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Le grand cirque de France Gall

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France Gall : C’est le nomadisme rigoureux des gens du voyage, avec une obéissance absolue à l'impératif horaire.
France Gall : C’est le nomadisme rigoureux des gens du voyage, avec une obéissance absolue à l'impératif horaire.

C’est le nomadisme rigoureux des gens du voyage, avec une obéissance absolue à l’impératif horaire.

Huit gros camions transportent le cirque d’un bout à l’autre de la France, vingt-cinq employés le montent et le démontent.

Si on leur dit que ce cirque abrite un public évalué à deux fois celui de l’Olympia, les Parisiens se feront une juste idée de ses dimensions. Sous son chapiteau, en effet, 4 000 personnes peuvent tenir, les gradins circulaires comportant 2500 places assises, 1500 autres spectateurs – quelquefois 2 000 ou davantage, des jeunes le – plus souvent- se tenant debout.

D’ailleurs, ce cirque – qu’on prendrait volontiers d’assaut, si une organisation minutieuse ne s’opposait au moindre désordre – est le cirque de la jeunesse : car il est le cirque de France Gall.

La nouvelle idole de l’adolescence française ne l’utilise pas dans chaque ville qui jalonne l’itinéraire de son tour de France d’été, mais il accompagne France Gall fidèlement, d’étape en étape : en prévision du mauvais temps. France et lui sont inséparables. Ce cirque – qui porte son nom : au-dessus de l’entrée, on lit France Gall, comme on lirait Bouglione ou Pinder, est davantage qu’un jouet : un ami précieux, un allié indispensable, qui- en dépit des orages ou des humeurs de la météo – lui permet de réussir tous ses galas.

De la cité des ducs de Savoie aux mines du Nord.

Le 12 août, France et son cirque étalent à Chambéry, la cité des ducs de Savoie. Le 14, ils frôlaient la cité de Carcassonne : pour se rendre à Quillan, dans l’Aude. Le 16, nous les retrouvions à Gardanne, en Provence ; le lendemain, à Sanary-sur-Mer. Aujourd’hui, c’est la Bretagne qui les accueille ; demain, ce sera le pays minier du Nord, puis la Guyenne.

On s’étonnera que France Gall, parmi trente-cinq idoles toutes catégories qui « tournent » à travers nos provinces, soit la seule à posséder ses tréteaux personnels. On s’étonnera aussi, et surtout, de l’organisation scientifique – véritable petit chef-d’œuvre de méthode, inspiré des exemples américains – dont bénéficie la tournée France Gall, une tournée qui concerne non seulement la benjamine mais la dernière-née de nos idoles de série A. Pourquoi ces tréteaux de France ?

Comme s’il s’agissait d’un chef d’État.

A cette première question, voici la réponse : la météo, cet été, faisant des siennes et les assurances contre les intempéries atteignant des taux très élevés (environ 30% de la recette), une vedette populaire capable d’attirer chaque soir les gens par milliers, a tout intérêt à produire un spectacle couvert, à mettre de son côté toutes les chances de succès possibles ; le prix de revient quotidien du cirque étant, en définitive, inférieur au coût de l’assurance.

C’est simple, mais il fallait y penser. Et, justement, on y a pensé pour France Gall, à l’avance, dès le mois d’avril. Car, autour de cette enfant prodigue, un brain-trust, un aréopage de conseillers s’agite et travaille sans cesse, ne laissant rien au hasard, minutant ses voyages comme s’il s’agissait d’un chef d’État, lui facilitant autant qu’il se peut la tâche, de telle sorte que France Gall n’est responsable en tout et pour tout que deux heures trente par jour : le temps qu’elle passe sur la scène à interpréter les chansons de son répertoire. Cette équipe d’organisateurs scrupuleux, ces psychotechniciens de la réussite qui appliquent au music-hall ambulant les principes et les lois qui régissent une science, ne suscitent pas que des sympathies sur leur passage ; ils rencontrent partout des complicités.

Un exemple. France Gall étant désignée pour être la marraine de la course cycliste Paris-Luxembourg, dont la phase première conduira, le 27 août, les concurrents de Paris à Arras, il lui aurait été matériellement impossible de se trouver dans le chef-lieu du Pas-de-Calais à l’arrivée de l’étape (samedi, en début d’après-midi), compte tenu du fait que, la veille au soir, un gala la mobiliserait à Saint-Jean-de-Monts, ville du département des Charentes, située entre Nantes et les Sables d’Olonne. Offrant spontanément ses services pour que France soit au rendez-vous en temps opportun, une compagnie d’aviation a mis à sa disposition trois appareils légers qui l’amèneront, elle, ses musiciens et son braintrust, de Saint-Jean à Arras, puis la reconduiront à Nantes, le lendemain dimanche, où elle donnera son récital journalier.

Une telle preuve d’efficace complaisance témoigne, certes, de la popularité de France Gall ; mais elle est, avant tout, révélatrice de son importance. Dernière idole en date, France Gall est en train de devenir – à pas de géant – un nouveau phénomène social. Ici, laissons les chiffres prendre la parole.

Un chiffre d’affaires de 2 milliards.

Lycéenne complètement inconnue il y a dix-huit mois, France Gall – qui aura dix-huit ans le 9 octobre – est aujourd’hui la vedette adolescente la mieux payée sur le marché européen : elle gagne un million d’anciens francs par gala (NDLR : 10 000 francs ou 1 500 €)

Marchant sur les traces de l’Américaine Brenda Lee – détentrice d’un record mondial établi en fonction de sa jeunesse et de la rapidité foudroyante de sa carrière France Gall a vendu, en l’espace de ces dix-huit mois, 2 millions de microsillons 45 tours; record d’Europe indiscutable – catégorie femmes – que, seuls, les Beatles ont battu, que ni Sylvie Vartan, ni Françoise Hardy, ni Sheila n’ont égalé, et qui représente (au prix de détail) le colossal chiffre d’affaires annuel de plus de 2 milliards de francs, chiffre que certaines usines employant 250 ouvriers sont loin de réaliser.

Si, pour parler le langage de la profession, certaines idoles connaissent (domaine disques) d’avantageuses « périodes de pointe », suivies de moins fastes « périodes de stagnation, de recul ou d’éclipse », France Gall constitue un phénomène de régularité sans précédent ; dans les 14 pays européens soumis aux statistiques du hitparade (baromètre international de la vente) elle arrive invariablement dans les 5 premières ou premiers : numéro 1 en Espagne, numéro 2 en Allemagne, numéro 3 en Norvège, etc.

Qu’elle ait construit sa précoce notoriété sur 7 microsillons comportant chacun un titre étoile (« Ne sois pas si bête », « N’écoute pas les idoles », « Mes premières vraies vacances », « Christiansen », « Sacré Charlemagne », « Poupée de cire, poupée de son », et « Attends ou va-t’en », voilà qui ne procède pas d’une exception, encore qu’aucune idole (hormis Johnny Hallyday) ne soit allée si vite dans son rythme de production. Par contre, ce qui surprend, chez France Gall, c’est la progression dans le succès, Alors que « N’écoute pas les idoles » – chanson fétiche qui l’a vraiment lancée – avait crevé le plafond avec 225 000 exemplaires vendus quatre mois après la parution du disque, « Poupée de cire, poupée de son » (lauréat du Prix de l’Eurovision, cet hiver à Naples) dépasse en ce moment les 365 000 exemplaires, mais son tube le plus récent – « Attends ou va-t’en », sorti le 7 juillet – parait voué à une carrière encore plus florissante, puisque 185 000 exemplaires se sont arrachés, en six semaines, comme des tee-shirts.

Contentons-nous de ces chiffres, en ajoutant que France Gall reçoit de 600 à 900 lettres par jour, et ouvrons le chapitre des sollicitations.

YVES SALGUES : Le théâtre a fait appel à vous, France Gall ?

FRANCE GALL : Oui. M. Jean Meyer m’a proposé de jouer, à la rentrée, une pièce qu’il voudrait mettre en scène. J’ai répondu « non », avec mille regrets. Car je ne suis pas prête pour entrer, chaque soir, dans un personnage tellement différent du mien. Se préparer à tenir un rôle ne suffit pas, il faut s’habituer au personnage que l’on incarne : s’habituer à vivre dans sa peau, à respirer par sa bouche, à parler par sa voix. Devenir comédienne, fût-ce la comédienne d’un seul rôle, cela doit exiger des mois de répétitions.

YVES SALGUES : Davantage que le théâtre, le cinéma ne vous tente-t-il pas ?

FRANCE GALL : C’est· moi, plutôt, qui tente le cinéma. Je l’avoue au risque de paraître prétentieuse, mais c’est la vérité. De ma propre initiative, je n’aurais jamais pensé à tourner un film. Mais, le 12 août, un télégramme parti de Hollywood et signé Walt Disney est parvenu à mon impresario. Le père de Mickey et de Blanche neige m’offrait le principal rôle féminin d’une comédie pour la jeunesse. Mon impresario a refusé pour moi, en accord avec mon père. Dans mon carnet de travail, je vous mets au défi de trouver un seul jour qui soit disponible : cela jusqu’au 3 juin 1966.

YVES SALGUES : Et la télévision U.S ?

FRANCE GALL : Les grands showmen américains – Perry Como, Harry Belafonte, Ed Sullivan … – reviennent périodiquement à la charge : pour me proposer un numéro dans leur programme. Mes responsables – papa, mon impresario – répondent que j’ai tout mon temps pour y penser. J’ai beau être une enfant de la balle, j’ai été néanmoins élevée à l’école de la modestie. On ne se relève pas d’un échec à New York, et un pâle demi-succès vous ferme pour cinq ans les portes de l’Amérique. Alors, mieux vaut savoir bien choisir son heure. Dans notre profession deux graves délits guettent les jeunes ; l’excès de vitesse et l’excès d’ambition. C’est bien d’avoir les dents longues, certes, mais il faut qu’elles soient suffisamment dures et expérimentées pour venir à bout de l’os dore qu’on vous tend. Dans notre métier, tout est là : ne savoir dire « oui » qu’au moment propice.

YVES SALGUES : Jusqu’ici, vous n’avez pourtant pas commis d’erreur ?

FRANCE GALL : Et pour cause : je suis surveillée comme une infante.

YVES SALGUES : Pour l’instant, de quoi avez-vous le plus envie ?

FRANCE GALL : Physiquement, de vacances. Elles sont fixées au 6 septembre.

YVES SALGUES : Quand reprendra l’année scolaire, pour vous, France Gall ?

FRANCE GALL : Le 1er octobre. Séances pour la télévision française, enregistrements destinés â l’étranger : « Poupée de cire, poupée de son » en polonais, notamment. Du 20 octobre au 4 novembre, j’effectue un tour d’Espagne en 14 étapes. A mon retour, 3 récitals à Lyon : au palais d’hiver. Puis, du 10 novembre au 21 décembre, un tour de France d’automne. En janvier et février, un gala dans chaque capitale européenne : de Londres à Varsovie.

YVES SALGUES : La conquête de l’Amérique n’entre toujours pas dans votre programme 66 ?

FRANCE GALL : Il se peut que j’aille à New York : à la faveur d’un voyage de dix jours au Canada, qui, lui, fait partie de mes certitudes.

YVES SALGUES : Et l’Olympia ? Vous y songez pour l’année prochaine ? ·

FRANCE GALL : On y songe pour moi, mais seulement pour 67. Il faut se méfier de Paris. Paris est à la fois la piste d’envol d’où partent les plus brillantes destinées et l’étouffoir dans lequel s’asphyxient à tout jamais les gloires fragiles ou insuffisamment consolidées. Quant à moi, j’attendrai patiemment qu’on veuille bien me donner le feu vert.


« Mes responsables », « On y songe pour moi », « Là-dessus, quelqu’un me conseille », ces expressions, qui reviennent si souvent dans la conversation de France Gall, expliquent sa réussite. Non pas que nous soyons, avec elle, en présence d’une idole totalement « déresponsabilisée », obéissant inconditionnellement à la dictature de ses managers. Non, France est lucide, consciente ; et c’est en toute sérénité, comme en toute connaissance de cause, qu’elle se repose entièrement sur son « comité directeur ». A cet âge d’or de la jeune chanson où tant d’idoles – garçons ou filles – sont abandonnées à la fascination de l’argent et au vertige du luxe que suppose le succès, sans avoir d’autre « tuteur » qu’un impresario avide et exclusivement préoccupé d’exploiter tout ensemble leur talent et leurs faiblesses, France Gall, elle, constitue un cas d’exception : celui d’une adolescente guidée, dirigée, perpétuellement prise en charge par des gens exclusivement préoccupés de son destin.

Autour de l’idole, la tribu Gall est rassemblée.

Si son brain-trust n’est ni le plus dispendieux ni le plus pléthorique du music-hall contemporain, il en est assurément le plus zélé, le plus sensible, le plus affectueux en un mot. Car la réussite de France est celle d’une famille : la tribu Gall rassemblée autour de son enfant chérie.

Dans le quartette instrumental qui accompagne France, on trouve, aux côtés de Mat (l’organiste), de Guy (la guitare électrique) et de Rachid (le batteur), son frère ainé, Philippe Gall, qui tient la contrebasse. C’est également Philippe (il a eu 19 ans ce mois de juillet) qui conduit l’Austin Cooper bleu turquoise et blanche (achetée en avril) que France utilise pour ses déplacements. La mère, Mme Robert Gall, supplée la secrétaire privée de France (Mme Pétrowski) quand il s’agit de répondre à l’envahissant courrier que reçoit sa fille. C’est elle qui a choisi la robe de scène de France (décolleté rond, taille princesse, légèrement évasée, avec des plis partant de la poitrine) et qui, pour apporter une note de variété, en a fait exécuter des copies dans tous les tons de l’arc-en-ciel : orange, vert pâle, rose, indigo …

Cependant, le vrai ton, le ton quotidien, le ton de chaque jour, est donné par Robert Gall, heureux parolier de plusieurs chansons d’Edith Piaf et de la fameuse « Mamma » d’Aznavour. Affirmer qu’il est un père prenant son rôle très au sérieux serait trop peu : c’est un moderne patriarche, installé à la tête de la tribu comme un roi sur son trône. Personnage omnipotent, ses fonctions sont multiples, qui vont de celles de poète (il écrit les textes des chansons de sa fille) à celles de cerbère (chargé de protéger France de l’enthousiasme de ses « fans » ou de la dégager (au volant de sa Mercedes 220 SL) de leur étreinte étouffante. En Maurice Tézé – le directeur artistique de Sacha Distel – Robert Gall a su trouver, pour sa fille, l’impresario idéal aussi compétent qu’honnête et dévoué.

Il y a des gens qui sont dotés d’un fluide et d’autres qui ne le sont pas, commente Tézé. Des gens qui se transmettent aisément, et des gens qui sont résolument imperméables à autrui. Ce fluide peut s’exercer à distance, comme il en va de certaines standardistes anonymes dont la voix est agréable. Que ce soit à distance, par l’intermédiaire du disque, ou en direct, depuis la scène, France Gall se transmet avec une facilité déconcertante. Le rideau s’ouvre. France prend place devant le micro. Un silence d’église règne aussitôt dans la salle. On l’écoute avec ferveur. C’est là son miracle.

Ce sage, ce paisible miracle de France Gall a – sous la poussée croissante du succès – des prolongements insoupçonnables. Ne supplie-t-on pas France de vendre son nom (au terme de quels fabuleux contrats ?) pour des marques de produits de beauté, de chocolat fin, de lingerie enfantine, de matériel d’écolier …

« Je veux bien chanter sous un chapiteau, être la vedette d’un cirque – c’est de mon âge et de mon époque – mais de là à devenir un clown publicitaire, jamais. »

Une telle réponse éclaire le personnage de France Gall autant qu’elle le résume :

France, dont la réussite est essentiellement morale et française. Si morale que sa grand-mère, apprenant par voie de presse qu’un flirt secret liait sa petite-fille à Claude François, s’alita pour huit jours et en conçut un désespoir si coriace que seul le démenti de France put la guérir. Si française qu’à l’encontre de la plupart de nos idoles dont le répertoire est fait de plus de 60 % de thèmes adaptés de l’américain, France Gall n’interprète que des chansons originales écrites dans la langue qu’on lui a enseignée au lycée Paul-Valéry.

Magazine : JOURS DE FRANCE
Par Yves Salgues
Numéro du 28 août 1965
Numéro : 563

Le père de France Gall suit sa fille partout

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France Gall : une enfant gâtée. Son père, lui met le pied à l'étrier en écrivant pour elle « Sacre Charlemagne ».
France Gall : une enfant gâtée. Son père, lui met le pied à l'étrier en écrivant pour elle « Sacre Charlemagne ».

France Gall : une enfant gâtée. Son père, auteur avec Charles Aznavour de « La Mamma » lui met le pied à l’étrier en écrivant pour elle « Sacré Charlemagne ».

Un peu plus tard, à Naples, Serge Gainsbourg lui apporta sur un plateau – d’Eurovision – un Grand Prix de la Chanson. A dix-sept ans, France a déjà un joli passé et un avenir plein de projets.

Les Américains l’appellent « Little French doll » : un joli qualificatif qui lui a porté bonheur, « Poupée de cire, poupée de son », Grand Prix Eurovision de la Chanson, où France Gall représentait le Luxembourg, a été pour elle le point de départ d’une carrière européenne.
Très « populaire » en Allemagne, on la voit le 28 juillet dans l’émission Franco-allemande « Rendez-vous sur le Rhin ». Mais pour être vedette on n’en est pas moins, a 18 ans, encore un peu enfant …

Et les poupées (poupées-symboles, poupées fétiches, poupées qui parlent ou qui enregistrent) se sont entassées dans sa chambre au milieu des animaux de peluche, sous l’œil un peu jaloux du chien « Nougat », le – vrai – caniche noir que le succès de sa maitresse rend forcément un peu cabot.

ELLE aura 18 ans le 9 octobre et elle a déjà vécu ce que d’autres n’obtiennent guère avant la quarantaine. A l’ère du yé-yé, de l’ « Idole », des « Copains », il n’y a d’ailleurs pas de quoi s’étonner !

Un visage d’ange malicieux, des cheveux nets, une silhouette tout droit venue de Paris, une voix douce-amère d’écolière, une chanson signée Gainsbourg, c’est ce qui a séduit en mars dernier le jury du Grand Prix Eurovision 1965. Depuis « Poupée de cire, poupée de son » a été enregistrée par France Gall en allemand, en italien et, tout récemment … en japonais. Elle a fait d’elle une vedette internationale, No 1 du Hit-Parade en Espagne, No 2 en Allemagne, idolâtrée en Scandinavie.

Pour le moment, elle est promise aux soirées des estivants français. Depuis le 11 juillet, en effet, France Gall fait la tournée des plages, ou plutôt des casinos. Public d’adultes, sur lequel son charme de fruit vert a autant de pouvoir que sur les adolescents. Commencé en Normandie, son voyage continuera, via les Pyrénées, par la Côte d’Azur jusqu’à la fin du mois d’août. C’est une tournée familiale, organisée par papa, Robert Gall, devenu pour la circonstance a la fois chauffeur, régisseur et mentor. Suivent ses quatre musiciens habituels, « Les Français » – tout simplement – moins un, appelé au service militaire, et remplacé à la guitare basse par Philippe, dix-neuf ans et demi, l’un des deux frères (jumeaux) de France.

Ce ne sont pas des vacances ! A peine aura-t-on le temps, entre deux tours de chant, de lézarder sur le sable pour « la bronzette », comme dit France. Peut-être, la tournée terminée, s’ accordera-t-elle quelques jours de vrai repos en rejoignant à Noirmoutier sa mère et sonb frère, Patrice.

Mais il y a peu de loisirs dans sa vie de vedette, soigneusement orchestrée, il ne semble pas actuellement qu’elle s’intéresse aux propositions de films qu’on lui a faites. Elle a l’intuition raisonnable et ne se sent pas « prête » pour aborder le cinéma.

La chanson d’abord. En octobre, France enregistrera un nouveau disque en espagnol. Puis elle ira chanter dans un cabaret de Madrid, avant de participer, a la télévision allemande, a une émission a grand spectacle.

Magazine : Télé Magazine
Photo couverture : Patrick Bertrand Parimage
Date : 31 juillet au 6 août 1965
Numéro : 510

France Gall, une chanteuse célèbre qui n’a pas encore appris à vivre

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Découvrez France Gall dans le magazine espagnol Garbo : sa carrière, sa victoire à l’Eurovision, et son portrait intime, entre talent, timidité et charme naturel.
Découvrez France Gall dans le magazine espagnol Garbo : sa carrière, sa victoire à l’Eurovision, et son portrait intime, entre talent, timidité et charme naturel.

Dans notre pays, pour quelqu’un qui ne suit pas de très près l’actualité musicale, France Gall était encore totalement inconnue il y a à peine quatre mois, lorsqu’elle a été déclarée gagnante du Concours Eurovision, organisé à Naples.

Pourtant, cette jeune chanteuse – jeune par l’âge et par la taille (1,55 m pour 42 kg) – n’en était pas à ses débuts lorsqu’elle a triomphé en Italie devant plusieurs millions de téléspectateurs. En octobre 1963, son premier disque a été diffusé à la radio à Paris, marquant le début d’une carrière en pleine ascension.

Un an avant sa participation au concours de Naples, une revue française spécialisée dans la musique contemporaine écrivait déjà à son sujet : « France Gall semble désormais solidement installée parmi les premières places de la chanson. »

Il n’est d’ailleurs pas étonnant qu’elle se soit lancée aussi tôt dans la chanson (elle avait 16 ans quand son premier disque a été diffusé), si l’on considère son entourage familial : son grand-père, Paul Berthier, a fondé le chœur « Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois », reconnu dans toute l’Europe ; son père, Robert Gall, est l’auteur de nombreuses chansons à succès, dont « La Mamma » ; ses deux frères jumeaux, Patrick et Philippe, plus âgés de deux ans, forment un duo de guitaristes très apprécié. Tout cela a, sans aucun doute, influencé la vocation de la jeune France Gall.

Bien qu’elle ait remporté le concours de Naples en tant que représentante du Luxembourg, France Gall est née à Paris, le 9 octobre 1947. Le Luxembourg, en réalité, l’avait “empruntée” à la France pour l’occasion.

Le succès fulgurant de Poupée de cire, poupée de son a fait d’elle une célébrité du jour au lendemain, sans pour autant effacer son caractère d’adolescente naïve, une jeune fille qui vit et pense comme n’importe quelle autre de son âge. Lorsque Roger Vadim a voulu l’engager pour un film, ses proches ont réagi :

— Elle est trop simple et innocente. Ce serait dommage que Vadim tente de la transformer en créature perverse.

Il est vrai que l’ex-mari de Brigitte Bardot n’a pas la meilleure réputation sur certains points.

De retour à Paris après sa victoire à Naples, les journalistes lui ont demandé si elle gardait un mauvais souvenir de son séjour.

— Oui, a-t-elle répondu, j’ai été déçue par l’attitude des autres candidats. Une fois le verdict des jurés annoncé, ils ont tout fait pour me montrer qu’ils jugeaient le résultat injuste.

Ce commentaire a conduit un journal à écrire : “La douce et inexpérimentée France Gall ne sait pas encore dans quel monde elle vient de tomber.

France Gall a un petit caniche noir et poilu, nommé Nougat, dont elle ne se sépare pratiquement jamais, même pour dormir. Elle adore les peluches, qu’elle collectionne avec passion. Certains la trouvent froide ou distante, mais en réalité, elle est simplement timide avec ceux qu’elle ne connaît pas bien.

Comme tout le monde, elle a ses petites manies : par exemple, avant de monter sur scène, elle veut toujours connaître la couleur du rideau et des tentures, pour éviter de porter une robe qui jure avec le décor. Autre habitude : elle ne laisse jamais passer une journée sans s’acheter quelque chose. Elle dit aussi qu’elle aimerait toujours porter des robes longues, s’appeler Isabelle et être née en 1900.

Voici, pour l’instant, France Gall : une chanteuse célèbre sur scène, mais dans la vie, à peine plus qu’une enfant, une fille de bonne famille qui n’a encore fait que commencer à vivre.

Magazine : Garbo (Espagne)
Par Enrique L. Tomhe
Cet article a été rédigé à l’origine en espagnol puis traduit en français. Certaines imprécisions de traduction ou altérations de sens peuvent subsister.
Date : 17 juillet 1965
Numéro : 645

La championne du festival de l’Eurovision (Presse) 🇪🇸

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La championne du festival de l’Eurovision nous introduit chez elle et nous présente sa famille.
La championne du festival de l’Eurovision nous introduit chez elle et nous présente sa famille.

L’article (traduction de Fanbabou47)

La championne du festival de l’Eurovision nous introduit chez elle et nous présente sa famille. Tous l’aident pour qu’elle soit aujourd’hui la plus jeune chanteuse connue en Europe.

Au seizième étage d’un appartement moderne à Boulogne (Hauts de Seine), habite la jeune et réputée chanteuse française, de 17 ans, France Gall. Elle a gagné à Naples le dernier festival de la chanson de l’Eurovision.

Cette jeune fille, en seulement 4 semaines, a devancé l’idole précédente de la jeunesse, Sylvie Vartan. Elle a vendu en 4 mois 3 millions de ses disques, ayant sorti 8 microsillons. Avec ces chiffres, elle n’a pas seulement devancé Sylvie Vartan, mais aussi le vétéran Charles Aznavour, une idole de la chanson française.

France Gall est seulement une jeune fille, presque une enfant. Elle aime bien regarder des programmes de télévision, lire et écouter des disques. Même s’ils ne sont pas les siens.

Son père, Robert Gall, écrit des chansons (la célèbre chanson “La Mamma” d’Aznavour entre autres) ; son frère Patrice a écrit aussi récemment le dernier tube du chanteur Richard Anthony. L’autre frère, Philippe, écoute et prépare toutes les chansons avec sa sœur France et joue de la guitare dans l’orchestre des jeunes musiciens de France. Et enfin, la mère, Cécile, qui est la seule qui ne travaille pas autour de la musique. Elle est italienne, originaire du Piémont et comme bonne italienne, elle prend soin de sa famille et de son foyer ; même si elle a débuté dans le monde du commerce, elle dit que ce n’est pas son activité préférée.

Ces photos ont été prises sans aucune préparation, totalement en famille avec les Gall.

France, depuis son immense triomphe, a une secrétaire. Elle doit répondre à tant de lettres, etc… qu’à elle seule ça prendrai plus d’un mois pour tout faire, sans rien compter d’autre ! Elle a un planning de travail pour plusieurs mois, elle n’a laissé de libre que le mois d’août, parce qu’elle veut aller avec sa famille en Sardaigne pour passer là-bas ses vacances, en pêchant et pratiquant autres sports d’été avec ses proches. Après, Milan, Rome, Naples… Elle ira dans les pays nordiques : Danemark, Norvège ; en juin Suisse, et elle sera la vedette aux côtés de Louis Armstrong d’un programme diffusé sur le nouveau satellite Early Bird, dans le monde entier. Elle ira aussi en Allemagne, Munich, Hambourg… Des tournées en Espagne en juillet. Grèce, Turquie et retour en Italie. En août, des vacances… mais en septembre, voyage aux USA (des tournées pendant un mois) ; elle donnera des concerts à Las Vegas et dans d’autres villes importantes. Elle vient de refuser un contrat de cinéma pour 7 ans avec Colombia ! Et le prix est similaire à celui que Sylvie Vartan avait accepté avec Fox. France Gall sourit toujours timidement ; elle dit qu’elle a encore le temps de penser à des projets cinématographiques. Elle obéit toujours sa maman, et ne fait rien sans sa permission. Bien qu’elle soit la plus célèbre chanteuse de France et d’Europe, actuellement, France Gall est une fillette, qui fait toujours cas des conseils de maman Cécile. Elle est contente avec sa famille.

Magazine : ¡HOLA!
Numéro du 5 juin 1965
Numéro : 1084

Les photos

Sept jours, sept femmes (Presse) Espagne 🇪🇸

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France Gall : Je sais peu d’elle. À la rigueur, qu’elle est dans la même ligne que Gigliola mais en plus élaborée. Comme si elle était plus avertie par la vie.
France Gall : Je sais peu d’elle. À la rigueur, qu’elle est dans la même ligne que Gigliola mais en plus élaborée. Comme si elle était plus avertie par la vie.

Mercredi France Gall : vient

Je sais peu d’elle. À la rigueur, qu’elle est dans la même lignée que Gigliola mais en plus élaborée. Comme si elle était plus avertie par la vie.

De toute façon, elle est clairement protagoniste de l’interprétation qui l’a conduite vers le succès il y a quelques semaines au Festival de l’Eurovision : “Poupée de cire”.

Ce que je sais, c’est qu’elle vient très bientôt à Madrid. Et qu’elle vient pour d’autres choses à part chanter. Je l’ai écoutée, je l’ai vue à l’Eurovision. J’ai absorbé son triomphe, j’avais pressenti son succès et elle m’a parue colossale portant la pomme écossaise du triomphe dans son sac de douce petite fille. Puis, je l’écoute en solitaire au travers du microsillon, où elle dit son message musical. C’est une belle chanson.

France Gall la chante avec tendresse et rythme… Et une mélodie …

Ces derniers temps on manque de cela ! Bref, elle vient et pour s’acheter une maison au soleil du sud. C’est ce que je lui recommande.

Magazine : ¡HOLA!
Par Tico Medina
Article traduit en français par Fanbabou47
Numéro du 24 avril 1965
Numéro : 1078

Les photos

France Gall, proclamada estrella internacional de la cancion a los 17 años (Presse) 🇪🇸

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Cent cinquante millions de spectateurs ont pu admirer - à travers leurs écrans - les grands yeux graves et expressifs ; le petit nez et les souriantes lèvres charnues de France Gall. La jeune fille qui a remporté la victoire à dix-sept ans et demi.
Cent cinquante millions de spectateurs ont pu admirer - à travers leurs écrans - les grands yeux graves et expressifs ; le petit nez et les souriantes lèvres charnues de France Gall. La jeune fille qui a remporté la victoire à dix-sept ans et demi.

Les pages de l’article

Traduction en français de l’article*

Cent cinquante millions de spectateurs ont pu admirer - à travers leurs écrans - les grands yeux graves et expressifs ; le petit nez et les souriantes lèvres charnues de France Gall. La jeune fille qui a remporté la victoire à dix-sept ans et demi.

Il restera bien plus que des souvenirs du Grand Prix de l’Eurovision 1965.

Cent cinquante millions de spectateurs ont pu admirer – à travers leurs écrans – les grands yeux graves et expressifs ; le petit nez et les souriantes lèvres charnues de France Gall. La jeune fille qui a remporté la victoire à dix-sept ans et demi.

Elle est née à Paris le 9 octobre 1947, sous le signe de Balance, et a représenté le Luxembourg dans le concours. Mais elle n’était pas méconnue parmi les amateurs du disque : de cette petite et drôle créature d’un mètre cinquante-neuf et quarante-deux kilos, on connaissait déjà Sacré Charlemagne, entre autres. Maintenant, toute l’Europe sait qui est France Gall, car elle est devenue une vedette internationale à travers le concours.

Elle a été proclamée la meilleure dans le cadre d’un concours européen qui est diffusé dans tous les pays participants. Le fait que le concours ait été ennuyant, est toute autre chose. Nous on veut remarquer la transformation d’une jeune fille de la chanson en idole ‘certifié’.  On attendait découvrir des chansons et des interprètes remarquables, et même si celles-ci ont brillé par son absence, on a vu des excellents chanteurs successivement.  Parmi ces figures, voici France Gall.

Autant que gagnante du concours à l’Auditorium de Naples, elle mérite bien d’être présentée. Elle a réussi, nos chers lecteurs le savent bien, la victoire avec la chansonnette Poupée de cire, de Serge Gainsbourg. Nous savons que ce sera un tube qui passera par les postes de radio et par le monde entier. Ce succès a rempli de joie toute une famille et notamment le père de France, Robert Gall, compositeur de grand talent puis qu’il est l’auteur de La mamma, tube récent d’Aznavour. Grace au Grand Prix, la mince France Gall entre dans le petit cercle des idoles : 32 votes qui lui ont permis la victoire et devenir aussi un personnage de premier degré.

France Gall raconte orgueilleusement de sa famille :

“Mon père, Robert Gall, est auteur de nombreux succès : en plus de La Mamma, on lui doit À bientôt nous deux (chanté par Hugues Aufray), Les rubans et la fleur et Sacré Charlemagne. Mon grand-père, Paul Berthier – élève de Vincent d’Indy – est co-fondateur, avec monsieur Maillet, des Petits Chanteurs à la Croix de Bois ; mes deux frères jumeaux – étudiants de 19 ans – Patrice et Philippe, jouent la guitare et la batterie, et composent en secret des chansons que je chanterai un jour.”

France Gall habite avec sa famille dans un splendide appartement panoramique qui se trouve au 16ème étage d’un moderne immeuble à travers lequel on voit toute la capitale. La jeune chanteuse s’est confectionné une chambre romantique à elle et un petit salon style Louis XIII pour travailler. Ses jouets préférés sont, selon elle, son ‘Nougat’ – petit chien noir qui adore – et le téléphone.

“Je passe des heures entières à téléphoner mes amis”, confesse-t-elle.

Ses sports préférés sont le tennis, la natation, la voile et le foot. Quant aux robes, elle préfère les mousselines lisses et caracolées. Les robes simples, sans parures. Les pantalons ‘cigarette’, les pullovers en cachemire.

Tel est la star de la chanson dont le succès fut élevé après le Xème Grand Prix de l’Eurovision à Naples. De la même façon que la victoire de France Gall, il faut souligner aussi celle de l’auteur-chanteur-compositeur Serge Gainsbourg. Auteur de la chanson Poupée de cire et premier à être surpris du triomphe, triomphe qui n’avait pas osé imaginer jusqu’à présent. Parmi ses participants préférés était Udo Jürgens, le chanteur-compositeur autrichien. Serge Gainsbourg a 37 ans, il compose depuis ses 16 ans et il est inspiré par le jazz, la bossa-nova et le rock. Il a écrit La recette de l’amour fou pour Michèle Arnaud ; L’amour à la papa pour Juliette Gréco ; La chanson de Prévert pour Isabelle Aubret. La chanson Poupée de cire est selon les commentaires les plus favorables, un petit poème de mots et musique qui a l’air simple mais qui ne l’est pas : bien qu’elle puisse paraître innocente, elle contient un peu de philosophie triste, une pincée du sens de l’absurde et un soupçon optimiste de l’espoir.

Merci à @fanbabou47 pour les scans, la retranscription et traduction en français.

Magazine : ¡HOLA!
Date : 3 avril 1965
Numéro : 1075

France Gall : mes deux frères et moi !

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Deux garçons passent chacune de leurs journées auprès de France Gall. L'un est blond et mathématicien, c'est Patrice. L'autre est brun et musicien, c'est Philippe.
Deux garçons passent chacune de leurs journées auprès de France Gall. L'un est blond et mathématicien, c'est Patrice. L'autre est brun et musicien, c'est Philippe.

Deux garçons passent chacune de leurs journées auprès de France Gall. L’un est blond et mathématicien, c’est Patrice. L’autre est brun et musicien, c’est Philippe.

Ils ont tous les deux dix-neuf ans, et sont jumeaux. Ce sont les deux grands frères de la famille Gall, chargés de veiller sur leur petite sœur chérie et… célèbre. Elle vous parle d’eux, ils vous parlent d’elle, sans détour, en toute liberté.

France : « C’est comme si j’avais deux enfants. »

Il y a une petite idée qui, parfois, me vient à l’esprit et bizarrement me trouble : c’est celle qu’un jour je me marierai sans doute, et devrai vivre loin de Patrice et Philippe. Mes deux frères et moi, c’est peu dire que nous nous adorons : à l’inverse de ces enfants d’une même famille qui, lassés par la vie en commun, finissent par ne plus se voir ni se parler, ni même se soucier des activités d’autrui, Patrice, Philippe et moi gardons avec obstination « le contact ».

Ils sont jumeaux, nés tous deux le 30 mai 1946 au petit matin. Pourtant, l’un est brun, avec des yeux très noirs, l’autre est blond et son regard est plutôt clair ! L’un est timide, discret, tendre ; l’autre est drôle, batailleur.

Le premier (ce timide au regard sombre), c’est Philippe. Mes rapports ont toujours été, vis-à-vis de lui, ceux d’une petite fille face à un grand garçon, à un être sérieux, réfléchi, protecteur. A l’âge de six ou sept ans déjà, si l’on me grondait, si quelque chose n’allait pas, je ne connaissais qu’un refuge, qu’un point de repère : je me précipitais dans « la chambre des garçons », et je racontais tout à Philippe. Il savait me consoler ; il me cajolait, me disait des tas de mots gentils, me racontait des histoires extraordinaires qui me faisaient rêver …

Aujourd’hui, rien n’a changé : Philippe est toujours mon grand confident. D’ailleurs, je ne pourrais pas faire le métier qui est le mien s’il ne m’y aidait beaucoup : il s’occupe de ma « sono » lorsque je chante, de mes rendez-vous avec les journalistes ; il prépare avec moi toutes mes émissions de radio. Comme mon travail ne me laisse guère de temps vraiment libre, je vois Philippe toute la journée, mais je ne lui parle que très peu … Je voudrais profiter de l’occasion présente, pour lui avouer que cela me chagrine. J’ai encore tant de choses à lui raconter ! tant de conseils à lui demander ! En tout cas, que mon futur mari (s’il existe) se tienne pour prévenu : quoi qu’il puisse m’arriver je ne passerai pas une semaine sans voir Philippe. Patrice, lui, est très différent. Je ne riais presque jamais avec Philippe, lorsque j’étais petite fille ; avec Patrice, je me rattrapais. Nous avons toujours été les deux enfants terribles de la maison. Les batailles de polochons ; les croûtons de pain qui volent à travers la table ; les coups de poing et de pied, et les larmes, et les rires, et les farces – tout le côté agité et bruyant de l’enfance, c’est avec Patrice que je l’ai connu. Aujourd’hui, Patrice est toujours un garçon vif, « chamailleur » ; et comme il est assez mignon, comme il a dix-neuf ans et un charme formidable, toutes les filles que je connais sont folles de lui. Les filles qui sortent avec Philippe, je ne les rencontre pas, en général ; je sais qu’il y en a un certain nombre, et qu’il a au moins autant de succès, de ce côté-là, que Patrice ; mais sa nature discrète fait qu’il les montre moins … Là encore, l’opposition entre les deux est nette : la douceur est chez Philippe, l’éclat chez Patrice.

Et, direz-vous, quel est mon rôle entre eux deux ? Eh bien, il est double. D’une part je suis « leur petite sœur chérie », celle qu’ils couvent, qu’ils protègent, qu’ils surveillent. De l’autre, je suis un peu leur seconde maman… Je ne supporte pas qu’ils aient jamais le moindre ennui, la moindre inquiétude. Il y a quinze jours, Patrice a soudain été malade ; il n’avait pas de fièvre, mais il ne voulait ni boire, ni manger, ni parler. Cela a passé. Mais pendant deux semaines, moi, je n’ai pas dormi.

Souvent, des amis me font la remarque suivante : « C’est drôle, on dirait que tu t’entends mieux avec Patrice qu’avec Philippe. » C’est faux ; et tout ce que je viens de dire devrait leur servir d’explication. Avec Patrice, c’est mon côté joyeux, effervescent, qui joue d’abord ; avec Philippe c’est ma nature secrète. Sans l’un, ou sans l’autre, je ne serais plus tout à fait moi-même. ··

Deux garçons passent chacune de leurs journées auprès de France Gall. L'un est blond et mathématicien, c'est Patrice. L'autre est brun et musicien, c'est Philippe.

Ce que Philippe dit de France

« Pour moi, France n’existe pas : je ne connais que « Babou ». Ce surnom, Patrice et moi le lui avons donné alors qu’elle n’avait pas huit ans ; nous n’avions le choix qu’entre « Babelle » et « Babou », notre imagination s’étant arrêtée à ces deux diminutifs du second prénom de France, Isabelle. C’est « Babou » qui est resté. Allez savoir pourquoi.

Comment vois-je Babou ? Comme une petite fille fraîche, légère, innocente ; c’est stupéfiant, parfois, cette innocence de France : lorsqu’elle doit entrer en scène, par exemple, elle n’a jamais peur, elle ne paraît pas le moins du monde inquiète. Au contraire : on la voit qui tourne et virevolte, dans les coulisses, tellement jolie dans sa robe de mousseline ; elle va d’une loge à une autre, parle avec deux ou trois personnes puis, soudain, quitte l’arrière-plateau et passe sur la scène, salue le public avec gaieté … Aucune transition ne lui est nécessaire. Elle semble vivre dans une sorte de tranquillité définitive, qui me donne parfois le vertige.

Lorsqu’elle chante, je m’occupe de sa « sono » ; elle ne saura jamais combien de fois j’ai été tourmenté à cause d’un fil de micro qui s’enroulait autour de son pied, ou parce que les éclairages étaient sur elle mal réglés … Une fois, je lui ai dit : « Ce doit être affreux, de se trouver face à tous ces gens quand on est aussi fluette que toi ! »

Elle a pris ma phrase pour une moquerie et m’a donné une grande claque. Nous n’en avons jamais reparlé.

Ce que France me dit, tant à propos de mon travail que des filles que je vois, ou de mes boutons de manchette, je l’écoute toujours avec attention. Et j’en tiens compte. Je pense que s’il me fallait définir Babou, je dirais d’elle : « C’est la dernière petite fille qui ait la chance de croire aux fées. » Et n’at-elle pas raison ? Les fées l’ont, jusqu’ici, beaucoup gâtée. »

L’avis de Patrice : « France est un ange. »

« Tout petits, nous faisions, France et moi, l’effroi de toute la famille tant nous nous agitions. France a toujours été pour moi une sorte de garçon, de copain drôle et énergique, plus qu’une petite fille.

Rien n’a changé. Le « matheux » que je suis devenu (me voici aujourd’hui élève d’une classe de mathématiques supérieures) a la même joie que le gosse « chamailleur » de naguère à passer des heures en compagnie de sa sœur. France a une qualité rare : avec elle, on ne s’ennuie jamais. Elle bouge sans cesse, elle est active, elle sait amuser et s’amuser … Elle a toujours aussi une aventure à vous raconter ; il lui est toujours arrivé « quelque chose d’extraordinaire » – et le plus souvent, c’est vrai.

Quand on m’apprit que France allait enregistrer son premier disque, je ne fus pas tellement surpris ; quand ce disque devint un succès, je ne le fus pas plus. France fait partie de ces filles qui ont sans cesse « la chance avec elles ».

– Comment fais-tu pour être toujours aussi détendue, aussi contente ? lui demandait un journaliste.

– Je dors, je mange, je bois, je travaille, et j’écoute de la musique ! répondit-elle. Il n’y a là aucun secret. Si, il y en a un : Babou est un ange : et les anges sont trop légers, trop jolis pour subir la moindre difficulté, dans quelque domaine que ce soit. Philippe vit sans cesse auprès d’elle : moi, je la vois beaucoup moins. Je ne m’occupe absolument pas de ses activités professionnelles. Mais cela m’est une vraie fête, lorsque je me trouve clans mon bureau, qu’une charmante jeune fille, ma sœur, y entre certains soirs pour me dire :

– Patrice … je ne te dérange pas ? Dès que tu auras une minute, viens dans le salon. J’ai rapporté ma nouvelle bande, du studio, pour que tu l’écoutes. Donne-moi ton avis.

Magazine : Mademoiselle Age Tendre
Interview par Guy Abitant
Avril 1965
Numéro : 6

France Gall, triomphatrice du Grand Prix Eurovision

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France Gall impose aux Jurés de l'Eurovision représentant dix-huit pays, les attraits d'une jeunesse à laquelle ils ne savent résister.
France Gall impose aux Jurés de l'Eurovision représentant dix-huit pays, les attraits d'une jeunesse à laquelle ils ne savent résister.

France Gall impose une fois de plus le sourire des filles …

Une fois de plus c’est le sourire d’une fille qui l’a emporté. Après Gigliola Cinquetti, Grethe Ingmann, Isabelle Aubret, Jacqueline Boyer et tant d’autres, France Gall impose aux Jurés de l’Eurovision représentant dix-huit pays, les attraits d’une jeunesse à laquelle ils ne savent résister ..

Mais la jolie simplicité de France n’est pas que physique, elle est celle aussi d’une voix qui traduit sans recherche des chansons peu métaphysiques, celles-là même qu’apprécie le centre de gravité des majorités. C’est toujours un peu la prime à la fraîcheur.

Poupée de cire, poupée de son a donc fait triompher, avec France Gall, le Luxembourg, et Serge Gainsbourg aussi, l’auteur de la chanson. Voilà une consécration remarquable pour celui dont on ne sait pas toujours qu’il a écrit N’écoute pas les idoles pour la même France Gall, O-o shériff pour Petula Clark, et tant d’autres succès pour Gréco ; Bardot ou Clay. Sans compter les siens, bien entendu. Gainsbourg est sans doute le compositeur de chansons le plus doué du moment. Si cette poupée de cire n’ajoute rien à son mérite, par contre elle fera beaucoup pour France Gall, dont le Charlemagne commençait à se fatiguer.

La deuxième place fut prise par Katy Kirby, Angleterre, qui chantait J’appartiens, devant Guy Mardel, France, avec N’avoue jamais. Quant à Bobby Solo, il n’a pu toucher le couplé gagnant qu’avait joué Gigliola Cinquetti l’année dernière : San-Remo Eurovision. Il n’est pas le seul à être déçu, et Marjorie Noël (Monte Carlo), la seule très jeune fille avec France Gall, n’a pu se placer qu’en neuvième position.

Le fait marquant de cette Eurovision, c’est que pour la première fois les Russes, l’Allemagne de l’Est, la Pologne et la Hongrie se sont branchés sur le circuit, sans participer au concours, mais portant à 150 millions le nombre des téléspectateurs.

On comprend que le sourire de France Gall, après son succès ait doublé de séduction !

Magazine : Diapason Microsillon
Date : Avril 1965
Numéro : 96

France Gall, rythme et malice

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Merci de cela aussi, France Gall. De nous avoir prouvé que l'on peut être une grande jeune vedette et ne pas jouer les monstres sacrés ...
Merci de cela aussi, France Gall. De nous avoir prouvé que l'on peut être une grande jeune vedette et ne pas jouer les monstres sacrés ...

On avait crié à tue-tête ” Haro sur le Yé-yé”. Maintenant que la vague a perdu sa violence, on devient moins formel et l’on dresse un bilan : il nous a apporté de bonnes choses, cet ouragan de chansonnettes. De très bonnes mêmes. Dont une délicieuse jeune fille prénommée France … France Gall.

Depuis mes premiers pas, je rêvais de faire quelque chose de peu banal. Entreprendre ce que tout le monde ne peut pas faire. Avoir une vie passionnante, quoi … Je n’aurais sans doute pas été chanteuse, malgré tout, si je n’avais pas eu du monde autour de moi pour m’épauler. Mais j’avais tout pour m’aider dans cette carrière : toute petite, j’allais dans les coulisses écouter mon père, Robert Gall, chanter. Maintenant, il est auteur de chansons. J’ai toujours baigné dans l’atmosphère du spectacle.

Lorsque, en 1963, France redouble sa troisième au lycée Paul-Valéry, elle a deux excuses valables : elle déteste les mathématiques (alors qu’elle est bonne élève en français et en langues étrangères) et, depuis déjà quelques mois, elle passe une bonne partie de son temps à enregistrer sa voix au magnétophone. Papa a déjà fait écouter les bandes à des collègues, et ils ont été unanimes :  La petite France, il faut la faire chanter … « Les choses sérieuses commencent très exactement le 11 juillet 1963. Présentée par Jacques Datin (compositeur-ami-de-papa), à M. Denis Bourgeois, directeur des Éditions Bagatelle, France subit un « essai de voix ». A Bagatelle, on ne s’était jamais occupé de jeunes chanteurs, mais on décide tout de suite de faire exception à la règle, bien persuadés qu’avec ses cheveux blonds, ses yeux verts et sa voix de collégienne, la fille de Robert Gall peut amener la fortune.

Le premier 45 tours sort en décembre. Titre vedette : Ne sois pas si bête. Démarrage excellent. Peu de temps après, deuxième disque : N’écoute pas les idoles, les Rubans et la Fleur. Le succès devient foudroyant avec le troisième 45 tours : Jazz à gogo, qui révèle à quel point France peut être excellente dans cette spécialité, aidée d’ailleurs par le fait que son accompagnateur, Alain Goraguer, est un excellent jazzman ; Mes premières vraies vacances, Soyons sages, et une chanson qui est une petite merveille de jeunesse et de gentillesse : la Cloche. Une chanson qui colle à sa voix, à sa personnalité.

Ceux qui mènent la carrière de France Gall sont vraiment des maîtres du métier. Le public vient à peine de déguster ce disque qu’on en sort un autre. Du rythme, encore : Laisse tomber les filles, On t’avait prévenue. Mais surtout une chanson douce et nostalgique qui va définitivement conquérir ceux qui ont passé l’âge de « balancer » en tapant dans les mains : Christiansen.

On n’en restera pas là, d’ailleurs. Quelques semaines après, c’est la sortie d’une chanson qui aurait pu ne faire que trois petits tours et disparaître dans la grande nuit des banalités : Sacré Charlemagne. Je n’hésite pourtant pas à dire que cette chanson-bébé (dixit France), gonflée de rythme, interprétée avec gentillesse et malice, est une des meilleures produites en France durant ces derniers mois.

BERTRAND PEYREGNE : Comment voyez-vous votre carrière, dans dix ans, dans vingt ans ?

FRANCE GALL : On m’a souvent posé cette question, et elle m’embarrasse toujours beaucoup. Parce que, justement, je ne me vois pas du tout telle que je serai dans quelques années. Peut-être que dans dix ans je serai mariée, j’aurai des enfants. Je le souhaite fermement, parce qu’après cette vie mouvementée, ce sera précieux de trouver le calme d’un foyer.

BERTRAND PEYREGNE : Vous resterez chanteuse, si vous vous mariez ?

FRANCE GALL : Non, absolument pas.

BERTRAND PEYREGNE : Vous pensez que ce sera possible d’abandonner d’un seul coup la scène, le succès ?

FRANCE GALL : Oui. Pas tout de suite, bien sûr. Mais je sais que pour moi ce sera possible : ce que je fais actuellement, c’est une passion, mais je veux un mari et des enfants, et je tiens à élever ceux-ci normalement.

BERTRAND PEYREGNE : Vous vous marierez avec un chanteur ?

FRANCE GALL : Oh ! pas du tout. Peut-être avec quelqu’un de ce métier quand même, parce que je l’aime beaucoup. Et puis, on arrive ainsi peut-être à se comprendre mieux …

BERTRAND PEYREGNE : Qui choisit vos chansons ?

FRANCE GALL : M. Denis Bourgeois, papa et moi. Beaucoup de mes chansons ont d’ailleurs été écrites par mon père. Le choix fait, Alain Goraguer me donne une bande magnétique avec l’accompagnement, et je travaille dessus, jusqu’à deux ou trois heures chaque jour.

BERTRAND PEYREGNE : Que faites-vous, à vos rares moments de loisirs ?

FRANCE GALL : J’aime faire du sport, aller au cinéma, jouer de la musique (piano, guitare et batterie), faire la cuisine (spécialité : gâteau au chocolat), et, surtout, retrouver mes amies de classe d’autrefois. Une, surtout. Elle s’appelle Catherine. Elle a 16 ans. Nous sommes les meilleures amies du monde.

BERTRAND PEYREGNE : Le fait que vous soyez une vedette, maintenant, ne change rien à cela ?

FRANCE GALL : Non, au contraire. Parce que, à cause des galas, des tournées, etc., nous nous voyons beaucoup mains souvent. Alors, à chaque retrouvailles, c’est encore plus agréable !

Merci de cela aussi, France Gall. De nous avoir prouvé que l’on peut être une grande jeune vedette et ne pas jouer les monstres sacrés …

Magazine : HELLO
Propos de Bertrand Peyregne
Mensuel du 15 mars 1965
Numéro : 28

Io sì – Tu no | Poupée de cire, poupée de son | Partition

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France Gall partition Io sì – Tu no, adaptation italienne de Poupée de cire publiée en 1965 – francegallcollection.fr
Partition italienne Io sì – Tu no de France Gall publiée en 1965, texte signé Vito Pallavicini – francegallcollection.fr

En 1965, après sa victoire à l’Eurovision avec Poupée de cire, poupée de son, France Gall connaît un succès international. La chanson écrite par Serge Gainsbourg est rapidement adaptée dans plusieurs langues, dont l’italien.

Le document présenté ici est un dépliant publié à l’époque, contenant la partition et le texte italien signé Vito Pallavicini sous le titre Io sì – Tu no. On y retrouve la mention du Grand Prix Eurovision 1965, l’éditeur musical Les Copains, ainsi que les crédits originaux attribués à Gainsbourg.

À l’intérieur, les paroles italiennes reprennent l’esprit espiègle et contrasté de la version française : le jeu des oppositions entre un « oui » et un « non », entre le blanc et le bleu, tout en conservant le refrain tendre qui célèbre « l’amour des jeunes, un baiser non, un baiser oui ».

Ce document rare illustre la diffusion européenne de la chanson et l’importance des adaptations linguistiques dans les années 1960. Il témoigne aussi du soin apporté à la promotion internationale de France Gall, notamment en Italie, où la chanson a été éditée avec partitions pour chant, mandoline ou accordéon.

Mentions légales | 1965 | IT | Dépliant partitions | Io sì – Tu no (Poupée de cire, poupée de son) | Texte original et musique : Serge Gainsbourg | Texte italien : Vito Pallavicini | Éditeur musical : Les Copains s.r.l., Milano | Co-édition : Bagatelle Éditions Musicales, Paris | Distribution : Edizioni Musicali Les Copains | Tous droits réservés | © 1965 Bagatelle Éditions Musicales / Les Copains s.r.l. | Fabrication : Italie