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France Gall en 2015

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2015, c'est l'année du spectacle Résiste de France Gall et Bruck Dawit.
2015, c'est l'année du spectacle Résiste de France Gall et Bruck Dawit.

2015, c’est l’année du spectacle Résiste de France Gall et Bruck Dawit.

La première représentation a lieu le 4 novembre 2015 au Palais des sports de Paris. S’ensuit une tournée en France, en Belgique et en Suisse en 2016. La dernière représentation a eu lieu le 23 décembre 2016 au Zénith de Lille.

Note sur les crédits : Il arrive fréquemment que des œuvres soient diffusées sans que le nom de l’auteur soit mentionné. Ces pratiques sont illégales au sens de l’art. L.121-1 du CPI. Lorsque nous connaissons le nom de l’auteur de la photo, il est toujours mentionné. Si vous constatez une erreur, un manque, ou que vous souhaitez le retrait d’une photo dont vous êtes l’auteur : contactez-nous.

France Gall en 2014

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Le coffret cartonné "5 albums originaux" de France Gall est paru dans la série “5 albums originaux”, dont une version existe également avec Michel Berger, contient 5 disques CD au format pochette ultra slim.
Le coffret cartonné "5 albums originaux" de France Gall est paru dans la série “5 albums originaux”, dont une version existe également avec Michel Berger, contient 5 disques CD au format pochette ultra slim.

Le coffret cartonné “5 albums originaux” de France Gall est paru dans la série “5 albums originaux”, dont une version existe également avec Michel Berger, contient 5 disques CD au format pochette ultra slim.

Les 5 albums proposés sont France Gall (1976) & Dancing Disco (1977) & Paris, France (1980) & Débranche ! (1984) & France (1996).

Note sur les crédits : Il arrive fréquemment que des œuvres soient diffusées sans que le nom de l’auteur soit mentionné. Ces pratiques sont illégales au sens de l’art. L.121-1 du CPI. Lorsque nous connaissons le nom de l’auteur de la photo, il est toujours mentionné. Si vous constatez une erreur, un manque, ou que vous souhaitez le retrait d’une photo dont vous êtes l’auteur : contactez-nous.

France Gall, un retour tant attendu !

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Après le décès de Michel Berger il y a vingt ans tout juste (ndlr : article de Septembre 2012) et celui de sa fille Pauline en 1997, France Gall avait choisi le silence. Le temps a passé, et c'est envers et contre tout le goût du bonheur qui coule dans ses veines. France nous réserve de jolies surprises ...
Après le décès de Michel Berger il y a vingt ans tout juste (ndlr : article de Septembre 2012) et celui de sa fille Pauline en 1997, France Gall avait choisi le silence. Le temps a passé, et c'est envers et contre tout le goût du bonheur qui coule dans ses veines. France nous réserve de jolies surprises ...
Après le décès de Michel Berger il y a vingt ans tout juste (ndlr : article de Septembre 2012) et celui de sa fille Pauline en 1997, France Gall avait choisi le silence. Le temps a passé, et c'est envers et contre tout le goût du bonheur qui coule dans ses veines. France nous réserve de jolies surprises ...Après le décès de Michel Berger il y a vingt ans tout juste (ndlr : article de Septembre 2012) et celui de sa fille Pauline en 1997, France Gall avait choisi le silence. Le temps a passé, et c'est envers et contre tout le goût du bonheur qui coule dans ses veines. France nous réserve de jolies surprises ...

Après le décès de Michel Berger il y a vingt ans tout juste (ndlr : article de Septembre 2012) et celui de sa fille Pauline en 1997, France Gall avait choisi le silence. Le temps a passé, et c’est envers et contre tout le goût du bonheur qui coule dans ses veines. France nous réserve de jolies surprises …

Entre la sortie de Michel Berger : haute-fidélité, un livre de photos, pour la plupart inédites, signé Thierry Boccon-Gibod, le photographe attitré du couple durant de nombreuses années, et la vente sur Internet des 250 chansons du couple, Michel Berger se conjugue plus que jamais au présent. L’album Double jeu, enregistré par France et Michel il y a vingt ans, est également réédité. Et ce n’est que le début des bonnes nouvelles pour les fans …

Aujourd’hui, je ne veux plus parler à la télé !

On la disait partie vivre sur l’île de N’Gor, au large de Dakar au Sénégal, dans sa maison sans électricité ni eau courante à laquelle on n’accède qu’en pirogue. En réalité, elle ne s’y rend que trois mois par an ! En toute discrétion, elle vit le plus souvent à Paris, dans l’appartement des jours heureux, qu’elle n’a jamais voulu quitter, parfois à Honfleur dans la chaumière où résonnaient hier les rires des enfants, ou encore à Ramatuelle, dans cette propriété des derniers instants de Michel, bien loin du port et des plages où le champagne coule à flots.

Le goût des voyages, France l’a perdu, préférant se réfugier en elle, en quête d’un indispensable apaisement. « La lecture a été tellement capitale, tout est écrit dans les livres », confie-t-elle cet été à son amie Béatrice Schoenberg dans le magazine Gala. « Victor Hugo, dans les années qui ont suivi la mort de sa fille, a écrit un poème des Contemplations qui m’a aidée. » Depuis vingt ans, le silence lui est d’un grand secours. « Aujourd’hui, je ne veux plus parler. Je ne supporte plus les gens qui parlent à la télévision. Je trouve que l’on parle trop de choses inintéressantes, c’est un tourbillon de vacarme », explique-t-elle,

Elle s’est donc retirée de ce monde qui fut le sien durant tant d’années, se préférant casanière et avouant se coucher chaque jour au moment où le soleil se lève. « J’ai tellement couru ! Quand je suis chez moi, je suis parfaitement heureuse. J’ai hâte de rentrer, j’ai du mal à sortir … » Et pourtant, aujourd’hui, voici enfin qu’elle annonce de grands projets et son retour dans la vie publique …

Michel appréciait mon amour de la vie

Depuis ses débuts à l’âge de 16 ans, elle s’est toujours trouvée dans la lumière. Certains se souviennent encore de la liesse provoquée par sa victoire, en 1965, au grand concours Eurovision de la chanson avec Poupée de cire, poupée de son, signé Serge Gainsbourg. Mais la gloire, la vraie, celle qui fera d’elle une artiste épanouie et reconnue, France Gall la vivra par et avec Michel Berger. Des années de bonheur intense où leurs vies familiale et professionnelle semblaient placées sous le signe du bonheur absolu.

Et puis, ce 2 août 1992, au retour d’une partie de tennis sous le soleil de Ramatuelle, Michel, 44 ans, est terrassé par une crise cardiaque. La vie de France bascule ; la voici seule pour élever leurs enfants et faire face à la maladie incurable de leur fille, Pauline, la mucoviscidose. Seule encore pour faire perdurer l’œuvre de son mari.

« France est incroyablement douée pour le bonheur », souligne l’ancien directeur de sa maison de disques, Bernard de Bosson. « Michel appréciait mon amour de la vie », ajoute-t-elle. Et comme ils ont raison ! Alors, ce bonheur, elle n’a de cesse au quotidien de le reconquérir. Néanmoins, à plusieurs reprises, le mauvais sort s’acharne … Elle doit affronter un cancer et bientôt la perte de sa fille, seulement âgée de 19 ans. L’épreuve de trop ! « A la disparition de Michel, j’ai eu envie de continuer de chanter. A la disparition de Pauline, j’ai eu envie de me taire », a-t-elle confié il y a peu à Paris Match. Depuis, elle laisse derrière elle une traînée de silence …

Je peux me placer du côté des gens heureux

Faire de son chemin semé d’embûches la source de forces nouvelles, tel est le credo de France. Positiver, trouver la lumière dans l’obscurité sont ses défis. Au micro d’Europe 1, France Gall confiait récemment : « C’est un cadeau merveilleux que d’avoir été mariée à Michel Berger. C’est un bonheur perdu, mais c’est un bonheur que j’ai eu, cela change tout. » Et d’ajouter dans Paris Match : « Nous avons eu une vie absolument magnifique, follement agréable, dans la fête, la réussite, le bonheur de la famille… C’était la perfection. »

Riche de tant de souvenirs, la chanteuse a décidé de regarder à jamais l’existence depuis son meilleur versant. Et d’honorer à nouveau la mémoire de Michel Berger, celui qu’elle a tant aimé ! « Plutôt que de commémorer sa disparition, je préfère fêter sa vie et son œuvre. » Voici pourquoi elle annonce travailler depuis plusieurs mois à l’écriture d’un spectacle basé sur leurs plus grands tubes. Une création qui verra le jour en 2014. Elle s’implique à cent pour cent dans cette aventure, ce qui la réjouit comme une gamine !

Même si elle a déjà prévenu qu’elle n’y chanterait pas, France produira, supervisera, suivra la troupe en tournée. « Je revivrai ce que je vivais avant », s’émeut-elle. Mais pas question d’apparaître, hormis peut-être au moment des saluts. Elle a choisi de rester dans l’ombre, dans cette ombre qui désormais lui sied mieux que les sunlights. « J’ai vécu de très grandes épreuves, mais j’ai connu des bonheurs absolus. Je me sens riche de tout cela, ce sont ces épreuves qui m’ont construite. Voilà la raison pour laquelle, maintenant, je peux me placer du côté des gens heureux. »

Magazine : Nous-Deux
Date : du 25 septembre au 1er octobre 2012
Numéro : 3404

France Gall rédactrice en chef de Gala

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France Gall, la groupie du pianiste, a pris ma place, et c’est avec un immense plaisir que j’ai assisté à la construction de ce numéro exceptionnel.

Cela fait un mois que nous vivons en rythme. La groupie du pianiste a pris ma place, et c’est avec un immense plaisir que j’ai assisté à la construction de ce numéro exceptionnel. Mon bureau de Gennevilliers s’est ainsi transformé en scène du Zénith de Paris.

Mon ordinateur de rédacteur en chef, en micro de France Gall ! Les pages que vous allez découvrir sont ainsi le parfait reflet de ses goûts, de ses envies et de son irrésistible curiosité, à son image : sereines et pleines de vie.

C’est également la moralité d’une formidable interview donnée par France à son amie, la journaliste Béatrice Schönberg. Une leçon de vie, plus qu’une énième interview !

Figure incontournable de la chanson française, France Gall, c’est aussi un destin dont l’écho résonne en chacun d’entre nous. Et pour l’avoir rencontrée plusieurs fois ces dernières années, je savais cette artiste rare, douée pour le bonheur.

Il me semblait alors intéressant de lui donner carte blanche pour bien débuter l’été. Pari tenu ! France s’est investie pleinement dans le projet. Chacune de ses venues à la rédaction fut ponctuée d’éclats de rire, mais aussi de beaucoup d’émotion. Nous nous sommes ainsi replongés dans les souvenirs pour mieux parler d’avenir et rendre le plus beau des hommages à Michel Berger. C’était en plein été… il y a déjà vingt ans !

France Gall. La chanteuse se confie à son amie Béatrice Schönberg, en exclusivité pour Gala, dans un entretien bouleversant de sincérité. Un moment rare.

Pour Gala, France Gall a accepté de se prêter au jeu d’un séance photo. Un exercice qu’elle déteste et qu’elle n’avait plus pratiqué depuis bien longtemps. Elle a choisi “La Colombe d’Or”, lieu qui, pour elle, veut dire beaucoup …

Quelques mots d’amour … édito de France Gall rédactrice en chef invitée de Gala / Gala est un magazine ludique ! Tout fait envie dans Gala : les recettes, les voyages, les produits du moment, la mode ! Une règle : on ne parle pas de sujets qui fâchent, et c’est tant mieux ! Pas de photos violentes, mais des plages et des filles sublimes, avec toutes les nouveautés que le monde esthétique nous propose. De temps en temps, un peu de douceur dans ce monde pas toujours facile est le bienvenu.

Ici, on aime le travail bien fait. Mon équipe de femmes s’est surpassée pour être au plus proche de mes demandes, avec un enthousiasme qui m’a honorée. Bref, je me suis beaucoup amusée et, pour la première fois de ma vie, j’ai même pris du plaisir à poser pour des photos, c’est vous dire ! La raison s’appelle Gilles Bensimon et La Colombe d’Or : le photographe et le lieu.

C’est donc un numéro qui me ressemble. Alors, merci à Matthias Gurtler de m’avoir invitée à partager avec toute la rédaction le travail et la vie d’un magazine de rêve. Ce numéro de Gala… on l’aime déjà !

Interview de France Gall / Propos recueillis par Béatrice Schönberg

Béatrice Schönberg : Même si pendant des années, tu t’es mise en dehors de la lumière, on a l’impression que tu n’es jamais loin. Tu as ce sentiment d’être perçue presque comme une amie pour beaucoup d’entre nous ?

France Gall : Je m’en rends compte quand je sors. Où que j’aille, il y a des gens qui viennent me dire qu’ils m’aiment beaucoup, que je leur manque, qu’ils me souhaitent de bonnes choses. J’ai ce contact-là.

B.S. : Ton parcours de vie, ta façon de rejaillir, tout cela fait que tu es proche du public…

F.G. : François Mitterrand était venu un soir dîner avec sa femme, Danielle, chez Michel et moi. On parlait évidemment de politique, puisque c’était juste avant son second septennat. On lui demandait s’il avait des peurs, des inquiétudes. Il a dit quelque chose de très important : « Il faut que les Français aient une histoire. Il faut que la personne qui se présente ait une histoire. » S’il n’y a pas d’histoire avec le peuple français, ça ne peut pas marcher. Il avait trouvé le mot juste. Bien sûr, il faut une histoire, parce que nous sommes des êtres humains. On a besoin d’avoir des sentiments, de vivre des émotions. Je crois que je finis par avoir une histoire, une histoire avec mon pays.

B.S. : Tu avais une magnifique carrière et aujourd’hui tu as un destin installé dans le cœur des Français.

F.G. : Dans l’esprit des gens, je ne suis pas la même personne depuis la mort de Michel. Au départ, c’étaient les chansons, la manière dont je les chantais, que les gens aimaient. Pour eux, la mort de Michel a été le début des souffrances. Mais bien avant, nous souffrions déjà avec la maladie de notre fille, Pauline, qui prenait toute la place dans nos pensées, dans notre existence.

B.S. : Ce qui est extraordinaire, c’est que tu n’étais pas du tout préparée aux épreuves. Je me souviens qu’un jour, dans les années 1980, tu m’as dit : « Tu te rends compte, j’ai déjà passé tous ces moments de ma vie sans connaître la maladie, la mort d’un proche. » Tu as été très protégée… Puis la vie s’est rattrapée.

F.G. : On fait comme on peut. On est vivant, il faut vivre ce que l’on nous donne à vivre. Les gens me disent souvent : « Ce que vous avez vécu est inhumain. » Bien sûr que non, ce n’est pas inhumain, puisqu’on me le donne à vivre. Alors effectivement, la vie s’est « rattrapée », comme tu dis. À la fin des années 1970, notre vie était parfaite de bonheur et d’accomplissement, et Michel n’arrêtait pas de répéter : « Qu’est-ce qui va nous tomber dessus ? » Moi, je n’ai jamais raisonné comme cela.

B.S. : Tu penses qu’on n’a pas à payer le bonheur ?

F.G. : Ce n’est pas parce qu’on est heureux qu’on va forcément payer. On est sur cette terre pour apprendre et, dans le bonheur, on n’apprend pas. C’est en général à travers nos épreuves, qui ne sont pas que négatives, qu’on est censé évoluer. C’est dans les moments difficiles que l’on va faire plus attention à l’autre, mieux le comprendre.

B.S. : Tu as beaucoup appris ?

F.G. : Forcément, il faut. Quand on est deux et que l’on se retrouve seule à faire les choses, on apprend. Quand je me suis retrouvée toute seule en studio avec des musiciens, il fallait bien que je les dirige. C’est pareil dans la vie, on apprend… Quand on vous enlève vos piliers, cela vous oblige à grandir… vite !

B.S. : Tu as un amour de la vie exceptionnel ?

F.G. : Oui, mais dans le calme. Je ne voyage pratiquement plus, sauf pour aller en Afrique. J’aime la vie du quotidien, j’aime les choses normales.

B.S. : Tu crois que tu es douée pour le bonheur ?

F.G. : Oui, c’est une phrase qui m’a toujours accompagnée. Parce que j’ai appris à avoir confiance dans la vie, elle ne me fait plus peur. J’ai vécu des choses très difficiles à traverser, mais cela vous amène ailleurs et c’est beau aussi.

B.S. : Aujourd’hui, tu dirais que tu as de la chance ?

F.G. : J’ai de la chance parce que je ne suis pas à terre. C’est même une chance folle. J’ai réussi à me sortir du passé, pas de manière radicale : Michel et Pauline feront toujours partie de ma vie. En ce moment, avec les vingt ans de la disparition de Michel, c’est une période un peu particulière, j’ai hâte que ça passe, on va faire les choses au mieux. Mais c’est un moment de vie très intéressant que je traverse. C’est comme si on avait déposé les valises, les poids qu’on traîne toute sa vie. On se sent libre.

B.S. : Tu n’as jamais été aussi libre, aussi apaisée ?

F.G. : Oui, je suis vraiment apaisée. C’est doux, même s’il n’y a plus les grands éclats de rire.

B.S. : Il y a des rires, pourtant…

F.G. : Je n’ai pas le sentiment d’avoir ri de nouveau. Tu vois, là, je rigole, mais ce n’est plus comme avant. À la mort de ma fille, j’ai vraiment pensé que tout allait devenir moins bien, moins beau… Aujourd’hui, je ne pense plus comme cela. Je ne suis pas la seule à avoir vécu les choses ainsi. Victor Hugo, dans les années qui ont suivi la mort de sa fille, a écrit un poème des Contemplations qui m’a aidée. La lecture a été tellement capitale, tout est écrit dans les livres.

B.S. : On a l’impression qu’aujourd’hui tu prends enfin le temps, tu ne fais les choses qu’à ton rythme…

F.G. : J’ai tellement couru ! Quand je suis chez moi, je suis parfaitement heureuse. J’ai hâte de rentrer, j’ai du mal à sortir. Ce qui ne m’empêche pas d’être tout à fait normale, d’être tout à fait à l’aise dehors, de faire ce que j’ai à faire avec ma petite voiture dans Paris. Aujourd’hui, je sais vivre.

B.S. : Ta maison, c’est ton univers ?

F.G. : Parce que c’est doux, je veux que ce soit de la douceur.

B.S. : Dans la décoration de ton appartement parisien, on retrouve tes voyages : il y a l’Afrique, les objets que tu as chinés avec Michel, cela raconte beaucoup de choses de toi.

F.G. : C’est comme cela que devraient être les appartements, à l’image de ce que vous êtes.

B.S. : L’Afrique a été un refuge, c’est autre chose aujourd’hui ?

F.G. : Maintenant, j’y vais trois mois par an minimum, je me retiens pour ne pas y aller plus souvent. Jamais je ne prendrais une minute pour aller sur la plage ou me mettre au soleil, je déteste ça. Là-bas, je ne fais que faire, il y a tout à faire !

B.S. : Pour toi ou pour les autres ?

F.G. : Je fais pour moi en faisant pour les autres. (Rires.) Par exemple, j’ouvre une crêperie, quatre personnes y travaillent, ce qui va faire vivre leurs familles. Je fais du concret, de petites choses. Je vais ouvrir une plage, où je vais pouvoir engager cinq ou six personnes du village et aussi améliorer l’éducation des enfants sur place. Mon bonheur passe par le bonheur des autres, qu’ils soient proches ou éloignés.

B.S. : C’est ta façon de rendre un peu la chance que tu as ?

F.G. : Je ne me sens obligée de rien, mais je ne peux m’empêcher de partager. Ça fait partie de ma vie.

B.S. : Comment vis-tu avec tes souvenirs ?

F.G. : Je pense beaucoup à ceux qui seront là quand je disparaîtrai et donc, je trie. (Rire.) Pour l’instant, c’est un immense désordre parce que je manque de temps. Il faudrait que je sois quinze jours à Paris sans rien faire. J’adore les photos, j’ai des milliers de photos que j’ai prises, que Michel a prises, qu’on continue à faire, des films. Je vais essayer de classer tout cela pour simplifier la tâche des autres.

B.S. : Tu as des collectors ? Des témoignages, des lettres, des chansons, des choses auxquelles tu tiens particulièrement ?

F.G. : J’ai décidé de ne plus jamais m’attacher aux objets. Même si j’aime ceux qui ont une histoire. Je garde les lettres échangées, bien sûr, des objets liés au travail de Michel, ses carnets noirs. Je crois que je garde mes vêtements de toutes les époques, j’ai des malles et des malles de vêtements que je gardais pour mes petites-filles plus tard.

B.S. : Je me souviens que Michel adorait les conversations et refaire le monde des soirées entières. Tu as ce goût-là, ce goût de la nuit aussi ?

F.G. : L’art de la conversation, c’était surtout Michel. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui avait le goût de la conversation comme lui, mais je n’avais pas encore rencontré Gilles Bensimon, le photographe qui m’a photographiée pour ce numéro. (Rire.) Moi, je n’en peux plus de parler, je ne veux plus parler. Je ne supporte plus les gens qui parlent à la télévision. Je trouve qu’on parle trop de choses inintéressantes, c’est un tourbillon de vacarme. C’est terrible !

B.S. : Tu es quelqu’un de la nuit ?

F.G. : J’aime la nuit et dans mon métier, on chante souvent la nuit. Je vois le soleil se lever tous les jours. Je ne souffre pas d’insomnie. Tous les jours, je me dis : « Je me couche plus tôt », mais il n’y a rien à faire. Je rêve de me réveiller à 8 heures du matin, de prendre mon petit déjeuner normalement, d’avoir faim à midi et demi pour le déjeuner, d’avoir fait mille choses, mais je vis en décalé.

B.S. : Tu as fermé ta porte à plus de gens ?

F.G. : Je n’ai pas fermé la porte, je ne l’ai pas ouverte à tout le monde.

B.S. : On t’a vue incarnée dans deux films : celui sur Serge Gainsbourg (Gainsbourg, Vie héroïque, ndlr) et le film sur Claude François (Cloclo, ndlr), qu’est-ce que tu as ressenti ?

F.G. : Il faut juste essayer de vous mettre à ma place. Je suis là, je suis vivante et il y a une fille qui va jouer mon rôle au cinéma, qui va jouer des choses que moi seule ai vécues, qui vont être montrées de manière différente, car il n’y a que moi qui sais. C’est très, très bizarre comme impression.

B.S. : France, ce n’est pas ton prénom. Quelle signification a la France pour toi ?

F.G. : Denis Bourgeois, mon producteur de l’époque, était allé me chercher un sacré prénom ! Isabelle Gall, c’est moins bien que France Gall pour le métier. Ça ne dit pas la même chose. Aujourd’hui, Isabelle Gall n’irait pas du tout avec moi. France, c’est très fort. Je l’adore maintenant. Avant je ne l’aimais pas parce que je ne savais pas si les gens l’appréciaient. Aujourd’hui, je l’aime parce qu’il représente quelque chose. C’est sérieux comme prénom !

B.S. : Tu as choisi de faire des photos pour Gala à La Colombe d’Or, c’est un lieu familier ?

F.G. : C’est là que Michel m’a emmenée la première fois quand on s’est rencontrés, c’était en plein hiver. Son père passait ses vacances là tous les étés, on lui amenait les enfants. Michel aimait énormément l’endroit, son histoire. Madame Titine, la fondatrice, m’a offert des couverts roses pour ma fille et bleus pour mon fils, ils avaient leur table, c’était vraiment la famille, et aujourd’hui c’est François qui dirige cet endroit unique de beauté et d’histoire. J’y reviens régulièrement avec la même émotion à chaque fois.

B.S. : À la fin du journal, il y a une photo de toi avec la reine Elisabeth d’Angleterre…

F.G. : J’avais été invitée lors d’un dîner privé à l’ambassade d’Angleterre à Paris avec les cancérologues de nos deux pays. L’ambassadeur, sir Holmes, m’a expliqué que c’était parce que j’avais montré l’exemple (France Gall a souffert d’un cancer du sein, ndlr), que je m’étais formidablement sortie de cette épreuve et j’avais donné une image positive de la lutte contre cette maladie.

B.S. : Ce cancer du sein, tu l’as vécu de façon positive ? Tu pensais que ce n’était qu’un passage ?

F.G. : Non. C’était un cauchemar quand je l’ai appris, comme pour tout le monde. J’étais allée faire une mammographie, sans qu’on me le demande, pour être prête pour Bercy, que je devais faire deux mois plus tard. Et là, ils ont tout de suite vu qu’il y avait quelque chose d’anormal. En très peu de temps, on passe dans le monde de la maladie, des malades, c’est une autre planète. J’ai eu très peur. Je n’avais rien eu avant. On ne sait pas si on va rester entière, on se dit que les gens vont s’éloigner. Mais la solitude absolue, on la ressent sous les rayons. On est seule dans ce monde de rayons. Tant qu’on n’est pas guérie, c’est un cauchemar.

B.S. : À l’époque, j’ai eu l’impression que ce n’était pas une surprise pour toi.

F.G. : Ce n’était pas une surprise. À l’annonce de la mort de Michel, j’étais à l’extérieur de la maison, j’ai ressenti une douleur dans le ventre, dans le corps, tellement forte, je ne pouvais plus tenir debout. Ce sont les mots qui ont déclenché cette douleur incroyable, je me suis dit qu’elle devait ressortir d’une manière ou d’une autre. Comme le disait Fritz Zorn, l’auteur de l’extraordinaire livre Mars, mon cancer était la concrétisation de mon mal intérieur.

B.S. : Tu as caché ta maladie ?

F.G. : J’ai décidé de le dire après l’opération, avant les rayons.

B.S. : C’est quand même un tournant dans ta vie ?

F.G. : C’est parti aussi vite que c’est venu. Une fois que c’était terminé, je n’y ai plus jamais pensé. En plus, ce n’est pas bon de s’inquiéter.

B.S. : Tu es vigilante quand même ?

F.G. : Je suis surveillée comme le lait sur le feu ! Je fais tout ce qu’il faut.

B.S. : As-tu des projets musicaux ?

F.G. : Voilà la question que je déteste. Mais c’est le bon moment pour me la poser car j’ai quelque chose à répondre. J’ai commencé à préparer il y a quelques mois avec mon équipe un spectacle musical avec les chansons que Michel et moi avons créées.

B.S. : Et c’est prévu pour quand ?

F.G. : J’ai mis du temps à trouver l’idée. Il y a un tel travail d’écriture que ce projet ne verra pas le jour avant 2014. C’est le travail qui me réjouit le plus depuis très, très longtemps parce qu’il s’agit de création.

B.S. : Aujourd’hui, je sens que tu es bien, que tu es heureuse et entourée d’amour.

F.G. : J’ai tendance à penser, puisque je me sens heureuse, que j’ai pris le bon chemin pour en arriver là.

Une admiratrice a côtoyé le couple star pendant trente ans et sort un album de photos inédites. Pudique et touchant.*

Murielle est timide. Pourtant, elle a longtemps suivi avec assiduité France Gall et Michel Berger, collectionnant photos, tickets de concerts, autographes, disques, cassettes… Aujourd’hui, elle raconte en textes et en photos sa relation d’amitié avec France.

Gala : Votre livre se présente sous la forme d’un carnet de bord. Comment vous est venue l’idée de le rédiger ?

Murielle Bisson : Même si j’ai une très bonne mémoire, j’ai ressenti le besoin d’écrire pour me souvenir de tout ce que je pouvais vivre au quotidien auprès de France et Michel.

Gala : Pensiez-vous le voir publié un jour ?

M. B. : Pas du tout. Si on m’avait dit en 1982, date de ma première rencontre avec France, que j’allais sortir un livre sur ma passion pour le couple, je n’y aurais pas cru. Avoir gagné le concours RTL (place pour le concert de France Gall, rencontre dans les loges et dîner au Fouquet’s, ndlr), les suivre, pouvoir les photographier, et que mes idoles apprécient mes photos, c’était déjà un immense cadeau. En y pensant, tout s’est enchaîné naturellement.

Gala : Les médias vous présentent comme une fan « autorisée ». Ce qui signifie ?

M. B. : Je pense que c’est parce que, contrairement aux autres fans, j’étais la seule autorisée à les photographier.

Gala : Comment vous êtes-vous fait accepter ?

M. B. : J’aimerais le savoir… Tout s’est passé naturellement. Je partageais ma passion pour la photo avec Michel, et nous ne parlions que de cela. De musique aussi, forcément, mais il aimait mes photos, comme France, ce qui m’a donné un statut « privilégié » parmi les fans.

Gala : On vous sent intimidée…

M. B. : Oui, j’ai beaucoup de mal à parler d’eux, je suis très vite débordée par l’émotion. Je les aime beaucoup, je les respecte énormément, cet exercice d’interview n’est pas du tout évident pour moi…

Gala : Arrive-t-on à construire sa vie en aimant à ce point deux artistes que l’on suit pas à pas ?

M. B. : Oui, on la vit très bien et pleinement, si ça peut vous rassurer !

Gala : Êtes-vous mariée ? Avez-vous des enfants ?

M. B. : Non, mais je suis amoureuse.

Gala : France dit qu’elle vous a vue évoluer et vous professionnaliser comme photographe.

M. B. : Oui, c’est vrai. J’irais même plus loin, ils m’ont permis de trouver ma vocation. Même si je n’en vis pas, je travaille toujours à la Fnac Val d’Europe, mais au rayon photo… Ce qui me permet de transmettre ma passion.

Gala : Comment définiriez-vous l’amitié qui vous lie à France ?

M. B. : C’est difficile… Si « amie » signifie faire confiance à une personne et pouvoir compter entièrement sur elle, alors oui, France peut me considérer comme telle.

Gala : Et pouvez-vous compter sur elle ?

M. B. : Ça peut sembler idiot, mais oui. Le jour de mes quarante ans, j’étais entourée des gens que j’aime, excepté France. Mais coup de théâtre, elle m’a téléphoné pour me souhaiter un bon anniversaire. Ça m’a beaucoup touchée…

Propos recueillis par Nora Sahli

Sur les pas de France Gall et Michel Berger ; Road book d’une groupie, de Murielle Bisson & Patricia Martoglio, Ed. Descartes & Cie.

Sur le chemin de l’enfance ou du succès, ils l’ont croisé, aimé et ont partagé avec lui des souvenirs, qu’ils gardent comme de précieux trésors. À l’approche des vingt ans de sa disparition, le 2 août, les proches de l’artiste lui rendent hommage.

Alain Souchon

J’ai rencontré Michel à Télé Monte-Carlo, en 1974. Il venait de sortir un album qui s’appelait Cœur brisé et moi, je chantais J’ai dix ans, mais c’était avant que la chanson ait du succès. Il est venu me voir et m’a dit : « J’adore ta chanson, c’est vachement bien. » J’ai trouvé qu’il avait une grâce, une vraie gentillesse, une simplicité de venir me dire ça, alors qu’on ne s’était jamais vus auparavant. Nous avons discuté facilement, amicalement, de la musique, de la vie … J’avais bien aimé cette rencontre rapide mais vraiment sympa. Ensuite, nous nous croisions dans des émissions de télévision. Comme on doit souvent attendre, nous étions comme deux rigolards assis dans un coin. On s’est revus dans l’appartement de France, où il y avait tout le monde, on était tout serrés, écrabouillés. Et puis, voilà. On entend ça à la radio … Comme Balavoine, Coluche, ces morts, ça vous cisaille d’un coup. On est un peu proches, on a le même âge, on fait tous les deux de la chanson … Je suis très sensible à ceux qui font le même métier que moi, j’ai tendance à les aimer beaucoup. J’avais énormément d’admiration pour Michel, il a fait la jonction entre la pop anglaise qu’on aimait tous et la tradition de la chanson française qui traite de sujets plus graves et poétiques. Quand il a écrit l’album Rock’n’roll attitude pour Johnny, toute la gauche bienpensante a commencé à trouver que Johnny Hallyday, c’était quand même Johnny Hallyday! Composer des chansons raffinées et populaires, c’est le plus difficile. Lui, il savait le faire.

Bertrand Delanoë

Michel Berger n’a pas eu le temps de subir l’épreuve du temps. Pour moi, comme pour tant d’autres, il continue d’être aujourd’hui ce qu’il était hier : une voix qui touche sans faire violence, un visage qui respire la bonté et l’intelligence. L’homme, que j’ai eu la chance de rencontrer après 1981, tenait toutes les promesses de l’artiste. J’ai le souvenir de discussions pleines d’espérance et d’exigence après l’élection de François Mitterrand. Il savait écouter, ce qui donnait beaucoup de prix à sa parole, toujours juste et sincère, comme sa musique. La magie de Michel Berger tient pour moi à cette grâce qu’il dégageait et qui rassemblait la diversité de la société française. Il était à la fois engagé et libre, mystérieux et accessible, élégant et simple, intense et respectueux – toujours en mouvement et toujours en équilibre, comme ses paroles et comme ses mélodies. En plein accord avec France Gall, qui a partagé sa vie d’homme et d’artiste, je suis fier de l’hommage que Paris s’apprête à lui rendre en donnant son nom à une allée du parc Monceau, prolongeant sa présence en un endroit qu’il a vu enfant, jeune homme et père, et qu’il aimait, comme Paris, profondément.

Jean Brousse

Michel, c’était mon meilleur ami dans la vie, clairement. En octobre 1957, nous nous sommes assis l’un et l’autre sur un banc d’école, nous avions dix ans, et nous ne nous sommes plus jamais quittés. Nous avons fait des tas de trucs ensemble, y compris ses débuts chez Pathé Marconi. A l’époque, j’écrivais les paroles de ses chansons. Puis, je me suis tourné vers les mathématiques et suis devenu ingénieur, mais on s’appelait deux à trois fois par semaine, quelles que soient nos vies. Il était un artiste d’une sensibilité extraordinaire, bien sûr, mais la musique était aussi son langage pour exprimer sa manière de comprendre l’univers. J’ai toujours senti en lui cette appétence, cette curiosité pour le progrès, les technologies… Il avait une sorte d’intelligence du monde pour saisir ce qui allait le changer. Vingt ans après, l’ami me manque toujours autant. Celui que je pouvais appeler dans les moments de doute en disant « je ne comprends pas ce qu’il se passe, dis-moi ce que tu en penses… »

Nathalie Baye

Notre première rencontre, c’est tout simplement avec Johnny et France. Parce que cette idée de disque (Rock’n’roll attitude, écrit et réalisé par Michel Berger pour Johnny Hallyday, ndlr), j’en suis un peu à l’origine, nous en avions parlé avec Johnny. Un premier rendez-vous a été organisé dans un restaurant, Le Pré Carré, à Paris. Au début, Michel se posait beaucoup de questions, comme s’il était effarouché, un peu inquiet, avec une espèce d’appréhension car les deux hommes étaient très différents. Je partais en tournage à Montréal et Michel a eu l’idée d’enregistrer là-bas. Il y avait un côté vacances, nous étions loin, déconnectés de notre univers habituel. France était également là. Par la suite, je suis allée très souvent en vacances chez eux. L’été où cet affreux accident est arrivé, j’étais venue dîner une semaine avant – j’ai encore cette photo pleine de vie, prise ce soir-là. C’était toujours très familial, avec quelques amis triés sur le volet. Ils n’étaient vraiment pas mondains. L’ambiance était chaleureuse et gaie. Je me souviens d’une anecdote… Ils revenaient tous les deux de Moscou et avaient rapporté une énorme boîte de caviar qu’ils voulaient partager avec leurs amis. Nous étions une dizaine autour de la table. On avait fait chauffer des pommes de terre, des blinis, c’était la fête, on se réjouissait. Quand ils ont ouvert la boîte, il n’y avait que du sel à l’intérieur, il s’était fait rouler. Ça s’est terminé par une omelette improvisée et nous avons beaucoup ri. Plus j’ai connu Michel, plus je l’ai apprécié. Il était certes très réservé, mais très curieux, aimant rire, très attentif aux gens qu’il aimait. Il travaillait énormément, il était habité par la musique, un peu la tête dans les nuages. Nous parlions beaucoup de littérature car il était comme moi un grand lecteur, on se conseillait des livres. Il y avait une vraie tendresse entre nous, quelque chose de pudique et de très solide. Ce sont des disparitions, des manques qui sont insoutenables.

Laurent Fabius

Dans Michel Berger, il y avait tout : la poésie, l’humour, l’amour, l’humanité, le talent. Son répertoire a toujours été à l’écoute des bruissements du monde. Il privilégiait le verbe, qu’il a chanté toute sa vie avec cette voix prenante, au vibrato discret. En pensant à lui, je pense à ses interprètes, Françoise Hardy, Johnny Hallyday, pour lesquels il a composé et écrit des mélodies limpides, des textes ciselés. Je pense naturellement surtout à France Gall, avec laquelle il a écrit un chapitre de l’histoire musicale française qui est toujours ouvert. Michel et France, je les revois tous deux, à Matignon, pleins de tendresse et de fougue. Les boucles brunes de Michel, l’ovale blond de France, et leurs sourires : c’était leur jeunesse, ma jeunesse et celle de beaucoup d’autres, mais aussi celle d’aujourd’hui, car le talent défie le temps.

Jacques Attali

Nous nous sommes rencontrés lors d’une émission de télévision et nous avons été amis très vite. En 1989, je lui ai fait une demande folle : présenter un extrait de Starmania dans la grande salle des fêtes de l’Elysée. Le président de la République recevait ce soir-là le prince de Galles et son épouse, Lady Diana. Michel, comme toujours, était très soucieux, très exigeant et angoissé, mais il a été très heureux de ce moment-là.

Tout Michel Berger / Pour la première fois est rééditée l’intégrale des albums studio du chanteur (ainsi qu’un concert au Zénith, en 1986), dans un coffret qui contient la reproduction exacte des pochettes des 33 tours de l’époque. 11 CD pour se replonger dans une œuvre qui mêle tubes et pépites à (re)découvrir.

Ses chansons reconnaissables entre mille ont bercé pour certains l’enfance, l’adolescence, ou pour d’autres, toute la vie ! Et pénétrer dans l’intimité de France Gall – que l’on a l’impression de connaître depuis toujours – a tout d’un coup quelque chose de presque déroutant, voire d’impressionnant. Et pourtant. C’est avec une simplicité désarmante qu’elle nous reçoit chez elle, à Paris, et nous ouvre grand les portes de sa salle de bains. Parfums, soins, coiffure, maquillage, elle nous dit tout !

Gala : Le blond, c’est votre couleur de votre vie ?

France Gall : Oui ! Je ne m’aime que comme ça. Petite, j’ai toujours rêvé d’être blonde aux yeux bleus alors que je suis châtain naturellement. Quand j’ai commencé ma carrière, j’ai tout de suite eu envie de changer de couleur et, pendant plusieurs mois, je l’ai éclaircie petit à petit jusqu’à devenir presque platine. J’ai aussi essayé de porter des lentilles bleues, mais en fait, je préfère mes yeux marron, je trouve que mon regard a plus de force au naturel. Aujourd’hui, c’est Christophe Robin qui s’occupe de ma coloration. Je l’ai connu par mon amie Nathalie Baye. C’est un véritable artiste. Il a sauvé mes cheveux qui, dans les années quatre-vingt-dix, avaient été complètement brûlés par les décolorations successives. Il me présente toutes ses amies actrices, on fait connaissance, on discute. Je suis évidemment fan de ses shampooings, notamment celui à la rose.

Gala : Votre coupe semble indissociable de votre look.

France Gall : Et pourtant, elle a évolué au fil des années. Il y a toute une histoire autour d’elle. C’est Jacques Dessange qui a fait ma première coupe quand j’étais brune. À mes débuts, dans son salon, j’avais rencontré un coiffeur, José Eber, que j’ai retrouvé plus tard quand je suis partie vivre à Los Angeles en 1995. Il était devenu le plus grand hair artist des États-Unis. Il avait même régulièrement une émission à la télé où il donnait des conseils aux Américaines. C’est d’ailleurs lui qui a inventé les extensions de cheveux qu’il a appelées Secret Hair. Il aura coiffé Elizabeth Taylor jusqu’à son dernier souffle. Et c’est lui qui m’a fait à ce moment-là ma coupe courte aux épaules, qui encore aujourd’hui, est la base de mon style. Quelques années plus tard, j’ai rencontré Fred Kebbabi, un ex-formateur de chez Dessange. C’est non seulement un très bon styliste, mais en plus il sait faire des brushings qui durent. Ma coupe est très complexe, réalisée au millimètre près. Elle est courte et longue à la fois. Fred est tellement doué. C’est à chaque fois très beau de le voir travailler.

Gala : Êtes-vous la femme d’un seul parfum ?

France Gall : Définitivement non ! Je suis très sensible aux odeurs, surtout celles de l’enfance qui reviennent toujours à un moment ou à un autre… J’adore celle du jasmin, elle me rappelle les vacances que je passais, petite, à Vallauris, le village des potiers au milieu des champs de jasmin, où Picasso venait peindre tous les après-midi une jolie femme à la queue-de-cheval très haute. J’avais six ans… J’adore aussi celle du savon à l’œillet de Roger & Gallet qu’utilisait ma grand-mère, c’est un peu ma madeleine de Proust. Dans les années soixante, j’étais dingue de Aqua Di Colonia Fresca. C’est aussi à cette époque que j’ai découvert tous les parfums de Guerlain qui restent à ce jour le top pour moi, même si je n’en mets plus. Dans les années soixante-dix, arrive Jungle Gardenia de Tuvache que Sylvie Vartan portait. Hum ! C’est l’odeur de la Californie que je découvrais avec Michel. Et petit à petit, je me suis tournée vers des parfums masculins, parce que finalement je n’aime pas les senteurs trop fifilles. J’ai commencé par l’Eau du Navigateur de l’Artisan Parfumeur achetée à Saint-Barthélemy dans les années quatre-vingt. Ensuite, tous les « Messieurs » y sont passés, Chanel, Guerlain, Saint Laurent, Armani, Dolce & Gabbana. En fait, chez moi, j’ai tout un tas de parfums que je choisis en fonction de la tenue, du temps, de l’humeur. Mais il m’arrive aussi de porter N° 5 de Chanel. Quand je suis en Afrique, c’est différent. Là-bas, un flacon coûte un mois de salaire alors on parfume les maisons avec du tchourai, une pâte de fleurs et d’essences de fleurs que l’on fait brûler dans toutes les pièces. C’est désinfectant, asséchant et délicieusement parfumé. J’en ai même ici à Paris, car je ne peux pas m’en passer.

Gala : Le make-up, est-ce pour vous un plaisir ou une obligation ?

France Gall : Un peu les deux. J’ai toujours aimé ça, tout en me maquillant peu dans la vie. Quand j’ai un cadeau à faire à une amie, je vais à la boutique Shu Uemura et je lui compose une trousse complète : crayon, rouge à lèvres, fond de teint, pinceau, ombres à paupières, et je lui offre en la maquillant, car j’adore maquiller les autres. C’est original non, comme cadeau ! J’apprécie cet homme, Shu Uemura, qui a passé sa vie à embellir les femmes avec ses matières tellement novatrices, ses textures uniques, ses parfums et ses couleurs. Pour le make-up, je faisais appel à la douce Clémentine Jaraud qui maquillait également Michel [Berger] sur les plateaux télé. Il y a quelques années, j’ai rencontré Carole Lasnier. C’est d’ailleurs elle qui s’est chargée de mon visage pour les photos de ce numéro de Gala. Je ne voulais pas lui mettre la pression, mais elle s’est surpassée. Au quotidien, j’ai arrêté depuis longtemps de me dessiner une mouche sur le visage comme je le faisais quand j’étais plus jeune. J’essaie plutôt de simplifier au maximum les choses. Je ne mets jamais de fond de teint, mais j’utilise un produit magique de Shu Uemura, Instant Glow, une base qui illumine le visage de façon incroyable. Ce que je recherche avant tout dans le maquillage, c’est la lumière. Et si je ne devais faire qu’une chose avant de sortir, ce serait colorer mes lèvres. Je les dessine au crayon après avoir appliqué une crème qui les repulpe, puis je pose mon rouge à lèvres avec un pinceau et c’est parfait. Je fais aussi régulièrement des extensions de cils avec Elodie de chez My Cils. C’est une technique géniale et très agréable comme sensation. La pose dure deux heures et après, plus besoin de mettre de mascara, on est toujours impeccable. C’est pareil pour le liner, j’ai décidé il y a quelques années de me faire tatouer un léger trait noir et ça arrange tout le monde, surtout ma maquilleuse. Je vais régulièrement à l’Espace Victor Hugo, un endroit génial que je vous recommande.

Gala : Vous parlez du temps qui passe sans détour. Vieillir ne vous fait pas peur ?

France Gall : Comme l’affirmait Cicéron : « Seuls les sots se lamentent de vieillir. » C’est ce que je me dis lorsque le besoin s’en fait sentir. Je n’ai pas envie de laisser faire la nature, mais on ne peut pas se permettre de faire n’importe quoi, surtout si on a un visage connu, ce qui est mon cas. Je ne suis pas contre la chirurgie esthétique faite dans les règles car c’est la méthode la plus efficace pour être tranquille pendant dix ans et ne pas avoir à pratiquer des injections de toutes sortes. Elle rend les femmes et les hommes tellement heureux d’être rajeunis. Mais il faut du courage pour le faire car toute intervention comporte des risques. Je fais aussi très attention aux mains car elles sont hyperexposées. C’est fou ce que les ongles reflètent le caractère d’une personne ! Moi, je porte tout le temps du vernis, quoi qu’il arrive, une bonne solution pour avoir des mains impeccables et c’est Christine qui s’en charge. Elle vient chez moi depuis vingt ans. Je choisis les couleurs en fonction des saisons, des sorties, etc. Quand je vivais à Los Angeles, j’adorais me faire les ongles d’une main blancs, et mettre du vernis noir sur l’autre. Aujourd’hui, il m’arrive de faire la même chose avec de l’orange vif et du rose fuchsia, mais en règle générale, j’aime les roses poudrés, opalins, ou les teintes très foncées, comme le Rouge Noir de Chanel, ou les bleus et vert bouteille de Shu Uemura… Aujourd’hui, mes ongles sont turquoise ! Ce sera ma couleur de l’été !

Gala : Quel est votre dernier coup de cœur cosméto ?

France Gall : J’ai découvert récemment la marque SkinCeuticals. C’est un endermologue, Alain Bibard, qui me l’a fait connaître. Il officie à Saint-Tropez à l’Hôtel Byblos où il propose des programmes très astucieux pour les habitués et les clients de l’extérieur dont je fais partie. C’est un passionné d’esthétique et un vrai méridional. Je le connais depuis vingt-cinq ans. Cette marque, c’est exactement ce que je recherchais, des textures fluides non grasses, une gamme courte, simple. J’utilise depuis deux mois la Crème Ultra Facial Defense SPF 50 et le Sérum Phloretin Cf aux vertus antioxydantes et je vois déjà des résultats ! Et j’ai oublié de vous parler du Bain Douche Musk de Kiehl’s, que j’emmène partout en voyage. J’aime retrouver son odeur quand je suis loin de chez moi…

Gala : Et votre meilleure recette détox ?

France Gall : Quand j’en ressens le besoin, je vais faire une cure à l’Espace Henri Chenot en Italie. J’aime ce lieu et on en ressort vraiment régénéré. Sinon, je crois aux principes de la chrono-nutrition, une façon intelligente de s’alimenter…

Gala : Quel rapport entretenez-vous avec le soleil ?

France Gall : J’adore être tannée, bien bronzée, mais je ne tiens pas plus de 10 minutes sur un transat, parce que la chaleur et la luminosité m’agressent rapidement. En Afrique, j’ai toujours un chapeau pour me protéger et je suis sans cesse à la recherche de l’ombre. C’est à l’image de ma vie, je n’aime pas les agressions et ce que je cherche avant tout, c’est le calme.

Propos recueillis par Béatrice Thivend-Grignon.

La célébrité ne vous apporte rien. Au contraire, elle vous prive de liberté, affirme France Gall. Voyager hors des sentiers battus est peut-être une façon de la retrouver. C’est sur les conseils de la journaliste Anne-Marie Périer que France a découvert le Grand Canyon et la région du lac Powell.

« Je rêvais de faire un grand voyage avec mon fils Raphaël, qui devait passer quelque temps aux États-Unis, et ma seule exigence c’était la nécessité de la présence de l’eau… Nous avons atterri à Las Vegas et dormi au Bellagio. Ici, en plein été, c’est la fournaise, la température frisait les 45 °C. Je n’avais qu’une envie : retrouver les grands espaces, la nature et la fraîcheur du lac. Nous avons loué une voiture.

C’était l’époque de la sortie de l’album Hors-saison de Francis Cabrel, que nous écoutions à fond en traversant des paysages insensés. J’avais l’impression d’être sur une autre planète. Au lac Powell, l’hôtel où nous devions loger était isolé au milieu des pins. Une oasis après le désert et la chaleur étouffante de Las Vegas. Mais, situation comique, nous avions réservé de l’autre côté du parc et là, nous étions à l’opposé, à douze heures de route de l’autre hôtel ! Heureusement, il leur restait deux chambres. »

« Au réveil, ç’a été le choc, car nous étions arrivés de nuit. On apercevait le Grand Canyon à l’horizon, qui se dessinait derrière un rideau de branchages. Ce paysage minéral de vallées encaissées et de gorges étroites est époustouflant. Il a été creusé par le fleuve Colorado, et le parc national qui l’entoure est classé au patrimoine mondial de l’humanité depuis 1979. En observant les différentes strates géologiques, on peut lire l’histoire du monde. »

« Pour arriver au lac Powell, les routes sont très belles. Ce plan d’eau artificiel de 300 kilomètres de long a été créé après la construction du barrage de Glen Canyon, au début des années soixante. C’est un peu comme si, en France, on avait inondé une partie des Alpes et immergé des vallées entières. Hallucinant ! Tout est conçu pour permettre aux visiteurs de découvrir le lac. On peut louer de petites embarcations à la journée ou un house-boat très confortable et naviguer pendant plusieurs jours. Les amarres larguées, j’ai eu la sensation d’être seule au monde. Nous ne croisions personne. De temps en temps, on accostait pour explorer les rives, ou bien nous piquions une tête dans des eaux transparentes. Le lac est parfois très profond, jusqu’à 150 mètres. Nous étions avec un ami qui ne voulait pas se baigner, il éprouvait une sensation de vertige. Après quelques jours merveilleux, nous sommes rentrés en traversant le Zion, un autre parc national. Je me souviens des petites routes en lacets qui serpentaient dans la montagne. La diversité des paysages était extraordinaire, j’ai fait des milliers de photos. »

« Pendant ce voyage, j’ai aussi acheté beaucoup d’artisanat amérindien. Des pierres polies, turquoises, améthystes, des boîtes et des ceintures. Egalement un petit mobile qui fait un joli son avec le vent et aussi des couvertures. À Paris, il y en a une grande sur mon lit et une petite pour Addis, mon chat, un abyssin américain… »

Pendant des années, les États-Unis ont été ma destination favorite. Aujourd’hui, je voyage beaucoup moins. Je vis entre le Sénégal et la France, mais je rêve de remonter le Nil. Encore un voyage au fil de l’eau en perspective… et l’occasion de ressortir le petit coussin fait de ses blanches mains dont France ne se sépare jamais quand elle voyage !

Une rencontre inoubliable pour France Gall

Elle se souvient d’une petite silhouette drapée de bleu à l’extrémité d’un interminable tapis rouge, d’un contact franc et chaleureux. D’une présence impressionnante. « J’ai serré sa main entre les miennes, raconte-t-elle. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour elle, le geste m’est venu spontanément. » En ce mois d’avril, la souveraine la plus célèbre du monde est à Paris pour commémorer le centenaire de l’Entente cordiale entre la France et la Grande-Bretagne.

France Gall, qui n’avait pas caché son mal, a été conviée à une réception à l’ambassade du Royaume-Uni, où sont réunis les médecins et les chercheurs impliqués dans la lutte contre le cancer. « Elisabeth II m’a demandé ce que je faisais, je lui ai répondu que j’étais chanteuse. “A singer!”, s’est-elle exclamée en souriant. Nous avons ensuite échangé quelques mots. Mais il m’est impossible de me remémorer ce que je lui ai dit ce soir-là. J’étais beaucoup trop intimidée, je crois… » Coraline Lussac

Magazine Gala
Date : du 11 au 18 juillet 2012
Photo : Gilles Bensimon
Stylisme : Florence Beaufre
Réalisation visuelle : Nathalie Baumgartner
Mise en beauté : YSL par Carole Lasnier
Tenue : chemise Limifeu, gilet Marithé + François Girbaud, veste Diega, collier perso
Numéro : 996

France Gall en 2012

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2012, c'est l'année de la sortie de Michel Berger : haute-fidélité, un livre de photos, pour la plupart inédites, signé Thierry Boccon-Gibod, le photographe attitré du couple durant de nombreuses années
2012, c'est l'année de la sortie de Michel Berger : haute-fidélité, un livre de photos, pour la plupart inédites, signé Thierry Boccon-Gibod, le photographe attitré du couple durant de nombreuses années

2012 pour France Gall, c’est l’année de la sortie de Michel Berger : haute-fidélité, un livre de photos, pour la plupart inédites, signé Thierry Boccon-Gibod, le photographe attitré du couple durant de nombreuses années

C’est aussi l’année de la réédition de l’album Double jeu, enregistré par France et Michel il y a vingt ans, dans un coffret CD et DVD.

Note sur les crédits : Il arrive fréquemment que des œuvres soient diffusées sans que le nom de l’auteur soit mentionné. Ces pratiques sont illégales au sens de l’art. L.121-1 du CPI. Lorsque nous connaissons le nom de l’auteur de la photo, il est toujours mentionné. Si vous constatez une erreur, un manque, ou que vous souhaitez le retrait d’une photo dont vous êtes l’auteur : contactez-nous.

Spécial Michel Berger et France Gall

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Numéro spécial de 40 pages du magazine Nos tendres et douces Années dédié aux artistes Michel Berger et France Gall en septembre 2011
Numéro spécial de 40 pages du magazine Nos tendres et douces Années dédié aux artistes Michel Berger et France Gall en septembre 2011

Ce numéro hors-série spécial de Nos Tendres et Douces Années comporte 40 pages dédiées à France Gall et à Michel Berger. Ce magazine est paru en septembre 2011.

Nos tendres et douces années était un magazine indépendant sur les artistes édité en support papier et sur Internet. J’ai eu le grand plaisir de travailler avec Liliane Boyer et son équipe de journalistes / photographes pour Nos tendres et douces années sur la version web du magazine en 2010.

La musique dans la peau / par Christophe Daniel

La jolie Isabelle connait le succès grâce à un nom de match de rugby, choisi par son père : France Gall. Appelée affectueusement Babou par sa famille, sa carrière démarre le jour de ses 16 ans, le 9 octobre 1963.

Ce jour-là, elle entend sa voix pour la première fois à la radio, avec une chanson américaine adaptée par Pierre Delanoë, intitulée en français Ne sois pas si bête.

Les yéyés viennent de débarquer, quand France devient la première lolita du mouvement ! C’est son père, Robert Gall, qui l’incite à chanter. Il est artiste dans l’âme, et a écrit plusieurs titres pour Charles Aznavour, dont La Mamma. Il fait signer à sa fille, son premier contrat chez Philips. Au même moment, Denis Bourgeois, son premier éditeur musical qui est aussi le directeur artistique de Serge Gainsbourg, décide de réunir Serge et France. Début 64, l’homme à la tête de chou est en perte de vitesse, il a écrit quelques titres pointus pour des chanteurs rive-gauche, comme Juliette Gréco, et offre quelques petites pépites à la douce France, dont N’écoute pas les idoles qui semble résonner comme un conseil du maître.

France se souvient de Serge : – « C’est quelqu’un que j’avais du plaisir à voir parce que je l’admirais et j’aimais ce qu’il écrivait. Et j’aimais bien sa timidité, son élégance et son éducation. J’étais très impressionnée que cet homme travaille pour moi et s’intéresse à moi. »

Gainsbourg n’est pas fan de l’ère yéyé, c’est un fait. Il s’amuse pourtant énormément en écrivant Laisse tomber les filles, que France chante pour son premier grand amour, Claude François. Celui-ci est très amoureux mais il voudrait qu’elle arrête de chanter pour ne se consacrer qu’à lui. Même si elle est aussi très amoureuse de lui, elle ne cède pas.

Son père lui écrit un titre qu’elle déteste d’emblée, mais qui la consacre dans tous les pays francophones. Le fils de Pépin le Bref, ce Sacré Charlemagne, lui fait faire le tour du monde !

L’année d’après, en 65, elle s’envole pour Naples en Italie, pour défendre les couleurs du Luxembourg au grand concours de !’Eurovision, avec un titre hué pendant les répétitions. Cloclo voit d’un très mauvais œil cette participation. Il lui dit qu’elle court à sa perte, mais contre toute attente Poupée de cire, poupée de son emporte le morceau, et entraîne la lolita en haut des hits parades. La période est faste et les tubes s’alignent : L’Amérique, Baby Pop et surtout Les Sucettes, dont le texte rend France amère. Elle n’a rien compris du double sens, et ne voit désormais que des êtres lubriques à travers les garçons qu’elle croise par la suite.

Sa collaboration avec le grand Serge s’arrête en 67, car le dernier titre qu’il lui écrit, Teenie Weenie Boppie reste sur la touche. Légèrement vexé, il quitte France sur la pointe des pieds. Sur le même 45 tours se trouve Bébé requin, un titre composé par Joe Dassin, qui lui se fraye un chemin dans les eaux chaudes de Salut les Copains. En même temps, France quitte l’idole des minettes, et le chanteur malheureux lui dédit Comme d’habitude.

« Je ne me suis jamais reconnue dans cette chanson, je ne suis pas le monstre qu’il décrit. »

France Gall

Après cette aventure malheureuse, elle est la compagne d’un autre chanteur : Julien Clerc. Le jeune hippie connait le succès avec la comédie musicale « Hair ». Il est très amoureux et pourtant il la cache pour que l’on ne sache rien de leur histoire. Excédée par tant de secrets, elle le quitte à son tour. Traumatisé, le jeune Julien lui dédit son magnifique Souffrir par toi n’est pas souffrir.

A partir de 68, France traverse un désert très aride. Pourtant loin d’être complètement mauvais, les titres Les gens bien élevés ou encore Plus haut que moi, ne rencontrent aucun succès.

Elle se réfugie en Allemagne, où elle chante dans la langue de Goethe des morceaux qui marchent bien dans les fêtes de la bière à Munich.

En France, il faut attendre sa rencontre avec Michel Berger en 1973, pour que la jeune lolita des sixties devienne la star de la modern jazz – pop music.

Après avoir écrit Message personnel pour Françoise Hardy, Michel propose à France de faire une voix sur un titre de son prochain album, « Mon fils rira du rock’n’roll ». Lorsqu’elle chante ces vers, France est loin d’imaginer qu’ils auront un fils ensemble qui rit aujourd’hui du rock’n’roll.

  • – Je saurai lui dire des mots qu’il faudra pour le convaincre et il m’aimera.
  • Là-dessus Michel reprend : – Je sais bien, je sais bien.
  • Et France ajoute :
  • – Je saurai dire ce qu’il faut, pour qu’il redevienne un enfant dans le creux de ma main.

Tout est dit dans ces quelques mots. Michel tombe amoureux et lui offre deux enfants ainsi que des dizaine de tubes.

En 1974, il lui fait sa Déclaration qui la réconcilie avec le succès. Il lui écrit une mini-comédie musicale : « Émilie ou la petite sirène », que les Carpentier produisent pour la télévision en

1976. De ce show, ils sortent leur premier duo, Ça balance pas mal à Paris.

En 1978, elle remonte sur scène. Après sept ans d’absence, au théâtre des Champs Élysées, c’est un triomphe. Son ventre tout rond annonce l’arrivée de leur premier enfant, Pauline.

  • « Comme comme bébé comme la vie
  • Passe vite avant qu’on ait compris
  • C’est l’heure de dire où suis-je
  • Quel est ce monde-là
  • Et adieu déjà ! »

(Texte de Michel Berger pour la naissance de Pauline.)

En 1979, elle participe à la première mouture de « Starmania ». Elle est la seule star confirmée avec Diane Dufresne, à défendre ce nouveau concept d’opéra-rock sur la scène du Palais des Congrès. Le pays découvre alors de nouveaux grands talents dont Le Chanteur, Daniel Balavoine.

« Daniel, c’est la personne qui me fait le plus rire au monde. »

France Gall

Il devient un ami intime du couple. Ils partent en vacances ensemble, et prennent position contre la famine en Afrique avec l’aide de Richard Berry et de Bob Geldof, chanteur anglais et créateur du fameux Band Aid, association créée en aide à la famine en Éthiopie.

Le début des années 1980 voit naître un magnifique duo avec Elton John, Donner pour donner qui deviendra le passeport d’Elton pour notre pays, où personne ne le connaît encore. Ce titre devait être le premier extrait d’un album entier, mais France est enceinte. Son fils Raphaël va naître, le projet est abandonné.

En 1981, elle cartonne au Palais des Sports avec un show très avant-gardiste, où elle dit adieu aux paillettes. Le show de France Gall est très new wave – modern jazz. Les danseurs ne dansent pas vraiment. Ils créent plutôt des formes avec leurs corps, et France invente sa gestuelle …

« Mon corps réagit à chaque instrument de musique que j’entends, donc je fais un mouvement avec la tête, un autre avec les pieds … »

France Gall

En 1984 et en 1987, elle enflamme la scène du Zénith. En 1988, elle entame un break de quatre ans. France ne revient à la musique qu’avec le cultissime album « Double jeu » qu’elle chante en duo avec son mari. Le premier single Laissez passer les rêves est une révolution musicale, le reste de l’album est dans la même veine, avec Superficiel et léger, La petite de Calmette, La chanson de la négresse blonde ou encore avec Les élans du cœur.

Le 2 août 1992, tout bascule avec la mort de Michel.

France défend alors l’album à la télé et sur la scène de Bercy, toute seule. Entre 1993 et 1997, elle fait pas moins de 4 concerts différents, et un nouvel album de reprises de chansons de Michel, réorchestrées par des Américains et réenregistrées par France. L’album « Plus haut » lui permet de faire une nouvelle scène à L’Olympia en 96.

« Celui que j’aime vit dans un monde plus haut ».

Lors de son dernier concert, diffusé sur la chaîne M6, France nous fait cadeau d’un Attends ou va-t’en inespéré, signé Gainsbourg bien sûr … Depuis 1974, elle n’avait jamais rechanté un titre de lui !

L’année d’après, la disparition de sa fille lui fait quitter définitivement la scène.

  • « J’ai voulu être une étoile
  • Briller sur tout l’univers …
  • On n’a pas notion des choses
  • Quand on est enfant »

(Paroles de Michel Berger)

Le professeur tournesol et FrancHe Gall ! / par Christophe Daniel

Alain Morel : D’abord journaliste au Parisien et animateur de radio, il devient au début des années 70, le journaliste attitré du couple Gall/Berger. Toutes leurs communications officielles passent par lui. Une amitié s’installe entre lui et leur attaché de presse, Grégoire Colard.

Ils ont écrit à deux mains les biographies sur France Gall et Michel Berger éditées chez Flammarion. « Nos Tendres et Douces Années » a voulu rencontrer Alain Morel, qui est aussi le témoin des derniers instants.

CHRISTOPHE DANIEL : Après la bio sur France Gall, vous récidivez pour nous parler de son mari, l’auteur-compositeur-interprète Michel Berger. Quand on relate l’histoire d’un artiste très pudique sur sa vie privée, n’y a-t-il pas l’angoisse de dévoiler des choses que Michel aurait voulu garder secrètes ?

ALAIN MOREL : C’est difficile à réaliser et à éviter dans le cadre de gens comme France Gall et surtout comme Michel Berger qui ont consacré leurs vies et qui ont pratiquement déterminé leurs destins en fonction de cette passion. C’est à dire que même dans son histoire d’amour avec France Gall, comme dans les histoires précédentes, l’amour étant une chose dont on peut éviter de parler mais qui est incontournable dans la création et la production artistique de Michel. Il n’y a pas un moment de sa vie qu’il n’a pas racontée dans ses chansons, même si c’était fait avec beaucoup de pudeur et de réserve. Et c’est ce qu’essaie de montrer le livre, une interférence immédiate entre sa vie privée et son œuvre.

En même temps, on ne révèle pas grand-chose, si ce n’est l’existence de cette jeune fille européenne, qui reste tout de même très ambigüe. Cette histoire était liée à un projet d’album, qui aurait dû sortir. On explique qu’il est allé plusieurs fois à Los Angeles pour ce projet, mais uniquement dans un but professionnel.

Il faut savoir que Michel avait besoin de vivre un coup de foudre sentimental et ensuite artistique, avec chacune des artistes pour qui il travaillait, même si cela pouvait rester platonique. On évoque sa relation avec Patricia, et de celle qui fût un poil passionnel avec Françoise Hardy, il ne pouvait vraiment pas s’investir autrement. Ces petites révélations nous aident à comprendre le personnage et son histoire. On comprend mieux pourquoi il a fait cet album « Double jeu » avec France, comme une sorte de réconciliation. Un peu comme un couple qui se dit : « On se sépare, mais on fait encore un enfant ».

CHRISTOPHE DANIEL : Vous êtes avec eux le 2 août 1992, sa dernière interview c’est à vous qu’il l’a donné, comment se comportait-il quelques heures avant, et puisque France était là, comment se comportaient-ils ensemble ?

ALAIN MOREL : Ce jour-là, on est à quelques semaines de leur départ en tournée ensemble, et leur état d’esprit c’est : « On a fait un enfant, on va s’en occuper à deux en l’emmenant partout à travers la France ». C’est vraiment le même schéma qu’un couple qui essaie une dernière tentative de réconciliation, ils se donnent une dernière chance pour refaire quelque chose ensemble. En même temps, c’est un couple qui a ses habitudes, ses blessures, donc ils s’envoient des petites piques.

Ils ont écarté les enfants, partis en vacances de leurs côtés, mais ils sont contents d’être dans une nouvelle aventure ensemble, pour se rapprocher, quelque part. Pendant un an, ils vont être sur les routes et dans différents pays, s’ils avaient été au seuil de ne plus se supporter, ils ne l’auraient pas fait. Au fond leur véritable histoire d’amour, c’est l’autre !

CHRISTOPHE DANIEL : Sur quels sujets s’envoient-ils des piques ?

ALAIN MOREL : Sur des broutilles : elle est en train d’installer la table sur la terrasse et il lui dit : « Mais pourquoi t’installes la table ici ? » et elle lui répond : « Oh arrête, on y a déjà reçu plein de monde », mais en même temps ce n’est pas méchant, on sent bien qu’ils ont hâte de partir en tournée. Tout se passe dans une bonne ambiance.

CHRISTOPHE DANIEL : Maintenant quand cet album sort dans les bacs, cela fait 4 ans que France est absente des hits parades, ne pensez-vous pas qu’elle a préféré jouer la prudence, en revenant en duo sur un album avec Michel, plutôt que d’affronter les médias en solo ?

ALAIN MOREL : La réponse n’est pas loin de cela mais pas tout à fait. Ce n’était pas tant le problème de refaire quelque chose toute seule en tant qu’interprète, mais plutôt en tant que créatrice. Et c’est vrai que pour la première fois avec cet album, elle tire définitivement un trait sur son seul rôle d’interprète. À ce moment-là, elle sait qu’elle a tout fait dans la variété, et elle n’a jamais eu le sentiment d’avoir créé son propre produit.

Pour « Double Jeu », elle se sert de Michel, non pas comme simple auteur-compositeur, mais aussi comme exécutant pour qu’il fasse ce qu’elle a en tête. Lui n’est pas follement satisfait de l’album, il le trouve bien mais ce n’est pas celui qu’il aurait fait tout seul. Il a accepté de retourner au labeur, parce que France le lui a demandé. Il a exécuté ses consignes, ce qui a beaucoup plu à cette dernière, mais il est vrai qu’elle ne l’aurait pas fait sans lui.

Seulement, ce n’est pas tant qu’elle se serve de lui parce qu’elle a peur de se défendre comme interprète solo, c’est plutôt qu’elle se sert de lui pour faire un album à deux, mais qui dans sa tête, est son album à elle.

CHRISTOPHE DANIEL : Comment Michel accepte que sa femme, qui s’est arrêtée de chanter pendant 4 ans, reprenne les commandes du studio autant que de sa cuisine ?

ALAIN MOREL : Pas très bien justement, et elle me le dit, à plusieurs reprises. Alors est-ce que cela ne l’agace pas qu’il soit souvent à Los Angeles, pour les raisons que l’on a évoquées plus haut, ça reste dans le domaine du non-dit.

En tout cas, quand il revient à Paris, au lieu de se pâmer globalement sur ses derniers textes, elle lui dit ouvertement : « Non, je t’ai dit que je ne voulais pas ce genre de textes, et puis refais-moi les arrangements. »

En finalité cet album est très différent du reste de leur œuvre, et ne rencontre pas forcément le même public. Cependant, il prête à penser qu’ils auraient sûrement renforcé leur complicité dans le futur, en partageant la responsabilité, la co-autorité parentale d’un produit. France n’est plus sa muse, elle est devenue la cocréatrice de l’album.

CHRISTOPHE DANIEL : Et elle n’est même plus tout à fait sa femme !

ALAIN MOREL : Tout à fait, et en même temps cela correspond à l’évolution du statut de la femme dans la société, à ce moment-là. Moralement elle se dit : « Si tu veux continuer comme ça, tu prends tes responsabilités, mais maintenant, je décide aussi ! »

Et parallèlement, elle était déjà partie à la reconquête de sa liberté et de son adolescence perdue en ayant une autonomie de vie au Sénégal dont Michel n’était pas exclu mais en tout cas absent.

Ses séjours à Dakar étaient de plus en plus fréquents, c’était sa maison à elle, il n’y allait quasiment pas. Elle y a trouvé son indépendance et c’était sa réponse aux voyages répétés de Michel à Los Angeles.

Même si leur attachement était viscéral, leur amour était fraternel, mais ils n’ont pas échappé à une certaine lassitude et c’est pour cela qu’ils ont eu besoin de se réoxygéner, alors ils sont partis à l’autre bout du monde, pour chercher l’inspiration. Les Freudiens diront que c’est peut-être pour ces raisons-là que son cœur a lâché.

CHRISTOPHE DANIEL : Justement, c’est dans cette ambiance plutôt sympathique et pleine d’espoir en l’avenir, que Michel a une crise cardiaque alors que vous venez de le quitter. Comment avez-vous vécu cet instant que personne n’attendait, et surtout pas vous ?

ALAIN MOREL : Je ne l’ai pas cru, évidemment, et on ne l’analyse pas sur le moment. C’est après coup que l’on se souvient que quelques jours avant, au cours d’un dîner, dans cette même villa de Saint-Tropez, Michel a fait des déclarations un peu bizarres, en disant qu’il se foutait de la postérité, puis il a évoqué la mort.

Après avoir débarrassé le café, on fait un grand tour de jardin, il me montre l’endroit où des sangliers ont détruit une partie de la clôture et des plantations, la veille. Il me parle de la chanson qui pour lui est un art très éphémère et il est très content d’avoir fait les comédies musicales « Starmania » et « La légende de Jimmy », qui resteront après lui.

S’il en a le temps, il aimerait se retourner vers le cinéma, il a d’ailleurs ce fameux projet de film (ndlr « Totem »). Bref, il me raconte tout ça, comme s’il avait un pressentiment qu’il n’avait plus beaucoup de temps devant lui.

CHRISTOPHE DANIEL : À l’époque, la presse a relaté que son cœur avait lâché après avoir disputé une partie de tennis sous un soleil de plomb, cela s’est-il vraiment passé comme ça ?

ALAIN MOREL : Non ce n’est pas vrai du tout, c’était la fin de la journée, le soleil était retombé, et il a voulu un peu frimer en jouant au tennis en simple, avec deux filles plutôt mignonnes. Ce qui est vrai, c’est qu’il avait oublié de prendre ses médicaments contre la douleur depuis quelques jours. Normalement, si tu oublies de prendre ce genre de médicaments, c’est que tu n’as pas de douleurs, c’est donc qu’il ne souffrait pas. Mais son discours était légèrement plus grave, plus profond, qui peut apparaître comme un pressentiment funeste.

CHRISTOPHE DANIEL : Quand vous terminez l’interview, vous rentrez chez vous, à mille lieues d’imaginer ce qui va se passer, comment apprenez-vous la nouvelle ?

ALAIN MOREL : À ce moment-là, je suis grand reporter pour le Parisien, et j’ai une maison à Hyères qui se trouve à quelques kilomètres de Saint-Tropez. L’interview que je viens de faire est destinée au Parisien, mais aussi pour quelques autres magazines avec qui je collaborais également, mais je voulais surtout le destiner à mon émission de radio (qui s’appelait à l’époque « Radio Services », qui depuis a été rachetée par le groupe NRJ). Une fois l’émission terminée, je rentre chez moi vers 2h du matin, après avoir jeté un coup d’œil au festival de Ramatuelle, où d’ailleurs je pensais revoir Michel et France. Au moment où je les quitte, ils sont en train de se chamailler pour savoir, si après la partie de tennis, ils vont assister à un spectacle de leur ami Étienne Chicot, un ex-guitariste de Véronique Sanson.

Je crois me souvenir que France n’avait pas envie d’y aller, et Michel m’avait dit en partant : « On verra bien qui va gagner ! ».

Quelques heures plus tard, je me trouve au festival, et puisque je ne les vois pas, je me dis en souriant : « Tiens, c’est France qui a dû gagner. »

Forcément, je ne peux pas m’imaginer ce qui s’est réellement passé dans la nuit.

Puis vers 9h du matin, mes collègues du Parisien, qui savent que j’ai passé la journée de la veille avec le couple, commencent à m’appeler pour savoir ce que me fait la mort de Michel. Mon premier instinct est de raccrocher, en me disant que ce genre de blague n’est pas vraiment de bon goût. Je suis encore fatigué de ma journée, qui a terminé tard à Ramatuelle, et je n’ai pas envie de plaisanter. Puis ça continue à sonner avec insistance, je laisse sonner, jusqu’à ce que je me décide à répondre mais de manière très agacée, et là on me dit : « Mais Alain, ce n’est pas une blague, c’est très sérieux ! »

Bien évidemment, je continue de penser que ce n’est pas possible, quand enfin je réalise que c’est véridique, je suis sidéré. À l’image de la France entière, qui en cet été 1992, se repose tranquillement, tout le monde est abasourdi par le choc de la nouvelle, et je vais moi-même mettre quelques temps à m’en remettre.

CHRISTOPHE DANIEL : Vous avez partagé avec eux une grande complicité, comment les avez-vous rencontrés ?

ALAIN MOREL : Par Grégoire Colard, puisque j’étais responsable de la page Variétés du Parisien, pour obtenir une interview du couple, je devais contacter leur attaché de presse officiel, qui est Grégoire. Une amitié s’est créée très rapidement entre nous, et j’ai eu la chance que ça se passe aussi très bien avec le couple. On sait qu’ils ne sont, ni l’un ni l’autre, très amateurs des relations avec la presse, faire des photos pour une promo ça les ennuie fortement. Comme je travaille déjà pour quelques autres magazines, je deviens leur ami journaliste, qui leur permettait de faire une interview pour 10 supports en même temps, ça leur faisait gagner beaucoup de temps, et ils évitaient beaucoup d’ennuis. Il faut dire que je m’entends vraiment très bien avec France en particulier, on rigole beaucoup ensemble. Michel était quelqu’un de très secret, il dissimulait plus facilement ses sentiments. Vous voyez quand dans le livre Grégoire Michel Berger raconte que Michel l’a emmené un jour assister à un concert de Véronique Sanson, dans le dos de France, je trouve que sur ce coup-là, il est plutôt indélicat. France était plus franche. Si vous voulez, pour faire un mauvais jeu de mots, je pourrais la surnommer Franche Gall (rires). C’est vrai qu’elle disait plus facilement ce qu’elle avait envie de dire, si elle n’était pas contente, elle le faisait savoir. Malgré tout, même si je fais bien mon métier, je ne les ai pas épargnés avec mes questions, et pourtant ils se sont rendus très vite compte que j’étais plutôt avenant à leur musique. Quand ils sont contactés par un nouveau journal, ils répondent tous deux systématiquement : « On veut bien, mais c’est Alain Morel qui fait le papier ».

CHRISTOPHE DANIEL : C’est une superbe opportunité pour vous car à l’époque, France et Michel sont très discrets quant à leurs vies privées, on ne parle pas d’eux dans les journaux comme on parle de Sheila et Ringo, c’est une énorme confiance qu’ils ont mise entre vos mains. Quand je pense, par exemple, à la maladie de leur fille ainée, Pauline, qui était atteinte de mucoviscidose, l’info n’a pas été connue du grand public …

ALAIN MOREL : Oui c’est vrai, ils géraient très bien leurs com’, mais pour le cas de Pauline, cela a été une sorte de consensus moral et solidaire de la part de la presse française. On savait, mais on n’en parlait pas, par déontologie et par amitié envers le couple que tout le monde respectait dans le métier. C’est peut-être discriminatoire envers les autres artistes, mais je peux vous dire que la qualité du travail de Michel étant tout de même plus créative et sûrement plus dense que cette variété dont vous me parlez, cela amenait une autre forme de respect chez les journalistes envers Michel et France, que Sheila et Ringo n’avaient pas.

C’est triste à dire, mais c’est la pure vérité, et sûrement au détriment d’un personnage tout à fait intéressant en ce qui concerne Sheila. Seulement à l’époque, les journalistes n’avaient pas trop de respect pour son travail, mais ils en avaient pour France Gall, ce qui donnait des interviews plus étoffées de par les thèmes que Michel lui faisait chanter. Pour faire une comparaison avec aujourd’hui, les p’tits nouveaux qui sortent de « La nouvelle star », ne sont pas traités de la même manière, selon la qualité du produit qu’ils nous offrent quand ils sortent de l’émission, ainsi que sur l’originalité du personnage. On ne parle pas à Julien Doré et à Christophe Willem comme on parle à Jonathan Cerrada par exemple.

CHRISTOPHE DANIEL : D’être aussi perfectionniste ne l’a pas empêché d’être boudé par l’intelligentsia parisienne. De par son éducation plutôt bourgeoise, Michel a été longtemps attristé de ne pas être reconnu par ses pairs en quelque sorte ; puis Françoise Giroud a changé la donne en écrivant dans Le Monde qu’elle adorait Cézanne peint, comment décrivez-vous ce moment de grâce pour lui ?

ALAIN MOREL : C’est vrai que jusque-là, il avait le sentiment qu’une partie de sa classe ne le reconnaissait pas. Cela étant, il ne se prenait pas non plus pour le Victor Hugo de la chanson, et objectivement il ne l’était pas. On n’a pas la même richesse d’écriture chez Michel que chez Léo Ferré par exemple, ou qu’un Alain Souchon qui a vraiment une plume hallucinante parce qu’avec des mots modernes il exprime des sensations. Michel était conscient qu’il était d’une qualité au-dessus de ce que faisait Sheila, qui faisait rimer amour avec toujours, mais ce n’était pas un auteur à tomber par terre, non plus. Il avait le sens de faire rimer des mots simples sur de très belles mélodies.

CHRISTOPHE DANIEL : Quand on lit les principaux témoignages des gens qui ont connu Michel, on a l’impression à travers leurs dires qu’il ne se mettait jamais en colère ; d’après Grégoire Colard, il ne faisait que susurrer des mots d’agacements quand quelque chose n’allait pas. L’avez-vous déjà vu énervé ?

ALAIN MOREL : Oui, je l’ai vu à trois ou quatre reprises s’énerver dans l’exercice de son métier, en studio principalement quand il n’arrivait pas à obtenir le son qu’il espérait. Je l’ai vu aussi chez lui, s’agacer quand France en faisait trop, parce qu’elle faisait trop de bruit, ou qu’elle rigolait trop fort. Il faut dire qu’elle était assez maniaque, et lui était plutôt lunaire, elle l’appelait Le Professeur Tournesol, ce n’était pas pour rien. Autant dans les dernières années, je l’ai vu et entendu se révolter et lui dire calmement « Bon ça va maintenant, tu fais chier ! » (rires), mais ça c’était Michel.

CHRISTOPHE DANIEL : Une question difficile, toutefois intéressante, quel aurait pu être l’avenir de Michel et de France, s’ils étaient partis ensemble en tournée, durant l’année 93, comme prévu ?

ALAIN MOREL : Je pense que Michel aurait arrêté la chanson, il aurait peut-être encore réalisé un dernier album pour lui, histoire de dire adieu sans avoir l’air de le dire. De toute façon, tout aurait dépendu à la fois du succès de l’album « Double jeu », et de leur entente sur la tournée. Bizarrement, je pense que s’il n’y avait pas eu de succès avec cet album, ils se seraient sûrement séparés, et elle serait partie de son côté faire un autre album avec un Goldman par exemple. Par contre, si l’album avait eu du succès du vivant de Michel, ils auraient continué ensemble, et se seraient replongés dans une véritable vie de couple, puisque tout aurait été mieux entre eux, ils auraient retrouvé l’équilibre et la parité qu’ils recherchaient.

Je pense que France aurait aussi refait un album en solo, sous l’égide de Michel, producteur, mais avec d’autres auteurs-compositeurs, et peut-être même avec des tentatives de sa propre écriture.

Magazine : Nos tendres et douces années
Date : Septembre 2011
Numéro : HS 12

Directrice de la publication : Liliane Boyer
Rédacteur en chef adjoint : Christophe Daniel
Ont collaboré à ce hors-série : Liliane Boyer • Claudine Levanneur • Christophe Daniel • Romain Decosne • Jean Prieur

France Gall : Je ne suis pas nostalgique | VSD | Avril 2009

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France Gall | VSD Week-end avril 2009 | Interview sur les 30 ans de Starmania, la réédition de trois albums et ses souvenirs du Sénégal
Article paru dans VSD Week-end n°1651 | 15 au 21 avril 2009 | Texte Laurence Durieu | Photos Thierry Boccon-Gibod
France Gall | VSD Week-end avril 2009 | Interview sur les 30 ans de Starmania, la réédition de trois albums et ses souvenirs du Sénégal
France Gall | VSD Week-end avril 2009 | Interview sur les 30 ans de Starmania, la réédition de trois albums et ses souvenirs du Sénégal

La chanteuse fait résonner l’opéra rock de Berger et Plamondon avec Les 30 ans de Starmania sur France 2, et la réédition de trois albums. Par devoir et plaisir.

Elle s’est réfugiée dans l’ombre, comme pour s’effacer du monde. De temps à autre, elle réapparaît pour donner des nouvelles, pour nous dire : « Je suis toujours là, je vais bien. » Aujourd’hui, France Gall fête les 30 ans de Starmania, écrit par Luc Plamondon et composé par Michel Berger, à travers la réédition de trois albums et un show télé. Elle a demandé à une pléiade d’interprètes de chanter les compositions de l’homme de sa vie. Le tournage s’est achevé il y a deux jours, à 4 heures du matin. Le lendemain, elle donnait une fête dans son appartement parisien et proposait des mets éthiopiens.

Elle aime changer de décor sans bouger de chez elle. Elle nous y reçoit en boubou prune et amande, et ongles laqués en rose pâle. Entre mamma et petite fille. Son refuge est gai, lumineux, comme elle.

VSD. En 1979, vous avez créé le rôle de Cristal, au Palais des Congrès.

France Gall. Au départ, Michel, qui voulait des artistes inconnus, ne souhaitait pas me confier ce rôle. Mais, à force de chercher sans trouver, il s’est résigné ! On a l’impression que ça vient d’être écrit, pas un mot n’appartient au passé, à part peut-être « Bowie » et « disco ».

VSD. François Mitterrand était un fan !

F.G. C’est vrai, de la version de 1988. Il venait régulièrement, nous déjeunions à l’Élysée avec la troupe, qui s’est même produite devant lady Di et le prince Charles ! Il aimait beaucoup Wenta, qui jouait le rôle de Sadia.

VSD. En 2009, comment avez-vous choisi les interprètes de l’émission ?

F.G. Ça a commencé, pour moi, pendant la remastérisation des trois CD que nous rééditons : j’ai imaginé quelques voix sur certaines chansons. Il y a ceux qui ont créé le rôle, comme Diane Dufresne pour Stella Spotlight, venue pour la dernière fois interpréter Les adieux d’un sex-symbol – c’était tellement émouvant –, ou comme Maurane chantant Les uns contre les autres.

Mais certains sont des jeunes issus de l’histoire de Starmania, des gagnants de Nouvelle Star ou de Star Academy : Christophe Willem, Amel Bent, Jenifer, Julien Doré, Amandine ou Nolwenn Leroy. Il y a aussi Grégoire, Catherine Ringer, le groupe Mozart et d’autres encore. Sur le tournage, j’étais assez mère poule. Ils l’ont tous pris comme un cadeau, et moi, je suis heureuse de ce qu’ils m’ont donné.

VSD. Ces trente années ont-elles passé vite ?

F.G. Pas du tout, ça n’a pas passé vite. J’ai eu mille vies, de bonheurs, de drames, de musique… Et ma vie, aujourd’hui, est tellement différente.

VSD. Le Sénégal compte-t-il toujours autant pour vous ?

F.G. Toujours. J’y vais quelques mois, l’hiver en général.

VSD. Vous y êtes peinarde ?

F.G. Je ne suis jamais peinarde ! Dès que quelqu’un accoste sur l’île de N’Gor, un enfant ou un pêcheur lui propose de lui « montrer la maison de France Gall ». Et deux fois par jour, un guide relate ma vie, enfin plutôt n’importe quoi, comme « c’est ici qu’elle a guéri ses maladies ». Je lui ai conseillé d’aller la raconter devant la maison d’à côté ! Ce que j’y aime, c’est le retour vers le passé. C’est un lieu où l’on prend son temps, où je vis avec les vagues, l’eau, le vent, les oiseaux, l’océan. Cuba est à 5000 kilomètres en face de moi.

VSD. Michel Berger a été emporté par une crise cardiaque en 1992, votre fille Pauline par la mucoviscidose cinq ans plus tard. Comment se reconstruire après de telles épreuves ?

F.G. Je me suis beaucoup reconstruite dans cette maison perdue au milieu de la mer, sans électricité. J’ai découvert cette île en 1968 lors de vacances. Depuis, j’y suis toujours revenue. Il y avait une ferme normande à vendre, ça m’a fait tellement rire d’aller aussi loin pour trouver des colombages ! En général, quand j’arrive, on s’embrasse, on se parle, les femmes m’apportent des fruits, on boit le thé. Après la perte de Michel puis celle de ma fille, j’ai aimé la manière dont elles m’ont accueillie, sans un mot, en se couvrant le visage du pagne de leur boubou. J’ai trouvé magnifique cette façon de montrer leur peine.

VSD. Quelles sont vos clés du bonheur ?

F.G. Le bel âge que je traverse me donne des envies différentes qui passent par la douceur, le silence. Je n’en peux plus des gens qui parlent sans cesse, remplissent les espaces. Aujourd’hui, en choisissant l’ombre, j’écoute ma nature profonde.

Même si j’étais portée par l’amour du public, par mon métier, je me suis fait violence pour être dans la lumière… Je ne sors pas de chez moi, c’est une enveloppe où je me sens protégée du fracas de la vie. J’ai retrouvé une liberté. Je fuis les contraintes. Seules une quinzaine de personnes ont mon numéro de portable !

VSD. Qu’est-ce qui vous redonnerait l’envie de chanter ?

F.G. On ne sait jamais. Peut-être une rencontre musicale… Je ne me suis pas consolée de la même manière du départ de Michel et de celui de Pauline. Chanter m’a aidée, je me suis noyée dans la musique, le public. Pauline… non, ça m’a donné envie de me taire.

VSD. Vous avez l’air assez douée pour le bonheur. C’est peut-être cela qui avait plu à Michel.

F.G. Complètement ! Je lui disais : « Ça va bien se passer, ça va être merveilleux », il trouvait ça formidable.

VSD. Êtes-vous nostalgique de votre vie d’avant ?

F.G. Pas du tout. Cette vie je l’ai eue, je l’ai connue, je l’ai aimée. Et mon rêve absolu était d’avoir des enfants.

VSD. Quelles sont les valeurs que vous transmettez à votre fils Raphaël ?

F.G. Les enfants sont imprégnés de ce qu’ils voient. Il comprend la différence devant ses copains dévastés quand ils sont confrontés à la mort. À la vue d’une photo de son père ou de sa sœur, lui ne l’est pas.

VSD. Le temps qui passe est-il un ami ?

F.G. La jeunesse, c’est la beauté mais l’ignorance. Vieillir, c’est l’expérience. Chaque soir, je remercie pour la journée passée. Je n’ai pas toujours remercié, j’ai dit : « Ce n’est pas possible », on essaie de comprendre… Et j’ai compris qu’il faut accepter ce dont on n’est pas responsable.

Je suis ouverte à la vie. La rencontre avec Michel, c’est une histoire unique. Qu’une personne que l’on aime écrive les mots qui nous correspondent exactement, ça donne une force ! Ce n’était pas le hasard. Le hasard, ce mot que Dieu a inventé pour passer incognito.

France Gall, elle fait renaître la magie de Starmania| Télé Loisirs | Avril 2009

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France Gall | Interview Télé-Loisirs avril 2009 | À l’occasion des 30 ans de Starmania sur France 2 avec Jenifer, Amel Bent et Christophe Willem
Article paru dans Télé-Loisirs n°1207 | 13 avril 2009 | Propos recueillis par Matthias Gurtler et Gaëlle Placek | Photos non créditées

Les 30 ans de Starmania, le 24 avril 2009 sur France 2 – Cette émission est le show de variété le plus attendu de l’année. Une véritable comédie musicale filmée comme au cinéma et présentée par la plus secrète des artistes.

Dans sa loge, France Gall jubile. Le tournage de cette émission événement est une cure de jouvence. Dans les couloirs du studio, se croisent la nouvelle génération de la chanson et les glorieux anciens qui ont fait le succès de Starmania.

Télé-Loisirs : Dans l’opéra rock imaginé par Michel Berger et Luc Plamondon, Starmania est le nom d’une émission de télé dans laquelle tous les jeunes veulent passer pour devenir célèbres. Une sorte d’ancêtre de la téléréalité ?

France Gall : Jenifer, Amel Bent, Christophe Willem … Effectivement, tous ces jeunes ont voulu faire leur Starmania. Ils se sont faits connaître grâce à la télé. Tant mieux, on commence tous quelque part. Ce qui compte, c’est ce qu’ils font avec leur chance. Pour cette émission anniversaire, j’ai surtout choisi des gens qui ont de la voix, car pour interpréter Starmania, ce n’est pas possible autrement (rires)

Télé-Loisirs : Comme vous, Jenifer a démarré sa carrière très jeune. Quel regard portez-vous sur son travail ?

France Gall : J’espère que les jeunes d’aujourd’hui ont plus de contrôle sur leur carrière dès le début, et je vois que Jenifer prend des risques pour évoluer.

Télé-Loisirs : Vous avez été à l’origine de Starmania, car c’est grâce à vous que Michel Berger a rencontré la parolier Luc Plamondon.

France Gall : Quand j’ai rencontré Michel, on passait des soirées à écouter les disques que l’on aimait l’un et l’autre. Lui me passait les Beatles ou Ray Charles et moi je lui ai fait écouter la Québécoise Diane Dufresne. C’était à l’époque où il se cherchait un auteur. Il a alors retourné le disque de Diane pour voir qui lui avait écrit les textes, et il a découvert le nom de Luc Plamondon.

Télé-Loisirs : Il écrivait les paroles de ses chansons, pourquoi n’a-t-il pas écrit celles de Starmania ?

France Gall : Avant Starmania, il avait écrit une première comédie musicale, qu’il avait baptisée Angelina Dumas. Elle était inspirée des mêmes thèmes. Mais quand il a réécouté tout son travail, il a dit : « Ce n’est pas assez violent. » Il lui fallait trouver un auteur nord-américain parlant français, ce fut Luc Plamondon.

Télé-Loisirs : Et Michel Berger était-il fier de son opéra rock ?

France Gall : Michel voulait créer quelque chose qui resterait. Il était persuadé que des chansons de trois minutes ne survivraient pas. Composer un spectacle musical, c’était pour lui comme réaliser une sorte de chef-d’œuvre, quelque chose qui compterait dans sa carrière. Et on peut dire qu’il a réussi.

Télé-Loisirs : Dans le spectacle, vous incarniez Cristal, la présentatrice du show télé, qui se faisait enlever par des terroristes. Participer à cette aventure était une évidence ?

France Gall : Absolument pas. Je me suis retrouvée sur scène car ils n’avaient trouvé personne pour ce rôle. C’est seulement trois mois avant le spectacle que j’ai compris que l’aventure démarrait aussi pour moi …

Télé-Loisirs : À cette occasion, vous rencontrez Daniel Balavoine, qui deviendra un vrai ami pour vous et Michel Berger.

France Gall : Ils se sont tout de suite entendus, ils étaient pourtant très différents. Daniel était plus jeune, plus grand, il protégeait Michel, tout en l’idolâtrant. Daniel pouvait tout chanter, Michel lui a donc écrit le sublime SOS d’un Terrien en détresse.

Télé-Loisirs : Maurane s’est aussi révélée grâce à cette comédie musicale. Pourtant, cela restera un mauvais souvenir pour elle.

France Gall : Elle est restée presque sept mois sur scène dans le rôle de la serveuse automate. Un rôle minant, qu’elle n’arrivait pas à surmonter quand elle rentrait chez elle. Un soir, elle n’est pas venue. Il a fallu annuler la représentation alors que la salle était pleine. Cette histoire la bouleverse encore.

Télé-Loisirs : Pourquoi ne chantez-vous pas avec les artistes lors de cette émission ?

France Gall : Je n’ai pas fait ce show pour me mettre en avant comme chanteuse, mais pour célébrer l’anniversaire de la création de Starmania.

Télé-Loisirs : À l’occasion de ce trentième anniversaire, pourquoi ne verra-t-on pas Starmania sur scène ?

France Gall : La version de 1993 de Starmania a été jouée pendant presque dix ans. De temps en temps, il faut laisser reposer une œuvre. C’était déjà le cas entre la création en 1979 et la reprise en 1988.


Jenifer « très impressionnée »

Moulée dans un costume noir ultra sexy, Jen chante Travesti. “Sur ce titre, je me suis vraiment éclatée. France Gall a tapé dans le mille en me le proposant”.

Télé-Loisirs : Pourquoi était-ce si important de chanter Travesti ?

Jenifer : Les gens qui me connaissent savent que c’est sur ce type de chanson que je vais m’éclater. Le personnage de Sadia est complexe, ambigu, et le texte reste très provocateur. Je fais partie de la génération suivante, mais je crois que nous sommes toujours très en phase avec les rêves, les envies de l’époque.

Télé-Loisirs : Est-ce que vous étiez impressionnée de chanter devant France Gall ?

Jenifer : Starmania fait partie de ces albums qui m’ont donné envie de me produire sur scène et de chanter. France Gall a non seulement créé le personnage central de la comédie musicale, mais elle a vu naître ce projet sous ses yeux, chez elle. Et je doute qu’elle soit restée passive dans cette aventure. Alors, oui, c’est toujours impressionnant de chanter face à elle. On parle tout de même d’une interprète qui a été parmi les premières à chanter des titres de Gainsbourg et qui a porté les plus beaux titres de son défunt époux. Ça force le respect.

Télé-Loisirs : On vous a vue beaucoup discuter avec France Gall tout au long de l’enregistrement de l’émission. Vous êtes-vous découvert des points communs ?

Jenifer : Je ne la connais pas assez pour répondre, mais son naturel et sa spontanéité m’ont beaucoup touchée. Et puis j’ai vraiment apprécié qu’elle me choisisse pour interpréter Travesti : cela me fait dire qu’elle a su lire entre les lignes …


Amel Bent

Starmania ne fait pas partie de ma génération, mais je cornais tous les grands standards de l’opéra rock. Quand j’ai chanté mon titre face à France Gall, je me pinçais pour y croire. Pourtant je l’avais déjà rencontrée sur une émission l’an dernier. Le trac, c’est comme ça !

Christophe Willem

France Gall me touche beaucoup car elle a à cœur de préserver ce répertoire si riche. C’est avec joie que j’ai chanté Monopolis. Un titre à mi-chemin entre la tristesse et l’espoir d’un monde meilleur. Juste sublime.

Grégoire

C’est la référence en matière de spectacle musical. Quand j’ai chanté Banlieue nord, France Gall m’a félicité. Cette reconnaissance est très importante à mes yeux. Et puis, reprendre un titre de Daniel Balavoine, c’est super.

Magazine : Télé-Loisirs
Propos recueillis par Matthias Gurtler et Gaëlle Placek
Par Matthias Gurtler et Gaëlle Placek
Date : 13 avril 2009
Numéro : 1207

L’histoire de France | Paris Match | Mars 2009

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France Gall | Interview Paris Match mars 2009 | Confidences sur sa carrière, son enfance, Michel Berger, Pauline et l’après-scène
Article paru dans Paris Match n°3123 | 26 mars 2009 | Propos recueillis par Benjamin Locoge | Photos de Thierry Boccon-Gibod

Ces dernières années, elle s’est peu exprimée. La faute à la vie, qui lui a joué des mauvais tours, la disparition de Michel Berger, puis de Pauline, leur fille. De temps à autre, la chanteuse est revenue à l’occasion d’émissions de télévision, de ressorties de disques. Mais l’envie de chanter n’est plus là.

Pourtant, dès 1965, France Gall fut une immense vedette. A 18 ans, lorsqu’elle remporte le Grand Prix de l’Eurovision pour “Poupée de cire, poupée de son”, elle n’est absolument pas prête à affronter le succès et la déferlante médiatique qui suit. Naïve, elle obéit à son père, à son producteur et à Serge Gainsbourg qui lui écrit des chansons pop acidulées. Dix ans plus tard, la femme-enfant est devenue femme tout court, amoureuse, qui interprète avec fougue les chansons de son mari. Paris Match a toujours accompagné France Gall, dans les moments de joie comme dans les moments de peine. Alors qu’elle travaille à la réédition de l’opéra rock “Starmania”, elle a accepté de sortir de son silence pour évoquer une soixantaine d’années. Les siennes. Les nôtres. Concentrée, précise dans ses réponses, France nous a reçus dans son élégant appartement parisien pour un entretien sincère, spontané et émouvant. Histoire de refaire le monde, encore une fois …

Paris-Match. Vous n’êtes pas montée sur scène depuis 1997. Cela vous manque-t-il ?

France Gall. Ce n’est pas mon retour ! Si je défends Starmania, c’est parce que cela me tient à cœur mais simplement en tant qu’animatrice de ce show télé. Il y a trente ans, au Palais des Congrès, j’entrais en scène pour créer le rôle de Cristal…

Paris-Match. Remontons le temps alors. Quels sont vos souvenirs des années 50 ?

France Gall. C’était la merveilleuse période de mon enfance. J’ai tout de suite aimé l’école, les autres, les copines. Je n’ai que des bons souvenirs. L’enfance est associée aux vacances. Donc à deux endroits : Vallauris, où je voyais Picasso peindre tous les jours, et la grande maison de famille que nous possédions à la campagne, où tout le monde se retrouvait. Des étés merveilleux…

Paris-Match. En 1963, vous passez une audition au théâtre des Champs-Elysées.

France Gall. En totale inconscience ! Comme tout ce que j’ai fait pendant des années. Je me suis laissé porter en faisant ce que l’on me demandait. On m’a demandé de chanter, donc j’ai chanté. J’aurais très bien pu être comédienne…

Paris-Match. Très vite, vous êtes confrontée à un immense succès populaire. Etiez-vous prête ?

France Gall. J’ai très mal vécu ces premières années. J’ai été à la fois applaudie et attaquée. Quand on est une enfant, on ne retient que les coups de griffe. J’étais traumatisée par les filles qui m’insultaient dans la rue. Monter sur scène la première fois fut un tel choc que j’ai chanté faux.

Paris-Match. Pouviez-vous dire non ?

France Gall. On ne m’écoutait pas. Je ne voulais pas que Sacré Charlemagne sorte. J’en avais honte. Evidemment, personne ne m’a suivie.

Paris-Match. Où êtes-vous en Mai 68 ?

France Gall. Je n’ai pas vécu une vie d’adolescente mais d’adulte. Je n’étais pas consciente des problèmes des étudiants. J’avais déjà suffisamment à faire avec ma vie. En mai, je suis donc partie quinze jours à Malte avec mon petit ami. Nous n’avions pas de télé, nous ne savions pas trop ce qui se passait. Alors qu’à Paris c’était la révolution. Je n’étais absolument pas concernée. Je voyais ce mouvement avec frayeur et excitation.

Paris-Match. Vous sentiez-vous forte pour affronter la vie ?

France Gall. Je me sentais légère mais pas de manière agréable. De 16 à 21 ans, j’ai tourné sur scène neuf mois par an, fait le tour du monde, chanté en six langues. Sortie de tout cela, je ne savais plus où j’en étais. Je voulais juste partir en vacances, avoir une vie normale avec mes copains !

Paris-Match. Au début des années 70, le succès est moins présent. Vous travaillez avec de nombreux compositeurs différents…

France Gall. Je cherchais ! Je rencontrais des gens formidables, mais ça ne marchait pas. J’ai même essayé d’arrêter pour trouver une autre occupation. Mais quoi ? J’aurais tellement aimé ouvrir une épicerie !

Paris-Match. Quelle vision avez-vous de cette décennie ?

France Gall. Elle fut extraordinaire. Une période d’ouverture, de légèreté, tout était possible. Plein de choses montraient le monde de demain : la poignée de main d’Anouar el-Sadate et Menahem Begin, la performance parfaite de Nadia Comaneci, l’enlèvement de Patti Hearst… Et dans les années 70, je vis mon rêve absolu : je deviens maman.

Paris-Match. Être mère était plus important que votre carrière ?

France Gall. Bien sûr ! Ma vie s’est mise en place. Du coup, je ne ressentais plus cette légèreté désagréable. Là, j’étais un être humain qui se réalise.

Paris-Match. Michel écrit vos chansons. Avez-vous le sentiment que plus rien ne vous arrêtera ?

France Gall. Pas du tout ! Je vis au jour le jour. Quand Michel se lance dans l’écriture de mon premier album, je ne savais pas ce qu’il allait faire. Il m’a répondu : “Ne t’inquiète pas, moi je sais ce que je vais écrire pour toi.” Il m’a rassurée pour toujours.

Paris-Match. Il existe peu d’images de Michel et vous à cette période.

France Gall. Nous avions décidé de ne pas nous montrer ensemble pour ne pas devenir “le petit couple de la chanson”. Il y avait déjà Stone et Charden, nous avions peur de devenir France et Michel. Nous souhaitions mener des carrières séparées, mais derrière les caméras nous étions inséparables.

Paris-Match. Que ressentez-vous le 10 mai 1981 quand François Mitterrand est élu ?

France Gall. Une énorme joie : j’avais voté pour lui ! Nous vivions dans le XVIe arrondissement. Ce jour-là, il faisait chaud. Nos fenêtres étaient grandes ouvertes. Raphaël était né peu de temps avant. Nous regardions la télé. Quand le visage du nouveau président est apparu, nous étions les seuls du quartier à hurler de bonheur ! Tout autour de nous régnait le silence.

Paris-Match. Dans les années 80, vous remportez de nouveau un grand succès.

France Gall. C’est la décennie de la fête ! Nous rencontrons plein de gens, nous invitons plein de monde. Nous vivons dix vies en dix ans. Un incroyable tourbillon. Les disques et les spectacles se succèdent… C’est aussi la décennie des premiers deuils : le frère de Michel, Daniel Balavoine, Coluche…

Paris-Match. Vous disiez privilégier vos enfants à votre carrière. Les emmeniez-vous en tournée ?

France Gall. Ils ne sont jamais venus, car c’était très difficile de les mêler à la vie artistique. Je les ai emmenés avec moi après la mort de Michel, pour être le plus possible avec eux.

Paris-Match. En 1988, vous annoncez avoir envie de tout arrêter. Pourquoi ?

France Gall. Je trouvais que ça suffisait. J’étais fatiguée. Et j’avais de gros soucis liés à la santé de ma fille. Je ne voulais pas m’éloigner d’elle. Je voulais être disponible.

Paris-Match. Après la mort de Michel, vous montez sur scène. Pour vous consoler ?

France Gall. Le public m’accompagne, mais la musique me console. Je ne l’ai jamais autant aimée qu’à ce moment-là.

Paris-Match. Après la disparition de Pauline, continuez-vous à vous intéresser à ce qui se passe dans le monde ?

France Gall. Je ne me suis jamais coupée du monde. Je me suis coupée de la rue, de la ville, des connaissances. Depuis, je suis spectatrice et observatrice. Je me suis créé un monde dans lequel je me sens bien. Je ne me considère pas comme un membre de la vie active, même si je travaille à ma manière, sans rentrer dans le système du stress, de la vie où il faut courir.

Paris-Match. Comment définissez-vous votre monde ?

France Gall. Comme celui de la douceur et du silence. Le téléphone ne sonne plus pour rien. Pour me joindre, il faut passer par mon entourage. Je suis protégée.

Paris-Match. Que pensez-vous du mot “demain” ?

France Gall. Ma prochaine vie ! Je ne pense pas en être à ma dernière vie. Tout ce que j’ai souhaité, je l’ai réalisé sur tous les plans. Maintenant, je vis chaque journée, chaque heure, je regarde la lumière, je profite de la vie. Je suis retirée de la vie publique.

Paris-Match. Vous sentez-vous seule ?

France Gall. Je ne le suis pas. Je ne suis pas inaccessible, je crois que lorsque les rencontres doivent se faire, elles se font. Je suis heureuse, j’aime ma vie actuelle. Je suis très privilégiée. Aujourd’hui, je pense différemment, je vis différemment. N’oubliez pas que je traverse le bel âge…

Paris-Match. Souffrez-vous encore ?

France Gall. La souffrance n’existe plus. La vie m’a joué des tours, mais je ne suis pas passée à côté d’elle. J’ai eu de grands moments de joie et de bonheur.

Paris-Match. Est-ce que votre carrière de chanteuse est terminée ?

France Gall. Je ne peux pas le dire, parce que c’est facile de chanter à nouveau. Cela ne dépend que de moi. If you want to make God laugh, then tell him the plan for your life…


Magazine : Paris Match
Propos recueillis par Benjamin Locoge
Photos de Thierry Boccon-Gibod
Date : 26 mars 2009
Numéro : 3123

France Gall en 2009

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Les 30 ans de Starmania de France Gall, c'est le 24 avril 2009 sur France 2. Cette émission est le show de variété le plus attendu de l’année.
Les 30 ans de Starmania de France Gall, c'est le 24 avril 2009 sur France 2. Cette émission est le show de variété le plus attendu de l’année.

Les 30 ans de Starmania, avec France Gall, c’est le 24 avril 2009 sur France 2. Cette émission est le show de variété le plus attendu de l’année.

Une véritable comédie musicale filmée comme au cinéma et présentée par la plus secrète des artistes.

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