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France Gall : “Faire revivre les chansons de Michel Berger c’est merveilleux !”

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Depuis le 4 novembre, « Résiste », la comédie musicale imaginée par France Gall en hommage à Michel Berger, triomphe au Palais des Sports de Paris.
Depuis le 4 novembre, « Résiste », la comédie musicale imaginée par France Gall en hommage à Michel Berger, triomphe au Palais des Sports de Paris.
France Gall : "Faire revivre les chansons de Michel Berger c'est merveilleux !"

Depuis le 4 novembre, « Résiste », la comédie musicale imaginée par France Gall en hommage à Michel Berger, triomphe au Palais des Sports de Paris.

Une preuve, s’il en fallait, que la complicité de ce duo a survécu à la disparition du chanteur…

La salle est debout, comme celui qui jouait du piano … Ce soir encore, elle « résiste » à tue-tête devant la troupe de la comédie musicale imaginée par France Gall. Après une heure et demie d’un spectacle total, c’est le moment des rappels : Tennessee (Gwendal Marimoutou), coupe afro et salopette rouge, et Mandoline (Élodie Martelet), chemise rutilante sur tenue blanche, façon France Gall, s’avancent et mènent pour le plaisir la reprise de « Résiste », le tube que Michel Berger écrivit en quelques heures, à son piano magique, une nuit de 1981.

À cet instant-là, dans la douce euphorie de la foule, on imagine France Gall, en coulisses, transportée elle aussi, ne tenant pas en place comme à son habitude, souriant à ce nouveau bonheur partagé avec celui qui reste l’homme de sa vie. Peut-être se souvient-elle, qu’ici même, en 1982, dans ce Palais des Sports parisien, elle a triomphé avec les chansons de l’album « Tout pour la musique » qui venait de sortir. Parmi elles, « Résiste ».

« France traverse le miroir, butine au Pays des Merveilles. Rien n’est calibré, rien n’est agencé, seulement de la vivacité », écrivait à l’époque Patrice Delbourg, écrivain et chroniqueur, sous le charme de la petite pile électrique blonde. France Gall était alors au sommet, formant : un duo unique avec Michel Berger : elle l’inspire, il écrit, elle chante … Aujourd’hui, France ne chante plus – elle n’est jamais remontée sur scène depuis 2000 et son duo avec Johnny sur « Quelque chose de Tennessee » ! à l’Olympia – mais elle vibre toujours sur la rythmique irrésistible des mots et des mélodies de Michel. L’homme qui a transformé son existence, qui l’a apaisée. Depuis sa disparition brutale le 2 août 1992, France Gall n’a cessé de faire vivre son amour, son souvenir et sa musique au fil de compilations, d’intégrales et d’ouvrages. Et un beau jour, à Londres, devant la troupe du musical d’ABBA, « Mamma Mia », c’est le déclic : elle veut rendre hommage à Michel en écrivant une comédie musicale. Un défi et un comble : Berger n’aimait ni les hommages ni les comédies musicales, préférant le « tout pour la musique » de ses opéras rock (« Starmania » et « La Légende de Jimmy »). Mais « le petit caporal », comme la surnommait affectueusement son père (Robert Gall, auteur et chanteur, ndlr), résiste ! Laisse parler son cœur qui insiste et, le 2 août 2012, annonce son projet : « Construire une histoire en se servant des chansons de Michel et des miennes, c’est merveilleux. »

De « Quelques mots d’amour » à « La groupie du pianiste », la troupe et ses neuf personnages principaux interprètent vingt-cinq tubes signés Berger. Des chansons qui résistent, comme France, au temps qui passe, aux modes qui s’évanouissent, à la nostalgie, aux souffrances intimes. Même les inédits de Berger-il en reste encore plusieurs, comme l’a confirmé la chanteuse-parviennent à toucher juste, des années plus tard. Ainsi « Un dimanche au bord de l’eau », enregistré au début des années 1980, mais jamais diffusé depuis, ponctue joliment le spectacle, dans sa version chantée par Michel Berger, accompagnée par les chœurs, enregistrés tout spécialement par sa muse.

La force de l’exemple pour les jeunes chanteurs et danseurs de la comédie musicale. Jamais peut-être avant « Résiste », France Gall n’avait saisi les rênes avec autant de force et de certitudes pour inspirer les autres. Une fois l’histoire de Maggie, poupée de son de la discothèque Lola’s, écrite avec son compagnon Bruck Dawit – depuis son père au milieu des années 1960, elle a toujours travaillé avec les hommes qu’elle aime -, « Babou » a supervisé, conseillé, coaché. « Michel a inventé une rythmique, un balancement dans les mots, la phrase qu’il faut savoir prendre. »

Et pas question pour Léa Deleau (Maggie) et ses camarades de se cacher. Sur scène, France marchait de part en part, sautait, riait, balançait la tête, habitait ses tubes, menait une sorte de « combat », comme elle dit. Sa troupe fait de même. Thierry Suc, le producteur de « Résiste », chorégraphié, excusez du peu, par Marion Motin (Stromae) et mis en scène par Ladislas Chollat (« Momo », avec Muriel Robin au Théâtre de Paris) résume l’engagement de France Gall ainsi : « Elle vit ce spectacle comme si elle jouait dedans.»

« Bats-toi, signe et persiste »: France n’a pas oublié les paroles de son tube. Ses fans non plus. Après deux mois de succès à Paris, la comédie musicale va partir en tournée à partir du 8 janvier avant de revenir au Palais des Sports, pour un mois, en juin. France, elle, va en profiter pour retrouver son Afrique chérie et l’île de N’Gor, à quelques encablures de Dakar, au Sénégal, où l’attendent sa maison et son restaurant de plage. Allongée face à l’Atlantique, elle repensera peut-être à cette soirée du 17 novembre. Quatre jours après les attentats qui ont frappé Paris, « Résiste » reprenait, et n’avait jamais si bien porté son titre. À l’issue d’une représentation inoubliable, elle rejoignit sa troupe et, au bord des larmes, lança à la foule à l’unisson : « Merci d’être avec nous ce soir, je vous aime ! On a voulu nous enlever ces moments de bonheur, et bien, c’est raté ! Parce que ce soir, on a résisté tous ensemble. » Arpentant quelques minutes la scène comme aux plus beaux jours, France Gall leva alors un poing frondeur.

Il nous disait : « Résiste, cherche ton bonheur partout, va, refuse ce monde égoïste … »

Magazine : Télé Poche
Par Olivier Cabrera
Date : 21 décembre 2015
Numéro : 2602

France Gall et Michel Berger : la groupie du pianiste

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En 1992, le cœur du génial compositeur Michel Berger s'arrêtait en plein tempo, laissant un grand silence dans celui de son épouse, France Gall.
En 1992, le cœur du génial compositeur Michel Berger s'arrêtait en plein tempo, laissant un grand silence dans celui de son épouse, France Gall.
France Gall et Michel Berger : la groupie du pianiste

En 1992, le cœur du génial compositeur s’arrêtait en plein tempo, laissant un grand silence dans celui de son épouse.

Durant vingt ans, ce couple modèle de la chanson française a écrit la musique d’un amour fusionnel qui résonne encore aujourd’hui.

Novembre 1963, sans le savoir France Gall et Michel Berger se côtoient pour la première fois. Dans le Hit-Parade de « Salut les copains », le premier succès de la jeune yéyé « Ne sois pas si bête » se place juste derrière celui de son homologue masculin « Tu n’y crois pas ». Mais l’histoire s’arrête là … À 16 ans, l’adolescente aux allures de nymphette enchaîne les succès.

« Sacré Charlemagne » la proclame reine des écolières tandis que Gainsbourg la sacre Lolita française numéro 1. Après « Laisse tomber les filles » (1964), l’artiste se joue de l’innocence de sa « Poupée de cire, poupée de son » (1965) avec « Les sucettes », mais le public digère mal la fantaisie. De son côté, après quelques succès modestes, Michel Berger a préféré se consacrer à la production, celle des deux premiers albums de sa compagne Véronique Sanson notamment, avant qu’elle ne le laisse le « cœur brisé » en 1973, à l’image de celui qui illustrera la pochette de son premier album solo. La même année, France Gall connaît un passage à vide, elle est avide de travailler avec Michel dont le titre « Attends-moi » inonde les ondes.

Telle une groupie, elle provoque la rencontre dans le couloir d’une radio, il l’invite chez lui autour de son piano, elle tient à lui faire écouter des chansons qu’elle a travaillées avec sa maison de disques : « Il m’a dit que c’était nul évidemment. Et puis on a parlé, on s’est mis très vite au piano. »

Elle pose sa voix sur « Mon fils rira du rock’n’roll », un des titres du nouvel album de Michel Berger. Six mois plus tard, il accouche d’un titre qui parle de l’amour qu’il va rencontrer un jour : « Je ne pourrais jamais te dire tout ça ; je voudrais mais je n’oserais pas ; j’aime mieux mettre dans ma chanson, une déclaration, ma déclaration ». C’est une déclaration d’amour que lui propose Michel Berger. La chanteuse populaire n’adhère pas immédiatement à la rythmique sensuelle du morceau, elle s’attendait à autre chose. La jeune femme ne tombe pas immédiatement sous le charme, elle partage déjà la vie de Julien Clerc. Finalement la complicité musicale de Gall et Berger se transforme en romance passionnelle. « A force de le connaître, de le rencontrer, de travailler au piano, je suis tombée amoureuse de lui », confia France Gall. Et d’ajouter : « J’ai vraiment eu le sentiment que ma vie commençait quand je l’ai rencontré. C’est vraiment à ce moment-là que je suis née ».

Ils se marient deux ans plus tard, le 22 juin 1976, elle a 28 ans, lui 29. Pauline nait en 1978, Raphael en avril 1981. Pudique, Michel se livre en musique. Après dix ans d’amour, son titre « Lumière du jour » est une véritable ode à sa femme (« Tu es ma lumière du jour, tu es mon ultime recours, et si le poids se fait trop lourd j’appelle ton nom à mon secours » ). Au début des années 1990, le couple sort enfin un album entier de duos, intitulé« Double jeu», mais en août 1992, deux mois à peine après sa sortie, le cœur de Michel Berger se brise après une partie de tennis dans leur maison de campagne de Ramatuelle. Si Michel s’envole au « Paradis blanc », France reste pour « Laissez passer ses rêves. » C.F

Magazine : Jour de France
Date : Décembre 2015
Numéro : 58

France Gall : Résistons à la peur

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Mardi 17 novembre, le Palais des Sports de Paris rouvrait ses portes. La réservation affichait complet mais allaient-ils venir ?
Mardi 17 novembre, le Palais des Sports de Paris rouvrait ses portes. La réservation affichait complet mais allaient-ils venir ?
France Gall : Résistons à la peur

Cela faisait trois jours que le spectacle n’avait pas eu lieu.

Mardi 17 novembre, le Palais des Sports de Paris rouvrait ses portes. La réservation affichait complet mais allaient-ils venir ? Le public allait il braver la peur pour revivre en live dans cette salle mythique les tubes de Michel Berger et France Gall. Les minutes passaient et les rangs restaient clairsemés. Mais comme par magie, au moment où France Gall pénétra dans la salle en compagnie de son producteur Thierry Suc, l’ovation qui monta de la salle ne laissa aucun doute. Il y avait du monde. Beaucoup de monde.

Il ne fallut pas attendre bien longtemps pour que ces Français se lèvent, se rapprochent de la scène, dansent et chantent comme dans les meilleurs concerts des années quatre-vingt. L’orchestration inchangée des titres, la mise en scène brillante de Ladislas Chollat, les chorégraphies envoûtantes de Marion Motin … Tous les ingrédients étaient réunis pour déclencher une standing ovation … et ce dès le premier acte de cette comédie musicale très réussie. En fin de spectacle, France Gall a rejoint sa troupe sur scène un papier à la main.

« On a voulu nous enlever ces moments de bonheur. C’est raté. Résistons tous ensemble ! » Le public exulte. Du bonheur made in France.

MATTHIAS GURTLER : Le 17 novembre, vous avez tenu à monter sur la scène du Palais de Sports. Qu’avez-vous voulu faire passer comme message au public ?

FRANCE GALL : Tellement de choses. D’abord qu’il ne faut pas avoir peur de revivre, qu’il ne faut pas avoir peur de faire son métier. On ne veut pas changer notre manière de vivre. On veut continuer à partager ces moments de bonheur ensemble en concert ou ailleurs. On a voulu nous priver de ces bonheurs. Ils ont échoué. Voilà ce que j’ai voulu dire ce soir-là.

MATTHIAS GURTLER : Dans la salle, les gens étaient heureux. Ils dansaient, ils chantaient. Comment avez-vous reçu toute ces énergies ?

FRANCE GALL : Quand toute la salle hurle « Résiste ! », ça nous fait du bien à tous. C’est cathartique ! On peut être nous-mêmes et faire ce qu’on a envie de faire. Ce soir-là, j’étais dans la salle et on était tous dans le même état d’esprit. Les gens savent qu’ils vont pouvoir participer à ce show en chantant, en dansant sur la musique comme ils ont envie. Ils peuvent aussi crier. Une vraie osmose et un défouloir !

MATTHIAS GURTLER : Vous comprenez que les gens aient peur d’aller aux concerts ?

FRANCE GALL : Très bien. Moi-même, je la ressens. Mais l’idée, c’est de la surmonter. D’abord et surtout parce qu’on ne peut pas faire autrement. La vie doit continuer pour chacun. On est obligé de supporter cette épée de Damoclès jusqu’à ce qu’on en vienne à bout. Ça ne peut pas exister longtemps des haines meurtrières comme celles-là. C’est contre-nature.

MATTHIAS GURTLER : Comment avez-vous réagi à l’annonce des attentats ?

FRANCE GALL : Je l’ai appris dans ma loge du Palais des Sports. Le show était presque fini, j’attendais pour aller saluer le public comme je le fais tous les soirs quand je suis présente. En zappant sur les chaînes info, j’ai vu s’afficher sur l’écran : dix-huit morts ! Devant l’horreur, la peine et la terreur, j’ai pleuré. Minute après minute, le bilan s’alourdissait. Je ne savais pas si je pourrais monter sur scène en fin de spectacle pour saluer. Mais faire comme si de rien n’était devant une salle en délire, qui n’était pas au courant … J’y suis allée les larmes aux yeux. Je pensais à toutes ces victimes.

MATTHIAS GURTLER : Résiste prend une autre dimension depuis les attentats du 13 novembre. Votre troupe en a-t-elle conscience ?

FRANCE GALL : Cette chanson a été écrite dans un tout autre contexte et elle a été la dernière composée pour l’album Tout pour la musique, en 1981. En me l’offrant, Michel a voulu célébrer une manière de vivre. Il s’adressait toujours aux jeunes dans ses chansons. En essayant de leur donner des conseils. Le public a tout de suite adoré ce titre et en a fait un de mes plus grands tubes. Aujourd’hui, des décennies plus tard, dans cette salle du Palais des Sports de Paris, ce mot résonne encore. C’est étrange, mais c’est le mot qu’on a envie d’entendre, de dire et de vivre. Et c’est précisément ce qu’on fait. C’est toute la force des paroles de Michel Berger.

MATTHIAS GURTLER : Sur scène, vous êtes entourée d’une troupe de la « génération Bataclan », cette jeunesse que les terroristes ont visée. Que dites-vous à ces jeunes de l’âge de votre fils pour qu’ils gardent foi en la vie ?

FRANCE GALL : J’ai envie de leur dire qu’on n’est pas les seuls. D’autres pays vivent avec cette menace. Ce n’est pas de chance mais c’est notre réalité depuis quelque temps. De cette tragédie, il faut tirer des leçons. D’un seul coup, tout cela va nous rendre plus responsables. Je sais qu’il va falloir faire un peu plus attention. Ça nous enlève de la liberté mais ça nous en laisse tellement aussi. Et puis ça nous fait prendre conscience de ce qu’on a de bien chez nous. Ce qui nous donnera la force de continuer, c’est qu’on a traversé ça ensemble et qu’on s’en sortira aussi tous ensemble.

MATTHIAS GURTLER : La vie vous a appris à relativiser ?

FRANCE GALL : Elle m’a appris beaucoup de choses et j’apprends encore. On trouve du courage et de la force quand il le faut. Par exemple, le témoignage à la télé d’un rescapé du Bataclan. Pendant la prise d’otages, il s’était réfugié avec quarante autres dans une petite pièce du théâtre. En face de lui, il y avait le bassiste du groupe. Dans ce moment de grande tension, l’homme s’adresse au musicien et lui lance : « Hey, mec ! j’ai préféré ton concert de juin. » J’imagine qu’il a trouvé de la force à travers l’humour alors qu’il vivait un cauchemar absolu.

MATTHIAS GURTLER : Avec Michel Berger, vous formiez un couple citoyen. Un couple investi dans la société. Avez-vous conservé ce regard sur le monde et cette énergie pour vous battre ?

FRANCE GALL : À l’ époque, c’était la première fois que les chanteurs s’engageaient ensemble comme lors du concert pour l’Éthiopie. De par notre nature, Michel et moi n’étions pas très à l’aise au milieu de ces grands-messes. On y allait, mais très vite Michel a fait les choses autrement. Il a mené des actions seul … C’est comme ça que je fonctionne encore aujourd’hui. Je construis des choses au Sénégal, où je vis une partie de l’année, mais pas du tout dans la lumière.

MATTHIAS GURTLER : Monter sur scène est-il devenu un acte militant ?

FRANCE GALL : Sortir de chez soi ou aller à un concert est malheureusement un geste militant aujourd’hui. Je continue à vivre normalement. Je vais au Palais des Sports pour voir la troupe jouer sur scène et ensuite on dîne en terrasses si on en a envie.

MATTHIAS GURTLER : Résiste est un projet qui vous a fait remonter sur scène. Vous avez toujours été réticente à revenir face au public ?

FRANCE GALL : Je ne monte pas sur scène mais je monte une comédie musicale avec toute une équipe dirigée par notre metteur en scène Ladislas Chollat. Ce n’est pas rien … Ce n’est pas rien. Mais je dois vous avouer que je suis très contente de retrouver notre public si fidèle. Je me sens chez moi sur la scène. Je suis très à l’aise quand je viens saluer. J’ai l’impression de faire un bond dans le temps … Le public qui hurle … Ce que je vis est incroyable. Il y a tellement d’amour. A la fin du show, quand je quitte la salle et que je remonte l’allée pour me rendre sur scène pour les saluts, les gens me disent merci, merci et moi, je leur dis merci d’être venus.

MATTHIAS GURTLER : Ils vous remercient de quoi selon vous ?

FRANCE GALL : Sans doute de leur faire revivre ces chansons tous ensemble réunis dans une salle à travers ce spectacle. C’est aussi une autre façon de partager la musique de Michel.

MATTHIAS GURTLER : Dans le spectacle, il y a un morceau inédit de Michel Berger, Un dimanche au bord de l’eau. Cette chanson permet d’entendre sa voix. L’émotion est très forte.

FRANCE GALL : Nous voulions faire un cadeau au public. Il fallait trouver une vraie place à cette chanson dans le show. Je crois que c’est le cas. Cela n’aurait pas eu la même magie si elle avait été interprétée par quelqu’un d’autre que Michel. Et je peux vous révéler quelque chose. Cela m’a aussi demandé en juin dernier de retourner en studio d’enregistrement et de rechanter après toutes ces années. J’ai chanté les chœurs que j’aurais dû faire à l’époque.

Magazine : Gala
Par Matthias Gurtler
Date : 25 novembre 2015
Numéro : 1172

Résiste – dates de la tournée

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2015 - Dossier de presse - Résiste La Comédie Musicale – © Tous droits réservés (merci à Romain Decosne)
2015 - Dossier de presse - Résiste La Comédie Musicale – © Tous droits réservés (merci à Romain Decosne)

Les dates de la tournée

DateVilleLieu
du 05/11/2015 au 03/01/2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
vendredi 8 janvier 2016 Caen, FRZénith de Caen
samedi 9 janvier 2016 Caen, FRZénith de Caen
vendredi 15 janvier 2016 Toulouse, FRZénith de Toulouse
samedi 16 janvier 2016 Toulouse, FRZénith de Toulouse
vendredi 22 janvier 2016 Rouen, FRZénith de Rouen
samedi 23 janvier 2016 Rouen, FRZénith de Rouen
vendredi 29 janvier 2016 Lyon, FRHalle Tony Garnier
samedi 30 janvier 2016 Lyon, FRHalle Tony Garnier
dimanche 31 janvier 2016 Lyon, FRHalle Tony Garnier
vendredi 5 février 2016 Nantes, FRZénith Nantes Métropole
samedi 6 février 2016 Nantes, FRZénith Nantes Métropole
dimanche 7 février 2016 Nantes, FRZénith Nantes Métropole
vendredi 26 février 2016 Marseille, FRLE DOME
samedi 27 février 2016 Marseille, FRLE DOME
vendredi 4 mars 2016 Montpellier, FRPARK&SUITES ARENA
samedi 5 mars 2016 Montpellier, FRPARK&SUITES ARENA
samedi 12 mars 2016 Nice, FRPALAIS NIKAIA
samedi 19 mars 2016 Strasbourg, FRZENITH DE STRASBOURG
vendredi 25 mars 2016 Dijon, FRZENITH DE DIJON
samedi 26 mars 2016 Dijon, FRZENITH DE DIJON
dimanche 27 mars 2016 Dijon, FRZENITH DE DIJON
samedi 2 avril 2016 Amneville, FRGALAXIE
samedi 9 avril 2016 Clermont-Ferrand, FRZENITH D’AUVERGNE
vendredi 15 avril 2016 Bordeaux, FRPATINOIRE MERIADECK
samedi 16 avril 2016 Bordeaux, FRPATINOIRE MERIADECK
samedi 23 avril 2016 Bruxelles, BEPalais 12
samedi 30 avril 2016 Genève, CHAréna
vendredi 20 mai 2016 Orléans, FRZENITH D’ORLEANS
samedi 21 mai 2016 Orléans, FRZENITH D’ORLEANS
vendredi 27 mai 2016 Lille, FRZENITH ARENA
samedi 28 mai 2016 Lille, FRZENITH ARENA
dimanche 29 mai 2016 Lille, FRZENITH ARENA
vendredi 3 juin 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
samedi 4 juin 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
dimanche 5 juin 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
mardi 7 juin 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
jeudi 9 juin 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
vendredi 10 juin 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
samedi 11 juin 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
dimanche 12 juin 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
mardi 14 juin 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
jeudi 16 juin 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
vendredi 17 juin 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
samedi 18 juin 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
dimanche 19 juin 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
jeudi 23 juin 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
vendredi 24 juin 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
samedi 25 juin 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
dimanche 26 juin 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
mardi 28 juin 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
jeudi 30 juin 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
vendredi 1 juillet 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
samedi 2 juillet 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
dimanche 3 juillet 2016 Paris, FRLe Dôme de Paris
vendredi 16 septembre 2016 Lyon, FRHalle Tony Garnier
samedi 17 septembre 2016 Lyon, FRHalle Tony Garnier
vendredi 30 septembre 2016 Epernay, FRLe Millesium
samedi 1 octobre 2016 Epernay, FRLe Millesium
vendredi 7 octobre 2016 Nantes, FRZénith Nantes Métropole
samedi 8 octobre 2016 Nantes, FRZénith Nantes Métropole
vendredi 14 octobre 2016 Saint-Etienne, FRZENITH
samedi 15 octobre 2016 Saint-Etienne, FRZENITH
vendredi 21 octobre 2016 Amiens, FRZENITH AMIENS
samedi 22 octobre 2016 Amiens, FRZENITH AMIENS
vendredi 4 novembre 2016 Montbelliard, FRL’ AXONE – MONTBELIARD
samedi 5 novembre 2016 Montbelliard, FRL’ AXONE – MONTBELIARD
vendredi 11 novembre 2016 Rennes, FRLE MUSIKHALL
samedi 12 novembre 2016 Rennes, FRLE MUSIKHALL
vendredi 18 novembre 2016 Tours, FRPARC DES EXPOSITIONS-GRAND HALL
samedi 19 novembre 2016 Tours, FRPARC DES EXPOSITIONS-GRAND HALL
vendredi 25 novembre 2016 Pau, FRLE ZENITH
samedi 26 novembre 2016 Pau, FRLE ZENITH
vendredi 16 décembre 2016 Limoges, FRLE ZENITH
samedi 17 décembre 2016 Limoges, FRLE ZENITH
mercredi 21 décembre 2016 Lille, FRZENITH ARENA
jeudi 22 décembre 2016 Lille, FRZENITH ARENA
Dernière le vendredi 23 décembre 2016 Lille, FRZENITH ARENA

Les photos officielles

France Gall et Léa Deleau : les groupies du pianiste

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La chanteuse France Gall nous présente la jeune Léa Deleau, premier rôle de Résiste, conçue autour de l'oeuvre de Michel Berger.
La chanteuse France Gall nous présente la jeune Léa Deleau, premier rôle de Résiste, conçue autour de l'oeuvre de Michel Berger.
France Gall et Léa Deleau : les groupies du pianiste

La chanteuse nous présente la jeune Léa Deleau, premier rôle de Résiste.

Cette comédie musicale conçue autour de l’oeuvre de Michel Berger débarque à Paris. Avant-première.

Gala : France Gall, comment vous est venue l’idée de monter le spectacle Résiste?

France Gall : Michel et moi nous n’aimions pas les comédies musicales. Starmania était un opéra rock, ce n’est pas la même chose. Les temps changent, les gens aussi, et la comédie musicale a percé en France. Mamma Mia ! avec toutes ces chansons d’ABBA, m’a fait envisager le genre différemment. Et nous avons, nous aussi, à la fois des tubes et une grande histoire.

Gala : Léa, comment avez-vous été choisie pour ce show ?

Léa Deleau : J’ai chanté une fois sur scène à Lille avec Louis Delort, qui était au casting de 1789, les amants de la Bastille. Une personne de la production de Résiste était dans la salle et m’a contactée. Je suis tombée des nues lorsque j’ai su que France Gall était derrière cette proposition, et que je pouvais éventuellement correspondre au rôle.

France Gall : Lorsqu’elle est entrée dans la pièce pour le casting, j’ai tout de suite su que c’était elle. Elle était comme je l’imaginais. Quand j’ai créé le personnage principal de Résiste, Maggie, elle devait être blonde et se laisser embarquer et déborder par la vie. Et aussi quelqu’un de très gentil avec tout le monde.

Gala : Quels points communs avez-vous ?

France Gall: Je dirais que ce sont plutôt nos différences qui nous unissent. Moi, j’ai des dizaines d’années d’expérience. Léa, elle, commence sa carrière de chanteuse. Vous savez, c’est difficile une vie de chanteuse. Il faut avoir un sacré tempérament, du caractère, il faut oser monter sur scène, c’est quelque chose que tout le monde redoute. Finalement, c’est rare les chanteuses. Léa en est une.

Gala : Léa, vous étiez familière de l’univers de France Gall et de Michel Berger ?

Léa Deleau : J’ai le souvenir de ces chansons entendues à la maison, dans la voiture … Je remercie d’ailleurs mes parents de m’avoir transmis ce répertoire. J’ai l’impression d’être née avec, et de les avoir toujours connues. En apprenant la guitare, je reprenais même Le paradis blanc.

France Gall: Parce qu’elle joue aussi de la guitare et du piano ! Léa est très musicienne.

Gala : Comment expliquez-vous que la musique de Michel Berger soit toujours aussi populaire ?

France Gall : C’est le côté intemporel de Michel. Il est arrivé dans les années soixante-dix avec Alain Souchon, Francis Cabrel ou Michel Jonasz. Ils se sont imposés, ont balayé toute une autre génération d’artistes. Mais attention : il leur a fallu attendre au moins quatre albums avant de devenir des vedettes. Aujourd’hui, on n’a plus le temps, j’ai même envie de dire qu’il n’y a plus d’artistes.

Léa Deleau: Il y a quand même une nouvelle génération de chanteurs. Mais celle de Michel Berger avait un côté avant-gardiste. Avec des mélodies et des textes très forts surtout, qui parlent à tout le monde, à toutes les générations.

France Gall: On évoque souvent les musiques de Michel, mais sa force est aussi dans l’écriture. Toute sa vie, il a su parler à l’oreille de son public. Je savais que son œuvre resterait, il a d’ailleurs tout fait pour ça.

Gala : A votre avis, France, est-il plus complexe de commencer une carrière de chanteuse aujourd’hui qu’à votre époque?

France Gall: Tout a changé, il est très difficile de se faire connaître aujourd’hui, d’arriver à percer. Le choix est tellement immense … C’est un autre monde.

Léa Deleau: Les réseaux sociaux sont aussi une bonne façon de se forger une culture et de se faire connaitre, mais il faut savoir se démarquer. Moi, j’adore acheter des disques, des vinyles, posséder ces objets. Mais Je suis peut-être une exception de ma génération.

Gala : France, quels conseils avez-vous donnés à Léa pour endosser le costume de Maggie ?

France Gall : Léa est une personne très sérieuse professionnellement. Elle a d’ailleurs beaucoup de travail, parce qu’elle tient le rôle principal. C’est très agréable de bosser avec elle. Elle est très à l’écoute. Elle est soutenue par des coachs pour le chant, la danse, le théâtre … Léa est très jeune. Le plus difficile pour elle est de faire passer les sentiments et les émotions des chansons. C’est là où j’interviens et où je l’aide.

Léa Deleau : Recevoir un conseil de l’interprète original d’un texte n’a pas de prix !

France Gall: Chanter n’est pas anodin. Il faut que cela sorte du plus profond de soi, et Léa s’en sort vachement bien.


Des tubes, encore des tubes !

1977, France Gall interprète La chanson de Maggie, l’histoire d’une fille qui travaille dans une boîte de nuit. Dans Résiste, la jeune Maggie prend vie. Entourée de sa famille et de ses amis, elle mène une existence nocturne rythmée par une foule de succès signés Michel Berger. Si France Gall n’est pas présente physiquement sur scène, elle habite ce spectacle en prêtant sa voix au récit. Une création qui lui ressemble à 100 %.

A partir du 4 novembre 2015 au Palais des Sports de Paris, puis en tournée.

Magazine : Gala
Par Sébastien Catroux
Date : 28 octobre 2015
Numéro : 1168

Histoires de France Gall

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Résiste, comédie musicale coécrite par France Gall à partir des succès de Michel Berger, investit le palais des sports de Paris le 4 novembre.
Résiste, comédie musicale coécrite par France Gall à partir des succès de Michel Berger, investit le palais des sports de Paris le 4 novembre.
Histoires de France Gall

Résiste, comédie musicale coécrite par France Gall à partir des succès de Michel Berger, investit le palais des sports de Paris le 4 novembre.

Pendant dix mois, L’Express l’a suivie dans cette aventure qui, pour elle, veut dire beaucoup.

Son silence artistique a duré près de vingt ans. Mais quand on la rencontre au fil des mois, alors qu’elle veille sur Résiste, cette comédie musicale made in France dans laquelle elle ne chante pas, France Gall est toujours aussi tendue vers la musique. Elle parle en rythme, chantonne à l’occasion, vêtue de couleurs gaies, comme si elle allait monter sur scène, avec cette même énergie roborative qui a marqué les années Berger.

16 décembre 2014, chez France Gall à Paris

Elle ouvre la porte de son appartement, situé sur la plaine Monceau, et tous les grands tubes de Michel Berger semblent danser près du piano noir à l’âme pourtant si gaie. Depuis quelques jours, l’affiche de Résiste envahit le métro parisien. Résiste, comme « résilience », peut-être. Elle disait : « Je n’écrirai jamais d’autobiographie. »

Si Résiste n’est pas un autoportrait, ce sont bien tous les refrains d’une vie – France triomphale, souffrance abyssale – qui encerclent aujourd’hui l’histoire de Maggie, une poupée de son, et de ses amis de la boîte de nuit le Lola’s. Car cette comédie musicale, écrite par France Gall et Bruck Dawit et chantée par cinq artistes – moyenne d’âge : 20-25 ans – ,est tissée à partir des classiques du couple Gall/Berger : « Musique », « Débranche ! », « Ella elle l’a », « La Groupie du pianiste », « Viens je t’emmène », etc.

A la façon de Mamma Mia ! « C’est d’ailleurs le musical d’Abba, découvert à Londres avec Claude-Michel Schönberg, qui a tout déclenché », raconte France Gall. Son dernier album remonte à 1996. Elle n’a plus chanté depuis la mort de sa fille, Pauline, emportée par la mucoviscidose, à 19 ans, en 1997.

« Pourquoi me lancer dans une telle aventure ? s’interroge-t-elle, devançant la question. Alors que je pourrais rester tranquille. Sans doute pour passer un relais. Une belle chanson ne doit pas s’éteindre. »

Les locations sont désormais ouvertes, les réseaux sociaux s’agitent, un clip va être réalisé. Sur la table du salon sont posés les dessins des décors, des listes de chansons, un dossier, où est inscrit « Honfleur novembre 2012 »,date du début du projet, soutenu par le producteur Thierry Suc. France Gall va, vient, s’assied, se lève, ouvre un grand agenda, des classeurs, d’où s’échappent des silhouettes de mannequins collectées dans des magazines et qui vont inspirer les looks des personnages : des filles en costume d’homme, en marinière. Le premier extrait de la comédie musicale, le tube « Résiste », interprété par la troupe, sera dévoilé en mars 2015. La chanson monte de la chaîne stéréo : « Refuse ce monde égoïste / Résiste / Suis ton cœur qui insiste … » France écoute, concentrée, ses mains cachent son visage. Lorsque le morceau s’achève, elle a les larmes aux yeux. « J’ai gardé les mêmes orchestrations qu’à l’époque en 1981. » Elle allume une cigarette. « C’est fantastique de retrouver une légèreté »

Dans quelques jours, elle sera pour Noël sur l’île de Gnor, au Sénégal, son refuge.

16 avril 2015, le studio de Michel Berger

L’ancienne imprimerie parisienne reconvertie en studio par le décorateur Jean-Louis Berthet est une fourmilière. Léa Deleau, Victor Le Douarec, Corentine Collier, Gwendal Marimoutou et Elodie Martelet, les cinq chanteurs de Résiste, sélectionnés après un casting de huit mois, enregistrent l’album de la comédie musicale. France Gall est assise sur les marches de ce fameux escalier blanc qui trônait en couverture de Double Jeu, disque de duos avec Michel Berger. L’ingénieur du son Bruck Dawit, son complice depuis 1995, supervise avec elle la réalisation. « Nous avons dû retrouver la colonne vertébrale des compositions, batterie, basse, guitare, et tout déchiffrer », précise-t-il. France Gall assure le coaching vocal. Debout, elle donne le rythme de Samba Mambo, levant les bras vers la cabine du studio. « Un peu plus de voix, pas que de l’air. Plus rond, plus rebondi, plus gai. Il faut hacher les mots, ça doit groover ! La chanson est gaie, même si le texte est triste, comme toujours chez Michel. »

Elle tape du pied. « On est dans un petit moment de blocage … »

France Gall tourne sur elle-même. « Je pensais être une fille tempérée, mais mon enthousiasme est un peu brutal. Mon père m’appelait « le petit caporal ». J’aime enseigner. Si je n’avais pas été chanteuse, j’aurais choisi un métier dans l’éducation. »

Le disque compte 14 chansons, que des succès. Entre 1976 et 1992, chacun des sept albums de France Gall s’est écoulé à 1 million d’exemplaires, elle a été la première à donner des concerts avec un groupe exclusivement féminin (18 sur scène, en 1978), la première à remplir le Zénith ( quatre semaines, à Paris, en 1984). C’est France en chansons. « Cette époque était incroyable. Il fallait une réussite insolente pour supporter les épreuves. Et puis la vie n’a plus été aussi jolie. J’ai tout arrêté pendant quatre ans. Au moment de Double Jeu [1992], j’ai voulu chanter d’une façon plus dure, probablement poussée par la douleur que j’éprouvais avec la maladie de ma fille. »

Sur les nouvelles affiches de Résiste, une jeune femme blonde rappelle la France Gall d’avant.

16 juillet 2015, répétitions à Roissy-en-France

Au fond du hangar nu, la scène est construite à l’identique de celle du palais des sports de Paris, où se donnera Résiste. Plusieurs tables, certaines occupées par le metteur en scène Ladislas Chollat et la chorégraphe Marion Motin, font face au décor esquissé d’une boîte de nuit, avec bar, escalier, chaises en forme de chaussure estampillées seventies. Ladislas Chollat travaille avec trois assistants.

Depuis avril, il assure en alternance les répétitions de Momo, une pièce de Sébastien Thiéry, avec Muriel Robin et François Berléand. « La troupe de jeunes est compétente en chant, pas encore dans le jeu … »

Des danseurs s’étirent ou sautent à la corde. Ils sont une quinzaine, issus de l’électro, du hiphop, de la danse contemporaine. Et jouent un personnage du Lola’s, parfois deux ou trois.

« L’âme ne doit pas être à côté du corps ! tonne Marion Motin. Sans corps, il n’y a pas de vie. » Son style, qui a séduit Stromae et Christine and the Queens, appuie sur « les lenteurs, le lâcher-prise, les grandes accélérations ». Ladislas est calme et déterminé : « Merci, les amis. Ce n’est encore tout à fait précis … Prenez le temps de penser les choses. » A côté de lui, France Gall note, observe, danse sur sa chaise, regarde sur un iPad ses chorégraphies dans des émissions d’hier. « On verra plus tard comment défendre les chansons sur scène, commente-t-elle. Pour intéresser les spectateurs, il faut les regarder en face. Mais, en même temps, il faut jouer des scènes. »

Résiste convoquera des dessins animés, des photographies, de petits films avec France Gall dans le rôle de la narratrice qui raconte l’histoire à sa petite-fille Lola.

C’est sa première expérience de comédienne, elle qui a refusé de tourner avec Chabrol et Pialat, mais a tout de même été dirigée par Godard dans le clip de sa chanson Plus haut. Godard lui disait : « Les histoires de création sont aussi des histoires d’amour. »

France Gall s’apprête à poser sa voix sur les chœurs de « Un dimanche au bord de l’eau », une chanson « retrouvée » de Michel Berger, enregistrée en 1978, et qui sera insérée dans Résiste, chantée par lui. « Il reste encore quelques inédits de Michel. Peu, mais il en reste. »

8 octobre 2015, Résiste prend corps

Ladislas Chollat avait prévenu les artistes : « Je reprendrai au moment où l’on était resté fin juillet. Rien ne doit me freiner. » Comme chaque jour depuis le début du mois, le filage a lieu à 16 heures dans le hangar de Roissy-en-France. Des semi-remorques ont livré le décor, qui devra être monté en une journée pour la tournée des Zénith, prévue en 2016. Les artisans s’agitent : rabots, perceuses, peinture. Quelques costumes patientent sur des portants : Jean-Daniel Vuillermoz, récompensé par un Molière et un César, a créé une « mode Résiste » aux couleurs fortes – France Gall a fait tisser spécialement des tissus au Sénégal. Un code secret permet de regarder les répétitions sur Internet. Les chanteurs deviennent peu à peu leurs personnages : Maggie, Mathis, Tennessee, Mandoline, Angelina … – d’après des noms de chansons de Michel Berger. « Les regarder s’incarner, c’est voir une pensée qui prend vie », se réjouit France Gall, assise à sa place fétiche, face à la scène. Ladislas Chollat est un metteur en scène hyperactif qui a l’œil sur tout, et d’abord sur la trentaine d’artistes présents sur le plateau. Il se retrouve dans le perfectionnisme de France Gall. « C’est l’école Michel Berger, lance-t-elle. Ne rien survoler. Ce qui peut être un détail pour vous … »

Éclats de rire.

Chaque soir, jusqu’à 23 h30, l’équipe réduite débriefe la journée. « Il faut toujours chercher à améliorer », appuie Ladislas Chollat, qui a demandé à l’humoriste Vincent Dedienne d’insuffler des vannes dans les dialogues. L’enjeu est de taille. C’est le budget d’un long-métrage. Le producteur Thierry Suc espère 500 000 spectateurs. France Gall est montée au créneau pour la promotion, à la radio, à la télévision. « France vit Résiste comme si c’était un spectacle dans lequel elle jouerait », analyse-t-il. Sa toute première chanson, en 1963, quand elle était la baby star des yéyés, s’appelait « j’entends cette musique ». Et la musique ne lui a pas résisté. « Ce que j’aime, c’est partager. Je ne veux plus monter sur scène, chanter, être applaudie. Je suis heureuse dans l’ombre. »

La vie n’en finit pas de transformer les paroles de ses chansons. France optimiste, France en avant, France profonde.

Résiste. Palais des sports, Paris (XV). A partir du 4 novembre. Puis en tournée, à partir du 8 janvier 2016. L’album Résiste (Parlophone Warner Music).

Magazine : L’Express
Photos : Bruck Dawit et Thierry Boccon-Gibod
Par Gilles Médioni
Date : du 28 octobre au 3 novembre 2015
Numéro : 3356

Photos Résiste

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2015 - Dossier de presse - Photos Officielles de Résiste La Comédie Musicale – © Tous droits réservés (merci à Romain Decosne)
2015 - Dossier de presse - Photos Officielles de Résiste La Comédie Musicale – © Tous droits réservés (merci à Romain Decosne)2015 - Dossier de presse - Photos Officielles de Résiste La Comédie Musicale – © Tous droits réservés (merci à Romain Decosne)

Photos © DR – Résiste la Comédie Musicale

Photos officielles Boby

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Crédit photos Live © Boby

Résiste (Badge)

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2015 - Badge de Résiste - Résiste, la comédie musicale de France Gall et Bruck Dawit (merci à Thomas)
2015 - Badge de Résiste - Résiste, la comédie musicale de France Gall et Bruck Dawit (merci à Thomas)

Le badge

2015 – Badge de Résiste – Résiste, la comédie musicale de France Gall et Bruck Dawit (merci à Thomas)
2015 – Badge de Résiste – Résiste, la comédie musicale de France Gall et Bruck Dawit (merci à Thomas)

Les photos officielles

France Gall, tout pour la musique

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France Gall, tout pour la musique

Depuis des mois, France Gall prépare sans relâche « Résiste », la comédie musicale tirée des chansons de Michel Berger qui commence le 4 novembre.

Le 16 octobre chez elle, France sourit à cette portée de quatre chatons qui s’appellent … ré, mi, fa, sol.

Regarder les souvenirs en face. Et en être heureuse. France Gall met fin à vingt ans de silence. C’est le temps qu’il lui fallait pour accepter l’inacceptable. La disparition de Michel

Berger, cette tragédie qui en annonçait une autre : la mort de leur fille, Pauline, à 19 ans. Depuis, elle a appris à vivre avec ceux qu’elle aimait, disparus ou non. Sans cesser d’être la gamine de 16 ans, enfant prodige de la chanson, mais enfant têtue capable de décider en parlant du jeune compositeur : « Ce sera lui ou personne. » Aujourd’hui, elle poursuit leur histoire en revisitant vingt ans de création. Depuis leur premier duo, en 1974, à ce « Dimanche au bord de l’eau » qu’ils chantent ensemble. Un inédit qu’il avait enregistré seul et sur lequel elle a ajouté sa voix, pour mieux entendre la sienne. Ainsi le dialogue continue. Évidemment.

Michel Berger écrivait pour elle : « Viens, je t’emmène derrière le miroir, de l’autre côté. » Le temps s’est écoulé sans que France ne s’attarde sur son image. Elle préfère chercher son reflet dans l’un de ses grands refrains, « Résiste ». Le symbole d’un parcours où l’amour et la musique l’ont toujours emporté sur les drames. La chanteuse confie avoir « des projets pour les quinze ans à venir ». Agrandir son restaurant au Sénégal ou collaborer avec son fils, Raphaël, musicien. Et elle reprend cette phrase de Woody Allen : « Je m’intéresse à l’avenir car c’est là que j’ai décidé de passer le restant de mes jours.»

« Quand je pense que j’ai 68 ans, j’ai du mal à le croire. J’éclate de rire »

Paris Match : Ladislas Chollat, le metteur en scène de “Résiste”, m’a confié que ce qui l’épatait le plus chez vous, en dehors de votre force de vie, c’est votre courage.

France Gall. Mon père m’appelait “le Petit Caporal”. Michel, à qui on demandait un jour pourquoi il m’avait épousée, avait répondu : “Pour sa force.”

PM : “France a un courage fou de monter ce spectacle”, ajoutait Ladislas. Pour vous, était-ce une nécessité ou une évidence ?

FG : Une fois que je n’ai plus eu à faire de documentaires, de livres, d’intégrales sur Michel et moi, j’ai pu réfléchir à la meilleure façon de faire vivre sa musique. Ce spectacle, ce sont des retrouvailles avec le désir : le mien et celui du public de réécouter une fois de plus les chansons de Michel.

PM : Comment est né ce désir ? Vous me juriez, il n’y a pas si longtemps encore, que vous n’en aviez plus!

FG : A Londres, il y a dix ans, devant la comédie musicale “Mamma Mia ! “, un grand show avec seulement des tubes, j’ai compris ce qu’on pouvait accomplir. On ne peut malheureusement pas faire écrire Michel, mais je me suis servie de ce qui existait déjà pour créer quelque chose de tout à fait nouveau.

PM : Je vous observais l’autre jour, pendant les répétitions. Vous n’avez jamais envie, en écoutant ces chansons que vous avez tant de fois interprétées, de vous précipiter sur la scène et de vous mettre à chanter ?

FG : Je ne chante pas mais je suis omniprésente tout en étant absente. Tout se fait autour de moi. Les personnages que vous voyez sur la scène sortent de ma tête, ce sont mes bébés mais nous les élevons ensemble … “Résiste” n’est pas un hommage à Michel. De toute façon, Michel aurait détesté les hommages. C’est une création musicale.

PM : Comment expliquez-vous qu’après tant d’années on ne se soit pas lassé d’écouter sa musique ?

FG : Michel avait une approche à la fois populaire et cérébrale. Il voulait que ses chansons soient fortes et profondes, et elles l’étaient ! Dans chacune, il y avait un message. Il a accompagné toute une jeunesse avec ses mots. Sa musique fait partie de notre vie. Même si on voulait l’oublier, ce serait impossible.

PM : Votre fils, Raphaël, à qui Michel, comme à vous, a laissé toute sa musique, a-t-il travaillé à vos côtés sur ce projet ?

FG : Il est extrêmement concerné, mais il a décidé, très intelligemment, de faire d’abord sa propre vie. J’espère que la prochaine fois que je ferai quelque chose, ce sera avec lui. Car j’ai plein d’autres projets, moi qui détestais tellement en avoir !

PM : Quand vous pensez à Michel et à Pauline, qu’éprouvez-vous ?

FG : Ça me fait chaud. C’est ma famille invisible, lovée au plus profond de mon cœur. Je sens la présence de Michel dans sa musique. Il est complètement intégré à ma vie sans que ce soit lourd et triste. Quand j’entends une de ses chansons, je souris. Je suis sa plus grande fan !

PM : Ce qui m’a toujours frappée chez vous, c’est cette façon très particulière de parler des choses graves avec légèreté …

FG : Je suis quelqu’un de très pudique. Je suis fascinée par ce monde de la technologie dans lequel nous vivons, mais il m’effraie. Les gens parlent trop. Il y a trop de vacarme, pas assez de mystère, de moins en moins de rêves. Je ne me retrouve plus dans ce monde, qui pourtant m’a forgée. Même si ces cinquante dernières années ont été très créatives, je reste spectatrice de moi-même. J’imagine très bien une bande dessinée : « Babou, en 2015, fait une comédie musicale. »

PM : Babou, c’est votre surnom d’enfant … Vous l’êtes encore, d’une certaine façon. Qu’est-ce que toutes ces épreuves vous ont appris sur vous ?

FG : Que, lorsqu’on le veut vraiment, on peut se relever de l’impensable. On est sur cette terre pour apprendre. Je suis la preuve vivante que tout est possible. La lecture de Sénèque, entre autres, m’a appris que tout vient de nous. Je vis l’instant présent à fond, sans me poser de questions.

PM : C’est de là que vous tirez votre force ?

FG : Je l’ai toujours eue en moi. Elle vient aussi de mon éducation à l’ancienne. J’ai eu, comme Michel, une instruction stricte. J’ai appris à bien parler français, à m’occuper d’une maison … Je me dis parfois que, si je n’avais pas été chanteuse, j’aurais adoré être architecte ou décoratrice. La maison, c’est l’enveloppe de notre vie. Les miennes me ressemblent, elles sont pleines de souvenirs, d’objets chargés d’histoire. Pourtant, je n’y suis plus très attachée. Que ce soit en France ou à Dakar, je me suis fait de jolies chambres dans lesquelles je pourrais très bien mourir.

PM : Vous pensez souvent à la mort ?

FG : Je pense qu’on part quand on doit partir, que les départs sont programmés. Pourquoi tous les deux sont-ils partis si vite ? J’ai longtemps essayé de comprendre ce grand mystère.

PM : Vous avez trouvé la réponse ?

FG : Pas vraiment. Ce que je sais, en revanche, c’est qu’il faut avoir confiance dans la vie, lui faire honneur. Et lui faire honneur, c’est être heureux. Depuis que je suis toute petite, je veux être heureuse. Tous les matins, je me réveille avec le sourire.

PM : C’est vrai que vous souriez tout le temps …

FG : Parce que je me sens légère et habitée.

PM : Je peux donc écrire sans mentir que, aujourd’hui, France Gall est une femme heureuse ?

FG : Oui. Je le suis. Je me sens super-bien dans cette vie. Michel disait de moi que j’étais l’opposé de lui, que j’étais une réaliste optimiste.

PM : Et une artiste ?

FG : Je n’oserais jamais dire de moi que je suis une artiste. Pour moi, les artistes sont les récepteurs de la douleur du monde. C’est pour ça qu’ils ont tellement de mal à vivre. Moi, j’ai la chance d’être douée pour le bonheur. Michel était un pur artiste, il recherchait la perfection et il avait l’impression de ne jamais l’atteindre. C’était un écorché vif, avec des colères d’adolescent. C’est quand même incroyable de se dire qu’il est mort à 44 ans !

PM : Vous n’avez jamais eu la tentation de tout envoyer balader ?

FG : Cent fois ! Mais ma vie n’est faite que de défis. Je ne connais ni la peur ni le doute. J’ose ! En ce moment, je ne me demande pas si le spectacle va marcher ou pas. J’espère simplement que ce que j’apporte au public le comblera. Ma priorité, aujourd’hui, est de bien vieillir. Quand je me dis que j’ai 68 ans, j’ai envie d’éclater de rire. J’ai du mal à le croire. Mais 68 ans, c’est un bel âge quand on est dans la vie. Mon bonheur est toujours passé par celui des autres. J’ai besoin que les gens autour de moi soient heureux. Et je reste curieuse. Même de découvrir ces territoires nouveaux qui m’attendent. Je suis plus inquiète de l’avenir du monde que du mien.

PM : Vous faites dire à une de vos interprètes : “On ne vit qu’une fois une grande histoire d’amour, le reste ce sont des anecdotes !” Vous le pensez vraiment ?

FG : Je pense qu’on a plusieurs vies. Si l’on ne fait pas ce qu’il faut dans cette vie, on reproduit sans cesse les mêmes choses. Si j’ai traversé tout ça, ce n’est pas pour rien. J’ai demandé au cosmos que ma prochaine vie soit douce, très douce. Mais comme je serai la même âme, est-ce que cela me suffira ?

PM : A la veille de la première représentation, comment vous sentez-vous ?

FG : Soulagée !

Magazine : Paris Match
Photos : Elsa Trillat
Date : 22 au 28 octobre 2015
Numéro : 3466