Quelques mots d’amour”. Alain Chamfort est revenu de Belgique où il travaillait tout spécialement pour cette émission, il avait mal à la gorge, France le soignait avec des thés au miel. Marc Lavoine, qui avait voulu répéter avec les musiciens de Michel, s’inquiétait de ne pas avoir trouvé le bon phrasé. France, présente encore, l’aidait, le rassurait. Dans cette symphonie de générosité amicale, un seul couac et une grande déception, l’absence de Johnny Hallyday. L’ami déclaré, le compagnon d’album, celui pour qui Michel avait composé une de ses plus belles mélodies, “Tennessee”, avait promis de venir. Après avoir mobilisé décor et studios à grands frais, s’être une première fois excusé, on l’a attendu en vain tout un samedi. Pas un mot, pas une explication. Michel avait écrit dans « Seras-tu là ? » : “… quand nos regrets viendront danser autour de nous …”.

Les chansons qu’on entend, une poignée choisie parmi les 403 écrites par Michel Berger, parlent d’amour comme toutes les autres. Michel si pudique, si soucieux de ne rien dévoiler, répétait calmement: “Ce que je suis, c’est ce que j’écris.”

“Il parle de tout ce qui le préoccupe, dit France Gall, l’écologie, le stress, les hommes, le calme auquel il aspirait tout en ne faisant rien pour le vivre. Chez lui, tout le travail se faisait dans la tête. Ça pouvait cheminer des années et puis tout sortait très vite. Une demi-heure à deux heures au maximum. Michel n’était pas laborieux, son écriture était un mélange d’exaltation et de souffrance. Un moment très court et très intense, avec la peur de ne pas trouver les mots pour traduire l’idée.

Ce que confirme Luc Plamondon, le parolier de “Starmania” : “Michel ne travaillait que sur l’inspiration, il était venu me voir en 1978 en me disant: « Tu sais bien décrire la violence du monde, j’ai une violence en moi que je voudrais exprimer dans la musique. Il a lu huit lignes que j’avais chez moi “Les uns contre les autres, au bout du compte on est seul au monde … “, ça lui a plu. Une demi-heure plus tard, il avait composé la mélodie.

Depuis trois ou quatre ans, il avait en lui un sentiment d’urgence terrible, il voulait qu’on se dépêche de faire des choses essentielles. Pour “La Légende de Jimmy”, il a écrit en trois minutes l’air de Jimmy. Sa voiture l’attendait dehors pour l’accompagner à l’aéroport. Même chose pour “J’aurais voulu être un artiste”, il composait la mélodie au fur et à mesure qu’il lisait les paroles. C’était un vrai magicien. »

Un magicien doué d’humour qui avait su créer l’illusion avec une géniale mystification, oubliée de tous. En 1970, trouvant qu’il avait du mal à percer, il écrit paroles, musique, arrangement, dessine la pochette du disque, qu’il balafre d’un “recorded (enregistré) in Los Angeles”, trouve un chanteur hollandais inconnu dans le métro, qu’il rebaptise Mike Hamburger et lance ce très américain « Jésus ». Ce faux intégral va devenir un tube vendu à deux millions d’exemplaires. Lionel Rotcage a retrouvé de surprenantes images d’Albert Raisner annonçant ce succès soi-disant venu d’outre Atlantique.

Quinze ans plus tard, Michel ne rit plus, la détresse du monde le bouleverse, sa musique devient plus violente et il veut aider “ceux à qui on a volé leur histoire, piétiné la mémoire, ceux qui sont loin de chez eux et gardent au fond d’eux quelque chose qui fait mal, qui fait mal”. Chanter et aller voir aussi sur le terrain : “Il faut qu’on fasse quelque chose, il y a une guerre à entreprendre, nous pouvons lutter.”

En 1985, avec Daniel Balavoine, Lionel Rotcage, Richard Berry, France, il lance “Action école”, 15 000 comités chargés de collecter, déjà, 3000 tonnes de céréales destinées à l’ouest du Soudan où deux millions et demi d’individus meurent de faim. Le couple Berger ne ménage pas sa peine. Pendant trois ans, amoureux de l’Afrique, ils se renseignent, aident, militent jusqu’en 88 où ils passent le relais à Médecins du monde. En juin dernier, ils étaient revenus du Cambodge avec la décision arrêtée de créer et de financer une association pour que les plus pauvres aient droit à un lit à l’hôpital. Elle devait s’appeler Now (Maintenant). “Si ce n’est pas maintenant, ce sera quand” répétait obstinément Michel. Lionel Rotcage a trouvé sur une cassette une interview inédite du chanteur compositeur datant de 1988.

Richard Berry, le complice, l’ami, feint d’être l’interviewer pour entendre Michel répondre : “Les jeunes arrivent dans un monde terrible, je me sens très, très mal.”

Et quand Lionel Rotcage demande à tous ceux qui ont travaillé, côtoyé, aimé Michel, ce qu’évoque sa disparition, le chanteur malien Salif Keita suggère : “Peut-être qu’il ne pouvait plus supporter tout ce qui se passe dans ce monde-là.”

Le Président François Mitterrand a accepté à la demande de France Gall, qui lui a écrit personnellement, et de Lionel Rotcage, de parler dans l’émission de Michel Berger, l’homme et l’ami dont il connaissait un grand nombre de chansons et pour lequel il avait de l’affection. Il arrivait au Président de dîner chez les Berger, de même que le couple était invité à l’Elysée ou rue de Bièvres : “Michel Berger donnait un sentiment de fragilité en même temps que d’une grande force. J’aimais sa forme d’ironie tendre, son esprit subtil, aérien, toujours présent chez ce personnage attachant.”

Magazine : Télé 7 Jours
Par Danielle SOMMER
Date : 23 au 29 janvier 1993
Numéro : 1704

Que sont les idoles devenues ?

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Cet été, la mort de Michel Berger faisait cruellement resurgir dans nos mémoires la nostalgie des années 60.
Cet été, la mort de Michel Berger faisait cruellement resurgir dans nos mémoires la nostalgie des années 60.
Que sont les idoles devenues ?

Cet été, la mort de Michel Berger faisait cruellement resurgir dans nos mémoires la nostalgie des années 60, des idoles.

Le temps des yé-yé. Pour certains, leur jeunesse. Pour d’autres, une génération de légende. Ils faisaient danser tous les garçons et les filles de leur âge.

Ils avaient leur émission à Europe n°1 et leur magazine portant le même nom: “Salut les copains”. Ils avaient aussi leur photographe, Jean-Marie Périer, qui a réussi l’exploit, le mardi 12 avril 1966, de réunir quarante-sept idoles des jeunes dans le même studio.

“Paris Match” renouvelle aujourd’hui l’exploit de retrouver tous ceux qui restent. Il y a ceux qui ont disparu, comme Claude François, Serge Gainsbourg et, donc, Michel Berger. Il y a ceux qui continuent à se tenir en haut de l’affiche, comme Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, France Gall. Il y a ceux qui ont abandonné la scène, mais pas le showbiz. Et puis, enfin, il y a ceux qui ont bifurqué vers d’autres réussites ou le naufrage. Benjamin, à droite de Françoise Hardy, a été retrouvé par notre reporter Jean Ker. Il est clochard à Montparnasse. On le croyait disparu à Katmandou.

Le jour de la photo, France Gall et Michel Berger ne s’étaient même pas vus ….

Elle est arrivée là, dans ce grand studio de la rue Carnot, à Paris, avec toute l’insouciance de la jeunesse. Sur son carnet de rendez-vous, sa secrétaire avait noté : “Mardi 12 avril 1966, 16 heures. Photo de groupe “S.L.C.” Jean-Marie Périer.”

Alors elle y est allée sans se poser plus de questions, parce que ce photographe-là, ce journal-là faisaient partie de son univers quotidien depuis la sortie de son tout premier 45-tours, “Ne sois pas si bête”, enregistré à 16 ans, en novembre 1963. France Gall en vacances à Noirmoutier. France Gall et ses frères jumeaux. Tout, tout, tout sur France Gall. .. Les articles qui lui étaient consacrés portaient des titres qui ressemblaient & des noms de romans pour jeunes filles en fleurs. D’ailleurs, celles-ci et les « minets» que chantera Jacques Dutronc quelques mois plus tard n’étaient pas insensibles du tout à ses airs d’adolescente bien moderne. Sur cette fameuse photo, dont personne à l’époque n’aurait pu mesurer l’impact futur, il y a Françoise la romantique, Sheila la petite fille de Français moyens, Sylvie la vedette mariée depuis un an à l’idole des jeunes, France et les autres … Richard Anthony, Adamo et Hugues Aufray, par exemple, avec qui la petite blonde était partie en tournée à travers la France. Ce qui la différenciait des autres, c’était d’interpréter des textes originaux écrits spécialement pour elle par les meilleurs auteurs français. A l’heure où chacun y allait de son adaptation de standards anglais ou américains, c’était déjà prendre un risque. Se détacher de cette vague du yé-yé. Oser affirmer sa personnalité. Celle-ci était d’ailleurs double. Ce qui la fit longtemps naviguer entre deux styles. D’un côté, ce qui correspondait à son jeune âge, il y avait “Sacré Charlemagne”.”Les rubans et la fleur”, des titres concoctés par son père, Robert Gall (auteur également de “La mamma”, pour Charles Aznavour). De l’autre, et c’était en cela que résidait son avant-gardisme, des textes comme “Attends ou va-t’en”, “N’écoute pas les idoles”, “Laisse tomber les filles”, signés Gainsbourg. A propos de cette dualité, dans les pages de “S.L.C.”, elle déclarait: “J’ai une vraie voix de gamine, et c’est probablement ce qui fait qu’on ne me prend pas toujours au sérieux.”

Il est vrai que lorsqu’on est une petite blonde mignonne avec un timbre acidulé, quoi qu’on dise, quoi qu’on chante, on reste, aux yeux de certains, une ravissante idiote. Les clichés sont parfois bien difficiles à combattre. Dans un autre numéro du même magazine, elle s’interrogeait : “Demain? Je vais sûrement évoluer encore, mûrir, vieillir, quoi. .. Je le souhaite un peu.”

Un discours que reprendra à son compte, à quelques variantes près et quelques années plus tard, Vanessa Paradis après l’enregistrement de “Joe le taxi”. C’est avec Serge Gainsbourg que Vanessa gagnera la considération d’un public adulte. C’est avec Serge Gainsbourg, déjà, que France Gall gagna, elle, en 1965, le Grand Prix de l’Eurovision avec “Poupée de cire, poupée de son”. Egérie ? Conquête ? On a beaucoup parlé de ce couple incongru pendant leurs cinq années de collaboration. En réalité, il n’y avait que respect et admiration entre le compositeur et l’interprète, qui n’ont jamais cessé de se vouvoyer. Peu prolixe concernant ses débuts, France confia pourtant un jour dans une interview: “Lorsque mon père m’a proposé d’enregistrer un disque, j’ai accepté parce que je rêvais depuis longtemps de faire quelque chose qui sortirait de l’ordinaire. Quelque chose qui ferait de moi une personne pas comme les autres. Et puis, c’était un bon moyen de ne pas redoubler ma classe de troisième ! Mais, en réalité, je me suis rendu compte très vite que je n’aimais pas la façon dont on me faisait faire ce métier. J’étais très perdue, perturbée, pas heureuse. J’avais la désagréable sensation d’être vendue à longueur de journée, comme un produit.”

Chanteuse dans l’âme, elle prendra toujours, en revanche, beaucoup de plaisir lors des séances d’enregistrement. “J’ai adoré toutes les chansons que Serge a écrites pour moi. Toutes, y compris “Les sucettes à l’anis”.” On se souviendra du scandale provoqué par ce texte à double sens. Et, bien plus tard, Lio récidiva dans le genre Lolita avec “Banana Split”. Sur cette photo, puisque c’est en fait elle l’héroïne de notre histoire, il y a aussi Claude Ciari, Frankie Jordan, Eileen, Jocelyne … Des noms qui ne trouvent plus leur place parmi nos chouchous d’aujourd’hui. Il s’en est fallu de peu pour que France Gall ne fasse partie de ceux qui “ont été” et que l’on a oubliés.

“Spectatrice de ma vie, je faisais une totale confiance à ceux qui m’entouraient, me dirigeaient. Je ne disais rien, j’apprenais. Et c’est comme ça que j’ai su, un jour, que je ne voulais plus faire ce métier tel qu’on le concevait pour moi. J’ai tout arrêté.”

Retirée dans l’Yonne, là où se trouvent ses origines familiales, elle prépare des confitures, cultive son jardin et réalise après quatre années de retraite qu’elle est pourtant réellement faite pour chanter. D’ailleurs, la radio n’est jamais très loin. En bruit de fond, un jeune homme, ancien étudiant en philosophie, fredonne “Attends-moi”. Il s’appelle Michel Berger.

“Ses mots étaient les miens, sa musique était exactement celle que je rêvais d’interpréter, dira France. Avec lui, j’ai senti que j’avais une chance d’être enfin en accord avec moi, même avec ce métier si difficile.”

Elle ne s’était pas trompée, déclarant lors de la cérémonie des Victoires de la musique, en 1988: “Je ne crois pas qu’il puisse y avoir sur terre une chanteuse plus heureuse que moi.

En 1966, assis à quelques mètres à peine l’un de l’autre, pour les besoins d’une photo, ils ne s’étaient pas vus …

Magazine : Paris Match
par Veronick Dokan
Date : 7 janvier 1993
Numéro : 2276

France Gall en 1993

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Profitant des répétitions de son futur spectacle (prévu en juin à Bercy) sur la scène du Théâtre de Paris, France Gall chante pour la première fois Mademoiselle Chang.
Profitant des répétitions de son futur spectacle (prévu en juin à Bercy) sur la scène du Théâtre de Paris, France Gall chante pour la première fois Mademoiselle Chang.

Profitant des répétitions de son futur spectacle (prévu en juin à Bercy) sur la scène du Théâtre de Paris, France Gall chante pour la première fois Mademoiselle Chang.

Elle est entourée de ses musiciens et de Leïla Rami aux chœurs. Ce jour-là, le 5 mai 1993, les micros sont reliés aux consoles du studio mobile Le Voyageur, garé devant le théâtre, rue Blanche.

À peine sont-ils éteints que le mixage commence sur un magnétophone numérique 48 pistes. À minuit, c’est le mastering, puis la bande arrive au milieu de la nuit en Citroën BX à l’usine MPO, spécialisée dans les pressages de disques, pour devenir matrice. Cette « mère nickel » est le futur moule des CD qui sont ensuite pressés puis emballés. À midi la commande est prête, quelques heures ont suffi pour réaliser ce qui normalement prend dix jours.*

Note sur les crédits : Il arrive fréquemment que des œuvres soient diffusées sans que le nom de l’auteur soit mentionné. Ces pratiques sont illégales au sens de l’art. L.121-1 du CPI. Lorsque nous connaissons le nom de l’auteur de la photo, il est toujours mentionné. Si vous constatez une erreur, un manque, ou que vous souhaitez le retrait d’une photo dont vous êtes l’auteur : contactez-nous.

*Sources des textes : France Gall l’intégrale / L’histoire de tous ses disques par Norman Barreau-Gély aux Editions EPA avec les pochettes de France Gall Collection

Michel Berger, France Gall : presse et TV (partie 2)

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Platine propose la carrière du couple déjà légendaire France Gall et Michel Berger, vue au travers des hebdomadaires de presse télé.
Platine propose la carrière du couple déjà légendaire France Gall et Michel Berger, vue au travers des hebdomadaires de presse télé.
Michel Berger, France Gall : presse et TV (partie 2)

WEA fait le bilan des ventes du dernier album de France Gall et Michel Berger, tout en mettant en place un nouveau simple “Superficiel et léger”.

Le clip de ce titre est mis en image par Jean-Marie Périer, l’ex-photographe de Salut Les Copains.

Platine se souvient avec émotion et vous propose la carrière du couple déjà légendaire, vue au travers des hebdomadaires de presse télé. La première partie de ce dossier est parue dans notre précédent numéro.

1973-1976

En 1973, Michel Berger est sous les feux de l’actualité grâce à l’album de Véronique Sanson, grâce aussi à la production de l’album de Françoise Hardy, grâce aussi à son premier album d’interprète pourtant distribué de façon confidentielle. En 1974, alors que la France change de président, Michel propose un nouveau simple à Françoise Hardy, ‘Je suis moi”, dont elle fera un tube. En 1974, c’est aussi l’album de Michel, “Chansons pour une fan”, sur lequel il grave son tout premier duo avec France Gall “Mon fils rira du rock’n’roll” ainsi que “Ecoute la musique”. Quelques temps après, c’est la fin du tunnel pour France Gall. Elle triomphe avec “La déclaration”, suivi de “Aime-là”. Désormais, elle ne chantera plus que du Berger. La presse télé ne réagit cependant pas tout de suite à ce phénomène. Il faut dire que la télévision, qui se résume alors au service public, est en crise, et que l’éclatement de l’ORTF et la naissance de TF1, A2 et FR3 occupent beaucoup cette presse. En 1975, Michel Berger, au coeur de la vague néo-romantique, enregistre un nouvel album “Que l’amour est bizarre” où figure “Seras tu là ?”. En 1976 “Mon piano danse” est une nouvelle étape vers la reconnaissance du public. Télé Poche est le premier journal télé à renouer avec France Gall.

Il lui offre une couverture en 1976 alors qu’elle triomphe avec “Comment lui dire” et qu’elle vient d’épouser Michel Berger. Pour l’été, tous deux nous proposent deux duos, le premier est swing, un peu cocorico, “Ça balance pas mal à Paris”, le second est plus feutré, “Le monologue d’Emilie”.

1976-1982

L’été 1977 est disco y compris pour France qui cartonne avec l’album “Dancing disco” dans lequel on trouve “Musique” et “Si Maman si”. Les succès s’enchainent, “Viens je t’emmène”, avec une couverture de Télé-Magazine en juillet 1978, alors qu’elle donne naissance à sa petite fille, Pauline, et qu’elle triomphe sur scène au Théâtre des Champs-Elysées. Michel, de son côté, écrit “Starmania” avec Luc Plamondon. Ce sera un triomphe dans toute la francophonie. “Il jouait du piano debout” et “Bébé comme la vie” arrivent en 1980 et c’est une nouvelle couverture de Télé Poche en septembre à l’occasion de “Stars” de Michel Drucker avec France. Télé Star, petit nouveau dans la cour des grands, suit en novembre 1980 et offre une couv’ à France, alors qu’elle chante en duo avec Elton John “Donner pour donner”. Le modeste Télé Guide, à la même époque, mettra aussi France à l’honneur. Michel lui a toujours beaucoup de mal à convaincre les médias, pourtant son nouvel album “Beauséjour” regorge de tubes : “La groupie du pianiste”, “Celui qui chante”. Il est aussi sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées en juin 1980. Rien n’y fait, ni son duo télé avec Gainsbourg, ni son duo studio avec Balavoine. Le refus est d’ailleurs quasi-général. Seul Super-Télé en novembre 1980 offre sa couv’ à Michel à l’occasion d’un Numéro Un Gall-Berger où ils chantent en duo “Il jouait du piano debout”. La presse TV n’est pas la seule à refuser de mettre ce génie à la une. Match, VSD et bien d’autres donnent régulièrement leur une à France, quelques fois aux deux, rarement à Michel seul. En 1981, tout Paris va applaudir France Gall au Palais des Sports. Alors qu’elle attend son deuxième enfant, Michel prépare un nouvel album et chante “Mademoiselle Chang”.

1982-1987

En février 1982, nouvelle une de Télé Magazine alors que France vient d’être maman de Raphaël. La presse TV très familiale adore naissances et baptêmes. Mais la chanteuse préfère protéger sa vie privée du tintamarre médiatique, notamment pour soigner son image auprès de son jeune public. Aussi, ni les unes de Super Télé ou de Télé Guide en 1982, ni celles du reste de la presse ne montrent une image maternelle de France. “Tout pour la musique” et “Résiste” fin 1981 puis “Amor Tambien” sont plébiscités par les jeunes. En 1982, Michel en est à “Beaurivage” qu’il défend notamment sur la scène de l’Olympia en avril. Un obscur Télé Pro lui propose sa une au mois de mai, alors qu’il a composé la BOF “Tout feu, tout flamme”. Un an plus tard, Michel sort un nouvel album, “Voyou” qui comprend le tube “Le prince des villes”. La maison de disques en profite pour “compiler” toutes les chansons à succès de Michel. Après une année 1983 à quatre, Michel et France sortent du cocon familial pour reprendre du service. Pour cela, France coupe ses cheveux et s’offre un nouveau look en les portant désormais courts et bouclés. En 1984, on apprend qu’elle inaugurera le Zénith à l’automne. C’est l’avalanche de unes pour l’été : Télé Magazine, Télé Poche, Télé 7 Jours. Il faut dire que France a mis les bouchées doubles. Sa carrière est à l’image du nom de ce nouveau haut-lieu de la musique. Ses chansons “Débranche” , “Hong-Kong Star” et “Calypso” seront des méga tubes. Télé 7 Jours Le Mans va jusqu’à lui offrir une couv’ locale. Michel compose la BOF “Rive droite, rive gauche”. En juillet 1985, France triomphe avec “Cézanne peint”. Pour la diffusion de son Zénith sur TF1, Télé Guide et Télé Magazine ainsi que le petit Télé Z miseront une fois de plus sur elle. Avec Michel, elle participe à “Ethiopie”, une des premières actions du “charity (show) business”. En 1986, c’est Téléguide qui propose Michel à la une, ce dernier se produisant à Champs-Elysées avec “Chanter pour ceux”, “Si tu plonges” et “Y’a pas de honte” (1985).

1987-1992

En avril 1987, une de Télé Poche pour la sortie du CD “Babacar”, où l’on trouve “Ella, elle l’a”. La même semaine, Télé Journal Plus Cuisine se raccroche à France et la met en avant. 1987 est vraiment l’année Gall. Le jeune Télé Loisirs lui accorde sa couv’ pour ses 40 ans, suivi de près par Télé 7 Jours qui annonce le Zénith 87. C’est l’époque où Johnny Hallyday demande un album à Michel, le fameux “Rock’n roll attitude” avec dix titres signés Berger. En mai 1988, c’est au tour de Télé 7 Jours la Réunion de mettre France Gall à l’honneur , alors qu’elle chante “Evidemment”. Michel, lui, remonte “Starmania” alors que les Etats-Unis décident de reprendre cet opéra-rock sous le titre de “Tycoon”. Entre 1988 et 1991, France Gall se retire pour des raisons familiales et privées. Jusqu’à déclarer vouloir arrêter de chanter. Michel, lui, en 1990, nous offre deux chansons, “Le paradis blanc” et “Ça ne tient pas debout”. Certains s’accorderont à dire que la première était prémonitoire. En 1991, France et Michel décident de préparer un premier album ensemble. Leur maison de distribution, WEA, place la barre haut, très haut. Les investissements publicitaires en juin 1992 sont colossaux, et les résultats, dans un premier temps, décevants. L’album ne rencontre pas le succès escompté. La roue avait-t-elle tourné ? Nous ne le saurons jamais. L’histoire s’est arrêtée début août. A grand renfort de presse. Les grands hebdos télé n’ont pas résisté à la tentation nécrologique. Et certains en sont déjà aux hommages. L’album, lui, se vend bien …

Magazine : Platine
Par Martine Bordeneuve
, Patrick Robert Galéra et Jean-Pierre Pasqualini
Date : Janvier / Février / Mars 1993
Numéro : 4