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France Gall, une Balance en équilibre

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1987 France Gall Presse France Gall une Balance en équilibre Quel Avenir Madame N°17 001
France Gall est une star. Pas un personnage prestigieux, un animal fabuleux, simplement quelqu'un qui a bien réussi dans son métier. Le côté star n'est qu'une retombée, le coût de la réussite.
1987 France Gall Presse France Gall une Balance en équilibre Quel Avenir Madame N°17 006

France Gall est une star. Pas un personnage prestigieux, un animal fabuleux, simplement quelqu’un qui a bien réussi dans son métier. Le côté star n’est qu’une retombée, le coût de la réussite.

En vraie Balance, elle oscille entre deux comportements : elle aime séduire et commander, elle semble très sûre d’elle-même mais sans cesse elle s’interroge et s’inquiète.

Comme son signe, France veut échapper au classique, rejeter les contraintes et les limites trop rigides. Elle a aussi besoin de recharger son énergie tout autant que de se laisser aller à des accès de paresse.

“J’aime la liberté d’abord et pour moi, harmonie ne signifie pas routine.”

France Gall, mariée à Michel Berger, a deux enfants : Pauline 8 ans et Raphaël 6 ans. Ils vivent dans une maison pleine de livres, de plantes, de tableaux, de pianos et de musique. – “La famille c’est ce qui compte le plus pour moi. Si je devais m’arrêter de chanter, pour une raison ou pour une autre, je le ferais pour mes enfants.

Lorsqu’il n’y a pas de spectacle en préparation, France se lève tôt, fait le petit-déjeuner des enfants et les emmène à l’école, une habitude qu’elle aime bien “parce que c’est un des moments privilégiés que j’ai avec eux”.

Quand elle est libre, elle veut vivre comme fout le monde. “Je fais le marché, j’adore, je vais chercher les enfants à l’école, je les aide à faire leurs devoirs … Je cuisine aussi pour les amis et j’ai alors le sentiment de ressembler à toutes les femmes d’aujourd’hui qui exercent une profession, qui veulent réussir leur vie de couple et l’éducation de leurs enfants.

France ; rêveuse, impressionnable, a toujours besoin pour se réaliser d’un complément affectif. Elle ne conçoit pas la vie autrement qu’en couple. – “Tout ce que Michel écrit ou fait pour moi correspond exactement à ce que je ressens, mais que je ne sais pas écrire.”.

C’est Michel Berger qui a réalisé le clip de “Babacar”, le dernier tube de France Gall au Sénégal. Babacar a une histoire : c’est le nom d’un petit Sénégalais qu’elle a rencontré en Afrique l’année dernière et qu’elle a décidé de prendre en charge.

Ses chansons, ses disques ? Ils se portent bien, merci. Près d’un million de disques de “Débranche” ont été vendus et “Babacar” prend la même route … France se souvient de ses débuts. Ce n’était pas facile. Après avoir été propulsée dans le “show-biz” à 16 ans, son nom a disparu des hit-parade. Elle était seule, elle a douté, elle ne s’est plus aimée. Après, elle a eu sa “période-peinture”, un certain talent certes, mais sans doute pas assez de planètes amies dans son ciel astral pour lui permettre de s’affirmer totalement et de s’imposer.

C’est alors, en 1974, que Michel Berger est entré dans sa vie. Elle avait trouvé son Pygmalion. La Balance a besoin pour s’exprimer totalement, d’être associée, soutenue, influencée. Échanges, contacts, affections, jouent un rôle primordial pour une Balance.

Depuis, c’est une sorte de félicité dans laquelle elle est très à son aise.

– “Michel est un poète, un rêveur qui apprend la musique aux enfants et les inscrit au cours de danse. Il passe des heures avec eux. Moi je surveille les progrès en classe, je réprimande et j’organise. Ce n’est pas toujours un rôle avantageux”.

Son temps est bien organisé. Ça n’aurait pu être autrement (pour une Balance surtout).

France consacre une partie de son temps à une œuvre humanitaire : “Action-école”.

“C’est aussi une façon de s’occuper des problèmes de la famine. J’ai toujours été révoltée et troublée par les injustices dans le monde. “Action-école” ça se mène avec des enfants, pour des enfants. Je veux lutter près d’eux”.

Alors aujourd’hui ?

Bientôt, le 9 octobre exactement, France Gall aura 40 ans ! Elle trouvera un beau cadeau d’anniversaire à côté de son gâteau : ce sera le Zénith!

En novembre, pendant trois semaines France va occuper la scène du Zénith pour un nouveau spectacle qu’elle veut étonnant et détonnant.

– “J’aimerais retrouver au Zénith l’ambiance qu’on peut avoir dans un théâtre en plein air ou sur une place de village. De toute façon, ce show sera quelque chose de très différent de mon précédent passage sur scène. Pas de danseurs, mais une section de cuivres, celle de “Earth Wind and Fire” qui joue souvent avec Phil Collins. Quant à la mise en scène, elle restera une affaire de famille puisque c’est Michel et moi qui la signons.“.

Magazine : Quel Avenir Madame
Christian Dureau
Date : Octobre 1987
Numéro : 17

France Gall, elle l’a !

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Babastar et survivante rare du courant refroidi des « Peace and Love » fleuries. France Gall, la yéyé girl a grandi.
Babastar et survivante rare du courant refroidi des « Peace and Love » fleuries. France Gall, la yéyé girl a grandi.

Babastar et survivante rare du courant refroidi des « Peace and Love » fleuries. France Gall, la yéyé girl a grandi.

Acidulée, sa voix l’est restée, par contre les mots qu’elle chante désormais, ont su revêtir l’uniforme sur mesure d’une époque.

Branchée, sur les circuits du temps qui passe, militante des droits de l’Homme, cette femme-enfant, poupée de son incarnée, a pris le parti de dire en chansons, ses vérités. Pas révolutionnaire, elle prêche la bonne parole ! Idéaliste, elle pense qu’on peut agir encore sur les misères du monde. Associée à son compositeur de mari, Michel Berger, elle est la voix préférée d’un maître à rêver.

France Gall, égérie des lycéens de base se présente lueur verticale au pays sans merveille des marchands d’armes. « Elle l’a » ce tout petit supplément d’âme, elle possède aussi l’art d’être exclusivement originale. Elle chante ce que nous sommes et surtout ce que nous devrions être. Elle hantera trois semaines durant la scène du Zénith ! Alors, on ira où elle ira car la belle se situe sur la bonne voie ! N’est-ce pas ?

A comme AFRIQUE

C’est un continent que j’ai appris à connaître et à comprendre à travers « Action École ». Là-bas, les gens se battent pour survivre donc la moindre des choses pour nous, occidentaux, c’est d’essayer de leur venir en aide. El puis c’est la terre où est né Babacar l’enfant que j’ai adopté, tout simplement parce que Fatou, sa mère me l’a confié pour qu’il ne meure pas de faim.

B comme BEAUTE

L’apparence physique est importante surtout pour les artistes ! Évidemment, la perspective de vieillir, ne me réjouit pas ! Ça me terrifie même. C’est pourquoi je fais en sorte de me maintenir en forme, de me soucier de mon corps. C’est vrai que lorsqu’on se sent belle, ça rend plus sûr de soi. El quelque part moins vulnérable. Mais je ne suis pas du genre à passer des heures devant mon miroir car je n’en ai ni le temps, ni l’envie.

C comme COURRIER

J’adore me plonger dans le courrier de mon public. Ça me permet d’être plus proche de lui, d’ailleurs, les gens qui m’apprécient me ressemblent. Ils me parlent des thèmes qui me touchent, telles que l’injustice, la violence ou la misère. Très peu de lettres évoquent mon passé, une sur 10 se souvient seulement de mes débuts ! C’est rassurant, non ? (Rires).

D comme DEBUTS

Je les ai fort mal vécus car à l’époque, je manquais sérieusement de maturité. Je travaillais beaucoup et je n’avais pas beaucoup d’amis. J’étais en quelque sorte une poupée de cire et de son comme dans la chanson. J’ai voyagé, au Japon, notamment, mais je n’ai rien retenu de ce pays. Entre 16 et 20 ans, ce fut certainement la période de ma vie la plus difficile, en fait, je n’ai pas eu d’adolescence.

E comme ENFANTS

Depuis l’âge de 18 ans, je rêve d’avoir des enfants. Seulement, j’ai attendu de rencontrer le père pour les mettre au monde. Je n’aurais jamais imaginé une vie sans enfants. D’ailleurs, mes accouchements n’ont pas été faciles, mais pour moi c’était la condition absolue d’être heureuse.

F comme FRANCE

Je me perçois avant tout comme une européenne, parfois, l’esprit étroit du Français moyen me révolte. Ici, on n’aime pas la réussite ! On la montre du doigt comme une tare. Les gens sont aussi un peu trop chauvins, repliés sur leur suffisance. Si je démarrais ma carrière aujourd’hui, peut-être que j’irais vivre aux États-Unis. Mais la beauté de la Provence ainsi que les bons petits plats, me manqueraient terriblement.

G comme GOURMANDISE

Je privilégie l’art de bien vivre. J’aime la convivialité, par exemple, l’idée de recevoir des amis me met de bonne humeur. Ça surprend les gens lorsque je leur avoue que je porte souvent le tablier d’un cordon bleu, mais c’est vrai, j’aime cuisiner.

H comme HOMME

A la maison, je me rends compte, que c’est moi qui tiens le rôle de père traditionnel. Autoritaire, je surveille les devoirs de mes enfants. C’est moi aussi qui organise et punit, par contre, Michel lui, fait office de compagnon de jeu ! Il leur apprend la musique et fait en sorte de ne jamais les gronder.

I comme IDEES

Je n’appartiens à aucun parti politique. Mais je pense être une citoyenne consciente. Je vote, je m’informe. J’ai de l’admiration pour Mitterrand l’homme qui nous a réellement aidé à travers Action École. Je suis concernée par tous les problèmes dits humanitaires, « on s’en serait douté » ! (Rires) Ces dernières années, j’ai compris qu’il ne suffisait pas d’avoir des idées, mais que l’essentiel, c’était de les mettre en pratique. Je suis optimiste face à la nouvelle génération qui arrive, au moins, elle est généreuse en se donnant les moyens de l’être concrètement.

J comme JAZZ

« Ella elle l’a », ma dernière chanson est un hommage à la chanteuse de jazz, Ella Fitzgerald. J’admire son talent et je trouvais important de lui consacrer une chanson de son vivant, je ne la connais pas en chair et en os, mais ses disques ne sont jamais bien loin de ma platine.

K comme KIWI

C’est le fruit de ma passion (Rires).

L comme LOOK

Ma façon de m’habiller, c’est souvent n’importe quoi. Ma fille Pauline trouve que je ressemble davantage à un clown qu’à une femme. C’est évident, je ne possède pas le look d’une femme fatale, pourtant j’aime les belles tenues, les robes à fourreaux mais je ne m’imagine pas dedans. A la limite, je porte des vêtements de garçons, les vestes larges, les cravates et les chemises. Sur scène, j’apprécie d’être à l’aise jamais je ne pourrais chanter, hissée sur des talons de 10 cm de haut.

M comme MAMAN

C’est un rôle qui me va comme un gant. Au sein de ma famille, je suis la « fourmi » de service. J’organise tout et je suis une maniaque comme on n’en fait plus. Je range, je prévois, et je passe en revue tous les détails de la vie quotidienne.

N comme NOTORIETE

Je ne me lamenterai jamais sur mon sort de personne publique, ça me paraît bien trop déplacé. Par contre, souvent je regrette de ne pas devenir anonyme aussitôt après la scène et les télés. Être incognito, pouvoir se balader tranquillement dans les rues de Paris, sans être reconnue, ça me plairait, mais bon, je suis chanteuse, et la gentillesse des gens que je croise me chauffe plus qu’elle ne m’ennuie. Il faut assumer ! Alors, j’assume !

O comme ORGUEIL

Quelque part, je suis une mégalo de première mais pas dans le sens folie des grandeurs. Disons que j’ai un goût pour le perfectionnisme avancé. Je veux tout réussir, ma vie professionnelle, privée et familiale. C’est un challenge que je partage avec de nombreuses femmes de ma génération. Ce n’est pas de tout repos ! Ça oui !

P comme PAROLES

Je ne possède pas le talent des mots, heureusement que Michel l’a pour moi. Lui seul, sait trouver les phrases que j’ai envie de chanter. J’ai essayé d’écrire mais ça ne me satisfaisait pas. Par contre, je noircis les pages de mon journal intime. J’y inscris les moments tristes, ou faits de ma vie que j’alimente de photos repères. J’avais arrêté ce journal mais je l’ai souvent « rouvert » lorsque Daniel (Balavoine) est mort.

Q comme QUALITE

J’essaie de la mettre dans tout, y suis-je arrivée ? La réponse, je ne l’ai pas …

R comme RECUL

L’humour, voilà une thérapie saine ! Pourquoi dramatiser tout, ça ne résout pas les problèmes, ou contraire. Ça aurait tendance plutôt à les accentuer. Je prends du recul parce que c’est une façon de ne pas se prendre au sérieux. Je veux rire de tout pour ne pas « souffrir idiote ». L’humour, ne rend pas plus heureuse, ça c’est sûr, mais ça permet d’être moins terre à terre parfois.

S comme SOLITUDE

Même à 2, on est seul, c’est un sentiment, une donnée qu’on est obligé d’accepter !

T comme TOP 50

Je suis une vendeuse d’albums et le Top 50, lui ne se préoccupe que des ventes de 45 tours. C’est l’évolution de mon métier et je suis contrainte de faire avec. Avant, je ne sortais pas de singles, maintenant, oui ! Voilà, à part ça. Ma carrière se porte plutôt bien, merci !

U comme USINE

Je préfère chanter que d’aller pointer à l’usine. Je suis une privilégiée consciente de sa chance.

V comme VOIX

Je n’ai pas la voix de La Callas, ça c’est sûr !

W comme WHISKY

Certains mettent de l’eau dans leur vin, moi je mets du coca dans mon whisky. (Rires).

X comme CHANTEUSES X

Mes consœurs, se déshabillent de plus en plus ! Et je ne comprends pas pourquoi elles le font. Moi je serais incapable d’en faire autant, pudique comme je suis ! De montrer le bout de mon bras, c’est déjà un effort, alors le reste, vous imaginez.

Y comme YEUX

Le regard des autres, le mien, sont des miroirs qui ne trompent pas.

Z comme ZENITH

C’est une soue bénie des dieux et du public, j’y retourne avec la pêche et le trac d’une débutante. Mon prochain spectacle, sera différent du précédent, il n’y aura pas de danseurs, mais une section de cuivres. Celle de Earth Wind and Fire. Ce que j’aimerais, c’est retrouver l’ambiance qu’on peut avoir d’un théâtre en plein air ou une place de village. Quant à la mise en scène, elle sera signée bien sûr Michel Berger.

Magazine : Graffiti
Date : Octobre 1987
Numéro : 36

France Gall : Tellement d’amour à donner | Mag’ | Octobre 1987

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France Gall interview Mag’ octobre 1987 article presse.

Article presse de - Mag’ - octobre 1987. France Gall évoque l’amour, la scène, Michel Berger, Daniel Balavoine et l’album - Babacar -.

Spontanée et lucide, la femme-enfant aux boucles rebelles ne sait parler que d’amour. Son premier baiser, sa famille, les enfants qui meurent, son métier, les amis disparus. L’amour qui vibre et l’amour qui manque… Une déclaration, sa déclaration, qu’elle nous a confiée tout bas.

Aller-retour Zénith, France connaît bien le chemin depuis deux mois maintenant… Dans quelques jours, à Paris, ce sera pour de vrai et non plus pour les répétitions. Une année sur deux, France Gall nous revient ainsi avec son regard clair et cette voix… qui monte, qui monte, cristalline, pour en faire sortir, tantôt le romantisme, tantôt un cri. Et surtout avec une « sacrée pêche ». La scène, c’est vraiment son plaisir, comme elle le dit dans l’interview qu’elle a accordée à Mag’, le news des jeunes.

Mag’. Les lecteurs et lectrices de Mag’ ont 15, 17 ou 20 ans. Comment cela se passait quand vous aviez le même âge ?

France Gall. Très mal. Je n’ai pas eu d’adolescence. Il m’a fallu attendre 30 ans pour devenir quelqu’un d’épanoui, bien dans sa peau. J’ai réalisé mon premier disque à 15 ans et demi. Il a marché tout de suite. Je suis devenue quelqu’un de connu. Et j’ai eu une vie d’adulte à 16 ans !

Mag’. L’amour tenait déjà une place importante dans votre vie ?

France Gall. J’avais des flirts. J’ai embrassé mon premier garçon à 14 ans et demi, dans une boum (éclat de rire). C’est la première fois que j’en parle dans un journal… Et je me suis dit : alors c’est ça un baiser… Je ne devais pas aimer beaucoup le garçon !

Mag’. Qu’est-ce que vous aimiez alors à cette époque ?

France Gall. C’est simple, je n’ai rien aimé. Ni les neuf mois de tournée qu’on m’imposait chaque année, ni la vie du show-biz, ni le premier baiser. Ce que je voulais, c’était avoir un petit ami et marcher le long de la plage main dans la main, aller au cinéma, danser. Mais j’ai commencé à chanter et tout cela a été fini.

Mag’. À 20 ans, vous avez ouvert un journal intime…

France Gall. Oui, parce que justement je n’avais pas d’amis. Je me sentais très seule. Ce journal était important : je pouvais me confier, raconter des choses. Cela a duré une dizaine d’années. Et j’ai arrêté, changement d’amour, changement de vie, j’ai arrêté. Je l’ai recommencé l’année dernière. Quelques jours avant la mort de Daniel Balavoine… Et désormais, il contient tous les moments forts que je vis, les rencontres, les conversations, le souvenir des gens que je croise et avec qui je partage quelque chose : voilà de quoi est rempli ce journal. On peut y lire, par exemple, des passages sur Coluche.

Mag’. Balavoine, Coluche : ils ont beaucoup compté pour vous !

France Gall. Et ils comptent toujours. C’étaient les deux personnes que nous fréquentions le plus dans ce métier. Coluche est le parrain de mon fils, Daniel était le meilleur ami de Michel… (Michel Berger, son mari). Balavoine était proche des jeunes, il parlait, il écrivait, il chantait pour eux. Il suffit, pour s’en convaincre, de réécouter Angèle, dans son dernier album. Coluche nous manque atrocement : face à tel ou tel événement, on se dit : mais qu’aurait dit Coluche ? Son regard sur la vie nous fait vraiment défaut.

Mag’. Certains lecteurs pensent qu’avec le métier, vous êtes entrée comme dans un rêve.

France Gall. Sûrement parce que je passe à la télévision ! Mais faire une télévision, ça n’est pas simple. Il ne faut pas bafouiller, pas se tromper dans les paroles de la chanson, affronter le direct. C’est tout un travail et il n’est pas facile. Et si l’on n’est pas doué, cela doit être insupportable. Quand des jeunes m’écrivent et me demandent conseil pour faire de la chanson, je leur réponds souvent : attendez, laissez faire le temps.

Mag’. Avez-vous l’impression d’être une privilégiée ?

France Gall. Ah, oui alors ! Pour moi, ce n’est pas une épreuve de monter sur une scène, devant 5 000 personnes. C’est un plaisir. Quand on fait ce qu’on aime, on est privilégié.

Mag’. Vous avez deux enfants, Pauline, 8 ans, et Raphaël, 6 ans. Cela se passe bien avec eux ?

France Gall. C’est difficile d’avoir des parents connus. Je fais très peu de choses publiques avec eux… Peut-être vais-je pouvoir bientôt les emmener au cinéma. Mais je n’assiste jamais à une réunion de parents d’élèves. Je vais voir la maîtresse, la directrice. Quand on me demande de venir les chercher, je viens. Je ne le fais pas systématiquement matin et soir. La maison risquerait de devenir un défilé permanent. Certains amis des enfants ne viennent que pour me voir. Mais sur ce point, les enfants sont formidables, ils me protègent…

Mag’. Votre couple, avec Michel Berger, ça compte beaucoup pour vous ?

France Gall. C’est quelque chose que j’ai voulu profondément : créer une cellule familiale. Après tout, est-ce que c’est très original ? Toutes les jeunes femmes ont envie de créer une famille. Moi, je suis très attachée aux traditions. La vie qu’on a eue, avec mes parents, mes frères, pendant vingt ans, m’a énormément équilibrée. J’ai gardé la tête froide malgré les changements de vie que j’ai pu connaître. Ils m’ont beaucoup aidée. Aujourd’hui, j’essaie de retrouver ce que j’ai connu.

J’aurais pu ne jamais rencontrer l’homme de mes rêves : cela aussi, ce fut une sacrée chance. Ce bonheur a un secret pourtant : il faut savoir ne pas tout donner à son métier. Se dire : bon d’accord, je risque de vendre moins de disques, de gagner moins d’argent… tant pis ! Quand on veut créer une cellule familiale, on prend sur son temps artistique. Ce métier vous mange 24 heures sur 24, si on n’y prend garde. Si on ne s’impose pas un peu de recul, on se laisse bouffer et puis, on n’a plus rien… Ce qui est extraordinaire, c’est de pouvoir réussir à la fois sa vie de famille et sa vie professionnelle. C’est très rare. Il faut ne léser ni l’un, ni l’autre. La vie professionnelle, c’est comme une vie de famille : quand on voit moins les gens, qu’on passe moins de temps avec eux, ils vous oublient, vous aiment moins. Dans mon cas, les gens me suivent depuis longtemps et me pardonnent mes infidélités. Ils savent qu’une année, je travaille, et l’autre pas. Ils attendent. Dans le couple, ce qui est bien, c’est de pousser l’autre, de le porter. Quand Michel préparait le spectacle de Johnny, j’y allais aussi. Regarder, aider pour la chorégraphie, pour certains détails… Parce que je ne fais pas ce métier pour me mettre en avant. À la limite, me voir sur les murs de la ville, ça me gêne.

Mag’. C’est important quand même pour savoir où vous passez…

France Gall. Je suis obligée de le faire, je fais « briller les cuivres », comme disait Simone Signoret. Mais je fais ce métier d’abord parce que j’aime chanter, j’aime cette vie, être avec les musiciens. J’aime l’ambiance, travailler en studio, voilà ce que j’aime.

Mag’. Est-ce que vous diriez, comme Bruno Masure, que « notre époque est formidable » ?

France Gall. Je suis très mal dans notre société… C’est vrai qu’il y a des choses formidables. Mais le bruit, les voitures, tout cela me stresse. Je n’aime pas ce que font les hommes, ce qui se passe dans leur tête. C’est fou, comme si on vivait un cauchemar, constamment. Quand on reste chez soi, qu’on n’ouvre pas la télé, ni les journaux, ça se passe très bien. On peut se faire une vie aussi comme ça… Moi je n’achète aucun journal, je regarde juste les infos à la télé.

Le cauchemar, pour moi, ce sont toutes les atteintes aux droits de l’homme, et la liste est longue ! La famine, la sécheresse, tout cela nous vient par la bêtise des hommes, leur imprévoyance. Je ne peux pas supporter cela. Alors je me préserve.

J’aimerais bien que le rythme de notre monde soit un peu plus lent… Ça permettrait de souffler un peu. Quand on oublie tout cela, la vie est merveilleuse. La nature, les paysages, les gens… Tenez, on était en Irlande cet été. Et en Irlande, quand on se croise, on se salue, on prend le temps de se dire « bonjour » ! Comme c’est agréable ! En Afrique, c’est la même chose. En plein désert, à un carrefour, avant de demander sa direction, il est courant de s’informer sur la santé de chacun… même si on ne se connaît pas. « Alors ça va ? oui, ça va ! Et les parents, ça va ? oui, ça va ! Et les enfants ? oui, ça va ! »

Mag’. Au milieu de ce monde qui vous désole, y a-t-il des êtres positifs, qui font « avancer le schmilblic » ?

France Gall. Heureusement qu’il y en a. Et ils font la balance. Ce sont des gens qui se battent, qui passent leur vie à faire progresser cette société. Je pense à Harlem Désir qui a fait une émission importante à la fin de l’été. Voilà quelqu’un qui motive les autres, les encourage, leur fait comprendre certains événements. Harlem Désir, je ne peux que l’encourager, être à ses côtés.

Mag’. Et la jeunesse 1987, celle que vous rencontrez lors de vos concerts, comment est-elle ?

France Gall. Elle est désemparée, elle aussi, devant ce monde et son avenir. Et surtout, les jeunes éprouvent une grande solitude. En même temps, leur amour de la musique les porte et les aide à vivre. Des gens comme Balavoine, par sa musique, Coluche, qui les fait rire, Michel par ses textes les réconfortent. Vraiment. Ils se retrouvent dans les textes. Parce que ce monde leur pose des questions insolubles, leur propre vie les déroute. Ils sentent qu’ils sont malheureux mais ils ne comprennent pas pourquoi. Alors, un texte de chanson les aide à comprendre, à se retrouver. Dans une chanson comme Savoir vivre, qui figurait sur l’avant-dernier album, le texte leur parle, les renvoie à eux-mêmes et les soulage peut-être.

Mag’. Vous chantez dans le dernier album : « Il est urgent d’attendre que tout change, que l’amour vienne… »

France Gall. Oh oui, s’il y avait plus d’amour, tout ça n’arriverait pas. Si les hommes s’aimaient davantage… Ils ne se feraient pas tant de mal. Il n’y a pas assez d’amour. Et en même temps, tellement d’amour à donner.


Quinze jours après la mort de Daniel (Balavoine), fin janvier 86, on est partis en Afrique pour Action-École avec Lionel Rotcage et trois lycéens. Sur le chemin du retour, dans un village sénégalais, on a demandé si l’on pouvait manger quelque part. On nous a indiqué une case. Et là, une jeune femme portait un bébé dans les bras. Il était extraordinaire, ce bébé d’un mois.

Je fais des compliments à la maman. Elle me répond :

« Si tu veux, prends-le, je te le donne ! »

Ça m’a fait un choc. J’ai ri, pensant qu’elle se moquait de moi… Mais pas du tout ! Le père du bébé l’avait quittée. Et elle m’a dit : « Je nourris l’enfant encore deux mois, ensuite tu viens le prendre ».

Nous avons, au retour, longuement réfléchi avec Michel, pour finalement décider de ne pas le déraciner, de le laisser là-bas… Cette histoire nous avait beaucoup chamboulés. Et Michel a écrit Babacar, où es-tu ?

J’ai enregistré l’album et quand on a voulu réaliser le clip, on est partis à Dakar. Dans la poche, j’emportais l’adresse, la photo de Babacar et de sa mère. À l’hôtel, j’ai raconté l’histoire de ma rencontre avec le bébé. J’ai montré la photo et l’adresse au directeur, en lui disant que je ne restais que trois jours. Le lendemain, on est allés enregistrer toute la journée. Et en rentrant à l’hôtel, le directeur m’appelle :

« France, France, Babacar t’attend depuis 4 heures dans le hall… » Il l’avait retrouvé… Lui et sa mère, qui, par amour, n’avait pas abandonné Babacar.

Depuis, nous nous écrivons régulièrement.

Magazine : Mag’ – Le news des jeunes
Propos recueillis par René Lechon
Photos : Bernard Leguay / C. GASSIAN / TONY FRANK – SYGMA
Date : Octobre 1987
Numéro : 47

L’horoscope du mois avec France Gall, du signe de la Balance

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Gouverné par Vénus, la Balance, signe de l'équinoxe d'automne, représente l'équilibre dynamique dans le mouvement incessant de création des formes de l'univers.
Gouverné par Vénus, la Balance, signe de l'équinoxe d'automne, représente l'équilibre dynamique dans le mouvement incessant de création des formes de l'univers.

France Gall du signe de la Balance : Charme et équilibre.

Gouverné par Vénus, la Balance, signe de l’équinoxe d’automne, représente l’équilibre dynamique dans le mouvement incessant de création des formes de l’univers. Signe de beauté, d’harmonie et de justice, vous envisagez une existence faite d’amour et d’amitié.

Votre charme, votre grâce, votre douceur, votre don de plaire, votre nature délicate et sensible vous font rechercher un entourage harmonieux où vous pourrez vous sentir apprécié et admiré. Franc, sincère, diplomate, ennemi des querelles et des luttes sous toutes ses formes. Vous cherchez toujours à créer autour de vous un climat d’entente et d’apaisement, sachant garder l’équilibre de la juste mesure qui fait votre grandeur morale.

Vous aimez la vie facile et tout ce qui rend l’existence joyeuse et confortable. Votre sens de l’esthétique, de ce qui est beau et élégant, vous font rechercher dans le confort un certain luxe et tout ce qui’ flatte agréablement le goût et le plaisir d’acheter vous fait parfois lutter avec votre sens de l’économie.

Votre intelligence fine et subtile, vos qualités de courtoisie et d’affabilité, votre sens de l’équité et de la justice, peuvent vous conduire vers des carrières de juge ou d’arbitre, d’avocat ou de conseiller juridique. Votre sens social et humain vous désigne pour toutes les carrières artistiques et culturelles : psychologie, sociologue, réadaptation des délinquants. Peinture, décoration, mode, styliste, parfumeur, commerce de fleurs, de mode, d’articles de luxe.

Diplomate, vous savez admirablement établir des contacts et réussir dans tous les métiers de relations publiques. Les femmes de la Balance, douées d’un charme et parfois d’une beauté extraordinaire, peuvent réussir brillamment comme cover-girl, comédienne, danseuse, hôtesse d’accueil.

En amour, vous répondez facilement à l’affection que l’on vous porte. Affectueux, sincère, fidèle, vous cherchez toujours à attirer l’admiration de votre entourage et votre vie est faite pour l’amour et pour être aimé ; Votre besoin constant de présence humaine, qui permet à votre sentimentalité de se manifester, vous porte très tôt vers le mariage et toutes les douceurs d’un foyer, et, bien que parfois jaloux, vous savez préserver votre vie de famille de tout heurt et querelle pour faire régner calme et bonheur autour de vous.

Journal : Le Parisien
Date : 29 septembre 1987
Numéro : Inconnu

Stéphane Colaro sur la balançoire entre Rik et France Gall

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Télé Star du 12 au 18 septembre 1987 : Stéphane Colaro sur la balançoire entre Rik et France Gall (presse)
Télé Star du 12 au 18 septembre 1987 : Stéphane Colaro sur la balançoire entre Rik et France Gall (presse)

Magazine : Télé Star
Date : du 12 au 18 septembre 1987
Numéro : 571

France Gall : Retour vers le Zénith

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1987 France Gall Presse France Gall retour vers le Zénith Cool N° 35 001
Elle a décidé de faire rêver avec des mots simples, des sentiments vrais, parce que la chanson n'est pas forcément futile, elle trimballe, via la musique ses idées, ses coups de cœur et ses révoltes.
1987 France Gall Presse France Gall retour vers le Zénith Cool N° 35 005

Elle a décidé de faire rêver avec des mots simples, des sentiments vrais, parce que la chanson n’est pas forcément futile, elle trimballe, via la musique ses idées, ses coups de cœur et ses révoltes.

En fin psychologue, le couple Michel Berger / France Gall s’est calqué sur le langage d’une génération teenager.

Mêmes préoccupations, mêmes angoisses face à la vie, mêmes refus des intolérances, ils sont à l’unisson de leur public. Chansons Intelligentes plutôt qu’engagées, elles sont pour son interprète : « Des chansons d’expressions qui reflètent ce que l’on a en soi. Les chanteurs sont des peintres de leur époque et moi je n’ai pas envie de faire des disques de distractions. »

Le message est passé cinq sur cinq, et depuis quelques galettes vinyliques France fait coïncider ses disques avec ses états d’âme, ses expériences. La Plus belle preuve en est sans doute le titre « Babacar » et sa petite histoire que tout le monde, ou presque connait aujourd’hui : « J’ai connu Fatou en 1986 à /’occasion d’un voyage pour Action École qui lutte contre la sécheresse dans le Sahel. Je lui ai dit que son bébé était beau. Elle a voulu me le donner … » Face à cet acte émouvant France et Michel ont choisi de s’occuper à distance de Babacar et de sa mère. Sauvés des problèmes de pauvreté, ils sont aujourd’hui à Dakar dans un appartement décent. France réalise à présent que « me donner cet enfant était un acte d’amour. Ç’en était un aussi de le refuser. »

De ses voyages en Afrique, le couple d’artistes n’en a pas retiré que de l’inspiration. Autre regard sur une autre vie. Incroyable réalité. Envie de faire quelque chose. « La dignité et la beauté de ces gens qui chaque jour se demandent ce qu’ils vont manger sont une belle leçon pour nous autres privilégiés … Depuis mon retour je regarde l’eau qui coule d’un robinet avec une conscience différente. Chaque goutte est si précieuse là-bas. Et Je ne supporte plus que mes enfants ne finissent pas leur assiette !»

En gardant une oreille à l’écoute des autres, l’ex-« poupée de cire », qui a grandi s’est en quelque sorte enrichie. « Je suis plus agréable à vivre. On se fait beaucoup de bien à soi en s’occupant des outres. »

Les autres, c’est aussi la petite famille, Pauline et Raphael, sur qui France veille avec une troublante attention maternelle. Battante sur tous les fronts, elle a « le sentiment profond de ressembler à toutes les femmes d’aujourd’hui qui font un métier, veulent réussir leur vie de couple et l’éducation de leurs enfants. »

Un rien féministe, elle avoue. « Ce qui m’étonne chez les femmes, est qu’elles finissent par y parvenir. » Le planning grignoté par toutes ces occupations, France ne néglige pas pour autant son métier. Son nouvel album qui regarde plus loin que les précédents est tout aussi attachant.

« C’est un album qui a la pêche, même si les chansons sont plutôt graves. » A l’écouter chanter, on pourrait croire qu’elle est auteur compositeur interprète. Union parfaite des deux talents, Michel Berger a sans doute des dons de voyance, de télépathie et de dédoublement de personnalité. France en est pleinement convaincue : « Ce que Michel écrit pour moi est si totalement en accord avec ce que je suis, ce que je sens, que c’est presque incompréhensible. Lorsqu’il m’a écrit « Cézanne peint », par exemple, il me l’a chantée au piano pour la première fois et je me suis mise à pleurer. C’était une émotion esthétique mais aussi quelque chose que je vivais si intensément moi-même que ça tient du surnaturel.

Admirative elle atteste le talent de son compagnon de vie : « Avec Michel, notre travail tient pleinement du miracle. Lui seul sait retranscrire des émotions fortes avec des mots simples, faire swinguer la syntaxe et deviner la moindre de mes pensées. En fait c’est la seule personne avec laquelle j’ai toujours voulu travailler parce que je me sens comme un poisson dans l’eau au milieu de ses chansons. »

Serait-ce une déclaration ? Surement, d’autant que le nouveau spectacle au Zénith sera encore une affaire de famille, des lumières à la mise en scène. « Ce que j’aimerais, c’est retrouver l’ambiance qu’on peut avoir dans un théâtre en plein air ou sur une place de marché. »

En tout cas, ce sera quelque chose de très différent de mon précédent show. Pas de danseurs, mais une section de cuivre, celle d’Earth Wind and Fire, et des surprises … » Fraiche et naturelle, elle sera telle qu’on l’imagine. « Pour moi la scène n’est qu’une pièce de plus dans ma maison. Je passe sans transition de ma cuisine au plateau, comme je passe de ma chambre à ma salle de bains. Je suis la même. Par exemple, Je ne porte jamais de costume de scène … » Équilibrée, France est comme elle le dit aujourd’hui en harmonie avec elle-même. Rêveuse mais réaliste aussi, elle se détache du cliché classique de la gentille petite femme-enfant qui ne parle pas trop haut. « C’est vrai je parviens bien à sauvegarder mon oasis familiale et je collectionne les disques d’or. Mais je ne suis pas une « bienheureuse », pour autant. Qui peut l’être aujourd’hui ? A moins de fermer les yeux, la bouche, et les oreilles comme les trois petits singes … »

Magazine : Cool
Date : Octobre 1987
Numéro : 35

Dossier France Gall

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Dossier France Gall
Dossier France Gall
Dossier France Gall

France Gall est née le 9 octobre 1947 à Noirmoutier. Elle connaît une enfance heureuse, choyée au sein d’une famille qui fait dans la musique depuis des générations.

Entre père, mère, frères, sœurs, chien et chat, Babou (c’est alors, son surnom) évolue dans trois demeures. La première est la propriété de Pourrain, dans l’Yonne. La deuxième, comme un refuge, n’est qu’une vieille caravane ancrée dans un jardin, à Noirmoutier.

Mais France vit surtout dans l’appartement des études parisiennes, pas loin de Vincennes, et où son père aime recevoir des copains : Bécaud, Aznavour, Nougaro, Gainsbourg … Il faut dire que papa Gall écrit les textes que chantent ces messieurs ! A cinq ans, la fillette semble déjà plus intéressée par les coulisses de l’Olympia que par ce qu’on apprend à l’école !

Ainsi entourée d’oreilles attentives, elle est toute à la musique. Elle commence à chanter à 15 ans, et c’est l’année suivante, en 1964, que débute sa carrière avec « Sacré Charlemagne », qui lui vaut une ribambelle d’admirateurs convaincus, et le surnom de « La petite ».

Mais Monsieur Gall n’écrit pas que pour Aznavour (« La Mama »), il garde quelques textes pour sa star de fille, et l’orchestre est dirigé par un de ses amis : Alain Goraguer. Très vite, le second 45 tours, “Les rubans et la fleur”, atteint le treizième rang du palmarès des ventes.

Petite sœur d’Alice au pays des rythmes et des lumières, France n’a que 17 ans quand elle se retrouve cinquième au tableau d’honneur des cracks, derrière Johnny, Richard Antony, Sylvie Vartan, Eddy Mitchell…

Sa mère, elle, lui sert de secrétaire et ce n’est pas une sinécure : l’interprète de « Ne sois pas si bête » reçoit en moyenne cinq cents lettres chaque matin!

France est déjà une travailleuse d’un perfectionnisme devenu légendaire aujourd’hui. Gainsbourg lui écrit même deux textes : « Poupée de cire, poupée de son » et « Les sucettes à l’anis », qui font d’elle une véritable Lolita de la chanson.

En 1965, elle atteint son premier million de disques vendus, à 18 ans ! Mais quitter ainsi les vraies poupées de son enfance, passer à l’âge adulte sans transition, être un « Bébé requin » qui doit montrer les dents … France se sent mal dans la peau d’une poupée de cire à qui on rêverait de couper le son ! Jusqu’à 25 ans, France vit chez ses parents parce qu’elle y est bien, très bien. Ce sont eux qui l’encouragent à voler de ses propres ailes, et ce sont eux qui finissent par partir !

Au début, elle a du mal à se débrouiller seule. Elle ne produit rien depuis longtemps, rien qui corresponde vraiment à ce qu’elle a au fond d’elle-même. Quand on a connu un tel succès aussi jeune, il faut rester au niveau, et c’est loin d’être facile. Ainsi entre 23 et 26 ans, France traverse une grande période de doute et envisage d’abandonner le métier. En 1973, elle entend une chanson intitulée « Attends-moi», d’un certain Michel Berger, qui écrit alors pour Véronique Sanson, Françoise Hardy … Elle va à sa rencontre et lui demande de composer pour elle. « La déclaration » est le point de départ d’une collaboration ou plutôt d’une complicité entre l’auteur-compositeur et son interprète.

Alors qu’elle était à deux doigts de « décrocher » du monde de la musique. France entame une seconde carrière et sort, en 1975, son premier 33 tours, qui est presque aussitôt disque d’or. Un carton pour « La déclaration », et deux ans plus tard d’autres cartons, mais d’invitation à un mariage cette fois : celui de France et de Michel, discrètement, mais pas secrètement. Tous deux veulent vivre à l’écart du show-biz, tout en ne parlant que de musique.

1976 : à 29 ans. France est devenue une vraie star de la chanson française. Il y a un « style » France Gall, à la fois décontracté et tout à fait recherché. Les Berger se sont installés près de Paris dans une isba, maisonnette folklorique russe, édifiée pour l’Exposition universelle de 1889. A l’intérieur, tout est meublé par France qui adore dénicher, dans les brocantes ou aux puces, de beaux objets 1930. Ils s’achètent même une Lincoln de 7 mètres, avec bar et télé couleur … la même que celle du président Kennedy !

Pour France, 1977, est une année de consécration avec un nouvel album classé premier de l’année : « Dancing Disco » ; les paroles et la musique sont signées … Michel Berger ! Il n’y a entre Michel et France aucun rapport de force, mais une adoration et un respect mutuels. France vend beaucoup de disques, Michel, lui, écrit tout autant. L’équilibre entre eux est parfait.

En avril 1978, Michel monte le spectacle de France pour le Théâtre des Champs-Elysées. Dix-huit filles sur scène pendant une semaine : un vrai triomphe ! France enregistre sur un double qui sort en 1978 les meilleurs morceaux de ce spectacle. Sa voix est chaude et très haut perchée, mais le timbre est clair. En décembre de la même année, elle met au monde une petite fille, Pauline.

1979 : c’est l’année de « Starmania », l’opéra-rock géant qui réunit entre autres Daniel Balavoine, Fabienne Thibault et Diane Dufresne au Palais des Congrès. Encore un succès hors gabarit !

A partir de 1979, France sort un disque d’or par an. Dans “Paris France” (1979), on trouve de superbes chansons dont le tube « Aime-là ». L’année suivante, le couple s’amuse même à se placer en alternance, et pendant des semaines, numéros 1 et 2 des ventes de disques, avec « Mademoiselle Chang » pour Michel et « Il jouait du piano debout » pour France. Elle prépare alors un nouvel album qui sort en 1981 : « Tout pour la musique» est disque d’or … quinze jours après sa mise en vente !

1981 : année de consécration et de bonheur puisque France met au monde un petit garçon : Raphaël.

France et Michel, ensemble ou séparément, sont à ce moment sur toutes les ondes radio, télé, dans les journaux. France travaille dix heures par jour à la préparation du show qu’elle donne au Palais des Sports, en 1982 : cours de danse, répétitions, interviews. Ce sera un spectacle de musique avant tout : pas d’effets extraordinaires ni de multiples changements de costumes, mais douze musiciens et une première, France au saxophone ! Quatre semaines de triomphe desquelles elle sort complètement épuisée.

Pour l’instant, France veut des vacances, des vraies, au bout du monde, pour réaliser un vieux rêve : découvrir, s’enchanter, se reposer. En Chine, endroit miraculeux, où sa célébrité n’a pas de prise. Pendant trois semaines, Michel et France s’y “ressourcent”. De ce voyage, France rapporte un album live mixé au Japon, qui sort en octobre 1982, en même temps qu’un film sur son dernier passage au Palais des Sports. Elle a aussi, dans ses bagages, le fil conducteur d’un nouvel album et de son prochain spectacle au Zénith ! Mais elle se donne auparavant deux ans pour faire une foule de choses en attente depuis trop longtemps : répondre à ses fans, assister Michel dans son travail, s’occuper de Pauline et de Raphaël. Pour eux, elle choisit une nouvelle maison, dans les bois, loin des regards indiscrets, où elle aime recevoir des amis. L’album « Débranche» sort en 1984. Enregistrées à Los Angeles, les paroles et la musique sont, comme toujours, de Michel. Quelques « grosses pointures » des studios américains y ont apporté leur collaboration, et le disque fait un malheur !

Entre Paris et Honfleur, France prépare pour septembre son spectacle au Zénith. Elle était d’ailleurs à l’inauguration de ce temple de la musique, assise entre le président de la République et Coluche (parrain de son fils Raphaël). Le thème du spectacle : « L’incommunicabilité ». A travers des chansons comme «Résiste», «Débranche», France veut lutter aux côtés des jeunes qui souffrent d’un monde déshumanisé et froid.

« Je crois, dit-elle alors, que le progrès a fait de nous des êtres souvent insensibles, qui ont perdu le goût des joies simples. »

Sur scène, il y a dix musiciens, trois choristes, cinq danseurs, un acrobate, des clowns et d’autres personnages fantasmagoriques. Après quatre semaines de triomphe, France prend la route pour une grande tournée. Quand elle revient, elle a beaucoup donné et s’accorde à nouveau un répit tandis que Michel fait ses disques et prépare un album pour Johnny.

Ensemble, ils s’engagent aux côtés de Daniel Balavoine et de Richard Berry dans une lutte qui leur tient à cœur depuis longtemps. Bien plus qu’une œuvre de charité, l’enjeu d’Action Ecole est d’offrir des mains et des cerveaux pour résoudre les besoins en eau, en écoles et en hygiène des pays sous-développés.

Après la mort accidentelle de « Bala », France reprend la direction d’Action Ecole et s’y consacre le plus possible. L’opération nommée «Delta» (très organisée, sur réseau minitel) la conduit au Sénégal et au Mali. Là, dans un village très pauvre, elle rencontre la très jeune Fatou, qui lui offre son bébé ! Ici, un enfant sur cinq meurt, et Fatou, étudiante, n’a pas de ressources. Bouleversée, France décide, malgré son envie, de laisser le bébé à sa mère et de leur permettre à tous deux de vivre mieux ensemble : elle prend donc en charge les études de Fatou à Dakar et l’avenir de Babacar, qui viendra en France, s’il le veut, quand il sera grand. De cette aventure naît une bien jolie chanson écrite par Michel, qui fait aussi de « Babacar » un clip vidéo.

1987 : c’est l’année France. L’album « Babacar » est sorti en avril, et elle nous prépare un nouveau spectacle, au Zénith (à partir du 12 novembre). Entre Michel et France, déjà treize ans de travail commun, dans la réussite et l’épanouissement de soi. Le bonheur, quoi !

Et s’il arrive parfois à France de murmurer qu’elle envisage d’arrêter de chanter, elle sait qu’elle ne quittera jamais le monde de la musique. Il n’est pas impossible qu’elle se lance dans la production : aider les jeunes, chercher de nouveaux talents, cela fait partie de ses projets.

A 39 ans aujourd’hui, France nous offre l’image simple d’une femme à la fois pudique, exigeante et énergique.

« C’est peut-être parce que je suis physiquement fragile, alors il faut que je donne le change. »


“Le sport est la meilleure préparation à la scène : une carrière de chanteuse est aussi une course de fond.”

“Comme je ne veux chanter que la musique que j’aime, je ne me vois pas chanteuse de Rock à 50 ans.”

“Quand je marche dans la rue et que quelqu’un m’arrête ou me fait un signe, c’est merveilleux.”

“J’aime bien avoir de longues périodes de calme pour me préserver du danger de ce métier : se donner trop et passer à côté de la vie.”

“Je ne peux être entourée que de gens qui sont des amours, sinon il y a un malaise.”

“Je ne peux pas dire pourquoi je me suis engagée à fond dans ACTION ECOLE, mais comment aurais-je pu ne pas le faire ?”

France Gall

Magazine : Les grands de la Variété
Date : Juin 1987
Numéro : 5

Poster des années 60 avec France Gall

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France Gall est une des rares chanteuses à avoir survécu au premier prix de « l'Eurovision » avec la chanson « Poupée de cire, poupée de son ».
France Gall est une des rares chanteuses à avoir survécu au premier prix de « l'Eurovision » avec la chanson « Poupée de cire, poupée de son ».

France Gall est une des rares chanteuses à avoir survécu au premier prix de « l’Eurovision » avec la chanson « Poupée de cire, poupée de son ».

Il est vrai que Gainsbourg, sensible à son charme de femme-enfant, lui avait fait du « sur mesure » avec « Annie aime les sucettes». Que de chemin parcouru depuis cette époque !

Sa rencontre avec Michel Berger a fait d’elle une des premières chanteuses françaises. Sur cette photo, France était partie au Japon où elle était très connue et extrêmement appréciée.

Magazine : Salut !
Date : du 15 au 28 juillet 1987
Numéro : 308

France Gall : “Ma rencontre avec Babacar a bouleversé ma vie”

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France Gall vient de passer quelques jours à Los Angeles avec Michel Berger, pour choisir les musiciens de son prochain spectacle au Zénith.
France Gall vient de passer quelques jours à Los Angeles avec Michel Berger, pour choisir les musiciens de son prochain spectacle au Zénith.

Elle vient de passer quelques jours à Los Angeles avec Michel Berger, pour choisir les musiciens de son prochain spectacle au Zénith.

Parmi ses nouvelles chansons, « Babacar », qui n’est pas seulement au sommet du Top 30 mais le prénom d’un enfant du Sénégal dont elle s’occupe à distance, en espérant le voir très souvent chez elle en France.

France Gall rêve face au Pacifique sur la plage de Malibu. Elle est venue sur la côte Ouest avec Michel Berger pour choisir les musiciens de son prochain spectacle, dans lequel elle chantera bien sûr « Babacar », qui fait d’elle la première Française du Top 30, le classement des meilleures ventes de 33 tours. Une chanson mais aussi une rencontre qui a changé sa vie, dans un village de brousse au Sénégal. France était là-bas pour perpétuer sur le terrain l’œuvre d’Action École, ce mouvement en faveur de l’Afrique, qu’avait créé Daniel Balavoine, leur ami :

« C’était en janvier. J’ai vu ce petit bébé de 6 mois dans les bras de sa mère. Je me suis approchée pour lui dire combien je le trouvais beau. « Alors prends-le, m’a-t-elle dit-bouleversée. Je te le donne ». Cette femme aimait son enfant. Elle ne voulait s’en séparer que pour lui épargner une existence misérable. Je ne pouvais le lui enlever. Aussi, j’ai choisi de veiller sur lui de loin. Nous l’avons installé dans un appartement à Dakar, avec sa mère qui suit des cours de broderie. Il viendra nous voir régulièrement. Les enfants l’attendent avec impatience, ils sont heureux d’avoir un petit frère africain ».

Celui-ci a inspiré à Michel l’une des plus belles chansons de France, qui semble plus rayonnante que jamais : « Je suis plus agréable à vivre. On se fait aussi beaucoup de bien à soi en s’occupant des autres. Lorsqu’on découvre les conditions de vie des gens du Mali, on est à la fois écrasé par tout ce qu’il faudrait faire et porté par l’action. Depuis mon retour, je regarde l’eau qui coule d’un robinet avec une conscience différente. Chaque goutte est si précieuse là-bas. Et je ne supporte plus que mes enfants ne finissent pas leur assiette ».

A son retour des États-Unis, Pauline, 8 ans, et Raphaël, 6 ans sont partis avec elle en vacances à Ramatuelle, où une maison toute neuve les attendait : « Avec encore les peintres dedans précise France. Michel, qui a trop de travail avec la préparation de mon spectacle et celui de Johnny dont il est le metteur en scène, ne nous rejoindra que quelques jours … ».

Après quelques années passées à Rueil-Malmaison, la famille Berger est revenue dans Paris : « Nous avons souvent déménagé mais, cette fois, j’aimerais terminer mes jours ici. Michel, lui, est indifférent aux lieux. Il n’est chez lui nulle part. A chaque déménagement, il ne s’inquiète que de la place réservée à son piano. Pour tout bagage, il emporte ses notes de musique et ses rimes … ».

Ils auraient pu vivre à Los Angeles : « A un moment, nous avions envisagé de nous y installer pendant un an. Seulement, avec les enfants petits, cela nous a semblé trop compliqué. Peut-être plus tard. Los Angeles est une ville formidable pour les gens qui font notre métier. Je n’ai jamais eu de rêve américain mais je reconnais que, là-bas, on trouve une énergie et une émulation bien plus fortes entre les musiciens ». France a engagé les « cuivres » du célèbre groupe américain Earth Wind and Fire.

1987, c’est l’année publique de France. Dans le couple qu’elle forme maintenant depuis douze ans avec Michel Berger, l’alternance musicale fonctionne avec la rigueur d’un métronome : si l’un est en scène, l’autre reste en coulisses : « Mais, cette fois, trois ans se sont écoulés depuis mon dernier spectacle au Zénith, en septembre 1984 ».

Dès le mois d’août, elle commencera les répétitions du spectacle qu’elle présentera, pendant trois semaines, à partir du 12 novembre, au Zénith, également. Ensuite, France partira pour une tournée d’un mois, en mars, dans toute la France. « C’est la première fois, maintenant les enfants sont assez grands pour le comprendre et Michel restera près d’eux. Finalement, c’est pendant la durée d’un spectacle que je me repose le plus. Je me concentre sur une seule activité, même si je suis à la tête d’une petite usine qui emploie presque deux cents personnes. Mais je n’ai plus à courir faire des courses, à rencontrer les directrices d’école ».

Oui, France est à la fois plus grave et plus sereine. Une impression que l’on retrouve dans les nouveaux textes que lui a écrits Michel Berger. Son album, en forme de carnet de voyage, ce sont ses rencontres avec ces oubliés lointains. « J’ai vécu au Mali dans les conditions physiques les plus dures de toute mon existence mais je me sentais en accord avec moi-même ».

France Gall n’a pas pour autant l’intention de porter en bandoulière une charité exotique : Restons lucides et décents, dit-elle.

Être artiste, c’est d’abord porter en soi une dose obligatoire d’égocentrisme et de narcissisme. On est si gâté quand la vie vous permet de réussir et de faire ce que l’on aime : ce que je préfère, c’est travailler avec les musiciens sur scène ou en studio ».

A 39 ans, elle compte déjà vingt-deux ans de carrière et, si on lui demande pourquoi elle chante, France n’a qu’une réponse : « C’est comme me demander pourquoi je mange ou pourquoi je dors. Chanter est mon élément naturel. La scène est une pièce supplémentaire dans ma maison. J’y vais comme on entre dans sa chambre … »

Magazine : Télé 7 Jours
Article de Martine de Rabaudy
Date : du 11 au 17 juillet 1987
Numéro : 1415

France Gall : “Dans ma tête, j’ai toujours dix-huit ans”

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« Babacar » est son dernier tube. Signé Michel Berger, bien sûr. Et le Zénith est prévu pour novembre.
« Babacar » est son dernier tube. Signé Michel Berger, bien sûr. Et le Zénith est prévu pour novembre.

« Babacar » est son dernier tube. Signé Michel Berger, bien sûr. Et le Zénith est prévu pour novembre.

La baby star des années soixante à aujourd’hui plus de vingt ans de carrière derrière elle.

Mais elle dit se sentir toujours une adolescente et aimer encore les Malabar.

Je pense qu’on reste un enfant jusqu’à la mort, dit France Gall. Dans ma tête, j’ai toujours dix-huit ans. J’ai gardé la fraîcheur, l’enthousiasme de cette époque. Bien sûr, j’ai vieilli, je suis physiquement assez fragile. Je souffre d’hypertension. Alors, je ne peux plus faire certaines choses comme danser toute une nuit ou me mettre la tête en bas. Je me fatigue plus vite. Mais j’aime toujours les Malabar.

Le plus terrible, dans le fait de vieillir, c’est justement qu’on ne vieillit pas tant que ça. On a beau apprendre, de la vie et des choses, tout se passe comme si l’Histoire, le temps qui s’écoule, les avatars de l’existence, en même temps qu’ils nous marquent de façon irrémédiable, ne laissaient en nous aucune trace, glissaient à la surface, sans nous pénétrer.

La fraîcheur subsiste, tant bien que mal, certes, mais indestructible. Une fraîcheur charmante et désolante à la fois. Charmante parce qu’elle nous permet un regard à chaque fois renouvelé sur le monde, nous préserve des rancœurs tenaces. Désolante car on se dit que jamais rien ne sera en mesure de nous mettre du plomb dans la tête.

On ne saura jamais être autre chose que l’incorrigible enfant qu’on était autrefois et qui n’avait d’univers que ses songes. Désolante aussi car c’est la preuve qu’on ne peut échapper, qu’on le veuille ou non et quels que soient les évènements extérieurs, a soi- même, à son passé, à l’essence même de son être.

En évoquant sa carrière, de « Poupée de cire » à « Débranche », la presse ne cesse de s’extasier sur le fait que le bébé requin du temps des yéyés a bien changé. Rien n’est moins sûr. Avec sa blondeur décoiffée, son jean et ses baskets, l’innocence de son sourire léger comme si les aspérités de la vie n’avaient pas de prise sur elle, France Gall n’est pas aujourd’hui si loin de la baby star des années soixante qui chantait avec candeur « Sacré Charlemagne ». Elle avait quelque chose comme seize ou dix-sept ans, sa voix sucre d’orge ravissait les élèves de Janson-de-Sailly ou de Molière. C’était les temps bénis, annonciateurs sans qu’on le sache de mai 1968, où les enfants gâtés préféraient les volutes enivrantes des cigarettes américaines aux relents explosifs de la guerre d’Algérie. Les Beatles se préparaient à déferler sur le monde. Richard Anthony allait pour toujours entendre siffler le train et les « ados » se mettre aux scoubidous et à la mode Vichy. Insouciance. Jusqu’au jour où le pervers Gainsbourg fait chanter à France Gall ses fameuses « Sucettes à l’anis d’Annie » qui « coulent dans la gorge d’Annie » et « l’emmènent au paradis ».

« A cette époque, dit-elle, j’étais un gros bébé. Je mettais des minijupes parce que je trouvais ça beau et j’ai chanté cette chanson parce que je la trouvais jolie. Je ne comprenais pas grand-chose. Et quand j’ai réalisé, j’ai eu honte. »

France Gall quitte alors son parolier chéri et tombe en dépression. C’est l’après 1968, les années noires. Elle commence à faire un peu n’importe quoi, se met des perruques bicolores, pose avec des concombres sur la figure pour le compte de produits de beauté et les disques qu’elle enregistre ne plaisent plus. A l’ombre de Julien Clerc avec qui elle vit à l’époque, France Gall s’éteint doucement. On la croit finie, « out ». C’est sans compter avec le talent qu’elle a de s’acoquiner avec les « bons » du showbiz. Après Gainsbourg, ce sera Michel Berger. Il naîtra de ce mariage deux enfants, Pauline et Raphaël, et plusieurs gros succès : « La Déclaration », « Musique », « Cézanne peint », « Débranche » (sept cent mille albums vendus) et aujourd’hui « Babacar ».

« Tout ce que Michel écrit pour moi dit-elle, me correspond parfaitement. » Et pour cause. Ils sont de la même génération, ont en commun la même vision soixante-huitarde du monde. Aux antipodes de l’idéologie Tapie, de la morale stressante de la réussite par l’argent, eux prônent, par des chansons comme « Résiste » ou « Débranche », une philosophie idéaliste de la vie basée sur le bonheur le bien-être, la réussite affective : « Je suis contente de ce que je suis aujourd’hui, dit France Gall, parce que j’ai fait le choix de privilégier ma vie de famille. »

Un choix qui n’empêche pas le couple de s’occuper aussi des autres, puisqu’ils participent activement tous deux, depuis quelque temps, à une œuvre humanitaire créée par des enfants pour aider l’Afrique (Action École). On n’est pas loin, décidément, du « Peace and Love » de cet humanisme clamé à l’époque de Woodstock.

France Gall a d’ailleurs gardé une certaine nostalgie du passé, de cette période où les sourires naissaient plus facilement sur les lèvres et où les fleurs poussaient sur les chapeaux. Et même si elle dit être mieux dans sa peau, on sent qu’elle n’a rien oublié des états fébriles de l’adolescence et du spleen qui la caractérise : « Quand on a quarante ans, dit-elle, on est autant touché par la solitude que quand on a dix-huit ans. On est seul même quand on est deux. Je me sens souvent seule. »

« Barques luttant contre un courant qui nous ramène sans cesse vers le passé », disait F. Scott Fitzgerald. Mais pouvons-nous réellement quelque chose contre ce courant-là … »

Magazine : Télé Loisirs
Article de Marlène Amar
Date : du 1er au 7 juin 1987
Numéro : 66