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France Gall : “Ma vérité”

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Aussi curieux que cela puisse paraitre, jamais personne n'avait contacté France Gall pour lui proposer de réaliser un portrait pour la télévision.
Aussi curieux que cela puisse paraitre, jamais personne n'avait contacté France Gall pour lui proposer de réaliser un portrait pour la télévision.

Aussi curieux que cela puisse paraitre, jamais personne ne l’avait contactée pour lui proposer de réaliser un portrait pour la télévision.

« Je suis sans doute trop insaisissable », nous dit France Gall avec un rien d’amusement, en attaquant d’une fourchette enthousiaste son assiette froide fromage-salade.

Confortablement installée dans son canapé noir et blanc, elle tente de nous expliquer, sans trop d’émotion ni slogan racoleur, pourquoi elle vient de donner un an de sa vie pour confectionner l’autoportrait que diffusera France 3, le 9 octobre. Scellant ses retrouvailles avec le public, ce document va forcément créer l’événement.

« Des raisons, il y en a plusieurs, précise-t-elle. D’abord, depuis la mort de Pauline, je culpabilisais d’avoir si peu donné de nouvelles à ceux qui ont eu de la peine. Ensuite, je sentais que j’avais envie de faire quelque chose. Je pouvais mentalement, à nouveau, concevoir un projet. J’aurais aussi bien pu écrire un livre, mais ce n ‘est pas mon domaine. Enfin, je savais que sur France 3, on me laisserait faire ce que je voulais. Sans pression ! »

Alors, France s’est mise au travail pour faire « son » film. « En fait, raconte-t-elle, c’est « ma » vision, mais c’est « notre » film. A ceux qu’il implique comme à ceux qui s’y sont impliqués. J’étais loin de m’imaginer ce que ça allait représenter. »

Des milliers de photos ou films de famille, des centaines d’heures de télévision à visionner ou de chansons à réécouter … France s’occupe de tout, musique, montage, voix off. Elle regarde sa vie défiler et la reconstitue avec le mélange de jubilation et l’émotions vives qu’on imagine. Avec également l’étonnante maîtrise qui la caractérise de livrer la vérité pure sans s’adonner à l’indiscrétion. Quand on lui demande si elle se serait volontiers fait monter quelques images en boucles, un sourire d’une tendresse infinie illumine son visage : « Oh oui. Certaines images de scène, au Palais des Sports et au Zénith, notamment, et puis, côté privé, toutes celles avec les enfants. C’est du bonheur à l’état pur ! J’adore aussi la scène de la bagarre dans l’herbe avec Michel. On y retrouve toute l’incroyable et unique complicité qui nous unissait. Au fait, je tiens à vous signaler qu’à la fin, c’est moi qui ai gagné ! »

Des instants qui parlent à sa place et nous éclairent sur sa vraie vie de femme et de mère. « Quand on a des enfants, tout naturellement, on ne peut plus penser à soi. »

Mais aussi sur sa vocation de chanteuse. « Je n’ai jamais voulu accepter l’idée que j’étais faite pour ce métier mais, après avoir travaillé sur ce film, je ne pense plus nier que j’étais totalement faite pour chanter (sourire). »

Son autoportrait regorge de moments privilégiés. Ils dissipent au passage bon nombre de malentendus et nous révèlent la constante modernité de l’artiste, comme la farouche intégrité d’un sacré petit bout de femme.

Qui aurait imaginé qu’elle avait pleuré quand on lui a changé son prénom ? Qui savait que, lors de la répétition du concours de l’Eurovision, découvrant sa chanson Poupée de cire, poupée de son, le grand orchestre symphonique l’avait littéralement huée ? Qui se souvenait d’ailleurs que sa collaboration et sa « drôle de relation » avec Gainsbourg – auteur du « Annie aime les sucettes » qui, en violant sa candeur, lui a fait tant de mal – avaient duré cinq ans ?

Qui, enfin, aurait cru qu’on puisse, en quelques années, subir sans devenir folle la perte d’un ami nommé Balavoine, les décès de son père et de son beau-père, la mort de l’homme de sa vie et de sa meilleure amie, l’attaque invalidante d’une maladie pernicieuse ? Puis la fin insoutenable de son propre enfant, l’impossible séparation d’un ange de 19 ans prénommé Pauline ?

« Personne, pas même moi, se contente de nous répondre France, en m’exhortant à me souvenir des moments heureux que j’ai eu la chance de partager avec ceux de son « clan ». C’est pourquoi, aujourd’hui, je ne peux plus jamais être ni tout à fait gaie, ni tout à fait triste. Sauf quand les images des attentats de New York ou toute évocation de séparation fatale entre gens qui s’aiment me brisent à nouveau le cœur. »

Ses solutions se résument en une philosophie qui servira sûrement de bouclier à beaucoup. Par respect pour la vie, par foi en ceux ou celui qui la donnent, par amour de ceux qui l’entourent encore, et par volonté de leur insuffler de la gaieté, elle a réuni toutes ses forces. Pour se réjouir des bonheurs que lui ont donnés les siens, plutôt que de se laisser anéantir par le malheur de les avoir perdus.

Créer pour oublier

Elle ne souhaite d’ailleurs plus en parler, estimant à la fois que son film est sa réponse et que si la musique, après Michel, puis le silence, après Pauline, l’ont aidée à se soigner, elle ne veut plus en sortir que par la création. Alors, bien sûr, pour nous faire plaisir, elle nous raconte que le soir de l’Eurovision, après avoir chanté sans illusion, elle était partie seule s’installer devant un café au lait clans un bistrot de Milan et n’a découvert sa victoire que sur l’écran de télé qui y trônait ! Elle revient aussi sur les larmes de son changement de prénom : « du temps d’Isabelle, j’étais heureuse et insouciante. Dans les fêtes de classe et de famille, je chantais Isabelle, si le roi savait ça et le petit succès que cela me valait suffisait à ma fierté. Ce que je n’aimais pas, c’était mon nom : Gall. A cause de l’école et des quolibets du genre « Tu as la gale ». Et ce qu’on décide de changer, c’est mon prénom, pas mon nom ! Alors, j’ai fait confiance aux adultes, mais j’ai perdu confiance en moi. Aujourd’hui, France Gall, c’est bien moi, mais il m’a fallu faire un long travail. C’est pourquoi je suis si contente que les adolescents de notre époque puissent faire valoir leur manière de penser, leur esprit neuf, leur enthousiasme. »

Dakar, son refuge

Ce qu’elle ne veut plus, c’est trop parler et livrer en pâture des douleurs qui deviennent indécentes dès qu’elles sont imprimées. Alors elle positive, nous confesse que les choses incroyables que le destin nous donne à surmonter nous font avancer vers une meilleure compréhension de la vie ; puis elle nous parle de Dakar. Son refuge que « Michel ne trouvait pas assez moderne » mais où elle vit entourée de gens simples dont certains « ne possèdent rien et pourtant ont tout. »

Et puis, quand je lui demande pourquoi, tout au long du film, on la voit tripoter son pied nu, elle dit qu’elle ne s’en est pas rendu compte au tournage et qu’elle ne trouve pas d’explication. Et quand je lui propose une traduction lacanienne en lui disant qu’elle a dû « prendre son pied » à renouer le dialogue avec le public qui l’aime, elle se contente, en guise sans doute d’acquiescement d’éclater de rire !

Magazine : Télé 7 Jours
Date : Du 6 au 12 octobre 2001
Par Alain Morel
Numéro : 2158


France Gall : “je n’ai plus peur”

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Avec cet autoportrait diffusé par France 3 le 9 octobre, France Gall nous dévoile simplement tout de sa vie.
Avec cet autoportrait diffusé par France 3 le 9 octobre, France Gall nous dévoile simplement tout de sa vie.

Avec cet autoportrait diffusé par France 3 le 9 octobre, elle nous dévoile simplement tout de sa vie.

Des moments bouleversants qui suscitent une vive émotion.

« Je n’ai jamais autant appris que ces deux dernières années. Je n’ai plus peur de vous parler. J’ai appris à ne plus avoir peur. »

Après avoir pansé ses plaies dans un long et douloureux silence, France Gall sort enfin de l’ombre en signant un autoportrait diffuse mardi 9 octobre à 20h55 sur France 3. Sincère et bouleversante, elle évoqué sa vie faite de bonheurs et de drames. Séquences émotions …

France a chassé Isabelle

Avec ses frères jumeaux, Philippe et Patrice, elle fait les quatre cents coups. Plus tard, tous les trois formeront d’ailleurs un petit groupe. L’été, sur la plage, les garçons jouent de la guitare pendant que la sœurette pousse la chansonnette. Et Babou devient vite France. « J’ai pleuré quand on m’a changé mon prénom. Isabelle me correspondait mieux. Je trouvais cela trop dur. »

De bons débuts avec son père

Robert était chanteur. Après avoir décroché dans sa jeunesse un premier prix de chant au Conservatoire, il choisit de signer les textes des chansons. C’est d’ailleurs lui qui a écrit Sacré Charlemagne. « Mon père n’était pas un père banal. A dix-douze ans, il me réveillait parfois la nuit et me faisait rater l’école pour m’emmener sur la tournée de Charles Aznavour car il travaillait avec lui. C’est lui qui m’a poussé à faire ce métier. »

Traumatisée par « Les sucettes » de Serge Gainsbourg

Trop jeune, France est victime de son insouciance … A dix-huit ans, ravie qu’un artiste comme Serge Gainsbourg la prenne sous son aile, elle ne se méfie pas et chante innocemment les fameuses Sucettes a l’anis. « Je ne l’aurais jamais chantée si on m’en avait expliqué le sens. Ça m’a incroyablement blessée. Pire encore, ça a changé mes rapports avec les garçons. Je ne voyais plus en eux que des êtres lubriques. Je ne suis pas sortie pendant des mois. »

100% heureuse avec Michel

C’est en 1974. La vraie vie commence avec Michel. “Je n’étais pas très bien dans ma peau. Je n’avais pas trouvé mon équilibre”. Cette rencontre va bouleverser sa vie : « Enfin, je suis arrivée a être heureuse a cent pour cent. » Fous d’amour, ils se marient le 22 juin 1976.

Une soirée avec Elton John provoque la naissance de Raphael

France nourrit un rêve depuis toujours, celui de fonder une famille. Lorsque Pauline vient au monde, le 14 novembre 1978, c’est le bonheur absolu. Deux ans plus tard, la chanteuse se retrouve une nouvelle fois enceinte … Le 1er avril 1981, France et Michel dînent avec Elton John. La soirée est tout particulièrement joyeuse. Ils rient tellement que la chanteuse commence à accoucher. Et Raphaël arrive dans la nuit …

Tout bascule avec la maladie de Pauline

En avril 1982, trois mois après le Palais des Sports, à Paris, France et Michel apprennent la terrible maladie de leur fille, la mucoviscidose. « On a perdu notre insouciance définitivement ce jour-là. » il leur fallut alors apprendre à vivre normalement. Ils continuèrent tous les deux à chanter, mais l’un après l’autre. « Chacun avait son année. »

Tout quitter et changer de vie

En mars 1988, France annonce a Michel qu’elle souhaite arrêter de chanter. « Je n’ai pas réalisé le choc que ça a été pour lui. Je crois que je lui ai fait de la peine pour la première fois. »

Pendant plusieurs années, France hésitera entre ouvrir une galerie de peinture ou créer un journal. Mais Michel finit par la persuader de faire un nouveau disque. France accepte, à condition « qu’il laisse de la place à mes idées ». « Il est parti quinze jours à Los Angeles en ronchonnant et il est revenu avec Laissez passer les rêves. »

L’adieu à Michel

Le 2 août 1992, terrassé par une crise cardiaque, Michel Berger disparait brutalement.

« Je me suis sentie investie d’une force. La seule chose qui m’importait, c’était comment gérer le chagrin de mes enfants, comment faire en sorte qu’ils retrouvent une joie de vivre. » Puis vient l’heure abominable des funérailles. « Ils ne voulaient pas venir à l’enterrement et je leur ai dit : « Si vous n’y allez pas, je n’y vais pas ! Vous devez accompagner votre père et j’ai besoin de vous. » France se retrouve donc seule pour élever ses enfants.

Et l’accepte difficilement. “Ce n’était pas du tout prévu comme ça. Moi je m’occupais des enfants jusqu’à l’âge de dix-onze ans, et après c’est Michel qui devait prendre les choses en main. Je me suis donc retrouvé en charge de quelque chose que je n’attendais pas du tout.”

L’un des pires moments de sa vie

L’année qui suit la mort de Michel, les drames se succèdent dans la vie de la chanteuse. Comme son cancer du sein. « Ce fut l’un des pires moments de ma vie car lorsqu’on vous dit que vous avez un cancer, on pense qu’on va mourir. Et c’était insupportable pour moi. Non pas parce que j’allais mourir, mais parce que j’allais laisser mes enfants … »

Une disparition inhumaine

Le 16 décembre 1997, la mort emporte Pauline, l’enfant chérie, la petite fille tant aimée.

« Alors là, on ne le croit pas ! C’est justement le truc qu’on ne veut pas vivre, qu’on ne peut pas vivre, et pourtant on nous le fait vivre. C’est inhumain. » France décide alors de relever la tête et de tout faire pour survivre en intégrant cette idée d’avoir perdu un enfant. « Je me suis dit que c’était extraordinaire de l’avoir connue pendant dix-neuf ans. On me l’a reprise, mais on me l’a quand même donné pendant dix-neuf ans ! »

Aujourd’hui

Une à une, France Gall a su traverser les épreuves que la vie lui a infligées. Et comme elle le dit, « Ce n’est pas le bonheur qui nous fait évoluer. Ce sont ces choses incroyables qu’on nous donne à surmonter. Et je crois que je les aies surmontées. Aujourd’hui, je m’attends à une vie merveilleuse dans tous les sens du terme.

Magazine : Ici Paris
Par Emma Collet
Date : 2 au 8 octobre 2001
Numéro : 2935

France Gall : il m’a fallu tout ce temps pour vous donner des nouvelles

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Bouger, inventer, devancer les modes ... En voyant défiler les images de sa carrière, on réalise à quel point France Gall a marqué l'époque.
Bouger, inventer, devancer les modes ... En voyant défiler les images de sa carrière, on réalise à quel point France Gall a marqué l'époque.

En appuyant sur le bouton du digicode qui porte toujours le nom patronymique de Michel, une phrase m’est subitement revenue en mémoire.

C’était il y a presque dix ans. En me raccompagnant à la porte, dans ce même hall d’un immeuble parisien, France Gall m’avait murmuré dans un sourire : « Parfois, j’ai vraiment l’impression de vivre avec le professeur Tournesol. »

Durant deux heures, à la veille de la sortie de leur album en duo, Double jeu, tandis que Michel Berger s’affairait, sur la mezzanine, dans son capharnaüm de poèmes, de partitions et de Post-it, nous avions évoqué l’incroyable richesse de leur collaboration artistique, et aussi le caractère indestructible d’une osmose unique nourrie d’amour autant que de complicité.

Aujourd’hui, le « Tournesol » a tourné sa tête vers d’autres soleils, il s’en est allé vers ce « Paradis blanc » où sa fille, Pauline, éternel petit ange de dix-neuf printemps, l’a rejoint. Pourtant, aussitôt rouverte la porte de l’appartement où France vit avec son fils, Raphaël, ce sont la même harmonie, le même esprit de clan, le même art de vivre et d’aimer qu’exhale autour du grand piano noir une déco chatoyante.

Cette sensation de pérennité, ce sentiment de legs, cette dimension de challenge face aux affres du destin, bref cette « aptitude à avancer – comme elle le dit elle-même – autant par le bonheur que par les choses incroyables qu’on nous donne à surmonter », ce sont les évidences du magnifique autoportrait que France Gall a préparé pendant un an. Un document télévisuel exceptionnel truffé d’images inédites, de films d’archives ou personnels, de confidences et de musique, par lequel l’artiste et la femme renouent avec la création, mais aussi la communication.

« N’allez pas parler de grand retour ou de choses comme ça, précise-t-elle d’entrée. Ce film, c’est juste un coucou, une manière de donner des nouvelles, une réponse à tous ceux qui osent ou n’osent pas me demander comment ça va et me poser toutes sortes de questions. Après le départ de Pauline, le silence a été mon refuge. Ce portrait de moi, d’une vie incroyable et d’une vraie vocation de chanteuse qu’il ne sert à rien de faire semblant d’ignorer, c’est aussi une façon de bouger. »

Bouger, inventer, devancer les modes … En voyant défiler les images de sa carrière, on réalise à quel point France Gall a marqué l’époque. À quel point surtout, victime ou décideuse, mais toujours inspirée, elle a été un précurseur. Pendant l’avant-Michel, d’abord, avec cette voix adolescente qui irritait certains mais a fait tant d’émules. Durant cette flamboyante collaboration avec Gainsbourg parachevée par un triomphe en forme de malentendu. « Annie, nous raconte-t-elle, m’a forgé à vie un côté introverti et une certaine méfiance. Je l’ai vécu comme une sorte de viol. Une trahison des adultes qui, ensuite, m’a valu de passer pour une idiote et de recevoir pendant dix ans des lettres d’obsédés sexuels. »

Puis survient l’extraordinaire rencontre avec l’homme et l’artiste de sa vie.

« Je chantais et il pensait tout le reste. Avant lui, malgré le succès, je n’avais jamais été bien dans ma peau de chanteuse. Avec lui, je découvrais, fascinée, qu’on pouvait parler de choses graves avec légèreté. » C’est exactement ce que démontre son film.

C’est aussi pourquoi elle refuse désormais de s’adonner aux interviews classiques : « Je me suis beaucoup trop lâchée après la mort de Michel et, aujourd’hui, je ne supporte pas de relire mes réponses. Ce n’est pas tant parler qui me déplaît que voir, ensuite, les mots écrits. Sans musique, sans contexte, ils alourdissent les choses et blessent ceux qu’ils concernent aussi. Que Raphaël découvre mieux ma vie à travers un film, cela m’émeut et me ravit, mais que je parle de lui dans un journal, que j’y évoque des sentiments qui nous appartiennent, cela n’est pas décent. »

Comment pourtant raconter France sans parler d’amour ? Qu’elle ait choisi, pour le faire, des chansons et des images relève d’une grande subtilité.

« Vous avez vu comme notre bonheur transpire ? souligne-t-elle en nous toisant d’un regard malicieux. Vous avez vu comme c’est une belle histoire d’amour ! » Une histoire qui, pour beaucoup, serait devenue insupportable sans Michel, et carrément invivable après Pauline. Ajoutons à cela d’angoissants problèmes de santé et la perte de sa meilleure amie. Quelle force anime donc ce petit bout de femme dont chaque frémissement est dicté par le cœur ? A cette question aussi le film apporte des réponses manifestes bien qu’indicibles.

D’abord il y a la musique, viscéralement greffée en elle : « Après la mort de Michel, c’est elle qui m’a aidée à me soigner. » En retournant en studio et sur scène à Bercy escortée d’une bande de rappeurs, France exprime toute son inventivité et introduit la gaieté de ces gamins dans sa vie et surtout dans celle de ses enfants. Elle retrouve aussi ce public qui l’aime depuis toujours et qu’elle découvre différemment : « J’ai compris la forme qu’il avait et je l’ai enfin aimé pour sa consistance. »

Ensuite il y a les bonnes décisions : « Nous sommes partis tous les trois aux États-Unis car Michel souhaitait que les enfants parlent anglais. C’était la découverte d’un Nouveau Monde qui fait désormais partie du mien. L’anonymat et le sentiment d’évasion, cela fait parfois du bien. »

Depuis que Pauline n’est plus là, France se partage d’ailleurs entre trois villes dont elle confesse avoir besoin. Paris, évidemment, parce qu’il y a son fils, parce qu’il y a sa mère, dont elle vient de fêter les quatre-vingts ans. New York, ensuite, dont elle dit que les récents attentats lui ont « brisé le cœur ». Dakar, enfin, où elle s’est constitué un cercle d’amis véritables et si étrangers aux mille et une trahisons qu’elle a subies ces dernières années.« Dakar, mais surtout mon petit îlot loin de tout et des fausses valeurs. C’est un endroit qui m’a littéralement saisie. Je n’ai pas envie d’expliquer pourquoi pendant des heures mais je peux tout de même vous répondre : parce que c’est ailleurs, parce que c’est simple ! »

Magazine : Gala
Par Alain Morel
Photos : Mamadou Toure Behan
Date : 27 septembre 2001
Numéro : 433

France Gall, ombres et lumières

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La planète peut bien s'arrêter de tourner, France Gall est en train de déjeuner. Il ne faut surtout pas la déranger. Entre deux éclats de rire, elle se lèche les babines comme un chat et se ressert pour la troisième fois du gâteau au chocolat.
La planète peut bien s'arrêter de tourner, France Gall est en train de déjeuner. Il ne faut surtout pas la déranger. Entre deux éclats de rire, elle se lèche les babines comme un chat et se ressert pour la troisième fois du gâteau au chocolat.
La planète peut bien s'arrêter de tourner, France Gall est en train de déjeuner. Il ne faut surtout pas la déranger. Entre deux éclats de rire, elle se lèche les babines comme un chat et se ressert pour la troisième fois du gâteau au chocolat.

Pour surmonter ses drames, France Gall a fait de ses souvenirs un trésor. Elle les livre pour la première fois et légende son album intime.

C’est une image aux couleurs du souvenir, rouge passion, noyée dans une brume lumineuse. Comme un rêve. La photo préférée de France Gall.

Quand, l’été dernier, la chanteuse est venue rejoindre Johnny Hallyday sur la scène de l’Olympia pour chanter avec lui “Quelque chose de Tennessee”, elle vivait un premier retour au monde après une absence de plus de trois ans.

Le film que France 3 diffusera début octobre confirme cette renaissance. Dans le silence et l’ombre qu’elle avait choisis après la mort de sa fille, Pauline, effroyable tragédie venue accabler une femme déjà blessée, dont la discrétion et le courage forçaient le respect, France Gall a su apprivoiser sa douleur. Elle nous revient apaisée, forte d’une nouvelle sagesse. Pour Paris Match, elle ouvre ses albums photo et parle de cette vie qui lui a tout donné, repris beaucoup, et tant appris.

On l’a connue à l’âge des poupées de cire. Toute sa vie, elle a été sous les projecteurs mais c’est la plus pudique des femmes. Alors que France 3 lui consacre un film, elle ouvre et légende pour nous l’album de ses souvenirs personnels.

(Les légendes des photos n’ont pas été retranscrites : cliquez sur les images)


Pour l’instant j’ai choisi l’ombre, je ne veux plus, je ne peux plus vivre comme avant. Je voudrais trouver une autre formule.

La planète peut bien s’arrêter de tourner, France est en train de déjeuner. Il ne faut surtout pas la déranger. Entre deux éclats de rire, elle se lèche les babines comme un chat et se ressert pour la troisième fois du gâteau au chocolat. Elle savoure chaque bouchée. Lentement. France est une gourmande et comme les vraies gourmandes elle prend son temps. Elle vit à l’heure espagnole. Dans l’instant. A contretemps. Saint-Tropez frémit à l’heure de Loana. Allongée dans un hamac, quand la lumière devient silencieuse, seule, paisible, les yeux mi-clos, France qui ne comprend pas pourquoi on l’aime en dehors de ses chansons, France dont on croit tout savoir mais dont au fond on sait peu de choses somnole. A quoi pense-t-elle ?

Midi. Le visage plein de sommeil, elle déboule dans la cuisine, s’empare du plateau petit déjeuner et, comme un écureuil qui s’enfuit dans son arbre cacher son butin, retourne dans sa chambre lire, dans ses draps turquoise, la presse du matin. La vie des stars l’amuse. Elle oublie qu’elle-même en fait partie. Curieuse de tout, toujours à l’écoute du monde, pas fana de la promiscuité, elle a passé l’été à l’ombre dans sa maison, entourée d’une poignée de jeunesse, à regarder pousser les bougainvilliers. Son fils, Raphaël, aux 20 ans éclatants, discret et magnifique qui n’aime pas qu’on parle de lui. Entouré de sa bande de copains, ils sont très soudés. « Ils ne se quittent jamais ; ses amis c’est sa famille. » Ses amis à elle ? Aujourd’hui, elle les compte sur les doigts d’une main. Parce que la vie est trop courte et trop froide, mais aussi très belle, elle a décidé, une fois pour toutes, de mettre un écran de fumée entre elle et les autres. Et, comme les femmes japonaises, d’oublier jusqu’à leurs noms. France, perfectionniste qui pense au confort d’autrui avant de penser au sien. « Installe-toi mieux. Tu devrais mettre un autre coussin ? Tu es sûre que tu es bien ?» France qui vous ouvre tout grand sa maison et son cœur. « Avec Raphaël, je ne suis pas en manque d’amour. » Elle a toujours vécu sa vie envers et contre tous, sans se soucier de ce que pensent les autres et continue à le faire.

« On me demande tout le temps quand est-ce que je vais rechanter. Je ne sais pas. Pour l’instant, j’ai choisi l’ombre mais il y a une chose dont je suis sûre : je ne veux plus, je ne peux plus vivre comme avant. Je voudrais trouver une autre formule, je ne sais pas quoi exactement. Oui c’est ça ; trouver une autre formule. »

Elle pourrait être capitaine de vaisseau ou diriger une armée, architecte dans l’âme, elle souffle sur les pierres et fait des maisons. Ramatuelle. Dakar en avril dernier où je l’avais retrouvée.

Lorsqu’elle a débarqué il y a quinze ans dans son île au Sénégal, il n’y avait que de la poussière. Elle fabrique des cheminées avec des coquillages, aménage des lieux de soleil qu’elle dessine et redessine sans cesse jusqu’à la perfection, cachée derrière des moustiquaires. Folle de nature et d’espace, elle n’hésite pas à faire voler en éclats les cloisons pour faire entrer plus de lumière. « A un moment, j’ai eu envie d’essayer un autre métier. J’ai même envisagé de m’associer avec le frère de Michel qui était architecte. »

Les habitants de l’île lui vouent une véritable adoration. « Ici, avec une pirogue ou simplement une boîte à outils, on peut changer une vie. » Issa Samb, artiste – les murs de sa maison sont recouverts de ses peintures -, figure emblématique de Dakar, son immense carcasse noire recouverte de colliers d’argent se pointe à l’aube quand on ne l’attend pas. Il a fait 20 kilomètres à pied pour lui souhaiter la bienvenue. Accoudée à la grande table en bois du living s’ouvrant sur l’océan, France, patiemment, écoute ses délires devant un bol de café chaud. « Ici, ma maison est toujours ouverte. C’est ça qui me plaît. C’est l’Afrique !» Cet après-midi, ils ont débarqué à dix, Gaston en tête, pour l’emmener voir un match de foot. « L’Algérie contre le Sénégal. Tu te rends compte ! Pas question que je rate ça. Tu ne sais pas qui tu as devant toi. J’étais la meilleure joueuse de foot de mon lycée !» Ils ont rempli les glacières de boissons fraîches et l’ont portée jusque dans la pirogue pour traverser la baie. Pendant tout le match, ils ont fait un joyeux bouclier humain autour d’elle. Seule tête blonde dans les gradins du stade, France hurle de joie comme une enfant.

A l’heure où le soleil vient mourir dans la mer, on se promène sur la falaise déserte. France me montre du doigt une maison en ruines. « Là, tu vois là, c’était la maison des enfants … » On s’assied sur la pierre dure du chemin. Le vent sec claque et la fait frissonner. « Pendant longtemps, je n’arrivais plus à regarder les merveilleux paysages en face de la maison car je ne pouvais plus les partager avec Pauline. Aujourd’hui, je peux à nouveau m’extasier. » On parle du vent, de la couleur changeante de la mer. Une image en amène une autre. « Dans une vie, on a des tas de missions. Être mère est, de loin, la plus importante pour moi. Il faut se donner du mal, beaucoup de mal pour élever et guider son enfant. L’amour ne suffit pas. » Elle a le goût du bonheur comme personne. Boule de rire et de gaieté, déconcertante par moments, elle vous parle des choses graves avec légèreté. Elle est du genre à vous dire : « Il fait beau, allons au cimetière !» Elle ne comprend pas pourquoi on en fait des endroits si tristes et si impersonnels. Elle aimerait pouvoir les transformer. Personnaliser les tombes, les recouvrir de bois, effacer le gris, mettre de la couleur, de l’eau et des oiseaux. Sur celles de Pauline et de Michel, elle met des palmiers l’été, des sapins de Noël l’hiver.

Parce que la vie file comme le vent, peut-être parce qu’elle étouffait ou simplement qu’elle avait enfin trouvé le moyen de dire ce qu’on ne peut pas dire. Un jour comme ça, on ne sait pas pourquoi, elle a décidé d’ouvrir en grand les portes de sa mémoire. Elle nous a pris une fois de plus par surprise. Elle s’est plongée dans son passé et a trié ses souvenirs. « Je n’aime pas ce mot de “portrait”. Je voudrais trouver un autre mot. Un mot qui englobe tout : la musique, la vie, ma vie. » Elle cherche mais ne trouve pas. « Cela dit, grâce à ce portrait, j’ai appris à avoir un regard plus tendre sur mon adolescence que je n’avais jusqu’à présent jamais voulu revisiter. » Les chansons racontent leur vie. Du jour où Michel achète une caméra, ils passent leur temps à se filmer : pour rendre les choses éternelles. Pour ne rien oublier. L’amour dans l’herbe, les rires, la complicité. Ensemble ils ont passé leur temps à innover. « Michel a été la rencontre la plus importante de ma vie. En plus d’avoir fait de moi une femme comblée, il m’a ouvert les yeux sur le monde. C’est l’homme le plus intelligent et le plus sensible que j’aie rencontré. Si je parle souvent de Michel au présent, c’est parce qu’il se confond avec sa musique et que sa musique se jouera toujours. » Pauline en train de brosser les cheveux de son petit frère. Pauline toute petite fille, les cheveux plein de soleil, un collier de perles bleues autour du cou, en train de dessiner. Ce sont les jours heureux. Quand on connaît la fin, comment regarder ces images sans être bouleversée ?

En 1988, aux Victoires de la musique, sacrée meilleure artiste interprète, elle déclare : « Je suis la femme et la chanteuse la plus heureuse du monde. » Carrière éblouissante. France emportée, transportée par la musique. « Starmania », « Ella, elle l’a », « Laissez passer les rêves », « Il jouait du piano debout ». Fous rires. Énergie. Gaieté. Gainsbourg. Berger. Papa Gall. Tout se mélange … France lumineuse, qui s’avance sur la scène dans un torrent d’applaudissements.

Août 1992 : Michel disparaît brutalement. « Les enfants ne voulaient pas venir à l’enterrement de leur père. Je leur ai dit que s’ils n’y allaient pas, je n’y allais pas non plus. » Pour ne pas devenir folle, elle se noie dans la musique. Michel lui a donné toute sa musique. Il savait ce qu’il faisait.

1993 : France découvre qu’elle a un cancer du sein, annule Bercy en juin, le reporte en septembre pour se faire opérer. Et puis. Et puis … La disparition de Pauline en décembre 1997. Le silence après les années de musique. Par la seule force de sa volonté, elle réussit à intégrer l’inintégrable. Pauline fait partie de toutes les conversations. « Depuis qu’elle est partie, je ne suis plus jamais triste, mais je ne suis plus jamais vraiment gaie non plus. J’avais 13 ans quand ma grand-mère a disparu, j’ai tout mis sur le dos de Dieu, du jour au lendemain je suis devenue athée. Et puis il y a eu ma rencontre avec le philosophe Emmanuel Berl. Il m’a dit qu’il me trouvait très prétentieuse de déclarer que Dieu n’existait pas !» France malicieuse comme un chat. France qui ne ressemble à personne. France la rebelle qui ne va jamais aux obligations et qui n’est même pas allée chercher sa Légion d’honneur.

France à New York, sans passé, avec ses Nike et son anorak orange, la truffe au vent, qui déambule dans Central Park. France la nuit, allongée sur la pelouse des Invalides, anonyme dans la foule, éblouie comme une enfant qui regarde, subjuguée, la tour Eiffel illuminée. France qui se bute et se cogne à la vie, qui défie tous les obstacles, sa famille, invisible, bien au chaud dans son cœur. France qui repeint les armoires comme on repeint le passé. France magnifique boule de vie, d’amour et de gaieté.

Magazine : Paris Match
Par Dany Jucaud
Date : 13 septembre 2001
Numéro : 2729

Merci à Élisabeth 🙏

France Gall, drame en plein ciel

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Alors qu'elle revenait du Sénégal, où elle aime tant aller se ressourcer, France Gall a vécu des instants terribles.
Alors qu'elle revenait du Sénégal, où elle aime tant aller se ressourcer, France Gall a vécu des instants terribles.

Cela s’est passé voici déjà plusieurs semaines, mais on ne le découvre qu’aujourd’hui.

Alors qu’elle revenait du Sénégal, où elle aime tant aller se ressourcer, France Gall a vécu des instants terribles.

De ces instants que tous ceux qui ont un jour pris l’avion, ont redoutés. Soudain, en plein ciel, on a frôlé le drame …

Car ce jour-là, à 23 heures, l’ Airbus A340 de la compagnie Air France qui venait de s’envoler de Dakar, au Sénégal, a brutalement pris feu… et France se trouvait à bord ! Que s’est-il passé?

« Peu après le décollage, nous a ensuite raconté une passagère du vol AF719, nous avons ressenti comme une explosion. Les personnes qui se trouvaient côté hublot ont alors vu des flammes sortir d’un moteur. Et, tout de suite, ça a été la panique. Les hôtesses et les stewards couraient dans tous les sens pour tenter de nous rassurer. A ce moment-là, plusieurs personnes ont commencé à prier. Un enfant hurlait : « Maman, maman, on va tous mourir ! »

Tous ces malheureux passagers voient déjà leur dernière heure arrivée. En fait, ils vont être sauvés par un extraordinaire exploit du commandant de bord. Étienne Lichtenberger est un pilote expérimenté. A 49 ans, il totalise 15 000 heures de vol et assure des vols commerciaux depuis près d’un quart de siècle.

« L’incident, qui s’est produit une dizaine de minutes après le décollage, a été très violent, nous a-t-il confié. Les passagers ont vu des étincelles sortir d’un réacteur et, simultanément, une alarme incendie s’est déclenchée. Un des quatre moteurs s’est alors coupé et j’ai décidé d’aller me poser à notre point de départ.»

Étienne Lichtenberger entame alors la procédure normale dans ce cas d’incident précis. Il fait faire un demi-tour à l’appareil et survole l’océan afin de larguer en mer la plus grande partie du kérosène des réservoirs. En cas d’atterrissage difficile, ce sont ces réservoirs pleins qui ajoutent au danger d’explosion.

« Finalement, l’incendie du réacteur a été maîtrisé et nous n’avons pas eu à procéder à ce largage de carburant, reprend Etienne Lichtenberger. A l’atterrissage, quand l’avion s’est enfin immobilisé en bout de piste, les gens se sont congratulés. »

Au sol, les passagers exultent. Quel bonheur après tant d’émotions de retrouver la terre ferme! Jamais sans doute le pourtant très banal aéroport de Dakar ne leur avait paru si sympathique. C’est dans ces moments-là que l’on comprend vraiment à quel point la vie est précieuse …

À la suite de ce qui aurait pu être un dramatique accident, les passagers ont été invités à passer 48 heures dans les hôtels de la capitale sénégalaise, avant de reprendre un avion, toujours piloté par Étienne Lichtenberger, qui les a ramenés à bon port, le mardi 27 février 2001.

Avait-elle été profondément choquée ou est-ce par superstition ? Toujours est-il que France Gall n’était pas sur ce vol de retour. Pour cette fois, le destin aura épargné la jeune femme au passé hélas trop souvent tragique.

Magazine : France Dimanche
Par William Ruppert
6 avril 2001
Numéro : 2849

France Gall en 2001

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Vingt-quatre ans plus tard, en octobre 2001, le tout premier album studio France Gall (éponyme) est certifié album de platine pour 300 000 exemplaires vendus.
Vingt-quatre ans plus tard, en octobre 2001, le tout premier album studio France Gall (éponyme) est certifié album de platine pour 300 000 exemplaires vendus.

Vingt-quatre ans plus tard, en octobre 2001, le tout premier album studio France Gall (éponyme) est certifié album de platine pour 300 000 exemplaires vendus.*

Note sur les crédits : Il arrive fréquemment que des œuvres soient diffusées sans que le nom de l’auteur soit mentionné. Ces pratiques sont illégales au sens de l’art. L.121-1 du CPI. Lorsque nous connaissons le nom de l’auteur de la photo, il est toujours mentionné. Si vous constatez une erreur, un manque, ou que vous souhaitez le retrait d’une photo dont vous êtes l’auteur : contactez-nous.

*Sources des textes : France Gall l’intégrale / L’histoire de tous ses disques par Norman Barreau-Gély aux Editions EPA avec les pochettes de France Gall Collection

France Gall évoque “l’affaire” Véronique Sanson

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France Gall évoque "l'affaire" Véronique Sanson
France Gall évoque "l'affaire" Véronique Sanson

Michel Berger laisse deux femmes inconsolables. C’est une de trop!

Le silence n’est pas l’oubli. Un an après son album de chansons de Michel Berger, Véronique Sanson va s’en rendre compte en lisant Paris-Match, dans lequel France Gall, “pour la première fois, écrit ce que la pudeur lui a longtemps fait taire”.

En chantant avec Johnny “On a tous quelque chose en nous de Tennessee”, à l’Olympia, France s’est visiblement dit que quelque chose en elle se révoltait “En ce qui concerne l’affaire Véronique Sanson (affirme-t-elle dans un texte signé … France Gall), je crois que personne n’avait osé faire une chose aussi vile de manière publique, en utilisant l’âme et le cœur d’une personne qui nous a quittés … C’était à gerber!”.

Ce qui la fait “gerber”, ce sont les articles et les interviews de Véronique, fin 1999 : Sanson-Berger, l’amour fou; Passion de jeunesse … Véro a-t-elle eu le tort de se poser en première et, inconsolable, groupie du pianiste, affirmant “avoir passé toute sa vie à dépérir” de l’avoir quitté en 1972 pour le musicien américain Stephen Stills ?

Pendant ce temps, France, “femme blessée” par le décès de Michel en 1992, après dix-huit ans de vie commune, puis par la disparition de leur fille Pauline, se partageait entre Dakar et New York. Mais sans abandonner pour autant une miette de son héritage musical. Et surtout sentimental …

Paris-Match, 31/8/2000

Magazine : Voici
Date : 4 au 10 septembre 2000
Numéro : 669

France Gall sort du silence

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Olympia 2000, Johnny Hallyday accueille France Gall, « Poupée de cire, poupée de son » des sixties et femme blessée.
Olympia 2000, Johnny Hallyday accueille France Gall, « Poupée de cire, poupée de son » des sixties et femme blessée.

« Souvenirs-souvenirs » … disait une des premières chansons de Johnny. Quarante ans après, à l’Olympia, au moment de chanter « Quelque chose de Tennessee », de Michel Berger, jamais les souvenirs n’ont été si émouvants.

Johnny accueille France Gall, « Poupée de cire, poupée de son » des sixties et femme blessée. Et, sur la scène mythique, c’est à une renaissance que les spectateurs assistent. Depuis la mort de Pauline, sa fille de 19 ans, en décembre 1997, cinq ans après, celle de Michel Berger, son mari, France Gall a choisi l’ombre et le silence. Elle en sort, protégée par Johnny, dans un pur instant d’émotion. « Dans dix ou vingt ans, annonçait Michel Berger en 1985, au moment de la sortie de « Rock and roll attitude » l’album qu’il avait écrit pour Johnny, on ne se souviendra plus de ce que j’ai fait. » Ce 15 août, une standing ovation lui répond. « Quelque chose de Tennessee » continue a parler du désir fou de vivre une autre vie.

Leur amitié est née au temps des yé-yé. En 1966, déjà, dans la photo de classe des idoles, Johnny avait pris soin de s’entourer de ceux qu’il aimait : près de Sylvie, sa femme, il avait voulu France Gall, prix de l’Eurovision. A l’écart était assis Michel Berger, fils d’une pianiste classique et d’un professeur de médecine, chanteur-compositeur depuis ses 16 ans, mais toujours étudiant en philosophie. Sept ans plus tard, « La déclaration » que Michel écrit à France entre au hit-parade. Michel compose pour sa femme, pour ses amis, pour lui-même et aussi pour le cinéma. Johnny lui demande alors de lui écrire une chanson. « Après « Détective » de Godard, j’ai senti qu’il avait le désir d’évoluer », expliquait Michel Berger. A sa mort, Johnny déclarera dans Match : « Michel faisait partie de ma famille, comme France et ses enfants. Mon hommage personnel, je le lui rendrai à ma façon … en le chantant !»

Olympia 2000, Johnny Hallyday accueille France Gall, « Poupée de cire, poupée de son » des sixties et femme blessée.

Pendant dix-huit ans, ils ont traversé les modes, un succès chassant l’autre. La musique était leur univers commun : sur elle, ils ont construit leur vie. Ils triomphent dans « Starmania », en 1978, l’année où naît leur fille Pauline. L’été 1980, ils sortent un disque chacun et se disputent la place de tête au hit-parade. L’arrivée de Raphaël s’enchaine avec le succès de « Tout pour la musique ». Ils défendent aussi les mêmes causes. Ils se produisent au profit d’Amnesty International, de l’Éthiopie, tombent amoureux du Sénégal. Coluche est le parrain de leur fils, Balavoine fait partie des amis. C’est dire que les deuils se succèdent. Ils passaient l’été 1992 dans leur maison de Ramatuelle quand Michel, âgé de 44 ans, a ressenti plusieurs malaises cardiaques. Le médecin ne parviendra pas à le réanimer.

Pour la première fois, France écrit ce que la pudeur lui a longtemps fait taire.

Lettre de France Gall

Pour l’anniversaire de Johnny à Sceaux, Michel Sardou, très gentiment, m’a demandé de l’accompagner, car il chantait en duo avec Johnny “On a tous quelque chose de Tennessee”, une chanson écrite par Michel Berger en 1985. Du temps de Michel, Johnny et moi étions très proches ; on a été brouillé pendant un bon moment à cause de quelqu’un. On s’est retrouvé par hasard au mariage d’Anne-Marie et Michel Sardou. Il m’a appelée le lendemain pour me dire à quel point il était heureux de me revoir.

Moi aussi. Comme je n’avais pas chanté à Sceaux, j’ai proposé à Jean-Claude Camus, son producteur, de lui faire une surprise au milieu de l’été quand il chanterait à l’Olympia.

J’ai avancé la date du 12 août. Le jour de la répétition, une voiture est venue me chercher. Je n’étais pas retournée dans cette salle depuis que j’y avais chanté et qu’on l’avait entièrement refaite.

Dès que je me suis retrouvée avec les musiciens et que j’ai commencé à répéter, je me suis sentie tout de suite dans mon élément. Je n’avais pas été sur scène depuis le concert privé de M6 en mars 1997. J’étais contente. Après la répétition, il a fallu que j’attende quatre heures et demie dans la loge. Je pensais que j’allais m’angoisser. Pas du tout. Je suis entrée en scène au dernier moment, comme toujours. La chanson commence par un petit texte de Tennessee Williams, que Nathalie Baye disait à l’époque … « A vous autres, hommes faibles et merveilleux / Qui mettez tant de grâce à vous retirer du jeu / Il faut qu’une main posée sur votre épaule / Vous pousse vers la vie, cette main tendre et légère. » Je commençais la chanson en parlant dans le noir. On ne voyait que ma silhouette. C’est lorsque ma main s’est posée sur l’épaule de Johnny qu’il a commencé à chanter. J’ai pu vérifier en direct quel interprète extraordinaire il est …

Il y a des moments où j’aime tout le monde. Celui-là en faisait partie. Le souvenir qui me reste, c’est trois minutes et demie d’amour partagé. C’est ce qui m’a poussée à revenir trois jours plus tard.

Quand Michel est parti, ça m’a donné envie de chanter, j’ai fait trois shows en quatre ans : Bercy, Pleyel, l’Olympia, suivis de tournées. Chanter, c’était le moyen de le retrouver à travers sa musique. Le départ de ma fille m’a donné envie de me taire. Peut-être pour toujours, ça, je ne le sais pas encore.

Si je n’ai pas donné de mes nouvelles, c’est que la grande souffrance est quelque chose de tellement personnel qu’on ne peut la partager. Je crois que j’ai beaucoup changé, mais je vis de la même manière, dans le même appartement ; je vois d’autres gens seulement. La vie est différente en profondeur, même si en apparence elle ne l’est pas.

Monter avec Johnny sur scène, c’était aussi ma façon à moi de donner de mes nouvelles au public qui s’inquiète de mon silence. Si vous saviez les merveilles de soutien que je reçois sans cesse. Ce que je vais faire après ? Je ne sais pas. Je ne peux répondre à aucune question sur le futur, car le passé est encore trop présent. Me retrouver en plein dans la lumière a été comme un éblouissement. C’est Johnny qui a su trouver les mots et les gestes pour me sortir de l’ombre que je recherche. En ce qui concerne l’affaire Véronique Sanson : je crois que personne n’avait osé faire une chose aussi vile de manière publique, en utilisant l’âme et le cœur d’une personne qui nous a quittés et, de plus, relayée par les médias complaisants. C’était à gerber !

J’ai préféré fuir et prendre mes quartiers d’hiver dans ma maison de Dakar. Cette maison a toujours été un endroit important pour moi. Pour y accéder, il faut traverser l’eau. Je ressens toujours ce passage comme une purification ; j’aime Dakar comme j’aime New York. Différemment. J’ai passé tout le mois de mai à New York. J’y étais venue plusieurs fois avec Michel pour enregistrer, et puis on y avait passé des réveillons en famille. C’est pour moi une ville pleine de souvenirs heureux et j’ai envie d’en faire se succéder d’autres qui sont aussi de bons moments. Hier ; je suis allée arranger les fleurs sur la tombe de mes deux amours Pauline et Michel. Quelqu’un m’a prise en photo. Quand je me promène dans les rues de New York, j’ai l’impression d’être sans passé. C’est ça que j’aime. Je me sens comme une petite fille. Je fais des choses que je ne fais jamais, je vais m’allonger des après-midi entiers dans l’herbe à Central Park, j’écris, je lis, je réfléchis … Même s’il y a souvent de la tendresse dans le regard des gens en France, je sais à quoi ils pensent en me voyant. Je ne ressens pas ça à New York. Et puis, l’amour, je n’en manque pas. J’ai mon fils Raphaël ; je suis encore dans ma période “Qu’est-ce qu’ils ont tous à courir comme ça pour rien » ! Je regarde les gens s’agiter, j’ai l’impression par moments d’être spectatrice de la vie. Je me suis beaucoup battue pour vivre dans le silence ces dernières années. Il était urgent d’attendre que le temps passe et le passage à l’an 2000 m’a fait un bien immense, même si je ne me sens pas prête à retourner dans le tourbillon.

Un jour, les choses deviendront plus évidentes. Une envie différente naîtra. A ce moment de ma vie, je n’ai pas tellement envie de dire, mais plutôt envie de faire. Je voudrais réussir à vivre mon douloureux vécu comme un enrichissement. Je ne veux pas combler le manque par de la tristesse. Merci Sénèque !’

Mes amis le savent, je suis quelqu’un de très gai, quand on prend le temps de la regarder, la vie est toujours aussi passionnante. Disons qu’elle est différente. (Lettre de France Gall)

Douce France

Par Johnny Hallyday

Il y avait trop longtemps qu’elle était dans le silence. Trop longtemps que France n’avait pas chanté. Ça me manquait. J’ai pensé que ça manquait aussi à son public. Je sais, pour un chanteur, ce qu’est la scène : l’angoisse, mais aussi la fièvre. Je l’ai accueillie à l’Olympia pour lui donner envie de revenir. Lui donner l’envie d’avoir envie …

Depuis toujours j’ai pour France beaucoup de tendresse. J’ai avec elle tant de souvenirs. Nous nous sommes connus dans l’insouciance des années de jeunesse. Nous nous sommes reconnus à travers son mari Michel Berger quand il m’a écrit un album en 1985. Entre nous, plus encore que de l’amitié, il y avait du respect. J’admirais son talent et surtout sa pudeur. Comme moi, il n’avait pas besoin de beaucoup de mots pour dire les choses. Souvent, nous nous comprenions sans parler. Il formait avec France un vrai tandem. Il lui a écrit ses plus beaux textes. Elle les a interprétés mieux que personne, avec un supplément d’âme, comme dit une de leurs chansons. Aujourd’hui, les épreuves et la tristesse ont ouvert un grand vide dans la vie de France. Mais il y a aussi un vide dans le show-business français : la place de France, celle qu’elle doit reprendre. J’aimerais, de toute mon amitié, lui dire qu’on l’attend.

Magazine : Paris Match
Photos de Sébastien Valente et Daniel Angeli
Numéro du 31 août 2000
Numéro : 2675

France Gall en 2000

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En août 2000, France Gall revient à l’Olympia pour chanter en duo avec Johnny Hallyday, Quelque chose de Tennessee, écrite par Michel Berger en 1995.
En août 2000, France Gall revient à l’Olympia pour chanter en duo avec Johnny Hallyday, Quelque chose de Tennessee, écrite par Michel Berger en 1995.

En août 2000, elle revient à l’Olympia pour chanter en duo avec Johnny Hallyday, Quelque chose de Tennessee, écrite par Michel Berger en 1995.

Note sur les crédits : Il arrive fréquemment que des œuvres soient diffusées sans que le nom de l’auteur soit mentionné. Ces pratiques sont illégales au sens de l’art. L.121-1 du CPI. Lorsque nous connaissons le nom de l’auteur de la photo, il est toujours mentionné. Si vous constatez une erreur, un manque, ou que vous souhaitez le retrait d’une photo dont vous êtes l’auteur : contactez-nous.

*Sources des textes : France Gall l’intégrale / L’histoire de tous ses disques par Norman Barreau-Gély aux Editions EPA avec les pochettes de France Gall Collection

France Gall vers un nouveau destin ?

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France Gall, vers un nouveau destin ?
France Gall, vers un nouveau destin ?
France Gall, vers un nouveau destin ?

Après de terribles épreuves, France Gall a préféré s’éclipser pour se consacrer au seul être qui lui reste, son fils, Raphaël.

De retour de Los Angeles, elle devrait décider de son avenir professionnel. Et, quel que soit son choix, son public sera toujours à ses côtés.

France, c’est cette voix presque adolescente subtilement ponctuée d’accents jazzy, une voix qui, du yé-yé au rock, a évolué avec le temps et a su s’enrichir, au passage, des rencontres d’artistes exceptionnels. Mais il est vrai qu’avec un père parolier de renommée internationale, Robert Gall, et une mère, Cécile, venue d’une famille d’artistes, la jeune Isabelle – qui n’est pas encore France – a, dès sa naissance, un destin tout tracé.

Chez les Gall, c’est la bohème, on rit et on chante. De nombreux artistes comme Charles Aznavour, pour qui papa a écrit La Mamma, égayent de leurs visites la vie de la maisonnée. Normal que rapidement la jeune Isabelle soit gagnée par le virus de la chanson ! Et ce premier contrat avec Philips, signé le jour de ses 16 ans, c’est un peu pour faire plaisir à son père, mais surtout pour ne pas avoir à redoubler sa troisième ! Rebaptisée France, elle entame sa carrière avec Ne sois pas si bête. Mais son premier vrai succès, elle l’obtient avec Sacré Charlemagne, écrit par son père. La petite France est lancée.

En 1964, elle rencontre Serge Gainsbourg. Pendant quatre années, leur liaison-association va être jalonnée de succès. D’incompréhensions aussi. Poupée de cire, poupée de son lui vaut de remporter en 1965 le grand prix de l’Eurovision. Mais les fameuses Sucettes, la même année, font exploser le malentendu : France, trop jeune à l’époque pour saisir le double sens de ce qu’elle chante, sera mortifiée lorsqu’elle en découvrira le sens: “J’ai gardé de cette époque, confiera-t-elle plus tard, une certaine méfiance vis-à-vis des hommes.” Avec Serge, elle a aussi le sentiment de piétiner. Quittant Gainsbourg, elle croise rapidement la route de Claude François, à qui elle inspire Comme d’habitude. Puis bientôt celle de Julien Clerc.

En 1973, France partage la vie de Julien Clerc. Mais une chanson va changer sa vie: Attends-moi, d’un certain Michel Berger. Elle rencontre l’auteur et lui demande de composer pour elle. Ainsi naît, en 1974, La Déclaration, qui remet France dans la course et scelle le début de leur amour. Ils se marient, et de leur union naissent Ça balance pas mal à Paris, Musique et Si maman si, mais aussi deux enfants : Pauline et Raphaël. La Starmania de Michel fait un malheur. France, qui interprète Donner pour donner avec Elton John, est comblée.

A 34 ans, France Gall a tout pour être heureuse. La gamine des années yé-yé n’est plus qu’un souvenir. La voilà défendant des textes forts comme Résiste, se lançant de nouveaux défis sur scène et gérant de manière avisée sa vie publique. De nouveaux tubes (Cézanne peint, entre autres) et de grandes salles vont se succéder jusqu’au fameux rendez-vous du Zénith en décembre 1987 où France fait un triomphe. “J’avais le sentiment d’être allée au bout de quelque chose, au bout de ma carrière artistique.”

Brutalement, elle décide alors de tout arrêter. Cependant, c’est oublier un peu trop vite l’immense talent de Michel, qui compose l’album Double Jeu. Ainsi, France se laisse tenter. Puis vient l’été 1992. Le couple, qui doit se produire dès la rentrée à La Cigale, à Paris, file se ressourcer dans sa villa de Ramatuelle. Michel s’offre chaque soir une partie de tennis. C’est là, sur le court, le 2 août à 20 heures, qu’il est pris d’un malaise cardiaque. Comme la douleur s’est estompée enfin, il décide de prendre un bain. Mais un nouveau malaise l’y surprend. France appelle le médecin, puis le Samu. En vain. La nouvelle de sa mort est annoncée le lendemain à 11h30. Le 6 août, lors d’une émouvante cérémonie, France laisse l’homme de sa vie au cimetière de Montmartre.

La chanteuse puise en elle des forces insoupçonnées. Il le faut : pour elle d’abord, mais surtout pour les enfants. Surmontant son chagrin, elle décide de reprendre seule le spectacle qu’elle devait faire avec Michel. Rendez-vous est pris à Bercy au printemps 1993. Mais, nouveau coup du sort, alors que toutes les places sont vendues, elle doit y renoncer. Il lui faut garder toutes ses forces pour se battre contre ce cancer du sein que les médecins viennent de découvrir.

Sortie vainqueur de la bataille, elle fait en septembre de cette même année son retour à Bercy. Le public lui réserve un accueil extraordinaire. On la reverra ensuite à Pleyel, puis à l’Olympia, toujours avec le répertoire de Michel. “Il me reste cette musique, dit-elle, et je sais maintenant ce que je dois faire.”

Le 26 avril 1997, elle annonce dans une interview au journal le Parisien qu’elle va arrêter de chanter Michel Berger. L’heure est à la réflexion, au repos, aux enfants, à Pauline, surtout, qui est malade. A l’âge de 19 ans, Pauline rend les armes, succombant à la mucoviscidose. Après avoir tenu bon face à tant de drames, France demande grâce.

Danseur, Steevy a travaillé avec France Gall sur ses trois derniers spectacles. Et, pour nous, il lève un coin du voile sur celle qu’il considère comme une amie.

Nous Deux : Quelle femme est France Gall ?

Steevy : C’est une battante. C’est aussi quelqu’un de très entier, qui sait exactement ce qu’elle veut. En public ou en privé, France reste la même. Cette femme, c’est Captain Courage.

Pensez-vous qu’elle va continuer la chanson ?

Je n’ai pas à répondre à sa place ! Je pense que la chanson, c’est sa passion. Je ne sais pas si on peut tirer un trait comme ça sur une passion … Ce que je peux dire. c’est que pour l’instant son fils, Raphaël, est son unique priorité.

Evoque-t-elle parfois Michel Berger ?

Forcément, c’est le père de ses enfants. Moi, je n’ai pas connu Michel Berger et je n’en parle jamais personnellement avec elle. Ce dont je suis sûr, c’est qu’il reste sa principale référence dans le travail.

Magazine : Nous Deux
Bruno Lecoq
Date : 26 octobre au 1er novembre 1999
Numéro : 2730