Accueil Blog Page 6

France Gall, une vie de lumière et de douleur

0
Après de longues années de réclusion, France Gall s'est éteinte des suites d'un cancer. Elle avait 70 ans.
Après de longues années de réclusion, France Gall s'est éteinte des suites d'un cancer. Elle avait 70 ans.
France Gall, une vie de lumière et de douleur

Décidément, les sixties ont la gueule de bois et le cancer ravageur.

Les artistes de cette époque s’éteignent les uns après les autres. Après la disparition de Johnny Hallyday, c’est France Gall qui nous quitte, à l’âge de 70 ans. En décembre dernier, elle avait été hospitalisée pour une infection sévère. Avec ces deux chanteurs, un sentiment d’insouciance et un morceau d’histoire populaire disparaissent. Souvenez-vous, en 1965, alors que Charles de Gaulle s’apprête à rempiler pour un second septennat et qu’avec lui une chape de plomb s’abat sur la société, une gamine blonde susurre à l’oreille des Français : « Mes disques sont un miroir/ Dans lequel chacun peut me voir/Je suis partout à la fois/ Brisée en mille éclats de voix … » France Gall a 18 ans et va rafler l’Eurovision avec cette Poupée de cire, poupée de son, écrite par un certain Serge Gainsbourg. L’époque des yéyé bat son plein. Edgar Morin, l’inventeur du mot, écrit au sujet de ce mouvement: « Il y a un message d’extase sans religion, sans idéologie, qui nous est venu par une prodigieuse injonction de sève noire, de négritude déracinée, dans la civilisation américaine … »

France Gall va, elle, poursuivre sa route, aux côtés de Michel Berger. Et n’hésitera pas à s’investir dans de nombreux combats, entre autres pour les pays africains, comme pour faire mentir Edgar Morin. Mais la mort de son mari puis celle de sa fille Pauline l’avaient profondément meurtrie. En 2009, elle confiait à VSD: « Le bel âge que je traverse me donne des envies de silence. » La voilà désormais exaucée.

L’adieu à France Gall par Patrick Talhouarn, rédacteur en chef adjoint de VSD.

Après de longues années de réclusion, France Gall s’est éteinte des suites d’un cancer. Elle avait 70 ans.

Une idée reçue veut que les idoles yéyé n’ont enregistré que des adaptations de succès anglo-saxons. France Gall est le parfait contre-exemple de cette règle. S’en remettant aux mains de son paternel, Robert Gall, mais également de Serge Gainsbourg ou encore d’Alain Goraguer, elle se construit un répertoire original, car sans concession à cette invasion étrangère et faisant preuve d’un véritable savoir-faire en la matière. Il y a dès ses premiers disques, en 1963, alors qu’elle n’affiche qu’un petit 16 ans, des jolis moments de fraîcheur pop sur lesquels le temps n’a aucune prise, accompagnés de sucreries acidulées et autres ballades romantiques :

Mes premières vraies vacances, N’écoute pas les idoles, Ne dis pas aux copains, Ne sois pas si bête … La liste est longue.

Née dans le 12e arrondissement de Paris le 9 octobre 1947, Isabelle (pour l’état-civil) Gall est une enfant de la balle. Son père, Robert, chante et compose pour Charles Aznavour (La Mamma), Édith Piaf (Les Amants merveilleux) et quelques autres. Sa mère, Cécile Berthier, chante aussi, elle est elle-même la fille de Paul Berthier, cofondateur des Petits Chanteurs à la croix de bois. Après avoir souvent manqué l’école pour accompagner son père dans les coulisses de spectacles auxquels il participe, Isabelle fonde un orchestre avec ses deux frères, Patrice et Philippe. Son père lui suggère d’aller voir l’éditeur Denis Bourgeois pour lui chanter une reprise de Charles Aznavour, Donne tes seize ans. Bingo ! Elle est illico engagée chez Philips, ses parents signent le contrat car la belle est encore mineure. Son premier 45 tours sort en 1963 et Isabelle y devient France, histoire qu’on ne la confonde pas avec l’autre Isabelle maison, Isabelle Aubret. Son répertoire sera celui d’une succession de chansons formatées pour la radio, qui enthousiasment la génération des copains. En quelques semaines, mademoiselle Gall est propulsée au même rang que les Françoise Hardy, Sheila et autres Sylvie Vartan. Et France est sélectionnée pour le grand prix de I ‘Eurovision, retransmis en direct le 20 mars 1965. Note : c’est sous bannière luxembourgeoise qu’elle chante, Guy Mardel concourant pour la France avec un titre lui aussi promis à l’immortalité, N’avoue jamais. France Gall remporte la timbale devant 150 millions de téléspectateurs, grâce à une mini-symphonie au rythme endiablé Poupée de cire, poupée de son, mitonnée par Gainsbourg. Un morceau de génie pour beaucoup, une atrocité pour d’autres, notamment les musiciens de l’orchestre qui ne supportent pas le rythme de cavalerie imposée par le compositeur pygmalion.

Cette chanson est un tsunami musical que la demoiselle va interpréter en allemand et en anglais. À l’époque, il s’en vend deux millions d’exemplaires. Mais son compagnon d’alors, Claude François, est furieux. Égocentrique et jaloux, au lieu de féliciter sa chère et tendre, il la largue sur l’air du « T’as gagné l’Eurovision ? Tu m’as perdu !» Deux ans plus tard, cette rupture violente inspirera au chanteur les paroles de Comme d’habitude. Beau succès qui connaîtra une seconde vie encore plus époustouflante en étant traduit en anglais et chanté par Frank Sinatra, Paul Anka et des centaines d’autres : My Way. Mais c’est une autre histoire.

Poupée de cire … donne son nom au deuxième album de la chanteuse, sur lequel figure l’imparable Sacré Charlemagne. Une création de son père et de Georges Liferman qui fera le tour du monde, et deviendra un hymne pour donner du courage aux chères têtes blondes de dizaines de pays, alors que l’empereur d’Aix-la-Chapelle n’est en rien l’inventeur de l’école. Là encore, deux millions d’exemplaires vendus. Là-dessus, Serge Gainsbourg offre à sa Lolita les sulfureuses Sucettes … qu’elle chante très naïvement au premier degré – elle n’a que 19 ans. Ce titre marque la fin d’une époque car France Gall, comme tous les yéyé, souffre de l’arrivée de chanteurs plus « adultes », tels Jacques Dutronc, Michel Polnareff ou Julien Clerc, qui devient son compagnon. Après un léger creux et une mini-carrière outre-Rhin, elle confie la suite des événements à un certain Michel Berger : il a produit les deux premiers albums de Véronique Sanson et vient de redonner un second souffle à une autre chanteuse yéyé, Françoise Hardy, avec Message personnel. Heureux choix.

Pourtant, Berger hésite. France Gall ne fait pas partie de son univers et il est atterré par le niveau des compositions qu’elle accepte de chanter. Mais il veut bien essayer. Contre toute attente, elle devient alors son égérie. Mieux : sa compagne et elle l’épouse le 22 juin 1976. Ils auront deux enfants Pauline (née en 1978) et Raphaël (né en 1981). Ce sont des années de bonheur et France pense quitter le métier pour se consacrer à sa petite famille, ce qui provoque l’ire de son mari.

Dans les années soixante-dix, Berger lui écrit du sur-mesure de très haut vol. Une variété de qualité qui permet à la jeune femme de garder un éternel air mutin idéal pour conjuguer pop anglaise et chanson française quatre étoiles. Le prémonitoire La Déclaration d’amour est leur premier succès. Suivront Musique, Si, maman si, Viens je t’emmène ou Il jouait du piano debout (en hommage à Jerry Lee Lewis et pas à Elton John – avec qui elle chante à la même époque Donner pour donner), Résiste, Débranche ou encore Hongkong Star … Tous deux participent à de nombreuses œuvres de charité musicale (Chanteurs sans frontières, SOS Éthiopie) et de charité tout court via l’association Mali Action Écoles, opération visant à financer des microcrédits pour lutter contre la famine. Ils dédient une chanson, Babacar, à une jeune Africaine mère célibataire,

Las, les histoires d’amour finissent mal, en général. Le 2 août 1992, Berger s’écroule, foudroyé par une crise cardiaque. Dans les mois qui suivent, on diagnostique à France un cancer du sein … Cinq ans plus tard, leur fille Pauline, atteinte de mucoviscidose, s’éteint le 15 décembre 1997. Elle avait 19 ans. La chanteuse fait alors vœu de silence. Elle se retire, s’efface progressivement de la vie sociale.

Pendant vingt ans, elle vit entre le 16° arrondissement de Paris et son Sénégal d’adoption. Quasiment recluse. Et lorsqu’elle assiste au retour de Michel Polnareff sur une scène parisienne, elle attend que toutes les lumières de Bercy soient éteintes pour regagner son siège, protégée sous une capuche. C’était en 2007. Cinq ans plus tôt, elle avait consacré un livre à Michel Berger, l’amour de sa vie, Si le bonheur existe, réactivant sa vieille brouille avec l’autre groupie du pianiste, Véronique Sanson. Les dernières nouvelles publiques de France Gall datent de 2012 quand est montée Résiste, une comédie musicale dédiée à ses années Berger, justement, avec des comédiens pour jouer le rôle du couple emblématique. Son ultime triomphe. France Gall s’est éteinte dimanche dernier à l’Hôpital américain de Neuilly. Elle avait 70 ans. Par Christian Eudeline

Alors réfugiée dans l’ombre, France Gall était sortie de son silence en recevant VSD dans son loft de la plaine Monceau, en 2009. Pour évoquer les 30 ans de Starmania, l’opéra rock de Michel Berger et Luc Plamondon, mais aussi ses bonheurs et les fracas de son existence. Extraits.

VSD. Ces trente années ont-elles passé vite ?

France Gall. Pas du tout. J’ai eu mille vies, de bonheurs, de drames, de musique … Et ma vie, aujourd’hui, est tellement différente. Je passe en général quelques mois au Sénégal, souvent l’hiver.

Vous êtes peinarde ?

Je ne suis jamais peinarde. Dès que quelqu’un accoste sur l’île de N’Gor, un enfant ou un pêcheur lui propose de lui « montrer la maison de France Gall ». Et, deux fois par jour, un guide relate ma vie, enfin plutôt n’importe quoi, comme « c’est ici qu’elle a guéri ses maladies ». Je lui ai conseillé d’aller la raconter devant la maison d’à côté ! Ce que j’y aime, c’est le retour vers le passé de ce lieu où l’on prend son temps, où je vis avec les vagues, l’eau, le vent, les oiseaux, l’océan.

Michel Berger a été emporté par une crise cardiaque en 1992, votre fille Pauline par la mucoviscidose cinq ans plus tard. Comment se reconstruire après de telles épreuves ?

Je me suis beaucoup reconstruite dans cette maison perdue au milieu de la mer, sans électricité, J’ai découvert cette île en 1968. Depuis, j’y suis toujours revenue. Il y avait une ferme normande à vendre, ça m’a fait tellement rire d’aller aussi loin pour trouver des colombages. Après la perte de Michel puis celle de ma fille, j’ai aimé la manière dont les femmes m’ont accueillie, sans un mot, en se couvrant le visage de leur boubou. Une magnifique façon de montrer leur peine.

Quelles sont vos clés du bonheur ?

Le bel âge que je traverse me donne des envies différentes qui passent par la douceur, le silence. Je n’en peux plus des gens qui parlent sans cesse, remplissent les espaces. Aujourd’hui, en choisissant l’ombre, j’écoute ma nature profonde. Même si j’étais portée par l’amour du public, par mon métier, je me suis fait violence pour être dans la lumière. Je ne sors pas de chez moi, c’est une enveloppe où je me sens protégée du fracas de la vie. J’ai retrouvé une liberté. Je fuis les contraintes, seules une quinzaine de personnes ont mon numéro de portable.

Vous avez arrêté de chanter avant vos 50 ans …

Je ne me suis pas consolée de la même manière du départ de Michel et de celui de Pauline. Chanter m’a aidée, je me suis noyée dans la musique, le public. Pauline … non, ça m’a donné envie de me taire.

Êtes-vous nostalgique de votre vie d’avant ?

Pas du tout. Cette vie je l’ai eue, je l’ai connue, je l’ai aimée. Et mon rêve absolu était d’avoir des enfants.

Quelles sont les valeurs que vous transmettez à votre fils Raphaël ?

Les enfants sont imprégnés de ce qu’ils voient. Raphaël comprend la différence devant ses copains dévastés quand ils sont confrontés à la mort. À la vue d’une photo de son père ou de sa sœur, lui ne l’est pas.

Le temps qui passe est-il un ami ?

La jeunesse, c’est la beauté mais l’ignorance. Vieillir, c’est l’expérience. Chaque soir, je remercie pour la journée passée. Je n’ai pas toujours remercié, j’ai dit aussi : « Ce n’est pas possible », on essaie de comprendre … Et j’ai compris qu’il faut accepter ce dont on n’est pas responsable, Comme le fait que, depuis sa mort, Pauline ne souffre plus de sa maladie. Je suis ouverte à la vie. La rencontre avec Michel, c’est une histoire unique. Qu’une personne que l’on aime écrive les mots qui nous correspondent exactement. Ca donne une force I Ce n’était pas le hasard. Le hasard, ce mot que Dieu a inventé pour passer incognito.

Par Laurence Durieu

Magazine : VSD
Date : du 10 au 17 janvier 2018
Numéro : 2107

Merci à Elisabeth.

France Gall, sa vie pour la musique

0
France Gall : Une génération nous quitte.Une génération s'en va. Qui a bercé nos jeunes années de sa fougue, de ses espoirs, de sa force et de ses fragilités. France Gall à son tour nous dit adieu.
France Gall : Une génération nous quitte.Une génération s'en va. Qui a bercé nos jeunes années de sa fougue, de ses espoirs, de sa force et de ses fragilités. France Gall à son tour nous dit adieu.
France Gall, sa vie pour la musique

Édito / Paradis blanc

Une génération nous quitte.

Une génération s’en va. Qui a bercé nos jeunes années de sa fougue, de ses espoirs, de sa force et de ses fragilités. France Gall à son tour nous dit adieu.

De l’artiste, nous avons tant de chansons qui nous restent. La bouleversante Évidemment, chantée en souvenir de Daniel Balavoine, Babacar ou La chanson d’Azima, qui reflètent son engagement passionné pour l’Afrique, mais aussi les plus entraînantes Viens je t’emmène ou Il jouait du piano debout, dans lesquelles se concentre toute sa joie de vivre. De la femme, on retiendra le courage extraordinaire alors que, si profondément blessée, elle a su continuer à trouver du sens, à partager. « Résiste, prouve que tu existes », chantait-elle. Mais aussi : « Elle a ce tout petit supplément d’âme/ Cet indéfinissable charme/ Cette petite flamme … » Ses tubes parlent des autres et pourtant disent tout d’elle. France Gall qui a perdu son amour, Michel Berger, à 44 ans seulement. France Gall brisée lorsque sa fille Pauline, 19 ans tout juste, meurt de cette maladie atroce, la mucoviscidose, qui paralyse peu à peu les poumons. Face à la tombe de son enfant, elle lui avait dit ces mots poignants : « Ma chérie, tout le monde est là pour te dire au revoir. Et respire maintenant! » Comment ne pas être touché par ce qu’elle a traversé ? « À la disparition de Michel, j’ai eu envie de continuer à chanter. À la disparition de Pauline, j’ai eu envie de me taire », avait-elle confié. France Gall avait pris de la distance avec la scène. Qui pourrait l’en blâmer ?

Elle n’avait pas pris de distance avec ses engagements, continuant à œuvrer autour d’elle pour changer les choses. Au fond, toute sa vie elle aura donné.

À son mari, à ses enfants, à son public, à ceux qui en avaient besoin. Et c’est cette générosité qui fait le lien entre toutes les femmes qu’elle a été: « Faire de la musique, c’est un acte d’amour», disait-elle.

Merci France Gall de nous avoir si bien aimés.

Par Adélaïde de Clermont-Tonnerre – Directrice de la rédaction de Point de vue


France Gall, sa vie pour la musique

Le mouvement de tête d’avant en arrière vient du plus profond de son âme. Ses cheveux blonds battent le tempo avec fougue. Ils protègent son visage doux, presque enfantin. Son corps renvoie l’énergie de la foule qui chante Tout pour la musique. Sa voie claque et entame le couplet : « Et ils balancent leurs têtes/Comme de vraies mécaniques/Comme des piles électriques … » La foule reprend le refrain : « Tout pour la musique ».

En octobre 1982, France Gall triomphe à Paris, elle est à l’apogée de sa carrière. Cette chanson est la sienne. Depuis toujours, elle donne, effectivement, tout pour la musique. Sa vie, sa voix, sa force et son courage. Plus qu’un métier, c’est une passion. Sa raison de vivre. Dans le salon cossu d’un grand appartement parisien, la jeune « Babou » s’applique sur les cordes de sa guitare neuve. De son vrai nom Isabelle Gall, la future France, fille de Robert Gall et de Cécile Berthier ne veut pas rater sa démonstration devant Claude Nougaro, un ami de la famille. Après un récital presque parfait, la fillette âgée de 11 ans reçoit les félicitations du chanteur et les encouragements de son père. Robert Gall connaît la musique, il écrit pour Piaf et Aznavour. À bonne école, Isabelle a le droit de sécher les cours pour assister avec lui aux concerts de ses amis chanteurs. Chez les Gall, la musique est une religion. Son père forme son « petit caporal », comme il l’appelle, lui apprend les ficelles du métier et le respect du public.

L’enfant de la balle n’a pas froid aux yeux. Elle veut faire carrière. Séduit par son talent et sa volonté, son père signe pour elle un contrat de quatre titres chez Philips en 1963. Isabelle devient France et enregistre avec le compositeur Alain Goraguer, jazzman et fabricant de tubes pour Serge Gainsbourg. Ses premières chansons sont diffusées le jour de son seizième anniversaire. Le deuxième 45 tours, en 1964, N’écoute pas les idoles, lui apporte son premier succès et un article dans Paris Match. Côté cœur, elle commence une histoire d’amour intense avec Claude François. Mais France Gall ne veut pas rester dans l’ombre. Elle chante en première partie de Sacha Distel et continue d’apprendre le métier. Fin 1964, elle enregistre Sacré Charlemagne pour faire plaisir à son père, qui l’a écrite. Cette comptine pour enfants est un retentissant succès et une méprise. France Gall la déteste. L’année suivante, l’ovni musical Poupée de cire, poupée de son, de Serge Gainsbourg, lui fait gagner l’Eurovision. Elle apparaît mal à l’aise à l’écran. En fait, apprenant qu’elle avait remporté le prix, Claude François rompt juste avant qu’elle ne remonte sur scène pour réinterpréter la chanson récompensée devant les caméras. Après trois ans d’amour en dents de scie, le couple se sépare définitivement. Pour s’en remettre, Claude François écrit Comme d’habitude.

Serge Gainsbourg est incorrigible. Après avoir obtenu la gloire avec sa poupée, il demande à France Gall de devenir « Annie [qui] aime les sucettes à l’anis ». Succès, double sens, scandale. La chanteuse ne perçoit pas la signification Gainsbourienne des paroles, tout le pays s’en amuse. La manipulation fait mal, les ventes ne décollent plus. Sa carrière patine, mais son cœur brûle pour Julien Clerc. Le couple s’aime pendant cinq ans avant que France ne rêve d’ailleurs. À l’annonce de la disparition de son ancienne compagne, Julien Clerc a twitté: « France, nous avions 20 ans, des bonheurs, des chagrins. Une part de ma vie s’en va avec toi. »

En 1973, elle profite d’une rencontre avec Michel Berger pour lui demander de jeter un coup d’ œil aux textes de son producteur. Le chanteur vit une période terrible. Inexplicablement, brutalement, Véronique Sanson l’a quitté, « en allant acheter des cigarettes », pour le chanteur Stephen Stills. Berger reprend goût à la vie auprès de France Gall. Ils commencent alors une collaboration artistique qui, en 1974, délivre sa première merveille, La Déclaration d’amour. Leur passion enchante la France. Michel Berger devient son pygmalion, son auteur, sa vie. La douceur de ses paroles épouse les chaudes intonations de sa voix. Ils se marient devant le Tout-Paris le 22 juin 1976. Un amour couronné par la naissance de leur fille Pauline deux ans plus tard. L’année suivante, commence la légende Starmania. Daniel Balavoine, Diane Dufresne, Fabienne Thibeault révolutionnent la comédie musicale, au côté de France Gall qui est Cristal. Artiste accomplie, mère épanouie – Raphaël naît en 1981 – France Gall fait chavirer le cœur des années 1980 avec ses plus beaux titres : Il jouait du piano debout (en hommage à Jerry Lee Lewis), Résiste, Diego libre dans sa tête, Si Maman si … la France entonne Débranche en 1984 et rêve sur Cézanne peint. L’Afrique de Babacar, la combativité de Ella, Elle l’a … France Gall chante avec son âme, toutes les générations reprennent ses refrains. L’Afrique est la grande cause humanitaire de l’époque. France Gall retrouve Daniel Balavoine sur le maxi-45 tours Éthiopie. Elle reste sans voix lorsqu’il périt le 14 janvier 1986. Mais le pire est à venir. Le 2 août 1992, Michel Berger a un coup de chaud pendant une partie de tennis à Ramatuelle. Le soir même, il est terrassé par une crise cardiaque, à 44 ans. France Gall est brisée par la douleur. Une perte insurmontable. Son amour, son ami, son frère, son mentor disparaît brutalement. Elle est submergée par la tristesse. L’année suivante, son corps transforme sa peine en maladie, on lui diagnostique un cancer du sein. Le sort s’acharne. À peine est-elle stabilisée, que sa fille Pauline est emportée le 15 décembre 1997 par une mucoviscidose. Elle était la gentillesse incarnée, se retenant de tousser pour ne pas réveiller son chien. Sa trajectoire d’étoile filante laisse sa mère dans un désert de solitude malgré la présence de son fils. Affaiblie et meurtrie, France Gall se retire définitivement de la scène. Six mois par an, elle s’envole pour le Sénégal dans l’île de N’Gor. Loin du tumulte parisien, elle panse ses plaies et repose son corps, toujours fragile. En 2015, elle participe à la création de Résiste, une comédie musicale inspirée des chansons de Michel Berger. L’occasion d’apercevoir à ses côtés un musicien grand et fin, Bruck Dawit, son nouveau compagnon, son dernier amour.

En décembre dernier, elle est conduite discrètement à l’Hôpital américain de Neuilly pour soigner la récidive de son cancer. Le 7 janvier, à 70 ans, France Gall rejoint son paradis blanc, celui de Michel et de sa fille.

Magazine : Point de vue
Date : du 10 au 16 janvier 2018
Numéro : 3625

Merci à Elisabeth.

France Gall, morte dans les bras de son fils

0
Michel Berger, victime d'une crise cardiaque, laisse France Gall désemparée. Fuyant le monde, elle s'isole avec ses enfants, Pauline, alors âgée de 14 ans, et Raphaël, 11 ans.
Michel Berger, victime d'une crise cardiaque, laisse France Gall désemparée. Fuyant le monde, elle s'isole avec ses enfants, Pauline, alors âgée de 14 ans, et Raphaël, 11 ans.
France Gall, morte dans les bras de son fils

Le mal s’est déclaré quand il est parti … Le 2 août 1992, France Gall pleure son pygmalion.

Michel Berger, victime d’une crise cardiaque, la laisse désemparée. Fuyant le monde, elle s’isole avec ses enfants, Pauline, alors âgée de 14 ans, et Raphaël, 11 ans.

« Eux et moi, on vit notre petite vie. On s’aime comme des fous, on se touche tout le temps pour se rassurer. » Tout ce qu’elle souhaite alors c’est « être heureuse le plus vite possible. En fait, je voudrais que le processus de cicatrisation s’accélère. Je guette les arcs-en-ciel ». Quand elle regarde là-haut pourtant, elle ne voit que lui … Si elle enregistre Mademoiselle Chang, pendant près d’un an, elle ne remonte pas sur scène. Quand elle s’y décide enfin, elle en est empêchée. La disparition de Michel a instillé la peine en son esprit et le mal en son corps. « A l’annonce de la mort de Michel, j’ai ressenti une douleur dans le ventre, dans le corps, tellement forte, je me suis dit qu’elle devait ressortir d’une manière ou d’une autre. » C’est le cas. Lors d’une visite médicale, on lui détecte une tumeur maligne au sein. Le 22 avril 1993, France Gall est opérée en urgence. Deux mois durant, elle subit un traitement par radiothérapie.

« On m’a juste enlevé une petite boule dans le sein qui n’a pas laissé l’ombre d’une cicatrice. Et il est fort probable, m’ont dit les médecins, que je n’en entende plus parler. »

La vie reprend. La chanteuse s’installe avec Pauline et Raphaël à Los Angeles. La distance ne permet pourtant pas l’oubli. Elle songe au suicide, passe par toutes les phases du désespoir. Seul l’amour pour ses enfants la sauve. Il ne lui manque plus qu’à retrouver son cœur de femme. Il se remet à battre un jour de 1995 … Il s’appelle Bruck Dawit. Cet Américain d’origine éthiopienne est ingénieur du son, mais aussi compositeur, arrangeur, producteur. Il a travaillé avec Prince, Michael Jackson, Bruce Springsteen, les Rolling Stones … Très vite, France et lui se murmurent quelques mots d’amour. Ils se voient presque tous les jours. Pour être plus proches, il s’installe dans une maison voisine. France aurait aimé emménager avec lui, mais elle ne veut pas “perturber” ses enfants en bouleversant le cocon familial.

Nul ne le sait alors, mais sa fille Pauline souffre, depuis 1985, de la mucoviscidose, une maladie rare qui touche les voies respiratoires et le système digestif. La jeune fille aux beaux yeux bleus ne se plaint jamais. France Gall dira : « Pauline avait le pouvoir de déclencher l’hilarité juste avec son rire. Le pouvoir de nous apprendre la patience. Le pouvoir de se faire aimer jusqu’à en briser le cœur d’un père. Le pouvoir de souffrir en secret. Le pouvoir d’être quand même heureuse dans cette vie irrespirable. Et surtout le pouvoir de nous pousser à donner ». Pauline meurt le 19 décembre 1997, dans sa dix-neuvième année. France Gall ne s’en remettra jamais. Elle met un terme à sa carrière et s’exile à nouveau, à l’autre bout du monde, au Sénégal, sur la petite île de Ngor, où elle possède une maison depuis dix ans. Son fils Raphaël et Bruck Dawit l’accompagnent. Là-bas, on la surnomme « France-Sénégal ». Les gens du lieu sont très attachés à elle, parce qu’elle a su s’intégrer mais aussi parce qu’elle a aidé plusieurs familles. Tout le monde a en tête Babacar, cet enfant qu’elle et Michel ont sauvé … Ce pays va la sauver à son tour. Pendant treize ans, plus de lettres de France.

« On sentait qu’elle n’avait plus envie de communiquer, confiera Richard Berry. Le décès de Pauline a été terrible. »

Son retour sur une scène, on le devra à Johnny Hallyday. Les 12 et 15 août 2000, il lui demande de le rejoindre sur la scène de L’Olympia pour interpréter « Quelque chose de Tennessee ». Un court retour mais on le sent bien, elle n’a plus le cœur à la chanson. La mélodie s’est tue le jour de la disparition de Pauline. Pour les vingt ans de la mort de Michel Berger, avec son compagnon Bruck Dawit, elle écrit le spectacle Résiste, qu’elle regarde des coulisses. Tandis que chanteurs et danseurs font revivre les chansons de Michel, France affronte une nouvelle fois le cancer. Seuls son fils Raphaël et Bruck le savent. Leur amour et les soins n’y suffisent pas. Le mal ne va plus cesser … En février 2016, la chanteuse doit être hospitalisée pour insuffisance cardiaque. Elle demeure neuf jours en soins intensifs à l’Hôpital américain de Neuilly. Quand elle en sort, elle retourne au Sénégal se reposer. Mais le mal continue son œuvre effroyable.

Le 9 décembre dernier, trop affaiblie, elle ne peut participer à l’hommage populaire en l’honneur de Johnny. Elle envoie un petit mot, mais ne dit rien de son état de santé, qui continue de se dégrader … Le 19 décembre, elle est à nouveau admise à l’Hôpital américain. On évoque des problèmes respiratoires. Les médecins semblent pessimistes. Elle retourne chez elle le 27. Pour vingt-quatre petites heures car la douleur est trop grande. Le 29, on diagnostique une infection pulmonaire généralisée … Son fils Raphaël ne la quitte pas. La vie qui lui a déjà enlevé son père et sa sœur ne peut pas être aussi injuste … S’il a prié pour qu’on lui laisse sa mère, il n’a pas été entendu. Le dimanche 7 janvier, à 10 heures, la mort est venue la prendre. L’a-t-elle sentie ? Selon le témoignage d’un membre du personnel hospitalier, Raphaël tenait sa mère dans ses bras quand elle a fermé les yeux pour la dernière fois. Jean MARC

——–

Dans la famille Gall, c’était vraiment tout pour la musique. Ancien élève du Conservatoire, Robert Gall, le papa d’Isabelle alias France, a été chanteur et auteur, notamment pour Piaf et Aznavour (La Mamma).

Quant à son épouse Cécile, elle était la fille du cofondateur des Petits Chanteurs à la croix de bois. C’est dire si la petite « Babou » a baigné dans un univers musical et s’est presque vue obligée d’apprendre le piano et la guitare dès l’âge de 5 ans. D’ailleurs, avec ses deux frères, les jumeaux Patrice et Philippe, ils forment un petit groupe pour jouer sur les plages. Convaincu du potentiel de sa fille, Robert l’incite à enregistrer quelques chansons en 1963 et remet les bandes à un ami, éditeur musical chez Philips, Denis Bourgeois. Celui-ci étant aussi le directeur artistique d’un certain Serge Gainsbourg. Lors de la signature de son contrat, signé par son père Isabelle étant mineure, il est décidé qu’elle prendra le prénom de France car Isabelle est déjà pris par Isabelle Aubret.

Le jour de ses 16 ans, le 9 octobre 1963, son premier tube « Ne sois pas si bête » passe à la radio et se place à la 44e place du hit-parade de Salut les Copains juste derrière « Tu n’y crois pas » de … Michel Berger. L’année suivante, Gainsbourg compose une première mélodie pour sa nouvelle jeune muse, « N’écoute pas les idoles », qui arrive directement en tête du hit-parade ! Pour la petite France qui vient de redoubler sa troisième, l’école est finie. Elle préfère répondre à sa première interview dans Paris-Match et assurer la première partie de Sacha Distel à Bruxelles ! Dès lors, tous les plus grands veulent écrire pour la « Lolita française » qui cartonne encore avec « Sacré Charlemagne » co-écrit par son papa. Mais c’est encore « L’homme à la tête de chou » qui a sa préférence avec « Laisse tomber les filles » et « Poupée de cire, poupée de son » qu’elle interprète au 10e concours de l’Eurovision de la chanson à Naples où elle représente le Luxembourg. Devant 150 millions de téléspectateurs, sa voix haut perché et mal assurée étonne et à la surprise générale, elle remporte le concours (alors que la France ne lui donne aucun point !) Seulement en coulisses, un drame se noue. Outre le fait que son compositeur a été viré du concours pour mauvais comportement à l’encontre des musiciens du plateau, la petite France subit son premier et vrai grand chagrin d’amour. Depuis quelque temps en effet, la chanteuse de 17 ans vit un amour interdit avec Claude François, de huit ans son aîné, et toujours marié à Janet Woollacott. Le soir de ce triomphe napolitain, l’interprète de « Belles, belles, belles » ne supportant pas la popularité de sa jeune maîtresse l’appelle et lui déclare : « Tu as gagné mais tu m’as perdu » pour lui signifier leur séparation ! Quand France remonte sur scène afin de recevoir son prix, tout le monde pense qu’elle verse des larmes de joie alors qu’elle vit un « drame absolu » comme elle le révélera sur France 2 en 2015. Malgré tout, le couple se rabibochera avant de se séparer définitivement en 1967. Une seconde rupture qui inspirera à Claude François son plus grand tube mondial : « Comme d’habitude. »

Dès lors, si le nom de France Gall est désormais connu en Europe, il va être raillé en France à cause de Serge Gainsbourg qui continue d’écrire pour elle dont les fameuses « Sucettes à l’anis ». La jeune ingénue ne comprenant le double sens de la chanson qu’une fois diffusée sur toutes les radios, s’est dit humiliée par ce titre. Ce sera aussi son dernier succès en France au cours des années 60 même si sa blondeur reste populaire en Allemagne. Même la collaboration de Joe Dassin (« Toi que je veux ») ne prend pas.

Heureusement, durant cette traversée du désert artistique, France a le coup de foudre pour un jeune hippie dans les coulisses de la comédie musicale Hair : Julien Clerc. Celui-ci ne voulant pas décevoir son large public féminin, leur idylle de cinq ans reste secrète. Mais cette fois, c’est elle qui ne supporte plus de vivre dans l’ombre de son compagnon. Alors qu’elle le quitte en 1974, Julien, l’amant éconduit, demande à son parolier préféré, Etienne Roda-Gil, de lui écrire l’une de ses plus belles chansons d’amour : « Souffrir par toi n’est pas souffrir » : « Si un jour tu veux revenir/Sans mots, sans larmes, sans même sourire … ». France ne reviendra pas. Son sourire radieux s’illumine déjà devant sa nouvelle étoile : Michel Berger … Alexandre LE BOURZECH

—–

Ce sera d’abord un coup de foudre vocal. Un soir d’automne 1973, France entend à la radio « Attends-moi » de Michel Berger.

Elle ne sait pas encore que ce jeune surdoué de la musique chante cette complainte pour Véronique Sanson qui vient de le quitter. On retrouve d’ailleurs sur la face B de ce 45 tours : « Si tu t’en vas ». C’est peu dire que Michel est dévasté lorsque France l’appelle pour le rencontrer. Une première entrevue au cours de laquelle la jolie blonde lui fait écouter des chansons commandées par ses producteurs. « C’est nul », lui lance Michel complètement déconcerté. « Plus personne ne voulait miser un kopeck sur moi », se souviendra-t-elle plus tard. Malgré sa déception, France insiste et réussira à travailler avec lui en faisant une voix pour « Mon fils rira du rock’n’roll ». Le début d’une belle et longue histoire d’amour car, ensuite, Michel accepte d’écrire pour elle, et pas le moindre des titres : « La Déclaration d’amour ». Le style Berger-Gall est né en 1974. France se souvient d’avoir été « apaisée » la première fois qu’elle s’est assise avec lui au piano. Dès lors, son « existence en a été transformée ». Un an plus tard, Michel Berger, décidément bien inspiré, écrit pour sa nouvelle muse son premier album avec « Comment lui dire ». Exit la petite France des sixties. Michel va en faire une pop star, une véritable machine à tubes. En cadeau de mariage, en 1976, il lui écrit et chante avec elle « Ça balance pas mal à Paris ». Le couple devient iconique. Alors qu’il y a encore quelques années, France était vue comme une petite interprète de bluettes un peu bébêtes, elle devient une chanteuse à la mode.

Ses albums à venir ont même plus de succès que ceux de son propre mari. C’est lui alors qui la pousse sur scène. Jusqu’à présent, France n’a connu que des plateaux télés ou des premières parties. En 1978, l’année de naissance de leur petite Pauline, France investit le Théâtre des Champs-Élysées pour y chanter « Musique » et « Si maman si » dans un spectacle exclusivement composé de femmes ! S’ensuit alors le triomphe de la comédie musicale « Starmania » grâce à laquelle ils font l’une de leurs plus belles rencontres amicales avec Daniel Balavoine. Au début des années 80, le couple est au sommet de sa gloire. Du Palais des sports au Zénith, France joue plusieurs semaines à guichets fermés.

Sous la baguette de Michel, ses spectacles révolutionnent les concerts à la française avec une vraie mise en scène pour chaque chanson et de nombreux danseurs sur scène. Un triomphe ! Il est vrai que de nombreux tubes sont encore passés par là : « Tout pour la musique », « Résiste », « Il jouait du piano debout », etc. Entre 1980 et 1985, alors que vient de naître Raphaël, en 1981, France est numéro un du Top album avec trois 33 tours dont « Débranche » durant trente-six semaines. Elton John accepte même de chanter en duo avec elle : « Donner pour donner » ! Le succès entraînant le succès, Michel connaît à son tour les joies de la scène en solo grâce à son tube « La Groupie du pianiste ». Avec sa groupie numéro 1, l’osmose est totale au point qu’ils se ressemblent, notamment dans leur façon de parler. Après le succès plus engagé de « Diego, libre dans sa tête », le couple, qui est régulièrement reçu à l’Élysée par le président Mitterrand, s’engage dans l’humanitaire.

Ensemble, ils se découvrent une vraie passion pour l’Afrique après avoir chanté avec d’autres Français contre la famine en Éthiopie. Avec Daniel Balavoine et Richard Berry, ils fondent Action école où des élèves des établissements français récoltent des fonds pour financer des projets destinés à lutter contre la famine sur le continent africain. Au cours d’un de leurs voyages, ils rencontrent la mère d’un bébé sénégalais qui veut leur confier son fils afin qu’il puisse échapper à la pauvreté. La chanteuse refuse mais aide la maman à élever son enfant baptisé Babacar. Le titre d’un somptueux album dans lequel on retrouve « Évidemment » en hommage à leurs amis disparus : Daniel Balavoine et Coluche. Le coup de foudre pour ce pays est tel qu’ils décident d’y acheter une maison sur l’île de N’Gor, en face de Dakar, où ils font construire une école! La « négresse blonde », comme l’a lui-même baptisée Michel dans une chanson, y passera la moitié de ses années de fin de vie. A la fin des années 80, ce recul africain ralentit leur productivité. Aussi, les fans sont très impatients lorsqu’on leur annonce la sortie d’un album en duo en 1992 : « Double Jeu ». Ils n’auront le temps d’enregistrer qu’un seul clip : « Laissez passer les rêves ». Durant l’été, avant une tournée programmée pour l’automne, Michel est foudroyé par une crise cardiaque sur le court de tennis de leur villa de Saint-Tropez !

A posteriori, les paroles de « Jamais partir », l’une des chansons de l’album posthume, sont terribles : « Personne ne saura être sans savoir devenir/ Quelqu’un sera là peut-être pour se souvenir/Que j’étais là/Que c’était toi/Il ne faudrait jamais partir. » Sans Michel, parti pour toujours, la vie de France ne sera jamais plus pareille. Comme si elle devait refermer cette douce parenthèse enchantée. Privée de son étoile, elle voit s’accumuler inexorablement des nuages noirs sur sa jolie tête blonde … Alexandre LE BOURZECH

Magazine : Ici Paris
Par Jean Marc, Alexandre Le Bourzech
Date : 10 janvier 2018
Numéro : 3784

Merci à Elisabeth

France Gall, une vie en chansons

0
France Gall une vie en chansons La chanteuse est morte dimanche 7 janvier, à l'âge de 70 ans. Elle était depuis les années 1960, l'une des interprètes les plus populaires de la variété française.
France Gall une vie en chansons La chanteuse est morte dimanche 7 janvier, à l'âge de 70 ans. Elle était depuis les années 1960, l'une des interprètes les plus populaires de la variété française.
France Gall, une vie en chansons

France Gall une vie en chansons
La chanteuse est morte dimanche 7 janvier, à l’âge de 70 ans.

Elle était depuis les années 1960, l’une des interprètes les plus populaires de la variété française.

Elle avait été, au début des années 1960, comme Sylvie Vartan ou Sheila, l’une des chanteuses du courant yé-yé avec son carré blond, son joli sourire à fossettes, une voix un rien enfantine sur des titres restés célèbres comme Ne sois pas si bête, N’écoute pas les idoles, Laisse tomber les filles, Sacré Charlemagne. Et, surtout, Poupée de cire, poupée de son, composée et écrite par Serge Gainsbourg, qui lui vaut de remporter le concours de l’Eurovision en 1965.

Devenue, à partir des années 1970, l’une des interprètes les plus populaires de la variété française grâce aux chansons de Michel Berger, qu’elle épouse en 1976, dont La déclaration d’amour, Si maman si, Viens je t’emmène, Il jouait du piano debout, Tout pour la musique, Babacar, Ella elle l’a … France Gall est morte, dimanche 7 janvier, à Neuilly, a l’âge de 70 ans. Hospitalisée le 19 décembre 2017 a l’Hôpital américain de Neuilly, près de Paris, France Gall luttait « depuis deux ans, avec discrétion et dignité, contre la récidive de son cancer », indique le communiqué.

Née le 9 octobre 1947 à Paris, Isabelle Gall – son prénom France a été choisi par le producteur de sa maison de disques en 1963 – a grandi dans une famille où la musique est importante. Son père, Robert, chante dans des cabarets, écrit pour d’autres – Luis Mariano, Tino Rossi, André Claveau, Edith Piaf, Charles Aznavour (notamment La Mamma) … Sa mère, Cécile, est la fille de Paul Berthier, qui a co-fondé Les Petits Chanteurs à la croix de bois. Ses frères ainés, jumeaux, jouent de la guitare. France Gall apprend, enfant, le piano et la guitare, chantonne en écoutant les premières chansons de Johnny Hallyday, des Chats sauvages, des Beatles, découvre le jazz aussi. Son père organise une séance d’enregistrement lors des vacances de Paques en1963. Le résultat est suffisamment convaincant pour intéresser la maison de disques Philips.

Le 9 octobre 1963, le jour de ses 16 ans, sort son premier 45 tours. Quatre titres dont se détache la chanson Ne sois pas si bête, adaptation par Pierre Delanoë de Stand a Little Closer qui a connu un petit succès aux Etats-Unis quelques mois plus tôt, en août – interprété par le trio The Laurie Sisters. Avec Jacques Datin, Robert Gall cosigne deux autres chansons. Il sera présent sur de nombreux 45 tours de sa fille dans les années 1960. En quelques semaines, France Gall est propulsée au rang de vedette. La jeune fille enchaine séances de photographies, interviews et arrête le lycée avant de passer son bac.

Avec N’écoute pas les idoles, son deuxième 45 tours, publié en mars 1964, la carrière naissante de l’artiste prend une autre dimension. La chanson titre, écrite par Serge Gainsbourg, signe le début d’une collaboration qui durera jusqu’en 1967. Après Juliette Gréco, et avant Brigitte Bardot et Jane Birkin, France Gall est alors la « chanteuse de Gainsbourg », même si de nombreux autres auteurs vont écrire pour elle – dont Vline Buggy, Alain Goraguer, André Popp. L’hebdomadaire Paris Match consacre un grand article à la chanteuse, l’émission de radio et le magazine pour les jeunes Salut les copains en font une de leurs idoles. A partir d’avril 1964, alors qu’elle a à peine 17 ans, il faut passer à la phase supérieure, la scène. Elle s’en sort bien, mais confiera des années plus tard qu’elle n’y trouva alors guère de plaisir.

En août 1964 parait Laisse tomber les filles, nouvelle composition de Gainsbourg, ambiance pop cha-cha avec cuivres. Puis, à la fin de l’année, c’est Sacré Charlemagne, écrite par son père et Georges Liferman, destinée à un 45 tours pour les enfants. Une chanson qu’elle n’aime guère mais qui va s’écouler a près de 2 millions d’exemplaires en France et dans les pays francophones. Sélectionnée pour participer à l’Eurovision sous les couleurs du Luxembourg, elle remporte le concours, le 20 mars 1965, en interprétant de sa voix flûtée Poupée de cire, poupée de son, écrite par Gainsbourg. A partir de ce moment, France Gall devient pour quelque temps une vedette internationale, elle enregistre des versions de la chanson de l’Eurovision en italien, en allemand, en japonais.

Suivront d’autres titres de Gainsbourg, Attends ou va-t’en, Baby Pop, avant, en mai 1966, Les Sucettes. Un texte à double sens, a la connotation sexuelle évidente, mais que la jeune chanteuse interprète en toute naïveté, suscitant des ricanements à ses dépens. Plus tard, France Gall confiera avoir vécu comme « une humiliation » le fait que Gainsbourg l’ait sciemment placée dans cette situation. En1967, Bébé requin, chanson de Joe Dassin, Jean-Michel Rivat et Frank Thomas, façon jazz-pop, la ramené vers le registre « pour enfants » de l’époque Sacré Charlemagne.

A la fin des années 1960, la chanteuse connait une période de déclin. Elle a vécu, de 1964 a 1967, une difficile relation amoureuse avec Claude François. La période Gainsbourg se termine. Elle enregistre plusieurs chansons en allemand. Au début des années 1970, elle continue d’interpréter des romances et des fantaisies (L’hiver est mort, Le soleil au cœur, Les Éléphants, Homme tout petit…). Jean-Michel Rivat, Frank Thomas, Jean-Pierre Bourtayre, Etienne Roda-Gil lui signent des chansons. Mais sans que le public lui fasse la même fête qu’à ses débuts. Frankenstein, en 1972, qui voit le retour éphémère de la collaboration Gainsbourg-Gall, n’y changera rien. Elle vit durant cette période avec Julien Clerc (il lui a écrit Chasse-neige en 1971). Discrètement, entre Paris et une maison à la campagne.

Au printemps 1973, elle entend une chanson de Michel Berger, Attends-moi, qui va constituer un déclic. Elle sent que ce jeune auteur-compositeur et chanteur est celui qui va correspondre à la plus grande profondeur qu’elle cherche. Berger écrit et compose depuis le début des années 1960, Il a enregistré quelques 45 tours sous son nom. Son premier album, dont est extraite cette chanson, vient de paraitre, Elle entre en contact avec lui. Il est d’abord hésitant. Il vient de travailler avec Véronique Sanson, avec qui il a une relation amoureuse, et Françoise Hardy. L’attirance entre France Gall et Michel Berger semble alors irrésistible. Il la concrétise en lui écrivant La Déclaration d’amour. La mélodie est imparable, le texte simple et le succès au rendez-vous, en mai 1974, avec ce titre ou chacun peut retrouver des moments rêvés ou vécus.

Cette Déclaration inaugure une longue suite de tubes pour le couple, qui se marie le 22 juin 1976. La voix de France Gall est tout à son aise, fluide, déliée sur des airs accrocheurs. Elle qui avait peu à peu abandonné la scène y reprend goût. Elle s’y montrera dorénavant assurée, joueuse, naturelle. Les mots et les mélodies de Michel Berger chantés par France Gall font mouche à chaque fois : Mais aime-la, Comment lui dire, Je l’aimais, Ca balance pas mal à Paris, Musique, Si maman si, Il jouait du piano debout, qui, en 1980, suit le succès scénique en 1979 de la comédie musicale Starmania, écrite par Berger et Luc Plamondon, Tout pour la musique, Résiste, Débranche, Babacar, Ella elle l’a.

Au-delà, le couple jeune et amoureux, souvent invité sur les plateaux de télévision, séduit un vaste public. Leur engagement humanitaire contribue aussi à la sympathie qu’ils suscitent. En 1985, Michel Berger et France Gall sont en effet, avec les chanteurs Daniel Balavoine, Lionel Rotcage et l’acteur Richard Berry, a l’origine d’Action écoles, une structure qui lève des fonds pour aider des projets de développement agricole dans divers pays d’Afrique. L’association met fin à ses activités après la mort de Balavoine, le 14 janvier 86, lors de la course Paris-Dakar.

Début 1988, France Gall souhaite faire une pause. Après une longue tournée, consécration du succès de l’album Babacar (avec la chanson Évidemment, dédiée à Daniel Balavoine), elle est restée presque sept semaines au Zénith de Paris, fin 1987. Elle aspire alors a une vie tranquille, familiale, avec ses enfants, Pauline et Raphaël, envisage d’ouvrir une galerie de peinture, de se consacrer à l’édition musicale. Peu à peu l’envie de chanter la reprend. Ce sera un disque de dix chansons en duo avec Michel Berger. Plutôt sur fond rock, Double jeu sort en juin 1992. Des concerts, une tournée peut-être sont prévus. Le couple part en vacances dans sa propriété de Ramatuelle. A l’issue d’une partie de tennis, le 2 août 1992, Michel Berger meurt, victime d’une crise cardiaque. Après plusieurs mois de deuil, France Gall annonce qu’elle présentera sur scène les nouvelles chansons et les succès dont elle et son mari ont été les interprètes. C’est un triomphe, en 1993.

La chanteuse fait encore quelques apparitions sur scène, participe à des disques de la troupe des Enfoirés pour Les Restos du cœur. En 1996, elle part vivre à Los Angeles, où elle enregistre ce qui sera son dernier album, France, un recueil de reprises. La mort de Pauline, en décembre 1997, a l’âge de 19 ans, qui depuis plusieurs années lutte contre la mucoviscidose, lui fait prendre ses distances avec son métier, Ses apparitions en public deviendront rares. Elle vit une partie de l’année sur l’ile de Ngor, face à la ville de Dakar (Sénégal). Dans un entretien accordé à Paris Match, en 2014, elle expliquait qu’elle y avait ouvert un restaurant avec « une quinzaine de personnes (…).

« Des centaines de personnes vont vivre au village grâce à ça. C’est presque aussi fort pour moi que de faire un spectacle. »

France Gall

Elle reviendra à Michel Berger fin 2015 avec l’écriture d’un spectacle musical, Résiste, auquel elle ne participe pas mais dont elle suit de près l’élaboration. « Elle a été incroyablement présente sur ce projet, a témoigné sur France Info le metteur en scène de Résiste, Ladislas Chollat. Elle ne voulait plus chanter elle-même, mais elle expliquait aux jeunes artistes comment chanter ses chansons (…), c’était une sorte de maman énergique. »

Les hommages se sont multipliés dimanche 7janvier. « Si Johnny Hallyday fut pour bien des Français cette figure de grand frère protecteur, France Gall fut assurément leur éternelle petite sœur, dont la fragilité radieuse a accompagné des générations », a ainsi écrit Emmanuel Macron dans un communiqué. La ministre de la culture, Françoise Nyssen, a salué « une icône de la chanson française » qui « a affronté les combats personnels en donnant tout pour la musique ». Julien Clerc a réagi sur Twitter en interpellant celle qui fut pendant cinq ans sa compagne : « France, nous avions 20 ans, des bonheurs, des chagrins. Une part de ma vie s’en va avec toi. »

Magazine : Le Monde
Par Sylvain Siclier
Date : 9 janvier 2018
Numéro : 22703

Dans le refuge africain de France Gall

0
Depuis 1986, la chanteuse France Gall venait chaque année se ressourcer au large de Dakar, au Sénégal, où elle avait une petite maison Nous avons rencontré ses amis de Ngor.
Depuis 1986, la chanteuse France Gall venait chaque année se ressourcer au large de Dakar, au Sénégal, où elle avait une petite maison Nous avons rencontré ses amis de Ngor.
Dans le refuge africain de France Gall

Depuis 1986, France Gall venait chaque année se ressourcer au large de Dakar, au Sénégal, où elle avait une petite maison.

Nous avons rencontré ses amis de Ngor.

« Nulle part ailleurs, je ne pourrais rentrer chez moi en trois minutes en pirogue. Nulle part ailleurs je ne me sentirais aussi tranquille à marcher la nuit dans le noir. Nulle part ailleurs je ne serais autant en harmonie avec la nature et ses éléments. »

C’est avec ces mots que France Gall décrit l’île de Ngor dans « Le berger de l’ile de Ngor », un livre écrit par le peintre local Abdoulaye Diallo, voisin et ami de la chanteuse.

C’est en 1986 que France Gall découvre, avec son mari Michel Berger, la petite île de Ngor, située à 400 mètres de Dakar. Une île « encore à l’état sauvage avec seulement quelques cabanons et des plages vides » comme la décrit France Gall, dont elle tombe aussitôt amoureuse au point d’y acheter une maison et de s’y rendre deux à trois fois par an.

Mais c’est surtout après le décès de sa fille, Pauline, en 1997, que ses liens avec Ngor se resserrent Dans sa petite maison jaune fleurie aux volets verts, qui jouxte l’océan atlantique, la chanteuse française retrouve la sérénité.

« Elle me disait : Je fais tout pour être là le 18 décembre (NDLR date du décès de sa fille) parce qu’ici j’ai l’oxygène pour me ressourcer, raconte Abdoulaye Diallo. Sa maison lui parlait et il lui arrivait d’avoir envie de rentrer dans l’eau. » Ensemble, ils avaient créé l’association des amis de l’île de Ngor pour venir en aide aux plus démunis.

De sa générosité discrète, notamment envers les artistes, toute l’île de Ngor en témoigne unanimement. « Quand un artiste frappait à sa porte, elle l’accueillait toujours. Elle achetait des petits objets à tout le monde pour aider le commerce local », témoigne Alioune Thiaw, un vendeur de tissus batik qui tient une échoppe à quelques mètres de la maison de la star française. En 2007, France Gall avait créé trois classes dans l’école maternelle du village. Mais ses actions n’étaient jamais revendiquées. « Elle faisait énormément de bien autour d’elle tout en cachant que cela venait d’elle », renchérit celle que France Gall surnommait affectueusement « Maman Hawa », une vendeuse de petits bijoux et de fruits à laquelle la chanteuse était très attachée.

A Ngor, France Gall vivait discrètement, sortant très peu de chez elle, racontent ses amis. « Elle fuyait les photographes et les touristes, raconte Alioune Thiaw. Elle m’achetait des pulls à capuche, qu’elle portait avec un chapeau pour passer inaperçue ». Ses rares sorties, c’était pour aller faire ses courses ou voir son ami sculpteur Joe Ouakam, un artiste sénégalais qu’elle affectionnait, décédé en avril dernier.

Dans son refuge africain, France Gall passait des heures à contempler l’océan depuis son jardin ou assise sur le petit banc de pierre de la plage.

« Elle prenait aussi soin d’animaux qu’elle recueillait, précise Alassane Koné, le gardien de sa maison depuis 2010. Elle aimait particulièrement les chatons. Et elle s’occupait aussi beaucoup de son jardin, elle désherbait … C’était madame propre ».

A notre arrivée, Alassane, ému, était en train d’écouter « Ella, elle l’a » …

“Elle se faisait souvent livrer ses repas depuis son restaurant, le Noflay Beach, situé aux Almadies (NDLR, sur la côte). Mais elle aimait cuisiner parfois. Sa spécialité, poisson grillé et pommes sautées. Elle me réservait toujours une assiette et je n’oublierai jamais sa gentillesse.”

C’est une sœur, une amie, une bienfaitrice mais surtout une des leurs que pleurent aujourd’hui les habitants de Ngor. « Quand on était sur le pas de sa porte et qu’elle voyait des blancs arriver, elle fuyait. Elle tenait à sa tranquillité et préférait être avec des personnes d’ici. Elle appréciait la qualité des relations humaines ici; la gentillesse et la tolérance des gens de ce village », raconte Joel Mornet son voisin depuis six ans.

Journal : Le Parisien (91)
De notre correspondante à Dakar (Sénégal) / Texte et photos : Salma Niasse
Mard 9 janvier 2018
Numéro : 22814

Merci à Elisabeth.

C’était notre France (Presse) Aujourd’hui en France

0
C'était notre France (Presse) Aujourd'hui en France

Une cascade de tubes ! On n’échappe pas à son destin.

Lorsqu’elle remporte le concours de l’Eurovision en 1965 avec « Poupée de cire, poupée de son », elle n’a pas encore 18 ans et s’est présentée sous la bannière du Luxembourg.

Mais derrière leur poste, les Français s’en moquent et adoptent la toute jeune chanteuse. Elle s’appelle tout de même France ! Ce qu’ils ignorent alors, c’est que la lauréate vit une des pires journées de sa carrière : son petit ami de l’époque, Claude François, jaloux de son succès, vient de l’abandonner. Ils ne savent pas non plus que France s’appelle en réalité Isabelle Gall, mais qu’elle a dû adopter à contrecœur un nouveau prénom pour éviter de rentrer en concurrence avec une autre vedette de l’époque, Isabelle Aubret. Un choix contraint qui participera pourtant à la relation exceptionnelle de cette artiste avec son public et plus largement notre pays. Une liaison rythmée par une cascade de tubes qui a traversé les décennies, enjambé le siècle et réuni plusieurs générations. Stéphane Albouy


C'était notre France (Presse) Aujourd'hui en France

« Y’a comme un goût amer en nous. »

Hier matin, on a tout de suite pensé à cette phrase, à cette chanson, « Évidemment ». Évidemment. Un morceau de 1987 sur l’absence, le deuil, la mort de l’ami Daniel Balavoine, chanté par France Gall, écrit par Michel Berger, complices éternels. Oui, y a comme un goût amer en nous, à la pensée que France Gall est morte, des suites d’un cancer à l’âge de 70 ans, quelques semaines après Johnny, plusieurs mois après Bowie, Prince.

Avec elle, une fois de plus, c’est un peu de nous qui s’en va, les refrains que l’on a chantés à tue-tête, nos boums au son de « Résiste » ou de « Babacar » où l’on imitait la façon de bouger de la chanteuse. « On danse encore sur les accords qu’on aimait tant… Mais pas comme avant », dit aussi la chanson « Évidemment ». La musique pour soigner les peines, pour surmonter les douleurs, pour toujours choisir la vie. « Faisons taire les mélancoliques, avec notre propre rythmique et notre joie », chantait justement France Gall dans « Musique ». Une vie de succès et de combats.

Sois belle et chante.

France Gall détestait ses débuts. « Je les effacerais bien, ces dix premières années de carrière », nous confiait-elle en 2004 à l’époque de la sortie de son intégrale où ne figuraient pas ses premiers enregistrements : « Sacré Charlemagne » (1964), écrite par Robert Gall, son père, auteur notamment de « la Mamma » pour Aznavour, et « Poupée de cire, poupée de son », écrite par Serge Gainsbourg, qui lui avait permis de gagner l’Eurovision en 1965 pour le Luxembourg.

Le public découvre alors une jeune fille bien sage, compagne de Claude François pendant quelques mois, dépassée par ce qui lui arrive. « A 16 ans, au lieu d’aller en classe, je participais à des émissions, des séances photo alors que je ne voulais pas me montrer. J’avais le sentiment d’être violée en permanence. » Un malentendu à son paroxysme sur « les Sucettes » ambiguës, écrites avec malice par Serge Gainsbourg dont l’interprète ne saisit pas tout de suite le double sens. « J’ai été humiliée par cette chanson. Cela a changé mon rapport aux garçons. » Sa carrière aurait pu ne pas s’en remettre.

C'était notre France (Presse) Aujourd'hui en France

Sauvée par l’amour.

Et Michel Berger est arrivé, en 1973. A l’époque, France Gall est dans le doute. « Plus personne ne voulait miser un kopeck sur moi. » Après Claude François puis Julien Clerc, la chanteuse tombe encore amoureuse d’un chanteur. Musicalement d’abord, en entendant l’un de ses morceaux, puis en le rencontrant par hasard dans une radio. Elle lui fait écouter les compositions que lui prépare son label. « C’est complètement nul », lui répond Berger. Enfin quelqu’un qui pense comme elle. Ils commencent à travailler ensemble pour le prémonitoire « La Déclaration d’amour », en 1974. « J’ai eu un sentiment d’apaisement la première fois que je me suis assise au piano avec lui. »

Ils s’aiment, se marient en 1976, ne se quittent plus et enchaînent les triomphes. « Musique », « Si, maman si » en 1977, « Viens je t’emmène » en 1978, « Starmania » en 1979, « Il jouait du piano debout » en 1980, « Tout pour la musique », « Résiste » en 1981, puis « Débranche ! » en 1984, ou encore « Ella, elle l’a » en 1987. Avec toujours cette façon de faire swinguer sans complexe le français, à la manière de la pop anglo-saxonne. Berger a trouvé son interprète idéale et Gall le complice dont elle rêvait. « On était d’accord sur tout. »

France … Afrique

C’était en 1985. Dans la foulée du Band Aid en Angleterre, les artistes français se mobilisent contre la famine en Éthiopie au sein du collectif Chanteurs sans frontières. France Gall et Michel Berger font partie des premiers à reprendre le refrain « Loin du cœur et loin des yeux ». Avec leur pote Daniel Balavoine et le comédien Richard Berry, ils fondent Action Écoles, où des élèves des établissements français récoltent des fonds pour financer des projets destinés à lutter contre la famine en Afrique.

Une mobilisation solidaire sans précédent qui permet à la chanteuse de créer un vrai pont avec le Sénégal. C’est là-bas qu’elle croise Babacar, gamin au cœur d’un de ses plus gros tubes des années 1980. Elle passera une partie de son temps après la disparition de Michel Berger sur l’ile de Ngor, au large de Dakar. « Là-bas, je suis dans la nature, j’aime vivre dehors, expliquait l’artiste. Ici, à Paris, je ne suis pas à l’aise à l’extérieur, par peur des paparazzis. »

C'était notre France (Presse) Aujourd'hui en France

Des rires et des larmes

Le succès ne fait pas tout. Si, à la scène, le couple Berger-Gall est solaire, à la ville, il doit faire face à la maladie de sa fille Pauline, atteinte de mucoviscidose. Une souffrance que l’on ressent à travers le ton plus grave de l’album « Babacar », sorti dans les bacs en 1987, le plus gros succès de France Gall avec 1 million d’exemplaires vendus. « C’était épouvantable de parler du disque sans pouvoir raconter les vraies raisons de ce côté sombre, expliquera la chanteuse. Il y avait un décalage terrible entre l’artiste comblée et la maman déchirée. Cela se voyait sur nos visages, nous étions moins gais sur les photos. »

France Gall arrête la musique pour s’occuper de Pauline, alors âgée de 9 ans.

« La quarantaine arrivait aussi, et avec la maladie de notre fille, vieillir signifiait que nous allions vers la tragédie. » Le premier drame n’est pas celui qu’elle imagine. En 1992, Michel Berger est terrassé par une crise cardiaque à l’âge de 44 ans alors qu’il vient d’enregistrer un album en duo avec France. Pauline disparaît en 1997. Elle avait 19 ans.

La vie et rien d’autre

France Gall résiste, trouve l’énergie pour surmonter la mort et la maladie alors qu’on lui diagnostique un cancer du sein peu après la mort de Michel Berger. « Il faut d’abord laisser passer du temps, être seul avec soi-même. On ne peut pas empêcher la peine, le chagrin, il faut les vivre et après sortir de ça. »

France Gall refait sa vie discrètement avec Bruck Dawit, ingénieur du son, arrangeur américain d’origine éthiopienne, rencontré dans les années 1990. Là aussi, comme avec Berger, la complicité passe par la musique. Il travaille sur son dernier album en date, « France », sorti en 1996, où elle chante des nouvelles versions de ses chansons et de celles de Berger. Il l’épaule au moment de la sortie de son intégrale et c’est ensemble qu’ils conçoivent « Résiste », la formidable comédie musicale qui triomphe au Palais des Sports à partir de novembre 2015 et dont elle envisageait une suite. Une façon de faire vivre son répertoire et celui de Michel, son fils, Raphaël Hamburger (le vrai nom de Michel Berger), 36 ans, producteur musical, reprendra le flambeau « J’espère continuer à être créative, à aimer la vie et à l’honorer. Puisque je suis heureuse de me réveiller le matin », nous avait-elle confié il y a deux ans. Des interviews rares mais toujours intenses, dans sa maison parisienne où continuait de trôner le piano de Michel Berger, où elle riait aux éclats, enchaînait clope sur clope.

On lui avait fait remarquer un jour qu’il n’y avait pas de tristesse quand elle évoquait son complice disparu. « Ça aide, le temps qui passe, nous avait-elle répondu. Mais si on me proposait de revivre la même vie, je dirais non. La prochaine fois, je demanderai à avoir une vie plus douce. » Par Emmanuel Marolle


« Poupée de cire, poupée de son » – 1965

Certes, il y avait déjà eu « Sacré Charlemagne », l’année précédente. Mais cette chanson composée par Gainsbourg triomphe à l’Eurovision en 1965. Un souvenir douloureux pour l’artiste. « Les musiciens n’avaient pas du tout aimé le côté cavalerie de la chanson. Et moi, je ne l’ai pas vécu comme une victoire parce que j’avais des problèmes de cœur. » Son amoureux de l’époque, Claude François, jaloux de son résultat, se contente de lui dire au téléphone ce soir-là : « Tu as gagné, mais tu m’as perdu. »

« Si, maman si » – 1977

L’une des plus bouleversantes chansons de France Gall, portrait d’une jeune fille morose. « Maman, si tu voyais ma vie … Je pleure comme je ris, mais mon avenir reste gris. Et mon cœur aussi. » Beaucoup s’identifient aux paroles de Michel Berger. L’album « Dancing Disco », où figure la chanson, se vend à plus de 500 000 exemplaires.

« Musique » – 1977

La musique comme échappatoire. L’idée était omniprésente dans les chansons de Michel Berger, que ce soit pour lui dans « La Groupie du pianiste », « Écoute la musique », « La Bonne musique », ou pour France Gall « Il jouait du piano debout », « Tout pour la musique ». Au point d’écrire une chanson baptisée tout simplement « Musique » dont l’introduction de guitare funk et le refrain – « Et que chacun se mette à chanter. Et que chacun se laisse emporter » – restent mythiques.

« Résiste » – 1981

Un tube, interprété le poing serré par une chanteuse toute en énergie. « Si on t’organise une vie bien dirigée où tu t’oublieras vite […] Si tu réalises que la vie n’est pas là. Que le matin tu te lèves sans savoir où tu vas. Résiste. Prouve que tu existes. Cherche ton bonheur partout, refuse ce monde égoïste. » Là aussi, la chanson imaginée par Berger résonne dans une époque en pleine crise.

« Babacar » – 1987

Une chanson symbole. Michel Berger et France Gall y racontent leur rencontre avec une jeune femme et son bébé Babacar, au Sénégal. La maman démunie avait proposé à la chanteuse de ramener son enfant en France. « Avec Michel, on a décidé, plutôt que de le prendre avec nous, de donner un métier à sa mère qui voulait être couturière, nous racontait France Gall en 2015. On lui a payé ses études. Puis une fois qu’elle a eu ses diplômes, je lui ai offert une machine à coudre, donné de l’argent pour acheter des tissus, des fils. Je les avais installés à Dakar. Ensuite, elle a voulu rentrer dans son village et je ne les ai plus revus. » Babacar avait 1 mois à l’époque de la rencontre. Il a 32 ans aujourd’hui.

« Laissez passer les rêves » – 1992

Le dernier tube de France Gall et Michel Berger chanté en duo sur l’ultime album du couple « Double Jeu » imaginé et interprété à deux. « Je remercie le ciel qu’on ait eu le temps de faire ce disque », disait France Gall en 2004. L’album sort quelques semaines avant la mort du musicien en août 1992 et restera comme son testament musical.

Par Emmanuel Marolle

Quelle est votre chanson préférée de France Gall ?
Propos recueillis par Éric Michel

« Résiste »

Le titre convient à mon style de vie et les paroles, comme « Prouve que tu existes », en font à mon sens une chanson engagée. Au-delà des paroles, c’est aussi une chanson avec une musique qui donne la pêche. Et elle donne également envie de danser, comme pas mal de ses autres titres. Anne Kaiser

« Débranche ! »

Je travaille dans une entreprise de télécommunications et il m’arrive d’avoir envie d’entonner cette chanson pour faire un break. Ça m’a fait un coup d’apprendre sa disparition, parce que France Gall, c’est aussi le symbole d’une certaine époque, avec « Starmania » notamment. Marie-Christine Guillaume

« Poupée de cire, poupée de son »

C’est avec cette chanson qu’elle avait gagné l’Eurovision en 1965. Ce morceau rappelle toute une époque, celle des années 1960 avec les couettes. Plus tard, France Gall fut aussi une icône des années 1970. Elle représente beaucoup de choses dans la culture française. Elisabeth Alagon

« Ella, elle l’a »

Il me semble qu’elle a été écrite en hommage à Ella Fitzgerald. C’est une belle mélodie que j’apprécie. Quand j’entends une de ses chansons, je ne zappe pas. J’écoute toujours du France Gall avec plaisir, mais quand je pense à elle, je pense surtout à ma mère qui est beaucoup plus fan que moi. Richard Sartori

« Évidemment »

C’est une chanson que je suis capable de fredonner, même si je ne connais pas les paroles. Je la trouve très jolie. Les souvenirs que j’ai de France Gall sont plutôt liés à mes parents qui l’écoutaient quand j’étais petit. En vacances, il y avait souvent une cassette d’elle qui tournait dans la voiture.

Ils l’ont tant aimée

Richard Berry, acteur avec qui elle a participé à Action Écoles.

Le comédien de 67 ans avait lancé en 1985 avec France Gall, Michel Berger et Daniel Balavoine Action Écoles, opération humanitaire en faveur de l’Afrique. Nous l’avons joint hier au téléphone.

A quoi avez-vous pensé en apprenant la mort de France Gall ?

Richard Berry : Que c’était vraiment très tôt, vraiment très injuste et violent, qu’elle avait encore tant à faire … J’ai aussi pensé à la douleur de cette vie qu’elle a traversée avec les disparitions de Michel (Berger), puis Pauline, sa fille, et aussi à la solitude et à la douleur de son fils Raphaël …

Que retiendrez-vous d’elle ?

Cette belle personne aimait la vie profondément. C’était quelqu’un de bienveillant, une amoureuse de tous les plaisirs de la vie. Et, en même temps, quelqu’un de douloureux et de compassionnel. Les épreuves terribles qu’elle a vécues lui ont donné un regard à la fois blessé et tendre sur le monde, la force de ne pas s’apitoyer sur ce qui n’en vaut pas la peine, mais aussi de s’engager véritablement, comme ce qu’on a fait à un moment en Afrique avec Action Écoles.

C’est alors que vous avez bien connu France et Michel

Je les connaissais avant, mais l’aventure a fédéré une grande amitié avec Michel et France, mais aussi Daniel et Coco Balavoine. Le décès de Daniel nous a soudés, on ne s’est plus jamais quittés. Jusqu’au départ de Michel. Puis de Pauline. France s’est renfermée, recroquevillée sur elle-même. Elle a quitté le monde du show-business pour vivre cachée.

Vous aviez des contacts avec elle ?

De temps en temps, mais on sentait qu’elle n’avait plus envie de communiquer. Le décès de Pauline a été terrible.

Elle n’a jamais voulu faire de cinéma. Vous en aviez parlé avec elle ?

Elle ne se sentait pas du tout comédienne, elle adorait la musique, elle aimait bien être sur scène, et encore, à la fin, ça lui coûtait beaucoup. En fin de compte, je pense qu’elle avait beaucoup de recul sur le métier. C’était dérisoire pour elle. Le plus important c’était la vie, les gens, ses enfants, et ce qu’elle a vécu, cette aventure musicale extrêmement forte avec Michel. Même si elle n’écrivait pas, elle initiait les sujets et exprimait des choses qui lui tenaient énormément à cœur au travers des mots de Michel.

Steevy Gustave, son ex-chorégraphe et ami.

En 1993, il n’était qu’un simple danseur de hip-hop de 23 ans.

Je produisais le premier groupe de RnB français, N’Groove, et j’ai appris que France Gall faisait un casting à Mogador, dit Steevy Gustave. Sur place elle m’a dit : Je vous veux, venez danser avec moi. Cela a commencé comme ça, par hasard C’était pour le Bercy de 1993, juste après le décès de Michel Berger. Elle m’a ensuite proposé de devenir assistant chorégraphe.

C’était une maman pour moi.

Après Bercy, elle a invité tous les danseurs chez elle. J’étais très proche de ses enfants qui étaient toujours avec nous sur la tournée. Peu de temps après, elle m’a proposé de devenir son chorégraphe et de continuer à danser sur scène.

On a enchaîné en 1994 avec le spectacle Pleyel. On s’est ensuite retrouvés à Los Angeles pour l’album France, avec les musiciens de Prince, et les choristes de Stevie Wonder.

Plus tard, après le décès de sa fille Pauline, on est partis avec elle à Dakar, elle nous a emmenés à Ngor.

Elle nous appelait ses gardes du cœur.

Marie Poussel

Ladislas Chollat metteur en scène de « Résiste »

Elle souhaitait partager les chansons de Berger avec la nouvelle génération, elle n’était pas dans la nostalgie, mais dans la transmission », témoigne Ladislas Chollat, 42 ans, qui a monté « Résiste » en 2015, le spectacle auquel France Gall pensait depuis des années et qui lui tenait particulièrement à cœur.

Très présente pendant les répétitions, « elle savait ce qu’elle voulait. Mais sans idées arrêtées, restant ouverte à la discussion pour retenir les meilleures idées ».

Pendant deux ans, il partage son « intimité de création ». Et cette « femme incroyablement positive et extraordinairement vivante » finit par se confier à lui. « Quand elle ouvrait son cœur et son monde, elle le faisait avec une grande générosité. Elle m’a dit avoir trouvé la paix par rapport à ses drames. »

Il était question d’un « Résiste 2 ».

Ladislas Chollat l’a relancée il y a quelque temps. « Pas tout de suite, m’a-t-elle répondu, elle était sur d’autres projets … Cette tornade de vie se projetait vers l’avenir »

S.H.

L’émotion sur Twitter

Dès 11h10. Hier, les messages d’inconnus et de personnalités ont envahi Twitter après l’annonce de la disparition de France Gall. « France, nous avions 20 ans, des bonheurs, des chagrins. Une part de ma vie s’en va avec toi », écrit Julien Clerc, qui fut le compagnon de la chanteuse.

« Ton cœur est gravé dans tes chansons … pour l’éternité. Adieu poupée de cire », note le chanteur Amir, qui a représenté la France au concours de l’Eurovision en 2016.

« Sûrement France Gall est-elle heureuse de retrouver Michel Berger au Paradis blanc », écrit Louane.

Même la Fédération française de rugby poste une photo de l’artiste disparue où elle pose avec un ballon ovale « Il y a eu beaucoup de France/Galles. Mais il n’y avait qu’une seule France Gall. »

« Merci d’avoir bercé mon enfance avec tes chansons et de m’avoir redonné l’espoir quand je l’avais perdu », confie quant à elle une internaute. « France Gall c’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beaucoup », ajoute un autre.

Une personnalité « engagée »

En pleine commémoration des trois ans de l’attaque terroriste contre « Charlie Hebdo », la dessinatrice Louison remarque dans son tweet où s’affichent les paroles « Résiste, prouve que tu existes » : « Chère France, quelle idée de nous quitter aujourd’hui. Tes mots résonnent et résonneront encore plus fort. »

Au sein de la classe politique, les commentaires abondent aussi. « Elle laisse des chansons connues de tous les Français et l’exemple d’une vie tournée vers les autres », salue Emmanuel Macron. Sur la même longueur d’onde, François Hollande et Nicolas Sarkozy évoquent la personnalité « engagée ». « Ils ont de la chance les anges, ils viennent d’être rejoints par une étoile, écrit le secrétaire d’État Christophe Castaner. S’ils pouvaient lui dire quelques mots d’amour de ma part ce serait chouette ». Carine Didier

Magazine : Aujourd’hui en France
Par Stéphane Albouy / Emmanuelle Marolle / Eric Michel / Sylvain Merle / Carine Didier
Date : 8 janvier 2018
Numéro : 5897

France Gall, l’icône de la génération yéyé, est décédé en France (Presse) Espagne 🇪🇸

0
France Gall, l'icône de la génération yéyé, est décédé en France, par Juan Pedro Quiñonero, correspondant à Paris.
France Gall, l'icône de la génération yéyé, est décédé en France, par Juan Pedro Quiñonero, correspondant à Paris.
France Gall, l'icône de la génération yéyé, est décédé en France, par Juan Pedro Quiñonero, correspondant à Paris.

Celle qui a gagné le Festival de l’Eurovision en 1965, est morte à 70 ans à Paris.

Après une longue maladie, France Gall (70 ans) est morte ce dimanche matin. Elle eut des jours de gloire entre 1964 et 1980, et puis elle s’est éloignée de la scène, installée sur le podium des anciennes jeunes « idoles » du pop/yéyé français.

Petite fille, fille et, compagne et épouse de musiciens d’une certaine renommée, France Gall devint célèbre avec deux chansons, « Sacré Charlemagne » (1964) et « Poupée de cire, poupée de son » (1965), avec laquelle elle a gagné le prix de l’Eurovision.

Le magazine hebdomadaire « Salut les copains » (1962-2006), mené par deux grands maîtres, Frank Ténot et Daniel Filipacchi, était devenu le porte-parole d’une génération de jeunes révélations de la musique locale qui tranchait avec la chanson française traditionnelle en s’inspirant des modèles nord-américains : Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Claude François, Julien Clerc, Françoise Hardy, entre autres, ont incarné la génération yéyé, ainsi définie pour la première fois par l’essayiste Edgar Morin dans un légendaire article publié au mois de juin 1963 dans le journal “Le Monde”.

France Gall n’a pas seulement appartenu à cette génération : elle a été la compagne de personnalités éminentes, comme Claude François et Julien Clerc. Des histoires d’amour qui n’ont pas beaucoup duré ; pendant ce temps, elle a commencé à collaborer avec un compositeur et chanteur d’une autre envergure, Serge Gainsbourg, auteur d’autres chansons largement connues, dont « Les sucettes » dont le succès eût quelque chose de très équivoque : la chanson évoque une fellation plus au moins imaginaire.

Changement de bord

France Gall a continué à avoir du succès, avec des chansons comme « La déclaration d’amour » (1974), « Ça balance pas mal à Paris » (1976), « Si maman si » (1977), « Il jouait du piano debout » (1980), « Résiste » (1980), « Babacar » (1987), « Évidemment » (1987), « Ella, elle l’a » (1987), « La chanson d’Azima » (1988).

La vie de la chanteuse change quand elle a fait la connaissance de Michel Berger, musicien et chanteur, lui aussi parolier et compositeur de beaucoup de chansons à répertoire, non seulement pop/yéyé.

La mort prématurée de Michel Berger, en 1992, et de sa fille, cinq ans plus tard, a accéléré le la chute de la chanteuse, enfermée dans un limbe duquel elle n’est jamais sortie malgré de considérables efforts. Les premiers et grands succès sont restés très loin. Le triomphe et la célébrité posthume de Michel Berger ont transformé sa veuve en un fantôme d’elle-même.

La comédie musicale « Résiste » (2015) a donné à nouveau l’illusion, temporaire, jusqu’à ce qu’elle commence à souffrir d’un cancer du sein en 1993, un an après la mort de son époux. En 2009, elle a encore fait une « nouvelle version » de “Starmania”, la comédie musicale de son époux, sortie en 1979. Les années ont passées.

Elle n’avait pu, il y a quelques semaines, assister aux cérémonies nationales en hommage à Johnny Hallyday ; pour être hospitalisée le 19 décembre dernier à l’Hôpital américain de Neuilly, où on lui a diagnostiqué une infection pulmonaire grave et elle est décédé le dimanche au matin.

Claude François, Julien Clerc et Michel Berger lui ont consacré des chansons sentimentales, en souvenir de leurs relations amoureuses. Avec elle, une autre figure emblématique de la génération yéyé disparaît.

Magazine : ABC (Espagne)
Par Juan Pedro Quiñonero
Article en espagnol
Traduction : Fanbabou47
Date : 8 janvier 2018
Numéro : 37 265

Muere la cantante France Gall

0
Icône de la génération yéyé qu’elle décida par la suite de renier, France Gall est décédée à Paris à 70 ans d'un cancer contre lequel elle s'est battue pendant deux ans.
Icône de la génération yéyé qu’elle décida par la suite de renier, France Gall est décédée à Paris à 70 ans d'un cancer contre lequel elle s'est battue pendant deux ans.
Muere la cantante France Gall

La France yéyé perd son icône France Gall. La chanteuse France Gall est morte

Icône de la génération yéyé qu’elle décida par la suite de renier, elle est décédée à Paris à 70 ans d’un cancer contre lequel elle s’est battue pendant deux ans.

La chanteuse France Gall, icône de la France yéyé, est décédée hier dimanche à l’âge de 70 ans à Neuilly-sur-Seine, riche banlieue Parisienne, suite aux complications d’un cancer qu’elle combattait depuis deux ans, selon ce qui a été expliqué par sa représentante dans un communiqué de presse. Un mois après le décès de Johnny Hallyday, un autre mythe de cette époque – époque où il reste de moins en moins de protagonistes – est parti : ces nostalgiques années soixante où des chanteurs adolescents, coiffés avec des grandes bananes et habillées en mini jupes trop courtes pour la morale dominante, avaient réussi révolutionner la musique et la société de leur temps.

Dans ce contexte, chaque chanteur interprétait un personnage. Sylvie Vartan était le soleil. Françoise Hardy était l’ombre. Avec son timbre enfantin et sa frange persistante, France Gall était probablement la moins « classable » : elle répondait au stéréotype théâtral de jeune fille ingénue, mais avec un regard teinté d’une inexplicable mélancolie, comme si elle devinait déjà ce que la vie lui réservait.

La chanteuse est née en 1947 à Paris, dans une famille où étaient nombreux les interprètes et compositeurs. Son père était Robert Gall, qui écrivit des chansons pour Édith Piaf et Charles Aznavour ; et son grand-père maternel était Paul Berthier, fondateur d’une célèbre chorale religieuse qui a par la suite inspiré le film Les choristes. Son prénom de baptême était Isabelle, mais elle fut obligé de le changer pour ne pas être confondue avec Isabelle Aubret, une autre chanteuse à succès de l’époque (qui en réalité s’appelait Thérèse). Comme dans toute fiction, il n’était pas possible de compter avec deux personnages ayant le même prénom. France Gall débute en 1963, à 16 ans, avec Ne sois pas si bête, chanson qui triomphe dans le programme Salut les copains, vivier du mouvement yéyé. Un an plus tard, sa rencontre avec Serge Gainsbourg, encore inconnu du grand public, est récidive : il lui a écrit des tubes comme N’écoute pas les idoles et Laisse tomber les filles ; suivis de Sacré Charlemagne, chanson enfantine et quelque peu pénible que lui avait écrit son père et qu’elle n’a jamais apprécié, mais qui s’est vendu à deux millions d’exemplaires.

La consécration est arrivée en gagnant le Festival de l’Eurovision en 1965, où elle a représenté le Luxembourg avec une autre chanson de Gainsbourg, Poupée de cire, poupée de son, qui l’a convertie par la suite en Star sur tout le continent. La grande étape yéyé est arrivée à sa fin avec le scandale provoqué par Les sucettes, une autre chanson de Gainsbourg, toujours accro aux doubles sens, portant sur une fille qui aime sucer les sucettes à l’anis. Gall, qui n’avait pas capté les références voilées aux fellations, dit qu’elle s’est sentie trahie et humiliée. « Je n’aime pas susciter le scandale. Je veux qu’on m’aime », expliquait France Gall, convertie en Lolita malgré elle. Plus tard, elle n’a pas hésité à renier ces années-là. « J’effacerai cette période. J’ai gardé d’elle un souvenir de malaise. Je n’avais pas choisi de chanter ni de me montrer. Les chansons ne m’allaient pas, même si j’adore celles de Gainsbourg. Pour les autres je n’étais qu’un personnage louche avec une personnalité embrouillée », elle avait expliqué au journal Le Monde en 2004.

L’arrivée des années soixante-dix est accompagnée d’une profonde remise en question, comme pour la plupart des yéyés, transformés en personnages obsolètes. C’est là que commence l’émancipation de cette poupée manipulée, comme une marionnette, par les hommes qui l’entouraient. Après une courte collaboration avec Giorgio Moroder dans sa période discographique plus primitive ; ce fut sa rencontre avec le jeune compositeur Michel Berger, lié de manière lointaine à la famille yéyé, ce qui donna de l’élan à sa carrière. En 1974, La déclaration d’amour marque le début d’un nouveau cycle musical et sentimental : deux ans plus tard, ils se sont mariés. « Je suis né quand j’ai rencontré Michel, un peu comme la Belle aux Bois Dormant », avait l’habitude dire France Gall. Le reste de sa trajectoire musicale est liée à Berger, avec qui elle enregistre des tubes des années soixante-dix et quatre-vingt, comme la comédie musicale Starmania et des chansons comme Musique, Si maman si, Évidemment ou Ella elle l’a, hommage à Ella Fitzgerald qui avait triomphé dans la France de Mitterrand. De cette époque on se souvient aussi de son engagement avec le continent africain : elle a participé à de nombreuses causes humanitaires et elle avait acheté une maison à Dakar, où elle passait de longs séjours.

Une fin tragique

La mort de Michel Berger en 1992, victime d’une crise cardiaque à l’âge de 44 ans, a chamboulé sa vie. Ce malheur est suivi, seulement un an après, d’un cancer au sein et, en 1997, de la mort de sa fille Pauline. C’est alors que France Gall décide de mettre fin à sa carrière. Elle n’est plus jamais montée sur scène, à l’exception d’une fois : en 2000 elle avait accepté de chanter avec Johnny Hallyday une chanson signée Michel Berger, Quelque chose de Tennessee. En 2015, elle a coécrit la comédie musicale Résiste, hommage à Michel Berger, qui reprenait le titre de son plus grand succès ; le dernier signe d’une chanteuse plus influente de ce que l’histoire officielle a voulu raconter.

Référence pour les nouvelles générations

France Gall a été une référence, pas toujours avouée, pour les différentes générations de chanteurs français, de Lio dans les années quatre-vingt – qui avait triomphé avec des chanson comme Banana Split et dont son plus grand succès fut Amoureux solitaires – aux jeunes chanteurs d’aujourd’hui comme Fischbach ou Juliette Armanet, qui revendiquent la variété française dans sa version plus sophistiquée. « Ce qu’on aime des chansons de Berger et Gall ? » Il y avait quelque chose de profondément naïf et sincère en elles. C’est à nous de faire vivre à nouveau cet élan de sincérité et de vraie émotion”, a déclaré Juliette Armanet en février dernier.

Opinion – LES MALICIEUX PAROLIERS LOCAUX – par Sabino Méndez (guitariste et chanteur)

France Gall nous offre une vue panoramique parfaite de la manière dont a été digéré en Europe la vague Beatles qui avait frappé la musique populaire au début des années soixante. Elle était issue d’une famille d’artisans musiciens du Paris nocturne de la fin des années cinquante ; une ambiance dans laquelle se mélangeaient les vieux chansonniers existentialistes avec les jazzmen français d’après-guerre et les jeunes bêtes comme le pianiste Serge Gainsbourg. Tous, à partir du succès du groupe de Liverpool, se sont rendu compte de l’immense marché musical qui était en train de naître à cause de la prospérité économique des adolescents. Sans ménagements, ils se sont mis à écrire dans sa langue des refrains accrochant et des mélodies alléchantes, dans lesquelles ils inséraient des détails venant d’une formation intellectuelle plus complexe que celle des musiciens pop. Le mélange fut efficace et laissa place au mouvement yéyé, qui prit son ironique nom du refrain de She loves you de Beatles.

De nombreux artistes français ont juste fait des adaptations de tubes anglo-saxons, mais pas France Gall. Étant fille d’un bon parolier, Robert Gall, et ayant en tant que manager son autre parolier, Maurice Tézé, les premiers enregistrements de France Gall combinent des refrains addictifs et des textes qui cherchent à faire un tour de vis au superficiel.

Le succès en plus, à cette époque, de la Lolita de Nabokov en version cinématographique de Kubrik, fut le dernier trait définitif qui expliquerait son apparition fulgurante au début des années soixante. Avec cette image de poupée blonde de seize ans, elle a commencé à enregistrer tout un tas de chansons (N’écoute pas les idoles, Poupée de cire, poupée de son, Laisse tomber les filles, etc.), en grande partie de Gainsbourg, qui opposent dans la même image musicale le stéréotype de simplicité adolescente avec la sophistication d’instrumentations baroques et infectieuses. Un type d’oxymore musical que des artistes comme Karina ont essayé de garder en Espagne. Cette ambivalence entre l’innocence et l’insinuation, marque de la maison, l’ont conduite à cogner avec Gainsbourg, quand ce malin lui mit, sans le savoir elle, une ingénue mélodie (Les sucettes) qui était en réalité une farce sur la fellation.

Après ses tubes uniques des années soixante, elle a continué dans un digne mainstream francophone qui ne se lassait pas de clins d’oeils à la complexité intellectuelle, par exemple en proposant à Godard de diriger un clip. Des clins d’oeils, tout de même, très timides, qui ne l’ont jamais dissuadé de son rôle de dame pop de la chanson française.

Magazine : El País (Espagne)
Par Álex Vicente
Article en espagnol
*Traduction : Fanbabou47
Date : 8 janvier 2018
Numéro : 14 792

France Gall a rejoint le paradis blanc

0
Un mois après la mort de Johnny Hallyday, c’est une autre figure de la culture populaire musicale des années 1960 qui disparait avec le décès de France Gall, hier.
Un mois après la mort de Johnny Hallyday, c’est une autre figure de la culture populaire musicale des années 1960 qui disparait avec le décès de France Gall, hier.
France Gall a rejoint le paradis blanc

Un mois après la mort de Johnny Hallyday, c’est une autre figure de la culture populaire musicale des années 1960 qui disparait avec le décès de France Gall, hier.

La chanteuse, protégée de Serge Gainsbourg puis muse de Michel Berger, son compagnon, incarnait l’insouciance des Yéyés.

Marquée par des drames familiaux, elle s’était éloignée de la scène au cours des années 1990.

inoubliable interprète de « Poupée de cire, poupée de son » et « Résiste », la chanteuse France Gall est morte hier matin a 70 ans de la récidive d’un cancer, entrainant une pluie d’hommages à cette artiste qui avait su traverser les générations.

« Si Johnny Hallyday fut pour bien des Français cette figure de grand frère protecteur, France Gall fut assurément leur éternelle petite sœur, dont la fragilité radieuse a accompagné des générations », a réagi Emmanuel Macron dans un communiqué.

Sa rencontre avec Michel Berger en 1973 aura été déterminante : la « poupée » naïve des sixties trouve avec lui une nouvelle maturité, en tant que muse, épouse et interprète pendant près de 20 ans.

(Article incomplet)

Magazine : Le Dauphiné libéré
Date : 8 janvier 2018
Numéro : A05

France Gall, tout pour la musique

0
Disparition de France Gall / 9 octobre 1947 - 7 janvier 2018 / Elle nous manquera, évidemment. Adieu, France.
Disparition de France Gall / 9 octobre 1947 - 7 janvier 2018 / Elle nous manquera, évidemment. Adieu, France.
France Gall, tout pour la musique

Disparition de France Gall
9 octobre 1947 – 7 janvier 2018
Elle nous manquera, évidemment.
Adieu, France.

Quand on porte un prénom comme le sien (même si on s’appelle Isabelle et que « France » vous a été imposé par votre maison de disques …), il vient un jour où l’on se croise dans le miroir, où l’on croise la France. La jeune Gall, issue d’une famille de musiciens (son grand-père Paul Berthier avait fondé les « Petits Chanteurs à la Croix de Bois » et son père Robert Gall était chanteur et parolier) croise très vite cette renommée française.

Star de la période yéyé dans les années 60, à l’égal de Sylvie Vartan ou de Françoise Hardy, elle remporte l’Eurovision en 1965 avec la chanson de Serge Gainsbourg « Poupée de cire poupée de son ». Mais c’est plus tard, dans les années 70 et 80, lorsqu’elle sera en duo dans le travail puis dans sa vie avec Michel Berger que la France va vraiment se mettre à aimer France.

C’est quand France Gall susurrera qu’elle a « besoin d’amour » que les Français lui en donneront et c’est quand elle fera sa « déclaration » qu’ils tomberont en pâmoison. Malgré ses malheurs – la perte de sa fille Pauline, de son mari Michel, son cancer – France Gall était restée, bien après sa retraite officielle (prise dans les années 90) une sorte d’icône. Quelqu’un de « libre dans sa tête ». Comme le Diego de cette chanson de Michel Berger que Johnny Hallyday lui a empruntée. Diego, Johnny, France, les voilà tous au « paradis blanc ».

France Gall, tout pour la musique. La chanteuse, muse de Michel Berger, est morte hier. Elle reste la voix de tubes intemporels.

Icône à l’éternel carré blond, dont la grâce et les yeux mutins, le sourire d’égérie aussi discrète que populaire, ont façonné la chanson française depuis les sixties. Avec l’interprète de Résiste, c’est l’une des idoles des années et de la génération yé-yé qui disparaît. Elle s’est éteinte hier, à 70 ans. “Il y a des mots qu’on ne voudrait jamais prononcer. France Gall a rejoint le Paradis Blanc, après avoir défié depuis 2 ans, avec discrétion et dignité, la récidive de son cancer”, annonçait son entourage. Demeurent d’inoubliables tubes. France Gall les a collectionnés. “C’est l’une des dernières stars de la chanson française, c’est pour cela que la France est si émue. Elle avait un charisme irrésistible”, dit le Marseillais Alain Wodrascka qui a écrit sa biographie en 2010 (France Gall, Muse et musicienne).

Née dans une famille de musiciens à Paris en 1947, Isabelle de son vrai prénom, connaît le succès au sortir de l’enfance avec l’élémentaire Sacré Charlemagne – un morceau écrit par son père Robert Gall, parolier qui a signé pour Aznavour La Mamma. Célèbre à 16 ans, gaie, lolita au destin romanesque, France Gall est entrée dans la légende grâce à sa voix acidulée qui “jazze”. Un timbre de miel et un rire cristallin qui permettent à l’espiègle de remporter le concours de !’Eurovision en 1965 avec l’ingénue Poupée de cire, poupée de son. Cette ritournelle intemporelle l’a rendue célèbre jusqu’au Japon, composée par Serge Gainsbourg qui lui offre également Laisse tomber les filles et Les Sucettes, scandale malicieux sur lequel butera leur collaboration.

La belle, qui a entretenu une courte liaison avec Claude François (la rupture a inspiré Comme d’habitude) ou Julien Clerc (Souffrir par toi n’est pas souffrir), donne un nouveau tour à sa carrière après sa rencontre avec Michel Berger en 1973. Le mélodiste dévoile d’autres facettes de son talent (La déclaration, Besoin d’amour, Ella, elle l’a, Il jouait du piano debout) : une métamorphose, une renaissance. Elle retrouve la lumière après une traversée du désert, ils entrent ensemble dans la légende. Muse de Michel Berger, elle devient son épouse et la mère de ses deux enfants, Pauline en 1978 et Raphaël en 1981.

Du couple qu’elle forme avec le brillant auteur-compositeur, elle confiait à La Provence en 2015 : « Notre histoire est unique au monde. Ça n’a jamais existé, sur cette longueur, parce que c’est toute une vie, c’est 18 ans ensemble jusqu’à sa disparition. Et sur ces 18 ans, il a fait tout ce qu’on connaît. Je faisais tout, aussi, pour lui permettre de travailler tranquillement. Ce qui lui a permis de créer énormément. Il avait ce don. Ses chansons sont intemporelles parce que c’est de la beauté pure. Il n’y aura pas d’époque pour les écouter. »

L’ancienne idole des sixties, Cristal de la première version de l’opéra- rock Starmania, enchaîne alors les succès, avec le même naturel, une délicatesse et des engagements qu’elle met au service de l’Afrique (SOS Éthiopie). France Gall n’a pas été épargnée par les drames : outre le décès brutal, en pleine gloire, de Michel Berger à 44 ans en 1992, elle découvre son cancer du sein l’année suivante et perd l’un des deux enfants qu’elle a eu avec Michel Berger, Pauline, emportée par la mucoviscidose en 1997. Après ce choc, et une tournée d’adieux, elle se retire de la scène. « Je n’ai jamais eu envie d’y revenir. Quand j’ai commencé à 16 ans, la première question qu’on m’a posée c’est : « Est-ce que vous chanterez pendant longtemps ? »

À cette époque-là, je répondais : « Dans 5 ans, je m’arrête. Plus tard, je pensais que je m’arrêterais à 50 ans. Et la vie m’a fait arrêter, sans que je le désire, à 49 ans et demi. Après cela, je n’ai plus jamais eu envie de remonter sur scène », avouait -elle en 2015, sortant du silence pour défendre la comédie musicale Résiste. Pourtant, sa voix faisait, Évidemment, vibrer et rimer toute sa vie à la musique.

Tout pour la musique.

Réactions

« France Gall a traversé le temps grâce à sa sincérité et sa générosité (…) Si Johnny Hallyday fut pour bien des Français cette figure de grand frère protecteur, France Gall fut assurément leur éternelle petite sœur, dont la fragilité radieuse a accompagné des générations. »
EMMANUEL MACRON

« France, nous avions 20 ans, des bonheurs, des chagrins. Une part de ma vie s’en va avec toi. » JULIEN CLERC

« Elle avait choisi la discrétion et nous a quittés sur la pointe des pieds … Ceux qui ont grandi sur les chansons de France et Michel, n’oublient rien. » HÉLÈNE SÉGARA

« Quelle tristesse de perdre France Gall, sa voix, son talent, son rire, ses yeux brillants. Ayons une pensée émue pour son fils Raphaël. » NAGUI

« Il y a eu beaucoup de France/Galles. Mais il n’y avait qu’une seule France Gall. Alors, dansons encore sur les accords qu’elle aimait tant.” LA FÉDÉRATION FRANÇAISE DE RUGBY, en clin d’œil à son nom de scène.


Magazine : La Provence Alpes
Par Patrick COULOMB
Date : 8 janvier 2018
Numéro : 7513