Alors qu'elle revenait du Sénégal, où elle aime tant aller se ressourcer, France Gall a vécu des instants terribles.
Cela s’est passé voici déjà plusieurs semaines, mais on ne le découvre qu’aujourd’hui.
Alors qu’elle revenait du Sénégal, où elle aime tant aller se ressourcer, France Gall a vécu des instants terribles.
De ces instants que tous ceux qui ont un jour pris l’avion, ont redoutés. Soudain, en plein ciel, on a frôlé le drame …
Car ce jour-là, à 23 heures, l’ Airbus A340 de la compagnie Air France qui venait de s’envoler de Dakar, au Sénégal, a brutalement pris feu… et France se trouvait à bord ! Que s’est-il passé?
« Peu après le décollage, nous a ensuite raconté une passagère du vol AF719, nous avons ressenti comme une explosion. Les personnes qui se trouvaient côté hublot ont alors vu des flammes sortir d’un moteur. Et, tout de suite, ça a été la panique. Les hôtesses et les stewards couraient dans tous les sens pour tenter de nous rassurer. A ce moment-là, plusieurs personnes ont commencé à prier. Un enfant hurlait : « Maman, maman, on va tous mourir ! »
Tous ces malheureux passagers voient déjà leur dernière heure arrivée. En fait, ils vont être sauvés par un extraordinaire exploit du commandant de bord. Étienne Lichtenberger est un pilote expérimenté. A 49 ans, il totalise 15 000 heures de vol et assure des vols commerciaux depuis près d’un quart de siècle.
« L’incident, qui s’est produit une dizaine de minutes après le décollage, a été très violent, nous a-t-il confié. Les passagers ont vu des étincelles sortir d’un réacteur et, simultanément, une alarme incendie s’est déclenchée. Un des quatre moteurs s’est alors coupé et j’ai décidé d’aller me poser à notre point de départ.»
Étienne Lichtenberger entame alors la procédure normale dans ce cas d’incident précis. Il fait faire un demi-tour à l’appareil et survole l’océan afin de larguer en mer la plus grande partie du kérosène des réservoirs. En cas d’atterrissage difficile, ce sont ces réservoirs pleins qui ajoutent au danger d’explosion.
« Finalement, l’incendie du réacteur a été maîtrisé et nous n’avons pas eu à procéder à ce largage de carburant, reprend Etienne Lichtenberger. A l’atterrissage, quand l’avion s’est enfin immobilisé en bout de piste, les gens se sont congratulés. »
Au sol, les passagers exultent. Quel bonheur après tant d’émotions de retrouver la terre ferme! Jamais sans doute le pourtant très banal aéroport de Dakar ne leur avait paru si sympathique. C’est dans ces moments-là que l’on comprend vraiment à quel point la vie est précieuse …
À la suite de ce qui aurait pu être un dramatique accident, les passagers ont été invités à passer 48 heures dans les hôtels de la capitale sénégalaise, avant de reprendre un avion, toujours piloté par Étienne Lichtenberger, qui les a ramenés à bon port, le mardi 27 février 2001.
Avait-elle été profondément choquée ou est-ce par superstition ? Toujours est-il que France Gall n’était pas sur ce vol de retour. Pour cette fois, le destin aura épargné la jeune femme au passé hélas trop souvent tragique.
Magazine : France Dimanche Par William Ruppert 6 avril 2001 Numéro : 2849
Vingt-quatre ans plus tard, en octobre 2001, le tout premier album studio France Gall (éponyme) est certifié album de platine pour 300 000 exemplaires vendus.
Vingt-quatre ans plus tard, en octobre 2001, le tout premier album studio France Gall (éponyme) est certifié album de platine pour 300 000 exemplaires vendus.*
Note sur les crédits : Il arrive fréquemment que des œuvres soient diffusées sans que le nom de l’auteur soit mentionné. Ces pratiques sont illégales au sens de l’art. L.121-1 du CPI. Lorsque nous connaissons le nom de l’auteur de la photo, il est toujours mentionné. Si vous constatez une erreur, un manque, ou que vous souhaitez le retrait d’une photo dont vous êtes l’auteur : contactez-nous.
Michel Berger laisse deux femmes inconsolables. C’est une de trop!
Le silence n’est pas l’oubli. Un an après son album de chansons de Michel Berger, Véronique Sanson va s’en rendre compte en lisant Paris-Match, dans lequel France Gall, “pour la première fois, écrit ce que la pudeur lui a longtemps fait taire”.
En chantant avec Johnny “On a tous quelque chose en nous de Tennessee”, à l’Olympia, France s’est visiblement dit que quelque chose en elle se révoltait “En ce qui concerne l’affaire Véronique Sanson (affirme-t-elle dans un texte signé … France Gall), je crois que personne n’avait osé faire une chose aussi vile de manière publique, en utilisant l’âme et le cœur d’une personne qui nous a quittés … C’était à gerber!”.
Ce qui la fait “gerber”, ce sont les articles et les interviews de Véronique, fin 1999 : Sanson-Berger, l’amour fou; Passion de jeunesse … Véro a-t-elle eu le tort de se poser en première et, inconsolable, groupie du pianiste, affirmant “avoir passé toute sa vie à dépérir” de l’avoir quitté en 1972 pour le musicien américain Stephen Stills ?
Pendant ce temps, France, “femme blessée” par le décès de Michel en 1992, après dix-huit ans de vie commune, puis par la disparition de leur fille Pauline, se partageait entre Dakar et New York. Mais sans abandonner pour autant une miette de son héritage musical. Et surtout sentimental …
Paris-Match, 31/8/2000
Magazine : Voici Date : 4 au 10 septembre 2000 Numéro : 669
Olympia 2000, Johnny Hallyday accueille France Gall, « Poupée de cire, poupée de son » des sixties et femme blessée.
« Souvenirs-souvenirs » … disait une des premières chansons de Johnny. Quarante ans après, à l’Olympia, au moment de chanter « Quelque chose de Tennessee », de Michel Berger, jamais les souvenirs n’ont été si émouvants.
Johnny accueille France Gall, « Poupée de cire, poupée de son » des sixties et femme blessée. Et, sur la scène mythique, c’est à une renaissance que les spectateurs assistent. Depuis la mort de Pauline, sa fille de 19 ans, en décembre 1997, cinq ans après, celle de Michel Berger, son mari, France Gall a choisi l’ombre et le silence. Elle en sort, protégée par Johnny, dans un pur instant d’émotion. « Dans dix ou vingt ans, annonçait Michel Berger en 1985, au moment de la sortie de « Rock and roll attitude » l’album qu’il avait écrit pour Johnny, on ne se souviendra plus de ce que j’ai fait. » Ce 15 août, une standing ovation lui répond. « Quelque chose de Tennessee » continue a parler du désir fou de vivre une autre vie.
Leur amitié est née au temps des yé-yé. En 1966, déjà, dans la photo de classe des idoles, Johnny avait pris soin de s’entourer de ceux qu’il aimait : près de Sylvie, sa femme, il avait voulu France Gall, prix de l’Eurovision. A l’écart était assis Michel Berger, fils d’une pianiste classique et d’un professeur de médecine, chanteur-compositeur depuis ses 16 ans, mais toujours étudiant en philosophie. Sept ans plus tard, « La déclaration » que Michel écrit à France entre au hit-parade. Michel compose pour sa femme, pour ses amis, pour lui-même et aussi pour le cinéma. Johnny lui demande alors de lui écrire une chanson. « Après « Détective » de Godard, j’ai senti qu’il avait le désir d’évoluer », expliquait Michel Berger. A sa mort, Johnny déclarera dans Match : « Michel faisait partie de ma famille, comme France et ses enfants. Mon hommage personnel, je le lui rendrai à ma façon … en le chantant !»
Pendant dix-huit ans, ils ont traversé les modes, un succès chassant l’autre. La musique était leur univers commun : sur elle, ils ont construit leur vie. Ils triomphent dans « Starmania », en 1978, l’année où naît leur fille Pauline. L’été 1980, ils sortent un disque chacun et se disputent la place de tête au hit-parade. L’arrivée de Raphaël s’enchaine avec le succès de « Tout pour la musique ». Ils défendent aussi les mêmes causes. Ils se produisent au profit d’Amnesty International, de l’Éthiopie, tombent amoureux du Sénégal. Coluche est le parrain de leur fils, Balavoine fait partie des amis. C’est dire que les deuils se succèdent. Ils passaient l’été 1992 dans leur maison de Ramatuelle quand Michel, âgé de 44 ans, a ressenti plusieurs malaises cardiaques. Le médecin ne parviendra pas à le réanimer.
Pour la première fois, France écrit ce que la pudeur lui a longtemps fait taire.
Lettre de France Gall
Pour l’anniversaire de Johnny à Sceaux, Michel Sardou, très gentiment, m’a demandé de l’accompagner, car il chantait en duo avec Johnny “On a tous quelque chose de Tennessee”, une chanson écrite par Michel Berger en 1985. Du temps de Michel, Johnny et moi étions très proches ; on a été brouillé pendant un bon moment à cause de quelqu’un. On s’est retrouvé par hasard au mariage d’Anne-Marie et Michel Sardou. Il m’a appelée le lendemain pour me dire à quel point il était heureux de me revoir.
Moi aussi. Comme je n’avais pas chanté à Sceaux, j’ai proposé à Jean-Claude Camus, son producteur, de lui faire une surprise au milieu de l’été quand il chanterait à l’Olympia.
J’ai avancé la date du 12 août. Le jour de la répétition, une voiture est venue me chercher. Je n’étais pas retournée dans cette salle depuis que j’y avais chanté et qu’on l’avait entièrement refaite.
Dès que je me suis retrouvée avec les musiciens et que j’ai commencé à répéter, je me suis sentie tout de suite dans mon élément. Je n’avais pas été sur scène depuis le concert privé de M6 en mars 1997. J’étais contente. Après la répétition, il a fallu que j’attende quatre heures et demie dans la loge. Je pensais que j’allais m’angoisser. Pas du tout. Je suis entrée en scène au dernier moment, comme toujours. La chanson commence par un petit texte de Tennessee Williams, que Nathalie Baye disait à l’époque … « A vous autres, hommes faibles et merveilleux / Qui mettez tant de grâce à vous retirer du jeu / Il faut qu’une main posée sur votre épaule / Vous pousse vers la vie, cette main tendre et légère. » Je commençais la chanson en parlant dans le noir. On ne voyait que ma silhouette. C’est lorsque ma main s’est posée sur l’épaule de Johnny qu’il a commencé à chanter. J’ai pu vérifier en direct quel interprète extraordinaire il est …
Il y a des moments où j’aime tout le monde. Celui-là en faisait partie. Le souvenir qui me reste, c’est trois minutes et demie d’amour partagé. C’est ce qui m’a poussée à revenir trois jours plus tard.
Quand Michel est parti, ça m’a donné envie de chanter, j’ai fait trois shows en quatre ans : Bercy, Pleyel, l’Olympia, suivis de tournées. Chanter, c’était le moyen de le retrouver à travers sa musique. Le départ de ma fille m’a donné envie de me taire. Peut-être pour toujours, ça, je ne le sais pas encore.
Si je n’ai pas donné de mes nouvelles, c’est que la grande souffrance est quelque chose de tellement personnel qu’on ne peut la partager. Je crois que j’ai beaucoup changé, mais je vis de la même manière, dans le même appartement ; je vois d’autres gens seulement. La vie est différente en profondeur, même si en apparence elle ne l’est pas.
Monter avec Johnny sur scène, c’était aussi ma façon à moi de donner de mes nouvelles au public qui s’inquiète de mon silence. Si vous saviez les merveilles de soutien que je reçois sans cesse. Ce que je vais faire après ? Je ne sais pas. Je ne peux répondre à aucune question sur le futur, car le passé est encore trop présent. Me retrouver en plein dans la lumière a été comme un éblouissement. C’est Johnny qui a su trouver les mots et les gestes pour me sortir de l’ombre que je recherche. En ce qui concerne l’affaire Véronique Sanson : je crois que personne n’avait osé faire une chose aussi vile de manière publique, en utilisant l’âme et le cœur d’une personne qui nous a quittés et, de plus, relayée par les médias complaisants. C’était à gerber !
J’ai préféré fuir et prendre mes quartiers d’hiver dans ma maison de Dakar. Cette maison a toujours été un endroit important pour moi. Pour y accéder, il faut traverser l’eau. Je ressens toujours ce passage comme une purification ; j’aime Dakar comme j’aime New York. Différemment. J’ai passé tout le mois de mai à New York. J’y étais venue plusieurs fois avec Michel pour enregistrer, et puis on y avait passé des réveillons en famille. C’est pour moi une ville pleine de souvenirs heureux et j’ai envie d’en faire se succéder d’autres qui sont aussi de bons moments. Hier ; je suis allée arranger les fleurs sur la tombe de mes deux amours Pauline et Michel. Quelqu’un m’a prise en photo. Quand je me promène dans les rues de New York, j’ai l’impression d’être sans passé. C’est ça que j’aime. Je me sens comme une petite fille. Je fais des choses que je ne fais jamais, je vais m’allonger des après-midi entiers dans l’herbe à Central Park, j’écris, je lis, je réfléchis … Même s’il y a souvent de la tendresse dans le regard des gens en France, je sais à quoi ils pensent en me voyant. Je ne ressens pas ça à New York. Et puis, l’amour, je n’en manque pas. J’ai mon fils Raphaël ; je suis encore dans ma période “Qu’est-ce qu’ils ont tous à courir comme ça pour rien » ! Je regarde les gens s’agiter, j’ai l’impression par moments d’être spectatrice de la vie. Je me suis beaucoup battue pour vivre dans le silence ces dernières années. Il était urgent d’attendre que le temps passe et le passage à l’an 2000 m’a fait un bien immense, même si je ne me sens pas prête à retourner dans le tourbillon.
Un jour, les choses deviendront plus évidentes. Une envie différente naîtra. A ce moment de ma vie, je n’ai pas tellement envie de dire, mais plutôt envie de faire. Je voudrais réussir à vivre mon douloureux vécu comme un enrichissement. Je ne veux pas combler le manque par de la tristesse. Merci Sénèque !’
Mes amis le savent, je suis quelqu’un de très gai, quand on prend le temps de la regarder, la vie est toujours aussi passionnante. Disons qu’elle est différente. (Lettre de France Gall)
Douce France
Par Johnny Hallyday
Il y avait trop longtemps qu’elle était dans le silence. Trop longtemps que France n’avait pas chanté. Ça me manquait. J’ai pensé que ça manquait aussi à son public. Je sais, pour un chanteur, ce qu’est la scène : l’angoisse, mais aussi la fièvre. Je l’ai accueillie à l’Olympia pour lui donner envie de revenir. Lui donner l’envie d’avoir envie …
Depuis toujours j’ai pour France beaucoup de tendresse. J’ai avec elle tant de souvenirs. Nous nous sommes connus dans l’insouciance des années de jeunesse. Nous nous sommes reconnus à travers son mari Michel Berger quand il m’a écrit un album en 1985. Entre nous, plus encore que de l’amitié, il y avait du respect. J’admirais son talent et surtout sa pudeur. Comme moi, il n’avait pas besoin de beaucoup de mots pour dire les choses. Souvent, nous nous comprenions sans parler. Il formait avec France un vrai tandem. Il lui a écrit ses plus beaux textes. Elle les a interprétés mieux que personne, avec un supplément d’âme, comme dit une de leurs chansons. Aujourd’hui, les épreuves et la tristesse ont ouvert un grand vide dans la vie de France. Mais il y a aussi un vide dans le show-business français : la place de France, celle qu’elle doit reprendre. J’aimerais, de toute mon amitié, lui dire qu’on l’attend.
Magazine : Paris Match Photos de Sébastien Valente et Daniel Angeli Numéro du 31 août 2000 Numéro : 2675
En août 2000, France Gall revient à l’Olympia pour chanter en duo avec Johnny Hallyday, Quelque chose de Tennessee, écrite par Michel Berger en 1995.
En août 2000, elle revient à l’Olympia pour chanter en duo avec Johnny Hallyday, Quelque chose de Tennessee, écrite par Michel Berger en 1995.
Note sur les crédits : Il arrive fréquemment que des œuvres soient diffusées sans que le nom de l’auteur soit mentionné. Ces pratiques sont illégales au sens de l’art. L.121-1 du CPI. Lorsque nous connaissons le nom de l’auteur de la photo, il est toujours mentionné. Si vous constatez une erreur, un manque, ou que vous souhaitez le retrait d’une photo dont vous êtes l’auteur : contactez-nous.
Après de terribles épreuves, France Gall a préféré s’éclipser pour se consacrer au seul être qui lui reste, son fils, Raphaël.
De retour de Los Angeles, elle devrait décider de son avenir professionnel. Et, quel que soit son choix, son public sera toujours à ses côtés.
France, c’est cette voix presque adolescente subtilement ponctuée d’accents jazzy, une voix qui, du yé-yé au rock, a évolué avec le temps et a su s’enrichir, au passage, des rencontres d’artistes exceptionnels. Mais il est vrai qu’avec un père parolier de renommée internationale, Robert Gall, et une mère, Cécile, venue d’une famille d’artistes, la jeune Isabelle – qui n’est pas encore France – a, dès sa naissance, un destin tout tracé.
Chez les Gall, c’est la bohème, on rit et on chante. De nombreux artistes comme Charles Aznavour, pour qui papa a écrit La Mamma, égayent de leurs visites la vie de la maisonnée. Normal que rapidement la jeune Isabelle soit gagnée par le virus de la chanson ! Et ce premier contrat avec Philips, signé le jour de ses 16 ans, c’est un peu pour faire plaisir à son père, mais surtout pour ne pas avoir à redoubler sa troisième ! Rebaptisée France, elle entame sa carrière avec Ne sois pas si bête. Mais son premier vrai succès, elle l’obtient avec Sacré Charlemagne, écrit par son père. La petite France est lancée.
En 1964, elle rencontre Serge Gainsbourg. Pendant quatre années, leur liaison-association va être jalonnée de succès. D’incompréhensions aussi. Poupée de cire, poupée de son lui vaut de remporter en 1965 le grand prix de l’Eurovision. Mais les fameuses Sucettes, la même année, font exploser le malentendu : France, trop jeune à l’époque pour saisir le double sens de ce qu’elle chante, sera mortifiée lorsqu’elle en découvrira le sens: “J’ai gardé de cette époque, confiera-t-elle plus tard, une certaine méfiance vis-à-vis des hommes.” Avec Serge, elle a aussi le sentiment de piétiner. Quittant Gainsbourg, elle croise rapidement la route de Claude François, à qui elle inspire Comme d’habitude. Puis bientôt celle de Julien Clerc.
En 1973, France partage la vie de Julien Clerc. Mais une chanson va changer sa vie: Attends-moi, d’un certain Michel Berger. Elle rencontre l’auteur et lui demande de composer pour elle. Ainsi naît, en 1974, La Déclaration, qui remet France dans la course et scelle le début de leur amour. Ils se marient, et de leur union naissent Ça balance pas mal à Paris, Musique et Si maman si, mais aussi deux enfants : Pauline et Raphaël. La Starmania de Michel fait un malheur. France, qui interprète Donner pour donner avec Elton John, est comblée.
A 34 ans, France Gall a tout pour être heureuse. La gamine des années yé-yé n’est plus qu’un souvenir. La voilà défendant des textes forts comme Résiste, se lançant de nouveaux défis sur scène et gérant de manière avisée sa vie publique. De nouveaux tubes (Cézanne peint, entre autres) et de grandes salles vont se succéder jusqu’au fameux rendez-vous du Zénith en décembre 1987 où France fait un triomphe. “J’avais le sentiment d’être allée au bout de quelque chose, au bout de ma carrière artistique.”
Brutalement, elle décide alors de tout arrêter. Cependant, c’est oublier un peu trop vite l’immense talent de Michel, qui compose l’album Double Jeu. Ainsi, France se laisse tenter. Puis vient l’été 1992. Le couple, qui doit se produire dès la rentrée à La Cigale, à Paris, file se ressourcer dans sa villa de Ramatuelle. Michel s’offre chaque soir une partie de tennis. C’est là, sur le court, le 2 août à 20 heures, qu’il est pris d’un malaise cardiaque. Comme la douleur s’est estompée enfin, il décide de prendre un bain. Mais un nouveau malaise l’y surprend. France appelle le médecin, puis le Samu. En vain. La nouvelle de sa mort est annoncée le lendemain à 11h30. Le 6 août, lors d’une émouvante cérémonie, France laisse l’homme de sa vie au cimetière de Montmartre.
La chanteuse puise en elle des forces insoupçonnées. Il le faut : pour elle d’abord, mais surtout pour les enfants. Surmontant son chagrin, elle décide de reprendre seule le spectacle qu’elle devait faire avec Michel. Rendez-vous est pris à Bercy au printemps 1993. Mais, nouveau coup du sort, alors que toutes les places sont vendues, elle doit y renoncer. Il lui faut garder toutes ses forces pour se battre contre ce cancer du sein que les médecins viennent de découvrir.
Sortie vainqueur de la bataille, elle fait en septembre de cette même année son retour à Bercy. Le public lui réserve un accueil extraordinaire. On la reverra ensuite à Pleyel, puis à l’Olympia, toujours avec le répertoire de Michel. “Il me reste cette musique, dit-elle, et je sais maintenant ce que je dois faire.”
Le 26 avril 1997, elle annonce dans une interview au journal le Parisien qu’elle va arrêter de chanter Michel Berger. L’heure est à la réflexion, au repos, aux enfants, à Pauline, surtout, qui est malade. A l’âge de 19 ans, Pauline rend les armes, succombant à la mucoviscidose. Après avoir tenu bon face à tant de drames, France demande grâce.
Pour son chorégraphe, Steevy: “France, c’est Captain Courage”
Danseur, Steevy a travaillé avec France Gall sur ses trois derniers spectacles. Et, pour nous, il lève un coin du voile sur celle qu’il considère comme une amie.
Nous Deux : Quelle femme est France Gall ?
Steevy : C’est une battante. C’est aussi quelqu’un de très entier, qui sait exactement ce qu’elle veut. En public ou en privé, France reste la même. Cette femme, c’est Captain Courage.
Pensez-vous qu’elle va continuer la chanson ?
Je n’ai pas à répondre à sa place ! Je pense que la chanson, c’est sa passion. Je ne sais pas si on peut tirer un trait comme ça sur une passion … Ce que je peux dire. c’est que pour l’instant son fils, Raphaël, est son unique priorité.
Evoque-t-elle parfois Michel Berger ?
Forcément, c’est le père de ses enfants. Moi, je n’ai pas connu Michel Berger et je n’en parle jamais personnellement avec elle. Ce dont je suis sûr, c’est qu’il reste sa principale référence dans le travail.
Magazine : Nous Deux Bruno Lecoq Date : 26 octobre au 1er novembre 1999 Numéro : 2730
Où est France Gall ? Comment va-t-elle ? Autant de questions sans réponse depuis bientôt un an.
Et soudain, alors que beaucoup la croyaient disparue, un homme, un seul, vient de la sauver …
Ces dernières années, France Gall avait pourtant su rester debout, toujours plus droite malgré le poids des épreuves. Affrontant son destin avec force et détermination en dépit de toutes les tragédies de sa vie. Rebondissant là où on ne l’attendait pas. Bref, la chanteuse n’aura eu de cesse de vouloir donner l’image d’une femme volontaire, refusant catégoriquement de se poser en victime.
Mais depuis quelque temps, France semble avoir changé … Beaucoup changé. Comme si la petite battante avait finalement baissé les bras, trop épuisée à force de vouloir “vivre ou survivre”, comme disait Balavoine.
Hier encore si combative, clamant avec vigueur sa résurrection et sa renaissance, le destin aura-t-il finalement eu le dernier mot ?
Il est vrai qu’il y a peu, beaucoup affirmaient que la chanteuse ne sortait pratiquement plus jamais de son appartement parisien, fuyant toute compagnie, déclinant la moindre invitation. Cet été, elle aurait même boudé le soleil du Midi et le parfum des vacances, laissant à une amie sa magnifique villa de Ramatuelle.
D’autres encore de laisser supposer que France se serait tournée vers l’ésotérisme. Après tout, elle ne serait pas la première à trouver quelque réconfort de l’âme dans une activité mystique. D’autant qu’après toutes ces épreuves traversées avec courage et dignité, pourquoi n’aurait-elle pas le droit de combler son chagrin dans la prière et le recueillement ? Une manière comme une autre de se rapprocher de ses chers disparus …
Hélas, il y a plus inquiétant, plus troublant, quand sa maison de disques annonce froidement que la chanteuse n’a aucun projet professionnel : ni albums ni concerts dans les mois à venir. Bref, qu’un comeback n’est pas à l’ordre du jour. Un fait des plus étranges quand on sait qu’hier encore, “Poupée de cire” fourmillait de nouveaux projets, de nouvelles idées. Avec cette envie d’aller toujours plus loin, toujours plus haut!
Autant de mauvaises nouvelles conduisaient à la plus triste des conclusions : France a abandonné la partie, refusant désormais de se battre, de résister à la déprime et au désespoir. Recluse dans son univers avec pour seuls compagnons ses souvenirs nostalgiques … France ne sourira donc plus jamais à la vie ?
C’était compter sans la volonté et l’amour d’un sacré bonhomme de dix-huit ans. Et quel homme : Raphaël, son fils ! Raphaël, son enfant et, surtout, le seul lien la rattachant encore aux choses de la vie. Raphaël qui, malgré son jeune âge et les douloureuses épreuves passées, n’aura jamais cessé d’être au côté de sa mère. Raphaël, le seul à même de comprendre vraiment les angoisses profondes de France, ses craintes et ses malheurs. La consolant quand son cœur lui faisait trop mal. Lui redonnant le sourire quand elle ne voulait plus croire en rien.
Et aujourd’hui encore, le voilà prêt à tout pour le bonheur de sa maman.
Ainsi, alors qu’il a atteint sa majorité le 2 avril dernier, le jeune homme a décidé d’entamer de sérieuses études de gestion dès la rentrée prochaine. Pourquoi ce choix ? Dans l’unique but de reprendre en main les affaires de famille. D’autant que depuis la mort de Michel, plusieurs gestionnaires se sont succédé et que le patrimoine a besoin d’être repris en main.
Alors, cette fois, Raphaël est bien déterminé à jouer le plus sérieusement du monde les chefs de famille. Eh oui, à présent, à lui de reprendre le flambeau et de devenir le maître de l’univers Berger/Gall.
A lui d’alimenter le feu sacré, d’entretenir la mémoire du clan pour ne jamais oublier ce qui est arrivé. Surtout, à lui de devenir l’orchestrateur
d’un formidable passé tout en chansons.
Enfin, France n’est plus seule. Elle qui, pendant des années, a voulu se’ battre en solo, voilà l’épaule réconfortante et reposante tant attendue. Une main rassurante et protectrice sur laquelle elle peut désormais puiser tous ses espoirs, ses joies … Et ses sourires ?
Pour l’amour d’un papa trop tôt disparu. Pour la tendresse d’une sœur: évaporée dans un “Paradis blanc”. Pour une maman épuisée d’avoir trop pensé “Résiste” … A Raphaël maintenant de veiller, de surveiller, de protéger.
Magazine : Ici Paris Sacha Brena Date : 31 août au 6 septembre 1999 Numéro : 2826
Dix-huit mois, voilà dix-huit mois que France Gall n’a pas donné signe de vie !
On ne l’a vue sur aucune scène, sur aucun plateau de télévision, on ne l’a surtout pas aperçue au détour d’une soirée mondaine.
Et encore moins dans un de ces endroits branchés dont Paris fourmille. Ni les émissions consacrées à Starmania, ni même les émissions à vocation humanitaire pour le sidaction ou les restos du cœur, auxquelles elle a toujours participé de grand cœur, n’ont pu la faire sortir de son silence. Un silence qui n’a pas été bien sûr sans inquiéter tout ceux, et ils sont nombreux, qui l’aiment. À France Dimanche, nous le savons bien. Il ne se passe pas de semaine sans que vous nous écriviez pour nous demander de ses nouvelles, nous faire part de votre inquiétude … Pourtant, la chanteuse a toujours su faire face à son destin. Réapparaissant chaque fois la tête haute, comme si les coups durs de la vie l’avaient renforcée.
Alors ? Est-ce à dire que mois après mois, France a fini par sombrer dans la solitude et l’isolement ? Est-ce à dire que brisée, elle a finalement cédé au renoncement ? Eh bien pas du tout. C’est même tout le contraire ! En effet, elle a tourné le dos à France Gall, la chanteuse, la star, idole de toute une génération.
Elle n’envisage absolument pas, dans l’immédiat, de reprendre sa carrière – sa maison de disques nous l’a confirmé, il n’y a aucun projet d’album en vue -. Pas question de demander à de nouveaux auteurs de lui écrire des chansons, pas question, comme vient de le faire Véronique Sanson, de rendre un nouvel hommage à Michel Berger. Aujourd’hui, France a décidé de commencer une nouvelle vie.
Après les terribles drames qui l’ont frappée, d’autres auraient sombré à tout jamais dans la douleur et le chagrin, préférant s’enfermer dans le passé et vivre avec des souvenirs, plutôt que d’affronter le présent.
France, elle, en a décidé autrement. Bien sûr, qu’elle n’oublie pas. Comment pourrait-elle oublier les cruelles épreuves qu’elle a traversées ? Bien sûr que les souvenirs sont encore là. Les plus douloureux, les plus beaux, les plus tendres aussi, mais elle sait qu’elle ne doit pas en être prisonnière. Par-delà la mort, France a choisi.
Et c’est un grand amour, un amour unique, plus fort que tout qui, en douceur, a fait basculer sa vie. Cet amour est de ceux qui vous portent, vous emportent, vous donnent des forces et le désir intraitable de lutter et de continuer à croire malgré tout au bonheur. Entre autres bienfaits, cet amour lui a aussi permis de comprendre que ce qui compte par-dessus tout, c’est la vie. Pas celle avec les paillettes et les flashes, mais l’autre, la vraie.
Cette vie-là s’appelle Raphaël, etc’ est à elle que France a décidé de se consacrer. Raphaël, son fils, qui a lui aussi été marqué dans son enfance puis dans son adolescence par les mêmes drames, qui a lui aussi traversé les mêmes épreuves. Ensemble, ils ont survécu au pire, c’est pourquoi, France veut aujourd’hui donner à Raphaël le meilleur et l’aider à devenir un homme heureux.
C’est à Paris, dans son appartement de la Plaine Monceau, loin des feux de la rampe et des strass du show-business, que désormais France passe le plus clair de son temps. Maman aimante et complice, qui sait aussi quand il le faut se faire discrète, France n’en est pas moins une mère attentive qui, à l’approche du baccalauréat, veille sur le travail de Raphaël.
Car, comme toutes les mamans, elle souhaite que son fils mette toutes les chances de son côté, pour qu’il puisse ensuite décider de son avenir, Pour lui, elle a retrouvé le sourire, le plaisir de partager des choses simples qui font chaud au cœur et surtout la sérénité de l’âme.
Laissant sans un regret toutes ses ambitions de côté pour profiter pleinement de cet amour, le plus beau qui soit, et recevant en retour la plus belle des récompenses : le bonheur de Raphaël.
La preuve en est que ces derniers temps, ils n’ont jamais été aussi proches l’un de l’autre, partageant l’un avec l’autre de merveilleux moments. Et comme tous les enfants du monde, ce dimanche 31 mai, jour de la fête des mères, son fils Raphaël a abandonné sa bande de copains pour rester auprès de France.
Un moment magique qui lui a certainement procuré la plus belle des joies et la plus grande des fiertés …
Magazine : France Dimanche Maureen PASCUITO Date : 4 au 10 juin 1999 Numéro : 2753
Quatre millions et demi d’albums vendus à ce jour ! Trois Victoires de la musique …
Depuis 1993, date de la version de « Starmania » dirigée par Lewis Furey, il ne s’est pas passé une saison sans que ce spectacle« rockmantique » n’ait été donné dans une salle de la capitale !
Et depuis sa création en 1979, « Starmania ou la passion de Johnny Rockfort selon les évangiles télévisés » demeure la comédie musicale de langue française de tous les records. La seule à tenir la comparaison avec ses rivales anglo-saxonnes.
À l’occasion du vingtième anniversaire de cette comédie musicale, TF1 propose une soirée spéciale, ce samedi 30 janvier. Seront réunis sur le plateau de Jean-Pierre Foucault une pléiade d’ artistes, dont Muriel Robin en duo avec Maurane, Ophélie Winter et Garou, le Chœur français d’opéra, la cantatrice Françoise Pollet, Liane Foly, Claude Dubois et la troupe de “Starmania 99”, qui se produit au Casino de Paris, jusqu’au 25 avril prochain.
La légende de ce chef d’œuvre reste indissociable d’une exceptionnelle histoire d’amitié. Celle qui a indestructiblement uni Michel Berger et Daniel Balavoine. Amitié née en même temps que “Starmania”, et que seule la mort est parvenue à briser.
“L’amitié entre mon mari et Daniel Balavoine était devenue si forte que j’avais l’impression d’être une pièce rapportée !” a-t-elle raconté avec humour
Tout commence en septembre 1978, un album de vingt-six titres paraît. Il est le fruit d’un rêve né de l’imagination de Michel Berger et du grand auteur Luc Plamondon. Les Québécois Claude Dubois, Diane Dufresne, Fabienne Thibeault sont de l’aventure, ainsi que France Gall. La seule vedette à être connue chez nous. Elle chante “Le besoin d’amour” de Cristal, une présentatrice télé qui plaque tout pour le loubard Johnny Rockfort, interprété par un presque débutant : Daniel Balavoine !
C’est en le repérant à la télévision que Michel Berger a contacté le jeune homme à la voix aiguë de haute-contre. La rencontre des deux hommes tient du coup de foudre, comme l’expliquait France, en 1995, à l’hebdomadaire Gala: “Michel m’a dit: Tu sais, c’est un drôle de personnage. Un type curieux, fou, mais sympa …
Très vite, une complicité visible unit les deux artistes. Une complicité que France explique par une certaine complémentarité : “Daniel était celui qui osait, continue t-elle. Michel possédait une audace artistique, mais dans la vie, il ne se mêlait pas du tout aux autres, il n’était pas sociable. Comme il était plus petit, il se sentait protégé par Daniel, qui était devenu une sorte de grand frère … »
Grand frère, certes, mais leur relation était si intense, portée par l’histoire merveilleuse qu’ils étaient en train de vivre avec « Starmania », qu’elle a débordé sur le couple que Michel formait avec France …
« L’amitié entre mon mari et Daniel était devenue tellement forte que j’avais l’impression d’être une pièce rapportée … », a-t-elle raconté avec humour.
En revanche, à d’autres moments, France ne plaisantait plus du tout. En particulier lorsque Daniel, « Baia » comme il l’appelait, entraînait Michel dans ses drôles d’aventures: “Daniel l’emmenait même draguer ! Ça m’amusait moyennement.”, a encore confié France dans le même magazine.
Et c’est ainsi, dans une ambiance pleine d’un enthousiasme fou, que « Starmania » se monte sur scène, le 10 avril 1979, au Palais des Congrès de Paris. La suite, on la connaît. Un triomphe, un véritable triomphe, et même à l’étranger!
Des effets de cette merveilleuse histoire d’amitié naîtra, en 1985, l’opération humanitaire« Action école», en faveur des petits Africains, dans laquelle se retrouvent Michel, Daniel et France.
Et, quand, l’année suivante, « Bala » meurt tragiquement dans un accident d’hélicoptère au Mali, alors qu’il supervisait une opération d’installation de pompes à eau, en marge du Paris-Dakar, Michel Berger est submergé de chagrin …
“Que dire quand vous perdez votre meilleur ami ?”, confie alors Michel au magazine Elle. Et à France Soir, il avoue aussi: « Il m’est insupportable d’en parler au passé. Car Daniel, c’était la vie, l’énergie et la tendresse en marche …
Sous les coups de gueule, c’était tout le contraire d’un dur. Je me souviens aussi de son premier passage à l’ Olympia avec notre premier duo qu’il avait composé tout spécialement à cette occasion.
France Gall est profondément meurtrie, elle aussi. Elle dira à Gala en novembre 1995: « Michel ne s’est jamais consolé de sa mort. C’était vraiment bouleversant de voir sa peine. Cette disparition a provoqué un manque, un vide immense dans sa vie. »
Fauché en pleine gloire dans sa trente-quatrième année, le chanteur de « Mon fils, ma bataille » laisse alors derrière lui Jérémy, son fiston, qui n’a pas encore 2 ans. Sa femme Corinne est enceinte de leur fille Joanna, qui naît quatre mois plus tard. Les Berger les réconfortent du mieux qu’ils peuvent. ..
C’est par conviction, mais aussi pour honorer la mémoire de Daniel, que France et Michel soutiennent la fondation Balavoine créée en mars 1986. Une association destinée à poursuivre son combat contre la sécheresse au Sahel. ..
Comme on le sait, le 2 août 1992, Michel est à son tour frappé par le destin. À 44 ans, il disparaît, terrassé par une crise cardiaque. Eddie Barclay a le mot le plus juste pour qualifier les talents irremplaçables de « Starmania », que sont Michel Berger et Daniel Balavoine : « Des révoltés remplis de générosité ».
Magazine : France Dimanche Marc DALBAN Date : 29 janvier au 4 février 1999 Numéro : 2735
Ils espéraient en secret que, le 9 octobre dernier, France leur ferait un petit signe, par l'intermédiaire des radios ou des télés, pour leur dire qu'elle pensait toujours à eux …
Tous ceux qui l’aiment espéraient.
Ils espéraient en secret que, le 9 octobre dernier, France Gall leur ferait un petit signe, par l’intermédiaire des radios ou des télés, pour leur dire qu’elle pensait toujours à eux …
Oui, en cette date importante pour la chanteuse, puisque c’est celle de son anniversaire, beaucoup l’attendaient … Mais ce jour-là, comme tous les autres jours de l’année, ses nombreux admirateurs ont dû se contenter d’écouter sa voix chanter sur les ondes. Comme d’habitude, ni plus, ni moins.
Avec qui France a-t-elle franchi le cap de cette nouvelle année, où était-elle ? Son silence continue d’interroger ses fidèles. France ne parle pas, ne se montre pas. Seules quelques photos d’elle prises à Los Angeles au mois d’août dernier témoignaient de sa nouvelle existence.
Pourtant, jusqu’à ces derniers mois, malgré les épreuves que France a traversées, sa voix nous avait accompagnés. Avec le courage qu’on lui connaît, France avait trouvé la force, un an et demi après la disparition de Michel Berger, de revenir sur scène, à Bercy. Là, elle avait chanté, comme un hommage, les chansons que cet homme qui la comprenait si bien avait écrites sur mesure. C’était il y a quatre ans …
France ne se sentait pas le droit d’abandonner tous ceux qui l’aiment et l’admirent depuis tant d’années. Elle s’était ensuite rendue spécialement à Los Angeles pour enregistrer un nouvel album, avant d’enchaîner une série de concerts dans notre pays. Hélas, France n’a pas eu le temps de savourer pleinement son triomphe. Le 15 décembre 1997, sa fille Pauline succombait à une terrible maladie …
Depuis, France avait préféré quitter Paris, ses souvenirs, pour trouver le calme dans sa propriété de Californie. Comme nous vous le racontions au mois de septembre, France a décidé, à la rentrée, de mettre un terme à son exil.
Elle a trouvé la force de revenir à Paris afin de s’occuper de la rentrée scolaire de son fils Raphaël. Pour lui, et grâce à lui aussi. On pensait donc – en tout cas on espérait – que ce retour à Paris coïnciderait avec un retour de la chanteuse.
Un disque, une scène, quelque chose d’elle …
Émotion
Mais tout ce qu’elle nous a donné, c’est du silence, un silence qui a commencé à faire violence à certains. Une violence qui est allée jusqu’au désespoir …
Oui, ici, à France Dimanche, alors que nous recevons régulièrement des lettres nous demandant des nouvelles de France, les dernières semaines ont été encore plus en proie à l’émotion : plus sa date d’anniversaire se rapprochait, plus les lettres arrivaient, nombreuses … et douloureuses ! C’est un véritable cri d’amour que nous avons reçu en plein cœur : une lettre parmi d’autres, si belle, si douce, que nous avons décidé de publier le poème qui l’accompagnait.
À lui seul, ce message est le reflet de tous les autres, comme si son auteur, par sa sensibilité, avait traduit ce que tous les admirateurs de France Gall ressentent.
Celui qui signe ce poème d’amour, “Ode à France“, s’appelle Mathieu Hénon.
Désespéré de ne pas voir France Gall réapparaître, ce dernier nous a suppliés de lui transmettre son message. Dans l’espoir qu’elle nous revienne très vite, mais aussi, comme il l’a écrit lui-même:
“Pour qu’elle ait un cadeau d’anniversaire de la part de son public qui l’aime et qui ne l’a pas oubliée” …
« Reviens ! », supplie Mathieu dès le début de sa missive.
Ce jeune homme âgé de 18 ans est fou d’amour pour celle qu’il a surnommée “sa déesse”. Originaire du nord de la France, c’est à Calais que Mathieu a construit le temple de France Gall. Les murs de sa chambre sont tapissés de photos et de posters de son idole. Dans un coin de sa chambre, il a entreposé les coupures de magazines qui évoquent “sa” chanteuse. Sa précieuse collection s’entasse depuis des années à côté d’une pile de C. D. tout aussi vaste : Mathieu possède tous les albums de France !
D’ailleurs, dès qu’il a le cafard, il écoute une de ses chansons et, comme par magie, ses idées noires s’envolent. .. Pour lui, France Gall est comme un ange gardien : elle veille sur son équilibre et son bien-être jour et nuit. Il ne se passe pas un soir sans qu’il ne s’endorme au son de sa voix!
Hélas, ces derniers temps, comme en témoigne son poème, la voix enregistrée de France ne lui a plus suffi. Même s’il comprend les raisons de son silence, même s’il sait très bien toutes les épreuves qu’elle a traversées, ce qu’il exprime avec une grande pudeur et beaucoup de délicatesse, il souhaite de tout son cœur qu’elle revienne.
France Gall sait-elle quel bonheur, quel réconfort, elle apporte à des milliers de gens ? De là où elle est, saura-t-elle entendre ce cri d’amour ? Comprendra-t-elle à quel point elle est aimée ? En lisant ces mots de Mathieu, qui retranscrivent si bien au nom de tous ses fans la force de leur attachement, peut-être France aura-t-elle envie de revenir vers sa« deuxième famille». Mathieu l’espère, comme tant d’autres, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est magnifique … sa « déclaration » !
Ode à France
Par moments, j’ai envie de tout arrêter
De tout claquer là
Je tourne la tête et je te vois
Et tout de suite ces idées s’effacent
C’est toi qui me donnes cette force Mon courage vient de toi
Ça fait maintenant un an que je ne t’ai plus vue
Aussi souriante qu’avant
Bien sûr la vie joue de sales tours
Et je te comprends
Je ne peux pas te demander de tout oublier
Mais seulement de rechanter
Ma chambre est un vrai temple
C’est normal pour une déesse
Qui pendant longtemps a chanté
Pour ceux qui sont loin de chez eux
Chaque photo est une richesse
Tu es sur tous les murs de la pièce
Mon plus beau cadeau de ta part
Serait ton retour sur scène
Je sais, c’est peut-être dur
Mais tu me manques tellement
Et à d’autres aussi
Parfois je pleure sur mon lit
En écoutant ta belle voix
Bats-toi
Prouve que tu existes
Je ne te demande pas d’oublier
Je sais ce qui s’est passé
Mais en chantant
Tu retrouveras ta deuxième famille
Ton public qui t’aime profondément
Mathieu Henon
Magazine : France Dimanche Par Maureen PASCUITO et Mathieu Henon (Ode à France) Date : 16 au 22 octobre 1998 Numéro : 2720