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France Gall, celle qui maintenant se ressemble

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À 32 ans, France Gall, accompagnée de Michel Berger, vit une rentrée musicale éclatante. Avec son mari, elle redéfinit sa carrière, unissant succès et vie personnelle comblée.
À 32 ans, France Gall, accompagnée de Michel Berger, vit une rentrée musicale éclatante. Avec son mari, elle redéfinit sa carrière, unissant succès et vie personnelle comblée.

Naturelle, fraîche, enthousiaste.

C’est ainsi que sera encore France Gall le samedi 27 septembre dans l’émission de Michel « Stars ». Elle n’est plus seulement jolie. Elle est belle, décontractée, bien dans sa peau, heureuse de faire ce qu’elle aime vraiment.

C’est en 1974 que la nouvelle France a pris la place de l’ancienne. Avec la rencontre de Michel Berger : le coup de foudre ! Il lui écrit « La déclaration d’amour », un tube. Ils se marient et ne se quittent plus. France Gall jette définitivement aux orties son image de belle poupée naïve qui chantait un peu n’importe quoi…

Maintenant, celui qu’elle aime lui écrit les chansons qu’elle a envie de chanter. Résultat : rien que des succès (« Musique », « Viens je t’emmène », « Besoin d’amour »). Son dernier tube – « Il jouait du piano debout » – marche très fort.

À la mi-octobre, nous pourrons revoir France dans « Les nouveaux rendez-vous » d’Ève Ruggieri ; et fin octobre, dans un nouveau « Numéro un ». À 32 ans, France Gall effectue une rentrée 1980 sur les chapeaux de roues. Et des projets, elle en a encore plein la tête : un show télévisé qu’elle aimerait animer tous les deux mois, un disque au début de l’année prochaine qui, dit-elle, « sera une surprise exceptionnelle, quelque chose qu’on ne peut pas imaginer ». Alors, entre des chansons qui marchent, un mari qu’elle adore et sa petite fille Pauline – bientôt deux ans – que pourrait demander de plus France Gall ?

Avant, j’ai fait quelques chansons qui me ressemblaient. Mais j’ai fait aussi énormément de chansons qui n’étaient pas moi du tout. Entre autres, les chansons de Gainsbourg. Par exemple, « Les sucettes à l’anis ». Elles m’ont donné un personnage dont j’ai eu beaucoup de mal à me défaire.

Ce personnage, cette image, c’était celle d’une ravissante gamine en mini-jupe, idole « yé-yé » des années 60, qui courait les galas et chantait « Poupée de cire, poupée de son », Grand Prix de l’Eurovision 1965. Mais ensuite, il y a eu le revers de la médaille, la période « noire » de France Gall. Les tournées à l’étranger où elle ne faisait pas vraiment ce qu’elle avait envie de faire, mais était obligée d’exécuter ses contrats. Un jour, elle en eut « marre », plaqua toute son équipe et s’arrêta. Jusqu’au jour où, en 1974, elle rencontre Michel Berger.

Ses chansons, ses musiques, c’était un peu la concrétisation de ce que j’avais dans la tête et que je ne pouvais pas exprimer, puisque je n’avais pas su le faire. Je découvrais l’unique personne avec qui j’avais de nouveau envie de travailler.

Elle redresse sa tête blonde avec un sourire qui dessine deux charmantes fossettes. Est-elle vraiment heureuse ?

On ne peut pas rêver mieux. La réussite, c’est pas de vendre à tout prix, c’est de réussir avec ce que l’on aime, avec des chansons qui vous ressemblent, qui parlent avec ce que vous avez envie de dire. Il y a bien sûr des gens qui m’ont suivie, mais aussi toute une nouvelle génération de public qui est venue à moi avec les nouvelles chansons.

Un autre événement a bouleversé votre vie. Il y a deux ans, la naissance de votre petite fille Pauline.

Être maman, c’est extraordinaire. Et je trouve que 30 ans, c’était l’âge idéal. Quand je fais le point, je pense qu’il m’a fallu attendre d’avoir vingt-cinq ans pour être acceptable. À seize ans, j’étais vraiment pas adulte. J’étais un gros bébé !

Je crois qu’aujourd’hui j’ai réussi à réunir autour de moi tout pour être heureuse au maximum…

Dans sa vie de tous les jours, France Gall aime maintenant prendre « le temps de vivre », c’est-à-dire ne plus se précipiter, traîner un peu, faire ce qu’elle a envie sans être obligée de se presser.

De mon père, j’aime la brocante. Le samedi, le dimanche, il m’emmenait dans les foires. Et je ramenais toujours quelque chose. J’ai maintenant une collection de pots à vin en faïence et de pots à eau. Une centaine, qui vont de 1900 à 1940. C’est très décoratif.

Elle adore aussi faire la cuisine, prendre le temps de recevoir ses amis. Elle aime préparer elle-même les entrées chaudes, les tartes aux épinards, aux poireaux ou au saumon, les quiches.

Une troisième France Gall qui s’annonce ?

Elle s’arrête, soudain grave.

Je ne suis pas du tout inquiète pour mon avenir, lâche-t-elle. Je vis avec un homme qui me dit que vieillir n’a vraiment aucune importance…

Magazine : Télé Poche
Date : 24 septembre 1980
Numéro : 763

France Gall en 1980

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En 1980, France Gall sort Paris, France et collabore avec Elton John. Une année de virage artistique, entre rythmes resserrés et refrains cultes.
En 1980, France Gall sort Paris, France et collabore avec Elton John. Une année de virage artistique, entre rythmes resserrés et refrains cultes.

En 1980, France Gall ouvre la décennie avec Paris, France, un album plus resserré (clavier, guitare, basse, batterie) qui l’éloigne des cordes/cuivres des années précédentes.

Sorti en mai, il porte une écriture directe et intime, captée au Studio Gang.
Au printemps, le 45 tours Il jouait du piano debout / La Chanteuse qui a tout donné installe le cap artistique de l’année : un hymne d’acceptation en face A, et un regard lucide sur le métier en face B (juin 1980, Atlantic 11 536).
À l’automne, nouveau simple Bébé, comme la vie / Plus d’été (octobre 1980, Atlantic 11 620), chanson plus mélancolique et parentale en tête, pulsation rock en face B.
Été 1980, Saint-Tropez puis Los Angeles : la rencontre musicale avec Elton John aboutit au duo Les Aveux / Donner pour donner (sorti en octobre 1980, Atlantic 11 635). Deux signatures et deux tempos, dont la face B s’imposera durablement.
Très présente à la télévision, France Gall participe notamment à Midi première (5 juin 1980). L’album Paris, France sera ensuite certifié platine.

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Textes librement inspirés du livre : France Gall l’intégrale / L’histoire de tous ses disques par Norman Barreau-Gély aux Editions EPA avec les pochettes de France Gall Collection

Les 99 vérités de France Gall

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Couverture du magazine Le Nouveau Stéphanie n°53 (juillet 1979), mentionnant France Gall – francegallcollection.fr
Couverture avec Karen Cheryl du magazine Le Nouveau Stéphanie n°53 de juillet 1979 – francegallcollection.fr

France Gall se livre comme rarement dans un portrait en 99 confidences, entre souvenirs personnels, goûts assumés, anecdotes drôles ou tendres. Derrière la star discrète, ces phrases en disent long sur la femme, la mère, l’artiste et ses convictions. Une lecture intime, touchante et parfois étonnante, à savourer comme une conversation à cœur ouvert.

  1. Toute la famille, de mon arrière-grand-père à mon père, est musicienne.
  2. Je ne me maquille jamais en dehors de mon métier.
  3. À 15 ans, j’aimais le jazz et je m’exerçais en chantant sur les disques des Swingle Singers.
  4. Ma fille s’appelle Pauline.
  5. « La Déclaration » est le premier titre de Michel Berger que j’ai enregistré.
  6. J’ai gagné le concours Eurovision en 1965 avec « Poupée de cire, poupée de son ».
  7. Malgré que j’aie interprété près d’une quinzaine de ses chansons, je n’ai rencontré Serge Gainsbourg que cinq fois.
  8. J’adore les chansons de James Taylor et Carly Simon.
  9. C’est moi qui ai eu l’idée d’un orchestre féminin lors de mon passage au Théâtre des Champs-Élysées.
  10. Je suis à cent pour cent pour le show. Je trouve le tour de chant traditionnel complètement démodé.
  11. Robert Gall est le nom de mon père. Il a écrit de nombreux succès, dont « La Mamma » créée par Aznavour.
  12. J’ai deux frères : Patrice et Philippe. Philippe est musicien ; il joue de la guitare.
  13. Je conduis moi-même ma petite voiture, il s’agit d’une Fiat 500.
  14. Le Yam (jeu de dés) n’a aucun secret pour moi. J’ai une passion pour les cartes et la belote bridgée, en particulier.
  15. Je ne pourrais pas vivre ailleurs qu’en France.
  16. Chez moi, je passe le plus clair de mon temps à peindre les meubles.
  17. Je possède une collection de vieux pots à eau en barbotine, matière plus résistante que la porcelaine mais qui lui ressemble.
  18. J’adore les animaux. Je n’en possède pas justement parce que je les aime.
  19. Je fais mon métier en artisan. J’ai une équipe de gens indépendants, très efficaces, dont Grégoire Colard, mon attaché de presse et ami.
  20. J’ai l’intention de jouer dans un film musical.
  21. Je suis l’actualité avec intérêt. J’achète au moins cinq journaux par jour.
  22. Je m’intéresse à la politique et je signe des pétitions pour dénoncer les abus contre la liberté.
  23. J’ai fait le tour du monde avec « Poupée de cire, poupée de son ».
  24. J’adore voyager mais, en même temps, je déteste quitter ceux que j’aime.
  25. La tolérance est une de mes qualités.
  26. Je me rends tous les ans en Californie pour me reposer.
  27. J’ai participé en 1977 à La Petite Sirène, une comédie musicale télévisée.
  28. Je suis très amie avec Marie Aufray, la sœur de Hugues. Elle danse dans mes shows à la télévision ou sur scène.
  29. Je suis du signe de la Balance.
  30. Je suis hésitante, ce qui est le principal défaut des Balance.
  31. Dans Starmania, j’étais Crystal, une productrice de télévision… amoureuse de Balavoine, chef des terroristes (Les Étoiles Noires).
  32. Le soir de la dernière de Starmania, j’ai été prise d’un fou rire en scène. Balavoine me « noïsait » (me taquinait en québécois).
  33. Je n’aimerais pas jouer la comédie au théâtre ou au cinéma.
  34. C’est moi qui ai choisi mes costumes de scène dans Starmania.
  35. Le chorégraphe Serge Gubelman m’obligeait à une heure de relaxation avant chaque répétition.
  36. J’ai horreur de poser pour les photographes. Ça ne m’arrive qu’une à deux fois par an.
  37. Par contre, j’aime prendre des photos des membres de ma famille.
  38. Une fois par semaine, je me rends aux Puces à Paris pour faire des achats.
  39. Je chante depuis l’âge de trois ans.
  40. Je ne chante que des chansons de Michel Berger.
  41. Si je n’avais pas rencontré Michel, je ne chanterais plus.
  42. Je ne vais jamais dans les boîtes de nuit mais j’adore danser.
  43. On ne me voit jamais dans les premières sauf pour applaudir un ami.
  44. Le spectacle de Kate Bush, au Théâtre des Champs-Élysées à Paris, m’a fortement impressionnée.
  45. La libération des femmes ne m’intéresse pas. Je me sens bien dans ma peau.
  46. J’adore l’écrivain Albert Cohen. J’ai pleuré en lisant le livre sur sa mère.
  47. Je n’aime que les couleurs pastel et discrètes.
  48. Je m’entends très bien avec les garçons homosexuels.
  49. Ça me fait plaisir quand on danse sur mes chansons.
  50. Mon grand-père maternel a fondé Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois.
  51. J’ai décidé Michel Berger à faire rechanter Mireille.
  52. J’ai failli mourir dans un accident d’avion il y a quelques années.
  53. Je ne prends jamais le même avion que Michel, depuis…
  54. Je joue au tennis et je suis les compétitions à la télévision.
  55. J’ai participé aux Olympiades de tennis d’Europe 1. Sheila et Ringo m’ont battue d’un court avantage.
  56. Je n’ai enregistré que deux 33 tours dans ma carrière. Les autres albums sont des compilations.
  57. Je réponds aux fans que lorsque c’est intéressant.
  58. Je chante toute la journée chez moi pour ma fille.
  59. C’est moi qui achète les vêtements de Michel Berger.
  60. Je suis fataliste. J’accepte la fin des choses et de l’amour en particulier.
  61. Sans renier des chansons comme « Les Sucettes » ou « Sacré Charlemagne », aujourd’hui je me sens différente.
  62. J’ai appris à jouer du piano toute seule.
  63. J’ai beaucoup de chance au jeu. Je gagne plus que la normale.
  64. J’ai reçu deux disques d’or pour Musique.
  65. Je trouve qu’en France on a d’aussi bons musiciens qu’aux U.S.A.
  66. Les snobs m’agacent. Je trouve ces gens particulièrement inutiles.
  67. Je manque d’autorité envers les gens qui travaillent avec moi.
  68. Je suis prise d’au moins un fou rire par jour.
  69. Je me couche très tard et je me lève très tard également.
  70. Ma chanteuse préférée (française) c’est Françoise Hardy.
  71. Je vis dans une isba. C’est une maison russe construite à Paris en 1890 pour l’Exposition universelle.
  72. Après Paris, c’est Honfleur, ma ville préférée.
  73. J’ai été cambriolée l’an dernier. Depuis, je ne donne plus mon adresse.
  74. Je ne compte absolument pas m’arrêter de chanter, même dans cinquante ans.
  75. Je vais au cinéma souvent, jusqu’à trois fois dans la même journée.
  76. J’ai une faiblesse pour les comédies américaines des années 50.
  77. Je n’aime pas les desserts et les plats sucrés.
  78. Je ne lis jamais les critiques me concernant.
  79. Les détails comptent beaucoup pour moi, je suis très pointilleuse.
  80. Je me mets difficilement en colère. J’analyse beaucoup les choses avant.
  81. Je crois pas aux voyantes !
  82. Je ne fais plus de galas ni de tournées ; ça me fatigue.
  83. Je refuse d’avoir l’étiquette de chanteuse disco seulement.
  84. J’ai une sainte horreur de Travolta, mais son impact m’intéresse.
  85. En ameublement, c’est le style “art déco” 1930 que je préfère.
  86. J’ai offert ma collection de 25 ours en peluche à des enfants.
  87. Je ne porte que des bijoux fantaisie.
  88. Woody Allen est l’acteur américain que je préfère.
  89. Je suis fanatique des produits naturels.
  90. J’adore parler politique ; je pense que tout est politique.
  91. Je n’ai pas eu d’adolescence car j’ai été vedette dès l’âge de 16 ans.
  92. Je ne peux pas chanter sans manger avant.
  93. Seule la mauvaise foi peut me faire perdre mon calme.
  94. J’apprécie beaucoup les spectacles de café-théâtre.
  95. J’aime m’habiller en homme.
  96. J’ai été marraine d’une marque de produits de beauté.
  97. Avant Michel Berger, j’avais autour de moi une bande de parasites, dont je me suis débarrassée.
  98. J’ai rompu avec la détestable image de femme-enfant qu’on me donnait.
  99. Pour faire mon métier, je refuse de dire ou de faire n’importe quoi.

France Gall, un triomphe dans Starmania !

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« Jour et nuit, dit France Gall, nous vivons dans Starmania, dans cette ville, dans ces souterrains ».
« Jour et nuit, dit France Gall, nous vivons dans Starmania, dans cette ville, dans ces souterrains ».

Le triomphe de l’opéra rock « Starmania » où elle joue, chante et danse, c’est sa manière à elle de fêter, au Palais des Congrès, cinq ans de bonheur avec son mari Michel Berger, qui en a composé la musique.

« Jour et nuit, dit France Gall, nous vivons dans Starmania, dans cette ville, dans ces souterrains ».

Depuis sa première triomphale, l’opéra rock fait salle comble tous les soirs au Palais des Congrès de Paris. France, qui est l’une des vedettes – elle incarne Cristal, une animatrice de TV – est radieuse.

« Avant, raconte-t-elle, je faisais de la scène et là on est seul au monde. Tandis que dans « Starmania » je fais partie d’une équipe, ce n’est plus le personnage France Gall, je tiens un rôle ; il y a des costumes, des dialogues chantés, un décor qui bouge et où il faut se mouvoir. Il faut aussi tenir compte des micros, les passer à l’un ou à l’autre pour qu’il puisse enchaîner.

C’est tout un travail nouveau et très intéressant. France ne supporte pas de s’ennuyer. A 26 ans, après dix ans de carrière, la créatrice toujours adulée de « Poupée de cire, poupée de son » (Grand Prix Eurovision en 1965) avait failli « décrocher ».

« J’en avais assez de chanter en vedette devant sept musiciens, je m’ennuyais. Je trouvais qu’un spectacle, ce devait être autre chose. Et puis je trouvais que les chansons que je chantais ne correspondaient plus à ce que j’étais ».

Mais en 1974, c’est la rencontre avec son futur mari, le compositeur Michel Berger. Depuis, France et lui ne se sont pas quittés. Et France, qui chante maintenant les chansons que Michel écrit pour elle, est retombée amoureuse de son métier. L’an dernier, déjà, elle a fait un « vrai » spectacle, « France Gall made in France », où entourée d’une troupe exclusivement féminine. Elle chantait et dansait sur la scène du théâtre des Champs-Élysées pendant deux heures et demie. « Je préfère, expliqua-t-elle alors, prendre des risques que tourner dans le ronron et faire comme tout le monde ». Elle partage le goût du risque avec son mari. Michel Berger en a de nouveau fait la preuve en montant « Starmania » sur scène. Un pari difficile, que Berger et le Québécois Luc Plamondon ont gagné. Il leur a fallu trois ans pour mener à bien cette entreprise. « Avec Luc, explique Michel Berger, nous avons travaillé deux ans sur l’écriture. Puis nous avons enregistré le double album avec des extraits de « Starmania ». Ensuite nous avons monté le spectacle à Paris. »

Forts de l’étourdissant succès du disque, ils avaient mis tous les atouts de leur côté pour réussir le spectacle. Sur le plateau d’abord, puisqu’aux côtés de France Gall, il y a Nanette Workman, Diane Dufresne, Fabienne Thibeault, Daniel Balavoine et les autres (soixante-dix personnes sur scène); dans les coulisses ensuite, car c’est Tom O’Horgan (« Hair », « Jésus Christ Superstar») qui a assuré la mise en scène de cet opéra rock, pourtant francophone; le tout servi par un solide budget : on parle de près de huit millions de francs. « Nous n’avons rien épargné, dit Berger, pour que ce soit le meilleur possible ». Après vingt-cinq représentations au Palais des Congrès – pas plus, car le Bolchoï lui succède en mai – « Starmania » est attendu à Montréal le 29 juin.

Pour une seule représentation. Mais ce sera au Stade Olympique où il y a 80 000 places. Ensuite petite tournée canadienne. Après … « Nous espérons aller un peu partout.

C’est un sujet très international puisqu’il traite du monde moderne. » Pour France, l’euphorie du succès se teinte d’un peu d’amertume : elle travaille tant qu’elle n’a pas le temps de s’occuper de sa fille Pauline, cinq mois.

“En ce moment, dit-elle, je ne me rends absolument pas compte que je suis mère. D’ailleurs ma fille ne me reconnaît pas : elle ne me voit que cinq minutes par jour”

J’en souffre horriblement. Heureusement, je sais que c’est provisoire. Alors, des vacances après « Starmania » pour retrouver, entre Michel et Pauline, les joies de la famille ?

« La dernière fois que j’ai annoncé que je prenais des vacances, répond France, je me suis fait, cambrioler. Alors je ne le dis plus. »

On la comprend !

Magazine : Paris Match
Par Jean-Claude Zana
Photographies de Garofalo
Numéro du 27 avril 1979
Numéro : 1561

Starmania : Michel Berger et France Gall

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Écoutez la rumeur qui court « Starmania » … Par une mystérieuse alchimie, des mots, soudain, deviennent magiques : « Starmania » est, désormais de ceux-là.
Écoutez la rumeur qui court « Starmania » … Par une mystérieuse alchimie, des mots, soudain, deviennent magiques : « Starmania » est, désormais de ceux-là.

Écoutez la rumeur qui court « Starmania » … Par une mystérieuse alchimie, des mots, soudain, deviennent magiques : « Starmania » est, désormais de ceux-là. On en parle comme d’une planète récemment découverte. “Starmania … Starmania … Starmania …”

Chaque soir près de quatre mille spectateurs sont magnétiquement attirés vers le Palais des Congrès. Les indices de location laissent deviner qu’il en sera ainsi pendant les trente représentations.

Lorsque le rideau ne se baissera pas (car il n’y a pas de rideau) sur la dernière représentation, mais que la constellation de projecteurs s’éteindra, toute une troupe de garçons et de filles pourront s’embrasser ; ils auront gagné, ils auront fait plus que cela en prouvant que le « musical » peut réussir ailleurs qu’à Broadway. Déjà le mot est passé dans le langage des jeunes en baskets et on les entend se dire « Arrête ta Starmania » ou « Fais pas ta Starmania ! » Titre complet : « Starmania » ou la Passion de Johnny Rockfort selon les Évangiles Télévisés. L’évangéliste, celui qui raconte l’action, comme on met des bulles sur une bande dessinée, est un présentateur-star de télévision – nommé Roger-Roger – qui use d’un style incantatoire. Derrière son micro, face à la caméra, il est une sorte de saint Luc ou de saint Mathieu de l’ère audio-visuelle.

Le show se termine par l’ascension de Johnny dans l’incandescence d’un laser. Cette vision fait éclater la salle entière en applaudissements dans lesquels on sent comme une ferveur. Les spectateurs sortent en fredonnant « Les uns contre les autres ».

Sa grande consécration, son couronnement, « Starmania » le connaîtra le 29 juin dans le stade olympique de Montréal, devant quatre-vingt mille spectateurs. Il est juste que ce glorieux aboutissement se fasse au Canada puisque « Starmania » est une œuvre franco-canadienne. Ce rock opéra, ce baroque opéra futuriste, se joue dans la cathédrale audio-visuelle du Palais des Congrès. Il sera demain dans l’immense vaisseau de béton de Montréal, mais tout a commencé dans une isba. Dans une allée tranquille bordée de marronniers, Michel Berger habite avec sa femme France Gall l’une des isbas du pavillon russe de l’Exposition universelle de 1880 qu’un original avait achetée et fait reconstruire près du bois de Boulogne. L’intérieur est meublé dans le style Arts-Déco, autant dire que cet îlot ne possède aucun des signes d’aujourd’hui ; rien ne vient y rappeler l’obsession électronique qui fait l’ambiance de « Starmania ». C’est là, autour du piano blanc de Michel Berger, que se sont esquissés puis ont été créés les personnages qui s’appellent Johnny Rockfort, Zéro Janvier, Ziggy, Sadia, Marabout le Guru, Stella, Spotlight. C’est là qu’ont été imaginés les décors de Naziland, de Monopolis, les cent étages de la tour Dorée. Luc Plamondon, l’auteur, arrivait de Montréal, il sortait quelques feuillets de sa poche, France Gall faisait du thé ou du potage et les fenêtres de l’isba brillaient tard dans la nuit : « Starmania » prenait forme. Parfois, c’était Michel Berger qui faisait un voyage au cœur du grand hiver canadien. Lorsque tout fut écrit et composé, on enregistra un double album. Sa pochette bleu sidéral crucifié de rayons laser se mit à circuler et les radios diffusèrent chaque jour « Quand on arrive en ville » chanté par Daniel Balavoine, « Les uns contre les autres » par Fabienne Thibeault ou « les Adieux d’un sex-symbol » par Diane Dufresne. Un an d’imprégnation et de séduction par l’oreille et le transistor. Voilà pourquoi, chaque soir au Palais des Congrès, les spectateurs applaudissent les premières mesures de certains airs : ils les reconnaissent, ils sont venus pour les retrouver. France Gall fait des prouesses vocales dans le rôle de Cristal, la vedette de télévision qui meurt pour l’amour de Johnny Rockfort. Elle étreint tous les cœurs, lorsque, nimbée de bleu, elle chante la mélancolie de la ville sans âme.

Michel Berger son mari lui a-t-il fait un rôle « sur mesure » ? Elle a tout simplement été la meilleure aux auditions !

Il y a plusieurs vedettes dans « Starmania » mais aucune ne l’est par la grosseur de son nom sur l’affiche. Toutes ces voix, toutes ces présences communient et s’unissent dans un élan collectif. « Starmania » dénonce la violence, la déshumanisation, le totalitarisme : ses interprètes donnent l’exemple en étant une véritable troupe plutôt qu’une addition d’égoïsmes. Les cœurs gagneront toujours contre les circuits intégrés. Quand se casse le rayon du laser, les fenêtres de l’isba palpitent les marronniers paisibles.

Magazine : JOURS DE FRANCE
Par Paul Giannoli
Numéro du 21 au 27 avril 1979
Numéro : 1271

Starmania

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Programme original du spectacle Starmania qui s'est déroulé du 10 avril au 3 mai 1979, au Centre International de Paris (Palais des Congrès).
Programme original du spectacle Starmania qui s'est déroulé du 10 avril au 3 mai 1979, au Centre International de Paris (Palais des Congrès).

Programme original du spectacle Starmania qui s’est déroulé du 10 avril au 3 mai 1979, au Centre International de Paris (Palais des Congrès).

Le programme contient 18 pages et mesure 33 cm de haut x 24 cm de large. Cette édition contient le livret presse du spectacle et un ticket de concert original du dimanche 15 avril 1979.

Le projet initial de Michel Berger était Angelina Dumas, une comédie musicale inspirée de Patty Hearst, fille du magnat de la presse américaine enlevée et tombée amoureuse au point d’épouser la cause de ses geôliers.

Michel Berger en reprendra l’idée pour l’écriture de l’opéra-rock Starmania (1978), pour Cristal, le personnage incarné par France Gall.

Dans la comédie musicale Résiste de 2015, le personnage Angelina Dumas est la meilleure amie de Maggie.

Les répétitions se passent mal : il y trop de différences de natures, et les disputes se multiplient. Mais le spectacle, du 10 avril au 3 mai 1979 au Palais des Congrès, sera un énorme succès.

Les interprètes de Starmania sont : Daniel BalavoineDiane DufresneFrance GallRené JolyFabienne ThibeaultNanette WorkmanEtienne ChicotGrégory KenRoddy JulienneViolette Vial – La mise en scène est de Tom O’Horgan.

Programme original du spectacle Starmania qui s'est déroulé du 10 avril au 3 mai 1979, au Centre International de Paris (Palais des Congrès).

Luc Plamondon

Celle qui vous invite, c’est Cristal, le sourire de Télé-Capitale.

Mais elle sera prise au piège de son propre jeu quand sa Starmania la fera tomber amoureuse d’un chef terroriste Johnny Rockfort, vedette de l’actualité.

Cette histoire d’amour et de mort est un prétexte pour vous présenter toute une galerie de personnages qui symbolisent un peu l’univers dans lequel nous vivons, où l’argent, le sexe et la violence sont au pouvoir.

Je ne prétends pas vouloir changer le monde, il m’amuse beaucoup tel qu’il est, tel qu’il se donne en spectacle. J’aime le Cirque …

Par l’intermédiaire des Mass Media, et surtout de la Télévision, la Starmania est devenue la maladie du siècle. Chacun se bat pour faire briller son étoile. L’univers est un gigantesque Star System où notre petitesse n’a d’égale que notre ambition. A quoi ça sert de vouloir être si beau, de vouloir monter si haut, c’est là toute la question.

La passion de Johnny Rockfort n’est pas une nouvelle Bible cosmique. Ce n’est qu’une bande dessinée à peine futuriste où vous vous reconnaîtrez peut-être.

C’est un opéra baroque où le comique et le tragique se confondent, où le rock, le pop et le classique font un joyeux ménage à trois.

Michel Berger

La rencontre entre la plus grande équipe de Broadway, un prestigieux auteur québécois, des interprètes de tous les horizons, et une musique française, pour une création mondiale à PARIS, c’est la grande expérience que nous tentons avec « STARMANIA ».

Pour échapper à l’univers anonyme de demain, tout le monde rêve d’être une star, et face aux violences du dictateur ou de l’apprenti terroriste pour affirmer leur « Ego », il n’y a que notre besoin d’amour, mais il est immense et c’est lui, bien sûr, qui est aussi le moteur de tous les auteurs et participants de ce spectacle.

France Gall

Être interprète tout en étant soi-même … et avoir du succès ce n’est pas simple. C’est même très difficile. FRANCE GALL réussit ce petit miracle. Ne lui demandez pas sa recette, il n’y a pas de méthode. C’est affaire de personnalité, de rencontres et de patience.

Sa carrière se divise en deux grandes périodes.

Jusqu’en 1974, elle est la « petite fée » de la chanson. Ses tubes ne se comptent plus.

Grand prix de l’Eurovision, elle collectionne les succès au rythme de trois super quarante-cinq tours par an. Elle va de tournées en télés, de reportages en radios; elle appartient aux nouvelles « idoles ».

C’est sa collaboration avec SERGE GAINSBOURG qu’elle retient de meilleur de cette époque.

Puis en 1974 rencontre avec MICHEL BERGER. Tournant de sa carrière. Éclatement de la vraie personnalité. Maturité de son talent. Se succèdent alors “LA DÉCLARATION”, “COMMENT LUI DIRE”, qui est son premier véritable 33 Tours, enfin “MUSIQUE”, l’un des albums vedettes de 77 qui de son premier à son dernier sillon sera diffusé, fêté, primé.

Au Théâtre des Champs-Élysées en Avril 1978, elle connaît pour son retour à la scène un véritable triomphe en tête d’un spectacle uniquement composé d’éléments féminins.

Ayant vécu avec passion l’aventure de la création de “STARMANIA” elle aurait été déçue de ne pas en être.

Elle apporte au personnage de “CRISTAL” son rayonnement, son charme, son éclat en même temps que l’acquit de son talent.

Daniel Balavoine

« Je suis un être exceptionnellement quelconque ».

La profession de foi de DANIEL BALAVOINE est empreinte de la lucidité des rêves. Si son enfance aurait pu effectivement être celle de n’importe quel autre français de sa génération, il s’est vite cramponné au gouvernail de sa destinée pour lui donner un cap bien différent…

Dans la pension où il passe toute son enfance, il se prend de passion pour le français mais pas pour les études et pas du tout pour la routine.

Il connaît son premier public dans une maison de la culture où

Il fait ses armes pendant un an et où son virus musical devient peu à peu incurable …

DANIEL BALAVOINE connaît alors les affres des galas, les problèmes existentiels des groupes qui se font le soir et se défont à l’aube, les insomnies des tournées de province.

La réputation de sa voix étonnante lui permet un jour de monter à Paris. Le clin d’œil du destin n’est pas discret. Sa rencontre avec PATRICK JUVET en est un autre, qui les stimulera tous les deux : le premier, sous la plume du second, entame la nouvelle phase qu’on connaît. Quant à DANIEL BALAVOINE, son talent fleurit et éclabousse, sa musique sort de l’ombre et, de choriste, il devient vraiment l’instrument de son art : LE CHANTEUR.

Œil de velours et crinière d’anarchiste, DANIEL BALAVOINE réussit la difficile synthèse des aspirations multiples d’un enfant du siècle. Il sait s’émerveiller, parler d’amour ou de pianos blancs au milieu des fleurs. Sa musique a alors des accents de rêve dont on recherche les racines au fond de soi, dans une pureté passée.

Avec “STARMANIA” et “LE CHANTEUR” qui est en tête dans tous les Hit-Parades DANIEL BALAVOINE a su devenir en quelques mois l’une des valeurs les plus sûres de la chanson française.

Sa création dans “STARMANIA” confirmant cette rapide ascension doit en faire une des vedettes de l’année.

Diane Dufresne

A 15 ans, elle travaille dans un hôpital pour se payer des cours de chant.

A 18 ans, elle obtient son premier engagement dans un night-club de MONTRÉAL où elle passe en première partie de GUY BÉART.

Elle chante FERRÉ, ARAGON, BREL.

De 1965 à 1967, elle vit à PARIS. Dans les boîtes de la rive gauche, elle chante les auteurs québécois : VIGNEAULT, FERLAND, LÉVEILLÉ. En 1967, elle rentre à MONTREAL avec les chansons de BARBARA et d’ANNE SYLVESTRE. Elle qu’on trouvait trop québécoise à PARIS, on lui reproche maintenant d’être trop française à MONTREAL.

Ce n’est qu’en 1972, après avoir tout fait, des singles, des chansons de films, des revues et du cabaret qu’elle interprète son premier album “TIENS TOE BEN, J’ARRIVE” qui est une véritable bombe au QUÉBEC.

La conjugaison des textes de LUC PLAMONDON et des musiques de FRANÇOIS COUSINEAU avec la voix de DIANE crée une équipe qui ira de succès en succès. Suivront ainsi quatre autres 33 Tours dont L’OPERA CIRQUE un mini-opéra rock qui donnera envie à MICHEL BERGER de travailler avec LUC PLAMONDON.

En Mars 1973, DIANE est sacrée Super Star sur la Scène de la place des Arts à MONTRÉAL, mais en octobre de la même année à PARIS, après le succès de ”J’AI RENCONTRE L’HOMME DE MA VIE” son passage en “Américaine” de JULIEN CLERC est un scandale. Elle est huée par le public français dès la première chanson. A sa sortie de scène, BRUNO COQUA TRIX lui dit : “Ne vous en faites pas, dans cinq ans, vous serez une grande vedette en France”, elle lui répond : “Dans 5 ans, ça ne m’intéresse pas”. Mais en Mars 1978, elle revient sur la Scène de l’Olympia en vedette cette fois-ci. Elle commence spécialement son tour de chant avec la même chanson qu’en 1973 et c’est l’ovation immédiate. Les critiques parisiens écrivent qu’ils n’ont pas vu une semblable bête de scène depuis Judy GARLAND et Edith PIAF.

En Juillet 1978, DIANE a été la vedette au QUÉBEC du show des “Retrouvailles des Français d’Amérique” devant 125.000 personnes. Le Premier Ministre René LEVESQUE lui a offert une réception après le spectacle.

LUC PLAMONDON dit de DIANE qu’elle est l’interprète grâce à qui il a trouvé son style d’auteur. Il était donc normal qu’il lui propose de créer dans “STARMANIA” le rôle de “STELLA SPOTLIGHT” sachant qu’elle lui donnera cette dimension plus grande que nature qu’elle apporte à tous les personnages qu’elle crée.

Fabienne Thibeault

Née à MONTRÉAL, elle commence à chanter pendant ses années de collège dans les boîtes et les cafés du QUEBEC.

En 1975, à la “CHANTAOUT” (les « États généraux de la chanson québécoise »), elle est remarquée par les critiques et les producteurs se l’arrachent.

Son premier 33 tours paraît quelques mois plus tard au QUÉBEC et en FRANCE.

En 1976, elle chante à PARIS au Théâtre Campagne Première et enregistre un deuxième 33 Tours : “LA VIE D’ASTHEURE”. En 1977, son troisième album est consacré à GILLES VIGNEAULT qui lui offre plusieurs chansons inédites.

C’est “STARMANIA” qui en 1978 fait d’elle une vedette au QUEBEC et qui la fait connaître en France avec “Les Uns contre les Autres” et “Le Monde est Stone”. Son récital au Théâtre Outremont de MONTRÉAL rencontre un véritable triomphe.

En Janvier 1979 au MIDEM de CANNES, elle est sacrée la révélation de l’année en France.

Nanette Workman

Née à BROOKLYN, NEW-YORK, de parents musiciens, elle est dès l’âge de 6 ans première violoniste dans le Jackson Junior Symphony … Ses qualités musicales exceptionnelles, son tempérament artistique en font vite une vedette-enfant.

Puis, à 16 ans, ravissante danseuse, chanteuse, comédienne, elle est l’animatrice à la télévision américaine des fameuses émissions “Jr. Time” et ”Teen Tempos”. Elle est ensuite l’une des principales interprètes de “How to succeed in Business” présenté à Broadway. Elle poursuit sa carrière à MONTRÉAL et LONDRES où elle chante dans les grands cabarets et clubs et enregistre son premier 45 Tours en anglais.

Elle participe bientôt aux enregistrements et spectacles des plus grands noms : “LES STONES”, “G. HARRISSON”, “J. LENNON”, “JOE COCKER”, “MADELINE BELLE”, “ELTON JOHN”, “B. PRESTON”, etc. Elle est aussi l’année suivante la partenaire de vedettes telles que “PETER COOK”, “DUDDLEY MOORE”, “CLIFF RICHARDS” et prête son concours à de nombreuses émissions de télévision en ALLEMAGNE.

En 1973/1974, elle quitte l’Angleterre pour la France où elle commence à travailler avec JOHNNY HALLYDAY. Elle enregistre un 45 Tours en français et effectue aux côtés de notre grande vedette une importante tournée en FRANCE, ITALIE, ESPAGNE, AFRIQUE et TAHITI.

En 1975, NANETTE s’installe définitivement à MONTRÉAL. Elle y enregistre son premier album en français qui fait d’elle la première chanteuse disco du QUEBEC où son succès est considérable. PARIS découvrira dans “STARMANIA” sa nature étonnante et son talent exceptionnel qui nous révèleront une vedette particulièrement attachante.

Tom O’Horgan

A 10 ans, enfant de chœur, il était soprano dans les Oratorios et les Cantates. Plus tard, ses gains de Choriste d’Opéra lui permettent de financer ses études théâtrales et musicales. Il fonde à la fin des années 1950 un groupe de “Théâtre Improvisé”.

En 1963, il est acteur, technicien et metteur en scène au Théâtre “La Marna”, la célèbre troupe d’avant-garde New-yorkaise qui fera plusieurs tournées en Europe.

C’est en 1968 qu’il monte “HAIR” à New-York, Londres, Chicago, San-Francisco et Los Angeles. Les portes de Broadway lui sont désormais ouvertes. Il y réalisera plusieurs autres spectacles restés fameux dans les annales américaines en 1969 : “LENNY”; d’après les mémoires de Lenny BRUCE, en 1971: “JÉSUS-CHRIST SUPERSTAR”; le premier Opéra-Rock, en 1972 : “SERGEANT PEPPER’S BAND ON THE ROAD” des BEATLES, ainsi que de nombreux grands spectacles musicaux.

Grand amateur d’Opéra, il a mis en Scène à l’Opéra de VIENNE “LES TROYENS” de BERLIOZ et montera l’an prochain en ALLEMAGNE le nouvel Opéra de Penderecki.

Avec une nouvelle troupe New-yorkaise qu’il a fondée, il vient de monter trois pièces qui partiront cette année en tournée mondiale :

“L’ARCHITECTE ET L’EMPEREUR D’ASSYRIE” d’Arrabal ; “L’IRRÉSISTIBLE ASCENSION D’ARTURO UI” de Brecht ; et “LA TEMPÊTE” de Shakespeare.

Il croit en “STARMANIA” et il souhaite le présenter à NEW-YORK. “J’ai la chance de faire ce qui me plaît. J’aime réaliser des choses nouvelles avec des gens nouveaux”.

Francis Morane

Tour à tour assistant de Jean Renoir, Marcel Carné, Christian Jacques, Raymond Rouleau, Henri Decoin, il réalise de courts métrages pour le Cinéma, dont “VERA” d’après Villiers de l’Isle Adam, adapté par Guy Breton, et plusieurs séries TV dont une de 13 heures : “DE TARASS BOULBA A GAGARINE” et deux émissions pour la télévision américaine avec Bob Hope.

En même temps, il signe des mises en scène en province, plusieurs pièces de Thomas Corneille au Festival de Barantin, la ”Tragédie de la Vengeance” de Cyril Tourneur à Paris, “La Dévotion à la Croix” de Calderon dans l’adaptation de Camus au Festival de Corse, “Le Million” avec Franck Fernandel pour le théâtre et la TV, “La moitié du plaisir” pour “Au Théâtre ce soir”.

Il monte “Jeanne au Bûcher” de Claudel et Honegger pour la périphérie parisienne et pour le TRP des spectacles de cabaret théâtre.

Passionné et amoureux de toute forme nouvelle de spectacle, il décide en 1975 d’adapter l’opéra rock “La Révolution Française” dans un décor fait essentiellement d’embrasements, d’effets pyrotechniques et de feux d’artifice.

Encouragé par cette nouvelle forme de spectacle très populaire, il crée en Juin 76 le premier opéra rock pyrotechnique “Moïse”.

Il mettra en scène l’adaptation scénique de “Moïse” en 1980 à Paris. Il met en scène la comédie musicale “MAYFLOWER” qui fut jouée pendant un an au Théâtre de la Porte St-Martin avec le succès que l’on connaît. Il dirige également le spectacle de France Gall au Théâtre des Champs-Élysées.

Réalisateur du CARNAVAL DES CARNAVALS et du fameux GALA DES GRANDES ÉCOLES, il se prépare à monter plusieurs ouvrages à Vienne, au Japon et en Italie.

Nul n’était plus désigné que lui pour apporter sa collaboration artistique à la création de STARMANIA.

Michel Bernholc

MICHEL BERNHOLC est né le 10 Juillet 1941 à Paris.

Il commence ses études musicales à l’âge de quatre ans : solfège, piano. A 11 ans il entre au Conservatoire National Supérieur de Paris. Il y restera douze années, au cours desquelles il obtiendra cinq Premiers Prix.

Après quoi il participe à différents concours internationaux : Première Médaille à Barcelone, Prix spécial à Munich et à Genève.

A partir de 1967, il compose ses premières chansons et découvre l’univers des studios d’enregistrement. C’est là qu’il rencontre Michel Berger avec lequel naîtra une longue collaboration.

A partir de 1970, il réalise plusieurs disques instrumentaux et compose également la musique de plusieurs films importants : “La Grande Java”, “d’Amour et d’Eau Fraîche”, “Touche pas à mon copain”, “Les Bronzés”.

Parallèlement, il écrit des arrangements pour de nombreuses vedettes, notamment Gilbert Bécaud, Michel Sardou, Véronique Sanson, Julien Clerc, Marie Laforêt, Patrick Juvet, France Gall, Gérard Lenorman, Marie-Paule Belle.

Il est incontestablement l’un des chefs de file de la jeune génération. Sa formation classique et moderne lui permet d’aborder avec sérénité la complexité de la direction musicale d’un spectacle musical tel que STARMANIA.

René Joly

Natif du Nord et appartenant à une famille de cheminots, ses premières années le marquent profondément.

A 9 ans, sa mère hospitalisée doit le mettre en pension. Il en est très malheureux et ne peut comprendre pourquoi soudain il est privé d’affection. Il souffre et gardera une empreinte durable de cette période de sa vie.

Attiré par la musique, il devient compositeur puis musicien. Entre 12 et 18 ans, il tiendra la batterie d’un groupe “Les Dauphins”, puis d’un autre “Les Castors”. Parallèlement, il fait les Beaux-Arts de Calais et obtient un diplôme de décorateur.

L’année suivante, il tente la grande aventure de Paris. Toujours avec sa batterie, il fera « le bœuf » au Bilboquet, et formera un nouveau groupe “Les Masters”. Bientôt, il cherche d’autres formes de création. Il apprend seul la guitare puis le piano, fait des chansons pour les autres et découvre qu’il peut chanter.

Sa rencontre avec Gérard Manset est déterminante. Ils ont la même philosophie de la réussite : 10 % de chance, 90 % de travail. Ensemble ils feront un grand succès “Chimène” chez Pathé-Marconi, puis “Pauvre Martin”, enfin un 30 cm. Ensuite, chacun ira sa route, mais René JOLY a conscience que la chanson est désormais sa raison d’exister, qu’il aime vraiment l’union magique de la musique et des mots, mais aussi que pour lui tout reste à faire. Bientôt, avec Etienne RODA GIL, il découvre une nouvelle façon de voir l’avenir. Son album “L’enfant qui de temps en temps ne voulait plus être un enfant” sort chez W.E.A. C’est un 33 tours fait de rêve et de magie.

Artiste sensible au talent sûr, il est de ceux dont on parle, et il avait sa place dans l’équipe de tête de STARMANIA.

Etienne Chicot

Après toute son enfance et son adolescence en Afrique, ETIENNE CHICOT revient à PARIS sans aucune intention d’être comédien ou chanteur.

Il participe au spectacle “GOMINA” et fait sa première vraie prestation de comédien dans “LE PLEIN DE SUPER”, film d’Alain Cavalier.

Il enregistre son premier 30 cm dont il a composé toute les chansons et il est bien décidé à surmonter les cloisonnements établis entre comédien et chanteur.

Le spectacle musical lui semble être le meilleur moyen pour y parvenir.

Roddy

Né le 14 novembre 1950 à Fort-de-France en Martinique, il vit l’existence normale des enfants de la grande île.

Attiré très jeune par la musique, il fut pendant sept ans le chanteur guitariste du groupe “AFTER LIFE”. Il participa aux comédies musicales “MAYFLOWER” et “MOISE”.

Il fait bientôt partie du “BIG BAZAR” comme chanteur-danseur.

Il est le chanteur soliste du groupe BACK IN TIME qui a publié un 45 tours et un album chez CARRERE en FRANCE ainsi qu’un 33 tours diffusé aux U.S.A. par ATLANTIC.

Sa personnalité, sa voix, son talent lui ont valu d’être choisi parmi bien d’autres pour tenir le rôle du “GRAND GOUROU” dans STARMANIA.

Gregory Ken

GREGORY est né à Paris, il a 28 ans. Passionné par la Comédie Musicale américaine, il se réalise en participant à la création de “HAIR” en France en 1969, où déjà il se familiarise avec l’esprit des mises en scène de TOM O’HORGAN.

Puis en 1972 il crée le rôle de “Judas” dans GODSPELL et celui de “Spencer” dans MAYFLOWER en 1975. GREGORY KEN y fait la rencontre de FRANÇIS MORANE qui l’engage aussitôt pour le rôle de “Moïse”, Opéra Rock créé en avant-première en 1977 et dont le disque sortira prochainement en attendant que ce spectacle soit de nouveau présenté au public.

GREGORY KEN, chanteur, comédien, danseur, saltimbanque participe à la nouvelle “COMPAGNIE DE MICHEL FUGAIN” qui fait confiance à son expérience pour l’aider à monter un immense spectacle de rue au Havre, “UN JOUR D’ETE DANS UN HAVRE DE PAIX”, dont les 800 artistes étaient les habitants de la ville.

Cette passion pour la Comédie Musicale, le mène tout naturellement à la rencontre des auteurs de STARMANIA où il retrouve TOM O’HORGAN et FRANCIS MORANE qui lui confient le rôle de “Ziggy” partenaire de FABIENNE THIBEAULT.

Parallèlement à ses expériences collectives, GREGORY KEN se décide à travailler pour lui-même et compose un 45 tours “13 ANS ET DEMI” qui sortira en Avril 1979 en prélude à un prochain album.

Photographies du programme : Claude Gassian – Dominique Issermann – J.-Y. Moisdon – Gérard Neuvecelle – Claude Delorme – Sipa Peccoux – Reporters Associés – X. – Réalisation M.C S. Paris – Maquette Bernard BESSE

Programme


Livret presse

France Gall en 1979

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France Gall en 1979, accès à la galerie photos – francegallcollection.fr
Accès à la galerie photos consacrée à France Gall en 1979 – francegallcollection.fr

1979, c’est l’année Starmania pour France Gall. En janvier, pour lancer le projet sur les ondes, sort le 45 tours (et maxi) Besoin d’amour / Monopolis (dans les villes de l’an 2000) chez Atlantic (réf. 11 263). 

Au printemps, France Gall monte sur scène au Palais des congrès de Paris et incarne Cristal pendant trois semaines en avril sous la direction de Michel Bernholc. France Gall y défend notamment Monopolis — une chanson qu’elle dit particulièrement exigeante — et Quand on n’a plus rien à perdre ; pour la captation du spectacle, on la retrouve aussi dans La Chanson de Cristal, Interview de Johnny Rockfort, etc. Les souterrains de Monopolis, la quête d’amour et l’énergie du groupe prennent alors toute leur ampleur.

En décembre 1979, l’aventure est gravée sur disque : parution d’un double LP (Warner Bros 66 086) et d’un coffret 4 vinyles issus des représentations parisiennes. 1979 fixe ainsi, en studio comme sur scène, l’épopée Starmania portée par France Gall.

Droits d’utilisation des photographies // Les photographies diffusées sur cette page sont présentées dans un objectif exclusivement informatif, culturel et documentaire. Elles visent à rendre hommage à l’œuvre et au parcours de France Gall, sans aucune vocation commerciale. France Gall Collection ne détient aucun droit de propriété sur ces visuels. Tous les droits (droits d’auteur, droits à l’image, etc.) sont la propriété de leurs ayants droit respectifs, notamment les photographes, agences ou maisons de production concernées. Conformément à l’article L122-5 du Code de la propriété intellectuelle, ces images sont mises en ligne dans le cadre du droit de citation, du droit à l’information et de la diffusion à but non lucratif. Il est strictement interdit de reproduire, copier, diffuser ou republier ces photographies sans mention de leur origine, sans lien vers la source ou sans indication des auteurs. Toute réutilisation à des fins personnelles, éditoriales ou commerciales sans autorisation explicite des ayants droit peut constituer une atteinte au droit d’auteur ou au droit à l’image, et engager la responsabilité civile ou pénale de l’utilisateur concerné. Toute personne ou entité estimant qu’un contenu porte atteinte à ses droits peut adresser une demande de retrait motivée à l’adresse suivante : contact@francegallcollection.fr. L’équipe s’engage à retirer dans les meilleurs délais tout contenu faisant l’objet d’un signalement fondé.

Textes librement inspirés du livre : France Gall l’intégrale / L’histoire de tous ses disques par Norman Barreau-Gély aux Editions EPA avec les pochettes de France Gall Collection

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Le premier opéra rock francophone avec les meilleurs artistes de la nouvelle chanson Française et Québécoise enregistré à Paris Londres Montréal et New-York.
Le premier opéra rock francophone avec les meilleurs artistes de la nouvelle chanson Française et Québécoise enregistré à Paris Londres Montréal et New-York.

Starmania, le premier opéra rock francophone avec les meilleurs artistes de la nouvelle chanson Française et Québécoise enregistré à Paris Londres Montréal et New-York.

Avec le concours des plus fantastiques musiciens Américains anglais et français.

Magazine : Rock Hebdo
Date : 6 septembre 1978
Numéro : 24

France Gall a tourné la page

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En apparence, elle n'a pas changé. Avec sa jolie tête de petite fille, sa voix juvénile, très douce et haut perchée, avec son sourire éclatant de fraîcheur et ses cheveux dorés, France Gall incarne toujours l'image même d'une « petite sirène ».
En apparence, elle n'a pas changé. Avec sa jolie tête de petite fille, sa voix juvénile, très douce et haut perchée, avec son sourire éclatant de fraîcheur et ses cheveux dorés, France Gall incarne toujours l'image même d'une « petite sirène ».

En apparence, elle n’a pas changé. Avec sa jolie tête de petite fille, sa voix juvénile, très douce et haut perchée, avec son sourire éclatant de fraîcheur et ses cheveux dorés, France Gall incarne toujours l’image même d’une « petite sirène ».

Pourtant, qui oserait affirmer que cette « éternelle gamine » a trente ans et qu’elle s’apprête à fêter cette année ses quinze ans de carrière ? Pour France, cet anniversaire a une signification un peu particulière, elle veut démontrer que la France Gall 1978 n’a plus rien de commun avec l’adolescente de “Sacré Charlemagne”.

C’est sur l’île de Noirmoutier, longue de 19 km et large de 7, paradis des pêcheurs et des touristes, que naît le 9 octobre 1947, Isabelle, fille cadette de Mr et Mme Robert Gall.

« Il faut bien le reconnaître, avoue France, je n’ai pas été l’enfant la plus sage, ni la plus obéissante, ni la plus travailleuse, ni la plus affectueuse, non ! »

Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, tout le monde m’a toujours appelé « Babou », diminutif curieusement dérivé de mon vrai prénom : Isabelle. Quand on dit Isabelle, on pense immédiatement Moyen Age, châteaux forts, croisades, troubadours, tournois, et longs séjours silencieux au haut d’un donjon, attendant le prince charmant. Tandis que « Babou », ça ne chante pas à l’imagination, ça hurle aux oreilles. « Un Babou », c’est un pitre, un diable, une sorte de petit animal vociférant, agité et braillard, qui ne tient pas en place et veut bouleverser la terre entière par ses exigences. »

Lorsque l’on naît dans la musique de variétés, que l’on a un papa qui a écrit les plus belles chansons d’Edith Piaf et qui détient le record des droits d’auteur avec « La Mamma », chanson composée en collaboration avec Charles Aznavour (5 millions de disques vendus à travers le monde), lorsque l’on a un frère aîné, Patrice, mannequin, mais doué pour l’écriture et le chant, que voulez-vous faire, sinon entreprendre une carrière artistique ?

« Cela s’est passé le plus bêtement du monde, un soir que je grattais les cordes de ma guitare, mon père qui connaît bien les gens du métier, me conseilla de jouer et de chanter plus souvent. Il me conduisit chez un ami, professeur de chant afin de « tester » ma voix. Ma mère était scandalisée. Sa fille chanteuse, courant les cachets et les cabarets, quelle horreur ! J’ai tenu bon, mon père aussi. Et mon premier disque est sorti en 1963 avec un titre qui eut tout de suite du succès : « Ne sois pas si bête ». C’était il y a quinze ans déjà.

« Dans toute la France, on n’entendait plus que ça, un air nouveau qui nous vient de là-bas ! ». Les guitares électriques encore mal accordées des « Chats sauvages » et des « Chaussettes noires » couvraient le son des violons ou de l’accordéon, les écoliers n’hésitaient pas à « sécher » les cours pour se rendre au Golf Drouot pour écouter l’émission « Salut les copains » sur Europe 1.

En grandissant, les enfants de l’après-guerre vont s’inventer une musique, une mode, un vocabulaire. Les professionnels du show business ne restent pas insensibles face à cette masse de jeunes qui constituent un nouveau potentiel économique non encore utilisé.

C’est le temps des « yéyés », l’ère des idoles et des copains bat son plein ! Johnny Hallyday, Claude François, Richard Anthony et Danyel Gérard font la « une » de la presse des jeunes nouvellement créée. Du côté des chanteuses, ça bouge également. Les valeurs sûres comme Dalida sont contestées et détrônées par de nouvelles venues qui ont toutes un point commun : leur jeune âge ! Françoise Hardy (19), Sylvie Vartan (17), Sheila et France Gall (16).

Le succès du premier 45 tours de France Gall est encourageant, il lui faut à présent trouver une chanson « aussi forte », qui lui permette d’atteindre les sommets des hitparades et de faire son entrée dans le peloton de tête des vedettes « yéyé». Cette chanson, c’est Mr Robert Gall en personne qui la lui écrira et en l’espace de quelques semaines

« Sacré Charlemagne » deviendra une nouvelle « Marseillaise » des cancres que des millions de jeunes Français reprendront en chœur. L’année suivante, la rencontre avec Serge Gainsbourg va s’avérer déterminante pour la suite de la carrière de France Gall. Né à la chanson bien avant le raz de marée du « yéyé », Gainsbourg se convertit dans la « variété jeune ». « J’ai retourné ma veste, le jour où j’ai compris que celle des « yéyés » était doublée d’hermine », avoue-t-il à l’époque.

« J’avais dix-sept ans et le personnage de Gainsbourg me terrifiait ! raconte France. Serge affectait déjà les cols ouverts, le menton pas rasé et la fumée de cigarette dans les yeux. A chaque fois qu’il me proposait de nouvelles chansons, il m’invitait au restaurant, j’étais complètement paniquée. Lorsqu’il m’adressait la parole, je ne parvenais que difficilement à lui répondre ! »

Pourtant c’est ce même Gainsbourg qui à Rome, en 1965, lui permettra de remporter le 10e Grand Prix Eurovision de la Chanson, avec « Poupée de cire, poupée de son ».

« Je ne m’attendais pas du tout à cette victoire, déclarait France à l’époque. Pendant les votes, mon attachée de presse et moi-même étions parties nous désaltérer dans un bar derrière le théâtre où se déroulait le concours. Après quelques minutes, mon attachée de presse m’a dit qu’il serait temps de regagner les coulisses, les votes doivent se terminer. Lorsque j’ai réintégré ma loge, j’ai été assaillie par une meute de journalistes et de photographes, je venais de remporter l ‘Eurovision. »

« Gagner l’Eurovision, pour une jeune chanteuse, c’est très important. Du jour au lendemain, l’Europe entière connaît votre visage, votre voix et fredonne votre chanson. On voyage énormément et on fait beaucoup de bêtises ! »

De 1965 à 1972, France interprète avec un talent certain, et plus ou moins de succès, les chansons qu’on lui propose : « N’écoute pas les idoles », « Les sucettes », « Bébé Requin », « La guerre des chansons » et puis … le silence.

Les auteurs conditionnés par son physique de « femme-enfant » et par sa voix ne parviennent pas à lui donner une nouvelle dimension. Les comptines puériles et les chansonnettes ingénues qui avaient fait son succès finissent par devenir sa propre prison. Elle qui a dix-huit ans avait connu la popularité qu’un Claude François n’atteindra qu’à trente, les tournées frénétiques à travers toute la France, les tubes que l’on s’arrache par centaines de milliers d’exemplaires, est passée de mode.

France, mal dans sa peau et dans sa voix, comprend que le moment est venu de tourner la page, de faire le point. Mais le problème quand on veut chanter autre chose que des mélodies stéréotypées, c’est de trouver des chansons suffisamment riches et fortes pour concerner tout le monde. Elle se tourne vers le tandem Julien Clerc-Etienne Roda-Gil qui lui écrivent deux chansons sur mesure. Mais le changement de style est trop brutal et le public reste insensible à la nouvelle France Gall.

« Dans le temps, je faisais n’importe quoi. Ce qu’on me proposait, en fait. A chaque disque, on me donnait un nouveau directeur artistique. On ne me demandait pratiquement pas mon avis. Il faut avouer que je ne savais pas du tout ce que j’avais envie de faire. La seule chanson que j’ai choisie, c’était « Poupée de cire, poupée de son », et encore, je n’avais pas fait attention aux paroles. » Après ma période « petite vedette », je me suis retirée à la campagne. Je vivais avec mes animaux, portais de grandes robes romantiques et j’habitais une cage dorée où je pouvais me livrer à mon passe-temps favori : la décoration. De temps en temps, je rentrais à Paris, pour participer à quelques émissions de radio et de télévision, ensuite je retournais à ma bassecour. »

Pendant ces deux années de réflexion, France Gall partage son temps entre sa ferme en Bourgogne, l’appartement de ses parents, avenue Victor Hugo, son duplex de Saint-Cloud et la maison familiale de Noirmoutier, qui donne sur un ravissant port de pêche, doublé d’un mini-port de plaisance, où le père de France possède un voilier de dix mètres de long. Elle adore passer les mois d’été à Noirmoutier, car c’est pour elle l’occasion de retrouver à cette époque de l’année sa famille ordinairement dispersée aux quatre coins de la France. Lorsqu’elle est chez elle, France adore mijoter des petits plats, les tartes aux poireaux et la pissaladière sont ses deux spécialités. Elle aime la cuisine comme elle aime s’occuper de sa maison avec amour, totalement et sans retenue. Qu’elle chante, qu’elle cuisine, ou qu’elle décore, France Gall se donne entièrement à ce qu’elle fait, un trait de caractère qui révèle une manière de vivre.

C’est dans les couloirs d’Europe 1, fin 1973, que France va rencontrer la seconde personne qui va influencer favorablement sa carrière. Ce soir-là, elle participe à l’émission « Cinq, Six, Sept » animée par Jacques Ourévitch. A la fin de l’émission, un garçon l’aborde et lui déclare : « Ce que je vous ai entendu raconter à la radio était stupide, je tenais à vous le dire ! »

Ce garçon, c’était Michel Berger, un musicien de talent, à l’inspiration fertile et très caractéristique. Dès l’âge de cinq ans, cet amoureux de Chopin et des Beatles, rêvait d’être chef d’orchestre.

Ne se juchait-il pas sur un tabouret devant une glace pour diriger « La Petite Musique de nuit », de Mozart – sans jamais penser qu’un jour il pourrait faire de la musique sa principale démarche. A dix-sept ans, il découvre Ray Charles et c’est pour lui la confirmation que la musique dite de « variétés » peut être autre chose qu’une soupe rapidement préparée pour la grande consommation.

« J’étais à la fois vexée et heureuse de rencontrer quelqu’un qui semblait s’intéresser à moi. J’ai tenu à prolonger cette conversation. Et Michel ne m’a pas ménagée. Il m’a déclaré que je ne chantais que des chansons futiles et d’autres gentillesses du même genre. Je lui ai demandé s’il voulait m’écrire des chansons. Il a refusé. A son avis, j’avais un passé trop lourd.

Mais France insiste et Michel Berger finit par accepter. Après avoir entièrement modelé Véronique Sanson et l’avoir fait découvrir au public français, après avoir remis sur les rails Françoise Hardy, France allait devenir sa grande passion … musicale. Elle commence par donner la réplique à Michel dans « Mon fils rira du rock’n’roll ». France découvre que le style « Berger » colle à sa nouvelle personnalité et surtout colle à sa voix, Berger s’enthousiasme devant les merveilleuses possibilités vocales insoupçonnées de France Gall. Il se met au travail. Résultat : deux merveilleuses chansons, « La déclaration » et « Si je pouvais parler ». Aucun professionnel ne croit au « retour » de France Gall et n’accepte de produire le disque. Pour enregistrer les compositions de Michel Berger, France devra investir ses propres deniers.

« Ce disque, c’était le mien, totalement. Je me suis donc intéressée aux textes, aux mélodies, aux arrangements, aux mixages. Tout en faisant confiance à Michel bien entendu. Car lui, il ne se trompe jamais. C’est incroyable, mais c’est vrai. Bref, j’ai fait mon premier disque heureux. »

Et le succès de ce premier disque qui ne doit rien aux anciens critères du personnage « France Gall » est immédiat. France lance alors un défi : elle veut que le public se mette à l’aimer pour ses chansons et pas seulement pour son joli minois aux cheveux blonds.

Car France au fond d’elle-même est toujours très marquée par son image « Sacré Charlemagne ». Alors elle fait attention à tout ce qu’elle dit, à tout ce qu’elle fait. Elle se surveille comme on pourrait surveiller un enfant turbulent. En réalité, elle n’est vraiment plus la petite fille qui chantait « Sacré Charlemagne », elle le sait mais elle craint continuellement que les autres ne s’en soient pas encore rendu compte.

« Oui, j’ai changé. J’ai trente ans et je suis enfin devenue une femme. J’ai vécu des épreuves, des expériences. Cela m’a mûrie. J’ai appris la valeur des choses et des gens. Je ne m’agite plus comme une gamine. Je prends mon temps. Professionnellement, je refuse de faire n’importe quoi, comme par le passé. Finis les reportages de mode et les émissions de télé débiles. J’ai appris à dire non. Cela m’a attiré certaines inimitiés, qui ne m’ennuient pas du tout. En contrepartie, je ne fais que ce qui me plaît.

« Orgueilleuse ? Non, mais lorsque pendant des années, on vous a mis dans la tête qu’il fallait apprendre à parler, à jouer « la vedette », et puis qu’un jour vous comprenez que tout cela n’est pas très important, il faut se braquer, s’imposer et lutter contre la facilité que l’on vous propose à chaque instant. »

En 1975, forte du succès de « La déclaration », France se rend à Londres afin d’y enregistrer un album entièrement écrit par Michel Berger, et réalisé au Morgan Studio, un des plus prestigieux studios d’enregistrement anglais, un endroit où à chaque instant, on peut rencontrer les plus grandes popstars anglaises ou américaines comme Rod Stewart, Paul McCartney ou Cat Stevens. « Comment lui dire » et « Samba Mambo » seront les titres vedette de cet album.

Et puis, l’idylle musicale qui unissait France à Michel Berger fait place à une idylle plus romanesque et plus sentimentale, et le 15 juillet 1976, ils décident de se marier à l’insu de tous. Les journalistes et les amis du couple apprendront la nouvelle le lendemain en recevant un petit carton avec cette phrase toute simple : Isabelle Gall et Michel Hamburger ont le plaisir de vous annoncer qu’ils se sont mariés ce 15 juillet 1976. Et l’on a presque envie d’ajouter, de cette union naquit … un second album « Dancing Disco » qui allait consacrer définitivement la métamorphose de France Gall.

Mais France n’a pas voulu s’arrêter en si bon chemin. Six ans après son dernier tour de chant, elle a voulu remonter sur scène, à Paris, où elle savait que« Le Tout Paris » l’attendait au tournant et ne lui ferait pas de cadeau. Pendant quatre mois, elle a conçu et répété un véritable show qu’elle a intitulé « Made in France » et qu’elle a présenté au théâtre des Champs-Élysées du 14 au 22 avril dernier. Accompagnée par un orchestre exclusivement féminin, composé de onze musiciennes recrutées aux quatre coins du monde, France chante et danse sur les compositions de Michel Berger. La chorégraphie est signée Amadéo, Amadéo à qui l’on doit également deux autres réussites françaises « La révolution française » et « Mayflower », la comédie musicale d’Éric Charden.

Dans « Made in France », les barrières entre la salle et la vedette n’existent pas. Au fil des chansons, France se fait à la fois chatte et tigresse, princesse ou coquine. Vêtue simplement d’un pantalon rouge, d’un chemisier blanc et d’un gilet, elle évolue avec aisance, tantôt emboite un pas de danse, tantôt sourit et adresse un coup d ‘œil complice à un public ravi et conquis par ce « petit bébé requin » aux dents nacrées.

Ce spectacle, il est probable que France le présente à Bruxelles dans le courant du mois de septembre. Pendant quinze ans, on nous a présenté quelqu’un qui n’était pas vraiment France Gall; aujourd’hui, · elle n’aura plus jamais besoin de faire semblant. Il lui suffit de chanter ce qu’elle aime. Son dernier 45 tours

« Viens, je t’emmène » et son spectacle sont la preuve la plus éclatante qu’elle pouvait donner à ceux qui n’avaient pas encore compris que la « nouvelle France » n’a plus rien à voir avec « la poupée de cire » d’il y a quinze ans, qui chantait « Les sucettes » en rêvant de l’ « Amérique » !

Magazine : Le Soir Illustré
Par René Michiels
Date : 8 juin 1978
Numéro : 2398

France Gall, la plus féministe de nos chanteuses

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Du 14 au 20 avril, théâtre des Champs-Élysées Made in France Pour les Parisiens, c'est avec un grand étonnement qu'ils ont appris le retour sur scène de France Gall.
Du 14 au 20 avril, théâtre des Champs-Élysées Made in France Pour les Parisiens, c'est avec un grand étonnement qu'ils ont appris le retour sur scène de France Gall.

Du 14 au 20 avril, théâtre des Champs-Élysées Made in France

Pour les Parisiens, c’est avec un grand étonnement qu’ils ont appris le retour sur scène de France Gall.

En effet, cela fait un bail que l’on n’avait pas vu la petite silhouette blonde de l’interprète de « Poupée de cire, poupée de son ».

C’est afin de prouver aux nombreux acheteurs de ses disques que ses possibilités allaient au-delà du play-back télévisé que France Gall, très solidement épaulée par son compositeur de mari, Michel Berger a monté au théâtre des Champs-Élysées « Made in France », un spectacle essentiellement féminin.

Le rideau se lève sur un orchestre composé de onze musiciennes venues des Etats-Unis, d’Angleterre, d’Australie et de France, ainsi que trois choristes, le tout disposé dans un beau coffret en lamé argent. France entre en scène vêtue d’un pantalon rouge, chemisier blanc, orné d’un nœud papillon rouge.

Elle est très agréablement accueillie. Ces demoiselles de l’orchestre s’en donnent à cœur joie sur l’introduction de « Musique », notamment la guitariste qui a tendance à couvrir ses petites copines. France, tout au long de son show interprète uniquement ses nouvelles chansons.

Elle s’en sort bien, esquissant par moment quelques pas de danse, entourée de trois danseuses, le tout réglé par Amadéo. Puis elle nous présente les deux seuls éléments mâles du spectacle, fort mal accueillis notamment par les spectatrices.

Il faut dire que « Les Étoiles », puisque c’est leur nom n’ont rien de très masculin. La soirée continue sur une musique de Bach, très joliment interprétée par les cordes, en hommage à la femme de ce grand compositeur. France n’a pas l’air mal à l’aise sur scène après ses nombreuses années d’absence. Un bon spectacle d’un peu plus d’une heure et demie. Souhaitons-lui bonne chance.

Magazine : Salut !
Par Daniel Moyne
Date : 25 avril 1978
Numéro : 51