Réédition CD japonaise de Tout pour la musique, onzième album studio de France Gall paru initialement en France en décembre 1981 chez Atlantic. Référence Warner Music Japan WPCR-2304, parue le 26 novembre 1998 dans une série de rééditions japonaises du catalogue Berger-Gall. Le boîtier conserve son OBI d’origine, cette bande de papier latérale typique des pressages japonais qui porte le titre traduit et le code-barres.
Le CD est livré avec le livret original français doublé d’un livret traduit en japonais, accompagné d’une note signée Atsuko Nakayasu. Cette édition était proposée dans le cadre d’une opération promotionnelle Warner Music Japan baptisée “Cadeaux France Gall”.
L’ALBUM
Automne 1981. France Gall sort d’une année sans disque. Le 2 avril 1981, son fils Raphaël est né ; elle prend le temps d’une vie de famille avant de retrouver le studio. Sur la pochette du nouvel album, elle apparaît de face, poings serrés sur les revers de sa veste, le regard frontal, cheveux en bataille sur fond rouge brûlant. Au dos, le visage est cadré serré, lèvres entrouvertes, regard ailleurs. Le titre est déjà tout un programme : Tout pour la musique. Cette dévotion qui libère et qui dévore, France Gall sait de quoi elle parle. Depuis ses seize ans, le métier l’a happée sans relâche.
Neuf titres composent l’album. La direction est assurée par Michel Berger et ses musiciens, mais c’est bien un disque de France Gall, celle que l’entourage surnomme “le petit caporal“. Son chant gagne en nuances, jamais brutal, toujours en place ; les inflexions ne soulignent pas le texte, elles l’accompagnent.
Cinq titres seront publiés en 45 tours. Tout pour la musique couplé à Résiste ouvre le bal en novembre 1981 : un groove qui emprunte ses saccades sensuelles au reggae, percussions, basse et piano au premier plan, chœurs assurés par France Gall et l’ingénieur du son Jean-Pierre Janiaud. À la fin du morceau, Michel Berger se glisse pour quelques vocalises. Sur l’autre face du 45 tours, Résiste prend peu à peu le pas. Hymne universaliste à l’impératif, paire de claques à une vie en mode passif, le titre s’imposera avec le temps comme l’un des plus grands du répertoire de la chanteuse.
Le reste de l’album tient cette tension entre tubes calibrés et morceaux plus retenus. Les accidents d’amour dresse en creux le portrait d’une femme et de son époque. La fille de Shannon et Amor también trouveront la radio. La prière des petits humains est une invocation païenne pour un monde meilleur ; Sauvez-nous de nous, répond la chanteuse sur fond de guitares funky, premier signal de l’engagement à venir pour le continent africain. Vahiné oppose le gris de Paris à des tropiques fantasmées sur les guitares de Claude Engel. Ceux qui aiment clôt l’album dans la cohérence de l’ensemble. Et puis il y a Diego, libre dans sa tête, chanson sur un opposant politique enfermé par une dictature d’Amérique latine, reprise plus tard par Michel Berger sur Voyou (1983), par Johnny Hallyday en concert à Bercy (1990), puis par France Gall elle-même en 1996.
L’album sera certifié disque de platine en France pour plus de 400 000 exemplaires vendus, selon les données SNEP relayées par Wikipédia.
Cette édition japonaise CD WPCR-2304 s’inscrit dans la série de rééditions parues le 26 novembre 1998 chez Warner Music Japan, qui a vu paraître le même jour le premier album CD japonais sous référence WPCR-2301.
Titres | 1. Tout pour la musique | 2. Les accidents d’amour | 3. La fille de Shannon | 4. La prière des petits humains | 5. Résiste | 6. Amor tambien (Tout le monde chante) | 7. Vahiné | 8. Diego | 9. Ceux qui aiment
Crédits auteurs et compositeurs | Paroles et musique de l’ensemble des titres : Michel Berger
Mentions légales & crédits | France Gall | Tout pour la musique | CD album | Avec OBI | Stéréo | Label : WEA | Distribution : Warner Music Japan Inc. | Production : Éditions Colline | Éditeur musical : Éditions M.B.M. | Société de droits : JASRAC | Référence catalogue : WPCR-2304 | Code-barres / UPC : 2292-42155-2 | Studio d’enregistrement : Studio Gang, Paris | Prise de son, collaboration artistique et mixage : Jean-Pierre Janiaud | Assistant : Olivier Do Espirito Santo | Batterie : Simon Phillips (sur les titres hors « Résiste » et « Tout pour la musique ») et Claude Salmieri (sur « Résiste » et « Tout pour la musique ») | Percussions : Jean-Paul Batailley | Basse : Jannick Top | Synthétiseur : Georges Rodi | Piano : Michel Berger | Guitares : Claude Engel, Jacky Tricoire (et Paul Breslin sur « Résiste » et « Tout pour la musique ») | Saxophone : Patrick Bourgoin | Trompette : Tony Brenes | Trombone : Jacques Bolognesi | Arrangement quatuor sur « La fille de Shannon » : Michel Bernholc | Chœurs : Michel Berger, France Gall, Jean-Pierre Janiaud, Richard Lable, Claude Puterflam | Cuisinière : Annie Beugnon | Photos couleurs : Dominique Issermann | Photo noir et blanc : Serge Kachintzeff | Droits : ℗ 1981 WEA International Inc. | © 1981 Éditions Colline | Fabrication : Made in Japan | Mention circulaire : All Rights Reserved. Unauthorized duplication is a violation of applicable laws | Titre japonais figurant sur le boîtier : フランス・ギャル 音楽のために (France Gall – Tout pour la musique) | WEA | Warner Music Japan
Titre 8 : la pochette du CD japonais affiche « Diego » seul, sans le sous-titre « libre dans sa tête » présent sur d’autres éditions.
Transcription et traduction du OBI
OBI : Tout pour la musique | CD | Avec OBI | Réédition série Japon 1998 | Japon | Réf. WPCR-2304 | Stéréo | Code-barres 4 943674 230426 | Prix conseillé ¥ 1 785 (HT ¥ 1 700) | Logos : WEA Japan • Compact Disc Digital Audio • JASRAC
Titres (traduction de la liste OBI) | 1. Pour la musique (« Tout pour la musique ») | 2. Accident d’amour (« Les accidents d’amour ») | 3. La fille de Shannon | 4. La prière des petits humains | 5. Résiste | 6. Amor tambien (Tout le monde chante) | 7. Vahiné | 8. Diego | 9. Ceux qui aiment
Mentions OBI (traduction) | WPCR-2304 | Série « French pops » • stéréo | Texte d’accroche : Une œuvre remarquable de Gall, alliant belle mélodie empreinte de mélancolie et voix charmante. Première parution en édition japonaise ! (Œuvre de 1981) Inclut le grand single platine « RESISTE ». | Commentaire : Atsuko Nakayasu | Paroles + traduction incluses | Campagne « Cadeaux France Gall » (coupon WPCR-2304) — détails au verso : A : tirage au sort 30 personnes → livret signé par France Gall, personnalisé au nom du gagnant ; B : tirage au sort 150 personnes → pin’s/badge France Gall | Produits éligibles : FRANCE GALL (WPCR-2301) • DANCING DISCO (WPCR-2302) • PARIS, FRANCE (WPCR-2303) • TOUT POUR LA MUSIQUE (WPCR-2304) • DEBRANCHE ! (WPCR-2305) • BABACAR (WPCR-2306) • PASSIONNEMENT (WPCR-2307) • DOUBLE JEU (WPCR-2308) | Adresse d’envoi : 107-8639, Tokyo, Minato-ku, Kita-Aoyama 3-1-2, Warner Music Japan K.K., Département international — « Cadeaux France Gall » | Date limite : 31 janvier 1999 (cachet de la poste faisant foi) | Annonce et envoi : les gagnants ne sont pas publiés ; les lots sont expédiés env. un mois après la clôture ; pas de réponses aux demandes individuelles | Mentions légales : Manufactured and distributed by Warner Music Japan Inc. • Made in Japan | Dates de pressage imprimées : 98.11.26 (81.1) — pressage du 26 novembre 1998, œuvre originale de janvier 1981 | Validité commerciale du prix : jusqu’au 25 novembre 2000
Livret : notes par Atsuko Nakayasu
Traduction du texte du livret additionnel du japonais vers le français / Veuillez noter que la traduction ci-dessous peut ne pas refléter fidèlement le texte original. Elle est fournie à titre informatif et pourrait contenir des différences de style, de ton ou de signification par rapport à l’œuvre source. Pour une interprétation exacte et définitive, nous vous recommandons de vous référer au texte dans sa langue d’origine.
Vous qui tenez aujourd’hui Tout pour la musique entre vos mains, quelle image avez-vous de l’héroïne de cet album, France Gall ?
La chanteuse française du grand succès Poupée de cire, poupée de son ? Peut-être avez-vous acheté ce disque sans même connaître cette information. Après tout, Poupée de cire, poupée de son est un succès qui remonte déjà à 33 ans.
Sur la couverture de Tout pour la musique, photographiée par Dominique Issermann, France Gall dégage une véritable force intérieure. Les mains fermement serrées, le regard droit et déterminé. Il n’y a plus ici aucune trace de l’idole de l’époque de Poupée de cire, poupée de son.
Tout pour la musique est le quatrième album sorti après qu’elle se soit affranchie de son image d’idole et qu’elle ait commencé à tracer sa propre voie. Il est paru en 1981.
Si France Gall reste encore associée à l’image de Poupée de cire, poupée de son, c’est probablement parce que la majorité des albums sortis depuis son retour en 1975, en tant que chanteuse adulte, après le retrait annoncé en 1969 qui avait suivi son grand succès, n’ont pas été commercialisés au Japon.
Cette fois cependant, huit albums de l’âge d’or qu’elle a construit avec son mari, producteur et auteur-compositeur Michel Berger (qui a largement contribué à son retour), sortent simultanément. Six d’entre eux paraissent pour la première fois en CD, et quatre sont édités pour la toute première fois.
Avant d’aborder cet album, je voudrais retracer le parcours qu’elle a suivi depuis Poupée de cire, poupée de son. Car connaître ou non ce parcours change considérablement la compréhension de Tout pour la musique.
De la poupée à la chanteuse adulte
France Gall est née à Paris. Son père, Robert Gall, est un auteur-compositeur qui a notamment écrit pour Charles Aznavour, Ray Charles, ainsi que pour la légendaire chanteuse Édith Piaf. À 15 ans, elle fait ses débuts avec une chanson écrite par son père, Ne sois pas si bête. En 1965, elle remporte le Concours Eurovision de la chanson en interprétant Poupée de cire, poupée de son, écrite par Serge Gainsbourg. Le titre devient un immense succès mondial, et son nom se diffuse largement, avec son image visuelle de carré blond et de mini-jupe.
En réécoutant aujourd’hui ses enregistrements de l’époque, on est frappé par la fraîcheur d’une sensibilité pop qui s’inscrit dans la lignée du mouvement yéyé né à Paris dans les années 60. Mais lassée que son entourage continue indéfiniment de la vendre comme une lolita, elle annonce son retrait en 1969. Trois ans plus tard, lors d’une rencontre fortuite sur un plateau de radio avec Michel Berger, elle lui transmet son numéro de téléphone en lui demandant de l’appeler. Profondément attirée par sa musique depuis longtemps, elle aurait eu l’intuition qu’il était le seul capable de soutenir ce qu’elle voulait vraiment faire.
Michel Berger
Je voudrais ici dire un mot sur Michel Berger.
Né à Paris en 1947 d’un père médecin éminent et d’une mère pianiste classique, il manifeste très tôt ses dons musicaux. À 15 ans, il participe à une émission télévisée de découverte et en sort vainqueur. Il devient ensuite une idole de la scène rock/pop française, puis grandit jusqu’à devenir un compositeur et producteur surnommé le Gershwin français. Outre l’écriture et la production pour des artistes français comme Véronique Sanson, Françoise Hardy ou Johnny Hallyday, il fournit également des chansons à des artistes étrangers. Il sort par ailleurs dix albums personnels, et en 1978 il compose la comédie musicale Starmania, un succès exceptionnel pour une comédie musicale française, jouée et acclamée dans toute l’Europe.
En 1972, lorsqu’ils se rencontrent, Michel et France ont tous les deux 25 ans. La rencontre entre cet homme au talent immense et cette femme qui cherchait à s’affranchir de son image d’idole pour devenir une chanteuse adulte tenait du destin. En 1975 paraît l’album France Gall. L’année suivante, ils se marient et auront deux enfants. Chanter des chansons composées par celui qui vous comprend le mieux : peut-il exister plus grand bonheur pour une chanteuse ? Mais le destin est ironique. En 1992, deux mois après la sortie de leur album en duo Double Jeu, Michel Berger meurt subitement d’un arrêt cardiaque. Combien sa présence devait compter pour elle. Le fait qu’elle ne chante toujours pas les chansons d’autres auteurs depuis sa disparition donne à penser que sa blessure n’est peut-être pas refermée.
L’album
Écoutons maintenant Tout pour la musique. Comme je l’ai écrit plus haut, c’est le quatrième album depuis qu’elle a repris son activité, après avoir trouvé en Berger son meilleur partenaire. On ressent dans ses chansons une parfaite osmose avec lui, une vision de chanteuse devenue claire, et une atmosphère d’élévation, comme si elle gravissait les marches menant au sommet qu’elle vise.
Dès le morceau-titre d’ouverture, l’album captive par ses mélodies aux nuances riches, typiquement européennes. À cela s’ajoutent un arrangement raffiné et une production sonore travaillée. Je ne suis sûrement pas le seul à être de nouveau frappé par le talent de Michel Berger. Ni penché vers la tradition de la chanson française, ni à la traîne du rock/pop anglo-saxon : c’est la meilleure pop française des années 80 que l’on entend ici.
Étonnamment, le contenu des chansons ne comporte presque pas de chansons d’amour ; ce sont des chansons à message qui dominent. Mais les mots poétiques sont pleins d’imagination et entraînent l’auditeur dans un univers romantique. Le drame contenu dans chaque morceau dégage, par la voix qui l’exprime, un parfum d’une plénitude indicible. Même les chansons au message social sont rendues avec élégance et romantisme. C’est là tout le savoir-faire et le talent de Berger.
En examinant les crédits d’enregistrement, on remarque, parmi les musiciens français, la participation de Simon Phillips, le batteur de TOTO. J’ai longtemps pensé que la musique française avait de magnifiques mélodies mais souffrait sur le plan rythmique. Berger, qui interprétait dans son adolescence un répertoire de musique noire dont des titres de Ray Charles, considérait sans doute le rythme comme un élément clé du son. Le contraste général du son et le groove des morceaux up-tempo doivent beaucoup à l’engagement de Simon Phillips.
Titre par titre
- Tout pour la musique : Le morceau-titre dépeint le monde fascinant et plein de séduction de ceux qui consacrent leur vie à la musique. Plus que le côté brut du sex, drugs and rock’n’roll, c’est la fantaisie qui l’emporte ici. Le toucher puissant du piano de Berger ponctue la mélodie.
- Les accidents d’amour : Une chanson qui dépeint un amour éphémère. En s’emparant de cette mélodie aux variations marquées, elle se révèle chanteuse adulte et accomplie.
- La fille de Shannon : L’héroïne de cette chanson est une jeune fille irlandaise pure et simple. À partir de paroles épurées, un monde aux accents de légende se déploie.
- La prière des petits humains : Le rythme est fondamentalement funk, mais l’arrangement ne le laisse pas paraître. Sans forcer le message, elle chante avec naturel.
- Résiste : Ce titre, sorti en single, s’est vendu à 300 000 exemplaires. Tout le talent de Berger se manifeste dans sa façon de transformer une chanson à message en chanson pop. La voix limpide de France empêche le morceau d’être pesant.
- Amor también (Tout le monde chante) : Une chanson populaire d’amour et de paix. Cervantès est l’auteur de Don Quichotte. Cette chanson semble porter le message qu’il vaut mieux vivre du côté positif de la vie.
- Vahiné : Peut-être inspirée par un souvenir personnel. L’intention de la chanson reste un peu obscure.
- Diego : Sans doute une chanson sur un héros de la Résistance. La douceur de la voix marque l’auditeur.
- Ceux qui aiment : Le finale conclut sur une mélodie qui met en valeur le charme de sa voix.
Et après ?
Depuis 1992, elle a sorti deux albums live, ainsi qu’un album où elle interprète les chansons que Berger avait écrites pour d’autres chanteurs. J’ai entendu dire que Jean-Luc Godard avait tourné un clip vidéo pour un titre de cet album, mais je ne l’ai malheureusement pas vu. Quoi qu’il en soit, le fait que Godard, ce cinéaste, accepte de tourner une vidéo peut être interprété comme un signe qu’elle s’engage avec ambition vers une nouvelle version d’elle-même.
D’ailleurs, en plein milieu de la rédaction de ce texte, m’est parvenue la nouvelle que Jane Birkin sortait un album où, pour la première fois, elle enregistre des chansons d’auteurs autres que Serge Gainsbourg.
France Gall, elle aussi, songe sans doute à une voie de renaissance en tant que chanteuse. Je souhaite du fond du cœur que vienne le jour où nous pourrons l’entendre, renouvelée, dans de nouvelles chansons.

