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France Gall : Paul lui redonne goût à la vie

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« Je suis sûre que je vais vivre une ou des histoires d'amour, je l'espère, je suis prête. Je ne vois pas pourquoi ma vie de femme devrait s'arrêter. »
« Je suis sûre que je vais vivre une ou des histoires d'amour, je l'espère, je suis prête. Je ne vois pas pourquoi ma vie de femme devrait s'arrêter. »
France Gall : Paul lui redonne goût à la vie

« Je suis sûre que je vais vivre une ou des histoires d’amour, je l’espère, je suis prête. Je ne vois pas pourquoi ma vie de femme devrait s’arrêter. »

Réaliste, optimiste aussi, France Gall veut aller de l’avant.

En 1992, la disparition de Michel Berger l’a laissée désemparée. Il lui faut alors apprendre à affronter le quotidien comme un homme, à ne jamais faiblir devant ses enfants. Elle s’applique à leur « faire une vie gaie », même si, le soir, confrontée à une forme de solitude très dure, elle se demande, à l’abri de leurs regards, ce que, finalement, on vient faire sur terre. France avait perdu ses repères : « Je n’étais alors qu’une petite fille. Il a fallu que je grandisse. »

Pendant deux ou trois ans, elle « cafouille », pour utiliser sa propre expression quand elle repense à ces années de détresse. Et puis, elle décide de balayer ses peurs. Peur de l’avenir. Peur de vieillir. Peur de la solitude. « J’ai voulu laisser la place à la connaissance. Au rire de nouveau, à une certaine paix. A l’amour encore et à la musique toujours. »

Alors, avec Pauline et Raphaël, elle décide de partir sans regarder en arrière.

Avec l’envie gargantuesque d’enregistrer un nouvel album, France Gall s’installe à Los Angeles, dans une villa qu’avait habitée Doris Day. La semaine, les enfants vont au lycée français et elle, elle travaille en studio avec des musiciens américains. « Je suis l’une des rares personnes à aimer cette ville », dit-elle à propos de la cité des Anges. « On voit le ciel partout. » Une bénédiction pour celle qui, avant tout, a besoin de respirer.

Aux Etats-Unis, France apprend à vivre au présent. Elle sèche ses larmes. Et reste attentive aux « propositions de la vie ». « J’ai un besoin viscéral d’être aimée », confie-elle à l’époque. « Mais, en même temps, c’est difficile pour moi de trouver l’homme idéal après Michel. »

La chanteuse avoue aussi qu’il lui serait impossible de vivre avec quelqu’un qui ne soit pas dans le métier et qui ne comprenne rien à la musique.

« Comment m’enticher d’un homme qui se soucierait aussi peu de mes passions ? J’ai eu une histoire avec un type qui n’avait rien à voir avec la musique. Je savais que ça ne pouvait pas durer. Très vite, on ne sait plus de quoi parler. »

En octobre 1995, elle rencontre Paul. L’homme ne rappelle en rien son « Tournesol » de mari. Elle aurait pu le croiser sur l’île de Ngor, au Sénégal, où elle possède une maison, mais c’est en Californie qu’il lui tape dans l’œil.

« L’amour est bizarre », dit-elle, reprenant le titre d’une chanson de Michel Berger.

« Ça vous tombe dessus même si cela ne vous arrange pas. C’est comme ça. On n’y peut rien. »

Paul, pour ce que l’on en sait, est un musicien new-yorkais … noir de 30 ans. Pour le reste, France n’est pas en veine de confidences. « Je n’ai pas envie de me cacher si je peux avoir du bonheur avec quelqu’un, mais il faut de la patience pour savoir si cette personne est devenue essentielle. »

C’est dans son oasis de paix, en face de Dakar, qu’ils passent leur premier Noël ensemble. Aux côtés de son compagnon, la « négresse blonde », comme on la surnomme au pays de « Babacar », refait surface. Ils passent de longues heures sur la plage et mangent sur un rythme de tam-tam. « Mes liens avec l’Afrique ont toujours été très forts », explique France. « Je me sens noire à l’intérieur, mais je suis plus intéressée par le rythme and blues américain que par les percussions africaines. »

Avec Paul, la voilà donc comblée.

Pour Pauline et Raphaël, l’essentiel est que leur maman soit la plus heureuse possible. « Un nouvel amour ne chasse pas le précédent », précise la chanteuse, et ses enfants en sont conscients. « Jusqu’à présent, je sentais que ce n’était pas possible. Ils ont vécu des épreuves, je ne voulais pas en rajouter, mais ils ont grandi. Ils comprennent que j’ai de nouveau une vie de femme. Un homme dans un foyer, c’est formidable. C’est de l’amour supplémentaire. »

Incapable de se déraciner longtemps, toute la petite famille est, entre-temps, rentrée en France. Paul, qui, au départ, refusait de quitter Los Angeles, s’installe, lui aussi, à Paris. Un très beau cadeau pour fêter le premier anniversaire de leur rencontre. Il loue un appartement dans sa rue « pour ne pas la brusquer », mais la « poupée de cire » de Gainsbourg souhaite l’avoir toujours à ses côtés. Il l’accompagne pour la promotion de son album, signe de nombreux arrangements de son spectacle et ils projettent de faire un disque ensemble. « J’ai pris un nouveau chemin », s’extasie, à l’époque, la chanteuse. « Où il me mène, je ne sais pas encore. Simplement, dans cette seconde vie, je sais que quelque chose de formidable va m’arriver. »

1997 se termine malheureusement dans la tragédie. Atteinte de mucoviscidose, Pauline, dont elle n’avait jamais évoqué la maladie, décède. Pour France, qui avait retrouvé pour ses enfants la sérénité qu’elle recherchait désespérément, ce coup du sort est un coup de poignard. « Entre nous, c’est l’amour fou », disait-elle.

« J’ai envie de parler d’eux parce qu’ils m’éblouissent. Quand je les vois évoluer, je me dis que ce n’est pas possible d’avoir fait deux merveilles pareilles. »

L’artiste, qui avait petit à petit repris goût à la vie, perd toute combativité et mène une existence recluse dans son appartement. Une fois de plus, elle doit apprivoiser le chagrin. Mais pour Raphaël, elle doit également faire face. A 17 ans, l’adolescent n’a connu que trop de drames. Il a besoin d’elle pour mener une existence normale. Maman courage, elle puise donc dans ses ressources infinies pour gérer leur quotidien.

Sans Pauline, elle n’a pas eu la force de revenir à Ramatuelle

Cet été, France et Raphaël, unis par un lien indestructible, ont pris le large. Contrairement à la « tradition », les volets de « La Grande Baie », leur propriété de Ramatuelle, sont restés clos. Cette villa, où Michel Berger a trouvé la mort sur le court de tennis, France l’aime pourtant. « Elle a une âme, une vraie », a-t-elle précédemment confié. « La plupart du temps, je n’ai aucun problème avec elle. Mais c’est vrai que je n’y ai pas encore passé un été réussi. C’est la saison bannie. Celle du pire souvenir. J’attends avec impatience le premier été où je m’y sentirai bien. » La partie est remise. Il lui a été impossible d’affronter le sixième anniversaire de la disparition du « prince des villes » sans la franche gaieté de sa fille. Aussi la mère et le fils ont-ils décidé -de sillonner les mers. Pour passer ce cap difficile, ils se sont offert une croisière de trois semaines en Méditerranée, mouillant tantôt l’ancre au large de la Corse, tantôt non loin des côtes de la Sardaigne.

Au retour, ils ont pris la direction des States, là où elle vit comme dans une bulle de protection. La chanteuse y a retrouvé Paul et goûté au plaisir de se déplacer dans l’anonymat. Ensemble, ils ont fait des courses sur Melrose Avenue, un quartier où elle a ses habitudes, ils se sont livrés aux caresses du soleil et des vagues du Pacifique … Aux côtés des Californiens, France Gall se ressource. « J’apprécie leur formidable énergie», a-t-elle autrefois confié. « Ce sont des gens sûrs d’eux, plutôt gais et en forme. Aucun laisser-aller. Les femmes sont coquettes et les hommes, impeccables. C’est agréable, même si pour nous, voir des types s’enduire de crème, se faire tirer la peau et prendre un soin inouï de leur corps, cela fait bizarre.»

Avec septembre ont sonné les cloches de la rentrée, et celles des choix. Allait-elle continuer à vivre en retrait ou regagner Paris, où, en décembre, l’attend une autre épreuve, celle du premier anniversaire de la mort de Pauline? Pour l’équilibre de Raphaël, elle a choisi le pays dont elle porte le nom. Même si son fils est parfaitement bilingue, c’est à Paris qu’il souhaite poursuivre ses études. Et c’est là aussi qu’elle doit, à 51 ans, affronter la réalité. Épaulée par la discrétion, la tendresse et l’amour de Paul, elle espère avoir dans les yeux l’éclat des gens heureux. Quand on a vécu le pire, ne peut-on pas espérer que le meilleur?

Magazine : Ciné Télé Revue
Ingrid Fallay
Date : 24 septembre 1998
Numéro : 39

France Gall sourit de nouveau à la vie !

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Elle sourit de nouveau à la vie
Elle sourit de nouveau à la vie
Elle sourit de nouveau à la vie

Chez France Gall, l’été dernier pour la première fois depuis des années, les volets de La Grande Baie, cette maison qu’elle avait fait construire à Ramatuelle avec Michel, et qui avait si longtemps abrité leur bonheur, étaient demeurés clos.

France, pourtant, même après la disparition de son mari en 1992, à Ramatuelle justement, n’avait jamais déserté cette demeure familiale.

Dès que les cigales recommençaient à chanter, la jeune femme revenait à La Grande Baie avec Pauline et Raphaël. Comme pour essayer d’apprivoiser ainsi leur souffrance …

Mais cette année, son cœur de mère était sans doute vraiment trop gros. « Le combat de la vie est beaucoup plus dur que celui de la scène, avait-elle confié au journal Le Parisien, peu avant la mort de Pauline. Il est composé de pages que l’on n’écrit pas soi-même … »

Alors, pour exorciser de manière radicale sa douleur, France a pris le large. Dans tous les sens du terme … Emmenant Raphaël avec elle, bien sûr, elle a embarqué avec quelques amis à Cassis pour une longue croisière de trois semaines en Méditerranée, en direction de la Sardaigne … Un périple au cours duquel elle a eu tout le loisir de se ressourcer. Et de commencer à retrouver, en contemplant les vagues et les paysages de toute beauté qui s’offraient à elle, une certaine paix intérieure.

Sans doute aussi, en regardant son fils âgé de dix-huit ans, a-t-elle songé qu’il fallait continuer, ne serait-ce que pour lui … « Continuer, c’est ne plus replonger dans le passé », disait-elle l’année dernière à FranceSoir. Et après tout, n’avait-elle pas toujours affirmé ne demander qu’à être heureuse, elle que Michel avait surnommée « sa petite réaliste optimiste » ?

Revenue de cette bénéfique escapade maritime, France s’est envolée vers la Californie. La chanteuse, pour qui les Etats-Unis sont devenus l’une de ses trois patries, avec la France et le Sénégal, a en effet une résidence outre-Atlantique, à Los Angeles, très précisément dans le quartier résidentiel de Westwood. Là, entre deux plongeons dans la piscine et une séance de massage sur la plage de Venice, elle s’est adonnée, en compagnie d’un ami, à de nombreuses séances de shopping … Faire des emplettes, n’est-ce pas un excellent signe, lorsqu’il s’agit du moral d’une belle femme ? En tout cas, sourire aux lèvres, France est apparemment très gaie et détendue …

Il est vrai que, même si cette native du signe de la Balance a désormais trouvé son équilibre en se partageant entre la France et Je pays de l’oncle Sam, c’est là-bas qu’elle parvient le mieux à reprendre goût à la vie. Ainsi, à l’occasion de ses dernières apparitions dans des soirées parisiennes, France, solitaire et taciturne, était aux antipodes de la femme radieuse qu’elle est en Californie. Comme si, là-bas uniquement, elle s’autorisait à réapprendre le bonheur, à esquisser de temps à autre l’un de ses merveilleux sourires, à respirer à pleins poumons … Est-ce parce qu’elle y est plus anonyme ? En France, craindrait-elle le regard de ceux qui ne comprendraient pas, qui pourraient penser qu’il est peut-être encore trop tôt ? Ou tout simplement n’a-t-elle pas de souvenirs douloureux à Los Angeles …

A moins que son cœur de femme ne soit en Californie, justement, et se remette à battre vraiment dès qu’elle se retrouve sur le sol américain …

« Je suis sûre que je vais vivre une histoire ou des histoires d’amour, je l’espère, je suis prête, avait-elle confié il y a deux ans déjà au magazine Elle. Je ne vois pas pourquoi ma vie de femme devrait s’arrêter. »

Ni la vie tout court, d’ailleurs … Même si France a déjà eu son lot de souffrances, n’est-elle pas prête, dans le fond, alors qu’elle soufflera, le 6 octobre prochain, ses cinquante et une bougies, à se lancer à corps perdu dans une nouvelle existence ? Très différente, certainement. Mais qu’importe, n’avait-elle pas avoué, en juin 1996, à TéléStar : “J’ai beaucoup changé. Aujourd’hui, je n’ai plus le poids écrasant du mariage et des enfants. C’était mon idéal comme celui de la plupart des femmes, je crois. Je l’ai fait, c’est une lourdeur en moins!”

France, qui possède, cela ne fait aucun doute, “ce petit supplément d’âme”, a en elle la capacité d’aimer à nouveau la vie. Evidemment. Même si ce n’est pas comme avant…

Magazine : Ici Paris
Emmanuelle BACH
Date : 23 au 29 septembre 1998
Numéro : 2777

France Gall, le coeur gros mais plein d’amour

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"Et pourtant, il faut vivre, survivre" ... C'est ce que chantait il y a quelques années Daniel Balavoine, ami cher du couple Berger-Gall.
"Et pourtant, il faut vivre, survivre" ... C'est ce que chantait il y a quelques années Daniel Balavoine, ami cher du couple Berger-Gall.
France Gall, le coeur gros mais plein d'amour

“Et pourtant, il faut vivre, survivre” … C’est ce que chantait il y a quelques années Daniel Balavoine, ami cher du couple Michel Berger et France Gall.

Pour vivre, justement, au nom de Raphaël, son fils, après tant de drames, France avait pris le large au début du mois de juillet.

Mère et fils ont sillonné les eaux de Corse et de Sardaigne. Et puis … Et puis, même quand on navigue, même loin de tout, le calendrier est là, qui s’impose: 2 août. li y a six ans, Michel Berger disparaissait tragiquement dans leur maison de Ramatuelle, victime d’un arrêt du cœur. Chaque été depuis, France et ses enfants se recueillaient à l’endroit même de sa mort, tentant d’apprivoiser leur peine.

Mais cette année, après la tragédie du décès de Pauline, France a décidé que pour vivre, pour survivre, c’est loin de cette maison trop emplie de souvenirs douloureux que Raphaël et elle se réfugieraient. Au mois d’août donc, c’est aux États-Unis, à Hollywood, dans une superbe demeure et entourée d’amis très proches, que France et son fils ont élu domicile.

Bien sûr, là-bas, il est. plus facile de vivre et de survivre. Ici, on parle une autre langue, on respire un Co m autre air. Pas celui du passé, même si la mémoire se fiche bien du pays dans lequel elle se trouve …

Ici, au bord de la piscine, France a vécu dans une véritable bulle de protection. Un peu de musique, beaucoup d’amitié, et toute la tendresse et l’amour qui peuvent exister entre une mère et son fils, surtout quand ceux-ci ont en commun la douleur que l’on sait.

Ici, France et Raphaël ont pu un peu se reposer de leur peine, se ressourcer, s’adonner au soleil et aux superbes plages qui bordent l’océan.

Mais avec les jours qui raccourcissent, le mois d’août commençait à parler de septembre. Septembre, qui marque une échéance douloureuse, celle du choix déchirant devant lequel France s’est soudain trouvée.

Fantômes

Car les premiers jours de ce mois rappellent inévitablement le recommencement des choses. La rentrée, la reprise des études pour Raphaël. Pour France, qui a pris le parti de la vie malgré tout, mais surtout au nom de son fils, la question du choix s’est soudain posée. Allait-elle continuer à demeurer en retrait, dans cette bulle? Allait-elle du même coup proposer à Raphaël de commencer son année scolaire à Los Angeles (il est bilingue), ce qui s’était d’ailleurs passé avec ses deux enfants lorsqu’elle enregistrait l’album hommage à Michel Berger, “France” ?

Ou alors, allait-elle retrouver Paris et l’appartement, Paris et ses fantômes ? Entre ces deux modes de vie, radicalement opposés, son choix était déchirant. Rester, se protéger, ou partir et affronter la réalité ?

Courageuse jusqu’au bout, France a très vite pris sa décision. Pas question pour elle de se dérober. D’ailleurs, elle ne l’a jamais fait. Elle a toujours abordé les épreuves avec une dignité incomparable, acceptant de s’exprimer avec une franchise bouleversante sur les terribles deuils qui ont traversé sa vie. Et cette fois encore, France a dit oui.

Elle a dit oui au ciel parisien même s’il n’est pas aussi bleu que celui de Los Angeles. Oui à cette ville dans laquelle elle a connu tant de bonheur, celui d’être mariée à un homme qui la comprenait et la soutenait, celui d’être la maman-tendresse qu’elle avait toujours rêvé d’être. Cette ville dans laquelle elle a aussi tant souffert. Le cœur gros, certes, mais plein d’amour, résolument tournée vers l’avenir, France a décidé de rejoindre Paris, prête à affronter tout ce qui l’attend.

Par amour pour Raphaël, pour son équilibre, elle a été fidèle à la ligne de conduite qu’elle s’est fixée depuis toujours : rendre à son fils la vie la plus normale possible. Cette philosophie, Michel et France, et puis France toute seule ensuite, l’avait déjà appliquée alors que Pauline était malade. Elle avait tout fait pour que sa fille ressemble à toutes les autres jeunes filles, et elle avait si bien réussi. Voilà pourquoi, France est rentrée. Parce qu’elle se doit de rester debout.

En milieu de semaine, un avion l’a fait passer d’un continent à l’autre, d’une vie à une autre. Bien sûr, comment ne pas penser à ce qui l’attend dès la fin de l’automne ? France sait qu’elle devra affronter une nouvelle épreuve, mais il est clair que pour son fils, en mémoire aussi de ces deux êtres chers qu’elle a perdus, elle fera face, encore une fois.

En France aussi, ce pays dont elle porte le nom, il y a tous ces gens qui l’aiment, qui l’admirent pour son travail, et qui l’attendent.

Revenir à Paris, c’est certes revenir à des lieux, des pièces d’un appartement pleines de souvenirs douloureux. Mais pour France, c’est aussi revenir à elle, et à cette priorité qu’elle a faite sienne : la vie …

Magazine : France Dimanche
Par Nathalie Bertaud
Date : 4 au 10 septembre 1998
Numéro : 2714

France Gall frappée par une terrible douleur !

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France Gall : Longtemps, elle a tenu bon. Longtemps, elle a puisé encore un peu de courage dans son cœur meurtri.
France Gall : Longtemps, elle a tenu bon. Longtemps, elle a puisé encore un peu de courage dans son cœur meurtri.
France Gall : Longtemps, elle a tenu bon. Longtemps, elle a puisé encore un peu de courage dans son cœur meurtri.

Longtemps, elle a tenu bon. Longtemps, elle a puisé encore un peu de courage dans son cœur meurtri. Des forces qu’elle ne soupçonnait même pas, mais qui lui ont permis de tenir le coup pendant huit mois.

Les plus sombres mois de son existence. Car, depuis la mort de sa fille Pauline, survenue le 16 décembre 1997, France Gall a dû mener une lutte sans merci contre elle-même, pour étouffer son chagrin.

Il n’y a pas de mots pour décrire la douleur de cette mère foudroyée par la disparition précoce de sa fille chérie, emportée par la mucoviscidose quatre semaines après avoir soufflé ses dix-neuf bougies …

Si, depuis, France s’est efforcée de relever la tête, c’est pour son fils Raphaël, 18 ans. Pouvait-elle se permettre de craquer devant lui, le survivant de la famille, le dernier amour de sa vie ? Non, ça, elle se l’est interdit. Parce que Raphaël a besoin de tout le soutien de sa mère pour surmonter sa propre peine. Orphelin à 12 ans quand Michel Berger a disparu, il est séparé cinq ans plus tard, à jamais, de sa grande sœur tant aimée, si complice … France a donc veillé à lui donner à chaque instant sa tendre affection. En retour, Raphaël a essayé, du mieux qu’il pouvait, de la réconforter. Pendant huit mois, mère et fils ont fait bloc pour s’en sortir, unis dans le deuil de leur Pauline, si fragile, si belle.

Hélas le temps, loin de cicatriser les blessures de France, n’a fait qu’augmenter sa souffrance intérieure. Et là, soudain, à la veille de la date fatidique du 2 août, elle a pris une déchirante décision. Les autres années, à la même époque, elle avait trouvé la force de retourner dans la demeure familiale de Ramatuelle, cette maison du bonheur qu’elle avait fait construire avec Michel. Ironie du destin; « La Grande Baie » est devenue la maison du malheur, ce fameux soir d’août 1992 quand Michel s’est effondré sur le court de tennis, terrassé par une crise cardiaque à l’âge de 44 ans.

Pour Pauline et Raphaël, France avait trouvé le courage de revenir avec eux là-bas. Michel l’aimaittantleur villa ! Que de moments heureux ils ont savourés là, tous les quatre ou juste en couple ! Aux yeux de France, les vacances à« La Grande Baie», ce sont les plus beaux souvenirs de la passion qui l’a unie à son mari pendant dixhuit ans.

Mais cette année, elle n’a pas eu la force d’aller à Ramatuelle.

Impossible pour elle, en effet, d’affronter le sixième anniversaire de la disparition de Michel, sans le sourire de Pauline. Car, pour la première fois, sa fille au visage d’ange ne serait pas là pour remplir la maison de sa franche gaieté.

France ne se voyait pas toute seule avec Raphaël dans la maison de leur bonheur détruit. C’était trop douloureux pour son cœur de femme et de mère par deux fois brisé.

Aussi, l’interprète de « Résiste ! » a préféré fuir. Elle qui, déjà juste après le décès de Pauline, s’était murée dans son appartement parisien, au point d’inquiéter sérieusement ses proches, a carrément quitté la France.

Le 1er août, emmenant bien sûr avec elle Raphaël, elle a embarqué à Cassis pour une longue croisière de trois semaines. Un équipage restreint, son fils et la mer. Voilà tout ce dont voulait France pour passer le cap de ce si sombre été.

Le bateau est passé par la Corse, où il a fait une brève escale, puis a rejoint la Sardaigne. France espère que ce périple va calmer le chagrin qui la harcèle.

Elle a soif de sérénité et de calme. Le bleu de la mer, la beauté des paysages, le léger bruit des vagues, n’est-ce pas le meilleur moyen de retrouver la paix intérieure ?

Et puis quand elle regarde Raphaël, cet adolescent sur lequel le sort s’est déjà bien acharné, sans doute lui donne-t-il l’envie de sourire à nouveau à l’existence, à l’avenir …

Après avoir croisé le long des côtes italiennes, le bateau ramènera France et son fils sur la côte d’Azur, aux environs du 25 août. À ce moment-là, pas question de faire un saut à Ramatuelle.

Ils regagneront directement Paris. La rentrée ne sera pas très loin. France sera probablement soulagée. Le pire sera enfin derrière eux, cette période terrible qui correspond à l’anniversaire de la mort de Michel.

Hélas, avec l’automne, c’est vers une autre douloureuse épreuve, tout aussi triste, que France et Raphaël se dirigeront : le premier anniversaire de la mort de Pauline …

Magazine : France Dimanche
Par Marc Dalban
Date : 7 au 13 aout 1998
Numéro : 2710

France Gall est partie pour tout oublier !

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Elle est partie pour tout oublier
Elle est partie pour tout oublier
Elle est partie pour tout oublier

On ne la voit plus, on ne l’entend plus. France Gall n’a plus donné de nouvelles depuis plusieurs mois.

Au point que ses fans s’inquiètent. Absente des plateaux de télévision, des émissions de radio, la chanteuse a également déserté tous les endroits qu’elle avait l’habitude de fréquenter avec ses amis : restaurants, cinémas, théâtres. Et pourtant, il était question d’un nouvel album …

Les années qu’elle vient de passer ont été particulièrement terribles. Tellement atroces que France est allée jusqu’au bout de la souffrance. Le destin lui a en effet arraché vraiment trop d’êtres chers … un mari, une fille, des amis … rien ne lui aura été épargné.

Certes, sous ses apparences fragiles, avec ses cheveux blonds et son regard candide, elle a surmonté toutes les épreuves les plus pénibles. Mais ce n’était qu’une illusion …

Déjà, l’an dernier, avant le décès de sa fille, Pauline, lorsque le Figaro Madame lui demande : « Avez-vous un rêve ? » elle répondait : « Oui, être sereine, mais à haut niveau ! Etre sereine, pour moi, c’est pouvoir passer des journées entières sans voir personne, sans parler, être heureuse. Les gens qui peuvent vivre comme ça ont un éclat dans les yeux. » Aujourd’hui, elle semble avoir concrétisé cette aspiration : non seulement elle ne voit personne, mais personne ne la voit.

On murmurait déjà que le concert qu’elle avait donné sur M6 en avril 1997 serait peut-être le dernier. France avouait à cette époque qu’elle ne savait pas si elle referait un jour de la scène. Que ce concert serait peut-être “la dernière chose d’elle”. Elle avait décidé de ne plus-chanter les œuvres de Michel. « J’ai mis plusieurs années à quitter sa musique et à lui rendre hommage, cela a été une thérapie », avouait-elle au Parisien.

On espérait que ce nouveau départ lui aurait permis de trouver sa voie musicale et on s’attendait à ce qu’elle sorte un album bien à elle. En vain … Son recueil de nouveaux titres n’est toujours pas d’actualité. Alors pourquoi ce silence ? se demandent ses nombreux admirateurs. Non seulement ses projets professionnels ont été reportés mais elle a aussi totalement déserté ses lieux de villégiature habituels. C’est tout juste si quelques voisins ont pu l’apercevoir sortant, il y a quelques semaines, de l’immeuble où elle habite avec Raphaël, son fils, dans le Vlll arrondissement de la capitale. Ce jour-là, dans la rue, elle était en compagnie de sa femme de confiance, qui est aussi son chauffeur. « Mais de toute façon, lorsqu’elle est à Paris, elle ne sort pratiquement jamais », commente-t-on dans le quartier.

Depuis, plus rien. Même ses amis, à qui elle rend régulièrement visite à Paris, ne l’ont pas vue. Et pour cause …. Un proche a bien voulu nous confier qu’elle séjourne actuellement à Los Angeles, avant de s’offrir quelques jours de repos dans sa villa près de Dakar, au Sénégal. Deux endroits où elle avait déjà choisi de se réfugier après la disparition de Michel Berger pour tenter d’adoucir sa peine.

On s’en souvient que, par un beau soir de l’été 1992, Michel était foudroyé par une crise cardiaque, laissant France seule pour affronter la vie. Très vite, la jeune femme avait senti qu’il lui fallait réagir. Pour ne pas sombrer et surtout pour atténuer un peu la souffrance de ses enfants, Raphaël et Pauline, elle avait décidé de ne pas se réfugier dans la solitude et de laisser la porte ouverte à tous les amis. Elle allait même retrouver la force de se remettre au travail. Trois mois après la disparition de Michel, elle sortait un nouveau clip en hommage à son amour trop tôt disparu.

Mais même si sa force de caractère suscitait l’admiration de tous, France ne s’était plus senti alors la force de continuer à vivre en France. Pour rompre avec ses souvenirs, elle s’était exilée à New York et à Los Angeles. La raison de cet exil ? Elle voulait rencontrer de nouveaux musiciens afin de créer sa propre musique et ne plus avoir « l’étiquette » Berger, mais sa propre identité.

Et, en effet, cette parenthèse lui avait été salutaire. Lors de ses derniers concerts, elle était à nouveau épanouie et resplendissante. Ses proches avaient alors espéré que son calvaire était bel et bien terminé. Malheureusement la fatalité l’a une fois de plus frappée en plein cœur. Le 15 décembre dernier, la mort lui prenait son enfant, sa fille tant aimée, emportée par la mucoviscidose.

Quelques mois avant le décès de Pauline, la chanteuse déclarait à France-Soir : « Je vais arrêter pour réfléchir. C’est un métier qu’il faut faire jeune. Je me pose la question : dois-je faire de la musique pour être heureuse ? Si oui, je continuerai. »

Peut-être a-t-elle décidé que, pour retrouver sa sérénité, elle devait définitivement rompre avec ce qui avait toujours fait battre son cœur : la musique. Espérons que non !

Magazine : Ici Paris
Alain SALMON
Date : 15 au 21 juillet 1998
Numéro : 2767

Trois mois après le drame, le cauchemar de France Gall continue …

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Trois mois après le drame, son cauchemar continue
Trois mois après le drame, son cauchemar continue
Trois mois après le drame, son cauchemar continue

En six ans, le monde s’est effondré autour d’elle.

Tout avait commencé au cœur de l’été 92, quand la mort a décidé de faucher son mari, Michel Berger. Brisée par le chagrin, France Gall a ensuite été harcelée par le cancer, qu’elle a affronté courageusement. Puis est venu ce jour tragique – le 15 décembre dernier – où Pauline, sa fille adorée, a fermé les yeux pour toujours. Depuis, France Gall a disparu …

RAMATUELLE, le 2 août 1992. Par un beau soir d’été, Michel Berger tombait, foudroyé par une crise cardiaque, laissant France Gall, son amour, sa femme, seule pour affronter la vie. Mais, très vite, la chanteuse a senti qu’elle devait réagir. Pour survivre et surtout pour atténuer un peu la souffrance de ses enfants, Raphaël et Pauline … « Dès le lendemain de la mort de Michel, confiait-elle à Madame Figaro, je leur ai fait une vie gaie. J’ai laissé la porte ouverte à tous les amis tout au long de l’année … »

Animée par une énergie peu commune, France allait même trouver la force de se remettre au travail. Et trois mois après la disparition de Michel, elle sortait un nouveau clip, un véritable hommage à son amour trop tôt disparu … Bien sûr, elle gardait son chagrin à fleur de peau, pourtant sa force de caractère ne pouvait que susciter l’admiration.

« Il faut continuer à vivre avec le souvenir des bons moments, en espérant bien sûr que la souffrance s ‘atténuera », déclarait-elle quelques mois après le drame, comme pour exorciser le mauvais sort.

Ses proches espéraient que son calvaire s’achèverait avec le dernier soupir de Pauline …

Et lorsque le destin s’est abattu sournoisement sur elle une nouvelle fois, France n’a pas baissé les bras. Victime d’une tumeur maligne au sein, elle était bien décidée à se sortir au plus vite de cette nouvelle épreuve. « Place au rire, à l’amour et à la musique toujours », ajoutait-elle encore. Et France a gagné son combat. Sereine, elle se sentait prête à embrasser de nouveau la vie.

Hélas, subitement, le 15 décembre 1997 et après des années de maladie, Pauline, l’enfant tant aimée, l’adolescente fragile, était emportée par la mucoviscidose. L’horreur.

Après avoir rendu, à travers un poignant discours, un ultime hommage à fille tant aimée, Pauline, France s’est réfugiée da les bras de celui qui incarne aujourd’hui sa seule raison son de vivre, son fil Raphaël.

Mais pour la mémoire de sa jolie Pauline, France a trouvé le courage de lui rendre un dernier hommage le jour de ses funérailles, à travers un déchirant texte d’adieu. « Ma chérie, Raphaël et moi sommes là pour te dire au revoir. Et respire maintenant ! »

Ces paroles ont été les dernières. Depuis, plus rien. La chanteuse a tout simplement disparu.

Murée dans son chagrin, France vit désormais en recluse dans son appartement parisien, tournant le dos à la chanson. La reverra-t-on un jour sur scène ? Lui reste-t-il assez de courage pour réagir? Depuis qu’elle est entrée dans la période la plus noire de sa vie, elle semble ne plus avoir de goût à rien. Pourquoi, après tant d’injustes souffrances, lui faudrait-il encore sourire chaque jour à la vie ?

« The show must go on. »

Le spectacle doit continuer. C’est peut-être facile à dire, mais tellement dur à vivre quand on souffre, le cœur baigné par le chagrin. Comment imaginer dans de tels moments qu’on puisse se retrouver dans un studio d’enregistrement avec, pour seul souci, la qualité du son, ou sur une scène illuminée pour chanter, danser ou rire parfois ?

Pourtant, une personne, une seule, mérite aujourd’hui, et plus que jamais, tout l’amour et la tendresse d’une mère : Raphaël. Son fils de dix-sept ans. Le seul être au

monde qui ait traversé tous ces drames à ses côtés. Ce jeune homme qui, pour être à plein temps auprès de sa sœur, n’avait pas hésité à quitter le lycée afin de suivre des cours par correspondance. Ce fils dévoué et ce frère attentionné qui a tant donné pour les deux femmes de sa vie.

Pour lui, France sait qu’elle va devoir relever la tête et se battre. Pour qu’il arrive un jour à mener une vie normale d’adolescent, pour qu’il ait à nouveau envie de s’amuser sur les bancs du lycée, pour qu’il savoure encore le plaisir des virées à scooter entre copains, France Gall va devoir être encore plus forte. Et se ressaisir.

En trois mois, les riverains de son appartement parisien n’ont fait que l’entrevoir: lorsqu’elle s’engouffre, vêtue de noir, dans une voiture, le visage protégé par de larges lunettes de soleil. Ses amis les plus proches, qui avaient partagé sa douleur avant le drame, imaginaient que son calvaire prendrait fin le jour où tout espoir serait définitivement perdu. Malheureusement, il n’en est rien. Et ceux qui pensaient qu’elle avait vécu le pire constatent aujourd’hui que son cauchemar continue.

Mais qui sait ? La chanson finira peut-être par lui manquer. On l’espère. France a déjà prouvé qu’elle cachait en elle des trésors de courage. A cinquante ans, elle sait mieux que personne que, sur le fil fragile de la vie, le bonheur est inséparable de la douleur … Hélas.

Magazine : Ici Paris
Karine LANGLOIS
Date : 18 au 24 mars 1998
Numéro : 2750

Angoisse pour France Gall

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Angoisse pour France Gall
Angoisse pour France Gall

On ne la voit plus, on ne l’entend plus, on la sait frappée par la plus grande des douleurs. Alors, ceux qui l’aiment vivent dans l’angoisse

Murée depuis deux mois dans un chagrin toujours plus vif, plus fort.

Admirable France Gall, qui, en cet après-midi du 18 décembre dernier, au cimetière Montmartre, adressait à sa fille Pauline son ultime lettre d’amour. Admirable, oui, cette mère dont la voix ne tremblait pas sur le cercueil de son ange de 19 ans parti trop vite, trop mal, cette mère dont la dignité et le courage ce jour-là ont impressionné tous ceux qui en étaient les témoins …

« Et respire maintenant », a-telle dit, à l’adresse de Pauline, partie rejoindre dans “le grand désert blanc”, son père, disparu cinq ans auparavant.

Oui, il en fallait du courage à France, pour ne pas se laisser aller à montrer la douleur si profonde de ce deuxième deuil qui déchirait à nouveau sa vie.

Mais on a beau être forte, l’avoir prouvé comme l’a fait France, on n’en reste pas moins une femme, un être fragile, perméable au malheur. C’est pourquoi aujourd’hui, deux mois après le drame, tous ceux qui aiment la chanteuse sont inquiets. Depuis qu’elle a quitté le cimetière, soutenue par son fils Raphaël, on ne l’a pratiquement plus revue. La porte de son appartement parisien s’est refermée sur son chagrin, et le silence a désormais pris la plus grande place. Au point que certains ont pensé qu’elle était peut-être partie se réfugier ailleurs. Mais non, les volets de la maison de Honfleur sont restés clos, comme ceux de sa demeure de Ramatuelle, près de Saint-Tropez. Elle n’est pas non plus allée chercher l’oubli, comme elle l’avait fait après le décès de son mari, en 1992, dans sa maison au Sénégal.

En fait, France est bien à Paris. C’est ce que disent les gens du quartier, ajoutant pourtant : “On ne la voit plus, elle ne sort jamais …”

Bien sûr, comment ne pas comprendre ce désir de retrait, ce besoin des s’isoler pour tenter d’apprivoiser son chagrin ? Mais l’angoisse subsiste, car même pour quelqu’un d’aussi déterminé que France, est-il possible de s’habituer au pire?

Se battre, comme elle l’a fait depuis la petite enfance de sa fille, employer toute son énergie à lui donner une vie « normale», n’ont pu préparer France à cette issue. On a beau savoir, on n’arrive jamais à s’habituer à une telle injustice. Tant que Pauline était là, avec ses yeux remplis d’envies, celle de sortir quand même, malgré la maladie, avec ses amis, celle de rire, de s’amuser, la vie continuait, malgré tout. Ce qui poussait France à poursuivre sa carrière, à chanter, à enregistrer des disques, c’était aussi la volonté de montrer à Pauline que tout était possible. Mais à ce moment-là, les heures de veille, l’énergie que sa mère mettait à la soutenir, à la maintenir, à lutter avec elle, ne comptaient pas.

Quand on s’occupe avec passion d’un être cher, la fatigue est effacée par le combat. Mais quand la fin arrive, elle arrache tout. Soudain, le corps se relâche, les défenses tombent. On craque. C’est cela que redoutent les proches de France, qui savent hélas que toute la volonté du monde ne peut rien contre une peine qui est inscrite au plus profond de soi … Ils ont peur que France ne se laisse avaler par sa douleur, maintenant qu’elle est livrée à elle-même.

Ils doivent aussi savoir qu’ils ont des raisons d’espérer et de se rassurer. Si France n’est pas partie à l’autre bout du monde, si elle n’a pas tout quitté, c’est qu’elle a une raison, la plus importante pour elle dorénavant. Cette raison, c’est Raphaël, son fils. Du haut de ses 17 ans, ce jeune homme qui a déjà connu tant de drames, qui a été mûri trop vite par eux, a besoin d’elle. Il a été si magnifique, lui aussi, si présent pour sa sœur, allant jusqu’à suivre des cours par correspondance l’année dernière, afin d’être plus disponible pour Pauline. Lui aussi a lutté jusqu’au bout, refusant de s’incliner devant la fatalité, ne traitant jamais sa grande sœur comme une malade perdue. Ils se chamaillaient, s’amusaient ensemble, comme n’importe quels frère et sœur.

Sa disparition l’a soudain vidé. Il avait tant donné à Pauline, et voilà qu’il n’y avait plus rien. France l’a compris. Alors, mère-lionne, mue par une force incroyable, France a commencé son nouveau combat : faire tout ce qui est en son pouvoir pour que Raphaël parvienne à mener sa vie d’adolescent. Lui donner envie, envie de vivre, malgré tout. .. Envie de sortir, de rencontrer des gens, de reprendre ses cours au lycée, de s’intéresser aux autres et à lui.

Plus que tout aujourd’hui, c’est cette force de vie que France veut transmettre à son fils, afin qu’il ne se laisse pas dominer par le chagrin. Et Raphaël l’a bien senti. Il a accepté de se relancer dans le monde qui l’attend. Il a dit oui, parce qu’il sait que cette décision est vitale pour lui, mais aussi pour sa mère. Il sait que si elle le voit à nouveau intégré dans une vie normale, elle pourra revivre.

Le lien d’amour qui existe aujourd’hui entre cette mère et son fils est le plus précieux des trésors. Un trésor qui va del ‘un à l’autre, qui fait qu’ils s’aident à vivre.

France, femme stupéfiante aux ressources infinies, va évidemment continuer à se battre comme elle l’a toujours fait. Le temps, le courage aussi, et puis ce fils qui la soutient autant qu’elle le soutient, viendront sans doute l’aider à assumer son destin …

Magazine : France Dimanche
Nathalie BERTAUD
Date : 7 au 13 février 1998
Numéro : 2684

France Gall : l’adieu à Pauline, sa fille, son ange | Paris Match | Janvier 1998

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Article Paris Match 1997, France Gall et Pauline
Paris Match numéro 2536, du 1er janvier 1998, dans lequel France Gall évoque la mémoire de sa fille Pauline, disparue à 19 ans.
France Gall : l’adieu à Pauline, sa fille, son ange | Paris Match | Janvier 1998
France Gall : l’adieu à Pauline, sa fille, son ange | Paris Match | Janvier 1998

Une mère qui résiste

Dans les bras de Raphael avec tous les amis réunis, une mère qui “résiste”. A l’heure du dernier adieu, France s’est réfugiée dans les bras de Raphaël. Pauline, la tant aimée, repose désormais au cimetière de Montmartre.

Autour d’une enfant toujours à bout de souffle puis d’une adolescente fragile, soumise au long calvaire de la mucoviscidose, torturée par les crises qui l’étouffaient, la conspiration du silence et de l’amour a ménagé l’espace indispensable pour lui permettre de respirer le mieux possible. Le courage de Pauline a fait le reste. Elle refusait de se plaindre. A notre demande, pour la mémoire d’une jeune fille exemplaire, France Gall nous a confié ses photos et le texte qu’elle a lu devant la tombe ouverte. A travers ces témoignages, ces portraits, voici l’histoire de la jolie Pauline, morte à 19 ans. Pendant des années, la fille de France Gall et Michel Berger a vécu en secret sa maladie. A présent, elle a quitté ce monde irrespirable. Mais pour tous ceux qui l’ont connue, elle restera comme un hymne à la vie.

Elle était jolie, intelligente, sensible, pleine de talent. Elle se savait très malade mais elle se battait. Au fil des ans, l’enfant gaie et drôle au caractère bien affirmé est devenue une jeune fille ravissante. Michel et France, puis France seule, courent le monde pour consulter les plus grands spécialistes de la mucoviscidose et, tout en assurant à leur fille les meilleurs traitements, l’aident à vivre aussi normalement que possible. Pauline, aidée par sa famille, par ses amis, fait ses études, suit même des cours de danse. Elle aime sortir et s’amuser. Adolescente, elle redécouvre sa passion d’enfant : le dessin. En septembre 1996, elle entre dans une école d’art qu’elle a dû quitter en mai dernier, trop faible pour suivre les cours. Mais elle continue à dessiner et un des professeurs vient la voir chez elle, un maillon de la chaîne d’amour et de solidarité que la vaillance a soudée autour d’elle.

A Montmartre, France luit dit :
“Au revoir ma chérie et respire maintenant.”

C’est une cérémonie simple, laïque, à laquelle assistent, venus à bord de deux cars affrétés par France, les amis, les copains de Pauline, tous ceux qui, pendant près de trois jours, se sont succédé dans la chambre où reposait la jeune fille pour lui dire une dernière fois, avec des petits mots : des petits bouquets, leur infinie tendresse. Michel est enterré au cimetière de Montmartre, sous une dalle individuelle, comme son père. Comme, bientôt, Pauline. France, dans la nuit, a écrit un texte d’adieu qu’elle lit, la voix brisée par l’émotion devant le cercueil.

Ode à Pauline par France Gall

Le 18 décembre 1997

Il n’y a pas, je dis bien pas, une personne qui ait croisé le regard de Pauline, même furtivement, qui ne se soit pas arrêtée quelques instants sur elle. Elle dégageait quelque chose d’autre que les autres : elle n’était pas tout à fait comme les autres. Moi, je la trouvais extraordinaire mais c’était pour moi normal de penser ça.

Si les gens s’arrêtaient sur elle, ce n’était pas tant parce qu’elle avait les plus beaux yeux du monde (et là, je sais qu’elle sera sensible à ce compliment) mais c’est parce qu’il y avait un truc derrière qu’on appelle, nous, la Profondeur.

Le pouvoir de déclencher l’hilarité juste avec son rire. Le pouvoir de nous apprendre la patience.

Le pouvoir de se faire aimer jusqu’à en briser le cœur d’un père. Le pouvoir de souffrir en secret.

Le pouvoir d’être quand même heureuse dans cette vie irrespirable. Et, surtout, le pouvoir de nous pousser à Donner.

Annie et Nane ont eu les gestes d’une maman.

Raphaël a donné son enfance et a su passer du petit frère au grand frère.

Les amis de Pauline ont accepté d’abandonner une partie de leur insouciance d’année en année. Et Michel a tout donné.

Pauline par Philippe Chatiliez, son parrain.

Propos recueillis par Isabelle Leouffre et Pépita Dupont

“J’adorais ses colères, ses émerveillements, ses engueulades avec son frère, son insatiable curiosité”.

J’étais l’ami de lycée de Michel. Je suis devenu le complice de France, puis le parrain de Pauline. Un parrain symbolique, puisqu’elle n’était pas baptisée. Pauline était une enfant touchante. Dans son regard cohabitaient une profondeur, un formidable appétit de la vie et une grande capacité à l’émerveillement, avec une spontanéité et des rires ponctués de “Ah, ouais ?!” interrogatifs. Pauline était d’une nature riche, complexe, intelligente. Il y a plusieurs périodes de Pauline : Pauline, enfant, avant la prise de conscience de sa maladie. Pauline à la prise de conscience de sa maladie au moment de la pré-adolescence, et Pauline avec la pleine conscience de sa maladie, à l’entrée dans l’âge adulte. Ce n’était donc pas une enfant comme les autres. Obligée d’être régulièrement soignée, entourée en permanence. Et sa mauvaise santé a conditionné la vie et la pensée de Pauline, et celles des siens. Avec des grands moments de bonheur, car on ne peut pas vivre en permanence dans l’idée de la maladie, sinon le rapport à l’autre n’existe plus.

J’adorais les colères de Pauline, ses engueulades mémorables avec son frère. C’était une formidable abolition de la maladie que de parvenir ainsi à établir un rapport normal, de conflit et de violence. Les “Putain, merde, fais chier !” de Pauline sont légendaires. Pester contre tout et rien. J’ai adoré ses émerveillements, sa soif de savoir, son insatiable curiosité. Je me souviens de dîners chez France avec tous les amis de Pauline où les discussions s’éternisaient : sur la vision du monde, la vie, les choix philosophiques ou politiques, les valeurs, les engagements qui forgent un adolescent et l’aident à passer à l’âge adulte … Des conversations profondes, graves et drôles à la fois. Les jeunes qui entouraient Pauline sont tout sauf une bande de petits cons. Pauline, malgré elle, les a obligés à grandir différemment. Jeremy Jacob, Thomas Schönberg, Cécile, l’amie de maternelle, ont eu très tôt le sentiment d’appartenir à un groupe à part. France et Michel ont toujours ouvert leur maison, ce qui a poussé tout naturellement les enfants à cultiver le sens de l’amitié, de l’hospitalité, de la confiance mutuelle, tout en essayant de ne pas devenir un clan qui se couperait du monde.

Depuis la mort de Michel, c’est France, épaulée par Nan et par Annie, qui a porté sur ses épaules l’organisation très délicate de la vie de sa fille. Pauline m’a toujours laissé jouer mon rôle d’ami de ses parents. J’avais également une autre utilité dans les moments de solitude avec elle : lui parler de son père, qu’elle n’a connu que jusqu’à 13 ans. Ils étaient très proches, ils se sont tellement aimés. J’avais encore tant de choses à lui dire pour l’éclairer …

Elle adorait passer ses vacances dans leur maison de Ramatuelle. Pour la nature, l’endroit, la villa que ses parents avaient construite. C’était la terre d’élection de son père, là où il a trouvé la mort. France et les enfants y retournent chaque été.

Pauline a toujours dessiné. Je me souviens de notre trouble devant ses coups de pinceau très figuratifs et colorés, des collages très « Picassiens », alors qu’elle était si petite. Michel en avait été ému aux larmes. Nous nous disions, nous, profondément athées, que c’était peut-être Dieu qui offrait ainsi des compensations.

Je ne connais pas tout de Pauline. Je connais la Pauline qui s’est montrée à moi. Mais je sais qu’elle avait la grâce, celle du formidable être humain qu’elle était. Et qui nous donnait la force de nous comporter, à notre tour, en êtres humains.

M. Hourde, son professeur de dessin.

“C’était un ange. Dans ses projets d’autoportrait, c’est toujours le blanc qui prédominait”.

Accompagnée de sa mère, Pauline s’est inscrite parmi nous en septembre 1996. Une de leurs amies avait repéré notre école de dessin en allant au théâtre situé au-dessus de notre atelier. Pauline était si belle, si frêle, si jeune aussi. Elle allait avoir 18 ans. Il émanait d’elle une force particulière, Une aura. Son style artistique, plutôt pur et naïf au début, a gagné en maturité au fil des mois. Sa grande sensibilité lui a permis de progresser rapidement. Discrète, elle s’est intégrée au groupe par petites touches. Jamais elle n’a révélé à quiconque qu’elle était la fille de Michel Berger et de France Gall. Jamais elle n’a donné le nom de sa maladie. Elle voulait être considérée pour ce qu’elle était. Elle y est très bien parvenue : tous les élèves oubliaient ce qui la rendait différente. Seules les quintes de toux, qui survenaient en général après des crises de fou rire, car Pauline adorait rire, leur rappelaient qu’elle souffrait. Le rire de Pauline, si frais, presque cristallin. Le regard de Pauline, où se mêlaient inquiétude et curiosité …

Pauline était magique. Magique, parce que tous les efforts qu’elle fournissait en secret pour lutter contre sa maladie lui conféraient une part de mystère. Magique, car elle concevait, à partir de trois fois rien, des travaux magnifiques. Pauline était un ange. Dans ses projets d’autoportrait, c’était toujours le blanc qui prédominait. Son dernier dessin était à la fois pathétique et beau. Je lui aurais mis 18 sur 20. Au mois de mai de cette année, son état de santé s’est aggravé.

Elle a définitivement arrêté de suivre nos cours. En revanche, volontaire et passionnée, elle a tenu à poursuivre l’école à domicile. A la rentrée de septembre, nous l’avons donc inscrite normalement en deuxième année. Deux fois par semaine, un de nos professeurs se rendait à son chevet, emmenant les travaux de ses camarades, remportant avec lui les dessins de Pauline pour les montrer. Ainsi continuait-elle à faire partie intégrante de la classe. Tous les étudiants en avaient d’ailleurs pleinement conscience. Cet échange continu, nous l’avons souhaité pour Pauline, pensant que c’était pour elle la meilleure des thérapies.

Pauline était aimée de tous. Nous avons eu une chance immense de la connaître. Lorsque, ce mardi matin, nous leur avons appris son décès, les élèves se sont effondrés, en larmes, en deuil. Je les ai autorisés à se rendre à l’enterrement. Je n’ai pu y aller. Mais je suis passé la veille dire au revoir à Pauline. J’appréhendais l’instant où j’allais me retrouver seul face à la mort. Ce fut, curieusement, l’effet inverse. Pauline reposait dans sa chambre, entourée des photos de son père, de son frère, des gens qu’elle aimait. Des milliers de petits messages d’amour recouvraient le lit. Elle ressemblait à la Belle au bois dormant, plongée dans un sommeil d’éternité. C’était comme un merveilleux tableau, le plus beau qu’elle m’ait donné d’admirer …

Claude Michel Schönberg, son tuteur.

“Elle adorait les animaux. Pour ne pas réveiller mon bébé labrador, elle tentait de résister à ses violentes quintes de toux”.

Après la mort de Michel Berger, leur père, Raphaël et Pauline ont décidé que je serais leur tuteur. J’ai été très touché et profondément bouleversé. Ces enfants, je les ai vus naître, car j’étais ami de Michel depuis 1966. Nous avons débuté ensemble chez Pathé-Marconi, et j’ai connu France plus tard, lorsque Michel lui a écrit « La déclaration ».

Pauline est née le 14 novembre 1978, et mon fils, Thomas, le même jour, deux ans plus tard.

Mes premiers souvenirs de Pauline enfant remontent à Ramatuelle où nous avions loué une maison avec Michel et France pour les vacances d’été. Pauline, à 2 ans et demi, était belle à croquer et très gaie. C’est moi qui l’ai emmenée pour la première fois faire un tour de manège à Saint-Tropez. Je me souviens, dans la voiture, elle m’avait dit : “Tu sais, j’ai peur d’aller dans la piscine.” Je lui avais répondu : “Tu n’as pas à avoir peur, ta maman ne te demandera jamais quelque chose qui puisse te faire du mal”. Pauline était une petite fille drôle, pleine d’humour. Son rire était communicatif.

Mais, malgré tout, France sentait que quelque chose n’allait pas. Instinctivement, elle a su que Pauline avait un problème de santé. Pourtant, les médecins ne cessaient de la rassurer. A force d’entêtement, France a rencontré un professeur qui a fait passer des tests à Pauline et qui a découvert qu’elle était atteinte de la mucoviscidose. Michel et France ont alors tout fait pour que leur fille ait une vie aussi normale que les autres enfants. Pauline n’a pas tout de suite été consciente de son mal mais, en grandissant, elle a réalisé que les traitements qu’elle subis sait étaient lourds et pénibles : une kinésithérapie respiratoire quotidienne, un régime alimentaire, etc. On ne se rendait pas tout de suite compte que Pauline était malade. Elle adorait les animaux. A Paris, elle avait un chat, Jimmy, et à Ramatuelle, un chien, Massai. Je me souviens d’un soir, elle était venue dîner à la maison avec son frère et France, car elle voulait voir Jules, mon labrador, que je venais d’acheter. Il était encore tout bébé. Pauline s’est assise dans un fauteuil et l’a pris sur ses genoux. Confiant, Jules s’est endormi. Et, pour ne pas le réveiller, Pauline tentait de résister le plus possible à ses violentes quintes de toux. Cette image poignante restera gravée dans ma mémoire.

Pauline a toujours eu un physique très particulier, comme ses parents. Elle ne ressemblait à personne. Ses yeux verts étaient très clairs. Elle aimait beaucoup s’habiller de noir et soignait son look. Elle avait une très forte personnalité. Elle avait hérité du côté têtu de sa mère et de son père, la discrétion et la pudeur. Elle ne parlait presque jamais de sa maladie. La mort de Michel l’a beaucoup choquée et a provoqué une cassure terrible dans sa vie. Pauline s’émerveillait de tout. Lorsqu’on allait voir un film ensemble ou un spectacle, elle le recevait pleinement, et elle adorait, bien sûr, voir ses parents sur scène. Elle était très fière d’eux et ne souffrait pas du tout de leur célébrité.

Pauline tournait aussi des vidéo-clips, pendant les vacances, avec sa bande de copains. Un été, à Ramatuelle, elle jouait un rôle avec une amie, son frère, et mon fils, qui assurait la mise en scène, sur la chanson de Céline Dion « Pour que tu m’aimes encore ». Elle était rayonnante de beauté. Ce jour-là, le fils de Claude Zidi était derrière la caméra. C’est merveilleux et cruel à la fois de pouvoir aujourd’hui la revoir ainsi.

Comme toutes les filles de son âge, Pauline regardait M.T.V. et les sitcoms. Et, bien sûr, elle était branchée musique. La grande passion de Pauline, c’était la peinture. Elle suivait des cours dans une école d’arts graphiques. J’ai gardé la petite maison aux couleurs gaies qu’elle m’avait dessinée, enfant sur un Post-t. Ainsi qu’un autre dessin représentant un piano. Ce sont des souvenirs doux et, en même temps, j’éprouve une grande souffrance.

Pour les dernières vacances de la Toussaint, France a emmené Pauline à Rome pour visiter la chapelle Sixtine. Elle en est revenue émerveillée, comme subjuguée devant tant de beauté. Pauline en parlait tout le temps.

Pour ses 19 ans, le 14 novembre dernier, France a loué le Niel’s. Pauline portait une longue robe noire et elle était heureuse d’être avec tous ses amis. Ils ont été extraordinaires. Chaque fois que Pauline avait des problèmes de santé plus préoccupants, ses copains lui téléphonaient ou lui laissaient des petits mots drôles et affectueux qu’elle découvrait sur son Tam Tam. Je suis bouleversé, comme mon fils et ma femme, et je pense beaucoup à Raphaël, qui a été merveilleux pour Pauline.

Magazine : Paris Match
Numéro du 31 décembre 1997 / 1er janvier 1998
Numéro : 2536

Une pluie de roses pour l’ange envolé de France Gall

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Une pluie de roses pour un ange envolé
Une pluie de roses pour un ange envolé

C’est au cimetière de Montmartre, à une trentaine de mètres de la tombe de son père, Michel Berger, que Pauline a été inhumée, le jeudi 18 décembre, à 15 h 30.

France Gall, accompagnée de son fils Raphaël, est arrivée dans le corbillard.

Une centaine de personnes, surtout des amis de lycée de la jeune fille, venus en bus, ont suivi le convoi funéraire. Au milieu des nombreux anonymes, on pouvait apercevoir les visages de quelques célébrités : Carole Bouquet, Béatrice Schônberg, Richard Berry, Josiane Balasko, ou encore Patrick Bruel et Jacques Attali.

Dans un silence recueilli, la chanteuse a adressé quelques mots à sa fille trop tôt disparue, louant la beauté de son regard, qui ne laissait personne indifférent et évoquant la profondeur et l’éclat de ses yeux. « Tu avais les plus beaux yeux du monde, je sais que tu seras sensible au compliment», a-t-elle ajouté. Et bien sûr, elle n’a pas oublié de parler du dévouement des infirmières qui ont soigné Pauline et de l’amour que tous lui portaient, de son petit frère Raphaël, et de son père qui l’aimait plus que tout au monde. La voix calme et posée, la chanteuse, pudique, n’a pas évoqué les souffrances endurées par sa fille, mais a terminé son message par ces quelques mots, allusion sensible à la maladie qui l’a emportée: “Tu pourras enfin respirer.”

Un « alleluia » a ensuite retenti dans le cimetière et c’est au son de ce chant magnifique et émouvant que France a gravement laissé tomber une pluie de pétales de roses blanches et rouges sur le cercueil, et a serré dans ses bras ceux qui étaient venus la soutenir.

Magazine : France Dimanche
Luc BIECQ
Date : 27 décembre 1997 au 2 janvier 1998
Numéro : 2678

France Gall – Larmes pour Pauline

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France Gall - Larmes pour Pauline
France Gall - Larmes pour Pauline
France Gall - Larmes pour Pauline

Pauline, elle avait 19 ans, elle était belle et douce, elle a été emportée par la mucoviscidose, qui, depuis son enfance, la menaçait sans cesse.

Cinq ans après la mort de Michel Berger le destin frappe à nouveau la chanteuse du bonheur de vivre, à travers sa fille.

Toute sa vie, Pauline s’est battue. Contre la mucoviscidose qui lui coupait le souffle et l’épuisait peu à peu. Pourtant, c’était une petite fille comme les autres, une artiste qui aimait dessiner et peindre. Mais cette jeune fille si délicate était forte. Avec Raphaël, son frère, c’est elle qui a porté France Gall au moment de la mort brutale de Michel Berger. Malheureusement, si elle protégeait tout le temps sa mère, cette semaine, ni France ni le groupe nombreux des copains fidèle de l’adolescente n’ont rien p faire pour l’arracher au dernier as saut de la maladie. Une fois de plus, la tragédie s’acharne su France Gall, dont les chanson incarnent envers et contre tout l’amour de la vie et des couleurs. Aujourd’hui, avec le départ de Pauline, c’est le noir de la mort qui efface les lumières de “Cézanne peint”, l’hymne à l’art et à la beauté écrit par son père e chanté par sa mère.

Dimanche dernier, France Gall a rassemblé les amis de ses enfants. Elle leur a demandé de prier : Pauline se mourait. Ils sont allés au Sacré-Cœur puis tous, les croyants et les autres, ont uni leurs pensées pour tenter d’arracher la jeune fille à la mort. Mais cet ultime complot de l’amour n’a pas pu enrayer la fatalité. Pauline s’est éteinte à 19 ans, dans la nuit de lundi à mardi.

La fille de France Gall et de Michel Berger avait 2 ans lorsqu’un médecin a diagnostiqué le mal dont elle allait souffrir toute sa vie : la mucoviscidose. Une affection dont on ne guérit pas mais que des soins contraignants permettent d’apprivoiser. Petite-fille du Pr Hamburger – le père de Michel-, pionnier de la greffe du rein et des techniques de réanimation, l’enfant était particulièrement bien soignée. Chaque jour, Pauline subissait une séance de kinésithérapie qui l’aidait à respirer; elle suivait un régime alimentaire sévère et restait en contact étroit avec une équipe médicale traitante. Mais son père et sa mère tenaient aussi à ce qu’elle vive le plus normalement possible. Elle est allée à l’école, comme son frère, Raphaël, de deux ans son cadet, au collège privé Fénelon dans le 8e arrondissement parisien, tout près de chez elle. Une insertion réussie, parce que cette petite fille que l’on savait si fragile était soutenue tant par les siens que par un clan de camarades qui la protégeaient. Seul le cercle des intimes connaissait la vérité. Et sa discrétion formait autour de Pauline comme un cocon de tendresse.

Douce, délicate, diaphane, Pauline ressemblait de plus en plus à sa mère et se sentait très proche de son père. Elle avait 13 ans lorsque Michel Berger a été foudroyé par une crise cardiaque, le 2 août 1992, au cours d’une partie de tennis à Ramatuelle. Tout son univers s’est effondré et, du jour au lendemain, devant tous les admirateurs du chanteur au cimetière de Montmartre, elle est devenue un personnage public. C’est à ce moment-là, celui de son entrée dans l’adolescence, qu’elle s’est révoltée.

Elle ne voulait plus accepter son traitement, si lourd, si dur. A quoi bon ?

France, mère courage, à qui l’amour de ses enfants a donné la volonté de surmonter son chagrin puis de vaincre le cancer du sein qui s’était déclaré huit mois après la mort de son mari, a su lui insuffler la force de continuer.

La chanteuse s’est exilée pendant une année entière à Los Angeles, avec Pauline et Raphaël, qu’elle avait inscrits au lycée français : « Je ne serais jamais partie s’ils ne l’avaient pas souhaité, confiaitelle alors. Mais ils le désiraient comme des fous.»

Au soleil de Californie, ils ont pansé leurs blessures. Ils sont rentrés pleins de vigueur et prêts à faire de nouveau confiance à la vie, soudés dans le souvenir et dans l’espérance.

“Entre nous, expliquait France, c’est l’amour fou. Pour la première fois, j’ai envie de parler d’eux tellement ils m’éblouissent. Quand je les vois évoluer, je me dis que ce n’est pas possible d’avoir mis au monde deux merveilles pareilles.”

Et, malgré un nouveau coup dur – Raphaël renversé par une voiture et grièvement blessé, qu’il faut aussi aider à guérir-, elle se promettait une renaissance, dans un tourbillon d’énergie et de chaleur qui emportait Pauline. « Les quatre années qu’elle vient de passer, reconnaissait France, ont été très dures pour elle. Elle est beaucoup plus gaie maintenant, elle a fait son propre chemin toute seule, même si, quelquefois, je suis sûre qu’elle cache son chagrin.”

Pauline avait trouvé sa voie. Inscrite dans une école d’art, elle dessinait sept heures par jour, avec passion et talent. L’an dernier, premier grand bonheur dans sa jeune vie, elle était tombée amoureuse d’un jeune homme qui l’aimait.

Mais sa maladie s’est aggravée. Ces derniers mois, elle devait porter en permanence un tube qui permettait d’aspirer les mucosités qui l’étouffaient. Ses amis faisaient comme si de rien n’était et, d’ailleurs, tendus dans leur effort pour l’aider à lutter, ils ne remarquaient même plus le carcan médical qui soulageait de moins en moins Pauline. Accablée de souffrance et de fatigue, la jeune fille se voûtait, ses crises se multipliaient.

Au début de la semaine dernière, elle a attrapé une angine, ce qui, dans son état, était une catastrophe. Il fallait guérir très vite, sinon … Vendredi soir, quand on a dû l’hospitaliser à Necker, dans le service du Pr Lenoir, les médecins n’ont pas caché à sa mère que, si l’infection n’était pas jugulée en trois jours, Pauline ne survivrait pas. France a voulu réunir autour de sa fille tous ceux qui l’aimaient. Avec France, avec Raphaël, les dix meilleurs amis de Pauline, ceux qui avaient prié pour elle la veille au Sacré-Cœur, ont dormi à l’hôpital dans la nuit de lundi à mardi. Afin de l’aider pour la dernière fois, non plus à vivre, mais à partir, comme un soupir, comme un sourire. Comme un souffle, celui qui lui a tant manqué.

La mucoviscidose, un fléau que la thérapie génique espère vaincre.

La mucoviscidose est une maladie héréditaire pouvant se manifester dès la naissance. Elle est caractérisée par une tendance aux infections pulmonaires chroniques et par une non-absorption des graisses et d’autres éléments nutritifs. Le développement de la mucoviscidose et sa sévérité varient considérablement d’un sujet à l’autre, mais, en général, la croissance ne se déroule pas normalement, et l’enfant souffre d’infections broncho-pulmonaires persistantes, provoquant toux et difficultés respiratoires permanentes. Les pneumonies et bronchites répétées finissent par endommager les poumons. Le pancréas ne produit pas les enzymes qui interviennent dans la dégradation des graisses et dans leur absorption par l’intestin.

La mucoviscidose est due à un gène défectueux situé sur le chromosome n°7, mais, pour que la maladie se déclare, l’anomalie doit avoir été héritée de deux parents. Les sujets ayant hérité du gène défectueux par un seul de leurs parents sont porteurs du gène, mais ne souffrent d’aucun symptôme. Grâce aux avancées de la recherche, on peut aujourd’hui localiser le gène impliqué, et même détecter la maladie in utero (cette exploration est proposée aux parents qui ont un enfant atteint et envisagent une autre grossesse). Chez les individus de race blanche, on considère que cette anomalie touche environ 1 enfant sur 2 000 (chez les autres races, elle est très rare).

Des traitements hautement spécialisés aux antibiotiques permettent aux deux tiers de ces malades d’atteindre l’âge adulte. Peu d’entre eux sont cependant bien-portants : la plupart souffrent de lésions pulmonaires permanentes, avec une espérance de vie considérablement raccourcie. Le décès survient dès lors que le poumon ne peut plus fournir d’oxygène à l’organisme. Chez certains malades, des traitements par transplantation pulmonaire ou cardio-pulmonaire ont donné des résultats encourageants. Et les essais de thérapie génique se multiplient, en France comme aux EtatsUnis. Désormais, pour les familles frappées, s’entrouvre un avenir porteur d’espoir.

Magazine : Paris Match
Sabine de la Brosse
Date : 25 décembre 1997
Numéro : 2535