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France Gall, un destin à l’ombre des hommes | Gala | Septembre 2007

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France Gall dans Gala septembre 2007, un destin à l’ombre des hommes, article de presse – francegallcollection.fr
Article Gala septembre 2007 sur France Gall, son parcours intime et artistique – francegallcollection.fr

Pas toujours facile d’être une poupée… D’arborer quasiment la même frange depuis l’adolescence et de surveiller sa ligne malgré une vraie attirance pour la bonne chère. Il faut se plier aux attentes du public, subir les injures de ceux qui vous trouvent plus belle à la télé que dans la vraie vie, se résoudre à être dirigée, formatée, contrôlée… “La célébrité ne vous apporte rien. Au contraire, elle vous prive de liberté”, a longtemps confié France Gall.

Mais comment être autrement lorsque c’est votre père qui, le premier, a confisqué votre jeunesse ? En réglant votre existence afin que vous deveniez une machine à tubes. En changeant votre nom d’Isabelle Gall en France Gall, parce que cela sonnait mieux. Propulsée star à seize ans, l’ado a certes découvert la vie plus tôt que ses copines d’école. À un âge où l’on rêve de tout sans pouvoir encore rien s’offrir, Jacques Dessange a inventé sur elle la coupe Collège Girl tandis que Roger Gallet sortait une collection de vêtements juniors à son nom. L’idéal pour son équilibre aurait été que ces Pygmalion si prévenants lui apprennent également à dire “Je”… S’exprimer librement dans le monde des hommes ! Pour France Gall, ce dur combat sera celui de toute sa vie.

Il est vrai qu’en 1963, à l’aube de sa carrière, ses tuteurs nourrissaient d’autres ambitions pour la jolie nymphette. À elle la gloire… à condition qu’ils puissent tirer les fils de leur marionnette. Sinon, gare ! France Gall n’a jamais oublié la gifle que Denis Bourgeois, l’associé de son père, lui a donnée à l’issue de sa première interview. À la question “Que ferez-vous plus tard ?”, elle avait osé répondre : “Dans cinq ans, j’arrête.” Comment s’étonner si, par la suite, la star a nourri une rancune tenace envers ceux qui lui ont fait du mal. Poupée, oui… Idiote et brave fille, jamais !

Reste que France a été le contraire d’une gosse brimée… Ses vacances avec ses parents et ses frères jumeaux, Patrice et Philippe, à Vallauris ou sur l’île de Noirmoutier, restent parmi ses plus beaux souvenirs. Surnommée par ses frangins le “petit caporal” à cause de son besoin de tout organiser, la fillette nourrit une immense admiration pour Robert Gall. Bourguignon, bon vivant, jovial, papa est un personnage haut en couleur. Du genre à réveiller sa Babou pour une virée nocturne au cœur de la capitale. Ou à lui présenter Édith Piaf, Yves Montand, Henri Salvador… Isabelle Gall est une enfant du sérail. Sa mère, Cécile Berthier, est la fille du cofondateur des Petits Chanteurs à la Croix de Bois. Quant à Robert Gall, au début des années soixante, il a conquis le statut de parolier à succès. La Mamma, l’une des chansons les plus populaires du répertoire de Charles Aznavour, se veut l’histoire romancée de la grand-mère de France.

Dès lors, rien d’étonnant à ce que Monsieur Gall détecte immédiatement le talent vocal d’Isabelle. Ni à ce qu’il prenne personnellement sa carrière en main. En lui écrivant Sacré Charlemagne, un tube planétaire vendu dès sa sortie en 1965 à deux millions d’exemplaires. En confiant aussi à Serge Gainsbourg le soin de lui peaufiner des hits sur mesure comme N’écoute pas les idoles ou Poupée de cire, poupée de son. Est-ce un hasard ? Parmi les dizaines de chansons que l’homme à la tête de chou a proposées, l’ado adore spécialement cette dernière. Il est vrai qu’avec Gainsbourg, France surjoue les bébés. Elle est impressionnée par son élégance et son vouvoiement. Il est séduit par sa candeur effarouchée et lui offre des peluches à chacune de leurs rencontres. “Elle ne m’allumait pas du tout, racontera-t-il plus tard. J’avais l’essence, elle n’avait pas le briquet.” Une constante dans la vie de France qui, face à la gent masculine, s’est toujours montrée très réservée. “Elle aimait plaire, mais pas séduire”, explique Grégoire Collard, qui fut longtemps son attaché de presse et vient de coécrire avec Alain Morel France Gall, le destin d’une star courage.

La chanteuse a toujours détesté qu’en sa présence les hommes osent des blagues grivoises ou des allusions sexuelles. Encore moins qu’ils abusent de son innocence. En témoigne l’épisode tragi-comique des Sucettes : Gainsbourg avait écrit cette “comptine” après qu’elle lui eut avoué adorer les sucreries. France jurera plus tard qu’elle n’imaginait pas que cette jolie ritournelle masquait en réalité une chanson paillarde. Humiliée d’être désormais cataloguée comme une lolita perverse, notre fleur bleue en est quitte pour une déprime de plusieurs mois. À l’issue de laquelle elle met un terme à sa collaboration professionnelle avec Robert Gall. Babou a du mal à avaler que, comme les autres adultes, papa ait laissé faire. Elle vient d’avoir dix-neuf ans. Pour la première fois de sa vie, sa féminité outragée exige réparation.

Sauf que, avec les hommes, il ne suffit pas d’avoir dépassé l’œdipe pour se sortir d’affaire. C’est une constante chez France Gall, elle a reproduit — à divers degrés — le même comportement avec tous ceux qu’elle a aimés. Conquérante dans la phase d’approche et de drague ; absolument soumise une fois installée dans sa vie de couple. Avec Claude François, c’est elle qui déboule chaque soir dans la loge de l’idole. Nous sommes en 1964. Cloclo se produit à l’Olympia. France est sous le charme de celui qu’elle considère déjà comme le premier grand amour de sa vie. Quatre ans plus tard, avec Julien Clerc, la chanteuse opère un parfait copier-coller. L’action se situe au Théâtre de La Porte Saint-Martin où se joue l’adaptation française de la comédie musicale Hair. Jeune premier au charisme animal, Julien Clerc parade en vedette. Et France s’enthousiasme, en groupie azimutée qui n’en finit plus de couvrir d’éloges son nouvel Apollon. En 1973, la star sortira pour la dernière fois ses plumes de paon afin de capter l’attention de Michel Berger. Opiniâtre, elle bataillera pendant plusieurs mois. Jusqu’à ce qu’enfin, s’accompagnant au piano, Berger lui fredonne sous le charme : “Quand je suis seul et que je peux rêver, je rêve que je suis dans tes bras…” Alléluia ! La chanson s’intitule La déclaration d’amour. France en est folle. Et, quoi qu’elle en laisse paraître, sacrément fière d’être parvenue à ses fins…

Audacieuse en diable, il eût été logique que cette Mary Poppins — bonne cuisinière, habile décoratrice, gestionnaire irréprochable, organisatrice redoutable, elle a toujours été une fantastique maîtresse de maison — s’impose également dans l’intimité. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. “À dix-huit ans, déjà, la seule chose qui m’obsédait, c’était mon désir de fonder une famille. J’avais un besoin impérieux d’avoir des enfants. Je rêvais la nuit que je tenais un bébé dans mes bras. Je le sentais sur mon ventre. C’était physique”, explique-t-elle. Même dans sa passion tumultueuse avec Cloclo, France pensait que tout finirait par un mariage. C’est exactement le contraire qui aura lieu. Elle a dix-sept ans, il en a vingt-cinq, elle part au combat la fleur au corsage. Mais, au lieu d’un prince charmant en habits de lumière, elle découvre le plus sadique des Barbe-Bleue. Pureté du désir ? Aveuglement de la jeunesse ? Pendant trois ans, l’ingénue accepte l’enfermement, le flicage, les insultes, l’humiliation… et même les tromperies d’un amoureux qui ne réfrène aucune de ses pulsions donjuanesques ! En 1965, la chanteuse, qui vient à peine de triompher à l’Eurovision avec sa Poupée de cire, reçoit un appel de Claude : “Écoute-moi bien. Tu as gagné, bravo. Alors entre nous, c’est terminé.” Heureusement, ce soir-là, le public interprète ses larmes de douleur comme une conséquence de sa joie exacerbée. Show must go on…

De toute manière, personne ne sait réellement que France partage la vie de Claude François. Image de séducteur oblige, celui-ci a toujours préféré garder leur liaison secrète. De 1969 à 1974, Julien Clerc n’agira pas autrement. Pour France, dont la carrière est au plus bas, le temps est venu de jouer la fermière à La Métairie Bruyère, la propriété que le couple possède en Bourgogne. Vivons heureux, vivons cachés ! C’en est au point que Julien, qui ne parle jamais de France, lui demande de porter une perruque et de se faire discrète lorsqu’elle l’accompagne dans un lieu public ! Elle veut trois enfants ? Il la console en lui offrant trois chiens. Un soir, alors qu’elle lui apporte amoureusement un petit plat, il ose : “Tiens ! voilà l’ancienne chanteuse.” Trop, c’est trop ! France encaisse en silence. Mais comme naguère avec Claude, quelque chose se brise. Il ne faut jamais blesser l’orgueil d’une femme soumise… C’est le meilleur moyen d’en faire une implacable ennemie. “Pendant des années, se souvient Grégoire Collard, gérer le planning de France était un casse-tête. En aucun cas, elle ne voulait croiser Julien…”

Pour Cloclo, l’addition sera encore plus salée. Le jour de sa mort, en 1978, France Gall est l’invitée de Maritie et Gilbert Carpentier. Les producteurs de télévision ont offert à la chanteuse un Numéro 1 en son honneur. Quand les Carpentier évoquent l’opportunité d’y insérer un hommage au disparu, France reste de marbre. Pire, elle refuse : “On ne fait rien, c’est mon émission”, aurait-elle même lâché.

Il faudra attendre Michel Berger pour que France trouve enfin son équilibre. Avec celui qu’elle épouse en 1976, la chanteuse voit ses rêves de famille exaucés : en 1978, c’est la naissance de Pauline ; en 1981, celle de Raphaël. Entre eux, pas de conflits, mais des rôles clairement définis. Elle était sa muse, sa “négresse blonde”, son interprète attitrée. Il était son Pygmalion, son professeur Tournesol, son compositeur fétiche. Avec, au final, des morceaux cultes comme Si maman si, Tout pour la musique, Donner pour donner, Résiste… “Michel la dominait intellectuellement”, explique le journaliste Alain Morel. À la maison, elle n’avait pas le droit d’écouter de la musique, de lire des journaux people. En public, ils ne devaient ni s’embrasser ni même s’échanger des mots tendres… France n’en fait pas mystère : “Michel a été mon maître. C’est lui qui m’a construite, dans le bon sens du terme. Il m’a appris à m’ouvrir aux autres et au monde.” Après la mort du compositeur, veuve inconsolable, elle continuait de lui obéir depuis l’au-delà. “France commençait souvent ses phrases par “Cette nuit, Michel m’a dit””, racontent ses proches.

Magazine : Gala
Par Laurent Del Bono
Date : 19 septembre 2007
Numéro : 745

Une histoire de France Gall

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Le 9 octobre, France Gall soufflera ses 60 bougies. L'occasion pour Grégoire Colard et Alain Morel qui la connaissent de près de lui consacrer une très émouvante biographie. Sans apitoiement, avec justesse, se déroule au fil des mots la vérité d'une femme ...
Le 9 octobre, France Gall soufflera ses 60 bougies. L'occasion pour Grégoire Colard et Alain Morel qui la connaissent de près de lui consacrer une très émouvante biographie. Sans apitoiement, avec justesse, se déroule au fil des mots la vérité d'une femme ...

France Gall. On a tous dans le cœur une chanson oubliée qui nous replonge dans la douceur des souvenirs d’enfance.

Quelques petites notes de musique aux grands pouvoirs magiques : instantanément, leur simple évocation nous fait remonter le temps à la vitesse grand V. Pour ma part, cette «madeleine», je la dois à France Gall, dont le célèbre tube Poupée de cire, poupée de son me ramène illico dans la maison de mes 6 ans. Vous aussi, sans doute, vous n’avez jamais oublié cette douce France, même si, aujourd’hui encore plus qu’hier, elle mène sa vie en toute discrétion. C’est donc avec beaucoup de bonheur et de respect que nous la retrouvons, p. 8. Un rendez-vous coup de cœur à ne pas manquer. Très bonne lecture, excellente semaine, et à mardi prochain. Marion Minuit, rédactrice en chef

Le 9 octobre, France Gall soufflera ses 60 bougies. L’occasion pour Grégoire Colard et Alain Morel qui la connaissent de près de lui consacrer une très émouvante biographie. Sans apitoiement, avec justesse, se déroule au fil des mots la vérité d’une femme …

Les hauts et les bas, France connaît par cœur. Entre les débuts flamboyants d’adolescente star, les amours tour à tour douloureuses ou idylliques, les triomphes, la maladie et la perte de ce qu’elle avait de plus cher, elle cultive envers et contre tout le goût de la vie. Refusant qu’on la plaigne, détestant qu’on l’épie, elle veut vivre libre. Une dignité qui force notre admiration. Nous aurions seulement envie de lui dire combien elle nous manque et que nos pensées l’accompagnent. ..

La fille du papa de La Mamma …

La musique, Isabelle Gall, Babou pour ses proches, est tombée dedans quand elle était gamine. Entre un papy maternel qui a créé les Petits Chanteurs à la croix de bois et un père, Robert Gall, à qui l’on doit La Mamma immortalisée par Charles Aznavour, il y a de quoi voir la vie en musique … A table défilent Marie Laforêt, Claude Nougaro ou Jacques Martin. Elle est toute gosse quand son père l’emmène chez la très impressionnante Edith Piaf pour qui il vient d’écrire une chanson. Face à son miroir, tandis qu’elle crêpe ses cheveux façon Bardot et farine son visage de jeune fille de 15 ans, elle rêve de gloire. Elle envie Sylvie Vartan, une débutante qu’elle connaît bien : elle habitait dans sa rue ! Son père, remarquant qu’elle chante sans cesse dans sa chambre, lui fait enregistrer un disque quatre titres. C’est une joie immense … jusqu’à ce qu’on change son identité ! L’imminence d’un match de rugby France-Galles inspire en effet son père. Ainsi rebaptisée, l’apprentie chanteuse, qui doit son nom à un ballon ovale, pleure à chaudes larmes. Elle aimait tant qu’on l’appelle Babou … Privée de ce si tendre sobriquet, elle sort de la naïveté de l’enfance.

Avec Cloclo, un amour qui détruit tout.

Elle a tant rêvé de lui qu’elle l’a surnommé l’homme impossible. Impossible aussi, la vie qu’il va lui mener ! France a 17 ans, Claude, 25. Claude, c’est Claude François ! Son déhanché et son énergie sur scène l’ont bouleversée au point qu’ils ne se quittent bientôt plus. Mais à quel prix ! Dominateur, jaloux, féroce manipulateur, l’idole épuise sa jeune proie pendant trois ans. Combien de larmes et de courage avant qu’elle ne le quitte enfin et tourne la page ? Un crime de lèse-majesté que la star ne lui pardonnera pas. Cette femme qu’il évoquera dans Comme d’habitude, l’un des titres les plus chantés au monde, c’est France.

Retirée du monde … avec Julien Clerc.

Les années soixante s’écoulent, et France, exploitée de par le monde comme un produit très rentable, n’est pas loin d’entrer en rébellion. Marre de s’exécuter sans mot dire, de chanter Sacré Charlemagne, Poupée de cire poupée de son en six langues ou Les Sucettes. Elle enrage d’ailleurs après Gainsbourg de lui avoir écrit cette chanson dont elle n’avait pas soupçonné le sens caché. La fin des yé-yé l’éloigne des palmarès, et c’est tant mieux. France se sent soulagée de n’être plus sur la première marche. Libérée de ses chaperons, elle va enfin écrire sa vie à la première personne. « Je voulais changer d’air, c’est Hair qui m’a changée ! » s’amusera-t-elle. Comment pouvait-elle imaginer que cette comédie musicale allait bouleverser sa vie, ou plutôt l’un des chanteurs, un certain Julien Clerc ? Elle tombe soudain en pâmoison. Elle aime sa modernité, son talent, d’autant qu’il est très beau garçon avec ses boucles brunes de beatnik. Cinq années d’amour l’attendent. .. France vit comblée dans l’ombre de Julien, acceptant même, comme il le lui demande, de porter une perruque brune en sa compagnie afin que personne ne soupçonne la nature de leurs liens. C’est que Julien ne veut pas déplaire à son public féminin. Julien est aimant, France est radieuse. Elle vit à la campagne, cuisine, rêve d’enfants. L’ex-idole des sixties sous-estime pourtant la force de ses ambitions, son désir fou de vivre en musique …

La si belle Déclaration d’amour.

Ce printemps 1973, France est dans sa voiture quand de l’autoradio jaillit une voix renversante. Le speaker prononce le nom de Michel Berger. Voici l’homme qui lui redonnera envie de chanter, se persuade-t-elle. Elle se souvient l’avoir croisé en 1966, en 1970, sans qu’ils aient eu l’occasion de se parler. Le destin veut qu’elle le rencontre dans un studio de radio quelques jours plus tard. Elle le prie de lui écrire une chanson. Offre qu’il décline à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’un texte et une mélodie s’imposent à lui comme une évidence, « La déclaration d’amour ». Michel est amoureux, France reçoit le message en plein cœur. Ses années d’amour avec Julien Clerc prennent aussitôt fin. Elle rejoint Michel et enregistre la chanson. Un succès considérable qui marque son retour sur le devant de la scène et la naissance de sa plus belle histoire d’amour. Dès lors, les bonheurs s’écoulent comme source claire : l’harmonie musicale et amoureuse, le mariage, deux enfants, Pauline et Raphaël, une aventure révolutionnaire, Starmania, des refrains repris par la France entière, Si maman si, Il jouait du piano debout, Résiste, Débranche, Cézanne peint, Ella elle l’a, Babacar, Évidemment … Chanteuse, amoureuse et maman, c’est une femme à qui la vie a tout donné.

Courage et dignité pour vivre à tout prix.

« Je ne peux m’empêcher de penser qu’il y aura une facture à payer un jour », déclara France. Terrible prémonition. Le bonheur se ternit déjà considérablement lorsque le couple apprend que sa petite Pauline, âgée de 4 ans est atteinte de la mucoviscidose. Il s’assombrit encore quand Michel perd son frère d’une sclérose en plaques, tandis que l’ami intime du couple, Daniel Balavoine, disparaît accidentellement. Robert Gall décède, et France, petite femme au courage immense, entoure son homme et porte sa famille bout de bras. Michel et France ont achevé la réalisation de Double Jeu, leur premier album à deux voix quand, le 2 août 1992, Michel meurt d’une crise cardiaque. Brave soldat et louve, France protège ses petits et ne se décourage pas quand un cancer du sein voudrait la faire vaciller. Pour Raphaël, elle se tient encore droite quand, à 19 ans, en décembre 1997, Pauline rejoint l’ombre. Après avoir traversé les enfers, France a, ces dix dernières années, repris le chemin de la vie. Discrète, digne, ouverte au monde, à ceux qui souffrent, la marraine de Cœur de femmes tend la main aux femmes maltraitées. Un engagement qui l’a encouragée à apparaître en décembre 2006 dans le journal de France 2. Depuis, notre France est retournée dans l’ombre. Elle nous manque sans que nous lui en voulions jamais. Souhaitons que, où qu’elle soit, à Paris ou dans son havre de paix au Sénégal, là où on l’appelle tendrement « la négresse blonde », sa route soit belle et douce …

Journal : Nous Deux
David Lelait-Helo
Du 18 au 24 septembre 2007
Numéro : 3142

Merci à Elisabeth.

Les cinq facettes de France Gall | Femme Actuelle | Septembre 2007

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Article du magazine Femme Actuelle de septembre 2007 consacré aux cinq facettes de la vie de France Gall – francegallcollection.fr
Portrait croisé publié dans Femme Actuelle en 2007 retraçant cinq aspects de la vie et de la carrière de France Gall – francegallcollection.fr

Le 17 septembre sort une biographie de la chanteuse* qui fête ses 60 ans le mois prochain. Rétrospective d’une vie riche et éprouvante.

Pour cerner la vie de France Gall, ils se sont mis à deux : Grégoire Colard, qui a été son attaché de presse, et Alain Morel, un journaliste qui a suivi de près sa carrière. Résultat : une biographie tendre et malgré tout non autorisée par l’intéressée. Coup de projecteur sur cette star qui rêve d’être laissée dans l’ombre…

Un album écrit pour elle par Pascal Obispo ? Non merci ! En 1997, France Gall a décliné l’offre. Depuis la disparition de Michel Berger il y a quinze ans, elle a réenregistré quelques titres signés de son mentor, puis a cessé de chanter. “Pourquoi faire quelque chose que j’ai déjà fait au mieux ?” demandait-elle à L’Express en 2004.

Et même si, depuis ce deuil, elle a vécu quelques histoires d’amour, elle veille jalousement sur le souvenir de leur couple. Véronique Sanson en a fait les frais, elle qui a sorti en 1999 un album de chansons écrites par Berger. Réponse de France : “Je suis choquée qu’elle se serve du nom et des œuvres de Michel en faisant ressurgir la relation qu’elle a eue avec lui lorsqu’il était un jeune compositeur inconnu. Michel, lui, a tourné la page en faisant sa vie avec moi.”

Nous sommes en 1993, France Gall semble épuisée. Pudique mais pas menteuse, elle se décide finalement à informer la presse de ce qui la mine : un cancer du sein. Ce n’est pas la première fois que le sort l’égratigne. La litanie macabre commence en 1990, date du décès de son père. Son beau-père, son beau-frère et sa meilleure amie décèdent peu après. Michel Berger est terrassé par une triple attaque cardiaque en août 1992. Et sa fille Pauline, 19 ans, est emportée par la mucoviscidose en 1997.

Je sais que la vie est faite de choses belles et affreuses, confiait-elle alors au Parisien. Je me convaincs qu’elle mérite que je lui fasse encore confiance.” Pour Grégoire Colard, voilà l’une des clés de la notoriété de France Gall : l’affection que le public porte à cette femme qu’aucun drame n’a réussi à détruire.

Oubliez la fragile blonde cachée derrière sa frange. Aujourd’hui, la “groupie du pianiste” est loin, vive la maîtresse-femme ! C’est elle, la chanteuse aux vingt millions d’albums vendus, qui a ciselé dans les moindres détails son portrait télévisé en 2001-2002. Elle gère seule sa vie et sa carrière. Déjà, quelques années auparavant, elle avait pris la barre.

Sa biographie la décrit volontariste, bataillant pour imposer son style à Michel Berger sur l’album Double Jeu, scénarisant elle-même ses concerts… Une revanche sur son début de carrière quand, coachée par son père, elle se voyait affublée d’un prénom de scène détesté (France au lieu d’Isabelle), d’un agenda décidé par d’autres et d’un répertoire qu’elle n’aimait pas…

Résiste : aucun autre titre ne résume mieux France, qui fut et reste une révoltée contre la misère. D’abord, il y eut l’Afrique. Pour Babacar, l’enfant symbole des maux du continent noir, France fera un tube, puis assurera l’avenir de sa famille…

Action École et les Restos du Cœur bénéficieront aussi de sa notoriété. Depuis 2006, la voilà aux côtés de Cœur de Femmes, qui soutient toutes celles qui sont “étouffées, humiliées, maltraitées”, et auxquelles, peut-être, France relie ses propres souffrances.

À l’approche de son anniversaire, une biographie sort sur elle ? Pas moyen, néanmoins, de décrocher une interview. “France parlera quand elle l’aura décidé, pour l’instant elle aspire à la tranquillité”, résume son attachée de presse.

“Flâner incognito dans les rues de New York, mitonner des petits plats pour son fils Raphaël, 26 ans, et quelques amis choisis, bouquiner, redécorer ses maisons : voilà ce qui la rend heureuse aujourd’hui”, estime Grégoire Colard.

En 2004, la star confiait à Paris Match : “J’ai appris à aimer la solitude (…). Ce vide, c’est le comble du bonheur.” Ses nombreux fans n’ont plus qu’à espérer qu’elle sorte un jour de sa retraite pour retrouver la scène…

*France Gall, le destin d’une star courage, de G. Colard et A. Morel, Flammarion
Interview donnée au Pèlerin, 15/11/2006

Magazine : Femme Actuelle
Par Laure Marchand
Date : 17 septembre 2007
Numéro : 1199

Douce France Gall !

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Son attaché de presse, Grégoire Colard, raconte aujourd’hui le destin d'une star-courage dans un livre vérité où pour la première fois on comprend l’idole France Gall en entrant dans la peau de la femme ...
Son attaché de presse, Grégoire Colard, raconte aujourd’hui le destin d'une star-courage dans un livre vérité où pour la première fois on comprend l’idole France Gall en entrant dans la peau de la femme ...

Des années 60 difficiles aux années Berger, France Gall a tout voulu et a tout eu. Des succès planétaires, un amour infini et de merveilleux enfants.

Consciente qu’un jour la facture serait lourde, notre jolie France a perdu tout ce qui semblait si solide.

Son attaché de presse, Grégoire Colard, raconte aujourd’hui le destin d’une star-courage dans un livre vérité où pour la première fois on comprend l’idole en entrant dans la peau de la femme …

Christophe Daniel / Grégoire, vous décidez de lever le voile sur une grande star qui fut très discrète sur sa vie privée tout le long de sa carrière, pensez-vous que c’est maintenant que l’on peut en parler, au moment où justement son public n’a plus de nouvelles d’elle et qu’elle nous manque?

Grégoire Colard / Je pense que c’est le moment en effet. En fait, j’avais déjà commencé l’écriture de ce livre lorsque France avait plus ou moins décidé d’arrêter de chanter. C’était en 1988, on était alors très proches, j’avais commencé des conversations avec elle, et elle s’était mise à me parler de son enfance que l’on connaît peu. J’avais fait une véritable enquête, j’avais même interrogé sa maman. Seulement, à l’époque, j’ai trouvé qu’il n’y avait pas encore assez de vécu : elle était encore trop jeune.

J’ai donc abandonné le projet en le mettant de côté pour plus tard.

Il se trouve que pour elle, la vie a été très mouvementée par la suite et puisqu’il n’y a jamais eu de livre sur elle, je me suis cru un peu autorisé à le faire, dans la mesure où j’ai suivi tout son parcours puisque j’ai été son arraché de presse ainsi que celui de Michel Berger de 1975 à 90.

Alain Morel est un journaliste qui a co-écrit ce livre avec moi, et qui a été celui qui a recueilli les derniers propos de Michel, quelques minutes avant qu’il ne parte pour ce qui sera sa dernière partie de tennis, le 2 août 1992. Même si aujourd’hui je ne vois plus France (on s’est éloignés sans être fâchés), j’ai continué à suivre ce qu’elle faisait et ce qu’il lui arrivait. J’avais envie d’écrire ce livre car c’est aussi un livre sur ma vie quelque part.

Christophe Daniel / Sans nous révéler les pages de votre livre, racontez-nous un peu l’enfance de la petite Isabelle Gall ?

Grégoire Colard / Isabelle, Geneviève, Marie, Anne, Gall, vient d’une famille de musiciens. Son père, Robert Gall, était auteur, c’est lui qui a écrit « La Mamma » pour Charles Aznavour et « Les amants merveilleux » pour Édith Piaf. Il était aussi chanteur puisqu’il se produisait dans des cabarets ou dans des salles de cinéma où il chantait entre deux films. Mais ce n’est pas tout, le père de sa mère était le co-fondateur des « Petits chanteurs à la croix de bois ». Tout le monde dans la famille jouait d’un instrument, France jouait un peu de piano et de la guitare et elle chantonnait.

Les dimanches après-midi, à Paris ou à la campagne, ils se réunissaient pour jouer de la musique en famille, ou bien pour aller entendre un oncle qui faisait un récital dans une église. France se faisait prier par ses amis d’école pour aller chanter à des fêtes de fin d’année. Elle était très attachée à sa famille, ils partaient tous en caravane l’été avec les géraniums de sa maman. France parle toujours de son enfance avec bonheur comme d’une période un peu bohème.

Christophe Daniel / Ce qui aurait dû être un conte de fées pour petite fille, va devenir un véritable cauchemar pour la jeune Isabelle que l’on va très vite renommer France après un match de rugby historique en 63. Comment tout cela s’est-il déroulé ?

Grégoire Colard / C’est son père qui a voulu lui faire enregistrer quatre chansons, des reprises dans un premier temps, pour faire des essais parce qu’il avait remarqué qu’elle chantait tout le temps, qu’elle « scattait » sur des disques de Count Basie, qu’elle se faisait des duos virtuels avec Ella Fitzgerald.

Dans un premier temps, aller au studio était plus amusant qu’aller au lycée. Et en fait dès qu’elle a commencé, elle en a bavé. Elle s’est rendu compte que c’était du travail. On lui préparait son look, on l’habillait, on la coachait. C’était très éprouvant. Quand elle fait ses premières interviews, on va lui demander : « Que ferez-vous plus tard ? », elle va répondre tout naturellement : “Dans 5 ans, j’arrête !”

Son coproducteur de l’époque la gifle en lui disant qu’elle est folle, que ce n’était pas du tout ce qu’elle devait répondre. Elle n’oubliera jamais ce geste, elle avait 16 ans, à l’époque la majorité c’était à 21. Elle était encore un bébé et jouait encore à la poupée.

Mais très vite, sa vie de jeune fille va lui échapper, après les succès phénoménaux de « Ne sois pas si bête » ou de « Sacré Charlemagne » (chanson qu’elle avait détestée d’emblée et qu’elle refusait de chanter sur scène dans les premiers temps), elle se rend compte qu’on lui subtilise son adolescence. Papa Gall se trouve désolé que sa fille se rebiffe autant. Ce qui ne va pas l’empêcher de réussir une carrière internationale, en Allemagne par exemple où elle devient une grande vedette avec ses propres titres adaptés dans la langue de Goethe, qu’elle va apprendre à chanter phonétiquement. Elle y aura tellement de succès qu’elle représentera ce pays dans quelques festivals en tant que chanteuse allemande.

Au Japon, elle va être en tête des hit-parades pendant 2 ans. Elle a très vite fait le tour du monde, sans rien en voir. Elle n’avait pas le temps de faire du shopping, les paparazzis étaient déjà autour d’elle.

Puis on continue constamment à lui faire chanter des chansons qui ne lui plaisent qu’à moitié. Des titres qui vont lui faire honte, qui vont la faire pleurer, comme « Les sucettes » de Gainsbourg. Il faut savoir qu’elle a fait une véritable dépression après la sortie de cette chanson. Elle était trop jeune pour avoir compris à l’époque, ce n’est pas comme les jeunes filles d’aujourd’hui qui s’habillent comme des adultes, en 1963-64, les jeunes filles étaient de véritables jeunes filles. On a dit qu’elle devait être conne ou bien qu’elle avait fait semblant de ne pas comprendre, mais pas du tout, c’est ni l’un ni l’autre, c’était une jeune fille et elle n’a pas compris ce que l’esprit de Serge Gainsbourg avait voulu lui faire dire. D’autant plus qu’au départ, c’est elle qui lui avait donné l’idée de cette chanson en disant qu’elle aimait beaucoup les sucettes. Deux mois plus tard, il lui a apporté « Les sucettes », chanson qu’elle a trouvée très mignonne au départ.

Après sa rencontre avec Michel Berger, elle s’est mise à regretter tout ce qu’elle avait fait auparavant. Elle aurait aimé l’effacer. Elle était malheureuse en chansons, elle était malheureuse sur scène, car on ne lui donnait pas la dimension qu’elle souhaitait, et de plus elle n’avait aucune vie privée.

Christophe Daniel / Justement, peu de gens le savent, mais sa première grande passion commence en 1964, puisqu’elle va vivre une histoire impossible avec Claude François ?

Grégoire Colard / Oui c’est vrai, elle a 17 ans et lui en a 25. Elle le surnomme immédiatement « l’homme impossible », parce qu’il lui paraissait inaccessible. À l’époque, pour être une idole il fallait rester célibataire, alors les deux tourtereaux se cachaient. Mais il y avait beaucoup d’amour entre eux, et pourtant il était très jaloux de son succès.

Quand elle a fait l’Eurovision, il lui a dit que c’était une très mauvaise idée de faire ça pour sa carrière, que c’était casse-gueule. En fait, elle a gagné avec « Poupée de cire, poupée de son ». C’était en 65. Au moment où elle a été proclamée gagnante, elle lui a téléphoné aussitôt pour savoir s’il était fier d’elle, mais au lieu de cela, il lui a répondu qu’entre eux c’était terminé.

On connaît tous aujourd’hui le mauvais caractère légendaire de Claude François, on sait aussi comme il aimait qu’on le supplie, alors, elle est retournée dès le lendemain matin à Paris se suspendre à la sonnette de son amoureux qui habitait déjà boulevard Exelmans, espérant qu’il lui ouvre la porte. Ce qu’il fera éventuellement.

Christophe Daniel / Elle finira toutefois par ne plus supporter ses sautes d’humeur, et le quitter une fois pour toutes. Cloclo, effondré, à son tour, va écrire les premiers pieds de « Comme d’habitude » en pensant à elle. Quel effet cela lui a fait d’avoir été l’inspiratrice d’un tube international?

Grégoire Colard / Indifférence totale ! Elle dira juste que ce « monstre » décrit dans la chanson ne lui ressemble en rien. Elle ne s’est jamais glorifiée du succès qu’elle a pu inspirer. De toute façon, lorsque France tourne une page, c’est fini ! Elle ne revient pas en arrière.

Christophe Daniel / Une autre passion va la brûler, c’est celle qu’elle a vécue avec Julien Clerc, que s’est-il passé exactement ?

Grégoire Colard / Sans tout dévoiler … parce qu’il faudra lire mon livre (rires) … cette relation fut très douloureuse pour elle. Elle a commencé son histoire avec Julien Clerc quand elle commençait à ne plus avoir de succès. Elle a arrêté sa carrière internationale, elle ne s’est plus jamais produite en Allemagne et elle s’est investie complètement dans cette relation amoureuse : elle avait toujours voulu avoir une vie de famille, elle voulait fonder un foyer, se marier et s’occuper de ses futurs enfants. Elle l’avait demandé à Claude François, mais lui ne voulait plus se marier. Elle a donc demandé à Julien de lui faire des enfants, il lui a offert trois chiens à la place. Élégant, non ?!?

Cette histoire a quand même duré 5 ans. Tout comme Cloclo, il lui demandait de se cacher car il ne voulait pas s’afficher avec elle. Puis elle a fini par le quitter aussi.

Christophe Daniel / La véritable « Histoire de France » débute en 1973 lorsqu’elle découvre la musique de Michel. Savez-vous comment ça lui est arrivé ?

Grégoire Colard / À la radio, tout comme pour moi, mais évidemment pas en même temps. Elle était au volant de sa voiture et elle s’est arrêtée sur le bas-côté pour mieux l’écouter et j’ai fait exactement la même chose. Pour elle c’était le quitte ou double, elle a voulu le rencontrer de suite, en se disant que ce serait lui ou personne. S’il refusait, elle arrêtait de chanter.

Christophe Daniel / Comment êtes-vous devenu son attachée de presse?

Grégoire Colard / Moi je n’aimais pas beaucoup la chanson française. Je m’occupais de Genesis, de Queen, de gens comme ça. Michel Berger m’a contacté pour travailler avec lui dans un premier temps, ce que j’ai fait pendant 3 mois à peu près, sans savoir qu’il vivait avec France Gall. Il faut savoir que je ne m’intéressais pas du tout aux potins à l’époque – ça a bien changé depuis (rires). Un jour il me dit : « Tu sais que je vis avec France Gall ? » Je me vois lui répondre que non et là-dessus il me dit qu’il vient de lui produire un album. Dans ma tête j’ai pensé : « Oh mon Dieu ! C’est une catastrophe, il va me proposer de travailler pour elle ! Comment vais-je faire ? » Parce que je ne l’aimais plus à ce moment-là, je l’avais un peu aimée à ses débuts et puis entre-temps son image avait changé vis-à-vis du public. Alors, il m’a donné l’album. Je l’ai écouté tranquillement chez moi et j’ai trouvé ça génial. C’était vraiment du Berger et comme j’adorais ce qu’il faisait, je me suis retrouvé à travailler une année pour l’un et une année pour l’autre, puisqu’ils ne sortaient jamais leurs albums en même temps, pour que l’un d’entre eux s’occupent des enfants pendant ce temps. C’était chacun son tour !

Christophe Daniel / Comment gère-t-on un couple comme celui-là ?

Grégoire Colard / Moi j’avais le feeling avec eux, pour leur musique mais aussi pour leurs personnalités. Je n’étais pas impressionné du tout, il faisait la musique, elle chantait, lui aussi, elle faisait la cuisine, on déjeunait et on dînait ensemble, on voyageait ensemble, on jouait aux cartes, on rigolait, c’était une vraie vie de famille.

Christophe Daniel / C’était plutôt des vacances ou plutôt du travail ?

Grégoire Colard / Michel avait ce côté américain qui voulait qu’on soit très amis, on jouait aux cartes ou à des jeux de société et puis d’un seul coup, on pouvait s’arrêter pour discuter boulot. Alors tout devenait sérieux. Lorsque Michel parlait, il chuchotait presque, il avait une voix très douce. Je ne l’ai jamais vu en colère ! Quand il était fâché, il s’arrêtait de parler. À ce moment-là, tout le monde se demandait ce qu’il se passait car c’était assez rare mais tout restait dans le calme. Quand il avait une idée de musique, il s’absentait discrètement en s’excusant et il allait dans une pièce à côté où se trouvait toujours un piano noir pour écrire ce qu’il venait d’imaginer.

Quand Michel se déplaçait chez des amis, il fallait qu’il y ait un piano, sinon il ne venait pas ! Soudain on entendait, « ding, ding, ding », deux ou trois accords auxquels il venait de penser, il enregistrait sur un petit magnétophone qu’il ne quittait jamais et il revenait parmi nous comme si de rien n’était.

Christophe Daniel / Vous commencez à vous occuper de France dès son premier album où l’on trouve « La déclaration », « Samba Mambo » et « Comment lui dire ». Pléthore de succès pour une France ressuscitée, puis vient le second album qui est un petit peu un album concept, je veux parler de « Dancing Disco » en 77. Comment Michel a-t-il eu cette idée ?

Grégoire Colard / Michel et France se sont mariés en 1976 et l’année suivante nous sommes partis quelques temps en voyage aux États-Unis, à Los Angeles, à New York et puis à San Francisco. C’est dans cette dernière ville que France décida de sortir en boîte. Seulement, il se trouve que toutes les boîtes de San Francisco, en 77, étaient gays. Michel ronchonne un moment en se demandant ce qu’il va bien pouvoir faire là-dedans. Mais il nous suit tout de même, et restera au bar, de peur qu’il ne lui arrive quelque chose (rires). Alors que France et moi nous éclations comme des malades, dans la tête de Michel, il s’est passé quelque chose. Il a vu les lumières démentes, les lasers, les fumées et surtout il a entendu la musique disco qui n’existait pas encore chez nous mais qui explosait de l’autre côté de l’Atlantique.

Tout ceci lui a donné l’idée d’écrire cet album « Dancing Disco » où, sur la pochette, il a eu l’idée du dessin d’une soucoupe avec de la monnaie dedans. Mais outre le titre « Dancing Disco », on peut y trouver aussi « Si maman si », qu’il avait écrite en pensant à sa propre maman !

Christophe Daniel / En 78, Michel compose les musiques de Starmania pendant que Luc Plamondon en écrit les textes. L’album studio sort en 78 et sera monté en spectacle en 79, mais France n’était pas prévue dans le casting original. Que s’est-il passé?

Grégoire Colard / Michel voulait un spectacle très original et il ne voulait pas mélanger les carrières et surtout pas que le spectacle fonctionne sur des noms connus. Ils ont pris Balavoine et Fabienne Thibault qui étaient encore inconnus. De son côté, France n’était pas impliquée mais elle donnait son avis ; Michel lui demandait de chanter certains titres pour se faire une idée. Bref, elle était là. Elle faisait la cuisine pendant qu’ils travaillaient et elle se sentait un peu frustrée, elle ne disait rien mais elle en avait gros sur le cœur.

Il se trouve que les financiers – Europe 1 et compagnie – ont demandé la présence de quelques noms connus. Luc a proposé Diane Dufresne qu’il produisait au Québec et Michel a fait chanter France.

Christophe Daniel / Qui découvre Daniel Balavoine, France ou Michel ?

Grégoire Colard / C’est France ! Elle l’a vu un jour à la télévision chantant une de ses chansons qui faisait très comédie musicale: c’était « Lady Marlène ». Elle est tombée amoureuse de la voix de Daniel. Quand ils ont fait le casting, elle a trouvé que ce mec était génial, il était en blouson noir et il chantait dans les aiguës. Elle s’est dit qu’il était parfait pour le rôle de Johnny Rockfort.

L’histoire d’amitié a commencé là, mais il était surtout le confident de Michel. Ils étaient très proches l’un de l’autre, il l’estimait véritablement comme son frère. France s’entendait évidemment très bien avec Daniel aussi, ils riaient énormément ensemble, c’était des fous rires dans toute la maison quand Daniel était là.

Christophe Daniel / Comment sont arrivées les actions humanitaires pour l’Afrique ?

Grégoire Colard / C’est venu d’Angleterre. Bob Geldorf avait organisé un grand spectacle caritatif à Wembley qu’il avait appelé « Band Aid », RTL, qui parrainait le show, avait emmené en spectateurs, France, Michel, Daniel, Richard Berry, Renaud et il y avait aussi Lionel Rotcage, le fils de Régine.

En revenant en France, Lionel lance l’idée que les chanteurs français fassent la même chose à Paris. Renaud écrit une chanson qui va s’appeler « Loin du cœur et loin des yeux » auquel Michel et France participent. Et c’est ensuite que Balavoine crée son mouvement « Action École » dans lequel France s’est impliquée avec beaucoup d’acharnement. Ensuite, Daniel est parti pour le Sahel pendant le Paris Dakar en janvier 86, pour y amener des pompes à eau et c’est là qu’il a disparu. France, Richard et Michel sont repartis tous les trois pour ramener du riz et du sucre en Afrique. Ils ont repris naturellement la suite de son action.

Aujourd’hui je sais que France s’occupe d’une autre association qui s’appelle « Cœur de femmes » pour les femmes battues et sans domicile fixe.

Christophe Daniel / Alors que Michel et France aiment à sortir leurs albums simultanément en 1980, sortent deux albums en même temps et pas des moindres, « La groupie du pianiste » pour Michel et « Il jouait du piano debout » pour France, le même été. Comment gère-t-on ça lorsqu’on est l’attaché de presse des deux?

Grégoire Colard / C’était très amusant : un jour c’était lui qui était numéro un des ventes et la semaine suivante c’était elle. Eux, ils ont géré ça très bien, c’était une adéquation totale dans le discours de Michel et de France, ils étaient de gauche tous les deux, Mitterrand allait être élu, ils étaient très proches de lui, de Balavoine, de Renaud, de Coluche. Il y avait une crédibilité qui s’est cristallisée autour de leur musique, de leurs pensées politiques et du monde dans lequel ils vivaient. C’était l’osmose parfaite.

Christophe Daniel / Puis vient le duo avec Elton John, un album était prévu et finalement on n’aura qu’un 45 tours avec deux titres dont « Donner pour donner » qui sera un énorme tube. Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’album ?

Grégoire Colard / Il se trouve qu’Elton John écoutait beaucoup ce qui passait en France, parce qu’il voulait se faire connaître du public français, ce qu’il n’arrivait pas à faire. Il a acheté les disques de France Gall, puis alors que je fêtais mon anniversaire et que je les attendais tous les deux, ils m’ont appelé pour me dire qu’ils partaient pour Saint-Tropez rencontrer Elton qui venait de les appeler. Pour la petite anecdote, quand ils ont répondu au téléphone, ils lui ont raccroché au nez la première fois, ne croyant pas que c’était le vrai (rires). Il a rappelé et leur a dit qu’il aimait beaucoup ce qu’ils faisaient ensemble, qu’il allait à la soirée blanche d’Eddie Barclay à Saint-Tropez et qu’il aurait bien voulu les rencontrer à cette occasion !

Ils se sont mis à travailler ensemble un mois plus tard à Los Angeles avec Bernie Taupin et ils ont commencé à enregistrer. France ne se sentait pas bien (elle était enceinte de Raphaël, son deuxième enfant, et ne le savait pas encore mais elle avait des nausées devant Elton), ce qui la dérangeait terriblement. Cette grossesse fur d’ailleurs très difficile pour France. Ils ont donc annulé la tournée qu’ils avaient prévue ensemble et l’album par la même occasion, à leur grand regret. Il est venu une fois chanter avec elle sur scène quand elle a fait le Palais des Sports en 82, puis ils se sont quittés bons amis.

Je voudrais préciser que beaucoup de gens pensent que la chanson « Il jouait du piano debout » était un hommage à Elton mais pas du tout, Michel l’avait écrite en pensant à Jerry Lee Lewis.

Christophe Daniel / Pour ses concerts au Théâtre des Champs-Élysées en 78, au Palais des Sports en 82, au Zénith en 84 et 87 comment a-t-elle appréhendé ces rendez-vous avec le public ?

Grégoire Colard / France détestait faire de la scène à cause de sa première période où elle avait été mal entourée. Avant de faire le Théâtre des Champs-Élysées en 78 où il y avait un orchestre composé uniquement de femmes, Michel lui dit : « Tu vas voir le bonheur que l’on peut ressentir sur scène ». Elle était enceinte de Pauline, avec interdiction de bouger, mais elle s’est rendu compte qu’il se passait un truc avec le public. 4 ans plus tard, elle fait le Palais des Sports pendant 5 semaines en tout et malgré un temps pourri sur Paris, le spectacle a très bien marché. Elle a appris à jouer du saxophone pour l’occasion, elle s’est investie à fond.

Pour le second Zénith, elle savait qu’elle voulait arrêter de chanter alors elle avait décidé de mettre tout ce qu’elle aimait dedans : des danseurs africains, des cors, elle voulait que ce soit une fête musicale et visuelle.

Christophe Daniel / Pourquoi a-t-elle voulu tout arrêter en 88 ?

Grégoire Colard / Pour s’occuper de sa fille qui était atteinte de la mucoviscidose. Après ce show, elle avait atteint le zénith, c’est le cas de le dire. Il était temps de faire une pause, peut-être pas définitive mais il n’était plus question de continuer à ce moment-là.

Pendant 4 ans, France va vouloir tout faire, même ouvrir une librairie. Elle a voulu faire de la production musicale avec le groupe de Calogero, « Les Chans », qu’elle avait découverts. Mais dans le couple, les choses ont commencé à être houleuses parce qu’elle ne voulait plus chanter, ils ne parlaient donc plus le même langage. Arrivée à la quarantaine, elle pensait qu’elle était en train de devenir adulte face à la douleur de sa fille.

Mais elle a compris que ce qu’elle savait faire de mieux, c’était être chanteuse. Alors elle a accepté de refaire un album, mais avec lui ! Pendant leurs carrières, Michel et France n’ont pas voulu qu’on les prenne pour des chanteurs de bluettes ou de comédie musicale ringarde. Ils ne se voyaient pas chantant en chœur la main dans la main, ce n’était pas possible (rires). Néanmoins, France le met au défi en lui disant qu’il faut qu’il écrive autre chose, que ce qu’il faisait ne lui correspondait plus. Alors que lui avait envie de faire du cinéma en tant que réalisateur, il avait un projet très précis d’ailleurs avec Luc Plamondon, il voulait faire un film qui se serait appelé « Totem ». Mais il est parti aux USA pour chercher l’inspiration et il est revenu avec l’album « Double jeu », un album dans lequel justement ils allaient chanter ensemble, mais à deux voix en même temps, pas comme des duos évidents avec des questions et des réponses.

Ils ont chanté cet album ensemble au « New Morning » pour un showcase qui fut très étonnant et une tournée mondiale était prévue. Michel était à la fin de sa carrière musicale, c’est France qui a été l’instigatrice de ce renouveau de style de musique. On ne peut donc pas imaginer ce qu’aurait été ses albums suivants, puisqu’il est disparu le 2 août 1992. Il aurait vraisemblablement fait autre chose.

Christophe Daniel / Ensuite, elle va se battre, défendre cet album en en faisant la promo ; elle va enchaîner Bercy en 93, Pleyel en 94. Refaire un album de reprises de Michel réorchestrées par des musiciens américains en 96 pour remonter un dernier Olympia et puis tirer sa révérence en 97 après le concert privé qu’elle a réalisé pour M6. On ne l’a pas revue depuis l’an 2000, lorsqu’elle est montée sur la scène de l’Olympia pour rejoindre Johnny une dernière fois pour un « Quelque chose de Tennessee » inoubliable. D’après vous, reviendra-t-elle ?

Grégoire Colard / Pour Je ne crois pas, car la chanson lui a volé son adolescence, lui a gâché ses amours, lui a volé une partie de sa vie. Elle a perdu le frère de Michel d’abord, Daniel Balavoine ensuite, puis Coluche, son père, le père de Michel, Michel lui-même. Elle s’est battue contre son cancer du sein, elle a perdu sa fille et enfin elle a failli perdre son fils. C’est un peu beaucoup pour un petit bout de femme comme elle, si forte soit-elle.

Elle sait que le bonheur est fragile mais elle sait qu’elle peut encore y avoir droit. Elle aime son public mais ne veut plus être France Gall, être coiffée pareil, ne pas avoir le droit de grossir, ne pas avoir le droit de vieillir sans que tour le monde en parle. La célébrité est une prison pour elle, elle préfère être libre aujourd’hui.

Pour mieux la comprendre, « Nos Tendres et Douces Années » vous recommande ce livre merveilleusement écrit aux éditions Flammarion, « France Gall : Le destin d’une star-courage » qui vous fera revivre en détail toute sa carrière, comme si vous étiez dans sa peau …

Magazine : Nos Tendres et Douces Années
Propos recueillis par Christophe Daniel
Numéro de septembre et octobre 2007
Numéro : 9

Merci à Elisabeth.

France Gall en 2007

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Elles ne s’étaient plus revues depuis huit ans. France Gall et Françoise Hardy se connaissent depuis quarante ans, ont connu le succès à la même époque, celle des yé-yé.
Elles ne s’étaient plus revues depuis huit ans. France Gall et Françoise Hardy se connaissent depuis quarante ans, ont connu le succès à la même époque, celle des yé-yé.

Elles ne s’étaient plus revues depuis huit ans. France Gall et Françoise Hardy se connaissent depuis quarante ans, ont connu le succès à la même époque, celle des yé-yé.

Françoise est la plus grande « fan » de France.

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*Sources des textes

France Gall au secours des femmes en détresse

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Lorsque, en septembre, Mona Chasserio lui a proposé d'être la marraine de notre opération Cœurs d'Or 2006, France Gall a répondu « oui » sans hésiter. Parce que l'action de Cœur de femmes touche particulièrement la chanteuse. Elle s'est confiée à Pèlerin.
Lorsque, en septembre, Mona Chasserio lui a proposé d'être la marraine de notre opération Cœurs d'Or 2006, France Gall a répondu « oui » sans hésiter. Parce que l'action de Cœur de femmes touche particulièrement la chanteuse. Elle s'est confiée à Pèlerin.

Lorsque, en septembre, Mona Chasserio lui a proposé d’être la marraine de notre opération Cœurs d’Or 2006, France Gall a répondu « oui » sans hésiter.

Parce que l’action de Cœur de femmes touche particulièrement la chanteuse. Elle s’est confiée à Pèlerin.

Paula Boyer : Pourquoi avoir accepté d’être la marraine de nos Cœurs d’Or ?

France Gall : D’abord parce que Mona Chasserio m’a choisie. Ensuite, parce qu’il s’agissait d’aider des femmes. Il y a tellement à faire ! Très souvent encore, les femmes sont considérées comme des inférieures, elles sont étouffées, niées, humiliées, maltraitées. Il y a des parcours de femmes d’une dureté inimaginable ! Celles qui atterrissent dans la rue ont vécu des choses terribles. Pourtant, malgré tout ce que certaines ont traversé, si on leur tend la main, elles peuvent se remettre debout.

Depuis ma première rencontre avec Mona, j’ai été entraînée dans sa vie. Entre femmes, on se reconnaît. C’est incroyablement simple et naturel … Je suis allée à la Maison, les femmes de l’association m’ont accueillie. Les filles me disent : « C’est bien toi qui es là ? C’est incroyable ! Moi, j’écoutais tes chansons quand j’étais toute petite … »

C’est la musique qui a accompagné leur vie qui nous rapproche, qui fait le lien entre nous. Je leur fais écouter des chansons qui leur parlent. En 1992, dans notre dernier album avec Michel Berger, on a enregistré une chanson, Les couloirs des Halles, qui évoquait les filles qui vivent dans la rue. J’ai d’autres chansons qui leur parlent : par exemple, dans le même album, Toi, sinon personne.

Paula Boyer : Ce sont les épreuves que vous avez vécues – la mort de votre mari, le chanteur Michel Berger, celle de votre fille Pauline, à 19 ans, votre cancer du sein – qui vous rendent ces femmes si proches ?

France Gall : Pour Mona Chasserio, je suis la preuve vivante que l’on peut s’en sortir (Elle rit). C’est important pour elle dans son travail avec les femmes …

Paula Boyer : N’est-ce pas difficile d’être confrontée de nouveau, à travers ces femmes, aux épreuves les plus cruelles de la vie ?

France Gall : Ce serait très difficile pour moi s’il s’agissait d’enfants. Un enfant à la rue, c’est le bout du malheur, de la détresse, du manque d’amour. C’est d’ailleurs pourquoi au Sénégal, à Dakar, je soutiens le Samu social qui recueille les enfants des rues … Je les invite dans ma maison, sur une île au large de Dakar, et je leur offre du rêve : nous allons à la plage, nous déjeunons, nous faisons de la musique … Mais c’est très dur d’épauler les enfants. Le contact avec les femmes en souffrance est, tout compte fait, moins difficile, parce qu’un adulte peut mieux comprendre. Mona a l’intention d’ouvrir une maison pour les femmes de la rue, à Dakar.

Paula Boyer : Qu’est-ce qui vous touche particulièrement dans Cœur de femmes ?

France Gall : l’idée de la Maison, ce lieu où Mona recueille des femmes et les aide à se remettre debout, c’est vraiment quelque chose de concret qui me plaît ! Cette « maison » vit, bouge. On y entend des rires, mais aussi des colères, de la musique, des choses dures et des paroles qui consolent, C’est la vie, c’est aussi la reconstruction qui est en route. Cette maison avec sa salle à manger dont les fenêtres donnent sur un petit jardin, c’est un chez-soi … Une maison, c’est si important pour une femme !

Une femme dans la rue, c’est un non-sens absolu. Moi, je me suis guérie dans ma maison de Dakar. Elle ni a donné, à ce moment-là, plus que beaucoup d’êtres humains. Une maison, c’est une sorte d’enveloppe protectrice autour de nous. Un autre nous-mêmes. Elle concentre notre énergie et un peu de notre âme. Sans maison, nous sommes perdus.

Ce qui m’a plu aussi, c’est que Cœur de femmes laisse à chaque femme le temps qu’il lui faut pour se reconstruire. Elles peuvent partir et revenir.

Paula Boyer : Le temps, c’est nécessaire pour surmonter les épreuves de la vie ?

France Gall : Comme tout le monde, j’ai été une personne impatiente. Comme tout le monde, je croyais que c’était une qualité. La vie m’a appris la patience et la qualité de la patience. Pour faire un enfant, il faut neuf mois, pas deux. C’est pareil pour reconstruire une personne : il faut du temps. Aujourd’hui, je regarde les gens qui courent ; j’ai été comme cela. Je sais ce que c’est que le stress. Je n’ai pas appris grand-chose pendant cette période. Ce que j’ai appris d’essentiel sur la vie, c’est quand je me suis arrêtée de courir.

Paula Boyer : Cet essentiel, c’est quoi ?

France Gall : La vie. J’ai appris à la comprendre, à l’accepter, à lui faire confiance et à l’aimer. J’ai appris que chaque personne est unique et, en vérité, que pas une n’est plus importante que l’autre. J’ai appris aussi que la vie, ce n’est pas quelque chose qui peut s’arrêter. La vie, c’est plus que ce que l’on peut vivre sur terre.

Paula Boyer : Vous venez d’une famille très catholique, votre grand-père était le fondateur des Petits chanteurs à la Croix de bois.

France Gall :  Mon grand-père a fondé les Petits chanteurs en 1907, il avait alors 22 ans ! C’était un homme parfait et très pieux !

Paula Boyer : Nous invitons les lecteurs de Pèlerin à envoyer des dons pour que Cœur de femmes puisse créer une nouvelle « Maison » à Guérande, une maison qui irait encore plus loin dans la reconstruction des femmes de la rue ? Quel message voudriez-vous leur délivrer ?

France Gall : Aux lecteurs de Pèlerin, je dis d’abord : « Nous avons besoin de vous ! » Je leur dis aussi merci par avance pour ce qu’ils feront. Cette « maison » de Guérande, ce sera un idéal de maison. Tout y sera fait dans le respect de la nature, depuis l’utilisation du bois pour la construction jusqu’au potager et au verger, où les femmes travailleront avant d’aller vendre leurs produits au marché. Elles œuvreront aussi dans les marais salants. Pour faire du sel, il faut neuf mois, c’est le temps d’une naissance ou, dans leur cas, d’une renaissance. Le contact avec la nature est essentiel pour se reconstruire.

Paula Boyer : Au-delà de l’opération Cœur d’Or de Pèlerin, vous allez également devenir marraine de Cœur de femme ?

France Gall : C’est en train de se faire tout naturellement. Ce travail auprès des femmes en difficulté me parle très profondément. En me demandant d’être la marraine de Cœur de femmes, Mona Chasserio me donne l’occasion de donner. C’est elle qu’il me faut remercier.

Magazine : Pèlerin
Par Paula Boyer
Date : 16 novembre 2006
Numéro : 6468

France Gall, une femme en colère

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Ces derniers mois, Véronique Sanson est omniprésente sur les plateaux de télé. Son actualité est chargée : nouvel album, tournée, livre de confidences.
Ces derniers mois, Véronique Sanson est omniprésente sur les plateaux de télé. Son actualité est chargée : nouvel album, tournée, livre de confidences.

Ce qu’a déclaré Véronique Sanson dans la presse

A propos de son album de reprises de Michel Berger, « D’un papillon à une étoile » : « Je n’ai pas pensé un seul instant à la réaction de France Gall. Je l’ai fait par amour, pour la beauté du geste. » Voici 20/09/04

Sur la réaction de France Gall à l’album de reprises : « Je préférerais qu’on la laisse en dehors de tout ça. Je n’ai jamais eu envie de lui faire du mal. » Le Parisien 18/01/00

Sur ses rapports avec France Gall : « Nous n’en avons aucun. Sauf que je suis convaincue d’une chose : il n’y a que deux personnes au monde qui puissent chanter Michel sans que je tremble de honte : France et moi. Pardon, j’aurais peut-être dû dire : moi et France …” Voici 20/09/04

Sur leurs réponses par chansons interposées : « J’ai toujours regretté d’être partie. Nous ne nous sommes plus revus. Nous nous écrivions par disques interposés. Il composait « Seras-tu là ?» Je composais « Je serai là ». C’était notre façon de nous parler. » Télé 7 Jours 06/11/99


À chacun de ses rendez-vous de promotion, la chanteuse parle de Michel Berger et de leur relation, qui date de plus de trente ans. Selon la chanteuse, Michel Berger n’aurait aimé qu’elle et elle seule, aujourd’hui, serait capable de parler correctement de lui. Dans son livre, elle fait même dire à Marc-Olivier Fogiel que France Gall serait un amour de substitution. Des propos que l’animateur de France 3 dément.

Mais qu’en pensait la principale intéressée, France Gall ? Impossible de le savoir, puisqu’elle ne s’était jamais exprimée sur ce sujet. Cautionnait-elle, par ce silence, les propos tenus ? La réalité est toute autre et la révolte de France Gall est évidente. La récente sortie du livre de Véronique Sanson, dans lequel une cinquantaine de pages sont consacrées à Michel Berger et France Gall, a été la goutte de trop. Aujourd’hui, France décide de parler et nous reçoit dans l’appartement familial où elle a vécu avec Michel et leurs enfants. Dans le salon, le piano du compositeur. Exaspérée, elle réagit aux propos de Véronique Sanson. Et ça balance pas mal …

VSD. Pourquoi ressentez-vous aujourd’hui le besoin de prendre la parole ?

France Gall. J’assiste à la construction d’une histoire fausse et ça suffit. Il faut que cela s’arrête. Tout a commencé après le décès de notre fille Pauline, j’étais alors en deuil. En 1999, j’ai appris que Véronique Sanson préparait un album de chansons de Michel, créées par lui ou par moi. J’ai trouvé cette démarche étrange. Puis, j’ai découvert qu’elle se servait aussi de moi comme « caution », prétendant avoir obtenu mon autorisation. Il faut savoir que, en France, n’importe qui peut interpréter les chansons d’un autre à condition de ne modifier ni la mélodie ni les paroles. Véronique Sanson n’avait donc pas besoin de mon autorisation pour le disque. Pendant les six ans qu’ont duré les promotions de cet album, de son spectacle, de son portrait télé et maintenant de son livre, j’ai ressenti un malaise de plus en plus profond. Je suis choquée que Véronique Sanson se serve du nom et des œuvres de Michel en faisant resurgir la liaison qu’elle a eue avec lui lorsqu’il était un jeune compositeur inconnu. Libre à elle d’exhiber ses malheurs, cela m’inspire plutôt de la compassion. Je n’ai pas à la juger, ni personne d’ailleurs. Ce qu’en revanche je ne peux pas accepter, c’est l’utilisation d’un épisode ancien de la vie de Michel. Je ne suis pas là pour effacer l’histoire qu’elle a eue avec lui jusqu’à leur séparation, en 1972. On a tous eu un amour de jeunesse. Mais vous imaginez, elle s’accroche à une histoire qui date de trente-trois ans !

VSD. Cependant, elle affirme régulièrement : « J’ai demandé à France toutes les autorisations du monde et elle a dit oui. » Pourquoi, selon vous ?

F. G. Peut-être pour que les gens soient moins choqués par son discours … En fait, je n’en ai aucune idée. Ce que je sais, c’est que j’ai refusé tout ce qu’elle m’a demandé. C’est pour cela que vous voyez très peu d’images de Michel dans son portrait télé à elle, et aucune dans le livre qu’elle sort cette année.

VSD. Pensez-vous que ce soit le remords qui fait que, pour elle, son histoire avec Michel Berger n’est pas finie ?

F. G. Si c’est le cas, il faut qu’elle arrête de se culpabiliser d’avoir quitté Michel « lâchement », comme elle le dit. Car Michel, lui, a tourné la page en tombant amoureux et en faisant sa vie avec moi. Ça, c’est la réalité. Nous ne nous sommes pas mariés, comme Véronique dit l’avoir fait avec Stephen Stills, par « politesse ». Michel et moi, nous nous sommes mariés par amour. Nous avons vécu dix-huit ans ensemble et nous avons fait deux enfants, aussi par amour.

VSD. Pourtant, Véronique Sanson prétend que, jusqu’à son décès, Michel et elle auraient correspondu par chansons interposées ?

F. G. C’est son cheval de bataille depuis la sortie de son album « D’un papillon à une étoile », un mythe qu’elle construit. Mais, c’est faux et ridicule ! Je défie quiconque de trouver une interview dans laquelle Michel déclare qu’il communiquait par chansons interposées avec elle, ou avec qui que ce soit d’autre d’ailleurs. Quelque chose qui ne viendrait pas directement de Michel n’aurait pas de valeur.

VSD. Mais elle affirme que Michel lui parlait, par exemple, avec la chanson Seras-tu là ?

F. G. Elle dit qu’elle a pris cette chanson pour elle. Et que, plus tard, elle lui a répondu avec Je serai là. Mais quand Michel a sorti Seras-tu là ?, en mai 1975, il ne s’adressait pas à elle. Les gens ont plutôt pensé que ce titre m’était destiné. Michel a simplement écrit une belle chanson qui ne s’adressait à personne et en même temps à tout le monde. Pour lui, c’était un texte parmi d’autres. Véronique Sanson a répondu à des chansons qui ne lui étaient pas destinées. Elle a le droit d’y croire et d’affirmer qu’elle répondait à Michel de cette manière. Mais elle n’a pas le droit de parler au nom de Michel. On ne fait pas parler ceux qui ne sont plus là.

VSD. Véronique Sanson est-elle, selon vous, en train de salir la mémoire de Michel Berger ?

F. G. Quand elle dit que Michel lui a adressé Seras-tu là ? alors que lui et moi commencions à vivre ensemble, elle laisse penser que Michel était quelqu’un de malsain. Cela remet nos vies en question. L’œuvre de Michel aussi. Moi, je trouve que ce n’est pas nous qu’il faut remettre en question. A aucun moment, du vivant de Michel et jusqu’à la sortie de l’album de Véronique, « D’un papillon à une étoile », celle-ci n’a parlé ainsi de Michel ni de cette « vieille histoire ». Elle le fait aujourd’hui, alors qu’il ne peut plus ni lui répondre ni la contredire. Elle s’est inventé tout ça. Il faut qu’elle comprenne qu’elle a cessé d’être quelqu’un d’important pour Michel quand, à 25 ans, il a fait ses choix et a construit sa vie.

VSD. Dans son portrait télé, Véronique Sanson dit qu’ils étaient « attirés l’un vers l’autre jusqu’au bout ».

F. G. Une fois encore, c’est elle seule qui l’affirme. Pas Michel, qu’elle fait parler. C’est pour moi, comme pour ceux qui ont bien connu notre couple, totalement inacceptable.

VSD. Qu’est-ce qui motive son comportement, selon vous ?

F. G. Dans l’émission de Mireille Dumas, où elle était invitée dernièrement, Véronique Sanson s’est dite d’un « égoïsme effrayant ». Qu’elle ramène tout à elle la regarde, mais il ne faut pas que cet égocentrisme ternisse l’image de Michel et déforme ce qu’il était, ni qu’il blesse ceux qui le connaissaient et l’aimaient. Nous n’avons pas à en pâtir. Ni moi, ni notre fils.

VSD. Elle paraît s’étonner de ne pas avoir de vos nouvelles. Quels sont vos rapports ?

F. G. Véronique Sanson semble avoir oublié qu’elle a témoigné contre moi lors d’un procès qui m’a opposé à celle qu’elle appelle sa « presque belle-sœur » (la sœur de Michel Berger, NDLR), alors que nous souhaitions, notre fils et moi, inhumer, selon leurs vœux, Michel et Pauline ensemble au cimetière de Montmartre. La justice m’a donné raison en octobre 1999 et ce n’est qu’à partir de ce moment-là, seulement, que j’ai pu commencer à « faire » – comme on dit – le deuil de notre fille.

VSD. Parfois, on a l’impression qu’elle se voudrait l’héritière de Michel Berger.

F. G. Elle n’est l’héritière de rien du tout. Comment peut-elle dire, dans Le Parisien : « Je veux montrer que Michel est autre chose qu’un faiseur de tubes, c’est mon devoir » ? Vous imaginez un artiste comme lui lisant ce genre de phrase ? Mais de quel « devoir » parle-t-elle ? Est-ce que Michel lui a demandé de superviser sa musique ? Jamais. Alors, de quoi se mêle-t-elle ?

VSD. Elle écrit dans son livre qu’elle est « fière de vous d’avoir si bien chanté les chansons de Michel » …

F. G. Elle peut aimer ou non ma manière de chanter Michel, mais je ne comprends pas en quoi cela peut lui donner de la « fierté ». Elle n’a rien à voir là-dedans. Ce qui compte, c’est que ça nous plaisait à nous, quand Michel et moi nous travaillions ensemble, en studio, avec nos musiciens, en famille. C’était notre fierté et elle reste la mienne.

VSD. Quand elle dit : « J’aimerais faire de la belle musique pour France, pour nous, pour lui, pour qu’elle puisse la chanter comme moi et comme Michel » ; qu’est-ce que vous éprouvez ?

F. G. Ça m’embrouille la tête et c’est dingue : les gens que je rencontre ont le sentiment que Véronique Sanson veut me remplacer dans la vie de Michel. Quand on lit cette phrase, on a le sentiment qu’elle veut aussi prendre la place que Michel avait dans ma vie, en m’écrivant des chansons, que je chanterais comme elle. Quelqu’un peut-il nous éclairer ?

VSD. Elle déclare également être la seule, avec vous, à savoir interpréter les chansons de Michel Berger. Comment réagissez-vous ?

F. G. Elle répète cette phrase et ça me gêne qu’elle efface d’un trait ceux qui, comme moi, ont eu la chance que Michel écrive pour eux. Johnny Hallyday, Daniel Balavoine, Elton John, Françoise Hardy, Céline Dion et bien d’autres. Tous appartiennent à son œuvre. Véronique Sanson n’est pas de ceux -là. Michel a produit ses deux premiers albums, au début des années soixante-dix, mais il n’a jamais composé pour elle. Elle n’a chanté, du vivant de Michel, aucune de ses chansons. Finira-t-elle par prétendre savoir mieux que lui comment interpréter sa musique ?

VSD. En voulez-vous aux médias d’accorder du crédit aux propos de Véronique Sanson ?

F. G. Je ne peux pas leur en vouloir. Ils ne sont pas forcément responsables de ce que disent leurs invités. J’espère qu’ils se montreront dorénavant plus circonspects.

VSD. Craignez-vous que cette histoire reste dans l’esprit des gens ?

F. G. Je préfère penser que, dans la vie, il n’y a que la vérité qui reste. Je fais confiance au public pour garder la vraie et belle image qu’il a de Michel Berger. Quant à moi, rien ni personne ne pourra m’enlever la relation magique et unique que j’ai vécue avec lui, au quotidien. Une existence tournée vers notre famille, vers la création et le plaisir des autres, faite d’amour, de complicité, de respect et de pudeur.

VSD. Croyez-vous Véronique Sanson quand elle répète qu’elle ne veut “surtout pas vous faire du mal” ?

F. G. J’ai du mal à la croire, alors qu’elle fait passer Michel pour un faible inconsolable, et moi pour une infirmière qui « était là pour prendre soin de lui ». Elle évoque même « un amour de substitution ». Je trouve cela insultant. Je ne connais pas une femme au monde qui ne trouverait pas cela insultant.

VSD. Comment pensez-vous qu’elle réagira à la lecture de cette interview ?

F. G. J’espère qu’elle va comprendre et s’arrêter. Comme on dit en anglais : « Give me a break !»

VSD. Elle dit qu’elle a « payé ses dettes » en chantant les chansons de Michel. Quelle est cette dette ?

F. G. C’est elle qui s’est mis en tête qu’elle avait une « dette » envers Michel, trente ans plus tard, alors que personne ne lui a rien demandé. Mais si dette il y a, en quoi le fait de chanter ses chansons l’effacerait ? Qu’elle respecte Michel, qu’elle le laisse en paix.

VSD. Allez-vous bientôt recommencer à chanter ?

F. G. Ce n’est pas d’actualité. On ne sait pas ce que la vie nous réserve. Tout est une question d’envie et de coup de cœur. Ce n’est pas parce qu’on ne me voit pas que je ne travaille pas. Ces dernières années, j’ai fait deux portraits télé, l’un de Michel, l’un de moi, ainsi que nos deux anthologies et un livre de photos sur Michel. Chacun de ces projets a été une vraie création.

VSD. Votre idéal de bonheur n’était pas de chanter, mais de fonder une famille. Aujourd’hui, vous êtes rayonnante et visiblement heureuse. Qu’est-ce qui vous fait avancer ?

F. G. La vie elle-même. En me donnant et en me reprenant, elle m’a tellement appris que je n’ai pas de peur. J’aime mon existence d’aujourd’hui, pourtant si différente d’hier. C’est ma force.

Magazine : VSD
Par Matthias Gurtler
Numéro du 30 novembre au 6 décembre 2005
Numéro : 1475

Eurovision Song Contest (Livre officiel 50 ans)

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La 10e édition du Concours Eurovision se déroule le 20 mars 1965. L'événement est d’importance : pour la première fois les téléspectateurs de l'Europe de l'Est et bien au-delà peuvent assister en direct à la retransmission du concours.
La 10e édition du Concours Eurovision se déroule le 20 mars 1965. L'événement est d’importance : pour la première fois les téléspectateurs de l'Europe de l'Est et bien au-delà peuvent assister en direct à la retransmission du concours.
La 10e édition du Concours Eurovision se déroule le 20 mars 1965. L'événement est d’importance : pour la première fois les téléspectateurs de l'Europe de l'Est et bien au-delà peuvent assister en direct à la retransmission du concours.

Naples – Italie – Lauréat : Luxembourg – Interprète : France Gall – 1965 – Titre : Poupée de cire, poupée de son – Compositeur : Serge Gainsbourg – Présentateurs : Renata Mauro et Mario del Monaco – Organisation : Rai

La 10e édition du Concours Eurovision se déroule le 20 mars 1965. L’événement est d’importance : pour la première fois les téléspectateurs de l’Europe de l’Est et bien au-delà peuvent assister en direct à la retransmission du concours. Une audience internationale estimée à près de 150 millions de téléspectateurs.

Les pays qui s’étaient présentés l’année précédente à Copenhague sont tous de retour en plus de deux nouvelles nations. La Suède, dont la télévision était parvenue à sortir de la crise, et l’Irlande – qui allait cumuler le plus de victoires au Grand Prix de !’Eurovision – faisaient leur entrée dans le concours. Aucun nouveau pays ne serait inscrit à l’Eurovision jusqu’en 1971.

Le Royaume-Uni allait présenter un morceau particulièrement novateur sur le plan musical ; la candidate britannique Kathy Kirby était une véritable star dans son pays, responsable de sa propre émission télé et forte de toute une collection de hits. Un sondage réalisé par la presse l’année précédente l’avait élue « meilleure chanteuse britannique » loin devant Cilla Black, Dusty Springfield et Petula Clark. À Naples, Kirby se présenta sur scène vêtue d’une étincelante robe de soirée moulante ; cheveux blond platine et rouge à lèvres carmin participaient à parfaire son image de starlette et sa ressemblance avec Marylin Monroe. Le titre qu’elle interpréta, I belong, était de loin le plus branché que les Britanniques n’aient jamais présenté ; une chanson pourtant bien terne en comparaison du titre qui cette année-là allait déchaîner le public de !’Eurovision.

Représentant le Luxembourg, France Gall, une jeune Parisienne de 17 ans, interpréta un titre aussi accrocheur et dans le vent que son look. Sa chanson, Poupée de cire, poupée de son, écrite et composée par Serge Gainsbourg, racontait l’histoire d’une poupée, lasse de n’être que le fruit d’une aventure musicale, privée d’émotion et de sentiments, enfermée entre les quatre murs d’un studio d’enregistrement, loin de toute réalité. Un titre particulièrement bien écrit et arrangé – ce qui ne surprendra personne connaissant la réputation d’auteur compositeur que Gainsbourg s’était déjà faite à l’époque. Des années auparavant, son sulfureux Je t’aime, interprété par sa femme Jane Birkin, avait scandalisé le monde et fait l’objet d’une dénonciation publique par le pape. La délicieuse prestation de France Gall suffit à convaincre les plus réticents et prouva à tous que mode et tendance avaient leur place dans le Grand Prix. Les juges impressionnés par la jeune artiste la désignèrent à l’unanimité comme leur favorite.

L’autre surprise vint de la chanteuse Conchita Bautista qui avait représenté l’Espagne à sa première entrée dans le concours en 1961. Revêtue d’une robe sans manches à plusieurs rangées de volants, l’artiste fit de son mieux pour que sa chorégraphie enlevée évoque la prestation d’un toréador. Mais, comme beaucoup d’autres avant elle, Bautista apprendra à ses dépens que rien ne sert de revenir après une première participation infructueuse. Son titre, Que bueno, que bueno, sera le premier en seulement deux participations de l’Espagne à ne pas réussir à se qualifier. Le pays sera rejoint en queue de peloton par l’Allemagne, la Belgique et la Finlande.

À la différence de l’Espagne, l’Irlande réussit sa première entrée avec une ballade plutôt triste de Butch Moore, chanteur vedette du groupe Capital Showband. Pour la première fois, un pays autre que le Royaume-Uni présentait un titre interprété en anglais – bien que le candidat suédois ait aussi opté pour l’anglais cette année-là. Dès le début, il fut clair que les Irlandais comptaient bien ravir leur place aux Britanniques. Malgré une entrée prometteuse, le candidat irlandais – dont le style démodé s’apparentait plus aux années 1950 que 1960 – ne réussit pas à grimper au-delà de la 6′ place, grâce aux 11 points attribués par trois pays.

Représentant l’Italie, le très adulé Bobby Solo tenta d’égaler avec son titre Se piangi, se ridi, le succès rencontré l’année auparavant par sa compatriote Gigliola Cinquetti. Un problème de gorge empêcha l’artiste de présenter sa chanson lors des répétitions ; Solo fut heureusement rétabli pour le grand soir et donna au public l’occasion de découvrir le seul groupe de choristes du concours, un trio de jeunes femmes qui reprenaient le refrain. Le style crooner de l’artiste italien et son interprétation convaincante allaient pourtant obtenir bien moins de succès que les mélodies rythmées et enlevées du Luxembourg ou du Royaume-Uni.

Le partage des points et le soutien que s’apportaient mutuellement les nations voisines furent conformes à ce que l’on avait pris l’habitude de constater. L’Irlande et le Royaume-Uni commencèrent par s’ignorer délibérément – un petit jeu toujours d’actualité – alors que Monaco attribua sa meilleure note à ses voisins français, imité par la Suède qui fit de même avec le Danemark … Europe, vous avez dit Europe ? …

Livre Eurovision Song Contest – Le livre officiel des 50 ans
Editeur : Succès du livre
Préfacier : Marie Myriam
ISBN : 2-7434-5417-2
Reliure : Relié sous jaquette
Pages : 192
Hauteur : 29 cm / Largeur : 23 cm
Date : 11 mai 2005

France Gall secrète

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France Gall, lolita star des années yé-yé, icône acidulée du Swinging in Paris des années soixante, sa mue s'est opérée dans les années soixante-dix vers le statut de grande chanteuse française.
France Gall, lolita star des années yé-yé, icône acidulée du Swinging in Paris des années soixante, sa mue s'est opérée dans les années soixante-dix vers le statut de grande chanteuse française.

France Gall est une artiste rare et donc forcément précieuse.

Lolita star des années yé-yé, icône acidulée du Swinging in Paris des années soixante, sa mue s’est opérée dans les années soixante-dix vers le statut, mérité, de grande chanteuse française.

Il aura suffi pour cela que son chemin croise celui de Michel Berger. L’alchimie d’un piano accordé à sa mesure, de textes qu’elle habite de son charisme, et deux moitiés qui se sont trouvées pour enfanter de tubes légendaires.

Avec passion, ces deux artistes ont donné un nouveau souffle à la chanson française, tutoyé les émotions. Mais Michel Berger n’est plus là, et France Gall a pris du recul. À l’occasion de la sortie d’une anthologie événement – l’intégralité de la carrière de France Gall en treize CD et un DVD*, nourrie de morceaux dans des versions rares et d’images jamais diffusées –, nous vous livrons nos inédits, ceux d’une femme dont la trajectoire et les chansons continuent de résonner dans notre propre histoire, tant ses refrains se jouent de l’érosion du temps. Un cadeau essentiel pour « rencontrer » cette interprète authentique. Un condensé de vie, avec ses rêves et ses larmes.

Souvenez-vous : le dimanche 2 août 1992, dans sa villa de Ramatuelle, près de Saint-Tropez, Michel Berger succombait à une crise cardiaque, après avoir joué une heure au tennis sous un soleil de plomb. Quelques semaines plus tard, il devait se rendre à Montréal pour les répétitions de La Légende de Jimmy, l’opéra rock qu’il avait composé sur un livret de son ami Luc Plamondon. La France et le Québec pleurent le compositeur le plus populaire de la variété contemporaine. La vie de France Gall et de leurs enfants ne sera plus jamais la même.

L’enfance d’une star

Seize mois seulement après la naissance de ses frères jumeaux, Isabelle Gall voit le jour le 9 octobre 1947,à Paris. A ses débuts, celle que tous ses proches surnomment « Babou » se verra gratifiée du pseudonyme de « France ». Un choix patriotique jugé plus fédérateur à l’époque pour lancer sa carrière. Mais l’adolescente vit plutôt mal ce changement d’identité.

Elle grandit dans une famille de musiciens.

Son grand-père, Paul Berthier, est compositeur de musique liturgique. Cofondateur des Petits Chanteurs à la Croix de bois, il leur a écrit « Dors ma colombe ! » un tube qui fera le tour du monde. Mais c’est son père qui lui transmet le virus du chant. Robert Gall remporte le Premier prix d’entrée au conservatoire de chant classique de Paris, quand la Seconde Guerre mondiale éclate. Enrôlé, il sera affecté au spectacle des armées et deviendra chanteur de variété pour distraire les troupes.

Dans les années cinquante, la petite Isabelle suit son saltimbanque de père dans tous ses déplacements. Il lui demande de l’accompagner certains soirs voir Piaf en concert ou au domicile de la star, dont il avait écrit certaines chansons. Robert Gall travaille également pour Aznavour. Il lui arrive même de faire rater l’école à sa fille pour l’emmener sur une des tournées du grand Charles. Robert Gall est l’auteur de La Mamma, un texte inspiré par la mort de sa mère, la grand-mère de France. Au départ, Aznavour refuse d’enregistrer le morceau, mais, en écoutant à la radio la version interprétée par les Compagnons de la chanson, qui fait un tabac, il décide d’inclure La Mamma dans son répertoire.

Elle a 15 ans lorsque Robert Gall lui fait passer des castings de voix, avec les plus grands jazzmen de l’époque, sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées. Un lieu porte-bonheur où France Gall se produira seize ans plus tard en vedette pour y défendre les premières chansons que Michel Berger a composées pour elle. Ce premier casting sera concluant. Premiers disques, premiers succès à 16 ans pour l’enfant star avec, notamment, les très yé-yé Sacré Charlemagne ou Laisse tomber les filles. Revers de la médaille : pour France Gall, monter sur scène est un cauchemar. À 17 ans, elle se produit dans des galas neuf mois sur douze. Un jour, à l’occasion d’un spectacle dans un port, elle est face à des marins qui ne cessent de gueuler « à poil! » pendant tout le spectacle. Autant de mauvaises expériences datant des années soixante qui l’ont traumatisée.

De l’Eurovision à Michel Berger

En 1965, elle représente le Luxembourg au concours de l’Eurovision. Gainsbourg, avec qui elle entame une collaboration, lui écrit Poupée de cire, poupée de son, et elle remporte le Grand Prix. Juste après le verdict, la candidate anglaise, qui pensait gagner, fait irruption dans sa loge et la gifle. France enregistre cette chanson en six langues. Elle doit ensuite affronter l’hystérie de certains fans qui lui courent après, avec une paire de ciseaux à la main, pour couper une mèche de sa chevelure blonde en guise de souvenir. Dans la foulée, Serge Gainsbourg lui propose un nouveau titre, Les Sucettes. L’ado ne comprend pas immédiatement le second degré érotique des paroles. Lorsqu’elle s’en rend compte peu après, l’image de lolita perverse lui colle déjà à la peau. Elle préfère prendre du recul avec le monde du show-business. Ce premier silence durera cinq ans.

Au printemps 1973, elle entend à la radio une chanson qui la bouleverse, Attends-moi, d’un jeune auteur-compositeur, Michel Berger. Un jour, elle le rencontre dans une émission de radio et lui propose dans les coulisses : « Je voudrais vous faire écouter ce que ma maison de disques aimerait que je sorte. »

Le jeune homme accepte et lui donne son adresse pour qu’ils en discutent. Elle se rend chez lui quelques jours plus tard. Le jugement de Berger est dur : « C’est nul, c’est quoi cette musique ? » Les deux jeunes artistes continuent de se voir et parlent beaucoup pendant les six mois qui suivent. Michel invite même France à faire une voix sur un de ses morceaux, « Mon fils rira du rock’n’roll ». France n’ose pas lui demander de lui écrire des chansons, même si elle est persuadée qu’il est le seul à pouvoir lui donner l’envie de reprendre sa carrière d’interprète. Un jour, son éditeur rencontre Michel Berger et lui suggère : « Je crois que ça fait quelques mois que vous vous connaissez, ce serait bien que vous bossiez ensemble. » Il écrit pour elle en 1975 « Ma déclaration » (NDLR « La déclaration d’amour »). Ce sera leur première collaboration ; leur idylle n’a pas encore commencé.

Un an plus tard, le 22 juin 1976, ils se disent oui à la mairie du 16e arrondissement de Paris. France réalise alors son rêve : fonder une famille, avoir des enfants et une maison.

« Je voulais réussir ma carrière de chanteuse, mais surtout ne pas passer à côté du reste », déclare-t-elle au journaliste Richard Cannavo dans le livret de son anthologie. Pourtant, Michel la convainc, malgré ce qu’elle a subi à 17 ans, de remonter sur scène en 1978. L’orchestre sera uniquement composé de femmes. La veille de la première, elle apprend qu’elle est enceinte de Pauline. À chaque concert, Michel, en coulisses, lui fait de grands signes pour lui dire de s’épargner. L’été suivant, Michel et Luc Plamondon louent une villa à Antibes et créent une comédie musicale, Starmania. Berger en est persuadé, ce projet n’est pas fait pour son épouse. Mais, trois mois avant le spectacle, il n’a toujours trouvé personne pour jouer le rôle de Cristal. Michel est contraint de changer d’avis, et engage France, qui est ravie.

En 1980, Elton John est en vacances dans le Sud. Il entend souvent leurs morceaux à la radio et demande à les rencontrer. « Je voudrais faire un album avec France Gall, et que ce soit vous qui nous l’écriviez », leur propose-il. Michel est aux anges, il se met au travail. L’album ne sera en fait qu’un single, Donner pour donner, car, entre-temps, France apprend qu’elle est de nouveau enceinte. Quelques mois plus tard, les trois artistes dînent ensemble à Paris. Ils rient tellement que France accouche du petit Raphaël dans la nuit.

Chez eux, il était impossible d’écouter de la musique, car cela pouvait déranger Michel Berger dans ses compositions. Un jour, il dit à France: « Cette chanson, je l’ai écrite pour toi. » Il s’agissait de Lumière du jour.

En 1987, lors d’un voyage au Sénégal, une mère de famille avec son enfant aborde France Gall au bord de la route. Complètement démunie et ne pouvant pas élever le bébé, la mère le lui tend pour le lui donner. Profondément marqué, le couple Gall- Berger aidera cette femme à sa façon et Babacar a été écrit en hommage à ce petit garçon. Un an après cet énorme succès discographique – son plus important à ce jour – , France annonce à Michel, bouleversé, qu’elle souhaite arrêter de chanter. Ouvrir une galerie, travailler dans un journal … elle ne manque pas d’idées. Pour autant, son époux ne peut concevoir la musique sans elle. « Tu sais, c’est bête d’essayer un nouveau métier, lui dit-il. Tu as tellement d’expérience dans ce domaine. Trouve un truc dans la musique. »

La chanteuse tient jusqu’en 1991, finit par reconnaître qu’elle tourne en rond et décide de refaire un album, mais, pour la première fois, en duo avec Michel. Le disque sera justement baptisé « Double jeu». « Michel a toujours dit que cet album était un compromis. Il m’a laissé toute ma place», reconnaît-elle dans le livret de son anthologie. Comme toujours après la sortie d’un CD, une tournée est programmée. Ils doivent se produire sur scène à La Cigale, puis finir la tournée par Bercy. Mais le destin contrariera leurs projets.

Après Michel Berger

Le 2 août 1992, donc, Michel Berger succombe à une crise cardiaque. Un chagrin que France soigne en chantant et en écoutant sa musique. En 1995, elle part vivre avec ses enfants à Los Angeles, car leur père tenait à ce qu’ils parlent anglais. France Gall en profite pour enregistrer, là-bas, sa propre version des chansons interprétées par Michel sur un album qu’elle appellera « France ». Le challenge le plus difficile de sa vie, selon elle. Elle travaille avec des musiciens américains sans pourtant parler anglais. Le résultat est étonnant de modernité. Ainsi, des titres comme « La Minute de silence » ou « Les Princes des villes » prennent une coloration soul. Le 2 mars 1997, elle donne un concert privé sur M6. Ce sera sa dernière prestation en public. Quelques mois plus tard, sa fille Pauline rejoint son père « plus haut », comme l’avait écrit Michel dans une chanson pour France. Nouveau coup dur.

Aujourd’hui, France Gall, malgré la discrétion que les épreuves lui ont imposée, reste une des figures majeures de la chanson française. Une de nos plus belles étoiles.

Magazine : VSD
Par Matthias Gurtler
Date : du 22 au 29 décembre 2004
Numéro : 1426

France Gall : la musique est plus forte que tout | Gala | Novembre 2004

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France Gall en 2004 dans Gala, lors de la promotion de l’intégrale des Années Berger.
France Gall se confie dans Gala en 2004, à l’occasion de la sortie de l’intégrale des Années Berger.

France Gall sort de son silence. Pour rendre hommage à Michel.
En nous offrant l’anthologie de ses années Berger, la chanteuse semble vouloir tout nous dire sur son passé. Et, comme une revanche sur la vie, elle a décidé de se reconstruire au jour le jour. Confidences glanées.

Elle est là. On ne l’attendait plus. Et elle se confie.
De nouveau. Elle va mieux, France. Elle rit, aussi. Elle a toujours aimé ça. C’est une force qu’elle a en elle, un pouvoir, presque un subterfuge à la douleur. France, c’est le contraire de l’apitoiement.

Elle veut croire en sa philosophie.
La philosophie du bonheur, quoi qu’il arrive. Elle réfléchit, tout le temps. Elle tergiverse, hésite, se reprend. Parfois, elle ne sait plus. Jusqu’à ce qu’elle prenne sa décision. Et qu’elle s’y tienne. Car, même si elle est entourée, elle se sent toujours seule. Et souvent, il n’est pas facile de savoir ce qui est bien pour soi.

Depuis la disparition de Michel, en 1992, puis de sa fille Pauline, cinq ans plus tard, France Gall semble avoir pris en main les rênes de son existence. C’est comme si, désormais, elle ne voulait tirer de la vie que sa quintessence, sans contraintes ni projets. Juste se laisser glisser pour mieux atteindre la sérénité. Et l’équilibre.

« Aujourd’hui, dit-elle, je veux que les gens autour de moi soient heureux. »

La sortie d’une compilation, d’un coffret et d’une intégrale de ses œuvres* va dans ce sens. Il y a là comme une jubilation, une délectation à nous imaginer piochant dans son répertoire avec euphorie. Car, curieusement, la nostalgie n’est pas l’âme de ces albums.

Tant mieux. Car, elle l’avoue volontiers, même si pour elle l’héritage musical de Michel est un devoir, ce qu’elle souhaite avant tout, c’est nous savoir comblés. Car la musique est magique :

« Elle est plus forte que tout », dit-elle.

Voilà donc ce qu’elle aime faire aujourd’hui : se balader dans le répertoire de Michel. Et se la couler douce. Dans ses lieux de vie, à Paris, en Normandie, près de Ramatuelle ou encore à New York et à Dakar, au Sénégal, dans ses maisons qu’elle décore, redécore à l’envi. Elle prend le temps de regarder, d’écouter, d’attendre aussi.

Dans le passé, France virevoltait, s’agitait, se bougeait.
Aujourd’hui, elle cultive la légèreté, résiste au désespoir.
Le sort s’est acharné, elle le défie.

La vérité est si lourde à porter qu’il est tentant de ne pas la regarder en face. Les épreuves, pourtant, semblent lui avoir révélé une part inconnue d’elle-même :

« Je peux sembler fragile, dit-elle dans une interview à L’Express, mais il y a aussi en moi une femme énergique, courageuse, je crois, et cette femme-là fait ce qu’elle peut devant l’adversité. »

Cette femme-là fait aussi ce qu’elle doit. Car la chanteuse a une haute opinion de la vie et de la façon dont elle doit être vécue. Avec audace, gourmandise, passion. C’est sans doute ce qui la pousse à se remettre en question, chaque jour.

Et c’est sous le soleil de son île africaine, assise face à la mer dans son « cabanon » coloré, sans électricité, auquel on accède en pirogue, qu’elle parvient à se retrouver.

« Je m’y sens chez moi, en paix avec moi-même », aime-t-elle confier.
Et d’ajouter : « Ici, je vis. »

Car tout est là. Pouvoir vivre quelque part. Ce qui, pour elle — comme pour tous ceux qui ont perdu un proche — n’est pas encore possible. C’est plutôt l’hiver qu’elle se réfugie au Sénégal.

« Quand j’ai acheté ici, confiait-elle récemment, j’étais très entourée. Je rêvais de m’y retrouver seule, et en même temps, ça me paraissait le summum de la solitude. Désormais, lorsque je suis dans cette maison, je vis dans un autre temps, avec mes livres, face à l’Atlantique. »

Le contraire de New York où elle rejoint son fils Raphaël, musicien. Elle y voit plus de monde, mais ne va pas plus vite pour autant. Là-bas comme ailleurs, France est spectatrice consentante du monde qui l’entoure.

Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne se sente pas concernée. On le sait, elle est une battante. Même dans sa façon d’interpréter ses chansons :

« À la mort de Michel, explique encore France, j’avais besoin de chanter d’une manière brutale, dure, pour être en accord avec ce que je ressentais. »

Après la mort de Pauline, ce fut le contraire : « J’ai eu envie de me taire. »

De fait, on l’entend peu. Son quotidien est une succession de voyages, avec l’espoir qu’un nouveau cycle se présente enfin dans sa vie, avec des envies fortes, des désirs, et une idée précise de l’avenir.

Pour l’heure, ce n’est pas qu’elle en ait peur, mais elle n’ose penser le lendemain :

« Je veux le vide devant moi », dit-elle.

Le vide, ça veut dire ne pas avoir de portable, ne rien noter sur son agenda, résister aux obligations…
Bref, être maîtresse de sa vie à plein temps.

Alors, elle lit beaucoup, regarde Star Academy et des documentaires à la télé, s’enferme pour mitonner des petits plats en sauce, joue au rami avec des amis choisis.

La nuit, elle vit davantage que le jour : bougeant les meubles, recopiant de jolies phrases sur des petits carnets, écoutant la musique de Michel — et uniquement la musique de Michel. Sinon, elle préfère inviter le silence. Une sorte de méditation.

« Moi, reconnaissait récemment France, j’ai voulu apprendre à ne pas pleurer la mort des autres. […] Le bonheur, c’est enlever tous les poids, se débarrasser de tout ce qui vous peine ou vous angoisse, de tout ce qui vous empêche d’être bien. »

Au fond, c’est d’une grande simplicité.
C’est pourtant si complexe, presque vain.
Mais vous ne lui ferez pas sortir ça de la tête.

France Gall le dit haut et fort :
« Je veux être heureuse. Malgré tout. »

Magazine : Paris Match
Par Frédérique Dupré
Date : 4 novembre 2004
Numéro : 2894