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France Gall au secours des femmes en détresse

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Lorsque, en septembre, Mona Chasserio lui a proposé d'être la marraine de notre opération Cœurs d'Or 2006, France Gall a répondu « oui » sans hésiter. Parce que l'action de Cœur de femmes touche particulièrement la chanteuse. Elle s'est confiée à Pèlerin.
Lorsque, en septembre, Mona Chasserio lui a proposé d'être la marraine de notre opération Cœurs d'Or 2006, France Gall a répondu « oui » sans hésiter. Parce que l'action de Cœur de femmes touche particulièrement la chanteuse. Elle s'est confiée à Pèlerin.
France Gall au secours des femmes en détresse

Lorsque, en septembre, Mona Chasserio lui a proposé d’être la marraine de notre opération Cœurs d’Or 2006, France Gall a répondu « oui » sans hésiter.

Parce que l’action de Cœur de femmes touche particulièrement la chanteuse. Elle s’est confiée à Pèlerin.

Paula Boyer : Pourquoi avoir accepté d’être la marraine de nos Cœurs d’Or ?

France Gall : D’abord parce que Mona Chasserio m’a choisie. Ensuite, parce qu’il s’agissait d’aider des femmes. Il y a tellement à faire ! Très souvent encore, les femmes sont considérées comme des inférieures, elles sont étouffées, niées, humiliées, maltraitées. Il y a des parcours de femmes d’une dureté inimaginable ! Celles qui atterrissent dans la rue ont vécu des choses terribles. Pourtant, malgré tout ce que certaines ont traversé, si on leur tend la main, elles peuvent se remettre debout.

Depuis ma première rencontre avec Mona, j’ai été entraînée dans sa vie. Entre femmes, on se reconnaît. C’est incroyablement simple et naturel … Je suis allée à la Maison, les femmes de l’association m’ont accueillie. Les filles me disent : « C’est bien toi qui es là ? C’est incroyable ! Moi, j’écoutais tes chansons quand j’étais toute petite … »

C’est la musique qui a accompagné leur vie qui nous rapproche, qui fait le lien entre nous. Je leur fais écouter des chansons qui leur parlent. En 1992, dans notre dernier album avec Michel Berger, on a enregistré une chanson, Les couloirs des Halles, qui évoquait les filles qui vivent dans la rue. J’ai d’autres chansons qui leur parlent : par exemple, dans le même album, Toi, sinon personne.

Paula Boyer : Ce sont les épreuves que vous avez vécues – la mort de votre mari, le chanteur Michel Berger, celle de votre fille Pauline, à 19 ans, votre cancer du sein – qui vous rendent ces femmes si proches ?

France Gall : Pour Mona Chasserio, je suis la preuve vivante que l’on peut s’en sortir (Elle rit). C’est important pour elle dans son travail avec les femmes …

Paula Boyer : N’est-ce pas difficile d’être confrontée de nouveau, à travers ces femmes, aux épreuves les plus cruelles de la vie ?

France Gall : Ce serait très difficile pour moi s’il s’agissait d’enfants. Un enfant à la rue, c’est le bout du malheur, de la détresse, du manque d’amour. C’est d’ailleurs pourquoi au Sénégal, à Dakar, je soutiens le Samu social qui recueille les enfants des rues … Je les invite dans ma maison, sur une île au large de Dakar, et je leur offre du rêve : nous allons à la plage, nous déjeunons, nous faisons de la musique … Mais c’est très dur d’épauler les enfants. Le contact avec les femmes en souffrance est, tout compte fait, moins difficile, parce qu’un adulte peut mieux comprendre. Mona a l’intention d’ouvrir une maison pour les femmes de la rue, à Dakar.

Paula Boyer : Qu’est-ce qui vous touche particulièrement dans Cœur de femmes ?

France Gall : l’idée de la Maison, ce lieu où Mona recueille des femmes et les aide à se remettre debout, c’est vraiment quelque chose de concret qui me plaît ! Cette « maison » vit, bouge. On y entend des rires, mais aussi des colères, de la musique, des choses dures et des paroles qui consolent, C’est la vie, c’est aussi la reconstruction qui est en route. Cette maison avec sa salle à manger dont les fenêtres donnent sur un petit jardin, c’est un chez-soi … Une maison, c’est si important pour une femme !

Une femme dans la rue, c’est un non-sens absolu. Moi, je me suis guérie dans ma maison de Dakar. Elle ni a donné, à ce moment-là, plus que beaucoup d’êtres humains. Une maison, c’est une sorte d’enveloppe protectrice autour de nous. Un autre nous-mêmes. Elle concentre notre énergie et un peu de notre âme. Sans maison, nous sommes perdus.

Ce qui m’a plu aussi, c’est que Cœur de femmes laisse à chaque femme le temps qu’il lui faut pour se reconstruire. Elles peuvent partir et revenir.

Paula Boyer : Le temps, c’est nécessaire pour surmonter les épreuves de la vie ?

France Gall : Comme tout le monde, j’ai été une personne impatiente. Comme tout le monde, je croyais que c’était une qualité. La vie m’a appris la patience et la qualité de la patience. Pour faire un enfant, il faut neuf mois, pas deux. C’est pareil pour reconstruire une personne : il faut du temps. Aujourd’hui, je regarde les gens qui courent ; j’ai été comme cela. Je sais ce que c’est que le stress. Je n’ai pas appris grand-chose pendant cette période. Ce que j’ai appris d’essentiel sur la vie, c’est quand je me suis arrêtée de courir.

Paula Boyer : Cet essentiel, c’est quoi ?

France Gall : La vie. J’ai appris à la comprendre, à l’accepter, à lui faire confiance et à l’aimer. J’ai appris que chaque personne est unique et, en vérité, que pas une n’est plus importante que l’autre. J’ai appris aussi que la vie, ce n’est pas quelque chose qui peut s’arrêter. La vie, c’est plus que ce que l’on peut vivre sur terre.

Paula Boyer : Vous venez d’une famille très catholique, votre grand-père était le fondateur des Petits chanteurs à la Croix de bois.

France Gall :  Mon grand-père a fondé les Petits chanteurs en 1907, il avait alors 22 ans ! C’était un homme parfait et très pieux !

Paula Boyer : Nous invitons les lecteurs de Pèlerin à envoyer des dons pour que Cœur de femmes puisse créer une nouvelle « Maison » à Guérande, une maison qui irait encore plus loin dans la reconstruction des femmes de la rue ? Quel message voudriez-vous leur délivrer ?

France Gall : Aux lecteurs de Pèlerin, je dis d’abord : « Nous avons besoin de vous ! » Je leur dis aussi merci par avance pour ce qu’ils feront. Cette « maison » de Guérande, ce sera un idéal de maison. Tout y sera fait dans le respect de la nature, depuis l’utilisation du bois pour la construction jusqu’au potager et au verger, où les femmes travailleront avant d’aller vendre leurs produits au marché. Elles œuvreront aussi dans les marais salants. Pour faire du sel, il faut neuf mois, c’est le temps d’une naissance ou, dans leur cas, d’une renaissance. Le contact avec la nature est essentiel pour se reconstruire.

Paula Boyer : Au-delà de l’opération Cœur d’Or de Pèlerin, vous allez également devenir marraine de Cœur de femme ?

France Gall : C’est en train de se faire tout naturellement. Ce travail auprès des femmes en difficulté me parle très profondément. En me demandant d’être la marraine de Cœur de femmes, Mona Chasserio me donne l’occasion de donner. C’est elle qu’il me faut remercier.

Magazine : Pèlerin
Par Paula Boyer
Date : 16 novembre 2006
Numéro : 6468

France Gall : Elle a bien le droit de se reposer | Voici | Octobre 2006

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Article Voici 2006, France Gall 59 ans cure Merano Italie
Pages du magazine Voici, fin 2006, dans lesquels France Gall évoque sa cure de remise en forme à Merano en Italie pour ses 59 ans. Article signé Sophie Desville.
France Gall : Elle a bien le droit de se reposer | Voici | Octobre 2006
France Gall : Elle a bien le droit de se reposer | Voici | Octobre 2006

Se laisser aller à déprimer ? Pas question. Pour fêter ses 59 ans, la blonde a décidé de mettre du soleil dans sa vie. La pêche, elle l’a, elle l’a !

“Le bonheur, c’est enlever tous les poids, se débarrasser de tout ce qui vous peine et vous angoisse, de tout ce qui vous empêche d’être bien”.

Voilà ce que confiait France Gall à une journaliste fin 2004. Deux ans plus tard, la chanteuse est restée fidèle à cette philosophie de vie. Parce qu’à tout juste 59 ans (elle les a fêtés le 8 octobre), rien ne sert de souffrir, il faut s’aimer à point. Alors, plutôt que de se laisser gagner par la morosité ambiante en cet automne pluvieux, elle a choisi d’aller chercher le soleil et le bien-être en Italie.

La semaine dernière, c’est donc à Merano, près de Venise, qu’elle a posé ses valises dans un palace pour une cure de remise en forme grand luxe : repas légers, spa, massages et farniente à volonté. La totale ! Ce que France aime le plus ? Être coupée du monde, ne plus entendre sonner son portable, rêver, se ressourcer en attendant de voguer vers d’autres horizons.

La chanteuse a besoin d’habiter partout pour se sentir chez elle. C’est comme ça. France a appris à s’écouter, vivre au rythme de ses notes intérieures. Aller à cent à l’heure, elle a connu, merci. Refaire de la scène ou préparer un nouvel album ? Non. En tout cas, ce n’est pas dans ses projets immédiats. Et ses fans ne lui en veulent même pas, eux qui ne se lassent pas d’écouter ses tubes sur toutes les radios et lui écrivent encore des lettres de soutien et d’admiration émouvantes.

Pas une journée ne passe sans que Si maman si, Évidemment ou Il jouait du piano debout ne soient programmés. Être là sans être là, c’est sa façon à elle de résister, de prouver qu’elle existe. Alors après cette petite semaine de remise en forme en Italie, qui sait ce qu’elle fera ?

Vivre, tout simplement.

Magazine : Voici
Par Sophie Desville
Date : 9 octobre 2006
Numéro : 987

France Gall, une femme en colère

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Ces derniers mois, Véronique Sanson est omniprésente sur les plateaux de télé. Son actualité est chargée : nouvel album, tournée, livre de confidences.
Ces derniers mois, Véronique Sanson est omniprésente sur les plateaux de télé. Son actualité est chargée : nouvel album, tournée, livre de confidences.
France Gall, une femme en colère

Ce qu’a déclaré Véronique Sanson dans la presse

A propos de son album de reprises de Michel Berger, « D’un papillon à une étoile » : « Je n’ai pas pensé un seul instant à la réaction de France Gall. Je l’ai fait par amour, pour la beauté du geste. » Voici 20/09/04

Sur la réaction de France Gall à l’album de reprises : « Je préférerais qu’on la laisse en dehors de tout ça. Je n’ai jamais eu envie de lui faire du mal. » Le Parisien 18/01/00

Sur ses rapports avec France Gall : « Nous n’en avons aucun. Sauf que je suis convaincue d’une chose : il n’y a que deux personnes au monde qui puissent chanter Michel sans que je tremble de honte : France et moi. Pardon, j’aurais peut-être dû dire : moi et France …” Voici 20/09/04

Sur leurs réponses par chansons interposées : « J’ai toujours regretté d’être partie. Nous ne nous sommes plus revus. Nous nous écrivions par disques interposés. Il composait « Seras-tu là ?» Je composais « Je serai là ». C’était notre façon de nous parler. » Télé 7 Jours 06/11/99


À chacun de ses rendez-vous de promotion, la chanteuse parle de Michel Berger et de leur relation, qui date de plus de trente ans. Selon la chanteuse, Michel Berger n’aurait aimé qu’elle et elle seule, aujourd’hui, serait capable de parler correctement de lui. Dans son livre, elle fait même dire à Marc-Olivier Fogiel que France Gall serait un amour de substitution. Des propos que l’animateur de France 3 dément.

Mais qu’en pensait la principale intéressée, France Gall ? Impossible de le savoir, puisqu’elle ne s’était jamais exprimée sur ce sujet. Cautionnait-elle, par ce silence, les propos tenus ? La réalité est toute autre et la révolte de France Gall est évidente. La récente sortie du livre de Véronique Sanson, dans lequel une cinquantaine de pages sont consacrées à Michel Berger et France Gall, a été la goutte de trop. Aujourd’hui, France décide de parler et nous reçoit dans l’appartement familial où elle a vécu avec Michel et leurs enfants. Dans le salon, le piano du compositeur. Exaspérée, elle réagit aux propos de Véronique Sanson. Et ça balance pas mal …

VSD. Pourquoi ressentez-vous aujourd’hui le besoin de prendre la parole ?

France Gall. J’assiste à la construction d’une histoire fausse et ça suffit. Il faut que cela s’arrête. Tout a commencé après le décès de notre fille Pauline, j’étais alors en deuil. En 1999, j’ai appris que Véronique Sanson préparait un album de chansons de Michel, créées par lui ou par moi. J’ai trouvé cette démarche étrange. Puis, j’ai découvert qu’elle se servait aussi de moi comme « caution », prétendant avoir obtenu mon autorisation. Il faut savoir que, en France, n’importe qui peut interpréter les chansons d’un autre à condition de ne modifier ni la mélodie ni les paroles. Véronique Sanson n’avait donc pas besoin de mon autorisation pour le disque. Pendant les six ans qu’ont duré les promotions de cet album, de son spectacle, de son portrait télé et maintenant de son livre, j’ai ressenti un malaise de plus en plus profond. Je suis choquée que Véronique Sanson se serve du nom et des œuvres de Michel en faisant resurgir la liaison qu’elle a eue avec lui lorsqu’il était un jeune compositeur inconnu. Libre à elle d’exhiber ses malheurs, cela m’inspire plutôt de la compassion. Je n’ai pas à la juger, ni personne d’ailleurs. Ce qu’en revanche je ne peux pas accepter, c’est l’utilisation d’un épisode ancien de la vie de Michel. Je ne suis pas là pour effacer l’histoire qu’elle a eue avec lui jusqu’à leur séparation, en 1972. On a tous eu un amour de jeunesse. Mais vous imaginez, elle s’accroche à une histoire qui date de trente-trois ans !

VSD. Cependant, elle affirme régulièrement : « J’ai demandé à France toutes les autorisations du monde et elle a dit oui. » Pourquoi, selon vous ?

F. G. Peut-être pour que les gens soient moins choqués par son discours … En fait, je n’en ai aucune idée. Ce que je sais, c’est que j’ai refusé tout ce qu’elle m’a demandé. C’est pour cela que vous voyez très peu d’images de Michel dans son portrait télé à elle, et aucune dans le livre qu’elle sort cette année.

VSD. Pensez-vous que ce soit le remords qui fait que, pour elle, son histoire avec Michel Berger n’est pas finie ?

F. G. Si c’est le cas, il faut qu’elle arrête de se culpabiliser d’avoir quitté Michel « lâchement », comme elle le dit. Car Michel, lui, a tourné la page en tombant amoureux et en faisant sa vie avec moi. Ça, c’est la réalité. Nous ne nous sommes pas mariés, comme Véronique dit l’avoir fait avec Stephen Stills, par « politesse ». Michel et moi, nous nous sommes mariés par amour. Nous avons vécu dix-huit ans ensemble et nous avons fait deux enfants, aussi par amour.

VSD. Pourtant, Véronique Sanson prétend que, jusqu’à son décès, Michel et elle auraient correspondu par chansons interposées ?

F. G. C’est son cheval de bataille depuis la sortie de son album « D’un papillon à une étoile », un mythe qu’elle construit. Mais, c’est faux et ridicule ! Je défie quiconque de trouver une interview dans laquelle Michel déclare qu’il communiquait par chansons interposées avec elle, ou avec qui que ce soit d’autre d’ailleurs. Quelque chose qui ne viendrait pas directement de Michel n’aurait pas de valeur.

VSD. Mais elle affirme que Michel lui parlait, par exemple, avec la chanson Seras-tu là ?

F. G. Elle dit qu’elle a pris cette chanson pour elle. Et que, plus tard, elle lui a répondu avec Je serai là. Mais quand Michel a sorti Seras-tu là ?, en mai 1975, il ne s’adressait pas à elle. Les gens ont plutôt pensé que ce titre m’était destiné. Michel a simplement écrit une belle chanson qui ne s’adressait à personne et en même temps à tout le monde. Pour lui, c’était un texte parmi d’autres. Véronique Sanson a répondu à des chansons qui ne lui étaient pas destinées. Elle a le droit d’y croire et d’affirmer qu’elle répondait à Michel de cette manière. Mais elle n’a pas le droit de parler au nom de Michel. On ne fait pas parler ceux qui ne sont plus là.

VSD. Véronique Sanson est-elle, selon vous, en train de salir la mémoire de Michel Berger ?

F. G. Quand elle dit que Michel lui a adressé Seras-tu là ? alors que lui et moi commencions à vivre ensemble, elle laisse penser que Michel était quelqu’un de malsain. Cela remet nos vies en question. L’œuvre de Michel aussi. Moi, je trouve que ce n’est pas nous qu’il faut remettre en question. A aucun moment, du vivant de Michel et jusqu’à la sortie de l’album de Véronique, « D’un papillon à une étoile », celle-ci n’a parlé ainsi de Michel ni de cette « vieille histoire ». Elle le fait aujourd’hui, alors qu’il ne peut plus ni lui répondre ni la contredire. Elle s’est inventé tout ça. Il faut qu’elle comprenne qu’elle a cessé d’être quelqu’un d’important pour Michel quand, à 25 ans, il a fait ses choix et a construit sa vie.

VSD. Dans son portrait télé, Véronique Sanson dit qu’ils étaient « attirés l’un vers l’autre jusqu’au bout ».

F. G. Une fois encore, c’est elle seule qui l’affirme. Pas Michel, qu’elle fait parler. C’est pour moi, comme pour ceux qui ont bien connu notre couple, totalement inacceptable.

VSD. Qu’est-ce qui motive son comportement, selon vous ?

F. G. Dans l’émission de Mireille Dumas, où elle était invitée dernièrement, Véronique Sanson s’est dite d’un « égoïsme effrayant ». Qu’elle ramène tout à elle la regarde, mais il ne faut pas que cet égocentrisme ternisse l’image de Michel et déforme ce qu’il était, ni qu’il blesse ceux qui le connaissaient et l’aimaient. Nous n’avons pas à en pâtir. Ni moi, ni notre fils.

VSD. Elle paraît s’étonner de ne pas avoir de vos nouvelles. Quels sont vos rapports ?

F. G. Véronique Sanson semble avoir oublié qu’elle a témoigné contre moi lors d’un procès qui m’a opposé à celle qu’elle appelle sa « presque belle-sœur » (la sœur de Michel Berger, NDLR), alors que nous souhaitions, notre fils et moi, inhumer, selon leurs vœux, Michel et Pauline ensemble au cimetière de Montmartre. La justice m’a donné raison en octobre 1999 et ce n’est qu’à partir de ce moment-là, seulement, que j’ai pu commencer à « faire » – comme on dit – le deuil de notre fille.

VSD. Parfois, on a l’impression qu’elle se voudrait l’héritière de Michel Berger.

F. G. Elle n’est l’héritière de rien du tout. Comment peut-elle dire, dans Le Parisien : « Je veux montrer que Michel est autre chose qu’un faiseur de tubes, c’est mon devoir » ? Vous imaginez un artiste comme lui lisant ce genre de phrase ? Mais de quel « devoir » parle-t-elle ? Est-ce que Michel lui a demandé de superviser sa musique ? Jamais. Alors, de quoi se mêle-t-elle ?

VSD. Elle écrit dans son livre qu’elle est « fière de vous d’avoir si bien chanté les chansons de Michel » …

F. G. Elle peut aimer ou non ma manière de chanter Michel, mais je ne comprends pas en quoi cela peut lui donner de la « fierté ». Elle n’a rien à voir là-dedans. Ce qui compte, c’est que ça nous plaisait à nous, quand Michel et moi nous travaillions ensemble, en studio, avec nos musiciens, en famille. C’était notre fierté et elle reste la mienne.

VSD. Quand elle dit : « J’aimerais faire de la belle musique pour France, pour nous, pour lui, pour qu’elle puisse la chanter comme moi et comme Michel » ; qu’est-ce que vous éprouvez ?

F. G. Ça m’embrouille la tête et c’est dingue : les gens que je rencontre ont le sentiment que Véronique Sanson veut me remplacer dans la vie de Michel. Quand on lit cette phrase, on a le sentiment qu’elle veut aussi prendre la place que Michel avait dans ma vie, en m’écrivant des chansons, que je chanterais comme elle. Quelqu’un peut-il nous éclairer ?

VSD. Elle déclare également être la seule, avec vous, à savoir interpréter les chansons de Michel Berger. Comment réagissez-vous ?

F. G. Elle répète cette phrase et ça me gêne qu’elle efface d’un trait ceux qui, comme moi, ont eu la chance que Michel écrive pour eux. Johnny Hallyday, Daniel Balavoine, Elton John, Françoise Hardy, Céline Dion et bien d’autres. Tous appartiennent à son œuvre. Véronique Sanson n’est pas de ceux -là. Michel a produit ses deux premiers albums, au début des années soixante-dix, mais il n’a jamais composé pour elle. Elle n’a chanté, du vivant de Michel, aucune de ses chansons. Finira-t-elle par prétendre savoir mieux que lui comment interpréter sa musique ?

VSD. En voulez-vous aux médias d’accorder du crédit aux propos de Véronique Sanson ?

F. G. Je ne peux pas leur en vouloir. Ils ne sont pas forcément responsables de ce que disent leurs invités. J’espère qu’ils se montreront dorénavant plus circonspects.

VSD. Craignez-vous que cette histoire reste dans l’esprit des gens ?

F. G. Je préfère penser que, dans la vie, il n’y a que la vérité qui reste. Je fais confiance au public pour garder la vraie et belle image qu’il a de Michel Berger. Quant à moi, rien ni personne ne pourra m’enlever la relation magique et unique que j’ai vécue avec lui, au quotidien. Une existence tournée vers notre famille, vers la création et le plaisir des autres, faite d’amour, de complicité, de respect et de pudeur.

VSD. Croyez-vous Véronique Sanson quand elle répète qu’elle ne veut “surtout pas vous faire du mal” ?

F. G. J’ai du mal à la croire, alors qu’elle fait passer Michel pour un faible inconsolable, et moi pour une infirmière qui « était là pour prendre soin de lui ». Elle évoque même « un amour de substitution ». Je trouve cela insultant. Je ne connais pas une femme au monde qui ne trouverait pas cela insultant.

VSD. Comment pensez-vous qu’elle réagira à la lecture de cette interview ?

F. G. J’espère qu’elle va comprendre et s’arrêter. Comme on dit en anglais : « Give me a break !»

VSD. Elle dit qu’elle a « payé ses dettes » en chantant les chansons de Michel. Quelle est cette dette ?

F. G. C’est elle qui s’est mis en tête qu’elle avait une « dette » envers Michel, trente ans plus tard, alors que personne ne lui a rien demandé. Mais si dette il y a, en quoi le fait de chanter ses chansons l’effacerait ? Qu’elle respecte Michel, qu’elle le laisse en paix.

VSD. Allez-vous bientôt recommencer à chanter ?

F. G. Ce n’est pas d’actualité. On ne sait pas ce que la vie nous réserve. Tout est une question d’envie et de coup de cœur. Ce n’est pas parce qu’on ne me voit pas que je ne travaille pas. Ces dernières années, j’ai fait deux portraits télé, l’un de Michel, l’un de moi, ainsi que nos deux anthologies et un livre de photos sur Michel. Chacun de ces projets a été une vraie création.

VSD. Votre idéal de bonheur n’était pas de chanter, mais de fonder une famille. Aujourd’hui, vous êtes rayonnante et visiblement heureuse. Qu’est-ce qui vous fait avancer ?

F. G. La vie elle-même. En me donnant et en me reprenant, elle m’a tellement appris que je n’ai pas de peur. J’aime mon existence d’aujourd’hui, pourtant si différente d’hier. C’est ma force.

Magazine : VSD
Par Matthias Gurtler
Numéro du 30 novembre au 6 décembre 2005
Numéro : 1475

Eurovision Song Contest (Livre officiel 50 ans)

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La 10e édition du Concours Eurovision se déroule le 20 mars 1965. L'événement est d’importance : pour la première fois les téléspectateurs de l'Europe de l'Est et bien au-delà peuvent assister en direct à la retransmission du concours.
La 10e édition du Concours Eurovision se déroule le 20 mars 1965. L'événement est d’importance : pour la première fois les téléspectateurs de l'Europe de l'Est et bien au-delà peuvent assister en direct à la retransmission du concours.
La 10e édition du Concours Eurovision se déroule le 20 mars 1965. L'événement est d’importance : pour la première fois les téléspectateurs de l'Europe de l'Est et bien au-delà peuvent assister en direct à la retransmission du concours.

Naples – Italie – Lauréat : Luxembourg – Interprète : France Gall – 1965 – Titre : Poupée de cire, poupée de son – Compositeur : Serge Gainsbourg – Présentateurs : Renata Mauro et Mario del Monaco – Organisation : Rai

La 10e édition du Concours Eurovision se déroule le 20 mars 1965. L’événement est d’importance : pour la première fois les téléspectateurs de l’Europe de l’Est et bien au-delà peuvent assister en direct à la retransmission du concours. Une audience internationale estimée à près de 150 millions de téléspectateurs.

Les pays qui s’étaient présentés l’année précédente à Copenhague sont tous de retour en plus de deux nouvelles nations. La Suède, dont la télévision était parvenue à sortir de la crise, et l’Irlande – qui allait cumuler le plus de victoires au Grand Prix de !’Eurovision – faisaient leur entrée dans le concours. Aucun nouveau pays ne serait inscrit à l’Eurovision jusqu’en 1971.

Le Royaume-Uni allait présenter un morceau particulièrement novateur sur le plan musical ; la candidate britannique Kathy Kirby était une véritable star dans son pays, responsable de sa propre émission télé et forte de toute une collection de hits. Un sondage réalisé par la presse l’année précédente l’avait élue « meilleure chanteuse britannique » loin devant Cilla Black, Dusty Springfield et Petula Clark. À Naples, Kirby se présenta sur scène vêtue d’une étincelante robe de soirée moulante ; cheveux blond platine et rouge à lèvres carmin participaient à parfaire son image de starlette et sa ressemblance avec Marylin Monroe. Le titre qu’elle interpréta, I belong, était de loin le plus branché que les Britanniques n’aient jamais présenté ; une chanson pourtant bien terne en comparaison du titre qui cette année-là allait déchaîner le public de !’Eurovision.

Représentant le Luxembourg, France Gall, une jeune Parisienne de 17 ans, interpréta un titre aussi accrocheur et dans le vent que son look. Sa chanson, Poupée de cire, poupée de son, écrite et composée par Serge Gainsbourg, racontait l’histoire d’une poupée, lasse de n’être que le fruit d’une aventure musicale, privée d’émotion et de sentiments, enfermée entre les quatre murs d’un studio d’enregistrement, loin de toute réalité. Un titre particulièrement bien écrit et arrangé – ce qui ne surprendra personne connaissant la réputation d’auteur compositeur que Gainsbourg s’était déjà faite à l’époque. Des années auparavant, son sulfureux Je t’aime, interprété par sa femme Jane Birkin, avait scandalisé le monde et fait l’objet d’une dénonciation publique par le pape. La délicieuse prestation de France Gall suffit à convaincre les plus réticents et prouva à tous que mode et tendance avaient leur place dans le Grand Prix. Les juges impressionnés par la jeune artiste la désignèrent à l’unanimité comme leur favorite.

L’autre surprise vint de la chanteuse Conchita Bautista qui avait représenté l’Espagne à sa première entrée dans le concours en 1961. Revêtue d’une robe sans manches à plusieurs rangées de volants, l’artiste fit de son mieux pour que sa chorégraphie enlevée évoque la prestation d’un toréador. Mais, comme beaucoup d’autres avant elle, Bautista apprendra à ses dépens que rien ne sert de revenir après une première participation infructueuse. Son titre, Que bueno, que bueno, sera le premier en seulement deux participations de l’Espagne à ne pas réussir à se qualifier. Le pays sera rejoint en queue de peloton par l’Allemagne, la Belgique et la Finlande.

À la différence de l’Espagne, l’Irlande réussit sa première entrée avec une ballade plutôt triste de Butch Moore, chanteur vedette du groupe Capital Showband. Pour la première fois, un pays autre que le Royaume-Uni présentait un titre interprété en anglais – bien que le candidat suédois ait aussi opté pour l’anglais cette année-là. Dès le début, il fut clair que les Irlandais comptaient bien ravir leur place aux Britanniques. Malgré une entrée prometteuse, le candidat irlandais – dont le style démodé s’apparentait plus aux années 1950 que 1960 – ne réussit pas à grimper au-delà de la 6′ place, grâce aux 11 points attribués par trois pays.

Représentant l’Italie, le très adulé Bobby Solo tenta d’égaler avec son titre Se piangi, se ridi, le succès rencontré l’année auparavant par sa compatriote Gigliola Cinquetti. Un problème de gorge empêcha l’artiste de présenter sa chanson lors des répétitions ; Solo fut heureusement rétabli pour le grand soir et donna au public l’occasion de découvrir le seul groupe de choristes du concours, un trio de jeunes femmes qui reprenaient le refrain. Le style crooner de l’artiste italien et son interprétation convaincante allaient pourtant obtenir bien moins de succès que les mélodies rythmées et enlevées du Luxembourg ou du Royaume-Uni.

Le partage des points et le soutien que s’apportaient mutuellement les nations voisines furent conformes à ce que l’on avait pris l’habitude de constater. L’Irlande et le Royaume-Uni commencèrent par s’ignorer délibérément – un petit jeu toujours d’actualité – alors que Monaco attribua sa meilleure note à ses voisins français, imité par la Suède qui fit de même avec le Danemark … Europe, vous avez dit Europe ? …

Livre Eurovision Song Contest – Le livre officiel des 50 ans
Editeur : Succès du livre
Préfacier : Marie Myriam
ISBN : 2-7434-5417-2
Reliure : Relié sous jaquette
Pages : 192
Hauteur : 29 cm / Largeur : 23 cm
Date : 11 mai 2005

France Gall secrète

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France Gall, lolita star des années yé-yé, icône acidulée du Swinging in Paris des années soixante, sa mue s'est opérée dans les années soixante-dix vers le statut de grande chanteuse française.
France Gall, lolita star des années yé-yé, icône acidulée du Swinging in Paris des années soixante, sa mue s'est opérée dans les années soixante-dix vers le statut de grande chanteuse française.
France Gall secrète

France Gall est une artiste rare et donc forcément précieuse.

Lolita star des années yé-yé, icône acidulée du Swinging in Paris des années soixante, sa mue s’est opérée dans les années soixante-dix vers le statut, mérité, de grande chanteuse française.

Il aura suffi pour cela que son chemin croise celui de Michel Berger. L’alchimie d’un piano accordé à sa mesure, de textes qu’elle habite de son charisme, et deux moitiés qui se sont trouvées pour enfanter de tubes légendaires.

Avec passion, ces deux artistes ont donné un nouveau souffle à la chanson française, tutoyé les émotions. Mais Michel Berger n’est plus là, et France Gall a pris du recul. À l’occasion de la sortie d’une anthologie événement – l’intégralité de la carrière de France Gall en treize CD et un DVD*, nourrie de morceaux dans des versions rares et d’images jamais diffusées –, nous vous livrons nos inédits, ceux d’une femme dont la trajectoire et les chansons continuent de résonner dans notre propre histoire, tant ses refrains se jouent de l’érosion du temps. Un cadeau essentiel pour « rencontrer » cette interprète authentique. Un condensé de vie, avec ses rêves et ses larmes.

Souvenez-vous : le dimanche 2 août 1992, dans sa villa de Ramatuelle, près de Saint-Tropez, Michel Berger succombait à une crise cardiaque, après avoir joué une heure au tennis sous un soleil de plomb. Quelques semaines plus tard, il devait se rendre à Montréal pour les répétitions de La Légende de Jimmy, l’opéra rock qu’il avait composé sur un livret de son ami Luc Plamondon. La France et le Québec pleurent le compositeur le plus populaire de la variété contemporaine. La vie de France Gall et de leurs enfants ne sera plus jamais la même.

L’enfance d’une star

Seize mois seulement après la naissance de ses frères jumeaux, Isabelle Gall voit le jour le 9 octobre 1947,à Paris. A ses débuts, celle que tous ses proches surnomment « Babou » se verra gratifiée du pseudonyme de « France ». Un choix patriotique jugé plus fédérateur à l’époque pour lancer sa carrière. Mais l’adolescente vit plutôt mal ce changement d’identité.

Elle grandit dans une famille de musiciens.

Son grand-père, Paul Berthier, est compositeur de musique liturgique. Cofondateur des Petits Chanteurs à la Croix de bois, il leur a écrit « Dors ma colombe ! » un tube qui fera le tour du monde. Mais c’est son père qui lui transmet le virus du chant. Robert Gall remporte le Premier prix d’entrée au conservatoire de chant classique de Paris, quand la Seconde Guerre mondiale éclate. Enrôlé, il sera affecté au spectacle des armées et deviendra chanteur de variété pour distraire les troupes.

Dans les années cinquante, la petite Isabelle suit son saltimbanque de père dans tous ses déplacements. Il lui demande de l’accompagner certains soirs voir Piaf en concert ou au domicile de la star, dont il avait écrit certaines chansons. Robert Gall travaille également pour Aznavour. Il lui arrive même de faire rater l’école à sa fille pour l’emmener sur une des tournées du grand Charles. Robert Gall est l’auteur de La Mamma, un texte inspiré par la mort de sa mère, la grand-mère de France. Au départ, Aznavour refuse d’enregistrer le morceau, mais, en écoutant à la radio la version interprétée par les Compagnons de la chanson, qui fait un tabac, il décide d’inclure La Mamma dans son répertoire.

Elle a 15 ans lorsque Robert Gall lui fait passer des castings de voix, avec les plus grands jazzmen de l’époque, sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées. Un lieu porte-bonheur où France Gall se produira seize ans plus tard en vedette pour y défendre les premières chansons que Michel Berger a composées pour elle. Ce premier casting sera concluant. Premiers disques, premiers succès à 16 ans pour l’enfant star avec, notamment, les très yé-yé Sacré Charlemagne ou Laisse tomber les filles. Revers de la médaille : pour France Gall, monter sur scène est un cauchemar. À 17 ans, elle se produit dans des galas neuf mois sur douze. Un jour, à l’occasion d’un spectacle dans un port, elle est face à des marins qui ne cessent de gueuler « à poil! » pendant tout le spectacle. Autant de mauvaises expériences datant des années soixante qui l’ont traumatisée.

De l’Eurovision à Michel Berger

En 1965, elle représente le Luxembourg au concours de l’Eurovision. Gainsbourg, avec qui elle entame une collaboration, lui écrit Poupée de cire, poupée de son, et elle remporte le Grand Prix. Juste après le verdict, la candidate anglaise, qui pensait gagner, fait irruption dans sa loge et la gifle. France enregistre cette chanson en six langues. Elle doit ensuite affronter l’hystérie de certains fans qui lui courent après, avec une paire de ciseaux à la main, pour couper une mèche de sa chevelure blonde en guise de souvenir. Dans la foulée, Serge Gainsbourg lui propose un nouveau titre, Les Sucettes. L’ado ne comprend pas immédiatement le second degré érotique des paroles. Lorsqu’elle s’en rend compte peu après, l’image de lolita perverse lui colle déjà à la peau. Elle préfère prendre du recul avec le monde du show-business. Ce premier silence durera cinq ans.

Au printemps 1973, elle entend à la radio une chanson qui la bouleverse, Attends-moi, d’un jeune auteur-compositeur, Michel Berger. Un jour, elle le rencontre dans une émission de radio et lui propose dans les coulisses : « Je voudrais vous faire écouter ce que ma maison de disques aimerait que je sorte. »

Le jeune homme accepte et lui donne son adresse pour qu’ils en discutent. Elle se rend chez lui quelques jours plus tard. Le jugement de Berger est dur : « C’est nul, c’est quoi cette musique ? » Les deux jeunes artistes continuent de se voir et parlent beaucoup pendant les six mois qui suivent. Michel invite même France à faire une voix sur un de ses morceaux, « Mon fils rira du rock’n’roll ». France n’ose pas lui demander de lui écrire des chansons, même si elle est persuadée qu’il est le seul à pouvoir lui donner l’envie de reprendre sa carrière d’interprète. Un jour, son éditeur rencontre Michel Berger et lui suggère : « Je crois que ça fait quelques mois que vous vous connaissez, ce serait bien que vous bossiez ensemble. » Il écrit pour elle en 1975 « Ma déclaration » (NDLR « La déclaration d’amour »). Ce sera leur première collaboration ; leur idylle n’a pas encore commencé.

Un an plus tard, le 22 juin 1976, ils se disent oui à la mairie du 16e arrondissement de Paris. France réalise alors son rêve : fonder une famille, avoir des enfants et une maison.

« Je voulais réussir ma carrière de chanteuse, mais surtout ne pas passer à côté du reste », déclare-t-elle au journaliste Richard Cannavo dans le livret de son anthologie. Pourtant, Michel la convainc, malgré ce qu’elle a subi à 17 ans, de remonter sur scène en 1978. L’orchestre sera uniquement composé de femmes. La veille de la première, elle apprend qu’elle est enceinte de Pauline. À chaque concert, Michel, en coulisses, lui fait de grands signes pour lui dire de s’épargner. L’été suivant, Michel et Luc Plamondon louent une villa à Antibes et créent une comédie musicale, Starmania. Berger en est persuadé, ce projet n’est pas fait pour son épouse. Mais, trois mois avant le spectacle, il n’a toujours trouvé personne pour jouer le rôle de Cristal. Michel est contraint de changer d’avis, et engage France, qui est ravie.

En 1980, Elton John est en vacances dans le Sud. Il entend souvent leurs morceaux à la radio et demande à les rencontrer. « Je voudrais faire un album avec France Gall, et que ce soit vous qui nous l’écriviez », leur propose-il. Michel est aux anges, il se met au travail. L’album ne sera en fait qu’un single, Donner pour donner, car, entre-temps, France apprend qu’elle est de nouveau enceinte. Quelques mois plus tard, les trois artistes dînent ensemble à Paris. Ils rient tellement que France accouche du petit Raphaël dans la nuit.

Chez eux, il était impossible d’écouter de la musique, car cela pouvait déranger Michel Berger dans ses compositions. Un jour, il dit à France: « Cette chanson, je l’ai écrite pour toi. » Il s’agissait de Lumière du jour.

En 1987, lors d’un voyage au Sénégal, une mère de famille avec son enfant aborde France Gall au bord de la route. Complètement démunie et ne pouvant pas élever le bébé, la mère le lui tend pour le lui donner. Profondément marqué, le couple Gall- Berger aidera cette femme à sa façon et Babacar a été écrit en hommage à ce petit garçon. Un an après cet énorme succès discographique – son plus important à ce jour – , France annonce à Michel, bouleversé, qu’elle souhaite arrêter de chanter. Ouvrir une galerie, travailler dans un journal … elle ne manque pas d’idées. Pour autant, son époux ne peut concevoir la musique sans elle. « Tu sais, c’est bête d’essayer un nouveau métier, lui dit-il. Tu as tellement d’expérience dans ce domaine. Trouve un truc dans la musique. »

La chanteuse tient jusqu’en 1991, finit par reconnaître qu’elle tourne en rond et décide de refaire un album, mais, pour la première fois, en duo avec Michel. Le disque sera justement baptisé « Double jeu». « Michel a toujours dit que cet album était un compromis. Il m’a laissé toute ma place», reconnaît-elle dans le livret de son anthologie. Comme toujours après la sortie d’un CD, une tournée est programmée. Ils doivent se produire sur scène à La Cigale, puis finir la tournée par Bercy. Mais le destin contrariera leurs projets.

Après Michel Berger

Le 2 août 1992, donc, Michel Berger succombe à une crise cardiaque. Un chagrin que France soigne en chantant et en écoutant sa musique. En 1995, elle part vivre avec ses enfants à Los Angeles, car leur père tenait à ce qu’ils parlent anglais. France Gall en profite pour enregistrer, là-bas, sa propre version des chansons interprétées par Michel sur un album qu’elle appellera « France ». Le challenge le plus difficile de sa vie, selon elle. Elle travaille avec des musiciens américains sans pourtant parler anglais. Le résultat est étonnant de modernité. Ainsi, des titres comme « La Minute de silence » ou « Les Princes des villes » prennent une coloration soul. Le 2 mars 1997, elle donne un concert privé sur M6. Ce sera sa dernière prestation en public. Quelques mois plus tard, sa fille Pauline rejoint son père « plus haut », comme l’avait écrit Michel dans une chanson pour France. Nouveau coup dur.

Aujourd’hui, France Gall, malgré la discrétion que les épreuves lui ont imposée, reste une des figures majeures de la chanson française. Une de nos plus belles étoiles.

Magazine : VSD
Par Matthias Gurtler
Date : du 22 au 29 décembre 2004
Numéro : 1426

France Gall : la musique est plus forte que tout | Gala | Novembre 2004

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France Gall en 2004 dans Gala, lors de la promotion de l’intégrale des Années Berger.
France Gall se confie dans Gala en 2004, à l’occasion de la sortie de l’intégrale des Années Berger.
France Gall : la musique est plus forte que tout | Gala | Novembre 2004
France Gall : la musique est plus forte que tout | Gala | Novembre 2004

France Gall sort de son silence. Pour rendre hommage à Michel.
En nous offrant l’anthologie de ses années Berger, la chanteuse semble vouloir tout nous dire sur son passé. Et, comme une revanche sur la vie, elle a décidé de se reconstruire au jour le jour. Confidences glanées.

Elle est là. On ne l’attendait plus. Et elle se confie.
De nouveau. Elle va mieux, France. Elle rit, aussi. Elle a toujours aimé ça. C’est une force qu’elle a en elle, un pouvoir, presque un subterfuge à la douleur. France, c’est le contraire de l’apitoiement.

Elle veut croire en sa philosophie.
La philosophie du bonheur, quoi qu’il arrive. Elle réfléchit, tout le temps. Elle tergiverse, hésite, se reprend. Parfois, elle ne sait plus. Jusqu’à ce qu’elle prenne sa décision. Et qu’elle s’y tienne. Car, même si elle est entourée, elle se sent toujours seule. Et souvent, il n’est pas facile de savoir ce qui est bien pour soi.

Depuis la disparition de Michel, en 1992, puis de sa fille Pauline, cinq ans plus tard, France Gall semble avoir pris en main les rênes de son existence. C’est comme si, désormais, elle ne voulait tirer de la vie que sa quintessence, sans contraintes ni projets. Juste se laisser glisser pour mieux atteindre la sérénité. Et l’équilibre.

« Aujourd’hui, dit-elle, je veux que les gens autour de moi soient heureux. »

La sortie d’une compilation, d’un coffret et d’une intégrale de ses œuvres* va dans ce sens. Il y a là comme une jubilation, une délectation à nous imaginer piochant dans son répertoire avec euphorie. Car, curieusement, la nostalgie n’est pas l’âme de ces albums.

Tant mieux. Car, elle l’avoue volontiers, même si pour elle l’héritage musical de Michel est un devoir, ce qu’elle souhaite avant tout, c’est nous savoir comblés. Car la musique est magique :

« Elle est plus forte que tout », dit-elle.

Voilà donc ce qu’elle aime faire aujourd’hui : se balader dans le répertoire de Michel. Et se la couler douce. Dans ses lieux de vie, à Paris, en Normandie, près de Ramatuelle ou encore à New York et à Dakar, au Sénégal, dans ses maisons qu’elle décore, redécore à l’envi. Elle prend le temps de regarder, d’écouter, d’attendre aussi.

Dans le passé, France virevoltait, s’agitait, se bougeait.
Aujourd’hui, elle cultive la légèreté, résiste au désespoir.
Le sort s’est acharné, elle le défie.

La vérité est si lourde à porter qu’il est tentant de ne pas la regarder en face. Les épreuves, pourtant, semblent lui avoir révélé une part inconnue d’elle-même :

« Je peux sembler fragile, dit-elle dans une interview à L’Express, mais il y a aussi en moi une femme énergique, courageuse, je crois, et cette femme-là fait ce qu’elle peut devant l’adversité. »

Cette femme-là fait aussi ce qu’elle doit. Car la chanteuse a une haute opinion de la vie et de la façon dont elle doit être vécue. Avec audace, gourmandise, passion. C’est sans doute ce qui la pousse à se remettre en question, chaque jour.

Et c’est sous le soleil de son île africaine, assise face à la mer dans son « cabanon » coloré, sans électricité, auquel on accède en pirogue, qu’elle parvient à se retrouver.

« Je m’y sens chez moi, en paix avec moi-même », aime-t-elle confier.
Et d’ajouter : « Ici, je vis. »

Car tout est là. Pouvoir vivre quelque part. Ce qui, pour elle — comme pour tous ceux qui ont perdu un proche — n’est pas encore possible. C’est plutôt l’hiver qu’elle se réfugie au Sénégal.

« Quand j’ai acheté ici, confiait-elle récemment, j’étais très entourée. Je rêvais de m’y retrouver seule, et en même temps, ça me paraissait le summum de la solitude. Désormais, lorsque je suis dans cette maison, je vis dans un autre temps, avec mes livres, face à l’Atlantique. »

Le contraire de New York où elle rejoint son fils Raphaël, musicien. Elle y voit plus de monde, mais ne va pas plus vite pour autant. Là-bas comme ailleurs, France est spectatrice consentante du monde qui l’entoure.

Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne se sente pas concernée. On le sait, elle est une battante. Même dans sa façon d’interpréter ses chansons :

« À la mort de Michel, explique encore France, j’avais besoin de chanter d’une manière brutale, dure, pour être en accord avec ce que je ressentais. »

Après la mort de Pauline, ce fut le contraire : « J’ai eu envie de me taire. »

De fait, on l’entend peu. Son quotidien est une succession de voyages, avec l’espoir qu’un nouveau cycle se présente enfin dans sa vie, avec des envies fortes, des désirs, et une idée précise de l’avenir.

Pour l’heure, ce n’est pas qu’elle en ait peur, mais elle n’ose penser le lendemain :

« Je veux le vide devant moi », dit-elle.

Le vide, ça veut dire ne pas avoir de portable, ne rien noter sur son agenda, résister aux obligations…
Bref, être maîtresse de sa vie à plein temps.

Alors, elle lit beaucoup, regarde Star Academy et des documentaires à la télé, s’enferme pour mitonner des petits plats en sauce, joue au rami avec des amis choisis.

La nuit, elle vit davantage que le jour : bougeant les meubles, recopiant de jolies phrases sur des petits carnets, écoutant la musique de Michel — et uniquement la musique de Michel. Sinon, elle préfère inviter le silence. Une sorte de méditation.

« Moi, reconnaissait récemment France, j’ai voulu apprendre à ne pas pleurer la mort des autres. […] Le bonheur, c’est enlever tous les poids, se débarrasser de tout ce qui vous peine ou vous angoisse, de tout ce qui vous empêche d’être bien. »

Au fond, c’est d’une grande simplicité.
C’est pourtant si complexe, presque vain.
Mais vous ne lui ferez pas sortir ça de la tête.

France Gall le dit haut et fort :
« Je veux être heureuse. Malgré tout. »

Magazine : Paris Match
Par Frédérique Dupré
Date : 4 novembre 2004
Numéro : 2894

France Gall : le comble du bonheur, c’est le vide | Paris Match | Novembre 2004

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Article du magazine Paris Match de novembre 2004 où France Gall évoque l’intégrale des Années Berger et son rapport au silence et au bonheur – francegallcollection.fr
Interview de France Gall par Benjamin Locoge pour Paris Match en novembre 2004, à l’occasion de la sortie de l’intégrale des Années Berger – francegallcollection.fr
France Gall : le comble du bonheur, c'est le vide | Paris Match | Novembre 2004
France Gall : le comble du bonheur, c'est le vide | Paris Match | Novembre 2004

Douze ans après la mort de Michel Berger, France Gall sort l’intégrale des « Années Berger ». Et rompt le silence pour en faire la promotion. Mais, au fond, elle reste absente.

Vous n’avez plus sorti de disque, ni chanté sur scène depuis 1997. Cela vous manque-t-il ?

Non, pas du tout. Il faut une raison pour aller en scène, c’est l’aboutissement de quelque chose. Après cette intégrale, je pense que je vais pouvoir non pas penser à mon avenir, mais vivre mon avenir. Voir les choses que j’ai envie de faire. Maintenant je sais ce qui me rend heureuse, je sens comment vivre… Est-ce que ça va passer par la musique ? Franchement, il y a de grandes chances. On verra. Je vis l’instant, le quotidien. Ici et maintenant.

Vous avez mis toutes vos activités musicales de côté à la mort de Pauline.

Effectivement, je n’ai rien fait depuis. Je ne suis pas revenue directement. Je ne me vois plus faire la même chose. L’intégrale, c’est une étape qui me rend très heureuse, c’est le côté léger du passé… C’est vrai. Mais je ne l’ai pas fait consciemment. Avant, mon bonheur était de voir mes enfants le soir et de les embrasser avant de se coucher. Depuis, j’ai besoin de phases de vide, pour mieux me remplir. C’est pour ça que je me suis investie à fond dans ce projet. Quand j’en aurai terminé la promotion, je me consacrerai de nouveau au vide. Le fait d’avoir traversé cette période, de m’être sortie du silence, m’aide à aller plus loin. Plein de choses émergent en ce moment, des envies, des idées… Ce besoin de silence avant, cela aurait été pour moi le comble de la solitude. Aujourd’hui, c’est le comble du bonheur. On change, quand même…

Le vide est-il synonyme de fuite ?

Ce n’est pas comme ça que je vois les choses. Je veux bien fuir le bruit, mais pas moi-même. Le vide, c’est pouvoir réfléchir encore, loin de tout.

Est-ce aussi la meilleure manière d’affronter l’avenir ?

Non. J’avais peur de l’avenir quand tout le monde était là. Maintenant, je ne le crains plus. Je ressens un grand avenir devant moi, un grand espace, beaucoup de place devant moi.

Vous vivez une partie de l’année à Dakar. Le lieu du vide ?

Oui, clairement, même si, une fois encore, je ne me pose pas ces questions. Je vis, je fais ce que je sens. Si j’y suis bien, j’y reste. Je ne pourrais pas expliquer pourquoi. J’ai découvert cet endroit en 1969… Depuis, j’ai le sentiment d’être une enfant là-bas, dans mon île. Je ne sors pas trop, je profite de la fraîcheur, de la naïveté ambiante… Pourtant je crois que je vais devoir partir. J’allais au bout du monde pour être tranquille et, depuis quelque temps, un Club Med est venu détruire ma quiétude. J’ai deux fois par jour des gens devant ma porte, qui viennent prendre des photos… Je suis plus à l’aise au milieu de Saint-Tropez que sur mon île. Donc je vais trouver un autre bout du monde, un autre ailleurs.

Est-ce un déchirement de partir ?

Cela fait quelques années que plus rien n’est un déchirement ! Si les choses devaient être un déchirement… Ne pas avoir de déchirements veut dire aussi ne pas avoir de fous rires. Je le remarque. Pour avoir un fou rire, il faut une certaine insouciance. Je n’en suis pas là. Le fou rire n’est pas revenu. Mais il faut faire comme Michel, toujours voir positivement les événements. Cela veut dire aussi qu’il peut revenir. Qui sait…

Êtes-vous heureuse aujourd’hui ?

Heureuse ? Être heureux, c’est se lever le matin et en être content. Dans ce cas, oui, je suis heureuse. Tout est un plaisir puisque j’ai conscience de ce qui me porte, je sais où je dois aller.

Revenons en arrière. Cette année, vous avez fêté vos quarante ans de carrière. Quel regard portez-vous sur votre période yéyé ?

Je pourrais l’effacer. J’ai eu plus de bonnes chansons que de bonheur. Je n’étais pas en harmonie avec ce que j’interprétais, ce qui est assez terrifiant… Même si Gainsbourg m’a fait don de quelques subtilités de sa plume… Je ne sais pas faire de cinéma, alors chanter des mots qui ne me convenaient pas… Je n’ai jamais su être autrement que moi-même.

Vous étiez jeune…

J’étais surtout très malléable. Quand j’ai voulu dire stop, on m’a répondu : « Ça va être difficile puisque tu as encore trois ans de contrat. » J’ai donc tenu mes engagements jusqu’en 1969. Et là, j’ai surpris tout le monde, j’ai cassé mon contrat, je suis partie, et j’ai merdoyé… Enfin, j’ai plutôt attendu l’arrivée de Michel pendant cinq ans. Et j’ai eu le temps de me rendre compte que je ne pouvais pas faire autre chose que de la musique. J’ai compris que j’aimais chanter et que je devais trouver quelqu’un pour écrire la musique de mes rêves. Michel a été celui-là.

Et vous-même, avez-vous suivi les carrières de vos contemporains ?

Je ne m’intéresse pas au passé. Parce qu’il n’y a pas de la place pour tous et que je ne suis pas du tout portée sur la nostalgie.

Quand vous chantez Michel en 1996, quatre ans après son décès, ce n’est pas de la nostalgie ?

Pas du tout ! Jamais ! Ce n’est pas parce que je voulais lui rendre hommage que j’ai fait un disque. C’est moi, c’est tout un travail, c’est de la création à part entière. J’avais envie de faire que la musique de Michel soit plus adaptée à mes goûts d’alors et, en même temps, réussir à le faire toute seule. C’était aussi apprendre à ne plus avoir son regard.

Depuis, vous n’avez plus mis les pieds en studio.

J’ai fait de la scène, l’Olympia, le concert acoustique privé…

Et en 1996 vous annoncez plus ou moins vos adieux à la musique…

Je comptais m’arrêter pour m’occuper de mes enfants. Ils avaient besoin de moi, ils avaient vécu un certain nombre d’épreuves, la mort de leur père, mon cancer du sein, que j’ai volontairement rendu public. J’avais envie d’être encore plus à leurs côtés. Puis j’ai vécu le deuil de Pauline…

Comment va Raphaël aujourd’hui ?

Bien, très bien même. Mais il n’aime pas que je parle de lui.

Chantez-vous encore ?

Pas de manière sérieuse. Je ne suis pas attirée, pour l’instant, par le monde du disque. Si je faisais de la scène, je ne pourrais plus chanter Michel. La vie est en train de me pousser, je ne sais pas vers quoi, mais je ressens cette montée, ce désir, cette demande.

En 1987, Michel disait : « Je suis le ciel, elle est la terre. » Comment vit-on sans ciel ?

Je ne vis pas sans ciel. Quand il est parti, on ne m’a pas enlevé quelque chose, on m’a juste repris quelque chose que l’on m’avait donné. C’est ma manière de penser, je ne peux pas faire autrement. À partir de là, tout est possible…

La même année, il écrivait : « Évidemment / On rit encore… / Mais pas comme avant. » Prémonitoire ?

Oui, bien sûr. On peut relire toutes mes chansons à l’aune de ce qui s’est passé dans ma vie ensuite, leur donner un nouveau sens. Évidemment, c’est ma chanson la plus triste, c’est ma chanson de l’absence. Pourtant, je suis toujours là, mais pas comme avant… C’est vrai.

Juin 1992, le couple France Gall–Michel Berger publie Double jeu, un disque réalisé à quatre mains. Tout s’y veut novateur : dans la forme, dans le propos. Les chansons ne comportent pas de refrains, les mélodies sont beaucoup moins évidentes, plus langoureuses. Berger et Gall s’apprêtaient à le défendre sur scène. Hélas, le 2 août 1992, une crise cardiaque foudroie le compositeur.

« Ce disque tient une place à part dans ma discographie, admet France. Pour la première fois, Michel n’était plus tout seul — c’était un grand changement pour lui. J’avais commencé à imposer ma manière de voir pour son dernier album, Le Paradis blanc. À tel point qu’il m’a virée du studio ! » [Elle rit.]

« Je commençais à diriger les voix lors des séances, cela ne lui plaisait pas du tout ! En fait, Michel préférait les mélodies, il n’était pas passionné par les voix. Et moi, je le poussais à essayer des choses avec la sienne. Dans Double jeu, j’ai réussi à lui imposer nos deux voix très fortes, malgré des timbres diamétralement opposés.

C’était une nouvelle manière de travailler. Nous souhaitions depuis longtemps réaliser ce rêve d’un disque à deux, mais sans tomber dans le cliché du petit couple qui fait de la musique… C’est pour ça que nous avons mis un an à le faire.

Nous avons d’abord enregistré une première mouture, qui ne me plaisait pas. Alors j’ai demandé à Michel d’écrire différemment. Et là, il a commencé à faire Laissez passer les rêves. C’était douloureux pour lui, parce qu’il s’accrochait à des chansons qui, pour moi, semblaient tout droit sorties du passé. Mais lui les adorait, il avait du mal à aller vers quelque chose qu’il ne connaissait pas.

Moi je voulais du neuf ! Quand il est arrivé avec Laissez passer les rêves, j’ai voulu écouter. Il m’a dit : “Ce n’est pas la peine.” Il avait trouvé le truc. Nous tenions le bon disque. »

Magazine : Paris Match
Par Benjamin Locoge
Date : 4 novembre 2004
Numéro : 2894

France Gall : “j’ai une foi incroyable en la vie !”

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France Gall crée l'événement musical avec "Évidemment", une anthologie de ses chansons écrites par Michel Berger.
France Gall crée l'événement musical avec "Évidemment", une anthologie de ses chansons écrites par Michel Berger.
Après deux années de silence, elle crée l'événement musical avec "Évidemment", une anthologie de ses chansons écrites par Michel Berger.

Après deux années de silence, elle crée l’événement musical avec “Évidemment”, une anthologie de ses chansons écrites par Michel Berger.

Entretien avec une artiste qui cultive l’optimisme.

ANNE MICHELET : Qu’est-ce qui vous a poussée à sortir cette intégrale des années Warner ?

FRANCE GALL : C’est ma maison de disques qui en a eu l’idée. Ça m’a semblé saugrenu mais, en fait, c’est une aventure assez géniale. Que du bonheur ! Comme je m’investis toujours sur les projets qui me concernent, j’ai dû sortir de mon cocon.

ANNE MICHELET : Se pencher sur le passé n’a pas été trop douloureux ?

FRANCE GALL : J’en suis étonnée, mais il n’y a aucune tristesse dans ces chansons. Ce ne sont que de bons souvenirs. Nous avons tellement travaillé avec Michel, mais aussi tellement ri. Je retrouve ces moments d’amour avec plaisir.

ANNE MICHELET : Comment avez-vous procédé ?

FRANCE GALL : J’ai réécouté l’intégralité de mon travail. C’était la première fois que je faisais ça avec autre chose en tête que choisir des chansons pour un spectacle. Là, j’ai pris le temps et j’ai vu défiler toute ma vie, sans nostalgie.

ANNE MICHELET : Vous êtes exigeante ?

FRANCE GALL : Perfectionniste ! Ceux qui achèteront l’intégrale et qui ont déjà tous mes disques ne seront pas déçus en l’écoutant, car le son est exceptionnel. En même temps, il y a une vraie création, parce que je veux toujours donner le maximum. J’adore écrire, mais je ne ferai jamais un livre. J’ai donc accompagné mes chansons de petits commentaires.

ANNE MICHELET : « C’est la seule chose qui compte », un inédit, est une belle leçon d’espoir …

FRANCE GALL : Cette chanson est très fraîche. Michel l’adorait. Il aimait sa force, la simplicité du message, le rythme. Ça fait du bien de l’entendre, elle est très positive.

ANNE MICHELET : Elle prend un relief particulier aujourd’hui …

FRANCE GALL : Elle donne du courage à tous ceux qui ont vécu des moments difficiles, elle incite à aller de l’avant. Je trouve les paroles magnifiques. J’ai du mal à en parler, parce que Michel détestait que l’on fasse une explication de textes. Il voulait que ça reste une émotion.

ANNE MICHELET : Ce travail est important aussi pour votre fils …

FRANCE GALL : Je ne sais pas, mais si j’étais à sa place, je pense que oui. D’abord, c’est un bel objet, original, qui permet de redécouvrir les créations de son père avec une qualité acoustique unique. Et puis, il restera une trace. Dans trois ans, les bandes auraient été abîmées. Je voulais donc avoir une intégrale en CD.

ANNE MICHELET : Après avoir formé pendant dix-huit ans un couple mythique avec Michel Berger, vous avez dit : « J’ai envie de lui rendre ce qu’il m’a donné. »

FRANCE GALL : Je veux faire les choses au mieux pour Michel, en professionnelle, comme il me l’a appris. Tout le travail que je peux réaliser sur lui, je le fais. A partir du moment où on a commencé à vivre ensemble, Michel s’est occupé de toute ma carrière : production, écriture, budget, musiciens … J’ai une éternelle reconnaissance envers cet homme qui m’a tant donné et qui a fait de moi une femme et une chanteuse accomplies.

ANNE MICHELET : Êtes-vous surprise par la modernité de sa musique ? ·

FRANCE GALL : Non, c’était aussi ce qui me plaisait avec ses textes. Je déteste les choses démodées. Il a pris des risques en créant des titres comme Laissez passer les rêves. Mais aujourd’hui, son œuvre est intacte. Une intelligence mêlée à un don ont fait de lui un visionnaire.

ANNE MICHELET : Vous n’êtes pas étonnée que la « Star Academy » ait repris « Musique »?

FRANCE GALL : Non, c’est logique. Michel a laissé quelque chose d’important. Je suis sa plus grande fan et je le serai toujours, tout en ayant une très grande lucidité sur son travail. Quand il a écrit la Légende de Jimmy, par exemple, j’étais effondrée, car je pensais que c’était beaucoup trop en avance. Or le spectacle a quand même rencontré un certain succès.

ANNE MICHELET : Comment expliquez-vous la fidélité de votre public ?

FRANCE GALL : Je l’ignore, mais il est responsable de ma présence ! J’ai souvent voulu m’arrêter et, quarante ans plus tard, je suis toujours là ! [Rires.] J’aime la musique de manière physique, c’est pour cela que je n’ai jamais inscrit « chanteuse » sur mon passeport.

ANNE MICHELET : Vous avez marqué « artiste » ?

FRANCE GALL : Je n’oserais pas ! Je suis musicienne. Je considère la voix comme un instrument qui se travaille et se mêle aux musiciens.

ANNE MICHELET : Vous avez du caractère, on vous imagine mal faire une chose malgré vous ?

FRANCE GALL : Aujourd’hui, oui. Mais à 16 ans, c’était délicat, on devait obéissance … C’était anormal de ne pas apprécier de faire des photos, des télés. J’ai accepté cette règle du jeu sans l’aimer. Dès que je suis filmée, je suis mal à l’aise. Moi, ce que j’adore, c’est faire de la musique, en studio ou sur scène.

ANNE MICHELET : Vous avez aussi fondé une famille, votre désir le plus cher …

FRANCE GALL : Mon rêve d’enfant … Michel me disait une chose qui me faisait rire : « Tu sais que tu as quand même eu de la chance de trouver un type bien pour épouser une chanteuse !»

ANNE MICHELET : Où puisez-vous votre force ?

FRANCE GALL : J’ai une foi incroyable en la vie, mais c’est très difficile de répondre à cette question, car cela m’a demandé des années de travail pour être ce que je suis aujourd’hui. Vous savez, quand on traverse des moments difficiles, on apprend vite les choses essentielles.

ANNE MICHELET : Remonterez-vous sur scène un jour ?

FRANCE GALL : C’est le moment de sortir la boule de cristal ! [Rires.] Je ne suis pas dans cet état d’esprit. J’ai accompli ce que je devais faire.

Évidemment se décline en quatre éditions, dont l’intégrale des années Warner (13 CD et 1 DVD) qui sort le 25 octobre, WEA.

Magazine : Version Fémina
Propos recueillis par Anne Michelet
SUPPLÉMENT DU COURRIER PICARD DU 22 OCTOBRE 2004

SUPPLÉMENT DU SAONE-ET-LOIRE DU 24 OCTOBRE 2004 (MERCI À ROMAIN)
Numéro : 134

France Gall : tout pour la musique

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C’est en chantant qu’elle a rencontré Michel Berger et qu’ils se sont aimés. Et en chantant toujours qu’elle a puisé la force de surmonter ses deuils, sans rien oublier de ses douleurs.
C’est en chantant qu’elle a rencontré Michel Berger et qu’ils se sont aimés. Et en chantant toujours qu’elle a puisé la force de surmonter ses deuils, sans rien oublier de ses douleurs.
France Gall : tout pour la musique

C’est en chantant qu’elle a rencontré Michel Berger et qu’ils se sont aimés avec France Gall. Et en chantant toujours qu’elle a puisé la force de surmonter ses deuils, sans rien oublier de ses douleurs.

Aujourd’hui, elle nous fait le cadeau de son anthologie, « Évidemment ». Portrait d’une musicienne.

« Musicienne », c’est ce qu’indique son passeport. Ce mot est son bonheur, le bonheur d’une vie que le sort s’est pourtant acharné à malmener. Retenez ça, « musicienne », c’est sa résistance, son sourire d’aujourd’hui, sa légèreté, là, assise sur le canapé, frange blonde mythique, pull marin, pas maquillée, douce et vive, le phrasé rieur comme pour vous rassurer. L’inéluctable admis sinon consenti.

Il y a des pertes qui renvoient au rien, d’autres qui sont le témoin éblouissant de ce qui fut vécu, créé, partagé. La preuve, s’il en était besoin, avec cette compilation .de treize disques, l’intégrale de ses chansons que publie aujourd’hui une France Gall sereine. Michel Berger à ses côtés. Présent. « Son plus gros défaut, c’est qu’il est invisible », glisse-t-elle.

Le tour de force de ces deux-là est d’avoir fait oublier l’immense travail qui a présidé à vingt ans de succès, de mélodies connues. C’est que chacun de nous prenait à son compte la rythmique du piano, les voix sensibles, le sens des mots, les chagrins, les espoirs et les plaisirs d’amour égrenés. On en oubliait la performance inouïe des deux artistes.

France raconte ça très bien : comment, entre eux, tout a commencé par la musique, bien avant l’amour. Première rencontre : sur une photo de groupe pour « Salut les copains », en 1966 – ils ne s’en souviennent même pas -, ils se croisent juste. Se retrouvent dans un studio d’Europe 1. France chante un morceau brésilien, « Plus haut que moi » (Berger composera pour elle « Plus haut », en 1980, sa chanson préférée), et lui, « Écoute la musique ». Elle est encore tout étonnée de ce signe discret du destin. A la sortie du studio, elle prend « son courage à deux mains » et lui demande son numéro de téléphone, car elle sait déjà qu’elle veut travailler avec lui.

« On a engagé un dialogue de huit mois. J’aimais le chanteur, pas encore l’homme. » Elle ne lui demande rien, ils font de la musique ensemble, pour le plaisir. Il hésite, craint l’échec, réfléchit avant de lui donner, en cette année 1975… « La Déclaration d’amour ». Comblée ? Même pas, « légèrement déçue », plutôt : « J’attendais quelque chose qui balance, de plus groovy. » Elle l’ignore encore, mais le compositeur a commencé à écrire tout bas une autre histoire, la leur. Elle rit : « Dans nos chansons, on voit toute notre vie défiler, c’est d’une impudeur ! » Deuxième single, « Aime-là », puis, premier album, « Je l’aimais ». « Il a attendu que je sois sûre de mes sentiments, ii me fait répéter cet aveu quatre-vingt-six fois dans la chanson ! » C’est parti, notes, couplets, ferveur amoureuse et vie commune sont scellés. Deux enfants suivront, le piano aussi .. « On le faisait venir quand on voyageait, il nous suivait partout. » Michel ne pianote pas, ne cherche pas ; quand il s’assoit sur le tabouret, c’est qu’il trouve : mélodies, paroles … concentré à l’extrême. « Il démarrait un couplet, un refrain … si ça me plaisait, il continuait, sinon, il jetait le papier en boule, pas content, mais c’était rarissime, ce n’est pas agréable de se voir refuser une chanson. » Vie conjugale conjuguée entre famille et création. Elle le déleste des contraintes domestiques (lui, tout seul, c’est un tube Nestlé dans le frigo), lui apporte la gaieté, la fantaisie, « abrite » sa création. Il l’emmène, orpailleur infatigable, au cœur de ses mélodies. « On grandissait ensemble. Ensuite, ce sont nos intérêts communs, nos passions, nos engagements qui ont inspiré Michel. » Pas de contorsions de génie tourmenté, la musique sort, limpide, « c’était d’une grande simplicité. Je ne crois pas que quelqu’un ait plus créé que lui dans les années 80, c’était passionnant de l’épauler. » Elle dit l’avoir entendu chanter tout seul et divinement toutes les partitions du livret de « Starmania ».

France est dans la délectation d’une vraie complicité qui les fait s’amuser, danser, chanter, des studios d’enregistrement aux scènes du Zénith ou du Palais des sports, où l’ancienne gagnante de l’Eurovision prouve qu’elle balance plus que pas mal. Elle qui se sent davantage à l’aise dans les graves apprend à monter sa voix dans les aigus, Berger lui demande, elle y grimpe, vaillante. Ils sont riches, célèbres et vivent cachés pour préserver leur vie privée. Leur succès, ils l’aiment à travers le plaisir qu’ils donnent à leur public mais ne s’y attardent pas ni ne l’expliquent. « Dans le processus de création, explique France, la réussite, ça ne compte pas. » Michel, assis face à son piano noir, France à côté, plaçant sa voix pralinée, incroyablement juste, l’élaboration artistique reste la même. Et leurs millions de « groupies du pianiste » ne changent rien à l’affaire. Pourquoi ce duo-là touche-t-il autant les gens ? « Michel s’adressait à des garçons, des filles, des gens qui n’avaient pas clos leur vie, qui étaient en devenir. » Façon de transmettre une énergie, le meilleur de soi-même, au prix d’une création harassante.

Alors que leur succès est immense, France arrête tout net en 1988 : trop de travail, trop de pression, pas assez de temps pour voir grandir les enfants. Berger continue, seul, mais, analyse-t-elle aujourd’hui, « ne me prend pas vraiment au sérieux », ne dit rien cependant. Quatre années passent, « C’est quand même bête que tu ne te serves pas de tout ce que tu as appris », lui fait-il remarquer un jour, la phrase fait tilt, elle comprend. Qu’elle n’a pas trouvé autre chose à faire, qu’il faut s’y remettre, donner encore. « Double Jeu » sera leur nouveau et … dernier album, en 1992. Leur alliance, aussi intense, évolue. « Je l’ai bousculé, je voulais un disque différent des précédents, il n’était pas d’accord, et puis je l’ai convaincu, il m’a mise à la production avec lui. J’ai commencé à prendre des décisions ; je l’avais regardé faire pendant quinze ans en studio. C’est étrange, j’ai été préparée, sans le savoir, à ce qui allait arriver. » Michel semble à la fois plus éloigné et comme dans l’urgence de créer. Il prévoit de reformer un groupe, de chanter et de faire une tournée avec elle pour la sortie de leur nouvel album. Soleil de plomb, l’été 1992, vacances en famille à Ramatuelle, un match de tennis, et c’est fini … France face à la vie brutale, privée de mots, d’air, de lui, parti écouter les baleines. Que faire de tout ce chagrin qui vient en écho d’une vie dédiée à la musique ? Eh bien, continuer, retrouver l’ardeur qui les animait et cette joie infinie qu’elle a de faire ce métier. Elle remonte sur scène, enchaîne avec Bercy, puis Pleyel. Triomphe à chaque fois. Puis enregistre, à Los Angeles, l’album « France » pour prolonger leur équipe, chanter les textes qu’elle aime tant, se faire du bien à elle. De retour à Paris, elle remporte le défi de l’Olympia.

On pourrait écrire que le malheur va s’acharner sur elle, mais c’est le genre d’expression « prison » qu’elle n’aime pas. Pudique, pugnace, jamais plaintive. La disparition de sa fille Pauline, elle ne veut pas l’évoquer. Elle ne chante plus, son dernier concert, privé et acoustique, elle l’a donné, pour M6, en 1997. A la question « Qu’écoutez-vous, aujourd’hui ? », elle répond avec une gravité légère : « Le silence. »

L’anthologie qu’elle offre aujourd’hui au public, commente-t-elle, c’est « comme une page qui se tourne et un grand bonheur pour moi de pouvoir garder, regarder cet objet. Je suis contente de moi, vachement même », et on l’aime illico pour son refus de fausse modestie parce que ; bien sûr, ces dizaines de chansons sont des bijoux ciselés par Berger et portés par elle avec grâce.

Éloignée de toute agitation, elle repelote le fil de sa vie d’artiste, s’intéresse à la vie de son père, Robert Gall, chanteur et parolier célèbre. Elle se surprend à fredonner un de ses airs, « Ça te va bien, ce sourire en coin », rengaine des années 50, elle vous la chantonne d’ailleurs, et c’est tellement joli, et le charme opère toujours autant qu’on sait bien qu’elle n’a pas fini d’interpréter sa vie, musique ou pas, avec le même talent.

Magazine : ELLE
Par Isabelle Maury
Date : 11 octobre 2004
Numéro : 3067

Interview de France Gall : les chanteurs ne trichent pas

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France Gall ne chante plus depuis que sa fille Pauline a été emportée par la mucoviscidose, en 1997, à l'âge de19 ans. Mais elle accompagne aujourd'hui la sortie de son intégrale Warner : Évidemment.
France Gall ne chante plus depuis que sa fille Pauline a été emportée par la mucoviscidose, en 1997, à l'âge de19 ans. Mais elle accompagne aujourd'hui la sortie de son intégrale Warner : Évidemment.
France Gall ne chante plus depuis que sa fille Pauline a été emportée par la mucoviscidose, en 1997, à l'âge de19 ans. Mais elle accompagne aujourd'hui la sortie de son intégrale Warner : Évidemment.

“La même voix acidulée qui secoua la France de De Gaulle. Le même punch et la même flamme que dans les années Berger. Des baskets aux pieds, une cigarette allumée pour le geste, la frange immuable du temps des yé-yé…

France Gall ne chante plus depuis que sa fille Pauline a été emportée par la mucoviscidose, en 1997, à l’âge de 19 ans. Mais elle accompagne aujourd’hui la sortie de son intégrale Warner : « Évidemment ». Soit 13 CD et des chansons inédites, dont « Je suis une femme, tu sais », qu’elle compte offrir au mouvement Ni putes ni soumises.

Au milieu du salon de son appartement parisien, le piano noir de Michel Berger, disparu en 1992, en impose. Sur une table figurent des demandes d’adaptation de « Starmania », des livres d’architecture, des notes écrites dans la nuit pour son anthologie… À 57 ans, France vibrante, France profonde, revient sur les soleils forts et les ombres très noires de sa vie et parle avec des silences et des fous rires.

La dernière fois que vous avez donné de vos nouvelles, c’était en octobre 2001, lors de la diffusion sur France 3 de « France Gall par France Gall ». 9 millions de téléspectateurs ont suivi ce documentaire. La chaîne a reçu des milliers de fax et de lettres…

« C’est ma plus belle réussite. Je n’écrirai jamais d’autobiographie. Mon livre, c’était cet autoportrait que j’ai voulu le plus sincère possible. Les chanteurs ne trichent pas. Chanter, ce n’est pas simplement aller chercher de l’air et le ressortir en mots et en notes. C’est donner, se livrer, s’exposer. Y’a du danger, déjà rien qu’en entrant dans le studio d’enregistrement. Ce moment-là va transformer votre existence, on le sait. Michel [Berger] et moi étions d’ailleurs toujours malades, les premiers jours : il a réalisé tous ses disques enrhumés. »

Lorsqu’on écoute votre intégrale des années Warner, qui court de 1974 à 1997, c’est toute une vie qui chante. Car tout le monde connaît « Il jouait du piano debout », « Ella, elle l’a », « Cézanne peint », « Diego libre dans sa tête », « Babacar »…

« Qu’est-ce que c’est gai ! On ne s’ennuie pas dans cette vie-là, cela s’entend. On traverse des époques, mais ça reste très moderne, très rock. Ma façon d’interpréter a toujours été battante. Lorsque les élèves de la Star Academy 2 ont choisi pour hymne « Musique », j’ai trouvé leur version mollassonne. Quel contresens ! »

C’est vrai que dans vos chansons – « Résiste », « Bats-toi » – vous montrez l’âme d’une guerrière. Ce caractère a dû vous servir à surmonter les drames qui ont assombri votre vie privée ?

« La vie n’est qu’une succession de rôles qui révèlent ce que vous êtes. Je peux sembler fragile, mais il y a aussi en moi une femme énergique, courageuse, je crois, et cette femme-là fait ce qu’elle peut devant l’adversité. On ne peut pas présumer de ses réactions avant d’éprouver la souffrance physique et la souffrance morale. C’est le sens du mot “épreuve”. J’ai vécu les choses en face, sans m’apitoyer, sans fuir, sans effacer – cela n’aurait servi à rien. Quand j’ai eu mon cancer [du sein], mon premier réflexe a été de le cacher ; il y a toujours ce sentiment un peu honteux devant la maladie. C’était en 1993, je devais annuler mon spectacle à Bercy et mes amis me poussaient à me faire plâtrer une jambe pour ne pas alimenter les conversations de comptoir. J’ai dit la vérité. Pourquoi mentir ? J’ai sans doute alimenté les conversations, mais différemment, et cette attitude m’a aidée. Pourtant, il y a eu un immense changement après la mort de ma fille. Je ne serai plus jamais la même. »

Michel Berger était encore présent quand la maladie de Pauline s’est déclarée. Avez-vous réagi de la même façon ?

« Notre insouciance s’est envolée le même jour. Michel m’a beaucoup épaulée. Ses chansons, y compris les plus graves, sont pleines de messages positifs, de légèreté, d’espoir. Michel avait le don de rester gai ; pourtant, on le croyait sombre. Ce qu’il avait vécu dans son enfance, le départ de son père quand il avait 8 ans, semblait s’être imprimé sur son visage. Moi, je trouvais merveilleuse la façon dont il me voyait, dont il me faisait parler de mon père : “Mon père m’a embrassée peut-être plus que de raison…” [Elle chantonne.] Lui considérait qu’il n’en avait pas eu. »

C’est ce père qui vous a donné tant de force ?

« Pas du tout. Papa, qui était chanteur et auteur – notamment pour Aznavour – était quelqu’un de très, très angoissé. Il avait 2 mois quand mon grand-père a été tué à la guerre de 14-18, et ma grand-mère, la fameuse “Mamma” chantée par Aznavour, qui était en fait un tout petit oiseau, l’a élevé seule. Je crois que c’est une question de tempérament. Enfant, on me surnommait “le Petit Caporal”. Plus tard, Serge Gainsbourg m’a fait donner des ordres dans mes chansons : “Attends ou va-t’en…”, “N’écoute pas les idoles…”, “Laisse tomber les filles…”. Michel a poursuivi avec des refrains à l’impératif : “Débranche…”, “Résiste…”, “Mais aime-la…”. »

Dans quelle ambiance familiale avez-vous grandi ?

« Très musicale. Mon père avait été formé au chant classique. Et puis il y a eu la guerre de 39-45… Sa vue étant mauvaise, on l’a chargé de distraire les militaires dans les hôpitaux avec André Claveau. Il n’allait pas chanter Schubert ! C’est ainsi qu’il a viré à la variété. Lorsqu’il a demandé la main de ma mère, elle lui a été refusée, car il n’était pas dans le classique : mon grand-père maternel, Paul Berthier, venait de la musique liturgique (il a composé le célèbre “Dors, ma colombe !” qui a fait le tour du monde, et cofondé les Petits Chanteurs à la croix de bois). Alors mon père a… enlevé ma mère, et il a écrit son premier succès, “Monsieur Schubert”, comme un pied de nez ! Papa me réveillait la nuit pour suivre Charles Aznavour en tournée ou rendre visite à Édith Piaf, boulevard Lannes. Petite fille, je traînais dans les coulisses. »

Est-ce que Piaf a eu des résonances en vous ?

« Inconsciemment. Quand j’ai fait le palais des Sports, en 1982, le directeur de la salle a confié à mon producteur : “France est la seule que j’aie vue – avec Piaf – interpréter une chanson de la racine des cheveux à la plante des pieds.” C’était un super-compliment. Je me rappelle que Piaf [elle se lève] chantait d’un bloc, tendue, sans bouger. Tout son corps vibrait. Moi aussi. Je n’ai malheureusement pas sa puissance vocale, et je le regrette d’autant plus que, à la mort de Michel, j’avais besoin de chanter d’une manière brutale, dure, pour être en accord avec ce que je ressentais. »

De toute façon, vos racines sont dans le jazz ?

« À 10 ans, je connaissais par cœur les Double Six [elle claque des doigts]. Les super-45-tours des années 1960 contenaient quatre chansons. Pour la quatrième, je pouvais choisir ce que je voulais – souvent du jazz. Les plus grands musiciens français m’ont accompagnée : Eddy Louiss, Pierre Michelot… »

En 1965, Serge Gainsbourg écrit pour vous « Poupée de cire, poupée de son », qui assurera votre succès à tous les deux. Le disque, sacré grand prix de l’Eurovision, traduit en six langues, se vend à 3,5 millions d’exemplaires. Gainsbourg déclarera : « France Gall m’a sauvé la vie. J’étais un marginal, et depuis je ne le suis plus. »

« Serge avait 37 ans ; moi, 17. Lui et moi partagions le même producteur, les mêmes musiciens, le même photographe. Tous les trois mois, on goûtait ensemble et je lui parlais de moi. Puis il m’interprétait les nouveaux morceaux au piano. Il les jouait comme des comptines. Ça m’avait frappée surtout dans “Annie aime les sucettes”, ta-ta-tatatata. »

Les fameuses Sucettes…

« La trop grande innocence de la chanson me paraissait bizarre… Je savais bien que Serge allait enregistrer Je t’aime, moi non plus avec Brigitte Bardot et qu’il raffolait des doubles sens. Mais, bon… j’aimais la chanson. Après, quand j’ai compris, je me suis enfermée pendant au moins six mois. Je ressentais une tromperie des adultes. Une trahison. Car, eux, ils savaient. »

Gainsbourg vous a apporté une modernité. À la même époque, il publie d’ailleurs un disque avant-gardiste : Gainsbourg Percussions.

« Je crois qu’il a écrit ses chansons les plus modernes pour moi avant de les écrire pour lui. Je jouais le jeu. Il fallait quand même être drôlement courageuse pour défendre Poupée de cire…, un air que j’avais choisi entre dix. »

De 1963 à 1968, vous accumulez les tubes : Sacré Charlemagne, Bébé Requin, Baby Pop…

« Il n’y a rien à faire, je garde un mauvais souvenir de cette période. J’étais une adolescente mal dans sa peau qui avait besoin de liberté, ce qui n’était pas le cas : je ne prenais pas un jour de vacances. Quand j’allais au Drugstore [elle sourit], on m’insultait. D’ailleurs, lorsque Vanessa Paradis a subi le même sort, j’ai tout de suite pensé : “C’est la loi du métier. Tout se reproduit…” Je ne ressemblais pas à ces filles d’aujourd’hui qui en veulent, qui y vont. Moi, je freinais. Durant ma première interview, le journaliste m’a demandé combien de temps je comptais chanter. J’ai répondu : “Cinq ans.” Ça me paraissait le bout du monde. J’aurais eu 21 ans, l’âge de faire des choses sérieuses. En sortant, mon producteur m’a giflée. Les choses sérieuses, j’étais en train de les faire. »

Pourquoi a-t-on changé votre prénom, Isabelle ?

« Mon producteur était très professionnel : Isabelle Aubret était alors une grosse vedette ; garder ce prénom aurait donc été une chance en moins. Finalement, France, c’est mieux. Surtout à l’étranger. France Gall, ça sonne comme French Girl. »

Puis vous entamez une traversée du désert jusqu’au début des années 1970. Tout aurait pu s’arrêter pour vous s’il n’y avait eu la rencontre avec Michel Berger et un hit, La Déclaration d’amour, en 1974 ?

« Tout à fait. Michel voulait changer mon image, en tout cas, la rectifier. C’est vrai que, jusque-là, j’avais fait un peu n’importe quoi : chanté Tea for Two à la télé en nuisette avec Jean-Claude Brialy dans un lit de satin ; posé, le visage recouvert de concombre, pour la rubrique Beauté d’un magazine ; porté un mini-mini-short en couverture de Mademoiselle Âge tendre… J’étais une petite fille déphasée, perdue par rapport à elle-même, à son métier. J’ai vécu La Déclaration… et l’album qui a suivi, mon premier en douze ans de carrière, comme une renaissance. Michel m’a ouvert sur le monde. »

Et vous vous êtes engagée, notamment pour l’Afrique ?

« Avec lui, tout devenait évident. Michel et moi n’étions pas tout seuls. Goldman, Coluche, Cabrel, Souchon, Higelin, Sardou… Toute une génération qui n’appartenait pas forcément à la même famille musicale montait au créneau. Jack Lang était très fédérateur. Je me souviens d’un déjeuner à l’Élysée avec Coluche et Michel. François Mitterrand était un grand fan de Starmania et Michel profitait toujours de ces rendez-vous politiques pour demander quelque chose. Là, c’était la retraite des artistes. Coluche, lui, voulait parler de cul au président. Michel et lui sont restés brouillés un moment. »

Durant cette décennie, Michel Berger et vous êtes à votre apogée. Il a écrit plus de 450 titres. Comment définissait-il une bonne chanson ?

« Pour lui, une chanson qui n’était pas écoutée, qui ne marchait pas, était forcément ratée, du moins si elle se voulait populaire. Franchement, je connais peu d’artistes de cette époque qui ont autant travaillé. Toute sa vie passait à travers la musique. On aurait dit qu’il savait que le temps lui manquait. »

Véronique Sanson lui a rendu hommage dans l’album D’un papillon à une étoile. A-t-elle demandé votre autorisation ?

« Non. Elle n’en avait pas vraiment besoin et je n’avais aucune inquiétude. S’il y a une personne qui puisse comprendre la musique de Michel, c’est bien Véronique. »

Jacques Attali, dans la préface du livret de votre intégrale, vous appelle « Muse de France ». Vous avez inspiré Serge Gainsbourg et Michel Berger. Mais aussi Claude François : Comme d’habitude, c’est votre histoire à tous les deux…

« Claude m’a dit que cette chanson m’était adressée… peut-être pour m’émouvoir. Mais je ne vois pas le rapport entre le texte et notre rupture. Parce que le monstre que décrit la chanson, ce n’était pas moi. »

Votre histoire est, en somme, devenue un standard.

« C’est incroyable ! Vous en connaissez d’autres qui ont été écrites pour moi ? Je suis sûre que oui ! »

Au moins une : Souffrir par toi n’est pas souffrir, de Julien Clerc. C’est aussi vous qui l’avez inspirée !

[Elle s’esclaffe.] « Ça m’amuse. Moi qui suis tellement discrète ! Au fond, les gens ne savent pas du tout qui je suis. Ils voient juste mon côté simple. Mais j’ai ma part de complexité. »

Si beaucoup de chanteurs vous ont célébrée comme muse, le cinéma, en revanche…

« J’ai tout refusé ! Sylvie Vartan tournait Patate, Sheila, Bang Bang, Françoise Hardy, Grand Prix. Moi, rien ! J’avais supplié mon entourage de m’empêcher de faire du cinéma. La fiction et la composition, tout ce qui est faux, ne me ressemblent pas. »

On dit que vous avez rejeté des propositions de Claude Chabrol et de Maurice Pialat.

« Oui. Et aussi Adieu l’ami, avec Alain Delon. Robert Hossein voulait que je sois la partenaire de Johnny dans Point de chute. Cela aurait pu se faire. On avait rendez-vous chez moi. Il est arrivé très en retard. Entre-temps, j’avais commencé à monter une béchamel ou une sauce madère ; je ne pouvais donc pas m’interrompre, et il est reparti. »

[Elle rit.] « C’est vous dire à quel point le cinéma m’intéressait… »

Après ce regard nostalgique sur votre carrière, avez-vous envie de rechanter ?

« Franchement ? Non. Depuis le départ de Pauline, je ne veux plus chanter, c’est quand même très compliqué pour moi. Mais un non définitif serait idiot. »

Qui vous a sollicitée ?

« Pascal Obispo. Deux mois après la mort de Pauline, il m’a demandé un rendez-vous et est arrivé avec un album tout prêt. Ça m’a semblé très curieux. Je ne vais pas chanter pour chanter. Pourquoi faire quelque chose que j’ai déjà fait au mieux ? Quand j’ai voulu m’arrêter, en 1987, c’est parce que je me jugeais en haut. C’était l’heure de conclure. Mais j’ai continué. Aujourd’hui, je demande autre chose à la vie. J’ai besoin de calmer le jeu, de baisser le rythme. »

Votre fils, Raphaël, a 23 ans. Que fait-il ?

« C’est un musicien très doué qui souhaite prendre un autre chemin que celui de ses parents. Raphaël n’aime pas que je parle de lui : il veut rester à l’écart. Il a raison. Michel m’avait avoué, avant de disparaître : “Si je devais recommencer, je resterais dans l’ombre.” »

Et vous ? Si c’était à refaire ?

« Est-ce que je resterais dans l’ombre ? Oui. Oui. Je crois. Oui. Ce n’est pas intéressant, la lumière. La célébrité ne vous apporte rien. Au contraire : elle vous prive de la liberté. Moi, que je l’aie voulu ou non, tout m’a ramenée à la chanson. Michel, lui, a choisi d’être au-devant de la scène. Et, pour ce plaisir-là, la vie peut basculer. »

Le jeu en vaut-il la chandelle ?

« Si je devais revivre ma vie d’artiste, je la revivrais. Ma vie tout court, c’est autre chose. Je ne suis pas encore au point de vous répondre oui, mais je n’en suis pas très loin non plus. La récompense de tous nos maux, de toutes nos épreuves se trouve dans la compréhension de l’existence. »

Qu’avez-vous compris ?

« Je suis passée par tous les stades : très, très pieuse, athée, agnostique… Maintenant, je crois en une force créatrice au plus haut niveau qu’on peut appeler Dieu, sans pour autant m’enfermer dans une religion. »

Vous vous rendez souvent sur une île près de Dakar. Est-ce là que vous avez trouvé la sérénité ?

“Oui. Le silence guérit, mais il faut l’apprivoiser. Quand j’ai acheté ce cabanon, j’étais très entourée. Je rêvais de m’y retrouver seule et à la fois ça me paraissait le summum de la solitude. Désormais, lorsque je suis dans cette maison sans électricité à laquelle on n’accède qu’en pirogue, je vis dans un autre temps, seule avec mes livres, face à l’Atlantique. Je vis dans l’instant, sans peur du lendemain. Avant, l’avenir me terrifiait. Avec Michel, on se demandait ce qui allait nous tomber dessus, comme si c’était une règle. C’est une règle.”

Le bonheur n’a aucun sens … On n’évolue absolument pas dans le bonheur.

Magazine : L’express
Gilles Médioni
Date : du 04 au 10 octobre 2004
Numéro : 2779