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Spécial Michel Berger et France Gall

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Numéro spécial de 40 pages du magazine Nos tendres et douces Années dédié aux artistes Michel Berger et France Gall en septembre 2011
Numéro spécial de 40 pages du magazine Nos tendres et douces Années dédié aux artistes Michel Berger et France Gall en septembre 2011

Ce numéro hors-série spécial de Nos Tendres et Douces Années comporte 40 pages dédiées à France Gall et à Michel Berger. Ce magazine est paru en septembre 2011.

Nos tendres et douces années était un magazine indépendant sur les artistes édité en support papier et sur Internet. J’ai eu le grand plaisir de travailler avec Liliane Boyer et son équipe de journalistes / photographes pour Nos tendres et douces années sur la version web du magazine en 2010.

La musique dans la peau / par Christophe Daniel

Spécial Michel Berger et France Gall

La jolie Isabelle connait le succès grâce à un nom de match de rugby, choisi par son père : France Gall. Appelée affectueusement Babou par sa famille, sa carrière démarre le jour de ses 16 ans, le 9 octobre 1963.

Ce jour-là, elle entend sa voix pour la première fois à la radio, avec une chanson américaine adaptée par Pierre Delanoë, intitulée en français Ne sois pas si bête.

Les yéyés viennent de débarquer, quand France devient la première lolita du mouvement ! C’est son père, Robert Gall, qui l’incite à chanter. Il est artiste dans l’âme, et a écrit plusieurs titres pour Charles Aznavour, dont La Mamma. Il fait signer à sa fille, son premier contrat chez Philips. Au même moment, Denis Bourgeois, son premier éditeur musical qui est aussi le directeur artistique de Serge Gainsbourg, décide de réunir Serge et France. Début 64, l’homme à la tête de chou est en perte de vitesse, il a écrit quelques titres pointus pour des chanteurs rive-gauche, comme Juliette Gréco, et offre quelques petites pépites à la douce France, dont N’écoute pas les idoles qui semble résonner comme un conseil du maître.

France se souvient de Serge : – « C’est quelqu’un que j’avais du plaisir à voir parce que je l’admirais et j’aimais ce qu’il écrivait. Et j’aimais bien sa timidité, son élégance et son éducation. J’étais très impressionnée que cet homme travaille pour moi et s’intéresse à moi. »

Gainsbourg n’est pas fan de l’ère yéyé, c’est un fait. Il s’amuse pourtant énormément en écrivant Laisse tomber les filles, que France chante pour son premier grand amour, Claude François. Celui-ci est très amoureux mais il voudrait qu’elle arrête de chanter pour ne se consacrer qu’à lui. Même si elle est aussi très amoureuse de lui, elle ne cède pas.

Son père lui écrit un titre qu’elle déteste d’emblée, mais qui la consacre dans tous les pays francophones. Le fils de Pépin le Bref, ce Sacré Charlemagne, lui fait faire le tour du monde !

L’année d’après, en 65, elle s’envole pour Naples en Italie, pour défendre les couleurs du Luxembourg au grand concours de !’Eurovision, avec un titre hué pendant les répétitions. Cloclo voit d’un très mauvais œil cette participation. Il lui dit qu’elle court à sa perte, mais contre toute attente Poupée de cire, poupée de son emporte le morceau, et entraîne la lolita en haut des hits parades. La période est faste et les tubes s’alignent : L’Amérique, Baby Pop et surtout Les Sucettes, dont le texte rend France amère. Elle n’a rien compris du double sens, et ne voit désormais que des êtres lubriques à travers les garçons qu’elle croise par la suite.

Sa collaboration avec le grand Serge s’arrête en 67, car le dernier titre qu’il lui écrit, Teenie Weenie Boppie reste sur la touche. Légèrement vexé, il quitte France sur la pointe des pieds. Sur le même 45 tours se trouve Bébé requin, un titre composé par Joe Dassin, qui lui se fraye un chemin dans les eaux chaudes de Salut les Copains. En même temps, France quitte l’idole des minettes, et le chanteur malheureux lui dédit Comme d’habitude.

« Je ne me suis jamais reconnue dans cette chanson, je ne suis pas le monstre qu’il décrit. »

France Gall

Après cette aventure malheureuse, elle est la compagne d’un autre chanteur : Julien Clerc. Le jeune hippie connait le succès avec la comédie musicale « Hair ». Il est très amoureux et pourtant il la cache pour que l’on ne sache rien de leur histoire. Excédée par tant de secrets, elle le quitte à son tour. Traumatisé, le jeune Julien lui dédit son magnifique Souffrir par toi n’est pas souffrir.

A partir de 68, France traverse un désert très aride. Pourtant loin d’être complètement mauvais, les titres Les gens bien élevés ou encore Plus haut que moi, ne rencontrent aucun succès.

Elle se réfugie en Allemagne, où elle chante dans la langue de Goethe des morceaux qui marchent bien dans les fêtes de la bière à Munich.

En France, il faut attendre sa rencontre avec Michel Berger en 1973, pour que la jeune lolita des sixties devienne la star de la modern jazz – pop music.

Après avoir écrit Message personnel pour Françoise Hardy, Michel propose à France de faire une voix sur un titre de son prochain album, « Mon fils rira du rock’n’roll ». Lorsqu’elle chante ces vers, France est loin d’imaginer qu’ils auront un fils ensemble qui rit aujourd’hui du rock’n’roll.

  • – Je saurai lui dire des mots qu’il faudra pour le convaincre et il m’aimera.
  • Là-dessus Michel reprend : – Je sais bien, je sais bien.
  • Et France ajoute :
  • – Je saurai dire ce qu’il faut, pour qu’il redevienne un enfant dans le creux de ma main.

Tout est dit dans ces quelques mots. Michel tombe amoureux et lui offre deux enfants ainsi que des dizaine de tubes.

En 1974, il lui fait sa Déclaration qui la réconcilie avec le succès. Il lui écrit une mini-comédie musicale : « Émilie ou la petite sirène », que les Carpentier produisent pour la télévision en

1976. De ce show, ils sortent leur premier duo, Ça balance pas mal à Paris.

En 1978, elle remonte sur scène. Après sept ans d’absence, au théâtre des Champs Élysées, c’est un triomphe. Son ventre tout rond annonce l’arrivée de leur premier enfant, Pauline.

  • « Comme comme bébé comme la vie
  • Passe vite avant qu’on ait compris
  • C’est l’heure de dire où suis-je
  • Quel est ce monde-là
  • Et adieu déjà ! »

(Texte de Michel Berger pour la naissance de Pauline.)

En 1979, elle participe à la première mouture de « Starmania ». Elle est la seule star confirmée avec Diane Dufresne, à défendre ce nouveau concept d’opéra-rock sur la scène du Palais des Congrès. Le pays découvre alors de nouveaux grands talents dont Le Chanteur, Daniel Balavoine.

« Daniel, c’est la personne qui me fait le plus rire au monde. »

France Gall

Il devient un ami intime du couple. Ils partent en vacances ensemble, et prennent position contre la famine en Afrique avec l’aide de Richard Berry et de Bob Geldof, chanteur anglais et créateur du fameux Band Aid, association créée en aide à la famine en Éthiopie.

Le début des années 1980 voit naître un magnifique duo avec Elton John, Donner pour donner qui deviendra le passeport d’Elton pour notre pays, où personne ne le connaît encore. Ce titre devait être le premier extrait d’un album entier, mais France est enceinte. Son fils Raphaël va naître, le projet est abandonné.

En 1981, elle cartonne au Palais des Sports avec un show très avant-gardiste, où elle dit adieu aux paillettes. Le show de France Gall est très new wave – modern jazz. Les danseurs ne dansent pas vraiment. Ils créent plutôt des formes avec leurs corps, et France invente sa gestuelle …

« Mon corps réagit à chaque instrument de musique que j’entends, donc je fais un mouvement avec la tête, un autre avec les pieds … »

France Gall

En 1984 et en 1987, elle enflamme la scène du Zénith. En 1988, elle entame un break de quatre ans. France ne revient à la musique qu’avec le cultissime album « Double jeu » qu’elle chante en duo avec son mari. Le premier single Laissez passer les rêves est une révolution musicale, le reste de l’album est dans la même veine, avec Superficiel et léger, La petite de Calmette, La chanson de la négresse blonde ou encore avec Les élans du cœur.

Le 2 août 1992, tout bascule avec la mort de Michel.

France défend alors l’album à la télé et sur la scène de Bercy, toute seule. Entre 1993 et 1997, elle fait pas moins de 4 concerts différents, et un nouvel album de reprises de chansons de Michel, réorchestrées par des Américains et réenregistrées par France. L’album « Plus haut » lui permet de faire une nouvelle scène à L’Olympia en 96.

« Celui que j’aime vit dans un monde plus haut ».

Lors de son dernier concert, diffusé sur la chaîne M6, France nous fait cadeau d’un Attends ou va-t’en inespéré, signé Gainsbourg bien sûr … Depuis 1974, elle n’avait jamais rechanté un titre de lui !

L’année d’après, la disparition de sa fille lui fait quitter définitivement la scène.

  • « J’ai voulu être une étoile
  • Briller sur tout l’univers …
  • On n’a pas notion des choses
  • Quand on est enfant »

(Paroles de Michel Berger)

Le professeur tournesol et FrancHe Gall ! / par Christophe Daniel

Spécial Michel Berger et France Gall

Alain Morel : D’abord journaliste au Parisien et animateur de radio, il devient au début des années 70, le journaliste attitré du couple Gall/Berger. Toutes leurs communications officielles passent par lui. Une amitié s’installe entre lui et leur attaché de presse, Grégoire Colard.

Ils ont écrit à deux mains les biographies sur France Gall et Michel Berger éditées chez Flammarion. « Nos Tendres et Douces Années » a voulu rencontrer Alain Morel, qui est aussi le témoin des derniers instants.

CHRISTOPHE DANIEL : Après la bio sur France Gall, vous récidivez pour nous parler de son mari, l’auteur-compositeur-interprète Michel Berger. Quand on relate l’histoire d’un artiste très pudique sur sa vie privée, n’y a-t-il pas l’angoisse de dévoiler des choses que Michel aurait voulu garder secrètes ?

ALAIN MOREL : C’est difficile à réaliser et à éviter dans le cadre de gens comme France Gall et surtout comme Michel Berger qui ont consacré leurs vies et qui ont pratiquement déterminé leurs destins en fonction de cette passion. C’est à dire que même dans son histoire d’amour avec France Gall, comme dans les histoires précédentes, l’amour étant une chose dont on peut éviter de parler mais qui est incontournable dans la création et la production artistique de Michel. Il n’y a pas un moment de sa vie qu’il n’a pas racontée dans ses chansons, même si c’était fait avec beaucoup de pudeur et de réserve. Et c’est ce qu’essaie de montrer le livre, une interférence immédiate entre sa vie privée et son œuvre.

En même temps, on ne révèle pas grand-chose, si ce n’est l’existence de cette jeune fille européenne, qui reste tout de même très ambigüe. Cette histoire était liée à un projet d’album, qui aurait dû sortir. On explique qu’il est allé plusieurs fois à Los Angeles pour ce projet, mais uniquement dans un but professionnel.

Il faut savoir que Michel avait besoin de vivre un coup de foudre sentimental et ensuite artistique, avec chacune des artistes pour qui il travaillait, même si cela pouvait rester platonique. On évoque sa relation avec Patricia, et de celle qui fût un poil passionnel avec Françoise Hardy, il ne pouvait vraiment pas s’investir autrement. Ces petites révélations nous aident à comprendre le personnage et son histoire. On comprend mieux pourquoi il a fait cet album « Double jeu » avec France, comme une sorte de réconciliation. Un peu comme un couple qui se dit : « On se sépare, mais on fait encore un enfant ».

CHRISTOPHE DANIEL : Vous êtes avec eux le 2 août 1992, sa dernière interview c’est à vous qu’il l’a donné, comment se comportait-il quelques heures avant, et puisque France était là, comment se comportaient-ils ensemble ?

ALAIN MOREL : Ce jour-là, on est à quelques semaines de leur départ en tournée ensemble, et leur état d’esprit c’est : « On a fait un enfant, on va s’en occuper à deux en l’emmenant partout à travers la France ». C’est vraiment le même schéma qu’un couple qui essaie une dernière tentative de réconciliation, ils se donnent une dernière chance pour refaire quelque chose ensemble. En même temps, c’est un couple qui a ses habitudes, ses blessures, donc ils s’envoient des petites piques.

Ils ont écarté les enfants, partis en vacances de leurs côtés, mais ils sont contents d’être dans une nouvelle aventure ensemble, pour se rapprocher, quelque part. Pendant un an, ils vont être sur les routes et dans différents pays, s’ils avaient été au seuil de ne plus se supporter, ils ne l’auraient pas fait. Au fond leur véritable histoire d’amour, c’est l’autre !

CHRISTOPHE DANIEL : Sur quels sujets s’envoient-ils des piques ?

ALAIN MOREL : Sur des broutilles : elle est en train d’installer la table sur la terrasse et il lui dit : « Mais pourquoi t’installes la table ici ? » et elle lui répond : « Oh arrête, on y a déjà reçu plein de monde », mais en même temps ce n’est pas méchant, on sent bien qu’ils ont hâte de partir en tournée. Tout se passe dans une bonne ambiance.

CHRISTOPHE DANIEL : Maintenant quand cet album sort dans les bacs, cela fait 4 ans que France est absente des hits parades, ne pensez-vous pas qu’elle a préféré jouer la prudence, en revenant en duo sur un album avec Michel, plutôt que d’affronter les médias en solo ?

ALAIN MOREL : La réponse n’est pas loin de cela mais pas tout à fait. Ce n’était pas tant le problème de refaire quelque chose toute seule en tant qu’interprète, mais plutôt en tant que créatrice. Et c’est vrai que pour la première fois avec cet album, elle tire définitivement un trait sur son seul rôle d’interprète. À ce moment-là, elle sait qu’elle a tout fait dans la variété, et elle n’a jamais eu le sentiment d’avoir créé son propre produit.

Pour « Double Jeu », elle se sert de Michel, non pas comme simple auteur-compositeur, mais aussi comme exécutant pour qu’il fasse ce qu’elle a en tête. Lui n’est pas follement satisfait de l’album, il le trouve bien mais ce n’est pas celui qu’il aurait fait tout seul. Il a accepté de retourner au labeur, parce que France le lui a demandé. Il a exécuté ses consignes, ce qui a beaucoup plu à cette dernière, mais il est vrai qu’elle ne l’aurait pas fait sans lui.

Seulement, ce n’est pas tant qu’elle se serve de lui parce qu’elle a peur de se défendre comme interprète solo, c’est plutôt qu’elle se sert de lui pour faire un album à deux, mais qui dans sa tête, est son album à elle.

CHRISTOPHE DANIEL : Comment Michel accepte que sa femme, qui s’est arrêtée de chanter pendant 4 ans, reprenne les commandes du studio autant que de sa cuisine ?

ALAIN MOREL : Pas très bien justement, et elle me le dit, à plusieurs reprises. Alors est-ce que cela ne l’agace pas qu’il soit souvent à Los Angeles, pour les raisons que l’on a évoquées plus haut, ça reste dans le domaine du non-dit.

En tout cas, quand il revient à Paris, au lieu de se pâmer globalement sur ses derniers textes, elle lui dit ouvertement : « Non, je t’ai dit que je ne voulais pas ce genre de textes, et puis refais-moi les arrangements. »

En finalité cet album est très différent du reste de leur œuvre, et ne rencontre pas forcément le même public. Cependant, il prête à penser qu’ils auraient sûrement renforcé leur complicité dans le futur, en partageant la responsabilité, la co-autorité parentale d’un produit. France n’est plus sa muse, elle est devenue la cocréatrice de l’album.

CHRISTOPHE DANIEL : Et elle n’est même plus tout à fait sa femme !

ALAIN MOREL : Tout à fait, et en même temps cela correspond à l’évolution du statut de la femme dans la société, à ce moment-là. Moralement elle se dit : « Si tu veux continuer comme ça, tu prends tes responsabilités, mais maintenant, je décide aussi ! »

Et parallèlement, elle était déjà partie à la reconquête de sa liberté et de son adolescence perdue en ayant une autonomie de vie au Sénégal dont Michel n’était pas exclu mais en tout cas absent.

Ses séjours à Dakar étaient de plus en plus fréquents, c’était sa maison à elle, il n’y allait quasiment pas. Elle y a trouvé son indépendance et c’était sa réponse aux voyages répétés de Michel à Los Angeles.

Même si leur attachement était viscéral, leur amour était fraternel, mais ils n’ont pas échappé à une certaine lassitude et c’est pour cela qu’ils ont eu besoin de se réoxygéner, alors ils sont partis à l’autre bout du monde, pour chercher l’inspiration. Les Freudiens diront que c’est peut-être pour ces raisons-là que son cœur a lâché.

CHRISTOPHE DANIEL : Justement, c’est dans cette ambiance plutôt sympathique et pleine d’espoir en l’avenir, que Michel a une crise cardiaque alors que vous venez de le quitter. Comment avez-vous vécu cet instant que personne n’attendait, et surtout pas vous ?

ALAIN MOREL : Je ne l’ai pas cru, évidemment, et on ne l’analyse pas sur le moment. C’est après coup que l’on se souvient que quelques jours avant, au cours d’un dîner, dans cette même villa de Saint-Tropez, Michel a fait des déclarations un peu bizarres, en disant qu’il se foutait de la postérité, puis il a évoqué la mort.

Après avoir débarrassé le café, on fait un grand tour de jardin, il me montre l’endroit où des sangliers ont détruit une partie de la clôture et des plantations, la veille. Il me parle de la chanson qui pour lui est un art très éphémère et il est très content d’avoir fait les comédies musicales « Starmania » et « La légende de Jimmy », qui resteront après lui.

S’il en a le temps, il aimerait se retourner vers le cinéma, il a d’ailleurs ce fameux projet de film (ndlr « Totem »). Bref, il me raconte tout ça, comme s’il avait un pressentiment qu’il n’avait plus beaucoup de temps devant lui.

CHRISTOPHE DANIEL : À l’époque, la presse a relaté que son cœur avait lâché après avoir disputé une partie de tennis sous un soleil de plomb, cela s’est-il vraiment passé comme ça ?

ALAIN MOREL : Non ce n’est pas vrai du tout, c’était la fin de la journée, le soleil était retombé, et il a voulu un peu frimer en jouant au tennis en simple, avec deux filles plutôt mignonnes. Ce qui est vrai, c’est qu’il avait oublié de prendre ses médicaments contre la douleur depuis quelques jours. Normalement, si tu oublies de prendre ce genre de médicaments, c’est que tu n’as pas de douleurs, c’est donc qu’il ne souffrait pas. Mais son discours était légèrement plus grave, plus profond, qui peut apparaître comme un pressentiment funeste.

CHRISTOPHE DANIEL : Quand vous terminez l’interview, vous rentrez chez vous, à mille lieues d’imaginer ce qui va se passer, comment apprenez-vous la nouvelle ?

ALAIN MOREL : À ce moment-là, je suis grand reporter pour le Parisien, et j’ai une maison à Hyères qui se trouve à quelques kilomètres de Saint-Tropez. L’interview que je viens de faire est destinée au Parisien, mais aussi pour quelques autres magazines avec qui je collaborais également, mais je voulais surtout le destiner à mon émission de radio (qui s’appelait à l’époque « Radio Services », qui depuis a été rachetée par le groupe NRJ). Une fois l’émission terminée, je rentre chez moi vers 2h du matin, après avoir jeté un coup d’œil au festival de Ramatuelle, où d’ailleurs je pensais revoir Michel et France. Au moment où je les quitte, ils sont en train de se chamailler pour savoir, si après la partie de tennis, ils vont assister à un spectacle de leur ami Étienne Chicot, un ex-guitariste de Véronique Sanson.

Je crois me souvenir que France n’avait pas envie d’y aller, et Michel m’avait dit en partant : « On verra bien qui va gagner ! ».

Quelques heures plus tard, je me trouve au festival, et puisque je ne les vois pas, je me dis en souriant : « Tiens, c’est France qui a dû gagner. »

Forcément, je ne peux pas m’imaginer ce qui s’est réellement passé dans la nuit.

Puis vers 9h du matin, mes collègues du Parisien, qui savent que j’ai passé la journée de la veille avec le couple, commencent à m’appeler pour savoir ce que me fait la mort de Michel. Mon premier instinct est de raccrocher, en me disant que ce genre de blague n’est pas vraiment de bon goût. Je suis encore fatigué de ma journée, qui a terminé tard à Ramatuelle, et je n’ai pas envie de plaisanter. Puis ça continue à sonner avec insistance, je laisse sonner, jusqu’à ce que je me décide à répondre mais de manière très agacée, et là on me dit : « Mais Alain, ce n’est pas une blague, c’est très sérieux ! »

Bien évidemment, je continue de penser que ce n’est pas possible, quand enfin je réalise que c’est véridique, je suis sidéré. À l’image de la France entière, qui en cet été 1992, se repose tranquillement, tout le monde est abasourdi par le choc de la nouvelle, et je vais moi-même mettre quelques temps à m’en remettre.

CHRISTOPHE DANIEL : Vous avez partagé avec eux une grande complicité, comment les avez-vous rencontrés ?

ALAIN MOREL : Par Grégoire Colard, puisque j’étais responsable de la page Variétés du Parisien, pour obtenir une interview du couple, je devais contacter leur attaché de presse officiel, qui est Grégoire. Une amitié s’est créée très rapidement entre nous, et j’ai eu la chance que ça se passe aussi très bien avec le couple. On sait qu’ils ne sont, ni l’un ni l’autre, très amateurs des relations avec la presse, faire des photos pour une promo ça les ennuie fortement. Comme je travaille déjà pour quelques autres magazines, je deviens leur ami journaliste, qui leur permettait de faire une interview pour 10 supports en même temps, ça leur faisait gagner beaucoup de temps, et ils évitaient beaucoup d’ennuis. Il faut dire que je m’entends vraiment très bien avec France en particulier, on rigole beaucoup ensemble. Michel était quelqu’un de très secret, il dissimulait plus facilement ses sentiments. Vous voyez quand dans le livre Grégoire Michel Berger raconte que Michel l’a emmené un jour assister à un concert de Véronique Sanson, dans le dos de France, je trouve que sur ce coup-là, il est plutôt indélicat. France était plus franche. Si vous voulez, pour faire un mauvais jeu de mots, je pourrais la surnommer Franche Gall (rires). C’est vrai qu’elle disait plus facilement ce qu’elle avait envie de dire, si elle n’était pas contente, elle le faisait savoir. Malgré tout, même si je fais bien mon métier, je ne les ai pas épargnés avec mes questions, et pourtant ils se sont rendus très vite compte que j’étais plutôt avenant à leur musique. Quand ils sont contactés par un nouveau journal, ils répondent tous deux systématiquement : « On veut bien, mais c’est Alain Morel qui fait le papier ».

CHRISTOPHE DANIEL : C’est une superbe opportunité pour vous car à l’époque, France et Michel sont très discrets quant à leurs vies privées, on ne parle pas d’eux dans les journaux comme on parle de Sheila et Ringo, c’est une énorme confiance qu’ils ont mise entre vos mains. Quand je pense, par exemple, à la maladie de leur fille ainée, Pauline, qui était atteinte de mucoviscidose, l’info n’a pas été connue du grand public …

ALAIN MOREL : Oui c’est vrai, ils géraient très bien leurs com’, mais pour le cas de Pauline, cela a été une sorte de consensus moral et solidaire de la part de la presse française. On savait, mais on n’en parlait pas, par déontologie et par amitié envers le couple que tout le monde respectait dans le métier. C’est peut-être discriminatoire envers les autres artistes, mais je peux vous dire que la qualité du travail de Michel étant tout de même plus créative et sûrement plus dense que cette variété dont vous me parlez, cela amenait une autre forme de respect chez les journalistes envers Michel et France, que Sheila et Ringo n’avaient pas.

C’est triste à dire, mais c’est la pure vérité, et sûrement au détriment d’un personnage tout à fait intéressant en ce qui concerne Sheila. Seulement à l’époque, les journalistes n’avaient pas trop de respect pour son travail, mais ils en avaient pour France Gall, ce qui donnait des interviews plus étoffées de par les thèmes que Michel lui faisait chanter. Pour faire une comparaison avec aujourd’hui, les p’tits nouveaux qui sortent de « La nouvelle star », ne sont pas traités de la même manière, selon la qualité du produit qu’ils nous offrent quand ils sortent de l’émission, ainsi que sur l’originalité du personnage. On ne parle pas à Julien Doré et à Christophe Willem comme on parle à Jonathan Cerrada par exemple.

CHRISTOPHE DANIEL : D’être aussi perfectionniste ne l’a pas empêché d’être boudé par l’intelligentsia parisienne. De par son éducation plutôt bourgeoise, Michel a été longtemps attristé de ne pas être reconnu par ses pairs en quelque sorte ; puis Françoise Giroud a changé la donne en écrivant dans Le Monde qu’elle adorait Cézanne peint, comment décrivez-vous ce moment de grâce pour lui ?

ALAIN MOREL : C’est vrai que jusque-là, il avait le sentiment qu’une partie de sa classe ne le reconnaissait pas. Cela étant, il ne se prenait pas non plus pour le Victor Hugo de la chanson, et objectivement il ne l’était pas. On n’a pas la même richesse d’écriture chez Michel que chez Léo Ferré par exemple, ou qu’un Alain Souchon qui a vraiment une plume hallucinante parce qu’avec des mots modernes il exprime des sensations. Michel était conscient qu’il était d’une qualité au-dessus de ce que faisait Sheila, qui faisait rimer amour avec toujours, mais ce n’était pas un auteur à tomber par terre, non plus. Il avait le sens de faire rimer des mots simples sur de très belles mélodies.

CHRISTOPHE DANIEL : Quand on lit les principaux témoignages des gens qui ont connu Michel, on a l’impression à travers leurs dires qu’il ne se mettait jamais en colère ; d’après Grégoire Colard, il ne faisait que susurrer des mots d’agacements quand quelque chose n’allait pas. L’avez-vous déjà vu énervé ?

ALAIN MOREL : Oui, je l’ai vu à trois ou quatre reprises s’énerver dans l’exercice de son métier, en studio principalement quand il n’arrivait pas à obtenir le son qu’il espérait. Je l’ai vu aussi chez lui, s’agacer quand France en faisait trop, parce qu’elle faisait trop de bruit, ou qu’elle rigolait trop fort. Il faut dire qu’elle était assez maniaque, et lui était plutôt lunaire, elle l’appelait Le Professeur Tournesol, ce n’était pas pour rien. Autant dans les dernières années, je l’ai vu et entendu se révolter et lui dire calmement « Bon ça va maintenant, tu fais chier ! » (rires), mais ça c’était Michel.

CHRISTOPHE DANIEL : Une question difficile, toutefois intéressante, quel aurait pu être l’avenir de Michel et de France, s’ils étaient partis ensemble en tournée, durant l’année 93, comme prévu ?

ALAIN MOREL : Je pense que Michel aurait arrêté la chanson, il aurait peut-être encore réalisé un dernier album pour lui, histoire de dire adieu sans avoir l’air de le dire. De toute façon, tout aurait dépendu à la fois du succès de l’album « Double jeu », et de leur entente sur la tournée. Bizarrement, je pense que s’il n’y avait pas eu de succès avec cet album, ils se seraient sûrement séparés, et elle serait partie de son côté faire un autre album avec un Goldman par exemple. Par contre, si l’album avait eu du succès du vivant de Michel, ils auraient continué ensemble, et se seraient replongés dans une véritable vie de couple, puisque tout aurait été mieux entre eux, ils auraient retrouvé l’équilibre et la parité qu’ils recherchaient.

Je pense que France aurait aussi refait un album en solo, sous l’égide de Michel, producteur, mais avec d’autres auteurs-compositeurs, et peut-être même avec des tentatives de sa propre écriture.

Magazine : Nos tendres et douces années
Date : Septembre 2011
Numéro : HS 12

Directrice de la publication : Liliane Boyer
Rédacteur en chef adjoint : Christophe Daniel
Ont collaboré à ce hors-série : Liliane Boyer • Claudine Levanneur • Christophe Daniel • Romain Decosne • Jean Prieur

France Gall : Je ne suis pas nostalgique | VSD | Avril 2009

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France Gall | VSD Week-end avril 2009 | Interview sur les 30 ans de Starmania, la réédition de trois albums et ses souvenirs du Sénégal
Article paru dans VSD Week-end n°1651 | 15 au 21 avril 2009 | Texte Laurence Durieu | Photos Thierry Boccon-Gibod
France Gall | VSD Week-end avril 2009 | Interview sur les 30 ans de Starmania, la réédition de trois albums et ses souvenirs du Sénégal
France Gall | VSD Week-end avril 2009 | Interview sur les 30 ans de Starmania, la réédition de trois albums et ses souvenirs du Sénégal

La chanteuse fait résonner l’opéra rock de Berger et Plamondon avec Les 30 ans de Starmania sur France 2, et la réédition de trois albums. Par devoir et plaisir.

Elle s’est réfugiée dans l’ombre, comme pour s’effacer du monde. De temps à autre, elle réapparaît pour donner des nouvelles, pour nous dire : « Je suis toujours là, je vais bien. » Aujourd’hui, France Gall fête les 30 ans de Starmania, écrit par Luc Plamondon et composé par Michel Berger, à travers la réédition de trois albums et un show télé. Elle a demandé à une pléiade d’interprètes de chanter les compositions de l’homme de sa vie. Le tournage s’est achevé il y a deux jours, à 4 heures du matin. Le lendemain, elle donnait une fête dans son appartement parisien et proposait des mets éthiopiens.

Elle aime changer de décor sans bouger de chez elle. Elle nous y reçoit en boubou prune et amande, et ongles laqués en rose pâle. Entre mamma et petite fille. Son refuge est gai, lumineux, comme elle.

VSD. En 1979, vous avez créé le rôle de Cristal, au Palais des Congrès.

France Gall. Au départ, Michel, qui voulait des artistes inconnus, ne souhaitait pas me confier ce rôle. Mais, à force de chercher sans trouver, il s’est résigné ! On a l’impression que ça vient d’être écrit, pas un mot n’appartient au passé, à part peut-être « Bowie » et « disco ».

VSD. François Mitterrand était un fan !

F.G. C’est vrai, de la version de 1988. Il venait régulièrement, nous déjeunions à l’Élysée avec la troupe, qui s’est même produite devant lady Di et le prince Charles ! Il aimait beaucoup Wenta, qui jouait le rôle de Sadia.

VSD. En 2009, comment avez-vous choisi les interprètes de l’émission ?

F.G. Ça a commencé, pour moi, pendant la remastérisation des trois CD que nous rééditons : j’ai imaginé quelques voix sur certaines chansons. Il y a ceux qui ont créé le rôle, comme Diane Dufresne pour Stella Spotlight, venue pour la dernière fois interpréter Les adieux d’un sex-symbol – c’était tellement émouvant –, ou comme Maurane chantant Les uns contre les autres.

Mais certains sont des jeunes issus de l’histoire de Starmania, des gagnants de Nouvelle Star ou de Star Academy : Christophe Willem, Amel Bent, Jenifer, Julien Doré, Amandine ou Nolwenn Leroy. Il y a aussi Grégoire, Catherine Ringer, le groupe Mozart et d’autres encore. Sur le tournage, j’étais assez mère poule. Ils l’ont tous pris comme un cadeau, et moi, je suis heureuse de ce qu’ils m’ont donné.

VSD. Ces trente années ont-elles passé vite ?

F.G. Pas du tout, ça n’a pas passé vite. J’ai eu mille vies, de bonheurs, de drames, de musique… Et ma vie, aujourd’hui, est tellement différente.

VSD. Le Sénégal compte-t-il toujours autant pour vous ?

F.G. Toujours. J’y vais quelques mois, l’hiver en général.

VSD. Vous y êtes peinarde ?

F.G. Je ne suis jamais peinarde ! Dès que quelqu’un accoste sur l’île de N’Gor, un enfant ou un pêcheur lui propose de lui « montrer la maison de France Gall ». Et deux fois par jour, un guide relate ma vie, enfin plutôt n’importe quoi, comme « c’est ici qu’elle a guéri ses maladies ». Je lui ai conseillé d’aller la raconter devant la maison d’à côté ! Ce que j’y aime, c’est le retour vers le passé. C’est un lieu où l’on prend son temps, où je vis avec les vagues, l’eau, le vent, les oiseaux, l’océan. Cuba est à 5000 kilomètres en face de moi.

VSD. Michel Berger a été emporté par une crise cardiaque en 1992, votre fille Pauline par la mucoviscidose cinq ans plus tard. Comment se reconstruire après de telles épreuves ?

F.G. Je me suis beaucoup reconstruite dans cette maison perdue au milieu de la mer, sans électricité. J’ai découvert cette île en 1968 lors de vacances. Depuis, j’y suis toujours revenue. Il y avait une ferme normande à vendre, ça m’a fait tellement rire d’aller aussi loin pour trouver des colombages ! En général, quand j’arrive, on s’embrasse, on se parle, les femmes m’apportent des fruits, on boit le thé. Après la perte de Michel puis celle de ma fille, j’ai aimé la manière dont elles m’ont accueillie, sans un mot, en se couvrant le visage du pagne de leur boubou. J’ai trouvé magnifique cette façon de montrer leur peine.

VSD. Quelles sont vos clés du bonheur ?

F.G. Le bel âge que je traverse me donne des envies différentes qui passent par la douceur, le silence. Je n’en peux plus des gens qui parlent sans cesse, remplissent les espaces. Aujourd’hui, en choisissant l’ombre, j’écoute ma nature profonde.

Même si j’étais portée par l’amour du public, par mon métier, je me suis fait violence pour être dans la lumière… Je ne sors pas de chez moi, c’est une enveloppe où je me sens protégée du fracas de la vie. J’ai retrouvé une liberté. Je fuis les contraintes. Seules une quinzaine de personnes ont mon numéro de portable !

VSD. Qu’est-ce qui vous redonnerait l’envie de chanter ?

F.G. On ne sait jamais. Peut-être une rencontre musicale… Je ne me suis pas consolée de la même manière du départ de Michel et de celui de Pauline. Chanter m’a aidée, je me suis noyée dans la musique, le public. Pauline… non, ça m’a donné envie de me taire.

VSD. Vous avez l’air assez douée pour le bonheur. C’est peut-être cela qui avait plu à Michel.

F.G. Complètement ! Je lui disais : « Ça va bien se passer, ça va être merveilleux », il trouvait ça formidable.

VSD. Êtes-vous nostalgique de votre vie d’avant ?

F.G. Pas du tout. Cette vie je l’ai eue, je l’ai connue, je l’ai aimée. Et mon rêve absolu était d’avoir des enfants.

VSD. Quelles sont les valeurs que vous transmettez à votre fils Raphaël ?

F.G. Les enfants sont imprégnés de ce qu’ils voient. Il comprend la différence devant ses copains dévastés quand ils sont confrontés à la mort. À la vue d’une photo de son père ou de sa sœur, lui ne l’est pas.

VSD. Le temps qui passe est-il un ami ?

F.G. La jeunesse, c’est la beauté mais l’ignorance. Vieillir, c’est l’expérience. Chaque soir, je remercie pour la journée passée. Je n’ai pas toujours remercié, j’ai dit : « Ce n’est pas possible », on essaie de comprendre… Et j’ai compris qu’il faut accepter ce dont on n’est pas responsable.

Je suis ouverte à la vie. La rencontre avec Michel, c’est une histoire unique. Qu’une personne que l’on aime écrive les mots qui nous correspondent exactement, ça donne une force ! Ce n’était pas le hasard. Le hasard, ce mot que Dieu a inventé pour passer incognito.

France Gall, elle fait renaître la magie de Starmania| Télé Loisirs | Avril 2009

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France Gall | Interview Télé-Loisirs avril 2009 | À l’occasion des 30 ans de Starmania sur France 2 avec Jenifer, Amel Bent et Christophe Willem
Article paru dans Télé-Loisirs n°1207 | 13 avril 2009 | Propos recueillis par Matthias Gurtler et Gaëlle Placek | Photos non créditées
France Gall, elle fait renaître la magie de Starmania| Télé Loisirs | Avril 2009
France Gall, elle fait renaître la magie de Starmania| Télé Loisirs | Avril 2009

Les 30 ans de Starmania, le 24 avril 2009 sur France 2 – Cette émission est le show de variété le plus attendu de l’année. Une véritable comédie musicale filmée comme au cinéma et présentée par la plus secrète des artistes.

Dans sa loge, France Gall jubile. Le tournage de cette émission événement est une cure de jouvence. Dans les couloirs du studio, se croisent la nouvelle génération de la chanson et les glorieux anciens qui ont fait le succès de Starmania.

Télé-Loisirs : Dans l’opéra rock imaginé par Michel Berger et Luc Plamondon, Starmania est le nom d’une émission de télé dans laquelle tous les jeunes veulent passer pour devenir célèbres. Une sorte d’ancêtre de la téléréalité ?

France Gall : Jenifer, Amel Bent, Christophe Willem … Effectivement, tous ces jeunes ont voulu faire leur Starmania. Ils se sont faits connaître grâce à la télé. Tant mieux, on commence tous quelque part. Ce qui compte, c’est ce qu’ils font avec leur chance. Pour cette émission anniversaire, j’ai surtout choisi des gens qui ont de la voix, car pour interpréter Starmania, ce n’est pas possible autrement (rires)

Télé-Loisirs : Comme vous, Jenifer a démarré sa carrière très jeune. Quel regard portez-vous sur son travail ?

France Gall : J’espère que les jeunes d’aujourd’hui ont plus de contrôle sur leur carrière dès le début, et je vois que Jenifer prend des risques pour évoluer.

Télé-Loisirs : Vous avez été à l’origine de Starmania, car c’est grâce à vous que Michel Berger a rencontré la parolier Luc Plamondon.

France Gall : Quand j’ai rencontré Michel, on passait des soirées à écouter les disques que l’on aimait l’un et l’autre. Lui me passait les Beatles ou Ray Charles et moi je lui ai fait écouter la Québécoise Diane Dufresne. C’était à l’époque où il se cherchait un auteur. Il a alors retourné le disque de Diane pour voir qui lui avait écrit les textes, et il a découvert le nom de Luc Plamondon.

Télé-Loisirs : Il écrivait les paroles de ses chansons, pourquoi n’a-t-il pas écrit celles de Starmania ?

France Gall : Avant Starmania, il avait écrit une première comédie musicale, qu’il avait baptisée Angelina Dumas. Elle était inspirée des mêmes thèmes. Mais quand il a réécouté tout son travail, il a dit : « Ce n’est pas assez violent. » Il lui fallait trouver un auteur nord-américain parlant français, ce fut Luc Plamondon.

Télé-Loisirs : Et Michel Berger était-il fier de son opéra rock ?

France Gall : Michel voulait créer quelque chose qui resterait. Il était persuadé que des chansons de trois minutes ne survivraient pas. Composer un spectacle musical, c’était pour lui comme réaliser une sorte de chef-d’œuvre, quelque chose qui compterait dans sa carrière. Et on peut dire qu’il a réussi.

Télé-Loisirs : Dans le spectacle, vous incarniez Cristal, la présentatrice du show télé, qui se faisait enlever par des terroristes. Participer à cette aventure était une évidence ?

France Gall : Absolument pas. Je me suis retrouvée sur scène car ils n’avaient trouvé personne pour ce rôle. C’est seulement trois mois avant le spectacle que j’ai compris que l’aventure démarrait aussi pour moi …

Télé-Loisirs : À cette occasion, vous rencontrez Daniel Balavoine, qui deviendra un vrai ami pour vous et Michel Berger.

France Gall : Ils se sont tout de suite entendus, ils étaient pourtant très différents. Daniel était plus jeune, plus grand, il protégeait Michel, tout en l’idolâtrant. Daniel pouvait tout chanter, Michel lui a donc écrit le sublime SOS d’un Terrien en détresse.

Télé-Loisirs : Maurane s’est aussi révélée grâce à cette comédie musicale. Pourtant, cela restera un mauvais souvenir pour elle.

France Gall : Elle est restée presque sept mois sur scène dans le rôle de la serveuse automate. Un rôle minant, qu’elle n’arrivait pas à surmonter quand elle rentrait chez elle. Un soir, elle n’est pas venue. Il a fallu annuler la représentation alors que la salle était pleine. Cette histoire la bouleverse encore.

Télé-Loisirs : Pourquoi ne chantez-vous pas avec les artistes lors de cette émission ?

France Gall : Je n’ai pas fait ce show pour me mettre en avant comme chanteuse, mais pour célébrer l’anniversaire de la création de Starmania.

Télé-Loisirs : À l’occasion de ce trentième anniversaire, pourquoi ne verra-t-on pas Starmania sur scène ?

France Gall : La version de 1993 de Starmania a été jouée pendant presque dix ans. De temps en temps, il faut laisser reposer une œuvre. C’était déjà le cas entre la création en 1979 et la reprise en 1988.


France Gall, elle fait renaître la magie de Starmania| Télé Loisirs | Avril 2009

Jenifer « très impressionnée »

Moulée dans un costume noir ultra sexy, Jen chante Travesti. “Sur ce titre, je me suis vraiment éclatée. France Gall a tapé dans le mille en me le proposant”.

Télé-Loisirs : Pourquoi était-ce si important de chanter Travesti ?

Jenifer : Les gens qui me connaissent savent que c’est sur ce type de chanson que je vais m’éclater. Le personnage de Sadia est complexe, ambigu, et le texte reste très provocateur. Je fais partie de la génération suivante, mais je crois que nous sommes toujours très en phase avec les rêves, les envies de l’époque.

Télé-Loisirs : Est-ce que vous étiez impressionnée de chanter devant France Gall ?

Jenifer : Starmania fait partie de ces albums qui m’ont donné envie de me produire sur scène et de chanter. France Gall a non seulement créé le personnage central de la comédie musicale, mais elle a vu naître ce projet sous ses yeux, chez elle. Et je doute qu’elle soit restée passive dans cette aventure. Alors, oui, c’est toujours impressionnant de chanter face à elle. On parle tout de même d’une interprète qui a été parmi les premières à chanter des titres de Gainsbourg et qui a porté les plus beaux titres de son défunt époux. Ça force le respect.

Télé-Loisirs : On vous a vue beaucoup discuter avec France Gall tout au long de l’enregistrement de l’émission. Vous êtes-vous découvert des points communs ?

Jenifer : Je ne la connais pas assez pour répondre, mais son naturel et sa spontanéité m’ont beaucoup touchée. Et puis j’ai vraiment apprécié qu’elle me choisisse pour interpréter Travesti : cela me fait dire qu’elle a su lire entre les lignes …


Amel Bent

Starmania ne fait pas partie de ma génération, mais je cornais tous les grands standards de l’opéra rock. Quand j’ai chanté mon titre face à France Gall, je me pinçais pour y croire. Pourtant je l’avais déjà rencontrée sur une émission l’an dernier. Le trac, c’est comme ça !

Christophe Willem

France Gall me touche beaucoup car elle a à cœur de préserver ce répertoire si riche. C’est avec joie que j’ai chanté Monopolis. Un titre à mi-chemin entre la tristesse et l’espoir d’un monde meilleur. Juste sublime.

Grégoire

C’est la référence en matière de spectacle musical. Quand j’ai chanté Banlieue nord, France Gall m’a félicité. Cette reconnaissance est très importante à mes yeux. Et puis, reprendre un titre de Daniel Balavoine, c’est super.

Magazine : Télé-Loisirs
Propos recueillis par Matthias Gurtler et Gaëlle Placek
Par Matthias Gurtler et Gaëlle Placek
Date : 13 avril 2009
Numéro : 1207

L’histoire de France | Paris Match | Mars 2009

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France Gall | Interview Paris Match mars 2009 | Confidences sur sa carrière, son enfance, Michel Berger, Pauline et l’après-scène
Article paru dans Paris Match n°3123 | 26 mars 2009 | Propos recueillis par Benjamin Locoge | Photos de Thierry Boccon-Gibod
L'histoire de France | Paris Match | Mars 2009
L'histoire de France | Paris Match | Mars 2009

Ces dernières années, elle s’est peu exprimée. La faute à la vie, qui lui a joué des mauvais tours, la disparition de Michel Berger, puis de Pauline, leur fille. De temps à autre, la chanteuse est revenue à l’occasion d’émissions de télévision, de ressorties de disques. Mais l’envie de chanter n’est plus là.

Pourtant, dès 1965, France Gall fut une immense vedette. A 18 ans, lorsqu’elle remporte le Grand Prix de l’Eurovision pour “Poupée de cire, poupée de son”, elle n’est absolument pas prête à affronter le succès et la déferlante médiatique qui suit. Naïve, elle obéit à son père, à son producteur et à Serge Gainsbourg qui lui écrit des chansons pop acidulées. Dix ans plus tard, la femme-enfant est devenue femme tout court, amoureuse, qui interprète avec fougue les chansons de son mari. Paris Match a toujours accompagné France Gall, dans les moments de joie comme dans les moments de peine. Alors qu’elle travaille à la réédition de l’opéra rock “Starmania”, elle a accepté de sortir de son silence pour évoquer une soixantaine d’années. Les siennes. Les nôtres. Concentrée, précise dans ses réponses, France nous a reçus dans son élégant appartement parisien pour un entretien sincère, spontané et émouvant. Histoire de refaire le monde, encore une fois …

Paris-Match. Vous n’êtes pas montée sur scène depuis 1997. Cela vous manque-t-il ?

France Gall. Ce n’est pas mon retour ! Si je défends Starmania, c’est parce que cela me tient à cœur mais simplement en tant qu’animatrice de ce show télé. Il y a trente ans, au Palais des Congrès, j’entrais en scène pour créer le rôle de Cristal…

Paris-Match. Remontons le temps alors. Quels sont vos souvenirs des années 50 ?

France Gall. C’était la merveilleuse période de mon enfance. J’ai tout de suite aimé l’école, les autres, les copines. Je n’ai que des bons souvenirs. L’enfance est associée aux vacances. Donc à deux endroits : Vallauris, où je voyais Picasso peindre tous les jours, et la grande maison de famille que nous possédions à la campagne, où tout le monde se retrouvait. Des étés merveilleux…

Paris-Match. En 1963, vous passez une audition au théâtre des Champs-Elysées.

France Gall. En totale inconscience ! Comme tout ce que j’ai fait pendant des années. Je me suis laissé porter en faisant ce que l’on me demandait. On m’a demandé de chanter, donc j’ai chanté. J’aurais très bien pu être comédienne…

Paris-Match. Très vite, vous êtes confrontée à un immense succès populaire. Etiez-vous prête ?

France Gall. J’ai très mal vécu ces premières années. J’ai été à la fois applaudie et attaquée. Quand on est une enfant, on ne retient que les coups de griffe. J’étais traumatisée par les filles qui m’insultaient dans la rue. Monter sur scène la première fois fut un tel choc que j’ai chanté faux.

Paris-Match. Pouviez-vous dire non ?

France Gall. On ne m’écoutait pas. Je ne voulais pas que Sacré Charlemagne sorte. J’en avais honte. Evidemment, personne ne m’a suivie.

Paris-Match. Où êtes-vous en Mai 68 ?

France Gall. Je n’ai pas vécu une vie d’adolescente mais d’adulte. Je n’étais pas consciente des problèmes des étudiants. J’avais déjà suffisamment à faire avec ma vie. En mai, je suis donc partie quinze jours à Malte avec mon petit ami. Nous n’avions pas de télé, nous ne savions pas trop ce qui se passait. Alors qu’à Paris c’était la révolution. Je n’étais absolument pas concernée. Je voyais ce mouvement avec frayeur et excitation.

Paris-Match. Vous sentiez-vous forte pour affronter la vie ?

France Gall. Je me sentais légère mais pas de manière agréable. De 16 à 21 ans, j’ai tourné sur scène neuf mois par an, fait le tour du monde, chanté en six langues. Sortie de tout cela, je ne savais plus où j’en étais. Je voulais juste partir en vacances, avoir une vie normale avec mes copains !

Paris-Match. Au début des années 70, le succès est moins présent. Vous travaillez avec de nombreux compositeurs différents…

France Gall. Je cherchais ! Je rencontrais des gens formidables, mais ça ne marchait pas. J’ai même essayé d’arrêter pour trouver une autre occupation. Mais quoi ? J’aurais tellement aimé ouvrir une épicerie !

Paris-Match. Quelle vision avez-vous de cette décennie ?

France Gall. Elle fut extraordinaire. Une période d’ouverture, de légèreté, tout était possible. Plein de choses montraient le monde de demain : la poignée de main d’Anouar el-Sadate et Menahem Begin, la performance parfaite de Nadia Comaneci, l’enlèvement de Patti Hearst… Et dans les années 70, je vis mon rêve absolu : je deviens maman.

Paris-Match. Être mère était plus important que votre carrière ?

France Gall. Bien sûr ! Ma vie s’est mise en place. Du coup, je ne ressentais plus cette légèreté désagréable. Là, j’étais un être humain qui se réalise.

Paris-Match. Michel écrit vos chansons. Avez-vous le sentiment que plus rien ne vous arrêtera ?

France Gall. Pas du tout ! Je vis au jour le jour. Quand Michel se lance dans l’écriture de mon premier album, je ne savais pas ce qu’il allait faire. Il m’a répondu : “Ne t’inquiète pas, moi je sais ce que je vais écrire pour toi.” Il m’a rassurée pour toujours.

Paris-Match. Il existe peu d’images de Michel et vous à cette période.

France Gall. Nous avions décidé de ne pas nous montrer ensemble pour ne pas devenir “le petit couple de la chanson”. Il y avait déjà Stone et Charden, nous avions peur de devenir France et Michel. Nous souhaitions mener des carrières séparées, mais derrière les caméras nous étions inséparables.

Paris-Match. Que ressentez-vous le 10 mai 1981 quand François Mitterrand est élu ?

France Gall. Une énorme joie : j’avais voté pour lui ! Nous vivions dans le XVIe arrondissement. Ce jour-là, il faisait chaud. Nos fenêtres étaient grandes ouvertes. Raphaël était né peu de temps avant. Nous regardions la télé. Quand le visage du nouveau président est apparu, nous étions les seuls du quartier à hurler de bonheur ! Tout autour de nous régnait le silence.

Paris-Match. Dans les années 80, vous remportez de nouveau un grand succès.

France Gall. C’est la décennie de la fête ! Nous rencontrons plein de gens, nous invitons plein de monde. Nous vivons dix vies en dix ans. Un incroyable tourbillon. Les disques et les spectacles se succèdent… C’est aussi la décennie des premiers deuils : le frère de Michel, Daniel Balavoine, Coluche…

Paris-Match. Vous disiez privilégier vos enfants à votre carrière. Les emmeniez-vous en tournée ?

France Gall. Ils ne sont jamais venus, car c’était très difficile de les mêler à la vie artistique. Je les ai emmenés avec moi après la mort de Michel, pour être le plus possible avec eux.

Paris-Match. En 1988, vous annoncez avoir envie de tout arrêter. Pourquoi ?

France Gall. Je trouvais que ça suffisait. J’étais fatiguée. Et j’avais de gros soucis liés à la santé de ma fille. Je ne voulais pas m’éloigner d’elle. Je voulais être disponible.

Paris-Match. Après la mort de Michel, vous montez sur scène. Pour vous consoler ?

France Gall. Le public m’accompagne, mais la musique me console. Je ne l’ai jamais autant aimée qu’à ce moment-là.

Paris-Match. Après la disparition de Pauline, continuez-vous à vous intéresser à ce qui se passe dans le monde ?

France Gall. Je ne me suis jamais coupée du monde. Je me suis coupée de la rue, de la ville, des connaissances. Depuis, je suis spectatrice et observatrice. Je me suis créé un monde dans lequel je me sens bien. Je ne me considère pas comme un membre de la vie active, même si je travaille à ma manière, sans rentrer dans le système du stress, de la vie où il faut courir.

Paris-Match. Comment définissez-vous votre monde ?

France Gall. Comme celui de la douceur et du silence. Le téléphone ne sonne plus pour rien. Pour me joindre, il faut passer par mon entourage. Je suis protégée.

Paris-Match. Que pensez-vous du mot “demain” ?

France Gall. Ma prochaine vie ! Je ne pense pas en être à ma dernière vie. Tout ce que j’ai souhaité, je l’ai réalisé sur tous les plans. Maintenant, je vis chaque journée, chaque heure, je regarde la lumière, je profite de la vie. Je suis retirée de la vie publique.

Paris-Match. Vous sentez-vous seule ?

France Gall. Je ne le suis pas. Je ne suis pas inaccessible, je crois que lorsque les rencontres doivent se faire, elles se font. Je suis heureuse, j’aime ma vie actuelle. Je suis très privilégiée. Aujourd’hui, je pense différemment, je vis différemment. N’oubliez pas que je traverse le bel âge…

Paris-Match. Souffrez-vous encore ?

France Gall. La souffrance n’existe plus. La vie m’a joué des tours, mais je ne suis pas passée à côté d’elle. J’ai eu de grands moments de joie et de bonheur.

Paris-Match. Est-ce que votre carrière de chanteuse est terminée ?

France Gall. Je ne peux pas le dire, parce que c’est facile de chanter à nouveau. Cela ne dépend que de moi. If you want to make God laugh, then tell him the plan for your life…


Magazine : Paris Match
Propos recueillis par Benjamin Locoge
Photos de Thierry Boccon-Gibod
Date : 26 mars 2009
Numéro : 3123

France Gall en 2009

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Les 30 ans de Starmania de France Gall, c'est le 24 avril 2009 sur France 2. Cette émission est le show de variété le plus attendu de l’année.
Les 30 ans de Starmania de France Gall, c'est le 24 avril 2009 sur France 2. Cette émission est le show de variété le plus attendu de l’année.

Les 30 ans de Starmania, avec France Gall, c’est le 24 avril 2009 sur France 2. Cette émission est le show de variété le plus attendu de l’année.

Une véritable comédie musicale filmée comme au cinéma et présentée par la plus secrète des artistes.

Note sur les crédits : Il arrive fréquemment que des œuvres soient diffusées sans que le nom de l’auteur soit mentionné. Ces pratiques sont illégales au sens de l’art. L.121-1 du CPI. Lorsque nous connaissons le nom de l’auteur de la photo, il est toujours mentionné. Si vous constatez une erreur, un manque, ou que vous souhaitez le retrait d’une photo dont vous êtes l’auteur : contactez-nous.

*Sources des textes

France Gall, une sacrée poupée de son | Ici Paris | Septembre 2008

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Portrait de France Gall dans Ici Paris en 2008, retraçant ses débuts et son lien avec Michel Berger.
Portrait de France Gall publié dans Ici Paris en 2008. Retour sur son enfance musicale, ses débuts yéyé, l’Eurovision et sa rencontre avec Michel Berger.
France Gall, une sacrée poupée de son | Ici Paris | Septembre 2008
France Gall, une sacrée poupée de son | Ici Paris | Septembre 2008

La musique, elle est tombée dedans quand elle était petite. Pas étonnant que France Gall, de son vrai prénom Isabelle, ait attrapé très vite le virus de la chanson : c’est son grand-père maternel, Paul Berthier, qui créa les Petits Chanteurs à la Croix de Bois…

Son père, Robert Gall, était, quant à lui, un parolier à succès, à qui l’on doit, entre autres, La Mamma de Charles Aznavour.
Et ses frères guitaristes, Philippe et Patrice, ont été les premiers à l’accompagner au sein du petit orchestre qu’ils avaient formé.

Dans le vaste appartement familial, à Boulogne, défilent régulièrement Marie Laforêt, Claude Nougaro ou encore Gilbert Bécaud.
Et Isabelle n’a que 13 ans lorsque son père l’emmène chez la très impressionnante Édith Piaf, pour qui il vient d’écrire Les Amants merveilleux (1960).
Devant son miroir, la jeune fille, que ses proches appellent « Babou », se met alors à pousser la chansonnette et se coiffe à la Bardot tout en rêvant de gloire.
Elle envie Sylvie Vartan, une débutante qu’elle connaît bien : et pour cause, les deux adolescentes habitent dans la même rue !
Elle n’attendra pas longtemps pour suivre le même chemin…

En 1962, son père prend les choses en main : il rebaptise sa fille France et lui fait enregistrer son premier 45 tours, Ne sois pas si bête.
C’est ainsi qu’à 15 ans, la jeune lolita à la voix acidulée conquiert les Français en pleine vague yéyé.
En 1964, l’écolière sage déclenche un véritable raz-de-marée et vend deux millions d’exemplaires de Sacré Charlemagne, le tube planétaire que lui écrit son papa.
La poupée blonde devient, l’année d’après, de cire et de son avec Serge Gainsbourg, son premier Pygmalion, avec qui elle remporte le concours de l’Eurovision.
Dans la foulée, la douce France enregistre en toute innocence un petit chef‑d’œuvre, Les Sucettes, une chanson façonnée par le grand Serge à l’image de la jeune fille, encore frêle et naïve, qui ne comprendra l’allusion érotique du texte que bien après la sortie du disque…

Cette histoire, France Gall en parle aujourd’hui avec tendresse, comme d’une « cavalerie ».
À l’époque pourtant, à 18 ans à peine, elle se sent blessée, humiliée même, et décide de mettre sa carrière entre parenthèses.
L’icône acidulée du Swinging in Paris des années soixante reviendra sur le devant de la scène en 1973, grâce à son grand amour, Michel Berger.
C’est avec lui qu’elle trouvera sa bonne étoile et commencera véritablement à exister, aussi bien en tant que femme qu’en tant qu’artiste.

« J’ai vraiment eu le sentiment que ma vie commençait quand je l’ai rencontré.
C’est à ce moment‑là que je suis née », n’a‑t‑elle jamais cessé de répéter.

Magazine : Ici Paris
Par Estelle Briand
Date : 30 septembre 2008
Numéro : 3300

Sur scène ! France Gall

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En exclusivité pour JBM, Michel Bigot, photographe passionné, ancien collaborateur de Jukebox belge et Disco Revue, témoin de nombreux spectacles, nous offre ces reportages inédits sur France Gall en 1964 et 1965
En exclusivité pour JBM, Michel Bigot, photographe passionné, ancien collaborateur de Jukebox belge et Disco Revue, témoin de nombreux spectacles, nous offre ces reportages inédits sur France Gall en 1964 et 1965

En exclusivité pour JBM, Michel Bigot, photographe passionné, ancien collaborateur de Jukebox belge et Disco Revue, témoin de nombreux spectacles, nous offre ces reportages inédits sur France Gall en 1964 et 1965, alors que vient de paraître sa biographie, “Le destin d’une mère courage” chez Flammarion.

Magazine : Jukebox Magazine
Par Jacques LEBLANC
Date : Décembre 2007
Numéro : 251

Michel Berger a bercé plusieurs générations

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France 2 s'essaye à un nouveau genre pour rendre hommage à Michel Berger : la fiction-variétés. François Hanss, le réalisateur, nous parle de ce projet original réalisé avec France Gall.
France 2 s'essaye à un nouveau genre pour rendre hommage à Michel Berger : la fiction-variétés. François Hanss, le réalisateur, nous parle de ce projet original réalisé avec France Gall.
Michel Berger a bercé plusieurs générations

France 2 s’essaye à un nouveau genre pour rendre hommage à Michel Berger : la fiction-variétés. François Hanss, le réalisateur, nous parle de ce projet original.

FRANCE-SOIR : Qu’entendez-vous par « fiction-variétés » ?

FRANÇOIS HANSS : France Gall ne voulait pas faire une émission de variétés comme les autres pour rendre hommage à Michel Berger. Le but était de rassembler, autour de la musique de Michel, les artistes qui l’ont fréquenté ou qui aiment son travail. C’est un véritable film dans la mesure où on a monté un vrai scénario. L’action ne se passe pas sur un plateau de télé, avec un public, mais dans les coulisses d’un show qui se prépare. Là, tous les artistes se retrouvent et répètent les chansons de Michel Berger.

FRANCE-SOIR : Cette scénarisation laisse-t-elle la place à l’improvisation ?

FRANÇOIS HANSS : Bien entendu. Chaque chanson recrée un univers, des émotions différentes. Je n’ai absolument pas demandé aux artistes de prononcer certaines paroles plutôt que d’autres. Tout s’est fait très naturellement.

FRANCE-SOIR : France Gall s’est faite discrète ces dernières années, comment a-t-elle participé à ce projet ?

FRANÇOIS HANSS : Si France Gall s’est mise en retrait, c’est par choix. Elle ne chante plus. Pour ce projet, elle a beaucoup discuté avec la chaîne, en exprimant clairement son désir. Elle savait ce qu’elle ne voulait pas faire : rendre hommage à Michel Berger d’une façon trop classique. Elle avait envie de créativité.

FRANCE-SOIR : Comment s’est passée votre rencontre ?

FRANÇOIS HANSS : On a beaucoup parlé. C’est au terme de notre première entrevue que j’ai décidé de me lancer dans ce projet. On a passé beaucoup de temps ensemble. C’est ce qui fait, je pense, la qualité du programme. France Gall est le fil rouge de cette émission. Elle est présente en permanence. C’est une personne qui aime s’ engager humainement. Sans elle, je n’aurais pas pu imaginer toute cette fiction. Il ne s’agissait pas pour elle de rendre hommage à la personne de Michel Berger, ce qu’elle a déjà fait dans un documentaire, mais bien à sa musique.

FRANCE-SOIR : Que vous évoque Michel Berger ?

FRANÇOIS HANSS : Sa musique a bercé plusieurs générations. Lorsqu’on écoute ses chansons, on ne peut s’empêcher de se dire qu’il a eu une influence sur la musique d’aujourd’hui. C’était un grand compositeur.

FRANCE-SOIR : Qu’est-ce qui était le plus important pour vous sur le tournage ?

FRANÇOIS HANSS : J’espérais qu’il y aurait de l’émotion, ce qui s’est effectivement passé. On a vécu de forts moments d’intimité et de tendresse. Mon but, au-delà de rendre hommage à Michel, c’est que les gens sentent à quel point la musique peut réunir les artistes et faire apparaître une facette qu’on ne leur connaissait pas.

FRANCE-SOIR : Quelles ont été les plus belles rencontres sur le plateau ?

FRANÇOIS HANSS : Elles ont toutes été belles. Ce plateau réunit des artistes qui ont des personnalités extrêmement différentes. France Gall en connaissait certains. J’ai d’ailleurs ressenti une énorme proximité entre elle et Johnny. Avec d’autres, c’était une première rencontre. Il y a des jeunes gens comme Christophe Willem, Christophe Maé ou encore Vanessa Paradis qu’elle ne connaissait pas forcément. La certitude, c’est qu’elle les a tous choisis.

Journal : France Soir
Propos recueillis par Ingrid Bernard
Date : 21 novembre 2007
Numéro : 19650
Site internet de François Hanss : http://www.francoishanss.fr/

Merci à Elisabeth.

France Gall : j’ai digéré mes chagrins

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La chanteuse France Gall, qui a fêté ses 60 ans début octobre 2007, a reçu Le Parisien à l'occasion d'une soirée hommage à Michel Berger.
La chanteuse France Gall, qui a fêté ses 60 ans début octobre 2007, a reçu Le Parisien à l'occasion d'une soirée hommage à Michel Berger.
France Gall : j'ai digéré mes chagrins

Après quelques années d’absence, France Gall se rappelle à notre bon souvenir ce soir, sur France 2, à l’occasion d’une soirée hommage à Michel Berger, son compagnon disparu il y a quinze ans.

« Tous pour la musique », dont elle est la maîtresse de cérémonie, réunit Johnny Hallyday, Laurent Voulzy, Diam’s, Françoise Hardy, Calogero, Amel Bent, Christophe Willem, Christophe Maé … La chanteuse, qui a fêté ses 60 ans début octobre, nous a reçus à l’occasion de ce show événement

Emmanuel Marolle : Comment est née cette émission ?

France Gall : Je n’aime pas fêter les disparitions, mais ma maison de disques sortait une compilation pour cet anniversaire. Alors, j’ai proposé de célébrer la musique de Michel. C’est aussi une manière de donner des nouvelles. Lui parti, moi qui ne chante plus, on a laissé un public en rade. Alors, je suis retournée à la télé, où je ne voulais plus aller …

Emmanuel Marolle : Pourquoi?

France Gall : Il n’y a rien qui m’en donne envie. Il n’y a plus d’émissions sur la musique. Et je ne veux pas venir parler de moi dans des talk-shows.

Emmanuel Marolle : Comment avez-vous composé le casting de ce soir ?

France Gall : J’ai fait appel aux gens pour qui Michel avait écrit, comme Johnny ou Françoise Hardy, que je n’avais pas revue depuis huit ans. Dans la nouvelle génération, j’ai pris Amel Bent, la plus belle voix en France actuellement. Quant à Christophe Willem, il possède une gaieté que pouvait avoir Ella Fitzgerald. Et puis, j’ai revu Calogero ! Quand il était ado, il m’avait retrouvée à la fin d’un concert, à Grenoble dans un restaurant, à 1 heure et demie du matin, pour me confier une cassette de sa musique. Un collaborateur de Michel avait signé son groupe et c’était devenu les Charts.

Emmanuel Marolle : Véronique Sanson, qui évoque souvent son histoire avec Michel Berger, n’est pas dans l’émission …

France Gall : Mais Michel n’a jamais écrit une chanson pour elle, il a juste produit ses deux premiers albums et mixé la chanson « Allah » ! Et puis, franchement, j’ai plutôt envie d’oublier le mal qu’elle nous a fait.

Emmanuel Marolle : Vous n’avez pas eu envie de chanter avec les invités ?

France Gall : Non, j’ai voulu être très claire, ce n’est pas mon retour. Je ne chante plus. Je n’entretiens pas ma voix. Je suis passée à autre chose.

Emmanuel Marolle : Quelle est votre vie aujourd’hui ?

France Gall : Entre la France et le Sénégal, empreinte de douceur et de beauté. A Dakar, je suis dans la nature, j’aime vivre dehors. Ici, je ne suis pas à l’aise à l’extérieur, par peur des paparazzis.

Emmanuel Marolle : Les 30 ans de « Starmania » approchent …

France Gall : Et il faut que l’on fasse quelque chose avec Luc Plamondon (NDLR.: auteur de la comédie musicale avec Michel Berger), sur scène, à la télé. Je veux éviter qu’il y ait des projets sans moi, comme ces concerts symphoniques catastrophiques au palais des Congrès en 2005 ! Je me suis retrouvée devant le fait accompli. Après la mort de Michel, Luc considérait qu’il pouvait faire ce qu’il voulait avec « Starmania ». J’ai beaucoup trop souffert pendant les dix ans où la version mise en scène par Lewis Furey a été jouée. C’était une horreur.

Emmanuel Marolle : Qu’aviez-vous pensé des reprises de Michel Berger par les élèves de « Star Academy », il y a cinq ans.

France Gall : J’ai commencé à travailler avec eux sur le premier titre, « Musique ». Et je n’étais pas contente du résultat. Eux, leur mot, c’est « vite ». Le mien, c’est « beau ». On ne pouvait pas s’entendre, on ne fait pas le même métier.

Emmanuel Marolle : Vous parlez de Michel Berger sans tristesse …

France Gall : C’est vrai, je ne pleure plus depuis longtemps. C’est digéré. Je n’ai pas enfoui les chagrins, je les ai laissés vivre. Cela fait quinze ans pour Michel, dix ans pour ma fille, qui aurait eu 29 ans hier (NDLR. : Pauline, décédée de la mucoviscidose en 1997). Ça aide, le temps qui passe. Mais si on me proposait de revivre ma vie, je dirais non. La prochaine fois, je demanderai à avoir une vie plus douce.

Magazine : Le Parisien (édition de l’Essonne)
Propos Recueillis Par Emmanuel Marolle
21 novembre 2007
Numéro : 19659

Merci à Elisabeth.

Tout pour l’histoire de la musique de Michel | Paris Match | Novembre 2007

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France Gall | Paris Match novembre 2007 | Hommage télé “Tous… pour la musique” pour les 15 ans de Michel Berger avec invités et coulisses du show
Article Paris Match n°3052 | 15 novembre 2007 | Propos recueillis par Dany Jucaud | Photos : Thierry Boccon-Gibod | Spécial “Tous… pour la musique”
Tout pour l'histoire de la musique de Michel | Paris Match | Novembre 2007
Tout pour l'histoire de la musique de Michel | Paris Match | Novembre 2007

Pour les 15 ans de la mort du chanteur, elle a réuni à la télévision un plateau de rêve pour rendre hommage à celui qui jouait du piano debout.

Ne comptez pas sur elle pour jouer les veuves éplorées. France Gall a décidé de rendre un hommage joyeux à Michel Berger. Ne pas s’appesantir sur l’absence, mais célébrer son talent. Revivre toutes ces années de bonheur avant que la mort ne fauche, d’une crise cardiaque, l’auteur-compositeur. Son Pygmalion, son époux et le père de ses enfants. C’était le 2 août 1992. Depuis, elle a eu la force de chasser la tristesse.

Malgré une succession de drames : son cancer du sein, en 1993, et surtout la perte de sa fille Pauline, atteinte de mucoviscidose, en 1997. Depuis, elle a quitté la scène, se retirant loin des projecteurs. Aujourd’hui, elle revient avec une idée de sa composition : une émission spéciale dédiée à son mari, « Tous… pour la musique », le 21 novembre, à 20h55, sur France 2. Pour cette occasion, dix-huit stars ont accepté de venir chanter les succès du pianiste. Une soirée de fête. Pour dire adieu à la nostalgie.

C’est elle qui les a choisis.

Parce qu’ils sont de vieux amis, comme Johnny, Laurent Voulzy, Vanessa Paradis… Mais elle a aussi pensé à la génération montante.

Défilant, micro à la main, pour le tournage de l’émission, dans les studios de la Plaine-Saint-Denis. Retrouvailles émues, découvertes éblouies. Tout est filmé : les ratages et les fous rires, les moments de tendresse.

France Gall accueille ses invités un par un, rit de bonheur et danse sur certaines chansons. Ce soir, elle se réjouit de « donner pour donner ». Vivante, tout simplement. Et de confier :

« Qu’il reste quelque chose de moi m’indiffère. Moi, je ne construis que ma vie. »

« J’étais en train de regarder une partie de poker à la télé, raconte France, quand le téléphone a sonné. “J’adore le concept de ton émission, c’est génial. Quand est-ce qu’on enregistre ? Je serai toujours là pour toi, tu le sais. Je veux que tu saches une chose, ma France, c’est qu’il y a un petit Français qui t’aime à Los Angeles, et ce petit Français, c’est Johnny Hallyday. À propos, quelle heure est-il ? — 3 heures du matin ! — 3 heures ? Je ne te réveille pas, j’espère…” »

Sachant que le quinzième anniversaire de la disparition de Michel Berger ne passerait pas inaperçu, France Gall a décidé de faire l’émission de variétés dont elle a toujours rêvé. Pendant deux mois, elle a travaillé d’arrache-pied avec le producteur Franck Saurat et le réalisateur François Hanss. On ne l’a pas vue depuis dix ans sur une scène, mais elle a choisi de ne pas chanter.

« Je me suis mise dans la peau des chanteurs et j’ai essayé de faire en sorte qu’aucun ne se sente un simple numéro parmi les autres. Je me suis efforcée de mettre chaque artiste à l’aise dans son univers propre. » Le résultat est fulgurant.

Seul absent : Elton John, en pleine tournée mondiale. « Cela dit, le connaissant, je pense qu’il ne serait pas venu si je ne chantais pas ! »

Sur le plateau, elle arrange, dérange, comme dans son salon. Elle prend, c’est visible, un énorme plaisir à diriger les artistes qui écoutent religieusement ses directives. « Mon plaisir est aussi grand que si je chantais. Avec le temps, ma place pour être heureuse dans cette vie n’est pas forcément dans la lumière. La disparition de Michel m’avait donné envie de me plonger dans sa musique. À la disparition de ma fille Pauline, il y a bientôt dix ans, je ne désirais qu’une chose : me taire. Quand on perd sa mère, on est orpheline, son mari, on est veuve, mais il n’y a pas de mot quand on perd son enfant. Aujourd’hui, j’ai intégré complètement la mort dans la vie, sans tristesse. »

France Gall aurait-elle été France Gall si elle n’avait pas rencontré Michel Berger ? « Ma rencontre avec lui était écrite, comme il le dit dans la chanson qu’il m’a dédiée au tout début de notre idylle. [Elle se met à fredonner.] “… Et j’ai besoin de lui comme il a besoin de moi. Je peux tout s’il est là et que peut-il sans moi puisqu’il a besoin de moi, de moi !” [Elle rit.] J’ai été une femme follement aimée, par Michel, par ma famille, par le public… En perdant les êtres qui faisaient partie de moi et en me retirant du monde, je ne savais plus ce que c’était. Grâce à ce show, j’ai revécu des sensations que je n’avais pas connues depuis longtemps. Les chanteurs qui sont venus sur ce plateau m’ont tellement donné d’amour que, pour la première fois depuis des années, je me sens comblée. Je ne m’attendais pas du tout à ça. Tout était simple, si simple, comme une évidence. »

Sa chanson enregistrée, Céline Dion se tourne vers France : « C’était génial, tu ne trouves pas ? Qu’est-ce que tu veux que je te dise, mon amour, on est trop pro ! » Avant de quitter le plateau, très émue, elle serre France dans ses bras en soupirant : « C’était le bon temps ! »

« Je ne suis pas du tout dans la nostalgie, m’avouera France. Si avant c’était le bon temps, ça veut dire qu’aujourd’hui c’est le mauvais ? [Elle rit.] Il faut dédramatiser la vie, ce n’est pas évident de retrouver un peu d’humour après les épreuves douloureuses que j’ai vécues, mais il faut essayer. »

Elle essaie, tout le temps. Elle est drôle, désarmante, déconcertante parfois. C’est une boule de vie et de rire. Intelligente, vive et pleine d’humour, elle ne ressemble à personne. Il faut l’observer à table. France est une jouisseuse. Elle prend son temps, rectifie la lumière, déplace une assiette, s’installe confortablement. Elle savoure avec délice chaque bouchée comme si c’était la dernière. Entre deux plats, elle vous balance le plus naturellement du monde, comme si elle parlait du temps qu’il fait : « Pour mon anniversaire, je suis allée déposer toutes les fleurs que j’avais reçues sur la tombe de Michel et Pauline. C’était très joli. »

« La vie malgré tout », « Sans lui »… Les titres des magazines la mettent en colère. « Je ne suis pas idiote, je sais que mon malheur fait vendre mais y en a marre ! Aujourd’hui, je n’ai perdu personne, je viens de créer quelque chose de formidable, alors pourquoi tout ramener à la tristesse ? C’est tellement loin de ma réalité ! Il y a longtemps que je ne pleure plus, j’ai déjà pleuré pour toujours. Quand Michel est parti, au bout d’un certain temps, je me suis dit : je vais changer de vie, je vais me remarier, passer à autre chose. J’ai compris très vite que c’était impossible. Michel m’a légué sa musique, elle remplit mon existence. Jusqu’au bout de ma vie, je l’accompagnerai et elle m’accompagnera. En revanche, je ne veux pas que mon fils Raphaël porte ce lourd bagage. Ce n’est pas évident de trouver sa place dans cet univers de musique qu’il a choisi, mais heureusement il l’a trouvée. Il est producteur. Il est doué mais il a décidé une fois pour toutes de ne pas être dans la lumière. J’ai beaucoup d’admiration pour lui. »

Sur le fond de la scène, des films de vacances défilent sur un grand écran : France, Michel, Pauline et Raphaël en train de chanter, de rire, de danser. « Quand je les vois, je me sens détachée et souriante. Ce n’est que du bonheur, ça a existé, et cette idée me comble. Petite fille, j’hésitais entre être star et mère de famille. J’avais construit une famille, on me l’a reprise. Aujourd’hui, j’ai recréé mon existence. Je m’efforce d’être dans la légèreté et je vis pleinement ma vie de femme. Si on veut faire honneur à la vie, il faut l’aimer. Et quand on lui fait honneur, elle vous le rend bien. »

Quand France lui a demandé d’interpréter un titre de Michel, la rappeuse Diam’s n’en connaissait aucun. Elle a choisi la chanson uniquement d’après son titre. Mais « À quoi je rêve », son premier choix, la toute première chanson que Michel a écrite à 16 ans, était trop courte pour rapper. Elle s’est finalement décidée pour « Laissez passer les rêves ». Dès qu’elle a fini de chanter, une amie qui l’accompagne vient la féliciter : « Je ne savais pas, lui dit-elle, que tu écrivais de si beaux textes… »

Raphaël, aussi beau que discret, allume une cigarette qu’il tend à son ami Matthieu Chedid. Vanessa Paradis, poudrée comme une jolie poupée russe, fait son apparition. « La déclaration est la première chanson que Michel m’a écrite. Je voulais absolument que ce soit elle qui la chante. Vanessa a toujours été notre chouchoute, Michel l’adorait. » La chanson terminée, tous les techniciens se sont levés pour applaudir. De passage à Nice, France, par amitié, a tenu à assister au concert de l’ex-petite fille prodige. Pendant deux heures, elle est restée dans l’ombre, sans broncher, debout au milieu de la foule. Après son spectacle, Vanessa est venue présenter sa fille, tout intimidée, à France : « Tu vois, Lili-Rose, France est une grande chanteuse. »

Dans la gravité comme dans la fantaisie, France a décidé une fois pour toutes de garder son équilibre. Si elle a mené une vie isolée ces dernières années, c’est simplement parce qu’elle en avait besoin. « Avant, être seule était pour moi le comble de la misère. Aujourd’hui, la solitude, j’adore. C’est ça, la liberté. Dehors, je ne suis jamais libre. Je me sens regardée, observée. Même si c’est avec une grande gentillesse, ça me met mal à l’aise. J’ai fait un énorme travail sur moi, je fais en sorte que personne ne me manque et j’essaie de ne plus être triste quand quelqu’un disparaît. C’est peut-être une grande force, mais je reconnais que ça vous empêche aussi d’être totalement heureux. Car si je n’ai plus de grands bas, je ne connais plus non plus de grands hauts. »


Magazine : Paris Match
Propos recueillis par Dany Jucaud
Photos de Thierry Boccon-Gibod
Date : 15 novembre 2007
Numéro : 3052