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France Gall, son premier album depuis la mort de Michel Berger

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Entourée de musiciens américains, la chanteuse a réenregistré des chansons signés Michel Berger. Le titre de ce disque : "France".
Entourée de musiciens américains, la chanteuse a réenregistré des chansons signés Michel Berger. Le titre de ce disque : "France".

Entourée de musiciens américains, la chanteuse a réenregistré des chansons signés Michel Berger. Le titre de ce disque : “France”.

Depuis plus de vingt ans, France Gall n’a jamais chanté que les mots et les mélodies de Michel Berger.

C’est ensemble qu’ils avaient enregistré l’album Double Jeu en 1992, quelques mois à peine avant la disparition de Michel. Depuis, elle n’était pas retournée en studio. Elle ne savait d’ailleurs pas si le goût lui en reviendrait un jour. Et puis, l’envie de flirter à nouveau avec la musique lui a donné l’énergie nécessaire pour reformer une équipe et rechanter. Aujourd’hui, voici donc un disque intitulé « France » et sur lequel elle a choisi, encore une fois, d’interpréter du Berger. Elle a puisé dans les chansons qu’il avait composées pour elle, comme « Plus haut », le premier extrait, et aussi dans ce qui fut son répertoire à lui comme « La minute de silence».

Los Angeles lui a bien réussi

Un choix totalement subjectif et une lourde tâche que France a dû accomplir seule, cette fois, elle qui disait s’en remettre totalement aux décisions professionnelles de Michel. Pour mener à bien cette nouvelle aventure avec des musiciens américains, elle est partie, l’an dernier, s’installer plusieurs mois à Los Angeles. Elle ne s’est pas pour autant séparée de ses deux grands enfants, inscrits pendant ce temps-là au lycée français. Un vrai déménagement pour toute la famille et, surtout, l’occasion de voir la vie sous un jour différent, avec cette agréable sensation de pouvoir se déplacer à son aise dans les rues de la ville sans craindre d’être reconnue. Une sorte de liberté retrouvée qui n’a pas été sans incidence sur la femme qu’elle est aujourd’hui. La Cité des anges lui a, semble-t-il, réussi. Depuis son expérience californienne, elle sourit à nouveau à l’avenir.

Magazine : Télé Loisirs
Franck Serba
Date : Avril 1996
Numéro : 530

France Gall : le bonheur enfin retrouvé

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Plus de trois ans et demi après sa disparition, elle a dépassé le cap de la solitude et du désespoir. Elle a aussi vaincu la maladie. Elle s'en explique avec les mots du cœur.
Plus de trois ans et demi après sa disparition, elle a dépassé le cap de la solitude et du désespoir. Elle a aussi vaincu la maladie. Elle s'en explique avec les mots du cœur.
Plus de trois ans et demi après sa disparition, elle a dépassé le cap de la solitude et du désespoir. Elle a aussi vaincu la maladie. Elle s'en explique avec les mots du cœur.

France Gall a puisé dans le trésor de chansons laissé par Michel Berger pour son nouvel album, “France”.

Plus de trois ans et demi après sa disparition, elle a dépassé le cap de la solitude et du désespoir. Elle a aussi vaincu la maladie. Elle s’en explique avec les mots du cœur.

Paris 7e. A mi-chemin entre le quartier très bourgeois de la Plaine Monceau et celui plus populaire des Batignolles, un vieux passage qu’on dirait sorti d’une photo de Doisneau ou d’un film de Carné. C’est là que Michel Berger avait installé son studio d’enregistrement. A deux pas de l’appartement où il habitait avec France Gall et leurs deux enfants, Pauline et Raphaël.

Télé 7 Jours: Vous paraissez en pleine forme. Votre cancer du sein est-il à ranger au rayon des mauvais souvenirs ?

France Gall : Tout à fait. La réponse tient en quatre mots : ça va très bien. Point.

T.7J.: Pas d’inquiétude quand surviennent une petite douleur, une légère fatigue ?

F. G. : Je n’y pense jamais. Cette maladie m’est sortie de l’esprit en même temps que du corps. Pour moi, la parenthèse est refermée, comme m’avaient dit dès le début les médecins. J’ai la chance de n’être absolument pas hypocondriaque. Je crois que la crainte de la souffrance est parfois pire que la souffrance elle-même.

F. G.: C’était une imprimerie. Pour la transformer en loft, Michel avait fait appel à l’architecte Jean-Louis Berthé à qui l’on doit le siège de la Banque Européenne, la BERD, à Londres. Pour la première fois, je ne m’étais occupée de rien, ni de l’aménagement ni de la décoration.

T.7J.: Comment était Michel au quotidien ?

F. G. : Je devais assumer l’intendance. Michel était dans la lune dès que ça ne concernait pas la musique. Je le surnommais parfois Professeur Tournesol. Avec sa tignasse qui se déplumait, il lui ressemblait de plus en plus.

T.7J.: Vous sentez-vous l’âme d’une décoratrice ?

F. G.: C’est comme un second mode d’expression. Choisir une maison, tracer des plans, chercher des meubles, des tissus, dessiner un jardin, d’en sélectionner les essences, rien ne me fait plus plaisir que de m’occuper de tout cela. Je crois même que je pourrais en faire mon métier.

T. 7J. : Avez-vous un style de prédilection ?

F. G. : En ce moment, je suis carrément zen, style jardin japonais. J’essaie de me détacher de plus en plus des objets.

T.7J.: Pourquoi ? Parce que les objets se rattachent souvent à des personnes qu’on aime ?

F. G.: Pas vraiment. C’est plutôt l’esthétique qui me guide.

T.7J.: Vous aviez tendance à accumuler ?

F. G. : Oh, oui ! Dans des proportions inimaginables. J’ai eu jusqu’à cinq chambres à coucher entreposées dans la cave. Je tiens cela de mon père qui me répétait : “Quand tu as 100 F en poche, achète un objet.” Il faut dire qu’il a été antiquaire !

T. 7J. : Surtout connu comme auteur de chansons pour Aznavour et Piaf, c’est lui qui vous a lancée en écrivant votre premier succès (“Sacré Charlemagne”), mais il a été aussi chanteur.

F. G. : J’ai un souvenir très étrange. J’étais au cinéma. Après les actualités, un monsieur est monté sur scène chanter trois chansons. J’ai eu du mal à reconnaître mon père. Son visage maquillé n’avait pas la même couleur que d’habitude. Le blues absolu, un moment épouvantable. J’ai compris à quoi servait la, bouteille de fond de teint qui traînait sur son lavabo.

T. 7J. : Savez-vous comment vos enfants ont réagi la première fois qu’ils vous ont vue sur scène ?

F. G.: C’était au Zénith en 1984. Après le spectacle, dans ma loge, Pauline (Raphaël était trop petit) m’a regardée comme quelqu’un qu’on ne connaît pas. J’en ai eu les larmes aux yeux.

T.7J. : Au moment des obsèques de Michel Berger, vous aviez dit : “Ce jour-là, mes enfants sont devenus des personnages publics.” Jusque-là, comment étiez-vous parvenue à les protéger ?

F. G. : C’était assez simple si on avait la volonté permanente de ne pas céder. Il y a quelques années, la presse comprenait ceux qui ne voulaient pas se faire de pub avec leur vie privée. Journalistes et photographes ont parfaitement respecté notre deuil le jour des obsèques. Je ne sais pas si cela serait encore possible aujourd’hui.

T.7J: Comment vos enfants vivent-ils cette pression ?

F. G.: D’une certaine manière, le fait d’être dans les journaux les a peut-être détournés un temps de leur chagrin.

T. 7J. : Est-ce dans cette optique que vous êtes partie, avec enfants et bagages, sept mois à Los Angeles enregistrer “France”, votre nouveau disque ?

F. G. : Oui, il y avait l’idée d’aller voir ailleurs. Autant éviter un endroit où l’hiver est rude, nous ne sommes pas masochistes ! Plutôt le soleil, la plage qu’une ville industrielle. Autant faire venir les producteurs de Prince dans la capitale de la musique que d’aller à Minneapolis où, sorti des studios, les agréments sont limités. Les enfants pouvaient poursuivre normalement leur scolarité au Lycée français.

T.7J.; Avez-vous envisagé de vous installer là-bas ?

F. G. : Je suis incapable de me déraciner longtemps. Rien ne pourrait me forcer à quitter définitivement la France. Nous nous sommes nettoyé la tête. L’énergie des Américains a déteint sur nous et nous voilà tous les trois ravis d’être revenus. En plus, il faut vous avouer que je suis froussarde.

T. 7J. : Que voulez-vous dire ?

F. G. : J’ai eu la crainte permanente des tremblements de terre. Une nuit, nous en avons vécu un petit 4,9 sur l’échelle de Richter. Pour eux qui sont habitués à 7 ou 8, ce n’était rien. J’ai pourtant trouvé cela très impressionnant.

T.7J.: Cet album est un peu, comme celui de Jane Birkin pour Gainsbourg, votre “Berger, version France”. Lui offrez-vous un ultime hommage avant de passer à d’autres auteurs ou allez-vous rester son interprète exclusive ?

F. G. : Je ne sais pas, mais le trésor qu’il m’a laissé est assez inépuisable et je pourrais très bien, pendant dix ans, ne faire des albums qu’avec ses chansons.

T.7J.: Il y a un côté gardienne de la flamme …

F. G. : Ah, ça, non ! Mais pour l’instant je n’ai rien trouvé de plus beau qui me corresponde et je n’ai eu ni le besoin ni l’envie d’aller voir ailleurs.

T.7J.: Considérez-vous toujours, bien que cela fasse sourire certains, Michel comme l’égal de Mozart ?

F. G.: Je persiste et je signe.

T.7J.: Pour le disque, vous vous offrez des musiciens qui ont joué avec Miles Davis, Frank Zappa ou Prince. Vous ne vous refusez rien !

F. G. : C’est à Michel que je ne refuse rien.

T. 7J. : Pour la photo de la pochette, on découvre le travail d’une inconnue célèbre, Kate Barry, la fille de Jane Birkin.

F. G. : Son regard est très direct et très tendre. Kate est une personne de très grande qualité, quelqu’un de rare.

T. 7J. : Ne regrettez-vous pas d’avoir attendu si longtemps pour enregistrer un disque à deux voix, “Double je”, avec Michel ?

F. G.: C’était un choix commun. Plus tôt, cela aurait été de la facilité, quelque chose de trop évident que tout le monde attendait. Vous savez qu’avant ce disque, nous n’avions jamais fait de séances de photos ensemble. Quand nous allions à Roland Garros, nous louions des places séparées pour ne pas apparaître côte à côte dans les journaux.

T.7J.: Quand avez-vous ressenti le besoin de vivre normalement à nouveau ?

F. G.: Très vite, mais c’est banal. Il y a quelque chose d’étrange quand on perd son compagnon : on ressent le besoin irrépressible que quelqu’un vous prenne dans ses bras, vous protège, en sachant que c’est impossible. Je ne supportais plus qu’on me dise: « Tu es forte », qu’on ne me regarde plus comme une femme.

T.7J.: Quand vous a-t-on à nouveau regardée comme une femme ?

F. G. : Vous êtes dans une bulle et enfin elle éclate. Un beau jour, je me suis dit : si je pense enfin à moi – ce que j’avais oublié -, si je suis heureuse, les miens le seront aussi.

T.7J: Ce bonheur, le cultivez-vous près de Dakar où vous avez une maison ?

Elle éclate de rire en faisant allusion à des photos en compagnie d’un musicien new-yorkais parues en janvier.

F. G. : Je vois que vous lisez la presse et que vous n’ignorez pas que je n’y ai pas passé seule les fêtes de fin d’année, mais vous n’en saurez pas plus !

Nouvel éclat de rire. On appelle cela l’art de l’esquive.

C’est une première pour le réalisateur. Quand on demande à France Gall comment elle a convaincu Jean-Luc Godard de mettre en clip “Plus haut”, elle reconnait qu’il y a là du mystère ou de la chance. “Je lui ai écrit une lettre très courte et lui ai envoyé une cassette de ma chanson. Pendant quinze jours, pas de réponse. Je me disais, c’est fichu. Je m’apprêtais même à chercher un autre réalisateur quand, un matin, sur mon répondeur, j’ai entendu sa voix inimitable. Quelques mots pour accepter.”

Seule condition, que France lui donne carte blanche. Pour elle, Godard est le cinéaste qui sait le mieux rendre belles les femmes. Elle est partie le rejoindre à la mi-mars, en Suisse, “un peu inquiète mais avide, curieuse, impatiente de voir le résultat.” Godard attendait à l’aéroport de Genève.

Caméra au poing ou sur l’épaule, un équipement léger pour s’assurer de la liberté de l’image, il ra filmée dans sa maison de Rolle. “Tout le tournage a ressemblé à une suite d’interviews à bâtons rompus.” Jamais un clip ne lui est apparu si “léger” à tourner. “Je suis prête à recommencer tous les jours.”. On connaissait le goût de Godard pour la musique, toutes les musiques, et ses collaborations avec Chantal Goya (comme actrice) ou Johnny. Dans ses films, la bande sonore est toujours très travaillée.

Des classiques parmi les classiques comme Bach, Chopin ou Schumann, avec une prédilection pour Mozart et les quatuors de Beethoven dans trois films. Des jazzmen, du be-bop au “free” le plus aventureux, de John Coltrane à Omette Coleman. Jean-Luc Godard a même tourné un film sur les Rolling Stones, à l’époque de l’enregistrement de leur album “Beggars Banquet”, le dernier auquel ait participé Brian Jones, et il avait envisagé de travailler avec les Beatles. Plus récemment, il a fait appel aux Rita Mitsouko mais, jusqu’à présent, l’auteur de “Pierrot le fou” et de “La Chinoise” avait toujours refusé de tourner des clips.

Magazine : Télé 7 jours
Interview Fabrice GUILLERMET – Photos M. MARIZY
Date : 20 au 26 avril 1996
Numéro : 1873

France Gall : Je n’ai pas envie de me cacher si je peux connaître le bonheur

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France Gall : Je n'ai pas envie de me cacher si je peux connaître le bonheur
France Gall : Je n'ai pas envie de me cacher si je peux connaître le bonheur
France Gall : Je n'ai pas envie de me cacher si je peux connaître le bonheur

Elle chante Michel Berger dans un disque émouvant et raconte sa vie avec ses enfants après un long exil aux Etats-Unis.

Jean-Luc Godard tourne en Suisse, près de chez lui, au bord du lac Léman, le premier clip de sa carrière. C’est à France Gall, et à la chanson de Michel Berger “Plus haut”, qu’il a dit oui.

“Plus haut”, que France a choisi pour premier extrait et pour titre phare de son nouvel album, entièrement enregistré aux Etats-Unis, commence par ces mots : “Celui que j’aime est dans un monde plus haut”. Une émotion à fleur de peau, pareille à celle qui ressort de l’interview qu’elle a donnée à “Ciné Télé Revue”, à son retour des Etats-Unis, où elle s’est exilée depuis plus d’un an.

D’abord parce qu’on ne vous a pas vue depuis longtemps, ensuite parce qu’on se souvient de vos graves ennuis de santé, comment vous portez-vous?

Maintenant, je vais bien.

Votre retour est lié à la sortie d’un nouvel album consacré aux chansons de Michel Berger. En exergue du disque, vous écrivez : “J’allais pas lâcher comme ça, même s’il était mort”. Lâcher quoi ?

Sa musique, son œuvre. C’est le patrimoine qu’il nous a légué, à moi, à ses enfants et au public. Dans les chansons de Michel, je me sens chez moi.

Vous m’avez dit un jour, qu’après la mort de Michel, faire de la scène vous avait permis de renaître. Comment, depuis un an et demi, avez-vous pu vous en passer ?

Après la renaissance, il reste à vivre. Et ma vie n’est pas sur scène. Même si, face au public, l’amour est là, réconfortant, comme un résultat immédiat.

N’avez-vous pas eu peur que ce soit, pour vos enfants, une rupture de plus ?

Je ne serais jamais partie s’ils ne l’avaient pas souhaité. Mais ils le désiraient comme des fous. Raphaël voulait être américain et Pauline, bilingue ! On partageait tous les trois une envie de changer de paysage.

Et alors ? Ils sont revenus bilingues ?

Raphaël, c’est moyen. Mais Pauline, tout à fait.

Et la solitude, vous ne la redoutiez pas ?

Nous sommes partis sans peur, sans se poser de questions. Nous sommes arrivés un jour de décembre dans cette grande maison vide qu’avait habitée Doris Day, et l’aventure a commencé. Je mentirais si je vous disais que le réveillon a été le plus heureux de notre vie. Nous ne connaissions personne. Nous nous retrouvions à l’autre bout du monde et nous trouvions les Américains aussi différents que des Chinois. On savait qu’il nous faudrait un temps d’adaptation. On se sentait protégés par notre volonté commune.

A Los Angeles, comment s’organisait l’existence ?

D’une façon très régulière. Beaucoup plus qu’ici, où c’est toujours un peu le chantier ! Là-bas, tout est programmé. Il y a peu de place pour l’inattendu. Toute la semaine, les enfants allaient au lycée français et moi, au studio. Huit heures par jour … comme au bureau ! Le week-end, on allait à Venice, au bord de la mer. On faisait notre petit sport : patins, basket. On déjeunait toujours dans le même restaurant, puis je me faisais masser le dos sur la plage devant tout le monde. C’était nouveau pour moi de vivre comme ça, en liberté, protégée par l’anonymat.

Vous aviez amené là-bas vos affaires, vos meubles ?

Des malles entières, oui. Je voulais apporter un peu de mon décor. Des tonnes de vêtements, notamment. Totalement inutiles d’ailleurs, car nous n’avons porté que ceux achetés sur place (rires). Pour les meubles, nous avons tout loué là-bas. Chacun s’est créé son univers. La chambre de Raphaël était toute noire, celle de Pauline, toute blanche.

En juillet, comment avez vous vécu votre retour et France ?

Nous étions plutôt content de rentrer mais, une fois arrivés nous avons trouvé que tout était un peu … petit. L’espace, les arbres les couleurs pastel, la végétation somptueuse, avaient disparu. Heureusement, les vacances nous on permis de retrouver tout ça.

Dans votre maison du Midi où vous avez connu l’horreur arrivez-vous à y vivre sereinement ?

J’aime cette maison. Elle a une âme. Une vraie. Mais il faut avouer que je n’y ai pas encore passé un été réussi. C’est la saison bannie, celle du pire souvenir J’attends avec impatience le premier été où je m’y sentirai bien.

Aujourd’hui, vous êtes amoureuse ?

Seul le temps répondra à cette question. Il y a trois ans et demi que Michel est parti. Je n’a pas envie de me cacher si je peux avoir du bonheur avec quelqu’un mais il faut de la patience pour sa voir si cette personne est devenue essentielle.

Comment vos enfants réagiraient-ils face à un nouvel amour ?

Chaque enfant réagit différemment. Surtout s’il s’agit d’un garçon et d’une fille. L’important c’est d’être la plus heureuse possible pour les aimer le mieux possible. Et puis, un nouvel amour ne chasse pas le précédent. A 20, 30 ans, on aime pour construire. Plus tard, quand tout est déjà construit on aime pour retrouver une certaine … légèreté, se reposer un peu et vivre sa vie de femme.

Aujourd’hui, France, comment voyez-vous votre futur ?

Je ne sais pas ce que je vais faire dans l’avenir et je m’en vante. J’ai appris que s’y projeter ne servait à rien et que la vie se moquait bien de mes projets. Alors, et cela me change un peu, je me contente de vivre dans le présent.

Trois ans et demi après le départ de Michel, outre ses chansons, que vous reste-t-il de lui ?

Tout ce qu’il m’a donné. Notamment la force qui m’anime.

Magazine : Ciné Télé Revue
Propos recueillis par Alain HOUSTRAETE-MOREL
Date : 13 au 19 avril 1996
Numéro : 9615

France Gall parle à nouveau d’amour

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France Gall : à nouveau elle parle d'amour
France Gall : à nouveau elle parle d'amour
France Gall : à nouveau elle parle d'amour

Après plusieurs mois d’absence, France Gall est de retour.

Exilée depuis presque un an aux Etats-Unis et plus précisément à Westwood, un quartier résidentiel de Los Angeles où elle vivait avec ses enfants, la chanteuse préparait un nouvel album, simplement intitulé France.

Près de quatre ans après la disparition de son mari, un après-midi d’août 1992, elle nous offre une nouvelle version de treize des plus belles chansons de Michel Berger. Plus haut, le premier extrait de cet album magique, fait déjà un tabac sur toutes les ondes. Et c’est en Suisse, au bord du lac Léman, qu’elle a tourné le clip de cette chanson, sous la direction de Jean-Luc Godard.

A 49 ans, poupée de cire renaît à la vie ! Forte de ses convictions, endurcie par les terribles épreuves qu’elle a traversées, c’est une femme métamorphosée, prête à assumer sa nouvelle existence qui nous revient. Belle et radieuse, à nouveau elle parle d’amour.

Bien sûr, Michel n’est plus là. Bien sûr, elle n’oubliera jamais ces dix-huit années de bonheur passées au côté du compositeur de Comment te dire adieu, et Elisa. Malgré tout, la vie continue et aujourd’hui, France a enfin retrouvé le sourire.

Après des mois de chagrin, de détresse et d’amertume. Après de longues nuits blanches à refuser d’admettre cette mort injuste qui lui a arraché brutalement l’homme qu’elle aimait, France a fini par refaire surface. D’ailleurs, comment pourrait-il en être autrement ? Michel ne la surnommait-il pas “sa petite réaliste optimiste” ? Non, France n’est pas femme à s’apitoyer trop longtemps sur son sort. Avec cette rage de vivre qui la caractérise si bien, elle a su vaincre la mort et la maladie et se réconcilier avec le présent.

Un présent qui désormais se fera sans Michel, mais dont il ne sera jamais absent puisqu’il lui a légué le plus beau des témoignages d’amour : ses chansons, ses mots à lui, ses déclarations. Alors, France s’est donnée une tendre mission. Perpétuer sa mémoire en interprétant ses plus beaux morceaux. “Je le devais aussi à mes enfants, ajoute-t-elle, ils sont tellement fiers de leur père.”

En se consacrant à l’œuvre de celui qui – elle le sait – veille sur elle depuis l’au-delà, France ne veut pas oublier : “Je suis maintenant au service de l’œuvre de Michel a-t-elle déclaré. Lui qui m’a appris à vaincre mes peurs, à exister, à résister. Lui qui fut la première personne à m’écouter quand j’avais vingt-cinq ans. Entre nous, il y avait un équilibre magique. Michel est en moi, il le sera toujours.”

Mais attention, en aucune façon France ne veut vivre dans le passé, survivre dans le souvenir. Même si Michel reste toujours présent dans son cœur, poupée de son a tourné la page.

Pour ses enfants, Pauline, qui a dix-sept ans et Raphaël, qui en a quatorze, France ne veut plus jamais se laisser aller au désespoir et à la nostalgie.

Il n’y a plus de place pour la tristesse dans ses yeux. Elle n’a plus le temps de regarder en arrière. Maintenant, ce petit bout de femme au tempérament de fer va de l’avant, sans penser aux douloureuses épreuves d’hier.

Cet exil aux Etats-Unis, n’était-ce pas pour elle la meilleure façon de respirer et aussi de faire le point ? “Lorsque je me suis retrouvée seule, déclarait-elle au journal France Soir, j’ai été complètement déstabilisée. Avant, je m’étais toujours reposée sur Michel. Je me laissais porter, j’avais une confiance absolue et, ainsi, je pouvais m’occuper de toute la famille, vivre, recevoir, partir. Et puis, soudain, tout a été remis en question. Il a fallu que je grandisse, que je sorte de l’enfance, que je me replace dans la vie. Grâce à l’amour et à la musique, j’ai retrouvé une certaine forme de bonheur.”

Désormais, France Gall évoque une autre vie. Dépassée cette image de veuve inconsolable. Son existence a repris son cours, pleine de projets … “Je ne me réveille plus en pleurant, le matin. Je veux encore pouvoir me réjouir”, avoue-t-elle. Oui, elle veut rire, profiter de l’existence, aller de l’avant et, pourquoi pas, aimer ?

D’ailleurs, dans le magazine Elle, n’affirmait-elle pas récemment : “Je suis sûre que je vais vivre une histoire ou des histoires d’amour, je l’espère, je suis prête. Je ne vois pas pourquoi ma vie de femme devrait s’arrêter. Le jour où je serai sûre d’aimer, les gens qui me sont proches seront les premiers informés.”

Amoureuse, notre petite France Gall ? Un autre homme ferait-il déjà battre son cœur ? Il est sans doute encore trop tôt pour l’affirmer. En tout cas, sereine et épanouie, confiante en l’avenir, elle vient d’entamer un nouveau départ. Et avec quelle énergie !

Un micro dans la main et elle oublie les souvenirs douloureux. Un salle de concert entière qui l’acclame et la voilà qui se sent chavirer de plaisir. France n’a plus peur, elle ne redoute plus les caprices de ce destin qui lui a été si souvent fatal. Elle a la force d’exister par elle-même.

Elle a encore beaucoup de choses à prouver, bon nombre de bonheurs à découvrir. Surtout, elle a toute la vie devant elle ! Alors, laissons faire l’avenir. Le ciel lui sera clément puis qu’elle est faite pour aimer et être heureuse.

Magazine : Ici Paris Magazine
Stéphanie Lohr
Date : 10 au 16 avril 1996
Numéro : 2649

Les heures terribles où France Gall a pensé au suicide

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Partir, partir, fuir loin, très loin, c'est la décision que l'on est tous tentés d'adopter quand la vie devient trop lourde à supporter.
Partir, partir, fuir loin, très loin, c'est la décision que l'on est tous tentés d'adopter quand la vie devient trop lourde à supporter.

France Gall. Partir, partir, fuir loin, très loin, c’est la décision que l’on est tous tentés d’adopter quand la vie devient trop lourde à supporter.

Quand croiser toujours les mêmes lieux, les mêmes regards, ravive chaque fois davantage la blessure que l’on porte en soi.

Car lorsque l’autre vous a quitté, partir c’est le dernier espoir pour tenter de se retrouver soi, de revivre pour soi et pour ceux que l’on aime.

De se dire que la vie continue malgré tout, et que cette vie, même si elle est parfois pénible, vaut le coup d’être vécue.

Voilà pourquoi, un an et demi après la mort de Michel Berger, survenue au milieu de l’été 1992, France Gall a décidé de partir. De s’envoler pour Los Angeles avec ses enfants, afin de prendre un nouveau départ.

Mais ceux qui ont déjà souffert savent bien que ce n’est pas parce que l’on fait 10 000 km que tout est résolu. Bien sûr, cela fait partie, comme le dit France, dans une interview publiée dans ELLE, « de ces petits détails qui peuvent changer la vie ». Mais il serait utopique de croire que l’on peut faire le deuil de quelqu’un et se sentir bien, soudain, juste parce qu’il fait beau. Et France n’a pas échappé à la règle.

« Une fois que j’ai décidé de partir, je me suis demandé ce que j’allais faire pour ne pas me suicider pendant que les enfants seraient à l’école », dit-elle encore dans cette même interview.

Alors, comme elle n’est pas du genre à s’apitoyer sur son sort pour que les autres pleurent avec elle, France a décidé de continuer à mettre toutes les chances de son côté. Los Angeles, c’était le premier pas vers sa renaissance. Mais il lui fallait quelque chose de plus fort pour pouvoir renaître vraiment. Quelque chose qui lui permette de faire doucement en elle la transition entre les années de bonheur qu’elle avait connues avec Michel, et son existence après lui.

La solution s’est alors imposée à elle, presque comme une évidence. Ce lien magique, salvateur, c’était la musique.

Et si elle nous revient aujourd’hui avec un nouvel album, composé de treize des plus belles chansons de Michel, ce n’est pas « seulement » pour lui rendre hommage. C’est plutôt pour faire connaître et reconnaître le talent de celui qui a été son amour pendant dix-huit ans, à travers le monde.

« Je sais que c’est quelque chose qu’il souhaitait, que sa musique sorte de son pays. J’ai envie qu’on l’aime aussi ailleurs qu’en France. », dit-elle encore.

Ce n’est donc pas un hasard si l’album s’appelle « France » et non pas « France Gall chante Michel Berger » par exemple.

Non, cet album, et pour la première fois, elle peut se vanter de l’avoir porté et mis au monde de bout en bout.

Car, contrairement au passé où elle s’appuyait entièrement sur Michel, c’est elle et elle seule qui a décidé des musiciens qui l’ accompagneraient dessus, des chansons qui y figureraient, et aussi, du ton dans lequel elle chanterait.

« Michel me faisait chanter dans le ton dans lequel il composait, qui était toujours trop haut pour moi ! Mais pour la première fois, j’ai imposé mon timbre naturel. »

Après avoir été la femme de Michel, la mère de ses enfants, France est donc enfin devenue elle-même.

Et quand on lui parle de son avenir, elle avoue se sentir prête à vivre une ou plusieurs histoires d’amour.

Après tout, pourquoi sa vie de femme devrait-elle s’arrêter?

Et puis, comme elle le dit si bien, « un amour ne chasse pas le précédent», et c’est à jamais que Michel restera dans son cœur.

Magazine : France Dimanche
Date : du 6 au 12 avril 1996
Numéro : 2588

France Gall : c’est important de croire en soi

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France Gall revient, et c'est tant mieux. Avec un album intitulé « France » tout simplement, où elle chante Michel Berger.
France Gall revient, et c'est tant mieux. Avec un album intitulé « France » tout simplement, où elle chante Michel Berger.

Née sous le signe de la Balance, elle se définit comme une femme réaliste mais optimiste. Elle a, aujourd’hui, surmonté sa période sombre. Son disque, s’il est un hommage à Michel Berger est aussi et surtout une manière de redevenir elle-même et d’aller de l’avant.

France Gall revient, et c’est tant mieux. Avec un album intitulé « France » (WEA) tout simplement, où elle chante Michel Berger, évidemment.

Un album épuré, émouvant, qui balance entre le rire et les larmes, entre les idées noires qui peuplent les nuits blanches et le jour qui se lève, quand même. Forte de cet album, qu’elle a porté toute seule, pour la première fois, France Gall est rayonnante. Si jolie, si menue, mais pas si fragile ! Avec une dignité qui force le respect, elle raconte le chemin qu’elle a suivi pour arriver à ce qu’elle est aujourd’hui : une femme équilibrée, au bord d’être heureuse.

ELLE. Quel a été le déclic qui vous a donné envie de faire cet album ?

FRANCE GALL. Partir ! Parce que c’était un peu « lourd » pour moi en France, à cause des événements de la vie, de la pression. Partir faire le point, respirer. Partir et être comme tout le monde, pouvoir sortir sans qu’on me regarde, sans avoir un objectif braqué sur moi, pouvoir faire de la bicyclette avec les enfants. Ce sont des petits détails, mais qui peuvent changer la vie. D’ailleurs, mes enfants avaient aussi formidablement envie de partir.

ELLE. Et pourquoi avez-vous choisi de vous installer à Los Angeles ?

F.G. A cause du soleil ! J’avais envie de sauter un hiver et de voir le ciel bleu.

ELLE. Et l’album dans tout ça, comment est-il né ?

F.G. Une fois que j’ai décidé de partir, je me suis demandé ce que j’allais bien pouvoir faire pour ne pas me suicider pendant que les enfants seraient à l’école ! Alors, je me suis dit que j’allais faire de la musique.

ELLE. Pas avec n’importe qui, puisque vous avez travaillé avec le producteur de Prince !

F.G. J’ai travaillé avec l’équipe de Paisley Park, que Prince a créée et avec laquelle il travaille depuis dix ans, et aussi avec Andrew Stoker, le producteur de Sting, et aussi avec des Blacks, parce que j’aime la musique qui groove : Marcus Miller, qui est presque un mythe, et Captain Kirk, qui a fait des rythmiques d’enfer. En tout, j’ai travaillé avec quatre producteurs.

ELLE. Mais le chef, c’était vous !

F.G. Si je les avais laissés faire, ce ne serait pas le même album, on entendrait une voix noyée d’échos, plus aiguë, avec beaucoup de cordes, de clochettes, plein de trucs ! Alors que moi, je voulais un album sans fioritures, d’une grande pureté, j’avais envie de retrouver les vrais sons des instruments, avec ma voix devant.

ELLE. Elle est plus grave qu’avant, non ? On dirait presque que vous avez changé de voix !

F.G. Michel me faisait chanter dans le ton dans lequel il composait, qui était toujours trop haut pour moi ! Et comme il ne voulait pas changer, je me pliais à ça. Mais moi, contrairement à ce qu’on pourrait penser, j’ai une voix grave ! Et, pour la première fois, j’ai imposé mon timbre naturel.

ELLE. Comment avez-vous choisi les treize titres qui composent l’album ?

F.G. J’ai écouté toutes les chansons de Michel, les siennes, les miennes, celles qu’il avait écrites pour Johnny et Françoise Hardy. Et puis, j’ai sélectionné et j’en ai gardé treize. Mon idée, c’était de donner la palette la plus large des possibilités musicales de Michel, qui sont extraordinaires. Et aussi de choisir ses chansons les plus universelles pour aller porter cet album un peu partout dans le monde. Je sais que c’est quelque chose qu’il souhaitait, que sa musique sorte de son pays. J’ai envie qu’on l’aime aussi ailleurs qu’en France.

ELLE. Dans les concerts que vous avez donnés après la mort de Michel, vous aviez choisi de ne pas chanter des chansons comme « Plus haut, celui que j’aime vit dans un monde plus haut », qui pouvaient donner lieu à des interprétations. Or, « Plus haut » est le premier single de votre nouvel album, pourquoi ?

F.G. Je n’avais pas chanté « Plus haut » en concert, parce que je m’étais dit que ça allait me retomber dessus, ce texte-là ! Je ne voulais pas faire larmoyer les gens, je déteste ça. Mais, en préparant l’album, je me suis dit que je n’allais pas me priver de cette chanson, d’abord parce que je l’aime, et ensuite parce qu’elle me fascine. Je n’en reviens pas que Michel ait écrit ce texte en 1981 ! Quand j’ai enregistré « Plus haut » en studio, j’avais la chair de poule tellement je trouvais que c’était incroyable, ce texte écrit il y a quinze ans, et qui est tellement fort et proche de la réalité aujourd’hui.

ELLE. Justement, qu’avez-vous ressenti en vous glissant dans les mots de Michel ?

F.G. En studio, on passe de l’euphorie quand ça va bien à la souffrance quand on n’y arrive pas. Mais, moi, je pourrais passer ma vie en studio tellement j’aime ça ! Parce que c’est le moment où une musique prend forme, et que j’adore tout ce qui se concrétise, tout ce qui se crée. Pour prendre un exemple dans le quotidien, j’aime bien mettre la table, mais je n’aime pas la défaire !

ELLE. Michel disait : « Je suis l’air, et France la terre. »

F.G. Il disait aussi que je suis une réaliste optimiste.

ELLE. Et vous trouvez que cela vous correspond ?

F.G. Oh oui ! Par l’éducation que j’ai reçue et par mon double signe de la Balance, je suis quelqu’un d’assez équilibré. J’adore la vie ! Je me réjouis quand il fait beau le matin, d’être dans un joli appartement, de faire un bouquet de fleurs ! J’adore la vie et, en même temps, je la trouve épouvantable. Quand j’ai appris qu’un SDF avait été brûlé vif dans la rue, ça m’a fait un tel choc que j’ai vomi. Je suis bouleversée par la violence du monde. Quand on souffre de la souffrance des autres, ou bien on essaye de voir les choses positives, ou alors on balance tout pour se vouer aux autres et on devient Mère Teresa ou l’abbé Pierre ! Ce n’est pas une chose que j’exclus, peut-être qu’un jour je balancerai tout !

ELLE. Où puisez-vous cet amour de la vie, malgré toutes les épreuves que vous avez traversées ?

F.G. Je me dis que j’ai eu beaucoup de chance. Que les drames que je traverse, beaucoup de gens les traversent aussi, mais sans avoir le confort dans lequel je vis, l’entourage que j’ai, l’amour que je sens autour de moi, de mes amis mais surtout de tous ceux que je ne connais pas. Tous ces gens qui ont souffert et pleuré avec moi au moment de l’enterrement de Michel m’ont aidée énormément. Je suis moins seule que les autres. J’ai beaucoup de chance.

ELLE. C’est paradoxal de vous entendre dire ça …

F.G. Je crois qu’on doit souffrir pour avancer et grandir. Et je crois aussi que tout le monde doit souffrir à un moment donné de sa vie, au début, au milieu ou à la fin, je ne sais pas. Moi, ça a été au milieu mais, maintenant, c’est derrière moi, j’ai traversé ma période sombre et je vais sûrement entrer dans une période paradisiaque ! (Elle éclate de rire.)

ELLE. Vous avez toujours été aussi optimiste ?

F.G. Pas du tout ! Je ne suis plus du tout la même femme. Et ce n’est pas seulement une question d’être à l’aise dans ses baskets. Je suis plus heureuse parce que je comprends mieux le sens de la vie, parce que je me suis posé beaucoup de questions auxquelles des livres m’ont, d’une certaine manière, répondu. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’être moi. Avant, j’étais la mère de mes enfants, la femme de Michel, l’amie idéale, la maîtresse de maison … Et moi, je me mettais de côté, je ne voulais pas me mettre en face de moi. Je suis très riche et très forte des dix-huit ans que j’ai passés avec Michel, mais, aujourd’hui, je crois que je suis davantage moi.

ELLE. Vous refusez toujours de vous apitoyer sur vous-même …

F.G. Mais je ne suis pas non plus dure avec moi ! Je m’aime bien, je trouve que je suis quelqu’un d’assez bien !

ELLE. Vous ne ressemblez pas du tout à l’image que donnent de vous certains journaux : une femme triste mais aussi courageuse.

F.G. Quand j’ai fait Bercy, sur toutes les couvertures de journaux, on lisait : « En hommage à Michel, elle fait Bercy. » Ça m’a fait du mal parce que ce n’est pas comme ça que je vois les choses. Je ne veux pas jouer sur la mort de Michel, sur ma tristesse, c’est impossible ! Je n’aime pas quand on me présente comme une femme dans le malheur, et qu’on me donne le sentiment que je joue de mon malheur. Je ne veux pas qu’on parle à ma place, je ne peux pas le supporter ! Pour moi, il ne s’agit pas d’oublier ou d’enterrer, la preuve, c’est cet album. Mais quand Michel est mort, j’ai essayé de faire son deuil le plus vite possible. Je pensais que c’était vraiment la chose la plus intelligente à faire. Et je crois que j’ai réussi. Aujourd’hui, je ne pense pas avec tristesse à Michel. Et je pense que c’est ça, faire son deuil, c’est arriver à y penser, sans recevoir un coup de poignard dans le cœur. J’y suis arrivée et j’en suis fière.

ELLE. Vous vous épatez ?

F.G. Oui, je suis vachement contente de moi ! Et c’est formidable de s’aimer, d’avoir confiance, de croire en soi. Si on ne s’aime pas, personne ne peut vous aimer !

ELLE. Vous avez repris une chanson de Michel qui s’appelle « Que l’amour est bizarre ». Vous croyez que l’amour est bizarre ?

F.G. Oui, c’est complètement bizarre l’amour ! Ça vous tombe dessus, même si ça ne vous arrange pas, avec cette personne-là et pas une autre. Mais c’est comme ça, on n’y peut rien. Parfois, ce n’est pas le bon moment. Par exemple, Michel, je l’ai rencontré plusieurs fois avant qu’on tombe amoureux. On s’est croisés, on a dîné, on s’est vus, mais ce n’était pas le bon moment.

ELLE. Et après ?

F.G. J’ai entendu son premier disque à la radio, et, immédiatement, je me suis dit : « Ce sera lui ! ». J’ai été bouleversée par sa musique, j’ai immédiatement eu envie de travailler avec lui et de le rencontrer.

ELLE. Vous êtes tombée amoureuse de sa musique avant de tomber amoureuse de lui !

F.G. Mais ses chansons, c’était tellement lui que je ne pouvais absolument pas faire autrement que de tomber amoureuse de lui ! « Que l’amour est bizarre » est la première chanson qu’il a écrite et chantée après m’avoir rencontrée.

ELLE. Dans l’interview que vous avez donnée au magazine ELLE juste après la mort de Michel, vous disiez : « J’ai été quelqu’un d’extraordinairement heureux. Et je veux l’être encore. » Aujourd’hui vous êtes heureuse …

F.G. Si la vie est un peu plus douce, je pense que je vais arriver à être heureuse, oui.

ELLE. Et amoureuse ?

F.G. Il n’y a que le temps qui va pouvoir me le dire. Je suis sûre que je vais vivre une histoire ou des histoires d’amour, je l’espère, je suis prête. Je ne vois pas pourquoi ma vie de femme devrait s’arrêter.

ELLE. Vous avez un rêve ?

F.G. Oui, être sereine, mais à haut niveau ! Être sereine, pour moi, c’est pouvoir passer des journées entières sans voir personne, sans parler, et être heureuse. Les gens qui peuvent vivre comme ça ont un éclat dans les yeux qu’on ne rencontre nulle part ailleurs. Moi, je crois que j’aimerais un jour avoir cet éclat dans les yeux. Pour ça, il faut se détacher totalement de tout. Moi, je suis encore trop attachée à mes maisons, mes objets, au temps qu’il fait, à un bon repas … Le bâton de pèlerin, c’est pas encore pour demain !

Magazine : ELLE
Par Olivia de Lamberterie
Photo de Kate Barry
Date : 1er avril 1996
Numéro : 2622

France Gall : ma vie sans Michel Berger

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Pendant un an et demi, elle s'était installée à Los Angeles avec ses enfants. Pour tourner une page douloureuse. De retour, elle nous livre ses confidences.
Pendant un an et demi, elle s'était installée à Los Angeles avec ses enfants. Pour tourner une page douloureuse. De retour, elle nous livre ses confidences.

Pendant un an et demi, elle s’était installée à Los Angeles avec ses enfants. Pour tourner une page douloureuse. De retour, elle nous livre ses confidences.

Un duplex à deux pas du parc Monceau, à Paris, vers 18 heures. Caleçon noir, tunique verte, France Gall partage le goûter de ses deux enfants. Thé et fruits. Elle est anxieuse de l’accueil qui sera réservé à son disque, mais apaisée sur le plan personnel.

Gala : France, votre nouvel album, est à nouveau, et uniquement, consacré à Michel Berger. Pourquoi?

France Gall : C’est le patrimoine qu’il nous a légué, à moi, à ses enfants et au public. Dans les chansons de Michel, je me sens chez moi. Pourquoi aurais-je laissé tomber ? Pourquoi serais-je allée voir ailleurs ? Pour l’instant, je n’ai rien entendu de plus beau qui me corresponde. D’ailleurs, la première fois que j’ai écouté un disque de Michel, je me suis dit que si je ne pouvais pas travailler avec lui, mieux valait arrêter de chanter.

Gala : Pourquoi avez-vous éprouvé le besoin de vous expatrier pour faire ce disque, qui est finalement si proche de nous ?

F. G. : Parce que, pour respirer, il fallait que je m’en aille. L’idée n’était pas de faire un disque « américain ». C’était de partir sans regarder en arrière. De laisser des choses un peu lourdes, après quelques années de tracas.

Gala : N’avez-vous pas eu peur que ce soit, pour vos enfants, une rupture de plus ?

F. G. : Je ne serais jamais partie s’ils ne l’avaient pas souhaité. Mais ils le désiraient comme des fous. Raphaël voulait être américain et Pauline bilingue ! On partageait la même envie de changer de paysage.

Gala : Et alors ? Ils sont revenus bilingues ?

F. G. : Raphaël, moyennement. Mais Pauline, tout à fait.

Gala : Et la solitude, vous ne la redoutiez pas ?

F. G. : On est partis sans peur, sans se poser de questions. On est arrivés un jour de décembre, dans une grande maison vide qu’avait habitée Doris Day, et l’aventure a commencé. Je mentirais si je vous disais que le réveillon a été le plus heureux de notre vie. On ne connaissait personne, on se retrouvait à l’autre bout du monde et on trouvait les Américains aussi si différents que les Chinois. On savait qu’il nous faudrait un temps d’adaptation. On se sentait protégés par notre volonté commune.

Gala : A Los Angeles, comment se déroulait votre vie ?

F. G. : C’était très organisé. Beaucoup plus qu’ici, où c’est toujours un peu le chantier ! Là-bas, tout était programmé. Il y avait peu de place pour l’inattendu. La semaine, les enfants allaient au lycée français et moi au studio. Huit heures par jour … comme au bureau. Le week-end, on allait à Venice, au bord de la mer. On faisait du sport. On déjeunait toujours dans le même restaurant. Puis, je me faisais masser le dos sur la plage. C’était nouveau de vivre comme ça, en liberté, dans l’anonymat !

Gala : Qu’avez-vous découvert, en bien comme en mal, à Los Angeles ?

F. G. : Les Californiens. J’ai apprécié leur formidable énergie. Ce sont des gens sûrs d’eux, plutôt gais et en forme. Aucun laisser-aller. Les femmes sont coquettes et les hommes impeccables. C’est agréable, même si pour nous, Latins, voir des types qui s’enduisent de crème, se font tirer la peau et prennent un soin inouï de leur corps, cela fait un peu bizarre !

Gala : Vous aviez déménagé vos affaires personnelles ?

F. G. : Des malles entières, oui. Je voulais apporter un peu de mon décor. Des tonnes de vêtements, notamment. Inutiles, puisque nous n’avons porté que ceux achetés sur place ! Pour les meubles, nous avons tout loué là-bas. Chacun s’est créé son univers : la chambre de Raphaël était toute noire, celle de Pauline toute blanche.

Gala : Comment avez-vous vécu votre retour en France ?

F. G. : On était plutôt contents de rentrer, mais, une fois arrivés, on a trouvé que tout était un peu … petit ! L’espace, la végétation somptueuse avaient disparu. Heureusement, les vacances nous ont permis de retrouver tout ça.

Gala : Votre maison dans le Midi, où Michel Berger est décédé, arrivez-vous à y vivre sereinement ?

F. G. : J’aime cette maison. Elle a une âme. Une vraie. La plupart du temps, je n’ai aucun problème avec elle. Mais c’est vrai que je n’y ai pas encore passé un été réussi. C’est la saison bannie, celle du pire souvenir. J’attends avec impatience le premier été où je m’y sentirai bien.

Gala : Et votre maison en Afrique ? L’Amérique vous en a-t-elle privée ?

F. G. : Pendant sept mois, nous n’avons pas quitté Los Angeles, mais j’adore toujours cet endroit. Ma petite maison est enfin terminée. J’y suis retournée pour les fêtes de fin d’année. Mais ça … tout le monde le sait !

Gala : Vous faites allusion à certaines photos de paparazzi ?

F. G. : Oui. Elles m’ont horrifiée. Sur le coup, j’ai immédiatement téléphoné à Dakar pour faire vendre la maison. Mais, finalement, je l’aime trop.

Gala : Revenons à vous : êtes-vous amoureuse ?

F. G. : Seul le temps permettra de répondre à cette question. Il y a trois ans et demi que Michel est parti. Je n’ai pas envie de me cacher, si je peux avoir du bonheur avec quelqu’un, mais il faut de la patience pour savoir si cette personne est devenue essentielle !

Gala : Comment vos enfants réagiraient-ils, face à un autre amour ?

F. G. : Chaque enfant réagit différemment. Surtout quand il s’agit d’un garçon et d’une fille. L’essentiel, c’est d’être la plus heureuse possible, pour les aimer le mieux possible. Et puis, un nouvel amour ne chasse pas le précédent. A vingt ans ou trente ans, on aime pour construire. Plus tard, quand tout est déjà construit, on aime pour retrouver une certaine … légèreté. Pour se reposer un peu et vivre sa vie de femme.

Gala : Comment voyez-vous votre futur ?

F. G. : Je ne sais pas ce que je vais faire et je m’en vante. J’ai appris que penser à l’avenir ne sert à rien et que la vie se moque de nos projets. Alors, et cela me change un peu, je me contente de vivre le présent.

Gala : Trois ans et demi après le départ de Michel, outre ses chansons, que reste-t-il de lui ?

F. G. : La force qui m’anime.

Gala : Si nous terminions en citant quelques mots de Michel Berger au hasard de l’album ?

F. G. : Oui ! Mais pas d’analyse de texte … il aurait détesté cela !

Gala : « Des rêves, des promesses, des mariages … à quoi elle sert cette vie qu’on vit malgré tout », écrit-il. Votre réponse ?

F. G. : A donner l’amour qui est en nous. Les rêves, on en change.

Gala : « Il nous faut le paradis pour oublier l’enfer », entend-on dans Laissez passer les rêves

F. G. : Il nous faut surtout des rêves qui mettent de la hauteur dans nos vies.

Gala :« Que l’amour est bizarre » C’est une constatation ?

F. G. : L’amour, c’est la plus belle surprise de la vie. On ne sait jamais quand il va vous tomber dessus !

Gala : « Débranche … » vous savez le faire ?

F. G. : Sans aucun problème.

Gala : Débrancher le chagrin, on y arrive comment ?

F. G. : Avec l’aide du temps et de gens merveilleux.

Gala : « Si le dégoût de la vie vient en toi », écrit-il encore dans Message personnel.

F. G. : Le dégoût, sûrement pas. La lassitude, parfois.

Gala : L’avenir est-il « fragile … pour les princes des villes » ?

F. G. : Eh oui ! Chanteur, c’est pas le métier le plus pépère du monde.

Magazine : Gala
Par Alain Morel
Date : 28 mars 1996
Numéro : 146

France Gall : “Mon premier album toute seule !”

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France Gall, Vous revenez avec un album consacré à Michel Berger et vous dites dans le dossier de présentation : « A quoi sert cet album ? A me rendre heureuse, finalement. » Que cache ce « finalement » ?
France Gall, Vous revenez avec un album consacré à Michel Berger et vous dites dans le dossier de présentation : « A quoi sert cet album ? A me rendre heureuse, finalement. » Que cache ce « finalement » ?

Alain Morel : On ne vous a pas vue depuis longtemps, comment ça va ?

France Gall : Maintenant … ça va bien.

Vous revenez avec un album consacré à Michel Berger et vous dites dans le dossier de présentation : « A quoi sert cet album ? A me rendre heureuse, finalement. » Que cache ce « finalement » ?

France Gall : Ce « finalement » raconte l’expérience professionnelle passionnante mais difficile que je viens de vivre. J’avais une vision très précise et très déterminée de ce disque. La faire comprendre à des producteurs à la fois masculins et américains ne fut pas simple. Ils avaient craqué pour les chansons de Michel, mais ils ne connaissaient rien de son univers. Je passais mon temps à les empêcher de m’emmener là où ils le voulaient eux. Je parlais mal leur langue. Il m’a fallu des mois pour parvenir à la simplicité et à l’unité que je recherchais. Y être parvenue à quatre-vingt-quinze pour cent est une bonne raison de me sentir heureuse.

« J’allais pas lâcher comme ça, même s’il était mort », dites-vous en évoquant Michel. Lâcher quoi, pour être plus précise ?

France Gall : L’œuvre de Michel. C’est le patrimoine qu’il nous a légué, à moi, à ses enfants et au public.

A l’écoute du disque, on a l’impression que vous n’avez jamais été autant en osmose avec lui …

France Gall : C’est vrai. Maintenant qu’il ne nous reste plus que la musique à partager, il est normal que l’on ressente très fort cette osmose. Mais elle est née il y a longtemps. La première fois que j’ai entendu l’un de ses disques, ce fut une révélation, un éblouissement. Aujourd’hui, plus investie que jamais dans le travail de studio, en ajoutant beaucoup de moi-même à ses chansons, c’est un peu comme si elles venaient de moi.

Après la mort de Michel, vous aviez dit que faire de la scène vous permettait de renaître. Comment, depuis un an et demi, expatriée aux Etats-Unis, avez-vous pu vous en passer ?

France Gall : Après la renaissance, il reste à vivre. Et ma vie n’est pas sur scène même si, face au public, l’amour est là, réconfortant, comme un résultat immédiat,

C’est à Los Angeles que Michel avait écrit votre album « Double Jeu ». Est-ce la raison de votre choix d’aller passer sept mois là-bas ?

France Gall : On est souvent allé travailler là-bas ensemble. Sans y faire de la musique, l’endroit est un peu vide. (Sourire.) Mais j’adore la lumière des lieux. Et puis Je ne voulais pas me retrouver dans une ville verticale.

Pourquoi n’êtes-vous pas revenue avec, comme prévu, quelques titres en anglais sous le bras ?

France Gall : Tim Rice a bien eu la gentillesse de m’adapter quelques textes, mais, finalement, je ne les ai pas enregistrés. En fait, j’ai du mal à articuler en anglais. (Sourire.) Et puis je me suis dit : « A quoi ça servirait ? » Je ne me vois pas vraiment réussir aux Etats-Unis. Les Américains sont imbattables sur leur terrain. Et, de toute façon, je n’ai pas envie de passer là-bas tout le temps que cela m’imposerait. Par contre, il se pourrait bien que je produise un jour un disque des musiques de Michel chantées par des Américains.

Les musiciens et les quatre producteurs de votre album, dont Marcus Miller (ex-bassiste et producteur de Miles Davis) et Rickie Peterson qui réalise huit titres, c’est vous qui les avez choisis ?

France Gall : Oui. Tout est parti de ma rencontre à Pesley Park avec Rickie qui travaille avec Prince depuis l’âge de dix-neuf ans. Il a d’abord produit la nouvelle version des « Princes des villes » que j’avais ajoutée en bonus sur mon double album live de Bercy.

« Plus haut » est le premier titre de l’album et du single deux titres. Symbolique ?

France Gall : C’est la chanson qui légitime le disque, qui le présente en brossant un portrait de Michel. Je suis follement heureuse que Jean-Luc Godard ait accepté d’en réaliser le clip.

Les autres chansons, sur quels critères les avez-vous retenues?

France Gall : Sur leurs textes. Selon ce que j’ai envie de dire aujourd’hui. Sur leur universalité et leurs différents styles. En fait, j’ai voulu démontrer l’étendue du talent de Michel.

Son répertoire n’étant pas inépuisable, pensez-vous qu’un jour vous serez l’interprète de quelqu’un d’autre?

France Gall : Mais si, il est inépuisable. (Sourire.) Le trésor est encore immense. Michel a écrit quatre cent cinquante chansons. Je les ai toutes réécoutées. Je vous jure que le choix a été difficile.

Existe-t-il encore des chansons inédites ?

France Gall : Je ne crois pas et je ne veux pas chercher car je sais que tout ce qui lui plaisait de ce qu’il ‘avait écrit est sorti.

Aujourd’hui, au-delà de ses chansons, que vous reste-t-il de Michel ?

France Gall : Tout ce qu’il m’a donné. Notamment la force qui m’anime.

On vous dit amoureuse de quelqu’un d’autre ?

France Gall : Seul le temps répondra à cette question. Il y a trois ans et demi que Michel est parti. Je n’ai pas envie de me cacher si je peux avoir du bonheur avec quelqu’un. Mais il faut de la patience pour savoir si cette personne deviendra essentielle.

Votre album s’intitule seulement « France » …

France Gall : Ce titre s’est imposé à la fin, comme une évidence. C’était tout simple. A l’image du disque. C’est mon premier album toute seule.

France Gall Nouvel album : “France”, et single deux titres : “Plus haut” (disques WEA). Sortie demain.

Magazine : Le Parisien Yvelines
Par Alain Morel
Numéro du jeudi 28 mars 1996
Numéro : 16038

Merci à Elisabeth.

Pour France Gall, traitement collector de la part du docteur Dial

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Saviez vous que ...
Saviez vous que ...
Saviez vous que ...

Après Serge Gainsbourg et Johnny Hallyday, c’est au tour de France Gall de subir un petit traitement collector de la part du docteur Dial.

Selon deux potions.

D’une part en rééditant à trois mille exemplaires numérotés ses deux 25 cm de 1964 en fac-similé du format original. D’autre part en proposant selon le procédé “Collection 60 Des EP Français” de la marque Magic, bien connu maintenant des collectionneurs, deux CD rassemblant dans l’ordre dix des super 45 tours de France Gall entre 1963 et 1967.

Avec à l’intérieur la reproduction de ces derniers dans un livret couleurs. Contrairement à d’autres produits du Club Dial, ceux-ci sont disponibles par simple correspondance (voir publicité dans Juke Box Magazine N°100). Démarrée en 1963 et toujours en vigueur, la carrière de France Gall n’est pas avare d’ambivalence. Ses deux tronçons, 60 et 70/80/90, placés sous des augures très différents, sont pour d’aucuns, dont elle-même, antinomiques. Quoi qu’il est tout à fait possible d’apprécier les deux. Rien de bien inexplicable là-dedans quand on pense que France Gall a débuté à seize ans, qu’on lui a fait chanter des thèmes intimement liés à son âge (voire même à celui inférieur), jouant au mieux de sa voix pré-adolescente.

Pas étonnant qu’à l’entrée dans une autre tranche d’âge sa sensibilité d’artiste se soit complètement modifiée. Ensuite, dans le cru qui nous intéresse, volontairement ou involontairement – grande question -, France Gall a réalisé une sorte de grand écart entre Nounours et Lolita. Autrement dit entre une extrême candeur, redevable aux textes de son attentionné papa, Robert Gall, et les insinuations les plus osées, dues bien sûr à Serge Gainsbourg. En 1966. les fameuses “Sucettes” sont ainsi couplées sur le même super 45 tours à … “Je Me Marie En Blanc”!

Pour goûter l’œuvre des années Philips de France Gall, il faut aimer ce qui est acidulé, non-adulte, candide et un tantinet kitsch avec le recul. Et l’on débouche dès lors sur un excellent yéyé, divertissant et de plus bien réalisé, alternant rythme et tendresse. Le lait que l’ensemble du répertoire ne recèle que trois reprises nord-américaines prouve en outre que la pratique généralisée de l’adaptation n’était pas obligatoire pour obtenir efficacité et succès. On peut relever également une certaine sensibilité jazz (“Pense A Moi”, “Jazz A Goqo”, “Le Cœur Qui Jazze”) et parfois une approche groupes féminins américains dans certains arrangements à étages et voix superposées (“La Cloche”). Avec son timbre unique, ses envolées mutines soudaines, son chant parfois poussé à l’extrême (comme l’aime Serge Gainsbourg), la prestation vocale de France Gall est essentielle.

Les textes passent au crible les sentiments et situations que peut rencontrer une adolescente, plutôt naïve en général. Parfois ils laissent un peu perplexe, comme dans le charmant “Si J’Etais Un Garçon”; “Moi je vous le dis, Qui connais les filles! Plus elles disent NON, plus ça veut dire OUI”.

Pierre IAYANI

Magazine : Jukebox Magazine
Date : Mars 1996
Numéro : 102

France Gall : l’amour après 4 ans de solitude

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France Gall : l'amour après 4 ans de solitude
France Gall : l'amour après 4 ans de solitude

France Gall confiait à un journaliste, il y a plus d’un an : “C’est le moment pour moi de faire des choix. Je crois que, maintenant, tout est possible. Et cela également dans ma vie privée.”

Aujourd’hui, elle a sauté le pas. Il aura fallu près de quatre longues années à France pour revivre.

Quatre ans pour refaire surface, après le décès soudain de Michel Berger, disparu à l’âge de 44 ans, un après-midi d’août 1992. Michel était son mari, bien sûr, et le père de ses enfants, Pauline et Raphaël. Mais il était aussi son pygmalion, celui dont elle disait : “Il fut le premier à m’écouter”.

C’est Paul, un jeune NewYorkais de 30 ans, qui lui a redonné le goût des choses de la vie. Et, comme pour France tout commence par une chanson, Paul est lui aussi musicien. Ils se sont rencontrés cet été, en Californie, chez des amis, alors que France mettait la dernière touche à son nouvel album. Un recueil des meilleures chansons de Michel Berger, en anglais, qui sortira en mars prochain. En attendant l’inévitable tournée de promotion, qui devrait bientôt débuter, la star a décidé de passer le réveillon du nouvel an sous le soleil du Sénégal.C’est son pays de prédilection, celui où elle vient, à chaque moment important de son existence, depuis près de vingt-cinq ans. Même à l’époque de sa passion avec Michel il lui arrivait de venir arpenter, seule, les rives du fleuve Sénégal. Cette année, elle a souhaité faire partager son amour de l’Afrique à Paul… Elle lui a ouvert les portes de sa “petite bicoque” – comme elle l’appelle – sur l’île de N’Gor, juste au nord de Dakar. Et elle l’a présenté aux habitants de l’île, des peintres et des musiciens, qui sont ses copains. Après quelques improvisations, ils ont tous adopté Paul. Pour le plus grand bonheur de France. A 48 ans, elle reprend goût à la vie. Enfin.

Magazine : Voici
THIERRY MOREAU
Date : 15 au 21 janvier 1996
Numéro : 427