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France Gall : Je m’épate moi-même !

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18 ans de bonheur avec Michel Berger, son mari, son complice, son pygmalion, qui lui a donné deux enfants, Pauline et Raphaël.
18 ans de bonheur avec Michel Berger, son mari, son complice, son pygmalion, qui lui a donné deux enfants, Pauline et Raphaël.

Chevelure blonde sur un visage enfantin, à la limite de l’angélisme, silhouette menue : France Gall, à la fois si forte et si fragile, semble être restée l’adolescente qui chantait avec candeur, Annie aime les sucettes, la chanson coquine, remplie de doubles sens, composée par Serge Gainsbourg, et dont elle avoue qu’elle n’avait pas compris les paroles …

Pourtant, quel chemin parcouru depuis par la « groupie du pianiste ».

Dix-huit années de bonheur avec Michel Berger, son mari, son complice, son pygmalion, qui lui a donné deux enfants, Pauline et Raphaël. Puis, la tragédie : la disparition de Michel en 1992. Et le cancer du sein, un an plus tard.

« A sa mort, j’ai eu tellement mal qu’il me paraissait inévitable que quelque chose se casse à l’intérieur de moi. »

Effectivement, il n’est pas rare qu’après un traumatisme impensable, une personne développe, en réaction, une maladie grave : quand l’esprit ne peut trouver des solutions pour nous permettre de surmonter le choc, c’est le corps qui parle à notre place. France Gall analyse avec lucidité les causes du déclenchement de son cancer (à présent guéri). Sa psychothérapie, qui a duré un an, l’a aidée à élaborer, à symboliser, ces événements qui l’ont frappée de plein fouet. Mais, à la suivre, on saisit que ce qu’elle exprime est aussi le fruit d’un travail intérieur effectué sans divan, dans la solitude, dans l’intimité de son âme.

Cette femme ne cesse de se lancer des défis, des paris, qu’elle réussit et qui lui font dire : « Je m’épate moi-même. Et bien oui, c’est toujours étonnant quand on se découvre des possibilités inconnues … A vrai dire, ce que j’ai découvert, c’est que je pouvais faire des choses seule. Je n’avais jamais vécu seule de toute mon existence. » Jusqu’à la mort de Michel et l’apparition de la tumeur, «j’étais peut-être encore une petite fille ». Pourtant, elle refuse énergiquement de considérer la disparition de son compagnon comme un événement finalement « positif », pour son évolution personnelle. « La seule chose que je peux dire, c’est que cela m’a peut-être aidée à me trouver, à savoir qui je suis. Cela m’a donné une volonté de vivre que je ne m’explique d’ailleurs pas. » Lorsque la mort s’abat si près, on peut être tenté de se laisser ensevelir avec celui qui est parti. Mais, les pulsions de vie qu’abrite l’inconscient peuvent, à I’ in¬verse, nous réveiller d’une manière telle qu’elles nous forcent à résister, à dire non aux forces d’autodestruction. C’est, apparemment, ce qui s’est produit pour France Gall. D’autant plus que, trois ans avant de voir Michel s’en aller, elle avait déjà subi un deuil très cruel : le décès de son père. A ce moment-là, un déclic s’est opéré : elle a alors commencé à s’interroger sur l’après-vie, sur la spiritualité. « Je sais maintenant qu’il y a quelque chose au-delà de la mort. » Elle n’aime pas parler en public de ce cheminement intérieur, mais seulement avec des gens qui sont sincèrement concernés. Aujourd’hui, elle se demande même comment elle a pu rester si longtemps sans s’intéresser à tout cela. « L’âme, c’est tout de même plus important que le fameux “niveau de vie social” après lequel tout le monde court en s’agitant. »

Durant sa traversée de la souffrance, France Gall a refusé de s’anesthésier à coups d’anxiolytiques et d’antidépresseurs. Toutefois, en dépit de cette détermination, elle ne veut pas être qualifiée de « battante ». Sa position est plus éthique. « Ce qui m’importe, même dans la douleur, c’est la dignité. Je suis très choquée par tous ceux qui jouent sur l’émotion. Je ne suis pas du genre à tirer la larme aux gens. »

« L’adolescence et la quarantaine sont pour une femme deux périodes terribles. La première, je l’ai mal digérée. La seconde, j’ai sérieusement dégusté »

En fait, en perdant Michel Berger, elle aurait pu se perdre elle-même. Le couple était si fusionnel. Et cet homme représentait son principal point de repère. Avec lui, « j’étais nourrie par quelqu’un, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. J’étais la femme de Michel, l’amie idéale, la maîtresse de maison. Et moi, je me mettais de côté, je ne voulais pas me mettre en face de moi. » C’est dire à quel point le risque était grand qu’elle se laisse envahir par l’ombre du mort, son moi renonçant à lui-même, pour conserver pathologiquement le souvenir du disparu comme dans la psychose nommée par Freud, « mélancolie ». Cette maladie qui se caractérise par l’impossibilité d’élaborer un travail psychique, libérateur, pour surmonter le deuil, conduit l’individu à évoluer dans un univers irréel, entre la vie et la mort, le rêve et le cauchemar. Délire, hallucinations, culpabilité inestimable, du fait qu’on a été impuissant à empêcher l’autre de partir, la mélancolie est un mal dont on ne sort plus. Si France Gall a pu choisir la vie, c’est probablement que, depuis toujours, malgré son personnage d’ado dépendante, elle portait en elle, à son insu, suffisamment de potentialités d’auto affirmation qui, justement, se sont exprimées.

Sortie du tunnel, elle parle de « renaissance » : « Je ne suis plus du tout la même. Je suis davantage moi. Je suis plus heureuse parce que je comprends mieux le sens de la vie, parce que je me suis posé des questions auxquelles des livres m’ont, d’une certaine façon, répondu. Je m’aime bien, je trouve que je suis quelqu’un de bien. Je suis très riche et très forte des dix-huit années que j’ai passées avec Michel. » Elle ne prétend pas être héroïque, récuse l’image qu’on a voulu donner d’elle lors des années sombres : « Je n’aime pas qu’on me présente comme une femme dans le malheur. Je ne veux pas qu’on parle à ma place. » Avec Michel, d’entrée de jeu, l’histoire s’était nouée entre affectivité et musique. « Ses chansons, c’était tellement lui, que je ne pouvais pas faire au­trement que tomber amoureuse de lui. ».

Aucun nuage, pas une dispute, assure-t-elle, courtoisie et respect absolus. Pourtant, pour France Gall, l’entrée dans la quarantaine s’est accompagnée de pro­fondes remises en cause que Michel n’avait pas im­médiatement saisies : envie de chanter autre chose, de vivre différemment. « Je me suis rebellée. Mais, c’est bien, quelqu’un qui se rebelle. » Une révolte qui, toutefois, ne s’était pas inscrite sous le signe de la destruction, mais plutôt de la reconstruction. En effet, elle était allée se ressourcer au Sénégal, dans une maison sur une île presque déserte, accessible seulement en pirogue. Depuis, elle y retourne régu­lièrement. « Avec ce refuge au milieu de la mer, je me sens mieux. »

Les Africains l’ont adoptée immédiatement. Elle a pris en charge un petit Sénégalais, Babacar, dont le prénom est aussi le titre d’une de ses chansons.

Pour cette admiratrice de l ‘Abbé Pierre, le res­pect de l’humain n’est pas un vain mot, c’est une idée qu’elle met en acte. Elle s’est rendue au Cambodge, où elle a rencontré l’équipe de Mé­decins du Monde. Nan, une Cambodgienne qui s’occupait de ses enfants, n’avait pas revu ses propres parents depuis plus de vingt-cinq ans. « Nous avons pu les retrouver après des années de recherches, grâce à la Croix-Rouge et à un ami photographe. » Quand elle apprend qu’un SDF a été brûlé vif en pleine rue, elle est prise de nausées. « J’adore la vie et, en même temps, je la trouve épouvantable. Je suis bouleversée par la violence du monde. Quand on souffre de la souf­france des autres, on essaie de voir les choses de façon positive, ou bien on balance tout pour se vouer aux autres et on devient l ‘Abbé Pierre ou Mère Teresa. Ce n’est pas une chose que j’exclus, peut-être qu’un jour, je balancerai tout.» Une arrivée active au cœur de la qua­rantaine qui, pourtant, n’a pas éliminé les états d’âme : « Il y a deux périodes terribles dans la vie d’une femme : son ado­lescence et la quarantaine. Deux périodes de doutes, de peurs et d’angoisses. La première, je l’avais mal digérée sans m’en apercevoir. La seconde, je ne peux le cacher, j’ai sérieu­sement “dégusté” … Cela prend du temps. »

Pour France Gall, l’école s’est arrêtée à 15 ans. Trop tôt. Elle n’était pas prête pour la vie d’adulte. Selon elle, on l’a « faite femme » trop précocement, avant qu’elle ne le soit vraiment. Immédiatement, elle a connu un rythme de vie qui ne lui permettait pas de

respirer, elle ne décidait rien, elle était entièrement prise en charge. De quoi se trouver bloquée, inhibée, incapable d’exister par elle-même, de consolider sa propre subjectivité. Et puis, le grand malentendu : « On me traitait de perverse quand je chantais les chansons de Gainsbourg. » Quand elle ne rêvait que d’une adolescence normale … Aussi, longtemps, du haut de son nuage, elle s’est contentée de rêver d’une existence plus poétique, plus romantique et aussi plus « conforme » : un mari, des enfants. Cette situation aliénante l’a installée solidement dans une position de « femme enfant » qu’elle n’a jamais réel­lement quittée. Et dont, d’ailleurs, elle n’a absolu­ment pas honte. « Une femme enfant, c’est sérieux et pas sérieux. C’est un état naturel chez moi. Ce sont des envies de rires et de câlins. » Apprenant que Michel Berger l’avait épousée pour sa « force », elle a été effarée : elle ignorait posséder cette qualité …

En tout cas, quel contraste entre cette revendication d’un personnage de femme enfant et la mission qu’elle poursuit : maintenir vivante la mu­sique de Michel. « Quelques se­maines avant sa mort, il m’a légué à travers un testament, toute son œuvre. Je n’aurais jamais pu imaginer que cet hon­neur me reviendrait et, en même temps, c’est une grande tristesse. Quand on se retrouve seul, avec tout à assumer et avec un héritage aussi exception­nel, il faut trouver ses propres solutions, avec sa propre vision des choses. »

Pour l’heure, France Gall estime connaître une période faste, où les choses vraiment essentielles – ses enfants, sa vie, la musique – se portent à mer­veille. Violemment choqués par le décès de leur père, Pauline et Raphaël ont désormais retrouvé des préoccupations plus en harmonie avec leur âge. Sur­tout, elle est heureuse d’avoir su produire une conception nouvelle de l’univers musical de Michel – qui, précise-t-elle, n’est en rien une trahison. Concernant sa vie privée, elle sent un nouvel élan. « C’est important de savoir à nouveau qu’on est une femme dans le regard d’un homme. » Mais, pour l’instant, elle habite seule avec ses enfants. Elle tient à le dire car sa bonne mine et sa beauté retrouvée alimentent les rumeurs …

C’est vrai, actuellement, elle est particulièrement jolie et sereine, mais aussi depuis la disparition de Michel et son cancer du sein, elle a appris à vivre au jour le jour, à profiter de l’instant présent.

Elle se dit que dans sa traversée du malheur, elle a eu beaucoup de chance. La chance d’être entou­rée, aimée. « Tous ces gens, amis ou inconnus, qui ont pleuré et souffert avec moi m’ont beaucoup ap­portée. » Est-ce parce qu’elle est née sous le signe de la Balance que France Gall est si équilibrée ? En tout cas, elle en est sûre : après sa période sombre, c’est une période paradisiaque qui s’annonce.

Magazine : Psychologies
Par Isabelle Taubles
Date : Février 1997
Numéro : 150

Merci à Elisabeth.

France Gall en 1997

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Magique, mythique, les épithètes fleurissent au sujet de l’Olympia à mesure que s’écrivent en lettres rouges les noms d’artistes sur la façade du music-hall du boulevard des Capucines. Cet album live de France Gall est double à plus d’un titre.
Magique, mythique, les épithètes fleurissent au sujet de l’Olympia à mesure que s’écrivent en lettres rouges les noms d’artistes sur la façade du music-hall du boulevard des Capucines. Cet album live de France Gall est double à plus d’un titre.

« Tous les artistes le disent : c’est un endroit magique. »

Magique, mythique, les épithètes fleurissent au sujet de l’Olympia à mesure que s’écrivent en lettres rouges les noms d’artistes sur la façade du music-hall du boulevard des Capucines. Cet album live est double à plus d’un titre.

Deux CD pour deux concerts, enregistrés à quelques mois d’intervalle dans des conditions diamétralement opposées. Le premier est public, à l’Olympia le 15 novembre 1996, le second est privé et capté le 22 mars 1997 sur les plateaux de télévision de la Plaine Saint-Denis.

Note sur les crédits : Il arrive fréquemment que des œuvres soient diffusées sans que le nom de l’auteur soit mentionné. Ces pratiques sont illégales au sens de l’art. L.121-1 du CPI. Lorsque nous connaissons le nom de l’auteur de la photo, il est toujours mentionné. Si vous constatez une erreur, un manque, ou que vous souhaitez le retrait d’une photo dont vous êtes l’auteur : contactez-nous.

*Sources des textes : France Gall l’intégrale / L’histoire de tous ses disques par Norman Barreau-Gély aux Editions EPA avec les pochettes de France Gall Collection

France Gall : Avec le temps, la solitude me fait moins peur

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4 ans après la disparition de Michel Berger, le 2 août 1992, France Gall revit sur scène dans un tout nouveau récital.
4 ans après la disparition de Michel Berger, le 2 août 1992, France Gall revit sur scène dans un tout nouveau récital.

Pour France Gall, cette fin d’année est celle d’une vraie renaissance.

Quatre ans après la disparition de Michel Berger, le 2 août 1992, la chanteuse, après une première tournée en solo, revit sur scène dans un tout nouveau récital, entourée de musiciens américains comme le guitariste de Sting, le bassiste et le batteur de Prince, le clavier de Stevie Wonder.

Sur la lancée de son triomphe à l’Olympia, cette femme exceptionnelle, dont le visage resplendit à nouveau, fait vibrer un public aux anges. Entre deux concerts, France nous a reçus dans l’appartement où elle vivait avec Michel Berger. Pour mieux se confier et voir l’avenir avec ses deux enfants, Pauline (17 ans) et Raphaël (15 ans).

C’est la première fois, en ouvrant les portes de votre appartement, que vous acceptez de montrer aux gens où vous viviez depuis des années. Est-ce une démarche symbolique ?

– Il y a aussi eu une époque où je portais des lunettes noires pour ne pas croiser le regard des autres. Une maison, c’est le reflet très intime de soi-même. Il faut n’avoir que des bonnes nouvelles à annoncer pour avoir envie d’en ouvrir les portes à tous les regards.

C’est le cas ?

– Oui (sourire). Je suis dans une période faste. Tout me réussit dans trois domaines essentiels.

Lesquels ?

– Mes enfants, ma vie et la musique.

Dans cet ordre-là ?

- Absolument. Même si la musique a pris une place ahurissante à laquelle je ne m’attendais pas.

La confiance en soi, est-ce la lutte contre le malheur ou le renouveau du bonheur qui permet de l’acquérir ?

– C’est le face-à-face avec soi-même. Quand on se retrouve seule avec tout à assumer, mais avec un héritage aussi exceptionnel que celui laissé par Michel, il faut s’y mettre, trouver ses solutions, avoir sa propre vision des choses. Humainement comme artistiquement. Quelques semaines avant sa mort, Michel m’a légué, à travers un testament, toute son œuvre. Je n’aurais jamais pu imaginer que cet honneur me reviendrait et, en même temps, c’est d’une grande tristesse pour moi.

Que ferez-vous plus tard ? Le répertoire de Michel n’est pas inépuisable.

– Le trésor est immense. Et puis, j’ai envie d’écouter ceux qui me poussent à écrire moi-même. Je suis suffisamment lucide sur son travail pour faire cet essai sans me fourvoyer. L’idée que je puisse m’installer, un jour, toute seule, dans un endroit comme ma maison de Dakar et, pour ne pas m’y ennuyer, m’y mettre à écrire, est un rêve fou. De deux choses l’une. Ou c’est bon … non pas la blanquette mais mes écrits (rires) … et ça voit le jour. Ou c’est pas bon et je me mets à la peinture ! Non, je rigole, je resterai dans la musique, moi.

Cette maison du Sénégal, enfin finie, est-elle votre oasis de paix ou votre bain de jouvence ?

– La première fois que je suis allée à Dakar, je devais avoir 20 ans. Je me suis retrouvée dans un hôtel face à une petite île qui m’a fait rêver. Ensuite, j’y suis revenue souvent, notamment avec Michel et Daniel Balavoine. Ill y a eu des fêtes et des fous rires mémorables. Et, à chaque fois, je fantasmais sur cet îlot si proche et si lointain qu’on ne peut atteindre qu’en pirogue. Un jour, j’ai traversé et j’ai vu une pancarte « A vendre » sur une maison. C’était une ferme normande ! Je m’en fichais, car je savais que je changerais tout. C’était une folie, mais elle continue à tenir la route. Ça me fait plaisir et, en même temps, ça me fait rire d’avoir une maison à cet endroit. Ce n’est quand même pas ce qu’il y a de plus pratique ! (Rires.) En fait, cette maison me permet de respirer. Et puis, j’adore les gens de là-bas.

Ce peuple noir qui, écrivait Michel dans « Elle, elle l’a », « Se balance entre l’amour et le désespoir », quel « je ne sais quoi » lui trouvez-vous ?

– Une sorte de naïveté que j’aime. Une vraie gentillesse. Une profondeur. Ils n’ont pas que des qualités, évidemment. Par exemple, dès qu’ils sont au pouvoir, ils pètent les plombs. Je me demande s’il y a une grande prise de conscience des dirigeants. Cela dit, en France, il arrive qu’on chasse les femmes et les enfants d’une église !

Les enfants, venons-en à eux. Comment vont les vôtres ?

– Merveilleusement bien et, il y a peu de temps encore, c’était quasiment inespéré. Pauline et Raphaël m’émerveillent. Je crois pouvoir dire que nous avons une relation réellement exceptionnelle.

Vous travaillez beaucoup et vous avez de nombreux projets de départs lointains. Comment le vivent-ils ?

– Après la tournée française et les vacances de fin d’année, il est possible que je parte au Japon, au Brésil ou au Canada, afin d’y exporter la musique de Michel. En fait, avec les enfants, nous nous préparons psychologiquement à ces séparations. Nous alternons les absences avec de longues périodes de vie quasi fusionnelle. Cet été, par exemple, on a passé deux mois à Ramatuelle en osmose totale. Je suis même partie passer une semaine à Venise avec Pauline.

Il parait qu’elle a beaucoup de dons en dessin et que Raphaël passe son temps à chanter.

– C’est vrai. Mais Raphaël est comme moi, dur avec lui-même. Il faisait aussi beaucoup de piano et il vient de renoncer à tout cela pour ne pas souffrir de la comparaison avec son père.

Comment se sont déroulées ces vacances ramatuelloises ?

– Calmement. Familiales et amicales. Un peu de bateau. Un nouveau chien, une pelletée de feux d’artifice et le grand calme pour penser et préparer mon spectacle. Je ne suis pas quelqu’un qui s’agite.

Même revenue à Paris ?

– Oui, oui. Après m’être bien étourdie et avoir fait la fofolle quelque temps, je n’ai plus du tout envie de sortir. Finie la danse jusqu’à cinq heures du matin. Je ne vais plus au théâtre, ni au ciné, ni même au restaurant. Je suis hyper-heureuse de rentrer chez moi avec mes enfants et leurs copains, avec mes objets et la musique. Et puis, comme vous l’avez dit, je travaille énormément.

Après la mort de Michel, vous avez beaucoup modifié le cadre de votre appartement ?

– Je ne l’ai pas plus modifié que d’habitude. J’ai toujours tout changé tous les six mois. Un décor, il faut que ça bouge. En ce moment, j’ai tendance à beaucoup vider, mais je reste fidèle aux objets qui comptent. On en a acheté pas mal avec Michel. Ils sont chargés de souvenirs mais, avant tout, ils sont beaux. Et puis, je suis en pleine période d’accrochage ! Dans ma chambre, par exemple, j’ai accroché trente-six photos d’indiens, signées Curtis. De véritables merveilles. Mes amis se demandent comment je fais pour dormir avec ces vieilles têtes toutes ridées. Eux, ça leur fait peur. Moi, ça me calme. De toute façon, cet appartement a une si forte personnalité qu’elle survit à tous mes délires. (Rires.)

Quelques délires de ménagère, aussi ?

– Quand j’ai le temps, je prends un plaisir sensuel à cuisiner. Et puis, ça fait plaisir à mes enfants. A part ça, ma mère m’a appris à savoir tenir une maison. Et mon signe (Balance) fait le reste. Qu’est-ce que j’aime être chez moi !

Il y a quelques mois, nous confiant que vous n’auriez pas envie de cacher votre bonheur, à la question « êtes-vous amoureuse ? », vous aviez répondu que seul le temps donnerait son verdict…

– C’est vrai, mais notre histoire n’a qu’un an et je ne suis pas encore en veine de confidences. Un an, c’est un peu court pour énoncer des certitudes ! Et quoi qu’il en soit, mon actualité, mon urgence, c’est mon spectacle. C’est pour cela qu’on se voit et qu’on se parle.

Faire concilier sa « vie », comme vous dites, avec un amour passionné pour son métier, c’est possible?

– Plus ça va, plus je pense qu’un homme dans ma vie ne peut pas être quelqu’un d’étranger au métier. J’ai eu une petite histoire avec un type qui n’avait rien à voir avec la musique. Je savais qu’à la longue, ça ne pouvait pas durer. Très vite, on ne sait plus de quoi parler !

On peut s’aimer en silence !

– Pas moi (rires.)

Par amour, ne pourriez-vous pas renoncer à la musique ?

– Non … je ne crois pas qu’un mec pourrait me faire quitter ce métier. Et puis, comment m’enticher de quelqu’un qui se soucierait aussi peu de mes désirs, de mes passions ? De toute façon … je ne cherche personne (sourire).

Faites-vous des projets d’avenir ?

– Tirer des plans sur la comète n’est pas mon truc. Je n’ai d’ailleurs pas envie de savoir ce qui se passera dans un an ou plus. Cela ne m’empêche pas d’être optimiste et d’aspirer à tous les bonheurs. Je sens d’ailleurs mes angoisses s’envoler une à une. Le temps qui passe, la solitude me font moins peur. J’ai de plus en plus soif de vie, de connaissance, de rire. Mais ça, cela va quand même être vraiment difficile, car j’ai le sentiment d’avoir perdu mon vrai rire. Cela m’embête beaucoup ! Autour de moi, en tout cas, on me trouve sereine.

Cela se lit sur vos sourires. Cela s’entend aussi quand vous chantez …

– En peu de temps, j’ai quand même vécu pas mal de choses. Cela s’entend forcément. Ma voix est à la fois plus sereine et plus grave. D’autant que Michel me faisait chanter dans une tonalité plus haute et que, finalement, je ne m’aime pas dans les aigus.

Le public, comment avez-vous vécu son regard au fil des épreuves que vous avez traversées?

– J’ai souvent dit qu’après la disparition de Michel, il m’avait formidablement aidée. On va finir par trouver ça démago. Pourtant, c’est vrai !

Que vous inspire cette phrase de Michel : « On garde cette blessure qui ne change rien, qui change tout » ?

– J’ai juste envie de répondre par le titre de la chanson dont elle est extraite : « évidemment » !

Dans « Résiste », il écrivait aussi : « Prouve que tu existes, cherche ton bonheur partout » …

– Il a aussi écrit « Bats-toi ». Cela fait partie des petits conseils qu’il prodiguait à travers ses chansons.

Magazine : Ciné Télé Revue
Entretien : Alain Houstraete-Morel
Date : 21 Novembre 1996
Numéro : 47

France Gall : “Je commence ma deuxième vie !”

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Je commence ma deuxième vie
Je commence ma deuxième vie
Je commence ma deuxième vie

France Gall vous regarde un peu insolemment, du haut de ses trois pommes, ajuste les bretelles de sa salopette, et balance son joli sourire gamin.

Le grand salon, qu’elle a décoré jusqu’au dernier bibelot, bavarde avant elle. Légèreté d’un oiseau blanc qui plane, simplicité rythmée des grosses toiles africaines, audace des chaises vertes, générosité des palmiers drus et larges.

Un paysage coloré, qui parle d’une femme vivante, ouverte, énergique, contradictoire. Après avoir enregistré un album consacré à Michel Berger, disparu il y a quatre ans, France Gall attaque un nouveau spectacle. Et l’Olympia pour la première fois. Un moment essentiel de sa vie, dit-elle.

TÉLÉSTAR: Vous habitez un appartement plein de fantaisie dans un quartier bourgeois. Qu’y a-t-il de vous dans ce contraste?

FRANCE GALL: Bourgeois, vraiment? Central, je dirais. C’était en tout cas notre centre à nous. Là où vit toute la famille de Michel. J’ai aimé l’endroit à cause des trois niveaux. Quand on a toujours vécu dans des maisons, comme moi, on ne supporte pas les appartements. Et j’ai tout décoré. Toute seule. Si un jour je ne chantais plus, je me lancerais là-dedans. J’ai un faible pour les tissus. Les grosses trames africaines peintes à la main avec un bout de bois trempé dans la peinture.J’aime les matières brutes, les cou¬leurs franches. Je déteste le conventionnel.

Quand vous vous dites “terrienne”, à quoi pensez-vous?

A mon enfance. A la propriété familiale que nous avions dans l’Yonne, aux vacances passées entre l’odeur des vaches, les gros bols début de siècle et le bruit des volets de bois. Je ne connais pas de plus beau son que le chant d’un oiseau, perdu dans le silence d’un champ ou d’une forêt. Si j’avais pu choisir ma vie, je me serais occupée d’un domaine, j’aurais eu des vignes, un vin à moi, une terre à défendre. Et j’aurais été propriétaire, hein, pas intendante! Pour diriger mon petit monde. Je sais bien que je suis autoritaire, mon père m’appelait déjà le «petit caporal» quand j’étais gamine.

Où sont vos racines?

Nulle part, et partout où j’habite. J’ai perdu mes repères. Avant, je croyais que quand on était sur terre, on était la même personne jusqu’à la fin de ses jours. Et surtout qu’on n’avait qu’une vie. Complètement faux. Moi, en tout cas, je commence déjà la deuxième. Tout change. Et ce n’est pas seulement à cause de la mort de Michel. Quand je l’ai rencontré, à 25 ans, je n’avais .., pas vraiment quitté ma famille. C’est lui qui m’a ouverte sur le monde, qui a provoqué le premier départ important. Et puis il y a eu la maison de N’Gor. Je voulais absolument avoir quelque chose sur le continent africain. Je me suis rendu compte qu’arriver à Dakar, ça me faisait autant d’effet qu’arriver autrefois en Bourgogne. Je ne me dis pas : «C’est ma terre», mais je sens que ça me parle, que ça me calme.

Que vous raconte l’Afrique de si apaisant?

Je ne suis pas comme on me voit. Je suis blonde, je suis Blanche, mais je me sens Noire à l’intérieur. La musique que je préfère, c’est le rythm and blues. Et sur une scène, je ne bouge pas comme tout le monde. Mon corps joue avec chaque instrument, il obéit tout entier à la musique. Pourquoi ai-je choisi, croyez-vous, quatre musiciens blacks américains incroyables (qui ont travaillé avec Prince, avec Stevie Wonder) pour m’accompagner sur scène ?

Étiez-vous satisfaite de « France », votre dernier album ?

Je ne l’étais qu’à 85 % de ce que je vou­lais obtenir. Pour le spectacle, j’atteins les 100 %. Ce concert ne ressemble à rien d’autre. C’est dingue de dire ça, mais j’ai l’impres­sion de chanter pour la première fois.

Avez-vous déjà eu le pressentiment de cette évolution ?

Pas du tout. J’étais très contente de ce que m’écrivait Michel. Après sa mort, quand j’ai choisi de continuer à chanter, je ne savais pas quel était mon moteur. Je ne me savais même pas capable d’avoir une idée personnelle. Quand on vit au côté d’un homme aussi brillant, aussi généreux, aussi doué, aussi drôle (incroyablement drôle !), on ne peut que lui tirer sa révérence. C’est ce que j’ai fait, heureuse, consentante. En igno­rant complètement mes qualités de créa­trice. Maintenant, je sais que la meilleure des chansons ne peut pas marcher sans quelqu’un de solide derrière.

Dans une telle vague de changement, pourquoi ne chanter que du Berger ?

Je suis encore dans sa musique. C’est encore celle que j’aime le plus. Je me pose des tas de questions, mais mon premier pro­blème, c’est que je n’aime pas être dans la lumière. Faire de la scène à nouveau, ça veut dire aussi vivre une nouvelle

Cela mis à part, vous semblez aller mieux …

Quatre ans, c’était le temps qui devait s’écouler. Pour moi, en tout cas. li n’y a pas de règle quand on parle de deuil. J’ai perdu beaucoup de personnes que j’aimais ces dernières années. Mais la disparition d’une amie, fût-ce la meilleure, ne peut pas désta­biliser comme la perte d’un mari. Et mon mari était tout. Ma moitié, le père de mes enfants, mon producteur, mon auteur-com­positeur. Il y avait de quoi perdre l’équilibre. Un comble pour une Balance !

Comment gérez-vous cette absence face à Pauline, 18 ans, et Raphaël, 15 ans ?

Éduquer, je ne sais pas trop comment il faut s’y prendre. Alors éduquer toute seule … Je n’ai pas envie de les perturber par un déménagement, par exemple. Quand je les ai emmenés à Los Angeles, je pensais que c’était bien pour eux. Que c’était un endroit où ils pouvaient apprendre, évoluer, avancer … Mais je ne les ferais pas venir au fin fond de l’Afrique sous prétexte que moi, j’ai envie de désert. Je fais très attention. Je prends des conseils. J’écoute mon intuition. Je les écoute surtout. Et je les trouve drôle­ment bien dans leur tête. J’aimerais tant en faire des adultes heureux. Les aider à ne pas se tromper sur leurs envies. A ne pas passer à côté de leurs rêves.

S’ils vous regardent agir, ils compren­dront …

Oh là là! Ce sont les personnes les plus critiques, les plus sévères de mon entou­rage. Ils ont peur pour moi, alors ils ne me pardonnent rien. A la longue, c’est un peu fatigant, mais je sais qu’ils font ça par amour. Ça m’aide à avancer.

Sont-ils prêts à vous voir au côté d’un autre homme ?

Jusqu’à présent, je sentais que ce n’était pas possible. Mais maintenant ils ont grandi, ils comprendraient que j’aie à nou­veau une vie de femme. Un nouvel homme dans un foyer, c’est formidable. C’est de l’amour supplémentaire. Moi aussi, je me sens prête à vivre ça. Seulement ma vie est ainsi faite qu’il n’y a pas assez de place pour quelqu’un d’autre. Pas encore.

Magazine : Télé Star
Propos recueillis par Françoise Mobihan
Date : 16 au 22 novembre 1996
Numéro : 1050

France Gall a réappris à vivre

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Elle a réappris à vivre
Elle a réappris à vivre
Elle a réappris à vivre

Michel Berger n’est plus, mais la vie, différente certes, continue. Pour France Gall, encouragée par ses enfants, la meilleure façon d’honorer la mémoire de son mari est d’interpréter les chansons qu’il lui a laissées.

France Gall est de ces femmes qui, derrière leur fragilité apparente, cachent une grande force de caractère. A la voir souriante, ses cheveux blonds en bataille, l’air juvénile, on croirait qu’elle est née pour le bonheur. Pourtant, les épreuves de la vie ne l’ont guère épargnée.

Bien sûr, il y a eu la disparition de Gainsbourg, celui qui lui a concocté un tube inoubliable, Les sucettes, pour lequel la voix acidulée de l’adolescente d’alors, susurrant les paroles à double sens de Serge, a fait merveille. Début de carrière fracassant, que France, avec le recul, n’aime guère à se remémorer : « J’étais très jeune, trop jeune, pour assumer toute cette pression, tout ce vedettariat. J’avais tout juste 16 ans, l’âge où l’on rêve du prince charmant, et j’en¬trais dans un tourbillon qui faisait de moi quelqu’un d’autre, qui ne me ressemblait pas. » Il lui faudra plus de dix ans pour s’en remettre. Jusqu’à ce que Michel Berger entre dans sa vie. « Grâce à lui, j’ai pu me libérer de cette période que j’aurais préféré ne jamais connaître », aime-t-elle à répéter.

Avec Michel, ce sera la paix intérieure, la sérénité enfin trouvée, la confiance en elle, qui lui a tant fait défaut des années durant. Le succès de l’un et de l’autre est à son apogée, quand survient le terrible drame du 2 août 1992. Alors qu’en plein soleil Michel dispute un match de tennis, il s’effondre soudain, victime d’une crise cardiaque. Malgré les secours, rien n’y fera. Certaines injustices sont ineffaçables. Perdre l’être le plus cher au monde est bien évidemment de celles que le temps ne gomme jamais. Meurtrie dans son âme, France se doit de ne pas sombrer dans le désespoir. Parce que Michel ne l’aurait pas voulu. Parce que ses deux enfants, Pauline (née en 1979) et Raphaël (né en 1981), ont besoin que leur maman soit forte pour deux. Du courage, il lui en faut d’autant plus qu’un vilain mal, comme on dit pudiquement, l’a prise pour cible. Un cancer du sein, qui, heureusement, n’est plus aujourd’hui qu’un mauvais souvenir. Comme elle l’a confié récemment : « Ça va très bien. Pour moi, la parenthèse est refermée. Je n’y pense jamais. »

Un héritage merveilleux.

Le travail est sans doute la meilleure thérapie contre l’angoisse. Petit à petit, France a repris le chemin de la vie. Et elle a pu profiter du merveilleux cadeau que Michel lui a légué – ses mélodies, ses textes – pour peaufiner France, l’album de chansons qui vient de paraître et que la jeune femme interprète sur la scène de l’Olympia jusqu’au 17 novembre. Parmi les treize titres de ce CD, on retrouve les succès d’hier, Débranche, Laissez passer les rêves, mais aussi La minute de silence et le très beau Message personnel, que Michel avait écrit pour et avec Françoise Hardy. « Peut-être, dans les années à venir, pourrais-je travailler avec d’autres auteurs, d’autres compositeurs. Mais il m’est encore difficile de l’imaginer. Michel a écrit de si belles musiques que je n’ai qu’à puiser dans ce formidable trésor.» Dans l’ancienne imprimerie parisienne transformée en loft avec l’aide d’un éminent architecte, « une idée de Michel, qui s ‘était occupé de tout, de l’aménagement à la décoration », France Gall a installé ses bureaux, là même où Michel avait son studio d’enregistrement. Nul doute que, pendant son spectacle à l’Olympia, l’ombre de son pygmalion flottera au-dessus du vénérable music-hall. Après, le grand rideau rouge refermé, elle signera des autographes pour ceux qui, depuis tant d’années, la suivent, apprécient son talent, l’aiment. Discrète, comme elle l’a toujours été, préférant l’ombre à la lumière, elle retrouvera les deux phares de sa vie, ses enfants. Pauline prépare une grande école d’art. Raphaël, après avoir tâté du piano et de la batterie, s’est mis à la guitare. Qui sait ? Peut-être marchera-t-il sur les traces de ses illustres parents … « Bien sûr, je ne contrarierais pas une vocation, si tel était le cas. Il connaît bien, pour les avoir vécues de l’intérieur, les difficultés de ce métier. A lui de décider. »

La chanson : une affaire de famille

Bien que paraissant toute jeune, France Gall fêtera, eh oui ! son demi-siècle en 1997. Fille d’un antiquaire, elle a hérité de son père un goût prononcé pour tout ce qui touche à l’art de la maison et du jardin … mais aussi de la chanson. C’est en effet Robert Gall, beaucoup l’ignorent, qui a signé le premier succès de France, Sacré Charlemagne. Auteur de chansons interprétées par Piaf (Les amants merveilleux) et Aznavour (La Mamma), lui-même chanteur, il a su communiquer à sa fille son amour pour la musique. Une passion que semble partager aujourd’hui le fils de France, Raphaël, musicien et fan inconditionnel de Metallica. A lui, comme à Pauline, sa fille, la chanteuse a tenu à rendre hommage dans son dernier album, France. C’est ainsi qu’on peut lire, sur le livret de présentation : « Je remercie tous ceux qui ont suivi ce projet à mes côtés, et plus particulièrement Pauline et Raphaël. » Tout est dit.

Magazine : Nous Deux
Jacques Girendet
Date : 12 au 18 novembre 1996
Numéro : 2576

Enfin un autre homme dans la vie d’amour de France Gall

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Ce qui est sûr, c'est que pour France Gall, 1996 restera comme une année essentielle et éclatante avec son album intitulé « France ».
Ce qui est sûr, c'est que pour France Gall, 1996 restera comme une année essentielle et éclatante avec son album intitulé « France ».

Comment dire ? Une métamorphose ? Une résurrection ? Un nouveau départ ? Un peu tout cela à la fois, sans doute.

Ce qui est sûr, c’est que pour France Gall, 1996 restera comme une année essentielle et éclatante.

Le premier bouquet de ce feu d’artifice, ce fut la sortie, en avril, de son album, sobrement intitulé « France ».

Que des chansons signées Michel Berger, bien sûr, mais un disque qu’elle a voulu, imaginé et conçu toute seule. Pour la première fois depuis la disparition de son mari. Le deuxième bouquet, encore plus émouvant peut-être, c’est en ce moment : depuis Je 5 et jusqu’au 17 novembre, France incendie pour la première fois la scène de l’Olympia, grâce à un superbe spectacle aux couleurs très américaines, puisqu’elle est accompagnée par les musiciens de Stevie Wonder, Sting et Prince, rien que ça !

Cadeau

Si France apparaît aussi débordante d’énergie, aussi radieuse, c’est parce qu’elle est porteuse d’un testament bouleversant et magnifique, comme elle le révélait, il y a quelques jours seulement, à Alain Morel, du Parisien : « Quelques semaines avant sa mort, Michel m’a légué, à travers un testament, toute son œuvre. Je n’aurais jamais pu imaginer que cet honneur me reviendrait. (…) Cette musique, je m’y suis tellement investie qu’elle est devenue mienne. »

Quel plus merveilleux cadeau, quelle preuve d’amour plus absolue pouvait, par une étrange prémonition de son destin, faire Michel à sa femme ? Et aussi quel moyen imparable de répondre aux rumeurs insidieuses qui ont prétendu, à l’époque, que tout n ‘allait plus si bien que ça, entre les deux époux !

Mais la renaissance de France, aujourd’hui, a une autre raison, encore plus bouleversante. Ce qu’elle disait attendre et espérer est finalement arrivé : France est de nouveau une femme amoureuse … et elle le dit !

À la question de savoir si elle avait un autre homme dans sa un vie, posée par le Nouvel Observateur le 30 octobre dernier, France laissait jaillir un vibrant cri de son cœur : « Oh ! Je l’ai demandé très très fort. Je ne sais pas où ça va aller, mais oui ! Je suis bien. »

Bien … parce qu’amoureuse ! Mais aussitôt, si les questions se font plus précises, France s’empresse d’ajouter qu’il est trop tôt pour en parler, parce que « notre histoire a seulement un an … ». « Seulement » un an ? On a plutôt envie de dire « déjà » un an !

Pourquoi France Gall at-elle tenu à ce que son bonheur, tant attendu, reste caché aussi longtemps ? Et bien par ce que l’homme qui est entré dans son cœur et elle partagent un déchirant secret. Ce secret, c’est qu’en plus de l’amour, France Gall doit véritablement la vie à son mystérieux compagnon.

Souvenez-vous, il y a trois ans, seize mois après la mort de Michel Berger, malade de souffrance et de deuil, France choisissait de s’expatrier avec ses deux enfants. De fuir à Los Angeles pour tenter de recoller les morceaux de sa vie.

Mais ceux qui ont souffert comme France savent bien que ce n’est pas parce qu’on parcourt dix mille kilomètres que tout va se trouver résolu comme par magie. Très vite, le désespoir revient, implacable et tout puissant.

France donne, sur cette période de sa vie, des indications terribles, elle laisse tomber des mots qui, rétrospectivement font frémir : « Une fois que j’ai eu décidé de partir, je me suis demandé ce que j’allais faire pour ne pas me suicider pendant que les enfants seraient à l’école … »

Bien sûr, il y avait toujours la musique et les mots de Michel, ce bouleversant témoignage d’amour qu’il lui avait légué. Cette musique et ces mots, France s’est d’ailleurs jetée dedans à corps perdu, pour éloigner d’elle l’horrible tentation d’en finir. Et c’est de ce réflexe de survie qu’est né finalement l’album « France ».

Mais la musique, à elle seule aurait-elle eu assez de force pour ramener définitivement France du côté de la vie, de la sérénité, du bonheur ?

Peut-être pas. Sans doute pas. Car France croyait de toutes ses forces à la possibilité de connaître de nouveau l’amour. Ce renouveau dans sa vie de femme, elle l’attendait, elle l’espérait de plus en plus ardemment. Elle le disait, d’ailleurs … Et puis, « il » est venu. Dans les derniers jours de 1995. Et lorsque leurs regards se sont croisés, France a compris que le moment était venu, non pas d’oublier Michel – comment le pourrait-elle ? -, mais de commencer une nouvelle vie tournée vers l’avenir et non vers le passé.

Et, par la simple mais sublime magie de l’amour, les méchantes ombres du suicide se sont aussitôt dissipées.

Aujourd’hui, ce soir, France est debout, sur scène, radieuse face à son public enthousiaste et ému. Et ce sourire lumineux qu’elle lui adresse, il est aussi pour l’homme qui l’attend en coulisse, celui qui a su de nouveau faire battre son cœur après une longue hibernation de quatre années …

Magazine : France Dimanche
Date : 9 au 15 novembre 1996
Numéro : 2619

France Gall sauvée par l’Afrique

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France Gall sauvée par l'Afrique
France Gall sauvée par l'Afrique
France Gall sauvée par l'Afrique

Cet endroit m’a délivrée de mes tristesses et de mes angoisses.

Là-bas, tout est simple et magique.

Télé 7 Jours : Vous semblez avoir retrouvé le goût de vivre.

France Gall : Je vais bien, mes enfants et la musique sont suffisamment importants pour me faire vivre.

T.7J.: Et l’Afrique ?

F.G.: Je m’y sens chez moi, en paix avec moi-même, hors du temps. Si je dois écrire un jour des chansons. c’est là que je le ferai. J’ai l’impression d’avoir toujours vécu là, comme si j’y avais habité dans une vie antérieure. Cet endroit m’a sauvée de mes tristesses et de mes angoisses. Là-bas, tout est simple et magique. J’y ai dominé mes peurs et séché mes larmes. C’est là que je me suis reconstruite peu à peu.

T.7J.: Après le décès de Michel Berger ?

F.G.: Après sa mort, j’ai été confrontée à une forme de solitude très dure à vivre. Je me suis demandé pendant des mois ce qu’on venait faire sur terre. J’ai cherché des réponses dans les bouquins, en discutant avec des amis. Je ne me suis pas enfermée dans une religion, mais j’ai découvert que j’avais la foi. Aujourd’hui, j’ai envie de me tourner vers les autres.

T. 7J. : Depuis que vous êtes seule, gérez-vous l’aspect financier de votre carrière ?

F.G.: Oh la la! Ce n’est pas du tout mon truc. Là encore, j’ai eu beaucoup de chance. Mon ancien P-DG de chez Warner, qui vivait à Los Angeles, est revenu en France pour raisons personnelles. Il cherchait du boulot et moi quelqu’un de sérieux pour me manager. Il s’occupe de tout maintenant et j’en suis soulagée.

T. 7J. : Comment vous organisez-vous, avec vos deux enfants, quand vous partez en tournée ou dans votre refuge du Sénégal ?

F.G.: J’ai deux personnes clés dans ma vie qui s’occupent de ma maison à Paris et de mes enfants. Il y a Nane, une Cambodgienne qui gère l’intendance et qui a élevé Raphaël, et puis Annie, qui travaille à mon secrétariat et qui s’occupe beaucoup de ma fille. J’évite de partir plus de quinze jours. Cela les amuse quelquefois, ils peuvent recevoir des amis et vivre une liberté d’adolescents. Moi, j’ai un besoin viscéral de les voir et en même temps, j’essaie de leur apprendre à vivre seuls.

T.7J.: Comment vont-ils aujourd’hui ?

F.G. : Ils vont merveilleusement bien. Nos rapports sont exceptionnels mais ont du caractère. On s’aime trop. Souvent, ils sont inquiets pour moi. Ils ont peur que je n’arrive pas à me débrouiller seule. Raphaël a 15 ans, il est en seconde. Il est très soutenu par ses professeurs et ses amis. C’est un enfant original. plein d’énergie, qui a du mal à être assis dans une classe toute la journée. Il joue de la batterie. du piano, il est très fort aux échecs, incollable avec un ordinateur, et a pratiqué à peu près tous les sports. Pauline est dans une école d’art. Elle fait sept heures de dessin par jour. Déjà toute petite, je savais que c’était son avenir, mais je n’ai jamais voulu la forcer. Les quatre années qu’elle vient de passer ont été très dures pour elle. Perdre son père à 13 ans, c’est affreux pour un enfant. C’est un tel manque, un tel vide ! Elle est beaucoup plus gaie maintenant. Elle a fait son propre chemin toute seule, même si, quelquefois, je suis sûre qu’elle cache son chagrin.

T. 7J. : Pauline et Raphaël vous suivent-ils dans vos voyages en Afrique ?

F.G. : Ils aiment bien y aller, mais les trois quarts du temps, j’y vais seule. En France, je dois m’occuper de tellement de choses que je n’ai plus de liberté. Dans mon île, je suis au milieu des éléments naturels. Il n’y a pas d’électricité, chez moi tout fonctionne à l’énergie solaire. Les systèmes de canalisation sont archaïques, les habitants ont tiré des câbles du continent et l’eau vient de là-bas.

T.7J. : Sur votre île, comment est votre maison ?

F.G. : En fait, il y a deux maisons côte à côte. Dans l’une, il y a le living, la cuisine et la salle à manger, dans l’autre la salle de bains et des chambres qui sont très grandes. Je les ai achetées en 1990 à un Libanais qui en avait fait une maison normande à colombages. J’ai tout cassé. J’avais très envie d’une maison avec une façade rouge. J’ai demandé à Oumoussie, une fille qu’on appelle “la femme au chapeau” parce qu’elle porte toujours un casque colonial, de faire les rideaux et les canapés et j’ai confié les travaux internes à. un architecte local qui a eu l’idée de recréer des paillotes, à l’intérieur comme à l’extérieur de la maison. Michel y venait très souvent, il aimait beaucoup ma façon de décorer et de chiner pour donner de l’âme à l’endroit.

T.7J.: Pourquoi avez-vous décidé de remonter sur la scène de l’Olympia ?

F.G. : Je suis une boulimique de spectacles. Il y a toujours un risque de se ramasser dans notre métier, alors je bosse énormément. Là, j’ai bétonné mes arrières. Je vais chanter avec les musiciens de Prince et de Stevie Wonder. C’est une équipe de Blacks américains avec qui je suis en « love story » professionnelle. Certains étaient en rupture de boulot : Prince, qui est devenu papa, est en train d’écrire des chansons pour enfants. C’était le bon moment pour moi et pour eux.

T.7J.: Vous allez reprendre les chansons de Michel Berger, mais le répertoire n’est pas inépuisable.

F.G.: C’est un trésor, il y a encore des chansons de Michel qui sont inédites. A l ‘Olympia. je chanterai “A qui donner ce que j’ai”, que l’on n’a pas encore entendue. Dans l’avenir, je vais sortir mon album en Allemagne, au Japon et au Brésil. Et puis.je vais m’occuper de produire « La Légende de Jimmy » en anglais, je ne veux pas passer à côté, comme je l’ai fait pour « Starmania ». Je prépare aussi une version très différente de la chanson « Les Uns contre les autres».

T. 7J. : Y a-t-il une chanson de Michel que vous préférez à toutes les autres ?

F.G. : Oui, c’est “Lumière du jour”. Michel l’a écrite en 1981 pour exprimer son amour pour moi. “Tu es ma lumière du jour, tu es mon ultime amour. Et si le poids se fait trop lourd, j’appelle ton nom à mon secours”. C’est un compliment merveilleux qu’aujourd’hui je lui retourne.

T. 7J. : Vous n’avez jamais envisagé d’écrire vos propres chansons ?

F.G. : J’y pense. Si je veux continuer à rester dans la lumière, je vais peut-être devoir en passer par-là. C’est une affaire à suivre, mais je ne sais pas si j’ai vraiment ce don. Michel était la personne qui me connaissait le mieux. Ça me semble impossible de retrouver une telle osmose avec quelqu’un.

T. 7J. : Pourriez-vous partager votre maison d’Afrique avec un homme que vous aimeriez ?

F.G.: Probablement. J’ai un besoin viscéral d’être aimée, mais en même temps, c’est difficile pour moi de trouver l’homme idéal après Michel. J’ai une vie affective comme tout le monde, mais je ne souhaite pas en parler encore, c’est trop récent. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il me serait impossible de vivre avec quelqu’un qui ne soit pas dans le métier et qui ne comprenne rien à la musique.

T. 7J. : Le mot de la fin ?

F.G. : Il est simple. Dans Sénégal, il y a mon patronyme, « Gall ».

Magazine : Télé 7 Jours
E. GIRARDIN-BRIAND – Photos MEYLAN/SYGMA
Date : 9 novembre au 15 novembre 1996
Numéro : 1902

France Gall revisite France Gall

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France Gall revisite France Gall
France Gall revisite France Gall

Clair-obscur sur scène. Comme suspendu au « Paradis blanc », titre de l’une des chansons de Michel Berger, un escalier de même couleur.

La silhouette de France Gall apparaît, figée, tandis qu’accompagnée par quelques notes de piano, la voix de Michel lui souffle : « Fais-les chanter … Fais les rire … »

En pantalon noir, pull décolleté à l’unisson et veste multicolore bariolée, elle descend alors les marches. A peine a-t-elle touché le sol, les musiciens démarrent en trombe. « La Groupie du pianiste». Chanson symbole pour faire rimer d’entrée émotion et jubilation.

On enchaîne avec « le Prince des villes » et une heure et demie de funk flamboyant, de Rhythm and blues étourdissant France Gall a revisité son patrimoine. Escortée de seigneurs bien plus qu’instrumentistes, elle oublie les récitals et shows de jadis. Elle donne son premier vrai concert.

Impossible d’imaginer qu’on pouvait chanter ainsi « Mademoiselle Chang», “Débranche”, “les uns contre les autres” ou “La Légende de Jimmy”. Impossible d’imaginer qu’en guise d’entracte, elle nous offrirait en clin d’œil le « Sex Machine » de James Brown.

Pourtant, l’âme du poète ne souffre pas de trahison. De même qu’il suffit à l’artiste de quelques secondes, assise enfin sur le piano, pour nous rappeler nos frissons d’antan. Pour nous prouver que la « Lumière du jour », titre d’une autre chanson fétiche, n’est pas près de s’éteindre sous le brio de l’étoile de Berger.

France Gall à l’Olympia, 28 boulevard des Capucines, Paris 8. Jusqu’au 17 novembre. Tél 01.47.42.25.49. En tournée: du 20 novembre (Bordeaux, puis Orléans, Le Mans, etc.) au 14 décembre (Pau). Renseignements : 01. 40. 68. 79. 79.

Magazine : Le Parisien et Aujourd’hui
Alain MOREL
Date : 07 novembre 1996
Numéro : 16228

France Gall Tour 96/97

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Programme de 6 pages cartonnées de la tournée 1996/1997 vendu pendant les représentations données du 5 novembre au 17 novembre 1996 à l'Olympia de Paris.
Programme de 6 pages cartonnées de la tournée 1996/1997 vendu pendant les représentations données du 5 novembre au 17 novembre 1996 à l'Olympia de Paris.

La petite histoire

Programme de 6 pages cartonnées de la tournée 1996/1997 vendu pendant les représentations données du 5 novembre au 17 novembre 1996 à l’Olympia de Paris.

Pour la première fois de sa carrière, France Gall investit l’Olympia.
Elle déclare alors : Michel m’a tout apporté, je considère que c’est lui qui m’a fait aimé ce métier, avant je ne l’aimais pas. Je suis quelqu’un qui a voulu arrêter de chanter toute sa vie …

Ce concert est disponible dans un double album CD Concert privé / Concert public qui contient 2 spectacle différents. Enregistrés respectivement à l’Olympia le 15 novembre 1996 pour le Concert Public et le 22 mars 1997 à la TV-Cité de la Plaine Saint-Denis pour le Concert privé acoustique M6.

Note : sur la dernière de couverture, Ophélie Winter prends la pose pour une publicité pour une marque de vêtements.

Le clip vidéo

France Gall : “Vous n’allez pas me reconnaître”

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Premier Olympia, mais aussi nouveau départ. Après son « premier album toute seule », voici son « premier spectacle rien qu'à elle ». Un show mi-funkie mi-rhythm’n’blues qui démarre ce soir tandis que France 2 lui consacre un spécial « Taratata ».
Premier Olympia, mais aussi nouveau départ. Après son « premier album toute seule », voici son « premier spectacle rien qu'à elle ». Un show mi-funkie mi-rhythm’n’blues qui démarre ce soir tandis que France 2 lui consacre un spécial « Taratata ».

Premier Olympia, mais aussi nouveau départ.

Après son « premier album toute seule », voici son « premier spectacle rien qu’à elle ». Un show mi-funkie mi-rhythm’n’blues qui démarre ce soir tandis que France 2 lui consacre un spécial « Taratata ». Confidences.

Alain Morel : Vous avez l’air en forme ?

France Gall : Oui. Je suis dans une période faste. Tout me réussit dans trois domaines essentiels : mes enfants, ma vie et la musique.

A l’heure de votre premier Olympia, ça tombe plutôt bien …

France Gall : Si je fais l’Olympia maintenant, c’est justement parce que cette passion m’anime. Je voulais être sur scène dès cette rentrée et y refaire en mieux mon dernier album (1).

Pourquoi l’Olympia ?

France Gall : Parce que c’était libre à cette date, parce qu’il paraît que c’est magique et parce que Patricia Coquatrix est une bonne copine !

Vous avez fait appel à des musiciens américains …

France Gall : Oui, le clavier de Stevie Wonder, le bassiste et le batteur de Prince, le guitariste de Sting … Ce qu’ils donnent sur scène, c’est ahurissant. Il y a aussi un Français, Kamil Rustam, qui s’est installé avec une Américaine à Austin, au Texas.

Il paraît que vous avez de nombreux projets de départs lointains. Comment vos enfants vivent-ils cela ?

France Gall : Après la tournée et les vacances de Noël, il est effectivement possible que je parte au Japon, au Brésil et au Canada, afin d’y exporter la musique de Michel (NDLR : Berger). Avec les enfants, nous nous préparons psychologiquement à ces séparations. Nous alternons les absences avec de longues périodes de vie quasi fusionnelle.

La musique de Michel Berger, c’est elle qui vous donne confiance en vous ?

France Gall : Quelques semaines avant sa mort, Michel m’a légué, à travers un testament, toute son œuvre. Je n’aurais jamais pu m’imaginer que cet honneur me reviendrait et, en même temps, c’est une grande tristesse pour moi. La confiance, c’est le face-à-face avec soi-même qui permet de l’acquérir. Quand on se retrouve seul avec tout à assumer et avec un héritage aussi exceptionnel, il faut trouver ses solutions avec sa propre vision des choses. Cette musique, aujourd’hui, je m’y suis tellement investie qu’elle est devenue la mienne.

Le répertoire n’est pas inépuisable, que ferez-vous plus tard?

France Gall : Le trésor est immense. Et puis, j’ai envie d’écouter ceux qui me poussent à écrire moi-même. Je suis suffisamment lucide et sévère sur mon travail pour faire cet essai sans me fourvoyer. L’idée que je puisse m’installer un jour toute seule dans un endroit comme ma maison de Dakar et, pour ne pas m’y ennuyer, m’y mettre à écrire, est un rêve fou.

Il y a quelques mois, à la question : « Êtes-vous amoureuse ? », vous aviez répondu que seul le temps donnerait son verdict …

France Gall : C’est vrai, mais notre histoire n’a qu’un an et je ne suis pas encore en veine de confidences. Un an, c’est un peu court pour énoncer des certitudes. Et quoi qu’il en soit, mon actualité, mon urgence, c’est mon spectacle. C’est pour cela qu’on se voit et qu’on se parle.

Ce spectacle, qu’avez-vous envie d’en dire ?

France Gall : Le moins de choses possible car j’ai envie de voir les gens le découvrir. C’est le premier spectacle rien qu’à moi. Vous n’allez pas me reconnaître (rire). Je veux y privilégier l’émotion et la sensation … Pas la tristesse.

France Gall à l’Olympia, 28, bld des Capucines, Paris / A partir de ce soir et jusqu’au 17 novembre. A 20 h 30. Places de 170 à 260 F / Tél. : 01.47.42.25.49.

(1) France Gall recevra ce soir un disque de platine pour « France » (WEA), son dernier album, qui s’est déjà vendu à plus de 300 000 exemplaires.

Magazine : Le Parisien Haut-de-Seine
Par Alain Morel
Numéro du mardi 5 novembre 1996
Numéro : 16226

Merci à Elisabeth.