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France Gall, tout pour la musique !

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France Gall, tout pour la musique
France Gall, tout pour la musique
France Gall, tout pour la musique

Footing dans les prés aux vaches garanties « made in Normandie». Balades le long de la mer.

France Gall s’est préparée dans le calme, avant la tempête du Zénith, la nouvelle salle de la porte de Pantin, où elle présente son show, à partir du 11 septembre.

L’occasion, pour elle, d’apparaître aussi dans plusieurs émissions de télé avec les chansons de son dernier disque : « Débranche».

“Ici, dit France, je débranche vraiment ! Je ne veille qu’à la bonne marche de la maisonnée”. Bref, elle se soucie du menu du dîner, de téléphoner au tapissier ou de préparer sa liste d’achats pour Je marché du lendemain …

Un emploi du temps sans trépidation dans cette maison exclusivement destinée à sa vie de famille et qui ne voisine qu’avec la mer. Aucune musique d’ambiance, pas le moindre trophée (disque d’or, photo) susceptible d’identifier les propriétaires des lieux. Même les deux pianos, de Michel Berger demeurent à l’écart. Pas de bruit mais les rires de leurs enfants : Pauline, six ans, et Raphaël, 3 ans, qui jouent dans le jardin. “Nous ne mêlons jamais nos enfants à notre vie professionnelle.”

Je déteste même qu’ils viennent me voir lorsque je chante sur scène. Ma fille n’est venue qu’une seule fois et je n’aime pas son regard sur moi quand je salue le public. Je veux être sa maman et c’est tout. Bien sûr, Pauline et Raphaël savent à quoi s’en tenir. « Mais, poursuit France, pour eux, tous les parents chantent puisque leurs parents chantent. »

A trente-sept ans, France comptabilise vingt ans de métier, presque autant de succès, et son souci de la perfection est devenu légendaire : “Je suis peut-être une emmerdeuse mais je ne veux pas que l’on m’entraîne n’importe où. J’ai eu trop à en souffrir à une époque”.

Référence aux « années Gainsbourg », lorsqu’elle n’était qu’une poupée de cire à qui l’on coupait vite le son : « J’ai longtemps fait ce métier inconsciemment. Je suis passée de l’enfance à l’âge adulte sans transition. Je suis restée « bébé ” très tard. J’adorais vivre chez mes parents en musique – (son père a écrit notamment « La Mamma » pour Charles Aznavour.) J’ai habité avec eux jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans et, finalement, ce sont eux qui sont partis vivre ailleurs … Alors, il a bien fallu que je prenne ma vie en main». France, le « Bébé Requin », doit montrer les dents pour écarter les poissons pilotes : « Je ne savais pas ce que je voulais, mais je savais ce que je ne voulais plus. J’aurais pu être détruite à ce moment-là.

“Le spectacle c’est un métier qui peut vous laisser très mal en point”. De 1970 à 1974, France Gall traverse plus de bas que de hauts. li lui vient l’idée de tout abandonner. Résultat : une dépression nerveuse, mais sans drogue ni alcool qui ont, souvent, été les recours des idoles déchues.

“J’ai pu éviter le pire. Souvent, je pense à des gens comme Janis Joplin, la chanteuse de rock américaine morte d’une overdose. Moi, grâce à mon enfance choyée, je m’en suis bien sortie parce que j’étais mieux armée. Je suis vraiment douée pour le bonheur”.

La preuve ? Sa rencontre avec Michel Berger. Un hasard provoqué. “Trop timide pour lui téléphoner, je savais que je le croiserais un jour ou l’autre dans une émission de télé …”

Et elle ose lui demander : “Écrivez pour moi”. Berger se montre un peu réticent : “Michel est quelqu’un qui déteste l’échec. Il craignait de ne pas parvenir à me remettre en piste. Moi j’offrais un optimisme inébranlable”.

France a gagné. Dix ans de travail commun le confirment et… l’amour en plus. « Il n’existe aucun rapport de force entre nous. Cela peut s’expliquer parce que chacun réussit. Une année, et cela nous amusait beaucoup, nous avons été en alternance pendant des semaines numéro un et deux des ventes de disques, lui avec « Mademoiselle Chang » et moi avec “Il jouait du piano debout”. Mon public, c’est vrai, est plus étendu que le sien mais, si j’avais le choix, je préfèrerais être Michel Berger, c’est-à-dire écrire et composer ».

Créateur, Michel Berger l’est exclusivement pour sa femme : « S’il écrivait pour d’autres, cela m’ennuierait vraiment, et quel intérêt pour lui ? » dit France avec fermeté.

« Il me voit beaucoup mieux que je ne le fais, sans cesse il me révèle à moi-même. Je ne sais pas m’analyser et, sauf sur scène, je ne suis pas du tout sûre de moi”.

Cherchant soudain du regard Pauline et Raphaël, qui joue avec une petite camarade de leur âge, France ajoute : « Je serais, sans doute, une vedette beaucoup plus importante si je n’avais pas deux enfants mais j’ai choisi d’équilibrer ma vie ainsi. J’ai voulu, même si je travaille beaucoup, privilégier toujours ma vie de femme et je ne le regrette pas. Bien au contraire. Et, dans dix ans, j’arrête de chanter ».

Décision irrévocable qu’elle mûrit depuis un certain temps. « Je veux partir dignement. Tout le monde ne peut pas réaliser l’itinéraire d’une Barbara. Comme je ne veux chanter que la musique que j’aime, je ne me vois pas chanteuse de rock à cinquante ans ! Mais, le jour où je m’arrêterai sera très triste ».

Songeuse, elle reprend aussitôt : « Je ne quitterai jamais le monde de la musique. Je me lancerai dans la production, j’aiderai les jeunes et je chercherai de nouveaux talents et cela me passionnera ».

Une « Déclaration ” de celle qui se veut douée pour le bonheur et donnera toujours « Tout pour la musique» …

Magazine : Télé 7 Jours
Martine de RABAUDY – Photos Henri Tullio
Date : 8 au 14 Septembre 1984
Numéro : 1267

France Gall “Jour J -5 !”

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France Gall "Jour J -5 !"
France Gall "Jour J -5 !"

France Gall sera au Zénith du 11 septembre au 7 octobre prochain.

En attendant de se produire sur cette grande scène parisienne, elle a pris une partie de ses vacances dans une petite ville française qu’elle aime particulièrement : Honfleur.

On ne chôme pas chez les Berger ! Depuis la fructueuse association de France et Michel, il y a quelques années, les fruits n’ont cessé d’éclore.

Aujourd’hui, la popularité de l’un comme dans l’autre est confortablement assise et chacun de leurs spectacles respectifs est régulièrement triomphal.

Malgré l’assurance de réussir le prochain au Zénith, France connait actuellement l’angoisse familière à tout artiste à la vrille d’une grande première. Depuis le 20 aout dernier, elle a en effet, commencé les répétitions intensives de son nouveau show.

Nouveau est vraiment le mot puisqu’en plus d’une série de nouvelles chansons, la conception du spectacle lui-même sera très différente de ce qu’elle a fait jusqu’à présent. Michel a bien entendu participé à sa création, mais il avoue ne plus vouloir être associé professionnellement à sa femme. « Nous avons chanté ensemble, dit-il, mais c’était, selon moi, une erreur. Nous avons décidé de dissocier totalement, dorénavant, nos carrières ».

Il suffit à Michel Berger de mettre, en coulisses, la main à la pâte, et de trembler, avant la première représentation de France, plus encore que s’il était lui-même concerné. Qu’elle ne compte donc pas sur lui pour la seconder moralement … « Le spectacle, explique-t-elle, sera basé sur la communication, le contact, si difficile à établir, à notre époque, entre les gens. D’où la chanson que m’a écrite Michel à ce sujet. « Débranche », qui symbolise la difficulté de communiquer inhérente au monde moderne. Aucun doute qu’entre France et son public, le courant passera.

POUR DÉBRANCHER UN PEU …

Pour lui permettre de recharger ses accus et de faire le plein d’énergie, son mari a veillé à lui concocter des vacances tranquilles autant que familiales. Après avoir passé le mois de juillet à St-Tropez, France, Michel, Pauline, Raphaël, accompagnés de Chang et Annie, respectivement nounou et cuisinière attachées à la famille, se sont rendus du 1er au 20 août dans leur maison de Honfleur.

Entre les parties de tennis et les longues balades sur la plage, France a fait là-bas une cure d’air pur et de santé. Pour changer du rythme parisien. elle se levait tôt le matin et se couchait « presque » tôt chaque soir. Chang, jeune réfugié Cambodgienne à qui Michel a d’ailleurs consacré une chanson,« Mademoiselle Chang », était là, non plus pour s’occuper à plein temps des enfants, leur maman riant présente, mais pour seconder madame Berger et lui permettre de ne pas perdre en énergie qu’elle avait tellement besoin d’économiser. Même chose pour Annie, ex-cuisinière de Coluche, mélomane invétéré qui ne peut donner le maximum de son talent sans son walkman branché en permanence sur ses musiques préférées … (est-il besoin de préciser lesquelles ? … ) Là encore, Michel, dans un souci d’équité, a dédié à son cordon bleu une très jolie mélodie « Annie donne», meilleure façon de remercier sa muse de l’inspiration qu’elle lui avait procuré.

UN SHOW DE CHOC !

A quelques jours de sa grande rentrêe au Zénith, France passe plus de 10 heures par jour en répétition. Il ne s’agit pas uniquement de chanter, loin de là, mais de veiller à chaque détail des parties techniques et scéniques du spectacle. Elle prend par exemple des cours de karaté afin d’être au point pour la séance d’arts martiaux prévue au programme. De quoi, c’est certain, frapper encore un grand coup !

Magazine : Girls
Elisabeth Chamak
Date : 6 Septembre 1984
Numéro : Inconnu

S’il n’en reste qu’une … Sylvie, Françoise, France Gall, Sheila

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S'il n'en reste qu'une ... Sylvie, Françoise, France, Sheila
S'il n'en reste qu'une ... Sylvie, Françoise, France, Sheila
S'il n'en reste qu'une ... Sylvie, Françoise, France, Sheila

Avant elles, la chanson française au féminin, c’était Patachou, Gloria Lasso, Jacqueline François, Mick Michel, Line Renaud, et… Dalida !

Quatre filles ont changé, bousculé tout ça. Il y a un peu plus de vingt ans, déjà. Et aujourd’hui, en 1984, elles sont encore les têtes de file d’une variété française qui semble avoir du mal à se conjuguer au féminin.

Elles ont, à elles quatre, vendu tant de disques et exacerbé tant de passions qu’il n’est pas exagéré de dire que chacun d’entre nous a aimé au moins l’une d’entre elles. Sylvie, Françoise, Sheila, France … Et si en aimant l’une on aimait, les trois autres ?

Les années soixante, cela ne se passait pas qu’au pays “D’American Graffiti”. C’était les années De Gaulle, Kennedy, Kroutchev. C’était les premiers Monoprix, les scopitones dans les cafés, Marilyn Monroe, Liz Taylor, Jerry Lewis, Brigitte Bardot au cinéma, “Âge tendre et têtes de bois” à la télé, “Salut les copains” à la radio. Et toute une génération qui a envie d’une culture bien à elle, détachée des modèles imposés par les adultes.

Elles ont toutes les quatre à peu près le même âge. Françoise Hardy est née le 17 janvier 1944, Sylvie Vartan, le 15 août 1944, Sheila, le 16 août 1945, et France Gall le 9 octobre 1947.

Comme toutes les filles de leur génération, elles rêvaient bien sûr à “autre chose”. C’est Sylvie Vartan qui ouvrit le bal. La petite émigrée bulgare fut présentée par son frère Eddie à un jeune rocker qui cherchait une partenaire pour enregistrer un duo intitulé “Panne d’essence”. Depuis Frankie Jordan est devenu dentiste et Sylvie a fait son chemin. Très vite elle devient l’image même d’une nouvelle féminité : frange blonde, moue boudeuse, déhanchements lascifs. Sa façon de chanter déconcerte les amateurs de “chanteuses à voix” traditionnelles, mais tous les jeunes sont amoureux d’elle. A l’opposé de ‘Sylvie la twisteuse” apparaît en 1962 Françoise Hardy, la romantique. Universitaire, (elle était étudiante à La Sorbonne), et surtout auteur-compositeur, elle impose sa sensibilité et séduit les derniers irréductibles pour qui le terme de “yéyé” était synonyme de débile. C’est alors qu’arrive Sheila, petite marchande de bonbons sur les marchés de la banlieue parisienne, qui va réussir à réconcilier les générations et imposer le concept d’une “idole morale”, fraîche et gentille. France Gall suit quelques mois plus tard, épaulée par son père Robert Gall, auteur de nombreux succès (dont notamment “La Mamma” de Charles Aznavour). Son deuxième disque s’appelle, curieusement, “N’écoute pas les idoles” !

Tout au long des années soixante, nos quatre héroïnes enchaînent tube sur tube. Les thèmes de leurs chansons sont sensiblement les mêmes, elles racontent les grandes joies et les petits chagrins des amours de jeunesse. Elles se partagent les couvertures des magazines “Salut les Copains” et “Mademoiselle Âge tendre”, pour lesquels elles posent parfois ensemble. Sylvie, Françoise et Sheila font des tentatives de carrière au cinéma, dont les cinéphiles n’ont pas gardé la mémoire, malgré les succès publics de “Patate”, “Une balle au cœur” et de “Bang-Bang”. Sheila investit l’argent de ses premiers cachets dans la mode et lance avec succès les “Boutiques de Sheila”. Sylvie Vartan fait de même un an plus tard. France Gall et Françoise Hardy partagent le redoutable honneur d’avoir toutes deux participé au lamentable Concours Eurovision de la Chanson. Françoise y présente en 1963 “L’amour s’en va”, sans gloire. France Gall triomphe en 1965 avec “Poupée de cire, poupée de son”, signée Gainsbourg. Elle s’ouvre alors une carrière européenne. Françoise est, elle, devenue une star en Angleterre et dans les pays anglo-saxons. Elle pose avec Mick Jagger, inspire Bob Dylan, chante au prestigieux Savoy de Londres, roule en Rolls, donne la réplique à Woody Allen dans “What’s new Pussicet ?”, enregistre en anglais, fait le mannequin pour Courrèges et Paco Rabanne, et fait découvrir aux téléspectateurs français médusés les premières mini-jupes ! Elle correspond alors très exactement à ce qu’on appellerait de nos jours une “branchée”. Sylvie Vartan commence à donner d’elle-même une image plus calme et plus familiale, suite à son mariage avec Johnny Hallyday et à la naissance de David, et à son changement radical de répertoire. Sheila incarne à merveille, et avec beaucoup de conviction, la “Petite fille de français moyen” qui vante les vertus traditionnelles du travail, des joies de la vie familiale, et de l’amour conjugal. France Gall enregistre “L’Amérique” juste après “Le folklore américain” de Sheila. En 1968 elle chante “Mon p’tit soldat”, que lui écrit Jacques Monty qui, à la même époque donne à Sheila sa célèbre “Petite fille de français moyen”. Qui sait, si mai 68 avait réellement tourné à la révolution, France Gall aurait peut-être eu le tube de l’année ! Mais, pas de chance, la majorité silencieuse triomphe, et c’est Sheila qui devient alors le symbole d’une certaine France profonde …

Les amours gravés sur vinyl

Les amours des chanteuses passionnent leur public autant que leurs chansons. Est-ce innocemment qu’elles ont toutes les quatre chantés en duo avec leurs conjoints respectifs ? Françoise Hardy, longtemps fiancée à Jean-Marie Périer, le photographe vedette de “Salut les Copains”, épouse Jacques Dutronc et chante avec lui, quelques années plus tard il est vrai, le superbe “Brouillard sur la rue Corvisart”. France Gall n’a pas chanté avec Julien Clerc, qui composa pour elle “Chasse Neige “, et avec qui elle posa pour une mémorable première page de “Ici Paris “, qui titrait “Vive l’amour libre !”.

Mais en revanche elle enregistra avec Michel Berger “Ça balance pas mal à Paris”, et “Mon fils rira du Rock & Roll”. Sheila a battu des records de vente de 45 tours, et d’opportunisme, en chantant avec Bingo “Les gondoles à Venise” quelques jours à peine après leur mariage si largement répercuté par les médias. Et Sylvie Vartan les bat toutes en ayant gravé sur disque la troublante association de sa voix avec celle de Johnny Hallyday pas moins de quatre fois! “Les hommes qui n’ont plus rien à perdre”, “Toi et moi”, “J’ai un problème”, “Te tuer d’amour”.

Les chansons de l’une ont parfois été celles de l’autre. “Midnight” devient “Reviens je t’aime” par Sheila et “Kommst du zu mir” par France Gall en Allemagne.

Sylvie Vartan et Sheila chantent “Gloria”. Sheila en France et Sylvie sur son album “Live” de Las Vegas. “Bang bang” est le tube de l’été 1966 avec Sheila et Sylvie le reprend sur un album de 1974 réservé au public japonais, où elle reprenait également des succès d’Hallyday, de Polnareff et d’Édith Piaf !

Leur rêve : changer d’image

Dans les années 70, le monde change petit à petit, après le choc culturel et sociologique de mai 68. La “nouvelle chanson française” fait son apparition : Julien Clerc, Alain Souchon, et Véronique Sanson pour les filles. Il y avait eu aussi Mireille Mathieu, Michèle Torr, et il y aura Karen Chéryl, décalcomanie de Sheila lancée avec succès par celui qui fut son secrétaire treize ans durant. Sylvie et Sheila confortent alors leur image de vedettes familiales.

Sylvie dans le style “meneuse de revues”, grâce aux shows-télé des Carpentier, et à ses ambitieuses prestations scéniques. Sheila se contentant des succès par microsillons interposés, reproduisant fidèlement en chansons l’image qu’on attend d’elle. Françoise Hardy par contre tourne ostensiblement le dos à une gloire trop facile, refusant les impératifs promotionnels, n’enregistrant que ce qui lui plait de chanter, prenant ses distances avec une forme d’exhibitionnisme artistique, (scène, télé), trop éloignée de sa nature profonde. Elle se consacre principalement à sa vie familiale et à l’étude de l’astrologie. France Gall disparaît quelque peu des projecteurs du succès, sans pour autant, quoiqu’elle en dise aujourd’hui, cesser d’enregistrer. Elle s’essaie tour à tour à des auteurs-compositeurs aussi divers que Joe Dassin, Boris Bergman, Jean Schmitt, Jacques Lanzmann, Étienne Roda-Gill, Franck Thomas et à nouveau Serge Gainsbourg. France enregistre même avec “La Compagnie”, qui comprend entre autres son producteur Norbert Saada, Gill Paquet, son attaché de presse actuel, Gilles Dreu et Nicole Croisille, une adaptation française de la chanson de John Lennon “Give peace a chance” sous le titre “Donne-moi ma chance, je ne boirai plus” ! Si ça ne marche pas trop en France, par contre en Allemagne elle enregistre disque après disque, sur fond d’accordéon et d’orgue, ambiance “kermesse de la bière” garantie ! Jusqu’à sa rencontre avec Michel Berger en 1974 qui lui compose “La déclaration d’amour”.

C’est ainsi que France Gall aborde les années BO avec une image complètement moderne, puisqu’elle a la chance d’inspirer le meilleur auteur-compositeur français du moment, et le talent de savoir exprimer musicalement son univers avec conviction. Françoise Hardy inspire tour à ·tour Michel Berger également, (avant que ses talents ne soient confisqués et réservés à l’usage exclusif de son épouse), Tuca, Catherine Lara, Michel Jonasz, Alain Souchon, Louis Chédid. Mais au grand regret de ses fans, elle ne compose elle-même pratiquement plus, consacrant son écriture à la rédaction d’articles d’études astrologiques pour la grande presse. Sylvie et Sheila connaissent un destin de femme quelque peu semblable. Toutes deux divorcent, font une croix sur leurs illusions sentimentales, et vont regarder à l’étranger ce qui s’y passe. Aux États-Unis, Sylvie trouvera un mari, Tony Scotti, et l’assurance d’une carrière de “show-women” à la française. Sheila multipliera les tentatives d’évolution musicale, en travaillant avec Chic et Keith Olsen. “Specer” et “Little Derlin'” sont des gros succès partout à l’étranger, hélas un peu moins en France. Mais Sheila gagne enfin l’estime des professionnels du show-business, et récolte des articles élogieux dans la presse rock pour qui elle était jusqu’alors traditionnellement l’ennemie.

Pour la vie, pour le pire et le meilleur …

En fait, toutes les quatre cherchent à briser leur image stéréotypée. Devenues des idoles alors qu’elles étaient à peine adolescentes, elles tentent de devenir elles-mêmes.

Sylvie Vartan se cherche une respectabilité dans une image de bourgeoise à la réussite sociale évidente, qui s’habille Faubourg Saint-Honoré. Elle veut même aujourd’hui chanter comme les “chanteuses à voix” traditionnelles qu’elle avait démodées aussi efficacement vingt ans plus tôt.

Il est évident qu’elle a d’ores et déjà gagné sa place au Panthéon des gloires du music-hall français, aux côtés de Mistinguett, Zizi Jeanmaire et consœurs. Être moderne ne semble plus être son affaire, puisqu’elle est, enfin, respectée.

Françoise Hardy mène aujourd’hui sa carrière comme elle l’entend et enregistre un disque quand elle en a le temps, sans oublier de préciser à chaque fois que ce sera le dernier !

Accaparée par ses horoscopes quotidiens sur Radio Monte-Carlo et par ses articles dans les revues spécialisées, sans oublier quelques livres consacrés à l’astrologie dont la couverture s’orne de sa photo, Françoise ne donne presque plus d’interviews, mais on a quand même pu lire dans la presse des déclarations qui ne sont pas vraiment d’avant-garde, du genre “l’homosexualité est une névrose” ou “j’ai voté Chirac”.

Elle reste néanmoins une idole-culte, avec un public fidèle, et un nouveau public qui découvre avec émerveillement ses anciens disques. Françoise inspire aussi les meilleurs des jeunes artistes, comme Étienne Daho ou Eurythmies.

France Gall affirme dans “Numéro Un” qu’elle chante pour les jeunes, mais son “pari gagné” semble en fait un pari risqué. Condamnée à plaire à une génération, saura-t-elle séduire les suivantes ? Elle a fait ses preuves sur scène et paraît la plus “branchée”. Mais est-elle vraiment à l’écoute de tous ceux qui l’écoutent ?

Osera-t-elle un jour chanter à nouveau autre chose que du Berger ? France Gall est, malgré son triomphe évident, un point d’interrogation pour l’avenir.

Tout comme Sheila. Son répertoire neuf, la sincérité de sa démarche, l’évidence de son désir d’évoluer ont convaincu des créateurs parmi les plus excitants, de Jean-Paul Gaultier à Gérard Presgurvic, de Michel Cressole à Yves Martin. Mais a-t-elle vraiment défini son univers et assumé ses contradictions ?

Elle semble la plus paumée, la plus naufragée après cette fascinante traversée des sixties et des seventies.

C’est peut-être un atout, car une artiste qui se cherche et qui doute a le mérite de ne pas se reposer sur ses lauriers. Elle a aussi le courage et la lucidité de déclarer dans “Rock” : “Le fait d’avoir été Sheila, c’est merveilleux, mais ça ne correspond pas à la jeunesse actuelle”. Les trois autres oseraient-elles en dire autant ? Les premiers pas sur scène de Sheila à Paris l’an prochain seront peut-être, enfin, l’occasion de prouver, et de se prouver à elle-même, qu’elle peut toucher et se faire entendre d’un public qui reste, en grande partie, pour l’instant, figé sur son image du passé.

Après ce bref survol de quatre carrières hors du commun, la seule conclusion qui semble s’imposer, c’est que toutes les quatre, malgré leurs dénégations, chanteront encore dans vingt ans. (Oui, oui, Dalida aussi, bien sûr…)

Elles ne peuvent y échapper. Ceux qui les découvrent aujourd’hui trouvent en elles l’écho de sentiments éternels et d’une époque qu’ils auraient aimé connaître. Ceux qui les aiment depuis toujours ajoutent· à cette nostalgie des perspectives de surprises artistiques et de nouvelles métamorphoses bien excitantes.

En les aimant toutes les quatre, ou l’une ou l’autre à la fois, on ne fait après tout que s’aimer soi-même. Car le secret de leurs succès est qu’elles sont, finalement, le miroir de leur public.

Sylvie, Françoise, Sheila et France, pour la vie, pour le pire… et le meilleur !

Magazine : Numéros 1
Date : Septembre 1984
Numéro : 18

Alain DUBAR

France Gall : charmeuse, diplomate, féminine

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France Gall, charmeuse, diplomate, féminine
France Gall, charmeuse, diplomate, féminine

Retranscription impossible : le contraste du fond et des caractère est trop important, la reconnaissance visuelle est impossible.

Magazine : Cool !
Date : Septembre 1984
Numéro : Inconnu

France Gall, vedette de la rentrée

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France Gall, c'est le petit soldat de la chanson, le fantassin du 33 tours toujours prêt à entamer l'offensive et à gagner.
France Gall, c'est le petit soldat de la chanson, le fantassin du 33 tours toujours prêt à entamer l'offensive et à gagner.
France Gall, vedette de la rentrée

France Gall, c’est le petit soldat de la chanson, le fantassin du 33 tours toujours prêt à entamer l’offensive et à gagner.

On ne compte plus le nom des batailles inscrites sur son drapeau : « La déclaration », « Viens je t’emmène », « Musique » …

Mais quand un soldat comme France Gall s’en va-t’en guerre, c’est pour participer au combat en première ligne, comme un général d’Empire. L’intendance doit suivre. C’est dans ces conditions que France Gall se prépare à être la vedette de la rentrée. Pour frapper fort, d’abord à la télévision et ensuite sur la scène du Zénith à la Porte de Pantin (pendant un mois à partir du 11 septembre), France a presque renoncé au farniente et aux vacances. Une semaine sur deux, elle remonte de Saint-Tropez à Paris, pour préparer son travail. Alors, il faut savoir se faire tout petit et très patient. Faire comme si l’on n’existait pas dans ce grand studio de la banlieue parisien ne où se déroulent pendant de longues heures d’interminables séances de répétition.

On découvre vite cependant, si l’on se montre sage et discret, que la rigueur n’empêche nullement le sourire et la gentillesse. Sept musiciens, trois choristes, une chanteuse et un auteur compositeur ne peuvent rester longtemps sérieux. Elle se fait des blagues l’armée Gall et se menace même à la première erreur d’un carton Jaune à 100 F et d’un autre, rose celui-là, à 200 F. Et pour ne pas être ruinée, elle s’accorde, de temps en temps, une pause.

C’est à l’occasion de l’une de ces pauses que France nous révèle une de ses passions : le flipper. Michel fournit les pièces ! « Lamentable, je ne suis vraiment pas douée. C’est comme avec les ordinateurs, j’ai beaucoup de leçons à prendre. Je ne suis pas fin prête pour la télématique. Je souffre déjà avec le fonctionnement du magnétoscope, alors !… Mais pour « débrancher », une partie de flipper, c’est ce qu’il y a de mieux ».

La pause est terminée. France se « rebranche » et nous découvrons que Michel l’appelle affectueusement « bébé ». Mais ce bébé n’est pas du tout requin, juste un peu trop rigolo et sans doute très espiègle. Sauf dans les moments d’émotion. Les moments où elle chante des chansons comme « La déclaration ». Ils sont privilégiés et presque magiques ces moment-là. Ils expriment une évidence : bébé France et papa Michel vont assurément très bien ensemble. Nouvelle pause et nouvelle surprise. France a fort bon appétit et adore le kir. Mais le vin blanc-cassis ne peut chasser son inquiétude. Elle a laissé les petits dans le Midi. Bien sûr, Pauline, cinq ans, nage comme une sirène… avec des bouées et Raphaël, trois ans, pousse tout le monde dans la piscine. « Oh, la, la, les angoisses de maman ! ». Michel rassure France, les petits vont bien. Tout va bien. « Mais oui, c’est chouette on a retrouvé l’ambiance des tournées », assure-t-elle avant de demander à son armée si « quelqu’un sait masser les pieds ».

« La scène, c’est du gâteau à côté des répétitions. Pour être en forme, je fais du karaté tous les jours. Je suis presque une pro. Le karaté, ça donne la pêche. Maintenant que j’ai appris à me battre, je sais que je suis profondément pacifique ». Michel, de son côté, assure, avec un certain sourire, qu’il se sent sécurisé depuis que France est karatéka !

La répétition reprend, jusqu’au petit matin, France n’aura pas à se confier aux journalistes de « Télé-Poche ». Ils l’ont regardée vivre. Elle aura livré un peu d’elle-même, le meilleur sans doute. Celui que l’on n’arrache jamais à coups de questions. Petite bonne femme énergique, volontaire et infatigable, France en veut toujours plus, elle veut toujours gagner le combat. Mais quand l’aube arrive le général Gall redevient femme et d’une petite voix demande : « Michel, s’il te plaît, ramène-moi. Emmène-moi ».

Magazine Télé Poche
Par Bérangère ETCHEVERRY / Photos : Marc SEGUIN, Sygma
11 août 1984
Numéro : 965

France Gall à la conquête du Zénith

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France Gall à la conquête du Zénith
France Gall à la conquête du Zénith

Dans une apothéose d’éclairs, de couleurs, de décibels, toute seule, toute petite sur la scène immense, France Gall répète, parmi les instruments abandonnés par les musiciens, le spectacle qu’elle va donner au Zénith, à la porte de la Villette, un mois à partir du 11 septembre.

Un spectacle de deux heures, avec entracte, avec France et encore France, du début à la fin. France sans Michel Berger sur la scène, à ses côtés, bien qu’il ait activement participé à la préparation du show, et qu’il soit toujours là, quelque part derrière un rideau.

Elle vous invite à chanter avec elle

Elle a toutefois demandé qu’on aménage devant elle un espace aussi grand que celui de la surface de la scène, de façon à ce que les spectateurs puissent descendre la rejoindre et l’entourer pour chanter avec elle. Sept musiciens, trois choristes, sept danseurs, et vingt-cinq personnes constituant l’équipe technique de France qui se produit à Paris tous les deux ans. Ce spectacle, comme le dernier au Palais des Sports, est mis en scène par Robert Fortune. Quatre-vingts costumes de scène de Cidalia Da Costa, une chorégraphie de l’Américaine Ceil Gruessing et les décors de Jeans Haas l’enrichissent. L’ingénieur du son, JeanPierre Janiaud, est considéré par l’équipe comme le huitième musicien du groupe. En prime, comme au cirque, des acrobates et des trapézistes, choisis par Annie Fratellini. Et tout cela dans la nouvelle salle-auditorium futuriste du Zénith : un « espace » immense et noir aux infrastructures d’acier tubulaire brut, aux sièges de plastique rouge vif. Tout ce qu’on aime – ou tout ce qu’on déteste – mais en tout cas le lieu idéal pour la valorisation d’un show à l’américaine.

Et France, là-dedans, toute petite, bermuda vague, chemise d’homme et casquette de marin, professionnelle qui s’anime au son du synthétiseur, qui se met à sourire aux techniciens, à plaisanter avec son guitariste.

Si le costume n’est pas prêt, elle est déjà dans sa tête au jour J de la Générale, avec les costumes, les lumières …

Alors, les lumières, parlons-en ! Six cents projecteurs, pas un de moins, pour un système d’éclairage tout à fait nouveau qu’on n’a jamais vu à Paris : les “vary lights “, (soit des projecteurs à lumière variable) qui ont soixante-quinze possibilités de changements de couleurs et qui peuvent bouger et s’orienter sur trois cent soixante degrés. Tout ça pour l’auréoler, la petite France !

800 places gratuites

France Gall et “Télé 7 Jours” vous invitent à assister au spectacle du mercredi 12 ou du jeudi 13 septembre, à 20 h 30 au Zénith, parc de la Villette. Pour retirer vos billets – deux par personne – il vous suffit de vous présenter, muni de ce bon à découper, parmi les 400 premiers au Multistore Hachette Opéra (6, boulevard des Capucines) – le rendez-vous des passionnés de son, d’image et de jeux vidéo – à partir de 10 heures jusqu’à 12 heures, le dimanche 9 septembre.

Magazine : Télé 7 Jours
Date : Septembre 1984
Numéro : Inconnu

France Gall, le défi du Zénith

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Nous sommes (presque) tous amoureux de France Gall, de la même façon que nous brûlons (presque) tous d'un feu ardent pour Françoise Hardy - Capricorne ascendant Dutronc.
Nous sommes (presque) tous amoureux de France Gall, de la même façon que nous brûlons (presque) tous d'un feu ardent pour Françoise Hardy - Capricorne ascendant Dutronc.
France Gall, le défi du Zénith

J’ai lu les textes de Débranche et … “Ah, c’est gentil … ça part bien …”

Installation : un verre d’eau (« tu veux boire quelque chose ? De toute manière, il n’y a que de l’eau »), un paquet de cigarettes (blondes), un geste furtif pour écarter une mèche (blonde) échappée de sa casquette.

Premier constat : suis-je amoureux de France Gall ? Nous sommes (presque) tous amoureux de France Gall, de la même façon que nous brûlons (presque) tous d’un feu ardent pour Françoise Hardy – Capricorne ascendant Dutronc. Un amour platonique et irréversible, se perdant dans les confins d’une enfance balancée entre les pages de « Salut les copains, et les rendez-vous télévisés d’Albert Raisner, illustré par des 45 tours aux pochettes glacées où chacune de nos “fans” rivalisait en longueur de couettes. Restait à faire franchir à cette bluette de jeunesse le cap de l’âge adulte.

Chez nous : les pantalons longs, les premières expériences célibataires (raviolis, purée), les petites amies jalouses, les chanteuses à texte, femme, marmots, bedaine pour les moins chanceux (ou les plus extrémistes), de nouvelles dulcinées aux voix acidulées reines d’un été, du blues du blues du blues …

Chez elle dans le désordre : un gentil mari frisé à l’inspiration inaltérable, une coupe de cheveux plus chébran, du funky dans les lignes de basse, des enfants sages et surtout un véritable intérêt pour ce métier envisagé jusque-là comme un agréable passe-temps, un parfait palliatif aux phases d’ennui d’une adolescence planifiée. La France Gall 1984 n’a qu’un lointain rapport avec la France Gall des années soixante : tout au plus les sucettes qu’elle distribue à ses enfants pour ne pas faire mentir la légende (non, sa fille ne s’appelle pas Annie). La France Gall de Georges Orwell se passionne pour la réalisation de ses disques, se délecte des ambiances confinées des studios, découvre le métier d’artiste.

Artiste : ce mot tremplin porteur de tant de rêves, tant de fantasmes ! Être artiste, pouvoir faire rêver, bien sûr, mais aussi raconter, conseiller, faire voyager, toucher les gens par des sons qui vont direct au foie, les faire vaciller par la seule puissance des mots. La voici qui découvre tout d’un coup posséder ce pouvoir immense qu’elle imaginait à peine ; la voilà prendre conscience de son impact sur un public qu’elle émeut et rassure. Son nouveau disque, dédié « à tous ceux qui ne l’entendent pas mais qui l’écoutent » se fait le porte-parole de cette révélation qui l’a métamorphosée ; le dialogue : « Moi j’ai besoin de vous, c’est à vous que je donne ». En fait, il est encore plus facile de tomber amoureux de cette France Gall passionnée et habitée – que de la jeune fille au regard flou qui semblait définir l’archétype de l’adolescente romantique et câline.

Certains chercheront le pourquoi de ce changement subi dans mille fausses raisons issues de faux constats. Pour France, le déclic s’est réellement fait sur scène, en 1978, au théâtre des Champs-Élysées. La première découverte fut celle de la scène elle-même : « Ce fut une révélation tardive. J’en avais fait beaucoup à mes débuts, mais j’ai fini par arrêter car je n’aimais pas ça du tout. C’était un mauvais souvenir ; un tour de chant d’une heure et demie, la chanteuse devant, les musiciens derrière ». Cette nouvelle prise de contact, vingt ans plus tard, avec le spectacle et par extension avec le public, amène une implication qu’elle n’a jamais cherché à vivre auparavant : « Je me suis énormément donnée, investie et ça m’a beaucoup plu : j’ai trouvé un public qui me découvrait, très différent de celui d’avant ». Ensuite, le Palais des Sports, un accueil formidable, la vraie révélation : « Cela a été plus qu’une révélation, certainement le moment le plus extraordinaire de ma vie d’artiste depuis mes débuts à seize ans, les gens m’ont donné tellement l »

Toujours secrète, à l’abri des langues de vipère et des Nikon-constrictor (vous souvenez-vous d’avoir vu une seule photo de ses enfants ?), France Gall a décidé de donner en contrepartie de ce qu’elle reçoit de son public. Un échange standard : « Mes premiers spectacles étaient encore une sorte de cadeau pour les gens qui m’aiment et qui me suivent. Je fais peu d’interviews et peu d’émissions télé, les gens ont souvent envie d’avoir un « plus » que le disque : c’est cette idée-là qui me poussait : leur faire plaisir. Maintenant, il est évident que je monte sur scène non plus seulement pour eux, mais pour moi également : j’ai déjà très envie d’être au Zénith ».


France Gall 1984, c’est d’abord une photo : celle de l’affiche de son spectacle, un cliché définitif, où tout est inscrit, où tout se lit en un éclair au premier regard ; une photo résumée de ses vingt ans de chansons, d’états d’âme, de questions, d’obstination. C’est ensuite un album, Débranche et le spectacle qui en découle. C’est une autre France Gall, épanouie, pelotonnée dans un recoin de ce canapé gris, lumineuse, épanouie, les yeux sur mon magnétophone, la pensée vers le Zénith si proche. France Gall – Balance ascendant Berger – se découvrant une nouvelle passion : la musique.

Alain Gardinier : J’ai donc lu les textes de Débranche après avoir bien écouté l’album, je suis sidéré par la façon dont les paroles correspondent à l’image que tu projettes, ou du moins que j’ai de toi.

France Gall : Effectivement, je pense qu’elles me correspondent totalement ; ma vraie réussite, c’est peut-être d’être exactement comme mes chansons me montrent mais pas seulement depuis Débranche !

C’est sur cet album que c’est le plus flagrant ! (verra-t-elle, au tressaillement de mon sourcil droit, que je cache derrière cette affirmation péremptoire le fait que je n’ai jamais écouté un de ses disques à fond ?)

Tu as bien écouté celui-là, car tu savais que l’on se voyait et tu voulais être à la hauteur de la situation (en écho, quelques « non, non » étouffés par la honte) ; mais mes derniers albums me reflètent absolument.

Une question évidente qui découle de cela et que l’on du te poser trois cent fois : pourquoi n’écris-tu pas toi-même ?

Oui, j’avoue que l’on me l’a déjà posée !! (Chers lecteurs, pensez-vous réellement que les journalistes de Chanson étaient plus malins que les autres ?) Si je n’écris pas, c’est que je n’ai pas le don et que quelqu’un d’autre l’a pour moi.

Effectivement si j’avais quelqu’un qui m’écrive de si beaux textes et de si belles musiques, je me laisserais porter.

C’est pour ça que cela ne me gêne pas et que je suis parfaitement heureuse comme ça.

Débranche semble être un album plus posé, plus sérieux que les précédents …

J’imagine que tu as lu ce que j’ai fait imprimer dans la sous-pochette : « Je dédie ce disque à tous ceux qui ne m’entendent pas seulement mais qui m’écoutent … »

Oui, mais je trouve que c’est une requête évidente pour un artiste. Chacun a envie de toucher, d’émouvoir …

Ce n’est pas si évident ; certains composent des chansons et chantent dans le but unique de distraire … Trenet par exemple …

Je n’écouterais pas ton disque dans le but unique de me distraire : J’en possède d’autres plus accessibles.

C’est un compliment ; je ne crois pas qu’un disque soit si important, qu’il ait des messages essentiels à faire passer. Mais cela représente en tout cas plus que des notes et des mots qui collent bien sur ces notes.

Puisque tu ne « fabriques » pas tes disques, peux-tu apprécier tous les titres de la même façon ?

Non, il y a des chansons que j’aime plus ou moins que d’autres. Par exemple, j’aime beaucoup “Tu comprendras quand tu seras plus jeune” : je trouve que c’est une chanson très « Berger » ; ce sont des chansons comme celle-là qui m’ont poussée au début à travailler avec lui. C’est une vraie chanson d’album.

Quelle est la vraie motivation qui te pousse à continuer ce métier ? Après une carrière comme la tienne, tu pourrais t’arrêter, te consacrer à ta famille ou à d’autres activités sans que cela ne surprenne quelqu’un …

Je ne pourrais pas m’arrêter aussi facilement : il va bien falloir parce que je ne veux pas être une « vieille » chanteuse et chanter pour les gens de mon âge. Ce qui m’intéresse, c’est de chanter pour les jeunes de 16-18 ans : c’est mon public, ce sont eux qui me passionnent. Je crois que, quelque part, je parle le même langage qu’eux et qu’à cinquante ans, cela ne collera plus. Peut-être que je ne m’en rendrai pas compte et je ne veux pas courir ce risque : je stopperai avant.

Pourquoi Michel et toi avez-vous appelé votre maison de disques « Apache » ?

Parce que « Caribou » était déjà pris ! … On aime ce mot, cela représente tellement de choses … à l’époque de « Casque d’or », dans le Paris de la première moitié de ce siècle, les bandes de voyous étaient surnommées les Apaches …

Pourquoi as-tu senti le besoin d’aller enregistrer aux États-Unis, alors que tu personnifies justement la vignette de LA chanteuse française ?

On a voulu changer, bouger… j’ai fait tous mes disques en France et j’ai voulu aller voir ailleurs, casser le rythme. Finalement, on s’enfonce vite dans une ambiance très confortable … le ronron. Ici, j’ai un studio que j’aime, un ingénieur du son que j’adore, mes musiciens … On se connaît par cœur, tout coule … Remarque qu’on avait déjà travaillé à Los Angeles : on a choisi le même studio et le même ingénieur du son que lors de l’enregistrement du disque que Michel avait fait pour les U.S.A., Dreams in stone. On a enregistré six titres là-bas. Je voulais un son différent, celui que l’on entend sur les disques américains, pur. La qualité française est vraiment différente. Mais ensuite, nous sommes revenus en France pour en mettre trois autres en boîte. On a fait appel à l’ingénieur du son américain qui est venu en France en compagnie d’un musicien spécialiste des synthétiseurs, Bill Cuomo. Finalement on ne voit pas la différence entre les morceaux américains et ceux Made in France.

Oui, mais l’équipe française était … américaine ?

Effectivement. Mais ils ont énormément aimé le studio français. On a fait les re-recordings ici, avec mes musiciens, Jannick Top à la basse, Kamil Rustam à la guitare. C’est très amusant de travailler comme ça ; cela semble beaucoup plus long. Il faut savoir ce que l’on veut ou l’on passe des journées entières à chercher ; il y a tellement de possibilités. Ce n’est pas très original, d’autres l’ont fait avant moi mais ça m’a beaucoup plu, c’était nouveau ! Auparavant, je rentrais en studio avec les musiciens, on mettait les micros en marche, c’était direct, sans surprises.

Tu t’intéresses vraiment à tout cela : tu ne laisses pas la technique dans les mains de Michel ?

Ah non ! J’adore tout ce que représente la partie « obscure » de mon travail, je pourrai me passer de paraître, mais pas du travail en studio, de la complicité avec les musiciens, j’adore ça. Quand j’arrêterai, c’est ce qui me manquera le plus.

Pourrais-tu facilement envisager de démarrer une carrière aux États-Unis ?

Quand nous étions à Los Angeles, nous avons travaillé à plein temps : c’était la raison de notre voyage. Je ne pourrai pas y vivre, c’est pour cela que je n’ai pas envie de sortir un disque là-bas : cela implique énormément de promotion, donc aller y résider.

Cela ne t’intéresserait pas au niveau de l’expérience pure ?

Maintenant, j’ai trop de choses importantes qui me retiennent ici. Tu sais, j’ai énormément voyagé : à 17-18 ans, j’ai fait le tour du monde en chantant dans toutes les langues : anglais, italien, japonais, espagnol. Je passais ma vie dans les pays étrangers. Depuis quelques années, j’ai freiné tout ça : en plus, je ne réussissais même plus ici ! Ça marchait très bien dans tous les pays, sauf en France ! Finalement, on aime bien rester chez soi et que ce soit là que ça marche le mieux.

Tu t’es donc découverte une formidable passion pour la scène, vingt ans après tes premières expériences ?

Oui, lors de mon spectacle au théâtre des Champs-Élysées, en 78. On m’a fait comprendre qu’il y avait une autre façon d’envisager la scène que le simple tour de chant. Au départ, nous avions deux idées. La première était de faire le spectacle avec Quincy Jones (le producteur de Michael Jackson). Malheureusement, à cette époque, Quincy était très malade. La seconde était de proposer un spectacle entièrement féminin, celle que nous avons donc réalisée.

Ensuite, ce fut le Palais des Sports ?

Oui, mais je n’étais pas encore très chaude : il m’a fallu quatre ans pour me décider. Quel choc ! J’ai adoré … le public m’a tout donné. Un moment exceptionnel.

Celui du Zénith va donc être plus fort encore que le précédent ?

C’est terrible de parler d’un spectacle ! Je veux que les deux heures soient pleines d’idées, de choses simples mais originales, qu’il n’y ait pas un temps mort. J’aime qu’un spectacle commence doucement, avec des chansons lentes, que tout le monde s’installe, se sente bien pour ensuite accélérer, petit à petit jusqu’aux chansons plus rock … alors, les gens se lèvent… L’idée du spectacle est l’incommunicabilité : le monde d’aujourd’hui, les machines, ce que les gens cherchent derrière, ce que je cherche derrière : l’évasion, l’amour…

Le sujet du disque …

Il l’a écouté !! Oui, c’est le disque : il y a toujours un rapprochement évident entre un disque qui sort juste avant un spectacle et le contenu de ce spectacle. La scène est une continuité.

N’est-ce pas la qualité des shows des personnes qui te sont proches qui t’a poussée à t’y consacrer ?

C’est vrai qu’il y a eu une évolution incroyable en quelques années. Le tour de chant traditionnel a quasiment disparu ; effectivement, le public devient plus exigeant et force les artistes à sortir de leur ronron. Je sors peu mais je vais voir les spectacles où il y a … du spectacle. J’adore les gens qui parlent ; si je dois dire un mot sur scène, cela devient ma hantise et je ne pense plus qu’à ça. Pour certains, cela tue leur trac et les met à l’aise. J’adore ça car c’est aussi une façon de décontracter le public. J’ai un trac infernal quand je vais voir quelqu’un que j’aime. C’est pourquoi, sur scène, on sait tout de suite si la salle est active et ça aide beaucoup.

Aimes-tu t’y prendre à l’avance ou attends-tu le dernier moment ?

Nous répétons une semaine par mois depuis Mai. Michel travaille toujours en catastrophe, au dernier moment. Quand l’échéance est là, tout se fait dans la bousculade et l’énervement ; j’aime que tout soit prêt avant. Cependant, il arrive un moment où l’on a tellement répété que l’on ne peut plus avancer ; c’est le public qui, ensuite, fait que les choses se transforment et s’améliorent.

Tu n’as pas encore fait de clip sur Débranche : la vidéo ne t’intéresse pas ?

Oui, je trouve ça vraiment passionnant, la chose la plus intéressante qui soit arrivée à la musique ces dernières années. En fait, je ne pense pas que, personnellement, cela me fasse vendre plus de disques. Je veux quand même en avoir une pour le « kick ». J’avais un projet avec Jean-Jacques Annaud car je voulais quelqu’un qui soit plus « cinéma » que clip. Il avait dit oui, avait amené une bonne idée mais ça ne s’est pas fait pour une question d’argent. Dommage. Finalement, c’est Jean-Pierre Berkmans, le Belge de « Dream factory » qui va le réaliser. Reste le problème de trouver le temps : le Zénith, c’est demain ! … J’ai tellement envie d’y être …

Qu’importe si, après vingt ans de star-system, de mélodies, de sourires forcés et d’interviews programmées, quelques-unes de ses réponses sont déjà calibrées avant les séries d’entrevues. Si, malgré ses dénégations, son soudain appel « écoutez-moi » trahit l’angoisse de l’interprète face à l’auteur-compositeur ; si son thème favori, l’incommunicabilité fait aujourd’hui figure d’épouvantail dans l’univers de la chanson … Rencard au Zénith à côté de la buvette. Alain Gardinier

Magazine : Chanson
Date : Août / Septembre 1984
Numéro : 11

France Gall au Zénith

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France Gall au « Zénith », c'est le nom de la salle où elle se produit aujourd'hui ; au zénith de sa carrière aussi, ou préférerait-elle que l'on dise au meilleur de sa forme ? Son tour de chant, qu'elle a préparé comme un marathon depuis six mois, est une merveille de précision et de richesse.

France Gall au « Zénith », c’est le nom de la salle où elle se produit aujourd’hui ; au zénith de sa carrière aussi, ou préférerait-elle que l’on dise au meilleur de sa forme ? Son tour de chant, qu’elle a préparé comme un marathon depuis six mois, est une merveille de précision et de richesse. 

A trente-sept ans, elle a toujours l’air d’une « Poupée de cire, poupée de son » ; sa voix a changé sans doute, mais elle garde ce timbre spécial qui est son signe particulier.

Il n’y a pas que ma voix qui ait changé, heureusement, dit-elle. Lorsque je chantais ces chansons, “Sacré Charlemagne” et “Bébé Requin”, par exemple, j’étais à peine sortie de l’adolescence. Propulsée dans un monde d’adultes, et quel monde ! celui du show-business, je me sentais très mal dans ma peau.

Pas heureuse, passage à vide puis une éclatante rencontre : Michel Berger. La musique les réunit autant que l’amour et, depuis, elle ne chante plus que du Michel Berger.

Ses textes et ses musiques me collent à la peau, ils sont à moi seule.

Une vie qui commence avec Michel et se bâtit dans le bonheur : ils se marient, ont deux enfants – Pauline, six ans, et Raphaël, deux ans. Vie discrète ; on les voit peu dans les magazines, ils n’ouvrent pas facilement – sinon jamais – la porte de leur vie privée.

Vedettes discrètes, travailleurs acharnés, France Gall et Michel Berger ont préparé ensemble le show de France. Pendant quatre mois, à un rythme doux. Puis, en juillet, répétitions dans un studio (les décors n’étant pas encore prêts), enfin, à partir du 20 août, sur la scène du « Zénith » avec musiciens et décors.

Cette petite femme, vive comme une flamme, apparemment fragile, semble tonique comme une sportive au départ d’une épreuve. Elle veut bouger, se passionner, ne jamais rester indifférente.

Si je devais faire ce métier sans passion, dit France, si jamais je devais commencer à m’ennuyer, alors j’arrêterais.

Elle a fait de la danse, pris des vitamines et n’a négligé aucun détail du spectacle : tenues, lumières, ordre de passage des chansons. Elle est aussi remuante que son mari (et complice) est calme.

Viendra-t-il souvent chanter avec elle au cours du spectacle ? L’accompagnera-t-il une fois ou tout le temps ? Ils sourient. « Pourquoi pas de temps en temps », disent-ils en riant, comme s’ils ne tenaient pas à tout révéler. Ces deux-là, sont comme leur chanson, déjà ancienne mais toujours vraie : “Tout pour la musique!”

Magazine : Nous-deux (Supplément Flash)
Date : Juillet 1984
Numéro : 1941

Pari gagné pour France Gall !

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1984 marque le retour de France Gall après deux ans d'absence désirées, du devant de la scène.
1984 marque le retour de France Gall après deux ans d'absence désirées, du devant de la scène.
1984 marque le retour de France Gall après deux ans d'absence désirées, du devant de la scène.

1984 marque le retour de France Gall après deux ans d’absence désirées, du devant de la scène. Depuis quelques semaines, “Débranche” son nouvel album, caracole en tête des Hits et des ventes.

En septembre, elle présentera son nouveau spectacle dans une nouvelle salle : le Zénith.

France Gall, pari gagné. Elle réussit, là où beaucoup ont échoué : après 20 ans de carrière, les 17-20 ans sont l’essentiel de son public. Elle est en 84, au rang des plus gros vendeurs de disques en bénéficiant d’une excellente image auprès du public et des professionnels.

Eté 74, “La déclaration”. Depuis 4 albums ont suivi. Le cinquième vient d’être mis en place. Ce 30 centimètres est-il différent ou une suite logique ? Et s’il est différent, en quoi l’est-il ?

Tous mes albums reflètent une évolution. En ce moment, je les ré-écoute, ce que je ne fais jamais d’habitude, mais, quand on prépare un spectacle, c’est indispensable. Un tour de chant est forcément émaillé d’anciennes chansons. Il faut faire un choix, en éliminer certaines, en ajouter d’autres qui n’ont jamais été interprétées sur scène … Beaucoup de choses ont changé : l’évolution est plus marquante dans les sons comme dans les textes. Je me souviens pour le premier album, c’était plus intimiste, les chansons tournaient autour de moi, une sorte de portrait de France Gall … ce n’est pas avec ce que j’ai chanté avant que le public m’a connu, vraiment (rires). Petit à petit, mon univers s’est élargi vers d’autres sujets : des choses que j’avais envie de dire …

Le terme “musique” et tous ses corollaires : disques, son, F.M., reviennent souvent dans tes textes. Dans une chanson tu dis : “Si c’est pas pour vivre avec la musique, à quoi sert d’être au générique”. C’est une philosophie de vie …

Je vis dans un univers musical. Avec la musique je suis… comme un poisson dans l’eau. J’ai davantage de mal à parler, à m’exprimer. Je redoute toujours les interviews, parce que j’ai l’habitude de tout faire “en musique”. J’évolue mieux ainsi. Je suis vraiment à l’aise. En ce moment, par exemple, je fais du sport avec un prof qui travaille sans musique: je m’ennuie à ses cours. Je peux courir, danser en musique, mais sans … je m’ennuie.

Tu es interprètes, mais quelle part prends-tu à l’élaboration de tes chansons ? En tout premier lieu : cela t’intéresse-t-il ou fais-tu confiance à ton entourage professionnel ?

Je ne peux pas être totalement étrangère à ce que je vais faire, d’autant que les chansons sont faites pour moi : en fonction de ce que je suis, de mes rapports avec les gens, de ce qui me touche, comme ma façon de parler et de dire les mots. Cela dit, je n’interviens absolument pas dans l’écriture – je regretterais toujours je crois, de ne pouvoir écrire mais je participe. Je me souviens que pour “Le piano debout” je voulais une ambiance cool, calme. Pour le suivant (“Tout pour la musique”) quelque chose qui bastonne, un rythme plus dur appuyant ce que je voulais dire. Pour “Diego libre dans sa tête”, j’avais précisé: j’aimerais chanter un texte sur les problèmes du monde, les enfants et la faim. Je visualisais l’ensemble sans pouvoir en concrétiser les détails. Une fois que Michel a commencé à écrire (il n’écrit jamais entièrement le texte, avant de me faire écouter la chanson – un couplet et un refrain – ) il me demanda mon avis. Etant d’accord sur l’idée comme sur ce qu’il avait commencé d’écrire, il termina alors la chanson. En fait il n’y a qu’une ou deux chansons que j’ai refusé d’interpréter, ne les ressentant pas pleinement.

Pour l’enregistrement : es-tu de ces artistes qui assistent et participent à cet enregistrement du début à la fin ?

Le studio : un travail qui me passionne. J’adore ça. Pour ce 5e album davantage encore qu’avant: la façon de travailler étant tout à fait différente. Pour la première fois, je n’ai pas de piano (il était la base de mes précédents albums). Cette fois-ci, il fut décidé de faire intervenir davantage de synthés. Avant, on entrait en studio avec les 5 ou 6 musiciens habituels : Michel au piano, moi fredonnant la chanson. Les musiciens écoutaient et apportaient leurs griffes ensuite. Alors que pour cet album, il y eut “un synthétiseur” : une seule personne ou deux. Pas de musiciens. A Los Angeles il y avait Michael Boddicker et Greg Mathieson qui a produit récemment Shena Easton. A Paris on fit venir Bill Cuomo : il avait fait le disque “Bette Davis eyes” de Kim Carnes. J’avais beaucoup aimé le son de cet album. Le travail de préparation en studio fut très long mais passionnant.

Quand l’album fut terminé, comment avez-vous décidé que “Débranche” serait le titre phare, celui sur lequel l’essentiel de la promotion serait faite ?

Une face A s’impose naturellement mais il faut aussi que ce soit une chanson que j’ai envie de défendre plus particulièrement : celle que je chanterai le plus souvent. Pour “Dancing Disco” il y avait 2 titres forts : “Musique” et “Dancing Disco”. Il y avait aussi “Si maman si” mais c’était une chanson lente et il est rare que ce type de chanson soit le titre phare d’un album. Personnellement j’adorais “Musique” mais tous ceux qui l’écoutèrent : professionnels, gens de radios etc … pensaient à “Dancing Disco”. On peut difficilement lutter contre tout le monde: j’ai donc réalisé un vidéo de cette chanson. Quelques semaines plus tard, les médias téléphonent “On s’est trompé … “Musique” accroche mieux, elle plaît beaucoup plus : Comme quoi ! … Pour “Tout pour la musique” ce fut pareil. Il y avait aussi “Résiste” comme titre fort. On penchait tous pour le premier puisqu’on voulait donner ce nom au spectacle. Cela faisait une unité. Toujours assez délicate comme tu vois. Pour le dernier album, certains préfèrent “Calypso” à “Débranche” ou “Hong Kong star”. Pour nous “Débranche” représente bien le disque, l’univers du spectacle que je vais monter autour de ce thème : l’incommunicabilité.

Bettina Rheims a signé la pochette. T’intéresses-tu aussi au disque à ce stade : conception de la pochette, choix des photos etc. ?

J’aime être présente du début à la fin d’un disque. En ce moment nous préparons l’affiche. Je l’ai faite refaire 3 fois et pourtant … je n’aime pas les séances photos. Mais je veux une affiche qui donne le ton du spectacle. Très important donc d’être là. La photo de la pochette est très exactement ce que je voulais qu’elle soit. Ce fut très long. Les lumières de Bettina : parfaitement réussies et très belles.

La dernière chanson de l’album s’appelle “J’ai besoin de vous”. Je l’ai reçu comme s’adressant à tous ceux qui t’aiment.

Tout ce que je dis dans cet album est sincère. Je ne pourrais pas faire ce métier sans le public. Je reçois beaucoup de courrier et y réponds personnellement. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai tant de retard, surtout dans les moments où je prépare un spectacle, j’ai moins de temps disponible pour répondre. Mais ce temps employé à mon courrier est pour moi un moment privilégié. Je reçois des lettres tellement belles où les gens se racontent… Oui, je l’aime mon public et je le connais bien.

Et comment le ressens-tu, ce public ?

Ils ont tous un point commun : la plupart sont assez jeunes, 16/18 ans. Ils sont souvent paumés. Ils m’écrivent parce qu’ils comprennent que je m’adresse à eux. Les gens de 40 ans savent qui ils sont, ce qu’ils font, ce qui se passe dans leur vie, tandis que pour les autres, c’est le commencement: c’est sans doute pourquoi ils sont et perdus et paumés. Je leur donne des petits conseils du genre “Résiste … prouve que tu existes … Débranche” …

Tu as été l’une des premières à chanter du Gainsbourg. Depuis il y a eu d’autres et non des moindres: Catherine Deneuve, Jane Birkin, Isabelle Adjani. Pour moi, les chansons qu’il t’a écrite sont parmi les plus intéressantes parmi celles des années 60. Te sens-tu prête à recommencer l’expérience un jour ?

Je ne crois pas. Il me semble que l’on s’est tout dit avec Gainsbourg, et c’est pour cela que j’ai arrêté. On a collaboré pendant 5 ans. A cette époque-là, j’enregistrais jusqu’à 4 disques par an avec un titre – toujours – de Gainsbourg. Et puis cela s’est arrêté- comme ça naturellement, quand il a été au bout de ce qu’il avait envie d’écrire sur moi. J’ai refais une tentative avec lui dans les années 70,72 au moment où j’étais un peu dépressive. Je venais de quitter l’équipe qui m’avait porté pendant 5 ans. L’époque aussi où j’avais envie de chanter des choses qui me ressemblent : je ne me reconnaissais pas dans ce que j’interprétais alors, y compris dans celles de Serge. J’étais assez malheureuse. Je suis allé le revoir. Il m’a écrit deux titres très sympas “les p’tits ballons” et “Frankestein”. Ça n’a pas marché. L’expérience s’est arrêtée là …

Aujourd’hui, si je travaille avec Michel Berger, ce n’est pas par hasard. Il est très proche de moi, j’aime sa façon de dire, avec les mots simples des choses très importantes. J’aime sa musique qui balance comme j’aime. Dans ce 5e album il y a une chanson “Tu comprendras quand tu seras plus jeune”. C’est une chanson d’album qui est du Michel Berger comme j’aurais pu en chanter à mes débuts. C’est d’ailleurs une de mes préférées.

Je peux me tromper, mais il ne me semble pas que tu t’intéresses à une carrière internationale.

Cela ne m’intéresse pas du tout. Au début de ma carrière, j’ai beaucoup voyagé. J’ai chanté dans toutes les langues. Finalement je n’aime pas trop. J’ai envie de travailler en France sans m’éloigner trop de Paris. Je ne veux faire ausun effort dans ce sens.

A quelques mois d’intervalles, toi, Johnny et Sheila passerez dans la même salle: le Zénith. Vous êtes issus de la même génération, et par des cheminements différents, vous êtes toujours là, 20 ans après …

Johnny est le plus grand, incontestablement. Il remplit les plus grandes salles un maximum de temps. Son public doit être actuellement celui des 30/35 ans. Sheila, je ne vois pas quel peut être son public. Elle essaye de changer mais a-telle conservé son public d’avant ou en at-elle séduit un autre ? Je ne sais pas. Quant à moi, mon public a entre 16 et 18 ans. Je chante pour eux. C’est pour cela qu’ils viennent à mes spectacles.

Tes passages sur scène, ont toujours été d’énormes paris. Passer du Théâtre des Champs-Elysées au Palais des Sports … et être à l’affiche du Zénith n’est pas un mince record. Ça te passionne ces paris-là ?

Tout à fait. On ne peut pas faire ce métier d’une manière “pèpère”. Il faut savoir prendre des risques. Le Théâtre des Champs-Elysées : ma première prestation scénique après pas mal de tournées. Ces tournées: une façon de travailler qui ne me convenait pas. Alors …

Quand on me proposa de refaire de la scène, je ne fus pas emballée. Mais quand on croit en toi… ça aide beaucoup. Je me suis laissée tenter. On a cherché des idées. Au départ j’avais une grande envie de chanter avec Count Basie, mais ça ne s’est pas fait : il était très malade. Puis on voulut monter un orchestres de filles: de l’inédit à l’époque. On a trouvé des éléments en Australie, d’autres à Los Angeles, d’autres à New-York. Ce spectacle me donna confiance en moi. Je découvrais la scène. On s’est bien amusé. Et puis … l’on me proposa le Palais des Sports. Je savais que le public me suivais: Je me suis laissée porter. Et c’est là que j’ai réellement découvert ce que cela représentait la scène, le plaisir de chanter devant un public, le plaisir des “planches”.

Et le Zénith ?

J’y suis allé souvent. Quand la salle était en construction. Puis quand Renaud fit son spectacle … Je sens bien cette salle. Je la trouve très belle. J’ai envie d’y chanter et j’espère que le public aura envie d’y venir. Le son y est bon. On fera tout pour qu’il devienne fantastique. Le son est très important pour moi. Il est une de mes premières préoccupations dans un spectacle.

Quelle sera la “couleur dominante” de ton spectacle ?

Je te l’ai dit: l’incommunicabilité.

Et comment le prépares-tu ? Es-tu déjà en répétitions ?

On commence et… ce sont les débuts, les plus ingrats. Je répète avec les musiciens. On déchiffre les partitions. C’est dur: pas de lumières, de son, de danse. Peu à peu les éléments de cet immense puzzle vont se juxtaposer, s’interpénétrer pour parvenir à un tout homogène : une unité. L’intérêt d’ouvrir les portes en septembre? Tu as tout le mois d’août pour répéter dans une salle inoccupée. Pour le Palais des Sports je n’ai disposé que de deux jours pour … rôder le spectacle. On dut aller à Londres pour trouver une salle de mêmes dimensions pour tous les réglages sons et lumières. Ici, c’est différent bien que l’on ne puisse pas vraiment régler le son dans une salle vide.

Au Palais des Sports tu as joué du saxo. Pour le Zénith prépares-tu quelques clins d’œil; quelques surprises ?

Quand je monte un spectacle, j’en profite pour faire des choses que je ne fais généralement pas. Cette année j’apprends le karaté. Je ne sais pas si tu l’as déjà pratiqué mais c’est un des sports les plus difficiles.

Comment conduis-tu ta carrière ? Un artiste peut-il la dominer et la diriger complètement ?

Tout à fait : je le dis maintenant. Il faut se protéger, certes. En ce qui me concerne je suis en harmonie avec ce que je fais. Cela demande … beaucoup d’attentions, mais j’y arrive …

Tu es très discrète sur ta vie familiale et je te comprends. Mais à de petites touches on sent que cette partie de ta vie est très importante pour toi.

Pour moi, c’est le plus important et pourtant… j’aime tellement ce que je fais … je suis si heureuse professionnellement que je ne sais plus très bien. C’est peut-être parce que je me sens bien dans ma vie professionnelle que je suis heureuse dans ma vie privée. Je crois sincèrement que les deux sont nécessaires. Je me bats pour chacune d’elles. Dans des moments comme aujourd’hui, avec la préparation de mon spectacle, les deux vies ne sont pas très équilibrées – c’est vrai – mais je me rattraperais ensuite.

Actuellement, tu es dans une phase préparatoire d’un spectacle, alors France Gall est-elle plus tendue, plus nerveuse que d’habitude, ou aborde-telle ce moment comme un autre, sereine?

Quand je suis sur scène (ou en préparation d’un spectacle) la tension est plus forte. Je peux difficilement me consacrer à ma vie privée. Je n’aime donc pas que mes enfants soient là pendant le spectacle. Je ne peux pas sortir de scène et être – immédiatement – moi-même, dans un moment de ma vie courante. Un disque ne réclame pas la même tension. C’est un travail long -c’est vrai- On passe beaucoup de temps en studio. Mais je m’arrange pour faire coïncider mes horaires avec ceux de mes enfants pour … déjeuner avec eux par exemple. Quand le spectacle est commencé, c’est aussi plus facile. Je suis chez moi jusqu’à 6 heures du soir.

Mais pendant le mois d’août, quand auront lieu les dernières répétitions je serais complètement dans le spectacle. Mes enfants iront en vacances en dehors de Paris et l’on ne se verra que pendant les week-end.

Peux-tu imaginer ton avenir de chanteuse ou de femme, simplement ?

En ce moment non ! Je vis des instants très importants pour ma carrière. Je suis donc concentrée sur l’avenir immédiat. Mais l’avenir est une question pour moi. Je voudrais pouvoir m’arrêter à temps. M’en rendre compte.

Pourquoi ? Tu penses sérieusement qu’un jour il faut dire “J’arrête” ?

Oui. Je le crois. Dans la chanson surtout. Au cinéma … on peut jouer tous les rôles.

Peut-être … mais n’est-ce pas difficile de regarder son propre visage dans le miroir ?

C’est vrai, mais l’entourage est très important. Il aide considérablement dans ce domaine … et moi aussi, je m’en rendrais compte. Je commencerais à y penser sérieusement dans un an.

Magazine : Numéros 1
Christian PAGE
Date : Juillet 1984
Numéro : 16

France Gall bien loin de la poupée de son

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France Gall, une vedette du show biz (qui sera au Zénith en septembre), une star du bel canto (Palais des Congrès fin juin), chez Drucker, A2, à 20h35.
France Gall, une vedette du show biz (qui sera au Zénith en septembre), une star du bel canto (Palais des Congrès fin juin), chez Drucker, A2, à 20h35.
France Gall bien loin de la poupée de son

Une vedette du show biz (qui sera au Zénith en septembre), une star du bel canto (Palais des Congrès fin juin), chez Drucker, A2, à 20h35.

France Gall au Zénith : un drôle de match, le 11 septembre. D’un côté le poids plume de la chanson, de l’autre les six mille spectateurs.

D’ici là, France Gall se cloître, s’entraîne, se prépare. Mais sa nouvelle chanson « Débranche », qui lui va comme un gant (de boxe), voyage pour elle sur toutes les ondes et, pendant l’été, va cueillir, aspirer et jeter les fans dans la nouvelle salle de La Villette, le Zénith, la plus grande après Bercy :

« Le monde tient à un fil, Moi je tiens à mon rêve, Rester maître du temps et des ordinateurs, Retrouvons-nous tout d’un coup au temps d’Adam et d’Eve, Coupe les machines à rêve … Débranche, Coupe la lumière et le son. Débranche tout. Revenons à nous. »

Une vraie chanson d’aujourd’hui. Une chanson de ras le bol et de retour à la tendresse : « Écoute chanter mon cœur, Si tu veux m’entendre dire, Ce que mes yeux vont te dire. »

Ce soir (20 h 35, A2), elle paraît dans l’émission de Michel Drucker et puis, après, plus rien, une retraite de perfectionniste.

Elle me dit : « L’année 84, c’est l’année France Gall. » Le ton n’a rien de provocateur, de prétentieux. Elle répète clairement, posément, pour s’en convaincre la première. C’est une technique qui a fait ses preuves. France Gall n’a jamais eu de couettes mais la méthode Coué.

Nous sommes dans un restaurant, pas très gai, pas très jeune, mais très fin. Elle a fait le menu en connaissance de cause. On sent qu’à la maison, c’est elle qui planifie tout. Elle reste très près des choses de la vie quotidienne. Dans son jean, elle est comme des milliers de jeunes femmes, actives, besogneuses, qui ont la double tâche d’un job et d’un foyer. C’est pour ça qu’elle va déménager. Adieu la maison de Rueil et le parc. On va réintégrer Paris. A cause des enfants qui poussent. Pauline a six ans déjà, et Raphaël trois. Maman n’est pas du genre à disparaître dans le ciel des stars, même quand elle sera au Zenith. On vit ensemble, au chaud de sa tendresse.

Vie de famille

Elle a été habituée à cette vie de famille, de famille musicienne. Chez les Gall, on nait en biberonnant les gammes. Papa – Robert Gall – a fait le Conservatoire, a écrit plein de chansons, dont « la Mamma », pour Aznavour, s’il ne faut en citer qu’une : maman était la belle voix du dimanche à la cathédrale d’Auxerre, dont l’orgue était tenu par grand papa, cofondateur des Petits Chanteurs à la Croix de Bois : il y avait un oncle violoncelliste. Ne pas s’étonner que les petits frères, Philippe et Patrice, grattent tout de suite de la guitare et que la petite France suive papa dans les coulisses de l’Olympia, jusqu’à la loge de Piaf ou d’Aznavour.

Elle est encore une petite fille au collège de Saint-Mandé (le plus moderne de France) quand elle applique inconsciemment la formule secrète : il faut savoir pour savoir faire et après faire savoir ce qu’on sait ! Ou il n’y a de miracle que dans les sept lettres :  T R A V A I L

Et c’est ainsi qu’un jour j’entends (je ne suis pas la seule) son premier disque « Ne sois pas si· bête … Elle a seize ans.

Dans les coulisses de I ‘Olympia on est ému, comme chez le père Hugo lorsque l’enfant parait. Ainsi, c’est la petite Gall ? Elle tient de son père, quoi de plus normal. Elle ira loin. Le deuxième titre est un ordre : « N’écoutez pas les idoles » et mine de rien, avec ses 42 kilos et sa petite tête ronde qui reste froide, elle en devient une.

Champion de l’Eurovision

L’année suivante (1965), elle franchit les frontières avec un troisième titre qui la fait championne de l’Eurovision, « Poupée de cire, poupée de son ». La triomphatrice, qui va vendre des millions de disques, rentre de Naples où s’est déroulé le concours. Elle se retrouve seule : les parents sont restés en Italie et malencontreusement les frères ont eu un pépin de voiture. Seule, avec deux propositions de film dont une de Vadim. « Non, non, se dit-elle. Et ma tournée ? »

C’est un trait de son fort caractère. Quand elle creuse un sillon elle va au bout. Cela dit, elle revoit l’Eurovision comme un cauchemar. Elle aurait préféré être en vacances avec sa petite cousine. Elle ne réalisait pas ce qui lui arrivait. Les musiciens avaient sifflé sa répétition trouvant la chanson trop moderne. L’Anglaise, à qui elle avait ravi la première place, l’avait Insultée. Mais, la petite Gall était célèbre.

En porte-clés

Gainsbourg, lui ayant trouvé cette « Poupée », cisèle l’image du baby-idole avec « Baby Pop » et « Les sucettes ». Elle fait une tournée triomphale au Japon où on la vend en porte-clés, en calendrier et en écharpe de soie, et où elle est terrorisée parce que des fans la poursuivent ciseaux en main pour avoir une mèche-souvenir. « Sacré Charlemagne » devient un hymne international puisque des mouvements de jeunes l’adoptent en Algérie ! Elle grave son disque dans toutes les langues, japonais compris, elle n’arrête pas.

Aznavour qui s’y connait prédit : « Elle durera parce qu’elle n’est pas grande. Les petits compensent par un travail fou. »

Ses haltes sont en plein ciel de Boulogne où la tribu Gall s’est perchée dans un jardin suspendu au sommet d’un immeuble Pouillon où chacun a son espace vital. La petite possède comme les autres membres de la famille, son living, sa chambre, son bureau. Elle a aussi son organisation familiale de tournées avec un car à couchettes pour l’orchestre, un break pour la régie, elle au volant de son Hillman blanche ayant comme papa le goût des voitures. Et avec ce nom génial, que la presse reprend en chœur, « Allez France, elle se retrouve championne. Ce n’est pas un hasard. C’est un dur entraînement.

Un jour, elle est conviée à une tribune de France Inter. Trente jeunes de son âge lui posent des questions auxquelles elle répond avec sa vivacité habituelle. Ce qui en amènera une dernière qui la fera réfléchir : « Dans vos chansons, vous apparaissez comme une petite naïve. Pourquoi vos paroliers ne vous montrent-ils pas telle que vous êtes ? »

Elle a vingt ans – le 9 octobre 1967 – et elle décide de sa métamorphose. Plus de scène, plus de galas, elle licencie ses musiciens, sauf ses frères, les jumeaux, qui sont à la contrebasse et à la guitare. Elle travaille avec le Gainsbourg des « Sucettes » un duo où il lui dit : « Tu n’es qu’un bébé, rien qu’un bébé loup, tu as des dents de lait, des dents de loup. »

C’est le début du changement. D’autres auteurs lui font son « Premier chagrin d’amour ». Quand on la compare à Sylvie Vartan à cause de la coiffure, cela l’agace : « Nous ne nous connaissons pas », dit-elle. Elle renonce à sa frange, rejette ses cheveux sur le côté, perd ses joues mais reste encore « Bébé requin » selon la chanson que lui a faite Joe Dassin.

Un loup, un requin

Un loup, un requin … Décidément, ses auteurs ont vu ses dents longues. Mais, en fait, c’est une abeille-fourmi. On la voit danser et on s’aperçoit qu’elle bouge bien. On la voit jouer Phèdre pour rire dans un sketch. On la voit changer sa raie de côté pour ses vingt et un ans. Et elle dit : « J’ai pris deux ans en trois mois. » Elle est devenue sa propre femme d’affaires, signe ses contrats, choisit ses collaborateurs, promène sa nouvelle image en Italie, en Espagne, au Canada. La première métamorphose est faite.

La seconde a lieu deux ans plus tard avec un coup de ciseaux : nouvelle tête, cheveux courts et retour à la frange. Elle chante du Jacques Lanzman : « L’amour, c’est ça ».

Oui, au fait, l’amour ?

Quand apparaît dans sa vie Julien Clerc, le Julien Clerc de « Hair », la presse du cœur annonce que c’est son troisième grand amour, « le premier ayant été un chanteur connu et le second un fils de famille ». Mais elle habite toujours chez ses parents et du mariage elle dit : “On n’épouse pas sous l’impulsion d’un amour fou.” Elle n’épouse pas Julien.

On connaît la suite : elle a un choc en entendant Michel Berger, ce jeune homme né aussi dans la musique par sa mère, la pianiste Annette Haas. Elle lui demande une chanson. Elle ne l’inspire pas. Il garde d’elle l’image de « Sacré Charlemagne ». Il dit non. Il ne voit en elle qu’une petite idole confinée dans l’infantilisme et qui fait de la télévision pour parler de décoration entre deux chansons. Elle revient à la charge. Elle parle. Il l’écoute. Il entend même ce qu’elle ne lui dit pas. Il lui écrit « La déclaration ». Et ils se marient.

Maintenant, ils franchissent déjà le cap des dix ans, dont huit de vie commune. Ils ont piloté leur barque en faisant attention aux écueils quand il faut naviguer entre vie privée et vie publique. Ils ont fait deux enfants et un spectacle, « Starmania », et d’autres, séparés. Ils étaient seuls, chacun à leur tour, sur la scène des Champs-Élysées. Mais l’autre n’était jamais loin. Elle était seule en scène il y a deux ans, au Palais des Sports, qu’elle a comblé. Toutes les chansons étaient de Michel Berger, paroles et musique, comme elles le seront au Zénith. L’amour, bien sûr. Mais aussi le miracle de la musique. Ils en étaient l’un et l’autre pétris dans le ventre de leurs mères. La dynastie va continuer : il n’y a qu’à regarder Pauline et Raphaël…

« Je ne leur imposerai rien », dit-elle.

Elle achève le dîner en sportive raffinée, juste ce qu’il faut de régime.

« Parce que le Zénith, dit-elle, ce sera mes J.O. »

Allez France.

Journal : France-Soir
Date : 9 juin 1984