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France Gall, une sacrée poupée de son | Ici Paris | Septembre 2008

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Portrait de France Gall dans Ici Paris en 2008, retraçant ses débuts et son lien avec Michel Berger.
Portrait de France Gall publié dans Ici Paris en 2008. Retour sur son enfance musicale, ses débuts yéyé, l’Eurovision et sa rencontre avec Michel Berger.

La musique, elle est tombée dedans quand elle était petite. Pas étonnant que France Gall, de son vrai prénom Isabelle, ait attrapé très vite le virus de la chanson : c’est son grand-père maternel, Paul Berthier, qui créa les Petits Chanteurs à la Croix de Bois…

Son père, Robert Gall, était, quant à lui, un parolier à succès, à qui l’on doit, entre autres, La Mamma de Charles Aznavour.
Et ses frères guitaristes, Philippe et Patrice, ont été les premiers à l’accompagner au sein du petit orchestre qu’ils avaient formé.

Dans le vaste appartement familial, à Boulogne, défilent régulièrement Marie Laforêt, Claude Nougaro ou encore Gilbert Bécaud.
Et Isabelle n’a que 13 ans lorsque son père l’emmène chez la très impressionnante Édith Piaf, pour qui il vient d’écrire Les Amants merveilleux (1960).
Devant son miroir, la jeune fille, que ses proches appellent « Babou », se met alors à pousser la chansonnette et se coiffe à la Bardot tout en rêvant de gloire.
Elle envie Sylvie Vartan, une débutante qu’elle connaît bien : et pour cause, les deux adolescentes habitent dans la même rue !
Elle n’attendra pas longtemps pour suivre le même chemin…

En 1962, son père prend les choses en main : il rebaptise sa fille France et lui fait enregistrer son premier 45 tours, Ne sois pas si bête.
C’est ainsi qu’à 15 ans, la jeune lolita à la voix acidulée conquiert les Français en pleine vague yéyé.
En 1964, l’écolière sage déclenche un véritable raz-de-marée et vend deux millions d’exemplaires de Sacré Charlemagne, le tube planétaire que lui écrit son papa.
La poupée blonde devient, l’année d’après, de cire et de son avec Serge Gainsbourg, son premier Pygmalion, avec qui elle remporte le concours de l’Eurovision.
Dans la foulée, la douce France enregistre en toute innocence un petit chef‑d’œuvre, Les Sucettes, une chanson façonnée par le grand Serge à l’image de la jeune fille, encore frêle et naïve, qui ne comprendra l’allusion érotique du texte que bien après la sortie du disque…

Cette histoire, France Gall en parle aujourd’hui avec tendresse, comme d’une « cavalerie ».
À l’époque pourtant, à 18 ans à peine, elle se sent blessée, humiliée même, et décide de mettre sa carrière entre parenthèses.
L’icône acidulée du Swinging in Paris des années soixante reviendra sur le devant de la scène en 1973, grâce à son grand amour, Michel Berger.
C’est avec lui qu’elle trouvera sa bonne étoile et commencera véritablement à exister, aussi bien en tant que femme qu’en tant qu’artiste.

« J’ai vraiment eu le sentiment que ma vie commençait quand je l’ai rencontré.
C’est à ce moment‑là que je suis née », n’a‑t‑elle jamais cessé de répéter.

Magazine : Ici Paris
Par Estelle Briand
Date : 30 septembre 2008
Numéro : 3300

Sur scène ! France Gall

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En exclusivité pour JBM, Michel Bigot, photographe passionné, ancien collaborateur de Jukebox belge et Disco Revue, témoin de nombreux spectacles, nous offre ces reportages inédits sur France Gall en 1964 et 1965
En exclusivité pour JBM, Michel Bigot, photographe passionné, ancien collaborateur de Jukebox belge et Disco Revue, témoin de nombreux spectacles, nous offre ces reportages inédits sur France Gall en 1964 et 1965

En exclusivité pour JBM, Michel Bigot, photographe passionné, ancien collaborateur de Jukebox belge et Disco Revue, témoin de nombreux spectacles, nous offre ces reportages inédits sur France Gall en 1964 et 1965, alors que vient de paraître sa biographie, “Le destin d’une mère courage” chez Flammarion.

Magazine : Jukebox Magazine
Par Jacques LEBLANC
Date : Décembre 2007
Numéro : 251

Michel Berger a bercé plusieurs générations

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France 2 s'essaye à un nouveau genre pour rendre hommage à Michel Berger : la fiction-variétés. François Hanss, le réalisateur, nous parle de ce projet original réalisé avec France Gall.
France 2 s'essaye à un nouveau genre pour rendre hommage à Michel Berger : la fiction-variétés. François Hanss, le réalisateur, nous parle de ce projet original réalisé avec France Gall.

France 2 s’essaye à un nouveau genre pour rendre hommage à Michel Berger : la fiction-variétés. François Hanss, le réalisateur, nous parle de ce projet original.

FRANCE-SOIR : Qu’entendez-vous par « fiction-variétés » ?

FRANÇOIS HANSS : France Gall ne voulait pas faire une émission de variétés comme les autres pour rendre hommage à Michel Berger. Le but était de rassembler, autour de la musique de Michel, les artistes qui l’ont fréquenté ou qui aiment son travail. C’est un véritable film dans la mesure où on a monté un vrai scénario. L’action ne se passe pas sur un plateau de télé, avec un public, mais dans les coulisses d’un show qui se prépare. Là, tous les artistes se retrouvent et répètent les chansons de Michel Berger.

FRANCE-SOIR : Cette scénarisation laisse-t-elle la place à l’improvisation ?

FRANÇOIS HANSS : Bien entendu. Chaque chanson recrée un univers, des émotions différentes. Je n’ai absolument pas demandé aux artistes de prononcer certaines paroles plutôt que d’autres. Tout s’est fait très naturellement.

FRANCE-SOIR : France Gall s’est faite discrète ces dernières années, comment a-t-elle participé à ce projet ?

FRANÇOIS HANSS : Si France Gall s’est mise en retrait, c’est par choix. Elle ne chante plus. Pour ce projet, elle a beaucoup discuté avec la chaîne, en exprimant clairement son désir. Elle savait ce qu’elle ne voulait pas faire : rendre hommage à Michel Berger d’une façon trop classique. Elle avait envie de créativité.

FRANCE-SOIR : Comment s’est passée votre rencontre ?

FRANÇOIS HANSS : On a beaucoup parlé. C’est au terme de notre première entrevue que j’ai décidé de me lancer dans ce projet. On a passé beaucoup de temps ensemble. C’est ce qui fait, je pense, la qualité du programme. France Gall est le fil rouge de cette émission. Elle est présente en permanence. C’est une personne qui aime s’ engager humainement. Sans elle, je n’aurais pas pu imaginer toute cette fiction. Il ne s’agissait pas pour elle de rendre hommage à la personne de Michel Berger, ce qu’elle a déjà fait dans un documentaire, mais bien à sa musique.

FRANCE-SOIR : Que vous évoque Michel Berger ?

FRANÇOIS HANSS : Sa musique a bercé plusieurs générations. Lorsqu’on écoute ses chansons, on ne peut s’empêcher de se dire qu’il a eu une influence sur la musique d’aujourd’hui. C’était un grand compositeur.

FRANCE-SOIR : Qu’est-ce qui était le plus important pour vous sur le tournage ?

FRANÇOIS HANSS : J’espérais qu’il y aurait de l’émotion, ce qui s’est effectivement passé. On a vécu de forts moments d’intimité et de tendresse. Mon but, au-delà de rendre hommage à Michel, c’est que les gens sentent à quel point la musique peut réunir les artistes et faire apparaître une facette qu’on ne leur connaissait pas.

FRANCE-SOIR : Quelles ont été les plus belles rencontres sur le plateau ?

FRANÇOIS HANSS : Elles ont toutes été belles. Ce plateau réunit des artistes qui ont des personnalités extrêmement différentes. France Gall en connaissait certains. J’ai d’ailleurs ressenti une énorme proximité entre elle et Johnny. Avec d’autres, c’était une première rencontre. Il y a des jeunes gens comme Christophe Willem, Christophe Maé ou encore Vanessa Paradis qu’elle ne connaissait pas forcément. La certitude, c’est qu’elle les a tous choisis.

Journal : France Soir
Propos recueillis par Ingrid Bernard
Date : 21 novembre 2007
Numéro : 19650
Site internet de François Hanss : http://www.francoishanss.fr/

Merci à Elisabeth.

France Gall : j’ai digéré mes chagrins

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La chanteuse France Gall, qui a fêté ses 60 ans début octobre 2007, a reçu Le Parisien à l'occasion d'une soirée hommage à Michel Berger.
La chanteuse France Gall, qui a fêté ses 60 ans début octobre 2007, a reçu Le Parisien à l'occasion d'une soirée hommage à Michel Berger.

Après quelques années d’absence, France Gall se rappelle à notre bon souvenir ce soir, sur France 2, à l’occasion d’une soirée hommage à Michel Berger, son compagnon disparu il y a quinze ans.

« Tous pour la musique », dont elle est la maîtresse de cérémonie, réunit Johnny Hallyday, Laurent Voulzy, Diam’s, Françoise Hardy, Calogero, Amel Bent, Christophe Willem, Christophe Maé … La chanteuse, qui a fêté ses 60 ans début octobre, nous a reçus à l’occasion de ce show événement

Emmanuel Marolle : Comment est née cette émission ?

France Gall : Je n’aime pas fêter les disparitions, mais ma maison de disques sortait une compilation pour cet anniversaire. Alors, j’ai proposé de célébrer la musique de Michel. C’est aussi une manière de donner des nouvelles. Lui parti, moi qui ne chante plus, on a laissé un public en rade. Alors, je suis retournée à la télé, où je ne voulais plus aller …

Emmanuel Marolle : Pourquoi?

France Gall : Il n’y a rien qui m’en donne envie. Il n’y a plus d’émissions sur la musique. Et je ne veux pas venir parler de moi dans des talk-shows.

Emmanuel Marolle : Comment avez-vous composé le casting de ce soir ?

France Gall : J’ai fait appel aux gens pour qui Michel avait écrit, comme Johnny ou Françoise Hardy, que je n’avais pas revue depuis huit ans. Dans la nouvelle génération, j’ai pris Amel Bent, la plus belle voix en France actuellement. Quant à Christophe Willem, il possède une gaieté que pouvait avoir Ella Fitzgerald. Et puis, j’ai revu Calogero ! Quand il était ado, il m’avait retrouvée à la fin d’un concert, à Grenoble dans un restaurant, à 1 heure et demie du matin, pour me confier une cassette de sa musique. Un collaborateur de Michel avait signé son groupe et c’était devenu les Charts.

Emmanuel Marolle : Véronique Sanson, qui évoque souvent son histoire avec Michel Berger, n’est pas dans l’émission …

France Gall : Mais Michel n’a jamais écrit une chanson pour elle, il a juste produit ses deux premiers albums et mixé la chanson « Allah » ! Et puis, franchement, j’ai plutôt envie d’oublier le mal qu’elle nous a fait.

Emmanuel Marolle : Vous n’avez pas eu envie de chanter avec les invités ?

France Gall : Non, j’ai voulu être très claire, ce n’est pas mon retour. Je ne chante plus. Je n’entretiens pas ma voix. Je suis passée à autre chose.

Emmanuel Marolle : Quelle est votre vie aujourd’hui ?

France Gall : Entre la France et le Sénégal, empreinte de douceur et de beauté. A Dakar, je suis dans la nature, j’aime vivre dehors. Ici, je ne suis pas à l’aise à l’extérieur, par peur des paparazzis.

Emmanuel Marolle : Les 30 ans de « Starmania » approchent …

France Gall : Et il faut que l’on fasse quelque chose avec Luc Plamondon (NDLR.: auteur de la comédie musicale avec Michel Berger), sur scène, à la télé. Je veux éviter qu’il y ait des projets sans moi, comme ces concerts symphoniques catastrophiques au palais des Congrès en 2005 ! Je me suis retrouvée devant le fait accompli. Après la mort de Michel, Luc considérait qu’il pouvait faire ce qu’il voulait avec « Starmania ». J’ai beaucoup trop souffert pendant les dix ans où la version mise en scène par Lewis Furey a été jouée. C’était une horreur.

Emmanuel Marolle : Qu’aviez-vous pensé des reprises de Michel Berger par les élèves de « Star Academy », il y a cinq ans.

France Gall : J’ai commencé à travailler avec eux sur le premier titre, « Musique ». Et je n’étais pas contente du résultat. Eux, leur mot, c’est « vite ». Le mien, c’est « beau ». On ne pouvait pas s’entendre, on ne fait pas le même métier.

Emmanuel Marolle : Vous parlez de Michel Berger sans tristesse …

France Gall : C’est vrai, je ne pleure plus depuis longtemps. C’est digéré. Je n’ai pas enfoui les chagrins, je les ai laissés vivre. Cela fait quinze ans pour Michel, dix ans pour ma fille, qui aurait eu 29 ans hier (NDLR. : Pauline, décédée de la mucoviscidose en 1997). Ça aide, le temps qui passe. Mais si on me proposait de revivre ma vie, je dirais non. La prochaine fois, je demanderai à avoir une vie plus douce.

Magazine : Le Parisien (édition de l’Essonne)
Propos Recueillis Par Emmanuel Marolle
21 novembre 2007
Numéro : 19659

Merci à Elisabeth.

Tout pour l’histoire de la musique de Michel | Paris Match | Novembre 2007

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France Gall | Paris Match novembre 2007 | Hommage télé “Tous… pour la musique” pour les 15 ans de Michel Berger avec invités et coulisses du show
Article Paris Match n°3052 | 15 novembre 2007 | Propos recueillis par Dany Jucaud | Photos : Thierry Boccon-Gibod | Spécial “Tous… pour la musique”

Pour les 15 ans de la mort du chanteur, elle a réuni à la télévision un plateau de rêve pour rendre hommage à celui qui jouait du piano debout.

Ne comptez pas sur elle pour jouer les veuves éplorées. France Gall a décidé de rendre un hommage joyeux à Michel Berger. Ne pas s’appesantir sur l’absence, mais célébrer son talent. Revivre toutes ces années de bonheur avant que la mort ne fauche, d’une crise cardiaque, l’auteur-compositeur. Son Pygmalion, son époux et le père de ses enfants. C’était le 2 août 1992. Depuis, elle a eu la force de chasser la tristesse.

Malgré une succession de drames : son cancer du sein, en 1993, et surtout la perte de sa fille Pauline, atteinte de mucoviscidose, en 1997. Depuis, elle a quitté la scène, se retirant loin des projecteurs. Aujourd’hui, elle revient avec une idée de sa composition : une émission spéciale dédiée à son mari, « Tous… pour la musique », le 21 novembre, à 20h55, sur France 2. Pour cette occasion, dix-huit stars ont accepté de venir chanter les succès du pianiste. Une soirée de fête. Pour dire adieu à la nostalgie.

C’est elle qui les a choisis.

Parce qu’ils sont de vieux amis, comme Johnny, Laurent Voulzy, Vanessa Paradis… Mais elle a aussi pensé à la génération montante.

Défilant, micro à la main, pour le tournage de l’émission, dans les studios de la Plaine-Saint-Denis. Retrouvailles émues, découvertes éblouies. Tout est filmé : les ratages et les fous rires, les moments de tendresse.

France Gall accueille ses invités un par un, rit de bonheur et danse sur certaines chansons. Ce soir, elle se réjouit de « donner pour donner ». Vivante, tout simplement. Et de confier :

« Qu’il reste quelque chose de moi m’indiffère. Moi, je ne construis que ma vie. »

« J’étais en train de regarder une partie de poker à la télé, raconte France, quand le téléphone a sonné. “J’adore le concept de ton émission, c’est génial. Quand est-ce qu’on enregistre ? Je serai toujours là pour toi, tu le sais. Je veux que tu saches une chose, ma France, c’est qu’il y a un petit Français qui t’aime à Los Angeles, et ce petit Français, c’est Johnny Hallyday. À propos, quelle heure est-il ? — 3 heures du matin ! — 3 heures ? Je ne te réveille pas, j’espère…” »

Sachant que le quinzième anniversaire de la disparition de Michel Berger ne passerait pas inaperçu, France Gall a décidé de faire l’émission de variétés dont elle a toujours rêvé. Pendant deux mois, elle a travaillé d’arrache-pied avec le producteur Franck Saurat et le réalisateur François Hanss. On ne l’a pas vue depuis dix ans sur une scène, mais elle a choisi de ne pas chanter.

« Je me suis mise dans la peau des chanteurs et j’ai essayé de faire en sorte qu’aucun ne se sente un simple numéro parmi les autres. Je me suis efforcée de mettre chaque artiste à l’aise dans son univers propre. » Le résultat est fulgurant.

Seul absent : Elton John, en pleine tournée mondiale. « Cela dit, le connaissant, je pense qu’il ne serait pas venu si je ne chantais pas ! »

Sur le plateau, elle arrange, dérange, comme dans son salon. Elle prend, c’est visible, un énorme plaisir à diriger les artistes qui écoutent religieusement ses directives. « Mon plaisir est aussi grand que si je chantais. Avec le temps, ma place pour être heureuse dans cette vie n’est pas forcément dans la lumière. La disparition de Michel m’avait donné envie de me plonger dans sa musique. À la disparition de ma fille Pauline, il y a bientôt dix ans, je ne désirais qu’une chose : me taire. Quand on perd sa mère, on est orpheline, son mari, on est veuve, mais il n’y a pas de mot quand on perd son enfant. Aujourd’hui, j’ai intégré complètement la mort dans la vie, sans tristesse. »

France Gall aurait-elle été France Gall si elle n’avait pas rencontré Michel Berger ? « Ma rencontre avec lui était écrite, comme il le dit dans la chanson qu’il m’a dédiée au tout début de notre idylle. [Elle se met à fredonner.] “… Et j’ai besoin de lui comme il a besoin de moi. Je peux tout s’il est là et que peut-il sans moi puisqu’il a besoin de moi, de moi !” [Elle rit.] J’ai été une femme follement aimée, par Michel, par ma famille, par le public… En perdant les êtres qui faisaient partie de moi et en me retirant du monde, je ne savais plus ce que c’était. Grâce à ce show, j’ai revécu des sensations que je n’avais pas connues depuis longtemps. Les chanteurs qui sont venus sur ce plateau m’ont tellement donné d’amour que, pour la première fois depuis des années, je me sens comblée. Je ne m’attendais pas du tout à ça. Tout était simple, si simple, comme une évidence. »

Sa chanson enregistrée, Céline Dion se tourne vers France : « C’était génial, tu ne trouves pas ? Qu’est-ce que tu veux que je te dise, mon amour, on est trop pro ! » Avant de quitter le plateau, très émue, elle serre France dans ses bras en soupirant : « C’était le bon temps ! »

« Je ne suis pas du tout dans la nostalgie, m’avouera France. Si avant c’était le bon temps, ça veut dire qu’aujourd’hui c’est le mauvais ? [Elle rit.] Il faut dédramatiser la vie, ce n’est pas évident de retrouver un peu d’humour après les épreuves douloureuses que j’ai vécues, mais il faut essayer. »

Elle essaie, tout le temps. Elle est drôle, désarmante, déconcertante parfois. C’est une boule de vie et de rire. Intelligente, vive et pleine d’humour, elle ne ressemble à personne. Il faut l’observer à table. France est une jouisseuse. Elle prend son temps, rectifie la lumière, déplace une assiette, s’installe confortablement. Elle savoure avec délice chaque bouchée comme si c’était la dernière. Entre deux plats, elle vous balance le plus naturellement du monde, comme si elle parlait du temps qu’il fait : « Pour mon anniversaire, je suis allée déposer toutes les fleurs que j’avais reçues sur la tombe de Michel et Pauline. C’était très joli. »

« La vie malgré tout », « Sans lui »… Les titres des magazines la mettent en colère. « Je ne suis pas idiote, je sais que mon malheur fait vendre mais y en a marre ! Aujourd’hui, je n’ai perdu personne, je viens de créer quelque chose de formidable, alors pourquoi tout ramener à la tristesse ? C’est tellement loin de ma réalité ! Il y a longtemps que je ne pleure plus, j’ai déjà pleuré pour toujours. Quand Michel est parti, au bout d’un certain temps, je me suis dit : je vais changer de vie, je vais me remarier, passer à autre chose. J’ai compris très vite que c’était impossible. Michel m’a légué sa musique, elle remplit mon existence. Jusqu’au bout de ma vie, je l’accompagnerai et elle m’accompagnera. En revanche, je ne veux pas que mon fils Raphaël porte ce lourd bagage. Ce n’est pas évident de trouver sa place dans cet univers de musique qu’il a choisi, mais heureusement il l’a trouvée. Il est producteur. Il est doué mais il a décidé une fois pour toutes de ne pas être dans la lumière. J’ai beaucoup d’admiration pour lui. »

Sur le fond de la scène, des films de vacances défilent sur un grand écran : France, Michel, Pauline et Raphaël en train de chanter, de rire, de danser. « Quand je les vois, je me sens détachée et souriante. Ce n’est que du bonheur, ça a existé, et cette idée me comble. Petite fille, j’hésitais entre être star et mère de famille. J’avais construit une famille, on me l’a reprise. Aujourd’hui, j’ai recréé mon existence. Je m’efforce d’être dans la légèreté et je vis pleinement ma vie de femme. Si on veut faire honneur à la vie, il faut l’aimer. Et quand on lui fait honneur, elle vous le rend bien. »

Quand France lui a demandé d’interpréter un titre de Michel, la rappeuse Diam’s n’en connaissait aucun. Elle a choisi la chanson uniquement d’après son titre. Mais « À quoi je rêve », son premier choix, la toute première chanson que Michel a écrite à 16 ans, était trop courte pour rapper. Elle s’est finalement décidée pour « Laissez passer les rêves ». Dès qu’elle a fini de chanter, une amie qui l’accompagne vient la féliciter : « Je ne savais pas, lui dit-elle, que tu écrivais de si beaux textes… »

Raphaël, aussi beau que discret, allume une cigarette qu’il tend à son ami Matthieu Chedid. Vanessa Paradis, poudrée comme une jolie poupée russe, fait son apparition. « La déclaration est la première chanson que Michel m’a écrite. Je voulais absolument que ce soit elle qui la chante. Vanessa a toujours été notre chouchoute, Michel l’adorait. » La chanson terminée, tous les techniciens se sont levés pour applaudir. De passage à Nice, France, par amitié, a tenu à assister au concert de l’ex-petite fille prodige. Pendant deux heures, elle est restée dans l’ombre, sans broncher, debout au milieu de la foule. Après son spectacle, Vanessa est venue présenter sa fille, tout intimidée, à France : « Tu vois, Lili-Rose, France est une grande chanteuse. »

Dans la gravité comme dans la fantaisie, France a décidé une fois pour toutes de garder son équilibre. Si elle a mené une vie isolée ces dernières années, c’est simplement parce qu’elle en avait besoin. « Avant, être seule était pour moi le comble de la misère. Aujourd’hui, la solitude, j’adore. C’est ça, la liberté. Dehors, je ne suis jamais libre. Je me sens regardée, observée. Même si c’est avec une grande gentillesse, ça me met mal à l’aise. J’ai fait un énorme travail sur moi, je fais en sorte que personne ne me manque et j’essaie de ne plus être triste quand quelqu’un disparaît. C’est peut-être une grande force, mais je reconnais que ça vous empêche aussi d’être totalement heureux. Car si je n’ai plus de grands bas, je ne connais plus non plus de grands hauts. »


Magazine : Paris Match
Propos recueillis par Dany Jucaud
Photos de Thierry Boccon-Gibod
Date : 15 novembre 2007
Numéro : 3052

France Gall, ma vie après Michel Berger

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France Gall et Françoise Hardy ne s'étaient plus revues depuis huit ans. Elles se connaissent depuis quarante ans, ont connu le succès à la même époque, celle des yé-yé.
France Gall et Françoise Hardy ne s'étaient plus revues depuis huit ans. Elles se connaissent depuis quarante ans, ont connu le succès à la même époque, celle des yé-yé.
France Gall et Françoise Hardy ne s'étaient plus revues depuis huit ans. Elles se connaissent depuis quarante ans, ont connu le succès à la même époque, celle des yé-yé.

Elles ne s’étaient plus revues depuis huit ans. Elles se connaissent depuis quarante ans, ont connu le succès à la même époque, celle des yé-yé. Françoise est la plus grande « fan » de France.

Et cette dernière n’en revient toujours pas que l’interprète de Message personnel ait accepté de participer à son émission sur France 2. Un profond respect et une réelle affection unissent les deux femmes, même si elles ne se voient que très rarement. Ainsi, avant cette rencontre, elles ne s’étaient pas vues depuis le mariage de Michel Sardou avec Anne-Marie Périer, il y a huit ans.

Les retrouvailles se tiennent dans l’appartement parisien de France Gall. Dans le salon, le piano de Michel Berger est toujours là. France Gall a retrouvé les nombreuses lettres que Françoise leur avait envoyées. Tout se prêterait à la nostalgie et pour autant les deux femmes rieront beaucoup lors de cet entretien. Elles réécouteront aussi une chanson de Michel Berger, une face B méconnue, que Françoise Hardy adore. Au moment de se dire au revoir et de s’embrasser, France part à la recherche de son appareil photo. Elle immortalise sa copine, sur le départ. Bonnet sur la tête, Mme Hardy s’engouffre dans l’ascenseur. Moments choisis de cette rencontre.

FRANÇOISE HARDY : Je me souviens d’une discussion que nous avions eue ensemble à la fin d’un de tes concerts dans les années quatre-vingt. Nous étions dans ta loge et tu parlais de l’âge auquel tu arrêterais de chanter.

FRANCE GALL : (Rires.) Évidemment, je me revois nous dire qu’il fallait arrêter de chanter après 40 ans.

FRANÇOISE HARDY : Et naturellement Michel était d’accord avec nous. On pensait qu’il était grotesque que des quadras puissent continuer à chanter des chansons remplies de « Je t’aime ».

FRANCE GALL :  Moi, j’avais repoussé la limite d’âge à 50 ans et, finalement, je m’y suis tenue. J’ai arrêté à 49 ans et demi. C’est incroyable!

FRANÇOISE HARDY : Tu as davantage respecté tes intentions que moi. Mais aujourd’hui, cela ne te manque pas ?

FRANCE GALL :  Pas du tout. J’adore regarder les autres. Le fait de vous avoir tous revus chanter la musique de Michel dans cette émission fut un plaisir immense.

FRANÇOISE HARDY : En ce qui me concerne, c’est difficile de me passer de la chanson. Mais comment occupes-tu tes journée?

FRANCE GALL :  (Rires.) Cela dépend où je me trouve. Si je suis à Paris ou au Sénégal, là où je passe l’hiver. Je m’organise une vie relativement douce. J’ai besoin de douceur. Je ne m’impose aucune obligation.

FRANÇOISE HARDY : Une partie de sa musique est très intemporelle. Mais à quoi ressemblerait-elle aujourd’hui ?

FRANCE GALL :  Sa musique ressemblerait à ce qu’il serait aujourd’hui. Elle a toujours été en phase avec lui.

FRANÇOISE HARDY : Tu chanterais peut-être encore, s’il était là. Il te pousserait, non ?

FRANCE GALL :  Si je ne chante pas en ce moment, c’est uniquement une question d’envie. Ce n’est pas lié au départ de Michel. D’ailleurs quand il est parti, j’étais en plein rush. Je m’apprêtais à faire une tournée, que je n’ai pas annulée. J’ai beaucoup chanté après son départ, je me suis même noyée dans la chanson. Non, définitivement mon moteur pour chanter, c’est avant tout l’envie. Peut-être que mon envie reviendra un jour.

FRANÇOISE HARDY : Si, demain, on te propose une chanson absolument géniale. Cela peut ressusciter une envie?

FRANCE GALL :  Peut-être, mais je ne voudrais pas que cette réponse engendre l’envoi d’un tas de chansons (rires).

FRANÇOISE HARDY : Tu en reçois beaucoup … Moi aussi et comme je n’ose pas jeter, je garde tout, j’entasse et puis, au bout de six mois, parce que je n’ai pas le temps de tout écouter, je finis par me résoudre à m’en séparer.

FRANCE GALL :  En fait, Françoise, je crois que je n’aime pas être dirigée, tout bêtement (rires).

FRANÇOISE HARDY : Les gens qui chantent, racontent des sentiments et des émotions. Ça veut dire que c’est notre domaine et que cela nous intéresse. En tout cas, moi, ta vie personnelle m’intéresse.

FRANCE GALL :  Françoise, je te rappelle que cette discussion est enregistrée pour VSD (rires). Mais c’est vrai qu’il n’y a qu’à écouter les chansons de Michel, qui était pourtant très pudique, pour tout connaître de sa vie, de nos vies. C’est incroyable. Alors je n’en dirai pas plus. Je ne parlerai pas non plus publiquement de Raphaël, mon fils, l’amour de ma vie. J’aime le mystère. Pourquoi faudrait-il tout savoir des gens ? C’est malsain.

FRANÇOISE HARDY : Y a-t-il des chansons que tu ne peux plus écouter?

FRANCE GALL :  Il y a des chansons de Michel que je n’aime pas mais aucune que je ne puisse plus écouter. Celle que je trouve la plus triste, c’est Bébé comme la vie. Effectivement, celle-ci, j’aurai du mal à la réécouter.

FRANÇOISE HARDY : C’est une belle chanson sur le temps qui passe, sur la maternité, mais c’est vrai qu’elle est plus chargée pour toi.

FRANCE GALL :  Une chanson de Cabrel me fait aussi cet effet-là : Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai. Une chanson pour sa fille également.

FRANÇOISE HARDY : Tu te souviens comment te surnommait Jean-Marie Périer ?

FRANCE GALL :  Oui, “la marquise”, et toi, il t’appelait « la cantatrice ».

FRANÇOISE HARDY : Il a raison, tu es une marquise de la chanson. Quelqu’un qui chante extraordinairement bien. Mais ce que tu as de spécifique, c’est que tu as du gout dans le choix de tes chansons.

FRANCE GALL :  C’est parfait ça! Tu as bien fait de venir Françoise (rires) !

FRANÇOISE HARDY : Tu travailles ta voix?

FRANCE GALL :  Je ne l’entretiens pas, mais je connais le travail de respiration à accomplir pour récupérer du souffle et de la puissance vocale.

FRANÇOISE HARDY : Tu as voté lors des dernières élections ?

FRANCE GALL :  Bien sûr, c’est un privilège. J’étais comme tout le monde, j’ai hésité jusqu’au dernier moment. Tout le monde sait que je suis une femme de gauche, mais je trouve assez intéressant l’ouverture politique qui se produit actuellement.

FRANÇOISE HARDY : Et que penses-tu de l’affaire de l’Arche de Zoé?

FRANCE GALL :  Cette histoire est la démonstration parfaite du mal que peuvent faire des gens de bonne volonté.


France Gall et Françoise Hardy ne s'étaient plus revues depuis huit ans. Elles se connaissent depuis quarante ans, ont connu le succès à la même époque, celle des yé-yé.

Coulisses.
L’émission-événement de france 2.
Quand France met en scène.

Le 21 novembre, à 20h50, un nouveau genre de variétés sera diffusé. Un véritable film dévoilant les répétitions d’un show auquel participe vingt stars de la chanson française.

Ce n’est pas une émission de variété comme les autres. D’abord, parce que France Gall joue à sa manière le rôle de l’animatrice; ensuite, parce que le programme est construit comme un véritable film, réalisé par François Hanss, dévoilant les répétitions d’un show. Le concept, produit par Franck Saurat, a immédiatement séduit Nicolas Pernikoff, patron des divertissements de France 2.

A l’origine du projet, France Gall, évidemment.

« J’ai décidé avec qui je voulais travailler mais je n’avais jamais envisagé de m’impliquer autant à l’antenne. Rapidement, il s’est révélé impossible que je n’accueille pas personnellement à l’image les vingt artistes venus fêter la musique de Michel. »

Pendant deux heures, la caméra nous entraîne dans les coulisses d’un gigantesque show et, dès que les artistes pénètrent dans le décor, ils sont filmés. Le résultat offre une spontanéité tout à fait originale pour ce type d’émission. Tellement originale qu’elle en désarçonnait parfois les artistes eux-mêmes.

« Johnny était un peu tendu. Il se préparait depuis cinq jours pour l’enregistrement de «Quelque chose de Tennessee ».

Le voyant faire du sport et se mettre au régime comme pour une tournée, son entourage ne comprenait pas. Il leur a dit qu’il faisait ces efforts parce que c’était pour moi! »

Répondre à une invitation de France Gall prend ainsi des allures de mobilisation générale dans le monde de la chanson française. Le projet fut lancé en septembre et en seulement deux mois, le casting fut monté.

« J’ai été complètement bluffée par la réactivité des artistes. Ma liste idéale était quasiment identique à la liste finale des invités. D’autant que, mis à part Johnny, avec qui j’avais gardé un lien, je ne les avais pas vraiment revus depuis quinze ans. »

Des retrouvailles pleines d’émotions, comme pour ce medley réunissant Laurent Voulzy, Alain Chamfort, Michel Jonasz ou Louis Chédid. France Gall a également découvert toute une nouvelle génération d’interprètes comme Christophe Willem, Amel Bent, Christophe Maé, Leslie ou Diam’s, que France n’a rencontré que sur le plateau.

« J’étais très angoissée par ce tableau avec Diam’s. Je n’avais pas pu la croiser avant, je ne savais pas ce qu’elle avait réellement préparé. Ma règle de base consiste à ne faire confiance à personne pour ne jamais être déçue. Je ne maîtrisais rien, donc j’avais un peu peur du résultat. En fait, ce fut magique. Diam’s fut celle qui avait le plus travaillé. Elle ne connaissait pas la musique de Michel, alors elle avait cherché sur Internet et pris deux titres « À quoi je rêve » et « Laissez passer les rêves ». Sans le savoir, elle avait choisi la première et la dernière chansons composées par Michel. Elle a mélangé les deux. Au final, Diam’s a réalisé une vraie création. »

Il est vivement conseillé d’enregistrer l’émission car aucun disque ne sortira après la diffusion. La version de « Chanter pour ceux » par Christophe s’annonce grandiose, tout comme « La déclaration d’amour » par M et Vanessa Paradis, « Ziggy » par Céline Dion, « Message personnel » par Françoise Hardy.

Magazine : VSD
Propos recueillis par Matthias Gurtler
Date : 14 novembre 2007
Numéro : 1577

France Gall, elle rechante enfin ! | Ici Paris | Novembre 2007

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France Gall en 2007 dans Ici Paris, évoquant son retour à la chanson pour un hommage à Michel Berger.
Article publié dans Ici Paris en novembre 2007 sur le retour télévisé de France Gall pour un hommage à Michel Berger. L’émission “Tous… pour la musique” est diffusée le 21 novembre sur France 2.

Ce sera l’événement du mois de novembre. France Gall a accepté de revenir à la télévision pour présenter une émission exceptionnelle, donnée en l’honneur de celui qui fut et reste son grand amour : Michel Berger.

Ce soir-là, il y a des milliers de gens dans la salle.
Sur scène, Vanessa Paradis chante, accompagnée par Mathieu Chedid.
Cris, ovation, rappel…
Dans la grande halle niçoise du Nikaïa, l’ambiance est survoltée.

Le concert terminé, le lieu se vide doucement. Vue des gradins, l’immense foule qui se rétrécit pour franchir les portes rappelle la forme d’un sablier… Le temps passe, les grains s’écoulent, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un seul, presque perdu au milieu de la grande salle.

En se rapprochant, on aperçoit la chevelure blonde d’une femme.
Elle se retourne soudain, et l’on reconnaît France Gall.
Elle sourit et se remet à regarder les hommes qui se pressent pour modifier le décor.

Vanessa s’approche, l’embrasse.
Les deux femmes discutent, bientôt rejointes par -M-.
Quelques minutes plus tard, tous trois sont ensemble sur scène.
France Gall chante pour la première fois depuis fort longtemps.

Depuis dix ans, elle avait distillé ses apparitions au compte-gouttes, et Johnny était l’un des rares à l’avoir accueillie sur une scène pour un duo. Elle avait même refusé un album écrit pour elle par Pascal Obispo.

« Pourquoi faire quelque chose que j’ai déjà fait au mieux ? », disait-elle.

Depuis, on avait des nouvelles de France comme on reçoit parfois une carte postale d’un ami lointain.
Dans son cas, cela avait été sous la forme d’un double album et d’une intégrale en treize CD.
Puis, on l’avait suivie sur les chemins de sa vie à travers la biographie que lui consacraient Alain Morel et Grégoire Colard.
Ensuite, rien.
Ou plutôt l’essentiel : on la savait heureuse, naviguant entre la France et le Sénégal…

À plus de 60 ans, la petite n’a pas changé.
Elle a toujours ces yeux de gamine et, dans la bouche, les mots de celui qui fut son grand amour, Michel Berger.
C’est pour lui qu’elle a accepté de reprendre un micro, pour rendre hommage à cet homme qu’elle ne se lasse pas d’évoquer.

Jane Birkin a eu son Serge Gainsbourg, France Gall a eu Michel Berger.
Il est ainsi des histoires qui ne passent pas, et qui accompagnent certains êtres tout au long de leur vie…

Il était donc logique que ce soit elle qui présente l’émission que France 2 consacre à Michel Berger, pour commémorer les quinze ans de sa disparition.
Cela aura lieu le 21 novembre 2007, et pendant 130 minutes, France va nous montrer les différentes facettes de cet immense compositeur qui fut aussi un grand homme.

Pour ce faire, elle a choisi avec France 2 une « fiction-variété », pour laquelle ont été mobilisés quinze comédiens, trente figurants et une cinquantaine de techniciens.
Un prestigieux plateau de stars viendra rendre hommage à l’ami et au maître.
Parmi eux : Johnny Hallyday, Céline Dion, Françoise Hardy, Michel Jonasz, Alain Chamfort, mais aussi la jeune génération avec Oiam’s, Christophe Willem, Tété et, bien sûr, France Gall.

Elle prend son micro, penche un peu la tête sur le côté, ferme les yeux et chante.
Et on le sent soudain en nous, dans cette émotion qui nous submerge :
France n’a pas encore fini de parler à Michel.

Magazine : Ici Paris
Par Jean Marc
Date : 13 novembre 2007
Numéro : 3254

France Gall raconte Michel Berger

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Tous ... pour la musique, avec France Gall sur France 2 le 21 novembre 2007 : Franck Saurat, producteur, et François Hanss, réalisateur, nous en disent plus sur ce format à mi-chemin entre le film et l'émission musicale.
Tous ... pour la musique, avec France Gall sur France 2 le 21 novembre 2007 : Franck Saurat, producteur, et François Hanss, réalisateur, nous en disent plus sur ce format à mi-chemin entre le film et l'émission musicale.

Leur histoire d’amour en chansons

France Gall tombe sous le charme de la musique de Michel Berger en entendant « Attends-moi » à la radio, en 1973. Un an plus tard, il compose pour elle « La déclaration d’amour » : un tube. En 1976, dans la comédie musicale télévisée « Émilie ou la petite sirène 76 », ils chantent leur premier duo « Ça balance pas mal à Paris ». L’année 1976 est aussi celle de leur mariage. Le compositeur offrira ensuite à France Gall de très nombreux succès : « Si maman si » (sur l’album « Dancing disco » en 1977), « Il jouait du piano debout »(« Paris, France», 1980), « Résiste » (« Tout pour la musique », 1981), « Cézanne peint » (« Débranche », 1984) ou encore « Évidemment » ( « Babacar », 1987). A l’été 1992, le couple sort « Double jeu », dix titres interprétés à deux voix. Quelques semaines plus tard, , le 2 août, Michel Berger disparaissait.

Quinze ans après la disparition du chanteur, France 2 propose une fiction-variétés, orchestrée par France Gall. Franck Saurat, producteur, et François Hanss, réalisateur, nous en disent plus sur ce format à mi-chemin entre le film et l’émission musicale.

Franck Saurat : nous voulions réinventer la façon de faire de la variété à la télévision. J’avais envie de retrouver « l’atmosphère Carpentier », de montrer la musique autrement. Il nous fallait simplement une personnalité forte sur laquelle s’appuyer et France Gall en est une. Tout était donc réuni pour initier un projet d’une telle envergure.

François Hanss : c’est un prototype télévisuel étrange et ambitieux où l’on « regarde » la chanson avec le regard du cinéma. Sans être un making-of, on montre les prestations sur scène et tout ce qui se passe une fois que les projecteurs sont éteints.

France Gall

Franck Saurat : elle attendait une proposition originale pour accepter de revenir sur le devant de la scène. Quand nous en avons parlé avec elle, son enthousiasme a été immédiat. France Gall s’est investie, au point même de devenir un véritable moteur pour toute l’équipe.

François Hanss : son rôle est d’être le fil rouge de l’émission, comme une maîtresse de cérémonie, mais surtout pas comme une animatrice. Grâce à son vécu, on se replonge dans les succès indémodables de Michel Berger.

Le show

Franck Saurat : concrètement, on suit France Gall dans les coulisses d’un spectacle imaginaire qu’elle doit donner, même si, dans l’émission, elle ne chante pas. On la voit, backstage, croisant les artistes invités avant ou après leurs interprétations, évoquer des souvenirs communs et partager des émotions de scène. Tout en réussissant à éviter toute forme de nostalgie malsaine. D’ailleurs, c’est un hommage à la musique, plus qu’un hommage à Michel Berger.

Le tournage

Franck Saurat : il s’est déroulé sur un plateau de 1000 m2, à La Plaine-Saint-Denis. Il y avait quinze comédiens, une trentaine de figurants, ainsi qu’une cinquantaine de techniciens, exclusivement issus du cinéma. Cela a duré plus d’une semaine. C’est très long quand on est familiers des délais de la télévision. D’habitude, dans le même temps, moi, je tourne cinq prime-time !

François Hanss : j’ai retrouvé la position que j’occupais lorsque je réalisais les concerts de Mylène Farmer : j’ai laissé le spectacle se dérouler, sans intervenir auprès des artistes, sans les diriger. J’étais là en sourdine, discrètement, simplement pour capter avec le plus de sincérité tous ces petits moments que l’on ne voit que très rarement.

Michel Berger

Franck Saurat : ses chansons représentent une époque, mais n’ont pas vieilli pour autant. Il y a une générosité qui perdure dans son travail. Le couple qu’il formait avec France Gall fait partie de ces duos mythiques, au même titre que Serge Gainsbourg et Jane Birkin, par exemple. Ils appartiennent à notre patrimoine.

Les invités

Franck Saurat : nous avions une exigence: que les artistes chantent uniquement des reprises de Michel Berger et qu’ils ne soient pas là pour faire de la promo. Dans ce milieu, c’est parfois un challenge ! Ils ont tous dit oui sans hésiter un instant. Parmi la vingtaine d’invités, citons par exemple Johnny et David Hallyday, Céline Dion, Vanessa Paradis, Françoise Hardy ou bien encore Christophe. C’était incroyable de voir l’enthousiasme lorsqu’on les a contactés. C’est très révélateur de ce que représente encore Michel Berger aux yeux de tous …

Magazine : Télé Poche
Entretien : Jérôme Ivanichtchenko
Du 17 au 23 novembre 2007
Numéro : 2179

Merci à Elisabeth.

France Gall : “Cette émission, c’est mon cadeau au public”

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Vivait-elle coupée du monde ? Comment allait-elle ? Ces questions, jusque-là sans réponse, France Gall ne les a pas esquivées.
Vivait-elle coupée du monde ? Comment allait-elle ? Ces questions, jusque-là sans réponse, France Gall ne les a pas esquivées.

Cela faisait de longs mois que l’on n’avait pas eu de ses nouvelles.

Vivait-elle coupée du monde ? Comment allait-elle ? La reverrait-on sur scène ? Ces questions, jusque-là sans réponse, France Gall ne les a pas esquivées. Oui, elle va bien, mieux en tout cas.

La preuve: « régénérée » par l’enregistrement de Tous … pour la musique, elle envisage de recréer Starmania pour une tournée mondiale.

« Je dois d’abord vous dire que j’ai beaucoup de mal à répondre aux questions. J’ai assez parlé depuis quarante ans. »

Le message est clair : elle n’en a pas très envie de cette interview, France Gall. Si elle l’a tout compte fait acceptée, c’est par nécessité. Non pas pour braquer les projecteurs sur elle-même, mais sur cette émission qui va marquer, sur France 2, les quinze années de la disparition de Michel Berger. Alors, elle se livre d’abord avec parcimonie. Et puis, au fur et à mesure qu’elle détaille le contenu de ce programme qui lui tient tant à cœur – « On a voulu faire du beau et du bon », dit-elle -, le rythme de sa voix s’accélère, son visage s’illumine. On la découvre telle que son entourage proche nous l’avait décrite : généreuse et pudique, lucide mais optimiste, malgré tout. Elle a, finalement, décidé de briser pour une fois le silence et de nous faire écouter sa petite musique intérieure.

Pourquoi avoir accepté de présenter cette émission après être restée dans l’ombre depuis si longtemps ?

Vous voulez dire pourquoi j’ai organisé cette émission ? Il fallait marquer les quinze ans de la disparition de Michel. C’est une occasion de le réécouter, de fêter sa musique. J’ai conçu un programme dont j’aurais aimé être l’invitée. C’était indispensable pour me faire sortir de là où je vis.

Quelle a été votre contribution?

Je suis allée chercher les producteurs en leur expliquant ce que je souhaitais : que ce ne soit pas juste une émission de plus sur la musique de Michel, comme on en a trop vu ces dernières années. Je voulais qu’elle ait une âme, qu’elle ne soit pas nostalgique, qu’il n’y ait pas de présentateur et que je ne chante pas. C’est une création, de la belle télévision. Les artistes qui y ont participé sont repartis avec des étoiles dans les mirettes.

Avez-vous choisi vous-même les invités?

Oui. Ils sont tous venus gracieusement, sans faire de promotion. Il y a ceux de la famille, tels Johnny, Françoise Hardy, Alain Chamfort ou Michel Jonasz. Et puis, des voix d’aujourd’hui, comme Christophe Willem, un chanteur extraordinaire qui interprète Viens, je t’emmène ou Christophe Maé, que l’on entendra dans Résiste, une chanson mythique. Pendant l’enregistrement, tout le monde était d’accord sur tout, heureux. Au final, ce tournage que je concevais plus comme un devoir m’a régénérée.

Cet enregistrement vous a replongée dans de nombreux souvenirs de votre vie et de celle de Michel Berger. Était-ce agréable?

La musique de Michel me fait totalement oublier le reste. Mais quand j’ai dû revisionner des images de sa vie, c’était un peu particulier. L’émotion est toujours là.

Cette émission n’a-t-elle pas réveillé votre envie de chanter à nouveau ?

Rien ne m’empêcherait, effectivement, de refaire un album. Mais je n’ai plus envie des à-côtés : la promotion, les séances photos, les interviews … Il faudrait que j’invente une autre manière de faire ce métier. Même si je n’ai pas un pied dans la tombe, l’énergie s’amenuise, c’est trop physique. Ce que je proposerais sur scène risquerait d’être moins bien qu’autrefois. Mes projets se tournent davantage vers la mise en scène. En 2009, on fêtera les 30 ans de Starmania. Avec Luc Plamondon (qui a conçu cet opéra rock avec Michel Berger, ndlr), nous avons le projet de remonter le spectacle et de le faire tourner, cette fois-ci, dans le monde entier. On pourrait aussi imaginer, pour la télé, un documentaire qui raconterait l’aventure Starmania.

Le public continue de vous manifester beaucoup d’affection. N’est-ce pas un argument supplémentaire pour sortir de votre réserve ?

Même si je ne chante plus, le public continue la route avec moi. Il m’attend, mais il me comprend. Je lui donne des nouvelles régulièrement et cette émission, je la conçois justement comme un cadeau que je lui fais. On ne chante pas uniquement pour faire plaisir. Il faut aussi que l’envie soit réciproque. J’ai tout de même consacré quarante années à ce métier. Le départ de ma fille a remis toute ma vie en question et m’a détournée de la musique … En fait, je ne peux pas vous apporter de réponse définitive sur mon éventuel retour.

Quels sont la musique et les chanteurs que vous aimez aujourd’hui ?

On me fait écouter des choses, je sais ce qui se passe, sans plus. Il y a quelques années, Laisse pas traîner ton fils par NTM m’avait bouleversée. J’ai beaucoup aimé aussi l’album d’Éric Clapton, Pilgrim, où figure My Father’s Eyes, ou encore celui de Francis Cabrel, Hors Saison. Aujourd’hui, j’apprécie Diam’s et Justin Timberlake. Mais je fuis le bruit, je suis dans le silence, même si j’écoute quand même.

Avez-vous conscience que le public vous aime aussi parce que, malgré les épreuves endurées, vous renvoyez une image d’équilibre, et même d’un certain bonheur?

C’est ce qu’on me dit souvent et rien ne peut me faire plus plaisir. Je pense que les personnes à qui j’inspire cela auraient elles-mêmes beaucoup de mal à l’expliquer. Cela a à voir avec la vie, et avec la mort. Le fait que la vie continue, malgré tout.

Parvenez-vous à rire de nouveau aujourd’hui ?

Je ne ris plus, je souris. J’ai atteint une sorte d’équilibre, de maîtrise, aussi bien dans les moments douloureux que dans les instants de bonheur.

On vous imagine retirée du monde, assez indifférente à l’actualité immédiate. Fait-on fausse-route?

Totalement, oui, car je m’informe, je regarde les JT à la télé et je lis les journaux. Même s’il est vrai qu’à une certaine époque, j’ai préféré me retirer sur mon île, au Sénégal, sans téléphone ni électricité. Mais, vous savez, c’est très enrichissant de se retrouver face à soi-même. C’est là qu’on avance. Beaucoup de gens se détournent d’eux-mêmes. Moi, j’ai besoin de voir les choses en face.

Si l’artiste fuit les plateaux de télévision, elle peut parfois se montrer accro, chez elle, à certains programmes. Elle a répondu pour vous aux questions de la rubrique « Ma télé ».

MA PREMIÈRE TELE. Mon père a dû faire partie des premières personnes qui ont acheté un téléviseur en France. Il avait placé le poste dans un théâtre de Guignol et il fallait ouvrir le rideau pour regarder les programmes. Petite fille, je rêvais devant la mire.

MON ÉQUIPEMENT TÉLÉ. Il est à la fois cathodique et plasma. Je dispose aussi d’un rétroprojecteur.

LES ÉMISSIONS DE MON ENFANCE. Je me souviens surtout de celles de Jean Nohain, avec la poétesse Minou Drouet, les mercredis après-midi.

MA PREMIÈRE APPARITION TÉLÉ. C’était dans Les Raisins verts, une émission de Jean-Christophe Averty. J’avais pile 16 ans … et c’était en noir et blanc!

LA TÉLÉ DANS MON QUOTIDIEN. Si je l’allume le soir, je ne parviens plus, ensuite, à l’éteindre. Les soirées que je préfère, c’est souvent chez moi, installée devant un bon programme.

CE QUE JE NE RATE JAMAIS. Je suis fan de 24 Heures chrono et j’étais fidèle à Six Feet Under, qui n’est, hélas, plus diffusée. Aujourd’hui, je regarde Big Love, sur Canal+. Sinon, je suis les émissions qui font la part belle aux voix : Star Academy, American Idol et Nouvelle Star, où j’ai pu découvrir Amel Bent et Christophe Willem qui, tous deux, ont des voix extraordinaires. Ils nous font comprendre qu’on ne devient pas chanteur par accident. Je m’intéresse aussi aux grandes rencontres sportives, aux JT et à Koh-Lanta.

MES ANIMATEURS PRÉFÉRÉS. J’apprécie particulièrement Frédéric Taddeï dans Ce soir ou jamais, sur France 3, Samuel Étienne, sur Canal+ et iTélé, et Mélissa Theuriau, sur M6. Je regarde aussi, quand je le peux, Yves Calvi dans C dans l’air, sur France 5.

LES CHAINES AUXQUELLES JE M’ABONNE. Celles qui proposent des reportages ou des documentaires sur des pays où je n’aurai jamais l’occasion de me rendre. Je me suis aussi abonnée à une chaîne dédiée au poker. Mais je la trouve nulle : on n’y comprend rien, c’est mal filmé. Je préfère de loin les émissions que Patrick Bruel anime sur Canal+.

L’IMAGE QUI M’A LE PLUS MARQUÉE. Les avions percutant les tours jumelles du World Trade Center. J’ai compris, à cet instant, que le monde ne serait plus jamais comme avant.

MON MEILLEUR SOUVENIR EN TANT QU’INVITÉE. Les émissions que Christophe Dechavanne animait l’après-midi (Panique sur le 16, C’est encore mieux l’après-midi). C’était à mourir de rire !

MON PIRE SOUVENIR EN TANT QU’INVITÉE. Un Grand Échiquier de Jacques Chancel. Bernard-Henri Lévy m’avait demandé de chanter Cézanne peint. C’était en direct, et le trac m’a envahie. Je ne suis pas parvenue à chanter juste … j’avais honte.

L’ÉMISSION OÙ JE N’IRAI JAMAIS. Tous les talk-shows où on serait susceptible de me poser des questions … et Koh-Lanta !

L’ÉMISSION QUE J’AIMERAIS VOIR À LA TÉLÉ. Celle que je viens de finir pour France 2, Tous … pour la musique.

LA VIE SANS TÉLÉ ? C’est possible, je n’ai aucun doute là-dessus.

Magazine : Télé 2 Semaines
Propos recueillis par Stéphane Lepoittevin
Date : du 10 au 23 novembre 2007
Numéro : 101

France Gall, le courage exemplaire ! | Questions de femmes | Octobre 2007

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Portrait de France Gall publié dans Questions de femmes en octobre 2007.
Article publié en octobre 2007 dans Questions de femmes. France Gall y évoque son parcours, ses relations et les épreuves de sa vie.

Star à 16 ans, la vie de France Gall n’est qu’amour et musique. Jusqu’au jour où son fabuleux destin vire à la tragédie. Grégoire Colard et Alain Morel retracent le parcours de la chanteuse dans un récent ouvrage, “France Gall : le destin d’une star courage”*.

France Gall a tout juste 15 ans quand elle enregistre son premier 45-tours, grâce à son père, Robert Gall, auteur de son état (La Mamma, d’Aznavour, c’est lui !). La perspective de devenir chanteuse comme Sylvie Vartan, sa copine d’enfance, enchante l’adolescente. Elle espère, ainsi, ne pas retourner au lycée. Mais, rapidement, ses premiers pas d’artiste la déçoivent. Elle ne s’amuse pas autant qu’elle l’avait imaginé. D’abord, on lui impose de changer de prénom. Dans la vie, elle s’appelle Isabelle, et non France… « France Gall », cela ressemble à un match de rugby ; quelle idée ! Ensuite, chacun décrète qu’il faut lui trouver un look, une allure, une personnalité… On l’emmène chez un grand coiffeur, puis chez un créateur de mode… Finalement, elle se demande si elle n’aurait pas mieux fait de continuer au lycée. Dès sa sortie, le disque est soumis à Daniel Filipacchi, le grand manitou de Salut les copains. Séduit, il demande aux auditeurs d’Europe 1 de donner leur avis.

Ne sois pas si bête, le titre phare du disque, arrive en tête de tous ceux qui sont proposés ce jour-là. Dès lors, France enchaîne séances de photos et interviews.

Un soir, elle croise Claude François à l’Olympia, où elle est venue applaudir Gilbert Bécaud. Elle a 17 ans. Il en a 25. Elle est impressionnée par son dynamisme sur scène. Chaque soir, elle assiste à son spectacle ; ensuite, elle lui rend visite dans sa loge. Cloclo, comme on surnomme l’idole, ne reste pas longtemps insensible au charme acidulé de la jeune fille. Ils entament une liaison passionnée, au grand dam des parents de France. Il faut dire que Claude lui en fait voir de toutes les couleurs. Il annule des rendez-vous à la dernière minute, exige qu’elle vienne le rejoindre sur-le-champ, où qu’il soit… Il se montre d’une jalousie maladive… Peu à peu, il cherche à lui imposer sa loi, à lui faire respecter ses règles. C’est ainsi qu’en tournée, il insiste pour qu’elle soit à l’hôtel dès sa sortie de scène et n’hésite pas à appeler tout de suite si, par malheur, elle n’est pas là avant lui. Leur amour est un psychodrame permanent qui épuise la jeune fille et lui fait perdre toute légèreté. Son père n’a plus aucune influence sur elle. Il prend la décision de l’émanciper.

Le 20 mars 1965, France représente le Luxembourg au concours Eurovision de la chanson avec Poupée de cire, poupée de son, une chanson signée Serge Gainsbourg. Dix-huit pays participent au concours, qui réunit 200 millions de téléspectateurs. Elle gagne ! Claude l’appelle dans sa loge. « Alors, tu es content ? », lui demande France. « Écoute-moi bien, répond Claude François. Tu as gagné, bravo. Alors, entre nous, c’est fini ! » Il raccroche. Le lendemain, elle prend le premier avion pour Paris, sans prévenir personne, se précipite chez Claude, sonne à la porte, finit par s’asseoir sur le paillasson, prostrée. Et elle attend. Des heures. Enfin, il ouvre… Et leur histoire reprend. Mais, en juillet 1967, la jalousie et les caprices finissent par avoir raison de leur amour. France se sent enfin débarrassée de son « envoûtement ».

Deux ans plus tard, un autre homme fait battre son cœur, un jeune artiste révélé grâce à sa chanson La Cavalerie. Il est beau, très beau. Sensuel, envoûtant. Il s’appelle Julien Clerc. Elle est tellement fascinée qu’elle revient l’applaudir tous les soirs, comme elle l’avait fait avec Claude François. Julien est libre. Ils entament une relation amoureuse. Et France présente très vite Julien à ses parents. D’ailleurs, Robert Gall adore Julien qui, à ses yeux, devient son troisième enfant. Le chanteur achète une ferme à cinq kilomètres de la maison de campagne de ses « beaux-parents ». Tandis que Julien joue au fermier, France cuisine, jardine, se promène dans les prés.

Mais, très vite, un problème s’installe. Respectant l’avis de son entourage, qui lui conseille de ne pas s’afficher aux côtés de sa compagne pour ne pas brouiller son image de séducteur, Julien ne parle jamais de France et, lorsqu’elle l’accompagne dans un lieu public, il lui demande d’arborer une perruque noire et de se faire discrète. À la maison, Julien se montre adorable et très protecteur. Il lui dit qu’elle l’inspire. Alors, France préférerait qu’il hurle son amour à la face du monde, qu’il se penche sur sa carrière musicale et lui donne des conseils. Mais il prétend qu’il n’en a pas le temps. Un soir, il lâche un mot terrible qu’elle n’oubliera jamais : « Ah, voilà l’ancienne chanteuse ! »

France commence à s’ennuyer. Elle qui a été une immense vedette, entourée, protégée, bichonnée, n’est plus qu’une chanteuse en instance d’oubli. Plus personne ne l’appelle. Elle a le sentiment de ne plus exister. Au volant de sa petite Austin, dans les rues de Paris, elle ressasse sa vie. Elle allume son autoradio et tombe sur une chanson qui l’accroche. « C’est exactement ça qu’il me faut. Il faut que ce Michel Berger m’écrive des chansons. » Michel Berger, elle l’a déjà rencontré, notamment en avril 1966, pendant la séance photo du célèbre poster de Salut les copains, organisée par Jean-Marie Périer. Mais ils ne se sont pratiquement jamais parlé. Quelques jours plus tard, France rencontre Michel Berger par hasard, dans les couloirs d’Europe 1. Elle l’aborde sans hésiter : « J’aimerais que vous m’écriviez une chanson. » L’auteur-compositeur décline l’offre aimablement. Toutefois, France ne le laisse pas indifférent. Les deux jeunes gens se revoient. Ils apprennent à se connaître, en tout bien tout honneur. Ils sont l’un et l’autre engagés dans une relation. Jusqu’au jour où Michel propose à France une chanson. « C’est toi qui me l’as inspirée », lui dit-il. La Déclaration est non seulement une chanson, mais sa déclaration d’amour à France.

Elle décide immédiatement d’annoncer à Julien qu’elle le quitte. Il est atterré, sidéré. Il tente de la convaincre de rester. En vain. En mai 1974, France Gall et Michel Berger s’installent dans une maison située dans le 16e arrondissement de Paris. Le 22 juin 1976, le couple se marie. Puis, le 14 novembre 1978, France met au monde une petite fille, Pauline. Trois ans plus tard, Raphaël vient agrandir la famille. Un mari adoré, deux enfants merveilleux, un succès professionnel hors pair… C’est le bonheur parfait !

Hélas, l’heure des épreuves va commencer. Le 26 janvier 1982, Bernard, le frère de Michel, décède des suites d’une sclérose en plaques. Bernard était pour Michel non seulement un modèle, un mentor, un point de repère, mais aussi son plus grand confident. Peu de temps après, un autre malheur s’abat sur le couple. France et Michel apprennent que leur fille Pauline est atteinte d’une maladie fatale, incurable : la mucoviscidose.

Au printemps de la même année, Michel éprouve le besoin de s’accorder une année sabbatique qu’il veut consacrer à des voyages. France accepte de rester à la maison, d’y être la gardienne du temple. Elle a compris que son mari a besoin de s’éloigner un peu des malheurs récents et de ressourcer son inspiration. Quant à elle, elle a passé le cap de la quarantaine et, peu à peu, s’est installée l’envie de faire le point, de se retrouver. France, qui a toujours dépendu des autres, de son père, de Claude François, de Julien Clerc, et surtout de Michel qui lui a offert une nouvelle carrière, une vie de femme et une vie de mère, réalise maintenant qu’elle a besoin de liberté. Elle veut arrêter de travailler, d’être France Gall… Quand on a besoin d’elle à la maison, quand Pauline réclame ses bras et toute son attention, le « métier » lui paraît horrible. À la maison, la compréhension entre Michel et elle n’est pas au beau fixe. Pour lui, les mots, la poésie, les mélodies, c’est l’oxygène. S’arrêter, c’est devoir se placer sous respiration artificielle. Pendant quatre ans, France met néanmoins sa carrière entre parenthèses.

Le 22 juin 1992, le couple fête ses seize ans de mariage et son dernier album, Double jeu, prélude à une tournée annoncée. Ce premier jour du mois d’août 1992, France est à la plage… Une femme s’approche d’elle et lui propose de lui lire les lignes de la main. Elle accepte. « Ça va venir maintenant ! » « Quoi ? Qu’est-ce qui va venir ? », demande France. « Vous entrez dans l’immortalité », lui répond la femme. France ironise : « Ce n’est quand même pas avec ma carrière de chanteuse que je vais entrer dans l’immortalité… Et vous dites que cela va se passer maintenant ? » « En effet ! »

Ce dimanche 2 août 1992, il est environ 14 heures quand France et Michel s’activent pour débarrasser la table. Ils ont promis une interview à Alain Morel, grand reporter au Parisien. Ils ont hâte de l’enregistrer afin d’être tranquilles. L’interview terminée, Michel se dirige vers le court de tennis pour disputer une partie, seul contre deux amies. Pendant environ trois quarts d’heure, tout se déroule normalement quand, tout à coup, il ressent comme un coup de couteau dans la poitrine et quelques nausées. Il décide de rentrer et de prendre un bain pour se détendre. Les douleurs ont disparu. Dans la baignoire, nouveau coup de poignard, suivi d’élancements constants. Michel s’inquiète. France appelle un médecin à qui il a le temps de décrire ses symptômes avant d’être victime d’une troisième attaque cardiaque. Celle-ci lui est fatale. Michel est mort. France a perdu son double.

Après la mort de Michel, elle s’enferme dans un silence médiatique total et ne sort plus de chez elle pendant près de trois mois. Comment gérer le chagrin des petits ? Ils ne veulent plus que leur mère continue de chanter, ni qu’elle remonte sur scène. Ce métier, la vie aussi, pour eux, c’est dangereux…

Le 30 mars 1993, France fait un malaise et manque de s’effondrer pendant l’enregistrement de l’émission Fréquenstar de Laurent Boyer. Elle a un cancer du sein, heureusement non évolutif. France est effondrée. Mourir ne lui fait pas peur, mais quitter ses petits la terrifie. Pauline est de plus en plus affaiblie par la maladie, et Raphaël terriblement perturbé. En juin, France est guérie et ne garde aucune trace de l’opération.

Mais le 15 décembre 1997, le destin de France tourne à l’horreur. Pauline, tout juste âgée de 19 ans, s’éteint. Depuis, France s’est retirée de la vie publique. Ses envies ont changé. Elle consacre une partie de son temps à soutenir des associations. En novembre 2006, elle accepte d’être la marraine de l’opération Cœur d’or, dont l’action est de lutter contre l’exclusion, notamment de jeunes femmes en détresse. Au Sénégal, où elle possède une maison, elle soutient le Samu social qui recueille les enfants de la rue.

France aura 60 ans en octobre. Elle a vendu près de 20 millions de disques et fait le tour du monde dans tous les sens. Elle a été, tour à tour, fêtée, adulée, oubliée et portée aux nues. En s’éloignant volontairement du show-business, elle a trouvé la sérénité.

Heureuse ?

« Être heureux, c’est se lever le matin et être content. Dans ce cas, oui, je suis heureuse. Je sais où je dois aller. »

Magazine : Questions de femmes
Par Geneviève Rembaux
Date : octobre 2007
Numéro : 129
*Éditions Flammarion, 2007.