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Le retour de France Gall

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France Gall : Son attitude n'est pas un caprice de vedette ni un goût bien entretenu pour le mystère.
France Gall : Son attitude n'est pas un caprice de vedette ni un goût bien entretenu pour le mystère.
Le retour de France Gall

France Gall sur scène pour des harmonies partagées. Des yeux sombres qui vous regardent d’un air curieux et espiègle entre deux mèches blondes, un sourire radieux qui illumine son joli visage, et France Gall lance sur un ton convaincu : Si c’est pour les femmes, c’est bien !

Réponse sympathique, après les présentations, qui n’annonce en aucun cas un pamphlet féministe, mais qui est une façon aimable d’accepter une interview pour notre hebdomadaire. Elle est si réticente, habituellement, à se confier.

Son attitude n’est pas un caprice de vedette ni un goût bien entretenu pour le mystère, c’est simplement de la pudeur et, peut-être, aussi une certaine timidité.

Intimité : Vedette a seize ans, comment jugez-vous votre carrière et vos succès de cette époque en regard de ce que vous faites aujourd’hui ?

J’ai eu de la chance, d’abord, que mon premier disque, Ne sois pas si bête, ait été si favorablement accueilli par le public. Chance encore que le deuxième, N’écoute pas les idoles, ait marché si bien et confirmé ma faveur auprès des jeunes ; chance toujours de rencontrer un auteur comme Serge Gainsbourg qui a écrit mes plus belles chansons d’alors. Renier cela, ce serait renier le talent de Serge Gainsbourg. Et je le dis d’autant plus volontiers qu’à cette période mon père composait de très jolies choses pour moi ! D’ailleurs, qu’est-ce qui reste aujourd’hui, sinon les succès de Serge Gainsbourg que j’ai eu le bonheur d’interpréter ? En revanche, ce que je regrette, c’est qu’on m’ait quelque peu orientée vers des choix discutables ! Je n’avais pas la maturité nécessaire pour juger. J’étais vraiment très « bébé ». En fait, je savais seulement ce que j’aimais ou pas. Pour trois morceaux qui me plaisaient, j’en acceptais un qui n’était pas du tout pour moi. On travaillait différemment, et je n’avais pas assez d’autonomie pour prendre les décisions qui s’imposaient. A tel point qu’à un moment, j’avais pensé tout arrêter, tellement j’étais malheureuse. Les auteurs me voyaient, ou petite fille, ou carrément créature perverse.

Intimité : Votre rencontre avec Michel Berger a donc représenté un tournant dans votre métier et aussi dans votre existence personnelle ?

Michel Berger est le premier qui a pris le temps d’essayer de me comprendre pour écrire une chanson qui me correspondait. Ça a donné La déclaration qui m’a effectivement permis de prendre un bon virage et d’effacer le côté « bébé » de mon personnage. Michel a le talent de savoir transcrire et de mettre en harmonie ce qui me touche. Je suis son sujet d’observation, et c’est pour cette raison que, depuis ma rencontre et mon mariage avec lui, toutes les chansons qu’il compose pour moi collent si bien à ma personnalité. Je dois avouer qu’il est rare que je lui demande de modifier quoi que ce soit, ne serait-ce qu’un mot ! Quant à ma vie personnelle avec lui, elle se passe magiquement. Mais on ne s’est pas choisis sur un coup de tête. Dans notre milieu, il est important de savoir dès le départ qu’il est difficile de concilier vie privée et profession.

Intimité : Justement, comment arrivez-vous a concilier les exigences de votre métier avec votre vie de couple et de mère ?

En dehors des périodes où je sors un disque et de celles durant lesquelles je prépare et joue un spectacle, je m’occupe – sûrement plus que de nombreuses femmes – de ma maison et de ma famille. Et, lorsque je pars en tournée, c’est toujours avec ma fille Pauline et mon fils Raphaël. Michel est certainement un être secret, fou de musique, mais il ne s’enferme pas dans sa tour d’ivoire pour créer. Il a simplement besoin que le téléphone ne sonne pas quand il joue du piano !

Intimité : En 1978, vous avez été la vedette de Made in France, un spectacle musical uniquement avec des femmes, au théâtre des Champs-Élysées, vous remontez sur scène au palais des sports avec Tout pour la musique. Que proposez- vous a votre public, cette fois ?

Si j’ai tenu à préparer et à faire ce spectacle, c’est encore une fois une gageure, car on dit toujours – la première fois déjà – que je suis une vedette du disque, pas une artiste de scène ! Mais, comme je ne me montre pas souvent à ceux et à celles qui me font la faveur d’acheter mes disques, de les écouter, que j’accepte peu d’interviews, je me donne à fond dans ce spectacle, pour les remercier de m’être fidèle au fil des années. Tenez, si je pouvais, je me tiendrais à l’entrée, et j’embrasserais chacune des personnes qui viennent me voir, qui ont pris la peine d’acheter un billet, de sortir … Tout pour la musique est, je l’espère, très original. Ce n’est pas un show de Broadway ni de télévision. La vaste scène du Palais des Sports et l’immense salle me conviennent très bien. Je ne danse pas, je bouge sur une rythmique et je suis entourée de six chanteuses danseuses. L ‘orchestre est composé des musiciens avec lesquels je travaille depuis toujours, mais qui n’ont jamais participé à un de mes spectacles. Pour le contenu, j’ai sorti 25 chansons des 4 albums que j’ai faits depuis 1974, ce qui représente 6 ou 7 titres de chacun, et j’ai extrait 6 ou 7 chansons de mon dernier album qui s’appelle également Tout pour la musique. Pour régler la chorégraphie, j’ai eu la chance d’avoir Pierre Fuger qui avait fait merveille avec le Big Bazar de Michel Fugain. Il y a aussi un styliste qui s’est chargé des costumes. N’imaginez pas pour autant que ce soit dans le style paillettes.

Intimité : Et après ?

Eh bien ! … il y aura sans doute encore des chansons signées Michel Berger, mais pas tout de suite. Je me reposerai un peu en attendant de continuer ce métier. Je n’arrête pas, contrairement à ce que certaines rumeurs ont pu faire croire. Tant que le public m’aimera, j’essaierai de le lui rendre le plus sincèrement et du mieux possible !

Magazine : Intimité
Date : du 5 au 11 janvier 1982
Numéro : 1887

France Gall : l’amour lui a redonné le succès

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France Gall Lamour lui a redonné le succès Presse Elle 1982 00
Pas vraiment facile de parler de France Gall ! Bien sûr, on peut jouer sur du velours, se laisser glisser sur les pistes confortables du conformisme ambiant.
France Gall Lamour lui a redonné le succès Presse Elle 1982 17

Pas vraiment facile de parler de France Gall ! Bien sûr, on peut jouer sur du velours, se laisser glisser sur les pistes confortables du conformisme ambiant.

Dire, par exemple, que France Gall, jolie frimousse et dégaine cool, est, à 34 ans, la gamine à peine vieillie de “Sacré Charlemagne”.

Ou bien encore qu’elle est aujourd’hui l’épouse modèle d’un des “plus beaux couples de la décennie”. Mais allez savoir … L’ennui, c’est que France Gall, c’est tout ce qu’on veut sauf la caricature d’une rescapée de “Salut les Copains”. France Gall, c’est France Gall, quoi ! Une jeune femme “bien dans sa trentaine”, à la silhouette adolescente inchangée, qui a été l’enfant chérie des sixties avant de devenir, aujourd’hui, la vedette sautillante des années 1980.

Tout pour la musique depuis 17 ans. Elle est la seule, en effet, avec Eddy Mitchell, à coller encore à son temps, en sautant à califourchon sur deux décennies (il est vrai en se rattrapant parfois de justesse), sans jamais s’accrocher avec nostalgie au passé ; en balançant sur des rythmes neufs ; et en susurrant, autrement, des mots sucrés, tendres · et insensés, des mots d’aujourd’hui. Bref, elle n’a pas raté le train de l’Histoire. Les années 1980 lui vont bien. Aujourd’hui, en effet, France Gall distille ses rengaines partout, ses disques ne se sont jamais autant vendus. Et telle une star mondiale, elle va tenter pendant un mois de remplir l’immense Palais des Sports de Paris : “C’est le moment artistique le plus important de ma vie, explique-t-elle avec une sorte de fermeté, c’est la carte la plus importante de toute ma carrière. Oh j’ai horreur de ce mot vieux, car c’est quelque chose que je n’aurais pas fait il y a dix ans. Ou que je ne pourrai plus faire dans vingt ans”

Trop longtemps éloignée des scènes du music-hall, France Gall n’avait jamais, en effet, jusqu’à présent été considérée comme une artiste “complète”. Alors, pour être une vraie vedette, à la hauteur de ses scores au hit-parade, il fallait, lui a-t-on expliqué, qu’elle fasse un spectacle important. Sinon … Sinon le succès eût été sans fondement réel. Et France Gall, un colosse de vinyl aux pieds bien fragiles. Alors elle a accepté. Elle a tout accepté : ces cauchemars qui, ces temps-ci la rongent, de suivre un régime strict, de ne plus vraiment voir ses deux enfants, de quitter sa retraite dorée de Rueil et même de rencontrer ces quelques journalistes dont elle a si peur. D’ailleurs, quand on écoute France Gall distiller ses confidences et ses impressions avec spontanéité et prudence, on a l’impression que cette vie privée qu’elle sacrifie quelque peu, que cet environnement heureux qu’elle s’est constitué, ne sont qu’une condition du bonheur. Une condition nécessaire, mais pas suffisante. Epouse de Michel Berger, elle ne veut bien sûr pas être seulement Madame Berger. Mère de deux enfants, elle est aujourd’hui comblée, elle à qui les médecins avaient dit qu’elle n’aurait jamais d’enfants. “Cette idée me désespérait et c’est un bonheur auquel je n’arrive pas encore à croire, moi dont la vie a toujours tellement différé de celle des autres femmes.”

Alors, devant cette force tranquille et déroutante du show biz, au vu de tous ces sacrifices, on s’interroge. Et l’on se demande ce qui oblige cette femme “comblée” à prendre le risque important de ce spectacle démesuré ? Qu’est-ce qui fait courir cette mère de famille “très traditionnelle” (c’est elle qui le dit…) ? Qu’est-ce qui va la faire bondir sur la scène du Palais des Sports ?

La trajectoire de France Gall fournit la réponse. En 1964, une adolescente blondinette, sage et rigolote, avec un brin de voix, fille d’une famille de musiciens, chante des chansons évocatrices et ambiguës, des chansons pour tous publics, écrites sur mesure par le compère Gainsbourg. A l’époque, elle sort un disque tous les trois mois, ce sont tous des tubes. On se souvient de “Baby pop”, mais aussi, mais surtout des “Sucettes à l’anis” dont elle dit aujourd’hui, vaguement scandalisée : “A l’époque, je ne comprenais pas du tout le sens de cette chanson. Et d’ailleurs, à l’âge que j’avais, c’était tout à mon honneur. Vous savez, j’étais très sage et j’ai même vécu jusqu’à l’âge de 25 ans chez mes parents. Ce sont mes copains qui venaient chez eux …”. Tous les publics accourent alors vers France. Pour eux, elle est, tour à tour, une adolescente yéyé, une fillette un peu perverse, une jeune fille romantique et éperdue… France Gall est un personnage national et tout irait pour le mieux s’il n’y avait pas chez elle, aussi, ce curieux “syndrome Marilyn” : “Il s’est passé à l’époque ce qui se passe toujours avec les gens qui démarrent trop tôt : je suis passée à côté de tout. Je n’avais vraiment pas d’amoureux ou de passion, je ne voyais rien de la vraie vie …. Car, vous savez, quand on fait ce métier-là, les gens ne s’approchent pas, ils ont peur de vous … Il y a une grande solitude …”.

1968. L’époque refait les jeux. La jeunesse n’est pas accrochée à son Teppaz ou au Golf Drouot mais ailleurs … France Gall décide alors de se séparer de ses auteurs et compositeurs, de “voler de mes propres ailes car j’avais évolué. Les textes bébé ou cochons que l’on me proposait ne me correspondaient plus. J’avais évolué. Mais en changeant, je me suis magistralement cassé la gueule”. Ainsi, après son dernier tube, “Bébé requin”, en 1969, France Gall va, comme la plupart de ses copains des années 60, rejoindre les anthologies. Oubliée la petite France !

Les années 70 vont commencer sans elle. C’est pendant cette douloureuse traversée du désert qu’elle rencontre un chanteur connu. Ils s’aiment et vont vivre à la campagne. Cette fois, elle n’a plus du tout de succès mais elle a l’amour. Elle ne fait plus “peur”. L’ennui, c’est qu’il est déjà une très grosse vedette, alors, par la force des choses, France reste dans l’ombre. “Amoureuse, mais étouffée”, dit-elle à propos de cette époque dont elle n’aime guère parler. “Je me suis rendu compte alors que je ne pouvais pas mener une existence normale. Et j’avais terriblement peur de devenir une vieille ringarde !” Et puis, un jour, au sortir d’une dépression nerveuse, vers 1973, elle voit son attention attirée par un disque : “Attends-moi”, interprété par un garçon à la voix de velours, un certain Michel Berger qu’elle avait dû croiser au temps de “Salut les Copains”.

“Et alors, raconte-t-elle, j’ai voulu aller vers lui, vers cette mélodie. C’est la première fois de ma vie que j’avais envie d’aller vers quelqu’un. Je me suis dit : il faut que je le rencontre. Mais attention, c’était uniquement professionnel, car je n’étais pas disponible …”. Voilà donc le début de ce “conte de fées”, un “conte de fées” où d’ailleurs on démêle difficilement ce qui est amoureux de ce qui est professionnel. Pudique et malheureuse, France va tenter des “approches musicales” que Michel va repousser. Mais il cédera finalement à la douce obstination de France.

En 1974, au moment de l’élection de VGE, il lui fait sa “Déclaration” qu’elle ne cessera de chanter. Un immense succès immédiat. Cent mille disques vendus en un mois, plus encore qu’au sommet de sa gloire des sixties. Pour France, c’est un fracassant retour du pays de l’oubli. “Je me suis sentie renaitre, dit-elle alors que son visage s’illumine. Les chansons de Michel m’allaient tellement bien”.

En 1976, enfin libre, elle épouse son auteur-pygmalion. Pour la première fois de sa vie, les deux conditions de son bonheur sont réunies : l’amour et le succès. Mais ce couple-là, si idyllique soit-il, est aussi un couple d’artistes. Et quand on demande à France, au détour d’une question, qui des deux “marche” le mieux, elle répond en riant : · “Mais, c’est moi, bien sûr !”

Si on continue à la titiller, elle persiste: “Mais oui, voyons, j’ai la chance, moi, de pouvoir réunir tous les publics. Mais, au fond, ça n’a aucune importance car, vous savez, entre Michel et moi, il n’y a pas de rivalité ni de rapport de forces ».

Cette “Lolita” devenue femme aime avoir du succès parce que c’est pour elle recevoir de l’amour. “Tout pour la musique.»

Magazine : Elle
Georges-Marc Benamou – Photos Yann Matton
Date : 4 janvier 1982
Numéro : 1878

France Gall en 1982

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En 1982, Michel Berger s’associe au producteur Patrick Vilaret pour fonder son propre label, Apache.
En 1982, Michel Berger s’associe au producteur Patrick Vilaret pour fonder son propre label, Apache.

En 1982, Michel Berger s’associe au producteur Patrick Vilaret pour fonder son propre label, Apache.

Dans le Paris de la Belle Époque, les Apaches étaient ces voyous qui hantaient les quartiers populaires, prêts à commettre crimes et délits.*

Note sur les crédits : Il arrive fréquemment que des œuvres soient diffusées sans que le nom de l’auteur soit mentionné. Ces pratiques sont illégales au sens de l’art. L.121-1 du CPI. Lorsque nous connaissons le nom de l’auteur de la photo, il est toujours mentionné. Si vous constatez une erreur, un manque, ou que vous souhaitez le retrait d’une photo dont vous êtes l’auteur : contactez-nous.

*Sources des textes : France Gall l’intégrale / L’histoire de tous ses disques par Norman Barreau-Gély aux Editions EPA avec les pochettes de France Gall Collection

Un nouveau duo France Gall et Elton John

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Ce qui n'était, il y a quelques mois encore qu'une rumeur, est aujourd'hui officiel : France Gall vient d'enregistrer un disque en duo avec le grand Elton John.
Ce qui n'était, il y a quelques mois encore qu'une rumeur, est aujourd'hui officiel : France Gall vient d'enregistrer un disque en duo avec le grand Elton John.
Ce qui n'était, il y a quelques mois encore qu'une rumeur, est aujourd'hui officiel : France Gall vient d'enregistrer un disque en duo avec le grand Elton John.

Ce qui n’était, il y a quelques mois encore qu’une rumeur, est aujourd’hui officiel : France Gall vient d’enregistrer un disque en duo avec le grand Elton John.

Mais il serait plus juste de dire en trio puisque celui qui est un de nos meilleurs auteurs-compositeurs, Michel Berger, a eu une très grande importance dans ce disque.

Michel en est le coproducteur, mais aussi le parolier, pour “Les aveux“, Elton en étant le compositeur. Pour le second titre, “Donner pour donner“, Michel a composé la musique et écrit le texte français alors que Bernie Taupin, le parolier et meilleur ami d’Elton John, a fait le texte anglais. A l’occasion de ce grand événement, Elton John raconte en exclusivité aux lecteurs et lectrices de Salut ! comment il a eu l’idée de ce disque et nous parle de son métier et de sa musique.

Tout d’abord, il est important de signaler qu’Elton John est quelqu’un de complètement amoureux de la France. Il parle volontiers le français et préfère même notre langue à l’anglais ! La première fois qu’il chanta en français, c’était à Paris au théâtre des Champs-Elysées pour interpréter “Que reste-t-il de nos amours” de Charles Trenet. Elton connaît déjà très bien la Côte d’Azur puisqu’il y séjourna plusieurs mois l’année dernière. Elton adore le style de vie de notre pays. A l’âge de seize ans, il jouait dans un groupe qui se produisit à Saint-Tropez au “Papagayo”.

Elton nous explique comment lui est venue l’idée de chanter en duo avec France Gall.

Que représente la scène pour toi ?

C’est une chose dont j’ai besoin. J’ai beaucoup aimé la tournée que j’ai faite l’année dernière avec Monsieur Ray Cooper, c’était un retour aux sources. Je vais très bientôt faire une tournée mondiale. J’aimerais faire comme Stevie Wonder, c’est-à-dire jouer de plusieurs instruments dans mes disques, mais voilà, je suis très paresseux ! En revanche, je travaille très rapidement, c’est très facile pour moi d’enregistrer deux albums dans une année. La plupart de mes chansons, je les écris en partant d’abord de la mélodie. Avant je faisais le contraire. Pour mon prochain album, j’ai travaillé avec le “London Symphony Orchestra” juste pour une chanson. Lorsque je serai vieux et que je ne pourrai plus chanter de rock, je pense que j’écrirai beaucoup de musique classique.

Revenons à ta prochaine tournée.

Elle va durer six ou sept mois, j’irai dans tous les pays. Je serai en France en mars ou en avril, mais cette fois, je jouerai dans toute la France. La dernière fois, j’ai chanté uniquement à Paris et à Nice. Ensuite, j’enregistrerai un autre disque avec un nouveau groupe et ensuite je ferai à nouveau une tournée, enfin j’espère.

Reparlons de ce disque en français. Tu trouves que c’est plus difficile de chanter que de parler en français ?

Oui, parce que c’est très important de prononcer les mots exactement. C’est la première fois pour moi et j’espère que la deuxième fois ce sera mieux. J’ai un problème car beaucoup de mes amis français qui travaillent dans la musique me parlent en anglais. C’est un grand succès pour moi d’avoir fait ce disque, et je peux dire que j’ai eu beaucoup de plaisir, que c’était très intéressant.

Pour France Gall et Michel Berger, ce fut également une expérience extraordinaire, une aventure formidable, ce qui se comprend très bien : Monsieur Elton John est un des plus prestigieux musiciens de ces dernières années.

Maintenant, il ne vous reste plus qu’à vous procurer cet excellent disque qui passe déjà très régulièrement en radio. “Les aveux”, la face A de ce 45 tours, s’est pratiquement installée dans tous les hit-parades.

A bientôt Monsieur Elton John ! N’oubliez pas cette France que vous semblez tant aimer. Nous vous le rendons bien. Rendez-vous dans quelques semaines lors de votre tournée en France. Et encore un grand bravo à France, Michel et Elton.

Magazine : Salut !
Date : 4 au 17 février 1981
Numéro : 140

France Gall et Michel Berger : “Ne comptez pas sur nous pour être le nouveau couple de la chanson

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France Gall et Michel Berger : Ils ont beau être assis chacun à un bout de la pièce, j'ai l'impression qu'ils sont dans les bras l'un de l'autre.
France Gall et Michel Berger : Ils ont beau être assis chacun à un bout de la pièce, j'ai l'impression qu'ils sont dans les bras l'un de l'autre.
France Gall et Michel Berger : "Ne comptez pas sur nous pour être le nouveau couple de la chanson

Ils ont beau être assis chacun à un bout de la pièce, j’ai l’impression qu’ils sont dans les bras l’un de l’autre.

Et, plus je les regarde, plus je trouve qu’ils ont l’air de sortir des dernières lignes d’un conte de fées : « Le jeune prince et la jeune princesse s’aimèrent d’amour tendre dans leur beau château tout en or, ils eurent beaucoup d’enfants, et, quiriquiqui, mon histoire est finie … »

Mais non, c’est tout le contraire : le couple Michel Berger et France Gall n’en est pas à sa fin (même heureuse), mais à son commencement. Et leur château féerique n’est qu’une grande et drôle de maison toute biscornue au milieu d’un hameau parisien planté d’isbas façon docteur Jivago, construites naguère à l’occasion de je ne sais plus quelle Expo universelle ; les crépuscules d’hiver, quand la bruine et la neige fondue font tousser les carburateurs des autos, je suis sûr qu’on entend glisser les troïkas fantômes sous les fenêtres.

Autrement, c’est vrai qu’ils ont un côté prince et princesse d’Andersen. Lui, c’est un long garçon de charme, chandail tout doux et pantalon de cuir, sorte de Lamartine adolescent évoluant parmi un arsenal de bidules hi-fi, un piano blanc, des partitions partout. Elle, c’est toujours cette femme-chaton qui ne s’assied pas vraiment mais qui se pelotonne, qui boit du lait, qui passe en un éclair du fou rire à une gravité émouvante, et qui s’étonne qu’on l’aime.

Deux gosses comme Jacques Prévert les rêvait. On les imagine s’embrassant sous les portes cochères, s’offrant la lune et chantant sous la pluie pour amuser les chats de gouttière.

Pourtant, mine de rien, ces deux-là sont une mine d’or. Des « businessmen » très compassés, très conséquents, très inhumains naturellement, parlent d’eux avec ce même air gourmand des boursiers de la Belle Époque évoquant le nickel de Nouvelle-Calédonie : ça spécule dur à leur propos depuis qu’ils ont été respectivement n° 1 et n° 2 du hit-parade, France Gall avec « Il jouait du piano debout » et Michel Berger avec « La Groupie du pianiste ». Un sacré tir groupé, qui ne provoque pourtant chez eux aucun triomphalisme.

Le succès, dit Michel, c’est dérisoire. A la limite, n’importe qui est capable de « fabriquer » un tube : les recettes traînent dans tous les studios d’enregistrement. France et moi, on ne l’a vraiment pas fait exprès. On a juste chanté ce qui nous plaisait.

France, enceinte et affamée ; croque dans une pomme, contemple rêveusement l’empreinte de ses quenottes, renverse la tête en arrière et rit :

– Deux ans que « La Groupie du pianiste » existe ! Personne n’y croyait, ni la maison de disques ni les programmateurs de la radio. Michel l’a chantée dans son spectacle, et les gens se sont mis à téléphoner comme des fous à Europe, à R.T.L., à Inter, à RMC, pour réclamer « La Groupie ». Je voudrais tous les embrasser, ces gens-là !

Un triomphe, c’est déjà rare. Mais un doublé comme celui que viennent de réussir France et Michel, ça relève franchement du miracle. Et, dans le petit monde du show-business, les miracles ça s’exploite : journalistes, producteurs de télé et de spectacles, organisateurs de tournées prestigieuses rêvent tous de monter le grand numéro du rossignol à deux têtes : France et Michel la main dans la main, avec un seul micro pour deux ; on les adjure de poser en petits mariés modèles, de n’avoir plus qu’une seule ombre confondue sous les projecteurs, un seul nom à l’affiche, un seul public.

Pour l’instant, c’est la télévision qui est arrivée la première : Antenne 2 a diffusé, le 10 janvier, « Les rendez-vous de Cabourg » ou « Celle qui danse », une comédie musicale interprétée par France Gall et Michel Berger.

Puisqu’ils s’aiment et qu’on les aime, ils sont donc exemplaires, ils deviennent le symbole du bonheur tous azimuts. Pour contrebalancer le fiasco « Caroline de Monaco-Philippe Junot », la presse du cœur appelle à grands cris le couple modèle France Gall – Michel Berger. Que la France profonde s’éclate enfin ! On a assez pleuré dans les chaumières, ma bonne dame, il est temps d’offrir à nos fidèles lectrices une tranche de bonheur conjugal enveloppée d’une faveur rose !

Mais les spéculateurs se sont trompés d’adresse : blottis dans leur drôle d’isba en plein Paris, France Gall et Michel Berger répondent « niet » :

D’accord pour essayer de vieillir ensemble, mais sûrement pas sur des couvertures de magazines !

Avec autant de conviction que de détermination, ils ont décidé de ne pas mélanger vie privée et vie professionnelle. Pas de photos bras dessus, bras dessous, pas de numéro de duettistes. On se récrie, on les traite d’inconscients, de gâcheurs de chance. Alors quoi ? Ils ne veulent donc pas accumuler encore un peu plus de gloire ? Entasser peut-être encore quelques louis d’or de plus ?

– Il y a des années que nous faisons ce métier, explique Michel, uniquement parce que nous l’aimons. La gloriole et le fric, ce ne sont pas des buts. Même pas des moyens. J’aime France, je l’aime comme une femme unique. Dans la vie à deux, j’essaye de toutes mes forces de respecter son individualité. Dans le métier aussi, je veux qu’elle existe toute seule. Nous ne serons jamais le double, l’ombre l’un de l’autre.

– Un plus un n’égale pas un, mais deux, dit France. Chacun son regard, chacun sa petite musique. Se mélanger, c’est se diminuer.

Purs et durs ? Mieux que ça : ils sont lucides.

Si France chante des chansons composées par Michel, c’est parce qu’elle se sent bien dans cette musique. Et ça ne doit pas aller plus loin. Michel a d’ailleurs une très belle formule pour définir la collaboration idéale :

– Être comme deux peintres qui se montrent leurs toiles, qui s’admirent souvent, qui peuvent se critiquer parfois, mais qui ne mélangent pas leurs couleurs et qui ont chacun leur pinceau.

Ils se taisent, ils me dévisagent. Vaguement anxieux : est-ce que je vais les comprendre ? Oui, bien sûr. Ils ont raison. Mais des noms se bousculent dans ma tête, des noms qui sont des échecs.

– Dire sans arrêt NON aux combines, aux photos-gadgets, aux reportages infantiles, c’est tuant ! fait Michel.

France baisse les cils :

– Moi, je suis facile à piéger. Et les gens le savent. Mais Michel, on ne l’attrape pas comme ça ! Il est très diplomate, il dit NON en y mettant des tonnes de gentillesse, mais il reste ferme. A la longue, moi, tout ça me rend agressive. Tu sais, j’intente au moins un procès par jour à des gens qui veulent utiliser notre vie privée.

– Un procès par semaine, rectifie Michel en souriant.

Ça ne va sûrement pas jusque-là. Mais ils défendent farouchement le rempart de leur vie privée, et pas par caprice :

– On a été cambriolés deux fois parce que notre adresse était dans les journaux. Et puis, maintenant, il y a Pauline. C’est aussi pour elle qu’on dresse des barrages.

Pauline, deux ans, c’est leur petite fille.

Quand on demande à Michel si Pauline marche, si elle essaye de jouer du piano, si elle apprécie « La Groupie du pianiste », il fond. Un père, un vrai, qui consacre tous ses dimanches à son bébé. Mais essayez de lui proposer de prendre une photo de sa fille, et il explose :

Attention, danger ! Là, je peux devenir méchant. Pauline, c’est sacré.

Je me fais l’avocat du diable, je murmure que la curiosité du public a peut-être quand même un petit côté légitime. C’est vrai que, pour une vedette de la chanson, Michel Berger est mal connu, personne ne sait s’il se passionne pour les trains électriques ou pour l’hydrographie du Labrador.

– La seule chose qui doit avoir un peu d’importance, dit-il, ce sont nos chansons. Notre musique ; Vous autres, les écrivains, les lecteurs se fichent pas mal de votre vie privée. Qui sait si Soljenitsyne est marié, qui connaît le prénom de sa femme ? Alors pourquoi en serait-il autrement pour France et pour moi ? Tout bêtement parce que nous chantons ? C’est injuste. A la limite, ça voudrait dire que la chanson est un art mineur qui ne se suffit pas à lui-même, qui a besoin d’être enrobé de tout un fatras.

La nuit vient sur la drôle d’isba ; France se lève, fait le tour de la pièce, allume les lampes. Michel la suit des yeux. Un regard tendre.

Tendre aussi la voix de France, qui se bat avec une paire de cymbales montées en lampe :

– On veut savoir qui est Michel, qui il est profondément ? Un garçon hypersensible qui est souvent malheureux.

Je demande pourquoi. C’est Michel qui répond :

– Et le cancer ? Et tout le reste ?

– France et toi, vous avez peur de la maladie, de la mort ?

– Pas peur, non. La haine de toutes les souffrances, oui.

France a finalement vaincu les cymbales montées en lampe. La lumière inonde la pièce. Je regarde ceux qu’on appelle « le couple n° 1 du hit-parade ». Et j’ai envie, en sortant, d’accrocher une petite pancarte à leur porte, sur laquelle j’écrirais :

« Do hot disturb », ils s’aiment …

Magazine : Le soir illustré
Par Didier Decoin
15 janvier 1981
Numéro : 2534

France Gall en 1981

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Deux tubes pour le prix d’un. C’est ainsi qu’Atlantic aurait pu rétrospectivement promouvoir le 45-tours Tout pour la musique de France Gall.
Deux tubes pour le prix d’un. C’est ainsi qu’Atlantic aurait pu rétrospectivement promouvoir le 45-tours Tout pour la musique de France Gall.

Deux tubes pour le prix d’un. C’est ainsi qu’Atlantic aurait pu rétrospectivement promouvoir ce 45-tours Tout pour la musique, tant ses deux faces sont devenues des succès, sur toutes les lèvres quarante ans plus tard.

Pourtant, à la sortie du disque fin 1981, c’est Tout pour la musique que l’on destine seule aux oreilles populaires comme en témoigne le nombre d’interprétations en plateaux télé ; Résiste est une face B tapie dans l’ombre. Mais au fil du temps, cette chanson devient l’hymne spontané d’une époque, par celle qui l’a le mieux incarnée.*

Note sur les crédits : Il arrive fréquemment que des œuvres soient diffusées sans que le nom de l’auteur soit mentionné. Ces pratiques sont illégales au sens de l’art. L.121-1 du CPI. Lorsque nous connaissons le nom de l’auteur de la photo, il est toujours mentionné. Si vous constatez une erreur, un manque, ou que vous souhaitez le retrait d’une photo dont vous êtes l’auteur : contactez-nous.

*Sources des textes : France Gall l’intégrale / L’histoire de tous ses disques par Norman Barreau-Gély aux Editions EPA avec les pochettes de France Gall Collection

France Gall, celle qui maintenant se ressemble

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À 32 ans, France Gall, accompagnée de Michel Berger, vit une rentrée musicale éclatante. Avec son mari, elle redéfinit sa carrière, unissant succès et vie personnelle comblée.
À 32 ans, France Gall, accompagnée de Michel Berger, vit une rentrée musicale éclatante. Avec son mari, elle redéfinit sa carrière, unissant succès et vie personnelle comblée.
France Gall, celle qui maintenant se ressemble

Naturelle, fraîche, enthousiaste.

C’est ainsi que sera encore France Gall le samedi 27 septembre dans l’émission de Michel « Stars ». Elle n’est plus seulement jolie. Elle est belle, décontractée, bien dans sa peau, heureuse de faire ce qu’elle aime vraiment.

C’est en 1974 que la nouvelle France a pris la place de l’ancienne. Avec la rencontre de Michel Berger : le coup de foudre ! Il lui écrit « La déclaration d’amour », un tube. Ils se marient et ne se quittent plus. France Gall jette définitivement aux orties son image de belle poupée naïve qui chantait un peu n’importe quoi…

Maintenant, celui qu’elle aime lui écrit les chansons qu’elle a envie de chanter. Résultat : rien que des succès (« Musique », « Viens je t’emmène », « Besoin d’amour »). Son dernier tube – « Il jouait du piano debout » – marche très fort.

À la mi-octobre, nous pourrons revoir France dans « Les nouveaux rendez-vous » d’Ève Ruggieri ; et fin octobre, dans un nouveau « Numéro un ». À 32 ans, France Gall effectue une rentrée 1980 sur les chapeaux de roues. Et des projets, elle en a encore plein la tête : un show télévisé qu’elle aimerait animer tous les deux mois, un disque au début de l’année prochaine qui, dit-elle, « sera une surprise exceptionnelle, quelque chose qu’on ne peut pas imaginer ». Alors, entre des chansons qui marchent, un mari qu’elle adore et sa petite fille Pauline – bientôt deux ans – que pourrait demander de plus France Gall ?

Avant, j’ai fait quelques chansons qui me ressemblaient. Mais j’ai fait aussi énormément de chansons qui n’étaient pas moi du tout. Entre autres, les chansons de Gainsbourg. Par exemple, « Les sucettes à l’anis ». Elles m’ont donné un personnage dont j’ai eu beaucoup de mal à me défaire.

Ce personnage, cette image, c’était celle d’une ravissante gamine en mini-jupe, idole « yé-yé » des années 60, qui courait les galas et chantait « Poupée de cire, poupée de son », Grand Prix de l’Eurovision 1965. Mais ensuite, il y a eu le revers de la médaille, la période « noire » de France Gall. Les tournées à l’étranger où elle ne faisait pas vraiment ce qu’elle avait envie de faire, mais était obligée d’exécuter ses contrats. Un jour, elle en eut « marre », plaqua toute son équipe et s’arrêta. Jusqu’au jour où, en 1974, elle rencontre Michel Berger.

Ses chansons, ses musiques, c’était un peu la concrétisation de ce que j’avais dans la tête et que je ne pouvais pas exprimer, puisque je n’avais pas su le faire. Je découvrais l’unique personne avec qui j’avais de nouveau envie de travailler.

Elle redresse sa tête blonde avec un sourire qui dessine deux charmantes fossettes. Est-elle vraiment heureuse ?

On ne peut pas rêver mieux. La réussite, c’est pas de vendre à tout prix, c’est de réussir avec ce que l’on aime, avec des chansons qui vous ressemblent, qui parlent avec ce que vous avez envie de dire. Il y a bien sûr des gens qui m’ont suivie, mais aussi toute une nouvelle génération de public qui est venue à moi avec les nouvelles chansons.

Un autre événement a bouleversé votre vie. Il y a deux ans, la naissance de votre petite fille Pauline.

Être maman, c’est extraordinaire. Et je trouve que 30 ans, c’était l’âge idéal. Quand je fais le point, je pense qu’il m’a fallu attendre d’avoir vingt-cinq ans pour être acceptable. À seize ans, j’étais vraiment pas adulte. J’étais un gros bébé !

Je crois qu’aujourd’hui j’ai réussi à réunir autour de moi tout pour être heureuse au maximum…

Dans sa vie de tous les jours, France Gall aime maintenant prendre « le temps de vivre », c’est-à-dire ne plus se précipiter, traîner un peu, faire ce qu’elle a envie sans être obligée de se presser.

De mon père, j’aime la brocante. Le samedi, le dimanche, il m’emmenait dans les foires. Et je ramenais toujours quelque chose. J’ai maintenant une collection de pots à vin en faïence et de pots à eau. Une centaine, qui vont de 1900 à 1940. C’est très décoratif.

Elle adore aussi faire la cuisine, prendre le temps de recevoir ses amis. Elle aime préparer elle-même les entrées chaudes, les tartes aux épinards, aux poireaux ou au saumon, les quiches.

Une troisième France Gall qui s’annonce ?

Elle s’arrête, soudain grave.

Je ne suis pas du tout inquiète pour mon avenir, lâche-t-elle. Je vis avec un homme qui me dit que vieillir n’a vraiment aucune importance…

Magazine : Télé Poche
Date : 24 septembre 1980
Numéro : 763

France Gall en 1980

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En 1980, France Gall sort Paris, France et collabore avec Elton John. Une année de virage artistique, entre rythmes resserrés et refrains cultes.
En 1980, France Gall sort Paris, France et collabore avec Elton John. Une année de virage artistique, entre rythmes resserrés et refrains cultes.

En 1980, France Gall ouvre la décennie avec Paris, France, un album plus resserré (clavier, guitare, basse, batterie) qui l’éloigne des cordes/cuivres des années précédentes.

Sorti en mai, il porte une écriture directe et intime, captée au Studio Gang.
Au printemps, le 45 tours Il jouait du piano debout / La Chanteuse qui a tout donné installe le cap artistique de l’année : un hymne d’acceptation en face A, et un regard lucide sur le métier en face B (juin 1980, Atlantic 11 536).
À l’automne, nouveau simple Bébé, comme la vie / Plus d’été (octobre 1980, Atlantic 11 620), chanson plus mélancolique et parentale en tête, pulsation rock en face B.
Été 1980, Saint-Tropez puis Los Angeles : la rencontre musicale avec Elton John aboutit au duo Les Aveux / Donner pour donner (sorti en octobre 1980, Atlantic 11 635). Deux signatures et deux tempos, dont la face B s’imposera durablement.
Très présente à la télévision, France Gall participe notamment à Midi première (5 juin 1980). L’album Paris, France sera ensuite certifié platine.

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Textes librement inspirés du livre : France Gall l’intégrale / L’histoire de tous ses disques par Norman Barreau-Gély aux Editions EPA avec les pochettes de France Gall Collection

Les 99 vérités de France Gall

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Couverture du magazine Le Nouveau Stéphanie n°53 (juillet 1979), mentionnant France Gall – francegallcollection.fr
Couverture avec Karen Cheryl du magazine Le Nouveau Stéphanie n°53 de juillet 1979 – francegallcollection.fr

France Gall se livre comme rarement dans un portrait en 99 confidences, entre souvenirs personnels, goûts assumés, anecdotes drôles ou tendres. Derrière la star discrète, ces phrases en disent long sur la femme, la mère, l’artiste et ses convictions. Une lecture intime, touchante et parfois étonnante, à savourer comme une conversation à cœur ouvert.

  1. Toute la famille, de mon arrière-grand-père à mon père, est musicienne.
  2. Je ne me maquille jamais en dehors de mon métier.
  3. À 15 ans, j’aimais le jazz et je m’exerçais en chantant sur les disques des Swingle Singers.
  4. Ma fille s’appelle Pauline.
  5. « La Déclaration » est le premier titre de Michel Berger que j’ai enregistré.
  6. J’ai gagné le concours Eurovision en 1965 avec « Poupée de cire, poupée de son ».
  7. Malgré que j’aie interprété près d’une quinzaine de ses chansons, je n’ai rencontré Serge Gainsbourg que cinq fois.
  8. J’adore les chansons de James Taylor et Carly Simon.
  9. C’est moi qui ai eu l’idée d’un orchestre féminin lors de mon passage au Théâtre des Champs-Élysées.
  10. Je suis à cent pour cent pour le show. Je trouve le tour de chant traditionnel complètement démodé.
  11. Robert Gall est le nom de mon père. Il a écrit de nombreux succès, dont « La Mamma » créée par Aznavour.
  12. J’ai deux frères : Patrice et Philippe. Philippe est musicien ; il joue de la guitare.
  13. Je conduis moi-même ma petite voiture, il s’agit d’une Fiat 500.
  14. Le Yam (jeu de dés) n’a aucun secret pour moi. J’ai une passion pour les cartes et la belote bridgée, en particulier.
  15. Je ne pourrais pas vivre ailleurs qu’en France.
  16. Chez moi, je passe le plus clair de mon temps à peindre les meubles.
  17. Je possède une collection de vieux pots à eau en barbotine, matière plus résistante que la porcelaine mais qui lui ressemble.
  18. J’adore les animaux. Je n’en possède pas justement parce que je les aime.
  19. Je fais mon métier en artisan. J’ai une équipe de gens indépendants, très efficaces, dont Grégoire Colard, mon attaché de presse et ami.
  20. J’ai l’intention de jouer dans un film musical.
  21. Je suis l’actualité avec intérêt. J’achète au moins cinq journaux par jour.
  22. Je m’intéresse à la politique et je signe des pétitions pour dénoncer les abus contre la liberté.
  23. J’ai fait le tour du monde avec « Poupée de cire, poupée de son ».
  24. J’adore voyager mais, en même temps, je déteste quitter ceux que j’aime.
  25. La tolérance est une de mes qualités.
  26. Je me rends tous les ans en Californie pour me reposer.
  27. J’ai participé en 1977 à La Petite Sirène, une comédie musicale télévisée.
  28. Je suis très amie avec Marie Aufray, la sœur de Hugues. Elle danse dans mes shows à la télévision ou sur scène.
  29. Je suis du signe de la Balance.
  30. Je suis hésitante, ce qui est le principal défaut des Balance.
  31. Dans Starmania, j’étais Crystal, une productrice de télévision… amoureuse de Balavoine, chef des terroristes (Les Étoiles Noires).
  32. Le soir de la dernière de Starmania, j’ai été prise d’un fou rire en scène. Balavoine me « noïsait » (me taquinait en québécois).
  33. Je n’aimerais pas jouer la comédie au théâtre ou au cinéma.
  34. C’est moi qui ai choisi mes costumes de scène dans Starmania.
  35. Le chorégraphe Serge Gubelman m’obligeait à une heure de relaxation avant chaque répétition.
  36. J’ai horreur de poser pour les photographes. Ça ne m’arrive qu’une à deux fois par an.
  37. Par contre, j’aime prendre des photos des membres de ma famille.
  38. Une fois par semaine, je me rends aux Puces à Paris pour faire des achats.
  39. Je chante depuis l’âge de trois ans.
  40. Je ne chante que des chansons de Michel Berger.
  41. Si je n’avais pas rencontré Michel, je ne chanterais plus.
  42. Je ne vais jamais dans les boîtes de nuit mais j’adore danser.
  43. On ne me voit jamais dans les premières sauf pour applaudir un ami.
  44. Le spectacle de Kate Bush, au Théâtre des Champs-Élysées à Paris, m’a fortement impressionnée.
  45. La libération des femmes ne m’intéresse pas. Je me sens bien dans ma peau.
  46. J’adore l’écrivain Albert Cohen. J’ai pleuré en lisant le livre sur sa mère.
  47. Je n’aime que les couleurs pastel et discrètes.
  48. Je m’entends très bien avec les garçons homosexuels.
  49. Ça me fait plaisir quand on danse sur mes chansons.
  50. Mon grand-père maternel a fondé Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois.
  51. J’ai décidé Michel Berger à faire rechanter Mireille.
  52. J’ai failli mourir dans un accident d’avion il y a quelques années.
  53. Je ne prends jamais le même avion que Michel, depuis…
  54. Je joue au tennis et je suis les compétitions à la télévision.
  55. J’ai participé aux Olympiades de tennis d’Europe 1. Sheila et Ringo m’ont battue d’un court avantage.
  56. Je n’ai enregistré que deux 33 tours dans ma carrière. Les autres albums sont des compilations.
  57. Je réponds aux fans que lorsque c’est intéressant.
  58. Je chante toute la journée chez moi pour ma fille.
  59. C’est moi qui achète les vêtements de Michel Berger.
  60. Je suis fataliste. J’accepte la fin des choses et de l’amour en particulier.
  61. Sans renier des chansons comme « Les Sucettes » ou « Sacré Charlemagne », aujourd’hui je me sens différente.
  62. J’ai appris à jouer du piano toute seule.
  63. J’ai beaucoup de chance au jeu. Je gagne plus que la normale.
  64. J’ai reçu deux disques d’or pour Musique.
  65. Je trouve qu’en France on a d’aussi bons musiciens qu’aux U.S.A.
  66. Les snobs m’agacent. Je trouve ces gens particulièrement inutiles.
  67. Je manque d’autorité envers les gens qui travaillent avec moi.
  68. Je suis prise d’au moins un fou rire par jour.
  69. Je me couche très tard et je me lève très tard également.
  70. Ma chanteuse préférée (française) c’est Françoise Hardy.
  71. Je vis dans une isba. C’est une maison russe construite à Paris en 1890 pour l’Exposition universelle.
  72. Après Paris, c’est Honfleur, ma ville préférée.
  73. J’ai été cambriolée l’an dernier. Depuis, je ne donne plus mon adresse.
  74. Je ne compte absolument pas m’arrêter de chanter, même dans cinquante ans.
  75. Je vais au cinéma souvent, jusqu’à trois fois dans la même journée.
  76. J’ai une faiblesse pour les comédies américaines des années 50.
  77. Je n’aime pas les desserts et les plats sucrés.
  78. Je ne lis jamais les critiques me concernant.
  79. Les détails comptent beaucoup pour moi, je suis très pointilleuse.
  80. Je me mets difficilement en colère. J’analyse beaucoup les choses avant.
  81. Je crois pas aux voyantes !
  82. Je ne fais plus de galas ni de tournées ; ça me fatigue.
  83. Je refuse d’avoir l’étiquette de chanteuse disco seulement.
  84. J’ai une sainte horreur de Travolta, mais son impact m’intéresse.
  85. En ameublement, c’est le style “art déco” 1930 que je préfère.
  86. J’ai offert ma collection de 25 ours en peluche à des enfants.
  87. Je ne porte que des bijoux fantaisie.
  88. Woody Allen est l’acteur américain que je préfère.
  89. Je suis fanatique des produits naturels.
  90. J’adore parler politique ; je pense que tout est politique.
  91. Je n’ai pas eu d’adolescence car j’ai été vedette dès l’âge de 16 ans.
  92. Je ne peux pas chanter sans manger avant.
  93. Seule la mauvaise foi peut me faire perdre mon calme.
  94. J’apprécie beaucoup les spectacles de café-théâtre.
  95. J’aime m’habiller en homme.
  96. J’ai été marraine d’une marque de produits de beauté.
  97. Avant Michel Berger, j’avais autour de moi une bande de parasites, dont je me suis débarrassée.
  98. J’ai rompu avec la détestable image de femme-enfant qu’on me donnait.
  99. Pour faire mon métier, je refuse de dire ou de faire n’importe quoi.
Les 99 vérités de France Gall
Les 99 vérités de France Gall

France Gall, un triomphe dans Starmania !

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« Jour et nuit, dit France Gall, nous vivons dans Starmania, dans cette ville, dans ces souterrains ».
« Jour et nuit, dit France Gall, nous vivons dans Starmania, dans cette ville, dans ces souterrains ».
France Gall, un triomphe dans Starmania !

Le triomphe de l’opéra rock « Starmania » où elle joue, chante et danse, c’est sa manière à elle de fêter, au Palais des Congrès, cinq ans de bonheur avec son mari Michel Berger, qui en a composé la musique.

« Jour et nuit, dit France Gall, nous vivons dans Starmania, dans cette ville, dans ces souterrains ».

Depuis sa première triomphale, l’opéra rock fait salle comble tous les soirs au Palais des Congrès de Paris. France, qui est l’une des vedettes – elle incarne Cristal, une animatrice de TV – est radieuse.

« Avant, raconte-t-elle, je faisais de la scène et là on est seul au monde. Tandis que dans « Starmania » je fais partie d’une équipe, ce n’est plus le personnage France Gall, je tiens un rôle ; il y a des costumes, des dialogues chantés, un décor qui bouge et où il faut se mouvoir. Il faut aussi tenir compte des micros, les passer à l’un ou à l’autre pour qu’il puisse enchaîner.

C’est tout un travail nouveau et très intéressant. France ne supporte pas de s’ennuyer. A 26 ans, après dix ans de carrière, la créatrice toujours adulée de « Poupée de cire, poupée de son » (Grand Prix Eurovision en 1965) avait failli « décrocher ».

« J’en avais assez de chanter en vedette devant sept musiciens, je m’ennuyais. Je trouvais qu’un spectacle, ce devait être autre chose. Et puis je trouvais que les chansons que je chantais ne correspondaient plus à ce que j’étais ».

Mais en 1974, c’est la rencontre avec son futur mari, le compositeur Michel Berger. Depuis, France et lui ne se sont pas quittés. Et France, qui chante maintenant les chansons que Michel écrit pour elle, est retombée amoureuse de son métier. L’an dernier, déjà, elle a fait un « vrai » spectacle, « France Gall made in France », où entourée d’une troupe exclusivement féminine. Elle chantait et dansait sur la scène du théâtre des Champs-Élysées pendant deux heures et demie. « Je préfère, expliqua-t-elle alors, prendre des risques que tourner dans le ronron et faire comme tout le monde ». Elle partage le goût du risque avec son mari. Michel Berger en a de nouveau fait la preuve en montant « Starmania » sur scène. Un pari difficile, que Berger et le Québécois Luc Plamondon ont gagné. Il leur a fallu trois ans pour mener à bien cette entreprise. « Avec Luc, explique Michel Berger, nous avons travaillé deux ans sur l’écriture. Puis nous avons enregistré le double album avec des extraits de « Starmania ». Ensuite nous avons monté le spectacle à Paris. »

Forts de l’étourdissant succès du disque, ils avaient mis tous les atouts de leur côté pour réussir le spectacle. Sur le plateau d’abord, puisqu’aux côtés de France Gall, il y a Nanette Workman, Diane Dufresne, Fabienne Thibeault, Daniel Balavoine et les autres (soixante-dix personnes sur scène); dans les coulisses ensuite, car c’est Tom O’Horgan (« Hair », « Jésus Christ Superstar») qui a assuré la mise en scène de cet opéra rock, pourtant francophone; le tout servi par un solide budget : on parle de près de huit millions de francs. « Nous n’avons rien épargné, dit Berger, pour que ce soit le meilleur possible ». Après vingt-cinq représentations au Palais des Congrès – pas plus, car le Bolchoï lui succède en mai – « Starmania » est attendu à Montréal le 29 juin.

Pour une seule représentation. Mais ce sera au Stade Olympique où il y a 80 000 places. Ensuite petite tournée canadienne. Après … « Nous espérons aller un peu partout.

C’est un sujet très international puisqu’il traite du monde moderne. » Pour France, l’euphorie du succès se teinte d’un peu d’amertume : elle travaille tant qu’elle n’a pas le temps de s’occuper de sa fille Pauline, cinq mois.

“En ce moment, dit-elle, je ne me rends absolument pas compte que je suis mère. D’ailleurs ma fille ne me reconnaît pas : elle ne me voit que cinq minutes par jour”

J’en souffre horriblement. Heureusement, je sais que c’est provisoire. Alors, des vacances après « Starmania » pour retrouver, entre Michel et Pauline, les joies de la famille ?

« La dernière fois que j’ai annoncé que je prenais des vacances, répond France, je me suis fait, cambrioler. Alors je ne le dis plus. »

On la comprend !

Magazine : Paris Match
Par Jean-Claude Zana
Photographies de Garofalo
Numéro du 27 avril 1979
Numéro : 1561