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France Gall : “Pauline, maintenant tu vas pouvoir respirer”

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Pauline, maintenant tu vas pouvoir respirer
Pauline, maintenant tu vas pouvoir respirer
Un peu plus d'un mois après Johnny Hallyday, France Gall a rejoint Michel Berger et leur fille Pauline dans leur « Paradis blanc ».

Sous ses apparences fragiles, avec ses cheveux blonds et son regard candide, France Gall résiste à cette malédiction qui l’atteint sans cesse depuis maintenant sept ans.

Sept années au cours desquelles la chanteuse a vécu cinq drames prématurés qui l’ont marquée à jamais et qui, aujourd’hui, lui étouffent le cœur.

Une fois de plus, elle vient d’être terrassée par la douleur. L’injustice s’est encore acharnée contre elle. Le lundi 15 décembre au soir, sa fille, Pauline, est décédée des suites d’une mucoviscidose. Emportant avec elle les plus beaux rêves de sa maman.

On se rappelle ce long cauchemar que fut 1992. Cette difficile année où la chanteuse avait dû faire face à la plus terrible des épreuves : après la disparition deux ans auparavant de son père, Robert Gall, alors âgé de soixante-douze ans, c’est son beau-père, l’éminent professeur de médecine Jean Hamburger, qui s’en était allé à son tour le 1er février 1992.

Comble de l’horreur, quelques mois plus tard, le 2 août exactement, son mari, Michel Berger, s’écroulait quasiment sous ses yeux, victime d’une crise cardiaque à l’âge de quarante-quatre ans après une partie de tennis pendant ses vacances dans leur villa de Saint-Tropez.

Pour France, ce fut la fin d’une très belle histoire d’amour de dix-huit ans. Pis encore, elle se sentait désormais terriblement seule. « Les trois piliers de son univers », comme elle aimait à les appeler, l’ayant quittée à tout jamais. Très affectée, France Gall a donc dû apprendre à vivre sans homme, sans protection. Heureusement, ses deux enfants, Raphaël et Pauline, étaient là. Plus que jamais, ils avaient besoin de leur mère.

Plongée dans un immense désespoir, France savait cependant qu’elle devait les aider à traverser cette douloureuse épreuve.

Consciente qu’il faut souffrir pour avancer, elle avait donc choisi de se battre, de courir à nouveau vers la vie et de jeter un immense voile sur ses peines. Malheureusement, malgré sa bonne volonté, le destin est encore arrivé à s’acharner, comme s’il ne l’avait pas déjà assez durement frappée. Contre toute attente, France Gall allait devoir franchir une autre redoutable épreuve …

Le 8 avril 1993, elle annonçait publiquement qu’elle était atteinte d’un cancer du sein. A l’époque, la nouvelle avait provoqué la stupeur et l’émoi. Deux semaines plus tard, France se faisait opérer. Bien décidée à surmonter ce nouveau coup du sort, elle allait se battre avec cette rage de vivre qui la caractérise. Fort heureusement, la tumeur a été enlevée sans qu’il ait été besoin de recourir à une ablation. Et France a complètement guéri.

Dotée d’une immense énergie, elle a – comme d’habitude, est-on tenté de dire – relevé vaillamment la tête et bravé la fatalité.

Quand on a vécu le pire, on peut espérer le meilleur. Hélas, France était loin de s’imaginer que le pire l’attendait. Car il est arrivé, La semaine dernière. Une nouvelle fois, la malédiction a frappé, en lui enlevant à jamais sa petite Pauline …

Bien sûr, France Gall savait depuis la naissance de sa fille, le 17 novembre 1978, que ses jours étaient comptés. Mais comment accepter la mort de son enfant ? Pauline était suivie médicalement depuis sa plus tendre enfance dans des services spécialisés, à Paris. La mucoviscidose est en effet la plus fréquente des maladies génétiques graves de l’enfant. Elle se traduit par des infections à répétitions et une sérieuse insuffisance respiratoire. Autrement dit, par une espérance de vie très précaire …

Pauline avait fêté ses dix-neuf ans le mois dernier. Autant d’années pendant lesquelles elle s’était battue contre cette affreuse maladie. Avec force et respect, son entourage espérait. Hélas, depuis quelques semaines, la jeune fille avait tellement de mal à respirer qu’elle ne pouvait plus dormir allongée. Assise, elle priait sa mère de ne pas la laisser s’endormir tellement elle redoutait de ne plus jamais se réveiller.

Et puis, le vendredi 12 décembre, malgré l’appareil respiratoire mobile qu’elle ne quittait presque plus, son état de santé a brutalement empiré. Transportée à l’hôpital Necker, où le professeur Lenoir la suivait depuis toujours, elle a encore lutté trois jours avant de s’éteindre au milieu des siens.

Ses obsèques ont eu lieu le jeudi 18 décembre dans la plus stricte intimité. Parmi les amis présents, les yeux rougis par la douleur, Béatrice Schoënberg, Josiane Balasko, Nathalie Baye, Carole Bouquet, Jacques Attali, Luc Plamandon, Renaud Hantson, Richard Berri et Patrick Bruel étaient entourés de tous les camarades de l ‘école d’art où Pauline peaufinait sa passion pour le dessin. Et, la main dans celle de Raphaël, France Gall, venue accompagner sa fille juqu’à sa dernière demeure.

Sous une triste et froide pluie hivernale, la chanteuse a puisé la force et le courage de lui rendre un dernier hommage à travers un bref mais déchirant discours : « Pauline, tu as les plus beaux yeux du monde. Maintenant, enfin, tu vas pouvoir respirer … » C’est alors, au rythme des pétales de roses qui tournoyaient dans les airs, qu’un merveilleux alléluia a déchiré le silence. Et le passé à refleuri en un bouquet de pleurs. Pauline repose maintenant en paix au cimetière de Montmartre, à quelques mètres de son papa … Au lendemain de la mort de Michel Berger, France Gall affirmait au Nouvel Observateur : « J’ai ressenti une force à l’intérieur de moi qui ne m’a jamais quittée. » Aujourd’hui, à cinquante ans, après une telle tragédie, France aura-t-elle encore la force de se dire que la vie continue malgré tout ?

« Evidemment… Mais pas comme avant … » Telles étaient les paroles que Michel Berger lui avait écrites au temps du bonheur. En 1987 …

Magazine : Ici Paris
Marie BUCCI
Date : 24 au 30 décembre 1997
Numéro : 2738

Pour la 2e fois en 5 ans, la mort arrache un morceau du coeur de France Gall

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Pour la 2e fois en 5 ans, la mort lui arrache un morceau de son coeur
Pour la 2e fois en 5 ans, la mort lui arrache un morceau de son coeur
Pour la 2e fois en 5 ans, la mort lui arrache un morceau de son coeur

France Gall : On a le cœur trop gros / Pour se mettre au piano / Pleure, pleure, pleure, petite abandonnée … Reste, reste à côté de moi / Reste, reste, moi aussi j’ai froid / Et peur. »

On les croirait tout spécialement écrites pour France Gall, les paroles de cette chanson de Michel Berger. Elle qui, une fois encore, se retrouve un peu plus seule. Seule avec son immense douleur.

Cinq ans après le décès brutal du père de ses enfants, foudroyé par une crise cardiaque à 44 ans, le 2 août 1992, c’est aujourd’hui son cœur de mère qui pleure la disparition de Pauline. Pauline, sa fille, emportée à 19 ans, dans la nuit du 15 au 16 décembre à l’hôpital Necker – Enfants malades, par l’implacable maladie génétique qu’est la mucoviscidose. Pauline à qui justement son père destinait ces mots pathétiques en 1981, alors qu’elle n’était encore qu’un bébé de 2 ans: « Reste, reste, moi aussi j’ai froid et peur.»

Car déjà il savait. Oui, avant même que leur premier enfant ne soit en âge de parler et de marcher, France et Michel savaient que leur petite fille aurait besoin d’être entourée, choyée, protégée. Dès les premiers mois, en effet, inquiets des bronchites à répétition du bébé, ils avaient appris de la bouche des médecins le terrible diagnostic : les années de Pauline étaient comptées.

Alors, tout en veillant sur elle avec une attention infinie, sans pour autant faire de leur petite malade une enfant gâtée, France Gall et Michel Berger ont fait l’impossible pour qu ‘elle puisse grandir comme les enfants de son âge.

C’est ainsi que Pauline va suivre une scolarité la plus normale possible à l’école primaire et ensuite fréquenter le lycée du Vlll’ arrondissement où habitent ses parents. Bien sûr, elle sera plus souvent absente que les autres. Mais après chacune de ses hospitalisations, c’est elle qui demandera à retourner suivre les cours.

Drame

Malgré son mal, elle veut partager les jeux de son petit frère, Raphaël, né deux ans après elle, et adore recevoir des amis, sortir … Elle s’apprête à vivre une adolescence presque ordinaire quand le drame va tout remettre en question. Elle a 13 ans lorsque son père meurt brutalement. Un âge où elle a plus que jamais besoin de la présence paternelle. Pour elle, c’est un véritable déchirement. Avec ce papa qui était tout pour elle, Pauline perd à la fois son confident et son plus grand soutien. Jusqu’à son dernier jour, en effet, Michel Berger avait tout fait avec France pour tenter d’enrayer le mal qui progressait inexorablement. Membres actifs d’une association de lutte contre la mucoviscidose, ils voulaient faire mentir les médecins qui ne laissaient guère d’espoir de survie à Pauline au-delà de 16 ans. On comprend d’autant mieux la détresse de la jeune fille lors de la mort si inattendue, si injuste de son père.

Souvenez-vous de cette image bouleversante, le jour des obsèques de Michel Berger. C’était la première apparition publique de Pauline et, figée dans la même douleur que sa mère et son frère, elle n’avait à offrir qu’un visage défait, barré par de larges lunettes noires.

Que d’efforts France Gall a dû faire alors sur elle-même pour surmonter son propre chagrin ! Que de trésors de tendresse et d’affection elle a dû puiser au plus profond de son cœur, déjà si cruellement meurtri, pour aider Pauline à s’accrocher à la vie ! Cette jeune vie qui, avec le temps, n’allait plus tenir qu’à un fil. Mais, comme son père l’avait si bien aidée à le faire, Pauline veut continuer à lutter. Jusqu’au bout, elle va se battre pour mener l’existence dont elle rêve. Artiste née, suprêmement douée pour le dessin, elle s’inscrit dans une école d’art où elle passe sept heures par jour. Auparavant, il y a tout juste trois ans, en décembre 1994, France Gall était partie de longs mois à Los Angeles sous le prétexte officiel d’enregistrer un disque. Mais elle avait emmené Pauline. Et même si le monde de la musique et de la presse était au courant, personne ne s’était permis de divulguer la douloureuse vérité. En partant aux États-Unis, France poursuivait ce que Michel Berger n’avait jamais cessé de faire de son vivant : la course contre la montre qui permettrait de sauver Pauline. À Boston et à New York, la jeune fille avait subi les derniers traitements de pointe contre la mucoviscidose. Hélas, malgré l’acharnement de sa mère, Pauline a vu ses forces et sa résistance diminuer. Le combat était trop inégal. Un voyage de la dernière chance à New York, en juillet dernier, n’a rien pu changer. Depuis septembre, Pauline, terriblement amaigrie, Pour ne survivait que grâce à une assistance respiratoire. Il y a deux mois, France France Gall a demandé à sa maison de production de suspendre tous ses engagements : “Ma fille est trop malade”, je dois rester auprès d’elle.

Tous les deux jours, on apportait des bouteilles d’oxygène dans le vaste appartement parisien. Mais le vendredi 12 décembre dernier, les médecins ont été formels: l’état de Pauline était trop grave, il fallait l’hospitaliser de toute urgence.

Le SAMU l’a emmenée à l’hôpital Necker-Enfants malades qu’elle ne connaissait que trop pour y avoir séjourné des dizaines de fois. Mais il était trop tard, la mucoviscidose avait fini par accomplir son œuvre.

Jusqu’au dernier instant, France, maman crucifiée, aura été là pour soutenir sa fille.

Sa fille adorée à qui elle ne pourra plus jamais fredonner l’air qui les rattachait encore l’une et l’autre comme un lien indestructible à celui qu’elles avaient tant aimé: « Pleure, pleure, pleure, Il y a tant à pleurer. Pleure, pleure, pleure, petite abandonnée …”

Magazine : France Dimanche
Date : Pas de date précise – 1997
Numéro : 2677

Angoisse pour France Gall

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Un jour de 1973, France Gall entend à la radio une voix qui fredonne "Attends-moi" …
Un jour de 1973, France Gall entend à la radio une voix qui fredonne "Attends-moi" …
Angoisse pour France Gall

Un jour de 1973, France Gall entend à la radio une voix qui fredonne “Attends-moi” …

Immédiatement, elle sait qu’il va se passer quelque chose entre elle et l’interprète de cette chanson. Et elle ne se trompe pas !

Car cet homme, c’est Michel Berger, et il ne deviendra pas seulement son Pygmalion, mais aussi l’amour de sa vie et le père de ses enfants!

Hélas, comme tout le monde le sait, le 2 août 92, Michel Berger succombe à une crise cardiaque sur le terrain de tennis de leur villa à Saint-Tropez ! Cinq ans, cinq ans depuis la mort de Michel… Et malgré Je temps qui passe, malgré les petites phrases que France tente de se répéter, comme “le temps apaise toutes les douleurs”, elle est toujours en proie à un inconsolable chagrin …

Oui, le deuil de France continue d’assombrir sa vie jour après jour. Toute femme qui a perdu l’homme qu’elle aimait peut comprendre ce qu’elle ressent. Mais sans doute ces deux-là s’aimaient-ils au-delà de l’imagination …

Car les jours ont beau s’écouler, sa douleur ne s’efface pas.

Ses proches avaient, pourtant espéré que le plus dur était derrière elle. C’est vrai que certains signes ont pu laisser croire que la jeune femme s’en sortait peu à peu. Par exemple, quand, l’année dernière, elle a trouvé la force de réaliser son disque, «France», composé des chansons de Michel, on a espéré que ce travail jouerait le rôle d’un exorcisme. Aller chercher dans le répertoire de son mari ses plus belles chansons, et, comme un hommage merveilleux, les interpréter avec une sensibilité à fleur de peau … Oui, on a pensé qu’avec ce geste, France avait réussi à dominer son chagrin. C’est vrai aussi, qu’au fil de ses déclarations à la presse, on avait l’impression qu’elle retrouvait petit à petit son envie de vivre. En tout cas, elle semblait vraiment tout faire pour y parvenir, en battante qu’elle est: « Je suis sûre que je vais vivre une histoire ou des histoires d’amour. Je l’espère, je suis prête. Je ne vois pas pourquoi ma vie de femme devrait s’arrêter», confiait-elle l’année dernière au magazine Elle.

France a même cru que son cœur battait à nouveau pour quelqu’un. Elle l’a cru, elle y a fait discrètement allusion, mais c’était sans compter sur la force du souvenir … Un souvenir encore plus présent ces derniers jours que s’approche la date anniversaire de la mort de Michel.

C’est justement là, dans la grande maison de Pampelonne, « leur » maison, que France a voulu revenir cet été. Sans doute avait-elle pensé qu’enfin, elle pourrait s’y retrouver sans que les fantômes du passé ne resurgissent : « J’attends avec impatience le premier été où je m’y sentirai bien », avait-elle dit l’an dernier.

Mais le terrain de tennis est toujours là, à quelques mètres de la maison … Les meubles sont les mêmes, les petits objets d’art que France et Michel passaient leur temps à chiner dans les brocantes n’ont pas changé de place.

Alors soudain, en revenant à Saint-Tropez cet été, France s’est retrouvée toute seule face à son deuil. À cet instant, elle a su, elle a compris que rien n’avait changé … et ne changerait jamais ! Affreuse révélation que celle de la solitude irrémédiable !

Ces cinq années passées à se dire que le temps allait opérer son travail de guérisseur d’âme, réduites à néant. France est là, face à elle-même, face à la mort de celui dont la mémoire est toujours intacte … La première fois qu’elle l’avait entendu, il chantait « Attends-moi ». Lui, le 2 août 1992, ne l’avait pas attendue … Comme il y a un an, elle reste cloîtrée dans l’enceinte de la « Grande Baie », cette demeure où elle a partagé avec Michel ses plus belles vacances.

Seuls quelques intimes sont autorisés à lui rendre visite. Mais on ne la voit pas au marché de Saint-Tropez, encore moins dans les nouveaux lieux à la mode ou même sur le port. On pourrait croire que France a accroché à la porte de sa maison le panneau “Ne pas déranger” …

Dans chaque pièce, Michel est là, et le piano résonne d’un silence douloureux. Son ombre est sur ses yeux, dans son cœur, cette ombre qui fut sa lumière. Car Michel l’a non seulement aimée, admirée, protégée. Il l’avait aussi révélée à elle-même, comme femme et comme artiste.

Magazine : France Dimanche
Par Nathalie Bertaud
Crédits des photos : Jerrican / Cosmos
Date : 26 juillet au 1er aout 1997
Numéro : 2656

France Gall, la grâce, elle l’a !

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La grâce, elle l'a !
La grâce, elle l'a !
La grâce, elle l'a !

Tout pour la musique … France Gall en concert privé. Sensible, touchante, elle chante Michel Berger, Serge Gainsbourg et nous offre un duo émouvant avec Charles Aznavour.

Sous une pluie de lumières colorées, France Gall apparaît. Le public, rien que des fans, hurle sa joie. Sereine et tellement humaine, l’artiste entame son premier titre. Nature, d’une douce énergie, elle donne le meilleur d’elle-même, soutenue par Power Generation, le groupe de Prince qui, depuis quelques mois déjà, travaille avec elle.

« Sur cette scène, un ring de boxe en fait, je me sens à l’aise. Il faut être sur scène, comme on est dans la vie. C’est pour ça que j’ai envie de vivre calmement ce concert», confiait -elle quelques instants plus tôt. Et le résultat est étonnant de pureté et de chaleur. Les caméras du 1réalisateur Stéphane Rybojad racontent une histoire différente à chaque morceau.

Pour «Diego», elles dessinent ainsi un cercle autour d’elle. “La forme est très importante. J’ai parfois privilégié un regard, une réaction de France ou de quelqu’un du public. Je voulais faire de ce concert quelque chose de spontané.»

Intacte aussi, son émotion, quand Charles Aznavour vient interpréter « La mamma», « Un texte, dit France, que mon père, Robert Gall, a écrit à la mort de ma grand-mère. Personne ne voulait composer de musique dessus. Et il a eu raison, c’est aujourd’hui un classique.»

Un vrai bijou, offert à son public qu’elle délaissera quelque temps. “Je vais m’arrêter et réfléchir”, explique-t-elle.

On attend déjà son retour.

Le CD de l’enregistrement de ce concert nous permettra de patienter.

Magazine : Télé Poche
Pascal Hernandez
Date : 26 avril au 2 mai 1997
Numéro : 1628

France Gall en concert … sur un ring

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France Gall en concert ... sur un ring
France Gall en concert ... sur un ring

De grands succès avec de nouvelles orchestrations au menu. En prime, les fans pourront acheter le disque …

Avec « Concert privé », présenté par Olivia Adriaco, M6 avait inauguré, il y a quelques mois, un genre nouveau. Ce sont les Rita Mitsouko qui avaient accepté d’essuyer les plâtres, enregistrant en même temps que ce divertissement un album live.

France Gall leur succède avec le décor de son choix: un ring de boxe dans un entrepôt désaffecté. « Quatorze tubes, quatorze rounds pour nous mettre K.-O. », dit la bande-annonce. Programme alléchant, il va sans dire. Bien entendu, pour ce concert acoustique, elle est allée puiser dans le répertoire que lui avait composé Michel Berger. Mais ce soir vous entendrez “Tout pour la musique”, “Ella, elle l’a” ou bien encore “C’est bon que tu sois là” avec des arrangements tout à fait nouveaux et cela grâce au travail accompli avec ses musiciens américains, Mickael Bland, David Sancious, Sonny Thompson qui ont, par le passé, collaboré avec les plus grands comme Sting ou Stevie Wonder pour ne citer qu’eux. Et, en prime, deux inédits en forme d’hommage. Le premier est rendu à Serge Gainsbourg qui, entre autres, avait écrit pour elle « Les Sucettes à l’anis». Mais c’est « Attends ou va-t-en » qu’elle interprétera. Une chanson composée pour elle et qu’elle n’a jamais chantée. Quant à l’autre hommage, il est destiné à Charles Aznavour avec qui elle interprète en duo «La Mama», une chanson dont les paroles sont signées … Robert Gall, le propre père de France. De cette émission naîtra un disque. Un double CD sur lequel vous retrouverez non seulement l’intégralité de son « Concert privé» mais aussi le live de l’Olympia où elle s’est produite en novembre dernier.

Magazine : Télé Loisirs
Véronick Dokan
Date : 21 au 27 avril 1997
Numéro : inconnu

France Gall, condamnée à une double vie !

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Depuis son passage à l ’Olympia en janvier 96, France Gall n'a plus donné aucune nouvelle. Au point que ses fans s'inquiètent.
Depuis son passage à l ’Olympia en janvier 96, France Gall n'a plus donné aucune nouvelle. Au point que ses fans s'inquiètent.
Depuis son passage à l ’Olympia en janvier 96, France Gall n'a plus donné aucune nouvelle. Au point que ses fans s'inquiètent.

Depuis son passage à l ’Olympia en janvier 96, France Gall n’a plus donné aucune nouvelle. Au point que ses fans s’inquiètent.

Absente des plateaux de télévision, la chanteuse a également déserté tous les endroits qu’elle fréquentait avec ses amis : boîtes de nuit, restaurants, cinémas, théâtres … Elle a pour ainsi dire disparu du paysage médiatique. Dans ces cas-là, inutile d’aller chercher bien loin … La réponse se trouve simplement dans le cœur de France, qui se partage actuellement entre l’amour de son compagnon et celui qu’elle voue à ses deux enfants, Pauline et Raphaël …

Après la mort de Mi­chel Berger, France l’avait avoué, elle voulait refaire sa vie. Dans l’espoir surtout de retrouver l’amour que la mort lui avait cruellement arraché, cet après-midi du 2 août 1992. Un homme est alors entré dans sa vie et, peu à peu, elle a retrouvé la force de vivre et une confiance totale dans l’avenir. Hélas, depuis leur première rencontre, une dou­loureuse question la hante et l’empêche de vivre pleine­ment son bonheur : comment ses enfants vont-ils percevoir cette nouvelle situation ?

Tout le monde se souvient des regards vides el mouillés par les larmes de ces deux petits êtres qui assistaient à l’enterrement de leur papa. A l’époque, Raphaël et Pauline n’avaient que onze et treize ans.

Il aura fallu attendre des mois et des mois avant que la cicatrice se referme. Et bien qu’elle ait toujours douté de ses capacités à élever seule un enfant, France a su redou­bler d’attention envers eux.

Cet amour, mêlé aux nom­breuses marques d’affection, a créé entre eux, un lien in­destructible. Pendant long­temps, France a joué pour eux la carte de l’exclusivité. Pour leur équilibre, elle évi­tait de les mêler à ses pro­blèmes de cœur. Jusqu’au jour où elle est tombée sur l’être d’exception.

Cet homme, qui vit depuis trois ans dans l’ombre de la star, Pauline et Raphaël le connaissent bien. Même si, pour le moment. France s’ef­force encore de garder une certaine distance entre sa vie de famille et sa vie de couple. Car depuis la mort de son mari, elle a toujours gardé la même ligne de conduite : quoi qu’il puisse arriver, tant que ses enfants ne vole­ront pas de leurs propres ailes, elle ne leur imposera pas la présence d’un autre homme à la maison.

Bien sûr, maintenant qu’ils sont devenus grands – l’aînée a dix-sept ans et le plus jeu­ne, quinze -, France pourrait tenter l’expérience. Peut-être comprendraient-ils … « Les adolescents ont une originali­té, une· fraîcheur, une beauté qui doit s’épanouir sans contrariété, a-t-elle confié à France-Soir. Mes enfants ont vécu des épreuves, je ne veux pas en rajouter … » Voilà pourquoi elle doit aujour­d’hui se soumettre au choix douloureux d’une femme à la fois amoureuse et maman de deux orphelins.

Toutefois, sans trop cham­bouler leur existence, elle a trouvé un moyen astucieux d’avancer à petits pas dans son entreprise amoureuse. Pour ne pas perturber l’équi­libre familial, elle a, par exemple, demandé à son compagnon d’emménager dans un appartement près de chez elle. Une façon comme une autre d’officialiser leur relation sans pour autant la concrétiser … En revanche, pour ce qui est des vacances en famille, elle tient à préserver les habi­tudes du passé.

Depuis ce jour tragique où Michel s’est écroulé, victime d’un infarc­tus, la propriété de Ramatuel­le n’a accueilli personne d’autre que France et ses en­fants.

L’été dernier, donc. Le compagnon de notre « pou­pée de son » a dû s’éclipser durant deux mois. Un sacrifi­ce d’amour que France dédie avant tout à Michel Berger et ses enfants, en compagnie desquels la chanteuse a connu d’immenses joies.

Ainsi, en souvenir des jours heureux qui se sont écoulés sur la Côte d’Azur, France a décidé de profiter de ces instants magiques avec Pauline et Raphaël. Uniquement. Car si le temps efface les larmes, il ne balaie pas pour autant les traces du passé.

C’est une des raisons pour laquelle, aussi, France n’a jamais songé à se séparer de l’appartement dans lequel el­le a longtemps vécu avec Mi­chel. Bien que son esprit no­made l’appelle régulièrement à voyager sur d’autres terres, elle a toujours voulu garder cette « adresse-point de repè­re » pour Pauline et Raphaël, et, comme elle le dit : « Je ne veux pas perturber mes en­fants avec un déménage­ment.»

Aujourd’hui, à l’aube de ses cinquante ans – elle les fêtera le 9 octobre prochain – France Gall continue de veiller sur ses enfants comme une maman poule. Prête à tous les sacrifices pour pré­server les siens, elle recons­truit doucement sa vie. Une belle leçon de courage ! Comme elle le révèle à Télé Star : « Mes enfants sont les personnes les plus critiques, les plus sévères de mon en­tourage. Ils ont peur pour moi, alors ils ne me pardon­nent rien.”

Magazine : Ici Paris
Par Charlie Piou
Date : 26 mars au 1er avril 1997
Numéro : 2699

France Gall : Je m’épate moi-même !

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18 ans de bonheur avec Michel Berger, son mari, son complice, son pygmalion, qui lui a donné deux enfants, Pauline et Raphaël.
18 ans de bonheur avec Michel Berger, son mari, son complice, son pygmalion, qui lui a donné deux enfants, Pauline et Raphaël.
France Gall : Je m'épate moi-même !

Chevelure blonde sur un visage enfantin, à la limite de l’angélisme, silhouette menue : France Gall, à la fois si forte et si fragile, semble être restée l’adolescente qui chantait avec candeur, Annie aime les sucettes, la chanson coquine, remplie de doubles sens, composée par Serge Gainsbourg, et dont elle avoue qu’elle n’avait pas compris les paroles …

Pourtant, quel chemin parcouru depuis par la « groupie du pianiste ».

Dix-huit années de bonheur avec Michel Berger, son mari, son complice, son pygmalion, qui lui a donné deux enfants, Pauline et Raphaël. Puis, la tragédie : la disparition de Michel en 1992. Et le cancer du sein, un an plus tard.

« A sa mort, j’ai eu tellement mal qu’il me paraissait inévitable que quelque chose se casse à l’intérieur de moi. »

Effectivement, il n’est pas rare qu’après un traumatisme impensable, une personne développe, en réaction, une maladie grave : quand l’esprit ne peut trouver des solutions pour nous permettre de surmonter le choc, c’est le corps qui parle à notre place. France Gall analyse avec lucidité les causes du déclenchement de son cancer (à présent guéri). Sa psychothérapie, qui a duré un an, l’a aidée à élaborer, à symboliser, ces événements qui l’ont frappée de plein fouet. Mais, à la suivre, on saisit que ce qu’elle exprime est aussi le fruit d’un travail intérieur effectué sans divan, dans la solitude, dans l’intimité de son âme.

Cette femme ne cesse de se lancer des défis, des paris, qu’elle réussit et qui lui font dire : « Je m’épate moi-même. Et bien oui, c’est toujours étonnant quand on se découvre des possibilités inconnues … A vrai dire, ce que j’ai découvert, c’est que je pouvais faire des choses seule. Je n’avais jamais vécu seule de toute mon existence. » Jusqu’à la mort de Michel et l’apparition de la tumeur, «j’étais peut-être encore une petite fille ». Pourtant, elle refuse énergiquement de considérer la disparition de son compagnon comme un événement finalement « positif », pour son évolution personnelle. « La seule chose que je peux dire, c’est que cela m’a peut-être aidée à me trouver, à savoir qui je suis. Cela m’a donné une volonté de vivre que je ne m’explique d’ailleurs pas. » Lorsque la mort s’abat si près, on peut être tenté de se laisser ensevelir avec celui qui est parti. Mais, les pulsions de vie qu’abrite l’inconscient peuvent, à I’ in¬verse, nous réveiller d’une manière telle qu’elles nous forcent à résister, à dire non aux forces d’autodestruction. C’est, apparemment, ce qui s’est produit pour France Gall. D’autant plus que, trois ans avant de voir Michel s’en aller, elle avait déjà subi un deuil très cruel : le décès de son père. A ce moment-là, un déclic s’est opéré : elle a alors commencé à s’interroger sur l’après-vie, sur la spiritualité. « Je sais maintenant qu’il y a quelque chose au-delà de la mort. » Elle n’aime pas parler en public de ce cheminement intérieur, mais seulement avec des gens qui sont sincèrement concernés. Aujourd’hui, elle se demande même comment elle a pu rester si longtemps sans s’intéresser à tout cela. « L’âme, c’est tout de même plus important que le fameux “niveau de vie social” après lequel tout le monde court en s’agitant. »

Durant sa traversée de la souffrance, France Gall a refusé de s’anesthésier à coups d’anxiolytiques et d’antidépresseurs. Toutefois, en dépit de cette détermination, elle ne veut pas être qualifiée de « battante ». Sa position est plus éthique. « Ce qui m’importe, même dans la douleur, c’est la dignité. Je suis très choquée par tous ceux qui jouent sur l’émotion. Je ne suis pas du genre à tirer la larme aux gens. »

« L’adolescence et la quarantaine sont pour une femme deux périodes terribles. La première, je l’ai mal digérée. La seconde, j’ai sérieusement dégusté »

En fait, en perdant Michel Berger, elle aurait pu se perdre elle-même. Le couple était si fusionnel. Et cet homme représentait son principal point de repère. Avec lui, « j’étais nourrie par quelqu’un, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. J’étais la femme de Michel, l’amie idéale, la maîtresse de maison. Et moi, je me mettais de côté, je ne voulais pas me mettre en face de moi. » C’est dire à quel point le risque était grand qu’elle se laisse envahir par l’ombre du mort, son moi renonçant à lui-même, pour conserver pathologiquement le souvenir du disparu comme dans la psychose nommée par Freud, « mélancolie ». Cette maladie qui se caractérise par l’impossibilité d’élaborer un travail psychique, libérateur, pour surmonter le deuil, conduit l’individu à évoluer dans un univers irréel, entre la vie et la mort, le rêve et le cauchemar. Délire, hallucinations, culpabilité inestimable, du fait qu’on a été impuissant à empêcher l’autre de partir, la mélancolie est un mal dont on ne sort plus. Si France Gall a pu choisir la vie, c’est probablement que, depuis toujours, malgré son personnage d’ado dépendante, elle portait en elle, à son insu, suffisamment de potentialités d’auto affirmation qui, justement, se sont exprimées.

Sortie du tunnel, elle parle de « renaissance » : « Je ne suis plus du tout la même. Je suis davantage moi. Je suis plus heureuse parce que je comprends mieux le sens de la vie, parce que je me suis posé des questions auxquelles des livres m’ont, d’une certaine façon, répondu. Je m’aime bien, je trouve que je suis quelqu’un de bien. Je suis très riche et très forte des dix-huit années que j’ai passées avec Michel. » Elle ne prétend pas être héroïque, récuse l’image qu’on a voulu donner d’elle lors des années sombres : « Je n’aime pas qu’on me présente comme une femme dans le malheur. Je ne veux pas qu’on parle à ma place. » Avec Michel, d’entrée de jeu, l’histoire s’était nouée entre affectivité et musique. « Ses chansons, c’était tellement lui, que je ne pouvais pas faire au­trement que tomber amoureuse de lui. ».

Aucun nuage, pas une dispute, assure-t-elle, courtoisie et respect absolus. Pourtant, pour France Gall, l’entrée dans la quarantaine s’est accompagnée de pro­fondes remises en cause que Michel n’avait pas im­médiatement saisies : envie de chanter autre chose, de vivre différemment. « Je me suis rebellée. Mais, c’est bien, quelqu’un qui se rebelle. » Une révolte qui, toutefois, ne s’était pas inscrite sous le signe de la destruction, mais plutôt de la reconstruction. En effet, elle était allée se ressourcer au Sénégal, dans une maison sur une île presque déserte, accessible seulement en pirogue. Depuis, elle y retourne régu­lièrement. « Avec ce refuge au milieu de la mer, je me sens mieux. »

Les Africains l’ont adoptée immédiatement. Elle a pris en charge un petit Sénégalais, Babacar, dont le prénom est aussi le titre d’une de ses chansons.

Pour cette admiratrice de l ‘Abbé Pierre, le res­pect de l’humain n’est pas un vain mot, c’est une idée qu’elle met en acte. Elle s’est rendue au Cambodge, où elle a rencontré l’équipe de Mé­decins du Monde. Nan, une Cambodgienne qui s’occupait de ses enfants, n’avait pas revu ses propres parents depuis plus de vingt-cinq ans. « Nous avons pu les retrouver après des années de recherches, grâce à la Croix-Rouge et à un ami photographe. » Quand elle apprend qu’un SDF a été brûlé vif en pleine rue, elle est prise de nausées. « J’adore la vie et, en même temps, je la trouve épouvantable. Je suis bouleversée par la violence du monde. Quand on souffre de la souf­france des autres, on essaie de voir les choses de façon positive, ou bien on balance tout pour se vouer aux autres et on devient l ‘Abbé Pierre ou Mère Teresa. Ce n’est pas une chose que j’exclus, peut-être qu’un jour, je balancerai tout.» Une arrivée active au cœur de la qua­rantaine qui, pourtant, n’a pas éliminé les états d’âme : « Il y a deux périodes terribles dans la vie d’une femme : son ado­lescence et la quarantaine. Deux périodes de doutes, de peurs et d’angoisses. La première, je l’avais mal digérée sans m’en apercevoir. La seconde, je ne peux le cacher, j’ai sérieu­sement “dégusté” … Cela prend du temps. »

Pour France Gall, l’école s’est arrêtée à 15 ans. Trop tôt. Elle n’était pas prête pour la vie d’adulte. Selon elle, on l’a « faite femme » trop précocement, avant qu’elle ne le soit vraiment. Immédiatement, elle a connu un rythme de vie qui ne lui permettait pas de

respirer, elle ne décidait rien, elle était entièrement prise en charge. De quoi se trouver bloquée, inhibée, incapable d’exister par elle-même, de consolider sa propre subjectivité. Et puis, le grand malentendu : « On me traitait de perverse quand je chantais les chansons de Gainsbourg. » Quand elle ne rêvait que d’une adolescence normale … Aussi, longtemps, du haut de son nuage, elle s’est contentée de rêver d’une existence plus poétique, plus romantique et aussi plus « conforme » : un mari, des enfants. Cette situation aliénante l’a installée solidement dans une position de « femme enfant » qu’elle n’a jamais réel­lement quittée. Et dont, d’ailleurs, elle n’a absolu­ment pas honte. « Une femme enfant, c’est sérieux et pas sérieux. C’est un état naturel chez moi. Ce sont des envies de rires et de câlins. » Apprenant que Michel Berger l’avait épousée pour sa « force », elle a été effarée : elle ignorait posséder cette qualité …

En tout cas, quel contraste entre cette revendication d’un personnage de femme enfant et la mission qu’elle poursuit : maintenir vivante la mu­sique de Michel. « Quelques se­maines avant sa mort, il m’a légué à travers un testament, toute son œuvre. Je n’aurais jamais pu imaginer que cet hon­neur me reviendrait et, en même temps, c’est une grande tristesse. Quand on se retrouve seul, avec tout à assumer et avec un héritage aussi exception­nel, il faut trouver ses propres solutions, avec sa propre vision des choses. »

Pour l’heure, France Gall estime connaître une période faste, où les choses vraiment essentielles – ses enfants, sa vie, la musique – se portent à mer­veille. Violemment choqués par le décès de leur père, Pauline et Raphaël ont désormais retrouvé des préoccupations plus en harmonie avec leur âge. Sur­tout, elle est heureuse d’avoir su produire une conception nouvelle de l’univers musical de Michel – qui, précise-t-elle, n’est en rien une trahison. Concernant sa vie privée, elle sent un nouvel élan. « C’est important de savoir à nouveau qu’on est une femme dans le regard d’un homme. » Mais, pour l’instant, elle habite seule avec ses enfants. Elle tient à le dire car sa bonne mine et sa beauté retrouvée alimentent les rumeurs …

C’est vrai, actuellement, elle est particulièrement jolie et sereine, mais aussi depuis la disparition de Michel et son cancer du sein, elle a appris à vivre au jour le jour, à profiter de l’instant présent.

Elle se dit que dans sa traversée du malheur, elle a eu beaucoup de chance. La chance d’être entou­rée, aimée. « Tous ces gens, amis ou inconnus, qui ont pleuré et souffert avec moi m’ont beaucoup ap­portée. » Est-ce parce qu’elle est née sous le signe de la Balance que France Gall est si équilibrée ? En tout cas, elle en est sûre : après sa période sombre, c’est une période paradisiaque qui s’annonce.

Magazine : Psychologies
Par Isabelle Taubles
Date : Février 1997
Numéro : 150

Merci à Elisabeth.

France Gall en 1997

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Magique, mythique, les épithètes fleurissent au sujet de l’Olympia à mesure que s’écrivent en lettres rouges les noms d’artistes sur la façade du music-hall du boulevard des Capucines. Cet album live de France Gall est double à plus d’un titre.
Magique, mythique, les épithètes fleurissent au sujet de l’Olympia à mesure que s’écrivent en lettres rouges les noms d’artistes sur la façade du music-hall du boulevard des Capucines. Cet album live de France Gall est double à plus d’un titre.

« Tous les artistes le disent : c’est un endroit magique. »

Magique, mythique, les épithètes fleurissent au sujet de l’Olympia à mesure que s’écrivent en lettres rouges les noms d’artistes sur la façade du music-hall du boulevard des Capucines. Cet album live est double à plus d’un titre.

Deux CD pour deux concerts, enregistrés à quelques mois d’intervalle dans des conditions diamétralement opposées. Le premier est public, à l’Olympia le 15 novembre 1996, le second est privé et capté le 22 mars 1997 sur les plateaux de télévision de la Plaine Saint-Denis.

Note sur les crédits : Il arrive fréquemment que des œuvres soient diffusées sans que le nom de l’auteur soit mentionné. Ces pratiques sont illégales au sens de l’art. L.121-1 du CPI. Lorsque nous connaissons le nom de l’auteur de la photo, il est toujours mentionné. Si vous constatez une erreur, un manque, ou que vous souhaitez le retrait d’une photo dont vous êtes l’auteur : contactez-nous.

*Sources des textes : France Gall l’intégrale / L’histoire de tous ses disques par Norman Barreau-Gély aux Editions EPA avec les pochettes de France Gall Collection

France Gall : Avec le temps, la solitude me fait moins peur

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4 ans après la disparition de Michel Berger, le 2 août 1992, France Gall revit sur scène dans un tout nouveau récital.
4 ans après la disparition de Michel Berger, le 2 août 1992, France Gall revit sur scène dans un tout nouveau récital.
France Gall : Avec le temps, la solitude me fait moins peur

Pour France Gall, cette fin d’année est celle d’une vraie renaissance.

Quatre ans après la disparition de Michel Berger, le 2 août 1992, la chanteuse, après une première tournée en solo, revit sur scène dans un tout nouveau récital, entourée de musiciens américains comme le guitariste de Sting, le bassiste et le batteur de Prince, le clavier de Stevie Wonder.

Sur la lancée de son triomphe à l’Olympia, cette femme exceptionnelle, dont le visage resplendit à nouveau, fait vibrer un public aux anges. Entre deux concerts, France nous a reçus dans l’appartement où elle vivait avec Michel Berger. Pour mieux se confier et voir l’avenir avec ses deux enfants, Pauline (17 ans) et Raphaël (15 ans).

C’est la première fois, en ouvrant les portes de votre appartement, que vous acceptez de montrer aux gens où vous viviez depuis des années. Est-ce une démarche symbolique ?

– Il y a aussi eu une époque où je portais des lunettes noires pour ne pas croiser le regard des autres. Une maison, c’est le reflet très intime de soi-même. Il faut n’avoir que des bonnes nouvelles à annoncer pour avoir envie d’en ouvrir les portes à tous les regards.

C’est le cas ?

– Oui (sourire). Je suis dans une période faste. Tout me réussit dans trois domaines essentiels.

Lesquels ?

– Mes enfants, ma vie et la musique.

Dans cet ordre-là ?

- Absolument. Même si la musique a pris une place ahurissante à laquelle je ne m’attendais pas.

La confiance en soi, est-ce la lutte contre le malheur ou le renouveau du bonheur qui permet de l’acquérir ?

– C’est le face-à-face avec soi-même. Quand on se retrouve seule avec tout à assumer, mais avec un héritage aussi exceptionnel que celui laissé par Michel, il faut s’y mettre, trouver ses solutions, avoir sa propre vision des choses. Humainement comme artistiquement. Quelques semaines avant sa mort, Michel m’a légué, à travers un testament, toute son œuvre. Je n’aurais jamais pu imaginer que cet honneur me reviendrait et, en même temps, c’est d’une grande tristesse pour moi.

Que ferez-vous plus tard ? Le répertoire de Michel n’est pas inépuisable.

– Le trésor est immense. Et puis, j’ai envie d’écouter ceux qui me poussent à écrire moi-même. Je suis suffisamment lucide sur son travail pour faire cet essai sans me fourvoyer. L’idée que je puisse m’installer, un jour, toute seule, dans un endroit comme ma maison de Dakar et, pour ne pas m’y ennuyer, m’y mettre à écrire, est un rêve fou. De deux choses l’une. Ou c’est bon … non pas la blanquette mais mes écrits (rires) … et ça voit le jour. Ou c’est pas bon et je me mets à la peinture ! Non, je rigole, je resterai dans la musique, moi.

Cette maison du Sénégal, enfin finie, est-elle votre oasis de paix ou votre bain de jouvence ?

– La première fois que je suis allée à Dakar, je devais avoir 20 ans. Je me suis retrouvée dans un hôtel face à une petite île qui m’a fait rêver. Ensuite, j’y suis revenue souvent, notamment avec Michel et Daniel Balavoine. Ill y a eu des fêtes et des fous rires mémorables. Et, à chaque fois, je fantasmais sur cet îlot si proche et si lointain qu’on ne peut atteindre qu’en pirogue. Un jour, j’ai traversé et j’ai vu une pancarte « A vendre » sur une maison. C’était une ferme normande ! Je m’en fichais, car je savais que je changerais tout. C’était une folie, mais elle continue à tenir la route. Ça me fait plaisir et, en même temps, ça me fait rire d’avoir une maison à cet endroit. Ce n’est quand même pas ce qu’il y a de plus pratique ! (Rires.) En fait, cette maison me permet de respirer. Et puis, j’adore les gens de là-bas.

Ce peuple noir qui, écrivait Michel dans « Elle, elle l’a », « Se balance entre l’amour et le désespoir », quel « je ne sais quoi » lui trouvez-vous ?

– Une sorte de naïveté que j’aime. Une vraie gentillesse. Une profondeur. Ils n’ont pas que des qualités, évidemment. Par exemple, dès qu’ils sont au pouvoir, ils pètent les plombs. Je me demande s’il y a une grande prise de conscience des dirigeants. Cela dit, en France, il arrive qu’on chasse les femmes et les enfants d’une église !

Les enfants, venons-en à eux. Comment vont les vôtres ?

– Merveilleusement bien et, il y a peu de temps encore, c’était quasiment inespéré. Pauline et Raphaël m’émerveillent. Je crois pouvoir dire que nous avons une relation réellement exceptionnelle.

Vous travaillez beaucoup et vous avez de nombreux projets de départs lointains. Comment le vivent-ils ?

– Après la tournée française et les vacances de fin d’année, il est possible que je parte au Japon, au Brésil ou au Canada, afin d’y exporter la musique de Michel. En fait, avec les enfants, nous nous préparons psychologiquement à ces séparations. Nous alternons les absences avec de longues périodes de vie quasi fusionnelle. Cet été, par exemple, on a passé deux mois à Ramatuelle en osmose totale. Je suis même partie passer une semaine à Venise avec Pauline.

Il parait qu’elle a beaucoup de dons en dessin et que Raphaël passe son temps à chanter.

– C’est vrai. Mais Raphaël est comme moi, dur avec lui-même. Il faisait aussi beaucoup de piano et il vient de renoncer à tout cela pour ne pas souffrir de la comparaison avec son père.

Comment se sont déroulées ces vacances ramatuelloises ?

– Calmement. Familiales et amicales. Un peu de bateau. Un nouveau chien, une pelletée de feux d’artifice et le grand calme pour penser et préparer mon spectacle. Je ne suis pas quelqu’un qui s’agite.

Même revenue à Paris ?

– Oui, oui. Après m’être bien étourdie et avoir fait la fofolle quelque temps, je n’ai plus du tout envie de sortir. Finie la danse jusqu’à cinq heures du matin. Je ne vais plus au théâtre, ni au ciné, ni même au restaurant. Je suis hyper-heureuse de rentrer chez moi avec mes enfants et leurs copains, avec mes objets et la musique. Et puis, comme vous l’avez dit, je travaille énormément.

Après la mort de Michel, vous avez beaucoup modifié le cadre de votre appartement ?

– Je ne l’ai pas plus modifié que d’habitude. J’ai toujours tout changé tous les six mois. Un décor, il faut que ça bouge. En ce moment, j’ai tendance à beaucoup vider, mais je reste fidèle aux objets qui comptent. On en a acheté pas mal avec Michel. Ils sont chargés de souvenirs mais, avant tout, ils sont beaux. Et puis, je suis en pleine période d’accrochage ! Dans ma chambre, par exemple, j’ai accroché trente-six photos d’indiens, signées Curtis. De véritables merveilles. Mes amis se demandent comment je fais pour dormir avec ces vieilles têtes toutes ridées. Eux, ça leur fait peur. Moi, ça me calme. De toute façon, cet appartement a une si forte personnalité qu’elle survit à tous mes délires. (Rires.)

Quelques délires de ménagère, aussi ?

– Quand j’ai le temps, je prends un plaisir sensuel à cuisiner. Et puis, ça fait plaisir à mes enfants. A part ça, ma mère m’a appris à savoir tenir une maison. Et mon signe (Balance) fait le reste. Qu’est-ce que j’aime être chez moi !

Il y a quelques mois, nous confiant que vous n’auriez pas envie de cacher votre bonheur, à la question « êtes-vous amoureuse ? », vous aviez répondu que seul le temps donnerait son verdict…

– C’est vrai, mais notre histoire n’a qu’un an et je ne suis pas encore en veine de confidences. Un an, c’est un peu court pour énoncer des certitudes ! Et quoi qu’il en soit, mon actualité, mon urgence, c’est mon spectacle. C’est pour cela qu’on se voit et qu’on se parle.

Faire concilier sa « vie », comme vous dites, avec un amour passionné pour son métier, c’est possible?

– Plus ça va, plus je pense qu’un homme dans ma vie ne peut pas être quelqu’un d’étranger au métier. J’ai eu une petite histoire avec un type qui n’avait rien à voir avec la musique. Je savais qu’à la longue, ça ne pouvait pas durer. Très vite, on ne sait plus de quoi parler !

On peut s’aimer en silence !

– Pas moi (rires.)

Par amour, ne pourriez-vous pas renoncer à la musique ?

– Non … je ne crois pas qu’un mec pourrait me faire quitter ce métier. Et puis, comment m’enticher de quelqu’un qui se soucierait aussi peu de mes désirs, de mes passions ? De toute façon … je ne cherche personne (sourire).

Faites-vous des projets d’avenir ?

– Tirer des plans sur la comète n’est pas mon truc. Je n’ai d’ailleurs pas envie de savoir ce qui se passera dans un an ou plus. Cela ne m’empêche pas d’être optimiste et d’aspirer à tous les bonheurs. Je sens d’ailleurs mes angoisses s’envoler une à une. Le temps qui passe, la solitude me font moins peur. J’ai de plus en plus soif de vie, de connaissance, de rire. Mais ça, cela va quand même être vraiment difficile, car j’ai le sentiment d’avoir perdu mon vrai rire. Cela m’embête beaucoup ! Autour de moi, en tout cas, on me trouve sereine.

Cela se lit sur vos sourires. Cela s’entend aussi quand vous chantez …

– En peu de temps, j’ai quand même vécu pas mal de choses. Cela s’entend forcément. Ma voix est à la fois plus sereine et plus grave. D’autant que Michel me faisait chanter dans une tonalité plus haute et que, finalement, je ne m’aime pas dans les aigus.

Le public, comment avez-vous vécu son regard au fil des épreuves que vous avez traversées?

– J’ai souvent dit qu’après la disparition de Michel, il m’avait formidablement aidée. On va finir par trouver ça démago. Pourtant, c’est vrai !

Que vous inspire cette phrase de Michel : « On garde cette blessure qui ne change rien, qui change tout » ?

– J’ai juste envie de répondre par le titre de la chanson dont elle est extraite : « évidemment » !

Dans « Résiste », il écrivait aussi : « Prouve que tu existes, cherche ton bonheur partout » …

– Il a aussi écrit « Bats-toi ». Cela fait partie des petits conseils qu’il prodiguait à travers ses chansons.

Magazine : Ciné Télé Revue
Entretien : Alain Houstraete-Morel
Date : 21 Novembre 1996
Numéro : 47

France Gall : “Je commence ma deuxième vie !”

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Je commence ma deuxième vie
Je commence ma deuxième vie
Je commence ma deuxième vie

France Gall vous regarde un peu insolemment, du haut de ses trois pommes, ajuste les bretelles de sa salopette, et balance son joli sourire gamin.

Le grand salon, qu’elle a décoré jusqu’au dernier bibelot, bavarde avant elle. Légèreté d’un oiseau blanc qui plane, simplicité rythmée des grosses toiles africaines, audace des chaises vertes, générosité des palmiers drus et larges.

Un paysage coloré, qui parle d’une femme vivante, ouverte, énergique, contradictoire. Après avoir enregistré un album consacré à Michel Berger, disparu il y a quatre ans, France Gall attaque un nouveau spectacle. Et l’Olympia pour la première fois. Un moment essentiel de sa vie, dit-elle.

TÉLÉSTAR: Vous habitez un appartement plein de fantaisie dans un quartier bourgeois. Qu’y a-t-il de vous dans ce contraste?

FRANCE GALL: Bourgeois, vraiment? Central, je dirais. C’était en tout cas notre centre à nous. Là où vit toute la famille de Michel. J’ai aimé l’endroit à cause des trois niveaux. Quand on a toujours vécu dans des maisons, comme moi, on ne supporte pas les appartements. Et j’ai tout décoré. Toute seule. Si un jour je ne chantais plus, je me lancerais là-dedans. J’ai un faible pour les tissus. Les grosses trames africaines peintes à la main avec un bout de bois trempé dans la peinture.J’aime les matières brutes, les cou¬leurs franches. Je déteste le conventionnel.

Quand vous vous dites “terrienne”, à quoi pensez-vous?

A mon enfance. A la propriété familiale que nous avions dans l’Yonne, aux vacances passées entre l’odeur des vaches, les gros bols début de siècle et le bruit des volets de bois. Je ne connais pas de plus beau son que le chant d’un oiseau, perdu dans le silence d’un champ ou d’une forêt. Si j’avais pu choisir ma vie, je me serais occupée d’un domaine, j’aurais eu des vignes, un vin à moi, une terre à défendre. Et j’aurais été propriétaire, hein, pas intendante! Pour diriger mon petit monde. Je sais bien que je suis autoritaire, mon père m’appelait déjà le «petit caporal» quand j’étais gamine.

Où sont vos racines?

Nulle part, et partout où j’habite. J’ai perdu mes repères. Avant, je croyais que quand on était sur terre, on était la même personne jusqu’à la fin de ses jours. Et surtout qu’on n’avait qu’une vie. Complètement faux. Moi, en tout cas, je commence déjà la deuxième. Tout change. Et ce n’est pas seulement à cause de la mort de Michel. Quand je l’ai rencontré, à 25 ans, je n’avais .., pas vraiment quitté ma famille. C’est lui qui m’a ouverte sur le monde, qui a provoqué le premier départ important. Et puis il y a eu la maison de N’Gor. Je voulais absolument avoir quelque chose sur le continent africain. Je me suis rendu compte qu’arriver à Dakar, ça me faisait autant d’effet qu’arriver autrefois en Bourgogne. Je ne me dis pas : «C’est ma terre», mais je sens que ça me parle, que ça me calme.

Que vous raconte l’Afrique de si apaisant?

Je ne suis pas comme on me voit. Je suis blonde, je suis Blanche, mais je me sens Noire à l’intérieur. La musique que je préfère, c’est le rythm and blues. Et sur une scène, je ne bouge pas comme tout le monde. Mon corps joue avec chaque instrument, il obéit tout entier à la musique. Pourquoi ai-je choisi, croyez-vous, quatre musiciens blacks américains incroyables (qui ont travaillé avec Prince, avec Stevie Wonder) pour m’accompagner sur scène ?

Étiez-vous satisfaite de « France », votre dernier album ?

Je ne l’étais qu’à 85 % de ce que je vou­lais obtenir. Pour le spectacle, j’atteins les 100 %. Ce concert ne ressemble à rien d’autre. C’est dingue de dire ça, mais j’ai l’impres­sion de chanter pour la première fois.

Avez-vous déjà eu le pressentiment de cette évolution ?

Pas du tout. J’étais très contente de ce que m’écrivait Michel. Après sa mort, quand j’ai choisi de continuer à chanter, je ne savais pas quel était mon moteur. Je ne me savais même pas capable d’avoir une idée personnelle. Quand on vit au côté d’un homme aussi brillant, aussi généreux, aussi doué, aussi drôle (incroyablement drôle !), on ne peut que lui tirer sa révérence. C’est ce que j’ai fait, heureuse, consentante. En igno­rant complètement mes qualités de créa­trice. Maintenant, je sais que la meilleure des chansons ne peut pas marcher sans quelqu’un de solide derrière.

Dans une telle vague de changement, pourquoi ne chanter que du Berger ?

Je suis encore dans sa musique. C’est encore celle que j’aime le plus. Je me pose des tas de questions, mais mon premier pro­blème, c’est que je n’aime pas être dans la lumière. Faire de la scène à nouveau, ça veut dire aussi vivre une nouvelle

Cela mis à part, vous semblez aller mieux …

Quatre ans, c’était le temps qui devait s’écouler. Pour moi, en tout cas. li n’y a pas de règle quand on parle de deuil. J’ai perdu beaucoup de personnes que j’aimais ces dernières années. Mais la disparition d’une amie, fût-ce la meilleure, ne peut pas désta­biliser comme la perte d’un mari. Et mon mari était tout. Ma moitié, le père de mes enfants, mon producteur, mon auteur-com­positeur. Il y avait de quoi perdre l’équilibre. Un comble pour une Balance !

Comment gérez-vous cette absence face à Pauline, 18 ans, et Raphaël, 15 ans ?

Éduquer, je ne sais pas trop comment il faut s’y prendre. Alors éduquer toute seule … Je n’ai pas envie de les perturber par un déménagement, par exemple. Quand je les ai emmenés à Los Angeles, je pensais que c’était bien pour eux. Que c’était un endroit où ils pouvaient apprendre, évoluer, avancer … Mais je ne les ferais pas venir au fin fond de l’Afrique sous prétexte que moi, j’ai envie de désert. Je fais très attention. Je prends des conseils. J’écoute mon intuition. Je les écoute surtout. Et je les trouve drôle­ment bien dans leur tête. J’aimerais tant en faire des adultes heureux. Les aider à ne pas se tromper sur leurs envies. A ne pas passer à côté de leurs rêves.

S’ils vous regardent agir, ils compren­dront …

Oh là là! Ce sont les personnes les plus critiques, les plus sévères de mon entou­rage. Ils ont peur pour moi, alors ils ne me pardonnent rien. A la longue, c’est un peu fatigant, mais je sais qu’ils font ça par amour. Ça m’aide à avancer.

Sont-ils prêts à vous voir au côté d’un autre homme ?

Jusqu’à présent, je sentais que ce n’était pas possible. Mais maintenant ils ont grandi, ils comprendraient que j’aie à nou­veau une vie de femme. Un nouvel homme dans un foyer, c’est formidable. C’est de l’amour supplémentaire. Moi aussi, je me sens prête à vivre ça. Seulement ma vie est ainsi faite qu’il n’y a pas assez de place pour quelqu’un d’autre. Pas encore.

Magazine : Télé Star
Propos recueillis par Françoise Mobihan
Date : 16 au 22 novembre 1996
Numéro : 1050