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France Gall a réappris à vivre

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Elle a réappris à vivre
Elle a réappris à vivre
Elle a réappris à vivre

Michel Berger n’est plus, mais la vie, différente certes, continue. Pour France Gall, encouragée par ses enfants, la meilleure façon d’honorer la mémoire de son mari est d’interpréter les chansons qu’il lui a laissées.

France Gall est de ces femmes qui, derrière leur fragilité apparente, cachent une grande force de caractère. A la voir souriante, ses cheveux blonds en bataille, l’air juvénile, on croirait qu’elle est née pour le bonheur. Pourtant, les épreuves de la vie ne l’ont guère épargnée.

Bien sûr, il y a eu la disparition de Gainsbourg, celui qui lui a concocté un tube inoubliable, Les sucettes, pour lequel la voix acidulée de l’adolescente d’alors, susurrant les paroles à double sens de Serge, a fait merveille. Début de carrière fracassant, que France, avec le recul, n’aime guère à se remémorer : « J’étais très jeune, trop jeune, pour assumer toute cette pression, tout ce vedettariat. J’avais tout juste 16 ans, l’âge où l’on rêve du prince charmant, et j’en¬trais dans un tourbillon qui faisait de moi quelqu’un d’autre, qui ne me ressemblait pas. » Il lui faudra plus de dix ans pour s’en remettre. Jusqu’à ce que Michel Berger entre dans sa vie. « Grâce à lui, j’ai pu me libérer de cette période que j’aurais préféré ne jamais connaître », aime-t-elle à répéter.

Avec Michel, ce sera la paix intérieure, la sérénité enfin trouvée, la confiance en elle, qui lui a tant fait défaut des années durant. Le succès de l’un et de l’autre est à son apogée, quand survient le terrible drame du 2 août 1992. Alors qu’en plein soleil Michel dispute un match de tennis, il s’effondre soudain, victime d’une crise cardiaque. Malgré les secours, rien n’y fera. Certaines injustices sont ineffaçables. Perdre l’être le plus cher au monde est bien évidemment de celles que le temps ne gomme jamais. Meurtrie dans son âme, France se doit de ne pas sombrer dans le désespoir. Parce que Michel ne l’aurait pas voulu. Parce que ses deux enfants, Pauline (née en 1979) et Raphaël (né en 1981), ont besoin que leur maman soit forte pour deux. Du courage, il lui en faut d’autant plus qu’un vilain mal, comme on dit pudiquement, l’a prise pour cible. Un cancer du sein, qui, heureusement, n’est plus aujourd’hui qu’un mauvais souvenir. Comme elle l’a confié récemment : « Ça va très bien. Pour moi, la parenthèse est refermée. Je n’y pense jamais. »

Un héritage merveilleux.

Le travail est sans doute la meilleure thérapie contre l’angoisse. Petit à petit, France a repris le chemin de la vie. Et elle a pu profiter du merveilleux cadeau que Michel lui a légué – ses mélodies, ses textes – pour peaufiner France, l’album de chansons qui vient de paraître et que la jeune femme interprète sur la scène de l’Olympia jusqu’au 17 novembre. Parmi les treize titres de ce CD, on retrouve les succès d’hier, Débranche, Laissez passer les rêves, mais aussi La minute de silence et le très beau Message personnel, que Michel avait écrit pour et avec Françoise Hardy. « Peut-être, dans les années à venir, pourrais-je travailler avec d’autres auteurs, d’autres compositeurs. Mais il m’est encore difficile de l’imaginer. Michel a écrit de si belles musiques que je n’ai qu’à puiser dans ce formidable trésor.» Dans l’ancienne imprimerie parisienne transformée en loft avec l’aide d’un éminent architecte, « une idée de Michel, qui s ‘était occupé de tout, de l’aménagement à la décoration », France Gall a installé ses bureaux, là même où Michel avait son studio d’enregistrement. Nul doute que, pendant son spectacle à l’Olympia, l’ombre de son pygmalion flottera au-dessus du vénérable music-hall. Après, le grand rideau rouge refermé, elle signera des autographes pour ceux qui, depuis tant d’années, la suivent, apprécient son talent, l’aiment. Discrète, comme elle l’a toujours été, préférant l’ombre à la lumière, elle retrouvera les deux phares de sa vie, ses enfants. Pauline prépare une grande école d’art. Raphaël, après avoir tâté du piano et de la batterie, s’est mis à la guitare. Qui sait ? Peut-être marchera-t-il sur les traces de ses illustres parents … « Bien sûr, je ne contrarierais pas une vocation, si tel était le cas. Il connaît bien, pour les avoir vécues de l’intérieur, les difficultés de ce métier. A lui de décider. »

La chanson : une affaire de famille

Bien que paraissant toute jeune, France Gall fêtera, eh oui ! son demi-siècle en 1997. Fille d’un antiquaire, elle a hérité de son père un goût prononcé pour tout ce qui touche à l’art de la maison et du jardin … mais aussi de la chanson. C’est en effet Robert Gall, beaucoup l’ignorent, qui a signé le premier succès de France, Sacré Charlemagne. Auteur de chansons interprétées par Piaf (Les amants merveilleux) et Aznavour (La Mamma), lui-même chanteur, il a su communiquer à sa fille son amour pour la musique. Une passion que semble partager aujourd’hui le fils de France, Raphaël, musicien et fan inconditionnel de Metallica. A lui, comme à Pauline, sa fille, la chanteuse a tenu à rendre hommage dans son dernier album, France. C’est ainsi qu’on peut lire, sur le livret de présentation : « Je remercie tous ceux qui ont suivi ce projet à mes côtés, et plus particulièrement Pauline et Raphaël. » Tout est dit.

Magazine : Nous Deux
Jacques Girendet
Date : 12 au 18 novembre 1996
Numéro : 2576

Enfin un autre homme dans la vie d’amour de France Gall

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Ce qui est sûr, c'est que pour France Gall, 1996 restera comme une année essentielle et éclatante avec son album intitulé « France ».
Ce qui est sûr, c'est que pour France Gall, 1996 restera comme une année essentielle et éclatante avec son album intitulé « France ».
Enfin un autre homme dans la vie d'amour de France Gall

Comment dire ? Une métamorphose ? Une résurrection ? Un nouveau départ ? Un peu tout cela à la fois, sans doute.

Ce qui est sûr, c’est que pour France Gall, 1996 restera comme une année essentielle et éclatante.

Le premier bouquet de ce feu d’artifice, ce fut la sortie, en avril, de son album, sobrement intitulé « France ».

Que des chansons signées Michel Berger, bien sûr, mais un disque qu’elle a voulu, imaginé et conçu toute seule. Pour la première fois depuis la disparition de son mari. Le deuxième bouquet, encore plus émouvant peut-être, c’est en ce moment : depuis Je 5 et jusqu’au 17 novembre, France incendie pour la première fois la scène de l’Olympia, grâce à un superbe spectacle aux couleurs très américaines, puisqu’elle est accompagnée par les musiciens de Stevie Wonder, Sting et Prince, rien que ça !

Cadeau

Si France apparaît aussi débordante d’énergie, aussi radieuse, c’est parce qu’elle est porteuse d’un testament bouleversant et magnifique, comme elle le révélait, il y a quelques jours seulement, à Alain Morel, du Parisien : « Quelques semaines avant sa mort, Michel m’a légué, à travers un testament, toute son œuvre. Je n’aurais jamais pu imaginer que cet honneur me reviendrait. (…) Cette musique, je m’y suis tellement investie qu’elle est devenue mienne. »

Quel plus merveilleux cadeau, quelle preuve d’amour plus absolue pouvait, par une étrange prémonition de son destin, faire Michel à sa femme ? Et aussi quel moyen imparable de répondre aux rumeurs insidieuses qui ont prétendu, à l’époque, que tout n ‘allait plus si bien que ça, entre les deux époux !

Mais la renaissance de France, aujourd’hui, a une autre raison, encore plus bouleversante. Ce qu’elle disait attendre et espérer est finalement arrivé : France est de nouveau une femme amoureuse … et elle le dit !

À la question de savoir si elle avait un autre homme dans sa un vie, posée par le Nouvel Observateur le 30 octobre dernier, France laissait jaillir un vibrant cri de son cœur : « Oh ! Je l’ai demandé très très fort. Je ne sais pas où ça va aller, mais oui ! Je suis bien. »

Bien … parce qu’amoureuse ! Mais aussitôt, si les questions se font plus précises, France s’empresse d’ajouter qu’il est trop tôt pour en parler, parce que « notre histoire a seulement un an … ». « Seulement » un an ? On a plutôt envie de dire « déjà » un an !

Pourquoi France Gall at-elle tenu à ce que son bonheur, tant attendu, reste caché aussi longtemps ? Et bien par ce que l’homme qui est entré dans son cœur et elle partagent un déchirant secret. Ce secret, c’est qu’en plus de l’amour, France Gall doit véritablement la vie à son mystérieux compagnon.

Souvenez-vous, il y a trois ans, seize mois après la mort de Michel Berger, malade de souffrance et de deuil, France choisissait de s’expatrier avec ses deux enfants. De fuir à Los Angeles pour tenter de recoller les morceaux de sa vie.

Mais ceux qui ont souffert comme France savent bien que ce n’est pas parce qu’on parcourt dix mille kilomètres que tout va se trouver résolu comme par magie. Très vite, le désespoir revient, implacable et tout puissant.

France donne, sur cette période de sa vie, des indications terribles, elle laisse tomber des mots qui, rétrospectivement font frémir : « Une fois que j’ai eu décidé de partir, je me suis demandé ce que j’allais faire pour ne pas me suicider pendant que les enfants seraient à l’école … »

Bien sûr, il y avait toujours la musique et les mots de Michel, ce bouleversant témoignage d’amour qu’il lui avait légué. Cette musique et ces mots, France s’est d’ailleurs jetée dedans à corps perdu, pour éloigner d’elle l’horrible tentation d’en finir. Et c’est de ce réflexe de survie qu’est né finalement l’album « France ».

Mais la musique, à elle seule aurait-elle eu assez de force pour ramener définitivement France du côté de la vie, de la sérénité, du bonheur ?

Peut-être pas. Sans doute pas. Car France croyait de toutes ses forces à la possibilité de connaître de nouveau l’amour. Ce renouveau dans sa vie de femme, elle l’attendait, elle l’espérait de plus en plus ardemment. Elle le disait, d’ailleurs … Et puis, « il » est venu. Dans les derniers jours de 1995. Et lorsque leurs regards se sont croisés, France a compris que le moment était venu, non pas d’oublier Michel – comment le pourrait-elle ? -, mais de commencer une nouvelle vie tournée vers l’avenir et non vers le passé.

Et, par la simple mais sublime magie de l’amour, les méchantes ombres du suicide se sont aussitôt dissipées.

Aujourd’hui, ce soir, France est debout, sur scène, radieuse face à son public enthousiaste et ému. Et ce sourire lumineux qu’elle lui adresse, il est aussi pour l’homme qui l’attend en coulisse, celui qui a su de nouveau faire battre son cœur après une longue hibernation de quatre années …

Magazine : France Dimanche
Date : 9 au 15 novembre 1996
Numéro : 2619

France Gall sauvée par l’Afrique

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France Gall sauvée par l'Afrique
France Gall sauvée par l'Afrique
France Gall sauvée par l'Afrique

Cet endroit m’a délivrée de mes tristesses et de mes angoisses.

Là-bas, tout est simple et magique.

Télé 7 Jours : Vous semblez avoir retrouvé le goût de vivre.

France Gall : Je vais bien, mes enfants et la musique sont suffisamment importants pour me faire vivre.

T.7J.: Et l’Afrique ?

F.G.: Je m’y sens chez moi, en paix avec moi-même, hors du temps. Si je dois écrire un jour des chansons. c’est là que je le ferai. J’ai l’impression d’avoir toujours vécu là, comme si j’y avais habité dans une vie antérieure. Cet endroit m’a sauvée de mes tristesses et de mes angoisses. Là-bas, tout est simple et magique. J’y ai dominé mes peurs et séché mes larmes. C’est là que je me suis reconstruite peu à peu.

T.7J.: Après le décès de Michel Berger ?

F.G.: Après sa mort, j’ai été confrontée à une forme de solitude très dure à vivre. Je me suis demandé pendant des mois ce qu’on venait faire sur terre. J’ai cherché des réponses dans les bouquins, en discutant avec des amis. Je ne me suis pas enfermée dans une religion, mais j’ai découvert que j’avais la foi. Aujourd’hui, j’ai envie de me tourner vers les autres.

T. 7J. : Depuis que vous êtes seule, gérez-vous l’aspect financier de votre carrière ?

F.G.: Oh la la! Ce n’est pas du tout mon truc. Là encore, j’ai eu beaucoup de chance. Mon ancien P-DG de chez Warner, qui vivait à Los Angeles, est revenu en France pour raisons personnelles. Il cherchait du boulot et moi quelqu’un de sérieux pour me manager. Il s’occupe de tout maintenant et j’en suis soulagée.

T. 7J. : Comment vous organisez-vous, avec vos deux enfants, quand vous partez en tournée ou dans votre refuge du Sénégal ?

F.G.: J’ai deux personnes clés dans ma vie qui s’occupent de ma maison à Paris et de mes enfants. Il y a Nane, une Cambodgienne qui gère l’intendance et qui a élevé Raphaël, et puis Annie, qui travaille à mon secrétariat et qui s’occupe beaucoup de ma fille. J’évite de partir plus de quinze jours. Cela les amuse quelquefois, ils peuvent recevoir des amis et vivre une liberté d’adolescents. Moi, j’ai un besoin viscéral de les voir et en même temps, j’essaie de leur apprendre à vivre seuls.

T.7J.: Comment vont-ils aujourd’hui ?

F.G. : Ils vont merveilleusement bien. Nos rapports sont exceptionnels mais ont du caractère. On s’aime trop. Souvent, ils sont inquiets pour moi. Ils ont peur que je n’arrive pas à me débrouiller seule. Raphaël a 15 ans, il est en seconde. Il est très soutenu par ses professeurs et ses amis. C’est un enfant original. plein d’énergie, qui a du mal à être assis dans une classe toute la journée. Il joue de la batterie. du piano, il est très fort aux échecs, incollable avec un ordinateur, et a pratiqué à peu près tous les sports. Pauline est dans une école d’art. Elle fait sept heures de dessin par jour. Déjà toute petite, je savais que c’était son avenir, mais je n’ai jamais voulu la forcer. Les quatre années qu’elle vient de passer ont été très dures pour elle. Perdre son père à 13 ans, c’est affreux pour un enfant. C’est un tel manque, un tel vide ! Elle est beaucoup plus gaie maintenant. Elle a fait son propre chemin toute seule, même si, quelquefois, je suis sûre qu’elle cache son chagrin.

T. 7J. : Pauline et Raphaël vous suivent-ils dans vos voyages en Afrique ?

F.G. : Ils aiment bien y aller, mais les trois quarts du temps, j’y vais seule. En France, je dois m’occuper de tellement de choses que je n’ai plus de liberté. Dans mon île, je suis au milieu des éléments naturels. Il n’y a pas d’électricité, chez moi tout fonctionne à l’énergie solaire. Les systèmes de canalisation sont archaïques, les habitants ont tiré des câbles du continent et l’eau vient de là-bas.

T.7J. : Sur votre île, comment est votre maison ?

F.G. : En fait, il y a deux maisons côte à côte. Dans l’une, il y a le living, la cuisine et la salle à manger, dans l’autre la salle de bains et des chambres qui sont très grandes. Je les ai achetées en 1990 à un Libanais qui en avait fait une maison normande à colombages. J’ai tout cassé. J’avais très envie d’une maison avec une façade rouge. J’ai demandé à Oumoussie, une fille qu’on appelle “la femme au chapeau” parce qu’elle porte toujours un casque colonial, de faire les rideaux et les canapés et j’ai confié les travaux internes à. un architecte local qui a eu l’idée de recréer des paillotes, à l’intérieur comme à l’extérieur de la maison. Michel y venait très souvent, il aimait beaucoup ma façon de décorer et de chiner pour donner de l’âme à l’endroit.

T.7J.: Pourquoi avez-vous décidé de remonter sur la scène de l’Olympia ?

F.G. : Je suis une boulimique de spectacles. Il y a toujours un risque de se ramasser dans notre métier, alors je bosse énormément. Là, j’ai bétonné mes arrières. Je vais chanter avec les musiciens de Prince et de Stevie Wonder. C’est une équipe de Blacks américains avec qui je suis en « love story » professionnelle. Certains étaient en rupture de boulot : Prince, qui est devenu papa, est en train d’écrire des chansons pour enfants. C’était le bon moment pour moi et pour eux.

T.7J.: Vous allez reprendre les chansons de Michel Berger, mais le répertoire n’est pas inépuisable.

F.G.: C’est un trésor, il y a encore des chansons de Michel qui sont inédites. A l ‘Olympia. je chanterai “A qui donner ce que j’ai”, que l’on n’a pas encore entendue. Dans l’avenir, je vais sortir mon album en Allemagne, au Japon et au Brésil. Et puis.je vais m’occuper de produire « La Légende de Jimmy » en anglais, je ne veux pas passer à côté, comme je l’ai fait pour « Starmania ». Je prépare aussi une version très différente de la chanson « Les Uns contre les autres».

T. 7J. : Y a-t-il une chanson de Michel que vous préférez à toutes les autres ?

F.G. : Oui, c’est “Lumière du jour”. Michel l’a écrite en 1981 pour exprimer son amour pour moi. “Tu es ma lumière du jour, tu es mon ultime amour. Et si le poids se fait trop lourd, j’appelle ton nom à mon secours”. C’est un compliment merveilleux qu’aujourd’hui je lui retourne.

T. 7J. : Vous n’avez jamais envisagé d’écrire vos propres chansons ?

F.G. : J’y pense. Si je veux continuer à rester dans la lumière, je vais peut-être devoir en passer par-là. C’est une affaire à suivre, mais je ne sais pas si j’ai vraiment ce don. Michel était la personne qui me connaissait le mieux. Ça me semble impossible de retrouver une telle osmose avec quelqu’un.

T. 7J. : Pourriez-vous partager votre maison d’Afrique avec un homme que vous aimeriez ?

F.G.: Probablement. J’ai un besoin viscéral d’être aimée, mais en même temps, c’est difficile pour moi de trouver l’homme idéal après Michel. J’ai une vie affective comme tout le monde, mais je ne souhaite pas en parler encore, c’est trop récent. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il me serait impossible de vivre avec quelqu’un qui ne soit pas dans le métier et qui ne comprenne rien à la musique.

T. 7J. : Le mot de la fin ?

F.G. : Il est simple. Dans Sénégal, il y a mon patronyme, « Gall ».

Magazine : Télé 7 Jours
E. GIRARDIN-BRIAND – Photos MEYLAN/SYGMA
Date : 9 novembre au 15 novembre 1996
Numéro : 1902

France Gall revisite France Gall

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France Gall revisite France Gall
France Gall revisite France Gall

Clair-obscur sur scène. Comme suspendu au « Paradis blanc », titre de l’une des chansons de Michel Berger, un escalier de même couleur.

La silhouette de France Gall apparaît, figée, tandis qu’accompagnée par quelques notes de piano, la voix de Michel lui souffle : « Fais-les chanter … Fais les rire … »

En pantalon noir, pull décolleté à l’unisson et veste multicolore bariolée, elle descend alors les marches. A peine a-t-elle touché le sol, les musiciens démarrent en trombe. « La Groupie du pianiste». Chanson symbole pour faire rimer d’entrée émotion et jubilation.

On enchaîne avec « le Prince des villes » et une heure et demie de funk flamboyant, de Rhythm and blues étourdissant France Gall a revisité son patrimoine. Escortée de seigneurs bien plus qu’instrumentistes, elle oublie les récitals et shows de jadis. Elle donne son premier vrai concert.

Impossible d’imaginer qu’on pouvait chanter ainsi « Mademoiselle Chang», “Débranche”, “les uns contre les autres” ou “La Légende de Jimmy”. Impossible d’imaginer qu’en guise d’entracte, elle nous offrirait en clin d’œil le « Sex Machine » de James Brown.

Pourtant, l’âme du poète ne souffre pas de trahison. De même qu’il suffit à l’artiste de quelques secondes, assise enfin sur le piano, pour nous rappeler nos frissons d’antan. Pour nous prouver que la « Lumière du jour », titre d’une autre chanson fétiche, n’est pas près de s’éteindre sous le brio de l’étoile de Berger.

France Gall à l’Olympia, 28 boulevard des Capucines, Paris 8. Jusqu’au 17 novembre. Tél 01.47.42.25.49. En tournée: du 20 novembre (Bordeaux, puis Orléans, Le Mans, etc.) au 14 décembre (Pau). Renseignements : 01. 40. 68. 79. 79.

Magazine : Le Parisien et Aujourd’hui
Alain MOREL
Date : 07 novembre 1996
Numéro : 16228

France Gall Tour 96/97

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Programme de 6 pages cartonnées de la tournée 1996/1997 vendu pendant les représentations données du 5 novembre au 17 novembre 1996 à l'Olympia de Paris.
Programme de 6 pages cartonnées de la tournée 1996/1997 vendu pendant les représentations données du 5 novembre au 17 novembre 1996 à l'Olympia de Paris.

La petite histoire

Programme de 6 pages cartonnées de la tournée 1996/1997 vendu pendant les représentations données du 5 novembre au 17 novembre 1996 à l’Olympia de Paris.

Pour la première fois de sa carrière, France Gall investit l’Olympia.
Elle déclare alors : Michel m’a tout apporté, je considère que c’est lui qui m’a fait aimé ce métier, avant je ne l’aimais pas. Je suis quelqu’un qui a voulu arrêter de chanter toute sa vie …

Ce concert est disponible dans un double album CD Concert privé / Concert public qui contient 2 spectacle différents. Enregistrés respectivement à l’Olympia le 15 novembre 1996 pour le Concert Public et le 22 mars 1997 à la TV-Cité de la Plaine Saint-Denis pour le Concert privé acoustique M6.

Note : sur la dernière de couverture, Ophélie Winter prends la pose pour une publicité pour une marque de vêtements.

Le clip vidéo

France Gall : “Vous n’allez pas me reconnaître”

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Premier Olympia, mais aussi nouveau départ. Après son « premier album toute seule », voici son « premier spectacle rien qu'à elle ». Un show mi-funkie mi-rhythm’n’blues qui démarre ce soir tandis que France 2 lui consacre un spécial « Taratata ».
Premier Olympia, mais aussi nouveau départ. Après son « premier album toute seule », voici son « premier spectacle rien qu'à elle ». Un show mi-funkie mi-rhythm’n’blues qui démarre ce soir tandis que France 2 lui consacre un spécial « Taratata ».
France Gall : "Vous n'allez pas me reconnaître"

Premier Olympia, mais aussi nouveau départ.

Après son « premier album toute seule », voici son « premier spectacle rien qu’à elle ». Un show mi-funkie mi-rhythm’n’blues qui démarre ce soir tandis que France 2 lui consacre un spécial « Taratata ». Confidences.

Alain Morel : Vous avez l’air en forme ?

France Gall : Oui. Je suis dans une période faste. Tout me réussit dans trois domaines essentiels : mes enfants, ma vie et la musique.

A l’heure de votre premier Olympia, ça tombe plutôt bien …

France Gall : Si je fais l’Olympia maintenant, c’est justement parce que cette passion m’anime. Je voulais être sur scène dès cette rentrée et y refaire en mieux mon dernier album (1).

Pourquoi l’Olympia ?

France Gall : Parce que c’était libre à cette date, parce qu’il paraît que c’est magique et parce que Patricia Coquatrix est une bonne copine !

Vous avez fait appel à des musiciens américains …

France Gall : Oui, le clavier de Stevie Wonder, le bassiste et le batteur de Prince, le guitariste de Sting … Ce qu’ils donnent sur scène, c’est ahurissant. Il y a aussi un Français, Kamil Rustam, qui s’est installé avec une Américaine à Austin, au Texas.

Il paraît que vous avez de nombreux projets de départs lointains. Comment vos enfants vivent-ils cela ?

France Gall : Après la tournée et les vacances de Noël, il est effectivement possible que je parte au Japon, au Brésil et au Canada, afin d’y exporter la musique de Michel (NDLR : Berger). Avec les enfants, nous nous préparons psychologiquement à ces séparations. Nous alternons les absences avec de longues périodes de vie quasi fusionnelle.

La musique de Michel Berger, c’est elle qui vous donne confiance en vous ?

France Gall : Quelques semaines avant sa mort, Michel m’a légué, à travers un testament, toute son œuvre. Je n’aurais jamais pu m’imaginer que cet honneur me reviendrait et, en même temps, c’est une grande tristesse pour moi. La confiance, c’est le face-à-face avec soi-même qui permet de l’acquérir. Quand on se retrouve seul avec tout à assumer et avec un héritage aussi exceptionnel, il faut trouver ses solutions avec sa propre vision des choses. Cette musique, aujourd’hui, je m’y suis tellement investie qu’elle est devenue la mienne.

Le répertoire n’est pas inépuisable, que ferez-vous plus tard?

France Gall : Le trésor est immense. Et puis, j’ai envie d’écouter ceux qui me poussent à écrire moi-même. Je suis suffisamment lucide et sévère sur mon travail pour faire cet essai sans me fourvoyer. L’idée que je puisse m’installer un jour toute seule dans un endroit comme ma maison de Dakar et, pour ne pas m’y ennuyer, m’y mettre à écrire, est un rêve fou.

Il y a quelques mois, à la question : « Êtes-vous amoureuse ? », vous aviez répondu que seul le temps donnerait son verdict …

France Gall : C’est vrai, mais notre histoire n’a qu’un an et je ne suis pas encore en veine de confidences. Un an, c’est un peu court pour énoncer des certitudes. Et quoi qu’il en soit, mon actualité, mon urgence, c’est mon spectacle. C’est pour cela qu’on se voit et qu’on se parle.

Ce spectacle, qu’avez-vous envie d’en dire ?

France Gall : Le moins de choses possible car j’ai envie de voir les gens le découvrir. C’est le premier spectacle rien qu’à moi. Vous n’allez pas me reconnaître (rire). Je veux y privilégier l’émotion et la sensation … Pas la tristesse.

France Gall à l’Olympia, 28, bld des Capucines, Paris / A partir de ce soir et jusqu’au 17 novembre. A 20 h 30. Places de 170 à 260 F / Tél. : 01.47.42.25.49.

(1) France Gall recevra ce soir un disque de platine pour « France » (WEA), son dernier album, qui s’est déjà vendu à plus de 300 000 exemplaires.

Magazine : Le Parisien Haut-de-Seine
Par Alain Morel
Numéro du mardi 5 novembre 1996
Numéro : 16226

Merci à Elisabeth.

Le grand retour de France Gall sur la scène de l’Olympia

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Débranchez tout, France Gall prend ses quartiers d'automne sur la scène de l'Olympia !
Débranchez tout, France Gall prend ses quartiers d'automne sur la scène de l'Olympia !
Le grand retour de France Gall sur la scène de l'Olympia

Débranchez tout, France Gall prend ses quartiers d’automne sur la scène de l’Olympia !

Quatre ans après la disparition de Michel Berger, l’une de nos plus célèbres interprètes nous promet un spectacle swinguant.

Une vraie marche en avant baignée d’optimisme. Plus sereine que jamais, France s’est juré, cette fois, d’entraîner son public dans le tourbillon de la vie et n’a pas hésité à s’entourer de quelques-uns des meilleurs musiciens du moment.

Excusez du peu : Michael B. et Sonny T. (respectivement batteur et bassiste de Prince). Sans oublier Herman Jackson, fidèle parmi les fidèles de Stevie Wonder, qui l’accompagnera aux claviers.

Bref, une formation béton pour interpréter les mélodies de Michel Berger que l’on connaît déjà toutes par cœur.

De « Ella, elle a » à « Laissez passer les rêves », personne ne résistera à l’envie de chanter en chœur avec la belle France. Bien plus qu’un simple hommage au « Prince des villes », cette série de concerts s’annonce comme un « Message personnel ». Est-ce nécessaire d’ajouter « Évidemment » ?
Olympia, 8, rue Caumartin, Paris 9e. Du 5 au 17 novembre. « France », 1 CD WEA.

Magazine : ELLE
Par Françoise Delbecq
Date : 4 novembre 1996
Numéro : 2653

France Gall : je n’ai plus peur de rien !

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Je n'ai plus peur de rien !
Je n'ai plus peur de rien !
Je n'ai plus peur de rien !

Un nouveau disque, “France”, un spectacle à l’Olympia du 5 au 16 novembre, une tournée en province et un “Taratata” en prime, avec sa façon de chanter désormais plus grave, avec les musiciens de Prince et de Sting, avec une volonté de surprendre et une envie profonde de retrouver le public, France Gall semble avoir retrouvé l’harmonie de la vie.

Ce retour sur scène, vous l’appréhendez ?

Je l’attends avec impatience. Je ne suis pas traqueuse. Quand on fait un métier qu’on aime et que les gens qui viennent vous voir le font parce qu’ils vous aiment, pourquoi avoir peur ? D’autant plus que je n’ai rien laissé au hasard. J’ai préparé mon spectacle minute par minute et je me suis entourée du claviste de Sting et des musiciens de Prince, les meilleurs du monde.

Comment avez-vous eu l’idée d’aller les chercher ?

Déjà pour Bercy, il y a trois ans, je m’étais entourée d’une bande de jeunes des banlieues. J’aimais leur style de vêtements, leur façon de parler, de se mouvoir. .. Cette fois, je voulais pour la musique de Michel la crème des musiciens. Et ça tombait bien, car les petits gars de Minneapolis étaient non seulement les meilleurs, mais ils ont ce genre que j’aime!

Quel a été le contact entre les compositions de Michel et leur interprétation ?

Magnifique. Quand ils jouent, c’est tellement naturel qu’on croirait que Michel a composé pour eux. C’est du pur funk ! Et c’est aussi l’esprit de mon spectacle.

Et quelles sont vos relations avec ces musiciens américains ?

C’est une love story ! On s’entend bien, on rigole, on s’amuse. Je n’ai envie que d’être avec eux. Ils m’offrent des fleurs. Je leur fais découvrir la France et aussi une façon de travailler différente.

Laquelle ?

Je les laisse s’exprimer, créer. Du moment qu’ils ne dénaturent pas la musique de Michel. Je veux que chacun apporte ses idées.

Et vous partez en tournée ensemble ?

Évidemment ! Et on ne se quitte pas. Je prends le bus avec eux et je descends dans les mêmes hôtels qu’eux, et le soir après le spectacle on dîne ensemble. Et si on veut sortir danser, on y va ensemble ! Mais eux qui n’ont jamais travaillé qu’avec Prince, au début ils ont presque été choqués. Ils m’ont dit : « Mais on croyait qu’en France tu étais une star … »

Vous ne chantez que des chansons de Michel Berger ?

Je ne me vois pas chanter autre chose. Elles sont belles, elles me correspondent. Il n’y a pas un mot avec lequel je suis en désaccord. Quand on a eu le bonheur d’avoir quelqu’un qui écrivait en fonction de vous, on devient hyper-difficile. Peut-être que je serais obligée en­suite de me tourner vers l’écriture.

Vous en avez envie ?

J’ai envie d’essayer. Je n’en attends pas grand-chose … Mais on n’est pas à l’abri d’une bonne sur­prise non plus ! Et puis, sinon, je pourrai me lancer dans la production en studio ou sur scène. Car finale­ment, l’ombre dans ce métier me convient très bien. Je suis quelqu’un de très discret.

Une attitude aux antipodes de la scène et de ses sunlights …

Là, c’est le seul endroit où je m’exprime naturellement avec mon don.

Pourquoi avoir repris sur votre album “Message Personnel” chanté et coécrit par Françoise Hardy ?

Parce que je la considère comme l’une des plus belles chansons. Comme cet album va être commer­cialisé au Brésil, au Japon, en Allemagne, je voulais que les étran­gers découvrent le meilleur de Mi­chel.

Pour revenir à votre spectacle à l’Olympia, comment va-t-il se dérouler ?

Il sera plein de surprises ! Jean­-Louis Berthet a recrée pour moi sur scène une partie du studio de Mi­chel. Je m’y sens formidablement à l’aise, mais sans nostalgie. Question chorégraphie, je serai moins fofolle que la dernière fois à Pleyel. Mais avec mes musiciens, ce sera cool, sympa. Comme une ambiance de répétition… Où l’on jouera même « Sex Machine ».

Vous allez chanter la chanson de James Brown !

Non, mes musiciens s’en charge­ront ! Pendant ce temps, j’irai me changer ! On m’a reproché de gar­der toujours la même tenue en scène. Alors grâce à Girbaud et Philippe Forestier qui ont créé mes vêtements et ceux des musiciens, le spectacle sera plus sophistiqué.

Spectacle, CD, tournée, tout a été organisé selon votre travail et vos choix. Il s’en dégage une harmonie qui vous ressemble. Peut-être parce que vous avez su surmonter toutes vos épreuves ?

J’ai compris que les épreuves sont faites pour que l’on se pose des questions. Si on se les pose, c’est bon. Maintenant je n’ai plus peur de rien.

Magazine : TV magazine (cahier national Le Figaro) + TV magazine (cahier national Midi Libre)
Propos recueillis par Elisabeth Perrin
Date : Novembre 1996
Numéro : 16240 – 18671

Chansons d’automne pour France Gall

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Chansons d'automne
Chansons d'automne
Chansons d'automne

Tant pis pour les Parisiens, qui viennent de laisser partir deux spectacles formidables. Les provinciaux, eux, pourront bientôt en profiter. Catherine Ribeiro sera en tournée en janvier prochain et Philippe Léotard, dès la fin novembre.

Catherine Ribeiro était à Chaillot. On connaît cette artiste hors pair. Elle a quelque chose de sauvage dans son style, et une grande intransigeance. La voici qui effectue un étonnant détour par la chanson française, avec, notamment, une extraordinaire interprétation a capella de la Quête, de Brel. Un spectacle authentique, émouvant, à ne pas manquer s’il passe dans votre ville.

Philippe Léotard, c’est autre chose. Ce n’est pas un chanteur, c’est un poète. Coiffé d’un feutre mou, fagoté d’un vieux manteau, et à la boutonnière le soleil noir de la mélancolie, il transforme la scène en gueuloir, et raconte avec sa voix brisée qui fait battre le cœur des histoires à vous réconcilier avec la vie. Il chante d’anciens succès et s’essaye aux nouveaux titres de son dernier album et dit également, de façon bouleversante, le Bateau ivre de Rimbaud. Il n’était au Casino de Paris que pour trois soirs, mais va tout prochainement effectuer une tournée à travers la France. Ne le manquez pas. Une tournée offerte par Léotard, ça ne se refuse pas.

La suite de la saison s’annonce tout aussi prometteuse. D’abord avec France Gall. Entre ses voyages en Afrique et à Los Angeles, elle tient l’affiche de l’Olympia du 5 au 17 novembre.

Elle y donnera des tubes de Michel Berger, car, dit-elle, elle ne s’imagine pas interprétant les titres de quelqu’un d’autre.

Je veux exprimer l’essentiel de la musique et des paroles de Michel. Et faire aimer les rythmes blacks des musiciens new-yorkais qui m’accompagnent.

Ce sera donc un show épuré, léger comme un souffle, poétique, nostalgique. Du rock soft, et la patte d’un très bon mélodiste. France, son dernier album, l’a aidée à renaître, explique la chanteuse. Après deux lourdes épreuves, la disparition de son mari et de sérieux ennuis de santé, France Gall n’a rien perdu de sa persévérance.

Quand à Starmania, l’opéra rock de Michel Berger, on ne compte plus ses passages à Paris. Comme l’explique Luc Plamondon, son créateur, Starmania a d’abord été perçu comme futuriste: ce qu’on y montrait était tout bonnement impensable. Mais le réel a rattrapé la fiction. Aux jeunes d’aujourd’hui, Starmania raconte le monde dans lequel ils vivent : les casseurs, les multinationales, le blues du businessman, la quête de l’amour. Rien d’étonnant, alors, si le spectacle draine une fois de plus les foules. Sûrs de leur fait, les programmateurs l’ont mis à l’affiche du palais des Congrès jusqu’au 26 janvier.

France Gall à l’Olympia, (01.47.42.25.49), du 5 au 17 novembre, puis à Bordeaux le 20, à Orléans le 21, au Mans le 22, à Lille le 23, à Mulhouse le 26, à Metz le 27, à Dunkerque le 30. Starmania au palais des Congrès (01.40.68.00.05), jusqu’au 26 janvier.

Magazine : Le Figaro Magazine
Date : 2 Novembre 1996
Numéro : ?

France Gall, message personnel

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France Gall est à l'Olympia du 5 au 17 novembre. Elle nous a reçus (Jean-Pierre Pasqualini et Christophe Daniel) dans le studio mythique où Berger a créé ses œuvres et nous a révélé les années Berger.
France Gall est à l'Olympia du 5 au 17 novembre. Elle nous a reçus (Jean-Pierre Pasqualini et Christophe Daniel) dans le studio mythique où Berger a créé ses œuvres et nous a révélé les années Berger.
France Gall, message personnel

France Gall est à l’Olympia du 5 au 17 novembre.

Elle nous a reçus (Jean-Pierre Pasqualini et Christophe Daniel) dans le studio mythique où Berger a créé ses œuvres et nous a révélé les années Berger. Elle nous a aussi parlé de celles qui ont précédé comme de celles qui ont suivi.

La scène c’est l’endroit où vous vous sentez le mieux ?

Professionnellement, oui. La scène et aussi le studio. Côté privé, Je me sens aussi très bien à la campagne.

D’où l’idée de reconstituer ce studio sur scène sous les lumières de Jacques Rouveyrollis …

Jacques est le plus grand artiste de la lumière que je connaisse depuis des années et Je ne me vois pas travailler avec quelqu’un d’autre. Quant aux décors, ils sont dus à un ami architecte, Jean-Louis Berthet. Mais depuis Bercy 93, c’est moi qui mets en scène, même je sais que Bernard Schmitt – que j’ai pris pour filmer et qui va me réaliser le clip de Message personnel – acceptera de m’aider. Personne ne pourra jamais me mettre en scène Michel ne le faisait jamais. Il suggérait des dispositions, des ambiances.

Vous avez toujours beaucoup de grands musiciens autour de vous sur scène

Grands mais humbles : Michael Bland à la batterie et Sonny T. à la basse, qui tra­vaillent avec Prince, David Sancious qui joue avec Sting et qui, pour moi, va faire le multi-instrumentiste : clavier, guitare et basse … li n’y aura que cinq musiciens sur scène, dont Kamil Rustam et son insolence. C’est son grand retour, parce qu’on a travaillé ensemble au Zénith 84, depuis je ne l’ai pas vu ; il vit à Austin au Texas.

En quoi cet Olympia sera t-il différent ?

A travers les spectacles que Michel a pen­sés et conçus pour moi, je voulais faire passer le mieux possible l’énergie et l’émotion. Depuis que j’ai dû m’occuper de moi-même, je me suis rendu comp­te que mes spectacles étaient exactement le reflet du moment dans lequel j’étais. Cet Olympia, je le fais pour aller au bout de l’histoire de l’album France, avec une entrée en scène que je vais être la pre­mière au monde à oser …

Y aura-t-il beaucoup de chansons sur scène qui ne sont pas dans L’album “France” ?

J’inclus toujours des medleys pour faire chanter le public et il y aura quatre ou cinq titres de Michel qui ne sont pas dans l’album et que je n’ai jamais enregistrés. Je ferai aussi une version de “Les Uns contre les autres” complètement différente de l’original, que j’ai failli faire en duo avec Seal sur l’album.

Après les grandes salles, vous revenez à des lieux plus modestes. Ça ne vous gêne pas ?

Ce n’est pas une volonté. Mais je suis contente de faire l’Olympia. C’est vrai que, quand on s’est habitué à ne faire que des grandes salles, c’est très diffici­le de redescendre. J’aime avoir mes aises sur scène et celle de l’Olympia est une des plus petites du monde.

Au niveau budget, votre Olympia doit être cependant lourd …

On a de telles charges sociales avec les musiciens français qu’en prenant des Américains, ça nous coûte moins cher et on les paie mieux. Cependant, ils veu­lent toujours être accompagnés par un “coach”, qui porte et qui prépare leurs instruments.

Comment qualifieriez-vous le Bercy 93 et le Pleyel 94?

Bercy était un spectacle blues, lourd et assis. J’avais les cheveux relevés. C’était noir, gris, blanc, rouge. Ce premier spec­tacle, seule, était difficile. Un an après, à Pleyel, c’était la fête, une bande de copains qui chantaient, dansaient. Ce que je vivais : une histoire d’amour-amitié avec un groupe de quatre garçons, les Gosbo. Ils avaient 20-21 ans. Avec eux, je suis partie en vacances, en week-end, ils pouvaient dormir à la maison … On a vécu ensemble pendant un an. Ces gens m’ont redonné le sourire.

Vous connaissiez déjà ces garçons à Bercy ?

Oui, j’avais commencé par en choisir tren­te pour Bercy. Ils m’ont apporté leur gaie­té, leur langage … une manière de s’habiller qui était proche de ce que j’ai­mais. Sur leur musique, je pouvais dan­ser, me défouler …

Les musiciens de cet Olympia 96 vont-ils entrer dans votre vie comme ceux-là ?

Non. Cette fois, c’est monstrueusement pro, sans être hyper sophistiqué et froid. Sonny T. joue un peu comme Jannick Top.

Justement pourquoi, après Bercy 93, a-t-il disparu?

Deux mois avant Pleyel, Jannick Top, Serge Pérathoner, Claude Salmieri, Denys Lable m’ont quittée. C’est tombé comme ça. Comme ils étaient un peu mes “béquilles”, que c’était une très grande histoire entre nous, la rupture ne pou­vait qu’être très violente. Après avoir pleu­ré un bon coup, j’ai pris le problème à bras-le-corps. Et j’ai été aidée par cette bande de jeunes qui vivaient avec moi. En huit jours, tout s’est arrangé.

Pour Bercy, il y avait eu deux “Live” et même un mini-CD de Mademoiselle Chang, pour Pleyel : rien. Vous êtes passée d’un extrême à L’autre !

Mademoiselle Chang, c’était un peu spé­cial, puisqu’on avait mis en place dix ou vingt mille singles seulement. L’idée, venue d’un ami journaliste, était surtout de le faire en vingt-quatre heures. Mais je n’aime pas cette version. Je devais vrai­ment avoir le blues ! Quant à Pleyel, j’ai éprouvé le besoin de faire un spectacle pour montrer l’état d’esprit dans lequel j’étais, habiller les chansons de Michel. .. sans avoir d’obligations. En revanche, il y aura un “live” de cet Olympia 96.

Vous avez fait de la scène à Paris très tard. Au milieu des années 60, votre manager, Maurice Tézé, nous a raconté que vous n’aimiez pas ça.

Non, mais c’est parce que j’en ai fait beaucoup. Pendant deux ans (Ndlr : de 1964 à 1966), neuf mois sur douze ; j’étais malheureuse. Cela n’avait aucun sens pour moi. Je détestais ça car j’étais entièrement guidée par des adultes.

De 1963 à 1966, on a fait de vous une idole yéyé chantant “Ne sois pas si bête”, “N’écoute pas les idoles”, “Laisse tomber les filles”, “Sacré Charlemagne”, “Poupée de cire”, “Les Sucettes” … ne parlant que de futilités.

Bien sûr, mais cela pouvait être également des choses qui paraissaient futiles et qui ne l’étaient pas. Par exemple, lors de la guerre du Vietnam, j’ai fait une émission de radio. Tout à coup, l’animateur, sans prévenir, a dévié la conversation sur cette guerre. Là, panique! Il m’a demandé ce que je pensais de ce conflit et j’ai répondu : “La guerre du Vietnam, c’est loin …” Je me suis faite assassiner : “Mais quelle conne ! Elle n’a vraiment rien d’autre à dire !” (Rires.) En fait, j’ai dit ça parce que c’était ce que je ressentais, comme tous les Français qui n’étaient pas intéressés par cette guerre.

Vous étiez consciente de votre image ?

Le personnage que les gens avaient de moi n’était pas génial. Comme j’étais mignonne, je ne pouvais être qu’idiote !

Vous faites toujours celle qui feint d’oublier l’idole yéyé qu’elle fût. Vous n’aimiez pas vos chansons ?

J’adorais certains titres de cette époque, comme “N’écoute pas les idoles”, la première chanson que Serge Gainsbourg m’a écrite.

Après l’Eurovision que vous gagnez en 1965 pour le Luxembourg avec “Poupée de cire”, vous adaptez cette chanson de Gainsbourg en Japonais et en allemand, et vous devenez une chanteuse internationale.

L’allemand était ma seconde langue, mais comme j’ai arrêté l’école à l’âge de 15 ans, après avoir redoublé ma 6ème, et ma 3ème, je n’étais pas très au point. Mais c’est vrai que j’ai chanté “Poupée de cire” en allemand, en japonais phonétique, et aussi en espagnol, en anglais, en italien … ! (Rires.)

Y a-t-il des chansons de Gainsbourg que vous aimez encore ? Seriez-vous capable de les rechanter sur scène ?

Oh, oui ! Je les aime toutes, mais je ne pense pas pouvoir les rechanter un jour. Pas à cause du rythme, mais plutôt des paroles …

Vous trouvez que les textes de Gainsbourg sont stupides ?

Mais pas du tout ! lis ne me correspondent plus, tout simplement.

“Teenie Weenie Boppie” pourrait être chanté au deuxième degré …

Ça, c’est vraiment une peinture de l’époque, mais quel texte magnifique, génial. Cela n’a pas marché du tout et c’est là qu’on s’est séparés avec Serge, parce qu’il n’aimait pas les échecs. En plus, c’est l’autre face, Bébé requin, un titre formidable écrit par Joe Dassin, qui a marché. Serge était plutôt vexé.

Pourquoi Dassin n’a-t-il pas continué à écrire pour vous ?

Il écrivait très peu pour les autres et puis sa carrière marchait formidablement bien. Est-ce qu’il n’y avait pas, en plus, un problème de droits d’édition ?

Vous avez aimé sortir des duos sur disques …

Oui, avec Elton John en 1981, Donner pour donner …

Je parlais de ceux de 1967 avec Maurice Biraud puis Mireille Darc.

(Silence.) Ça, c’était autre chose … Mireille Darc me disait toujours: “A côté de toi, j’ai l’air d’une mère maquerelle !” (Rires.)

C’est étonnant que dans les années 60 vous n’aimiez pas la scène, étant très intime avec des chanteurs comme Claude François puis Julien Clerc …

Non, j’ai toujours eu plus de plaisir à regarder.

Dans les années 60, choisissiez-vous vos chansons ?

Mon père qui travaillait dans ce métier m’a beaucoup dirigée pendant les cinq premières années. Ensuite, j’ai arrêté pendant cinq ans.

Pourquoi dites-vous toujours que vous avez arrêté de 1969 à 1974 ? Après les années Philips, vous avez enregistré à La Compagnie, chez Atlantic et chez Pathé. Sans parler de vos enregistrement en allemand chez BASF. Vous n’assumez pas ?

Oh la la, quelle horreur ! J’ai volontairement sorti cette période de ma mémoire ! Les filles oublient facilement ce qui les gêne.

Avez-vous souffert du creux de la vague ?

Qu’est-ce que je n’étais pas bien ! C’est assez angoissant à 20 ans de ne pas avoir d’argent, surtout quand on en a eu beaucoup à 16.

La Compagnie avec Norbert Saada et Hugues Aufray, c’était une galère ?

Galère, c’est le mot ! Hallucinant. Je suis même allée au festival de San Remo défendre L’Orage avec Gigliola Cinquetti. Là, j’ai même chanté avec Little Stevie Wonder. Je me souviens avoir été très mauvaise.

Vous avez aussi fait beaucoup de pubs de produits hallucinants dans des magazines pour adolescents ?

Aïe, aïe, aïe ! Pendant dix ans, j’accep­tais tout chez Filipacchi : Salut les Copains et Mademoiselle Age tendre. Mes parents avaient souffert de la guerre et du manque d’argent et m’avait inculqué cette peur. Ces pubs étaient une maniè­re de gagner de l’argent et de les aider. C’est cependant la première chose que Michel m’a demandé d’arrêter quand on s’est rencontrés. Il m’a dit : “Les concombres sur la figure et les couver­tures habillée en short, c’est fini !” (Rires.)

Auparavant, vous acceptiez tout ce qu’on vous proposait ?

Complètement. J’ai même fait un roman-photo ! J’ai d’ailleurs une anecdote à ce propos. Lors du tournage, j’ai appris la mort de De Gaulle (Ndlr : en 1970), ce qui m’avait fait beaucoup de peine. Le problème, c’est que mon partenaire détes­tait De Gaulle et disait tout le temps: “Tant mieux ! On en est enfin débarrassés.” Je l’avais pris en horreur et je me disais : “Quelle honte !” Pour moi, ce roman-photo, c’était la déchéance. L’étape d’après aurait été de faire un film porno. (Rires.)

Chez Pathé, en 1972, il y a eu un retour Gainsbourg avec Frankenstein …

Oui, parce qu’au bout de deux ou trois ans (Ndlr : cinq en fait), je me suis dit qu’il fallait retourner voir Gainsbourg, car ce que je faisais était vraiment trop nul.

Quand vous dites que les Allemands sont demandeurs de votre dernier album, c’est en souvenir de ces années où vous chantiez “A Banda” en allemand ?

Et aussi grâce à “Ella, elle l’a” ! Depuis les années 60, ils ont toujours cru que j’étais une chanteuse allemande.

Vous vous souvenez donc de tout …

… Bien sûr ! Juste avant “La Déclaration”, j’ai même enregistré un 45t qui s’appelait “Par Plaisir”, une chanson signée Thomas et Rivat, dans laquelle je faisais un vibra­to à la Véronique Sanson. (Rires.)

Vous avez rencontré Michel Berger vers 1972 …

Non, je l’ai vraiment connu en 1974, et on s’est mariés en 1976. Je l’avais croi­sé quelquefois auparavant quand il était avec Véronique Sanson, avec laquelle j’étais assez amie. C’était quelqu’un de très agréable à écouter parler, c’était merveilleux d’avoir une conversation avec lui. Mais lui et moi n’étions pas dis­ponibles. Ensuite, de 1974 à 1992, j’ai parlé avec lui pendant dix-huit ans. Cela m’a permis de passer de la fille qui ne parlait pas à celle qui s’exprime.

A partir de 1974, Michel vous a surtout beaucoup forcée à travailler …

Absolument. Je suis une très grosse pares­seuse. Michel m’a donné des coups de pied au cul tout le temps … Mais qu’est-ce que c’était bien !

Deux duos que l’on trouve dans le coffret Berger : A qui donner ce que j’ai et Au Revoir Angelina proviennent d’une comédie musicale qui ne s’est jamais montée …

C’était quand on s’est rencontrés. Tout de suite, il m’a emmenée à Los Angeles, au mois d’août 1974. Pour cette comé­die musicale, dont l’histoire partait de l’enlèvement de Patty Hearst, on a même enregistré pratiquement tout un album avec les musiciens de Toto. Ensuite, il a trouvé que ce n’était pas assez fort et a tout mis de côté. C’est durant ce voya­ge qu’il a écrit le début de Starmania et qu’il a découvert Diane Dufresne, puis fait la connaissance de Luc Plamondon.

Quel est le Starmania que vous avez préféré ?

Celui de 1979. Ce n’est peut-être pas le meilleur, mais je crois que c’est celui qui laisse le plus de souvenirs à ceux qui l’ont vu. C’était le chantier, mais c’était extra­ordinaire. Soixante-dix personnes sur scène, Daniel Balavoine, Fabienne Thibeault … et beaucoup de souffrance. Je me souviens du metteur en scène, Tom Hogan, un Américain qui avait fait Hair, Jésus-Christ Superstar, un dieu.

Vous revoyez les gens de cette époque ?

Non. J’ai des relations extrêmement pas­sionnelles et fortes autour d’un projet, et puis après, je passe à autre chose.

Vous souvenez-vous de la deuxième version de Starmania à Paris en 1988 ?

J’étais dans la salle tous les jours des répé­titions et je regardais Michel mettre en scène. Quel bonheur ! C’est la version que j’ai préférée. Maurane et Renaud Hantson étaient fabuleux.

Les comparaisons qui ont pu être faites entre Renaud Hantson et Daniel Balavoine vous semblent-elles fondées ?

Il y a quelque chose dans l’émotion. Très rarement des chanteurs m’ont touchée comme eux.

C’est pour cette raison-là que Michel Berger l’a réengagé pour La Légende de Jimmy ?

Oui. Il n’y a pas beaucoup d’artistes qui chantent si bien. Dans La Légende, on a également repris Nanette Workman, onze ans après le premier Starmania, car cette fille fantastique est un monument.

Vous avez chanté sur le dernier album de Renaud Handson : Quatre saisons et Bof Génération, ce que vous ne faites jamais …

J’ai beaucoup de tendresse pour Renaud même avec son caractère de chien. Il est tout fou, il dit des conneries grosses comme des maisons, mais il est touchant. C’est le chanteur qui a le mieux traduit avec sa voix la musique de Michel. Même si quelquefois il prend des liber­tés. Par exemple, je ne suis pas toujours d’accord avec sa façon de placer sa voix.

Que pensez-vous de l’actuelle version de Starmania au Palais des Congrès ?

Je ne sais pas. Je suis complètement en dehors du projet. Je n’y retrouve pas le charme de la musique de Michel. L’année dernière, j’ai envoyé mes enfants la voir pour savoir si je devais y assister. Ils m’ont dit: “Pas encore.”

Avez-vous vu toutes les diverses moutures de Starmania au Québec et la version amé­ricaine sur disque, Tycoon, avec Céline Dion, Cindy Lauper?

Je n’en ai vu qu’une sur les trois du Québec, la deuxième, je crois, avec Martine St-Clair. En ce qui concerne Tycoon, le disque n’est jamais sorti ailleurs qu’en France, car les Américains n’étaient pas intéressés.

Quelle a été l’évolution de France Gall sur scène à Paris, depuis La première au Théâtre des Champs-Élysées en 1978 ?

J’ai eu le courage de refaire de la scène en 1978 grâce à un producteur, Claude Wild. J’avais vraiment peur, surtout à cause de mes souvenirs et Michel m’a poussée. J’ai accepté mais cela a été dur pour moi. La première idée avait été de faire ce spectacle avec Quincy Jones, malheureusement, il était très malade. La deuxième est celle qui a abouti : uni­quement des filles sur scène ! Dix-huit au total ! Je me souviens que Christian Vander, intrigué, venait voir répéter la fille qui jouait de la batterie …

Début 1982, c’est Le palais des Sports …

Le Palais des Sports a été le spectacle que j’ai préféré avec le Zénith 87. Cela avait été la perfection : des décors réa­lisés par le frère de Michel, d’excellents musiciens comme Claude Engel et un grand metteur en scène, en titre, car c’est Michel qui dirigeait tout. C’est la première fois que je me rendais comp­te de la dimension du public quand il se manifeste.

Vous êtes passée du Palais des Sports 82 au Zénith 84, et 87, puis à Bercy 93. Vous avez évolué de spectacles grands à immenses …

J’aime les grandes salles. Au Zénith 87, j’avais même dessiné les décors.

Après Le Zénith de 87 et jusqu’en 1990, on racontait que France Gall allait arrêter de chanter. C’était vrai ?

C’était vrai, mais je ne souhaitais pas le dire parce qu’on n’est jamais certain de rien. Je voulais partir au moment où j’étais au plus haut.

Cette envie de tout arrêter n’était pas liée à des problèmes personnels avec Michel Berger?

Oh, pas du tout. J’avais vécu une espè­ce de crescendo, jusqu’à Ella elle l’a et ce Zénith 87. Il y avait eu sur scène tout ce que j’aime, les Américains, les Africains ; c’était extraordinaire. Je pensais que je ne pourrais jamais faire mieux.

Cela n’a pas affecté Michel Berger que vous ne vouliez plus chanter …

Si. Ça avait déclenché chez lui une peine incroyable. Il s’est alors lancé dans plein de choses. Je n’avais pas compris que c’était aussi important pour lui que je chante. Michel n’était pas quelqu’un qui disait les choses.

En 1991, vous acceptez enfin de ressortir un album en duo avec Michel Berger, Double Jeu.

Non, c’est moi qui lui ai demandé. J’avais pris ma période de réflexion.

Vous n’avez pas permis qu’on sorte dans le coffret de Michel Berger des inédits de cet album?

Non et cela a été un gros problème pour moi de sortir des inédits, même si on m’a expliqué que … J’ai quand même limité la casse, car Michel n’aurait jamais voulu tout montrer.

Mais peut-être que ces quelques inédits sont intéressants dans son évolution ?

De Double Jeu, il y a des inédits que je n’ai pas voulus mettre dans le coffret. Pour chaque album, Michel en préparait treize et n’en gardait que douze. Cela dit, ça pourrait faire un jour un album rigolo. Parmi les deux ou trois “oubliées” de Double Jeu, i I y a une chanson sur les Indiens que j’aimerais beaucoup faire car elle me ressemble énormément. Nous ne l’avions pas finie car il a été impossible de trouver le groove.

Y a-t-il beaucoup de chansons de Michel Berger qui n’ont pas abouti et que vous pourriez chanter ?

Très peu. Il jetait tout de suite un titre quand je disais que je n’avais pas envie de le chanter. Un jour, il a voulu me faire interpréter une chanson qui s’appelait Avec le Nouveau Groupe. Je ne voyais pas pourquoi j’allais chanter ce morceau, alors, furieux, il l’a déchiré.

Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis, évoluer dans La vie ? Toutes vos rencontres ?

Non, ce ne sont pas les rencontres. C’est la mort de Michel en 1992, ma mala­die et toutes les choses que vous ne savez pas …

Vous trouvez que La presse a trop dit de choses sur vous ?

Vous savez, quand on a parlé de moi pour la première fois comme d’une femme, c’est à la mort de Michel. Avant, on parlait d’une chanteuse ; ce n’était pas très sérieux.

Avez-vous mal vécu la médiatisation de la mort de Michel Berger ?

Très mal. Mais je savais que si je n’ou­vrais pas les portes du cimetière à la pres­se, ce serait l’horreur avec tout ce que je déteste. Grâce à ça, on a pu faire un enterrement dans une dignité, un calme, une beauté extraordinaire. Évidemment, tout le monde a pu faire des photos, la presse entière en a pris l’habitude, et quand ma maladie est arrivée, ils m’ont envoyé à nouveau les paparazzis. Là, en revanche, j’ai éprouvé le besoin de faire des procès.

Comment ont-ils découvert votre cancer du sein ?

Par moi. Avant d’en arriver à l’avouer, je m’étais dit: “Plus aucun mec ne vou­dra m’approcher.” Une femme s’en fait un monde. J’ai cru que j’allais mourir ou être mutilée. Ensuite, comme je déteste le mensonge et qu’il fallait que j’annule Bercy, je devais donner une rai­son. Je n’allais pas dire que j’avais la jambe cassée; c’était ridicule. j’ai donc fait une annonce toute simple et ça a fait un truc monstrueux. J’ai été obligée de quitter ma maison, mes enfants vivaient chez des parents d’élève. Ce fut un véritable chamboulement. Heureu­sement, au final, rien n’a été changé physiquement.

Vous avez enregistré quelques morceaux de votre dernier album France à Minneapolis …

Au moment de Pleyel, je suis partie pendant trois jours en novembre 1994 aux USA. Si j’ai fait un disque avec les Américains, alors que je ne parlais pra­tiquement pas anglais, c’est pour faire connaître la musique de Michel dans le monde entier … C’est mon but aujourd’hui.

Selon le livret, Les enregistrements ont été éparpillé sur toute l’année 1995. “France” vous a vraiment pris un an ?

Oui. Il s’est préparé ainsi parce que c’était la première fois que je faisais un album seul. Un mois sur le choix des chansons, deux mois de pré programmation, les enregistrements … On a mixé, une première fois à Paris. Comme je n’étais pas satisfaite, on a remixé à New York.

Vous étiez dans le studio de Prince à Minneapolis. Vous l’avez rencontré ?

Non. J’ai cependant vu le grand stu­dio un jour où il l’avait réservé : deux mille bougies étaient allumées, de la cuisine chinoise était au chaud, les musiciens et un ingénieur du son atten­daient … C’est un fou qui n’a plus le sens des réalités. C’est parce qu’il veut faire un disque pour les enfants, que je peux aujourd’hui avoir ses musiciens. Ils ne veulent pas le suivre.

Pour “France”, vous n’aviez plus de mana­ger?

Je me suis séparée, il y a plus d’un an, de mon manager. J’ai alors demandé à un ami, Philippe Chatiliez, le frère d’Etienne, de m’aider. Il a lâché son boulot pendant des mois pour me suivre à New York. Il m’a aidée à aller au bout de mon disque. Pour la pochet­te, il a même demandé à son amie, Kate Barry, la fille de Jane Birkin, de faire la photo.

Pourquoi avoir repris sur cet album vos propres succès récents pour en faire de nouvelles versions ?

C’est une bonne question. Ce disque est un peu bâtard, car j’ai mélangé les choses. Il est destiné au marché fran­çais, mais aussi à l’étranger, même si je sais qu’il y a peu de chances qu’il sorte aux USA.

Pour Message personnel, le nouvel extrait de “France”, vous n’avez pas repris l’intro parlée par Françoise ?

Françoise me le reproche suffisamment ! C’est elle qui a écrit ce texte d’intro et il est fait pour elle. Jamais je ne pour­rai dire certaines phrases de Françoise. Impossible.

IL y a des chansons de Michel Berger que vous ne chanteriez pas ?

Oui, il y en a que je n’aime pas beau­coup : Mon Piano danse, Celui qui chan­te, Maria Carmencita … par exemple.

Vous ne vous verriez pas chanter vous-même en anglais du Berger, comme Céline Dion chante du Goldman ?

Non, pourtant j’ai essayé avec Tim Rice. J’ai commencé à enregistrer quatre textes en anglais pour la version inter­nationale de l’album France: La Lumière du jour, Evidemment, You Have To Learn To Leave, l’adaptation de Les Uns contre les autres pour Tycoon, et Message per­sonnel dont Françoise avait fait l’adap­tation en anglais. Comme j’ai dû faire un ou deux “scratches” vocaux, ça m’a découragée.

On ne vous oblige pas un peu à porter le lourd héritage de Michel Berger ?

Jamais personne ne me dit ce que je dois faire. J’ai pratiquement très peu parlé de Michel depuis sa mort. Je n’en ai jamais parlé autant qu’aujourd’hui.

Quel pourrait-être le prochain album de France Gall ?

Je ne pense pas faire de France 2 avec des chansons de Michel, donc je ne sais pas si je referais un disque.

Vous ne pourriez chanter personne d’autre ?

Je ne pourrai chanter les chansons de quelqu’un que si j’ai une relation forte avec cette personne. Il faudrait au mini­mum un truc monstrueux entre nous. Je ne serais pas capable de faire un truc en dessous de Michel. J’aime cepen­dant beaucoup ce que fait Youssou N’Dour que j’ai rencontré à Dakar.

Vous aimez toujours faire la promo pour la sortie d’un album, d’un spectacle?

Je n’aime pas le système actuel où pour faire une scène, il faut d’abord faire un album. A la télé, je ne trouve pas ma place dans ces espèces de grandes fêtes où il faut rire absolu­ment, un genre de bastringue où tout le monde chante Si maman si … si maman si … comme dans les fêtes de la bière de Munich, que j’ai bien connues. (Rires.)

Magazine : Platine
Propos recueillis le 24 septembre 1996
Par Jean-Pierre Pasqualini et Christophe Daniel
Date : 2 Novembre 1996
Numéro : 35