Accueil Blog Page 41

Michel m’a sauvée de la dépression

0
Toujours est-il que la douce France Gall, célèbre pour les chansons douces que lui compose tout en douceur son doux compositeur de mari, apprend depuis quelque temps le karaté !
Toujours est-il que la douce France Gall, célèbre pour les chansons douces que lui compose tout en douceur son doux compositeur de mari, apprend depuis quelque temps le karaté !
Michel m'a sauvée de la dépression

Aurait-elle tout au fond de son cœur une irrépressible violence qu’elle chercherait à assouvir à tout prix ?

Toujours est-il que la douce France Gall, célèbre pour les chansons douces que lui compose tout en douceur son doux compositeur de mari, apprend depuis quelque temps le karaté !

« Mais qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas par plaisir mais plutôt par perfectionnisme, dit-elle ; il y aura dans mon prochain spectacle une scène de karaté et je tiens à la jouer le mieux du monde. Cela dit, je n’arrive pas à me faire à ce sport très violent ».

Son prochain spectacle, c’est en septembre qu’elle le donnera, Porte de la Villette à Paris, dans l’enceinte du déjà fameux Zénith inauguré victorieusement par Renaud en janvier dernier. Le Zénith qu’elle a choisi parce qu’avec son immense capacité d’accueil il représente un nouveau pari à tenir : « c’est vrai que c’est très grand là-bas … il faut remplir. Mais la salle me fait un effet fantastique, je la trouve très belle. Au Palais des Sports il se passe toujours quelque chose avec le public et je sens que ce doit être pareil au Zénith. C’est pourquoi ce choix qui est une façon de viser encore plus haut, je l’ai fait sans crainte. Il faut savoir prendre des risques dans ce métier … J’espère simplement que les gens viendront jusqu’à là-bas, c’est un peu loin ». Pas de trac donc, mais un plaisir encore plus fort à l’idée de retrouver son public : « Étant donné que je ne fais pas de photos pour la presse, que je ne donne pratiquement pas d’interviews, c’est ma façon à moi de récompenser les gens qui m’aiment … mon acte d’amour à mon public. Dans de tels moments, je le sais d’expérience, le plaisir de chanter efface le trac ». De « Débranche », déjà un tube et aussi sa chanson préférée de l’album, elle se plaît à dire que c’est un titre agréable à défendre : « Je suis tout à fait d’accord avec le texte, je me dis d’ailleurs la même chose très souvent mais sans arriver à appliquer la formule !

Sur le même album j’aime aussi beaucoup « Tu comprendras quand tu seras plus jeune ». La mélodie est très cool … tout ce qui me plaît chez Michel Berger ». Michel Berger. Le mari. L’auteur. Le compositeur. L’homme qui lui a permis de renaître. Comme femme et aussi comme artiste.

« Après la grande vogue des « sixties », mon dernier succès avait été « Bébé requin » en 1969. Et puis plus rien. J’étais oubliée ». Dans les choux la petite France de « Poupée de cire, poupée de son » ou des « Sucettes à l’anis » qui avait connu la gloire à 16 ans et se retrouvait soudain dans la peau d’une « has been » à l’âge où d’autres s’apprêtent seulement à commencer une carrière. Les années 70 commencent sans elle parce qu’ elle ne veut plus être un « bébé qui chante ». La déprime guette et elle est au bord de l’abandon lorsque son attention est attirée par « Attends-moi » la chanson d’un certain Michel Berger.

« Du coup, j’ai écouté d’autres choses de lui et tout de suite j’ai adoré sa musique et ses mots. Je lui ai demandé de travailler pour moi. Il m’a dit « non ». Très gentiment mais il avait peur d’un échec pour nous deux. Alors j’ai insisté. Pour la première fois de ma vie, j’avais envie d’aller vers quelqu’un. Mais attention, c’était strictement professionnel car, à cette époque, de toute façon, je n’étais pas disponible. Vaincu par tant de volonté. Michel finit par céder.

« Aime-la » remet France sur le bon chemin puis en 1976, c’est « Ma déclaration» et le succès reconquis. La même année, elle épouse son auteur-compositeur et continue, huit ans après, d’affirmer « Berger, c’est l’homme de ma vie ». Ce qui compte le plus pour elle avec Pauline, cinq ans, et Raphaël, trois ans. « Je suis romantique, c’est vrai. Et je crois au grand amour. Mais je trouve la passion invivable. Je lui préfère mille fois l’amour serein, ce que je vis avec Michel ».

Sensible, émotive.

« Je pleure très facilement pour un oui pour un non », elle n’a jamais cru qu’artiste rimait forcément avec bohème : « J’aime notre maison, et y recevoir des amis. Je pense être une bonne épouse et une bonne mère. En fait, j’aime les traditions, le respect des horaires. Je suis plutôt sévère avec les enfants. Je n’applique pas la politique du « laisser-faire et laisser-aller ». Il y a longtemps, les médecins m’avaient dit que je ne pourrais pas en avoir, aussi j’apprécie d’autant plus aujourd’hui d’en avoir deux et j’essaie de leur donner la meilleure éducation possible. Cela dit, nous n’en voulons pas d’autre ».

De l’année qui vient, elle dit que ce sera « l’année France Gall » mais n’y voyez aucune prétention à être la meilleure : « Je dis cela simplement par rapport à Michel. Une année il travaille pour moi, une année pour lui et l’amour fait tourner tout ça ! »

Magazine : Télé Magazine
Par Laure Palmer
9 juin 1984
Numéro : 1492

Les jardins secrets de France Gall

0
Magazine : Télé 7 Jours - Date : Mars 1984 - Le chemin qui serpente entre les jardins mène à un portail de bois. Soigneusement clos. Derrière, une grande maison 1930 est enfouie sous les arbres.
Magazine : Télé 7 Jours - Date : Mars 1984 - Le chemin qui serpente entre les jardins mène à un portail de bois. Soigneusement clos. Derrière, une grande maison 1930 est enfouie sous les arbres.
Les jardins secrets de France Gall

Le chemin qui serpente entre les jardins mène à un portail de bois. Soigneusement clos. Derrière, une grande maison 1930 est enfouie sous les arbres. C’est là que France Gall a choisi d’abriter sa vie privée.

On se croit très loin de la vie trépidante de Paris et pourtant la capitale est à moins de quinze kilomètres. Là, au milieu de ces jardins secrets, l’ex-idole du temps des yéyés, n’est plus que la femme du chanteur-compositeur Michel Berger et la mère de ses deux enfants, Pauline, cinq ans, et Raphaël, trois ans. Une mère qui tient jalousement à les préserver des rumeurs de sa célébrité. Car celle qui, à 16 ans, quittait le lycée pour enregistrer son premier disque. « Ne sois pas si bête », à 17 chantait son premier tube, « Sacré Charlemagne », et à 18 gagnait le Concours Eurovision de la chanson avec « Poupée de cire, poupée de son », trouve, avec le temps, un goût amer à ses succès précoces : « Mon adolescence ? Je suis passée complètement à côté. Tout m’est arrivé trop vite, trop facilement. Un tube, par ci, par là ! Puis le Concours Eurovision ! A 18 ans, j’avais déjà fait le tour du monde, sans rien voir d’autre que les scènes, les loges des music-halls et les chambres d’hôtels. Pas le temps de visiter ! Le succès est un sacré bolide. Pas moyen de descendre en marche … Dans ce marathon, mon père, Robert Gall, m’accompagnait et me protégeait. Je lui dois beaucoup. Il a eu l’intelligence de comprendre que la chanson, à cette époque, était tout pour moi. C’est lui qui a accepté que je quitte le lycée pour enregistrer mon premier disque. Il était super-doué. Il avait décroché, dans sa jeunesse, un premier Prix de chant au Conservatoire, puis avait bifurqué vers la composition. Très recherché, il écrivait pour les grands de la chanson, Édith Piaf et Charles Aznavour, qui a promené sa « Mamma » sur toutes les scènes internationales. Pour moi, il a écrit « Sacré Charlemagne ». Un joli cadeau. Sous l’aile de mes parents, je suis restée « petite fille » très longtemps ».

Quand la vague yéyé retombe, France Gall connait une période grise …

« Marquée par les tubes de mon adolescence, je n’arrivais pas à convaincre les gens que, moi, je n’étais plus la même. Ma rencontre avec Michel Berger a tout changé, c’est la seule personne avec laquelle j’ai envie de travailler. D’ailleurs, c’est moi qui ai fait les premiers pas, je lui ai téléphoné pour le voir … Et cette entente autour d’un clavier s’est transformé en un sentiment très tendre qui nous a profondément marqués l’un et l’autre. Nos sensibilités correspondaient. En interprétant ses chansons, je me suis enfin montrée telle que j’étais vraiment. » Dix ans après cette rencontre décisive, Michel Berger écrit toujours pour France. Leur nouvel album, « Débranche », est de la même veine que « Tout pour la musique » ou « Résiste ». Autant de titres, autant de cris du cœur pour la petite France Gall -1,53 m – qui ne vit que pour la musique, qui « résiste » au vedettariat, et qui « débranche » volontairement une année sur deux pour vivre pleinement sa vie d’épouse et de mère.

« Après le grand boum du Palais des Sport de Paris en 1982, où j’ai chanté cinq semaines d’affilée, je me suis offert un voyage en Chine avec Michel, en amoureux. J’ai rapporté quantité de soieries et de bibelots … et une bonne dose de sérénité. Depuis, je me prépare calmement à ma rentrée 84, qui sera une année terriblement chargée : « Formule 1 » le 6 avril, « Champions » en mai, « Champs-Élysées » en juin. Et, en septembre prochain, j’ai fait le pari de remplir « Le Zenith », la nouvelle salle de la Porte de Pantin, 6 000 places, pendant un mois ! » Le soir de cette première prendra sûrement place, au premier rang, l’ami Coluche qui est accouru spécialement de Rome pour participer à l’enregistrement de « Formule 1 », les cheveux teints, mi-rose, mi-verts. Entre le grand Coluche et la petite France, une amitié est née, faite de fous rires et de complicité. « Il m’a cédé sa cuisinière, raconte France, mais, en contrepartie, il vient souvent dîner à la maison … pour ne pas perdre le goût des bons petits plats de son ex-cordon bleu ! »

Magazine : Télé 7 Jours
Lise GENET – Photos J.J. Descamps
Date : Mars 1984
Numéro : inconnu

France Gall en 1984

0
J’ai eu l’impression de commencer quand j’ai rencontré Michel, parce que j’étais complètement en accord avec ce que j’avais envie de faire
J’ai eu l’impression de commencer quand j’ai rencontré Michel, parce que j’étais complètement en accord avec ce que j’avais envie de faire

1984 est un anniversaire célébré avec davantage de ferveur :

« Ça fait dix ans que je travaille avec Michel, j’ai eu l’impression de commencer quand j’ai rencontré Michel, parce que j’étais complètement en accord avec ce que j’avais envie de faire, envie de dire et j’avais enfin des chansons qui me ressemblaient. […] L’idée que les gens se font de moi en écoutant mes disques, c’est très proche de ce que je suis, ça c’est rare. »*

Note sur les crédits : Il arrive fréquemment que des œuvres soient diffusées sans que le nom de l’auteur soit mentionné. Ces pratiques sont illégales au sens de l’art. L.121-1 du CPI. Lorsque nous connaissons le nom de l’auteur de la photo, il est toujours mentionné. Si vous constatez une erreur, un manque, ou que vous souhaitez le retrait d’une photo dont vous êtes l’auteur : contactez-nous.

*Sources des textes : France Gall l’intégrale / L’histoire de tous ses disques par Norman Barreau-Gély aux Editions EPA avec les pochettes de France Gall Collection

France Gall : “Mon voyage au bout du Monde”

0
À la recherche du dépaysement, France Gall, Michel Berger et un couple d'amis se sont envolés pour la Chine, un voyage au bout du monde mais également un vieux rêve qui se réalisait pour France.
À la recherche du dépaysement, France Gall, Michel Berger et un couple d'amis se sont envolés pour la Chine, un voyage au bout du monde mais également un vieux rêve qui se réalisait pour France.
France Gall : "Mon voyage au bout du Monde"

À la recherche du dépaysement, France Gall, Michel Berger et un couple d’amis se sont envolés pour la Chine, un voyage au bout du monde mais également un vieux rêve qui se réalisait pour France.

De retour de ce périple de trois semaines, France a bien voulu recevoir Salut ! dans sa propriété de la banlieue parisienne.

« Pendant trois ans, j’ai eu le sentiment de ne pas m’arrêter une seconde. Ce voyage en Chine, j’en avais envie depuis longtemps si bien que j’avais décidé d’apprendre le chinois mais vu la difficulté, j’y ai renoncé.

Cette année, j’avais un énorme besoin de dépaysement alors, avec la Chine, on ne pouvait pas mieux trouver. Donc, après un long voyage de dix-huit heures, nous sommes arrivés à Bangkok. De là, nous avons été à Hong-Kong. Arrivés dans cette ville, il nous a fallu attendre cinq jours pour obtenir le visa pour la Chine populaire. Nous avons été parfaitement pris en main par l’attaché de presse de l’ambassade qui nous a guidés à travers Pékin pour ne pas faire uniquement le circuit touristique des monuments et des usines. Ce que je voulais voir, c’était les gens de la rue, les voir vivre car les guides habituels vous montrent ce qu’on leur dit de vous montrer. A l’ambassade, on nous a organisé un dîner avec les plus grands chanteurs et chanteuses chinois, des gens totalement différents de nous. Une chanteuse là-bas est salariée, et elle se produit où on lui dit. Elle interprète des chansons folkloriques. La révolution culturelle a tout fait régresser : la chanson, la peinture, le cinéma. C’est incroyable ils ne connaissent ni Elvis, ni les Beatles. J’avais emmené une cassette vidéo de l’un de mes shows télévisés, ils regardaient ça de façon très étrange. Dans les rues, les gens sourient tout le temps, ils ne semblent pas malheureux alors qu’ils doivent manquer de beaucoup de choses mais ils sont très optimistes, très attachants, ouverts. C’est vraiment dommage qu’il n’y ait pas moyen de parler avec eux autrement qu’avec les mains.

Le problème des enfants, en Chine, est très important. Il est interdit d’avoir plus d’un enfant. Alors, l’enfant est cajolé, c’est un Dieu. J’avais très souvent envie de photographier les gosses, ils ont des visages très tendres.

Dans les rues, il y a des milliers de personnes, de nombreux vélos, seuls moyens de locomotion en dehors du bus. Pour avoir un vélo, il faut attendre neuf mois. Les délais sont très longs.

Il n’y a pas beaucoup de distraction la nuit à Pékin. Hong-Kong, c’est différent. C’est incroyable comme endroit. Je n’ai pas du tout aimé. C’est inhumain, c’est la ville la plus chère du monde où la misère côtoie la richesse. La nuit, c’est un peu New York. Dans les quatre villes que nous avons faites, c’est Pékin que j’ai préférée. Je serais bien restée trois semaines à Pékin. Les petites rues de cette ville que l’on a le droit de visiter depuis seulement un an ou deux sont fantastiques. Il y a des monuments très impressionnants comme le mausolée de Mao. Je l’ai vu embaumé, ça fait quelque chose, je vous assure. Pour y accéder, il y a toute une préparation. Ce n’est jamais à la même heure, on ne sait jamais combien de temps va durer la visite. Il est interdit de faire des photos de Mao.

J’ai bien aimé la cité interdite, la ville où les Empereurs vivaient. En revanche, j’ai eu deux grosses déceptions : la Grande Muraille que j’ai trouvé trop touristique, genre Mont Saint-Michel et la nourriture qui n’est pas du tout celle des restaurants chinois que l’on connaît en France. C’est une cuisine très grasse, on ne sait jamais très bien ce que l’on mange. Heureusement, nous avions emmené du café et des biscottes. Côté hébergement, les hôtels pour touristes sont différents de ceux réservés aux Chinois, on n’est absolument pas mélangé. Nos hôtels ressemblaient aux motels que l’on trouve aux Etats-Unis. Ils étaient climatisés, ce qui était bien agréable, la température étant très chaude, moite, il faisait entre 28 et 36°.

De ce voyage, j’ai ramené de nombreux souvenirs surtout des lunettes style années 50, des tas de gadgets de cette époque car ils sont à fond dans les années 50. Par exemple, les Chinois vendent actuellement des maillots super rétro. Pour eux, la mode n’existe pas vraiment, ils sont pratiquement tous habillés de la même façon.

J’aurais bien aimé chanter en Chine mais c’est beaucoup plus compliqué que je pensais. Il aurait fallu que j’envoie des cassettes de ce que je désirais montrer aux Chinois et également tout un questionnaire auquel j’aurais dû répondre, un questionnaire sur ce que je représente en France, quelle influence j’ai sur les jeunes de mon pays, enfin, rien de très simple. En Chine, on ne chante pas comme ça ! Je suis vraiment prête à retourner dans ce pays car c’est un dépaysement total. Ces trois semaines furent courtes et longues à la fois car j’ai beaucoup souffert de la séparation de mes enfants. Jamais plus je ne repartirai aussi longtemps sans eux. »

Pour France Gall, l’actualité, c’est justement la rentrée des classes de sa petite fille; le film que la télé a réalisé sur son spectacle du Palais des Sports, film sur lequel France doit travailler avant sa diffusion. Dans quelques jours, France rentrera en studio pour le mixage du double album de son dernier spectacle. Un disque qui risque de nous réserver d’excellentes surprises et nous rappeler un fort beau spectacle. France Gall a redémarré sa vie professionnelle sur les chapeaux de roues avec malgré tout dans la tête des souvenirs de Chine, des souvenirs qui seront peut-être dans quelques mois des chansons signées Michel Berger.

Magazine : Salut !
Propos recueillis par Daniel Moyne
Du 29 septembre au 12 octobre 1982
Numéro 183

Spécial France Gall

0
Votre dossier du mois : FRANCE GALL ! Toujours un maximum de photos et une documentation des plus complètes. Vous saurez TOUT sur : les éléments importants de la vie de FRANCE GALL, sa discographie, sa carrière de A à Z.
Spécial France Gall

« Show Biz » la revue qui monte !

Votre dossier du mois : FRANCE GALL ! Toujours un maximum de photos et une documentation des plus complètes. Vous saurez TOUT sur : les éléments importants de la vie de FRANCE GALL, sa discographie, sa carrière de A à Z.

Longtemps à cause d’elle, notre pays a été coupé en deux. D’un côté, tous ceux qui découvraient à la télévision les joies du rugby et pour qui, France Gall n’évoquait que le match vedette du Tournoi des Cinq Nations. De l’autre, les adolescents auditeurs fidèles de l’émission vedette d’Europe 1, « Salut les Copains ». Pour eux, France Gall c’était la chanteuse « qui monte ». La petite jeune fille blonde dont ils écoutaient tous les « tubes » à la radio et sur lesquels ils dansaient, le samedi soir, lors de leurs premières «boums». La guerre d’Algérie paraissait déjà très loin, ils découvraient le rock’n’roll ; Elvis, Johnny Hallyday, ils fumaient des cigarettes américaines et pensaient sagement à leur avenir …

Spécial France Gall

L’enfance, les sucettes et la poupée

« Je suis née dans une famille d’artiste ». France Gall est la sœur cadette de deux frères jumeaux, Patrice et Philippe, d’un an plus âgés qu’elle.

Elle est vraiment née dans le sérail de la musique et de la chanson, comme vous allez pouvoir en juger. Son grand-père fut le co-fondateur avec l’abbé Maillet, de la célèbre chorale des Petits Chanteurs à la Croix de Bois. Sa mère jouait du violoncelle et son oncle de l’orgue. Mais, c’est surtout son père, le compositeur Robert Gall qui est la clef de voûte de sa carrière artistique. Il avait suivi des cours au Conservatoire, puis était devenu chanteur. Par la suite, il devint auteur de chansons. Et quel auteur ! Il écrivit notamment pour Edith Piaf et donna à Charles Aznavour l’immortelle chanson « La Mamma ».

Une famille heureuse, unie, sans problème particulier. France y coule une jeunesse heureuse, suivant son père dans les loges (déjà) des artistes célèbres lors des concerts parisiens de ces derniers. A par cela, elle va à l’école, apprend à jouer de la guitare, part en vacances normalement et adore ses deux frères … Une jeunesse tout à fait normale pour une petite fille.

En 1964, France a 15 ans. En classe, ça ne va pas trop bien, puisqu’elle doit redoubler sa troisième. Ça la rend un peu triste, car elle va quitter ses amies du lycée. Soudainement, son avenir va complètement basculer. Son père vient de composer deux chanson et « comme ça pour voir », il demande à France de les apprendre et de les lui chanter. Le résultat est concluant, Robert Gall demande à sa fille de les enregistrer, « toujours pour voir ».

Le 45 tours est donc enregistré. Entre temps, France est retournée au lycée. En Décembre 1964, le disque sort. C’est ainsi que les programmateurs de radios reçoivent la « galette » d’une jeune inconnue dénommée France Gall. Elle interprète : « Ne soit pas si bête ». Immédiatement, c’est le succès. Le titre est programmé sans arrêt et se trouve dans les hits parades. Simple jeu qui s’est transformé en une grande réussite. France enregistre un autre disque : « Sacré Charlemagne ». De nouveau, c’est le succès. Elle fait désormais partie des vedettes de la chanson. De cette époque où les débutants (ou presque) s’appelaient Sheila, Françoise Hardy, Sylvie Vartan, Adamo, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell … C’était l’heureux temps du yéyé. France Gall est désormais l’invitée favorite des émissions de radio, de télévision, sa photographie s’étale dans les journaux de jeunes. Oublié le lycée, oubliées les copines du lycée, une autre vie commence. C’est les galas, les interviews, les photos … Mais le tout en famille. Patrice se souvient très bien de cette époque : « … On avait seize, dix-sept ans, on découvrait le rock, le yéyé, France commençait à chanter et on l’accompagnait en galas. Je me souviens en particulier d’une tournée au Canada. Je chantais en première partie de ma sœur. Philippe et un de nos cousins étaient musiciens. Notre cousine faisait office de secrétaire. C’était formidable, jamais nous n’avons autant ri. France, à cette époque, ne nous quittait jamais. Nous vivions ensemble, nous sortions ensemble, nous passions nos vacances ensemble, dans la maison familiale de Normandie. Nous avons toujours formé un clan très uni. Il en est encore de même aujourd’hui ».

En 1965, France est retenue pour présenter notre pays au Grand Prix de l’Eurovision. Compétition importante pour elle, s’il en est. A cette occasion, c’est Serge Gainsbourg qui lui écrit une chanson : « Poupée de cire, poupée de son ». Mais, à 16 ans, chanter devant plus de deux cent cinquante millions de téléspectateurs, cela n’a rien d’évident, surtout lorsqu’il s’agit d’un concours. D’autant que ses habituels compagnons, ses frères et sa famille, n’ont pu venir l’accompagner. Elle se retrouve seule ou presque, à Naples, où doit se dérouler le Grand Prix. Morte de peur, persuadée de n’avoir aucune chance, elle chante … et remporte la première place ! la voici consacrée. A Paris, sa famille fête comme il se doit l’évènement. Gagnante de l’Eurovision, elle est désormais une grande vedette en France, évidemment mais également à l’étranger. Les galas, les tournées, les photos, les interviews, France n’a plus une minute à elle. Serge Gainsbourg récidive et lui écrit un second texte : « Les sucettes à l’anis ».

« Serge Gainsbourg, avec « Poupée de cire, poupée de son », m’avait gâté … et en même temps collé une étiquette dont j’ai mis plus de dix ans pour me débarrasser. Et « Les sucettes » du même Gainsbourg et que je chantais en toute innocence, ont accentué mon côté « gnangnan ». Teinté cette fois, d’un brin de perversité … »

« Baby star », « bébé idole », c’est ainsi que la surnomme ses millions d’admirateurs. Les tubes suivent mais la petite fille commence à grandir, son physique immuable de petite blonde commence à lui peser, ainsi que la vie qu’elle mène : « … Et tout d’un coup, ne plus pouvoir mener la vie que tout le monde mène fut quelque chose dont j’ai souffert énormément. Ne pas pouvoir aller au cinéma normalement, ne pas pouvoir prendre de vacances, parce que je travaillais tout le temps … »

En effet, grâce ou à cause de ses succès, France Gall doit donner des récitals dans le monde entier. Italie, Allemagne, Angleterre, Japon, Espagne … Vous direz qu’elle a eu bien de la chance et qu’elle a ainsi pu voir des choses fantastiques. Absolument pas, car c’était des voyages de travail, donc elle n’avait pas le temps de faire du tourisme. Adulée, choyée, elle ne rêve cependant que d’une vie plus tranquille, exempte de tournées, de travail permanent : « Je supportais particulièrement mal les tournées. C’est dur de tenir la vedette quand on ne s’en sent pas capable. Quand il faut faire des centaines de kilomètres tous les jours, arriver dans un endroit inconnu où il fait froid, paraître fraîche et en pleine forme et chanter parfois les pieds dans la boue, comme cela m’est arrivé. Il faut vraiment avoir beaucoup de résistance pour tenir le coup. Et puis, j’avais l’impression de gâcher quelque chose de vraiment important : mon adolescence … ».

Les pays qu’elle traverse, elle ne les voit pas. Pas plus que les gens. Partout la même chose, une chambre d’hôtel, des interviews, une scène pour chanter … et c’est tout.

Qui plus est, France Gall a grandi, mûri et elle a envie de le dire.

Cette compilation au format CD est parue en 2001 et regroupe 24 titres de France Gall publiés entre 1964 et 1968.

“Je suis adulte, je ne suis plus le bébé qui chante”

Tout à coup, je n’avais plus dans la bouche les chansons que je devais interpréter, celles de mes débuts. Je ne les sentais plus. Je pense que j’avais toujours au fond de moi-même, refusé cette image de bonne petite fille blonde à la voix aiguë.

J’avais pourtant chanté tous ces textes sans ennui. Au contraire, cela m’amusait ainsi que la vie qui accompagne le succès. Mais j’ai vieilli et j’ai demandé de nouvelles chansons, avec les idées et les thèmes de mes vingt ans. Mais, on me proposait toujours la même chose. Gainsbourg comme Dassin. J’ai fait un disque sans y croire énormément et bien sûr, il n’a pas marché. J’ai alors essayé de m’écrire des textes. Mais ce n’est pas mon truc. Alors j’ai continué à chercher. Mais c’était dur, car j’étais classée dans une catégorie et ce que je ressentais profondément en moi, les autres ne le comprenaient pas du tout … Malgré cela, France Gall continue à chanter mais sans en éprouver de joie. Elle ne s’arrête pas pour différentes raisons. La première étant que lorsque l’on est une vedette, votre vie est programmée plusieurs mois, parfois plusieurs années à l’avance. Il y a des galas à honorer, des tournées à effectuer. Et puis la seconde raison c’est que : « Si j’ai continué ainsi, c’est parce que je ne savais pas que l’on pouvait vivre autrement. Je ne savais pas qu’il y avait une autre façon d’exister … » Si la vedette continue, la femme, elle, n’aime plus du tout ce qu’elle fait.

Spécial France Gall

L’arrêt

En 1970, soit donc après 5 ans de carrière et cinq années de vedettariat, France Gall décide d’arrêter. Coup de tête ? Pas du tout, au contraire, ce n’est qu’après maintes réflexions qu’elle s’y résoud. Rien ne bouge.

On ne l’écoute pas, on lui propose toujours les mêmes textes, les mêmes images, tout ce dont elle ne veut justement plus. Alors, elle ne veut plus continuer. Cela n’arrive pas si souvent. Une chanteuse, pour qui tout, du moins en apparence, réussit et qui décide de· stopper sa carrière. Rare, très rare même. C’est tellement facile d’exploiter un filon qui rapporte. Elle est simplement honnête avec elle-même. Elle ne ressent plus du tout ce qu’elle chante, cela ne l’intéresse plus. Plutôt que de végéter ou de retourner en arrière, elle préfère arrêter de chanter et commencer à vivre.

Cette traversée du désert va durer plus de trois longues années. Elle part vivre à la campagne avec l’homme qu’elle aime, à l’époque le chanteur Julien Clerc. Lui, est en pleine gloire. Elle fait une dépression nerveuse. Ce n’est pas si facile que cela, lorsque l’on a toujours mené une carrière d’artiste de se retrouver muée en femme d’intérieur, à attendre le retour de « l’homme ».

« Je me suis rendue compte à ce moment-là que je ne pouvais pas mener une vie normale, que « j’étais née pour chanter ». Il faut avouer que lorsque l’on s’est retrouvé vedette à 15 ans, être une femme au foyer à 20 ans, ce n’est pas très évident. D’autant plus que toute sa famille continue, de près ou de loin, à travailler dans le monde artistique. Ses deux frères et huit de ses cousins y exercent une activité … Alors …

Spécial France Gall

La déclaration

« J’en avais assez de sonner aux porte, mais je voulais faire un dernier essai. Appeler Michel Berger, que je ne connaissais absolument pas, mais dont j’aimais la musique et les mots. Je lui ai demandé de travailler pour moi, mais il a refusé. Oh, un « non » très gentil, motivé par la crainte d’un échec pour lui, pour moi ».

Michel Berger, à l’époque, était beaucoup plus connu pour ses textes que comme interprète. Il avait notamment travaillé pour Véronique Sanson, Françoise Hardy… Des références. Mais il ne se voyait pas écrivant pour France Gall.

Cependant, au bout, de plusieurs semaines d’insistance, il accepte. Michel décide d’essayer. Aujourd’hui, France juge ainsi les réticences qu’avait Michel de travailler pour elle : « Je considère comme une preuve d’amour avant la lettre qu’il n’ait pas voulu travailler avec moi. C’était facile pour lui d’écrire n’importe quoi, de prendre l’argent, au risque que je me plante… »

Cela bien sûr, ne s’est pas fait en un jour. Il a fallu des mois de travail pour que Michel arrive à écrire les textes qui conviendraient à France Gall. Des mois de recherches, de tâtonnements, d’échecs. Leur premier enfant, ce sera « Aime là ». Avec cette chanson, sortie en 1975, elle retrouve le chemin du succès. Michel Berger vient de redonner sa chance à France Gall. Dans un nouveau style, celui-là même qu’elle recherchait depuis longtemps et pour lequel elle n’avait pas hésité à arrêter sa carrière, faute de l’avoir trouvé. Elle peut désormais la reprendre.

Si travail en commun il y a et avec succès, comme on vient de le voir, il n’y a pas encore de vie commune. En 1976, France chante « La Déclaration ». Chanson d’amour … Dans le même temps, elle épouse Michel Berger, qui devenait de ce fait, son mari… et unique auteur-compositeur : « Depuis que je suis avec Michel, plus personne ne m’envoie de textes. On sait qu’avec Michel, j’ai tout ce qu’il me faut ». Mais pourquoi avoir attendu deux années pour se marier ? Ils se sont en effet connus en 1974 et le mariage n’eut lieu qu’en 1976 : « Lorsqu’on est une femme et qu’on rencontre Michel Berger, on ne peut pas ne pas tomber amoureuse de lui… Mais il était disponible, moi pas. Je suis fidèle. J’ai été élevée dans la notion que lorsqu’on s’engage, c’est pour longtemps, pour la vie si possible. Quand on aime, on se donne. Quand on s’est donnée, il faut apprendre à désaimer, si j’ose dire. Et comme Michel, autant que moi, voulait que les choses soient bien claires avant de commencer quoi que ce soit, il a fallu que je règle mon problème d’abord, avant de vivre ensemble. Mais rien ne pouvait nous en empêcher ».

« La Déclaration » s’envole vers les cimes des hits parades, monopolisant les ondes et les écrans de télévisions. Le message d’amour de Michel à sa jeune et récente épouse est une immense réussite. L’année d’après, il lui concoctera « Musique ». De nouveau, immense succès, hits parades, télévisions … Alors que quelques années plus tôt, France n’avait plus rien à chanter. Michel Berger serait-il le sauveur ? En quelque sorte, oui. Mais surtout, il la voit vivre tous les jours. Il sait qui elle est, comment elle est, ce qu’elle aime, ce qu’elle veut.

« Michel me fait chanter au naturel. Dans le ton et la façon qui sont les miens. La seule intervention qui me reste, c’est de le pousser à terminer quelques-unes des dizaines de chansons qu’il se propose de m’écrire. Vous ne saviez pas que Michel est très paresseux … » France Gall vient en quelques mots d’énoncer les raisons de son succès. Berger ne lui fait pas un répertoire autour d’un personnage. Il fait chanter à la femme qu’il connait des textes qui lui conviennent, à elle.

Spécial France Gall

« Made in France » ou fière d’être son mari

France Gall est donc redevenue une vedette. Elle est en tête de tous les hits parades, elle est de toutes les émissions de télévision … Tout va très bien !

Et bien non. Michel et France sont de vrais artistes, c’est-à-dire que pour eux le disque ne suffit pas. Ils ont obtenus grâce à ces disques, la consécration populaire. Ils sont connus. Alors, il faut que France remonte sur scène, qu’elle montre au public qu’elle existe vraiment, qu’elle n”est pas seulement une « artiste de studio ».

En 1978, ils décident de prendre le risque de monter un spectacle. Risque, car France n’est pas remontée sur une scène parisienne depuis sept ans. Risque, car des tas de gens les attendent au tournant. Ils sont jeunes, heureux, ils ont du succès, tout leur sourit. C’en est trop pour beaucoup. Malgré cela, ils décident de le faire. Le lieu est décidé et retenu : ce sera le Théâtre des Champs-Élysées, avenue Montaigne, un endroit où les spectacles de variétés ne sont pas choses courantes.

« Michel voulait que je fasse une rentrée spectaculaire. Un show tout à fait différent de ce que je chantais, il y a 10 ans ».

C’est France, elle-même qui décidera de tout : « Michel composait la musique, moi je m’occupais de la mise en scène.  J’ai alors eu l’idée de composer un spectacle entièrement féminin. Durant plusieurs semaines, j’ai pris des contacts aux quatre coins du monde, afin de dénicher des danseuses, des choristes, des musiciennes. Même les techniciens devaient être des femmes. C’était ma manière moi de rendre hommage aux femmes, de prouver qu’elles sont aussi capable d’organiser un grand spectacle ».

« Baby Doll » voulant se transformer en femme ! Gagné ! Michel Berger et France Gall ont, dès le soir de la première, gagné.

La presse unanime, ne fit que des éloges absolument enthousiastes. Définitivement enterrées « Les sucettes », « La poupée », désormais, c’est une artiste responsable et respectée qui s’exprime. Mais le plus grand compliment vient, comme d’habitude, de Michel Berger : s’il n’hésite pas à lui exprimer ses doutes lorsqu’il n’est pas sûr de quelque chose, il lui arrive également de s’enthousiasmer lorsqu’il est épaté : « Je suis très heureux, je sentais que France avait du talent. Mais, maintenant, j’en suis sûr ! Elle a mené son show de main de maître. Je suis très fier d’être son mari ».

Ils ont tout désormais. France vient de recevoir un triomphe au Théâtre des Champs-Élysées. Ils sont mariés et heureux. Maintenant qu’ils ont réussi, ils peuvent de nouveau penser à eux. Ils désiraient un enfant. France accouche le 14 Novembre 1978, à l’hôpital américain de Neuilly. Elle met au monde une petite fille qui s’appellera Pauline. Femme comblée, artiste comblée, la voici mère de famille. Un rôle nouveau pour elle, mais qui la remplit de joie.

Décidemment, tout lui réussit, depuis qu’elle a rencontré Michel Berger ! Depuis quelques années, Michel Berger avait envie de monter une comédie musicale. Cent fois, on lui avait dit que cela ne marcherait jamais dans notre pays. Peut-être justement parce qu’on n’arrêtait pas de lui dire que c’est impossible, il a décidé de relever le défi. Sa femme, bien sûr, est à ses côtés. Elle est tout à fait d’accord avec lui. Ça lui parait bien d’être entourée par d’autres artistes sur une scène. Michel a rencontré Luc Plamondon, le parolier habituel de Diane Dufresne et tous deux décident de relever le défi. Une année de travail sera nécessaire. L’écriture, d’abord et convaincre d’autres artistes de se jeter avec eux dans cette aventure complètement folle. Une fois trouvée, ils enregistrent un double album, simplement intitulé « Starmania ». Les stars y côtoient des débutants ou presque. Un excellent départ ! Le disque est bien accueilli. Radios, télévisions… Ventes importantes. Mais il reste à trouver les capitaux pour monter un pareil spectacle sur une scène. Bientôt, ce sera chose faite. Le lieu également est trouvé. Ce sera le Palais des Congrès, Porte Maillot à Paris.

« On nous avait dit que la comédie musicale ne marcherait jamais. Alors avec « Starmania » on avait envie de faire les malins. De prouver qu’avec un bon livret, de bons lyrics, de bons artistes, on pourrait déplacer des milliers de spectateurs. Avec Plamondon, on a travaillé dans ce but, durant plus d’une année ».

En 1979, début du spectacle. Celui-ci ne durera qu’un mois. Pourquoi si peu de temps ? Réponse : « On a fait une erreur terrible. Comme on ne savait pas trop tout de même si nous n’allions pas nous planter, on a retenu le « Palais des Congrès » pour un mois seulement. On s’est fait complètement descendre par la presse, mais le public était là. Il venait en masse. Alors, au bout du comptes, nous avons tous été horriblement malheureux car il fallait s’arrêter. En plus, le spectacle était si énorme qu’il était intournable. Ce qui fait qu’il y a eu frustration au niveau de la longévité du spectacle. C’était à la fois un peu triste et en même temps de voir que les gens nous avaient suivi, c’était un grand bonheur. Ils avaient aimé le spectacle. Nous avions malgré tout gagné notre pari ».

Pour mémoire, rappelons les artistes qui avaient suivi nos « fous » dans ce projet, pas si évident au départ :

  • France Gall : Cristal, l’animatrice de télévision
  • Daniel Balavoine : Johnny Rockfort Michel Berger : le grand guru
  • Diane Dufresne ·: Stella Spotlight, la sex symbol
  • Éric Estève : Ziggy, le disquaire mythomane
  • René Joly : l’extra-terrestre
  • Fabienne Thibault : Marie Jeanne, la serveuse automate.
  • Nanette Workmann : Sadia, le cerveau des loubards.
Spécial France Gall

J’ai trente-deux ans, et je suis fière de les avoir

Après « Starmania » on pourrait penser que France Gall et Michel Berger vont prendre un peu de repos. Il faut avouer que, depuis deux ans, ils ne s’arrêtent pas : le Théâtre des Champs-Élysées, un bébé, le disque et le spectacle « Starmania ».

Des mois de travail, de doutes, de répétitions, de promotion, d’interviews, de photos.

France n’est pourtant pas de ces artistes qui sortent disque tous les six mois, de peur de e faire oublier des médias. Au contraire, elle aime bien faire des breaks, prendre le temps de vivre, de s’occuper de son mari, de sa fille, d’elle-même. De plus, comme elle l’a souvent prouvé, elle n’aime pas faire les choses à moitié : « Dans le music-hall, aujourd’hui, il n’y a plus que la télévision, la radio. C’est injuste. J’ai quelque part l’impression que je dois un spectacle à ceux qui m’aiment. Et c’est ce qui fait que je leur en offre un tous les deux, trois, voire quatre ans. Ce que les gens ne savent pas, c’est que l’on investit tout l’argent que l’on gagne lorsqu’on fait un spectacle. Remarquez, c’est mon problème. Je préfère avoir un superbe show, plutôt qu’une Rolls ».

Ils sortent tous les deux en même temps un album. C’est la première fois qu’ils osent le faire. Leur carrière en est arrivée au point où ils peuvent se permettre d’être en « compétition ». Tous les deux sont reconnus comme des artistes à part entière, distinctement l’un de l’autre. Et c’est ainsi qu’ils se retrouvent tous les deux aux sommets des hit-parades, avec chacun une histoire de piano : d’une groupie et d’un type qui joue debout.

« Il ne s’agit pas d’Elton John contrairement à une rumeur tenace. L’expression « Jouer du piano debout » c’était pour Michel une façon originale de parler de quelqu’un qui ne fait pas les choses comme tout le monde ».

Durant six mois, les deux titres, celui de Michel, « La groupie du pianiste » et celui de France « Il jouait du piano debout » seront, suivant les jours, chacun leur tour en tête des hit-parades.

C’était merveilleux.

Ce kit promotionnel, interdit à la vente, avait pour objectif de faire la promotion du 45 tours 2 titres de France Gall chanté en duo avec le chanteur britannique Elton John.

Le duo inattendu

Il était une fois … Ainsi débute tous les contes de fées.

Ainsi débute également l’histoire que je vais vous conter maintenant : une rock star, hyper célèbre, était en vacances dans notre beau pays, à Saint Tropez, très exactement. Et que fait une rock star en vacances ? Elle se baigne, évidemment, mais elle écoute également la radio. Et qu’est ce qui est en tête des hits parades cet été 1980 ? « Il jouait du piano debout » et « La groupie du pianiste », bien sûr ; Or, ces deux chansons enthousiasment absolument la rock-star en question. Au point de vouloir connaître et travailler avec les personnes responsables de ces chansons. Qui est donc cette rock-star ? Vous avez bien sûr deviné depuis longtemps. Il s’agit d’Elton John ! Un matin de Juillet 1980, Michel Berger reçoit un coup de téléphone. Un parmi tant d’autres. Celui-là sera tout de même un peu spécial. La voix lui annonce en ·effet que Elton John s’intéresse à eux. Il tient même à travailler avec Michel et France. Croyant à un canular, Michel et France n’osent y croire. Le soir même, pourtant ils se décident à téléphoner. Qui n’ose rien n’a rien. Et puis, ils ne risquent rien à essayer. Surprise, ils tombent tout de suite sur Elton, qui leur dit dans un français à peu près parfait : « Venez, il faut absolument que nous travaillions ensemble ! » Sans perdre de temps, ils décident d’aller le rejoindre à Saint Tropez. Départ le lendemain matin. Mais ils n’arriveront pas sans rien. Michel, prévoyant, à composer une musique dans la nuit. Cela permettra ainsi, pense-t-il de ne pas sombrer dans les conversations sur la pluie et le beau temps.

Mais laissons plutôt la parole à France Gall et Michel Berger pour nous raconter cette merveilleuse histoire : « Nous sommes arrivés chez lui, à Saint Tropez. Il était au bord de sa piscine, avec des amis, vraiment en vacances ! Mais Michel n’a pas hésité à le brusquer. Parce qu’il était important qu’il connaisse ses intentions. Sans prendre le temps de voir nos chambres, sans retirer nos vestes, Michel lui a demandé où se trouvait le piano. Elton l’a pris par le bras et l’a conduit devant un tout petit piano électrique qu’il promène partout avec lui. Michel lui a joué un morceau et tout de suite, Elton a trouvé cela intéressant. Ensuite, il nous a fait entendre les bandes de son nouvel album et nous a annoncé qu’il considérait comme primordial le fait de chanter en français. Il a également confirmé qu’il voulait travailler les paroles et les musiques avec Michel et enregistrer un duo avec moi. Nous sommes restés deux jours chez lui et ce furent deux journées de travail. Entrecoupées d’un intermède culinaire chez Eddie Barclay, qui avait organisé un grand déjeuner en l’honneur d’Elton. Également, des ballades en voitures et des achats énormes de cassettes. Il n’arrête pas d’acheter des cassettes. De tout, du rock, de la disco, de la variété. Il écoute tout et dans chaque morceau définit ce qu’il aime.

Il connait également un nombre incalculable de jeunes chanteurs français, dont ni Michel ni moi n’avions jamais entendu parler. Bref, on s’est bien entendu avec lui et on a décidé de travailler ensemble. Michel, cependant a dû le dissuader d’enregistrer un album, dans la mesure où son emploi du temps ne pouvait nous permettre de le faire bien. Mais nous nous sommes mis d’accord pour enregistrer un 45 tours et sur une semaine de travail, au mois d’août, afin de le réaliser.

En Août, nous sommes donc partis pour la Californie, rejoindre Elton John. Et là, nous avons immédiatement été frappé par une chose, nous avions quitté un « copain ». Nous avons retrouvé une star mondiale qui travaillait à la préparation d’une tournée et d’une rentrée sur scène, après deux années d’absence. Il était entouré d’un état-major, composé d’un nombre de gens particulièrement impressionnant. Chargés, surtout de le protéger à l’extérieur, ce qui peut se comprendre après ce qui est arrivé à John Lennon.

Il répétait dans un grand hangar, avec ses musiciens. Et si nous étions invités à assister aux répétitions, ce qui est déjà assez extraordinaire, nous ne semblions plus du tout exister pour lui. Nous ne reprenions vie que le soir, chez lui, pour travailler les chansons. Et là aussi, c’était particulièrement impressionnant …

Sur un titre qu’avait composé Michel, il fallait des paroles en anglais. Elton a immédiatement téléphoné à Bernie Taupin, son parolier habituel et les paroles étaient prêtes le lendemain.

Même chose pour les arrangements : coup de téléphone à Marty Paige, l’arrangeur, entre autres, de Sinatra et peut-être l’arrangeur le plus demandé des États-Unis. Le lendemain, Marty était là, pour travailler ! Avec Elton tout va très vite et juste. Mais c’est parce que ce personnage fascine tout le monde, de par son talent et sa personnalité qu’ils sont prêts à tout lâcher pour lui ». Dès sa sortie, le 45 tours, se trouve placé dans tous les hits parades. « Donner pour donner » sera un immense succès.

Elton John lui-même, dans plusieurs interviews avouera la joie et le plaisir qu’il a eu de travailler avec France et Michel : « J’étais en vacances à Saint Tropez et j’ai entendu « Il jouait du piano debout » J’ai aussitôt acheté le disque et un ami m’a fait parvenir tous ses autres albums. Je me suis alors dit que ce serait une bonne idée d’enregistrer avec France. J’aime beaucoup les chanteuses ! (Et j’adore enregistrer des duos avec elles). Je suis très content des deux titres en français. J’ai eu un peu de mal pour prononcer les mots, mais ce n’est que la première fois, la prochaine, ça ira mieux. J’ai un problème, car beaucoup de mes amis français qui travaillent dans la musique me parlent en anglais. C’est un grand succès pour moi, d’avoir réussi à faire un disque et je peux vous dire que j’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec France Gall et Michel Berger.

Après la sortie du disque et vu l’immense succès de ce dernier, des calomnies virent le jour. L’on dit qu’Elton John n’aurait pas été content du tout du résultat, et qu’il aurait demandé à ce que les disques pressés soient retirés du commerce et détruits. En réalité, il n’en est rien, au contraire. Les trois protagonistes de cette « belle histoire » se sont vu mettre un disque d’or, symbole de leur réussite commune.

Voilà qui fit taire les grincheux.

Spécial France Gall

Entracte

Avant la sortie et le succès de son duo avec Elton John et avant même que le projet ne vint à leurs oreilles, France était devenue maman pour la seconde fois.

En juin 1981, elle avait donné naissance à un petit garçon qui se prénomme Raphael. Avec lui, la famille Gall/Berger s’agrandie.

Pauline a désormais un petit frère, pour sa plus grande joie bien sûr.

Mais avec le succès de « Donner pour donner », l’on pourrait croire que France va tenter une carrière plus internationale que celle dont elle bénéficie.

Il n’en est rien. Elle a décidé, avant toute chose, de réussir sa carrière Française et elle ne veut surtout pas s’éparpiller.

Mais également elle veut préserver sa vie familiale. Ses deux enfants sont avec Michel le centre de son existence. Pour eux, elle a renoncé sans trop de regrets d’ailleurs, à la vie des tournées, de galas. Elle adore s’occuper de sa nouvelle maison de Bougival, y recréer une atmosphère agréable : « Quand j’ai connu Michel, il y avait en tout et pour tout chez lui, un tube de lait contré dans le réfrigérateur ». Moi j’ai les placards remplis de bouquets de fleurs séchées. J’appelle des amis pour faire des fêtes, j’explose. J’aime le confort, la maison, la chaleur. J’ai été élevée dans une sorte de roulotte. C’est une ambiance que j’aime recréer. Michel aime la vie, mais il pourrait se laisser aller à quelque chose de plus solitaire. Nous sommes en unisson : moi je chante et c’est tout. Lui, il sait et pourrait faire tant d’autres choses. Je m’arrêterais sans doute le jour où je trouverai décent de le faire.

Je crois en effet que je représente quelqu’un de jeune. Je ne veux pas arriver à ce stade où l’on dit d’une femme « elle devrait s’arrêter ». Alors, je ferai autre chose. Un journal, une école de danse, une école de musique, quelque chose avec l’UNICEF, pourquoi pas ? Quelque chose qui perpétue ce contact privilégié avec les gens que j’ai appris avec la scène, privilège irremplaçable. »

Spécial France Gall

Tout pour la musique

Un nouvel album, intitulé « Tout pour la musique », sort fin 1981. Après quatorze ans de carrière, France Gall apparaît comme une femme épanouie, radieuse, heureuse de ses succès. Vie familiale plus qu’heureuse, vie professionnelle plus que réussie ! Chacun de ses disques, en effet, est certifié « disque d’or ».

« Tout pour la musique » est bien sûr, de Michel Berger ! Même passion, même vocabulaire, même sensibilité, voilà sans doute ce qui a fait leur succès. L’on pourrait ajouter qu’ils ont à peu près le même public : « Ceux qui achètent mes disques ont entre 15 et 35 ans. Je crois les connaître, car je m’astreins à ouvrir tout le courrier que je reçois. S’ils aiment mes chansons, c’est parce qu’elles accrochent ». Lorsque j’ai fait « Il jouait du piano debout » tant de gens se sont reconnus dans ce thème, celui du droit à la différence. Celui de l’amour du rythme, aussi. Les lettres que je lis expriment une recherche d’amour, un mal dans la peau, tout est bouché. La solitude, le refus de la haine. Or, si vous écoutez les dernières chansons, vous verrez qu’elles correspondent à cela. C’est Michel, bien sûr qui a écrit les textes, mais si j’avais ce pouvoir d’écrire qu’il possède, je n’aurais pas écrit autre chose ».

De « Diego libre dans sa tête » superbe poème sur un prisonnier politique dans un pays où les oiseaux s’envolent par milliers, jusqu’à « Amor tambien », rythmes contagieux qui dit : « Tout le monde a de la peine, tout le monde aime … » en passant par « Résiste » ou quelques mots Berger/Gall crient : « Prouve que tu existes, bats-toi, signe et persiste, résiste », tout un univers s’exprime. Celui d’un couple dont France Gall avoue elle-même qu’il était inévitable.

Tout se passe comme d’habitude. « Tout pour la musique » marche très fort.

Mais à tout cela, France est habituée. Le succès, maintenant, elle y est habituée. Alors, il lui faut autre chose : une fois de plus étonner, éblouir son public. Il y a deux ans, elle a réservé le « Palais des Sports » pour y chanter en Janvier 1982. Les réservations, en effet, se font très longtemps à l’avance. C’est bien, et en même temps, c’est un risque. Sera-t-on encore ravi de faire un spectacle, deux ans après avoir réservé la salle ? Dans le cas précis de France, il n’y a pas de problème, elle en a toujours envie, c’est le moins que l’on puisse dire ! Malgré tout, chanter dans ce lieu, ce n’est pas facile : la salle est immense, 4 500 places à remplir tous les soirs et l’on est plutôt habituer à y applaudir des « bêtes de scène » ; Hallyday, Lavilliers, les chanteurs et groupes américains … Les méchantes langues, bien sûr, se font un plaisir de le lui faire remarquer. Il est vrai, également, que France n’est pas remontée sur une scène parisienne depuis quatre ans et dans une petite salle, si l’on excepte sa participation à « Starmania ».

Alors, France décide de se jeter à l’eau, de séduire, d’enthousiasmer son public. Les critiques, au lieu de la décourager, la stimuleraient plutôt.

Ce spectacle, elle s’en occupe, comme d’habitude, du début jusqu’à la fin. Sur scène, elle veut être entourée de onze musiciens, dont sept pour la partie rythmique, par trois choristes danseuses. Elle a également choisi des costumes spécialement dessinés par Philippe Forestier. La chorégraphie sera assurée par Pierre Fuger, l’ancien maître à danser du « Big Bazar » de Michel Fugain. La mise en scène sera signée par Robert Fortune, « La Révolution française, Mayflower » avec grands renforts de faisceaux lumineux destinés à mettre en valeur les tonalités blanches et noires du décor. Des meubles dont les couleurs font références à celles des notes d’une partition.

France a prévu grand, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais il est nécessaire de répéter, car un pareil spectacle, cela ne s’improvise pas. Comme le « Palais » à cette époque de l’année est occupé par Sylvie Vartan qui y présente son tour de chant, France part désespérément à la recherche d’une grande salle en France. Il n’y en a pas de libre. C’est pourquoi toute l’équipe prend l’avion, direction l’Angleterre.

C’est à Chappelton, à quelques kilomètres de Londres, que vont donc se passer les répétitions. Ce serait un petit village comme il en existe dans la banlieue londonienne, s’il n’était le Hollywood anglais. Dans d’immenses hangars, encore encombrés par les décors du dernier James Bond, France Gall a enfin trouvé son bonheur.

Plus de trente personnes travaillent d’arrache-pied avec elle, afin qu’elle remporte la partie. Silhouette menue dans son pantalon de cuir et son sweet-shirt bleu nuit, elle bondit sur la scène, secouant ses longs cheveux blonds, dansant, jouant du saxophone …

« J’ai passé un nouvel an anglais et sans enfants. Mais, il le fallait. Le public a droit à un spectacle de qualité et qui soit fin prêt. J’ai horreur de ces premières qui sont en fait des répétitions ultimes. Le spectacle, ce doit être une récréation. Si les gens viennent me voir, il faut qu’ils soient heureux ».

Mais, à part tout ce travail, que se passe-t-il dans la tête- de France Gall ? Dans une grande interview, elle expliquait à la fois son album et ce que serait son spectacle : « Tout pour la musique » c’est une chanson qui a été faite pour les musiciens. D’ailleurs, lorsqu’on regarde en arrière, il y a eu « Musique » et « Il jouait du piano debout ». C’étaient également des chansons basées sur la musique. C’est comme cela que nous avons décidé d’appeler le spectacle « Tout pour la musique ». Je pense que les gens qui viennent me voir sur scène attendent un spectacle musical. Les autres chansons de l’album, « Les accidents de d’amour », c’est une constatation des amours qui se cassent. « La fille de Shannon » a été écrite au retour d’un voyage en Irlande. « Résiste », c’est un conseil que je donne. « Amor Tambien » c’est pour danser et chanter le public. « Diego libre dans sa tête », c’est une commande de ma part. J’avais envie d’une chanson un peu politique, engagée, où je pourrai dire des choses différentes. Mes deux préférées sont : « Tout pour la musique » et « Résiste ».

Quant à ce spectacle, c’est certainement l’un des moments les plus importants de ma carrière. C’est un peu la consécration de tout ce qui s’est passé depuis quelques années.

Il sera en deux parties. La première plus douce, composée de chansons tendres.

La seconde, plus agressive, avec les danseurs. Ils sont merveilleux et ils ne vont pas vraiment danser, mais plutôt bouger sur la musique. En tout, un spectacle vraiment différent. Ce sera un show très rock, mais rien à la Broadway, mais chaque chanson aura une ambiance bien précise. Les jeux de lumière sont réglés par l’éclairagiste d’Elton ».

Quant à sa vie de famille, pendant ces moments d’intense travail, elle doit, non pas y renoncer, mais la faire passer un peu au second plan.

« Personne ne peut se rendre compte, à part ceux qui le font, de ce que cela représente comme travail. Même pas mon producteur ! Il y a des moments très durs. Il y a toute la promotion de mon spectacle, la production, les cours de danse, de chant, de sax … Malgré tout, en fin de compte je suis très sécurisée. Mais c’est un minimum de dix-sept heures de travail par jour. Pour ma vie de famille, en ce moment, j’ai fait un choix, c’est le métier qui doit passer avant. Mais j’essaye malgré tout de prendre un maximum de rendez-vous à la maison, afin que les enfants sentent ma présence. Je suis heureuse, très heureuse, c’est cela qui est très important ».

A-t-elle peur en songeant au jour de la première ?

« Avec tout le travail que j’ai, je ne peux pas trop y penser. Heureusement, parce que quand je réfléchis à ce qui m’attends, alors là … »

Tout de même, malgré son angoisse, elle est particulièrement ravie de « faire » le « Palais des Sports » :

« Il paraît que quand on « fait » cette salle, on ne peut plus chanter autre part. Tellement c’est fantastique ! Alors, moi, je veux goûter à ces grandes sensations. C’est mon métier. En fait, j’ai une envie monstrueuse de le faire. Et je serai très fière d’avoir fait venir les gens pendant un mois pour écouter ma musique. Ce spectacle, finalement, je ne le fais pas pour moi. Je le fais pour mon public, pour le remercier du succès qu’il m’a donné. Tout ce que j’ai gagné, je le mets dans le spectacle. Cela n’est pas grave, car cela m’apporte tellement plus en retour. Et c’est le pendant normal des choses. L’argent qu’on gagne avec les disques, on l’offre en retour à son public ».

« Notre succès apportera la preuve que la chanson est importante. Aujourd’hui, ce n’est plus simplement de la distraction. C’est vraiment un moyen d’expression moderne, capital. Ça n’est absolument pas dérisoire, parce que ça touche trop de gens pour l’être ».

Bien qu’elle soit, comme elle le reconnaît elle-même, un peu anxieuse avant son spectacle, France respire le bonheur, une douce quiétude, rare dans le monde du show-business, plutôt angoissée et mal dans sa peau d’habitude.

Que lui apporte Michel Berger durant ces moments, malgré tout souvent difficiles, car très durs à supporter :

« Michel sait ce dont j’ai envie, alors je me décharge beaucoup sur lui. Par exemple, il y a des rendez-vous où je ne peux aller et où il se rend. Il m’aide et m’apporte beaucoup ».

Michel répond lui-même sur l’aide qu’il peut apporter à sa femme : « Je crois quand même que je suis une aide parce que j’ai une conception assez précise de la façon de faire ce métier. Et elle aussi, a des conceptions très précises de ce qu’elle doit faire. Alors, je l’aide en lui composant des chansons et dans le fait de concevoir esthétiquement le spectacle … Et puis, il y a le moment où l’on se retrouve tout seul sur scène. Et là, plus personne ne peut rien pour vous. Les gens qui disent : « Il y a Michel Berger derrière », je trouve cela une bêtise … excusable, parce qu’ils ne sont jamais montés sur une scène et ne savent donc pas ce que c’est. Il n’y a personne derrière quand on chante, au contraire, il y a les gens devant. Je crois que le succès ou l’échec sont sur les épaules de celui qui est sur la scène. Alors forcément, c’est bien d’avoir un dialogue. Elle a la même équipe de musiciens que moi, alors forcément, au niveau de la musique, je peux l’aider. Et aussi, comment se montrer, quel est le look qui convient à notre époque. Là, je sers un peu à quelque chose. Mais, pour le reste … J’ai forcément le trac au début, quand ce n’est pas moi qui suis sur scène, d’ailleurs, beaucoup plus que lorsque c’est moi. Mais en même temps, j’ai totalement confiance en elle, parce qu’elle est née pour ce métier ».

Voilà, tout est dit, le spectacle peut commencer.

A priori, rien ne devrait être favorable au succès. La fatigue des fêtes, le sol glissant, le ciel maussade, un temps à ne pas mettre un chien dehors. Et pourtant, dès le premier soir, France a gagné la partie. Le « Palais des Sports » est plein. Des familles entières, des jeunes, des moins jeunes … Ils sont tous là, pour l’écouter, la regarder …

A 21 heures précise, les lumières s’éteignent, le rideau s’ouvre, laissant apparaître les musiciens. Ovation du public. Assise devant la batterie, France débute par « Musique ». Pantalon blanc, tee-shirt blanc décoré sur le côté par des damiers noirs. Une tenue résolument moderne, mais sobre. Musiciens formidables qui méritent tous d’être cités ici : Top, Engel, Bresli, guitares. Rodi, Bernholc, Bikiao, claviers. Salmieri, Batailley, percussions. Bourgoin, Glausserand, Weib, cuivres.

France Gall sur scène, c’est l’antistar, l’anti-vamp, l’anti-petite fille, elle est elle ! Et c’est ainsi que l’aime le public. La presse en général, fit un triomphe à sa prestation : « … Ce n’est pas un récital, mais un « musical » richissime quant à l’orchestration et généreux quant à l’improvisation. On y chante non seulement, l’amour égoïste à deux, mais l’amour du prochain, l’amour de la vie.

De « Au secours, j’ai besoin d’amour » à « Amor Tambien », c’est le même déferlement sentimental qui rend les gens heureux. « Résiste » est la petite dernière venant en force et en kaléidoscope : on peut la prendre comme l’on veut, de quelque bord que l’on soit.

Cette chaleur humaine passant dans les mots et les notes, France Gall les transmet avec simplicité, je dirai modes tie. Elle se fond totalement dans son groupe, fait corps avec ses musiciens. Sa voix se fait instrument auquel répond un déchirant trombone ou un saxo-pas-Une critique ne pourrait être plus enthousiaste ! Durant un mois, les spectateurs viendront en masse prendre une bouffée de plaisir. Avec quelque fois, une surprise : tel, ce jour où Elton John vint la rejoindre sur scène et chanta quelques chansons avec elle !

Après ce spectacle, plus aucun doute n’était possible : France Gall a convaincu tout le monde. Elle est désormais l’une des très grandes de la chanson française. Pas seulement quelqu’un qui aligne des « tubes », non, mais une artiste complète qui aime la scène et s’y sent bien. Elle dégage un grand amour. Elle n’est certainement pas, comme le prétendent encore certains, une marionnette commandée par un génie. Elle est tout simplement l’une des chanteuses françaises les plus appréciés par le public.

Spécial France Gall

Épilogue : en forme d’avenir

Maintenant que France en avait fini avec le « Palais des Sports », il lui fallait entamer la grande tournée à travers la France et l’étranger qui avait été décidée, Lille, Genève, Nice, Bruxelles …

« Je vais chanter au Forest National. 7000 places ! Il y a sept ans, j’y ai applaudi les Rolling Stones. Cette fois, c’est moi qui serait sur scène … Formidable, non ? … »

Partout, elle va rencontrer le même succès, la même joie de voir ces milliers de gens venus l’applaudir, bisser, « trisser », son spectacle et ne repartir que lorsque les lumières se sont rallumées depuis longtemps …

A la fin de cette tournée, retour à Paris. L’année 1982 a très bien débuté pour elle ! Elle vient de gagner ses « galons » de vedette de la scène française. Maintenant qu’elle en a terminé avec son épuisant marathon, il est temps qu’elle se repose et retrouve sa vie de famille. Finies les photos, finies les interviews, elle peut enfin penser à elle et retrouver ses deux enfants qu’elle avait dû un peu abandonner pendant quelques mois. Toute la famille part aux sports d’hiver. Malheureusement, ils ne peuvent pas y rester très longtemps, car Michel a lui aussi de très nombreux engagements. Les rôles sont renversés, c’est maintenant à France de soutenir et d’aider. Tournée en France, Olympia de Paris … Triomphe !

France et Michel font encore quelques télévisions et toute la famille part en voyage. Direction, la Chine.

Leur rêve : « S’arrêter pendant 1 an et ne plus rien faire. Ça fait partie de nos objectifs : avoir la volonté que l’on doit avoir. C’est se montrer autoritairement en retrait. Ne plus parler à personne et rester dans son coin. Nous espérons que nous allons pouvoir le faire ».

Magazine : Show Biz
Remerciements : Je tiens à remercier le Service de Presse des disques WEA Filipacchi qui m’a donné accès à ses archives. La plupart des propos tenus par France Gal ont été extraits d’interviews qu’elle a donné à différents journalistes. Merci donc, entre autres à : « Salut », « Paris Match », « France soir Magazine », « Le Matin Magazine », « Bonne Soirée », « OK Magazine ».
Merci également à Gilles Paquet pour m’avoir fourni les photos nécessaires à illustrer cet article.
Rédaction : Gérard LASNIER
Par Gérard Lasnier
1982
Numéro : 2

France Gall, le pari gagné !

0
France Gall signe des autographes pour ses jeunes admiratrices et quitte sa loge pour la dernière fois. France Gall a tenu la scène du Palais des Sports durant six semaines en chantant, dansant et jouant du saxo un record.
France Gall signe des autographes pour ses jeunes admiratrices et quitte sa loge pour la dernière fois. France Gall a tenu la scène du Palais des Sports durant six semaines en chantant, dansant et jouant du saxo un record.

Dimanche 14 février, ultime représentation au Palais des Sports.

France Gall signe des autographes pour ses jeunes admiratrices et quitte sa loge pour la dernière fois. France Gall a tenu la scène du Palais des Sports durant six semaines en chantant, dansant et jouant du saxo un record.

Magazine : Jours de France
Numéro du 20 au 26 février 1982
Numéro : 1146

France Gall, match nul entre la femme et la chanteuse

0
Que n'a-t-on pu lire, dire et écrire sur France Gall ! Qu'elle était mignonnette mais insignifiante, joliette mais inconsistante.
Que n'a-t-on pu lire, dire et écrire sur France Gall ! Qu'elle était mignonnette mais insignifiante, joliette mais inconsistante.
Que n'a-t-on pu lire, dire et écrire sur France Gall ! Qu'elle était mignonnette mais insignifiante, joliette mais inconsistante.

“Poupée de cire, poupée de son” Mais rien que ça ! Avec sa voix bizarre et nasillarde, elle est tout juste bonne à bercer sa “Barbie”.

France – Galles : match nul, zéro-zéro, zéro sur toute la ligne. »

Que n’a-t-on pu lire, dire et écrire sur France Gall ! Qu’elle était mignonnette mais insignifiante, joliette mais inconsistante. Qu’elle n’existait que grâce à l’auteur de ses jours – papa Gall est le parolier du tube à rallonges, « La Mamma », chantée par Charles Aznavour, et il a toujours encouragé et poussé sa fillette dans la jungle du spectacle – et – aux auteurs de ses chansons : Serge Gainsbourg avant-hier et Michel Berger aujourd’hui.

Eh bien ! non. France Gall existe bel et bien. Belle, et bien. Elle vit en France. Elle chante au Palais des Sports de Paris. Elle est épanouie, comblée, heureuse. Et elle cause. Et nous l’avons rencontrée.

Bien que les choses se soient déroulées dans l’ordre inverse, parlons d’abord du spectacle de France Gall avant de faire avec elle le point sur sa carrière et sa vie de femme.

« Tout pour la musique » – c’est le titre d’une chanson, d’un album et maintenant du spectacle – est vraiment tout en musique. L’orchestre qui accompagne France Gall, qui la porte parfois vers des sommets qu’elle-même ne pensait certainement pas pouvoir atteindre, est absolument impeccable. « Je soupçonne d’ailleurs les connaisseurs de venir pour eux », dit la chanteuse. Chaque musicien a sa demi-minute de gloire – lorsqu’apparaît son nom en lettres lumineuses et que « défile » son immense photo (il est assez rare de rendre un tel hommage à des musiciens : cela méritait d’être souligné) – et ce n’est que justice. Trois danseurs automates accompagnent de temps en temps et à bon escient la vedette. Trois choristes omniprésentes mais discrètes, malgré le gabarit de l’une d’elles, complètent harmonieusement l’ensemble. Et même la présence d’une dizaine de gosses sur scène pendant une chanson – ce qui aurait pu être « casse-gueule » – est heureuse. Enfin quand apparaît un funambule pendant une autre chanson, on … plane. Tout cela fait de « Tout pour la musique » un spectacle très agréable, qui a une énorme qualité : le don de sympathie.

Mais que dire de France Gall elle-même ! Tout en rythme et en cadence, elle vibre littéralement. Et elle communique sa joie de chanter à tous. Ce « petit bout de bonne femme » – il n’y a rien de péjoratif dans cette expression – a une présence et une énergie assez extraordinaires et dégage un rayonnement chaleureux et bienfaisant. Parfois, elle nous entraîne aux limites de la danse, parfois elle nous émeut sincèrement.

Après les roulades et roucoulades d’une Dalida, après l’« abattage » d’une Sylvie Vartan, après les moues de quelques fines bouches – il y en aura toujours – on se demandait, malgré tout, ce que ferait la petite France Gall dans ce périlleux exercice qui consiste à présenter sur scène un « one woman show ». Eh bien ! nous avons été plus qu’agréablement surpris ! Non seulement elle tient très bien la distance mais elle se défonce et « s’arrache les tripes », comme on dit dans le métier.

Le public aime ça et vient en masse pour vibrer avec elle. Après cinq semaines, à la porte de Versailles – par prudence ou par sagesse, aucune échéance précise n’avait été fixée – on estime que plus de 100.000 personnes, deux fois le Parc des Princes, seront venues crier : « Allez France ! » Et chaque soir, Gall aura gagné. Des rappels, des trépignements, des dizaines de briquets qu’on vide pour elle. Une véritable ovation.

Et même la critique parisienne, parfois si féroce, ne s’y est pas trompée. Jacqueline Cartier fut une des plus enthousiastes : « Ce n’est pas un récital. C’est un « musical », richissime quant à l’orchestration et généreux quant à l’inspiration … Cette chaleur humaine passant dans les mots et les notes, France Gall la transmet avec simplicité, je dirais modestie : elle se fond avec son groupe, fait corps avec ses musiciens. Sa voix se fait instrument auquel répond un déchirant trombone ou un saxo passionné. La mise en scène ne se veut pas spectaculaire mais efficace avec la mouvance d’un décor de lumières et des niveaux différents qui font que, mine de rien, aucun effet ne se répète, et que l’ensemble tourne rond comme un bon moteur. On arrive à la fin du voyage sans problèmes et avec regret.»

Spectacle dense, « Tout pour la musique » est plein de la « présence » – ce don magique de quelques grands artistes – de France Gall. Mais il est aussi plein d’une absence. L’absence d’un homme … omniprésent : Michel Berger, le mari, l’ami, l’auteur-compositeur. A part les paroles de « Au secours, j’ai besoin d’amour », un extrait de l’opéra « Starmania », dont le livret était signé Luc Plamondon, les vingt-cinq ou vingt-six chansons qu’interprète France Gall sont toutes de Michel Berger. Paroles et musique.

Entre deux chansons bien balancées, il y a quelques très beaux textes, notamment parmi les chansons du dernier album. Des textes qui disent l’amour sous toutes ses formes, l’amour de la vie, l’amour de la liberté.

Voici, par exemple, dans « Amor también » :

  • Y a des jours fragiles
  • Des soirées difficiles
  • Le monde est égoïste
  • Y a des journées tristes
  • Mais y a des matins fous
  • Où tout change tout d’un coup
  • Où la tête comprend tout
  • Le cœur se remet debout

Il y a aussi « Diego, libre dans sa tête » :

  • Derrière des barreaux
  • Pour quelques mots
  • Qu’il pensait si fort
  • Dehors, dehors il fait chaud
  • Des milliers d’oiseaux
  • S’envolent sans effort
  • Quel, quel est ce pays
  • Où frappe la nuit
  • La loi du plus fort
  • Diego, libre dans sa tête
  • Derrière sa fenêtre
  • S’endort peut-être
  • Et moi, moi qui danse ma vie
  • Qui chante et qui rit
  • Je pense à lui
  • Diego, libre dans sa tête
  • Derrière sa fenêtre
  • Déjà mort peut-être

Et enfin, bien sûr, « Résiste » :

  • Résiste
  • Prouve que tu existes
  • Cherche ton bonheur partout, va,
  • Refuse ce monde égoïste
  • Résiste
  • Suis ton cœur qui insiste
  • Ce monde n’est pas le tien,
  • Viens,
  • Bats-toi, signe et persiste.
  • Résiste.

A trente-quatre ans, avec ce spectacle au Palais des Sports à Paris, France Gall est épanouie, rayonnante de bonheur.

« C’est vrai : je suis tellement heureuse. Pour rien au monde, je n’aurais voulu rater ce rendez-vous important dans ma vie. Enfin, je me sens une femme libre, qui se bat pour réussir, une femme bien dans sa peau et maîtresse de son destin. J’ai fait ce spectacle parce que c’était le moment de faire quelque chose que je n’avais jamais fait. Parce que je voulais montrer aux autres que j’en étais capable, parce que je veux prouver que je ressemble enfin à ce que je chante aujourd’hui. Ce concert est le moment artistique le plus important de ma vie. C’est la carte la plus importante de toute ma carrière. Oh ! J’ai horreur de ce mot vieux ! Car c’est quelque chose que je n’aurais pas fait il y a dix ans. Ou que je rie pourrai plus faire dans vingt ans … C’est l’aboutissement de ce que je chante et vis depuis quatre ans. J’ai le trac, c’est vrai, mais il est moins fort que mon désir et ma volonté de chanter. Durant toutes ces semaines, je donne tout ce que j’ai en moi. Je ne vois pas ce que je pourrais faire de plus par la suite. »

Un aboutissement, donc. D’une trajectoire que Georges-Marc Benamou a très bien analysée :

« Enfant chérie des sixties, France Gall a sauté les décennies. À califourchon. Et en se rattrapant parfois de justesse. Mais aujourd’hui, elle est « bien dans sa trentaine ». Les années 80 lui vont bien. 

Trop longtemps éloignée des scènes du music-hall, France Gall n’avait jamais jusqu’à présent été considérée comme une artiste « complète ». Alors, pour être une vraie vedette, à la hauteur de ses scores dans les palmarès, il fallait, lui a-t-on expliqué, qu’elle fasse un spectacle important. Sinon … sinon le succès eût été sans fondement réel. Et France Gall, un colosse de vinyle aux pieds bien fragiles.

Alors, elle a accepté. Elle a tout accepté : ces cauchemars qui ces temps-ci la rongent, de suivre un régime strict, de ne plus vraiment voir ses deux enfants, de quitter sa retraite dorée de Rueil et même de rencontrer ces quelques journalistes dont elle a si peur. D’ailleurs, quand on écoute France Gall distiller ses confidences et ses impressions avec spontanéité et prudence, on a l’impression que cette vie privée qu’elle sacrifie quelque peu, que cet environnement heureux qu’elle s’est constitué, ne sont qu’une condition du bonheur. Une condition nécessaire, mais pas suffisante. Épouse de Michel Berger, elle ne peut pas être seulement Madame Berger. Mère de deux enfants, elle est aujourd’hui comblée, elle à qui les médecins avaient dit qu’elle n’aurait jamais d’enfants.

« Cette idée me désespérait et c’est un bonheur auquel je n’arrive pas encore à croire, moi dont la vie a toujours tellement différé de celle des autres femmes. » Alors, devant cette force tranquille et déroutante du show-biz, au vu de tous ces sacrifices, on s’interroge. Et l’on se demande ce qui oblige cette femme « comblée » à prendre le risque important de ce spectacle démesuré. »

La trajectoire de France Gall fournit la réponse. En 1964, une adolescente blondinette, sage et rigolote, avec un brin de voix, fille d’une famille de musiciens, chante des chanson évocatrices et ambiguës, des chansons pour tous publics, écrites sur mesure par le compère Gainsbourg. A l’époque, elle sort un disque tous les trois mois, ce sont tous des tubes. On se souvient de « Baby Pop », mais aussi de « Poupée de cire, poupée de son », mais surtout des « Sucettes à l’anis », dont elle dit aujourd’hui, vaguement scandalisée : « A l’époque, je ne comprenais pas du tout le sens de cette chanson. Et d’ailleurs, à l’âge que j’avais, c’était tout à mon honneur. Vous savez, j’étais très sage et j’ai même vécu jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans chez mes parents. Ce sont mes copains qui venaient chez eux … »

Tous les publics accourent alors vers France. Pour eux, elle est, tour à tour, une adolescente yéyé, une fillette un peu perverse, une jeune fille romantique et éperdue … France Gall est un personnage national et tout irait pour le mieux s’il n’y avait pas chez elle, aussi, ce curieux « syndrome Marilyn » : « Il s’est passé à l’époque ce qui se passe toujours avec les gens qui démarrent trop tôt : je suis passée à côté de tout. Je n’avais vraiment pas d’amoureux ou, de passion, je ne voyais rien de la vraie vie … Car, vous savez, quand on fait ce métier-là, les gens ne s’approchent pas, ils ont peur de vous … Il y a une grande solitude … ».

1968. On refait les jeux. La jeunesse n’est pas accrochée à son électrophone ou au Golf Drouot mais ailleurs … France Gall décide alors de se séparer de ses auteurs et compositeurs, de « voler de mes propres ailes » car j’avais évolué. Les textes bébés ou cochons que l’on me proposait ne me correspondaient plus. J’avais évolué. Mais en changeant, je me suis magistralement cassé la figure … » Ainsi, après son dernier tube « Bébé requin », en 1969, France Gall va, comme la plupart de ses copains des années 60, rejoindre les anthologies. Oubliée la petite France !

Les années 1970 vont commencer sans elle. C’est pendant cette douloureuse traversée du désert qu’elle rencontre un chanteur connu. Ils s’aiment et vont vivre à la campagne. Cette fois, elle n’a plus du tout de succès mais elle a l’amour. Elle ne fait plus « peur ». L’ennui, c’est qu’il est déjà une très grosse vedette. Alors, par la force des choses, France reste dans l’ombre.

« Amoureuse mais étouffée, dit-elle, à propos de cette époque dont elle n’aime guère parler. Je me suis rendu compte que je ne pouvais pas mener une existence normale. Et j’avais terriblement peur de devenir une vieille ringarde ! »

Et puis un jour, au sortir d’une dépression nerveuse, vers 1973, elle a son attention attirée par un disque, « Attends-moi », interprété par un garçon à la voix de velours, un certain Michel Berger qu’elle avait dû croiser au temps de « Salut les copains ».

« Et alors, raconte-t-elle, j’ai voulu aller vers lui, vers cette mélodie, c’est la première fois de ma vie que j’avais envie d’aller vers quelqu’un. Je me suis dit : il faut que je le rencontre. Mais attention, c’était uniquement professionnel, car je n’étais pas disponible … »

Voilà donc le début de ce « conte de fées », un conte de fées où d’ailleurs on démêle difficilement ce qui est amoureux de ce qui est professionnel. Pudique et malheureuse, France va tenter des « approches musicales » que Michel va repousser. Mais il cédera finalement à la douce obstination de France.

En 1974, il lui fait sa « Déclaration », qu’elle ne cessera de chanter. Un immense succès. Cent mille disques vendus en un mois, plus encore qu’au sommet de sa gloire des sixties. Pour France, c’est un fracassant retour du pays de l’oubli.

« Je me suis sentie renaître. Les chansons de Michel m’allaient tellement bien. »

En 1976, enfin libre, elle épouse son « auteur Pygmalion ». Pour la première fois de sa vie, les deux conditions de son bonheur sont réunies : l’amour et le succès. Mais ce couple-là, aussi idyllique soit-il, est aussi un couple d’artistes. Et quand on demande à France, au détour d’une question, qui des deux « marche » le mieux, elle répond en riant : « Mais, c’est moi, bien sûr ! » Si on insiste, elle persiste : « Mais oui, voyons, j’ai la chance, moi, de pouvoir réunir tous les publics. Mais, au fond, ça n’a aucune importance car, vous savez, entre Michel et moi, il n’y a pas de rivalité ni de rapports de force. »

Cette « Lolita » devenue femme aime avoir du succès parce que c’est pour elle recevoir de l’amour.

Lorsqu’on parle encore avec France Gall de l’omniprésence de Michel Berger dans sa vie et dans sa carrière, elle ne se démonte pas. Ou plus.

« Pendant les répétitions à Londres, Michel était souvent là. Sa présence était discrète mais indispensable. Il me servait de repère, de guide. J’ai besoin de son aide, de ses conseils puisque je ne vois pas ce que je fais. J’ai totalement confiance en lui. Sur la scène du Palais des Sports, par contre, je suis seule, je suis moi. Il y a, bien sûr, son regard. Mais le regard de l’autre, n’est-ce pas important ? »

Malgré tout, ce sont encore ses mots que vous chantez …

« C’est vrai que ce ne sont pas mes mots, mais ce sont mes idées. Nous discutons beaucoup avant qu’il n’écrive pour moi. Nous avons des sensibilités très proches. »

Si France chante des chansons écrites et composées par Michel, c’est parce qu’elle se sent bien dans cet univers et dans cette musique. Et ça ne doit pas aller plus loin.

« Depuis que je suis avec Michel, plus personne ne m’envoie de chansons. On sait que j’ai tout ce qu’il faut ! »

Certaines chansons de Gainsbourg, avec des textes très forts, pourraient encore passer aujourd’hui ?

« Oui, je sais. Mais pour le moment, je ne chante que du Berger. »

Pour que tout soit bien clair, Michel ajoute d’ailleurs : « Dans la vie comme dans le métier, j’essaye de toutes mes forces de respecter l’individualité de France. Je veux qu’elle existe toute seule. Nous ne serons jamais le double, l’ombre l’un de l’autre. La collaboration idéale est comme celle qui pourrait exister entre deux peintres qui se montrent leurs toiles, qui s’admirent souvent, se critiquent parfois mais qui ne mélangent jamais leurs couleurs et qui ont chacun leur pinceau. »

« Un plus un n’égale pas un mais deux, si vous voyez ce que je veux dire, ajoute France Gall. Chacun son regard, chacun sa petite musique. Se mélanger, c’est se diminuer. »

Si France Gall et Michel Berger font la part des choses dans leurs vies professionnelles, ils la font encore plus dans leur vie privée. A part quelques shows télévisés, où on les vit ensemble, pas de photos bras dessus, bras dessous. Et surtout pas de photos avec leurs enfants.

« D’accord pour essayer de vieillir ensemble » disent-ils, en chœur, mais sûrement pas sur des couvertures de magazines ! Nous n’avons ni envie ni intérêt à jouer les couples modèles de la chanson française !

René Van Nedervelde : France Gall, le succès que vous remportez au Palais des Sports vous étonne-t-il ? Sur les affiches, on indique : « A partir du 7 janvier », mais il n’y a pas de date de clôture. Était-ce de la prudence ou de la fausse modestie ?

France Gall : Ni l’une ni l’autre. Disons plutôt : de la fausse prudence.

René Van Nedervelde : Vous jouez du saxophone sur scène …

France Gall : Vous auriez préféré que je joue du piano. Et debout, sans doute. Non. J’ai commencé il y a deux mois à prendre des cours de saxophone parce que je trouve que c’est un instrument superbe. Le seul problème, c’est que j’ai un mal fou à le tenir, c’est horriblement lourd !

René Van Nedervelde : Il y a une certaine violence dans votre spectacle ….

France Gall : Oui, mais c’est une violence douce.

René Van Nedervelde : Certains vous classent désormais comme « chanteuse engagée » …

France Gall : Disons qu’il y a des choses qui se passent autour de moi et dont j’ai envie de parler. Avec « Résiste », par exemple, j’ai eu envie de dire au public qui me suit : « Ne faites pas tout ce qu’on vous impose, qu’on vous demande. » Et, croyez-moi, cette chanson était écrite bien avant Sakharov et la Pologne. Ceci dit, je veux aussi que mon spectacle soit une détente, une récréation. Les gens viennent me voir. Il faut qu’ils soient heureux d’être là. Cependant, mon spectacle n’a rien d’un show de Broadway. Il est simple, sobre, moderne.

René Van Nedervelde : Après Paris, vous serez à Forest-National le 16. Où irez-vous ensuite ?

France Gall : Oh ! pas partout. Après Bruxelles, il y aura encore Genève, Nice, Bordeaux et Lille. Et puis, ce sera tout. Après cela, je vais m’effondrer, me terrer. J’aime bien avoir de longues périodes de calme pour me préserver du danger de ce métier. Danger de se donner trop à fond et de passer à côté de la vie. Et puis, j’ai pas mal de temps à rattraper avec mes enfants.

René Van Nedervelde : France va bientôt retrouver sa fille Pauline, trois ans, et le petit Raphaël, dix mois.

France Gall : Vous savez, je suis une mère très traditionnelle.

Magazine : Le Soir Illustré
Par René Van Nedervelde
Date : 4 février 1982
Numéro : 2589

France Gall, presque tout pour la musique

0
« Tout pour la musique », c'est seulement le titre du spectacle. Pour France Gall, sa vie à elle ce n'est pas « rien que pour la musique ». Le Palais des sports, d'accord. Mais la famille d'abord.
« Tout pour la musique », c'est seulement le titre du spectacle. Pour France Gall, sa vie à elle ce n'est pas « rien que pour la musique ». Le Palais des sports, d'accord. Mais la famille d'abord.
« Tout pour la musique », c'est seulement le titre du spectacle. Pour France Gall, sa vie à elle ce n'est pas « rien que pour la musique ». Le Palais des sports, d'accord. Mais la famille d'abord.

Le dimanche après-midi, au volant de sa Volkswagen décapotable, avec sa fille Pauline, 3 ans, assise sur la banquette arrière, elle ressemble à n’importe quelle mère de famille bon-chic bon-genre qui promènerait son enfant.

Et c’est sans doute pourquoi, quand France Gall klaxonne devant les grilles fermées du Palais des sports, aucun vigile ne se déplace pour lui ouvrir.

Pourtant, la chanteuse a un spectacle à assurer en matinée. Mais elle ne s’affole pas. Tandis que Micheline, sa secrétaire, court chercher une clé en regardant sa montre, elle, s’inquiète plutôt de la santé de sa fille, qui tousse un peu.

« Ce n’est pas grave, j’adore arriver en catastrophe. Pas coiffée, pas maquillée. »

France Gall, retournée sur son siège, arrange le col du manteau de Pauline pour qu’elle ne prenne pas de courants d’air en sortant de la voiture.

« Comme ça, tout le monde m’attend, j’enfile mon costume, et crac, je rentre en scène. Sans avoir le temps de souffler … »

Et effectivement, sur un sourire adressé à ses musiciens et un dernier baiser déposé sur le front de sa fille, France Gall disparaît dans sa loge. Une pièce qu’elle a meublée elle-même avec des canapés profonds et d’épais tapis de laine. Un coup de peigne, deux touches de rouge, trois cuillerées de miel d’oranger et la porte s’ouvre de nouveau.

Ce n’est plus la maman blonde au châle écossais aperçue tout à l’heure dans la voiture, mais une créature sauvage, en pantalon de cuir noir moulant et sweet-shirt blanc à damier multicolore. Une rock-star que déjà le public, là-bas, de l’autre côté du rideau noir, acclame, réclame. En sifflant et en tapant des pieds. Comme tous les jours depuis trois semaines …

C’est qu’il a bien changé le « bébé requin » du temps yé-yé. Il s’est fait les dents. Aujourd’hui, France Gall, dans son spectacle « Tout pour la musique », est entourée de quatorze musiciens les meilleurs instrumentistes de studios français qui, pour elle, ont accepté d’apparaître sur scène, trois choristes, trois danseurs, sept enfants, l’éclairagiste d’Elton John et l’ingénieur du son de Bruce Springsteen. Un label de qualité pour les spécialistes. Au total et au bout des comptes, un spectacle qui a coûté 6,5 millions.

Le public aussi a évolué. Il a grandi. Ce ne sont plus seulement des groupies échevelées qui trépignent, mais des fans de 7 à 77 ans. Il a surtout grossi. Chaque jour, le Palais des sports fait presque salle comble. Et il a même fallu installer en toute hâte des barrières pour empêcher les spectateurs enthousiastes de s’approcher trop près-de la scène. Même Elton John qui est venu, un soir, impromptu, chanter en duo avec France Gall Donner pour donner, n’en est pas revenu …

Et, tandis que France Gall fait reprendre à son public ses refrains, un homme en coulisses fait des additions dans une minuscule loge au béton vaguement peinturluré de blanc. C’est Claude Wild, le producteur du spectacle. A la lumière d’une ampoule nue, loin des feux de la rampe et de la sono déchaînée, il joue en solo de la mini-calculatrice électronique. Avec, pour partition, le bilan d’exploitation de trois semaines de show.

« Là on en est à soixante et un mille spectateurs pour dix-neuf séances, énonce-t-il en pianotant sur son instrument. Comme le spectacle est un triomphe, France a accepté de prolonger de trois semaines. Elle a fini par me dire : « D’accord, tout ce que tu veux, mais le 21 février, quoi qu’il arrive, j’arrête … »

C’est que, à partir du 21 février, France Gall a loué un chalet dans les Alpes pour se reposer en famille auprès de Michel Berger, son mari, son auteur et ses deux filles, Pauline et Raphaël née il y a trois mois. Et il n’est pas question pour elle de changer ses projets de famille. Claude Wild a tout de même réussi à lui faire accepter aussi une tournée du 16 au 20 février dans cinq grandes villes : Bruxelles, Lille, Genève, Nice et Lyon. Afin de la décider il a loué les services d’un pilote de Fokker pour transporter les cinquante personnes de l’équipe, et une cuisinière pour mijoter des petits plats à tout le monde.

Mais quand, à l’entracte, le producteur, tout content, montre son bilan à sa vedette, celle-ci jette un œil et se met à rire : « Quand je pense, mais quand je pense qu’en commençant le Palais des sports j’étais paniquée à l’idée de rester trois semaines en scène ! … je n’étais pas sûre de tenir le coup physiquement. Et maintenant, nous en sommes à six semaines programmées … Si je vous écoute, et si je ne m’arrête pas de moi-même, c’est mon médecin qui sera obligé de m’arrêter. . . »

Pourtant, après une heure de scène, à danser sur la pointe des pieds dans un filet de lumière, France Gall semble très calme.

Pas plus fatiguée que si elle avait poussé un landau dans le bois de Boulogne ou le parc Montceau. Et si la chanteuse change de costume – un pantalon blanc et un sweet-shirt à damier noir maintenant – on a l’impression que c’est moins parce qu’ils sont trempés de sueur que parce que c’est prévu dans le show. Mais elle n’aime pas qu’on lui en fasse la remarque.

« Si je parais si calme, c’est que je suis encore sous le choc. Mais il me faudra un mois pour me refaire une santé dans mon chalet. Je ne pourrai plus supporter un bruit. Le moindre coup de téléphone me fera faire des bonds de trois mètres … Il faudrait être aveugle pour croire que je suis insensible à ce succès. Mais je ne veux pas trop tirer sur la corde. Je ne veux pas finir comme la chanteuse Janis Joplin, morte d’une overdose parce qu’elle avait tout donné à la scène. Parce que, dans ce métier, quand on donne tout et que soudain on ne reçoit plus, alors il ne vous reste plus rien …

« Tout pour la musique », c’est seulement le titre du spectacle. Pour France Gall, sa vie à elle ce n’est pas « rien que pour la musique ». Le Palais des sports, d’accord. Mais la famille d’abord.

La porte de la loge s’ouvre.

Une petite fille en robe à carreaux et queue de cheval. C’est Pauline, qui a quitté sa place dans la salle et qui vient s’installer sur les genoux de France Gall. Pauline, qui poisse son pantalon de scène en émiettant des tranches de pain d’épice et qui lui colle peut-être un rhume en éternuant, la tête lovée dans son cou. Là-bas, de l’autre côté du rideau noir, le public acclame encore, réclame toujours. Mais, pour l’instant, France Gall n’est plus qu’une mère de famille comme une autre. Après tout, c’est l’entracte, non ?

Magazine : VSD
Date : 28 janvier 1982
Numéro : 230

France Gall : tout pour son spectacle !

0
Pour France Gall, le compte à rebours vient de commencer. Dans 24 heures, elle succèdera à Sylvie Vartan sur la scène du Palais des Sports de Paris.
Pour France Gall, le compte à rebours vient de commencer. Dans 24 heures, elle succèdera à Sylvie Vartan sur la scène du Palais des Sports de Paris.
France Gall : tout pour son spectacle !

Pour France Gall, le compte à rebours vient de commencer. Dans 24 heures, elle succèdera à Sylvie Vartan sur la scène du Palais des Sports de Paris.

Bien que surchargée de rendez-vous, France a bien voulu consacrer du temps à Salut !

Durant un après-midi passé en sa compagnie, nous avons redécouvert une France Gall heureuse, agréable et surtout en pleine forme.

Elle court, court la petite France de rendez-vous en rendez-vous. Télés, radios, photos, interviews, répétitions, voilà son lot quotidien. Les demandes de rendez-vous sont très nombreuses, alors, eh bien, France Gall doit choisir tout en essayant de faire plaisir à un maximum de personnes. D’un autre côté. Il faut répéter, toujours répéter, le jour et la nuit. Monter un spectacle de cette envergure est une entreprise très importante qu’il faut préparer avec minutie. Heureusement, à ses côtés, un homme veille, conseille, décide, encourage. Vous l’avez deviné, il s’agit de Michel Berger.

Lorsque je retrouve France, elle est dans nos studios de photos où devant les multiples projecteurs de notre photographe Bernard Leloup, elle sourit, pose, se transforme.

Tantôt rieuse, boudeuse, tendre. France n’aime pas tellement poser, pourtant elle le fait si bien ! Femme-enfant, le visage poupin, elle a cette fraicheur et cette beauté qui ne vous laisse pas indifférent. Après deux heures passées devant l’objectif de notre photographe, France regarde sa montre et s’aperçoit qu’elle est déjà en retard à son prochain rendez-vous. Deux minutes plus tard, nous voilà dans la rue et en voiture. C’est France qui conduit. La Golf se glisse dans les embouteillages Parisiens pour arriver à l’Empire où Monsieur Guy Lux produit sa dernière émission. J’attrape la valise de France et nous nous faufilons à travers de nombreux admirateurs déjà présents devant la salle. Enfin, nous gagnons la loge. Une fois la porte fermée, France m’avoue : « J’ai trop de rendez-vous dans une journée et j’ai toujours peur, vu la précipitation, de ne pas tout bien faire. »

Pourquoi « Tout pour la musique » ?

Cette chanson a été faite pour les musiciens. J’ai un grand faible pour la musique. D’ailleurs, lorsqu’on regarde en arrière, il y a eu « Musique » et « Il jouait du piano debout » qui étaient des chansons basées sur la musique. C’est comme ça que nous avons décidé d’appeler le spectacle « Tout pour la musique ». Je pense que les gens qui viennent me voir sur scène viennent voir un spectacle musical.

Et les autres chansons de l’album ?

« Les accidents d’amour », c’est une constatation des amours qui se cassent. « La fille de Shannon » a été faite à la suite d’un voyage en Irlande. « Résiste », c’est un conseil que je donne. « Amor también », c’est pour faire chanter le public, pour que les gens chantent. S’ils ne chantent pas, je serai triste. « Diego libre dans sa tête », c’est une commande de ma part. J’avais envie de faire une chanson un peu politique, engagée, une chanson où je pourrais dire des choses différentes. Mes deux préférées sont « Tout pour Ia musique » et « Résiste ».

Que représente pour toi ce nouveau spectacle ?

Sûrement le moment le plus important de ma carrière. C’est un peu la consécration de tout ce qui s’est passé depuis quelques années.

Parle-nous un peu de ce qui se passe sur scène ?

C’est un spectacle en deux parties. La première est plus douce, composée de chansons tendres. La seconde est beaucoup plus agressive, avec les danseurs. Ils sont merveilleux, ils ne vont pas vraiment danser mais plutôt bouger sur la musique. En tout, neuf personnes sur scène y compris mes musiciens qui sont vraiment des gens extraordinaires, des vedettes dans le genre. Le tout sera mis en scène par Robert Fortune. Ce sera un show assez rock mais rien de très sophistiqué. Je ne veux pas faire une revue à la Broadway mais chaque chanson aura une ambiance bien précise. Les jeux de lumières sont réalisés par l’éclairagiste d’Elton John.

Lorsqu’on prépare un tel spectacle, est-ce que l’on dort la nuit ?

Personne ne peut se rendre compte à part ceux qui le font, de ce que cela représente comme travail. Même mon producteur. Il y a toute la promotion de mon disque, les cours de danse, de chant, de sax. C’est un minimum de dix-sept heures de travail par jour. Mais en fin de compte, je suis très sécurisée. Le reste du temps, j’évite de penser au soir de la première, car alors là …

Quelle est l’importance de Michel Berger dans ce spectacle ?

Michel sait ce dont j’ai envie, alors je me décharge beaucoup sur lui. Par exemple, il y a des rendez-vous où je ne peux pas aller et où il va. Michel a dû abandonner sa carrière pendant un certain temps. Il prépare quand même un show télévisé pour janvier.

Que se passera-t-il avant d’entrer en scène ?

Je mange une omelette, ensuite, je fais mes vocalises, ça me sécurise. Il faut que je sois seule, qu’on ne me parle pas. Lorsque je suis sur scène, c’est complètement différent, j’ai l’impression d’être chez moi. Après le spectacle, c’est extraordinaire, j’ai envie de faire mille choses. C’est le grand bonheur.

Que fait France Gall après le travail ou le soir en général ?

J’aime beaucoup aller au spectacle, sortir pratiquement tous les soirs ou alors organiser des fêtes, aller chez des amis. J’adore bouffer au restaurant.

Et la vie de famille ?

J’ai fait un choix. En ce moment, c’est le métier. Je travaille dix-sept heures par jour, mais malgré tout, j’essaie de prendre des rendez-vous à la maison pour que mes enfants sentent ma présence. Ce qui est important, c’est d’être heureuse et je suis heureuse.

France éclate de rire, elle est heureuse. Elle sort de son sac les photos de ses enfants : Charlotte (Pauline / erreur du journal) et Raphaël qu’elle me montre avec fierté.

Que se passera-t-il après le Palais des Sports ?

Le show se termine le 31 janvier, après, je fais quelques grandes villes comme Nice, Bruxelles, Genève, Lille, des salles qui peuvent recevoir tout le matériel de scène. Après cela, peut-être un peu de neige, et on songera au spectacle de Michel.

Il est 19h30 lorsque je quitte France Gall. Dans quelques minutes, elle affrontera les caméras. Je la laisse en compagnie de sa petite omelette. Le rendez-vous est pris : je serai au Palais des Sports pour l’applaudir, vous aussi, vous verrez, ce sera sûrement super!

Magazine : Salut !
Par Daniel Moyne
Date : 19 janvier 1982
Numéro : 164

France Gall au Palais des Sports

0
Programme du spectacle de France Gall au Palais des Sports (dont le nom de production est Tout pour la musique), du 7 janvier au 14 février 1982 au Palais des Sports de Paris.
Programme du spectacle de France Gall au Palais des Sports (dont le nom de production est Tout pour la musique), du 7 janvier au 14 février 1982 au Palais des Sports de Paris.

Programme du spectacle de France Gall au Palais des Sports (dont le nom de production est Tout pour la musique), du 7 janvier au 14 février 1982 au Palais des Sports de Paris, enregistré le 13 février 1982 pendant les concerts de France Gall.

France Gall au Palais des Sports est édité en 33 tours le 4 novembre 1982 et a été filmé par Mathias Ledoux sur plusieurs dates, en février 1982. Le concert est diffusé le 3 octobre 1982 à la télévision par Antenne 2.

Patrice Delbourg : Nous avons tous attrapé la Gall ! — Vingt ans de carrière ou presque ! C’est incroyable quand on voit gambader sur la scène du Palais des sports de Paris ce petit bout de femme en survêtement blanc. On la dirait embaumée dans un bocal de calissons.

Ce programme contient principalement des photos de France Gall et les paroles de certaines chansons.