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Angoisse pour France Gall

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Angoisse pour France Gall
Angoisse pour France Gall

On ne la voit plus, on ne l’entend plus, on la sait frappée par la plus grande des douleurs. Alors, ceux qui l’aiment vivent dans l’angoisse

Murée depuis deux mois dans un chagrin toujours plus vif, plus fort.

Admirable France Gall, qui, en cet après-midi du 18 décembre dernier, au cimetière Montmartre, adressait à sa fille Pauline son ultime lettre d’amour. Admirable, oui, cette mère dont la voix ne tremblait pas sur le cercueil de son ange de 19 ans parti trop vite, trop mal, cette mère dont la dignité et le courage ce jour-là ont impressionné tous ceux qui en étaient les témoins …

« Et respire maintenant », a-telle dit, à l’adresse de Pauline, partie rejoindre dans “le grand désert blanc”, son père, disparu cinq ans auparavant.

Oui, il en fallait du courage à France, pour ne pas se laisser aller à montrer la douleur si profonde de ce deuxième deuil qui déchirait à nouveau sa vie.

Mais on a beau être forte, l’avoir prouvé comme l’a fait France, on n’en reste pas moins une femme, un être fragile, perméable au malheur. C’est pourquoi aujourd’hui, deux mois après le drame, tous ceux qui aiment la chanteuse sont inquiets. Depuis qu’elle a quitté le cimetière, soutenue par son fils Raphaël, on ne l’a pratiquement plus revue. La porte de son appartement parisien s’est refermée sur son chagrin, et le silence a désormais pris la plus grande place. Au point que certains ont pensé qu’elle était peut-être partie se réfugier ailleurs. Mais non, les volets de la maison de Honfleur sont restés clos, comme ceux de sa demeure de Ramatuelle, près de Saint-Tropez. Elle n’est pas non plus allée chercher l’oubli, comme elle l’avait fait après le décès de son mari, en 1992, dans sa maison au Sénégal.

En fait, France est bien à Paris. C’est ce que disent les gens du quartier, ajoutant pourtant : “On ne la voit plus, elle ne sort jamais …”

Bien sûr, comment ne pas comprendre ce désir de retrait, ce besoin des s’isoler pour tenter d’apprivoiser son chagrin ? Mais l’angoisse subsiste, car même pour quelqu’un d’aussi déterminé que France, est-il possible de s’habituer au pire?

Se battre, comme elle l’a fait depuis la petite enfance de sa fille, employer toute son énergie à lui donner une vie « normale», n’ont pu préparer France à cette issue. On a beau savoir, on n’arrive jamais à s’habituer à une telle injustice. Tant que Pauline était là, avec ses yeux remplis d’envies, celle de sortir quand même, malgré la maladie, avec ses amis, celle de rire, de s’amuser, la vie continuait, malgré tout. Ce qui poussait France à poursuivre sa carrière, à chanter, à enregistrer des disques, c’était aussi la volonté de montrer à Pauline que tout était possible. Mais à ce moment-là, les heures de veille, l’énergie que sa mère mettait à la soutenir, à la maintenir, à lutter avec elle, ne comptaient pas.

Quand on s’occupe avec passion d’un être cher, la fatigue est effacée par le combat. Mais quand la fin arrive, elle arrache tout. Soudain, le corps se relâche, les défenses tombent. On craque. C’est cela que redoutent les proches de France, qui savent hélas que toute la volonté du monde ne peut rien contre une peine qui est inscrite au plus profond de soi … Ils ont peur que France ne se laisse avaler par sa douleur, maintenant qu’elle est livrée à elle-même.

Ils doivent aussi savoir qu’ils ont des raisons d’espérer et de se rassurer. Si France n’est pas partie à l’autre bout du monde, si elle n’a pas tout quitté, c’est qu’elle a une raison, la plus importante pour elle dorénavant. Cette raison, c’est Raphaël, son fils. Du haut de ses 17 ans, ce jeune homme qui a déjà connu tant de drames, qui a été mûri trop vite par eux, a besoin d’elle. Il a été si magnifique, lui aussi, si présent pour sa sœur, allant jusqu’à suivre des cours par correspondance l’année dernière, afin d’être plus disponible pour Pauline. Lui aussi a lutté jusqu’au bout, refusant de s’incliner devant la fatalité, ne traitant jamais sa grande sœur comme une malade perdue. Ils se chamaillaient, s’amusaient ensemble, comme n’importe quels frère et sœur.

Sa disparition l’a soudain vidé. Il avait tant donné à Pauline, et voilà qu’il n’y avait plus rien. France l’a compris. Alors, mère-lionne, mue par une force incroyable, France a commencé son nouveau combat : faire tout ce qui est en son pouvoir pour que Raphaël parvienne à mener sa vie d’adolescent. Lui donner envie, envie de vivre, malgré tout. .. Envie de sortir, de rencontrer des gens, de reprendre ses cours au lycée, de s’intéresser aux autres et à lui.

Plus que tout aujourd’hui, c’est cette force de vie que France veut transmettre à son fils, afin qu’il ne se laisse pas dominer par le chagrin. Et Raphaël l’a bien senti. Il a accepté de se relancer dans le monde qui l’attend. Il a dit oui, parce qu’il sait que cette décision est vitale pour lui, mais aussi pour sa mère. Il sait que si elle le voit à nouveau intégré dans une vie normale, elle pourra revivre.

Le lien d’amour qui existe aujourd’hui entre cette mère et son fils est le plus précieux des trésors. Un trésor qui va del ‘un à l’autre, qui fait qu’ils s’aident à vivre.

France, femme stupéfiante aux ressources infinies, va évidemment continuer à se battre comme elle l’a toujours fait. Le temps, le courage aussi, et puis ce fils qui la soutient autant qu’elle le soutient, viendront sans doute l’aider à assumer son destin …

Magazine : France Dimanche
Nathalie BERTAUD
Date : 7 au 13 février 1998
Numéro : 2684

France Gall : l’adieu à Pauline, sa fille, son ange

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A l'heure du dernier adieu, France Gall s'est réfugiée dans les bras de Raphaël. Pauline, la tant aimée, repose désormais au cimetière de Montmartre.
A l'heure du dernier adieu, France Gall s'est réfugiée dans les bras de Raphaël. Pauline, la tant aimée, repose désormais au cimetière de Montmartre.

Dans les bras de Raphael avec tous les amis réunis, une mère qui « résiste ».

A l’heure du dernier adieu, France s’est réfugiée dans les bras de Raphaël. Pauline, la tant aimée, repose désormais au cimetière de Montmartre.

Autour d’une enfant toujours à bout de souffle puis d’une adolescente fragile, soumise au long calvaire de la mucoviscidose, torturée par les crises qui l’étouffaient, la conspiration du silence et de l’amour a ménagé l’espace indispensable pour lui permettre de respirer le mieux possible. Le courage de Pauline a fait le reste. Elle refusait de se plaindre. A notre demande, pour la mémoire d’une jeune fille exemplaire, France Gall nous a confié ses photos et le texte qu’elle a lu devant la tombe ouverte. A travers ces témoignages, ces portraits, voici l’histoire de la jolie Pauline, morte à 19 ans. Pendant des années, la fille de France Gall et Michel Berger a vécu en secret sa maladie. A présent, elle a quitté ce monde irrespirable. Mais pour tous ceux qui l’ont connue, elle restera comme un hymne à la vie.

Elle était jolie, intelligente, sensible, pleine de talent. Elle se savait très malade mais elle se battait. Au fil des ans, l’enfant gaie et drôle au caractère bien affirmé est devenue une jeune fille ravissante. Michel et France, puis France seule, courent le monde pour consulter les plus grands spécialistes de la mucoviscidose et, tout en assurant à leur fille les meilleurs traitements, l’aident à vivre aussi normalement que possible. Pauline, aidée par sa famille, par ses amis, fait ses études, suit même des cours de danse. Elle aime sortir et s’amuser. Adolescente, elle redécouvre sa passion d’enfant : le dessin. En septembre 1996, elle entre dans une école d’art qu’elle a dû quitter en mai dernier, trop faible pour suivre les cours. Mais elle continue à dessiner et un des professeurs vient la voir chez elle, un maillon de la chaîne d’amour et de solidarité que la vaillance a soudée autour d’elle.

A Montmartre, France luit dit :
“Au revoir ma chérie et respire maintenant.”

C’est une cérémonie simple, laïque, à laquelle assistent, venus à bord de deux cars affrétés par France, les amis, les copains de Pauline, tous ceux qui, pendant près de trois jours, se sont succédé dans la chambre où reposait la jeune fille pour lui dire une dernière fois, avec des petits mots : des petits bouquets, leur infinie tendresse. Michel est enterré au cimetière de Montmartre, sous une dalle individuelle, comme son père. Comme, bientôt, Pauline. France, dans la nuit, a écrit un texte d’adieu qu’elle lit, la voix brisée par l’émotion devant le cercueil.

Ode à Pauline par France Gall

Le 18 décembre 1997

Il n’y a pas, je dis bien pas, une personne qui ait croisé le regard de Pauline, même furtivement, qui ne se soit pas arrêtée quelques instants sur elle. Elle dégageait quelque chose d’autre que les autres : elle n’était pas tout à fait comme les autres. Moi, je la trouvais extraordinaire mais c’était pour moi normal de penser ça.

Si les gens s’arrêtaient sur elle, ce n’était pas tant parce qu’elle avait les plus beaux yeux du monde (et là, je sais qu’elle sera sensible à ce compliment) mais c’est parce qu’il y avait un truc derrière qu’on appelle, nous, la Profondeur.

Le pouvoir de déclencher l’hilarité juste avec son rire. Le pouvoir de nous apprendre la patience.

Le pouvoir de se faire aimer jusqu’à en briser le cœur d’un père. Le pouvoir de souffrir en secret.

Le pouvoir d’être quand même heureuse dans cette vie irrespirable. Et, surtout, le pouvoir de nous pousser à Donner.

Annie et Nane ont eu les gestes d’une maman.

Raphaël a donné son enfance et a su passer du petit frère au grand frère.

Les amis de Pauline ont accepté d’abandonner une partie de leur insouciance d’année en année. Et Michel a tout donné.

Ma chérie, Raphaël, moi et tout le monde ici, nous sommes là pour te dire Au revoir.

Et respire maintenant !

Pauline par Philippe Chatiliez, son parrain.

Propos recueillis par Isabelle Leouffre et Pépita Dupont

« J’adorais ses colères, ses émerveillements, ses engueulades avec son frère, son insatiable curiosité ».

J’étais l’ami de lycée de Michel. Je suis devenu le complice de France, puis le parrain de Pauline. Un parrain symbolique, puisqu’elle n’était pas baptisée. Pauline était une enfant touchante. Dans son regard cohabitaient une profondeur, un formidable appétit de la vie et une grande capacité à l’émerveillement, avec une spontanéité et des rires ponctués de « Ah, ouais ?!» interrogatifs. Pauline était d’une nature riche, complexe, intelligente. Il y a plusieurs périodes de Pauline : Pauline, enfant, avant la prise de conscience de sa maladie. Pauline à la prise de conscience de sa maladie au moment de la pré-adolescence, et Pauline avec la pleine conscience de sa maladie, à l’entrée dans l’âge adulte. Ce n’était donc pas une enfant comme les autres. Obligée d’être régulièrement soignée, entourée en permanence. Et sa mauvaise santé a conditionné la vie et la pensée de Pauline, et celles des siens. Avec des grands moments de bonheur, car on ne peut pas vivre en permanence dans l’idée de la maladie, sinon le rapport à l’autre n’existe plus.

J’adorais les colères de Pauline, ses engueulades mémorables avec son frère. C’était une formidable abolition de la maladie que de parvenir ainsi à établir un rapport normal, de conflit et de violence. Les” Putain, merde, fais chier !» de Pauline sont légendaires. Pester contre tout et rien. J’ai adoré ses émerveillements, sa soif de savoir, son insatiable curiosité. Je me souviens de dîners chez France avec tous les amis de Pauline où les discussions s’éternisaient : sur la vision du monde, la vie, les choix philosophiques ou politiques, les valeurs, les engagements qui forgent un adolescent et l’aident à passer à l’âge adulte … Des conversations profondes, graves et drôles à la fois. Les jeunes qui entouraient Pauline sont tout sauf une bande de petits cons. Pauline, malgré elle, les a obligés à grandir différemment. Jeremy Jacob, Thomas Schonberg, Cécile, l’amie de maternelle, ont eu très tôt le sentiment d’appartenir à un groupe à part. France et Michel ont toujours ouvert leur maison, ce qui a poussé tout naturellement les enfants à cultiver le sens de l’amitié, de l’hospitalité, de la confiance mutuelle, tout en essayant de ne pas devenir un clan qui se couperait du monde.

Depuis la mort de Michel, c’est France, épaulée par Nan et par Annie, qui a porté sur ses épaules l’organisation très délicate de la vie de sa fille. Pauline m’a toujours laissé jouer mon rôle d’ami de ses parents. J’avais également une autre utilité dans les moments de solitude avec elle : lui parler de son père, qu’elle n’a connu que jusqu’à 13 ans. Ils étaient très proches, ils se sont tellement aimés. J’avais encore tant de choses à lui dire pour l’éclairer …

Elle adorait passer ses vacances dans leur maison de Ramatuelle. Pour la nature, l’endroit, la villa que ses parents avaient construite. C’était la terre d’élection de son père, là où il a trouvé la mort. France et les enfants y retournent chaque été.

Pauline a toujours dessiné. Je me souviens de notre trouble devant ses coups de pinceau très figuratifs et colorés, des collages très « Picassiens », alors qu’elle était si petite. Michel en avait été ému aux larmes. Nous nous disions, nous, profondément athées, que c’était peut-être Dieu qui offrait ainsi des compensations.

Je ne connais pas tout de Pauline. Je connais la Pauline qui s’est montrée à moi. Mais je sais qu’elle avait la grâce, celle du formidable être humain qu’elle était. Et qui nous donnait la force de nous comporter, à notre tour, en êtres humains.

M. Hourde, son professeur de dessin.

« C’était un ange. Dans ses projets d’autoportrait, c’est toujours le blanc qui prédominait ».

Accompagnée de sa mère, Pauline s’est inscrite parmi nous en septembre 1996. Une de leurs amies avait repéré notre école de dessin en allant au théâtre situé au-dessus de notre atelier. Pauline était si belle, si frêle, si jeune aussi. Elle allait avoir 18 ans. Il émanait d’elle une force particulière, Une aura. Son style artistique, plutôt pur et naïf au début, a gagné en maturité au fil des mois. Sa grande sensibilité lui a permis de progresser rapidement. Discrète, elle s’est intégrée au groupe par petites touches. Jamais elle n’a révélé à quiconque qu’elle était la fille de Michel Berger et de France Gall. Jamais elle n’a donné le nom de sa maladie. Elle voulait être considérée pour ce qu’elle était. Elle y est très bien parvenue : tous les élèves oubliaient ce qui la rendait différente. Seules les quintes de toux, qui survenaient en général après des crises de fou rire, car Pauline adorait rire, leur rappelaient qu’elle souffrait. Le rire de Pauline, si frais, presque cristallin. Le regard de Pauline, où se mêlaient inquiétude et curiosité …

Pauline était magique. Magique, parce que tous les efforts qu’elle fournissait en secret pour lutter contre sa maladie lui conféraient une part de mystère. Magique, car elle concevait, à partir de trois fois rien, des travaux magnifiques. Pauline était un ange. Dans ses projets d’autoportrait, c’était toujours le blanc qui prédominait. Son dernier dessin était à la fois pathétique et beau. Je lui aurais mis 18 sur 20. Au mois de mai de cette année, son état de santé s’est aggravé.

Elle a définitivement arrêté de suivre nos cours. En revanche, volontaire et passionnée, elle a tenu à poursuivre l’école à domicile. A la rentrée de septembre, nous l’avons donc inscrite normalement en deuxième année. Deux fois par semaine, un de nos professeurs se rendait à son chevet, emmenant les travaux de ses camarades, remportant avec lui les dessins de Pauline pour les montrer. Ainsi continuait-elle à faire partie intégrante de la classe. Tous les étudiants en avaient d’ailleurs pleinement conscience. Cet échange continu, nous l’avons souhaité pour Pauline, pensant que c’était pour elle la meilleure des thérapies.

Pauline était aimée de tous. Nous avons eu une chance immense de la connaître. Lorsque, ce mardi matin, nous leur avons appris son décès, les élèves se sont effondrés, en larmes, en deuil. Je les ai autorisés à se rendre à l’enterrement. Je n’ai pu y aller. Mais je suis passé la veille dire au revoir à Pauline. J’appréhendais l’instant où j’allais me retrouver seul face à la mort. Ce fut, curieusement, l’effet inverse. Pauline reposait dans sa chambre, entourée des photos de son père, de son frère, des gens qu’elle aimait. Des milliers de petits messages d’amour recouvraient le lit. Elle ressemblait à la Belle au bois dormant, plongée dans un sommeil d’éternité. C’était comme un merveilleux tableau, le plus beau qu’elle m’ait donné d’admirer …

Claude Michel Schönberg, son tuteur.

« Elle adorait les animaux. Pour ne pas réveiller mon bébé labrador, elle tentait de résister à ses violentes quintes de toux ».

Après la mort de Michel Berger, leur père, Raphaël et Pauline ont décidé que je serais leur tuteur. J’ai été très touché et profondément bouleversé. Ces enfants, je les ai vus naître, car j’étais ami de Michel depuis 1966. Nous avons débuté ensemble chez Pathé-Marconi, et j’ai connu France plus tard, lorsque Michel lui a écrit « La déclaration ».

Pauline est née le 14 novembre 1978, et mon fils, Thomas, le même jour, deux ans plus tard.

Mes premiers souvenirs de Pauline enfant remontent à Ramatuelle où nous avions loué une maison avec Michel et France pour les vacances d’été. Pauline, à 2 ans et demi, était belle à croquer et très gaie. C’est moi qui l’ai emmenée pour la première fois faire un tour de manège à Saint-Tropez. Je me souviens, dans la voiture, elle m’avait dit : « Tu sais, j’ai peur d’aller dans la piscine. » Je lui avais répondu : « Tu n’as pas à avoir peur, ta maman ne te demandera jamais quelque chose qui puisse te faire du mal » Pauline était une petite fille drôle, pleine d’humour. Son rire était communicatif.

Mais, malgré tout, France sentait que quelque chose n’allait pas. Instinctivement, elle a su que Pauline avait un problème de santé. Pourtant, les médecins ne cessaient de la rassurer. A force d’entêtement, France a rencontré un professeur qui a fait passer des tests à Pauline et qui a découvert qu’elle était atteinte de la mucoviscidose. Michel et France ont alors tout fait pour que leur fille ait une vie aussi normale que les autres enfants. Pauline n’a pas tout de suite été consciente de son mal mais, en grandissant, elle a réalisé que les traitements qu’elle subis sait étaient lourds et pénibles : une kinésithérapie respiratoire quotidienne, un régime alimentaire, etc. On ne se rendait pas tout de suite compte que Pauline était malade. Elle adorait les animaux. A Paris, elle avait un chat, Jimmy, et à Ramatuelle, un chien, Massai. Je me souviens d’un soir, elle était venue dîner à la maison avec son frère et France, car elle voulait voir Jules, mon labrador, que je venais d’acheter. Il était encore tout bébé. Pauline s’est assise dans un fauteuil et l’a pris sur ses genoux. Confiant, Jules s’est endormi. Et, pour ne pas le réveiller, Pauline tentait de résister le plus possible à ses violentes quintes de toux. Cette image poignante restera gravée dans ma mémoire.

Pauline a toujours eu un physique très particulier, comme ses parents. Elle ne ressemblait à personne. Ses yeux verts étaient très clairs. Elle aimait beaucoup s’habiller de noir et soignait son look. Elle avait une très forte personnalité. Elle avait hérité du côté têtu de sa mère et de son père, la discrétion et la pudeur. Elle ne parlait presque jamais de sa maladie. La mort de Michel l’a beaucoup choquée et a provoqué une cassure terrible dans sa vie. Pauline s’émerveillait de tout. Lorsqu’on allait voir un film ensemble ou un spectacle, elle le recevait pleinement, et elle adorait, bien sûr, voir ses parents sur scène. Elle était très fière d’eux et ne souffrait pas du tout de leur célébrité.

Pauline tournait aussi des vidéo-clips, pendant les vacances, avec sa bande de copains. Un été, à Ramatuelle, elle jouait un rôle avec une amie, son frère, et mon fils, qui assurait la mise en scène, sur la chanson de Céline Dion « Pour que tu m’aimes encore ». Elle était rayonnante de beauté. Ce jour-là, le fils de Claude Zidi était derrière la caméra. C’est merveilleux et cruel à la fois de pouvoir aujourd’hui la revoir ainsi.

Comme toutes les filles de son âge, Pauline regardait M.T.V. et les sitcoms. Et, bien sûr, elle était branchée musique. La grande passion de Pauline, c’était la peinture. Elle suivait des cours dans une école d’arts graphiques. J’ai gardé la petite maison aux couleurs gaies qu’elle m’avait dessinée, enfant sur un Post-t. Ainsi qu’un autre dessin représentant un piano. Ce sont des souvenirs doux et, en même temps, j’éprouve une grande souffrance.

Pour les dernières vacances de la Toussaint, France a emmené Pauline à Rome pour visiter la chapelle Sixtine. Elle en est revenue émerveillée, comme subjuguée devant tant de beauté. Pauline en parlait tout le temps.

Pour ses 19 ans, le 14 novembre dernier, France a loué le Niel’s. Pauline portait une longue robe noire et elle était heureuse d’être avec tous ses amis. Ils ont été extraordinaires. Chaque fois que Pauline avait des problèmes de santé plus préoccupants, ses copains lui téléphonaient ou lui laissaient des petits mots drôles et affectueux qu’elle découvrait sur son Tam Tam. Je suis bouleversé, comme mon fils et ma femme, et je pense beaucoup à Raphaël, qui a été merveilleux pour Pauline.

Magazine : Paris Match
Numéro du 31 décembre 1997
Numéro : 2536

Une pluie de roses pour l’ange envolé de France Gall

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Une pluie de roses pour un ange envolé
Une pluie de roses pour un ange envolé

C’est au cimetière de Montmartre, à une trentaine de mètres de la tombe de son père, Michel Berger, que Pauline a été inhumée, le jeudi 18 décembre, à 15 h 30.

France Gall, accompagnée de son fils Raphaël, est arrivée dans le corbillard.

Une centaine de personnes, surtout des amis de lycée de la jeune fille, venus en bus, ont suivi le convoi funéraire. Au milieu des nombreux anonymes, on pouvait apercevoir les visages de quelques célébrités : Carole Bouquet, Béatrice Schônberg, Richard Berry, Josiane Balasko, ou encore Patrick Bruel et Jacques Attali.

Dans un silence recueilli, la chanteuse a adressé quelques mots à sa fille trop tôt disparue, louant la beauté de son regard, qui ne laissait personne indifférent et évoquant la profondeur et l’éclat de ses yeux. « Tu avais les plus beaux yeux du monde, je sais que tu seras sensible au compliment», a-t-elle ajouté. Et bien sûr, elle n’a pas oublié de parler du dévouement des infirmières qui ont soigné Pauline et de l’amour que tous lui portaient, de son petit frère Raphaël, et de son père qui l’aimait plus que tout au monde. La voix calme et posée, la chanteuse, pudique, n’a pas évoqué les souffrances endurées par sa fille, mais a terminé son message par ces quelques mots, allusion sensible à la maladie qui l’a emportée: “Tu pourras enfin respirer.”

Un « alleluia » a ensuite retenti dans le cimetière et c’est au son de ce chant magnifique et émouvant que France a gravement laissé tomber une pluie de pétales de roses blanches et rouges sur le cercueil, et a serré dans ses bras ceux qui étaient venus la soutenir.

Magazine : France Dimanche
Luc BIECQ
Date : 27 décembre 1997 au 2 janvier 1998
Numéro : 2678

France Gall – Larmes pour Pauline

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France Gall - Larmes pour Pauline
France Gall - Larmes pour Pauline
France Gall - Larmes pour Pauline

Pauline, elle avait 19 ans, elle était belle et douce, elle a été emportée par la mucoviscidose, qui, depuis son enfance, la menaçait sans cesse.

Cinq ans après la mort de Michel Berger le destin frappe à nouveau la chanteuse du bonheur de vivre, à travers sa fille.

Toute sa vie, Pauline s’est battue. Contre la mucoviscidose qui lui coupait le souffle et l’épuisait peu à peu. Pourtant, c’était une petite fille comme les autres, une artiste qui aimait dessiner et peindre. Mais cette jeune fille si délicate était forte. Avec Raphaël, son frère, c’est elle qui a porté France Gall au moment de la mort brutale de Michel Berger. Malheureusement, si elle protégeait tout le temps sa mère, cette semaine, ni France ni le groupe nombreux des copains fidèle de l’adolescente n’ont rien p faire pour l’arracher au dernier as saut de la maladie. Une fois de plus, la tragédie s’acharne su France Gall, dont les chanson incarnent envers et contre tout l’amour de la vie et des couleurs. Aujourd’hui, avec le départ de Pauline, c’est le noir de la mort qui efface les lumières de “Cézanne peint”, l’hymne à l’art et à la beauté écrit par son père e chanté par sa mère.

Dimanche dernier, France Gall a rassemblé les amis de ses enfants. Elle leur a demandé de prier : Pauline se mourait. Ils sont allés au Sacré-Cœur puis tous, les croyants et les autres, ont uni leurs pensées pour tenter d’arracher la jeune fille à la mort. Mais cet ultime complot de l’amour n’a pas pu enrayer la fatalité. Pauline s’est éteinte à 19 ans, dans la nuit de lundi à mardi.

La fille de France Gall et de Michel Berger avait 2 ans lorsqu’un médecin a diagnostiqué le mal dont elle allait souffrir toute sa vie : la mucoviscidose. Une affection dont on ne guérit pas mais que des soins contraignants permettent d’apprivoiser. Petite-fille du Pr Hamburger – le père de Michel-, pionnier de la greffe du rein et des techniques de réanimation, l’enfant était particulièrement bien soignée. Chaque jour, Pauline subissait une séance de kinésithérapie qui l’aidait à respirer; elle suivait un régime alimentaire sévère et restait en contact étroit avec une équipe médicale traitante. Mais son père et sa mère tenaient aussi à ce qu’elle vive le plus normalement possible. Elle est allée à l’école, comme son frère, Raphaël, de deux ans son cadet, au collège privé Fénelon dans le 8e arrondissement parisien, tout près de chez elle. Une insertion réussie, parce que cette petite fille que l’on savait si fragile était soutenue tant par les siens que par un clan de camarades qui la protégeaient. Seul le cercle des intimes connaissait la vérité. Et sa discrétion formait autour de Pauline comme un cocon de tendresse.

Douce, délicate, diaphane, Pauline ressemblait de plus en plus à sa mère et se sentait très proche de son père. Elle avait 13 ans lorsque Michel Berger a été foudroyé par une crise cardiaque, le 2 août 1992, au cours d’une partie de tennis à Ramatuelle. Tout son univers s’est effondré et, du jour au lendemain, devant tous les admirateurs du chanteur au cimetière de Montmartre, elle est devenue un personnage public. C’est à ce moment-là, celui de son entrée dans l’adolescence, qu’elle s’est révoltée.

Elle ne voulait plus accepter son traitement, si lourd, si dur. A quoi bon ?

France, mère courage, à qui l’amour de ses enfants a donné la volonté de surmonter son chagrin puis de vaincre le cancer du sein qui s’était déclaré huit mois après la mort de son mari, a su lui insuffler la force de continuer.

La chanteuse s’est exilée pendant une année entière à Los Angeles, avec Pauline et Raphaël, qu’elle avait inscrits au lycée français : « Je ne serais jamais partie s’ils ne l’avaient pas souhaité, confiaitelle alors. Mais ils le désiraient comme des fous.»

Au soleil de Californie, ils ont pansé leurs blessures. Ils sont rentrés pleins de vigueur et prêts à faire de nouveau confiance à la vie, soudés dans le souvenir et dans l’espérance.

“Entre nous, expliquait France, c’est l’amour fou. Pour la première fois, j’ai envie de parler d’eux tellement ils m’éblouissent. Quand je les vois évoluer, je me dis que ce n’est pas possible d’avoir mis au monde deux merveilles pareilles.”

Et, malgré un nouveau coup dur – Raphaël renversé par une voiture et grièvement blessé, qu’il faut aussi aider à guérir-, elle se promettait une renaissance, dans un tourbillon d’énergie et de chaleur qui emportait Pauline. « Les quatre années qu’elle vient de passer, reconnaissait France, ont été très dures pour elle. Elle est beaucoup plus gaie maintenant, elle a fait son propre chemin toute seule, même si, quelquefois, je suis sûre qu’elle cache son chagrin.”

Pauline avait trouvé sa voie. Inscrite dans une école d’art, elle dessinait sept heures par jour, avec passion et talent. L’an dernier, premier grand bonheur dans sa jeune vie, elle était tombée amoureuse d’un jeune homme qui l’aimait.

Mais sa maladie s’est aggravée. Ces derniers mois, elle devait porter en permanence un tube qui permettait d’aspirer les mucosités qui l’étouffaient. Ses amis faisaient comme si de rien n’était et, d’ailleurs, tendus dans leur effort pour l’aider à lutter, ils ne remarquaient même plus le carcan médical qui soulageait de moins en moins Pauline. Accablée de souffrance et de fatigue, la jeune fille se voûtait, ses crises se multipliaient.

Au début de la semaine dernière, elle a attrapé une angine, ce qui, dans son état, était une catastrophe. Il fallait guérir très vite, sinon … Vendredi soir, quand on a dû l’hospitaliser à Necker, dans le service du Pr Lenoir, les médecins n’ont pas caché à sa mère que, si l’infection n’était pas jugulée en trois jours, Pauline ne survivrait pas. France a voulu réunir autour de sa fille tous ceux qui l’aimaient. Avec France, avec Raphaël, les dix meilleurs amis de Pauline, ceux qui avaient prié pour elle la veille au Sacré-Cœur, ont dormi à l’hôpital dans la nuit de lundi à mardi. Afin de l’aider pour la dernière fois, non plus à vivre, mais à partir, comme un soupir, comme un sourire. Comme un souffle, celui qui lui a tant manqué.

La mucoviscidose, un fléau que la thérapie génique espère vaincre.

La mucoviscidose est une maladie héréditaire pouvant se manifester dès la naissance. Elle est caractérisée par une tendance aux infections pulmonaires chroniques et par une non-absorption des graisses et d’autres éléments nutritifs. Le développement de la mucoviscidose et sa sévérité varient considérablement d’un sujet à l’autre, mais, en général, la croissance ne se déroule pas normalement, et l’enfant souffre d’infections broncho-pulmonaires persistantes, provoquant toux et difficultés respiratoires permanentes. Les pneumonies et bronchites répétées finissent par endommager les poumons. Le pancréas ne produit pas les enzymes qui interviennent dans la dégradation des graisses et dans leur absorption par l’intestin.

La mucoviscidose est due à un gène défectueux situé sur le chromosome n°7, mais, pour que la maladie se déclare, l’anomalie doit avoir été héritée de deux parents. Les sujets ayant hérité du gène défectueux par un seul de leurs parents sont porteurs du gène, mais ne souffrent d’aucun symptôme. Grâce aux avancées de la recherche, on peut aujourd’hui localiser le gène impliqué, et même détecter la maladie in utero (cette exploration est proposée aux parents qui ont un enfant atteint et envisagent une autre grossesse). Chez les individus de race blanche, on considère que cette anomalie touche environ 1 enfant sur 2 000 (chez les autres races, elle est très rare).

Des traitements hautement spécialisés aux antibiotiques permettent aux deux tiers de ces malades d’atteindre l’âge adulte. Peu d’entre eux sont cependant bien-portants : la plupart souffrent de lésions pulmonaires permanentes, avec une espérance de vie considérablement raccourcie. Le décès survient dès lors que le poumon ne peut plus fournir d’oxygène à l’organisme. Chez certains malades, des traitements par transplantation pulmonaire ou cardio-pulmonaire ont donné des résultats encourageants. Et les essais de thérapie génique se multiplient, en France comme aux EtatsUnis. Désormais, pour les familles frappées, s’entrouvre un avenir porteur d’espoir.

Magazine : Paris Match
Sabine de la Brosse
Date : 25 décembre 1997
Numéro : 2535

France Gall : “Pauline, maintenant tu vas pouvoir respirer”

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Pauline, maintenant tu vas pouvoir respirer
Pauline, maintenant tu vas pouvoir respirer
Un peu plus d'un mois après Johnny Hallyday, France Gall a rejoint Michel Berger et leur fille Pauline dans leur « Paradis blanc ».

Sous ses apparences fragiles, avec ses cheveux blonds et son regard candide, France Gall résiste à cette malédiction qui l’atteint sans cesse depuis maintenant sept ans.

Sept années au cours desquelles la chanteuse a vécu cinq drames prématurés qui l’ont marquée à jamais et qui, aujourd’hui, lui étouffent le cœur.

Une fois de plus, elle vient d’être terrassée par la douleur. L’injustice s’est encore acharnée contre elle. Le lundi 15 décembre au soir, sa fille, Pauline, est décédée des suites d’une mucoviscidose. Emportant avec elle les plus beaux rêves de sa maman.

On se rappelle ce long cauchemar que fut 1992. Cette difficile année où la chanteuse avait dû faire face à la plus terrible des épreuves : après la disparition deux ans auparavant de son père, Robert Gall, alors âgé de soixante-douze ans, c’est son beau-père, l’éminent professeur de médecine Jean Hamburger, qui s’en était allé à son tour le 1er février 1992.

Comble de l’horreur, quelques mois plus tard, le 2 août exactement, son mari, Michel Berger, s’écroulait quasiment sous ses yeux, victime d’une crise cardiaque à l’âge de quarante-quatre ans après une partie de tennis pendant ses vacances dans leur villa de Saint-Tropez.

Pour France, ce fut la fin d’une très belle histoire d’amour de dix-huit ans. Pis encore, elle se sentait désormais terriblement seule. « Les trois piliers de son univers », comme elle aimait à les appeler, l’ayant quittée à tout jamais. Très affectée, France Gall a donc dû apprendre à vivre sans homme, sans protection. Heureusement, ses deux enfants, Raphaël et Pauline, étaient là. Plus que jamais, ils avaient besoin de leur mère.

Plongée dans un immense désespoir, France savait cependant qu’elle devait les aider à traverser cette douloureuse épreuve.

Consciente qu’il faut souffrir pour avancer, elle avait donc choisi de se battre, de courir à nouveau vers la vie et de jeter un immense voile sur ses peines. Malheureusement, malgré sa bonne volonté, le destin est encore arrivé à s’acharner, comme s’il ne l’avait pas déjà assez durement frappée. Contre toute attente, France Gall allait devoir franchir une autre redoutable épreuve …

Le 8 avril 1993, elle annonçait publiquement qu’elle était atteinte d’un cancer du sein. A l’époque, la nouvelle avait provoqué la stupeur et l’émoi. Deux semaines plus tard, France se faisait opérer. Bien décidée à surmonter ce nouveau coup du sort, elle allait se battre avec cette rage de vivre qui la caractérise. Fort heureusement, la tumeur a été enlevée sans qu’il ait été besoin de recourir à une ablation. Et France a complètement guéri.

Dotée d’une immense énergie, elle a – comme d’habitude, est-on tenté de dire – relevé vaillamment la tête et bravé la fatalité.

Quand on a vécu le pire, on peut espérer le meilleur. Hélas, France était loin de s’imaginer que le pire l’attendait. Car il est arrivé, La semaine dernière. Une nouvelle fois, la malédiction a frappé, en lui enlevant à jamais sa petite Pauline …

Bien sûr, France Gall savait depuis la naissance de sa fille, le 17 novembre 1978, que ses jours étaient comptés. Mais comment accepter la mort de son enfant ? Pauline était suivie médicalement depuis sa plus tendre enfance dans des services spécialisés, à Paris. La mucoviscidose est en effet la plus fréquente des maladies génétiques graves de l’enfant. Elle se traduit par des infections à répétitions et une sérieuse insuffisance respiratoire. Autrement dit, par une espérance de vie très précaire …

Pauline avait fêté ses dix-neuf ans le mois dernier. Autant d’années pendant lesquelles elle s’était battue contre cette affreuse maladie. Avec force et respect, son entourage espérait. Hélas, depuis quelques semaines, la jeune fille avait tellement de mal à respirer qu’elle ne pouvait plus dormir allongée. Assise, elle priait sa mère de ne pas la laisser s’endormir tellement elle redoutait de ne plus jamais se réveiller.

Et puis, le vendredi 12 décembre, malgré l’appareil respiratoire mobile qu’elle ne quittait presque plus, son état de santé a brutalement empiré. Transportée à l’hôpital Necker, où le professeur Lenoir la suivait depuis toujours, elle a encore lutté trois jours avant de s’éteindre au milieu des siens.

Ses obsèques ont eu lieu le jeudi 18 décembre dans la plus stricte intimité. Parmi les amis présents, les yeux rougis par la douleur, Béatrice Schoënberg, Josiane Balasko, Nathalie Baye, Carole Bouquet, Jacques Attali, Luc Plamandon, Renaud Hantson, Richard Berri et Patrick Bruel étaient entourés de tous les camarades de l ‘école d’art où Pauline peaufinait sa passion pour le dessin. Et, la main dans celle de Raphaël, France Gall, venue accompagner sa fille juqu’à sa dernière demeure.

Sous une triste et froide pluie hivernale, la chanteuse a puisé la force et le courage de lui rendre un dernier hommage à travers un bref mais déchirant discours : « Pauline, tu as les plus beaux yeux du monde. Maintenant, enfin, tu vas pouvoir respirer … » C’est alors, au rythme des pétales de roses qui tournoyaient dans les airs, qu’un merveilleux alléluia a déchiré le silence. Et le passé à refleuri en un bouquet de pleurs. Pauline repose maintenant en paix au cimetière de Montmartre, à quelques mètres de son papa … Au lendemain de la mort de Michel Berger, France Gall affirmait au Nouvel Observateur : « J’ai ressenti une force à l’intérieur de moi qui ne m’a jamais quittée. » Aujourd’hui, à cinquante ans, après une telle tragédie, France aura-t-elle encore la force de se dire que la vie continue malgré tout ?

« Evidemment… Mais pas comme avant … » Telles étaient les paroles que Michel Berger lui avait écrites au temps du bonheur. En 1987 …

Magazine : Ici Paris
Marie BUCCI
Date : 24 au 30 décembre 1997
Numéro : 2738

Pour la 2e fois en 5 ans, la mort arrache un morceau du coeur de France Gall

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Pour la 2e fois en 5 ans, la mort lui arrache un morceau de son coeur
Pour la 2e fois en 5 ans, la mort lui arrache un morceau de son coeur
Pour la 2e fois en 5 ans, la mort lui arrache un morceau de son coeur

France Gall : On a le cœur trop gros / Pour se mettre au piano / Pleure, pleure, pleure, petite abandonnée … Reste, reste à côté de moi / Reste, reste, moi aussi j’ai froid / Et peur. »

On les croirait tout spécialement écrites pour France Gall, les paroles de cette chanson de Michel Berger. Elle qui, une fois encore, se retrouve un peu plus seule. Seule avec son immense douleur.

Cinq ans après le décès brutal du père de ses enfants, foudroyé par une crise cardiaque à 44 ans, le 2 août 1992, c’est aujourd’hui son cœur de mère qui pleure la disparition de Pauline. Pauline, sa fille, emportée à 19 ans, dans la nuit du 15 au 16 décembre à l’hôpital Necker – Enfants malades, par l’implacable maladie génétique qu’est la mucoviscidose. Pauline à qui justement son père destinait ces mots pathétiques en 1981, alors qu’elle n’était encore qu’un bébé de 2 ans: « Reste, reste, moi aussi j’ai froid et peur.»

Car déjà il savait. Oui, avant même que leur premier enfant ne soit en âge de parler et de marcher, France et Michel savaient que leur petite fille aurait besoin d’être entourée, choyée, protégée. Dès les premiers mois, en effet, inquiets des bronchites à répétition du bébé, ils avaient appris de la bouche des médecins le terrible diagnostic : les années de Pauline étaient comptées.

Alors, tout en veillant sur elle avec une attention infinie, sans pour autant faire de leur petite malade une enfant gâtée, France Gall et Michel Berger ont fait l’impossible pour qu ‘elle puisse grandir comme les enfants de son âge.

C’est ainsi que Pauline va suivre une scolarité la plus normale possible à l’école primaire et ensuite fréquenter le lycée du Vlll’ arrondissement où habitent ses parents. Bien sûr, elle sera plus souvent absente que les autres. Mais après chacune de ses hospitalisations, c’est elle qui demandera à retourner suivre les cours.

Drame

Malgré son mal, elle veut partager les jeux de son petit frère, Raphaël, né deux ans après elle, et adore recevoir des amis, sortir … Elle s’apprête à vivre une adolescence presque ordinaire quand le drame va tout remettre en question. Elle a 13 ans lorsque son père meurt brutalement. Un âge où elle a plus que jamais besoin de la présence paternelle. Pour elle, c’est un véritable déchirement. Avec ce papa qui était tout pour elle, Pauline perd à la fois son confident et son plus grand soutien. Jusqu’à son dernier jour, en effet, Michel Berger avait tout fait avec France pour tenter d’enrayer le mal qui progressait inexorablement. Membres actifs d’une association de lutte contre la mucoviscidose, ils voulaient faire mentir les médecins qui ne laissaient guère d’espoir de survie à Pauline au-delà de 16 ans. On comprend d’autant mieux la détresse de la jeune fille lors de la mort si inattendue, si injuste de son père.

Souvenez-vous de cette image bouleversante, le jour des obsèques de Michel Berger. C’était la première apparition publique de Pauline et, figée dans la même douleur que sa mère et son frère, elle n’avait à offrir qu’un visage défait, barré par de larges lunettes noires.

Que d’efforts France Gall a dû faire alors sur elle-même pour surmonter son propre chagrin ! Que de trésors de tendresse et d’affection elle a dû puiser au plus profond de son cœur, déjà si cruellement meurtri, pour aider Pauline à s’accrocher à la vie ! Cette jeune vie qui, avec le temps, n’allait plus tenir qu’à un fil. Mais, comme son père l’avait si bien aidée à le faire, Pauline veut continuer à lutter. Jusqu’au bout, elle va se battre pour mener l’existence dont elle rêve. Artiste née, suprêmement douée pour le dessin, elle s’inscrit dans une école d’art où elle passe sept heures par jour. Auparavant, il y a tout juste trois ans, en décembre 1994, France Gall était partie de longs mois à Los Angeles sous le prétexte officiel d’enregistrer un disque. Mais elle avait emmené Pauline. Et même si le monde de la musique et de la presse était au courant, personne ne s’était permis de divulguer la douloureuse vérité. En partant aux États-Unis, France poursuivait ce que Michel Berger n’avait jamais cessé de faire de son vivant : la course contre la montre qui permettrait de sauver Pauline. À Boston et à New York, la jeune fille avait subi les derniers traitements de pointe contre la mucoviscidose. Hélas, malgré l’acharnement de sa mère, Pauline a vu ses forces et sa résistance diminuer. Le combat était trop inégal. Un voyage de la dernière chance à New York, en juillet dernier, n’a rien pu changer. Depuis septembre, Pauline, terriblement amaigrie, Pour ne survivait que grâce à une assistance respiratoire. Il y a deux mois, France France Gall a demandé à sa maison de production de suspendre tous ses engagements : “Ma fille est trop malade”, je dois rester auprès d’elle.

Tous les deux jours, on apportait des bouteilles d’oxygène dans le vaste appartement parisien. Mais le vendredi 12 décembre dernier, les médecins ont été formels: l’état de Pauline était trop grave, il fallait l’hospitaliser de toute urgence.

Le SAMU l’a emmenée à l’hôpital Necker-Enfants malades qu’elle ne connaissait que trop pour y avoir séjourné des dizaines de fois. Mais il était trop tard, la mucoviscidose avait fini par accomplir son œuvre.

Jusqu’au dernier instant, France, maman crucifiée, aura été là pour soutenir sa fille.

Sa fille adorée à qui elle ne pourra plus jamais fredonner l’air qui les rattachait encore l’une et l’autre comme un lien indestructible à celui qu’elles avaient tant aimé: « Pleure, pleure, pleure, Il y a tant à pleurer. Pleure, pleure, pleure, petite abandonnée …”

Magazine : France Dimanche
Date : Pas de date précise – 1997
Numéro : 2677

Angoisse pour France Gall

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Un jour de 1973, France Gall entend à la radio une voix qui fredonne "Attends-moi" …
Un jour de 1973, France Gall entend à la radio une voix qui fredonne "Attends-moi" …

Un jour de 1973, France Gall entend à la radio une voix qui fredonne “Attends-moi” …

Immédiatement, elle sait qu’il va se passer quelque chose entre elle et l’interprète de cette chanson. Et elle ne se trompe pas !

Car cet homme, c’est Michel Berger, et il ne deviendra pas seulement son Pygmalion, mais aussi l’amour de sa vie et le père de ses enfants!

Hélas, comme tout le monde le sait, le 2 août 92, Michel Berger succombe à une crise cardiaque sur le terrain de tennis de leur villa à Saint-Tropez ! Cinq ans, cinq ans depuis la mort de Michel… Et malgré Je temps qui passe, malgré les petites phrases que France tente de se répéter, comme “le temps apaise toutes les douleurs”, elle est toujours en proie à un inconsolable chagrin …

Oui, le deuil de France continue d’assombrir sa vie jour après jour. Toute femme qui a perdu l’homme qu’elle aimait peut comprendre ce qu’elle ressent. Mais sans doute ces deux-là s’aimaient-ils au-delà de l’imagination …

Car les jours ont beau s’écouler, sa douleur ne s’efface pas.

Ses proches avaient, pourtant espéré que le plus dur était derrière elle. C’est vrai que certains signes ont pu laisser croire que la jeune femme s’en sortait peu à peu. Par exemple, quand, l’année dernière, elle a trouvé la force de réaliser son disque, «France», composé des chansons de Michel, on a espéré que ce travail jouerait le rôle d’un exorcisme. Aller chercher dans le répertoire de son mari ses plus belles chansons, et, comme un hommage merveilleux, les interpréter avec une sensibilité à fleur de peau … Oui, on a pensé qu’avec ce geste, France avait réussi à dominer son chagrin. C’est vrai aussi, qu’au fil de ses déclarations à la presse, on avait l’impression qu’elle retrouvait petit à petit son envie de vivre. En tout cas, elle semblait vraiment tout faire pour y parvenir, en battante qu’elle est: « Je suis sûre que je vais vivre une histoire ou des histoires d’amour. Je l’espère, je suis prête. Je ne vois pas pourquoi ma vie de femme devrait s’arrêter», confiait-elle l’année dernière au magazine Elle.

France a même cru que son cœur battait à nouveau pour quelqu’un. Elle l’a cru, elle y a fait discrètement allusion, mais c’était sans compter sur la force du souvenir … Un souvenir encore plus présent ces derniers jours que s’approche la date anniversaire de la mort de Michel.

C’est justement là, dans la grande maison de Pampelonne, « leur » maison, que France a voulu revenir cet été. Sans doute avait-elle pensé qu’enfin, elle pourrait s’y retrouver sans que les fantômes du passé ne resurgissent : « J’attends avec impatience le premier été où je m’y sentirai bien », avait-elle dit l’an dernier.

Mais le terrain de tennis est toujours là, à quelques mètres de la maison … Les meubles sont les mêmes, les petits objets d’art que France et Michel passaient leur temps à chiner dans les brocantes n’ont pas changé de place.

Alors soudain, en revenant à Saint-Tropez cet été, France s’est retrouvée toute seule face à son deuil. À cet instant, elle a su, elle a compris que rien n’avait changé … et ne changerait jamais ! Affreuse révélation que celle de la solitude irrémédiable !

Ces cinq années passées à se dire que le temps allait opérer son travail de guérisseur d’âme, réduites à néant. France est là, face à elle-même, face à la mort de celui dont la mémoire est toujours intacte … La première fois qu’elle l’avait entendu, il chantait « Attends-moi ». Lui, le 2 août 1992, ne l’avait pas attendue … Comme il y a un an, elle reste cloîtrée dans l’enceinte de la « Grande Baie », cette demeure où elle a partagé avec Michel ses plus belles vacances.

Seuls quelques intimes sont autorisés à lui rendre visite. Mais on ne la voit pas au marché de Saint-Tropez, encore moins dans les nouveaux lieux à la mode ou même sur le port. On pourrait croire que France a accroché à la porte de sa maison le panneau “Ne pas déranger” …

Dans chaque pièce, Michel est là, et le piano résonne d’un silence douloureux. Son ombre est sur ses yeux, dans son cœur, cette ombre qui fut sa lumière. Car Michel l’a non seulement aimée, admirée, protégée. Il l’avait aussi révélée à elle-même, comme femme et comme artiste.

Magazine : France Dimanche
Par Nathalie Bertaud
Crédits des photos : Jerrican / Cosmos
Date : 26 juillet au 1er aout 1997
Numéro : 2656

France Gall, la grâce, elle l’a !

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La grâce, elle l'a !
La grâce, elle l'a !
La grâce, elle l'a !

Tout pour la musique … France Gall en concert privé. Sensible, touchante, elle chante Michel Berger, Serge Gainsbourg et nous offre un duo émouvant avec Charles Aznavour.

Sous une pluie de lumières colorées, France Gall apparaît. Le public, rien que des fans, hurle sa joie. Sereine et tellement humaine, l’artiste entame son premier titre. Nature, d’une douce énergie, elle donne le meilleur d’elle-même, soutenue par Power Generation, le groupe de Prince qui, depuis quelques mois déjà, travaille avec elle.

« Sur cette scène, un ring de boxe en fait, je me sens à l’aise. Il faut être sur scène, comme on est dans la vie. C’est pour ça que j’ai envie de vivre calmement ce concert», confiait -elle quelques instants plus tôt. Et le résultat est étonnant de pureté et de chaleur. Les caméras du 1réalisateur Stéphane Rybojad racontent une histoire différente à chaque morceau.

Pour «Diego», elles dessinent ainsi un cercle autour d’elle. “La forme est très importante. J’ai parfois privilégié un regard, une réaction de France ou de quelqu’un du public. Je voulais faire de ce concert quelque chose de spontané.»

Intacte aussi, son émotion, quand Charles Aznavour vient interpréter « La mamma», « Un texte, dit France, que mon père, Robert Gall, a écrit à la mort de ma grand-mère. Personne ne voulait composer de musique dessus. Et il a eu raison, c’est aujourd’hui un classique.»

Un vrai bijou, offert à son public qu’elle délaissera quelque temps. “Je vais m’arrêter et réfléchir”, explique-t-elle.

On attend déjà son retour.

Le CD de l’enregistrement de ce concert nous permettra de patienter.

Magazine : Télé Poche
Pascal Hernandez
Date : 26 avril au 2 mai 1997
Numéro : 1628

France Gall en concert … sur un ring

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France Gall en concert ... sur un ring
France Gall en concert ... sur un ring

De grands succès avec de nouvelles orchestrations au menu. En prime, les fans pourront acheter le disque …

Avec « Concert privé », présenté par Olivia Adriaco, M6 avait inauguré, il y a quelques mois, un genre nouveau. Ce sont les Rita Mitsouko qui avaient accepté d’essuyer les plâtres, enregistrant en même temps que ce divertissement un album live.

France Gall leur succède avec le décor de son choix: un ring de boxe dans un entrepôt désaffecté. « Quatorze tubes, quatorze rounds pour nous mettre K.-O. », dit la bande-annonce. Programme alléchant, il va sans dire. Bien entendu, pour ce concert acoustique, elle est allée puiser dans le répertoire que lui avait composé Michel Berger. Mais ce soir vous entendrez “Tout pour la musique”, “Ella, elle l’a” ou bien encore “C’est bon que tu sois là” avec des arrangements tout à fait nouveaux et cela grâce au travail accompli avec ses musiciens américains, Mickael Bland, David Sancious, Sonny Thompson qui ont, par le passé, collaboré avec les plus grands comme Sting ou Stevie Wonder pour ne citer qu’eux. Et, en prime, deux inédits en forme d’hommage. Le premier est rendu à Serge Gainsbourg qui, entre autres, avait écrit pour elle « Les Sucettes à l’anis». Mais c’est « Attends ou va-t-en » qu’elle interprétera. Une chanson composée pour elle et qu’elle n’a jamais chantée. Quant à l’autre hommage, il est destiné à Charles Aznavour avec qui elle interprète en duo «La Mama», une chanson dont les paroles sont signées … Robert Gall, le propre père de France. De cette émission naîtra un disque. Un double CD sur lequel vous retrouverez non seulement l’intégralité de son « Concert privé» mais aussi le live de l’Olympia où elle s’est produite en novembre dernier.

Magazine : Télé Loisirs
Véronick Dokan
Date : 21 au 27 avril 1997
Numéro : inconnu

France Gall, condamnée à une double vie !

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Depuis son passage à l ’Olympia en janvier 96, France Gall n'a plus donné aucune nouvelle. Au point que ses fans s'inquiètent.
Depuis son passage à l ’Olympia en janvier 96, France Gall n'a plus donné aucune nouvelle. Au point que ses fans s'inquiètent.
Depuis son passage à l ’Olympia en janvier 96, France Gall n'a plus donné aucune nouvelle. Au point que ses fans s'inquiètent.

Depuis son passage à l ’Olympia en janvier 96, France Gall n’a plus donné aucune nouvelle. Au point que ses fans s’inquiètent.

Absente des plateaux de télévision, la chanteuse a également déserté tous les endroits qu’elle fréquentait avec ses amis : boîtes de nuit, restaurants, cinémas, théâtres … Elle a pour ainsi dire disparu du paysage médiatique. Dans ces cas-là, inutile d’aller chercher bien loin … La réponse se trouve simplement dans le cœur de France, qui se partage actuellement entre l’amour de son compagnon et celui qu’elle voue à ses deux enfants, Pauline et Raphaël …

Après la mort de Mi­chel Berger, France l’avait avoué, elle voulait refaire sa vie. Dans l’espoir surtout de retrouver l’amour que la mort lui avait cruellement arraché, cet après-midi du 2 août 1992. Un homme est alors entré dans sa vie et, peu à peu, elle a retrouvé la force de vivre et une confiance totale dans l’avenir. Hélas, depuis leur première rencontre, une dou­loureuse question la hante et l’empêche de vivre pleine­ment son bonheur : comment ses enfants vont-ils percevoir cette nouvelle situation ?

Tout le monde se souvient des regards vides el mouillés par les larmes de ces deux petits êtres qui assistaient à l’enterrement de leur papa. A l’époque, Raphaël et Pauline n’avaient que onze et treize ans.

Il aura fallu attendre des mois et des mois avant que la cicatrice se referme. Et bien qu’elle ait toujours douté de ses capacités à élever seule un enfant, France a su redou­bler d’attention envers eux.

Cet amour, mêlé aux nom­breuses marques d’affection, a créé entre eux, un lien in­destructible. Pendant long­temps, France a joué pour eux la carte de l’exclusivité. Pour leur équilibre, elle évi­tait de les mêler à ses pro­blèmes de cœur. Jusqu’au jour où elle est tombée sur l’être d’exception.

Cet homme, qui vit depuis trois ans dans l’ombre de la star, Pauline et Raphaël le connaissent bien. Même si, pour le moment. France s’ef­force encore de garder une certaine distance entre sa vie de famille et sa vie de couple. Car depuis la mort de son mari, elle a toujours gardé la même ligne de conduite : quoi qu’il puisse arriver, tant que ses enfants ne vole­ront pas de leurs propres ailes, elle ne leur imposera pas la présence d’un autre homme à la maison.

Bien sûr, maintenant qu’ils sont devenus grands – l’aînée a dix-sept ans et le plus jeu­ne, quinze -, France pourrait tenter l’expérience. Peut-être comprendraient-ils … « Les adolescents ont une originali­té, une· fraîcheur, une beauté qui doit s’épanouir sans contrariété, a-t-elle confié à France-Soir. Mes enfants ont vécu des épreuves, je ne veux pas en rajouter … » Voilà pourquoi elle doit aujour­d’hui se soumettre au choix douloureux d’une femme à la fois amoureuse et maman de deux orphelins.

Toutefois, sans trop cham­bouler leur existence, elle a trouvé un moyen astucieux d’avancer à petits pas dans son entreprise amoureuse. Pour ne pas perturber l’équi­libre familial, elle a, par exemple, demandé à son compagnon d’emménager dans un appartement près de chez elle. Une façon comme une autre d’officialiser leur relation sans pour autant la concrétiser … En revanche, pour ce qui est des vacances en famille, elle tient à préserver les habi­tudes du passé.

Depuis ce jour tragique où Michel s’est écroulé, victime d’un infarc­tus, la propriété de Ramatuel­le n’a accueilli personne d’autre que France et ses en­fants.

L’été dernier, donc. Le compagnon de notre « pou­pée de son » a dû s’éclipser durant deux mois. Un sacrifi­ce d’amour que France dédie avant tout à Michel Berger et ses enfants, en compagnie desquels la chanteuse a connu d’immenses joies.

Ainsi, en souvenir des jours heureux qui se sont écoulés sur la Côte d’Azur, France a décidé de profiter de ces instants magiques avec Pauline et Raphaël. Uniquement. Car si le temps efface les larmes, il ne balaie pas pour autant les traces du passé.

C’est une des raisons pour laquelle, aussi, France n’a jamais songé à se séparer de l’appartement dans lequel el­le a longtemps vécu avec Mi­chel. Bien que son esprit no­made l’appelle régulièrement à voyager sur d’autres terres, elle a toujours voulu garder cette « adresse-point de repè­re » pour Pauline et Raphaël, et, comme elle le dit : « Je ne veux pas perturber mes en­fants avec un déménage­ment.»

Aujourd’hui, à l’aube de ses cinquante ans – elle les fêtera le 9 octobre prochain – France Gall continue de veiller sur ses enfants comme une maman poule. Prête à tous les sacrifices pour pré­server les siens, elle recons­truit doucement sa vie. Une belle leçon de courage ! Comme elle le révèle à Télé Star : « Mes enfants sont les personnes les plus critiques, les plus sévères de mon en­tourage. Ils ont peur pour moi, alors ils ne me pardon­nent rien.”

Magazine : Ici Paris
Par Charlie Piou
Date : 26 mars au 1er avril 1997
Numéro : 2699