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France Gall, ma vie après Michel Berger

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France Gall et Françoise Hardy ne s'étaient plus revues depuis huit ans. Elles se connaissent depuis quarante ans, ont connu le succès à la même époque, celle des yé-yé.
France Gall et Françoise Hardy ne s'étaient plus revues depuis huit ans. Elles se connaissent depuis quarante ans, ont connu le succès à la même époque, celle des yé-yé.
France Gall et Françoise Hardy ne s'étaient plus revues depuis huit ans. Elles se connaissent depuis quarante ans, ont connu le succès à la même époque, celle des yé-yé.

Elles ne s’étaient plus revues depuis huit ans. Elles se connaissent depuis quarante ans, ont connu le succès à la même époque, celle des yé-yé. Françoise est la plus grande « fan » de France.

Et cette dernière n’en revient toujours pas que l’interprète de Message personnel ait accepté de participer à son émission sur France 2. Un profond respect et une réelle affection unissent les deux femmes, même si elles ne se voient que très rarement. Ainsi, avant cette rencontre, elles ne s’étaient pas vues depuis le mariage de Michel Sardou avec Anne-Marie Périer, il y a huit ans.

Les retrouvailles se tiennent dans l’appartement parisien de France Gall. Dans le salon, le piano de Michel Berger est toujours là. France Gall a retrouvé les nombreuses lettres que Françoise leur avait envoyées. Tout se prêterait à la nostalgie et pour autant les deux femmes rieront beaucoup lors de cet entretien. Elles réécouteront aussi une chanson de Michel Berger, une face B méconnue, que Françoise Hardy adore. Au moment de se dire au revoir et de s’embrasser, France part à la recherche de son appareil photo. Elle immortalise sa copine, sur le départ. Bonnet sur la tête, Mme Hardy s’engouffre dans l’ascenseur. Moments choisis de cette rencontre.

FRANÇOISE HARDY : Je me souviens d’une discussion que nous avions eue ensemble à la fin d’un de tes concerts dans les années quatre-vingt. Nous étions dans ta loge et tu parlais de l’âge auquel tu arrêterais de chanter.

FRANCE GALL : (Rires.) Évidemment, je me revois nous dire qu’il fallait arrêter de chanter après 40 ans.

FRANÇOISE HARDY : Et naturellement Michel était d’accord avec nous. On pensait qu’il était grotesque que des quadras puissent continuer à chanter des chansons remplies de « Je t’aime ».

FRANCE GALL :  Moi, j’avais repoussé la limite d’âge à 50 ans et, finalement, je m’y suis tenue. J’ai arrêté à 49 ans et demi. C’est incroyable!

FRANÇOISE HARDY : Tu as davantage respecté tes intentions que moi. Mais aujourd’hui, cela ne te manque pas ?

FRANCE GALL :  Pas du tout. J’adore regarder les autres. Le fait de vous avoir tous revus chanter la musique de Michel dans cette émission fut un plaisir immense.

FRANÇOISE HARDY : En ce qui me concerne, c’est difficile de me passer de la chanson. Mais comment occupes-tu tes journée?

FRANCE GALL :  (Rires.) Cela dépend où je me trouve. Si je suis à Paris ou au Sénégal, là où je passe l’hiver. Je m’organise une vie relativement douce. J’ai besoin de douceur. Je ne m’impose aucune obligation.

FRANÇOISE HARDY : Une partie de sa musique est très intemporelle. Mais à quoi ressemblerait-elle aujourd’hui ?

FRANCE GALL :  Sa musique ressemblerait à ce qu’il serait aujourd’hui. Elle a toujours été en phase avec lui.

FRANÇOISE HARDY : Tu chanterais peut-être encore, s’il était là. Il te pousserait, non ?

FRANCE GALL :  Si je ne chante pas en ce moment, c’est uniquement une question d’envie. Ce n’est pas lié au départ de Michel. D’ailleurs quand il est parti, j’étais en plein rush. Je m’apprêtais à faire une tournée, que je n’ai pas annulée. J’ai beaucoup chanté après son départ, je me suis même noyée dans la chanson. Non, définitivement mon moteur pour chanter, c’est avant tout l’envie. Peut-être que mon envie reviendra un jour.

FRANÇOISE HARDY : Si, demain, on te propose une chanson absolument géniale. Cela peut ressusciter une envie?

FRANCE GALL :  Peut-être, mais je ne voudrais pas que cette réponse engendre l’envoi d’un tas de chansons (rires).

FRANÇOISE HARDY : Tu en reçois beaucoup … Moi aussi et comme je n’ose pas jeter, je garde tout, j’entasse et puis, au bout de six mois, parce que je n’ai pas le temps de tout écouter, je finis par me résoudre à m’en séparer.

FRANCE GALL :  En fait, Françoise, je crois que je n’aime pas être dirigée, tout bêtement (rires).

FRANÇOISE HARDY : Les gens qui chantent, racontent des sentiments et des émotions. Ça veut dire que c’est notre domaine et que cela nous intéresse. En tout cas, moi, ta vie personnelle m’intéresse.

FRANCE GALL :  Françoise, je te rappelle que cette discussion est enregistrée pour VSD (rires). Mais c’est vrai qu’il n’y a qu’à écouter les chansons de Michel, qui était pourtant très pudique, pour tout connaître de sa vie, de nos vies. C’est incroyable. Alors je n’en dirai pas plus. Je ne parlerai pas non plus publiquement de Raphaël, mon fils, l’amour de ma vie. J’aime le mystère. Pourquoi faudrait-il tout savoir des gens ? C’est malsain.

FRANÇOISE HARDY : Y a-t-il des chansons que tu ne peux plus écouter?

FRANCE GALL :  Il y a des chansons de Michel que je n’aime pas mais aucune que je ne puisse plus écouter. Celle que je trouve la plus triste, c’est Bébé comme la vie. Effectivement, celle-ci, j’aurai du mal à la réécouter.

FRANÇOISE HARDY : C’est une belle chanson sur le temps qui passe, sur la maternité, mais c’est vrai qu’elle est plus chargée pour toi.

FRANCE GALL :  Une chanson de Cabrel me fait aussi cet effet-là : Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai. Une chanson pour sa fille également.

FRANÇOISE HARDY : Tu te souviens comment te surnommait Jean-Marie Périer ?

FRANCE GALL :  Oui, “la marquise”, et toi, il t’appelait « la cantatrice ».

FRANÇOISE HARDY : Il a raison, tu es une marquise de la chanson. Quelqu’un qui chante extraordinairement bien. Mais ce que tu as de spécifique, c’est que tu as du gout dans le choix de tes chansons.

FRANCE GALL :  C’est parfait ça! Tu as bien fait de venir Françoise (rires) !

FRANÇOISE HARDY : Tu travailles ta voix?

FRANCE GALL :  Je ne l’entretiens pas, mais je connais le travail de respiration à accomplir pour récupérer du souffle et de la puissance vocale.

FRANÇOISE HARDY : Tu as voté lors des dernières élections ?

FRANCE GALL :  Bien sûr, c’est un privilège. J’étais comme tout le monde, j’ai hésité jusqu’au dernier moment. Tout le monde sait que je suis une femme de gauche, mais je trouve assez intéressant l’ouverture politique qui se produit actuellement.

FRANÇOISE HARDY : Et que penses-tu de l’affaire de l’Arche de Zoé?

FRANCE GALL :  Cette histoire est la démonstration parfaite du mal que peuvent faire des gens de bonne volonté.


France Gall et Françoise Hardy ne s'étaient plus revues depuis huit ans. Elles se connaissent depuis quarante ans, ont connu le succès à la même époque, celle des yé-yé.

Coulisses.
L’émission-événement de france 2.
Quand France met en scène.

Le 21 novembre, à 20h50, un nouveau genre de variétés sera diffusé. Un véritable film dévoilant les répétitions d’un show auquel participe vingt stars de la chanson française.

Ce n’est pas une émission de variété comme les autres. D’abord, parce que France Gall joue à sa manière le rôle de l’animatrice; ensuite, parce que le programme est construit comme un véritable film, réalisé par François Hanss, dévoilant les répétitions d’un show. Le concept, produit par Franck Saurat, a immédiatement séduit Nicolas Pernikoff, patron des divertissements de France 2.

A l’origine du projet, France Gall, évidemment.

« J’ai décidé avec qui je voulais travailler mais je n’avais jamais envisagé de m’impliquer autant à l’antenne. Rapidement, il s’est révélé impossible que je n’accueille pas personnellement à l’image les vingt artistes venus fêter la musique de Michel. »

Pendant deux heures, la caméra nous entraîne dans les coulisses d’un gigantesque show et, dès que les artistes pénètrent dans le décor, ils sont filmés. Le résultat offre une spontanéité tout à fait originale pour ce type d’émission. Tellement originale qu’elle en désarçonnait parfois les artistes eux-mêmes.

« Johnny était un peu tendu. Il se préparait depuis cinq jours pour l’enregistrement de «Quelque chose de Tennessee ».

Le voyant faire du sport et se mettre au régime comme pour une tournée, son entourage ne comprenait pas. Il leur a dit qu’il faisait ces efforts parce que c’était pour moi! »

Répondre à une invitation de France Gall prend ainsi des allures de mobilisation générale dans le monde de la chanson française. Le projet fut lancé en septembre et en seulement deux mois, le casting fut monté.

« J’ai été complètement bluffée par la réactivité des artistes. Ma liste idéale était quasiment identique à la liste finale des invités. D’autant que, mis à part Johnny, avec qui j’avais gardé un lien, je ne les avais pas vraiment revus depuis quinze ans. »

Des retrouvailles pleines d’émotions, comme pour ce medley réunissant Laurent Voulzy, Alain Chamfort, Michel Jonasz ou Louis Chédid. France Gall a également découvert toute une nouvelle génération d’interprètes comme Christophe Willem, Amel Bent, Christophe Maé, Leslie ou Diam’s, que France n’a rencontré que sur le plateau.

« J’étais très angoissée par ce tableau avec Diam’s. Je n’avais pas pu la croiser avant, je ne savais pas ce qu’elle avait réellement préparé. Ma règle de base consiste à ne faire confiance à personne pour ne jamais être déçue. Je ne maîtrisais rien, donc j’avais un peu peur du résultat. En fait, ce fut magique. Diam’s fut celle qui avait le plus travaillé. Elle ne connaissait pas la musique de Michel, alors elle avait cherché sur Internet et pris deux titres « À quoi je rêve » et « Laissez passer les rêves ». Sans le savoir, elle avait choisi la première et la dernière chansons composées par Michel. Elle a mélangé les deux. Au final, Diam’s a réalisé une vraie création. »

Il est vivement conseillé d’enregistrer l’émission car aucun disque ne sortira après la diffusion. La version de « Chanter pour ceux » par Christophe s’annonce grandiose, tout comme « La déclaration d’amour » par M et Vanessa Paradis, « Ziggy » par Céline Dion, « Message personnel » par Françoise Hardy.

Magazine : VSD
Propos recueillis par Matthias Gurtler
Date : 14 novembre 2007
Numéro : 1577

France Gall, elle rechante enfin ! | Ici Paris | Novembre 2007

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France Gall en 2007 dans Ici Paris, évoquant son retour à la chanson pour un hommage à Michel Berger.
Article publié dans Ici Paris en novembre 2007 sur le retour télévisé de France Gall pour un hommage à Michel Berger. L’émission “Tous… pour la musique” est diffusée le 21 novembre sur France 2.
France Gall, elle rechante enfin ! | Ici Paris | Novembre 2007
France Gall, elle rechante enfin ! | Ici Paris | Novembre 2007

Ce sera l’événement du mois de novembre. France Gall a accepté de revenir à la télévision pour présenter une émission exceptionnelle, donnée en l’honneur de celui qui fut et reste son grand amour : Michel Berger.

Ce soir-là, il y a des milliers de gens dans la salle.
Sur scène, Vanessa Paradis chante, accompagnée par Mathieu Chedid.
Cris, ovation, rappel…
Dans la grande halle niçoise du Nikaïa, l’ambiance est survoltée.

Le concert terminé, le lieu se vide doucement. Vue des gradins, l’immense foule qui se rétrécit pour franchir les portes rappelle la forme d’un sablier… Le temps passe, les grains s’écoulent, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un seul, presque perdu au milieu de la grande salle.

En se rapprochant, on aperçoit la chevelure blonde d’une femme.
Elle se retourne soudain, et l’on reconnaît France Gall.
Elle sourit et se remet à regarder les hommes qui se pressent pour modifier le décor.

Vanessa s’approche, l’embrasse.
Les deux femmes discutent, bientôt rejointes par -M-.
Quelques minutes plus tard, tous trois sont ensemble sur scène.
France Gall chante pour la première fois depuis fort longtemps.

Depuis dix ans, elle avait distillé ses apparitions au compte-gouttes, et Johnny était l’un des rares à l’avoir accueillie sur une scène pour un duo. Elle avait même refusé un album écrit pour elle par Pascal Obispo.

« Pourquoi faire quelque chose que j’ai déjà fait au mieux ? », disait-elle.

Depuis, on avait des nouvelles de France comme on reçoit parfois une carte postale d’un ami lointain.
Dans son cas, cela avait été sous la forme d’un double album et d’une intégrale en treize CD.
Puis, on l’avait suivie sur les chemins de sa vie à travers la biographie que lui consacraient Alain Morel et Grégoire Colard.
Ensuite, rien.
Ou plutôt l’essentiel : on la savait heureuse, naviguant entre la France et le Sénégal…

À plus de 60 ans, la petite n’a pas changé.
Elle a toujours ces yeux de gamine et, dans la bouche, les mots de celui qui fut son grand amour, Michel Berger.
C’est pour lui qu’elle a accepté de reprendre un micro, pour rendre hommage à cet homme qu’elle ne se lasse pas d’évoquer.

Jane Birkin a eu son Serge Gainsbourg, France Gall a eu Michel Berger.
Il est ainsi des histoires qui ne passent pas, et qui accompagnent certains êtres tout au long de leur vie…

Il était donc logique que ce soit elle qui présente l’émission que France 2 consacre à Michel Berger, pour commémorer les quinze ans de sa disparition.
Cela aura lieu le 21 novembre 2007, et pendant 130 minutes, France va nous montrer les différentes facettes de cet immense compositeur qui fut aussi un grand homme.

Pour ce faire, elle a choisi avec France 2 une « fiction-variété », pour laquelle ont été mobilisés quinze comédiens, trente figurants et une cinquantaine de techniciens.
Un prestigieux plateau de stars viendra rendre hommage à l’ami et au maître.
Parmi eux : Johnny Hallyday, Céline Dion, Françoise Hardy, Michel Jonasz, Alain Chamfort, mais aussi la jeune génération avec Oiam’s, Christophe Willem, Tété et, bien sûr, France Gall.

Elle prend son micro, penche un peu la tête sur le côté, ferme les yeux et chante.
Et on le sent soudain en nous, dans cette émotion qui nous submerge :
France n’a pas encore fini de parler à Michel.

Magazine : Ici Paris
Par Jean Marc
Date : 13 novembre 2007
Numéro : 3254

France Gall raconte Michel Berger

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Tous ... pour la musique, avec France Gall sur France 2 le 21 novembre 2007 : Franck Saurat, producteur, et François Hanss, réalisateur, nous en disent plus sur ce format à mi-chemin entre le film et l'émission musicale.
Tous ... pour la musique, avec France Gall sur France 2 le 21 novembre 2007 : Franck Saurat, producteur, et François Hanss, réalisateur, nous en disent plus sur ce format à mi-chemin entre le film et l'émission musicale.
France Gall raconte Michel Berger

Leur histoire d’amour en chansons

France Gall tombe sous le charme de la musique de Michel Berger en entendant « Attends-moi » à la radio, en 1973. Un an plus tard, il compose pour elle « La déclaration d’amour » : un tube. En 1976, dans la comédie musicale télévisée « Émilie ou la petite sirène 76 », ils chantent leur premier duo « Ça balance pas mal à Paris ». L’année 1976 est aussi celle de leur mariage. Le compositeur offrira ensuite à France Gall de très nombreux succès : « Si maman si » (sur l’album « Dancing disco » en 1977), « Il jouait du piano debout »(« Paris, France», 1980), « Résiste » (« Tout pour la musique », 1981), « Cézanne peint » (« Débranche », 1984) ou encore « Évidemment » ( « Babacar », 1987). A l’été 1992, le couple sort « Double jeu », dix titres interprétés à deux voix. Quelques semaines plus tard, , le 2 août, Michel Berger disparaissait.

Quinze ans après la disparition du chanteur, France 2 propose une fiction-variétés, orchestrée par France Gall. Franck Saurat, producteur, et François Hanss, réalisateur, nous en disent plus sur ce format à mi-chemin entre le film et l’émission musicale.

Franck Saurat : nous voulions réinventer la façon de faire de la variété à la télévision. J’avais envie de retrouver « l’atmosphère Carpentier », de montrer la musique autrement. Il nous fallait simplement une personnalité forte sur laquelle s’appuyer et France Gall en est une. Tout était donc réuni pour initier un projet d’une telle envergure.

François Hanss : c’est un prototype télévisuel étrange et ambitieux où l’on « regarde » la chanson avec le regard du cinéma. Sans être un making-of, on montre les prestations sur scène et tout ce qui se passe une fois que les projecteurs sont éteints.

France Gall

Franck Saurat : elle attendait une proposition originale pour accepter de revenir sur le devant de la scène. Quand nous en avons parlé avec elle, son enthousiasme a été immédiat. France Gall s’est investie, au point même de devenir un véritable moteur pour toute l’équipe.

François Hanss : son rôle est d’être le fil rouge de l’émission, comme une maîtresse de cérémonie, mais surtout pas comme une animatrice. Grâce à son vécu, on se replonge dans les succès indémodables de Michel Berger.

Le show

Franck Saurat : concrètement, on suit France Gall dans les coulisses d’un spectacle imaginaire qu’elle doit donner, même si, dans l’émission, elle ne chante pas. On la voit, backstage, croisant les artistes invités avant ou après leurs interprétations, évoquer des souvenirs communs et partager des émotions de scène. Tout en réussissant à éviter toute forme de nostalgie malsaine. D’ailleurs, c’est un hommage à la musique, plus qu’un hommage à Michel Berger.

Le tournage

Franck Saurat : il s’est déroulé sur un plateau de 1000 m2, à La Plaine-Saint-Denis. Il y avait quinze comédiens, une trentaine de figurants, ainsi qu’une cinquantaine de techniciens, exclusivement issus du cinéma. Cela a duré plus d’une semaine. C’est très long quand on est familiers des délais de la télévision. D’habitude, dans le même temps, moi, je tourne cinq prime-time !

François Hanss : j’ai retrouvé la position que j’occupais lorsque je réalisais les concerts de Mylène Farmer : j’ai laissé le spectacle se dérouler, sans intervenir auprès des artistes, sans les diriger. J’étais là en sourdine, discrètement, simplement pour capter avec le plus de sincérité tous ces petits moments que l’on ne voit que très rarement.

Michel Berger

Franck Saurat : ses chansons représentent une époque, mais n’ont pas vieilli pour autant. Il y a une générosité qui perdure dans son travail. Le couple qu’il formait avec France Gall fait partie de ces duos mythiques, au même titre que Serge Gainsbourg et Jane Birkin, par exemple. Ils appartiennent à notre patrimoine.

Les invités

Franck Saurat : nous avions une exigence: que les artistes chantent uniquement des reprises de Michel Berger et qu’ils ne soient pas là pour faire de la promo. Dans ce milieu, c’est parfois un challenge ! Ils ont tous dit oui sans hésiter un instant. Parmi la vingtaine d’invités, citons par exemple Johnny et David Hallyday, Céline Dion, Vanessa Paradis, Françoise Hardy ou bien encore Christophe. C’était incroyable de voir l’enthousiasme lorsqu’on les a contactés. C’est très révélateur de ce que représente encore Michel Berger aux yeux de tous …

Magazine : Télé Poche
Entretien : Jérôme Ivanichtchenko
Du 17 au 23 novembre 2007
Numéro : 2179

Merci à Elisabeth.

France Gall : “Cette émission, c’est mon cadeau au public”

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Vivait-elle coupée du monde ? Comment allait-elle ? Ces questions, jusque-là sans réponse, France Gall ne les a pas esquivées.
Vivait-elle coupée du monde ? Comment allait-elle ? Ces questions, jusque-là sans réponse, France Gall ne les a pas esquivées.
France Gall : "Cette émission, c'est mon cadeau au public"

Cela faisait de longs mois que l’on n’avait pas eu de ses nouvelles.

Vivait-elle coupée du monde ? Comment allait-elle ? La reverrait-on sur scène ? Ces questions, jusque-là sans réponse, France Gall ne les a pas esquivées. Oui, elle va bien, mieux en tout cas.

La preuve: « régénérée » par l’enregistrement de Tous … pour la musique, elle envisage de recréer Starmania pour une tournée mondiale.

« Je dois d’abord vous dire que j’ai beaucoup de mal à répondre aux questions. J’ai assez parlé depuis quarante ans. »

Le message est clair : elle n’en a pas très envie de cette interview, France Gall. Si elle l’a tout compte fait acceptée, c’est par nécessité. Non pas pour braquer les projecteurs sur elle-même, mais sur cette émission qui va marquer, sur France 2, les quinze années de la disparition de Michel Berger. Alors, elle se livre d’abord avec parcimonie. Et puis, au fur et à mesure qu’elle détaille le contenu de ce programme qui lui tient tant à cœur – « On a voulu faire du beau et du bon », dit-elle -, le rythme de sa voix s’accélère, son visage s’illumine. On la découvre telle que son entourage proche nous l’avait décrite : généreuse et pudique, lucide mais optimiste, malgré tout. Elle a, finalement, décidé de briser pour une fois le silence et de nous faire écouter sa petite musique intérieure.

Pourquoi avoir accepté de présenter cette émission après être restée dans l’ombre depuis si longtemps ?

Vous voulez dire pourquoi j’ai organisé cette émission ? Il fallait marquer les quinze ans de la disparition de Michel. C’est une occasion de le réécouter, de fêter sa musique. J’ai conçu un programme dont j’aurais aimé être l’invitée. C’était indispensable pour me faire sortir de là où je vis.

Quelle a été votre contribution?

Je suis allée chercher les producteurs en leur expliquant ce que je souhaitais : que ce ne soit pas juste une émission de plus sur la musique de Michel, comme on en a trop vu ces dernières années. Je voulais qu’elle ait une âme, qu’elle ne soit pas nostalgique, qu’il n’y ait pas de présentateur et que je ne chante pas. C’est une création, de la belle télévision. Les artistes qui y ont participé sont repartis avec des étoiles dans les mirettes.

Avez-vous choisi vous-même les invités?

Oui. Ils sont tous venus gracieusement, sans faire de promotion. Il y a ceux de la famille, tels Johnny, Françoise Hardy, Alain Chamfort ou Michel Jonasz. Et puis, des voix d’aujourd’hui, comme Christophe Willem, un chanteur extraordinaire qui interprète Viens, je t’emmène ou Christophe Maé, que l’on entendra dans Résiste, une chanson mythique. Pendant l’enregistrement, tout le monde était d’accord sur tout, heureux. Au final, ce tournage que je concevais plus comme un devoir m’a régénérée.

Cet enregistrement vous a replongée dans de nombreux souvenirs de votre vie et de celle de Michel Berger. Était-ce agréable?

La musique de Michel me fait totalement oublier le reste. Mais quand j’ai dû revisionner des images de sa vie, c’était un peu particulier. L’émotion est toujours là.

Cette émission n’a-t-elle pas réveillé votre envie de chanter à nouveau ?

Rien ne m’empêcherait, effectivement, de refaire un album. Mais je n’ai plus envie des à-côtés : la promotion, les séances photos, les interviews … Il faudrait que j’invente une autre manière de faire ce métier. Même si je n’ai pas un pied dans la tombe, l’énergie s’amenuise, c’est trop physique. Ce que je proposerais sur scène risquerait d’être moins bien qu’autrefois. Mes projets se tournent davantage vers la mise en scène. En 2009, on fêtera les 30 ans de Starmania. Avec Luc Plamondon (qui a conçu cet opéra rock avec Michel Berger, ndlr), nous avons le projet de remonter le spectacle et de le faire tourner, cette fois-ci, dans le monde entier. On pourrait aussi imaginer, pour la télé, un documentaire qui raconterait l’aventure Starmania.

Le public continue de vous manifester beaucoup d’affection. N’est-ce pas un argument supplémentaire pour sortir de votre réserve ?

Même si je ne chante plus, le public continue la route avec moi. Il m’attend, mais il me comprend. Je lui donne des nouvelles régulièrement et cette émission, je la conçois justement comme un cadeau que je lui fais. On ne chante pas uniquement pour faire plaisir. Il faut aussi que l’envie soit réciproque. J’ai tout de même consacré quarante années à ce métier. Le départ de ma fille a remis toute ma vie en question et m’a détournée de la musique … En fait, je ne peux pas vous apporter de réponse définitive sur mon éventuel retour.

Quels sont la musique et les chanteurs que vous aimez aujourd’hui ?

On me fait écouter des choses, je sais ce qui se passe, sans plus. Il y a quelques années, Laisse pas traîner ton fils par NTM m’avait bouleversée. J’ai beaucoup aimé aussi l’album d’Éric Clapton, Pilgrim, où figure My Father’s Eyes, ou encore celui de Francis Cabrel, Hors Saison. Aujourd’hui, j’apprécie Diam’s et Justin Timberlake. Mais je fuis le bruit, je suis dans le silence, même si j’écoute quand même.

Avez-vous conscience que le public vous aime aussi parce que, malgré les épreuves endurées, vous renvoyez une image d’équilibre, et même d’un certain bonheur?

C’est ce qu’on me dit souvent et rien ne peut me faire plus plaisir. Je pense que les personnes à qui j’inspire cela auraient elles-mêmes beaucoup de mal à l’expliquer. Cela a à voir avec la vie, et avec la mort. Le fait que la vie continue, malgré tout.

Parvenez-vous à rire de nouveau aujourd’hui ?

Je ne ris plus, je souris. J’ai atteint une sorte d’équilibre, de maîtrise, aussi bien dans les moments douloureux que dans les instants de bonheur.

On vous imagine retirée du monde, assez indifférente à l’actualité immédiate. Fait-on fausse-route?

Totalement, oui, car je m’informe, je regarde les JT à la télé et je lis les journaux. Même s’il est vrai qu’à une certaine époque, j’ai préféré me retirer sur mon île, au Sénégal, sans téléphone ni électricité. Mais, vous savez, c’est très enrichissant de se retrouver face à soi-même. C’est là qu’on avance. Beaucoup de gens se détournent d’eux-mêmes. Moi, j’ai besoin de voir les choses en face.

Si l’artiste fuit les plateaux de télévision, elle peut parfois se montrer accro, chez elle, à certains programmes. Elle a répondu pour vous aux questions de la rubrique « Ma télé ».

MA PREMIÈRE TELE. Mon père a dû faire partie des premières personnes qui ont acheté un téléviseur en France. Il avait placé le poste dans un théâtre de Guignol et il fallait ouvrir le rideau pour regarder les programmes. Petite fille, je rêvais devant la mire.

MON ÉQUIPEMENT TÉLÉ. Il est à la fois cathodique et plasma. Je dispose aussi d’un rétroprojecteur.

LES ÉMISSIONS DE MON ENFANCE. Je me souviens surtout de celles de Jean Nohain, avec la poétesse Minou Drouet, les mercredis après-midi.

MA PREMIÈRE APPARITION TÉLÉ. C’était dans Les Raisins verts, une émission de Jean-Christophe Averty. J’avais pile 16 ans … et c’était en noir et blanc!

LA TÉLÉ DANS MON QUOTIDIEN. Si je l’allume le soir, je ne parviens plus, ensuite, à l’éteindre. Les soirées que je préfère, c’est souvent chez moi, installée devant un bon programme.

CE QUE JE NE RATE JAMAIS. Je suis fan de 24 Heures chrono et j’étais fidèle à Six Feet Under, qui n’est, hélas, plus diffusée. Aujourd’hui, je regarde Big Love, sur Canal+. Sinon, je suis les émissions qui font la part belle aux voix : Star Academy, American Idol et Nouvelle Star, où j’ai pu découvrir Amel Bent et Christophe Willem qui, tous deux, ont des voix extraordinaires. Ils nous font comprendre qu’on ne devient pas chanteur par accident. Je m’intéresse aussi aux grandes rencontres sportives, aux JT et à Koh-Lanta.

MES ANIMATEURS PRÉFÉRÉS. J’apprécie particulièrement Frédéric Taddeï dans Ce soir ou jamais, sur France 3, Samuel Étienne, sur Canal+ et iTélé, et Mélissa Theuriau, sur M6. Je regarde aussi, quand je le peux, Yves Calvi dans C dans l’air, sur France 5.

LES CHAINES AUXQUELLES JE M’ABONNE. Celles qui proposent des reportages ou des documentaires sur des pays où je n’aurai jamais l’occasion de me rendre. Je me suis aussi abonnée à une chaîne dédiée au poker. Mais je la trouve nulle : on n’y comprend rien, c’est mal filmé. Je préfère de loin les émissions que Patrick Bruel anime sur Canal+.

L’IMAGE QUI M’A LE PLUS MARQUÉE. Les avions percutant les tours jumelles du World Trade Center. J’ai compris, à cet instant, que le monde ne serait plus jamais comme avant.

MON MEILLEUR SOUVENIR EN TANT QU’INVITÉE. Les émissions que Christophe Dechavanne animait l’après-midi (Panique sur le 16, C’est encore mieux l’après-midi). C’était à mourir de rire !

MON PIRE SOUVENIR EN TANT QU’INVITÉE. Un Grand Échiquier de Jacques Chancel. Bernard-Henri Lévy m’avait demandé de chanter Cézanne peint. C’était en direct, et le trac m’a envahie. Je ne suis pas parvenue à chanter juste … j’avais honte.

L’ÉMISSION OÙ JE N’IRAI JAMAIS. Tous les talk-shows où on serait susceptible de me poser des questions … et Koh-Lanta !

L’ÉMISSION QUE J’AIMERAIS VOIR À LA TÉLÉ. Celle que je viens de finir pour France 2, Tous … pour la musique.

LA VIE SANS TÉLÉ ? C’est possible, je n’ai aucun doute là-dessus.

Magazine : Télé 2 Semaines
Propos recueillis par Stéphane Lepoittevin
Date : du 10 au 23 novembre 2007
Numéro : 101

France Gall, le courage exemplaire ! | Questions de femmes | Octobre 2007

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Portrait de France Gall publié dans Questions de femmes en octobre 2007.
Article publié en octobre 2007 dans Questions de femmes. France Gall y évoque son parcours, ses relations et les épreuves de sa vie.
France Gall, le courage exemplaire ! | Questions de femmes | Octobre 2007
France Gall, le courage exemplaire ! | Questions de femmes | Octobre 2007

Star à 16 ans, la vie de France Gall n’est qu’amour et musique. Jusqu’au jour où son fabuleux destin vire à la tragédie. Grégoire Colard et Alain Morel retracent le parcours de la chanteuse dans un récent ouvrage, “France Gall : le destin d’une star courage”*.

France Gall a tout juste 15 ans quand elle enregistre son premier 45-tours, grâce à son père, Robert Gall, auteur de son état (La Mamma, d’Aznavour, c’est lui !). La perspective de devenir chanteuse comme Sylvie Vartan, sa copine d’enfance, enchante l’adolescente. Elle espère, ainsi, ne pas retourner au lycée. Mais, rapidement, ses premiers pas d’artiste la déçoivent. Elle ne s’amuse pas autant qu’elle l’avait imaginé. D’abord, on lui impose de changer de prénom. Dans la vie, elle s’appelle Isabelle, et non France… « France Gall », cela ressemble à un match de rugby ; quelle idée ! Ensuite, chacun décrète qu’il faut lui trouver un look, une allure, une personnalité… On l’emmène chez un grand coiffeur, puis chez un créateur de mode… Finalement, elle se demande si elle n’aurait pas mieux fait de continuer au lycée. Dès sa sortie, le disque est soumis à Daniel Filipacchi, le grand manitou de Salut les copains. Séduit, il demande aux auditeurs d’Europe 1 de donner leur avis.

Ne sois pas si bête, le titre phare du disque, arrive en tête de tous ceux qui sont proposés ce jour-là. Dès lors, France enchaîne séances de photos et interviews.

Un soir, elle croise Claude François à l’Olympia, où elle est venue applaudir Gilbert Bécaud. Elle a 17 ans. Il en a 25. Elle est impressionnée par son dynamisme sur scène. Chaque soir, elle assiste à son spectacle ; ensuite, elle lui rend visite dans sa loge. Cloclo, comme on surnomme l’idole, ne reste pas longtemps insensible au charme acidulé de la jeune fille. Ils entament une liaison passionnée, au grand dam des parents de France. Il faut dire que Claude lui en fait voir de toutes les couleurs. Il annule des rendez-vous à la dernière minute, exige qu’elle vienne le rejoindre sur-le-champ, où qu’il soit… Il se montre d’une jalousie maladive… Peu à peu, il cherche à lui imposer sa loi, à lui faire respecter ses règles. C’est ainsi qu’en tournée, il insiste pour qu’elle soit à l’hôtel dès sa sortie de scène et n’hésite pas à appeler tout de suite si, par malheur, elle n’est pas là avant lui. Leur amour est un psychodrame permanent qui épuise la jeune fille et lui fait perdre toute légèreté. Son père n’a plus aucune influence sur elle. Il prend la décision de l’émanciper.

Le 20 mars 1965, France représente le Luxembourg au concours Eurovision de la chanson avec Poupée de cire, poupée de son, une chanson signée Serge Gainsbourg. Dix-huit pays participent au concours, qui réunit 200 millions de téléspectateurs. Elle gagne ! Claude l’appelle dans sa loge. « Alors, tu es content ? », lui demande France. « Écoute-moi bien, répond Claude François. Tu as gagné, bravo. Alors, entre nous, c’est fini ! » Il raccroche. Le lendemain, elle prend le premier avion pour Paris, sans prévenir personne, se précipite chez Claude, sonne à la porte, finit par s’asseoir sur le paillasson, prostrée. Et elle attend. Des heures. Enfin, il ouvre… Et leur histoire reprend. Mais, en juillet 1967, la jalousie et les caprices finissent par avoir raison de leur amour. France se sent enfin débarrassée de son « envoûtement ».

Deux ans plus tard, un autre homme fait battre son cœur, un jeune artiste révélé grâce à sa chanson La Cavalerie. Il est beau, très beau. Sensuel, envoûtant. Il s’appelle Julien Clerc. Elle est tellement fascinée qu’elle revient l’applaudir tous les soirs, comme elle l’avait fait avec Claude François. Julien est libre. Ils entament une relation amoureuse. Et France présente très vite Julien à ses parents. D’ailleurs, Robert Gall adore Julien qui, à ses yeux, devient son troisième enfant. Le chanteur achète une ferme à cinq kilomètres de la maison de campagne de ses « beaux-parents ». Tandis que Julien joue au fermier, France cuisine, jardine, se promène dans les prés.

Mais, très vite, un problème s’installe. Respectant l’avis de son entourage, qui lui conseille de ne pas s’afficher aux côtés de sa compagne pour ne pas brouiller son image de séducteur, Julien ne parle jamais de France et, lorsqu’elle l’accompagne dans un lieu public, il lui demande d’arborer une perruque noire et de se faire discrète. À la maison, Julien se montre adorable et très protecteur. Il lui dit qu’elle l’inspire. Alors, France préférerait qu’il hurle son amour à la face du monde, qu’il se penche sur sa carrière musicale et lui donne des conseils. Mais il prétend qu’il n’en a pas le temps. Un soir, il lâche un mot terrible qu’elle n’oubliera jamais : « Ah, voilà l’ancienne chanteuse ! »

France commence à s’ennuyer. Elle qui a été une immense vedette, entourée, protégée, bichonnée, n’est plus qu’une chanteuse en instance d’oubli. Plus personne ne l’appelle. Elle a le sentiment de ne plus exister. Au volant de sa petite Austin, dans les rues de Paris, elle ressasse sa vie. Elle allume son autoradio et tombe sur une chanson qui l’accroche. « C’est exactement ça qu’il me faut. Il faut que ce Michel Berger m’écrive des chansons. » Michel Berger, elle l’a déjà rencontré, notamment en avril 1966, pendant la séance photo du célèbre poster de Salut les copains, organisée par Jean-Marie Périer. Mais ils ne se sont pratiquement jamais parlé. Quelques jours plus tard, France rencontre Michel Berger par hasard, dans les couloirs d’Europe 1. Elle l’aborde sans hésiter : « J’aimerais que vous m’écriviez une chanson. » L’auteur-compositeur décline l’offre aimablement. Toutefois, France ne le laisse pas indifférent. Les deux jeunes gens se revoient. Ils apprennent à se connaître, en tout bien tout honneur. Ils sont l’un et l’autre engagés dans une relation. Jusqu’au jour où Michel propose à France une chanson. « C’est toi qui me l’as inspirée », lui dit-il. La Déclaration est non seulement une chanson, mais sa déclaration d’amour à France.

Elle décide immédiatement d’annoncer à Julien qu’elle le quitte. Il est atterré, sidéré. Il tente de la convaincre de rester. En vain. En mai 1974, France Gall et Michel Berger s’installent dans une maison située dans le 16e arrondissement de Paris. Le 22 juin 1976, le couple se marie. Puis, le 14 novembre 1978, France met au monde une petite fille, Pauline. Trois ans plus tard, Raphaël vient agrandir la famille. Un mari adoré, deux enfants merveilleux, un succès professionnel hors pair… C’est le bonheur parfait !

Hélas, l’heure des épreuves va commencer. Le 26 janvier 1982, Bernard, le frère de Michel, décède des suites d’une sclérose en plaques. Bernard était pour Michel non seulement un modèle, un mentor, un point de repère, mais aussi son plus grand confident. Peu de temps après, un autre malheur s’abat sur le couple. France et Michel apprennent que leur fille Pauline est atteinte d’une maladie fatale, incurable : la mucoviscidose.

Au printemps de la même année, Michel éprouve le besoin de s’accorder une année sabbatique qu’il veut consacrer à des voyages. France accepte de rester à la maison, d’y être la gardienne du temple. Elle a compris que son mari a besoin de s’éloigner un peu des malheurs récents et de ressourcer son inspiration. Quant à elle, elle a passé le cap de la quarantaine et, peu à peu, s’est installée l’envie de faire le point, de se retrouver. France, qui a toujours dépendu des autres, de son père, de Claude François, de Julien Clerc, et surtout de Michel qui lui a offert une nouvelle carrière, une vie de femme et une vie de mère, réalise maintenant qu’elle a besoin de liberté. Elle veut arrêter de travailler, d’être France Gall… Quand on a besoin d’elle à la maison, quand Pauline réclame ses bras et toute son attention, le « métier » lui paraît horrible. À la maison, la compréhension entre Michel et elle n’est pas au beau fixe. Pour lui, les mots, la poésie, les mélodies, c’est l’oxygène. S’arrêter, c’est devoir se placer sous respiration artificielle. Pendant quatre ans, France met néanmoins sa carrière entre parenthèses.

Le 22 juin 1992, le couple fête ses seize ans de mariage et son dernier album, Double jeu, prélude à une tournée annoncée. Ce premier jour du mois d’août 1992, France est à la plage… Une femme s’approche d’elle et lui propose de lui lire les lignes de la main. Elle accepte. « Ça va venir maintenant ! » « Quoi ? Qu’est-ce qui va venir ? », demande France. « Vous entrez dans l’immortalité », lui répond la femme. France ironise : « Ce n’est quand même pas avec ma carrière de chanteuse que je vais entrer dans l’immortalité… Et vous dites que cela va se passer maintenant ? » « En effet ! »

Ce dimanche 2 août 1992, il est environ 14 heures quand France et Michel s’activent pour débarrasser la table. Ils ont promis une interview à Alain Morel, grand reporter au Parisien. Ils ont hâte de l’enregistrer afin d’être tranquilles. L’interview terminée, Michel se dirige vers le court de tennis pour disputer une partie, seul contre deux amies. Pendant environ trois quarts d’heure, tout se déroule normalement quand, tout à coup, il ressent comme un coup de couteau dans la poitrine et quelques nausées. Il décide de rentrer et de prendre un bain pour se détendre. Les douleurs ont disparu. Dans la baignoire, nouveau coup de poignard, suivi d’élancements constants. Michel s’inquiète. France appelle un médecin à qui il a le temps de décrire ses symptômes avant d’être victime d’une troisième attaque cardiaque. Celle-ci lui est fatale. Michel est mort. France a perdu son double.

Après la mort de Michel, elle s’enferme dans un silence médiatique total et ne sort plus de chez elle pendant près de trois mois. Comment gérer le chagrin des petits ? Ils ne veulent plus que leur mère continue de chanter, ni qu’elle remonte sur scène. Ce métier, la vie aussi, pour eux, c’est dangereux…

Le 30 mars 1993, France fait un malaise et manque de s’effondrer pendant l’enregistrement de l’émission Fréquenstar de Laurent Boyer. Elle a un cancer du sein, heureusement non évolutif. France est effondrée. Mourir ne lui fait pas peur, mais quitter ses petits la terrifie. Pauline est de plus en plus affaiblie par la maladie, et Raphaël terriblement perturbé. En juin, France est guérie et ne garde aucune trace de l’opération.

Mais le 15 décembre 1997, le destin de France tourne à l’horreur. Pauline, tout juste âgée de 19 ans, s’éteint. Depuis, France s’est retirée de la vie publique. Ses envies ont changé. Elle consacre une partie de son temps à soutenir des associations. En novembre 2006, elle accepte d’être la marraine de l’opération Cœur d’or, dont l’action est de lutter contre l’exclusion, notamment de jeunes femmes en détresse. Au Sénégal, où elle possède une maison, elle soutient le Samu social qui recueille les enfants de la rue.

France aura 60 ans en octobre. Elle a vendu près de 20 millions de disques et fait le tour du monde dans tous les sens. Elle a été, tour à tour, fêtée, adulée, oubliée et portée aux nues. En s’éloignant volontairement du show-business, elle a trouvé la sérénité.

Heureuse ?

« Être heureux, c’est se lever le matin et être content. Dans ce cas, oui, je suis heureuse. Je sais où je dois aller. »

Magazine : Questions de femmes
Par Geneviève Rembaux
Date : octobre 2007
Numéro : 129
*Éditions Flammarion, 2007.

France Gall, un destin à l’ombre des hommes | Gala | Septembre 2007

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France Gall dans Gala septembre 2007, un destin à l’ombre des hommes, article de presse – francegallcollection.fr
Article Gala septembre 2007 sur France Gall, son parcours intime et artistique – francegallcollection.fr
France Gall, un destin à l'ombre des hommes | Gala | Septembre 2007
France Gall, un destin à l'ombre des hommes | Gala | Septembre 2007

Pas toujours facile d’être une poupée… D’arborer quasiment la même frange depuis l’adolescence et de surveiller sa ligne malgré une vraie attirance pour la bonne chère. Il faut se plier aux attentes du public, subir les injures de ceux qui vous trouvent plus belle à la télé que dans la vraie vie, se résoudre à être dirigée, formatée, contrôlée… “La célébrité ne vous apporte rien. Au contraire, elle vous prive de liberté”, a longtemps confié France Gall.

Mais comment être autrement lorsque c’est votre père qui, le premier, a confisqué votre jeunesse ? En réglant votre existence afin que vous deveniez une machine à tubes. En changeant votre nom d’Isabelle Gall en France Gall, parce que cela sonnait mieux. Propulsée star à seize ans, l’ado a certes découvert la vie plus tôt que ses copines d’école. À un âge où l’on rêve de tout sans pouvoir encore rien s’offrir, Jacques Dessange a inventé sur elle la coupe Collège Girl tandis que Roger Gallet sortait une collection de vêtements juniors à son nom. L’idéal pour son équilibre aurait été que ces Pygmalion si prévenants lui apprennent également à dire “Je”… S’exprimer librement dans le monde des hommes ! Pour France Gall, ce dur combat sera celui de toute sa vie.

Il est vrai qu’en 1963, à l’aube de sa carrière, ses tuteurs nourrissaient d’autres ambitions pour la jolie nymphette. À elle la gloire… à condition qu’ils puissent tirer les fils de leur marionnette. Sinon, gare ! France Gall n’a jamais oublié la gifle que Denis Bourgeois, l’associé de son père, lui a donnée à l’issue de sa première interview. À la question “Que ferez-vous plus tard ?”, elle avait osé répondre : “Dans cinq ans, j’arrête.” Comment s’étonner si, par la suite, la star a nourri une rancune tenace envers ceux qui lui ont fait du mal. Poupée, oui… Idiote et brave fille, jamais !

Reste que France a été le contraire d’une gosse brimée… Ses vacances avec ses parents et ses frères jumeaux, Patrice et Philippe, à Vallauris ou sur l’île de Noirmoutier, restent parmi ses plus beaux souvenirs. Surnommée par ses frangins le “petit caporal” à cause de son besoin de tout organiser, la fillette nourrit une immense admiration pour Robert Gall. Bourguignon, bon vivant, jovial, papa est un personnage haut en couleur. Du genre à réveiller sa Babou pour une virée nocturne au cœur de la capitale. Ou à lui présenter Édith Piaf, Yves Montand, Henri Salvador… Isabelle Gall est une enfant du sérail. Sa mère, Cécile Berthier, est la fille du cofondateur des Petits Chanteurs à la Croix de Bois. Quant à Robert Gall, au début des années soixante, il a conquis le statut de parolier à succès. La Mamma, l’une des chansons les plus populaires du répertoire de Charles Aznavour, se veut l’histoire romancée de la grand-mère de France.

Dès lors, rien d’étonnant à ce que Monsieur Gall détecte immédiatement le talent vocal d’Isabelle. Ni à ce qu’il prenne personnellement sa carrière en main. En lui écrivant Sacré Charlemagne, un tube planétaire vendu dès sa sortie en 1965 à deux millions d’exemplaires. En confiant aussi à Serge Gainsbourg le soin de lui peaufiner des hits sur mesure comme N’écoute pas les idoles ou Poupée de cire, poupée de son. Est-ce un hasard ? Parmi les dizaines de chansons que l’homme à la tête de chou a proposées, l’ado adore spécialement cette dernière. Il est vrai qu’avec Gainsbourg, France surjoue les bébés. Elle est impressionnée par son élégance et son vouvoiement. Il est séduit par sa candeur effarouchée et lui offre des peluches à chacune de leurs rencontres. “Elle ne m’allumait pas du tout, racontera-t-il plus tard. J’avais l’essence, elle n’avait pas le briquet.” Une constante dans la vie de France qui, face à la gent masculine, s’est toujours montrée très réservée. “Elle aimait plaire, mais pas séduire”, explique Grégoire Collard, qui fut longtemps son attaché de presse et vient de coécrire avec Alain Morel France Gall, le destin d’une star courage.

La chanteuse a toujours détesté qu’en sa présence les hommes osent des blagues grivoises ou des allusions sexuelles. Encore moins qu’ils abusent de son innocence. En témoigne l’épisode tragi-comique des Sucettes : Gainsbourg avait écrit cette “comptine” après qu’elle lui eut avoué adorer les sucreries. France jurera plus tard qu’elle n’imaginait pas que cette jolie ritournelle masquait en réalité une chanson paillarde. Humiliée d’être désormais cataloguée comme une lolita perverse, notre fleur bleue en est quitte pour une déprime de plusieurs mois. À l’issue de laquelle elle met un terme à sa collaboration professionnelle avec Robert Gall. Babou a du mal à avaler que, comme les autres adultes, papa ait laissé faire. Elle vient d’avoir dix-neuf ans. Pour la première fois de sa vie, sa féminité outragée exige réparation.

Sauf que, avec les hommes, il ne suffit pas d’avoir dépassé l’œdipe pour se sortir d’affaire. C’est une constante chez France Gall, elle a reproduit — à divers degrés — le même comportement avec tous ceux qu’elle a aimés. Conquérante dans la phase d’approche et de drague ; absolument soumise une fois installée dans sa vie de couple. Avec Claude François, c’est elle qui déboule chaque soir dans la loge de l’idole. Nous sommes en 1964. Cloclo se produit à l’Olympia. France est sous le charme de celui qu’elle considère déjà comme le premier grand amour de sa vie. Quatre ans plus tard, avec Julien Clerc, la chanteuse opère un parfait copier-coller. L’action se situe au Théâtre de La Porte Saint-Martin où se joue l’adaptation française de la comédie musicale Hair. Jeune premier au charisme animal, Julien Clerc parade en vedette. Et France s’enthousiasme, en groupie azimutée qui n’en finit plus de couvrir d’éloges son nouvel Apollon. En 1973, la star sortira pour la dernière fois ses plumes de paon afin de capter l’attention de Michel Berger. Opiniâtre, elle bataillera pendant plusieurs mois. Jusqu’à ce qu’enfin, s’accompagnant au piano, Berger lui fredonne sous le charme : “Quand je suis seul et que je peux rêver, je rêve que je suis dans tes bras…” Alléluia ! La chanson s’intitule La déclaration d’amour. France en est folle. Et, quoi qu’elle en laisse paraître, sacrément fière d’être parvenue à ses fins…

Audacieuse en diable, il eût été logique que cette Mary Poppins — bonne cuisinière, habile décoratrice, gestionnaire irréprochable, organisatrice redoutable, elle a toujours été une fantastique maîtresse de maison — s’impose également dans l’intimité. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. “À dix-huit ans, déjà, la seule chose qui m’obsédait, c’était mon désir de fonder une famille. J’avais un besoin impérieux d’avoir des enfants. Je rêvais la nuit que je tenais un bébé dans mes bras. Je le sentais sur mon ventre. C’était physique”, explique-t-elle. Même dans sa passion tumultueuse avec Cloclo, France pensait que tout finirait par un mariage. C’est exactement le contraire qui aura lieu. Elle a dix-sept ans, il en a vingt-cinq, elle part au combat la fleur au corsage. Mais, au lieu d’un prince charmant en habits de lumière, elle découvre le plus sadique des Barbe-Bleue. Pureté du désir ? Aveuglement de la jeunesse ? Pendant trois ans, l’ingénue accepte l’enfermement, le flicage, les insultes, l’humiliation… et même les tromperies d’un amoureux qui ne réfrène aucune de ses pulsions donjuanesques ! En 1965, la chanteuse, qui vient à peine de triompher à l’Eurovision avec sa Poupée de cire, reçoit un appel de Claude : “Écoute-moi bien. Tu as gagné, bravo. Alors entre nous, c’est terminé.” Heureusement, ce soir-là, le public interprète ses larmes de douleur comme une conséquence de sa joie exacerbée. Show must go on…

De toute manière, personne ne sait réellement que France partage la vie de Claude François. Image de séducteur oblige, celui-ci a toujours préféré garder leur liaison secrète. De 1969 à 1974, Julien Clerc n’agira pas autrement. Pour France, dont la carrière est au plus bas, le temps est venu de jouer la fermière à La Métairie Bruyère, la propriété que le couple possède en Bourgogne. Vivons heureux, vivons cachés ! C’en est au point que Julien, qui ne parle jamais de France, lui demande de porter une perruque et de se faire discrète lorsqu’elle l’accompagne dans un lieu public ! Elle veut trois enfants ? Il la console en lui offrant trois chiens. Un soir, alors qu’elle lui apporte amoureusement un petit plat, il ose : “Tiens ! voilà l’ancienne chanteuse.” Trop, c’est trop ! France encaisse en silence. Mais comme naguère avec Claude, quelque chose se brise. Il ne faut jamais blesser l’orgueil d’une femme soumise… C’est le meilleur moyen d’en faire une implacable ennemie. “Pendant des années, se souvient Grégoire Collard, gérer le planning de France était un casse-tête. En aucun cas, elle ne voulait croiser Julien…”

Pour Cloclo, l’addition sera encore plus salée. Le jour de sa mort, en 1978, France Gall est l’invitée de Maritie et Gilbert Carpentier. Les producteurs de télévision ont offert à la chanteuse un Numéro 1 en son honneur. Quand les Carpentier évoquent l’opportunité d’y insérer un hommage au disparu, France reste de marbre. Pire, elle refuse : “On ne fait rien, c’est mon émission”, aurait-elle même lâché.

Il faudra attendre Michel Berger pour que France trouve enfin son équilibre. Avec celui qu’elle épouse en 1976, la chanteuse voit ses rêves de famille exaucés : en 1978, c’est la naissance de Pauline ; en 1981, celle de Raphaël. Entre eux, pas de conflits, mais des rôles clairement définis. Elle était sa muse, sa “négresse blonde”, son interprète attitrée. Il était son Pygmalion, son professeur Tournesol, son compositeur fétiche. Avec, au final, des morceaux cultes comme Si maman si, Tout pour la musique, Donner pour donner, Résiste… “Michel la dominait intellectuellement”, explique le journaliste Alain Morel. À la maison, elle n’avait pas le droit d’écouter de la musique, de lire des journaux people. En public, ils ne devaient ni s’embrasser ni même s’échanger des mots tendres… France n’en fait pas mystère : “Michel a été mon maître. C’est lui qui m’a construite, dans le bon sens du terme. Il m’a appris à m’ouvrir aux autres et au monde.” Après la mort du compositeur, veuve inconsolable, elle continuait de lui obéir depuis l’au-delà. “France commençait souvent ses phrases par “Cette nuit, Michel m’a dit””, racontent ses proches.

Magazine : Gala
Par Laurent Del Bono
Date : 19 septembre 2007
Numéro : 745

Une histoire de France Gall

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Le 9 octobre, France Gall soufflera ses 60 bougies. L'occasion pour Grégoire Colard et Alain Morel qui la connaissent de près de lui consacrer une très émouvante biographie. Sans apitoiement, avec justesse, se déroule au fil des mots la vérité d'une femme ...
Le 9 octobre, France Gall soufflera ses 60 bougies. L'occasion pour Grégoire Colard et Alain Morel qui la connaissent de près de lui consacrer une très émouvante biographie. Sans apitoiement, avec justesse, se déroule au fil des mots la vérité d'une femme ...
Une histoire de France Gall

France Gall. On a tous dans le cœur une chanson oubliée qui nous replonge dans la douceur des souvenirs d’enfance.

Quelques petites notes de musique aux grands pouvoirs magiques : instantanément, leur simple évocation nous fait remonter le temps à la vitesse grand V. Pour ma part, cette «madeleine», je la dois à France Gall, dont le célèbre tube Poupée de cire, poupée de son me ramène illico dans la maison de mes 6 ans. Vous aussi, sans doute, vous n’avez jamais oublié cette douce France, même si, aujourd’hui encore plus qu’hier, elle mène sa vie en toute discrétion. C’est donc avec beaucoup de bonheur et de respect que nous la retrouvons, p. 8. Un rendez-vous coup de cœur à ne pas manquer. Très bonne lecture, excellente semaine, et à mardi prochain. Marion Minuit, rédactrice en chef

Le 9 octobre, France Gall soufflera ses 60 bougies. L’occasion pour Grégoire Colard et Alain Morel qui la connaissent de près de lui consacrer une très émouvante biographie. Sans apitoiement, avec justesse, se déroule au fil des mots la vérité d’une femme …

Les hauts et les bas, France connaît par cœur. Entre les débuts flamboyants d’adolescente star, les amours tour à tour douloureuses ou idylliques, les triomphes, la maladie et la perte de ce qu’elle avait de plus cher, elle cultive envers et contre tout le goût de la vie. Refusant qu’on la plaigne, détestant qu’on l’épie, elle veut vivre libre. Une dignité qui force notre admiration. Nous aurions seulement envie de lui dire combien elle nous manque et que nos pensées l’accompagnent. ..

La fille du papa de La Mamma …

La musique, Isabelle Gall, Babou pour ses proches, est tombée dedans quand elle était gamine. Entre un papy maternel qui a créé les Petits Chanteurs à la croix de bois et un père, Robert Gall, à qui l’on doit La Mamma immortalisée par Charles Aznavour, il y a de quoi voir la vie en musique … A table défilent Marie Laforêt, Claude Nougaro ou Jacques Martin. Elle est toute gosse quand son père l’emmène chez la très impressionnante Edith Piaf pour qui il vient d’écrire une chanson. Face à son miroir, tandis qu’elle crêpe ses cheveux façon Bardot et farine son visage de jeune fille de 15 ans, elle rêve de gloire. Elle envie Sylvie Vartan, une débutante qu’elle connaît bien : elle habitait dans sa rue ! Son père, remarquant qu’elle chante sans cesse dans sa chambre, lui fait enregistrer un disque quatre titres. C’est une joie immense … jusqu’à ce qu’on change son identité ! L’imminence d’un match de rugby France-Galles inspire en effet son père. Ainsi rebaptisée, l’apprentie chanteuse, qui doit son nom à un ballon ovale, pleure à chaudes larmes. Elle aimait tant qu’on l’appelle Babou … Privée de ce si tendre sobriquet, elle sort de la naïveté de l’enfance.

Avec Cloclo, un amour qui détruit tout.

Elle a tant rêvé de lui qu’elle l’a surnommé l’homme impossible. Impossible aussi, la vie qu’il va lui mener ! France a 17 ans, Claude, 25. Claude, c’est Claude François ! Son déhanché et son énergie sur scène l’ont bouleversée au point qu’ils ne se quittent bientôt plus. Mais à quel prix ! Dominateur, jaloux, féroce manipulateur, l’idole épuise sa jeune proie pendant trois ans. Combien de larmes et de courage avant qu’elle ne le quitte enfin et tourne la page ? Un crime de lèse-majesté que la star ne lui pardonnera pas. Cette femme qu’il évoquera dans Comme d’habitude, l’un des titres les plus chantés au monde, c’est France.

Retirée du monde … avec Julien Clerc.

Les années soixante s’écoulent, et France, exploitée de par le monde comme un produit très rentable, n’est pas loin d’entrer en rébellion. Marre de s’exécuter sans mot dire, de chanter Sacré Charlemagne, Poupée de cire poupée de son en six langues ou Les Sucettes. Elle enrage d’ailleurs après Gainsbourg de lui avoir écrit cette chanson dont elle n’avait pas soupçonné le sens caché. La fin des yé-yé l’éloigne des palmarès, et c’est tant mieux. France se sent soulagée de n’être plus sur la première marche. Libérée de ses chaperons, elle va enfin écrire sa vie à la première personne. « Je voulais changer d’air, c’est Hair qui m’a changée ! » s’amusera-t-elle. Comment pouvait-elle imaginer que cette comédie musicale allait bouleverser sa vie, ou plutôt l’un des chanteurs, un certain Julien Clerc ? Elle tombe soudain en pâmoison. Elle aime sa modernité, son talent, d’autant qu’il est très beau garçon avec ses boucles brunes de beatnik. Cinq années d’amour l’attendent. .. France vit comblée dans l’ombre de Julien, acceptant même, comme il le lui demande, de porter une perruque brune en sa compagnie afin que personne ne soupçonne la nature de leurs liens. C’est que Julien ne veut pas déplaire à son public féminin. Julien est aimant, France est radieuse. Elle vit à la campagne, cuisine, rêve d’enfants. L’ex-idole des sixties sous-estime pourtant la force de ses ambitions, son désir fou de vivre en musique …

La si belle Déclaration d’amour.

Ce printemps 1973, France est dans sa voiture quand de l’autoradio jaillit une voix renversante. Le speaker prononce le nom de Michel Berger. Voici l’homme qui lui redonnera envie de chanter, se persuade-t-elle. Elle se souvient l’avoir croisé en 1966, en 1970, sans qu’ils aient eu l’occasion de se parler. Le destin veut qu’elle le rencontre dans un studio de radio quelques jours plus tard. Elle le prie de lui écrire une chanson. Offre qu’il décline à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’un texte et une mélodie s’imposent à lui comme une évidence, « La déclaration d’amour ». Michel est amoureux, France reçoit le message en plein cœur. Ses années d’amour avec Julien Clerc prennent aussitôt fin. Elle rejoint Michel et enregistre la chanson. Un succès considérable qui marque son retour sur le devant de la scène et la naissance de sa plus belle histoire d’amour. Dès lors, les bonheurs s’écoulent comme source claire : l’harmonie musicale et amoureuse, le mariage, deux enfants, Pauline et Raphaël, une aventure révolutionnaire, Starmania, des refrains repris par la France entière, Si maman si, Il jouait du piano debout, Résiste, Débranche, Cézanne peint, Ella elle l’a, Babacar, Évidemment … Chanteuse, amoureuse et maman, c’est une femme à qui la vie a tout donné.

Courage et dignité pour vivre à tout prix.

« Je ne peux m’empêcher de penser qu’il y aura une facture à payer un jour », déclara France. Terrible prémonition. Le bonheur se ternit déjà considérablement lorsque le couple apprend que sa petite Pauline, âgée de 4 ans est atteinte de la mucoviscidose. Il s’assombrit encore quand Michel perd son frère d’une sclérose en plaques, tandis que l’ami intime du couple, Daniel Balavoine, disparaît accidentellement. Robert Gall décède, et France, petite femme au courage immense, entoure son homme et porte sa famille bout de bras. Michel et France ont achevé la réalisation de Double Jeu, leur premier album à deux voix quand, le 2 août 1992, Michel meurt d’une crise cardiaque. Brave soldat et louve, France protège ses petits et ne se décourage pas quand un cancer du sein voudrait la faire vaciller. Pour Raphaël, elle se tient encore droite quand, à 19 ans, en décembre 1997, Pauline rejoint l’ombre. Après avoir traversé les enfers, France a, ces dix dernières années, repris le chemin de la vie. Discrète, digne, ouverte au monde, à ceux qui souffrent, la marraine de Cœur de femmes tend la main aux femmes maltraitées. Un engagement qui l’a encouragée à apparaître en décembre 2006 dans le journal de France 2. Depuis, notre France est retournée dans l’ombre. Elle nous manque sans que nous lui en voulions jamais. Souhaitons que, où qu’elle soit, à Paris ou dans son havre de paix au Sénégal, là où on l’appelle tendrement « la négresse blonde », sa route soit belle et douce …

Journal : Nous Deux
David Lelait-Helo
Du 18 au 24 septembre 2007
Numéro : 3142

Merci à Elisabeth.

Les cinq facettes de France Gall | Femme Actuelle | Septembre 2007

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Article du magazine Femme Actuelle de septembre 2007 consacré aux cinq facettes de la vie de France Gall – francegallcollection.fr
Portrait croisé publié dans Femme Actuelle en 2007 retraçant cinq aspects de la vie et de la carrière de France Gall – francegallcollection.fr
Les cinq facettes de France Gall | Femme Actuelle | Septembre 2007
Les cinq facettes de France Gall | Femme Actuelle | Septembre 2007

Le 17 septembre sort une biographie de la chanteuse* qui fête ses 60 ans le mois prochain. Rétrospective d’une vie riche et éprouvante.

Pour cerner la vie de France Gall, ils se sont mis à deux : Grégoire Colard, qui a été son attaché de presse, et Alain Morel, un journaliste qui a suivi de près sa carrière. Résultat : une biographie tendre et malgré tout non autorisée par l’intéressée. Coup de projecteur sur cette star qui rêve d’être laissée dans l’ombre…

Un album écrit pour elle par Pascal Obispo ? Non merci ! En 1997, France Gall a décliné l’offre. Depuis la disparition de Michel Berger il y a quinze ans, elle a réenregistré quelques titres signés de son mentor, puis a cessé de chanter. “Pourquoi faire quelque chose que j’ai déjà fait au mieux ?” demandait-elle à L’Express en 2004.

Et même si, depuis ce deuil, elle a vécu quelques histoires d’amour, elle veille jalousement sur le souvenir de leur couple. Véronique Sanson en a fait les frais, elle qui a sorti en 1999 un album de chansons écrites par Berger. Réponse de France : “Je suis choquée qu’elle se serve du nom et des œuvres de Michel en faisant ressurgir la relation qu’elle a eue avec lui lorsqu’il était un jeune compositeur inconnu. Michel, lui, a tourné la page en faisant sa vie avec moi.”

Nous sommes en 1993, France Gall semble épuisée. Pudique mais pas menteuse, elle se décide finalement à informer la presse de ce qui la mine : un cancer du sein. Ce n’est pas la première fois que le sort l’égratigne. La litanie macabre commence en 1990, date du décès de son père. Son beau-père, son beau-frère et sa meilleure amie décèdent peu après. Michel Berger est terrassé par une triple attaque cardiaque en août 1992. Et sa fille Pauline, 19 ans, est emportée par la mucoviscidose en 1997.

Je sais que la vie est faite de choses belles et affreuses, confiait-elle alors au Parisien. Je me convaincs qu’elle mérite que je lui fasse encore confiance.” Pour Grégoire Colard, voilà l’une des clés de la notoriété de France Gall : l’affection que le public porte à cette femme qu’aucun drame n’a réussi à détruire.

Oubliez la fragile blonde cachée derrière sa frange. Aujourd’hui, la “groupie du pianiste” est loin, vive la maîtresse-femme ! C’est elle, la chanteuse aux vingt millions d’albums vendus, qui a ciselé dans les moindres détails son portrait télévisé en 2001-2002. Elle gère seule sa vie et sa carrière. Déjà, quelques années auparavant, elle avait pris la barre.

Sa biographie la décrit volontariste, bataillant pour imposer son style à Michel Berger sur l’album Double Jeu, scénarisant elle-même ses concerts… Une revanche sur son début de carrière quand, coachée par son père, elle se voyait affublée d’un prénom de scène détesté (France au lieu d’Isabelle), d’un agenda décidé par d’autres et d’un répertoire qu’elle n’aimait pas…

Résiste : aucun autre titre ne résume mieux France, qui fut et reste une révoltée contre la misère. D’abord, il y eut l’Afrique. Pour Babacar, l’enfant symbole des maux du continent noir, France fera un tube, puis assurera l’avenir de sa famille…

Action École et les Restos du Cœur bénéficieront aussi de sa notoriété. Depuis 2006, la voilà aux côtés de Cœur de Femmes, qui soutient toutes celles qui sont “étouffées, humiliées, maltraitées”, et auxquelles, peut-être, France relie ses propres souffrances.

À l’approche de son anniversaire, une biographie sort sur elle ? Pas moyen, néanmoins, de décrocher une interview. “France parlera quand elle l’aura décidé, pour l’instant elle aspire à la tranquillité”, résume son attachée de presse.

“Flâner incognito dans les rues de New York, mitonner des petits plats pour son fils Raphaël, 26 ans, et quelques amis choisis, bouquiner, redécorer ses maisons : voilà ce qui la rend heureuse aujourd’hui”, estime Grégoire Colard.

En 2004, la star confiait à Paris Match : “J’ai appris à aimer la solitude (…). Ce vide, c’est le comble du bonheur.” Ses nombreux fans n’ont plus qu’à espérer qu’elle sorte un jour de sa retraite pour retrouver la scène…

*France Gall, le destin d’une star courage, de G. Colard et A. Morel, Flammarion
Interview donnée au Pèlerin, 15/11/2006

Magazine : Femme Actuelle
Par Laure Marchand
Date : 17 septembre 2007
Numéro : 1199

Douce France Gall !

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Son attaché de presse, Grégoire Colard, raconte aujourd’hui le destin d'une star-courage dans un livre vérité où pour la première fois on comprend l’idole France Gall en entrant dans la peau de la femme ...
Son attaché de presse, Grégoire Colard, raconte aujourd’hui le destin d'une star-courage dans un livre vérité où pour la première fois on comprend l’idole France Gall en entrant dans la peau de la femme ...
Douce France Gall !

Des années 60 difficiles aux années Berger, France Gall a tout voulu et a tout eu. Des succès planétaires, un amour infini et de merveilleux enfants.

Consciente qu’un jour la facture serait lourde, notre jolie France a perdu tout ce qui semblait si solide.

Son attaché de presse, Grégoire Colard, raconte aujourd’hui le destin d’une star-courage dans un livre vérité où pour la première fois on comprend l’idole en entrant dans la peau de la femme …

Christophe Daniel / Grégoire, vous décidez de lever le voile sur une grande star qui fut très discrète sur sa vie privée tout le long de sa carrière, pensez-vous que c’est maintenant que l’on peut en parler, au moment où justement son public n’a plus de nouvelles d’elle et qu’elle nous manque?

Grégoire Colard / Je pense que c’est le moment en effet. En fait, j’avais déjà commencé l’écriture de ce livre lorsque France avait plus ou moins décidé d’arrêter de chanter. C’était en 1988, on était alors très proches, j’avais commencé des conversations avec elle, et elle s’était mise à me parler de son enfance que l’on connaît peu. J’avais fait une véritable enquête, j’avais même interrogé sa maman. Seulement, à l’époque, j’ai trouvé qu’il n’y avait pas encore assez de vécu : elle était encore trop jeune.

J’ai donc abandonné le projet en le mettant de côté pour plus tard.

Il se trouve que pour elle, la vie a été très mouvementée par la suite et puisqu’il n’y a jamais eu de livre sur elle, je me suis cru un peu autorisé à le faire, dans la mesure où j’ai suivi tout son parcours puisque j’ai été son arraché de presse ainsi que celui de Michel Berger de 1975 à 90.

Alain Morel est un journaliste qui a co-écrit ce livre avec moi, et qui a été celui qui a recueilli les derniers propos de Michel, quelques minutes avant qu’il ne parte pour ce qui sera sa dernière partie de tennis, le 2 août 1992. Même si aujourd’hui je ne vois plus France (on s’est éloignés sans être fâchés), j’ai continué à suivre ce qu’elle faisait et ce qu’il lui arrivait. J’avais envie d’écrire ce livre car c’est aussi un livre sur ma vie quelque part.

Christophe Daniel / Sans nous révéler les pages de votre livre, racontez-nous un peu l’enfance de la petite Isabelle Gall ?

Grégoire Colard / Isabelle, Geneviève, Marie, Anne, Gall, vient d’une famille de musiciens. Son père, Robert Gall, était auteur, c’est lui qui a écrit « La Mamma » pour Charles Aznavour et « Les amants merveilleux » pour Édith Piaf. Il était aussi chanteur puisqu’il se produisait dans des cabarets ou dans des salles de cinéma où il chantait entre deux films. Mais ce n’est pas tout, le père de sa mère était le co-fondateur des « Petits chanteurs à la croix de bois ». Tout le monde dans la famille jouait d’un instrument, France jouait un peu de piano et de la guitare et elle chantonnait.

Les dimanches après-midi, à Paris ou à la campagne, ils se réunissaient pour jouer de la musique en famille, ou bien pour aller entendre un oncle qui faisait un récital dans une église. France se faisait prier par ses amis d’école pour aller chanter à des fêtes de fin d’année. Elle était très attachée à sa famille, ils partaient tous en caravane l’été avec les géraniums de sa maman. France parle toujours de son enfance avec bonheur comme d’une période un peu bohème.

Christophe Daniel / Ce qui aurait dû être un conte de fées pour petite fille, va devenir un véritable cauchemar pour la jeune Isabelle que l’on va très vite renommer France après un match de rugby historique en 63. Comment tout cela s’est-il déroulé ?

Grégoire Colard / C’est son père qui a voulu lui faire enregistrer quatre chansons, des reprises dans un premier temps, pour faire des essais parce qu’il avait remarqué qu’elle chantait tout le temps, qu’elle « scattait » sur des disques de Count Basie, qu’elle se faisait des duos virtuels avec Ella Fitzgerald.

Dans un premier temps, aller au studio était plus amusant qu’aller au lycée. Et en fait dès qu’elle a commencé, elle en a bavé. Elle s’est rendu compte que c’était du travail. On lui préparait son look, on l’habillait, on la coachait. C’était très éprouvant. Quand elle fait ses premières interviews, on va lui demander : « Que ferez-vous plus tard ? », elle va répondre tout naturellement : “Dans 5 ans, j’arrête !”

Son coproducteur de l’époque la gifle en lui disant qu’elle est folle, que ce n’était pas du tout ce qu’elle devait répondre. Elle n’oubliera jamais ce geste, elle avait 16 ans, à l’époque la majorité c’était à 21. Elle était encore un bébé et jouait encore à la poupée.

Mais très vite, sa vie de jeune fille va lui échapper, après les succès phénoménaux de « Ne sois pas si bête » ou de « Sacré Charlemagne » (chanson qu’elle avait détestée d’emblée et qu’elle refusait de chanter sur scène dans les premiers temps), elle se rend compte qu’on lui subtilise son adolescence. Papa Gall se trouve désolé que sa fille se rebiffe autant. Ce qui ne va pas l’empêcher de réussir une carrière internationale, en Allemagne par exemple où elle devient une grande vedette avec ses propres titres adaptés dans la langue de Goethe, qu’elle va apprendre à chanter phonétiquement. Elle y aura tellement de succès qu’elle représentera ce pays dans quelques festivals en tant que chanteuse allemande.

Au Japon, elle va être en tête des hit-parades pendant 2 ans. Elle a très vite fait le tour du monde, sans rien en voir. Elle n’avait pas le temps de faire du shopping, les paparazzis étaient déjà autour d’elle.

Puis on continue constamment à lui faire chanter des chansons qui ne lui plaisent qu’à moitié. Des titres qui vont lui faire honte, qui vont la faire pleurer, comme « Les sucettes » de Gainsbourg. Il faut savoir qu’elle a fait une véritable dépression après la sortie de cette chanson. Elle était trop jeune pour avoir compris à l’époque, ce n’est pas comme les jeunes filles d’aujourd’hui qui s’habillent comme des adultes, en 1963-64, les jeunes filles étaient de véritables jeunes filles. On a dit qu’elle devait être conne ou bien qu’elle avait fait semblant de ne pas comprendre, mais pas du tout, c’est ni l’un ni l’autre, c’était une jeune fille et elle n’a pas compris ce que l’esprit de Serge Gainsbourg avait voulu lui faire dire. D’autant plus qu’au départ, c’est elle qui lui avait donné l’idée de cette chanson en disant qu’elle aimait beaucoup les sucettes. Deux mois plus tard, il lui a apporté « Les sucettes », chanson qu’elle a trouvée très mignonne au départ.

Après sa rencontre avec Michel Berger, elle s’est mise à regretter tout ce qu’elle avait fait auparavant. Elle aurait aimé l’effacer. Elle était malheureuse en chansons, elle était malheureuse sur scène, car on ne lui donnait pas la dimension qu’elle souhaitait, et de plus elle n’avait aucune vie privée.

Christophe Daniel / Justement, peu de gens le savent, mais sa première grande passion commence en 1964, puisqu’elle va vivre une histoire impossible avec Claude François ?

Grégoire Colard / Oui c’est vrai, elle a 17 ans et lui en a 25. Elle le surnomme immédiatement « l’homme impossible », parce qu’il lui paraissait inaccessible. À l’époque, pour être une idole il fallait rester célibataire, alors les deux tourtereaux se cachaient. Mais il y avait beaucoup d’amour entre eux, et pourtant il était très jaloux de son succès.

Quand elle a fait l’Eurovision, il lui a dit que c’était une très mauvaise idée de faire ça pour sa carrière, que c’était casse-gueule. En fait, elle a gagné avec « Poupée de cire, poupée de son ». C’était en 65. Au moment où elle a été proclamée gagnante, elle lui a téléphoné aussitôt pour savoir s’il était fier d’elle, mais au lieu de cela, il lui a répondu qu’entre eux c’était terminé.

On connaît tous aujourd’hui le mauvais caractère légendaire de Claude François, on sait aussi comme il aimait qu’on le supplie, alors, elle est retournée dès le lendemain matin à Paris se suspendre à la sonnette de son amoureux qui habitait déjà boulevard Exelmans, espérant qu’il lui ouvre la porte. Ce qu’il fera éventuellement.

Christophe Daniel / Elle finira toutefois par ne plus supporter ses sautes d’humeur, et le quitter une fois pour toutes. Cloclo, effondré, à son tour, va écrire les premiers pieds de « Comme d’habitude » en pensant à elle. Quel effet cela lui a fait d’avoir été l’inspiratrice d’un tube international?

Grégoire Colard / Indifférence totale ! Elle dira juste que ce « monstre » décrit dans la chanson ne lui ressemble en rien. Elle ne s’est jamais glorifiée du succès qu’elle a pu inspirer. De toute façon, lorsque France tourne une page, c’est fini ! Elle ne revient pas en arrière.

Christophe Daniel / Une autre passion va la brûler, c’est celle qu’elle a vécue avec Julien Clerc, que s’est-il passé exactement ?

Grégoire Colard / Sans tout dévoiler … parce qu’il faudra lire mon livre (rires) … cette relation fut très douloureuse pour elle. Elle a commencé son histoire avec Julien Clerc quand elle commençait à ne plus avoir de succès. Elle a arrêté sa carrière internationale, elle ne s’est plus jamais produite en Allemagne et elle s’est investie complètement dans cette relation amoureuse : elle avait toujours voulu avoir une vie de famille, elle voulait fonder un foyer, se marier et s’occuper de ses futurs enfants. Elle l’avait demandé à Claude François, mais lui ne voulait plus se marier. Elle a donc demandé à Julien de lui faire des enfants, il lui a offert trois chiens à la place. Élégant, non ?!?

Cette histoire a quand même duré 5 ans. Tout comme Cloclo, il lui demandait de se cacher car il ne voulait pas s’afficher avec elle. Puis elle a fini par le quitter aussi.

Christophe Daniel / La véritable « Histoire de France » débute en 1973 lorsqu’elle découvre la musique de Michel. Savez-vous comment ça lui est arrivé ?

Grégoire Colard / À la radio, tout comme pour moi, mais évidemment pas en même temps. Elle était au volant de sa voiture et elle s’est arrêtée sur le bas-côté pour mieux l’écouter et j’ai fait exactement la même chose. Pour elle c’était le quitte ou double, elle a voulu le rencontrer de suite, en se disant que ce serait lui ou personne. S’il refusait, elle arrêtait de chanter.

Christophe Daniel / Comment êtes-vous devenu son attachée de presse?

Grégoire Colard / Moi je n’aimais pas beaucoup la chanson française. Je m’occupais de Genesis, de Queen, de gens comme ça. Michel Berger m’a contacté pour travailler avec lui dans un premier temps, ce que j’ai fait pendant 3 mois à peu près, sans savoir qu’il vivait avec France Gall. Il faut savoir que je ne m’intéressais pas du tout aux potins à l’époque – ça a bien changé depuis (rires). Un jour il me dit : « Tu sais que je vis avec France Gall ? » Je me vois lui répondre que non et là-dessus il me dit qu’il vient de lui produire un album. Dans ma tête j’ai pensé : « Oh mon Dieu ! C’est une catastrophe, il va me proposer de travailler pour elle ! Comment vais-je faire ? » Parce que je ne l’aimais plus à ce moment-là, je l’avais un peu aimée à ses débuts et puis entre-temps son image avait changé vis-à-vis du public. Alors, il m’a donné l’album. Je l’ai écouté tranquillement chez moi et j’ai trouvé ça génial. C’était vraiment du Berger et comme j’adorais ce qu’il faisait, je me suis retrouvé à travailler une année pour l’un et une année pour l’autre, puisqu’ils ne sortaient jamais leurs albums en même temps, pour que l’un d’entre eux s’occupent des enfants pendant ce temps. C’était chacun son tour !

Christophe Daniel / Comment gère-t-on un couple comme celui-là ?

Grégoire Colard / Moi j’avais le feeling avec eux, pour leur musique mais aussi pour leurs personnalités. Je n’étais pas impressionné du tout, il faisait la musique, elle chantait, lui aussi, elle faisait la cuisine, on déjeunait et on dînait ensemble, on voyageait ensemble, on jouait aux cartes, on rigolait, c’était une vraie vie de famille.

Christophe Daniel / C’était plutôt des vacances ou plutôt du travail ?

Grégoire Colard / Michel avait ce côté américain qui voulait qu’on soit très amis, on jouait aux cartes ou à des jeux de société et puis d’un seul coup, on pouvait s’arrêter pour discuter boulot. Alors tout devenait sérieux. Lorsque Michel parlait, il chuchotait presque, il avait une voix très douce. Je ne l’ai jamais vu en colère ! Quand il était fâché, il s’arrêtait de parler. À ce moment-là, tout le monde se demandait ce qu’il se passait car c’était assez rare mais tout restait dans le calme. Quand il avait une idée de musique, il s’absentait discrètement en s’excusant et il allait dans une pièce à côté où se trouvait toujours un piano noir pour écrire ce qu’il venait d’imaginer.

Quand Michel se déplaçait chez des amis, il fallait qu’il y ait un piano, sinon il ne venait pas ! Soudain on entendait, « ding, ding, ding », deux ou trois accords auxquels il venait de penser, il enregistrait sur un petit magnétophone qu’il ne quittait jamais et il revenait parmi nous comme si de rien n’était.

Christophe Daniel / Vous commencez à vous occuper de France dès son premier album où l’on trouve « La déclaration », « Samba Mambo » et « Comment lui dire ». Pléthore de succès pour une France ressuscitée, puis vient le second album qui est un petit peu un album concept, je veux parler de « Dancing Disco » en 77. Comment Michel a-t-il eu cette idée ?

Grégoire Colard / Michel et France se sont mariés en 1976 et l’année suivante nous sommes partis quelques temps en voyage aux États-Unis, à Los Angeles, à New York et puis à San Francisco. C’est dans cette dernière ville que France décida de sortir en boîte. Seulement, il se trouve que toutes les boîtes de San Francisco, en 77, étaient gays. Michel ronchonne un moment en se demandant ce qu’il va bien pouvoir faire là-dedans. Mais il nous suit tout de même, et restera au bar, de peur qu’il ne lui arrive quelque chose (rires). Alors que France et moi nous éclations comme des malades, dans la tête de Michel, il s’est passé quelque chose. Il a vu les lumières démentes, les lasers, les fumées et surtout il a entendu la musique disco qui n’existait pas encore chez nous mais qui explosait de l’autre côté de l’Atlantique.

Tout ceci lui a donné l’idée d’écrire cet album « Dancing Disco » où, sur la pochette, il a eu l’idée du dessin d’une soucoupe avec de la monnaie dedans. Mais outre le titre « Dancing Disco », on peut y trouver aussi « Si maman si », qu’il avait écrite en pensant à sa propre maman !

Christophe Daniel / En 78, Michel compose les musiques de Starmania pendant que Luc Plamondon en écrit les textes. L’album studio sort en 78 et sera monté en spectacle en 79, mais France n’était pas prévue dans le casting original. Que s’est-il passé?

Grégoire Colard / Michel voulait un spectacle très original et il ne voulait pas mélanger les carrières et surtout pas que le spectacle fonctionne sur des noms connus. Ils ont pris Balavoine et Fabienne Thibault qui étaient encore inconnus. De son côté, France n’était pas impliquée mais elle donnait son avis ; Michel lui demandait de chanter certains titres pour se faire une idée. Bref, elle était là. Elle faisait la cuisine pendant qu’ils travaillaient et elle se sentait un peu frustrée, elle ne disait rien mais elle en avait gros sur le cœur.

Il se trouve que les financiers – Europe 1 et compagnie – ont demandé la présence de quelques noms connus. Luc a proposé Diane Dufresne qu’il produisait au Québec et Michel a fait chanter France.

Christophe Daniel / Qui découvre Daniel Balavoine, France ou Michel ?

Grégoire Colard / C’est France ! Elle l’a vu un jour à la télévision chantant une de ses chansons qui faisait très comédie musicale: c’était « Lady Marlène ». Elle est tombée amoureuse de la voix de Daniel. Quand ils ont fait le casting, elle a trouvé que ce mec était génial, il était en blouson noir et il chantait dans les aiguës. Elle s’est dit qu’il était parfait pour le rôle de Johnny Rockfort.

L’histoire d’amitié a commencé là, mais il était surtout le confident de Michel. Ils étaient très proches l’un de l’autre, il l’estimait véritablement comme son frère. France s’entendait évidemment très bien avec Daniel aussi, ils riaient énormément ensemble, c’était des fous rires dans toute la maison quand Daniel était là.

Christophe Daniel / Comment sont arrivées les actions humanitaires pour l’Afrique ?

Grégoire Colard / C’est venu d’Angleterre. Bob Geldorf avait organisé un grand spectacle caritatif à Wembley qu’il avait appelé « Band Aid », RTL, qui parrainait le show, avait emmené en spectateurs, France, Michel, Daniel, Richard Berry, Renaud et il y avait aussi Lionel Rotcage, le fils de Régine.

En revenant en France, Lionel lance l’idée que les chanteurs français fassent la même chose à Paris. Renaud écrit une chanson qui va s’appeler « Loin du cœur et loin des yeux » auquel Michel et France participent. Et c’est ensuite que Balavoine crée son mouvement « Action École » dans lequel France s’est impliquée avec beaucoup d’acharnement. Ensuite, Daniel est parti pour le Sahel pendant le Paris Dakar en janvier 86, pour y amener des pompes à eau et c’est là qu’il a disparu. France, Richard et Michel sont repartis tous les trois pour ramener du riz et du sucre en Afrique. Ils ont repris naturellement la suite de son action.

Aujourd’hui je sais que France s’occupe d’une autre association qui s’appelle « Cœur de femmes » pour les femmes battues et sans domicile fixe.

Christophe Daniel / Alors que Michel et France aiment à sortir leurs albums simultanément en 1980, sortent deux albums en même temps et pas des moindres, « La groupie du pianiste » pour Michel et « Il jouait du piano debout » pour France, le même été. Comment gère-t-on ça lorsqu’on est l’attaché de presse des deux?

Grégoire Colard / C’était très amusant : un jour c’était lui qui était numéro un des ventes et la semaine suivante c’était elle. Eux, ils ont géré ça très bien, c’était une adéquation totale dans le discours de Michel et de France, ils étaient de gauche tous les deux, Mitterrand allait être élu, ils étaient très proches de lui, de Balavoine, de Renaud, de Coluche. Il y avait une crédibilité qui s’est cristallisée autour de leur musique, de leurs pensées politiques et du monde dans lequel ils vivaient. C’était l’osmose parfaite.

Christophe Daniel / Puis vient le duo avec Elton John, un album était prévu et finalement on n’aura qu’un 45 tours avec deux titres dont « Donner pour donner » qui sera un énorme tube. Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’album ?

Grégoire Colard / Il se trouve qu’Elton John écoutait beaucoup ce qui passait en France, parce qu’il voulait se faire connaître du public français, ce qu’il n’arrivait pas à faire. Il a acheté les disques de France Gall, puis alors que je fêtais mon anniversaire et que je les attendais tous les deux, ils m’ont appelé pour me dire qu’ils partaient pour Saint-Tropez rencontrer Elton qui venait de les appeler. Pour la petite anecdote, quand ils ont répondu au téléphone, ils lui ont raccroché au nez la première fois, ne croyant pas que c’était le vrai (rires). Il a rappelé et leur a dit qu’il aimait beaucoup ce qu’ils faisaient ensemble, qu’il allait à la soirée blanche d’Eddie Barclay à Saint-Tropez et qu’il aurait bien voulu les rencontrer à cette occasion !

Ils se sont mis à travailler ensemble un mois plus tard à Los Angeles avec Bernie Taupin et ils ont commencé à enregistrer. France ne se sentait pas bien (elle était enceinte de Raphaël, son deuxième enfant, et ne le savait pas encore mais elle avait des nausées devant Elton), ce qui la dérangeait terriblement. Cette grossesse fur d’ailleurs très difficile pour France. Ils ont donc annulé la tournée qu’ils avaient prévue ensemble et l’album par la même occasion, à leur grand regret. Il est venu une fois chanter avec elle sur scène quand elle a fait le Palais des Sports en 82, puis ils se sont quittés bons amis.

Je voudrais préciser que beaucoup de gens pensent que la chanson « Il jouait du piano debout » était un hommage à Elton mais pas du tout, Michel l’avait écrite en pensant à Jerry Lee Lewis.

Christophe Daniel / Pour ses concerts au Théâtre des Champs-Élysées en 78, au Palais des Sports en 82, au Zénith en 84 et 87 comment a-t-elle appréhendé ces rendez-vous avec le public ?

Grégoire Colard / France détestait faire de la scène à cause de sa première période où elle avait été mal entourée. Avant de faire le Théâtre des Champs-Élysées en 78 où il y avait un orchestre composé uniquement de femmes, Michel lui dit : « Tu vas voir le bonheur que l’on peut ressentir sur scène ». Elle était enceinte de Pauline, avec interdiction de bouger, mais elle s’est rendu compte qu’il se passait un truc avec le public. 4 ans plus tard, elle fait le Palais des Sports pendant 5 semaines en tout et malgré un temps pourri sur Paris, le spectacle a très bien marché. Elle a appris à jouer du saxophone pour l’occasion, elle s’est investie à fond.

Pour le second Zénith, elle savait qu’elle voulait arrêter de chanter alors elle avait décidé de mettre tout ce qu’elle aimait dedans : des danseurs africains, des cors, elle voulait que ce soit une fête musicale et visuelle.

Christophe Daniel / Pourquoi a-t-elle voulu tout arrêter en 88 ?

Grégoire Colard / Pour s’occuper de sa fille qui était atteinte de la mucoviscidose. Après ce show, elle avait atteint le zénith, c’est le cas de le dire. Il était temps de faire une pause, peut-être pas définitive mais il n’était plus question de continuer à ce moment-là.

Pendant 4 ans, France va vouloir tout faire, même ouvrir une librairie. Elle a voulu faire de la production musicale avec le groupe de Calogero, « Les Chans », qu’elle avait découverts. Mais dans le couple, les choses ont commencé à être houleuses parce qu’elle ne voulait plus chanter, ils ne parlaient donc plus le même langage. Arrivée à la quarantaine, elle pensait qu’elle était en train de devenir adulte face à la douleur de sa fille.

Mais elle a compris que ce qu’elle savait faire de mieux, c’était être chanteuse. Alors elle a accepté de refaire un album, mais avec lui ! Pendant leurs carrières, Michel et France n’ont pas voulu qu’on les prenne pour des chanteurs de bluettes ou de comédie musicale ringarde. Ils ne se voyaient pas chantant en chœur la main dans la main, ce n’était pas possible (rires). Néanmoins, France le met au défi en lui disant qu’il faut qu’il écrive autre chose, que ce qu’il faisait ne lui correspondait plus. Alors que lui avait envie de faire du cinéma en tant que réalisateur, il avait un projet très précis d’ailleurs avec Luc Plamondon, il voulait faire un film qui se serait appelé « Totem ». Mais il est parti aux USA pour chercher l’inspiration et il est revenu avec l’album « Double jeu », un album dans lequel justement ils allaient chanter ensemble, mais à deux voix en même temps, pas comme des duos évidents avec des questions et des réponses.

Ils ont chanté cet album ensemble au « New Morning » pour un showcase qui fut très étonnant et une tournée mondiale était prévue. Michel était à la fin de sa carrière musicale, c’est France qui a été l’instigatrice de ce renouveau de style de musique. On ne peut donc pas imaginer ce qu’aurait été ses albums suivants, puisqu’il est disparu le 2 août 1992. Il aurait vraisemblablement fait autre chose.

Christophe Daniel / Ensuite, elle va se battre, défendre cet album en en faisant la promo ; elle va enchaîner Bercy en 93, Pleyel en 94. Refaire un album de reprises de Michel réorchestrées par des musiciens américains en 96 pour remonter un dernier Olympia et puis tirer sa révérence en 97 après le concert privé qu’elle a réalisé pour M6. On ne l’a pas revue depuis l’an 2000, lorsqu’elle est montée sur la scène de l’Olympia pour rejoindre Johnny une dernière fois pour un « Quelque chose de Tennessee » inoubliable. D’après vous, reviendra-t-elle ?

Grégoire Colard / Pour Je ne crois pas, car la chanson lui a volé son adolescence, lui a gâché ses amours, lui a volé une partie de sa vie. Elle a perdu le frère de Michel d’abord, Daniel Balavoine ensuite, puis Coluche, son père, le père de Michel, Michel lui-même. Elle s’est battue contre son cancer du sein, elle a perdu sa fille et enfin elle a failli perdre son fils. C’est un peu beaucoup pour un petit bout de femme comme elle, si forte soit-elle.

Elle sait que le bonheur est fragile mais elle sait qu’elle peut encore y avoir droit. Elle aime son public mais ne veut plus être France Gall, être coiffée pareil, ne pas avoir le droit de grossir, ne pas avoir le droit de vieillir sans que tour le monde en parle. La célébrité est une prison pour elle, elle préfère être libre aujourd’hui.

Pour mieux la comprendre, « Nos Tendres et Douces Années » vous recommande ce livre merveilleusement écrit aux éditions Flammarion, « France Gall : Le destin d’une star-courage » qui vous fera revivre en détail toute sa carrière, comme si vous étiez dans sa peau …

Magazine : Nos Tendres et Douces Années
Propos recueillis par Christophe Daniel
Numéro de septembre et octobre 2007
Numéro : 9

Merci à Elisabeth.

France Gall en 2007

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Elles ne s’étaient plus revues depuis huit ans. France Gall et Françoise Hardy se connaissent depuis quarante ans, ont connu le succès à la même époque, celle des yé-yé.
Elles ne s’étaient plus revues depuis huit ans. France Gall et Françoise Hardy se connaissent depuis quarante ans, ont connu le succès à la même époque, celle des yé-yé.

Elles ne s’étaient plus revues depuis huit ans. France Gall et Françoise Hardy se connaissent depuis quarante ans, ont connu le succès à la même époque, celle des yé-yé.

Françoise est la plus grande « fan » de France.

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