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Le grand retour de France Gall sur la scène de l’Olympia

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Débranchez tout, France Gall prend ses quartiers d'automne sur la scène de l'Olympia !
Débranchez tout, France Gall prend ses quartiers d'automne sur la scène de l'Olympia !

Débranchez tout, France Gall prend ses quartiers d’automne sur la scène de l’Olympia !

Quatre ans après la disparition de Michel Berger, l’une de nos plus célèbres interprètes nous promet un spectacle swinguant.

Une vraie marche en avant baignée d’optimisme. Plus sereine que jamais, France s’est juré, cette fois, d’entraîner son public dans le tourbillon de la vie et n’a pas hésité à s’entourer de quelques-uns des meilleurs musiciens du moment.

Excusez du peu : Michael B. et Sonny T. (respectivement batteur et bassiste de Prince). Sans oublier Herman Jackson, fidèle parmi les fidèles de Stevie Wonder, qui l’accompagnera aux claviers.

Bref, une formation béton pour interpréter les mélodies de Michel Berger que l’on connaît déjà toutes par cœur.

De « Ella, elle a » à « Laissez passer les rêves », personne ne résistera à l’envie de chanter en chœur avec la belle France. Bien plus qu’un simple hommage au « Prince des villes », cette série de concerts s’annonce comme un « Message personnel ». Est-ce nécessaire d’ajouter « Évidemment » ?
Olympia, 8, rue Caumartin, Paris 9e. Du 5 au 17 novembre. « France », 1 CD WEA.

Magazine : ELLE
Par Françoise Delbecq
Date : 4 novembre 1996
Numéro : 2653

France Gall : je n’ai plus peur de rien !

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Je n'ai plus peur de rien !
Je n'ai plus peur de rien !
Je n'ai plus peur de rien !

Un nouveau disque, “France”, un spectacle à l’Olympia du 5 au 16 novembre, une tournée en province et un “Taratata” en prime, avec sa façon de chanter désormais plus grave, avec les musiciens de Prince et de Sting, avec une volonté de surprendre et une envie profonde de retrouver le public, France Gall semble avoir retrouvé l’harmonie de la vie.

Ce retour sur scène, vous l’appréhendez ?

Je l’attends avec impatience. Je ne suis pas traqueuse. Quand on fait un métier qu’on aime et que les gens qui viennent vous voir le font parce qu’ils vous aiment, pourquoi avoir peur ? D’autant plus que je n’ai rien laissé au hasard. J’ai préparé mon spectacle minute par minute et je me suis entourée du claviste de Sting et des musiciens de Prince, les meilleurs du monde.

Comment avez-vous eu l’idée d’aller les chercher ?

Déjà pour Bercy, il y a trois ans, je m’étais entourée d’une bande de jeunes des banlieues. J’aimais leur style de vêtements, leur façon de parler, de se mouvoir. .. Cette fois, je voulais pour la musique de Michel la crème des musiciens. Et ça tombait bien, car les petits gars de Minneapolis étaient non seulement les meilleurs, mais ils ont ce genre que j’aime!

Quel a été le contact entre les compositions de Michel et leur interprétation ?

Magnifique. Quand ils jouent, c’est tellement naturel qu’on croirait que Michel a composé pour eux. C’est du pur funk ! Et c’est aussi l’esprit de mon spectacle.

Et quelles sont vos relations avec ces musiciens américains ?

C’est une love story ! On s’entend bien, on rigole, on s’amuse. Je n’ai envie que d’être avec eux. Ils m’offrent des fleurs. Je leur fais découvrir la France et aussi une façon de travailler différente.

Laquelle ?

Je les laisse s’exprimer, créer. Du moment qu’ils ne dénaturent pas la musique de Michel. Je veux que chacun apporte ses idées.

Et vous partez en tournée ensemble ?

Évidemment ! Et on ne se quitte pas. Je prends le bus avec eux et je descends dans les mêmes hôtels qu’eux, et le soir après le spectacle on dîne ensemble. Et si on veut sortir danser, on y va ensemble ! Mais eux qui n’ont jamais travaillé qu’avec Prince, au début ils ont presque été choqués. Ils m’ont dit : « Mais on croyait qu’en France tu étais une star … »

Vous ne chantez que des chansons de Michel Berger ?

Je ne me vois pas chanter autre chose. Elles sont belles, elles me correspondent. Il n’y a pas un mot avec lequel je suis en désaccord. Quand on a eu le bonheur d’avoir quelqu’un qui écrivait en fonction de vous, on devient hyper-difficile. Peut-être que je serais obligée en­suite de me tourner vers l’écriture.

Vous en avez envie ?

J’ai envie d’essayer. Je n’en attends pas grand-chose … Mais on n’est pas à l’abri d’une bonne sur­prise non plus ! Et puis, sinon, je pourrai me lancer dans la production en studio ou sur scène. Car finale­ment, l’ombre dans ce métier me convient très bien. Je suis quelqu’un de très discret.

Une attitude aux antipodes de la scène et de ses sunlights …

Là, c’est le seul endroit où je m’exprime naturellement avec mon don.

Pourquoi avoir repris sur votre album “Message Personnel” chanté et coécrit par Françoise Hardy ?

Parce que je la considère comme l’une des plus belles chansons. Comme cet album va être commer­cialisé au Brésil, au Japon, en Allemagne, je voulais que les étran­gers découvrent le meilleur de Mi­chel.

Pour revenir à votre spectacle à l’Olympia, comment va-t-il se dérouler ?

Il sera plein de surprises ! Jean­-Louis Berthet a recrée pour moi sur scène une partie du studio de Mi­chel. Je m’y sens formidablement à l’aise, mais sans nostalgie. Question chorégraphie, je serai moins fofolle que la dernière fois à Pleyel. Mais avec mes musiciens, ce sera cool, sympa. Comme une ambiance de répétition… Où l’on jouera même « Sex Machine ».

Vous allez chanter la chanson de James Brown !

Non, mes musiciens s’en charge­ront ! Pendant ce temps, j’irai me changer ! On m’a reproché de gar­der toujours la même tenue en scène. Alors grâce à Girbaud et Philippe Forestier qui ont créé mes vêtements et ceux des musiciens, le spectacle sera plus sophistiqué.

Spectacle, CD, tournée, tout a été organisé selon votre travail et vos choix. Il s’en dégage une harmonie qui vous ressemble. Peut-être parce que vous avez su surmonter toutes vos épreuves ?

J’ai compris que les épreuves sont faites pour que l’on se pose des questions. Si on se les pose, c’est bon. Maintenant je n’ai plus peur de rien.

Magazine : TV magazine (cahier national Le Figaro) + TV magazine (cahier national Midi Libre)
Propos recueillis par Elisabeth Perrin
Date : Novembre 1996
Numéro : 16240 – 18671

Chansons d’automne pour France Gall

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Chansons d'automne
Chansons d'automne
Chansons d'automne

Tant pis pour les Parisiens, qui viennent de laisser partir deux spectacles formidables. Les provinciaux, eux, pourront bientôt en profiter. Catherine Ribeiro sera en tournée en janvier prochain et Philippe Léotard, dès la fin novembre.

Catherine Ribeiro était à Chaillot. On connaît cette artiste hors pair. Elle a quelque chose de sauvage dans son style, et une grande intransigeance. La voici qui effectue un étonnant détour par la chanson française, avec, notamment, une extraordinaire interprétation a capella de la Quête, de Brel. Un spectacle authentique, émouvant, à ne pas manquer s’il passe dans votre ville.

Philippe Léotard, c’est autre chose. Ce n’est pas un chanteur, c’est un poète. Coiffé d’un feutre mou, fagoté d’un vieux manteau, et à la boutonnière le soleil noir de la mélancolie, il transforme la scène en gueuloir, et raconte avec sa voix brisée qui fait battre le cœur des histoires à vous réconcilier avec la vie. Il chante d’anciens succès et s’essaye aux nouveaux titres de son dernier album et dit également, de façon bouleversante, le Bateau ivre de Rimbaud. Il n’était au Casino de Paris que pour trois soirs, mais va tout prochainement effectuer une tournée à travers la France. Ne le manquez pas. Une tournée offerte par Léotard, ça ne se refuse pas.

La suite de la saison s’annonce tout aussi prometteuse. D’abord avec France Gall. Entre ses voyages en Afrique et à Los Angeles, elle tient l’affiche de l’Olympia du 5 au 17 novembre.

Elle y donnera des tubes de Michel Berger, car, dit-elle, elle ne s’imagine pas interprétant les titres de quelqu’un d’autre.

Je veux exprimer l’essentiel de la musique et des paroles de Michel. Et faire aimer les rythmes blacks des musiciens new-yorkais qui m’accompagnent.

Ce sera donc un show épuré, léger comme un souffle, poétique, nostalgique. Du rock soft, et la patte d’un très bon mélodiste. France, son dernier album, l’a aidée à renaître, explique la chanteuse. Après deux lourdes épreuves, la disparition de son mari et de sérieux ennuis de santé, France Gall n’a rien perdu de sa persévérance.

Quand à Starmania, l’opéra rock de Michel Berger, on ne compte plus ses passages à Paris. Comme l’explique Luc Plamondon, son créateur, Starmania a d’abord été perçu comme futuriste: ce qu’on y montrait était tout bonnement impensable. Mais le réel a rattrapé la fiction. Aux jeunes d’aujourd’hui, Starmania raconte le monde dans lequel ils vivent : les casseurs, les multinationales, le blues du businessman, la quête de l’amour. Rien d’étonnant, alors, si le spectacle draine une fois de plus les foules. Sûrs de leur fait, les programmateurs l’ont mis à l’affiche du palais des Congrès jusqu’au 26 janvier.

France Gall à l’Olympia, (01.47.42.25.49), du 5 au 17 novembre, puis à Bordeaux le 20, à Orléans le 21, au Mans le 22, à Lille le 23, à Mulhouse le 26, à Metz le 27, à Dunkerque le 30. Starmania au palais des Congrès (01.40.68.00.05), jusqu’au 26 janvier.

Magazine : Le Figaro Magazine
Date : 2 Novembre 1996
Numéro : ?

France Gall, message personnel

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France Gall est à l'Olympia du 5 au 17 novembre. Elle nous a reçus (Jean-Pierre Pasqualini et Christophe Daniel) dans le studio mythique où Berger a créé ses œuvres et nous a révélé les années Berger.
France Gall est à l'Olympia du 5 au 17 novembre. Elle nous a reçus (Jean-Pierre Pasqualini et Christophe Daniel) dans le studio mythique où Berger a créé ses œuvres et nous a révélé les années Berger.

France Gall est à l’Olympia du 5 au 17 novembre.

Elle nous a reçus (Jean-Pierre Pasqualini et Christophe Daniel) dans le studio mythique où Berger a créé ses œuvres et nous a révélé les années Berger. Elle nous a aussi parlé de celles qui ont précédé comme de celles qui ont suivi.

La scène c’est l’endroit où vous vous sentez le mieux ?

Professionnellement, oui. La scène et aussi le studio. Côté privé, Je me sens aussi très bien à la campagne.

D’où l’idée de reconstituer ce studio sur scène sous les lumières de Jacques Rouveyrollis …

Jacques est le plus grand artiste de la lumière que je connaisse depuis des années et Je ne me vois pas travailler avec quelqu’un d’autre. Quant aux décors, ils sont dus à un ami architecte, Jean-Louis Berthet. Mais depuis Bercy 93, c’est moi qui mets en scène, même je sais que Bernard Schmitt – que j’ai pris pour filmer et qui va me réaliser le clip de Message personnel – acceptera de m’aider. Personne ne pourra jamais me mettre en scène Michel ne le faisait jamais. Il suggérait des dispositions, des ambiances.

Vous avez toujours beaucoup de grands musiciens autour de vous sur scène

Grands mais humbles : Michael Bland à la batterie et Sonny T. à la basse, qui tra­vaillent avec Prince, David Sancious qui joue avec Sting et qui, pour moi, va faire le multi-instrumentiste : clavier, guitare et basse … li n’y aura que cinq musiciens sur scène, dont Kamil Rustam et son insolence. C’est son grand retour, parce qu’on a travaillé ensemble au Zénith 84, depuis je ne l’ai pas vu ; il vit à Austin au Texas.

En quoi cet Olympia sera t-il différent ?

A travers les spectacles que Michel a pen­sés et conçus pour moi, je voulais faire passer le mieux possible l’énergie et l’émotion. Depuis que j’ai dû m’occuper de moi-même, je me suis rendu comp­te que mes spectacles étaient exactement le reflet du moment dans lequel j’étais. Cet Olympia, je le fais pour aller au bout de l’histoire de l’album France, avec une entrée en scène que je vais être la pre­mière au monde à oser …

Y aura-t-il beaucoup de chansons sur scène qui ne sont pas dans L’album “France” ?

J’inclus toujours des medleys pour faire chanter le public et il y aura quatre ou cinq titres de Michel qui ne sont pas dans l’album et que je n’ai jamais enregistrés. Je ferai aussi une version de “Les Uns contre les autres” complètement différente de l’original, que j’ai failli faire en duo avec Seal sur l’album.

Après les grandes salles, vous revenez à des lieux plus modestes. Ça ne vous gêne pas ?

Ce n’est pas une volonté. Mais je suis contente de faire l’Olympia. C’est vrai que, quand on s’est habitué à ne faire que des grandes salles, c’est très diffici­le de redescendre. J’aime avoir mes aises sur scène et celle de l’Olympia est une des plus petites du monde.

Au niveau budget, votre Olympia doit être cependant lourd …

On a de telles charges sociales avec les musiciens français qu’en prenant des Américains, ça nous coûte moins cher et on les paie mieux. Cependant, ils veu­lent toujours être accompagnés par un “coach”, qui porte et qui prépare leurs instruments.

Comment qualifieriez-vous le Bercy 93 et le Pleyel 94?

Bercy était un spectacle blues, lourd et assis. J’avais les cheveux relevés. C’était noir, gris, blanc, rouge. Ce premier spec­tacle, seule, était difficile. Un an après, à Pleyel, c’était la fête, une bande de copains qui chantaient, dansaient. Ce que je vivais : une histoire d’amour-amitié avec un groupe de quatre garçons, les Gosbo. Ils avaient 20-21 ans. Avec eux, je suis partie en vacances, en week-end, ils pouvaient dormir à la maison … On a vécu ensemble pendant un an. Ces gens m’ont redonné le sourire.

Vous connaissiez déjà ces garçons à Bercy ?

Oui, j’avais commencé par en choisir tren­te pour Bercy. Ils m’ont apporté leur gaie­té, leur langage … une manière de s’habiller qui était proche de ce que j’ai­mais. Sur leur musique, je pouvais dan­ser, me défouler …

Les musiciens de cet Olympia 96 vont-ils entrer dans votre vie comme ceux-là ?

Non. Cette fois, c’est monstrueusement pro, sans être hyper sophistiqué et froid. Sonny T. joue un peu comme Jannick Top.

Justement pourquoi, après Bercy 93, a-t-il disparu?

Deux mois avant Pleyel, Jannick Top, Serge Pérathoner, Claude Salmieri, Denys Lable m’ont quittée. C’est tombé comme ça. Comme ils étaient un peu mes “béquilles”, que c’était une très grande histoire entre nous, la rupture ne pou­vait qu’être très violente. Après avoir pleu­ré un bon coup, j’ai pris le problème à bras-le-corps. Et j’ai été aidée par cette bande de jeunes qui vivaient avec moi. En huit jours, tout s’est arrangé.

Pour Bercy, il y avait eu deux “Live” et même un mini-CD de Mademoiselle Chang, pour Pleyel : rien. Vous êtes passée d’un extrême à L’autre !

Mademoiselle Chang, c’était un peu spé­cial, puisqu’on avait mis en place dix ou vingt mille singles seulement. L’idée, venue d’un ami journaliste, était surtout de le faire en vingt-quatre heures. Mais je n’aime pas cette version. Je devais vrai­ment avoir le blues ! Quant à Pleyel, j’ai éprouvé le besoin de faire un spectacle pour montrer l’état d’esprit dans lequel j’étais, habiller les chansons de Michel. .. sans avoir d’obligations. En revanche, il y aura un “live” de cet Olympia 96.

Vous avez fait de la scène à Paris très tard. Au milieu des années 60, votre manager, Maurice Tézé, nous a raconté que vous n’aimiez pas ça.

Non, mais c’est parce que j’en ai fait beaucoup. Pendant deux ans (Ndlr : de 1964 à 1966), neuf mois sur douze ; j’étais malheureuse. Cela n’avait aucun sens pour moi. Je détestais ça car j’étais entièrement guidée par des adultes.

De 1963 à 1966, on a fait de vous une idole yéyé chantant “Ne sois pas si bête”, “N’écoute pas les idoles”, “Laisse tomber les filles”, “Sacré Charlemagne”, “Poupée de cire”, “Les Sucettes” … ne parlant que de futilités.

Bien sûr, mais cela pouvait être également des choses qui paraissaient futiles et qui ne l’étaient pas. Par exemple, lors de la guerre du Vietnam, j’ai fait une émission de radio. Tout à coup, l’animateur, sans prévenir, a dévié la conversation sur cette guerre. Là, panique! Il m’a demandé ce que je pensais de ce conflit et j’ai répondu : “La guerre du Vietnam, c’est loin …” Je me suis faite assassiner : “Mais quelle conne ! Elle n’a vraiment rien d’autre à dire !” (Rires.) En fait, j’ai dit ça parce que c’était ce que je ressentais, comme tous les Français qui n’étaient pas intéressés par cette guerre.

Vous étiez consciente de votre image ?

Le personnage que les gens avaient de moi n’était pas génial. Comme j’étais mignonne, je ne pouvais être qu’idiote !

Vous faites toujours celle qui feint d’oublier l’idole yéyé qu’elle fût. Vous n’aimiez pas vos chansons ?

J’adorais certains titres de cette époque, comme “N’écoute pas les idoles”, la première chanson que Serge Gainsbourg m’a écrite.

Après l’Eurovision que vous gagnez en 1965 pour le Luxembourg avec “Poupée de cire”, vous adaptez cette chanson de Gainsbourg en Japonais et en allemand, et vous devenez une chanteuse internationale.

L’allemand était ma seconde langue, mais comme j’ai arrêté l’école à l’âge de 15 ans, après avoir redoublé ma 6ème, et ma 3ème, je n’étais pas très au point. Mais c’est vrai que j’ai chanté “Poupée de cire” en allemand, en japonais phonétique, et aussi en espagnol, en anglais, en italien … ! (Rires.)

Y a-t-il des chansons de Gainsbourg que vous aimez encore ? Seriez-vous capable de les rechanter sur scène ?

Oh, oui ! Je les aime toutes, mais je ne pense pas pouvoir les rechanter un jour. Pas à cause du rythme, mais plutôt des paroles …

Vous trouvez que les textes de Gainsbourg sont stupides ?

Mais pas du tout ! lis ne me correspondent plus, tout simplement.

“Teenie Weenie Boppie” pourrait être chanté au deuxième degré …

Ça, c’est vraiment une peinture de l’époque, mais quel texte magnifique, génial. Cela n’a pas marché du tout et c’est là qu’on s’est séparés avec Serge, parce qu’il n’aimait pas les échecs. En plus, c’est l’autre face, Bébé requin, un titre formidable écrit par Joe Dassin, qui a marché. Serge était plutôt vexé.

Pourquoi Dassin n’a-t-il pas continué à écrire pour vous ?

Il écrivait très peu pour les autres et puis sa carrière marchait formidablement bien. Est-ce qu’il n’y avait pas, en plus, un problème de droits d’édition ?

Vous avez aimé sortir des duos sur disques …

Oui, avec Elton John en 1981, Donner pour donner …

Je parlais de ceux de 1967 avec Maurice Biraud puis Mireille Darc.

(Silence.) Ça, c’était autre chose … Mireille Darc me disait toujours: “A côté de toi, j’ai l’air d’une mère maquerelle !” (Rires.)

C’est étonnant que dans les années 60 vous n’aimiez pas la scène, étant très intime avec des chanteurs comme Claude François puis Julien Clerc …

Non, j’ai toujours eu plus de plaisir à regarder.

Dans les années 60, choisissiez-vous vos chansons ?

Mon père qui travaillait dans ce métier m’a beaucoup dirigée pendant les cinq premières années. Ensuite, j’ai arrêté pendant cinq ans.

Pourquoi dites-vous toujours que vous avez arrêté de 1969 à 1974 ? Après les années Philips, vous avez enregistré à La Compagnie, chez Atlantic et chez Pathé. Sans parler de vos enregistrement en allemand chez BASF. Vous n’assumez pas ?

Oh la la, quelle horreur ! J’ai volontairement sorti cette période de ma mémoire ! Les filles oublient facilement ce qui les gêne.

Avez-vous souffert du creux de la vague ?

Qu’est-ce que je n’étais pas bien ! C’est assez angoissant à 20 ans de ne pas avoir d’argent, surtout quand on en a eu beaucoup à 16.

La Compagnie avec Norbert Saada et Hugues Aufray, c’était une galère ?

Galère, c’est le mot ! Hallucinant. Je suis même allée au festival de San Remo défendre L’Orage avec Gigliola Cinquetti. Là, j’ai même chanté avec Little Stevie Wonder. Je me souviens avoir été très mauvaise.

Vous avez aussi fait beaucoup de pubs de produits hallucinants dans des magazines pour adolescents ?

Aïe, aïe, aïe ! Pendant dix ans, j’accep­tais tout chez Filipacchi : Salut les Copains et Mademoiselle Age tendre. Mes parents avaient souffert de la guerre et du manque d’argent et m’avait inculqué cette peur. Ces pubs étaient une maniè­re de gagner de l’argent et de les aider. C’est cependant la première chose que Michel m’a demandé d’arrêter quand on s’est rencontrés. Il m’a dit : “Les concombres sur la figure et les couver­tures habillée en short, c’est fini !” (Rires.)

Auparavant, vous acceptiez tout ce qu’on vous proposait ?

Complètement. J’ai même fait un roman-photo ! J’ai d’ailleurs une anecdote à ce propos. Lors du tournage, j’ai appris la mort de De Gaulle (Ndlr : en 1970), ce qui m’avait fait beaucoup de peine. Le problème, c’est que mon partenaire détes­tait De Gaulle et disait tout le temps: “Tant mieux ! On en est enfin débarrassés.” Je l’avais pris en horreur et je me disais : “Quelle honte !” Pour moi, ce roman-photo, c’était la déchéance. L’étape d’après aurait été de faire un film porno. (Rires.)

Chez Pathé, en 1972, il y a eu un retour Gainsbourg avec Frankenstein …

Oui, parce qu’au bout de deux ou trois ans (Ndlr : cinq en fait), je me suis dit qu’il fallait retourner voir Gainsbourg, car ce que je faisais était vraiment trop nul.

Quand vous dites que les Allemands sont demandeurs de votre dernier album, c’est en souvenir de ces années où vous chantiez “A Banda” en allemand ?

Et aussi grâce à “Ella, elle l’a” ! Depuis les années 60, ils ont toujours cru que j’étais une chanteuse allemande.

Vous vous souvenez donc de tout …

… Bien sûr ! Juste avant “La Déclaration”, j’ai même enregistré un 45t qui s’appelait “Par Plaisir”, une chanson signée Thomas et Rivat, dans laquelle je faisais un vibra­to à la Véronique Sanson. (Rires.)

Vous avez rencontré Michel Berger vers 1972 …

Non, je l’ai vraiment connu en 1974, et on s’est mariés en 1976. Je l’avais croi­sé quelquefois auparavant quand il était avec Véronique Sanson, avec laquelle j’étais assez amie. C’était quelqu’un de très agréable à écouter parler, c’était merveilleux d’avoir une conversation avec lui. Mais lui et moi n’étions pas dis­ponibles. Ensuite, de 1974 à 1992, j’ai parlé avec lui pendant dix-huit ans. Cela m’a permis de passer de la fille qui ne parlait pas à celle qui s’exprime.

A partir de 1974, Michel vous a surtout beaucoup forcée à travailler …

Absolument. Je suis une très grosse pares­seuse. Michel m’a donné des coups de pied au cul tout le temps … Mais qu’est-ce que c’était bien !

Deux duos que l’on trouve dans le coffret Berger : A qui donner ce que j’ai et Au Revoir Angelina proviennent d’une comédie musicale qui ne s’est jamais montée …

C’était quand on s’est rencontrés. Tout de suite, il m’a emmenée à Los Angeles, au mois d’août 1974. Pour cette comé­die musicale, dont l’histoire partait de l’enlèvement de Patty Hearst, on a même enregistré pratiquement tout un album avec les musiciens de Toto. Ensuite, il a trouvé que ce n’était pas assez fort et a tout mis de côté. C’est durant ce voya­ge qu’il a écrit le début de Starmania et qu’il a découvert Diane Dufresne, puis fait la connaissance de Luc Plamondon.

Quel est le Starmania que vous avez préféré ?

Celui de 1979. Ce n’est peut-être pas le meilleur, mais je crois que c’est celui qui laisse le plus de souvenirs à ceux qui l’ont vu. C’était le chantier, mais c’était extra­ordinaire. Soixante-dix personnes sur scène, Daniel Balavoine, Fabienne Thibeault … et beaucoup de souffrance. Je me souviens du metteur en scène, Tom Hogan, un Américain qui avait fait Hair, Jésus-Christ Superstar, un dieu.

Vous revoyez les gens de cette époque ?

Non. J’ai des relations extrêmement pas­sionnelles et fortes autour d’un projet, et puis après, je passe à autre chose.

Vous souvenez-vous de la deuxième version de Starmania à Paris en 1988 ?

J’étais dans la salle tous les jours des répé­titions et je regardais Michel mettre en scène. Quel bonheur ! C’est la version que j’ai préférée. Maurane et Renaud Hantson étaient fabuleux.

Les comparaisons qui ont pu être faites entre Renaud Hantson et Daniel Balavoine vous semblent-elles fondées ?

Il y a quelque chose dans l’émotion. Très rarement des chanteurs m’ont touchée comme eux.

C’est pour cette raison-là que Michel Berger l’a réengagé pour La Légende de Jimmy ?

Oui. Il n’y a pas beaucoup d’artistes qui chantent si bien. Dans La Légende, on a également repris Nanette Workman, onze ans après le premier Starmania, car cette fille fantastique est un monument.

Vous avez chanté sur le dernier album de Renaud Handson : Quatre saisons et Bof Génération, ce que vous ne faites jamais …

J’ai beaucoup de tendresse pour Renaud même avec son caractère de chien. Il est tout fou, il dit des conneries grosses comme des maisons, mais il est touchant. C’est le chanteur qui a le mieux traduit avec sa voix la musique de Michel. Même si quelquefois il prend des liber­tés. Par exemple, je ne suis pas toujours d’accord avec sa façon de placer sa voix.

Que pensez-vous de l’actuelle version de Starmania au Palais des Congrès ?

Je ne sais pas. Je suis complètement en dehors du projet. Je n’y retrouve pas le charme de la musique de Michel. L’année dernière, j’ai envoyé mes enfants la voir pour savoir si je devais y assister. Ils m’ont dit: “Pas encore.”

Avez-vous vu toutes les diverses moutures de Starmania au Québec et la version amé­ricaine sur disque, Tycoon, avec Céline Dion, Cindy Lauper?

Je n’en ai vu qu’une sur les trois du Québec, la deuxième, je crois, avec Martine St-Clair. En ce qui concerne Tycoon, le disque n’est jamais sorti ailleurs qu’en France, car les Américains n’étaient pas intéressés.

Quelle a été l’évolution de France Gall sur scène à Paris, depuis La première au Théâtre des Champs-Élysées en 1978 ?

J’ai eu le courage de refaire de la scène en 1978 grâce à un producteur, Claude Wild. J’avais vraiment peur, surtout à cause de mes souvenirs et Michel m’a poussée. J’ai accepté mais cela a été dur pour moi. La première idée avait été de faire ce spectacle avec Quincy Jones, malheureusement, il était très malade. La deuxième est celle qui a abouti : uni­quement des filles sur scène ! Dix-huit au total ! Je me souviens que Christian Vander, intrigué, venait voir répéter la fille qui jouait de la batterie …

Début 1982, c’est Le palais des Sports …

Le Palais des Sports a été le spectacle que j’ai préféré avec le Zénith 87. Cela avait été la perfection : des décors réa­lisés par le frère de Michel, d’excellents musiciens comme Claude Engel et un grand metteur en scène, en titre, car c’est Michel qui dirigeait tout. C’est la première fois que je me rendais comp­te de la dimension du public quand il se manifeste.

Vous êtes passée du Palais des Sports 82 au Zénith 84, et 87, puis à Bercy 93. Vous avez évolué de spectacles grands à immenses …

J’aime les grandes salles. Au Zénith 87, j’avais même dessiné les décors.

Après Le Zénith de 87 et jusqu’en 1990, on racontait que France Gall allait arrêter de chanter. C’était vrai ?

C’était vrai, mais je ne souhaitais pas le dire parce qu’on n’est jamais certain de rien. Je voulais partir au moment où j’étais au plus haut.

Cette envie de tout arrêter n’était pas liée à des problèmes personnels avec Michel Berger?

Oh, pas du tout. J’avais vécu une espè­ce de crescendo, jusqu’à Ella elle l’a et ce Zénith 87. Il y avait eu sur scène tout ce que j’aime, les Américains, les Africains ; c’était extraordinaire. Je pensais que je ne pourrais jamais faire mieux.

Cela n’a pas affecté Michel Berger que vous ne vouliez plus chanter …

Si. Ça avait déclenché chez lui une peine incroyable. Il s’est alors lancé dans plein de choses. Je n’avais pas compris que c’était aussi important pour lui que je chante. Michel n’était pas quelqu’un qui disait les choses.

En 1991, vous acceptez enfin de ressortir un album en duo avec Michel Berger, Double Jeu.

Non, c’est moi qui lui ai demandé. J’avais pris ma période de réflexion.

Vous n’avez pas permis qu’on sorte dans le coffret de Michel Berger des inédits de cet album?

Non et cela a été un gros problème pour moi de sortir des inédits, même si on m’a expliqué que … J’ai quand même limité la casse, car Michel n’aurait jamais voulu tout montrer.

Mais peut-être que ces quelques inédits sont intéressants dans son évolution ?

De Double Jeu, il y a des inédits que je n’ai pas voulus mettre dans le coffret. Pour chaque album, Michel en préparait treize et n’en gardait que douze. Cela dit, ça pourrait faire un jour un album rigolo. Parmi les deux ou trois “oubliées” de Double Jeu, i I y a une chanson sur les Indiens que j’aimerais beaucoup faire car elle me ressemble énormément. Nous ne l’avions pas finie car il a été impossible de trouver le groove.

Y a-t-il beaucoup de chansons de Michel Berger qui n’ont pas abouti et que vous pourriez chanter ?

Très peu. Il jetait tout de suite un titre quand je disais que je n’avais pas envie de le chanter. Un jour, il a voulu me faire interpréter une chanson qui s’appelait Avec le Nouveau Groupe. Je ne voyais pas pourquoi j’allais chanter ce morceau, alors, furieux, il l’a déchiré.

Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis, évoluer dans La vie ? Toutes vos rencontres ?

Non, ce ne sont pas les rencontres. C’est la mort de Michel en 1992, ma mala­die et toutes les choses que vous ne savez pas …

Vous trouvez que La presse a trop dit de choses sur vous ?

Vous savez, quand on a parlé de moi pour la première fois comme d’une femme, c’est à la mort de Michel. Avant, on parlait d’une chanteuse ; ce n’était pas très sérieux.

Avez-vous mal vécu la médiatisation de la mort de Michel Berger ?

Très mal. Mais je savais que si je n’ou­vrais pas les portes du cimetière à la pres­se, ce serait l’horreur avec tout ce que je déteste. Grâce à ça, on a pu faire un enterrement dans une dignité, un calme, une beauté extraordinaire. Évidemment, tout le monde a pu faire des photos, la presse entière en a pris l’habitude, et quand ma maladie est arrivée, ils m’ont envoyé à nouveau les paparazzis. Là, en revanche, j’ai éprouvé le besoin de faire des procès.

Comment ont-ils découvert votre cancer du sein ?

Par moi. Avant d’en arriver à l’avouer, je m’étais dit: “Plus aucun mec ne vou­dra m’approcher.” Une femme s’en fait un monde. J’ai cru que j’allais mourir ou être mutilée. Ensuite, comme je déteste le mensonge et qu’il fallait que j’annule Bercy, je devais donner une rai­son. Je n’allais pas dire que j’avais la jambe cassée; c’était ridicule. j’ai donc fait une annonce toute simple et ça a fait un truc monstrueux. J’ai été obligée de quitter ma maison, mes enfants vivaient chez des parents d’élève. Ce fut un véritable chamboulement. Heureu­sement, au final, rien n’a été changé physiquement.

Vous avez enregistré quelques morceaux de votre dernier album France à Minneapolis …

Au moment de Pleyel, je suis partie pendant trois jours en novembre 1994 aux USA. Si j’ai fait un disque avec les Américains, alors que je ne parlais pra­tiquement pas anglais, c’est pour faire connaître la musique de Michel dans le monde entier … C’est mon but aujourd’hui.

Selon le livret, Les enregistrements ont été éparpillé sur toute l’année 1995. “France” vous a vraiment pris un an ?

Oui. Il s’est préparé ainsi parce que c’était la première fois que je faisais un album seul. Un mois sur le choix des chansons, deux mois de pré programmation, les enregistrements … On a mixé, une première fois à Paris. Comme je n’étais pas satisfaite, on a remixé à New York.

Vous étiez dans le studio de Prince à Minneapolis. Vous l’avez rencontré ?

Non. J’ai cependant vu le grand stu­dio un jour où il l’avait réservé : deux mille bougies étaient allumées, de la cuisine chinoise était au chaud, les musiciens et un ingénieur du son atten­daient … C’est un fou qui n’a plus le sens des réalités. C’est parce qu’il veut faire un disque pour les enfants, que je peux aujourd’hui avoir ses musiciens. Ils ne veulent pas le suivre.

Pour “France”, vous n’aviez plus de mana­ger?

Je me suis séparée, il y a plus d’un an, de mon manager. J’ai alors demandé à un ami, Philippe Chatiliez, le frère d’Etienne, de m’aider. Il a lâché son boulot pendant des mois pour me suivre à New York. Il m’a aidée à aller au bout de mon disque. Pour la pochet­te, il a même demandé à son amie, Kate Barry, la fille de Jane Birkin, de faire la photo.

Pourquoi avoir repris sur cet album vos propres succès récents pour en faire de nouvelles versions ?

C’est une bonne question. Ce disque est un peu bâtard, car j’ai mélangé les choses. Il est destiné au marché fran­çais, mais aussi à l’étranger, même si je sais qu’il y a peu de chances qu’il sorte aux USA.

Pour Message personnel, le nouvel extrait de “France”, vous n’avez pas repris l’intro parlée par Françoise ?

Françoise me le reproche suffisamment ! C’est elle qui a écrit ce texte d’intro et il est fait pour elle. Jamais je ne pour­rai dire certaines phrases de Françoise. Impossible.

IL y a des chansons de Michel Berger que vous ne chanteriez pas ?

Oui, il y en a que je n’aime pas beau­coup : Mon Piano danse, Celui qui chan­te, Maria Carmencita … par exemple.

Vous ne vous verriez pas chanter vous-même en anglais du Berger, comme Céline Dion chante du Goldman ?

Non, pourtant j’ai essayé avec Tim Rice. J’ai commencé à enregistrer quatre textes en anglais pour la version inter­nationale de l’album France: La Lumière du jour, Evidemment, You Have To Learn To Leave, l’adaptation de Les Uns contre les autres pour Tycoon, et Message per­sonnel dont Françoise avait fait l’adap­tation en anglais. Comme j’ai dû faire un ou deux “scratches” vocaux, ça m’a découragée.

On ne vous oblige pas un peu à porter le lourd héritage de Michel Berger ?

Jamais personne ne me dit ce que je dois faire. J’ai pratiquement très peu parlé de Michel depuis sa mort. Je n’en ai jamais parlé autant qu’aujourd’hui.

Quel pourrait-être le prochain album de France Gall ?

Je ne pense pas faire de France 2 avec des chansons de Michel, donc je ne sais pas si je referais un disque.

Vous ne pourriez chanter personne d’autre ?

Je ne pourrai chanter les chansons de quelqu’un que si j’ai une relation forte avec cette personne. Il faudrait au mini­mum un truc monstrueux entre nous. Je ne serais pas capable de faire un truc en dessous de Michel. J’aime cepen­dant beaucoup ce que fait Youssou N’Dour que j’ai rencontré à Dakar.

Vous aimez toujours faire la promo pour la sortie d’un album, d’un spectacle?

Je n’aime pas le système actuel où pour faire une scène, il faut d’abord faire un album. A la télé, je ne trouve pas ma place dans ces espèces de grandes fêtes où il faut rire absolu­ment, un genre de bastringue où tout le monde chante Si maman si … si maman si … comme dans les fêtes de la bière de Munich, que j’ai bien connues. (Rires.)

Magazine : Platine
Propos recueillis le 24 septembre 1996
Par Jean-Pierre Pasqualini et Christophe Daniel
Date : 2 Novembre 1996
Numéro : 35

Brève rencontre avec France Gall – Tout par coeur …

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Brève rencontre avec France Gall - Tout par coeur ...
Brève rencontre avec France Gall - Tout par coeur ...
Brève rencontre avec France Gall - Tout par coeur ...

Elle a de la persévérance, France. Elle a de l’or­gueil. Elle a ce supplément d’âme qui lui fait porter haut, plus haut, la musique de Michel Berger.

Elle a la flamme. Elle l’a ! Elle l’a ! France Gall ne joue pas de piano, mais elle sera debout, à !’Olympia, du 5 au 17 novembre.

Le Nouvel Observateur. – Reprendre le réper­toire de Michel Berger, c’est replonger dans le deuil ?

France Gall. – La beauté prend la place de la douleur. Je me suis mis la tête dans sa musique deux jours après sa mort. Avec les enfants, le soir, on écoutait, on chantait, on connaît tout par cœur. C’était important de ne pas se cacher les choses. On n’échappe pas à son destin. Il me reste cette musique, et je sais maintenant ce que je dois faire.

N. O. – Quand vous êtes partie pour Los Angeles, vous pensiez à enregistrer votre album, « France », ou vous vouliez fuir ?

F. Gall. – Fuir la fin d’une vie, fuir une fin de vie. J’avais l’impression de voir le deuil de Mi­chel dans le regard de tous, le deuil et ma mala­die. C’est vrai que je me suis dit aussi : “Qu’est-ce que je pourrais faire à Los Angeles pour ne pas me suicider pendant que les enfants sont à l’école ?”

N. O. – Vous avez débuté très jeune. 15 ans, c’est tôt pour quitter l’école …

F. Gall. – Je ne voulais pas avoir une vie nor­male. Et je ne voulais pas redoubler ma troi­sième. C’était facile, au temps des yé-yé : un essai de voix et le disque était fait.

N. O. – Vous avez de mauvais souvenirs de ces an­nées.

F. Gall. – J’ai été très très malheureuse. On chantait dehors, dans la boue, on entendait (A poil !), Et puis Gainsbourg qui arrive là-des­sus ! Il était adorable, Serge. Hyper bien élevé, très timide, très généreux déjà et doué ! Ça a été une période perturbée pour lui aussi. Il passait d’un coup du chanteur qui ne marchait pas fort à Poupée de cire poupée de son. Il a eu honte. En même temps, il a gagné tellement d’argent que ça lui a plu. Au bout de cinq ans, on s’est dit qu’on était allé au bout et on s’est sé­paré. Tout ça sans s’être jamais tutoyé, avec des rapports très … corrects. J’ai du mal à m’expri­mer parce qu’il reste quelque chose de pas réglé entre nous. J’ai souffert, j’ai dû lui en vouloir.

N. O. – C’est vrai que vous n’aviez pas compris les paroles des “Sucettes à l’anis” ?

F. Gall. – Évidemment et je m’en vanterai jus­qu’à la fin de mes jours. Je n’étais pas la petite salope que tout le monde imaginait. J’étais cette gamine, cette Annie. Je n’ai plus osé sortir de chez moi pendant des mois.

N. O. – Vous avez grandi, depuis.

F. Gall. – Jusqu’à la mort de Michel, j’étais une petite fille.

N. O. – Vous avez pensé à chanter d’autres chan­sons que celles de Michel Berger ?

F. Gall. – Jamais. A l’Olympia, je n’interprète que des tubes, mais ce sera du jamais entendu avec le démentiel groupe funky que j’ai là : le batteur et le bassiste de Prince, un choriste et le clavier de Stevie Wonder. Ah si ! On va rendre un hommage à James Brown avec “Sex Ma­chine”. Mais ce n’est pas moi qui le chanterai.

N. O. – Vous avez un autre homme dans votre vie ?

F. Gall. – Oh ! Je l’ai demandé (elle lève les yeux vers le ciel) très très fort. Je ne sais pas où ça va aller, mais oui ! je suis bien.

N. O. – La force que vous avez aujourd’hui, elle vous vient d’où ?

F. Gall. – C’est une force que je ressens physi­quement, vous comprenez. J’ai ressenti une force à l’intérieur de moi après la mort de Mi­chel. Elle ne m’a plus jamais quittée.

Magazine : Le Nouvel Observateur
C. D.
Date : 31 octobre – 6 novembre 1996
Numéro : 1669

France Gall : je suis dans une période faste, tout me réussit !

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Une première : France Gall, qui sera du 5 au 17 novembre à l'Olympia, ouvre les portes de son appartement parisien, où elle vécut avec Michel Berger.
Une première : France Gall, qui sera du 5 au 17 novembre à l'Olympia, ouvre les portes de son appartement parisien, où elle vécut avec Michel Berger.

Une première : France Gall, qui sera du 5 au 17 novembre à l’Olympia, ouvre les portes de son appartement parisien, où elle vécut avec Michel Berger.

Un geste lourd de signification : pour elle, c’est une page de sa vie qui se tourne.

En chemise et caleçon, pieds nus, sans autre sophistication qu’un collier et des bracelets d’argent, elle éclaire de son sourire un appartement déjà lumineux. Un décor qui lui ressemble, comme une chanson de Michel Berger …

France Gall : Une maison, c’est le reflet intime de soi-même. Et pour avoir envie d’en ouvrir les portes à tous les regards, il faut n’avoir que de bonnes nouvelles à annoncer. Aujourd’hui, c’est le cas. Je suis dans une période faste. Tout me réussit dans trois domaines essentiels: mes enfants, ma vie et la musique.

Gala: Dans cet ordre-là?

F. G : Absolument. Même si la musique a pris une place ahurissante à laquelle je ne m’attendais pas.

Gala : Est-ce une des raisons pour lesquelles vous faites l’Olympia ?

F. G : Oui. Je voulais être sur scène dès cette rentrée et y refaire – entre autres – mon dernier album. Pas question d’attendre. Vous n’imaginez pas le plaisir que je vais prendre. Les gens doivent sortir du spectacle en se disant : « C’est son meilleur ! » Ne vous offusquez pas : on ne peut pas avoir d’humilité quand on prépare une scène.

Gala : Comment acquérir cette confiance en soi ?

F. G : En osant le face-à-face avec soi-même. Quand on se retrouve seule avec tout à assumer, mais avec un héritage aussi exceptionnel que celui laissé par Michel, il faut s’y mettre, trouver ses solutions, avoir sa propre vision des choses. Humainement comme artistiquement. Quelques semaines avant sa mort, Michel m’a légué, par testament toute son œuvre. Je n’aurais jamais pu m’imaginer que cet honneur me reviendrait et, en même temps, c’est une grande tristesse pour moi.

Gala : Vous ne pouvez pas vous en tenir au répertoire de Michel Berger, il n’est pas inépuisable !

F. G : Le trésor est immense. Mais j’ai envie d’écouter ceux qui me poussent à écrire moi-même. Je suis suffisamment lucide et sévère sur mon travail pour faire cet essai sans me fourvoyer. L’idée de m’installer un jour, seule, dans un endroit comme ma maison de Dakar et, pour ne pas m’y ennuyer, de m’y mettre à écrire, est un rêve fou.

Gala : Cette maison est votre oasis de paix …

F. G : Elle me permet de respirer. La première fois que je suis allée à Dakar, je devais avoir vingt ans, j’habitais un hôtel face à une petite île qui me faisait rêver. Par la suite, j’y suis revenue très souvent, notamment avec Michel et Daniel Balavoine et, chaque fois, je fantasmais sur cet îlot qu’on ne peut atteindre qu’en pirogue. Un jour, j’ai traversé et j’ai vu une pancarte « à vendre » sur une maison. C’était une ferme normande ! Mais je m’en fichais, car je savais que je changerais tout. Ça me fait rire d’avoir une maison là. Ce n’est quand même pas ce qu’il y a de plus pratique !

Gala : Vous travaillez beaucoup et vous avez de nombreux projets de départs lointains. Comment vos enfants vivent-ils cela?

F. G : Après la tournée française et les vacances de fin d’année, il est possible que je parte au Japon, au Brésil ou au Canada, afin d’y exporter la musique de Michel. Avec Pauline et Raphaël, nous nous préparons psychologiquement à ces séparations. Nous alternons les absences avec de longues périodes quasi fusionnelles. Cet été, par exemple, on a passé deux mois à Ramatuelle en osmose totale. J’ai même passé une semaine à Venise avec Pauline.

Gala : Vos enfants vont bien ?

F. G : Merveilleusement. Il y a peu de temps encore, c’était quasiment inespéré. Ils m’émerveillent.

Gala : Il paraît que Pauline a des dons en dessin et que Raphaël chante …

F. G : C’est vrai. Mais Raphaël est comme moi, dur avec lui-même. Il faisait aussi beaucoup de piano et il vient de renoncer à tout cela pour ne pas souffrir de la comparaison avec son père.

Gala : Comment vivez-vous à Paris ?

F. G : Après m’être bien étourdie et avoir fait la fofolle pendant quelque temps, je n’ai plus du tout envie de sortir. Finie la danse jusqu’à 5 heures du matin. Je ne vais plus au théâtre ni au ciné. Je suis hyper heureuse de rentrer chez moi avec mes enfants et leurs copains. Avec mes objets et la musique. Et puis, je travaille énormément.

Gala : Après la mort de Michel, avez-vous beaucoup modifié votre appartement ?

F. G: Pas plus que d’habitude. J’ai toujours tout changé tous les six mois. Un décor, il faut que ça bouge. En ce moment, j’ai tendance à vider, mais je reste fidèle aux objets qui comptent. On en a acheté pas mal avec Michel. Ils sont chargés de souvenirs mais, avant tout, ils sont beaux. Et puis, je suis en pleine période d’accrochage ! Dans ma chambre, j’ai accroché trente-six photos d’Indiens signées Curtis. Des merveilles. Mes amis me demandent comment je peux dormir avec ces vieilles têtes d’indiens ridés. Eux, ça leur fait peur. Moi, ça me calme.

Gala : Il y a quelques mois, à la question « Êtes-vous amoureuse ? », vous répondiez que seul le temps donnerait son verdict.

F. G: C’est vrai. Mais notre histoire n’a qu’un an et je ne suis pas encore en veine de confidences. Un an, c’est un peu court pour énoncer des certitudes. Et quoi qu’il en soit, mon actualité, mon urgence, c’est mon spectacle. C’est pour cela qu’on se voit.

Gala : Est-il vraiment difficile de concilier sa vie privée avec un amour passionné pour son métier ?

F. G: Plus ça va, plus je pense qu’un homme dans ma vie ne peut pas être quelqu’un d’étranger au métier. J’ai eu une petite histoire avec un type qui n’avait rien à voir avec la musique. Je savais qu’à la longue, ça ne pouvait pas durer. Très vite, on ne sait plus de quoi parler.

Gala : Par amour, pourriez-vous renoncer à la musique ?

F. G: Non. Je ne crois pas qu’un mec pourrait me faire quitter ce métier. Et puis, comment m’enticher de quelqu’un qui se soucierait aussi peu de mes passions ? De toute façon … je ne cherche personne.

Gala: Comment envisagez-vous l’avenir?

F. G : Le temps qui passe, la solitude me font moins peur. J’ai de plus en plus soif de vie, de connaissance, de rire. Mais ça va quand même être vraiment difficile, car j’ai le sentiment d’avoir perdu mon vrai rire. Cela m’embête beaucoup. Autour de moi, en tout cas, on me trouve sereine.

Gala : Que vous inspire cette phrase de Michel : « On garde cette blessure en nous … qui ne change rien, qui change tout » ?

F. G : J’ai juste envie de répondre par le titre de la chanson dont elle est extraite: Évidemment.

Gala : Dans Résiste, il écrivait : « Prouve que tu existes. Cherche ton bonheur partout. »

F. G : Il a aussi écrit « Bats-toi». Cela fait partie des petits conseils qu’il envoyait à travers ses chansons.

Magazine : Gala
Par Alain Morel
Photos :Marianne Rosenstiehl
Date : 17 octobre 1996
Numéro : 175

France Gall : elle nous reçoit chez elle, au Sénégal

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Quatre ans après la mort de Michel Berger et un an après la guérison de son cancer, France Gall a enfin trouvé une harmonie.
Quatre ans après la mort de Michel Berger et un an après la guérison de son cancer, France Gall a enfin trouvé une harmonie.

L’année 1996-1997 sera celle de ma renaissance.

Quatre ans après la mort de Michel Berger et un an après la guérison de son cancer, elle a enfin trouvé une harmonie.

Entre Paris, Los Angeles et Dakar, France a réappris à rire. Du 5 au 17 novembre, elle se produira pour la première fois à l’Olympia. A 49 ans, la « Poupée de son » avoue avoir réussi à balayer ses peurs.

Dehors, il pleut à seaux et à cordes. Un temps de chien, ça s’appelle. France, de retour à Paris, jette un œil à la fenêtre de son appartement, puis, féline et frileuse, se pelotonne sur son canapé. Il faudrait donc dire qu’il fait un temps de chat. Un temps à ne rien faire d’autre que de parler, parler de ce qu’on aime, les enfants, les maisons, et la musique, évidemment, cette musique de Michel Berger que France Gall s’apprête à mettre en scène à l’Olympia, avant de partir en tournée dans toute la France, puis en Allemagne, au Brésil, au Japon.

L’averse s’est obstinée. Alors parler, nous non plus, on n’a plus arrêté. Parler de tout et de rien, c’est-à-dire de l’essentiel, les enfants, les maisons ; la musique, la mort de Michel Berger – harmoniques renouvelés d’une mélodie ancienne. Et pourtant, aussi têtue que la pluie de cet après-midi-là, France Gall ne cessait de le répéter, elle se voit maintenant partie pour sa « seconde vie » …

Comment sait-on qu’on a pris un nouveau départ ?

– Presque la même année, en 1992, j’ai perdu les trois piliers de l’univers qui était alors le mien, mon père, mon mari, le père de mon mari. J’ai dû apprendre à vivre sans homme, sans protection, sans toit donc. Impensable pour moi. Jusque-là, j’avais tout fait pour être entourée. Il y avait d’abord eu mon père. Et puis Michel est arrivé. Travailler avec Michel, c’était la première chose que j’aie vraiment décidée dans ma vie. Quand j’ai entendu sa musique, je me suis dit : « Je veux travailler avec ce type-là. »

Et ça s’est fait, il m’a emmenée avec lui pour mon plus grand bonheur. A sa disparition, il a fallu que j ‘apprenne à m’occuper de moi toute seule. Pendant deux à trois ans, j’ai cafouillé, mais l’année 1996-1997 sera celle de ma renaissance. Je vais en profiter pour balayer toutes mes peurs. Peur de l’avenir. Peur de vieillir. Peur de la solitude. Pour laisser la place à la connaissance. Au rire, à nouveau. A une certaine paix. Al’ amour encore et à la musique toujours, Autour, les gens courent. Je les regarde s’étourdir. On ne peut pas penser au milieu d’un tourbillon.

Penser à quoi ? Au passé ?

– Mais non, à l’avenir, je suis entièrement tournée vers l’avenir ! La vie avec Michel a été unique et magnifique. J’ai eu la chance de le connaître pendant dix-huit ans. Mais si j’ai perdu l’amour, il me reste la musique. En dehors de l’amour, le bonheur le plus fort que je connaisse, c’est la musique. Alors allons-y, fonçons dans la musique ! Cette réaction quasi immédiate a agi comme une conjuration magique. Au lieu de m’effondrer, je me suis découvert de la force. Celle d’aller vers l’avenir. D’ailleurs, j’ai fait trois spectacles en quatre ans, ce qui ne m’était jamais arrivé.

Mais les chansons que vous chantez, ce sont toujours celles de Michel Berger. Ça n’est pas de la nostalgie, au contraire ?

– Non ! Justement non ! Michel est naturellement présent par sa musique. Quand je chante les chansons de Michel, je suis entièrement envahie par l’amour qu’elles provoquent en moi ; et tout mon effort, c’est de faire passer au public, dans la minute, dans la seconde, cet extraordinaire courant d’amour qui ne cesse pas, jamais …

A quoi l’attribuez-vous ?

– Parce que c’était lui, parce que c’était moi … Michel était la personne qui me connaissait le mieux, et j’étais la personne qui le connaissait le mieux. Trois mois avant sa mort, il a écrit un testament où il m’a légué toute son œuvre. C’est un geste d’une pureté bouleversante, quand on sait ce que représente l’écriture pour un artiste. J’essaie de ne pas faire n’importe quoi et d’être digne de mon héritage.

Pourtant vous dites aussi que vous avez changé ?

– Mais ça n’empêche pas, au contraire ! La vie m’a forcée à me placer enfin face à moi-même. Elle m’a contrainte à comprendre qui je suis. Du coup, je ne serai plus jamais la même.

Il y a eu votre maladie, aussi. Votre cancer du sein, pour appeler les choses par leur nom.

– La maladie s’est déclarée huit mois après la mort de Michel. Une fois passé le moment où j’ai dû assimiler le fait que j’étais très gravement malade, je n’ai pas été étonnée de ce qui m’arrivait. J’ai immédiatement compris que cette petite boule, c’était la concrétisation de la souffrance que j’avais ressentie à la mort de Michel. Au sens propre du terme, cette souffrance avait pris corps. On m’a guérie de ma maladie physique et donc, parallèlement, j’ai pu me reconstruire psychologiquement. C’est pourquoi je n’ai pas peur d’une récidive de cette maladie. J’ai compris aussi que je n’avais pas eu d’adolescence. Alors, cette adolescence, je l’ai vécue après la mort de Michel. Je me suis étourdie, comme on le fait entre 15 et 20 ans. Étourdie sagement, entendons-nous bien, dignement, même si je me grisais de musique et de danse dans des boîtes jusqu’à 5 heures du matin ! Simplement, il me fallait nécessairement en passer par là. Et puis, il y avait mes enfants. Quand on a des enfants, on s’oublie soi-même. Alors, peu à peu, les choses se sont faites, la musique de Michel est devenue ma musique à moi.

Le showbiz n’est pas précisément le lieu du nirvana ! Il exige, entre autres talents, un solide sens des affaires. Vous arrivez aussi à vous débrouiller seule dans ce domaine ?

– Je n’aime pas les affaires, mais j’ai dû m’y faire. Tiens, voilà une chose qui me rend ronchon, avoir à parler affaires …

Comment vos enfants ont-ils vécu toute cette période ?

– Le mieux qu’il est possible quand on vient de perdre un père encore jeune. Mais nous avons des rapports exceptionnels. Entre nous, c’est l’amour fou. Pour la première fois, j’ai envie de parler d’eux tellement ils m’éblouissent. Quand je les vois évoluer, je me dis que ça n’est pas possible d’avoir fait deux merveilles pareilles. Vous voyez, c’est grave ! Je suis absolument seule pour les élever et ils n’ont aucun dialogue avec un homme. Alors, ils vivent à fond l’amitié qu’ils découvrent.

Avec l’Olympia début novembre, les heures en studio pour préparer votre CD, votre tournée au début de l’année prochaine, ils ne vont plus vous voir beaucoup.

– J’ai passé les deux mois d’été avec mes enfants et je les ai prévenus : « Il va falloir que vous vous organisiez pour les mois à venir … Etc. » est ce qu’ils font.

Vous parlez souvent de maisons …

– La maison, c’est l’espace offert à l’homme pour donner une forme concrète à son univers imaginaire. C’est aussi une force pour affronter le monde extérieur. Une maison n’a de sens pour moi qu’habitée, peuplée d’êtres que j’aime. Ma maison est ouverte. C’est un lieu de liberté. Une maison pensée pour les enfants, et la famille aussi que représentent les amis. Une maison, c’est une image de ce qu’on est et de l’avenir qu’on se propose.

Les enfants partent un jour.

– Alors la maison changera. La maison bougera avec la vie. De toute façon, je n’ai pas de racines. Quand il m’a rencontrée, Michel m’a écrit une chanson qui s’appelait : « Partout je suis chez moi ».

Votre maison en Afrique, vous l’avez aussi voulue pour la musique ? Vous avez besoin des rythmes de là-bas ?

– Un moment, oui, du temps de l’album “Babacar”. Mais, actuellement, je suis beaucoup plus intéressée par le rhythm’n’blues américain que par les percussions africaines. En fait, ma maison près de Dakar, je ne sais pas ce qu’elle me raconte au juste. Elle me parle, en tout cas. Elle se trouve dans une île, il y a les couleurs, les odeurs, la beauté des êtres qui vivent là, la prestance des hommes et des femmes qui parviennent à être d’une sublime élégance avec trois fois rien … La fraîcheur des fêtes de village. La simplicité est la garante de la vérité. –

Pour fuir l’illusion du showbiz ?

– Le showbiz, j’en vis, je ne vais pas cracher dans la soupe. Mais ce métier extraordinaire, qui m’a ouvert tant de portes, il faut bien dire aussi qu’il m’a arraché un bien très précieux : la liberté. Ce n’est pas spécialement agréable de se faire demander des autographes quand on est en train de remplir son chariot au supermarché ! Ni de se faire attribuer un énième boy-friend parce qu’on est allé dîner dans un restaurant un soir en tête à tête avec un copain ! Il existe actuellement dans une certaine presse une dérive hyper-voyeuriste qui fait des ravages incroyables : on vient de le voir avec la manière dont elle a détruit d’une façon monstrueusement sordide et foudroyante le couple de Stéphanie de Monaco.

Si on s’intéresse tellement à votre vie privée, c’est parce que vous avez une histoire, qu’il se dessine à travers votre vie un destin, que vous avez traversé des épreuves …

L’essentiel, pour moi, ne se trouve pas dans mon histoire, mais dans ce que je fais au quotidien, le spectacle que je prépare, les difficultés que je rencontre au jour le jour pour le rendre formidable, le décor que j’ai voulu sur scène, et ça n’est pas rien. L’architecte Jean-Louis Berthet m’a fait la surprise de reconstituer sur scène une partie du studio de Michel ! Ma vie au jour le jour, c’est tout ça ! Mes répétitions, mes choix, celui par exemple des musiciens qui vont m’entourer sur scène, j’ai voulu les meilleurs du monde, ceux de Sting, de Stevie Wonder et de Prince. Je veux que mon spectacle soit formidable.

La scène, c’est dur physiquement … Vous vous voyez faire ça encore longtemps ?

– Vous savez, un spectacle, c’est de l’émotion mélangée à de l’énergie, plus une certaine construction. C’est ainsi qu’on crée cette force d’amour qui va de la scène au public, du public à la scène, et qui circule, et qui ne s’arrête plus … Mes spectacles ressemblent à chaque fois à ce que j’ai envie d’appeler « comment je suis dans la tête à ce moment-là précis ». Il est un reflet exact de mon état d’âme et de mon évolution. Pour prendre de mes nouvelles, il suffit de venir me voir sur scène !

Et chanter Michel Berger, vous allez faire ça toute votre vie ?

– Pour l’instant, je ne me vois pas interpréter les créations de quelqu’un d’autre, sinon des textes que j’écrirais moi-même. Mais c’est un état provisoire de ma réflexion. J’ai pris un nouveau chemin. Où il mène, je ne sais pas encore. Simplement, dans cette seconde vie, je sais très fort que quelque chose de formidable va m’arriver … Comme toujours pour les choses importantes. Une certitude aussi violente qu’inexplicable …

Magazine : Paris Match
Entretien : Irène Frain
Photos : Frederic Meylan
Date : 10 octobre 1996
Numéro : 2472

France Gall : “La musique m’a aidée à renaître”

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La musique m'a aidée à renaître
La musique m'a aidée à renaître

Du 5 au 17 novembre, France Gall passe à l’Olympia. Ravie de faire découvrir son album “France”, mais surtout les chansons de Michel Berger, qu’elle n’a jamais interprétées.

Elle nous reçoit dans le studio d’enregistrement de Michel où elle a désormais installé ses bureaux.

Votre visage en noir et blanc sur les colonnes Morris de la capitale. Cela vous impressionne encore ?

Je préfère être sur les colonnes Morris que sur les « culs de bus » ! (rires). Mais je ne suis pas une fana. Au fond, je suis quelqu’un de très discret. Je n’aime pas qu’on parle de moi. Je sais, c’est plutôt paradoxal quand on fait ce métier. J’aime chanter mais je n’aime pas être dans la lumière.

L’Olympia manquait à votre carrière. Pourquoi n’y avoir jamais fait escale?

La vérité, c’est que je n’ai jamais eu envie de chanter à l’Olympia. Mais je voulais faire ma rentrée en novembre, et c’était le seul endroit disponible à Paris. C’est aussi la salle préférée des Parisiens. Enfin, tous les artistes le disent : c’est un endroit magique.

À l’approche d’une telle échéance, comment vous sentez-vous ?

J’ai hâte ! L’angoisse disparaît lorsqu’on maîtrise le sujet. C’est l’inconnu qui donne la peur. Depuis cette soirée de 1981, où, tremblante, dans les coulisses du Palais des Sports, j’attendais de faire mon entrée sur scène, je n’ai plus peur. Ce soir-là, Daniel Balavoine m’a enlevé le trac pour toute la vie. Il m’a dit: « Pourquoi t’as peur ? Personne n’a forcé à venir les gens qui sont là. Ils ont envie de te voir et ils t’aiment. ». Aujourd’hui, je sais qu’ils m’aiment. Tout est mélangé : les gens viennent pour Michel, sa musique et la femme que je suis.

Michel Berger parti depuis trois ans, quels sont ceux que vous solliciterez pour vos prochains albums ?

Je n’ai pas envie de travailler sur autre chose que la musique de Michel ! Croyez-moi, il y a matière. Il est installé pour bien plus longtemps que nous. Ce n’est pas un petit auteur-compositeur dont on ne parlera plus dans cinq ans. Voyez le succès de “Starmania”, sa comédie musicale !

Vous dites que l’album “France” vous a aidée à renaître …

La musique m’a aidée à renaître parce que je sens un vrai changement intérieur. Je ne suis pas d’accord avec Yves Montand qui déclarait, à l’occasion de son mariage avec Carole Amiel : « On ne refait pas sa vie, on la continue. » Moi, j’ai au contraire le sentiment de recommencer une autre existence.

Si Pauline, votre fille, vous annonçait qu’elle désire suivre vos traces, comment réagiriez-vous?

Très bien. Je la laisserais apprendre et voir. Les enfants de chanteur ont un avantage sur les autres : ils sont beaucoup plus lucides sur la réalité, la dureté et les difficultés de cette profession. S’ils veulent être ça, c’est qu’ils aiment vraiment ça. Pour l’heure, ma fille s’apprête à suivre une préparation aux grandes écoles d’art.

Et Raphaël ?

J’ai un fils qui abandonne plein de choses parce qu’il refuse de subir la comparaison. Au bout de sept ans, il a arrêté le piano pour faire de la batterie. Aujourd’hui, c’est la guitare. À la maison, on n’écoute plus que Metallica (rires).

Si c’était à recommencer, vous referiez France Gall ?

Pendant la moitié de ma vie de chanteuse, je vous aurais répondu : non. Il y a toute une époque que je veux oublier, celle de mes débuts. Quand vous commencez, les gens n’ont aucun respect pour vous. C’est très dur pour une fille de 16 ans. Il aurait fallu prendre des gants avec moi. J’ai mis vingt ans à m’en remettre. Quand j’ai rencontré Michel, je n’étais pas encore rassurée. C’est lui qui m’a donné confiance. Alors, aujourd’hui, je vous réponds : oui !

Magazine : Télé Poche Magazine
Entretien: Daniel BEAUCOURT
Date : Octobre 1996
Numéro : 1600

France Gall : “Mes chansons sont le baromètre de mon humeur !”

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France Gall : Mes chansons sont le baromètre de mon humeur !
France Gall : Mes chansons sont le baromètre de mon humeur !

Après avoir surmonté la disparition de son mari et un cancer du sein, la chanteuse revit.

Elle l’avoue : la  période qu’elle  vit actuellement est l’une des plus  belles de son existence.

“J’en profite, et j’espère que cela va continuer”, ajoute la chanteuse qui a regagné Paris avec ses deux enfants, Raphaël et Pauline, après un exil américain. Il est vrai que France, ces dernières années, n’a pas été épar­gnée par le sort. En août 1992, elle perdait son mari, Michel Berger, terrassé par une crise cardiaque. Quel­ques mois plus tard, elle luttait cou­rageusement contre un cancer du sein, aujourd’hui guéri.

De toutes ces épreuves, elle ne veut plus parler qu’en chansons. “Mon répertoire est un baromètre pour ceux qui me connaissent. En fait, en chantant, je leur donne de mes nouvelles !”

Plus en forme que jamais, l’artiste revient en force sur le de­vant de la scène. Et cet automne risque bien d’être le sien. Quelques mois après la sortie de son album « France », un disque hommage à Michel, elle donne rendez-vous à ses fans à l’Olympia, à Paris, du 5 au 17 novembre, pour une série de concerts exceptionnels de quatre heures chacun! Une sacrée perfor­mance en perspective.« Je vais m’en donner à cœur joie », promet-elle.

Magazine : Télé Loisirs
Nicolas Pigasse
Date : Octobre 1996
Numéro : 554

France Gall à l’Olympia du 5 au 17 novembre

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Publicité pour les concerts de France Gall à l'Olympia parue dans le magazine Télé 7 Jours du 5 au 11 octobre 1996.
Publicité pour les concerts de France Gall à l'Olympia parue dans le magazine Télé 7 Jours du 5 au 11 octobre 1996.

Publicité pour les concerts de France Gall à l’Olympia parue dans le magazine Télé 7 Jours du 5 au 11 octobre 1996.

Magazine : Télé 7 Jours
Date : du 5 au 11 Octobre 1996
Numéro : 1897