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Jean-Marc Sauvagnargues : Ton piano danse toujours

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A l'occasion de la sortie de son album hommage à Michel Berger, nous avons posé quelques questions à A l'occasion de la sortie de son album hommage à Michel Berger, nous avons posé quelques questions à Jean-Marc Sauvagnargues, artiste rock et rêveur.Jean-Marc Sauvagnargues, artiste rock et rêveur.
A l'occasion de la sortie de son album hommage à Michel Berger, nous avons posé quelques questions à Jean-Marc Sauvagnargues, artiste rock et rêveur.
A l'occasion de la sortie de son album hommage à Michel Berger, nous avons posé quelques questions à Jean-Marc Sauvagnargues, artiste rock et rêveur.

L’album hommage de Jean-Marc Sauvagnargues à Michel Berger

Jean-Marc Sauvagnargues est fils d’une famille de musiciens avec un papa saxophoniste et flutiste, une maman pianiste et chanteuse. À 10 ans, il décide que la batterie sera son instrument de prédilection.

En 2002, il rejoint le groupe Les Fatals Picards (200 000 albums vendus, 1800 concerts, 10 Olympia à guichet fermé, Eurovision en 2007…). Il est avant tout, batteur et chanteur au sein du groupe, mais il écrit et compose également.

Le 3 juin 2022 est paru son album évènement, en hommage à Michel Berger, sur lequel figure 10 titres emblématiques de l’Artiste mais aussi 2 titres de France Gall : Cézanne peint et La déclaration d’amour.

France Gall Collection : Ton album actuellement dans les bacs « Ton piano danse toujours » est en quelque sorte une déclaration d’amour à la musique de Michel Berger et une façon de dire que sa musique est toujours là. Quel regard portes-tu sur l’influence de Michel Berger sur la musique actuelle ?

Jean-Marc Sauvagnargues : Pour ma part Michel est le plus grand song-writter de la variété Française toutes générations confondues autant pour ses textes que pour ses mélodies, je pense sincèrement que personne ne l’a jamais égalé en France. Les chansons qui sortent en média actuellement sont souvent d’une pauvreté textuelle et mélodique navrante, ce sont des leurres qui utilisent des artifices, des arrangements attrayants mais souvent faciles et grossiers et pour la plupart du temps ce sont des programmations. Forcément de nombreux artistes sont influencés par l’œuvre de Michel mais ce n’est pas ceux qui passent les mailles du filet.

France Gall Collection : On te connait en tant que membre du groupe « Les Fatals Picard » qui pratique un Rock puissant et décalé. Une autre facette de toi ?

Jean-Marc Sauvagnargues : Oui j’aime autant taper sur ma batterie comme un sauvage et suer de grosses gouttes que d’écouter ou jouer les chansons de Michel. J’ai réellement besoin des deux. Michel aimait beaucoup le rock, la musique classique … nous sommes tous multiples, heureusement.

France Gall Collection : Cet album compte 2 chansons de France Gall. Comment as-tu appréhendé des titres chantés initialement par une femme ?

Jean-Marc Sauvagnargues : Sincèrement j’avais très peur de recevoir les foudres des fans de France, mais la plupart sont plutôt assez enthousiastes. Les chansons n’ont jamais été chantées par des hommes, j’aime penser que si Michel avait pu les garder pour lui il les aurait chantées lui-même. Mais France a été trop insistante il les lui a données avec amour.

France Gall Collection : « La déclaration d’amour » est le tout premier titre composé par Michel Berger pour France Gall en 1974. C’était important pour toi que ce titre figure sur l’album ?

Jean-Marc Sauvagnargues : C’était une évidence, cette chanson est pour moi et pour beaucoup un monument. Elle passait à la maison, j’avais 7 ans, je l’ai très souvent dans la tête. Mais beaucoup des chansons de France étaient des évidences celle-ci était inévitable.

France Gall Collection : « Message personnel » a été écrite par Michel Berger et Françoise Hardy en 1973. Dans son album « France » en 1996, France Gall se réapproprie le titre dans une version modernisée. Quelle version t’a le plus inspiré pour ton album ?

Jean-Marc Sauvagnargues : Je voulais qu’il y ait au moins une chanson de Michel écrite pour un autre artiste que France et le choix était énorme mais celle-ci était à nouveau une évidence. Bien sûr je connais toutes les versions studios et live de la chanson, c’est celle de Michel que j’ai le plus écoutée. Nous avons voulu faire une version très épurée, sans retouche pour garder la fragilité du titre, c’est quasiment une version live.

Jean-Marc Sauvagnargues est sur Facebook / Instagram / Twitter

Album disponible chez votre disquaire ou sur Amazon / Fnac

Le premier concert du projet autour Mon piano danse sera le Samedi 28 janvier 2023 au Zèbre de Belleville à Paris.

A l'occasion de la sortie de son album hommage à Michel Berger, nous avons posé quelques questions à Jean-Marc Sauvagnargues, artiste rock et rêveur.


Les trois 8 ‎– LT8-JMS-001CD
3 juin 2022
Réalisé par Guillaume Stelly et Vincent Bidal
Enregistré et mixé par Guillaume Stelly au Spotless Mind Studio
Batteries enregistrées par Matthieu Zim au studio Mahogany
Chant : Jean-Marc Sauvagnargues
Choeurs : Ofé
Pianos et claviers : Vincent Bidal
Guitares : Kamil Rustam
Guitares : Edouard Algayon sur « Mademoiselle Chang » et « Quelques mots d’amour »
Basse et programmations : Guillaume Stelly
Batteries et percussions : Matthieu Zim
Photos et Artwork : Antoine Moussy
Dessin : Juan (Jean-Louis Garcia)

France Gall, la déclaration d’amour

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Édito

Petite fiancée des Français, France Gall a rayonné durant les sixties, mais elle n’est réellement devenue star qu’après sa rencontre avec son pygmalion, Michel Berger, qui l’a consacrée au rang d’étoile.

Née dans le monde de la musique, baignée dans l’industrie du spectacle, avec sa bouille mutine et sa crinière blonde, elle s’est imposée au fil des années dans le paysage musical français, des fameuses Sucettes à Sacré Charlemagne, en passant par Ella, elle l’a, Résiste ou Si, maman si.

Compagne de Claude François, Julien Clerc … elle était “La groupie du pianiste”, et tout au long de sa vie, elle a connu des moments de joie, mais aussi bien des drames. Des larmes qui n’ont cessé de couler que lorsqu’elle est morte, dans les bras de son fils, Raphaël. Étoile qui brille désormais aux côtés de sa fille adorée, Pauline, partie trop tôt, à l’âge de 19 ans, et de l’homme de sa vie. Découvrez son histoire, ses secrets, les dessous de ses plus grands hits … Bonne lecture !

D’Isabelle à France Gall !

L’histoire a commencé comme un conte de fées et s’est malheureusement terminée comme une tragédie antique. Mais pour l’heure, ne nous intéressons pas aux heures les plus sombres … Abordons plutôt les débuts de la vie de celle qui deviendra un jour France Gall. Des débuts heureux … Car dès son premier souffle, il semblerait que les fées se soient toutes penchées sur le berceau de la petite Isabelle Geneviève Marie Anne Gall. Adorable poupon qui a poussé son premier cri le 9 octobre 1947, dans le 12e arrondissement de Paris. De quoi combler de joie ses parents, Robert Gall et Cécile Berthier. Un couple bercé par la musique et la chanson, pour qui l’arrivée de cette petite fille résonne comme une belle mélodie du bonheur.

Son père est un ancien élève du conservatoire. Il est chanteur et auteur, bien connu de la scène musicale. C’est lui qui a imposé Les Amants merveilleux d’Édith Piaf (1960) ou encore La Mamma de Charles Aznavour (1963).

Sa mère est la fille de Paul Berthier. Encore une preuve que la musique coule dans ses veines ! Ce dernier est en effet le cofondateur de la Manécanterie des Petits Chanteurs à la Croix de Bois. Mais ce n’est pas tout … La mère de la future France Gall est également la nièce de Jacques Berthier, qui est compositeur et organiste, mais aussi la cousine de Denys Lable, guitariste, et de Vincent Berthier de Lioncourt, fondateur du Centre de musique baroque de Versailles.

Dès ses premiers jours, la petite Isabelle est surnommée Babou. Un surnom qu’elle portera tout au long de sa vie … Mais il ne s’agit pas du seul surnom dont elle sera affublée. Comme elle est dotée d’un sacré caractère et qu’elle aime mener les troupes, son papa lui donne le titre de « petit caporal ». Un surnom qui lui va comme un gant ! Tout le monde s’amuse beaucoup de cette petite princesse à la crinière blonde, qui distribue des ordres à tout va …

A 5 ans, elle se tourne tout naturellement vers la musique, et débute le piano, sous la houlette de ses parents. Il faut dire qu’à la maison, la musique est toujours présente. Isabelle va grandir entourée de musiciens, les amis de ses parents. Elle connaît très tôt les soirées qui s’éternisent jusqu’au petit matin, où les bœufs rythment les nuits, et où elle finit par s’endormir dans un coin du salon, bercée par les rires et les chants de ses proches. À 11 ans, elle se passionne pour la guitare, la peinture et les jeux de société. Tous ceux qui la rencontrent à cette époque disent d’elle que c’est une fille à l’esprit vif, très curieuse.

La petite Isabelle est très proche de ses frères, Patrice et Philippe, et vers l’âge de 13 ou 14 ans, elle commence la musique à leurs côtés. Ensemble, ils forment un orchestre qui, tous les étés, joue sur les plages et l’hiver, à Paris. Une fratrie qui décoiffe et qui séduit. Au domicile de ses parents, elle voit défiler tout le gratin de la scène musicale française : Claude Nougaro, Marie Laforêt ou Hugues Aufray. Parfois, elle accompagne même son père, qu’elle adore, dans les coulisses de l’Olympia où elle découvre l’envers de la scène. À cette période de sa vie, elle manque beaucoup l’école. En effet, elle suit son père sur les routes, pour applaudir en concert Gilbert Bécaud, Édith Piaf ou Charles Aznavour. Cette une vie de saltimbanque, qu’elle adore ! Et forcément, elle va finir par redoubler. Au lycée Paul-Valéry, elle rate son baccalauréat et prend la décision d’arrêter ses études. C’est en 1963 qu’Isabelle Gall donne son premier concert privé, dans l’atelier de Noël Brochet, à Auxerre.

Pour la future artiste, c’est un grand jour. Et son concert est un vrai succès. Son père décide qu’il est l’heure de mettre le talent de sa fille sur le devant de la scène. Il la pousse alors à enregistrer des chansons, et remet les bandes à un éditeur musical, Denis Bourgeois. Ce dernier est séduit par la voix et le dynamisme de la jeune fille, pétillante et si jolie. Le 11 juillet, il décide de l’auditionner au Théâtre des Champs-Élysées. La jeune Isabelle est très stressée. Elle s’apprête à chanter 5 chansons, et en coulisses, elle ressent la tension monter. Pourtant, elle va rassembler ses forces et son énergie pour cette audition si importante. La première de sa vie !

Et quel carton ! Denis Bourgeois est persuadé de tenir un diamant brut entre ces mains ! Comme elle est encore mineure, c’est son père qui va signer pour elle un contrat avec la maison de disques Philips. C’est le début des premières sessions studio … Aux côtés d’Alain Goraguer, elle enregistre quatre titres. C’est à ce moment précis de sa vie qu’elle devient « France ». Ce changement de prénom intervient afin que son prénom, Isabelle, ne rivalise et ne vienne interférer avec le nom d’artiste d’Isabelle Aubret, jeune chanteuse de la même maison de disques. Elle devient alors France Gall à la scène.

Sa carrière sur de bons rails

Les sixties battent leur plein. C’est une époque joviale, pleine d’espoir et terriblement rock’n’roll pour la nouvelle génération qui voit émerger de nombreux talents … France Gall en est persuadée : elle veut faire carrière dans la chanson. Sur scène, elle se sent bien, épanouie, et heureuse, et ce, même si elle ne chante pas encore les chansons qu’elle aimerait chanter.

C’est le 9 octobre 1963, le jour de ses 16 ans, que son premier titre est diffusé sur les ondes. Quel joli cadeau que celui d’entendre sa voix à la radio française ! Ses chansons vont être diffusées au fil des mois et vont connaître un succès relatif, mais c’est le titre Ne soit pas si bête qui devient un titre phare, marquant de cette époque. Un vrai succès. Et comme presque tous les tubes qui ont marqué les années yéyé, il s’agit d’une adaptation d’un standard américain. Pour son premier tube, France Gall se place à la 44e place du hit-parade de « Salut les Copains ». Nous sommes au mois de novembre, et la jeune artiste flirte avec des étoiles telles que Michel Berger et Charles Aznavour. Ses équipes sont ravies de voir que France Gall, le diamant brut façonné par Denis Bourgeois, touche son auditoire. La « gamine » se retrouve dans le « hit », impossible de ne pas être séduit par son brin de voix, son punch, sa bouille ronde et sa crinière blonde. Quelque chose de malicieux dans son regard, et ce sourire : elle fait mouche auprès du public. Les garçons sont fous amoureux, et les filles veulent toutes lui ressembler.

Par ailleurs, Denis Bourgeois va avoir une idée brillante, et particulièrement fructueuse. Car à cette époque, la carrière de son poulain, Serge Gainsbourg, est malmenée. Malgré plusieurs albums et plusieurs succès, le compositeur piétine. Ses chansons sont boudées. En revanche, on reconnaît ses compositions pour des chanteurs de la rive gauche, comme Juliette Gréco ou Michèle Arnaud. Force est de constater que Gainsbarre s’en sort mieux lorsqu’il écrit pour les autres … Alors, il va lui proposer d’écrire pour sa nouvelle protégée, France Gall.

C’est ainsi que le sulfureux Gainsbourg va prendre sa plume pour écrire et composer N’écoute pas les idoles, qu’il propose à France Gall. La chanson fait partie des titres du deuxième 45-tours de la chanteuse, qui va se classer en tête du hit-parade. Nous sommes en mars 1964, et la carrière de la pétillante chanteuse va prendre un tout autre tournant. Et surtout, pour elle, travailler avec Serge Gainsbourg est un bonheur immense.

Une sorte de rêve qui devient réalité. Elle découvre que l’homme derrière le personnage est touchant, bourré de talent – elle le savait déjà – , mais si bien éduqué et élégant, elle ne l’imaginait pas à ce point !

« C’est quelqu’un que j’avais du plaisir à voir, parce que je l’admirais, et j’aimais aussi ce qu’il écrivait. Et j’aimais bien sa timidité, autant que son élégance et son éducation. C’était très agréable comme relation, et j’étais très impressionnée que cet homme travaille pour moi, et s’intéresse à moi. » France Gall.

Pour la première fois, le magazine Paris Match lui consacre un article. C’est alors qu’elle assure la première partie de Sacha Distel, le 14 avril 1964. Maurice Dizé, également parolier, devient son imprésario. Tout s’accélère alors pour le nouvel espoir de la scène française qui se retrouve au cœur d’une équipe composée de sacrés poids lourds. Les vétérans du métier font bloc autour d’elle. Et il faut l’avouer, elle ressent une certaine pression. Cependant, elle ne se laisse pas intimider … France Gall campe sur ses positions, et tente de défendre coûte que coûte les chansons de son répertoire, comme Pense à moi, coécrite avec son père. Pourtant, elle écoute les conseils des plus grands, qui décident de lui créer un répertoire original et différent. Et ce, alors qu’au même moment, ses collègues chanteurs ont recours à des adaptations de succès anglo-saxons.

Et ils sont nombreux à l’aider à se distinguer, puisque les plus grands auteurs et compositeurs du moment se bousculent à sa porte les bras chargés de chansons pour la femme-enfant que tous voient déjà comme la nouvelle star de demain : Joe Dassin, Jean-Michel Rivat, Frank Thomas, Jacques Datin, Pierre Delanoë …

Il y a eu Jazz à gogo, et Mes premières vacances, mais c’est durant l’été 1964 que l’association Gainsbourg/Gall crève le plafond. Et c’est grâce au titre Laisse tomber les tilles, qui tourne en boucle sur les ondes, que France Gall se place en tête des podiums. Gainsbourg s’empare de son rire pour le coller sur Pauvre Lola. Le duo semble inséparable et inarrêtable. Un tsunami qui déferle sur la scène française. Elle et son visage d’ange, lui et sa gueule cassée. Qui l’aurait cru ?

À la fin de l’année 1964, la chanteuse adulée par les médias, encensée par la critique pour ce brin de fraîcheur presque insolite qu’elle apporte sur la scène française, va chanter un titre qu’elle regrettera pendant des années, et qui pourtant va la faire monter encore plus près des étoiles, Sacré Charlemagne.

Serge Gainsbourg et France Gall

Ah, les années 60 ! Les années yéyé rythmaient le quotidien des Français, et Salut les Copains était une véritable bible. Le concert place de la Nation est organisé, et France Gall enregistre ses premiers titres. Elle ne rêve que d’une chose : se débarrasser de cette image trop lisse de lolita ingénue. Et cela tombe bien, car elle va croiser la route d’un homme dont tout le monde parle … Un homme réputé pour être « tout » sauf lisse. Dont les coups de gueule et les apparitions, à chaque fois, électrisent le tout-Paris et les médias. Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, impossible de passer à côté du personnage Serge Gainsbourg.

Qui de mieux pour casser cette image de petite fille lisse qu’un Serge Gainsbourg avec sa tignasse grasse, sa clope au bec et ses textes provoc’? Même s’il n’est pas encore à cette heure précise le roi de la provoc’ que l’on connaîtra dans les années 70, son personnage est déjà très sulfureux. Et pour France Gall, il incarne clairement la modernité. La « rebelle attitude ». L’anticonformisme. Et c’est exactement ce qu’elle cherche pour sa nouvelle image.

Gainsbourg entre en scène. Il a entendu parler de cette jolie poupée blonde dont tout le monde assure qu’elle sera la star de la nouvelle décennie, et il veut travailler pour elle. Justement, il trouve qu’elle a un truc. Quelque chose à assombrir, ou à ponctuer d’une touche d’ironie. Telle que racontée par le dessinateur et réalisateur Joann Sfar dans le somptueux long métrage Gainsbourg, vie héroïque (2010), la toute première rencontre entre le fumeur de gitanes et l’adolescente a sûrement ressemblé à cela …

À cet instant précis, Serge Gainsbourg n’est pas encore la grande star que l’on connaîtra durant les années suivantes. À cette époque, « Gainsbarre » fait parler de lui, mais plus pour son personnage tendancieux que pour ses chansons. Dans le monde de la musique en revanche, ses talents d’auteur et de compositeur sont connus et reconnus de tous. Et à ce moment-là, lui n’a pas vraiment envie d’écrire pour Johnny Hallyday. Il trouve très intéressante l’idée de pervertir une jeune fille si douce et si innocente … Lui donner un côté plus coquin, à la limite du trash … Et c’est ainsi qu’il va lui offrir le fameux texte Les sucettes qui fera tant scandale. Mais avant de lui offrir le titre Les sucettes, Serge Gainsbourg va plusieurs fois prendre sa plume pour elle ! Il faut dire qu’après leur rencontre, les deux se sont très bien entendus. Ils ont développé un lien particulier. Car derrière son côté « prude », France Gall dissimule une sacrée répartie et un vrai sens de l’humour. Grâce à lui, elle devient la chouchoute de Salut les Copains, et flirte avec les étoiles. Quand le tube sort en 1966, France Gall est au Japon. Le titre cartonne, mais il va aussi déclencher une sacrée polémique ! Il faut dire que les paroles sont plus qu’ambiguës … Pourtant, France Gall le jure, elle ne savait rien du double sens de cette chanson : « Quand il a écrit la petite chanson, je me voyais aller acheter ma sucette, se souvient-elle. C’était l’histoire d’une petite fille qui allait acheter ses sucettes à l’anis ! Quand Serge me l’a chantée au piano, je l’ai tout de suite trouvée très jolie. » ! Hélas, après quelques jours, elle comprend le vrai sens du titre : « C’était horrible, horrible ! Ça a changé mon rapport aux garçons. Ça m’a humiliée, en fait ! En même temps, je sentais que ce n’était pas clair… C’était Gainsbourg quand même ! ».

Cet épisode de sa vie, France Gall l’a peu de fois évoqué. Il faut dire que des années après, le ressentiment est toujours là. Cette sensation d’avoir été dupée … Sous des paroles innocentes, « Annie aime les sucettes/Les sucettes à l’anis », l’auteur faisait implicitement allusion à un gamahuchage que l’innocente interprète de 19 ans n’avait pas encore décelé: « Je n’en comprenais pas le sens et je peux vous certifier qu’à l’époque personne n’en comprenait le double sens», a certifié France Gall, lors d’un entretien accordé aux lecteurs du Parisien, pour la sortie de sa comédie musicale Résiste. Grâce à Gainsbourg, elle a triomphé à l’Eurovision 1965 grâce au titre Poupée de cire, poupée de son. Suite à cela, les deux artistes se voient alors tous les trois mois pour trouver de nouveaux tubes, et c’est ainsi qu’est née la chanson du scandale : « Avant chaque disque, Serge me demandait de lui raconter ma vie, ce que j’avais fait pendant les vacances. Alors, je lui ai dit que j’étais allé à Noirmoutier chez mes parents. Là-bas, il n’y a pas grand-chose à faire, sauf que, tous les jours, j’allais m’acheter une sucette à l’anis … »

Claude François – Une passion destructrice

Quand France Gall et Claude François se rencontrent, en 1964, il est important de le rappeler, lui, est encore un homme marié ! Les deux vont se croiser, se plaire, se chercher, et puis finalement, se trouver. Difficile de résister à une telle alchimie … Les deux artistes sont attirés l’un par l’autre comme deux aimants. Il faut dire qu’ensemble, ils sont superbes ! Tous les deux blonds, sublimes, semblant sortir d’un monde onirique où rien ne peut les arrêter. Tous deux adorés par les Français … On ne pouvait rêver d’une plus belle histoire pour fasciner la génération yéyé.

Au début, entre eux, l’histoire d’amour est secrète. Cachée. Claude François n’étant pas un homme libre, au début, il faut faire attention. Ne pas trop attirer l’attention. Un pari difficile pour ces deux personnalités qui sont déjà au centre de toutes les discussions, et suivies par les paparazzis. Au bout de quelques mois, la relation éclate au grand jour et fait la une de tous les magazines. Ce qui n’arrange pas les affaires de Clodo, toujours marié à Janet Woollacott. France Gall est littéralement sous le charme de l’artiste de 25 ans. Qui ne le serait pas ? Il est adulé par toutes les femmes, qui font la queue devant sa loge dans le but d’être choisies pour passer la nuit avec lui. France Gall n’a alors que 17 ans, sa carrière est en pleine ascension, et elle le regarde avec ses grands yeux émerveillés d’avoir pu attirer son attention ! À cette époque, il n’y a que Johnny pour égaler Clodo. Et c’est elle qu’il a choisie pour partager sa vie ! Certes, l’idylle ne va pas durer bien longtemps, mais elle sera incroyablement forte et passionnelle.

Dans cette histoire d’amour, il y en a une qui aime, et l’autre qui aime trop. L’autre, c’est Claude François qui, dévoré par la jalousie, va malheureusement tout gâcher. Dès qu’elle s’éloigne un peu trop, il s’énerve, envoie tout valser et lui dit des choses horribles ! Quelle mauvaise idée pour un homme aussi possessif d’avoir jeté son dévolu sur une chrysalide qui est en train de se changer en papillon. Et c’est justement à la suite de la victoire de France Gall à l’Eurovision que tout va basculer. Et pour cause, après avoir gagné, la jeune première dans le monde de la musique ne pense qu’à une chose  : appeler l’homme qu’elle aime. Seulement voilà, dans cette relation aussi passionnelle que destructrice, sa moitié n’apprécie guère de savoir que les feux des projecteurs vont, encore plus, être braqués sur elle. Et il va le lui dire, comme elle le confiera plus tard : « J’étais avec un garçon et j’ai demandé à ce qu’on appelle ce garçon quand j’ai gagné. Ce garçon, juste avant que je monte sur scène, pour aller rechanter ma chanson, il me dit: « Je te quitte ». Donc moi qui étais très amoureuse, je pleure. Et on me pousse sur scène et on voit que j’ai plein de larmes, mais ça n’a rien à voir avec le fait que j’ai gagné ».

Une rupture douloureuse, qui n’a pas duré bien longtemps. Car pour la chanteuse, il est hors de question de baisser les bras. Son Claude, elle l’a dans la peau, et elle n’imagine pas sa vie sans lui. À quoi bon avoir gagné si ce n’est pour partager ce grand moment de bonheur avec celui qui fait battre son cœur ? Après sa victoire au Luxembourg, elle ne reste pas. Elle prend le premier train pour Paris, afin d’aller retrouver l’homme qu’elle aime. Elle va tout faire pour le reconquérir, et cela va fonctionner. Claude François accepte « de la reprendre ». Le couple remet le couvert, c’est reparti pour un tour. Un nouveau tour de piste. France Gall y croit car elle est persuadée que leur histoire d’amour a encore une chance de fonctionner. Mais elle va vite déchanter …

Ensemble, ils vont tenter de renouer, une fois encore. De retrouver la passion d’antan, la complicité, et l’alchimie. Les week-ends au moulin s’enchaînent, la vie à deux dans l’appartement de l’artiste … Mais ce couple était trop fragile, et des crises de jalousie, Cloclo en fera d’autres. France Gall ne supporte plus son mauvais caractère, ni son comportement … Les scènes en public, et même, la violence. Un jour elle le quitte, pour de bon, et ne reviendra jamais. La rupture sera définitivement consommée en juillet 1967. Derrière la jalousie de Claude François se cache une rumeur qui ne cessait d’enfler: celle selon laquelle France Gall aurait eu une liaison avec un autre ! En l’apprenant, Clodo qui se trouvait alors en Belgique, aurait demandé à être rapatrié en urgence à Paris. Christian Morice, se souvient de cette scène de colère : « J’ai supplié France Gall de quitter les lieux avant de rentrer … En vain. Claude pénètre dans l’appartement comme une tornade [ … ] Une violente dispute éclate pendant que je monte [ … ] une paire de pique-cierges que Claude a achetée chez un antiquaire. Il en prend un qu’il lui jette au visage. Elle l’évite et l’objet termine sa course folle contre le mur en laissant une trace bien visible ». Paniquée, France Gall aurait pris la fuite, avant de se faire poursuivre par l’artiste, furieux.

« J’essaye de [le] ramener à la raison [ … ] mais mon intervention n’a que peu d’effet. Claude s’engouffre dans la Mustang et je le suis. Le bolide slalome entre les piquets prévus pour l’installation du marché. Devenu fou, il cherche à la renverser. Je tire sur le volant pour lui éviter de commettre l’irréparable ». Intervention réussie : France Gall s’enfuit dans la nuit. Après ce clash, elle prend la décision de le quitter, à tout jamais.

« Ce qu’il y a de réjouissant c’est qu’elle a fini par le quitter. Non pas en claquant la porte, mais avec indifférence », explique Bertrand Dicale, spécialiste de la chanson française. « Claude François dira plus tard à quel point c’est horriblement blessant d’avoir une femme qui est indifférente à vous ». Une rupture qui inspirera la célèbre chanson Comme d’habitude.

Quand Claude François meurt en 1978, les deux artistes n’étaient pas en très bons termes. Alors bien sûr, France Gall lui avait pardonné, mais elle gardait en elle une certaine rancœur … Quand elle a visionné le biopic sur la vie de Claude François, elle n’a pas aimé son personnage, mais a reconnu à quel point le portrait de l’artiste était lui, réaliste : « Je ne me suis pas reconnue. Mais en revanche sur Claude c’était assez approchant. On n’est pas touché quand il s’en va parce qu’il est tellement odieux pendant deux heures … c’est délicat de faire des films sur les gens. Mais enfin Claude était quelqu’un de pas facile. Personne n’était heureux autour de lui ».

« Quand j’ai rencontré France Gall, j’ai compris que mon cœur était cicatrisé, qu’à nouveau j’étais capable de dire « Je t’aime » à une fille, que le souvenir de Janet ne viendrait plus jamais hanter mes nuits. Avec France, cela dura un peu plus de trois années, trois merveilleuses années qui marqueront ma vie. Ça a été que de l’amour, c’était de la passion. On s’est aimés puis déchirés, puis quittés, puis aimés à nouveau. Notre amour était comme la foudre de l’orage, zébré d’électricité, en dents de scie, avec des hauts et des bas. » Claude François

L’Eurovision, entre joie et désillusion

Le 20 mars 1965 : une jolie jeune chanteuse, prénommée France Gall, monte sur la scène de l’Eurovision. Ses cheveux blonds sont parfaitement coiffés, coupés au carré et domptés à coups de laque, aucun cheveu ne dépasse. Elle porte une petite robe blanche, et son sourire est juste charmant. Elle semble un peu anxieuse, mais pourtant, elle va assurer sa prestation à la perfection. Une étoile est en train de naître sur la scène internationale, mais à cet instant précis, personne ne le sait. Car la chanteuse ne fait absolument pas partie des favorites …

Nous sommes à Naples, et France Gall représente le Luxembourg lors de la finale du concours. Mais déjà, lorsqu’elle monte sur scène, ses pensées sont ailleurs. Elle est tourmentée par les hauts et les bas que lui valent cette participation … Certes, elle est fière, et elle sait qu’il peut s’agir d’un formidable tremplin pour sa carrière, pourtant, le prix à payer est tellement cher … Comment avoir l’esprit apaisé? Du haut de ses 17 ans, elle a vécu une après-midi particulièrement compliquée. Et pour cause, lors des répétitions, elle a été huée par les musiciens, qui ont vivement critiqué sa prestation. Elle a même entendu certaines personnes se plaindre de sa voix, et du fait qu’elle n’était « pas dans le rythme ». On la dévisage, on la contemple comme si elle n’était pas à la hauteur de l’événement. Comme si la chanson qu’elle interprète, Poupée de cire, poupée de son, n’était pas assez bien pour l’Eurovision. Les autres participants ne sont pas tendres avec la jeune fille en fleurs … Bien sûr, les rivalités sont la marque de fabrique de tous les concours, mais la jeune France Gall était loin d’imaginer le panier de crabes dans lequel elle allait être jetée. Entre les regards noirs, les bousculades, et les moqueries durant les répétitions, France Gall prend cher. Pourtant, lorsqu’elle monte sur scène ce soir-là, elle rassemble toute son énergie et livre une performance rayonnante. Son titre Poupée de cire, poupée de son, écrit par Serge Gainsbourg, est un carton. Dans la salle, l’ambiance est survoltée. La jeune artiste assure, l’ œil pétillant, et semble jouer avec la caméra. Et c’est ainsi qu’à la surprise générale, elle remporte le concours ! Une fois sortie de scène, elle se dirige vers les coulisses pour appeler l’homme qu’elle aime follement, Claude François. Elle n’a qu’une hâte : partager avec son amoureux sa victoire, et sa joie. Hélas pour elle, elle va tomber de très haut… Au téléphone, ce dernier est glacial. Il lui annonce, avec une cruauté implacable, qu’il la quitte. Ironie du sort, le jour où elle devient une star internationale, son compagnon met un terme à leur histoire d’amour.

Face à Stéphane Bern, des années plus tard, France Gall racontera à quel point l’expérience fut douloureuse. L’après-midi fut terrible, teintée de jalousies, de la part des candidats, et de mépris, de la part des musiciens, mais s’est aussi soldée par sa rupture avec Claude François. Mais il n’y a pas que cela … Car en coulisses, France Gall s’est fait plusieurs ennemis pendant le concours. Certains lui vouaient une haine si féroce qu’ils n’ont pas hésité à lui faire vivre le pire. Des moqueries, mais aussi, des coups. Enfin, un coup. France a en effet été giflée par la candidate qui a décroché la deuxième place du podium : « La concurrente anglaise a été très déçue car elle devait gagner. D’après elle et tout le monde. Finalement, c’est moi qui l’ai eu et je m’en fichais complètement. J’ai le souvenir d’une gifle … Elle croyait qu’elle allait gagner. Tout le monde croyait que c’était elle. On a même dit que cela avait été truqué ».

Années 70 et 80

Pour France Gall, c’est parti pour une tournée d’été de plusieurs mois. Un nouveau défi qui lui met du baume au cœur. Elle va sillonner les routes françaises avec le Cirque de France, et partir à la rencontre de son public. De quoi lui réchauffer le cœur, un cœur brisé par Claude François … Une autre nouvelle lui apporte beaucoup de bonheur : elle va partager cette nouvelle étape de sa vie que représente cette tournée avec son frère, Philippe. En effet, ce dernier – dont elle est très proche – remplace le bassiste de l’orchestre ! La jeune chanteuse est rassurée de savoir que son pilier est à ses côtés, et ses parents aussi.

Les succès s’enchaînent pour France Gall, qui devient incontournable. Sa collaboration avec Gainsbourg lui permet d’enchaîner les hits, notamment avec Attends ou va-t’en, Nous ne sommes pas des anges, ou encore L’Amérique. En 1966, elle est présente à la Villa Louvigny, à Luxembourg, pour assister au Grand Prix Eurovision de la chanson européenne. Après tout, c’est elle qui a remporté la saison précédente, et justement, pour appeler le vainqueur, l’orchestre qui l’avait tant critiquée l’année précédente entonne la chanson Poupée de cire, poupée de son, le titre qui a fait d’elle une star internationale. Un gros plan du visage radieux de France Gall sera réalisé, et c’est elle qui viendra remettre la médaille du Grand Prix au gagnant autrichien, Udo Jürgens, qui chantait Merci, Chérie.

1966 démarre sur les chapeaux de roues pour France Gall, qui multiplie les concerts. C’est l’heure d’un nouveau tube pour la baby-doll, qui justement va chanter le texte de Gainsbourg Baby Pop. Au début, elle y est allergique. Elle le trouve brutal. Mais finalement, son entourage la pousse à accepter cette chanson … Qui y verra la noirceur des paroles chantées, lorsqu’elles sortent de la bouche de France Gall, adolescente de 18 ans, blonde et ingénue ? C’est aussi l’année de la publication de « la photo du siècle », sur laquelle figurent 46 vedettes des années yéyé. Quelle consécration !

Dans ce spectacle télévisé qui s’inscrit dans la mouvance psychanalytique du dernier film de Fellini, France incarne une jeune fille en fleur, qui va venir troubler le chanteur yéyé italien, Gianni Morandi. Cette époque est aussi celle du scandale des « sucettes », et forcément, dans le film elle incarne « La Grâce » qui chante cette chanson provocatrice aux côtés de Christine Lebail qui est « La Pureté ». Des interprétations contradictoires qui ne laisseront pas France Gall indemne lorsqu’elle réalise qu’elle a été manipulée dans un but médiatique, elle qui a juré jusqu’à sa mort n’avoir jamais lu le double sens des sucettes …

Hélas, ce scandale n’est que le début d’une longue série. Impossible pour les détracteurs de la chanteuse de penser qu’elle n’était pas au courant du double sens de la chanson de Gainsbourg ! Et comme ses prochains disques sont aussi du compositeur, tous sont suspectés de porter des messages peu glorieux, aux visées mercantiles. Sa chanson Bonsoir John-John lui sera aussi reprochée …

Puis vient l’heure de son duo avec Maurice Biraud, pour La Petite. De quoi éclipser l’aura de Serge Gainsbourg qui, visiblement, ne lui allait pas si bien. Le 45-tours suivant va être enregistré avec David Whitaker, compositeur anglais à la renommée internationale. De nouveaux auteurs comme Frank Thomas et Jean-Michel Rivat viennent rejoindre son équipe. Au même moment, sa collaboration avec Serge Gainsbourg est sur le déclin. Ensemble, ils vont sortir le titre Teenie Weenie Boppie, qui sera un véritable flop.

France Gall va nouer un lien particulier avec l’Allemagne. Une sorte de terre d’accueil où elle se sent heureuse et apaisée ! Elle s’enferme en studio pendant des semaines, entourée de ses nouvelles équipes. On retrouve notamment le grand compositeur et orchestrateur Werner Müller, mais aussi des vedettes comme Heinz Buchholz ou le compositeur de musiques de films Giorgio Moroder. C’est une nouvelle époque pour France Gall, un nouveau départ pour celle qui avait l’impression que sa carrière était définitivement en stand-by en France … Elle se met donc à chanter, en allemand, les titres suivants : Hippie, hippie (1968), Ich liebe dich, so wie du bist (1969) et Mein Herz kann man nicht kaufen (1970), mais aussi de nouvelles chansons telles que Haifischbaby (Bébé requin), Die schônste Musik, die es gibt (Music to Watch Girls By), Was will ein Boy(1967), LikeMozart(1969), Komm mit mir nach Bahia, Miguel (1972).

Il faut dire que sur ce point, France Gall a vu juste : du côté de l’Hexagone, c’est le néant. Elle qui jouissait d’une si grande renommée, ne fait plus parler d’elle.

Elle ne vend plus non plus. Avec Serge Gainsbourg, l’association si lucrative, la « machine à tubes », ne fonctionne plus. Mais si elle est triste de clore cette page, elle sait qu’il est grand temps. Et l’affront des « sucettes » lui est resté en travers de la gorge … Il faut dire que les mises en scène, particulièrement provocatrices, voire corrosives, de Jean-Christophe Averty, qui lui a notamment fait mener un troupeau d’hommes à quatre pattes pour illustrer sa chanson J’ai retrouvé mon chien, ne vont pas arranger les choses. Cette prestation livrée durant l’émission Les Raisins Verts provoque un scandale. Encore un. À ce sujet, France Gall confiera dans les colonnes des Inrockuptibles qu’elle a souvent été dépassée par les désirs de ceux qui tiraient les ficelles de sa carrière. Regrettant ne pas avoir, plus souvent, fait entendre sa voix.

« Mon personnage s’est parfois retrouvé transformé par les gens avec lesquels je travaillais. Je pense notamment à une émission de télé où je chantais J’ai retrouvé mon chien. Jean-Christophe Averty avait imaginé une mise en scène ahurissante où j’étais debout, en jupette, avec trois laisses à la main et, au bout des laisses, il y avait des vieillards et des clochards à la place des chiens. Dans le monde prude de la télé de l’époque, ça a provoqué un scandale incroyable ! » France Gall.

La future compagne de Julien Clerc (nous y sommes presque) mise beaucoup sur sa carrière en Allemagne et sur son association avec David Whitaker. Aux côtés de ce dernier, elle enregistre un second 45-tours, avec une nouvelle œuvre du trio Thomas, Rivat et Dassin, Toi que je veux. Hélas, là encore, c’est un flop. Et même si les arrangements de sa Chanson Indienne sont reconnus par le public et salués par la critique, cela ne suffira pas à sauver le disque de la chanteuse, qui commence à sérieusement déprimer de ne pas voir sa carrière décoller …

Pour son nouveau disque, France Gall retrouve Alain Goraguer. À ses côtés, elle espère renouer avec le succès. C’est le temps des titres jazzy : Le temps du Tempo, Daddy Da Da, La vieille fille ou encore Allo Monsieur là-haut. C’est aussi l’heure de Mai 68, qui va balayer ses musiques d’un revers de main … Pour ne pas vivre ces événements, l’artiste quitte Paris : « Qu’est-ce que j’ai pu avoir eu peur. Au début, je n’éprouvais qu’une certaine irritation. À cause des batailles du Quartier Latin et des grèves, voilà que la sortie de mon nouveau super 45-tours était compromise. Moi qui avais tant travaillé pour qu’il soit réussi. Et à l’irritation a succédé la peur. Une peur carabinée. » France Gall

À 21 ans, France Gall profite de sa majorité pour affirmer ses propres choix. C’est le moment de l’arrivée à échéance de son contrat chez Philips. La jeune chanteuse a désormais quelques années de carrière derrière elle : elle sait ce qu’elle veut, et ce qu’elle ne veut plus. Terminé de faire plaisir aux autres, ou d’incarner un personnage qui ne lui colle pas à la peau … France Gall a envie d’être elle-même. De chanter des chansons qui lui plaisent. D’arrêter de jouer la carte de la provocation à toutes les occasions. C’est la fin de sa collaboration avec Philippe Bourgeois. Et le début de nouvelles aventures. La jeune chanteuse croit beaucoup aux nouvelles collaborations et aux nouveaux projets qu’elle a en tête.

Début 1969, elle enregistre un titre pour une nouvelle maison de disques La Compagnie. Cette chanson est née de l’association d’artistes comme Hugues Aufray, Michel Colombier ou encore Nicole Croisille. Seulement voilà, la longue traversée du désert n’est pas terminée pour France Gall. Les enregistrements de qualité se mêlent aux pires … Elle s’égare dans des projets hasardeux. Et comme elle le confiera à Platine Magazine, des années plus tard, ce creux de la vague sera très dur à digérer :

Platine: Vous avez souffert de ce creux de la vague ?

France Gall: Qu’est-ce que je n’étais pas bien ! C’est assez angoissant à vingt ans de ne pas avoir d’argent quand on en a eu beaucoup à seize.

Platine : La Compagnie, c’était une galère?

France Gall : Galère, c’est le mot ! Hallucinant. Je suis même allée au festival de Sanremo défendre L’Orage avec Gigliola Cinquetti. Là, j’ai même chanté avec “Little” Stevie Wonder. Je me souviens avoir été très mauvaise ».

Au même moment, une sombre nouvelle vient lui donner le coup de grâce : la faillite de sa maison de disques, La Compagnie. Elle devient la spectatrice assidue de la comédie musicale Hair, où Julien Clerc tient le premier rôle. Elle s’amourache du chanteur en vogue, et les deux se lancent dans une belle histoire d’amour. Seulement voilà, il est bien difficile pour France de vivre aux côtés de cet homme dont la carrière est en pleine ascension, et qui connaît la gloire, alors qu’elle, est en pleine traversée du désert médiatique, et qu’aucun oasis ne semble poindre à l’horizon. Souffrant de cette trop grande différence entre eux, ne supportant plus d’être dans l’ombre de l’homme qu’elle aime, elle finit par le quitter. Leur séparation lui inspire la chanson Souffrir par toi n’est pas souffrir (1975).

Nous sommes en 1971 et France Gall est la toute première artiste à enregistrer en France pour un label américain, Atlantic. De prestigieux auteurs accompagnent France Gall, comme Jacques Lanzmann, mais cela ne suffit pas : le succès n’est toujours pas au rendez-vous. Désespérée, France Gall se tourne de nouveau vers Gainsbourg. Il fut un temps où leur duo raflait les premières places de tous les podiums, peut-être qu’il est la clé qui lui permettra de retrouver sa place au cœur de la lumière ? Il lui écrit Frankenstein, qu’elle enregistre pour Emi-Pathé: encore un flop. Ses prochaines collaborations se feront alors avec Jean-Michel Rivat en tant que directeur artistique, 5 minutes d’amour et La quatrième chose. Deux échecs commerciaux. Il en va de même pour les musiques : Par plaisir et Plus haut que moi. Pour renflouer les caisses, elle participe avec son frère Patrice à un roman-photo pour Télé-Poche.

Au printemps 1973, alors qu’elle circule dans les rues de Paris au volant de son Austin, France Gall est frappée par la musique qu’elle entend. Elle adore la mélodie, la voix, les paroles … Absolument tout ! Elle est comme subjuguée par ce titre Attends-moi, de Michel Berger.

Ils se rencontrent, suite à une émission de radio, mais pour lui, il n’est pas question d’une collaboration entre eux. La suite, vous la connaissez … Musicalement parlant, la collaboration entre France Gall et Michel Berger est le nouveau souffle qu’il manquait à l’artiste. La déclaration d’amour voit le jour en 1974. Le premier succès d’une longue liste pour le duo Gall & Berger.

« J’attendais tellement de cette première fois que quand il m’a joué la chanson au piano, j’ai été … comment dire … un peu déçue. Je rêvais d’une chanson rythmique, et me voilà avec une sensuelle déclaration. Le jour du studio, j’étais un peu tendue. Mais après une ou deux prises, Michel était content. Dans la foulée, il m’a demandé d’écrire un texte parlé sur la piste de la fin, comme si j’avais fait ça toute ma vie. Il s’est rendu compte qu’il manquait un solo de guitare à deux heures du matin. Effondré, il ouvre la porte du studio et croise un guitariste qui travaillait à côté et rentrait chez lui. En un quart d’heure, la guitare de Jean-Pierre Chatelain s’imprimait sur la bande seize pistes où le piano de Michel donne à lui seul le balancement bien particulier de la chanson. Premier cadeau. Le public a été là tout de suite ».

C’est ainsi que, après 12 ans de carrière et une longue traversée du désert, le premier album studio de France Gall sort dans les bacs. Cette dernière est folle de joie, très excitée par cet album qui, pour elle, est le symbole d’une véritable renaissance.

En guise de cadeau de mariage, elle devient l’héroïne de la comédie musicale Émilie ou la Petite Sirène, écrite par Michel Berger. Un mois plus tard, c’est le succès de Ça balance pas mal à Paris. Un mariage, deux enfants, Pauline et Raphaël, et le temps du bonheur. Maman, épouse comblée, France Gall reprend goût à la scène, elle s’épanouit et est de plus en plus heureuse. Le spectacle Made in France est un carton. C’est l’heure de Starmania, d’ Il jouait du piano debout, et de l’album Paris, France, qui va faire danser tout le pays durant l’été 1980. C’est aussi l’heure de sa collaboration avec Elton John, et des titres Donner pour donner, et Les aveux.

En 1981, c’est la sortie de l’album Tout pour la musique, puis en 1982, la série de concerts au Palais des Sports de Paris. Trois semaines, à guichets fermés, durant lesquelles France Gall va présenter un show haut en couleur, rythmé par les mélodies entraînantes qui sont désormais des standards de la musique française.

Son histoire d’amour avec Julien Clerc

Pas facile de rester à la page quand les modes en matière de musique changent constamment. France Gall s’en est rapidement rendu compte pour en avoir fait les frais très jeune, mais, heureusement pour elle, cette dernière a été sauvée par l’amour. En effet, alors qu’elle subissait en France le double sens de la chanson que lui avait écrite Serge Gainsbourg : Les sucettes, la starlette des années yéyé a pris la décision de s’expatrier en Allemagne pour tenter diverses collaborations. Ainsi, de nombreux artistes de renom tels que Joe Dassin, Étienne Roda-Gil ou encore le célèbre parolier Jacques Lanzmann se sont essayé à produire un nouveau bit avec la belle France. Pourtant, rien de ce qu’ils ont pu sortir avec la chanteuse n’a marqué les esprits sur le moment. En 1969, alors que la carrière de l’artiste est au plus bas, elle assiste au spectacle Hair et tombe tout de suite sous le charme d’un beau ténébreux à la voix envoûtante. Cet homme ? C’est Julien Clerc, qu’elle arrive à séduire sans trop de difficulté. Ainsi, leur union est révélée par le magazine Salut les copains, au mois de décembre de la même année.

Pourtant, bien plus tard, l’interprète de Femmes je vous aime avait avoué dans Gala : « Nous étions jeunes. J’étais un peu inconscient, en ce temps-là … Je ne faisais pas vraiment attention à sa carrière [celle de France Gall]. Moi, je traçais ». Et pour cause, sa carrière était en pleine ascension. C’est sans aucun doute ce qui a sauvé la mise à la sublime blonde, gagnante de l’Eurovision en 1965, que les Français étaient en train d’oublier. En effet, le couple glamour qu’elle formait avec Julien Clerc lui a permis de redevenir le centre de l’attention des médias, notamment grâce aux nombreux shooting photo. Sur les conseils de ses managers, Babou – comme ses fans aiment l’appeler – reste ainsi près de cinq ans dans l’ombre du chanteur et vit de plus en plus mal la situation, qui devient, au fil des années, littéralement invivable. En effet, pour assister aux concerts de son beau brun ténébreux, cette dernière en était arrivée à porter des perruques pour ne pas déplaire aux fans féminines du chanteur.

France Gall se sépare de Julien Clerc en 1974. En 2018, l’actuel directeur des programmes de la chaîne Melody, Jean-Pierre Pasqualini, s’est exprimé sur le sujet sur BFMTV et expliquait : « France Gall le quitte, c’est elle qui s’en va. Elle est un peu lassée, mais elle a eu l’élégance de ne jamais le lui reprocher », avant de poursuivre : « Elle voulait qu’il lui écrive des chansons et il ne l’a pas fait. Elle voulait plus … » Le journaliste, spécialiste de la période yéyé, qui a vu en direct l’ascension de France Gall avait confié qu’un an et demi après leur rupture, Julien Clerc ne semblait toujours pas avoir digéré leur séparation : « Il a beaucoup souffert. En 1975, il a écrit la chanson Souffrir par toi n’est pas souffrir avec un album noir. Il a très mal vécu le départ de France Gall » tandis que de son côté, la jeune femme avait déjà trouvé refuge dans les bras de celui qui fut son mari pendant près de 16 ans, Michel Berger.

Après la disparition de France Gall, survenue le 7 janvier 2018, Julien Clerc avait tenu à lui laissé un message, traduisant encore, après toute ces années, l’amour et la tristesse qu’il ressentait pour celle qui fut sa compagne pendant six ans : « France, nous avions 20 ans, des bonheurs, des chagrins. Une part de ma vie s’en va avec toi. Julien ».

Michel Berger, le grand amour d’une vie !

Il y a certaines choses qui ne s’expliquent pas ! Parfois, on croise la route d’une personne et on sait, au fond de nous, qu’elle nous est destinée. Alors forcément, ce n’est pas toujours évident des deux côtés, sinon, ce serait trop simple. Mais c’est ainsi que la vie est faite ! Souvent, il faut se battre pour obtenir ce que l’on veut. Et c’est exactement ce qui est arrivé à France Gall ! En effet, lorsque la chanteuse rencontre Michel Berger pour la première fois, elle est comme foudroyée. Cupidon lui a décoché sa flèche en plein cœur. Cette rencontre a lieu en 1966, alors que la starlette traverse une période difficile … Sa carrière est au point mort après les nombreux succès qu’elle a connus dans les années 60, et elle vit terriblement mal d’être le fait d’être dans le creux de la vague. C’est alors qu’elle rencontre Michel Berger, lors d’une séance photo pour le magazine Salut les Copains, avec Jean-Marie Périer. Timide, elle reste en retrait, l’observe et l’écoute parler, envoûtée par son charme naturel. Elle connaît ses qualités d’auteur-compositeur, elle rêve même de travailler avec lui, mais elle ne pensait pas que l’homme était aussi séduisant.

Pourtant, elle ne cherche pas à l’aborder, ni à se démarquer des autres filles présentes ce jour-là. Non. Elle se contente de l’épier du coin de l’œil, discrètement, comme le ferait une adolescente qui vit son premier coup de foudre … Et elle va agir de la même façon lorsqu’elle va le croiser pour la deuxième fois dans les coulisses d’une émission télévisée. Pourtant, cette fois-là, elle se fait la promesse que lorsqu’elle le reverra – et elle sait pertinemment qu’elle va le revoir -, elle ira le voir. C’est exactement ce qu’elle va faire lors du dîner organisé par la maison de disques WEA ! Ce soir-là, elle s’est faite belle afin qu’il ne voit qu’elle. Et lorsqu’elle l’aperçoit au bar, elle prend une profonde inspiration, et va le rejoindre pour lui demander de lui écrire une chanson. Manque de chance, Michel Berger n’est pas du tout intéressé! Il décline poliment en souriant, et fuit la conversation. Oui, mais voilà, France Gall sait ce qu’elle veut, et ce qu’elle veut, c’est lui. Et sur tous les points !

Déterminée, France Gall ne va rien lâcher et va même réussir à obtenir ses coordonnées personnelles. « À ce moment précis, France ne veut pas lâcher l’affaire. Elle demande à son manager, Bertrand de Labbay, de contacter directement Michel Berger et d’essayer de le convaincre. Ce dernier lui explique que Michel Berger n’a pas l’habitude d’écrire juste une chanson pour un artiste. Quand il écrit, c’est généralement pour un album entier ! Mais France n’a rien voulu savoir, elle le voulait désespérément », écrit Pierre Pernez dans son livre France Gall : Comme une histoire d’amour. Et puis, un jour, le chanteur se décide à écouter ses maquettes ! Hélas pour France, c’est la douche froide. Michel Berger n’aime pas du tout son timbre de voix et sa façon un peu niaise de s’approprier les chansons qu’elle chante. En apprenant que ses maquettes ne l’ont pas du tout touché, France Gall est blessée, abattue … Pourtant, une fois de plus, elle va redoubler d’efforts et ne va pas baisser les bras. Elle va tout faire pour que l’auteur-compositeur ne l’oublie pas, multipliant les attentions à son égard. Une détermination dont l’écrivain Alain Wodrascka va parler dans son livre Douce France, paru en octobre 2015 : « Quand un peu plus tard elle a vu Michel Berger à la télévision, elle a dit à un ami : « J’aurai ce mec et j’aurai ses chansons ». Elle a aussi assuré à Véronique Sanson : « Je m’occuperai de sa maison et je lui ferai des enfants » ! Quelques semaines après que l’interprète du Paradis Blanc l’a envoyé paître, France lui fait livrer des croissants de chez Fauchon, par une belle matinée ensoleillée. Sous le charme, il la rappelle, et lui propose un dîner. C’est le début du binôme Gall & Berger, puisque de là, il ne se quitteront plus jamais.

Michel Berger et France Gall forment désormais un couple. En 1974, elle va poser sa voix sur l’une des chansons du nouvel album de son compagnon Mon fils rira du rock’n’roll. De là, elle lui demande un service : elle ne veut plus une chanson, elle veut qu’il la fasse renaître. Après avoir longtemps refusé de travailler avec elle, Michel lui écrit La déclaration d’amour. Le premier succès d’une longue liste ! Seulement, ça, France ne le sait pas encore, et elle est bien loin de s’en douter. Car lorsqu’elle découvre la chanson, elle est terriblement déçue … « Premier disque, première chanson. J’attendais tellement de cette première fois que quand il m’a joué la chanson au piano, j’ai été … comment dire … un peu déçue. Je rêvais d’une chanson rythmique, et me voilà avec une sensuelle déclaration. Le jour du studio, j’étais un peu tendue. Après une ou deux prises, Michel était content. Dans la foulée, il me demande d’écrire un texte parlé, comme si j’avais fait ça toute ma vie, écrire » ! Finalement, France suit les conseils de Michel et ensemble, ils vont écrire et boucler ce titre afin qu’il soit parfait. Finalement, ils vont se découvrir une complicité artistique qu’ils n’auraient jamais imaginée. Désormais, ils feront équipe aussi bien à la vie qu’en studio ! C’est ainsi que le 6 janvier 1976, après 12 ans de carrière, France Gall sort son premier album studio : France Gall ! Lors d’une interview avec le journaliste Richard Cavanno, la blonde est surexcitée, consciente qu’en réalité, il s’agit là du début de sa carrière. Sa véritable carrière. « C’est mon premier album ! C’est un truc énorme pour moi. La première fois que j’aime ce que je chante, et la manière dont je le fais » ! Réponse du journaliste : « Effectivement, ce premier album, c’est une manière d’effacer définitivement la France Gall des sixties : on est passé à autre chose. » !

Ça y est, France Gall est enfin reconnue comme une artiste à part entière, et plus comme une midinette des années 60.

Et ce succès, elle le doit à l’amour de sa vie, celui qui l’a fait renaître, Michel Berger ! Et elle s’apprête à vivre un des plus beaux moments de sa vie, puisque le chanteur lui a demandé de devenir sa femme ! Comme cadeau prénuptial, il consacre son Numéro 1, diffusé le 22 mai 1976 sur TF1, à l’écriture d’une comédie musicale, « Émilie ou la Petite Sirène 76 ». Et qui est l’héroïne de ce show ? France Gall, évidemment : « C’est la date de cette émission qui a déterminé la date de notre mariage un mois plus tard », confiera-t-elle en interview quelques semaines après la diffusion. À cette époque, il forme le duo du succès de l’été, Ça balance pas mal à Paris, et ils se marient le 22 juin à la mairie du 16e arrondissement ! Une cérémonie intimiste, où le couple sera entouré de ses proches, et durant laquelle le soleil sera au rendez-vous : « Il a fait très beau ce jour-là, tout le monde avait le sourire. C’était une vraie belle journée où l’amour était au rendez-vous. France Gall rayonnait de bonheur » ! Au programme de ce mariage entre ces deux stars que tout opposait ? Dîner dans un petit restaurant de la capitale privatisé pour l’occasion, avant de terminer la soirée au domicile du couple. En 1978, France Gall devient la maman de Pauline. Raphaël, lui, pointera le bout de son nez quatre ans plus tard.

Toujours sous la houlette de son mentor et mari, Michel Berger, France Gall reprend goût à la scène qu’elle avait abandonnée. Grâce à lui, elle a de nouveau confiance en elle. Alors, elle monte de nouveau sur les planches du Théâtre des Champs-Élysées pour un spectacle intitulé Made in France. En 1979, c’est un spectacle inédit auquel elle participe dans le rôle de Cristal, l’opéra rock Starmania ! Un pari risqué puisqu’à cette époque, ce genre de spectacle qui cartonne pourtant outre-Atlantique, est boudé par le public français. Pourtant, la chanteuse fonce. Ce spectacle a été composé par Michel Berger, et écrit par Luc Plamondon, et elle a entièrement confiance en ces deux hommes de talent. Et elle a raison puisque Starmania va rester graver dans les annales, et est encensé par toutes les critiques de presse du moment. Le bouche-à-oreille fonctionne tellement qu’un mois plus tard, le show est présenté pendant un mois au Palais des Congrès de Paris. Les shows se jouent à guichets fermés, et les ventes des disques sont hallucinantes.

Une fois de plus, France Gall est couronnée de succès grâce à Michel Berger. Pour eux deux, c’est le début d’un tout ! Les tubes s’enchaînent : Résiste, Si maman si, La groupie du pianiste, Évidemment, Ella, elle l’a, Babacar, Il jouait du piano debout … En 1980, le couple enregistre avec Elton John Donner pour Donner, un titre qui fait le tour du monde ! Leur carrière commune est désormais lancée à l’international. Tout ce qu’ils touchent ensemble se transforme en or. Le couple nage en plein bonheur.

France Gall et Michel Berger vont vivre leur premier coup dur au début de l’année 1982. À cette époque, ils sont en couple depuis huit ans, et vivent une histoire sans fausse note. Mariés, ils sont les heureux parents de Pauline et de Raphaël, et sont tous les deux à l’apogée de leurs carrières. Michel chante et compose pour les plus grands, pendant que France Gall se produit au Palais des Sports dans un spectacle époustouflant conçu par Michel Berger Résiste. Pour ce show d’une autre dimension, Michel a fait appel à son frère, Bernard, qui est architecte, lui demandant de réaliser de vraies prouesses techniques pour que sa femme soit magnifiée par le spectacle. Avec son frère Bernard, Michel a une relation véritablement fusionnelle ! Bernard souffre d’une terrible maladie : la sclérose en plaques. Hélas, au moment où France triomphe, Michel vit un terrible drame puisqu’il perd ce frère tant aimé. La chanteuse va alors voir son mari plonger dans une profonde dépression, alors qu’elle n’a qu’une envie: partager son bonheur avec lui ! Mais elle le sait, ce serait déplacé. Alors, elle essaye d’être forte pour deux, gérant le spectacle, les enfants, et faisant tout son possible pour l’épauler dans ce moment si difficile.

Après le Palais des Sports, ils décident de partir en famille à la montagne. Ils ont désespérément besoin de se retrouver, loin du tumulte parisien et de la pression des médias. Tout est parfait, Michel semble reprendre du poil de la bête. France est heureuse de voir son homme sourire à nouveau. Seul hic ?

La toux de Pauline, qui semble durer depuis plusieurs semaines. Alors, à leur retour, ils décident de consulter un médecin généraliste, pour être rassurés. Malheureusement, le ciel va leur tomber sur la tête lorsque le praticien va lâcher ce terrible diagnostic : la petite fille de 4 ans souffre de la mucoviscidose ! Le couple est abattu, sous le choc … Cela ne peut pas être possible !

Michel décroche alors le téléphone et contacte son père, le grand professeur Jean Hamburger. S’il y a quelqu’un qui peut aider Pauline, c’est bien lui ! Hélas, l’illustre médecin va réduire en cendres le peu d’espoir qu’il reste au couple : « Le seul véritable espoir pour Pauline serait que la médecine fasse de grands progrès dans les quinze ans à venir. » En clair : la maladie dont souffre leur fille est incurable et mortelle ! L’horreur absolue. Le couple décide alors de ne parler de cette maladie à personne, afin de ne pas être harcelé par la presse.

Dans les années qui vont suivre, le couple va petit à petit réduire le rythme des concerts, afin de profiter au maximum des moments en famille. Mais au bout de quelques années, France n’y arrive plus. Elle ne peut plus perdre de temps en studio, en promo, ou sur scène. Sa fille est malade ! Et elle ne veut pas perdre une miette du temps qu’il lui reste avec elle. En 1988, alors que la petite Pauline a 10 ans, France décide d’arrêter de chanter. De son côté, Michel opte pour une autre thérapie : se plonger dans la musique afin de trouver la force de rester debout. Ils s’éloignent peu à peu l’un de l’autre, jusqu’en 1992 où ils décident de renaître, ensemble, en réalisant un nouvel album à deux. Ils se jettent à corps perdu dans ce projet, symbole de renouveau.

Dimanche 2 août 1992, à Ramatuelle. Il fait beau, il fait chaud, c’est une belle journée d’été comme on les aime dans la région. Depuis quinze jours, France Gall et Michel Berger sont en vacances dans leur maison de Provence. Les enfants, eux, sont à la montagne. Après l’enregistrement de leur album Double Jeu, le couple a ressenti le besoin de se retrouver à deux, parfois avec quelques amis. C’est le cas ce jour-là. Après avoir déjeuner sur la terrasse d’un petit restaurant qu’ils adorent, ils sont rentrés à la maison. En fin de journée, Michel descend au court de tennis, dans le jardin, afin de faire une partie avec deux amies. Le malaise qu’il a eu quelques semaines plus tôt n’est plus qu’un lointain souvenir, il préfère ne pas y penser, et ce, même si son père, médecin de renom, lui a donné une ordonnance afin qu’un confrère cardiologue l’examine. Oui, mais voilà, cette lettre, Michel l’a rangé dans un tiroir. Il s’en occupera à la rentrée. Pour l’instant, place au tennis ! Il est 18 h lorsqu’il se dirige vers le court pour échanger ses premières balles. Au bout de 45 minutes, il doit interrompre la partie. Une horrible douleur lui enserre le cœur. Il décide alors d’aller prendre un bain pour se détendre. Un peu d’eau chaude et de calme lui fera du bien. Il décide de ne pas inquiéter France Gall. Seulement voilà, pendant que cette dernière prépare le repas, elle entend hurler son prénom …

Elle se dépêche de rejoindre Michel, qui lui explique qu’il vient de nouveau de ressentir une douleur dans la poitrine. Inquiète, France appelle le médecin de garde. Quand ce dernier arrive, Michel est allongé sur le lit, France, à ses côtés. Elle pense à ce que lui a dit cette voyante croisée la veille, sur une petite plage de Saint-Tropez. Jamais jusque-là elle n’avait souhaité connaître les visions d’une diseuse de bonne aventure, mais cette fois, allez savoir pourquoi, elle s’était laissé faire. La bohémienne lui avait alors pris la main gauche avant de lui lancer: « Vous entrez dans l’immortalité … C’est pour maintenant. »

Le soir, elle avait raconté l’anecdote à Michel qui lui avait dit : « Elle pensait à toi ou à moi ? » France Gall secoue la tête et décide de ne plus penser à cette prémonition. Ce n’est pas le moment  ! Elle se dit qu’il ne faut pas s’inquiéter : après tout, son mari ne boit pas, ne fume pas, et ne fait aucun excès. Il n’a aucune raison d’être gravement malade ! Elle sort de ses pensées en entendant son mari parler au médecin : « Cela me serrait dans la poitrine, je ne veux pas re-souffrir comme ça » ! Ce dernier décide de prévenir SOS Médecin et le SAMU car il ne dispose pas du matériel nécessaire. Hélas, à peine a-t-il raccroché que Michel porte à nouveau la main à sa poitrine.

Le médecin se dépêche de lui faire une injection, mais il est trop tard. Michel est parti rejoindre le paradis blanc.

Michel Berger fut le plus bel amour de France Gall. Dans une interview accordée à Paris Match en 2012, à l’occasion des 20 ans de la mort de son mari, elle avait confié: « Nous avons eu une vie absolument magnifique, follement agréable, dans la fête, la réussite, le bonheur de la famille … C’était la perfection. Nous avons grandi ensemble, nous nous sommes élevés ensemble, nous avons construit notre vie ensemble. Nous étions différents, mais complémentaires » ! Même analyse du côté du compositeur Claude-Michel Schönberg, au micro de RTL : « France Gall a réussi à tirer de Michel le meilleur de lui-même. Et elle, a été la parfaite chanteuse pour ses œuvres, elle l’a beaucoup inspiré. Il y a tellement de chansons extraordinaires qu’il a écrites pour elle, c’est un phénomène formidable. Ils se sont aimés, et ont grandi ensemble ».

Dans la biographie de Michel Berger écrite par Yves Bigot, on découvre que celui-ci aurait entretenu une relation avec une mystérieuse Béatrice Grimm. Une relation, que France aurait toléré, priant chaque jour pour qu’elle prenne fin et qu’elle retrouve son mari. Cette femme mystérieuse, allemande et descendante des frères Grimm, aurait été mannequin et l’ancienne compagne de Timothy Dalton et de Billy Joel. Seulement voilà, personne n’a jamais réussi à retrouver sa trace ! En effet, à la mort de Michel Berger, elle aurait été écartée des obsèques par la famille et se serait volatilisée, emportant avec elle un album que Michel aurait écrit pour elle. Il se murmure pourtant qu’elle serait malgré tout venue incognito à l’enterrement, se tenant à bonne distance derrière les barrières, pour dire adieu à son compagnon.

En 2015, Fabienne Thibeault qui a connu le couple Berger-Gall, a confirmé l’existence de cette fameuse Béatrice Grimm : « À Ramatuelle, Michel tenait à rester au calme pour travailler avec Luc Plamondon et régler ses problèmes de couple avec l’avocat, avant de rejoindre Béatrice Grimm à Los Angeles où il devait préparer sa vie avec elle … » Même son de cloche du côté de Grégoire Colard, attaché de presse de Michel Berger pendant seize ans : « Michel soldait sa vie. Son couple avec France était au plus bas. Pendant tout l’enregistrement de Double jeu, ça allait au plus mal entre eux. Elle était tout à fait au courant de l’existence d’une autre femme. Michel finissait sa vie par une séparation. Il était très épris, mais ne savait pas comment s’y prendre. Il était en pleine dépression. » Seulement voilà, d’autres témoignages ne sont pas du tout en accord avec cette partie de l’histoire … Selon eux, oui, Michel a effectivement connu une autre femme à un moment de sa vie où il n’allait pas bien. Mais pour autant, il n’a jamais envisagé de quitter France Gall. C’est cette femme qu’il aurait quittée, en réalisant qu’il était sur le point de perdre France et que c’était la dernière chose qu’il voulait :

« S’il voulait vraiment la quitter, pourquoi aurait-il fait un nouvel album avec elle ? Pourquoi serait-il parti avec elle, cet été-là, à Ramatuelle? »

Le mystère reste entier, mais finalement, peu importe. Le duo restera à jamais gravé dans les mémoires de chacun comme l’un des plus beaux couples du milieu musical français.

La mort de Pauline, sa fille

La vie de France Gall a été ponctuée par de nombreux drames. Après la mort de Michel Berger, terrassé par une crise cardiaque après une partie de tennis, la chanteuse a dû faire face à la plus terrible des situations : enterrer sa fille. Pauline, la fille du couple avait en effet été diagnostiquée comme souffrant de mucoviscidose à l’âge de 4 ans … Et tout au long de sa vie, la chanteuse a vécu avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, se demandant combien de temps Pauline allait vivre. Malheureusement, la jeune fille s’est éteinte à l’âge de 19 ans. L’horreur pour sa maman …

Lorsque la France apprend que Pauline est morte, le choc est immense. Il faut dire que personne ne savait. Personne n’était au courant de la maladie qui touchait l’enfant de ses deux immenses stars de la chanson française. Et pour cause : France Gall et Michel Berger ont tout fait pour que la mucoviscidose de Pauline reste secrète ! Il faut dire que lorsqu’ils ont découvert que leur fille était malade, le choc a été immense … C’était juste après leur série de concerts donnés au Palais des Sports. Afin de se ressourcer, ils étaient partis à la montagne avec leurs deux enfants. Le mot clé de ce voyage ? Simplicité et tranquillité. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes et la petite famille est ravie de se retrouver, au calme. Tout serait parfait, sans cette toux qui affecte Pauline. Une toux rauque, qui dure depuis plusieurs jours, et qui ne semble pas décidée à passer. Pourtant, Michel et France ne s’inquiètent pas plus que ça, et les vacances se terminent dans la joie et la bonne humeur. À leur retour, voyant que l’état de Pauline ne s’arrange pas, ils consultent tout de même un médecin généraliste afin d’être rassurés.

C’est là que le ciel leur est tombé sur la tête. Pensant qu’ils étaient déjà au courant du mal dont souffrait leur enfant de 4 ans, le praticien lâche sans grande précaution un mot terrible. Un mot qui va clouer France et Michel à leur fauteuil : mucoviscidose ! Choqué, Michel reprend vite ses esprits et file téléphoner à son père, le grand professeur Jean Hamburger. Hélas, ce que l’illustre médecin leur annonce anéantit les quelques espoirs auxquels se raccroche le couple : « Le seul véritable espoir pour Pauline serait que la médecine fasse de grands progrès dans les quinze ans à venir. »

Voilà ce que Michel entend, de la bouche de son père : la maladie de sa fille est incurable et mortelle ! C’est à ce moment précis que France et Michel vont sceller un pacte : afin que leurs deux enfants puissent continuer à vivre aussi normalement que possible et afin d’éviter la curiosité des badauds et des paparazzis, ils décident de garder le secret concernant la maladie de Pauline. Ce poids énorme, ils vont le garder pour eux, continuant à vivre comme si de rien n’était, et ce, jusqu’à la mort de Michel Berger, qui emportera ce secret dans sa tombe.

Dans un documentaire filmé pour C8, France Gall s’était confiée sur la disparition de Pauline, sa lumière. Même si elle y était préparée, jamais elle n’aurait imaginé devoir un jour imaginer sa vie sans son enfant : « On ne le croit pas, on n’en revient pas de vivre un truc pareil. On n’en revient pas de vivre ça, parce que c’est justement le truc que l’on ne peut pas et que l’on ne veut pas vivre. Tout le monde dit que c’est impossible et inhumain à vivre, et pourtant on me le fait vivre. Je n’en revenais pas que ça soit possible … » Et de poursuivre: « J’ai tout de suite voulu être la maman qui réussit le plus au monde à survivre et à intégrer cette idée d’avoir perdu un enfant. De pouvoir le plus facilement vivre avec ça, parce que sinon on est foutu si on y pense, si on est dans le regret ».

Sa thérapie à elle fut de lire tous les livres des auteurs qui avaient perdu leur fille … Comme un besoin de voir que d’autres avaient vécu la même douleur, et avaient survécu …

« Je ne me suis pas consolée de la même manière du départ de Michel et de celui de Pauline. Chanter m’a aidée, je me suis noyée dans la musique, le public. Pauline … non, ça m’a donné envie de me taire. Ça ne sert à rien de sortir, de se distraire. Ce n’est pas en étant dans la distraction que l’on va arranger les choses. Pour arranger les choses, il faut être dans le silence. Et accepter. Lire. Quand j’ai perdu ma fille, j’ai lu tous les auteurs qui avaient perdu leur fille. Ça m’aidait de savoir qu’on avait vécu la même chose et que les gens pouvaient en parler. Et Victor Hugo, par exemple, a écrit un poème là-dessus, sur son chagrin d’avoir perdu sa fille et sur comment, justement, il a repris vie. C’est vraiment un poème extraordinaire ».

Quand Pauline est morte, France Gall n’a plus eu envie de rien. Plus envie non plus de vivre dans le 16e ou le 7e arrondissement de la capitale, qui ont abrité tant de souvenirs familiaux. Alors, elle a décidé de s’isoler au Sénégal. Une terre dont elle était tombée amoureuse à la fin des années 1960 : « Je me suis beaucoup reconstruite dans cette maison perdue au milieu de la mer, sans électricité ».

Le Sénégal a toujours symbolisé l’idée d’un refuge. Cette terre, c’était la sienne. Et pour cause ! Au début des années 80, elle part en mission humanitaire avec Michel Berger et découvre ce pays méconnu. C’est le coup de foudre : le couple tombe littéralement amoureux de l’Afrique et de la petite île de Ngor, située à 17 km au large de Dakar. Alors, deux ans après ce premier voyage, ils décident d’y acheter une maison. Et dès que leurs emplois du temps respectifs le leur permettent, ils partent s’y ressourcer. Mais pas que ! Car France Gall et Michel Berger sont tous les deux de grands humanistes. Aider les autres ? Leur philosophie de vie ! D’ailleurs, ils n’ont cessé d’œuvrer pour aider la population locale, notamment en faisant construire une école.

Alors, quand cinq ans après la mort brutale de Michel Berger, France Gall a dû affronter la perte de sa fille, Pauline, elle n’est pas restée bien longtemps en France. Peu après les funérailles, elle est partie se réfugier dans cette maison qu’elle aime tant, afin de retrouver des forces. Et surtout, l’envie de vivre ! Des journalistes du Parisien ont d’ailleurs recueilli plusieurs témoignages de voisins et amis qui l’ont bien connue et côtoyée à cette douloureuse période de sa vie : « Elle me disait: « Je fais tout pour être là le 18 décembre, parce qu’ici, j’ai l’oxygène pour me ressourcer », explique Abdoulaye Diallo, avec qui elle avait créé l’association des Amis de Ngor: « Elle faisait énormément de bien autour d’elle tout en cachant que cela venait d’elle. Je crois que cela lui faisait du bien. C’était comme une thérapie », a raconté Maman Hawa, une vendeuse de bijoux et de fruits, proche de France Gall.

Pour France Gall, s’occuper l’esprit, aider son prochain, devient alors une nécessité … Seule, elle panse ses plaies en essayant de préserver son anonymat, souvent dissimulée derrière un grand chapeau et une paire de lunettes de soleil : « Elle fuyait les photographes et les touristes. Elle m’achetait des pulls à capuche qu’elle portait avec un chapeau pour passer inaperçue », se souvient Alioune Thiaw, un vendeur de tissus. Une information validée par un autre voisin, Joël Mornet: « Quand on était sur le pas de sa porte et qu’elle voyait des Blancs arriver, France fuyait. Elle tenait à sa tranquillité et préférait être avec des personnes d’ici. Elle appréciait la qualité des relations humaines. La gentillesse et la tolérance des gens de ce village. » !

Alors que la jeune femme avait seulement 19 ans, Pauline aurait émis un souhait avant de mourir. Elle était parfaitement consciente qu’elle allait mourir. Ses parents ne lui ont jamais caché la gravité de sa maladie, incurable, et elle a eu le temps de s’y préparer. Contrairement à sa mère. Mais quelle était la dernière volonté de Pauline ? C’est le producteur de musique, Bernard Saint-Paul, qui en avait témoigné dans l’ouvrage Quelque chose en nous de Michel Berger, d’Yves Bigot : « La petite Pauline Hamburger qui se sait condamnée, fait un testament et dit à sa mère : « Je sais que je vais mourir, je voudrais être enterrée à côté de papa ».

Bien évidemment, France Gall a tout mis en œuvre pour exaucer le souhait de sa fille chérie. Mais c’était sans compter sur la famille du chanteur de variété. Car le caveau familial des Berger contenait six places, déjà toutes prises … Pour que la petite Pauline soit enterrée aux côtés de son père, il fallait donc déplacer le défunt pour l’installer dans le caveau des Gall. Une guéguerre a donc débuté entre France, prête à tout pour respecter la dernière volonté de sa fille, et la famille Hamburger, qui refuse de déterrer Michel Hamburger, qui repose en paix depuis 1992. Vous imaginez … ? Une situation qui a pris une telle ampleur qu’elle a fini devant la justice. Vous connaissez la suite, le juge a tranché et c’est France Gall qui a finalement obtenu gain de cause.

Une femme engagée

Après avoir squatté pendant 36 semaines le classement du Top Album, avec Paris France et Débranche, France Gall est comblée. Imaginez un peu, deux opus, tous deux alternant à la première place pendant 12 semaines. Pour une artiste que tout le monde disait terminée, et au fond du trou … La fiancée des Français est comblée. Son public répond toujours présent et ses concerts se jouent à guichets fermés. Quant à Michel Berger, son soutien ne le quitte jamais.

Pour France Gall, les années 1980 sont teintées par les grandes actions humanitaires.

À cette époque, tous les artistes se lient pour défendre des causes qui leur tiennent à cœur, et la chanteuse tient à mettre sa main à la pâte. Hors de question pour elle de bouder les mouvements humanitaires qui voient alors le jour, tels que Chanteurs sans frontières, sous l’égide de Renaud. C’est d’ailleurs elle qui prendra le relais au Zénith de Paris, pour une série de concerts qui durera trois semaines. Dans le but de collecter des fonds, elle y chante les chansons Débranche, Calypso et Cézanne peint. En 1985, c’est la Chanson pour l’Éthiopie qui voit le jour, à laquelle elle prête sa voix.

France Gall s’associe également avec Michel Berger, Daniel Balavoine, Richard Berry et Lionel Rotcage, pour œuvrer pour le Mali, grâce à leur association Action Écoles. Déterminée à aider les pays d’Afrique où la famine et la sécheresse règnent, France Gall fait un appel aux dons dès qu’elle le peut en interview ou lors de ses passages télévisés. Sous la houlette d’Action Écoles, des écoliers volontaires vont récolter des denrées de première nécessité pour les pays du tiers-monde qui se meurent. Sous la vigilance des artistes, des tonnes de nourriture et des pompes à eau vont être expédiées pour faciliter la vie des populations, et sauver les habitants de ses villages en déclin …

Quand elle découvre le Sénégal, France Gall est sous le charme de cette terre sublime, désertique, assoiffée, qui l’accueille à bras ouverts. Elle n’a jamais su expliquer pourquoi elle était tant attirée par ces terres, ni pourquoi elle se sentait si bien là-bas. Elle racontera des années plus tard qu’une femme totalement démunie lui a un jour demandé d’adopter son fils Babacar. Elle a refusé, préférant lui envoyer de l’argent pour qu’elle puisse se payer un logement et assurer les besoins de son enfant.

Une autre préoccupation de France Gall a été le droit des femmes en France, mais aussi la protection des femmes démunies. Toutes ces femmes vivant dans la rue avaient le soutien de la chanteuse, qui n’hésitait jamais à prendre le temps de s’arrêter à leur hauteur et à s’asseoir lorsqu’elle en croisait une. D’ailleurs, la compagne de Michel Berger est devenue la marraine de l’association Cœur de femmes qui a œuvré pour la reconstruction des femmes en situation de grande difficulté, mais aussi leur réinsertion dans la société. Cette association qui tenait tant à la chanteuse était basée sur quatre principes : remonter aux sources de la souffrance de chaque femme, prendre en compte chaque femme dans sa globalité, puiser l’énergie nécessaire à un nouveau départ et permettre à chacune de retrouver sa dignité et les valeurs essentielles.

Le 14 janvier, le cœur de France Gall se brise : son ami, Daniel Balavoine, meurt. Tué dans un tragique accident d’hélicoptère. En 1987, elle chante le titre Évidemment, écrit par Michel Berger en hommage à leur ami disparu. En interview, des années plus tard, elle confiait à quel point il avait compté pour elle et son époux : « Quand nous étions attaqués dans les médias ou autres, personne ne nous a défendu comme lui. Cette force nous réconfortait. La première fois qu’on a vu et entendu Daniel, c’était à la télé : Michel et moi étions assis par terre dans notre chambre de Beauséjour et regardions par intermittence l’émission de Guy Lux. Quand il est entré pour chanter Lady Marlène avec un grand orchestre, nous avons eu un choc. Raide comme un piquet, planté derrière son micro sur pied, il a commencé à chanter d’une voix qu’on n’avait jamais entendue, avec un timbre nouveau et une tessiture tellement large et aigüe qu’on est resté bouché bée ».

L’émotion est nationale, mais cette disparition aussi tragique que soudaine brise le cœur de la chanteuse. Car Daniel Balavoine faisait partie de son cercle d’amis le plus proche ! France Gall a également révélé que son époux avait écrit le titre culte Tous les cris les SOS sur mesure pour Daniel Balavoine. « C’était rare pour un compositeur de pouvoir écrire une chanson aussi étendue musicalement. Un tour de force ! Michel, plutôt réservé, parlant doucement, face à Daniel, fougueux, qui le charriait et qui au fond l’admirait infiniment en tant qu’artiste … Michel était le premier à qui Daniel faisait écouter ses chansons ». Une amitié, qui a dépassé les studios d’enregistrement et le monde de la musique: « Nous passions Noël ensemble, les vacances d’été ensemble dans des maisons louées, on jouait au tennis, on allait au cinéma. Le duo qu’ils formaient était un moment de grâce absolu. Sa mort est un gouffre qui fera que plus rien ne sera comme avant ».

Le titre Évidemment va figurer sur l’album Babacar, sur lequel le titre Ella, elle l’a se démarque. L’hommage à Ella Fitzgerald restera en tête des ventes pendant quatre semaines en Allemagne. L’album sera le plus vendu de sa carrière. Après un passage à Grenoble, en 1987, France Gall croise la route d’un jeune homme curieux et bourré de talent, lors d’une émission de RTL destinée justement à trouver de jeunes espoirs de la musique française. Il s’agit de Calogero, dont elle va immédiatement déceler le talent, et duquel elle va parler à sa maison de production, Apache.

Qui dit nouvel album, dit nouveau spectacle. Sous l’impulsion de Babacar, France Gall réalise l’impressionnant Tour de France 88, mis en scène par Michel Berger, et qui va se jouer à guichets fermés. Un spectacle magnifique, durant lequel l’artiste va se produire pendant six semaines sur la scène du Zénith de Paris. Savoureux mélange des trois continents qu’elle aime tant, l’Amérique, l’Europe et l’Afrique, elle est accompagnée sur scène par le groupe de cuivres américain Phenix Horns, et par la troupe africaine Doudou N’Diaye Rose. Le show est sensationnel.

Après la tournée, France Gall a besoin de prendre du recul sur sa carrière. Malgré le triomphe de l’album et de la tournée, elle ressent comme une envie de se mettre en retrait. Le besoin de choyer ses enfants, de prendre le temps d’être maman … D’être une femme comme les autres tout simplement. Seulement voilà, Michel Berger prend mal cette décision de se retirer de la scène à un tel moment de sa carrière. Après tout, elle est au sommet de son art ! Ses spectacles se jouent à guichets fermés, ses fans sont hystériques, son album triomphe … Tout ce qu’elle touche se transforme en or, et l’empreinte qu’elle laisse sur son passage est un doux mélange de joie et de succès. Oui, mais voilà. Telle est sa décision. Et France Gall est une femme de conviction : quand elle a quelque chose derrière la tête, impossible de l’en empêcher.

Quelques mois après cette décision, elle reprend le chemin des studios et s’investit dans l’enregistrement d’un album avec Michel Berger. Une création à deux voix: l’album Double jeu. Nous sommes en juin 1992, le couple emblématique de la chanson française vient de tourner ensemble le clip du titre Laisser passer les rêves, lorsqu’ils annoncent une série de concerts dans les salles parisiennes. Hélas, cet été-là, Michel Berger meurt terrassé par une crise cardiaque …

Retour sur scène et arrêt de carrière

Michel Berger est mort. Le moral de France Gall est au plus bas. Pourtant, elle va tout faire pour rester debout. Bien sûr, il serait tentant de se cacher sous la couette et de ne plus sortir pendant plusieurs semaines … Mais elle ne peut agir ainsi. Après tout, elle est la maman de deux enfants, Raphaël, mais aussi Pauline, atteinte de la mucoviscidose, et qui a désespérément besoin d’elle. Il y a aussi ses proches, son public, et celui de Michel Berger qui, dévasté, a plus que besoin d’une apparition de sa veuve. Elle sera présente à l’enterrement, bien sûr, le regard baissé, le visage dévoré par le chagrin … Comment imaginer qu’une personne aussi bonne que Michel Berger puisse mourir aussi soudainement ? Emportée par un malaise cardiaque après une partie de tennis ? Un cauchemar … Hélas, elle ne va pas se réveiller. Tout ceci est bien réel.

Le 26 février 1993, quelques mois après le décès de son compagnon, France Gall va participer au spectacle des Enfoirés : Les Enfoirés chantent Starmania. C’est un grand spectacle, empreint de beaucoup d’émotions … Et pour cause, les chefs de file du spectacle sont partis : Coluche est mort, Daniel Balavoine et Michel Berger aussi. À la Grande Halle de la Villette, 25 artistes sont réunis sur scène. Le spectacle, composé uniquement des chansons du spectacle, fait un carton. France Gall, plus touchante que jamais, interprète seule sur scène la chanson Un garçon pas comme les autres. Il s’agit de sa première apparition publique depuis l’enterrement de Michel Berger. Sur scène, on sent qu’elle est habitée par une certaine tristesse.

Le projet de concert en duo est forcément interrompu. Comment réaliser un duo lorsque la deuxième personne a rendu son dernier souffle. France Gall a bien du mal à réaliser ce qui arrive et pourtant, elle va décider de ne pas enterrer ce dernier album. Et de remonter sur scène ! C’est le spectacle qu’elle devait normalement réaliser en duo avec Michel Berger. Et elle décide de le défendre seule. En hommage à l’homme qu’elle a tant aimé. Cet album, c’est leur dernier bébé … Et il est hors de question de le jeter à la poubelle sans l’avoir offert à leurs fans. Rendez-vous est pris pour le printemps 1993.

Initialement prévu pour 6 dates, le show à Bercy rencontrera un vrai succès et 2 dates supplémentaires devront être ajoutées ! Après tout, c’était la condition sine qua none. France Gall ne voulait plus chanter. Elle voulait se retirer de la scène pour se concentrer sur sa vie de femme et sa vie de maman. C’est Michel Berger qui l’avait convaincue de renouer avec le studio, et de réaliser ce nouveau défi ensemble. Hélas, la maman de Raphaël et Pauline se retrouve seule à assurer le spectacle. Mais elle le sait mieux que personne : The show must go on.

Un triomphe! La chanteuse est acclamée par les fans, si heureux de la retrouver. Encensée par la critique. C’est sa première scène depuis plus de 6 ans et le public communie avec France dans un spectacle minimaliste et dantesque à la fois (elle le présentera en disant : « Il y aura, je crois, un esprit … »). Faisant allusion à Michel Berger, et au fait que son âme plane sur le spectacle …

Une grande mélancolie. Pourtant, elle donne le change et assure le spectacle. Malheureusement, et alors qu’elle n’est toujours pas remise de la mort du père de ses enfants, une horrible nouvelle va venir la terrasser … Dans les coulisses des répétitions de son spectacle à Bercy, elle apprend qu’elle souffre d’un cancer du sein. Le temps que la chanteuse se soigne et qu’elle se rétablisse, il n’est pas question de lui infliger un stress supplémentaire. Elle doit se concentrer sur ses traitements … Les fans le comprennent et lui envoient des milliers de lettres de soutien. La France entière est aux côtés de France Gall, qui vient à peine d’enterrer son mari, et qui doit déjà affronter un nouveau combat : celui de la maladie.

France Gall se sent fatiguée. Elle vient tout de même d’affronter un cancer du sein, et la mucoviscidose de Pauline semble prendre de plus en plus de place dans leur quotidien. La jeune fille souffre. Les nuits sont compliquées.

Les quintes de toux sont de plus en plus violentes. Et malgré la kinésithérapie, la chanteuse a l’impression que sa fille est petit à petit en train de mourir … Pourtant, elle refuse de croire à cette idée et va tout faire pour rester la plus positive possible et donner à Pauline la force de croire qu’un avenir est possible. Les miracles existent : France veut y croire.

La tournée de Bercy est terminée et France Gall décide de créer un nouveau spectacle. Elle a compris qu’être sur scène et renouer avec son public était vital, c’était sa thérapie. Elle prévoit une série de spectacles à Paris, mais aussi en Belgique. Un spectacle plus joyeux qu’à Bercy. Si le manque de Michel Berger est toujours présent, la tristesse a laissé place à une sorte de nostalgie. Elle préfère se souvenir des jours heureux, et affiche désormais un sourire sur son visage. Elle confiera plus tard s’être « noyée dans la musique » après la disparition de Michel, pour surmonter cette épreuve que représente la vie sans son pygmalion.

Direction Los Angeles pour France Gall qui va vivre quelques mois sans ses enfants. Elle rêvait d’une épopée américaine, et va prendre beaucoup de plaisir durant cette période. Comme un second souffle ! Nous sommes en 1995. Elle enregistre l’album France, chante des chansons de Michel Berger customisées et s’entoure des plus grands musiciens. Dans sa somptueuse villa de Los Angeles, tout près de Malibu, la veuve de Michel Berger reprend petit à petit goût à la vie. Le soleil de la côte ouest américaine lui fait le plus grand bien, et les nombreuses rencontres qu’elle fait dans son quotidien lui apportent beaucoup de joie, et donnent de la couleur à ses chansons.

Retour en France, avec un nouvel album sobrement intitulé France. Malheureusement, alors qu’elle s’apprêtait à monter sur scène pour assurer la promotion de son nouvel album en France, elle découvre que l’état de santé de sa fille Pauline s’est nettement dégradé. La fiancée des Français culpabilise : elle réalise que sa fille a mal depuis des semaines, alors qu’elle prenait du bon temps au pays de l’oncle Sam. Certes, c’était nécessaire : France Gall avait clairement besoin de se reconstruire. Seulement voilà, son enfant avait besoin d’elle, et elle n’était pas là. C’est pourquoi elle va prendre une décision radicale. Hors de question de perdre une seconde de plus avec sa fille. Les médecins ne sont pas optimistes, et selon eux, il reste peu de temps à Pauline … C’est la raison pour laquelle France décide de mettre définitivement un terme à sa carrière de chanteuse. Pour cela, elle donne un concert privé sur la chaîne M6. Pauline mourra à la fin de l’année 1997, à l’âge de 19 ans. C’est un drame absolu pour la chanteuse qui se replie totalement sur elle-même. Pascal Obispo la contactera en 1998 pour lui proposer des chansons, mais elle ne donnera jamais suite …

En 2000, elle remonte sur scène aux côtés de Johnny pour chanter Quelque chose de Tennessee. Ce sera la dernière fois qu’elle chante sur scène. Médiatiquement parlant, elle ne fera plus d’apparition, ou presque. Elle fera parler d’elle en septembre 2002, lorsque les participants de la Star Academy chanteront Musique : la chanson de Michel Berger deviendra l’hymne de cette saison. De quoi contrarier France Gall qui se plaint auprès de la production de l’émission que la version de cette reprise ne correspond pas du tout à l’esprit de la chanson chantée par son défunt compagnon. Pour respecter la mémoire de Michel Berger, les apprentis chanteurs doivent alors retourner en studio pour enregistrer une nouvelle version.

Une longue période de deuil. S’isoler pour mieux se recueillir. Réapprendre à vivre sans son compagnon était déjà extrêmement difficile, mais comment vivre sans son enfant ? Sa fille adorée emportée à l’âge de 19 ans ? France Gall pointera de nouveau le bout de son nez le jour de l’anniversaire des 21 ans de la mort de Michel Berger alors qu’Europe 1 diffuse une interview dans laquelle elle annonce travailler à l’écriture d’un spectacle autour de Michel. Un projet qu’elle prépare depuis de longues années, et qui portera le nom de Résiste. Elle déclare que ce sont les femmes qui, depuis des années, lui demandent de créer ce spectacle et qu’après mûre réflexion, elle a décidé qu’il s’agissait du plus bel hommage qu’elle pouvait rendre à l’homme qu’elle a tant aimé : faire revivre cette chanson pour la nouvelle génération. C’est ainsi que le spectacle sera présenté Palais des Sports de Paris du 4 novembre 2015 au 3 janvier 2016, avant de partir en tournée en Belgique, en Suisse, et dans toute la France.

France Gall a rejoint le Paradis blanc !

Le 27 décembre au soir, Geneviève Salama, son attachée de presse publie un communiqué de presse suite à la révélation par un magazine du fait que la veuve de Michel Berger avait été hospitalisée.

Ainsi, afin de ne pas inquiéter les foules, l’attachée de presse de la star a tenu à préciser : « Dans un souci de toute transparence et pour mettre fin à cette déferlante, France Gall tient à informer ses amis, son public et les médias qu’elle a en effet été hospitalisée pour raison d’infection sévère et qu’elle est actuellement soignée. Cette annonce est dans le seul but que soit respectée sa vie à la mesure de sa discrétion et de sa pudeur. »

Ce n’est pas la première fois que l’interprète de Résiste se retrouve sous la surveillance des médecins. En février 2016 déjà, elle avait été hospitalisée dans ce même hôpital après avoir été victime d’un malaise. Les examens médicaux de la chanteuse avaient révélé des « résultats rénaux perturbés » ainsi que des indices « d’insuffisance cardiaque ».

C’est en avril 1993, neuf mois après la crise cardiaque qui a emporté Michel Berger, l’amour de sa vie, que France Gall découvre qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. L’horreur pour la chanteuse, qui doit aussi gérer la maladie de sa fille Pauline, atteinte de la mucoviscidose. Lors d’une interview donnée à Gala, la chanteuse avait raconté cette épreuve : devoir se battre contre tant de maladies, alors que la mort vient de s’abattre sur sa famille: « C’était un cauchemar quand je l’ai appris, comme tout le monde. En très peu de temps, on passe dans le monde de la maladie, des malades, c’est une autre planète. J’ai eu très peur. À l’annonce de la mort de Michel, j’ai ressenti une douleur dans le ventre, dans le corps, tellement forte, je me suis dit qu’elle devait ressortir d’une manière ou d’une autre. Mon cancer était la concrétisation de mon mal intérieur. » Prise en charge suffisamment tôt, France Gall avait été opérée avec succès le 22 avril 1993.

Hélas, après plusieurs semaines de lutte, France Gall a perdu sa bataille contre le cancer. Quelques jours avant sa mort, sa chargée de communication avait annoncé à l’AFP que la chanteuse s’était éteinte après avoir « défié depuis deux ans, avec discrétion et dignité, la récidive de son cancer ». Elle a rendu son dernier souffle dans les bras de son fils adoré, Raphaël Hamburger, et de son compagnon, Bruck Dawit.

L’hommage des célébrités

Hugues Aufray : « Je revois la petite fille, qui est avec son papa, qui vient me voir pour me présenter une chanson en 1959 », s’est souvenu Hugues Aufray en apprenant le décès de l’artiste. En effet, la première fois qu’il l’a rencontrée, France n’avait que 12 ans. Car oui, sa carrière avait démarré très tôt : « Très peu de temps après notre rencontre, en 1959, elle a commencé à devenir une véritable vedette avec ses premières chansons qui ont été des succès tout de suite » ! Il s’est aussi rappelé à quel point l’artiste avait un truc en plus : « Elle avait une voix de petite fille, elle chantait très juste avec une véritable naïveté. Je crois qu’elle était sincère absolument, elle n’a jamais joué aucun rôle. Elle était nature. Je crois que c’est ça, son succès : son naturel. C’était une petite jeune femme charmante, qui riait tout le temps ».

Karine Ferri : Karine Ferri et France Gall avaient un point commun : celui d’avoir toutes les deux perdu quelqu’un de la mucoviscidose. Pour l’animatrice de TF1, Grégory Lemarchal, son compagnon. Pour l’interprète de Si maman si, sa fille, Pauline. Alors, pour lui rendre un dernier hommage, la compagne de Yoann Gourcuff a publié une photo où elle pose avec la chanteuse.

En commentaire, Karine Ferri s’est souvenue du « doux moment » partagé avec cette dernière « le temps d’une interview pour RFM ». Elle a terminé son tweet en écrivant « Au revoir. Vous allez nous manquer ».

Jane Birkin : Lorsque Jane Birkin a perdu sa fille, Kate, après que cette dernière avait sauté du quatrième étage de son appartement parisien, elle a pu compter sur le soutien infaillible de France, qui a elle aussi connu le traumatisme de la perte d’un enfant ! Pourtant, les deux femmes ne se connaissaient pas ! Elles s’étaient croisées une fois, dans les années 80, mais ne s’étaient jamais fréquentées. En revanche, la fille de Jane Birkin était très proche de la compagne de Michel Berger, comme l’a confié la chanteuse anglaise dans son interview : “Kate, ma fille, la connaissait très bien. Elle me disait toujours: “Ah, tu aimerais bien France”, Lorsque Kate est morte, France a sonné à ma porte. Elle organisait des déjeuners, des dîners, des gens qui venaient avec des plats, très émus et très raisonnables à la fois. Quelque chose de solidaire. Elle a vécu tant de choses tristes. Elle avait ce charme particulier”. Puis, Jane a tenue à saluer ses chansons, mais aussi, son engagement humanitaire : “Elle était très discrète, mystérieuse. Elle ne se vantait pas des choses qu’elle faisait. Elle faisait les choses en douce. Je savais juste qu’en Afrique, elle s’occupait des gens sans moyens. Je n’arrive pas à l’imaginer morte … ».

Jenifer : Lorsque Jenifer a sorti son album hommage à France Gall, comportant des reprises des chansons de l’artiste, elle a assuré que cette dernière était au courant, et qu’elle avait validé le projet. Sauf que voilà, de son côté, France a assuré le contraire, lâchant en interview : « Elle raconte des bobards, je n’étais au courant de rien » ! Un clash qui avait conduit Jenifer à annuler sa tournée, et qui avait laissé des traces entre les deux interprètes qui ne s’étaient jamais plus reparlé. Seulement voilà, en apprenant la mort de cette artiste qu’elle respectait tant, la chanteuse corse n’a pu s’empêcher de publier un message sur son compte Facebook : « Une autre artiste majeure nous quitte, triste saison pour la chanson française. Mon respect éternel à France Gall. »

Emmanuel Macron et François Hollande : Comme il l’avait fait lorsque Johnny Hallyday nous a quittés, Emmanuel Macron a tenu à prendre la parole pour exprimer toute sa tristesse suite au décès de France Gall. Il faut dire que comme Johnny, la blonde était un emblème national, une artiste qui a su sans cesse se renouveler, traversant les époques grâce à sa sincérité et à &a générosité : « Elle laisse des chansons connues de tous les Français et l’exemple d’une vie tournée vers les autres, ceux qu’elle aimait et ceux qu’elle aidait », a écrit le président de la République sur son compte Twitter. Même son de cloche du côté de son prédécesseur François Hollande: « France Gall était une chanteuse lumineuse, qui a su donner sa voix aux plus grands auteurs, et notamment Michel Berger. Elle a fait de ses chansons des succès qui sont entrés dans notre patrimoine musical. »

Françoise Hardy : Elle était de trois ans plus âgée que France Gall, et pourtant, Françoise Hardy s’est toujours sentie toute petite aux côtés de l’artiste, tellement elle l’admirait.

Interrogée par Europe 1, elle a confié que France Gall avait amené quelques chose de différent dans la chanson française, et qu’elle était terriblement triste de savoir qu’elle était décédée : « J’étais vraiment une fan de France Gall. J’ai tous ses disques, j’allais la voir chanter à chaque fois qu’elle faisait une scène à Paris, je connaissais tout, pas par cœur, mais presque. »

Charles Aznavour : Sur le plateau de France 2, lors de l’émission hommage diffusée suite à la mort de la chanteuse, Charles Aznavour s’est souvenu des débuts de France Gall, alors que celle-ci ne souhaitait pas se lancer dans une carrière d’artiste. Il s’est rappelé que c’est son père qui l’avait encouragée à chanter, persuadé du talent d’interprète de sa progéniture : « Il avait amené sa fille à Bruxelles pour que je la pousse à chanter. Elle ne voulait pas chanter, mais lui trouvait qu’elle avait une voix merveilleuse. Heureusement, elle a finalement accepté de le faire, et elle a fait une carrière extraordinaire », a confié le chanteur avec émotion. « Elle est pour toujours dans le cœur des Français. C’est une grande perte »

Une dernière scène avec Johnny

Avec la disparition de France Gall, c’est l’esprit d’une génération tout entière qui s’éteint ! En effet, le 7 janvier dernier, la chanson française a perdu l’une de ses icônes. Et si ses tubes – Poupée de cire, poupée de son, Babacar, Cézanne peint, Si maman si… – resteront à jamais gravés dans les mémoires, beaucoup ont oublié que la chanteuse n’était pas remontée sur scène depuis plus de 17 ans ! Car après la mort de Michel Berger, et celle de sa fille Pauline, elle avait choisi de ne plus faire de scène, et d’arrêter de chanter. L’envie n’était plus là. Pourtant, elle était remontée sur scène une dernière fois, le 15 août 2000. Ce soir-là, elle avait chanté Quelque chose de Tennessee, l’un des plus grands hits de Johnny Hallyday, sur la scène de l’Olympia, main dans la main avec le rocker. Dans la version originale de cette chanson écrite par Michel Berger en hommage au dramaturge Tennessee Williams et sortie en octobre 1985, France Gall figure dans les chœurs avec son mari. Son duo avec Johnny Hallyday à l’Olympia a été sa dernière prestation sur scène.

À la mi-décembre 2017, France Gall qui combattait un cancer en secret depuis plus de deux ans avait été rattrapée par la maladie et hospitalisée suite à une infection sévère. Et forcément, si fragile, elle n’avait pas pu se rendre à l’hommage populaire du Taulier du rock, célébré le 9 décembre en l’église de la Madeleine. De toute façon, ses médecins l’en auraient empêchée, son état de santé était trop grave … Pourtant, l’artiste avait tenu à publier un long message en l’honneur de ce fidèle ami qu’elle a tant aimé : « Je suis infiniment attristée par l’annonce du départ de Johnny. Je salue l’artiste unique, l’ami fidèle. J’ai toujours été touchée par sa gentillesse, son charisme, sa voix irremplaçable et son sourire irrésistible. Je garde en moi 50 ans de souvenirs et d’amitié et plus particulièrement les instants inoubliables passés avec Johnny et Michel lors de leur rencontre artistique. Aujourd’hui, toutes mes tendres pensées se tournent vers Laeticia, David, Laura, Jade et Joy, Comme une étoile qui s’éteint dans la nuit sans un éclat de voix et sans un bruit. Ainsi disparut Johnny. »

Les secrets de France Gall

Terrifiée par un cheval / Alors qu’elle prenait la pose à Chantilly, dans le cadre d’un shooting photo réalisé pour le journal Mademoiselle Âge tendre, sur un splendide cheval de course, France Gall a eu la peur de sa vie ! En effet, lors de cette chevauchée banale, ce dernier a pris la fuite a près de 60 km/h ! Plutôt que de continuer cette folle chevauchée, elle avait préféré se jeter par terre. La chanteuse n’étant pas une grande cavalière, elle était terrifiée, forcément. Et elle avait le corps bien endolori. Suite à cet événement, elle a refusé d’approcher un cheval jusqu’à la fin de ses jours …

Sa phobie de la raie au beurre noir, et sa passion pour les œufs brouillés aux tomates / Le saviez-vous ? France Gall ne supportait pas ce plat bien spécifique qu’est la raie au beurre noir. Elle le détestait tellement qu’elle ne pouvait même pas en supporter l’odeur. Par contre, elle adorait les œufs brouillés aux tomates ! En interview, elle avait assuré qu’elle les préparait « génialement ».

Elle assortissait ses chaussures à la couleur des rideaux / Drôle, et pourtant, France Gall aimait que les couleurs soient coordonnées. D’ailleurs, elle avait pris l’habitude d’assortir ses chaussures de scène, durant ses concerts, à la couleur du rideau. Au fil des années, c’est devenu une sorte de superstition qu’elle n’a jamais oubliée. D’ailleurs, elle avait assuré en interview qu’elle ne pourrait tout simplement pas chanter si ces conditions n’étaient pas remplies.

Les clubs et les boites de nuit : sa phobie / France Gall était, comme Michel Berger, plutôt adepte de la carte de la discrétion. Tant qu’elle le pouvait, elle évitait les soirées mondaines, les tapis rouges, et les clubs. D’ailleurs, elle mettait un point d’honneur à ne se rendre dans aucune discothèque, contrairement à ses amis stars. Elle ne fréquentait jamais Chez Castel ni Chez Régine, pas plus que le Bilboquet ou le Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club, lieux tendance où les stars aimaient se retrouver des années 60 aux années 80.

Elle avait des problèmes pour s’endormir / Vous imaginiez que France Gall avait un sommeil de bébé ? Qu’elle s’endormait facilement, et que lorsqu’elle était dans les bras de Morphée, il était impossible de l’en sortir ? Et bien non! Pas du tout! Pour la blonde, s’endormir était un véritable calvaire. Si la maison n’était pas parfaitement silencieuse et surtout si la chambre n’était pas totalement noire, elle ne pouvait pas trouver le sommeil. De plus, le moindre bruit suffisait à la réveiller.

En Guadeloupe, elle est une grande star / Si France Gall est devenue une star en France, sachez qu’en Guadeloupe, tout le monde se levait sur son passage ! D’ailleurs, c’est de l’île sublime que venait la majeure partie de son courrier de fans !

Elle était accro à son kimono / France Gall aimait le Japon. Au cours d’un voyage, elle s’est même offert un kimono à fleurs, qu’elle avait pour habitude de porter constamment. Elle répétait à qui voulait l’entendre que ce kimono était le vêtement dans lequel elle se sentait le mieux !

Elle ne supportait pas l’avion / La chanteuse faisait partie des stars qui ne supportent pas l’avion. Et pour cause, un jour, elle a bien cru mourir dans les airs ! À l’époque, elle voyageait dans un petit biplace lorsque soudain, une tempête a éclaté. Le pilote a réalisé un atterrissage forcé, et l’avion s’est écrasé au sol, à 100 km/h. Horrible. Le pilote était assommé, mais France, elle, a survécu. Elle est sortie de l’accident indemne, avec seulement un œil au beurre noire.

Son cœur s’est arrêté de battre / Et oui, France Gall était une miraculée ! Lorsqu’elle s’est fait opérer des amygdales, alors qu’elle n’avait que 9 ans, son cœur s’est soudainement arrêté de battre. Les médecins se sont battus pendant près de deux heures pour la réanimer, et finalement, elle est revenue à la vie.

Elle est issue d’une famille de musiciens / Depuis toute petite, France Gall, née Isabelle Gall, a baigné dans l’univers de la musique. Son père, Robert, était un acteur, chanteur, compositeur, très connu du monde de la musique. Ce dernier a notamment écrit des chansons pour Charles Aznavour ou encore Édith Piaf. Mais ce n’est pas tout ! Elle avait aussi monté un orchestre avec Patrice et Philippe, ses deux frères, aux côtés desquels elle se produisait souvent sur scène.

Sa rupture avec Claude François a inspiré l’un des plus grands litres de la chanson française / Vous êtes sûrement au courant de l’histoire d’amour tumultueuse qui a existé entre France Gall et Claude François, et de leur rupture suite à la victoire de la chanteuse à l’Eurovision. Bien sûr, ils se sont rabibochés, détestés, séparés, de nouveau aimés, avant de se quitter pour de bon. Mais saviez-vous que cette rupture particulièrement douloureuse avait inspiré à Claude François l’un de ses plus grands tubes : Comme d’habitude.

Jean-Luc Godard a réalisé un de ses clips / En 1996, France Gall sortait un titre particulièrement puissant : Plus haut et elle voulait un clip qui ne le soit pas moins. Elle a alors demandé à Jean-Luc Godard de réaliser un clip vidéo à la hauteur de la chanson.

Babou, son surnom / Si vous avez bien suivi, Isabelle était son vrai prénom. Et son papa lui avait trouvé un surnom charmant, que tous les membres de sa famille, ses proches, ses amis, utilisaient : Babou. Un surnom qui ne l’a jamais quittée, et ce, jusqu’à sa mort.

Elle a failli être Alice au Pays des Merveilles / C’était dans les années 50 … À cette époque, France Gall était contactée par Walt Disney. Incroyable, mais vrai : le fondateur de la firme aux grandes oreilles n’était pas satisfait du résultat de son long-métrage Alice au pays des Merveilles. Musicalement parlant, le rendu n’était pas celui qu’il espérait. Alors, il a contacté France Gall pour qu’elle prête sa voix à son personnage onirique d’Alice. Étonnant, mais la chanteuse était très excitée par ce projet qu’elle a validé, et ce, alors qu’elle avait jusque-là refusé tous les autres projets cinématographiques qui lui avaient été proposés. Hélas, Walt Disney est mort, et le projet a été enterré lui aussi.

The Weeknd était fan de France Gall, et elle a inspiré Tarantino / Fait improbable : l’influence de France Gall a dépassé la France, et même, le Vieux Continent. D’ailleurs, la star canadienne The Weeknd a rendu hommage à l’artiste en reprenant la chanson Laisse tomber les filles, sur son opus Montréal. En 2007, le film de Quentin Tarantino Boulevard de la Mort avait déjà utilisé pour sa B.O. la reprise de cette même chanson avec une version d’April March intitulée Chick Habit (1996).

Ses histoires d’amour et ses ruptures ont inspiré des tubes / Quand on pense à France Gall, on pense aussitôt à son duo mythique, à la scène, comme à la ville, avec Michel Berger. Mais avant de rencontrer celui qui deviendra quelques années plus tard le père de ses enfants, la petite fiancée des Français a connu d’autres hommes. Claude François, ou encore Julien Clerc qui, lui aussi, s’est inspiré de leur séparation pour écrire un tube bien connu du grand public : Souffrir par toi n’est pas souffrir.

Elle a refusé un film de Michel Berger / La comédie musicale Disney, et l’épisode manqué suite à la mort de Walt Disney, auraient pu lui donner envie de devenir actrice, mais non. Elle n’a jamais trouvé de projet qui la faisait vibrer, et puis même, son job, c’est d’être chanteuse, voilà tout … En 1988, elle a même refusé de jouer dans un projet de film musical sur Michel Berger : « J’ai refusé de faire ce film à la grande tristesse de Michel parce que je déteste jouer la comédie. »

Côté crinière / « Petite, j’ai toujours rêvé d’être blonde aux yeux bleus alors que je suis châtain naturellement. Quand j’ai commencé ma carrière, j’ai tout de suite eu envie de changer de couleur et pendant plusieurs mois, j’ai éclairci petit à petit jusqu’à devenir très très clair, presque platine. »

Des lentilles pour sublimer ses yeux ? / « J’ai aussi essayé de porter des lentilles de couleur bleue, mais en fait je préfère mes yeux marron, je trouve que mon regard a plus de force au naturel. »

Ses odeurs préférées / « J’adore celle du jasmin, elle me rappelle les vacances que je passais petite à Vallauris, le village des potiers au milieu des champs de jasmin et où Picasso venait peindre tous les après-midi une jolie femme à la queue-de-cheval très haute. J’avais 6 ans … J’adore aussi celle du savon à l’œillet de Roger & Gallet qu’utilisait ma grand-mère, c’est un peu ma Madeleine de Proust.»

Mille et un parfum / « Dans les années soixante, j’étais dingue de « Agua di colonia fresca » et c’est aussi à cette époque que j’ai découvert tous les parfums de Guerlain qui restent à ce jour le Top pour moi, même si je n’en mets plus. Dans les années soixante-dix, arrive “Jungle Gardenia” que Sylvie Vartan portait. Hum ! c’est l’odeur de la Californie que je découvrais avec Michel. Et petit à petit, je me suis tournée vers des parfums masculins parce que finalement je n’aime pas les senteurs trop “fifilles”. J’ai commencé par “l’Eau du navigateur” de l’Artisan Parfumeur achetée à Saint-Barthélemy dans les années quatre-vingt. Ensuite tous les “Messieurs” y sont passés – Chanel, Guerlain, Saint Laurent, Armani, Dolce & Gabbana. En fait chez moi j’ai tout un tas de parfums que je choisis en fonction de la tenue, du temps, de l’humeur. Mais il m’arrive aussi de porter Chanel n°5. Quand je suis en Afrique, c’est différent. Là-bas, un flacon coûte un mois de salaire alors on parfume les maisons avec du tchourai, une pâte de fleurs et d’essences de fleurs que l’on fait brûler dans toutes les pièces. »

Son cadeau préféré / « Quand j’ai un cadeau à faire pour une amie, je vais à la boutique Shu Uemura et je lui compose une trousse complète – crayon, rouge à lèvres, fond de teint, pinceau, ombres à paupières – et je lui offre en la maquillant car j’adore maquiller les autres. C’est original, non, comme cadeau ! »

Le maquillage dont elle est accro / « Si je ne devais faire qu’une chose avant de sortir, ce serait colorer mes lèvres. Je les dessine au crayon après avoir appliqué une crème qui les repulpe, puis j’applique mon rouge à lèvres avec un pinceau et c’est parfait.»

Jamais sans mon vernis / « Quand je vivais à Los Angeles, j’adorais me faire les ongles blancs d’une main, et mettre du vernis noir sur l’autre. Aujourd’hui, il m’arrive de faire la même chose avec de l’orange vif et du rose fuchsia, mais en règle générale, j’aime les roses dragées, opalins, ou les teintes très foncées, comme le rouge noir de Chanel, ou les bleus et vert bouteille de Shu Uemura … Aujourd’hui, mes ongles sont turquoise. »

Son endroit préféré / « Quand j’en ressens le besoin, je vais faire une cure à l’Espace Henri Chenot en Italie. J’aime ce lieu et on en ressort vraiment régénéré. Sinon je crois aux principes de la chrono nutrition, une façon intelligente de se nourrir … »

Le bronzage, oui, mais pas trop / « J’adore être tannée, bien bronzée, mais je ne tiens pas plus de 10 minutes en place sur un transat parce que la chaleur et la luminosité m’agressent très vite. En Afrique, j’ai toujours un chapeau pour me protéger et je suis sans cesse à la recherche de l’ombre. »

Magazine : Info Dimanche Collection
98 pages consacrée à France Gall / Numéro spécial
Date : Mai / Juin / Juillet 2022
Numéro : 2
Éditeur : FRANCE QUOTIDIEN (Gérant : Robert Lafont) – 53, rue du Chemin Vert – 92100 Boulogne- Billancourt Directeur de la publication : Philippe Miot, contact@mmediapublication.fr – Distribution : MLP – Service de vente : IPRESS, Dominique BELLEVRAT – Impression : Mordacq (62) – (imprimé en France/printed in France) – Communication environnementale : Papier couverture : Origine du papier : France – Taux de fibres : recyclées : 0% – Certification : PEFC – Eutrophisation : 0.01 kg/tonne. Papier intérieur : Origine du papier : Allemagne – Taux de fibres : recyclées : 100% – Certification : PEFC – Eutrophisation : 0.003 kg/tonne.

France Gall

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France Gall a 16 ans, elle aime le jazz, les slows un peu tristes, le rythme des twisteurs américains ... C'est France Gall.
France Gall a 16 ans, elle aime le jazz, les slows un peu tristes, le rythme des twisteurs américains ... C'est France Gall.

En 1963, j’ai 14 ans, élève médiocre je maudis chaque jour ce Sacré Charlemagne qui un jour, inventa l’école.

Leçons de français, de mathématiques, l’enseignement dispensé au lycée Jean Puy de Roanne ne suscite guère mon intérêt qui batifole et s’égare sur des sentiers bien éloignés du célèbre théorème de Pythagore ou de formules algébriques rébarbatives.

Une adolescence quelconque guidée par la musique diffusée chaque fin d’après-midi par l’Oncle Dan dans notre émission fétiche « Salut Les Copains ». Johnny, Eddy, Dick, Sylvie, bien entendu, dont je conserve, tel un trophée, la précieuse dédicace offerte lors d’un récent passage au célèbre Palais des Fêtes de Roanne, situé à quelques encablures de la gare et du réputé restaurant étoilé Troisgros.

Un élan du cœur nuancé dès le 9 octobre 63, date où l’auditeur attentif découvre “Ne Sois Pas Si Bête” par une jeune interprète nommée France Gall, dont le patronyme n’est pas sans évoquer une rencontre sportive réputée. Une future “révélation” dont je m’empresse d’acquérir le disque Au Petit Mozart, Place du Maréchal Foch à Roanne.

“Elle a 16 ans, elle aime le jazz, les slows un peu tristes, le rythme des twisteurs américains … Elle chante depuis toujours pour son plaisir en s’accompagnant au piano ou à la guitare et prépare son premier disque depuis un an … “

Une invitation décidément séduisante pour découvrir le riche univers musical de cette nouvelle artiste qui s’illustra dès l’été 1961, à l’issue d’un concert de Vince Taylor, dans un club de l’île de Noirmoutier, La Potinière, en remportant un premier prix de danse en se trémoussant frénétiquement sur des rocks endiablés.

Un trophée peu goûté par ses parents qui découvrent, deux jours plus tard, sur le journal local la rayonnante jeune fille nantie d’une coupe en métal brillant ! Comme aimantée par la musique, on la retrouve également quelques mois plus tard au sein d’un groupe éphémère (constitué de ses frères jumeaux et de ses cousins), les Atlas, dans lequel elle défend avec brio et conviction les succès à la mode en prévision d’éventuelles prestations dans des surboums ou, pourquoi pas, sur les plages durant la saison estivale.

Un éveil artistique décidément précoce sans doute favorisé par sa famille qui lui enseigne dès son plus jeune âge les rudiments de la musique. Une discipline essentielle pour la famille Gall comme l’atteste le parcours atypique de son père, Robert Gall, tour à tour chanteur lyrique puis de variétés avant de se consacrer à l’écriture en troussant d’habiles couplets pour Magali Noël, Annie Cordy, Félix Marten, Edith Piaf, Hugues Aufray, Marie Laforêt sans oublier “La Mamma” pour Charles Aznavour, en 1963, qui lui apporte une évidente notoriété.

Volontiers fantasque, amateur des derniers gadgets à la mode qui apparaissent sur le marché, il semble alors noyer son inquiétude chronique dans des plaisirs frivoles tout en nouant une évidente complicité avec sa fille qu’il entraîne volontiers dans des sorties nocturnes au détriment d’une scolarité plus en accord avec son jeune âge. Plus discrète, sa mère, Cécile Berthier, est la fille de Paul Berthier, cofondateur de la Manécanterie des Petits Chanteurs à la Croix de Bois. Virtuose du violoncelle, elle semble pallier l’absence de son mari dont l’inspiration insouciante et colorée favorise néanmoins de nombreux cachets dans divers cabarets parisiens sous l’œil amusé de la fillette délurée qui découvre prématurément les coulisses du Paris By Night.

Isabelle : un “bébé d’amour”

Que retenir de cet automne 1947 où l’on écoute à la radio Patrice et Mario, Charles Trenet, Edith Piaf, Georges Ulmer ou encore Bourvil avec le souriant “A Bicyclette”.

Un automne clément où l’on relève des records de températures relatés dans la presse quotidienne soucieuse de suppléer à une actualité décidément très discrète qui ne s’attarde pas, le jeudi 9 octobre, à la naissance avenue du Général Bizot à Paris, d’un futur “bébé d’amour”, enregistré à l’état-civil sous le nom de Isabelle, Marie, Anne, Gall. Un évènement qui comble la famille Gall après la naissance de jumeaux Patrice et Philippe en mai 1946. Une fillette très éveillée qui étudie dès l’âge de cinq ans le piano tout en s’adonnant avec ses frères à son sport favori : le football. Une véritable passion pour Isabelle consacrée meilleure joueuse de son lycée.

Scolarisée au lycée Paul Valéry elle se montre volontiers dissipée et peu concernée par les études qu’elle abandonne finalement en novembre 1963. Une décision sans doute encouragée par son père qui semble percevoir, au fil de leurs sorties nocturnes, un élan artistique en gestation confirmé durant les vacances de Pâques où elle enregistre au studio des Champs-Élysées : “Parce Que Tu Sais”, “Il A Le Truc”, “Donne Tes Seize Ans” et “Ne Boude Pas” d’après “Take Five” de Dave Brubeck.

Une maquette réussie qui retient toute l’attention de Denis Bourgeois, fondateur des Éditions Musicales Bagatelle et directeur artistique chez Philips qui, sous la houlette de Jacques Canetti, a signé Serge Gainsbourg en 1958.

Une audition chez Philips est finalement retenue pour le jeudi 11 juillet 63, au studio des Champs-Élysées. Isabelle y défend avec conviction trois titres issus de sa maquette étoffés de “Pardonne-Moi De Vivre” (demeuré inédit) et “J’Entends Cette Musique”, un adagio composé en 1945 mais publié en 1958 par Remo Giazotto, attribué à tort à Tomaso Albinoni. Un titre parolé par Robert Gall dont on peut apprécier le texte limpide d’une pureté absolue.

Accompagnée par Alain Goraguer (piano), Léo Petit (guitare), Christian Garros (batterie) et Pierre Michelot (contrebasse), elle semble prendre confiance au fil des morceaux et place sa voix encore fragile “qui révèle un sens inné du rythme et un swing naturel”.

Contrat en poche, notre future Lolita, que n’aurait pas reniée Vladimir Nabokov, peut enfin poursuivre ses vacances à Noirmoutier avant de rejoindre début septembre les studios pour enregistrer son disque.

Première désillusion, son prénom Isabelle est en concurrence directe avec une vedette du label Philips, Isabelle Aubret, dont le succès n’est plus à démontrer.

Après bien des discussions, le nom de France Gall est finalement retenu, au grand dam de cette dernière, en clin d’œil au célèbre match de rugby qui oppose chaque année les deux pays dans le cadre du Tournoi des Cinq Nations.

Une rencontre remportée en 1963 par la France au stade olympique Yves-du-Manoir de Colombes.

Le titre Ne sois pas si bête est une adaptation par Pierre Delanoë du titre Stand a Little Closer interprétée plus tôt en 1963 par The Laurie Sisters.

Ne sois pas si bête

Orné d’un superbe visuel signé Jacques Aubert, c’est en novembre que l’on découvre le premier opus de France Gall, encore brune, avec en titre phare l’adaptation de “Stand A Little Closer” des Lauries Sisters, devenu sous la plume de Pierre Delanoë : “Ne Sois Pas Si Bête”.

Un titre qui traduit avec pertinence l’éveil sentimental des adolescentes. “Ça Va Je T’Aime” (paroles françaises de Claude Carrère et André Salvet), “J’Entends Cette Musique” (Robert Gall/Jacques Datin) et “Pense A Moi” (R. Gall/J. Datin) calqué sur “Take Five” de Dave Brubeck, complètent ce 45 tours orchestré par Alain Goraguer et produit par Denis Bourgeois, qui se hisse fin novembre à la 44e place du hit-parade de l’incontournable Salut Les Copains.

Un essai réussi comme le relate avec ferveur Le Progrès de Lyon en décembre : “une vraie jeune fille, rieuse, insouciante, sans problème et vivant chez ses parents, telle est France Gall dont on espère faire une vedette de la chanson, bien qu’elle n’ait encore que seize ans. Son père Robert Gall est aussi l’auteur de “La Mamma” ; immédiatement séduit par la voix de sa fille, dont le registre est très étendu, il lui écrivit deux chansons. Pour l’une d’elle, France avait une idée : faire mettre des paroles sur le fameux adagio d’Albinoni, devenu grâce à Robert Gall “J’Entends Cette Musique”.

Cet adagio 64 correspond précisément au caractère d’interprète de France Gall dont la voix et le style témoignent d’un moderne romantisme, frais et tendre.

Pour France la chanson est encore un jeu passionnant mais la musique sous toutes ses formes : classique, moderne, jazz l’a toujours passionnée, “surtout le jazz, dit-elle, car avec mes deux frères jumeaux qui jouent de la guitare on joue ensemble, on chante, on danse mais aussi nous jouons au football. Quand je suis seule, je lis les romans de la Comtesse de Ségur ou je m’amuse avec mon petit chat car j’adore les animaux.”

Grâce à son père, aux amis musiciens de la famille, dont le jazzman Alain Goraguer auteur des arrangements, et aux meilleurs techniciens de prise de son, ce premier disque, particulièrement soigné, atteint une qualité technique et artistique rarement accordée à une débutante !

Une débutante que les téléspectateurs découvrent enfin le lundi 10 février 1964 dans l’émission de Jean-Christophe Averty : “Les Raisins Verts”. Une émission souvent décriée mais appréciée pour les prouesses techniques de sa réalisation futuriste.

N’écoute pas les idoles

En mars 1964 est commercialisé le second 45 tours de France Gall proposé sous deux pochettes avec “Ne Dis Pas Aux Copains” (Maurice Tézé/Guy Magenta), “Les Rubans Et La Fleur” (Robert Gall/André Popp), “Si J’Étais Garçon” (Pierre Cour/Jean Claudric) et en titre principal “N’Écoute Pas Les Idoles” signé par Serge Gainsbourg. Un hit fédérateur qui flirte très rapidement avec le succès peu après une nouvelle incursion télévisée, le 12 mars, dans” Top A Jean-Pierre Cassel”, concocté par les ingénieux Maritie et Gilbert Carpentier.

Une émission qui lui ouvre les portes de la presse nationale à l’image de Paris Match consacrant dans son édition du 21 mars un article enthousiaste à la jeune chanteuse :

“Gardons-nous du néopaganisme, mes bien chers frères, gardons-nous de l’idolâtrie. Suivons plutôt l’exemple de cette jeune fille que vous avez vue à la télévision. Elle a seize ans, elle est chanteuse, la providence l’a placée sur un piédestal, d’où elle eût pu, comme tant d’autres, célébrer à l’envi les louanges de Satan. Au lieu de cela, elle a choisi de chanter la vertu et la simplicité. “N’Écoute Pas Les Idoles”, tel est le titre de sa récente chanson à succès. Telle est France Gall, “l’idole-anti” au seuil de sa carrière. Le papa a écrit “La Mamma”, le grand-père a lancé les Petits Chanteurs A la Croix de Bois … toute une famille veille désormais sur la petite dernière dont la voix acidulée nourrit tous les espoirs face à ses concurrentes.” Plus nuancés, ses débuts sur scène, où elle est accompagnée par Patrick Samson et les Phéniciens, se déroulent à l’Ancienne Belgique de Bruxelles, le vendredi 10 avril, en lever de rideau de Sacha Distel.

Une brève prestation qui révèle quelques faiblesses et maladresses, d’où sifflets et quolibets de la part du public acquis de Monsieur “Scoubidou”.

“La première fois que j’ai chanté sur scène, à L’Ancienne Belgique je chantais faux, j’avais trois titres, j’ai tout chanté faux ! J’avais un trac épouvantable que j’ai par la suite appris à gérer, à dominer mais cette série de galas a été une rude épreuve malgré la gentillesse de Sacha Distel qui m’encourageait à poursuivre” confiait-elle en mars 2015 à Christophe Giltay sur RTL.

Un revers vite oublié avec la parution en mai d’un nouvel EP d’inspiration plus jazzy comme le démontre “Jazz A Gogo” signé Robert Gall/ Alain Goraguer. Une réussite selon le magazine des mélomanes Diapason “avec une incursion dans un domaine plus sérieux où elle va puiser ses notes dans des aigus insoupçonnés” tout en évoquant par ailleurs “l’entrain communicatif de son jeune répertoire composé d’agréables mélodies dans le vent : “Mes Premières Vraies Vacances” (Maurice Vidalin/Jacques Datin), “Soyons Sages” (R. Gall/G. Magenta) et “La Cloche” (adapté par A. Salvet) qui bénéficie d’un scopitone coloré réalisé par Jean-Marie Isnard, mettant en valeur sa douce frimousse juvénile.

Le gala de Couhé

A la Une du magazine Salut Les Copains en juillet portant un tee-shirt à l’effigie de son signe astrologique, la jeune notoriété de France Gall semble peu à peu s’épanouir, le dimanche 5 juillet, avec le gala de la CGT, à Montreuil, où elle côtoie Lucky Blondo, Danyel Gérard, Eddy Mitchell et les Fantômes. Une brève prestation avant de figurer en tête d’affiche le dimanche 9 août 1964 au grand Meeting aérien de Couhé qui propose de très nombreuses attractions et un grand gala de variétés.

Située au sud-ouest du département de la Vienne, cette charmante cité féodale compte alors 1948 habitants heureux d’assister à cette grande fête aérienne organisée par l’union des commerçants et artisans dont le dynamique Jean-Pierre Lemasson qui se souvient avec nostalgie du déroulement de ces festivités.

“Accompagnée de ses parents et de ses frères qui géraient l’installation du matériel, France Gall portait une légère robe blanche évasée et accepta volontiers de se soumettre à quelques photos à proximité de l’Hôtel du Château de Couhé. Une jeune fille toute simple et très abordable qui avait la lourde tâche de terminer le gala de variétés où se succédaient Joël Holmès, Jacques Courtois et sa marionnette Omer, Jean Valton, Michelle Sarna et Pierre Wells.

Soutenue par les Gimmics (Patrick Samson), elle était très à l’aise sur scène mais impressionnée par le public, estimé à environ 500 personnes, qui lui réserva de chaleureux applaudissements.

Son répertoire sur scène n’était encore pas très étendu, une dizaine de chansons tout au plus dont “N’Écoute Pas Les Idoles” ou le romantique “Christiansen” dont elle réserva la primeur au public de Couhé conquis par sa disponibilité et sa gentillesse.”

Un pari très audacieux, se souvient Jean-Pierre Lemasson, car “elle était encore une débutante et remplaça Hugues Aufray qui était pressenti pour animer ce gala se déroulant en soirée sous un immense chapiteau érigé place du Champ de Foire”.

Ce super 45 tours contient les titres Laisse tomber les filles, seconde chanson écrite et composée par Serge Gainsbourg.

Laisse tomber les filles

Sur un riff de guitare alerte de Léo Petit c’est début août que l’on découvre le tonique “Laisse Tomber Les Filles” dont le leitmotiv lancinant est un gage de succès.

Un conseil inattendu formulé avec une certaine ironie par Serge Gainsbourg, très inspiré par la jeune interprète, dont la blondeur illumine un film scopitone réalisé par Gérard Sire.

“Christiansen” (M. Vidalin / J. Datin), “On T’Avait Prévenue” (R. Gall/Vline Buggy/ Guy Magenta) et “Le Premier Chagrin D’Amour” (R. Gall/C.-H. Vic) complètent ce nouvel opus orchestré par le fidèle Alain Goraguer et évoqué en septembre par Salut Les Copains consacrant à “Babou” un long article intitulé “Une escale au Pays de Gall” lequel s’attarde longuement sur son séjour estival à Noirmoutier où elle s’adonne volontiers aux plaisirs de la plage entre deux répétitions avec son groupe attitré : Patrick Samson et les Phéniciens.

Une brève récréation relatée avec lyrisme par Roland Gaillac surpris par le tempérament insouciant, voire désinvolte, de la jeune idole classée deuxième au grand référendum annuel de Salut Les Copains dominé par Sylvie Vartan.

Illustré par Jean-Marie Périer, le ton enjoué de ce reportage laisse néanmoins deviner son implication artistique tout en accordant une totale confiance à Serge Gainsbourg même si, sur son dernier disque, elle préfère “On T’Avait Prévenue”, “enregistré dans un style très américain” ! Son seul regret : “ne pouvoir se rendre comme chaque année dans l’Yonne, aux confins de la Bourgogne, à Pourrain, dans la propriété familiale.” Une petite bourgade animée de 900 habitants qui a bercé son enfance et où plusieurs de ses ancêtres ont exercé le mandat de maire.

Le tour de France

Désormais accompagnée par les Français de Mat Camison qui succèdent aux Phéniciens de Patrick Samson, c’est dans le cadre d’un grand Gala aux Etoiles, imaginé par Roland Hubert, que nous retrouvons notre douce égérie à l’affiche d’un opulent programme où se succèdent Michel Gaillard, George Holmes, Audrey, Claude Ciari et Richard Anthony.

Un programme de choix débuté le 29 octobre au Grand Théâtre de Limoges avec des escales à Châteauroux, Périgueux, Toulouse, Rodez, Castres, Narbonne … qui, chaque soir, recueille tous les suffrages du public. L’occasion également de découvrir dans le luxueux programme édité à cette occasion, outre un rappel discographique, une bien jolie dédicace de Françoise Hardy :

“Encore une fille qui a gagné ! France Gall fait partie de ces jeunes filles qui savent gagner. La première fois que j’ai entendu “Ne Sois Pas Si Bête” j’ai trouvé cette chanson charmante et surtout il m’a semblé que la voix fraîche qui l’interprétait allait nous apporter quelque chose de neuf, d’important : une vraie gaieté. Par la suite “N’Écoute Pas Les Idoles” et “Mes Premières Vraies Vacances” vinrent confirmer cette attente.

France Gall n’est-elle pas à présent l’une des plus gentilles, des plus talentueuses vedettes féminines de la chanson. Grâce à son charme (qui est évident) et à ses mélodies, elle aura encore longtemps, j’en suis sûre, un bien agréable succès.”

Un succès qui semble d’ailleurs se conforter en décembre avec “Sacré Charlemagne”, vendu à plus de deux millions d’exemplaires mais qui se révèle un véritable cauchemar pour France qui tente, en vain, d’interdire la publication de ce disque plus spécialement destiné aux enfants. Ce que confirment les trois autres chansons : “Au Clair De La Lune” (R. Gall/A. Goraguer), “Nounours” (M. Tézé /G. Magenta) et “Bonne Nuit” (R. Gall/Alain Goraguer).

Ce fils de Pépin le Bref lui donne décidément beaucoup d’ennuis, aussi c’est bien volontiers qu’elle maudit, avec aigreur, ce “Sacré Charlemagne” qui, un jour, inventa l’école ! Un titre qu’elle s’efforce d’oublier mais vite sollicité par le public de l’Olympia lors d’un Musicorama, le mardi 12 janvier 1965, aux côtés de Ria Bartok, Baris Manço, Claude Ciari, les Missiles et Adamo puis celui de la province qu’elle retrouve dès le 14 février au Théâtre municipal de Douai en première partie de Richard Anthony.

Présentée par le fantaisiste Michel Gaillard, la presse se montre unanime et élogieuse pour saluer la prestation de France Gall comme le relate Paris Normandie lors de l’étape au Havre, le dimanche 7 mars, où deux représentations sont prévues. “Si Richard Anthony, tête d’affiche de ce gala, fut à la hauteur de sa réputation, France Gall, par son charme évident et ses jolies mélodies, a obtenu un bien agréable succès. Malgré son jeune âge, elle possède déjà une présence indiscutable sur scène, ce qui est un atout supplémentaire pour cette chanteuse. En interprétant d’une voix fraîche “Laisse Tomber Les Filles”, “N’Écoute Pas Les Idoles”, “Christiansen”, “Jazz A Gogo”, “La Cloche”, “On T’Avait Prévenue” et “Sacré Charlemagne”, elle a montré qu’elle apportait quelque chose de nouveau et une vraie gaieté (… ) chaperonnée par son papa, célèbre auteur de “La Mamma”, les Gall constituent l’entreprise familiale française type : papa écrit et fifille chante. Cette famille est décidément bien sympathique.

Dans les coulisses, le papa rythme du pied les refrains et tend à la douce interprète de 17 printemps un verre d’eau fraîche suite aux vocalises de “Jazz A Gogo”.

Une vraie performance vocale et scénique plébiscitée par les Havrais de toute tendance.”

Lille, Roanne, Bourges, Aix-en-Provence, Toulon, Avignon, Marseille, Montpellier et Nice figurent également sur la feuille de route de ce long périple qui prend fin le jeudi 8 avril au Grand Casino d’Alès.

L’eurovision

En marge de cette tournée marathon, c’est le samedi 20 mars que nous retrouvons France Gall, à Naples, où elle représente le Luxembourg lors du dixième Concours de l’Eurovision de la chanson qui oppose 18 pays dont la France où un jury a dû départager, lors de longues éliminatoires, 55 concurrents. Un choix difficile qui sourit finalement à Guy Mardel (qui se classa troisième de ce Concours avec “N’Avoue Jamais”), face à de nombreux candidats éconduits : Michèle Torr, Fauvette, Franck Fernandel, Jean-Claude Damai, Lisette Jambel, Christine Fontane, Sophie Darel, Marjorie Noël, Jacqueline Danno …

Malgré quelques incidents lors des répétitions, France Gall est proclamée lauréate de cette compétition avec le tonique “Poupée De Cire, Poupée De Son” signé par Serge Gainsbourg, très inspiré de la Sonate pour piano N°1 en Fa mineur, opus 2/1 de Ludwig van Beethoven.

Un succès planétaire pour notre jolie poupée blonde dont la joie est ternie par sa relation sentimentale houleuse avec Claude François qui perçoit mal sa victoire.

Une liaison tenue secrète tout en louant dans la revue Music-Hall, avec une innocence convenue, les vertus de la famille : “Je suis une jeune fille sage, entre mes galas je sors très peu sauf pour faire des courses ou aller à mes cours de chant chez Jean Lumière. Le soir, dans mon lit après dîner, je lis mon courrier ou encore “La Petite Fadette”, “Le Grand Meaulnes” … fini les livres pour enfants car je suis une grande fille maintenant.”

Déposé à la SACEM le 18 février 1965 puis enregistré au studio Blanqui à Paris, c’est début mars que “Poupée De Cire, Poupée De Son” est commercialisé avec une superbe photo de Patrick Bertrand, ami de longue date. Un texte fluide, limpide, alliant avec élégance la métaphore ; tous les ingrédients semblent réunis pour découvrir “sous le soleil de ses cheveux blonds” notre adorable “poupée de son”. Le 45 tours nous offre, par ailleurs le jazzy “Le Cœur Qui Jazze” (Robert Gall/Alain Goraguer), le mélancolique “Un Prince Charmant” (M. Vidalin/J. Datin) et !’enjoué “Dis A Ton Capitaine” (Guy Magenta/M. Tézé). Un titre que l’on retrouvera en 1966 en fond sonore du film policier de Pierre Schoendoerffer : “Objectif 500 Millions”.

Le grand cirque de France

Avec un cachet d’un million d’anciens francs par gala et afin de répondre aux attentes d’un public de plus en plus nombreux, c’est sous un vaste chapiteau de 4 000 places que se déroule dès le mois de juin la tournée estivale de notre “ange blond”.

Une lourde infrastructure nécessitant huit semi-remorques et plus de vingt employés chargés de la logistique du “Grand Cirque de France”.

Une décision qui semble guidée par une météo capricieuse relate Jours de France évoquant, en juillet, la rapide ascension de France Gall et sa belle notoriété acquise au fil de ses enregistrements dont le récent “Attends Ou Va-T’en”, sorti le 7 juillet, qui confirme sa fructueuse collaboration avec Serge Gainsbourg. Au menu de ce nouveau disque “Mon Bateau De Nuit” (Pierre Delanoë/A.Goraguer), “Et Des Baisers” (Robert Gall/Alain Goraguer) et “Deux Oiseaux” (Robert Gall/André Popp).

Relaté par Yves Salgues, ce reportage nous permet, par ailleurs, de mieux cerner l’univers de notre gracieuse “poupée blonde”.

“Si son équipe n’est ni la plus dispendieuse ni la plus pléthorique du music-hall contemporain elle est assurément la plus zélée, la plus sensible, la plus affectueuse en un mot car la réussite de France est celle d’une famille unie, la tribu Gall rassemblée autour de son enfant chérie. Dans le quartet instrumental qui accompagne France, aux côtés de Mat Camison (organiste), on trouve Guy (guitare solo), Rachid (batterie) et désormais son frère Philippe Gall à la basse.

C’est également Philippe qui conduit l’Austin Cooper, bleu turquoise, que France utilise pour ses déplacements. La mère supplée la secrétaire quand il s’agit de répondre à l’envahissant courrier que reçoit sa fille. C’est elle également qui a choisi la robe de scène de France. Une robe légère, au décolleté rond, taille princesse, légèrement évasée avec les plis partant de la poitrine. Pour apporter une note de fantaisie, Madame Gall en a fait exécuter des copies dans tous les tons de l’arc-en-ciel : orange, rose, indigo … Cependant le vrai ton, le ton quotidien est donné par Robert Gall, heureux parolier pour Edith Piaf et de la fameuse “Mamma” pour Charles Aznavour. Affirmer qu’il est un père prenant son rôle au sérieux serait trop peu : c’est un moderne patriarche, installé à la tête de la tribu comme un roi sur son trône. Personnage omniprésent, les fonctions de Monsieur Gall sont multiples et vont de celle de poète à celle de cerbère vigilant en étant chargé de protéger sa fille face au débordant enthousiasme de certains fans. En Maurice Tézé, le directeur artistique de Sacha Distel, Robert Gall a su trouver pour sa fille l’imprésario idéal, aussi compétent qu’honnête et dévoué (…) Le rideau s’ouvre. France prend place devant le micro. Un silence d’église règne aussitôt dans la salle. On l’écoute avec ferveur. C’est là son miracle grâce en partie à un répertoire éclectique où alternent jazz et yéyé.”

“Laisse Tomber Les Filles”, “Christiansen”, “Sacré Charlemagne”, “La Cloche”, “Attends Ou Va-T’en”, “Poupée De Cire, Poupée De Son”, “Jazz A Gogo” … autant de titres qui swinguent au son de la voix acidulée d’une réelle musicienne. Sa présence sur scène sait charmer le public à l’image de la grande Fête de l’Humanité qui se déroule au Havre le 4 juillet face à 15 000 personnes heureuses d’applaudir de multiples attractions dont les Frères Ennemis, Jack Merville, Little Bob et ses Red Devils, France Gall et Serge Lama. De nature plus modeste, un gala au Puy-en-Velay le 10 août semble également recueillir tous les suffrages et la totale approbation du quotidien L’Éveil De La Haute-Loire narrant avec lyrisme la prestation de notre blondinette lors d’un concert au Théâtre de Verdure, organisé par le comité des fêtes, où se succèdent en première partie Pierre Provence, Michel Mallory et Michel Paje. “Jolie poupée blonde, toute simple dans une robe blanche très sage, telle est apparue hier soir France Gall aux 940 spectateurs venus l’applaudir au Théâtre de Verdure du jardin Henri Vinay. Pour le public, les oreilles encore bourdonnantes des sons électriques d’une première partie très “dans le vent”, cette voix fraîche et limpide fit l’effet d’une rosée d’août sur un champ brûlé par l’été. France Gall apportait avec la jeunesse de ses 17 ans sa gentillesse, sa fraîcheur, ses chansons, ses inflexions chaudes et profondes qui ne laissent insensibles aucun garçon un soir de pleine lune quand “Christiansen” dort sur le sable. Les douze chansons interprétées hier soir par France Gall composaient un programme où se mêlaient la tendresse (“Le Prince Charmant”), la fantaisie (“Sacré Charlemagne”), le rythme (“Jazz A Gogo”, “N’Écoute Pas Les Idoles”, “Laisse Tomber Les Filles”, “Et Des Baisers”), la variété (“Les Rubans Et La Fleur”, “La Cloche”) et enfin le style d’une véritable identité artistique : “Poupée De Cire, Poupée De Son”. Une première grande tournée, soulignait par ailleurs le journaliste, de 70 dates où elle devra accomplir 28 000 kilomètres ! Cette escale au Puy-en-Velay précédant dès le lendemain une représentation sous chapiteau à la cité des Ducs de Savoie : Chambéry. Un périple épuisant débuté en juin à Strasbourg qui se poursuit jusqu’au 6 septembre avec des étapes à Nîmes, Frontignan, Palavas, Quillan, Gardanne, Sanary …

Le temps de la rentrée

Publié en septembre 1965, peu après son marathon estival, sur son huitième microsillon “Le Temps De La Rentrée”, signé Robert et Patrice Gall, traduit malgré son tempo alerte une certaine mélancolie latente en phase avec ses préoccupations sentimentales. Une mélodie vite oubliée au profit de “L’Amérique” d’Eddy Marnay et Guy Magenta qui s’impose rapidement à l’hitparade en dépit des clichés racoleurs avec “effluves de country pour évoquer d’une voix criarde les Etats-Unis. Une chanson en forme de dépliant publicitaire pour agence de voyages” notera avec humour Jean-Éric Perrin dans son récent ouvrage : “France Gall de Baby Pop à Résiste”.

“On Se Ressemble Toi Et Moi” et « Nous Ne sommes pas des anges » complètent ce disque sans toutefois retrouver la vitalité et la qualité de ses précédents enregistrements. Notons pour l’anecdote que le tonique “Nous Ne Sommes Pas Des Anges” aurait été initialement proposé à Barbara et enregistré en re-recording sur la bande instrumentale arrangée pour France par son orchestrateur attitré Alain Goraguer en vue de l’édition, le 1er avril 1966, d’un album gag, produit par Claude Dejacques, où les vedettes du label Philips échangeraient leurs succès.

Un concept décalé hélas remisé aux oubliettes qui nous aurait permis de découvrir “Jolie Môme” par France Gall, resté inédit.

Le regretté biographe Gilles Verlant note par ailleurs que Barbara a bien enregistré “Nous Ne Sommes Pas Des Anges”, finalement publié en 2012 sur son intégrale, mais diffusé à la radio dès décembre 1969 lors de l’émission “Le Cahier De La Chanson”. Une petite énigme discographique qui n’altère en rien l’actualité féconde de notre jeune vedette que l’on retrouve du 31 octobre au 14 novembre au Salon de l’Enfance de la Porte de Versailles, puis Lyon, début novembre, au Théâtre des Célestins pour 3 concerts avant de s’envoler pour le Japon où “Poupée De Cire, Poupée De Son” caracole en tête des ventes de disques avec plus de 300 000 exemplaires écoulés en quelques mois.

Baby pop

Publié en janvier 1966 son nouveau disque nous propose “Baby Pop” (S. Gainsbourg), “Faut-Il Que Je T’Aime” (M. Vidalin/J. Datin), “Cet Air-Là” (R. Gal/ A. Goraguer) et “C’Est Pas Facile D’Être Une Fille” (Pierre Delanoë/Guy Magenta/J.P. Bourtayre). Bénéficiant d’un scopitone réalisé par Alain Brunet, “Baby Pop” renoue avec le succès en dépit d’un texte teinté de désespoir. Un texte qui semble plaire à notre douce égérie, dénonçant dans Jours de France le mixage trop aigu “qui lui donne une voix criarde de crécelle” !

C’est en Belgique qu’elle offre la primeur de ce nouveau titre lors d’une série de concerts du 12 au 26 janvier, à !’Ancienne Belgique, en première partie de Hugues Aufray. Ce dernier évoquant en janvier 2018 au micro d’Europe 1 le souvenir d’une fille charmante, d’une très grande simplicité, qui avait un grand talent. “Elle chantait parfaitement juste avec une voix qui ne cherchait pas à faire des prouesses techniques. Elle n’était pas véhémente, pas agressive et elle ne cherchait pas à jouer les stars. Son répertoire était certes inégal car imposé, aussi elle devait se soumettre sans broncher aux choix de son manager. Ce profil de Lolita l’amusait sans doute mais en fait elle était très pudique, voire innocente.”

En mars retour au studio Blanqui où toujours sous la houlette d’Alain Goraguer, quatre nouveaux morceaux sont enregistrés.

Le romantique “Quand On Est Ensemble” (R. Gall/Roger Berhier/Franck Pourcel/ Raymond Lefèvre), les dispensables “Ça Me Fait Rire” (M. Vidabn/J. Datin), “Je Me Marie En Blanc” (Jean Dréjac/Jean Wiener) et les sulfureuses “Sucettes” concoctées par un habile “Pierrot Gourmand”, nommé Gainsbourg, dont la plume coquine batifole avec aisance sur de gouleyantes confiseries au parfum de scandale qui ne tardent pas à provoquer la colère de “Babou”.

“Avec “Les Sucettes”, Serge s’est trompé, la chanson n’était pas à l’image de mon caractère.

J’étais très pudique et je l’ai chantée avec une innocence dont je me vante (…) en fait, je pensais chanter l’histoire d’une petite fille, genre Sophie chez la Comtesse de Ségur qui adore les sucreries (…) par ailleurs, je savais que Serge raffolait des doubles sens (…) mais bon j’adorais la mélodie et je lui ai donc fait confiance, tout comme à mon équipe” (propos recueillis par Gilles Verlant).

Publiées en mai, “Les Sucettes” suscitent de nombreuses réactions, parfois violentes, qui écornent momentanément son image de candeur sans toutefois pénaliser un indéniable succès au hit-parade de Salut Les Copains puis à la télévision sous l’œil bienveillant de dame censure qui semble se délecter des sucettes pimentées au parfum de gingembre sans piper mot !

Le constat d’une évidente trahison pour France Gall que l’on retrouve néanmoins le dimanche 5 juin à J’affiche d’un grand gala en plein air dans la banlieue marseillaise, à Septèmes-les-Vallons, au parc ombragé de Fabrégoules.

Un spectacle organisé par la CGT qui draine de très nombreux spectateurs heureux d’apprécier un plateau attractif composé de Mireille Avril, Ramuncho, France Gall et Richard Anthony. Jeune révélation régionale, Mireille Avril, que l’on retrouvera en première partie de Johnny aux arènes d’Alès et de bon nombre d’artistes :

Sacha Distel, Claude François, Claude Nougaro, Enrico Macias …, se souvient avec précision de ce concert qu’elle débutait : ”Accompagnée de son père omniprésent, France Gall n’était pas d’une nature très expansive. Timide, réservée elle s’exprimait peu en coulisses mais sur scène elle était comme métamorphosée et gagnait au fil de ses chansons la totale approbation du public grâce à un répertoire qui alternait belles mélodies et titres plus enjoués dont “Poupée De Cire, Poupée De Son.”

Un souvenir bien ancré dans la mémoire de notre talentueuse vedette provençale, très courtisée dans le sud de la France, évoquant par ailleurs que cette prestation à Fabrégoules anticipe un séjour au Japon où France Gall est attendue en juin pour une série de douze récitals afin de répondre aux souhaits du public nippon.

Un emploi du temps qu’elle dénonce dans Jours de France en juin 66 : “Ma mémoire se perd dans ce calendrier bien trop rempli” où l’on relève, dès le dernier week-end de juin, une nouvelle incursion en Belgique, à Huy, dans le cadre de la troisième édition du Parapluie Des Vedettes où elle figure aux côtés d’Adamo, Tom Jones, Antoine, Dave Berry, Robert Cogoi, les Serpents Noirs …

Bonsoir John-John

Début septembre, un nouvel opus enregistré au studio Davout est dans les bacs sans toutefois rencontrer le succès escompté. “Bonsoir John-John” (Gilles Thibaut/Claude-Henri Vic), dédié au fils de John Kennedy, “La Rose Des Vents” (M. Vidalin/J. Datin), “La Guerre Des Chansons” (R. et P. Gall) et “Boom Boom” (Pierre Delanoë /P. Reinau/ M. Wessel) composent ce onzième 45 tours dont la pochette est une nouvelle fois confiée à Patrick Bertrand.

L’accueil mitigé de cette galette qualifiée par certains journalistes de mercantile encourage France Gall à débuter une carrière en Allemagne sous la houlette du compositeur et orchestrateur Werner Müller, avec le concours de Giorgio Moroder, futur pygmalion de Donna Summer.

Une collaboration qui se concrétise rapidement par la publication chez Philips d’un simple couplant une version écourtée de “Nous Ne Sommes Pas des Anges” (“Wir Sind Keine Engel” dans la langue de Goethe), à “Ich Trâume Jede Nacht”, favorisant par ailleurs de fréquentes incursions télévisées.

Une production régulière qui se poursuivra sous label Decca, dès 1968, avec une cadence soutenue d’enregistrements inédits.

Ce super 45 tours édité en juillet 1967 contient le titre Teenie - Weenie - Boppie composé par Serge Gainsbourg, ainsi que Chanson pour que tu m'aimes un peu, Bébé requin et Made in France.

Bébé requin

A la Une du mensuel des filles dans le vent, Mademoiselle Age Tendre, avec un superbe portrait signé André Berg, l’année 67 semble s’annoncer dans les meilleures conditions pour France Gall qui propose sur le petit écran, dans le cadre de l’émission décapante de Jean-Christophe Averty “Les Raisins Verts”, l’amusant “J’Ai Retrouvé Mon Chien” (P. Delanoë/A. Goraguer/M. Tézé). Un chien qui répond au nom de Charlemagne !

Une chansonnette joyeuse sans prétention associée à “Oh ! Quelle Famille” (R. Gall/G. Liferman), publié sur un rarissime simple convoité par de nombreux collectionneurs. Deux titres figurant sur l’album “FG” aux côtés de cinq autres inédits : “Tu N’As Pas Le Droit” et “Il Neige” signés Gérard Bourgeois/Jean Max Rivière), “Les Leçons Particulières” (M. Vidalin/A. Goraguer/J. Datin), “Celui Que J’Aime” (R. et Patrice Gall) et “L’Écho” (R. Gall/A. Goraguer). Plus discutable “La Petite” (R. Gall/Mya Simille/G. Magenta), en duo avec Maurice Biraud, frôle l’indécence en dépit d’un succès à la radio et sur le petit écran dans le très prisé “Sacha Show” animé avec brio par Sacha Distel.

Autres temps, autres mœurs, même si cette situation ambiguë ne semble pas contrarier outre mesure notre “oisillon pudique” minaudant à souhait face à des propos très équivoques. “Néfertiti” (S. Gainsbourg), “Polichinelle” (Pierre Saka/Jean Bernard/) et “Les Yeux Bleus” (R. Gall/C.-H. Vic/) n’offrent pas de réel intérêt d’où le rapide oubli de cette galette, porté par cet improbable duo qui éclipse le poétique “Néfertiti”.

Un disque qui précède “Ne Cherche Pas A Plaire” avec Mireille Darc que les téléspectateurs découvrent le 31 mai à “Sacha Show”. Une idée de Denis Bourgeois relate France Gall dans Salut Les Copains tout en évoquant l’enregistrement de ce sympathique duo “où le studio avait été transformé en drugstore pour la plus grande joie des techniciens peu habitués à une telle décontraction ( … ) j’adore Mireille Darc qui prouve qu’elle a de sérieuses qualités de chanteuse et peut très bien continuer dans cette voie ( … ) Passionnée de photos, c’est également une grande comédienne et je vais sans doute, sur ses conseils, tourner un petit rôle à ses côtés même si j’ai toujours refusé d’apparaître sur grand écran”.

Un projet finalement abandonné avant de nous proposer début septembre un nouveau 45 tours orchestré par David Whitaker avec en titre phare le délicieux “Bébé Requin” du trio Jean-Michel Rivat/Frank Thomas/Joe Dassin.

Une évidente réussite, selon Diapason louant en octobre le potentiel artistique de notre jeune artiste. “En France Gall s’est justement concrétisé tout ce que la chanson moderne pouvait offrir de jeunesse acide, d’espièglerie, de malice, de rose fantaisie. En elle se réunissent, visiblement en marge d’autres intérêts, les limites extrêmes de l’âge auquel on prend plaisir à la chanson. C’est un sucre d’orge pour certains, un cachou pour les autres. La copine qui vous rassemble ou la petite fleur séchée qu’on retrouve dans un livre. C’est l’enfant qui vient impromptu dans ma cour me conter des petites histoires agréables que j’écoute en souriant comme celle du “Bébé Requin” oubliant l’heure de mon devoir !”. L’enregistrement se déroule à Londres au studio Chapell et au studio 10. L’apport artistique de David Whitaker semble bénéfique à France Gall pour envisager un répertoire plus pertinent où elle aborde avec aisance les méfaits du LSD imaginés par Gainsbourg :

“Teenie Weenie Boppie”, les différences entre Paris et Londres (M. Vidalin/J. Datin) dans le savoureux “Made In France” et le très romantique “Chanson Pour Que Tu M’Aimes Un Peu” (R./P. Gall) qui nous laisse apprécier une guitare acoustique en parfaite harmonie avec la voix de France.

Des titres qu’elle propose régulièrement sur le petit écran avant d’apparaître le lundi 10 décembre au générique de “Dim, Dam, Dom”, dans un court-métrage de Roland Topor, “Le Lapin De Noël”, dans lequel elle campe une délicieuse contractuelle. Un divertissement burlesque de 26′ où s’enchaînent des situations ubuesques tout en bénéficiant d’une éblouissante distribution : Jean Rochefort, Haydée Politoff, Jean Yanne, Serge Gainsbourg, Zouzou, Dani …

Super 45 tours de France Gall, édité en janvier 1968, contenant les titres Chanson indienne, La fille d'un garçon, Toi que je veux et Gare à toi ... Gargantua.

Chanson indienne

Enchaînant les succès depuis le début de sa carrière, l’année 1968 s’annonce plus laborieuse pour France Gall malgré une cadence discographique régulière débutée en janvier avec la vaporeuse “Chanson Indienne” composée et orchestrée par David Whitaker. Un titre hélas occulté par le plus conventionnel “Toi Que Je Veux” du trio Jean-Michel Rivat/Frank Thomas/Joe Dassin. Issus de la même session, le Rabelaisien ”Gare A Toi … Gargantua” (Frédéric Botton), et “La Fille D’Un Garçon” (Maurice Vidalin/Jacques Datin) complètent ce disque frileusement accueilli.

Une attitude qui semble se confirmer en avril avec la publication de son quinzième EP où figure l’envoûtant “Dady Da Da” emprunté au générique de “Dim, Dam, Dom”, le jazzy “Le Temps Du Tempo” (Robert Gall/Alain Goraguer), le désabusé “La Vieille Fille” (Jean-Michel Rivat/Joe Dassin) et le déconcertant “Allo ! Monsieur Là-Haut” (Philippe Nicaud/Gérard Gustin) où, sur un air de piano classique, France téléphone successivement à Dieu le Père, Lucifer et aux anges !

Un échec commercial malgré une promotion bien orchestrée sur le petit écran et dans la presse qui lui consacre de nombreux reportages à l’image de Bonnes Soirées relatant dans son édition d’avril les propos recueillis par Arlette de Sainprès.

“En quatre ans France Gall, bénéficiant des orchestrations du brillant jazzman Alain Goraguer et du concours des meilleurs paroliers et compositeurs, dont Serge Gainsbourg, a su imposer sa voix fraîche et acidulée au timbre pur, dans bon nombre de succès. Ses projets immédiats : une tournée en Allemagne, des télévisions sans négliger sa famille : “Je dois tant à mon père qui dirige ma carrière, supervise mes contrats et écrit la plupart de mes chansons. Sans cet équilibre familial, je crois que le succès me serait monté à la tête.

Au risque de paraître un peu bourgeoise, je préfère la compagnie de mes parents à celle du Paris by Night.”

Un avis confirmé en août dans le mensuel Salut Les Copains qui lui accorde sa Une et lui donne “le feu vert” pour aborder ses passions, son amitié pour Mireille Darc et son admiration sans faille pour son frère Patrice dont le premier disque s’avère prometteur :

“Notre famille est un petit clan et je dois beaucoup à la compréhension paternelle en ce qui concerne ma carrière (…) mon frère Patrice a aussi beaucoup de talent et ce qu’il considérait au départ comme une détente révèle de jour en jour ses réelles capacités artistiques. Lucide, courageux, il a choisi pour se roder la meilleure école : celle des cabarets : Le Don Camillo, Chez Patachou … Mon souhait le plus cher : que l’on dise dans quelques mois en parlant de moi : France Gall ? Ah oui la sœur de Patrice le chanteur.” Ce “coup de projecteur” estival accompagne la publication d’un simple couplant “Mon P’tit Soldat” (R. Gall/Jacques Monty) à “Y’A Du Soleil A Vendre” (Robert Gall/Hubert Giraud).

Un simple qui anticipe la sortie en novembre de son ultime 45 tours chez Philips nous entraînant “Rue De L’Abricot”.

Orné d’un superbe visuel de Jean-Loup Sieff “24/36” (J.-M. Rivat/F. Thomas/J. Dassin) “Souffler Les Bougies” (J.-M. Rivat/J. Dassin) et “Don’t Make War, Captain, Make Love” (M. Vidalin/Jerry Mengo) figurent également sur ce disque assez éloigné des attentes du public qui ne peut que constater une évidente dispersion musicale.

Une attitude sans doute guidée par son souhait de se séparer de son producteur Denis Bourgeois et du label Philips dès sa majorité. Une période assez trouble où elle enregistre tour à tour pour différents labels : La Compagnie (fondée par Hugues Aufray et Norbert Saada), Pathé Marconi, Atlantic, sans toutefois retrouver cette fraîcheur initiale où elle nous proposait avec candeur un répertoire millésimé.

45 tours publicitaire offert par la marque Polichinelle réservé à la promotion contenant les titres La petite en duo avec Maurice Biraud et Polichinelle disponibles également sur l'EP La petite la même année 1967.

La publicité

Totalisant 10 couvertures du mensuel Mademoiselle Age Tendre, entre 1964 et 1971, le frais minois de France Gall semble rapidement séduire de nombreuses enseignes de prêt-à-porter : Le Bon Marché, Renomma, Prébac, Odilène, Prisunic, La Samaritaine, Le Printemps, Anik Robelin, voire de sous-vêtements : Polichinelle, Forma 16/20 …

Un profil idéal également courtisé pour louer la gamme de parapluies Mop’s, la Ford Lotus “Super Seven” conçue par Colin Chapman, ou encore les produits de soins corporels Baby Pop proposés sous un habillage coloré avec, en bonus, quelques bonbons acidulés propices à séduire “les filles en sucre d’orge” ! Déclinés en figurines en caoutchouc, porteclés, badges, barrettes, cartes postales, les produits dérivés sont décidément nombreux et stimulent une discographie attrayante débutée en 1966 pour la crème shampoing Polycolor, sous la référence 373.658, couplant “L’Amérique”/”On Se Ressemble Toi Et Moi”. Deux titres également proposés sous une luxueuse pochette ouvrante pour la promotion d’Orlon Fil Quality Schappe, en 1967, vantant les “ensembles Guitare” et les bas “Miss Geff” !

Deux simples à l’esthétisme parfait complétés à l’automne par une sélection des Galeries Lafayette associant sous la référence 373.874 “Bonsoir John-John”/”La Rose Des Vents”. Une édition au tirage limité de même que “La Petite”/”Polichinelle” (373.967) édité au printemps 1967 par la marque éponyme de sous-vêtements féminins.

Un inventaire étoffé en 1968 par la séduisante publicité pour les vins Granji publiée sur disque par RTL où, avec délectation, France Gall nous invite à déguster, sur un tempo rythmé, ce délicieux nectar. Une brève chansonnette de 58″ qui demeure inédite à ce jour.

La télévision

Après une première apparition dans “Les Raisins Verts” du caustique Jean-Christophe Averty, le mercredi 10 février 1964, où elle apparaît aux côtés de Boby Lapointe, Leny Escudero, Corinne Marchand, Lucette Raillat et les ballets de Dirk Sanders, le petit écran semble conquis rapidement par la frimousse juvénile de France Gall comme l’atteste sa participation à “Top à Jean-Pierre Cassel”, de Maritie et Gilbert Carpentier, le 14 mars suivant où, dans un décor de chambre à coucher, notre jeune idole interprète “N’Écoute Pas Les Idoles”.

Deux émissions où son frais minois est un sérieux atout pour séduire réalisateurs et téléspectateurs en figurant aux génériques de 118 émissions diffusées entre 1964 et 1968. “Vient De Paraître”, “Discorama”, “Le Palmarès Des Chansons”, “Têtes De Bois Et Tendres Années”, “Tilt Magazine”, “Douce France”, “Sacha Show”, “Au Risque De Vous Plaire”, “Dim, Dam, Dom”, “Entrez Dans La Confidence”, “Bouton Rouge”, “Paris Club”… démontrent une évidente popularité qui dépasse vite nos frontières avec des incursions en Belgique, Allemagne, Suisse, Canada, Italie, Hollande.

Plus discrète, la télévision régionale lui accorde néanmoins des reportages où elle évoque à bord d’un yacht ses vacances à Noirmoutier, son rapport avec l’argent, son goût du shopping, sa relation fusionnelle avec sa famille, son trac sur scène lors de ses premières tournées …

Un inventaire qui nous permet également de découvrir quelques inédits dont “A Bientôt Nous Deux” (le jeudi 1er juin 1967) où elle est accompagnée à la flûte traversière par Hugues Aufray, ou encore l’amusant “Quand Allons-Nous Nous Marier”, en duo avec Jean Franval, programmé le 1er janvier 1968 dans un divertissement intitulé “Réveillons-Nous”. Une présence régulière qui semble alors répondre aux souhaits des téléspectateurs en imposant son charme et son talent qui illuminent de fraîcheur notre univers cathodique.

Sources : Alain Wodraska : “Douce France” – Éditions Du Moment Grégoire Collard, Alain Morel “Le Destin D’Une Star Courage” – Éditions J’Ai Lu / Jean-Éric Perrin : “France Gall De Baby Pop A Résiste” – GM Éditions / Le Progrès, Bonnes Soirées, Jours de France, Paris Match, Elle, Mademoiselle Age Tendre, Salut Les Copains, Rallye, TV France, L’Éveil De La Haute-Loire, Moins 20, Music-hall, La Semaine Radio Télé

Ce numéro est encore disponible à la vente

Si vous souhaitez acheter ce numéro, rendez-vous sur le Groupe Facebook : https://www.facebook.com/groups/237066726387549 Club des années 60
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Club des Années 60 – 142, rue du Nord – 42640 – St Forgeux Lespinasse – règlement Paypal accepté

Magazine : Club des années 60
142 rue du Nord – 42640 Saint-Forgeux-Lespinasse
Par Marc Liozon – Janvier 2019
Photo de couverture par Patrick Bertrand / Rancurel photothèque
Remerciements à Mireille Barbaroux (Mireille Avril)
Date : Juillet 2019
Numéro : 63

France Gall : Résiste !

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En 2015, France Gall signe le spectacle « Résiste », basé sur ses chansons et celles de Michel Berger, présenté au Palais des Sports par une troupe de jeunes talents du 4 au 29 novembre. L’occasion de revenir sur la double carrière de la courageuse France Gall.
En 2015, France Gall signe le spectacle « Résiste », basé sur ses chansons et celles de Michel Berger, présenté au Palais des Sports par une troupe de jeunes talents du 4 au 29 novembre. L’occasion de revenir sur la double carrière de la courageuse France Gall.
En 2015, France Gall signe le spectacle « Résiste », basé sur ses chansons et celles de Michel Berger, présenté au Palais des Sports par une troupe de jeunes talents du 4 au 29 novembre. L’occasion de revenir sur la double carrière de la courageuse France Gall.

En 2015, France Gall signe le spectacle « Résiste », basé sur ses chansons et celles de Michel Berger, présenté au Palais des Sports par une troupe de jeunes talents du 4 au 29 novembre.

L’occasion de revenir sur la double carrière de la courageuse France Gall.

Au printemps 1965, elle triomphe à l’Eurovision avec « Poupée de cire, poupée de son », de Serge Gainsbourg qui en 1966, signe l’ambigu “Les sucettes”.

Tout cela alors qu’elle quitte Claude François. A la fin des sixties, sa carrière décline tandis qu’elle vis avec Julien Clerc.

Au milieu des années 1970, elle retrouve Michel Berger (qui a débuté en même temps qu’elle en 1963) qui replace France Gall au sommet. Née le 7 octobre 1947 à Paris, Isabelle Gall est la fille de l’auteur Robert Gall (Cf. « La Mamma » avec Charles Aznavour).

Mais c’est sous le prénom France qu’elle va faire carrière. Il symbolise son pays et on peut y voir, d’une façon détournée, un clin d’œil au tournoi des Cinq Nations de rugby, France-Galles, sans que cela lui porte ombrage ! Une chance. En novembre 1963, dans la lignée de Sylvie Vartan, Françoise Hardy et Sheila, voici France Gall qui, avec son premier succès chez Philips, « Ne sois pas si bête » (« Stand a little closer » de Jack Wolf et Bugs Bower), qui joue les trouble-fête dans ce trio de tête, couplé à « Ça va je t’aime » (« Hip Huggers » de Russ Daman), deux de ses rares adaptations, respectivement dues à Pierre Delanoë et à André Salvet & Claude Carrère. Jacques Datin et Robert Gall signent les deux autres morceaux, « J’entends cette musique » (sur un thème d’Albinoni) et « Pense à moi », inspiré de « Take Five » de Dave Brubeck. Le tout est orchestré par Alain Goraguer et produit par Denis Bourgeois pour les éditions Bagatelle.

Laisse tomber les filles

Laisse tomber les filles la seconde chanson écrite et composée par Serge Gainsbourg pour France Gall

Le 10 février 1964 elle chante « Ne sois pas si bête » dans Les Raisins verts de Jean-Christophe Averty. Le 14 mars, France présente « N’écoute pas les idoles », tube que lui écrit Serge Gainsbourg, dans Top à Jean-Pierre Cassel, sur son deuxième disque, qui inclut « Les rubans et la fleur » d’André Popp et Robert Gall, « Ne dis pas aux copains » de Guy Magenta et Maurice Tézé et « Si j’étais garçon » de Jean Claudric et Pierre Cour. Le 13 avril elle reprend « Ne sois pas si bête » dans Les Raisins verts. France Gall passe à l’Ancienne Belgique à Bruxelles avec Sacha Distel, et interprète encore son premier succès, « Ne sois pas si bête », le 17 mai, à Discorama. Le 15 juin elle propose « Les rubans et la fleur » à La Grande Farandole. Le 25 cm « N’écoute pas les idoles » regroupe ses deux premiers super 45 tours. Le 4 juillet, France est à l’affiche du gala de la CGT à Montreuil avec Lucky Blondo, Léo Ferré, Danyel Gérard, Eddy Mitchell et les Fantômes. Le 21 juillet elle présente dans Boîtes à musique « La cloche », de nouveau de Jack Wolf et Bugs Bower, adapté par André Salvet, associé à « Jazz à gogo » et « Soyons sages », deux morceaux de son papa Robert Gall sur des musiques d’Alain Goraguer et Guy Magenta, plus « Mes premières vraies vacances » de Maurice Vidalin et Jacques Datin.

Ces quatre titres sont au menu de son premier 33 tours 30 cm avec « Les rubans et la fleur », « Pense à moi », « Ca va je t’aime », « N’écoute pas les idoles », « Si j’étais garçon », « J’entends cette musique », « Ne dis pas aux copains » et « Ne sois pas si bête ».

France Gall ne part pas en tournée et passe l’été à Noirmoutier avec ses parents et ses deux frères, Patrice et Philippe. Le 27 septembre elle se produit à Discorama pour la sortie du hit « Laisse tomber les filles » de Serge Gainsbourg, complété de « Christiansen » de Maurice Vidalin et Jacques Datin, plus de Robert Gall « Le premier chagrin d’amour » avec Claude-Henri Vic, et « On t’avait prévenue » avec Guy Magenta et Vline Buggy. Le 24 octobre elle interprète « Christiansen » et « Laisse tomber les filles » aux Copains du samedi. Le 6 novembre elle reprend « Mes premières vraies vacances » et « Ne dis pas aux copains » à Chansons pour la vie avec Hugues Aufray, Monty, Le Petit Prince. Le 7, elle propose « Le premier chagrin d’amour » à Sacha Show. Accompagné par les Français, France Gall fait partie de la tournée Gala des étoiles de Richard Anthony, et devient, en grand secret, la compagne de Claude François.

Poupée de cire …

Ce CD single contient 4 titres de France Gall, dont le titre Poupée de cire, poupée de son, 3e titre composé par Serge Gainsbourg.

En décembre, elle chante pour les enfants le tube « Sacré Charlemagne » signé par son père avec Georges Liferman. Robert Gall parole aussi « Au clair de la lune » et « Bonne nuit » Alain Goraguer, et Guy Magenta et Maurice Tézé composent « Nounours ». Ce disque génère un 25 cm avec les quatre titres du précédent super 45 tours. Le 12 janvier 1965, France Gall, qui interprète « Sacré Charlemagne » aux Jeux du jeudi et à Paris Club, est accompagnée par les Français lors du Musicorama d’Adamo à l’Olympia. « Sacré Charlemagne » se vend à deux millions dans le monde, du Japon à l’Amérique en passant par l’Afrique. Bien plus tard, ce tube donnera la rue du Sacré Charlemagne où se situe l’école d’Auvillers-les-Forges, dans les Ardennes. Pour représenter le Luxembourg, elle est sélectionnée à l’Eurovision avec un titre de Serge Gainsbourg, « Poupée de cire, poupée de son ». Le 19 mars, elle est à Douce France avec Hugues Aufray, Guy Mardel, Sheila et Sylvie Vartan. Le EP « Poupée de cire, poupée de son » est complété de « Le cœur qui jazze » (dans l’esprit de « Jazz à gogo ») de Robert Gall et Alain Goraguer qui orchestre ce disque, « Un prince charmant » de Jacques Datin et Maurice Vidalin, et « Dis à ton capitaine » de Guy Magenta et Maurice Tézé. Il existe avec deux variantes de pochette. Ces quatre morceaux figurent sur le LP « Poupée de cire, poupée de son » avec « Christiansen », « Laisse tomber les filles », « Le premier chagrin d’amour », « On t’avait prévenue », « Au clair de la lune », « Bonne nuit », « Nounours » et « Sacré Charlemagne ». Le 20 mars, les « 3G », Gainsbourg-Gall-Goraguer, sont à Naples pour l’Eurovision. Les répétitions sont interrompues par des incidents entre la délégation luxembourgeoise et l’orchestre italien qui n’apprécie pas l’attitude de Serge qui, furieux, menace de retirer sa chanson. Déstabilisée, France Gall triomphe néanmoins avec « Poupée de cire, poupée de son » devant 150 millions de téléspectateurs et remporte le Grand Prix, face à Guy Mardel, Bobby Solo, etc. En avril, lors de son gala à Dijon, France Gall, toujours en idylle avec Claude François, finit son tour de chant pieds nus, ses talons aiguilles s’étant coincés entre les lames du plancher.

… Poupée de son

Le 31 mai elle chante « Poupée de cire, poupée de son » à La Grande lucarne et, le 7 juin, à Douce France avec Akim, Patricia Carli, Christine Lebail, Guy Mardel, Ricardo, etc. Le triomphe de ce titre lui ouvre les portes de la gloire, tant en Europe, l’enregistrant en italien, « Io si tu no », en allemand, « Das War Eine Schône Party », qu’au Japon où, dans la langue du pays, il est couplé à « Donna, Donna » par Claude François. Tandis que Twinkle l’adapte en anglais. « A Lonely Singing Doll ». « Poupée de cire, poupée de son » existe en seize langues. Avec deux millions de disques vendus, Serge Gainsbourg est un auteur-compositeur comblé artistiquement et… financièrement. Une société de gadgets fabrique 15 000 exemplaires par jour d’une poupée à son effigie sous la forme d’un porte-clés. En juillet, Serge Gainsbourg offre « Attends ou va-t’en », plus « Mon bateau de nuit » d’Alain Goraguer et Pierre Delanoë, « Deux oiseaux » d’André Popp et Robert Gall qui écrit « Et des baisers » avec Alain Goraguer.

Un répertoire que France interprète avec succès lors de sa tournée d’été avec Michel Paje, sous le chapiteau du Cirque de France. Son frère Philippe Gall tient la basse dans l’orchestre. Le 16 juillet elle reprend « Mes premières vraies vacances » et « Ne dis pas aux copains » à Chansons de la vie et, le 28, « Poupée de cire, poupée de son » à Rendez-vous sur le Rhin avec Johnny Hallyday. Le 19 août, on revoit France Gall dans « Sacré Charlemagne » à Douce France. Le 7 octobre elle chante « Poupée de cire, poupée de son » et « Deux oiseaux » aux Jeux du jeudi. Le 12, pour les dix ans d’Europe N°1 à Bordeaux, avec Alain Barrière, Sacha Distel et Pierre Perret, elle chante ses nouveaux succès, « L’Amérique » d’Eddy Marnay et Guy Magenta, et « Le temps de la rentrée » de son père Robert et son frère Patrice Gall, associés à « On se ressemble toi et moi » de Claude-Henri Vic et « Nous ne sommes pas des anges » de Serge Gainsbourg. Le simple « L’Amérique » / « On se ressemble toi et moi » servira en 1966 à une campagne publicitaire pour PolyColor ; et « Nous ne sommes pas des anges » / « Le temps de la rentrée » en 1967 à la promotion de la marque Schappe. Du 28 octobre à début décembre 1965, on entend le rire de France Gall sur des musiques de Serge Gainsbourg qui chante des textes d’André Ruellan, dans six séquences d’animation de cinq minutes de Jean-Claude Forest et Jacques Ansan, intitulés Marie-Mathématique, pour Dim Dam Dom.

Baby pop

Baby pop est le cinquième album 33 tours sur vinyle de France Gall, sorti en pleine période yéyé au printemps 1966.

Du 31 octobre au 14 novembre, elle dédicace ses disques au stand SLC-MAT au Salon de l’Enfance à la Porte de Versailles. Le 4 novembre, elle revient aux Jeux du jeudi et, le 8, à La Grande lucarne où elle interprète « L’Amérique ». Après son passage sur scène à Lyon, les 6 et 7 novembre, elle s’envole pour le Japon, le 8, pour dix jours, où « Poupée de cire, poupée de son » en japonais s’est déjà vendu à 300 000 exemplaires. De retour à Paris, le 5 décembre elle est à la une de Télé dimanche avec Christophe et, le 12, France est l’invitée de Discorama. Du 12 au 26 janvier 1966, elle partage avec Hugues Aufray la vedette de l’Ancienne Belgique à Bruxelles. Le dernier jour elle est également à Tête de bois & Tendres années et, le 29, à Douce France Inter. En ce début 1966, Serge Gainsbourg frappe fort en composant « Baby pop ». Ce super 45 tours est complété de « C’est pas facile d’être une fille » de Guy Magenta, Jean-Pierre Bourtayre et Pierre Delanoë, « Faut-il que je t’aime » de Jacques Datin et Maurice Vidalin, et « Cet air-là » de Robert Gall et Alain Goraguer qui arrange ce disque, réalisé par Denis Bourgeois. Ces quatre morceaux sont réunis sur l’album « Baby bop » avec « Le temps de la rentrée », « Attends ou va-t’en », « Mon bateau de nuit », « L’Amérique », « Nous ne sommes pas des anges », « On se ressemble toi et moi », « Deux oiseaux » et « Et des baisers ». Le 5 février, France interprète « Cet air-là » à Bonsoir Paris, Bonsoir Prague et, le 23, « Faut-il que je t’aime » dans Direct. Le 13 juin, à Douches écossaises, elle chante « Baby pop », alors que sort l’équivoque « Les sucettes » de Serge Gainsbourg, qui déclenche un vent de scandale. Ce tube détonne face à « Quand on est ensemble » de Frank Pourcel, Raymond Lefèvre, Robert Gall et Roger Berthier, « Ca me fait rire » de Jacques Datin et Maurice Vidalin, et « Je me marie en blanc » de Jean Wiener et Jean Dréjac. Dans le numéro d’août de SLC, France Gall expédie ses Bons baisers de Tokyo. Le 14 août, elle se produit à Quillan (près de Béziers) où elle chante « Laisse tomber les filles », « Attends ou va-t’en », « Le temps de la rentrée », « Faut-il que je t’aime », « Jazz à gogo », « La cloche », « « Poupée de cire, poupée de son », « Sacré Charlemagne », « Baby pop » et « Ô ô Sheriff », aussi de Serge Gainsbourg pour Petula Clark.

Bonsoir john-john

Ce super 45 tours de France Gall, paru en octobre 1966, contient les titres Bonsoir John-John, La rose des vents, La guerre des chansons et Boom boom.

Le 8 septembre, dans Viva Morandi, dans la mouvance psychanalytique du film de Federico Fellini Juliette des esprits, elle incarne l’une des deux jeunes filles qui troublent le chanteur italien Gianni Morandi. France Gall est la Grâce qui chante « Les sucettes » et « Quand on est ensemble » face à Christine Lebail qui est la Pureté. Le 17, à Douce France, elle propose « Ca me fait rire ». Le 25 septembre, elle passe à Discorama pour la sortie de « Bonsoir John-John » de Claude-Henri Vic et Gilles Thibaut, dédié au fils du président américain assassiné John Kennedy, avec « La rose des vents » de Jacques Datin et Maurice Vidalin, « La guerre des chansons » (en réaction au conflit Antoine-Johnny Hallyday) de Robert et Patrice Gall, et « Boum Boum » de Pierre Delanoë, Roger Candy et Claude Lemesle. Le 5 octobre elle se produit à Tilt Magazine animé par Michel Drucker. Le 29 octobre, France Gall interprète « Bonsoir John-John » à La Grande polka. Le 9 novembre, elle est de retour à Tilt. Le 12 novembre elle chante « La rose des vents » à Douce France. Au cinéma, sa seule incursion a lieu dans Objectif 500 millions de Pierre Schoendoerffer avec « Dis à ton capitaine ». Le 15 décembre, France Gall est au Grand Club et, le 31, à Réveillon 66 alors que sort l’album « Les sucettes » avec « Quand on est ensemble », « Bonsoir John-John », « La rose des vents », « La guerre des chansons », plus les « Les leçons particulières » de Jacques Datin, Maurice Vidalin et Alain Goraguer, « Celui que j’aime » de Patrice et Robert Gall qui écrit « L’écho » avec Alain Goraguer, « Oh ! Quelle famille » de Georges Liferman et Robert Gall, « J’ai retrouvé mon chien » de Maurice Tézé, Pierre Delanoë et Alain Goraguer, « Tu n’as pas le droit » et « Il neige », tous deux de Gérard Bourgeois et Jean-Max Rivière. Le 11 janvier 1967, France Gall, marraine de l’équipe de France de hockey sur glace, est à Dents de lait, Dents de loup, présenté par le Président Rosko, avec Jean-Jacques Debout, Marianne Faithfull, Claude François, Françoise Hardy, Eddy Mitchell, Tony Renis, Sylvie Vartan, Walker Brothers, Dominique Walter et Zombies. Elle reprend « Les sucettes » et chante avec Serge Gainsbourg l’inédit « Dents de lait, dents de loup ». Au premier Midem, à Cannes, le Ruban d’or est remis à France Gall pour « Poupée de cire, poupée de son », Grand Prix Eurovision 1965.

Bébé requin

Ce super 45 tours édité en juillet 1967 contient le titre Teenie - Weenie - Boppie composé par Serge Gainsbourg, ainsi que Chanson pour que tu m'aimes un peu, Bébé requin et Made in France.

Le 1er mars 1967 elle anime Dim Dam Dom et, le 11, chante « Tu n’as pas le droit » à Douce France. Le 12 mars, elle passe à la Soirée du second tour des législatives. Pour la télé américaine, Jean-Christophe Averty réalise une émission consacrée aux succès de France Gall. Et, dans Les Raisins verts, pour illustrer le morceau enfantin « J’ai retrouvé mon chien », il la met en scène dans une attitude ambiguë la faisant commander un troupeau d’hommes à quatre pattes ! En mars, France Gall interprète en duo avec le comédien et animateur d’Europe N°1 Maurice Biraud « La petite » de Guy Magenta, Robert Gall et Mya Simille, associé à « Polichinelle » de Jean Bernard et Pierre Saka « Néfertiti » de Serge Gainsbourg, et « Les yeux bleus » de Claude-Henri Vic et Robert Gall, arrangés par Alain Goraguer. Avant de se produire en gala à Lisbonne, le 2 avril, avec Régine, elle est à l’affiche de « Au-delà de l’écran » et, le 16, avec Serge Gainsbourg, à Bouton Rouge lors de 16 Millions de jeunes. Le 27 mai, France passe à Au risque de vous plaire avec Jacques Dutronc et Eddy Mitchell, et, le 31, à Sacha Show, elle chante en duo avec Mireille Darc « Ne cherche pas à plaire » de Roland Valade et Jean-Claude Oliver. Les trois autres titres de cet EP sont de Mireille Darc. La compilation « Le disque d’or » de France Gall aligne « Poupée de cire, poupée de son », « Ne sois pas si bête », « N’écoute pas les idoles », « Les rubans et la fleur », « Attends ou va-t’en », « Sacré Charlemagne », « Les sucettes », « Baby bop », « Christiansen », « Jazz à gogo », « Laisse tomber les filles » et « L’Amérique ». Le 8 juillet, à Douce France, elle chante « Polichinelle » tandis que sort le super 45 tours « Bébé requin » au succès imparable, écrit par Joe Dassin, Jean-Michel Rivat et Frank Thomas, qui convient à merveille à la voix sucrée de France Gall. « Teenie Weenie Boppie » est un autre hit, signé Serge Gainsbourg qui raconte les effets du LSD, orchestré à Londres par David Whitaker. Dans le même esprit, « Made in France » de Jacques Datin et Maurice Vidalin, évoque les différences entre Paris et Londres. Enfin, « Chanson pour que tu m’aimes un peu » est de son père Robert Gall et de son frère Patrice. Au fil des microsillons, Serge Gainsbourg a fait de France Gall la nouvelle lolita. Désirant diversifier ses compositions, il écrit « Qui se souvient de Caryl Chessman ? », un duo avec France sur la peine de mort, non publié.

Bloody Jack

Sur cet opus figure le titre Bloody Jack, un inédit paru initialement en 2000 sur la compilation Pop À Paris Volume 5 : S.O.S. Mesdemoiselles. A découvrir en vidéo.

Du 24 juillet au 19 août, elle est reçue au micro du Président Rosko dans Mini-Max avec les disques Philips, sur RTL, en direct de Cannes sur le bateau La Jeanne. Le 27 août elle chante « Bébé requin » à Voilà voilà avec Serge Gainsbourg, qu’elle reprend, le 10 septembre, à Dim dam dom, toujours avec Serge, puis le 14 octobre, à Douce France, et, le 22, au Petit dimanche illustré. Le 16 octobre, au Magazine féminin elle essaie des postiches, tandis qu’elle présente la mode dans Elle et Mademoiselle Age Tendre. Ces deux magazines proposent des publicités pour les mini-robes tricotées de la marque Schappe, stimulées par le 45 tours promo « Baby Pop » / « C’est pas facile d’être une fille », illustré d’une double pochette où France Gall pose en tenues multicolores et collants assortis. Elle se rend en Autriche pour envoyer ses Bons baisers de Vienne dans Salut Les Copains. Elle décline l’offre du réalisateur Jean Herman de jouer dans le film Adieu l’ami à cause d’une scène de baiser avec Alain Delon, suite à la jalousie de Claude François avec qui elle vit de depuis ses 17 ans en 1964. A l’automne 1967, France Gall quitte Claude François qui, suite à cette rupture, enregistre « Comme d’habitude ». Ils ne se reverront pas avant 1973 et chanteront en duo, le 14 septembre 1974, dans Top à Claude François. Le 12 novembre 1967 elle interprète « Teenie Weenie Boppie », « Bébé requin » et, avec Maurice Biraud, « La petite » à Télé dimanche. Le 10 décembre, France Gall passe au Petit dimanche illustré avec « Toi que je veux » et joue dans le conte de Roland Topor Le lapin de Noël à Dim Dam Dom. Le 14, elle reprend « Bébé requin » au Super palmarès des chansons et, le 31, avec Jean Franval, « Quand allons-nous nous marier » à Réveillons-nous. Sa version de « Bloody Jack » de Serge Gainsbourg ne paraît pas. En 2003 elle figure sur la compilation « SOS Mesdemoiselles » où, sur la même musique que « Teenie Weenie Boppie », France Gall chante « Bloody Jack » dont les paroles sont identiques au morceau du même titre que Serge grave en 1968 sur une autre musique, aussi au répertoire de Zizi Jeanmaire avec un texte légèrement modifié. France Gall entreprend une carrière en Allemagne où elle enregistre jusqu’en 1972 chez Decca et à partir de 1971 sur BASF.

Dady da da

C'est à l'origine l'indicatif The Big Team composé par Michel Colombier pour le générique de l'émission télévisée des années 1960-1970, Dim, Dam, Dom.

Entre-temps, le 1er janvier 1968, à La Chanson imaginaire, elle triomphe avec « Bébé requin » et « Christiansen », alors que paraît le super 45 tours « Chanson indienne », composé et orchestré par David Whitaker, avec « La fille d’un garçon » de Jacques Datin et Maurice Vidalin, « Toi que je veux » de Joe Dassin, Jean-Michel Rivat et Frank Thomas, et « Gare à toi … Gargantua » de Frédéric Botton. Il est suivi de l’album « 1968 » avec ces quatre titres plus « Chanson pour que tu m’aimes un peu », « Néfertiti », « Bébé requin », « Teenie Weenie Boppie », « Les yeux bleus », « Made in France », « La petite » et l’inédit « Avant la bagarre » de Guy Magenta et Ralph Bernet. Le 13 janvier, à La Couleur du temps, France interprète « Le Directeur artistique » avec Philippe Clay et, le 14, à Dim dam dom, « Avant la bagarre » et « Toi que je veux ». En février, France Gall apparaît en mini-jupe au salon de la Navigation de plaisance à la Défense. Le 16 mars, elle propose ” Toi Que Je Veux » à Qui marions-nous ? Le 13 avril, elle reprend « Les sucettes » et « Pauvre Lola » avec Serge Gainsbourg à Entrez dans la confidence. Le 14, à Dim, dam, dom, elle présente « Dady da Da » de Pierre Delanoë et Michel Colombier, indicatif de cette émission, et « La vieille fille » de Joe Dassin et Jean-Michel Rivat, et, le 20 avril, à Sur la pointe des pieds show Jacques Chazot, « Allo monsieur là-haut « de Gérard Gustin et Philippe Nicaud. Ces trois titres sont au menu de son nouveau disque avec « Le temps du tempo » où elle retrouve Alain Goraguer qui compose ce morceau sur des paroles de son père Robert Gall. Le 27 avril, France anime Le Temps des loisirs. Puis elle quitte Paris suite aux événements de Mai 68. En juillet elle poursuit sa carrière avec le simple « Y’a du soleil à vendre » de Hubert Giraud et Robert Gall qui signe « Mon p’tit soldat » avec Jacques Bulostin alias Monty, qu’elle chante, le 24 août, à Deauville cavalcade. En novembre, sur son dernier super 45 tours chez Philips, France Gall fait un clin d’œil aux photographes « 24/36 », et « Souffler les bougies » de Joe Dassin, Jean-Michel Rivat et Frank Thomas, associés à « Rue de l’abricot » de Vline Buggy, Robert Gall et Jean-Pierre Bourtayre, et « Don’t make war, captain, make love » de Maurice Vidalin et Jerry Mengo, dirigés par David Whitaker. En décembre elle illustre la collection de patrons Mademoiselle Age Tendre avec Françoise Hardy, Sheila et Sylvie Vartan.

Homme tout petit

France Gall (aussi connu sous les titres Ses grands succès et Les Années folles / Homme tout petit) est le huitième album studio sur vinyle de France Gall, sorti en 1973.

Le 10 janvier 1969, France Gall chante « 24/36 » à Au risque de vous plaire, le 18, elle passe dans A l’affiche du monde et, le 29, elle offre « Rue de l’abricot » à Quatre temps. Le 12 février elle reprend « 24/36 » à Sur la pointe des pieds. France Gall profite de sa majorité, alors à 21 ans, et de la fin de son contrat Philips pour se séparer de son producteur Denis Bourgeois. Elle signe avec La Compagnie, label fondé par Hugues Aufray et Norbert Saada. Le super 45 tours « Homme tout petit » de Jean-Michel Rivat, Frank Thomas et Jean-Pierre Bourtayre, orchestré par Michel Colombier, réunit « Les gens bien élevés » de Frank Gérald et Hubert Giraud, « L’hiver est mort » de Robert et Patrice Gall, et « L’orage », adapté par Frank Thomas et Jean-Michel Rivat de « La Pioggia » de Gigliola Cinquetti. Face à cette dernière, elle défend ce titre et « Les années folles » (« Gentlemen Please » de Barbara Ruskin, transcrit par Boris Bergman) au festival de San Remo, avec à la même affiche Stevie Wonder. Sa version de « La Pioggia » sort en Italie chez CDG avec en face B « Matrimonio d’amore ». Ce simple est suivi de « Il mio amore e una ruota » / « Il Topolino blu » (« La Torpédo bleue ») et « Come Fantomas » (« Homme tout petit » / « Chi ride di piu » (« Les gens bien élevés »). Le 28 mars, France Gall est à Tous en scène. Le 17 avril elle chante « Les gens bien élevés » et « Homme tout petit » dans Les tigres en papier. En juin elle propose le EP « Les années folles » avec « Soleil au cœur » de Robert Gall et Jean-Pierre Bourtayre, « La Manille et la révolution » de Boris Bergman et Hubert Giraud, et « Les quatre éléments » de Patrice Gall, arrangés par José Bartel. Elle grave en espagnol « La Lluvia » (« La Pioggia ») / « Hombre chiquitin » (« Homme Tout Petit ») et « Los anos locos » (« Les Années Folles »), couplé à « La manille et la révolution ». Le 5 juillet elle reprend « Les gens bien élevés » et « Homme tout petit » à Charmantes connaissances. Un 45 tours publicitaire d’informations & Publicité, agence de RTL, offre le jingle de « Saint-Mamet » / « Granji » par France Gall. A cette époque elle découvre l’île de N’Gor, au large de Dakar au Sénégal, où elle se rend souvent ensuite (elle y fait construire une résidence en 1990). Le 9 août 1969 elle interprète « Baci, Baci, Baci » de Sergio Bardotti, adapté par Eddy Marnay, à Chansons & Champions. A partir de septembre, France Gall et Julien Clerc sont inséparables. Le 18 octobre elle chante « Baci, Baci, Baci » à Musicolor. Ce simple offre en face B « La Torpédo bleue » (« Il Topolino blu » de Daniele Pace traduit Robert Gall), supervisé par José Bartel.

Zozoï

Ce 45 tours contient 2 titres, dont le titre Zozoï, dont les arrangements sont signés Jean-Claude Petit.

En novembre, Norbert Saada et La Compagnie, Hugues Aufray, Nicole Croisille, Gilles Dreu, Aldo Frank, France Gall, Tina effectuent une tournée au Québec. Ils se produisent en concert le 14 novembre à Trois-Rivières, les 15 et 16 à Montréal, le 17 à Chicoutimi, les 18 et 19 à Québec, le 20 à Sherbrooke, le 21 à Joliette, le 22 à Val-David et le 23 à Drummondville. A cette occasion, ils enregistrent « Donne-moi ma chance, je ne boirai plus » d’après « Give peace a chance » de John Lennon, avec « Cet homme est fou » en face B. Le 20 décembre, France Gall est à Samedi & Cie et, le 26, à Dim dam dom 70 avec Antoine, Julien Clerc, Dani, Lény Escudero, Serge Gainsbourg, Martin Circus, Michèle Mercier, Gérard Palaprat, etc. Le 28 décembre, elle clôture la décennie à Télé dimanche. En 1970 elle poursuit avec son seul album sur La Compagnie / Musidisc, « Les années folles – Homme tout petit », qui contient « L’orage », « Les gens biens élevés », « L’hiver est mort », « La manille et la révolution », « Les quatre éléments », « La Torpédo bleue », « Baci, Baci, Baci », « Soleil au cœur », plus « Shakespeare et pire encore » de Boris Bergman et Maurice Dulac, et « Merry Merry O ! » de Frank Gerald et Raymond Vastano, arrangés par Jean-Claude Petit, et « Les éléphants » de Jean Schmitt et Jean Gérai, dirigé par José Bartel. Elle sort « Zozoï » adapté par Robert Gall sur une musique brésilienne de Nelson Angelo enregistrée le 28 mars à Sao Polo, avec en face B « Merry Merry O ! ». « Zozoï » paraît en Italie, associé à « Bugie da elefanti » (« Les éléphants »), de même que le simple juke-box Op ! Op ! Opla couplé avec « Goin’ out of my head » de Frank Sinatra. Le 45 tours « Les éléphants » / « Shakespeare et pire encore » est extrait de son 33 tours, mais son succès décline de plus en plus. En 1971 elle continue avec « Mon aéroplane » d’Yves Dessca et Jean Gérai qui siqne « L’amour boiteux » avec Willy Schmitt et Danielle Lemery. Pour tout arranger, La Compagnie fait faillite. Durant ce temps, de fin 1969 à début 1974, France Gall vit avec Julien Clerc. Après leur séparation, tout comme Claude François, il lui dédie, en 1975, « Souffrir par toi n’est pas souffrir » ! En 1971, elle est la première artiste à obtenir un contrat en France avec le label américain Atlantic. Jacques Lanzmann et Paul-Jean Borowsky (ex-Martin Circus) lui composent « C’est cela l’amour » et « L’été », supervisés par Christian Gaubert, réalisés par Jean-Pierre Orfino.

Michel Berger

44 ans. C’est le nombre d’années que séparent la première version sur scène de Starmania dont la première a eu lieu le 10 avril 1979, et cette nouvelle version de l’Opéra Rock de Luc Plamondon et Michel Berger, le 8 novembre 2022.

Elle enchaîne avec « Chasse neige » d’Etienne Roda-Gil qui traduit « Caméléon Caméléon » de Dino Rosi et Richard Gachner. Sans succès. En 1972, chez Pathé, France Gall retrouve Serge Gainsbourg qui lui écrit « Frankenstein » et, avec Jean-Claude Vannier, « Les petits ballons », qui n’accrochent pas. Avec son frère Patrice, elle joue dans un roman-photo en huit épisodes pour Télé Poche. Jean-Michel Rivat devient son directeur artistique. Il signe « 5 minutes d’amour » et « La quatrième chose » avec Frank Thomas et Roland Vincent qui se charge des orchestrations. En 1973 elle sort « Par Plaisir » de Roland Vincent, Yves Dessca et Jean-Michel Rivat, ces deux derniers adaptant « Plus haut que moi » (« Maria vai com as outras » de Vinicius de Moraes et Filho Antonio Pecci), sans plus de succès. Enfin le simple « C’est curieux de vieillir » de Jean-Michel Rivat et Bernard Liamis, couplé à « Le lâche » de Michel Delpech, Roland Vincent et Jean-Michel Rivat n’est pas publié, à la demande de France Gall. Elle rencontre Michel Berger (évincé par Stephen Stills dans le cœur de Véronique Sanson) et, avec lui, elle rebondit. Le 10 mars 1974 elle joue une secrétaire dans Notre correspondant à Madras, un téléfilm pour la 3e chaîne. France chante « Mon fils rira du rock’n’roll » sur l’album de Michel qui, en mai, lui cisèle « La déclaration d’amour » / « Si l’on pouvait vraiment parler », de retour chez Atlantic. Le succès est au rendez-vous. Après une carrière en retrait, France Gall revient au premier plan et enchaîne, en octobre, avec « Mais aime-là » / « À votre avis ». En janvier 1976, Michel Berger concocte son premier album depuis longtemps, simplement titré « France Gall », dont est extrait « Comment lui dire ? » / « Samba mambo » et, en avril, « Ce soir je ne dors pas » / « Big fat mamma ». Il est complété de « Comment t’en apercevoir », « La chanson d’une terrienne (partout je suis chez moi », « La déclaration d’amour », « Je saurai être ton amie », « Chanson pour consoler » et « Je l’aimais ». Le 22 mai, lors du Numéro 1 Michel Berger sur TF1, pour la comédie musicale Émilie ou La Petite sirène 76, inspirée du conte d’Andersen, Michel et France créent en duo « Ca balance pas mal à paris » et « Monologue d’Émilie ».

Musique

Un mois plus tard, le 22 juin, ils se marient à la mairie du 16e arrondissement. France Gall devient la belle-fille du professeur de médecine et auteur Jean Hamburger de l’Académie Française, et de sa femme la pianiste Annette Haas. Michel Berger a dorénavant pour beau-père Robert Gall, ancien élève du conservatoire, ex-chanteur et parolier, entre autres de « La mamma » pour Charles Aznavour, et de son épouse Cécile Berthier, fille du cofondateur des Petits Chanteurs à la Croix de Bois. De cette union naissent Pauline Isabelle, le 14 novembre 1978 (décédée le 15 décembre 1997) et Raphaël Michel, le 2 avril 1981. Entre-temps, en avril 1977 sort le LP « Dancing disco » incluant « Chanson de Maggie », « Quand on est enfant » et, édités en simples, en mai « Musique » / « Dancing disco », en octobre « Si, maman, si » / « Ce garçon qui danse », en janvier 1978 « Le meilleur de soi-même » / « La nuit à Paris ». En mars, elle propose « Viens je t’emmène » / « La tendresse des mots ». Le 11 mars, jour de la mort de Claude François, TF1 diffuse le Numéro 1 France Gall qui interprète Cristal dans l’opéra-rock Starmania de Michel Berger et du Canadien Luc Plamondon. France et Michel partagent leur travail dans une complicité parfaite, tout en privilégiant une vie familiale. Cela ne l’empêche pas de triompher, du 14 au 20 avril, dans le spectacle « Made in France » au Théâtre des Champs-Élysées où un double album, « Live », est capté, édité en novembre avec « Musique », « Samba mambo », « Si, maman si », « Comment lui dire », « Ce soir je ne dors pas », « La déclaration d’amour », « ce garçon qui danse », « Je l’aimais », « Chanson d’une terrienne », « Chanson pour consoler », « La chanson de Maggie », « Ca balance pas mal à Paris », « Le meilleur de soi-même », « Mais aime là », « Viens je t’emmène » et « Quand on est enfant ». En janvier 1979, le 45 tours « Besoin d’amour » / « Monopolis » est tiré de Starmania. En mai 1980 paraît l’album « Paris, France » avec « trop grand pour moi », « les moments où j’aime tout le monde », « La mort douce », « Parler, parler », « Plus haut », « Ma vieille Europe » qui, en juin, génère le simple « Il jouait du piano debout » / « La chanteuse qui a tout donné » et, en octobre, « Bébé, comme la vie » / « Plus d’été ».

Ella, elle l’a

Ce 45 tours maxi édité en Allemagne, paru en septembre 1987, est le 2ème extrait de Babacar, le 6ème album studio que Michel Berger a produit pour France Gall, avec les titres Ella, elle l'a et Dancing brave.

Toujours en octobre sort « Donner pour donner » en duo avec Elton John, paroles de Bernie Taupin et Michel Berger qui signe la musique, couplé à « Les aveux ». En décembre 1981, France cartonne avec le 33 tours « Tout pour la musique », publié en simple avec au verso « Résiste », plus « Les accidents d’amour », « La prière des petits humains », « Vahiné », « Diego libre dans sa tête » (repris par Michel Berger en 1983, Johnny Hallyday en 1990, Véronique Sanson en 1999), « Ceux qui aiment », et, en 45 tours, en mai 1982, « Amor también (tout le monde chante) » / « La Fille de Shannon ». Du 7 janvier au 14 février 1982, France Gall fait un malheur au Palais des Sports, enfantant le 3 octobre, sur A2 le show Tout pour la musique et un double album en public dans cette salle avec 21 titres dont « Musique », « Donner pour donner », « Besoin d’amour », « Diego libre dans sa tête », « Il jouait du piano debout », « Résiste ». Le 6 avril 1984, TF1 propose Formule 1 France Gall des Carpentier alors que paraît le 33 tours « Débranche ! », aussi édité en simple avec « J’Ai besoin de vous », « Annie donne », plus, extraits en 45 tours, en septembre « Hong-Kong Star » / « Tu comprendras quand tu seras plus jeune », en février 1985 « Calypso » / « Si superficielle » et en mai « Cézanne peint » / « Savoir vivre ». France Gall se joint aux Chanteurs sans Frontières dans « SOS Éthiopie » sous l’égide de Renaud. Du 11 septembre au 7 octobre 1984, elle est l’affiche du Zénith, marqué par un autre double album en public en février 1985. Elle interprète les chansons de Michel Berger dont « Plus haut », « Diego libre dans sa tête », « Cézanne peint », « Hong-Kong Star », « Débranche ! ». France Gall, Michel Berger et Daniel Balavoine œuvrent également pour le Mali avec l’association Action Écoles. Mais, le 14 janvier 1986, lors d’un voyage en Afrique, Daniel Balavoine trouve la mort dans un accident d’hélicoptère avec Thierry Sabine, organisateur du Paris-Dakar. En 1987, aux Victoires de la Musique, elle est élue Artiste féminine de l’année. Le 10 avril, Patrick Sabatier présente Grand Public avec France Gall sur TF1 pour la publication du 33 tours « Babacar », extrait en simple avec « C’Est bon que tu sois là », puis, en août « Ella, elle l’a » en hommage à Ella Fitzgerald, et au verso « Dancing brave », en mars 1988 l’émouvant « Évidemment » à la mémoire de Daniel Balavoine, couplé à « La chanson d’Azima », en septembre « Papillon de nuit » / « J’irai où tu iras ». Il contient encore « Urgent d’attendre ».

Double jeu

Double Jeu est le septième album studio de France Gall en duo avec Michel Berger, produit en 1992.

Auparavant, du 12 novembre au 6 décembre 1987, France Gall est de retour au Zénith générant un double album en novembre 1988, précédé du périple Le Tour de France 88. Cette même année, aux Victoires de la Musique, elle obtient la récompense de l’Artiste qui s’exporte le mieux avec 500 000 exemplaires vendus de « Ella, elle l’a », N°1 en Allemagne où elle est élue Artiste de l’année. En mars 1989, « La chanson d’Azima » fait l’objet d’un autre 45 tours. En mai 1992, France Gall et Michel Berger sortent en duo « Laissez passer les rêves » / « Jamais partir » et, le 22 juin, au New Morning, ils annoncent une série de concerts en commun à Paris pour la parution de l’album « Double jeu ». Il offre les duos de France et Michel dans « Bats-toi », « Superficiel et léger », « La petite Calmette », « Toi sinon personne », « La lettre » (dédiée à Corinne Balavoine), « La Chanson de la Négresse blonde », « Les couloirs des Halles », « Les élans du cœur ». Mais, le 2 août, le projet avorte quand Michel Berger décède d’une crise cardiaque. En octobre sort le simple « Superficiel et léger », un titre bien éloigné des tourments que subit France Gall. En janvier 1993 paraît le simple « Les élans du cœur ». Elle devient la Marraine de l’association Droit de Cité. Le 10 avril, Nagui lui consacre Taratata sur France 2. Le 25 avril, Laurent Boyer en fait de même à Fréquenstar sur M6. Très affectée par la mort de Michel, France refait néanmoins de la scène, et du 10 au 12 et du 22 au 25 septembre, à Bercy, est capté l’album « Simple je, débranchée à Bercy », paru fin octobre, dont sont tirés les simples « Mademoiselle Chang » en mai, « Si, maman si » en novembre, « Il jouait du piano debout » en décembre. Fin janvier 1994, « Simple je, rebranchée à Bercy » propose la suite. Cela donne les simples « La chanson de la Négresse blonde » en février, « Le paradis blanc » en mars et « Les princes des villes » en novembre, plus le double album « Simple je, l’intégrale Bercy ». Elle reçoit le trophée Femmes en or pour son spectacle à Pleyel, du 27 septembre au 1er octobre, qui, en décembre 2005, fera l’objet d’un album.

Message personnel

Ce CD est le 3ème extrait de l'album France, single paru le 25 octobre 1996 et qui contient 2 titres de France Gall.

Entre-temps, le 12 février 1994 elle est de retour à Taratata puis le 5 novembre 1996 tandis que sort l’album « France », enregistré au Record Plant de Los Angles, avec les simples « Plus haut » en mars, « Message Personnel » de Françoise Hardy en octobre, et « Privée d’amour » en novembre. Il comprend encore « A quoi il sert ? », « Laissez passer les rêves », « Que l’amour est bizarre », « Débranche ! », « Lumière du jour », « Résiste », « La minute de silence », « Évidemment », « Ella, elle l’a », « Les princes des villes » … Du 5 novembre au 17 novembre 1996, elle se produit à l’Olympia où elle reprend « La groupie du pianiste » et « Les uns contre les autres ». Le 22 mars 1997 à la TV-Cité de la Plaine Saint-Denis elle offre un concert acoustique sur M6 où elle chante « La mamma » avec Charles Aznavour, « Attends ou va-t’en » de Serge Gainsbourg, édité en simple en mai. Cela enfante un double CD en avril, après le remix, en février, de « Résiste ». Puis de sérieux problèmes de santé et le décès de sa fille, fin 1997 de la mucoviscidose, font que France Gall met fin à sa carrière. Le 9 octobre 2001, France 3 diffuse France Gall par France Gall, un autoportrait conduit par Didier Varrod. Le 30 décembre 2002, TF1 programme Michel Berger par France Gall. En août 2004 paraît le simple « La Seule chose qui compte ». En 2006 elle est nommée marraine de l’association Cœur de Femmes. Le 21 novembre 2007 elle anime Tous … pour la musique qui rend hommage à Michel Berger sur France 2. Le 14 mars 2008 elle est au générique de Cœur de femmes, de la rue à la vie, un documentaire de Véronique Bonnet-Nora sur France 3. Le 13 décembre on la voit dans Johnny Hallyday : ça n’finira jamais … sur France 2. Le 24 avril 2009, Starmania, une histoire pas comme les autres célèbre les 30 ans de sa création sur France 2. Le 12 juillet 2010, Quatre idoles dans le vent de Mireille Dumas, avec Jean-Marie Périer, est consacré à Sylvie Vartan, Françoise Hardy, Sheila et France Gall sur France 3. Le 8 septembre, cette chaîne propose Vu du ciel de Yann Arthus-Bertrand sur le Sénégal en présence de France Gall. En 2013 elle est faite Chevalier de la Légion d’Honneur. En 2015, avec une volonté indéfectible, France Gall conçoit Résiste avec Buck Dawit, comédie musicale puisant dans son répertoire et celui de Michel Berger, avec une troupe de jeunes talents, Corentine Blanckeart, Léa Deleau, Victor Le Douarec, Gwendal Marimoutou et Elodie Martelet, au Palais des Sports, du 4 au 29 novembre.

Respect.

Magazine : Jukebox Magazine
Par Jacques Leblanc
Date : Janvier 2019
Numéro hors-série : 44
Note : cet article est paru pour la première fois dans le numéro 346 de Jukebox Magazine
, en octobre 2015.

France Gall : “Moi, chanteuse, vous êtes sûrs ?”

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Hommage à France Gall, cette sous-estimée chanteuse parisienne et à ses merveilleuses scies sixties.
Hommage à France Gall, cette sous-estimée chanteuse parisienne et à ses merveilleuses scies sixties.

Hommage à cette sous-estimée chanteuse parisienne et à ses merveilleuses scies sixties.

C’était une modeste compilation Impact, A petit prix. Achetée au Bon Marché. Dans la même série, j’avais France, Gainsbourg, Johnny et Eddy Mitchell. Et ces disques de rien, ces best of, m’ont hanté. Les deux premiers surtout bien évidemment. Sur mon tourne disques mono avec centreur Tournidol (une Petula Clark méconnaissable), puis sur ma platine stéréo BSR à 300 francs achetée à Réaumur-Sébastopol et repérée dans les pubs de Rock&Folk.

A l’époque où les disques vous brisaient le cœur et vous faisaient découvrir un monde. J’ai perdu (cambriolage) ma première collection de disques, au moment où le punk n’était qu’un mot dans les papiers de Yves Adrien. Un signe ? Je ne sais, mais ces albums sont pour moi ceux de l’innocence et de l’éducation. Ils sont ma vie.

France Gall alors … Et puis à seize ans, en 1970, on rêve forcément de jeune fille blonde en hautes chaussettes Burlington et mocassins Alexander. Le portrait de France, La fiancée idéale. Alors après, bien sûr … De toute la discographie de Michel Berger, je n’ai sauvé qu’une dizaine de titres et France Gall n’existait plus pour moi. Du moment même où elle l’a rencontré.

J’ai su, plus tard, qu’elle faisait tout pour occulter ses sixties et avait même déclaré que sa vie avait commencé en 1973. A France, il sera tout pardonné … Oui, même « Babacar ». Pour les mots éternels de « Baby Pop », ainsi incarnés. Pour une couverture de Mademoiselle Age Tendre en béret Bonnie And Clyde. Pour tout. France Gall est une vraie chanteuse. A la mine de rien.

Toujours juste et en place. Capable de swinguer jazz et de tout chanter. Normal. Isabelle Gall est née coiffée dans une famille de musiciens. Entre un grand père qui a fondé Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois et un père, Robert Gall, ancien chanteur et compositeur de renom (Piaf, Magali Noël, Félix Marten, Marie Laforêt et, surtout, « La Mamma » pour Aznavour), entourée de deux frères jumeaux Patrice et Philippe du quasi même âge qu’elle, eux aussi musiciens. Gamine, son père lui fait manquer l’école pour les matinées de l’Olympia et les coulisses d’un peu partout. Elle voit tout en ces fifties glorieuses. Bécaud, Piaf, Duke Ellington … Dès l’âge de cinq ans, elle est au piano, puis à la guitare. Avec les jumeaux, ils jouent l’été sur les plages de Barcelone et Pampelune. Isabelle, pour tout le monde est Babou.

A Pâques 1963, pendant les vacances, son père lui fait enregistrer une démo. Du Paul Anka, du Marie Laforêt, « Ne Boude Pas » (du Dave Brubeck, donc, revu par Richard Anthony), « Il A Le Truc » des Gam’s … Elle a quinze ans, quasi seize. Et est encore brune. Robert Gall fait entendre les démos à l’éditeur Denis Bourgeois qui monte une audition au théâtre des Champs-Élysées.

Hasard cosmique, le répertoire contient du Claude François, un « What I’d Say » façon passage obligé, du Gainsbourg (quel morceau? On ne sait trop) et … du Michel Berger. Son hit du moment : « Amour Et Soda ». A vrai dire Berger et Gainsbourg sont dans l’écurie Bourgeois. Ce dernier travaille aussi avec l’arrangeur définitif, Alain Goraguer, l’âme damnée de Boris Vian et Serge Gainsbourg.

Pour ne pas confondre avec Isabelle Aubret, alors à son top, Denis Bourgeois impose un autre prénom. Ce sera France. A cause du rugby. Oui. Elle devra s’y faire.

Le jour de ses seize ans sort « Ne Sois Pas Si Bête », adaptation de « Stand A Little Closer » des Laurie Sisters, doublé du jazzy (à cinq temps ! comme le « Ne Boude Pas » de ses auditions) « Pense A Moi » : pour une première et dernière fois, elle en écrit les paroles.

« Ne Sois Pas Si Bête » ne dépasse pas la 44ème place du hit-parade … Juste derrière « Tu N’y Crois Pas » de Michel Berger. Les fées, Dieu ou le diable, quelqu’un décidément est taquin dans cette histoire.

N’écoute pas les idoles que France Gall chante sur la 1ère chaine dans un Numéro 1 de Maritie et Gilbert Carpentier, le 14 mars 1964, consacré à Jean-Pierre Cassel. 

Gainsbourg, désabusé, rêve d’écrire pour les idoles. Dick Rivers, parmi tant d’autres, a refusé … Il supplie Bourgeois de lui laisser une chance. Ce sera bien sûr le magnifique « N’Écoute Pas Les Idoles ».

Bingo, champagne et numéro un de Salut Les Copains. Rien de moins. Le titre, effectivement, avec les arrangements de Goraguer méritait tous les éloges. Gainsbourg a fait simple, twist pour tout dire. Mais avec quelle maestria ! Avec ce désespoir sous-jacent qui ne le quitte pas. Gainsbourg va, pour France, être plus fort que Shangri-Las et Brill Building réunis. Le trauma adolescent ! Il va, avec France, en parler comme personne.

Du Tamla jazzy ? En plus de ces paroles définitives, il y a ce style unique. En ré mineur presque toujours. Des chansons carrossées pour l’éternité. France Gall quitte le lycée Paul-Valéry où elle redoublait péniblement sa troisième. A quoi bon désormais ? Certes, elle minaude quelque peu : « Moi, chanteuse, vous êtes sûrs ? »

Suivent « Jazz A Gogo » et l’incunable « Laisse Tomber Les Filles ». Et puis son père lui impose « Sacré Charlemagne ». Qu’elle déteste, évidemment. C’est charmant, enfantin, tout ce qu’on voudra. Insupportable quand on a seize ans et qu’on rêve de jazz et de blues.

On est en 1965. Et c’est l’Eurovision. « Poupée De Cire, Poupée De Son », pour le Luxembourg. La France donnera zéro point à la géniale cavalcade désespérée. Gainsbourg a lu un article dans Mademoiselle Age Tendre sur France. En dix minutes, il a écrit son chef-d’œuvre, tout en descentes inspirées du classique et en wagnérismes à la Spector. Les musiciens de l’Eurovision ne voulaient pas l’interpréter à ce tempo, ils ne voulaient pas de Goraguer comme chef d’orchestre, Gainsbourg, un moment, est prêt à renoncer … Il y a pire ou presque.

Depuis quelques mois France Gall vit une romance avec Claude François, à peine remis du départ de Janet qui lui a préféré Bécaud. France est blonde et ne lui ressemble pas. Mais le Clodo est odieux. Surtout, il la cache. Il a peur –  une vieille histoire – que ses fans féminines ne lui pardonnent pas une liaison avérée. Pire : il n’a pas besoin d’une autre star. Mais d’une femme à la maison. Sage et décorative. La carrière de France n’est pour lui qu’un gros handicap qui les sépare.

Pendant toutes les répétitions, il lui fait un enfer jaloux au téléphone. Une fois élue, France devra entendre le fameux « tu as gagné mais moi tu m’as perdu ». Rageur. De plus, elle se fait gifler aussitôt après par la concurrente anglaise Kathy Kirby, arrivée deuxième, qui crie à la magouille, à l’imposture. Goût amer donc. Mais triomphe international. Tournée d’été avec le Cirque de France … Elle a exigé à la basse la présence de son frère Philippe, histoire de se sentir moins seule.

Elle est overbookée.

Les tubes s’enchaînent. Du Serge (« Nous Ne Sommes Pas Des Anges », « Baby Pop ») et d’autres. Son père, son frère, Eddie Marnay, Rivat, Joe Dassin …

Et puis vient « Les Sucettes ». On en a trop dit. On a oublié qu’à l’origine, il s’agit d’une anecdote de vacances racontée par France à la demande de Serge qui, cherchant des sujets, la faisait fréquemment parler. Cette anecdote, Gainsbourg la transcrira presque mot pour mot. « Les sucettes à l’anis ». Le reste est fantasme, le reste est dans la tête de l’auditeur. Ce n’est même pas du double-entendre comme le font les bluesmen. En tous cas, quand le tube cartonne, personne n’y pense.

Et même pas Philippe Bouvard ou Gérard de Villiers qui à l’époque, pourtant, n’en ratent pas une.

La seule polémique, alors, que France devra supporter, est « Bonsoir John-John ». Même quand elle chante avec Maurice Biraud le fort louche « La Petite », personne ne moufte. Ou presque. France Gall joue avec son image de Lolita. Ou on y joue pour elle. Et cela n’est acceptable que si le succès continue. On pardonne tout aux gagnants. Et pour l’instant, elle gagne.

« Bébé Requin » de Joe Dassin est un tube, mais « Teenie Weenie Boppie » (de Gainsbourg évidemment) marque le pas. France Gall tourne et n’a pas le temps de se poser trop de questions. Elle est une star en Allemagne. Où les disques se multiplient. “Hippie Hippie”, “Computer Nr 3” …

Le temps va vite, trop. Mai 68 est arrivé sans qu’elle ne le voie passer. Elle n’en retiendra que l’échec de son nouveau disque, « Toi Que Je Veux » et « Chanson Indienne », bien sûr. En fait, elle se partage entre l’Allemagne, une certaine péniche parisienne et Saint-Tropez … Péniche ? Saint-Tropez ? Le nouvel amour de France est le rocker Philippe DeBarge. Un millionnaire (famille dans les laboratoires) et mécène. A Saint-Tropez il reçoit le gotha, Bardot ou Freddie Meyer. Surtout, il prépare son disque. Il a monté un groupe Français, avec mon producteur des temps du punk, Michel Zacha. Il joue au Papagayo et ailleurs. Il paie. Pour tout le monde. Le matériel comme la dope.

Et pour les Pretty Things, qu’il veut pour son prochain disque. Les Pretties ! Que tous les Français beat vénèrent ; du Drugstore au Golf Drouot. Le disque, enregistré à Londres sonnera comme Moby Grape, nouveau héros de tous ces Anglais. Il ne sortira qu’en 2009 …

Mais France là-dedans ? On ne la voit sur aucune photo, la liaison semble bien secrète. En fait, comme Claude François jadis, DeBarge la cache. Ce fan de Soft Machine à un peu honte de sortir avec une twisteuse … Le sentiment n’est pas joli, mais dans la logique farouche de l’époque, il peut se comprendre. Avec lui, France Gall a accès au rock le plus visionnaire et à l’underground le plus furieux. Bien loin des télés avec Maurice Biraud. Elle rêve de faire un disque pop, mais DeBarge ne l’invite même pas sur son chef-d’œuvre. Elle est à Londres, mais regarde les autres jouer. Pour être plus indépendante, elle a quitté Bourgeois pour La Compagnie, de Norbert Saada. Label branché qui la laissera faire. En théorie. Mais La Compagnie fait bientôt faillite et tous ses acteurs, Hugues Aufray en premier, auront du mal à s’en remettre …

Même avec La Compagnie, elle ne fait pas si fort, se laissant aller à des reprises, elle qui les avait évitées jusque-là. On a beau aimer « L’Orage », adaptation du classique italien « La Piogga » ou « Les Années Folles », relecture de « Gentlemen Please » cela semble un recul surtout en 1969.

Pourtant, il y a dans son répertoire des pépites restées ignorées, souvent arrangées par Michel Colombier, inspirées avec bonheur de l’air du temps. « La Manille Et La Révolution » de Boris Bergman ; « C’Est Cela L’Amour » de Lanzmann et Borowsky de Martin Circus … Un jour, DeBarge l’emmène voir « Hair ». Son ami Ronnie Bird et Hervé Wattine y jouent… France, n’a de yeux que pour le héros de la soirée, celui qui tient le rôle principal. Julien Clerc, bien sûr. Elle a 22 ans, a fait un duo en live avec Stevie Wonder, cartonne en Allemagne, a enregistré pour Atlantic, label prestigieux s’il en est, mais en France, la blonde patine … Comme Clodo et DeBarge, Clerc ne s’intéresse pas à la chanteuse.

Elle fait, avec son frère Philippe un roman photos pour Télé Poche. Elle n’est pas la première, ni la dernière – le genre est à la mode – mais le vit très mal.

Elle entend à la radio, en 1973, « Attends-moi » de Michel Berger et est subjuguée … Elle fait tout pour le rencontrer, sous prétexte d’avoir son avis sur ses nouvelles chansons.

En fait, elle espère que Berger écrive pour elle. Le reste est de l’histoire. Notamment cette jolie « La Déclaration », qu’il lui offre. Berger fera l’inverse de ses amants précédents. Il la mettra dans la lumière. Enfin, elle est heureuse. Au point de croire revivre. La suite, les années 80, l’Afrique et les synthés en folie, “Starmania” et même cet « Émilie Ou La Petite Sirène » avec « Ça Balance Pas Mal A Paris » que certains défendent à pieds et poings rageurs, n’est plus de mon ressort.

Avec Berger, elle est devenue une femme. Nous avons voulu, nous, raconter l’histoire de la Lolita absolue.
France Gall.

Magazine : Rock & Folk
Par Patrick Eudeline
Numéro de mars 2018
Numéro : 607

Merci à Elisabeth.

France Gall, la fiancée des Français

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Dans ce numéro hors-série de France Actu, découvrez 70 pages de photos exclusives de l'enfance à la mort de la chanteuse France Gall.

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Une enfance baignée dans la musique

France Gall se prénommait en réalité Isabelle (Geneviève Marie Anne) Gall : un prénom de princesse pour celle qui allait, quelques années plus tard, devenir la reine du Top 50. Elle ouvre ses grands yeux bruns sur le monde le 9 octobre 1947, dans le XII’ arrondissement de Paris. Elle fait la fierté de ses parents, Robert Gall et Cécile Berthier. Papa et maman Gall sont déjà bien connus du monde de la musique : Robert Gall est un auteur et chanteur dont la réputation n’est pas à faire : on lui doit, entre autres, les très célèbres « La Mamma » de Charles Aznavour (1963) et « Les amants merveilleux » d’Édith Piaf (1960). De son côté, Cécile Berthier est issue d’une famille où la chanson est un art de vivre : fille de Paul Berthier, le cofondateur de la Manécanterie des Petits Chanteurs à la Croix de Bois, elle est également la nièce de Jacques Berthier, organiste et compositeur, et a pour cousin Denys Lable, guitariste (qui accompagnera des artistes aussi connus que Julien Clerc, Francis Cabrel ou Michel Jonasz). Un palmarès familial impressionnant, qui conduira la future France Gall à se passionner très tôt pour cet univers riche, fantasque, et généreux en belles rencontres.

À LA MAISON, LES GRANDS NOMS DE LA CHANSON DEFILENT.

La famille Gall vit dans un milieu très bohème, et chez eux, ce sont tous les plus grands noms de la variété française qui défilent, pour le travail ou par amitié. Hugues Aufray, Claude Nougaro, la fille aux yeux d’or Marie Laforêt… Toutes les idoles en vogue côtoient Robert Gall et son épouse, et la petite Isabelle les considère à la fois comme des amis et des modèles. Charles Aznavour, la Môme (Édith Piaf) et Gilbert Bécaud, deviennent même des intimes de la famille : cette Mamma dont Robert écrira plus tard une chanson pour Aznavour, est en réalité la grand-mère Gall, qui a élevé seul son fils avec beaucoup de courage, après avoir perdu son époux lors de la Première Guerre mondiale. Un « presque lien de parenté », celui du cœur … deux histoires en parallèle, qui créeront entre le chanteur arménien et les Gall une profonde et solide amitié.

UNE ENFANCE SIMPLE ET HEUREUSE.

Les Gall, bien que bohèmes dans l’âme, mènent une vie très confortable et à l’abri du besoin. Ils possèdent trois lieux de résidence : l’appartement parisien bien sûr, où Robert se plaît à travailler. Mais aussi, et plus méconnus, une vieille caravane qui prend racine dans le jardin d’un ami à Noirmoutier, et une propriété à Pourrain, un petit village typique de l’Yonne. C’est dans ce dernier endroit que la famille passe une grande partie de ses vacances, pour le plus grand bonheur de la petite Isabelle. Aujourd’hui encore, à Pourrain, tout le monde se souvient de la jolie petite blonde au regard pétillant, qui s’amusait parmi les enfants du village. « Elle nous avait dit qu’elle s’appelait France Gall, mais que son vrai prénom c’était Isabelle. Nous l’appelions Isabelle », se remémore avec tendresse Josiane, une amie d’enfance et fille de forains. « Elle venait autour du manège de mes parents où il y avait de la musique, et fredonnait les chansons modernes de l’époque … » L’autre grand plaisir d’Isabelle, c’était les bals populaires, où elle s’adonnait à la danse avec ses deux frères …

AVEC PATRICE ET PHILIPPE, UNE TENDRE COMPLICITÉ.

Car Isabelle ne grandit pas seulement sous l’œil bienveillant des stars, mais aussi sous celui, plus farceur, de ses grands frères jumeaux, Patrice et Philippe, venus au monde un an avant elle. Tous les trois, ils font les quatre cents coups, sont élevés comme s’ils étaient des triplés. Grâce à eux, en voulant s’imposer comme une fille forte au milieu de garçons, Isabelle apprend à façonner son caractère. Lorsque la petite commence le piano à 5 ans (avec une facilité déconcertante), ce n’est que pour apprendre ses gammes et se tourner plus tard vers la guitare, puis d’intégrer le groupe formé par ses « frangins ». Elle est la petite dernière, la chouchoute comme on le dit alors, mais elle bénéficie également d’un grand talent naturel et d’un charisme certain ; surnommée affectueusement Babou, elle commence à se produire avec Patrice et Philippe, sous la neige parisienne l’hiver, ou sur les plages d’Atlantique l’été, Une enfance bohème, heureuse, de tendres souvenirs dans lesquels elle se réfugiera toute sa vie …

SOUS LE FEU DES PROJECTEURS.

Avant d’être projetée sur le devant de la scène, c’est donc en coulisses que la future France Gall apprend, patiemment, à connaître les rudiments la vie d’artiste. Souvent, son père l’emmène avec lui dans les loges de l’Olympia, et il n’est pas rare qu’elle manque l’école pour filer à Bruxelles applaudir Aznavour avec ses parents ! D’ailleurs, c’est à la fin d’un concert de celui-ci que la jeune Isabelle acceptera de chanter hors du cercle familial : son père avait révélé à Aznavour qu’elle chantait très bien, il lui a demandé un morceau à la fin du spectacle. Elle avait refusé tout net, avant de se laisser convaincre … et de subjuguer me grand Charles ! Elle est particulièrement proche de son père bien-aimé, qui lui donne le surnom de « petit caporal », en rapport avec son caractère très affirmé. Petit à petit, c’est la chanson qui attire Isabelle par-dessus tout. Et l’on découvre qu’elle a une très jolie voix ! Robert Gall la pousse à s’entraîner plus, à travailler ses intonations, puis quand il estime qu’elle est fin prête, l’enregistre enfin. Nous sommes en 1963, elle a à peine 16 ans, et les cassettes sont aussitôt envoyées chez Philips, à l’éditeur de musique Denis Bourgeois. La machine France Gall est en marche, et désormais, plus rien ne l’arrêtera …

16 ans déjà, et déjà sur les ondes !

Adolescente, l’engouement d’Isabelle Gall pour la musique ne faiblit pas. Elle aime chanter et donne son premier concert privé dans l’atelier d’un cousin du sculpteur François Brochet, Noël Brochet. Pourtant, elle n’envisage pas forcément de faire une carrière de chanteuse, et c’est son père qui la pousse à exploiter ce talent. En 1963, pendant les vacances de Pâques, il la convainc d’enregistrer quelques chansons. Certain du don que possède sa fille, il va remettre les bandes à un éditeur musical : Denis Bourgeois, déjà directeur artistique de Serge Gainsbourg. Le 11 juillet, la jeune Isabelle rencontre ce dernier à l’occasion d’une audition qu’il lui propose de réaliser au théâtre des Champs-Élysées. Denis Bourgeois se laisse charmer par sa voix, et repère le potentiel de la chanteuse. Mineure, Isabelle ne peut pas signer son contrat, et c’est pour elle que son père signe chez Philips où elle débute sa carrière avec les plus grands. Elle enregistre ainsi quatre morceaux en collaborant avec l’arrangeur, jazzman et compositeur Alain Goraguer, aussi collaborateur de Boris Vian et Gainsbourg.

QUAND ISABELLE DEVIENT FRANCE GALL.

Si la jeune femme a la chance de débuter avec de grands artistes, elle découvre aussi les contraintes des stratégies imposées par sa direction artistique. C’est à regret qu’elle doit abandonner le prénom d’Isabelle pour la scène, car à l’époque, une autre vedette porte déjà ce prénom : Isabelle Aubret. Afin de la démarquer, et sans vraiment lui demander son avis, on lui choisit le nom de « France Gall ». Dans son autoportrait France Gall par France Gall diffusé sur France 3 en 2001, elle confiait : « J’ai toujours été contre “France’: je trouvais que c’était trop dur. “Isabelle’, ça me correspondait, ça me plaisait. Je ne sais pas ce qui s’est passé pour que je me mette à aimer mon nom. Et maintenant c’est “France Gall”. C’est exactement moi. » Le 9 octobre 1963, France Gall a 16 ans et, pour son anniversaire, ses titres sont pour la première fois diffusés à la radio. « Ne sois pas si bête » rencontre un franc succès auprès des auditeurs, et la chanteuse vient se placer à la 44′ place du hit-parade de Salut les copains, juste derrière celui qui deviendra l’amour de sa vie : Michel Berger et sa chanson « Tu n’y crois pas ». Elle devance d’une place Aznavour qui interprète une chanson composée par le père de la jeune chanteuse :”La Mamma”

LES PREMIERS PAS D’UNE ARTISTE SOUS TUTELLE.

C’est à cette époque que Denis Bourgeois aura l’idée lumineuse de faire collaborer France Gall avec son protégé Serge Gainsbourg. La jeune chanteuse avait redoublé sa troisième au lycée Paul-Valéry, mais le succès qui la gagne la pousse à quitter l’école et France Gall fait ses premiers pas sur scène où elle se produit pour la première fois en première partie de Sacha Distel, à Bruxelles. La chanteuse est entourée des grands du métier, mais son manque d’expérience et son jeune âge ne lui permettent pas de défendre son répertoire. Elle se félicite néanmoins d’interpréter des chansons originales, alors que de nombreux chanteurs préfèrent adapter des succès anglo-saxons. À ce sujet, elle confie plus tard au micro de France Inter en 1976 : « Une interprète, déjà qu’elle n’écrit pas les paroles et la musique, si en plus elle pique les chansons des autres, si elle ne crée pas de chansons, cela n’a pas un grand intérêt. » C’est ainsi que France Gall, aidée par une flopée de grands auteurs et compositeurs français et bien sûr de Serge Gainsbourg, forge sans qu’elle ne le choisisse vraiment, son image de « Lolita française ». Mais sa carrière ne fait que commencer, alors que l’amour et l’émancipation artistique l’attendent …

Sacré Charlemagne, la chanson qui l’a rendu star !

Qui a eu cette idée folle, un jour d’inventer l’école ? », ce n’est en réalité pas Charlemagne, mais grâce à France Gall, c’est ce que tout le monde a retenu. Car qui ne connaît pas cette chanson et son refrain, qui entrent en tête pour ne jamais en sortir ? C’est le premier disque de France Gall, mais aussi son premier succès : classé numéro 2 en France, il finit par faire le tour du monde et est vendu à 2 millions d’exemplaires. Il devient très connu en Turquie, en Espagne et reste en tête des charts pendant deux ans au Japon ! Il a été traduit en 16 langues, et la toute jeune chanteuse l’a enregistré dans plusieurs langues, dont l’allemand, l’anglais et le japonais, quelle a appris phonétiquement pour interpréter la chanson.

Aujourd’hui encore, les écoliers la connaissent par cœur, elle a traversé les époques en gardant son esprit enfantin. En Algérie, elle était même devenue l’hymne du mouvement pour la jeunesse, et elle a donné le nom d’une rue dans les Ardennes !

FRANCE GALL NE VOULAIT PAS SORTIR LE DISQUE.

C’est son père, Robert Gall, qui a écrit les paroles, sur une musique composée par Georges Liferman. Nous sommes en 1964. Ses managers la pressent d’enregistrer la chanson, qui ne la convainc guère. Pourtant, cette chanson a bien failli ne jamais voir le jour. La faute à … France Gall, qui la détestait viscéralement ! Elle a expliqué, à plusieurs reprises, avoir été « forcée » à la chanter. Plus tard dans sa carrière, elle l’a complètement laissée de côté. Trois ans après la sortie de « Sacré Charlemagne », en 1967, elle déclarait déjà à la télévision : « Je dois dire que j’étais très, très contre, parce que c’était une chanson d’enfant et les musiciens et les personnes qui m’entouraient me disaient : “Mais pourquoi tu fais cette chanson, tu vas te ridiculiser, c’est grotesque, ne fais pas cette chanson !’: ce qui fait qu’au bout d’une semaine [ … ], j’ai téléphoné à mon imprésario, il devait être 3-4 heures du matin, et je lui ai dit : « Je vous en supplie, arrêtez la sortie du disque, je ne veux pas que ce disque sorte, je ne veux pas que “Charlemagne” sorte ! ».

« J’EN ÉTAIS MALADE »

Malgré le souhait de France Gall, « Sacré Charlemagne » est tout de même sortie, la propulsant au rang de star des yéyés, mais lui collant, de fait, une étiquette : celle de la chanteuse pour enfants, naïve et pas très crédible. Alors que France le disait dès ses débuts : elle voulait faire de la musique pour les adultes. Il faudra attendre Michel Berger pour donner le second souffle qu’elle souhaitait pour sa carrière. Et un sérieux ménage dans son entourage professionnel. Car, pendant longtemps, France Gall a été la poupée chantante de ses managers : Gainsbourg, son propre père … Jeune et impressionnable, elle faisait ce qu’on lui disait de faire, même si cela ne lui plaisait pas. Des années et des années après la sortie du single, elle confessait, dans l’émission Fan 2 sur M6 : « “Sacré Charlemagne’: j’en étais malade, je me souviens, je n’aimais pas du tout ça. Je ne l’aimais pas et pourtant je l’ai laissée sortir. C’est vous dire à quel point je ne maîtrisais pas la situation. » La rébellion viendra avec l’âge : une fois la place nette faite, France Gall entamera sa seconde carrière, celle qui lui a fait quitter l’étiquette de chanteuse naïve des yéyés pour devenir une des chanteuses les plus populaires en France, avec un des répertoires les plus fournis. La preuve qu’on peut se renouveler, mûrir, grandir et évoluer : les albums qu’elle fera par la suite n’ont plus rien à voir avec « Sacré Charlemagne » ! Mais elle garde une place spéciale : celle de nos souvenirs d’enfance.

Gainsbourg, son improbable binôme

Je fais 12 titres sur un 33 tours […], sur ces 12 titres 2 passent sur les antennes, et les 10 autres sont parfaitement ignorés. J’écris 12 titres pour 12 interprètes différents, et les 12 sont tous des succès », confiait Serge Gainsbourg dans une interview, à propos de ses débuts dans la chanson. Avant de rencontrer France Gall, Serge Gainsbourg n’est pas pour ainsi dire un artiste à succès. Ses chansons ne sont pas appréciées du public à leur juste valeur, et il n’a pas encore trouvé comment s’en sortir financièrement et professionnellement. Il est même prêt à renoncer à sa carrière, devant son insuccès … Jusqu’à ce qu’il accepte de travailler pour cette mystérieuse chanteuse au carré blond, et heureusement pour lui, car cela marque le tournant le plus important de sa vie en tant que chanteur. Ils commencent alors à travailler ensemble, et c’est le 20 mars 1965 que la donne change pour les deux artistes. Le soir de l’Eurovision, France Gall représente le Luxembourg et chante « Poupée de cire, poupée de son », une chanson écrite par son collaborateur tout neuf. Malgré le mauvais souvenir que garde France de !’Eurovision, c’est une étape hautement importante pour elle. Le duo remporte l’émission, ce qui les propulse : depuis ce jour, plus rien ne fut pareil, et ils connurent le succès. Dans une interview, France Gall dira plus tard ceci : « On me dit que j’ai permis à Gainsbourg de devenir ce qu’il est devenu, que grâce à « Poupée de cire, Poupée de son » : sa carrière artistique a pris son envol. Pendant longtemps, je n’ai jamais pensé que je lui avais apporté quoi que ce soit en dehors de l’argent. » Et pourtant, en effet, c’est bien plus que de l’argent qu’elle lui a apporté. Elle fit rayonner ses titres, leur collaboration artistique les mena au succès. France Gall continue dès lors à enchaîner les titres signés Gainsbourg : elle meut sa douce voix au gré de sa plume dans des chansons à succès comme « Baby Pop », « Laisse tomber les filles », « Nous ne sommes pas des anges », « Les sucettes », « Les petits ballons » … et bien d’autres. Les paroles de Gainsbourg et le physique et la voix de France, voilà les clés de leur succès.

QUAND SERGE L’HUMILIA FACE À LA FRANCE ENTIERE.

Et puis vint le jour de la trahison, de l’humiliation pour la naïve France Gall. Lorsque Gainsbourg écrit la chanson « Les sucettes », il l’écrit avec un but précis : se servir de l’image fantasmagorique de femme enfant de la jeune blonde pour en faire de façon subliminale une icône sexuelle. Sur le modèle des Lolitas américaines, comme c’était la mode à l’époque, Serge Gainsbourg met dans la bouche de France des paroles à double sens, et qu’elle-même ne saisit pas entièrement. « Pour quelques pennies Annie a ses sucettes à l’anis elles ont la couleur de ses grands yeux, la couleur des jours heureux », telles sont les paroles de la fameuse chanson. Cependant, France Gall les prend littéralement : elle pense chanter l’histoire d’une petite fille qui apprécie les sucreries que son épicier lui vend gentiment. Pour Serge, la sucette n’est autre qu’un symbole phallique subrepticement caché entre les lignes : il s’agit de rien d’autre que la pratique sexuelle de la fellation. Une fois la chanson sortie, c’est le scandale, c’est le tollé médiatique pour la jeune blonde, qui peine à prendre conscience de ce qu’elle a fait. C’est en 2015 quelle raconte au Parisien : « Je n’en comprenais pas le sens et je peux vous certifier qu’à l’époque personne n’en comprenait le double sens. Quand il a écrit la chanson, je me voyais aller acheter ma sucette. C’était l’histoire d’une petite fille qui allait acheter ses sucettes à l’anis. […] Mais en même temps, je sentais que c’était pas clair, c’était Gainsbourg quand même ! Mais il me l’a jouée et je l’ai tout de suite trouvée très, très jolie, j’ai adoré la chanson. » Serge Gainsbourg, son collègue le plus proche, le coup de foudre musical avec qui elle avance depuis des mois, lui a fait un mauvais coup, il s’est joué d’elle, et désormais c’est trop tard pour revenir en arrière. C’est ainsi que Gainsbourg est parvenu à devancer une femme dont il s’est servi comme d’une poupée, de façon déloyale, pour attirer le succès à lui tout seul. Cinquante ans plus tard, la principal intéressée va jusqu’à l’insulter de « gros cochons » et explique : « Ça a changé mon rapport aux garçons. Ça m’a humiliée. » Il lui a manifestement infligé un terrible traumatisme en la trahissant de la sorte.

LA FIN D’UN DUO POUR AUTANT ?

Interviewé par la presse, Serge Gainsbourg s’enfonce plus tard dans l’ignominie de sa trahison : « France était trop bébête pour être une Lolita. Une Lolita ça doit quand même savoir allumer. Elle ne m’allumait pas du tout… Hé hé hé … J’avais l’essence, mais elle n’avait pas le briquet. » Il ira même jusqu’à dire : « J’ai retourné ma veste parce que je me suis aperçu que la doublure était en vison. » En d’autres termes, il assume clairement et sans détour sa trahison, et admet avoir été un lâche en favorisant le profit et le succès plutôt que l’amitié et la collaboration avec France Gall. Malgré toute cette histoire, le duo reviendra un peu plus tard sur le devant de la scène avec des titres tout aussi controversés dans leur sens, tels que « Les petits ballons » dans lequel France Gall incarne une poupée gonflable, ou encore « Teenie Weenie Boppie », une chanson qui parle de LSD … Bref, une chose est sûre, France Gall en a vu de toutes les couleurs dans sa collaboration avec le grand, l’insigne, l’unique parolier et chanteur Serge Gainsbourg. Elle l’a emmené au plus haut en travaillant avec lui, mettant en valeur ses paroles de maître, et a elle-même fait l’unanimité grâce à ses chansons. Il l’a trahi, certes, mais leur travail ensemble était sans égal et leur a permis d’entrer dans l’histoire de la musique française, en les érigeant en véritables icônes de leur époque. L’époque Gall et Gainsbourg, tous les Français s’en souviennent, car leur musique, intemporelle, est ancrée au cœur du patrimoine français.

L’Eurovision, victoire, coups et humiliation !

Nous sommes en 1965, France Gall représente le Luxembourg dans une des émissions les plus connues d’Europe. Elle arrive devant le jury, la boule au ventre, pour se produire enfin. Elle doit interpréter une chanson que son confrère, Serge Gainsbourg, a écrite spécialement pour elle. Il s’agit de « Poupée de cire, Poupée de son », une chanson aujourd’hui connue de tous … Mais France, malheureusement, a très peu confiance en elle et sent, d’ores et déjà, quelle va perdre.

Elle y va alors tête baissée, et les huées des musiciens quelle a subies toute la journée n’arrangent rien. Sa victoire, elle la qualifie de « drame absolu », après les faits. C’est une France Gall intimidée et sur laquelle on s’acharne qui se présente alors pour chanter. À sa grande surprise, la voilà qui remporte l’émission ! Elle ne mesure pas encore sa chance, ni son mérite, car elle a la tête ailleurs. Sur le moment, elle a la victoire amère, tout d’abord car elle n’y croyait pas, mais surtout parce qu’elle s’attendait à tout, sauf à ça. Mais le drame ne fait que commencer …

EN COULISSES, C’EST LA CATASTROPHE !

Après sa victoire, elle se précipite en coulisses pour annoncer la bonne nouvelle à son compagnon, le célèbre Claude François. La bonne nouvelle se transforme alors en une très mauvaise surprise : par jalousie et caprice, son homme est mécontent de sa victoire et décide de la quitter sur-le-champ. France Gall se retrouve célibataire, sans prévenir, sur le plateau de la grande émission. Que faire ? C’est alors difficile pour France de remonter sur la scène et d’embrasser la victoire dignement alors que, cinq secondes plus tôt, elle se faisait malheureusement quitter entre deux chansons par son homme. Pour couronner le tout, elle se fait même … gifler par une concurrente ! En effet, c’est la chanteuse qui concourait pour le compte de l’Angleterre qui, jalouse et déçue de ne pas avoir été choisie, la violentera dans les coulisses après l’annonce de sa victoire. Une chose est sûre, les éléments se sont déchaînés contre elle ce soir-là, et ces événements resteront gravés à jamais dans sa mémoire. C’est ce genre d’expérience, en effet, qui ont fait d’elle la femme qu’elle est devenue tout au long de sa carrière.

UNE VICTOIRE CATASTROPHIQUE ET INSIGNIFIANTE POUR ELLE

Décidément, entre une histoire d’amour qui finit mal un soir où tout aurait dû être parfait, une gifle reçue d’une inconnue jalouse, et une victoire quelle reçoit tant bien que mal malgré la déception … Ce ne fut pas vraiment la soirée rêvée pour notre France Gall nationale. Des années plus tard, la chanteuse revient sur cet épisode éprouvant de sa vie. Elle a 67 ans lorsqu’elle raconte ceci au micro de Stéphane Bern : « Je me suis fait huer par les musiciens tout l’après-midi, pendant les répétitions. J’y suis allée, dans ma tête, tellement perdante, qu’après avoir chanté, j’ai dit à la personne qui m’accompagnait, sortons de là, j’ai besoin de boire une verre de lait, quelque chose. […] J’étais avec un garçon et j’ai demandé à ce qu’on appelle ce garçon quand j’ai gagné. Et ce garçon, juste avant que je monte sur scène, pour aller rechanter ma chanson, il me dit, « Je te quitte ». Donc moi, qui étais très amoureuse, je pleure. Et on me pousse sur scène et on voit que j’ai plein de larmes, mais ça n’a rien à voir avec le fait que j’ai gagné. » Toujours digne, et comme si elle ne voulait pas se remémorer un souvenir amer, elle ne cite jamais le nom du célèbre Claude François, son petit ami de l’époque, le coupable de son mal-être ce fameux soir de 1965. C’est ainsi que, alors que c’est un de ses premiers et plus grands succès sur scène, cela reste encore un de ses pires souvenirs.

Claude François, une rupture si douloureuse !

Ils se rencontrent alors qu’elle n’a que 17 ans. Elle est toute fraîche dans le monde de la célébrité, n’a pas encore rencontré tous les requins du domaine : elle est naïve, jolie, elle a tout pour lui plaire et vice versa. Claude François, lui, en a 25 et sa carrière s’est déjà enflammée en France : il a les filles à ses pieds, les caméras braquées sur lui, ce n’est que le début d’une longue folie, la folie Cloclo. Et pourtant, ils restent discrets quant à leur histoire d’amour. Peu de gens savent leur bonheur, peu de gens partagent leurs tendres secrets, mais leur relation est très passionnelle. On connaît d’ores et déjà, des années plus tard, le caractère impétueux, capricieux et possessif de la star aux cheveux blonds. Claude François, j’entends, et pas sa belle France Gall. Il a le caractère que possèdent un grand nombre de stars, que le succès enivre jusqu’à plus soif. C’est ce qui mènera le couple à sa perte, ou du moins à leur séparation en 1965. C’’est avec beaucoup de douleur que Claude quitte France, qui se retrouve seule à contrecœur. C’est avec une grande douleur quelle essuie cette rupture, mais grâce au passage des années et à la célébrité qui ne tarde pas à arriver dans sa vie, elle parvient à se reconstruire, tant bien que mal, s’offrant tout de même le titre d’icône de la chanson française. Elle réussit à construire son propre personnage et à mener de front une incroyable carrière dans la musique, malgré une peine de cœur de jeunesse.

LA RAISON SORDIDE D’UN AMOUR SI TOXIQUE.

L’anecdote qui concerne Alain Delon est très révélatrice. Alors que France devait donner la réplique à ce dernier dans un film, dans lequel on lui avait proposé un rôle important, elle s’était vu refuser l’offre parce que la scène impliquait qu’elle embrasse Alain Delon. Il s’agissait du film « Adieu l’ami », réalisé par Jean Herman. Mais comment France, qu’on connaissait de nature plutôt intrépide, mais surtout comme une femme libre et qui n’avait jamais froid aux yeux, en est-elle venue à un refus qui aurait pu mettre en péril sa carrière alors toute jeune ? Interviewée par Alessandra Sublet sur le plateau télévisé de France 5, dans l’émission C à vous, elle expliquait la raison de ce refus. C’était tout bonnement à cause de sa relation avec Claude : « J’étais avec quelqu’un, et pour moi, il était impensable d’embrasser quelqu’un d’autre, y compris Alain Delon. » Et pourtant, la star disait ne rien regretter pour autant, sous-entendant qu’elle aurait dans tous les cas privilégié son histoire d’amour : « Le cinéma, ce n’était pas du tout pour moi. Mon métier, c’est d’être moi-même. Acteur, c’est le contraire. J’ai toujours été incapable de jouer un personnage. » C’est avec cette authenticité, propre à sa personne, qu’elle a entre autres su conquérir le cœur de la France et des Français, qu’elle est devenue une personnalité très appréciée du public, en plus d’une icône de la chanson. Tout le monde voulut savoir les raisons de sa rupture avec Claude François, une rupture aussi soudaine qu’incomprise. C’est des années plus tard que les Français découvriront, derrière le visage angélique de Claude François et derrière ses musique entraînantes, son caractère possessif et capricieux.

CLAUDE FRANÇOIS, UNE STAR DIFFICILE À VIVRE AU QUOTIDIEN ?

C’est en partie cet possessivité excessive qui a détruit leur relation, pourtant si belle à ses débuts. Dans le film Cloclo, qui retrace la vie du roi de la pop, on assiste à une scène de rupture très douloureuse pour les deux protagonistes. France Gall, interviewée quelques jours après la sortie du film en 2012, témoignait que le film ne lui avait pas déplu, toute douloureuse et vraie que soit la représentation de ses trois ans passés auprès de Claude. Elle dit même avoir apprécié le choix de son double à l’écran : « J’ai trouvé la comédienne charmante, mais je ne me suis pas reconnue. En revanche, sur Claude François, c’était assez proche de ce qu’il était. […] Claude n’était pas quelqu’un de facile. Personne n’était heureux autour de lui. » Autrement dit, la voilà qui s’expliquait dans la presse, des années plus tard, par rapport à sa relation difficile avec la star capricieuse. C’est un souvenir morbide que le film réveille en réalité pour elle, c’est pourquoi elle est restée discrète pendant des années à ce sujet. Embrasser Alain Delon était impossible pour elle parce que, comme elle l’a dit, elle était amoureuse de Claude. Mais au fond, n’avait-elle pas peur de la crise conjugale ? Est-ce que la possessivité et la jalousie en couple de Claude François n’était pas un danger pour elle, et n’est-ce pas plutôt cela qui les a conduit à la souffrance de la rupture ? Quoi qu’il en soit, leur relation était néfaste à leur bien-être, et c’est sans doute pour cette raison qu’elle n’aura duré que trois ans. Tout juste assez pour en faire un couple emblématique de la chanson française, mais beaucoup, beaucoup trop peu pour vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants. C’est une relation qu’elle a eue très jeune, qu’elle a parfois regrettée, parfois non, dont elle a dû se souvenir longtemps à cause de la bruyante célébrité du principal intéressé et que, pour finir, elle a enterrée au plus profond de son cœur, à sa mort.

UNE EXPÉRIENCE QUI LA FORGÉE

Malgré tout, les peines de cœur font partie de ce qui nous aide à grandir dans la vie. France Gall était en couple avec Claude François de ses 17 à ses 20 ans, c’est à peine si elle était sortie de l’adolescence. On peut dire qu’elle en a appris beaucoup de cette relation. L’actrice qui incarne France dans le film Cloclo de 2012, Joséphine Papy, s’exprime notamment sur le rôle difficile qu’elle a tenu. « Elle a vécu des moments très douloureux. […] Et elle en est sortie la tête haute avec une force hallucinante. Je pense d’ailleurs que la scène où elle dort sur le palier de Claude François a constitué un tournant dans sa vie. Comme le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Elle a donc dû énormément souffrir de cette image de gamine qu’on lui renvoyait par la suite. » Et c’est là une preuve que France s’est forgée après cette expérience difficile avec un homme qui lui menait parfois la vie dure. L’amour et les déceptions servent à ça, et France s’est évidemment pliée au célèbre principe de Nietzsche : « Ce qui ne te tue pas, te rend plus fort. » Ainsi elle a construit sa carrière en oubliant la douleur, année après année.

Son histoire d’amour avec Julien Clerc

C’est une histoire que beaucoup ont oubliée, et dont il ne reste pas beaucoup de traces. Peu de couvertures de magazines, d’interviews, de duos ou d’archives télé. Et pourtant, France Gall et Julien Clerc ont formé un couple pendant plus de cinq ans. En 1969, France Gall panse encore ses plaies. Claude François l’a quittée de manière peu élégante un peu plus tôt. Elle a le cœur brisé et imagine qu’elle ne retombera plus jamais amoureuse. C’est alors qu’elle croise le chemin d’un chanteur débutant et très charmant, Julien Clerc.

« DUO POUR UNE ROMANCE »

À l’époque, il commence à peine son ascension : Julien Clerc a été choisi pour jouer dans l’adaptation en français de la comédie musicale Hair. Il a mis du temps à se laisser convaincre, mais il triomphe au théâtre de la Porte-Saint-Martin, à Paris. La comédie hippie devient un succès. C’est ici que France le rencontre et que leur idylle naît, en coulisses. Ils sont jeunes, ils ont à peine la vingtaine, et ils tombent follement amoureux. La même année, ils feront même la couverture de Salut les copains, qui leur consacre un petit reportage : « France et Julien : Duo pour une romance ». Leur relation est officielle, et sérieuse. Ils achètent même une maison en Bourgogne, près de celle des parents de France. Julien devient vite un membre de la famille Gall, il embauche l’un des frères de France, Philippe, et deux de ses cousins comme musiciens.

FRANCE, UNE PASSADE ?  

En 2011, Julien Clerc revenait sur cette histoire d’amour dans une interview dans Paris Match : « Elle venait me chercher à la sortie du spectacle avec sa Porsche. J’étais un peu inconscient, en ce temps-là … Je ne faisais pas vraiment attention à sa carrière. Moi, je traçais. Nous étions deux personnes connues, du même âge. Salut les copains nous a pris en main et nous avons fait quelques sujets charme, dont un voyage à Marrakech », confiait-il alors. Il en gardait un souvenir mitigé, visiblement : « Notre histoire est un joli souvenir, mais France est moins importante que mes autres femmes, car nous n’avons pas eu d’enfants ensemble. J’étais très proche, en revanche, de sa famille. J’aimais beaucoup ses frères, ses parents. » S’ils n’ont pas eu d’enfants ensemble, c’est parce que Julien ne le souhaitait pas, pour des raisons bien particulières, qui ont finalement eu raison de leur couple …

IL NE VOULAIT PAS ÊTRE VU AVEC ELLE …

En cause, l’orgueil de Julien, et les idées alambiquées de ses managers : il est jeune et beaucoup de jeunes femmes sont amoureuses de lui. Pour conserver son image de séducteur, de playboy, ses managers lui conseillent de cacher sa relation avec France. Ce qu’il fera, la chanteuse viendra à ses concerts grimée, portant des perruques, afin que personne ne la reconnaisse et que Julien bénéficie toujours de cette image d’éternel célibataire. France, elle, ne rêve que de mariage et d’enfants. Mais Julien lui préfère les strass et les paillettes. Après avoir passé cinq ans à faire profil bas, France Gall est lassée, elle quitte Julien. Elle mérite mieux que ça, sa carrière est en déclin et son amoureux la cache, presque honteusement. Julien Clerc vivra très mal cette rupture, réalisant qu’il a perdu la femme qu’il aimait. Son album suivant sera sombre et triste, à l’image de son moral. Il chantera pour elle « souffrir pour toi n’est pas souffrir », orchestrée par le frère de France, Philippe Gall. « Si un jour tu veux revenir, sans mots, sans pleurs, sans même sourire », chante le jeune homme, espérant que France revienne. Mais elle ne le fera pas.

LASSÉE, FRANCE EST PARTIE.

Pour adoucir ses peines de cœur, France Gall a décidé de se remettre au travail. Sa carrière est dans le creux de la vague depuis quelques années, elle s’est laissée allée dans une histoire sans réciproque, où elle n’a pas obtenu en retour tout l’amour qu’elle donnait sans compter. C’est là qu’elle rencontre Michel Berger, et qu’une nouvelle vie commence. Face à Michel Berger, Julien Clerc ne fait pas le poids. Il finira par retrouver l’amour avec l’actrice Miou-Miou, rencontrée sur le tournage du film « D’amour et d’eau fraîche » : à l’époque, elle est en couple avec le comédien Patrick Dewaere. Ils ont une fille d’un an et se déchirent mutuellement. Elle le quitte pour Julien. L’histoire dit que Patrick Dewaere serait venu sur le plateau pour casser la figure du nouveau petit ami de Miou-Miou : à l’époque, l’actualité people était brûlante !

UN DERNIER HOMMAGE

En 2003, Julien Clerc avait fait son mea culpa sur France 3 : « Elle devait se poser des questions, elle était peu satisfaite, à mon avis, de son métier, et le fait de tomber amoureuse de quelqu’un qui était en pleine lumière n’a pas arrangé les choses. Si elle a mal vécu ce moment-là, si ce n’est pas une période très heureuse pour elle, je le regrette … Il est vrai que j’étais jeune, en ascension, égoïste. Lorsqu’elle a rencontré Michel, il lui a apporté ce qu’elle cherchait, un renouvellement, et j’ai senti assez vite qu’il y avait plus qu’une histoire d’amour. C’était difficile à accepter pour un jeune homme un peu orgueilleux, mais la suite a prouvé qu’elle avait raison. » Le jeune homme égoïste a mûri, depuis. Évidemment, et heureusement. Et il garde un souvenir ému de celle qui a partagé sa vie il y a bien des années : « France, nous avions 20 ans, des bonheurs, des chagrins. Une part de ma vie s’en va avec toi. Julien », écrit-il sur les réseaux sociaux, en apprenant son décès. Quelques mots simples, sans chichis, mais en même temps profonds et sincères. Le souvenir d’une autre vie, d’un amour lointain.

Véronique Sanson, sa rivale de toujours.

En couple avec Michel Berger, Véronique Sanson avait rompu sur un coup de tête ce 26 mars 1972. Elle avait subitement quitté le studio d’enregistrement en prétextant aller chercher des cigarettes, pour ne plus revenir. À la place, elle s’était rendue aux États- Unis pour rejoindre le musicien Stephen Stills, quelle avait rencontré alors qu’il était en tournée en France et pour lequel elle avait eu un coup de foudre. Profondément meurtri, Michel Berger avait repris goût à la vie après sa rencontre avec France Gall qui avait, de nouveau, fait battre son cœur. Une relation que Véronique Sanson n’a jamais acceptée … n’ayant pas réussi à oublier son ex-compagnon ?

MAUVAISE JOUEUSE ?

Véronique a épousé Stephen Stills et eu un enfant avec lui, Christopher, mais l’idylle n’a pas duré. Michel Berger, de son côté, filait le parfait amour avec la belle France Gall. L’ancienne compagne oubliée s’est alors mise à affirmer que le chanteur et elle communiquaient par titres interposés, et à voir dans ses paroles des messages d’amour et de regrets qui lui étaient adressés. De l’histoire de son ex-amie et son ex-amant, elle a déclaré qu’il s’agissait d’un « amour de substitution », ce que la blonde n’a pas accepté. Dans le livre Douce France, l’auteur Alain Wodrascka a cité la réaction de la chanteuse : « Je trouve cela insultant. Je ne connais pas une femme au monde qui ne trouverait pas cela insultant. […] Quand elle dit que Michel lui a adressé “Seras-tu là” alors que lui et moi commencions à vivre ensemble, elle laisse penser que Michel était quelqu’un de malsain. Cela remet nos vies en question. L’œuvre de Michel aussi. » Pourtant Véronique Sanson s’acharnait à minimiser leurs différends.

L’UNE MINIMISAIT …

À Europe 1, Véronique Sanson a confirmé ne pas avoir gardé contact avec France Gall malgré leur amitié passée, assurant cependant qu’elle aurait bien voulu sauvegarder leur amitié et prétendant que l’une comme l’autre n’aurait pas voulu être la cible des médias : « On doit avoir peur inconsciemment toutes les deux qu’on nous refiche Michel Berger dans les pattes. » Selon elle, leurs propos l’une envers l’autre auraient été déformés pour créer une fausse guéguerre : « Je me disais : “Mais pourquoi elle dit ça sur moi ?” et elle se disait sans doute la même chose. » Pourtant, d’après France Gall, leur relation ne se résumait pas à une simple brouille de deux anciennes amies à cause d’un homme.

… ET L’AUTRE PERSISTAIT ET SIGNAIT.

Toujours citée dans Douce France, la chanteuse a évoqué une douloureuse épreuve qui avait suivi le décès de Pauline : France Gall avait souhaité transférer la sépulture du père près de sa fille, alors que la famille Hamburger tenait à ce qu’il continue de reposer dans le caveau familial. La justice avait été saisie … Et l’ex-compagne s’en était mêlée : « Véronique Sanson semble avoir oublié qu’elle a témoigné contre moi lors d’un procès qui m’a opposée à celle qu’elle appelle sa “presque belle-sœur”, alors que nous souhaitions, notre fils et moi, inhumer, selon leurs vœux, Michel et Pauline ensemble au cimetière Montmartre. » France Gall a eu gain de cause … Et jusqu’à sa mort, elle n’aurait pas pardonné à sa rivale.

Le scandale des Sucettes.

Ce CD single de 2000 est une réédition au format CD, numéroté 2387, du 45 tours de 1966 Les sucettes qui contient 4 titres, dont le titre Les sucettes écrite et composée par Serge Gainsbourg.

Dans les années 60, France Gall partage avec Serge Gainsbourg la même maison de disques. Alors que la jeune femme vient de signer son premier succès avec « Ne sois pas si bête », son directeur artistique, Denis Bourgeois, cherche des titres qui pourraient renforcer sa notoriété naissante. Depuis quelques années, il est également le manager de Serge Gainsbourg qui, lui, peine à toucher un large public. Ses textes étant considérés comme trop intellectuels, ils restent cantonnés à une certaine élite parisienne. Mais Denis Bourgeois connaît la verve du jeune Serge et il a alors l’idée de le faire écrire pour la jolie blonde. Une brillante idée puisqu’en 1964, la chanson « N’écoute pas les idoles » écrite par Gainsbourg et interprétée par France Gall, se place en tête du hit-parade. Un an plus tard, c’est encore Gainsbourg qui écrit « Poupée de cire, Poupée de son », qui permettra à France Gall de remporter le concours de l’Eurovision, auquel elle participe pour représenter le Luxembourg. France Gall est alors propulsée au rang de star, les Français étant touchés par la voix fragile et fluette de cette jeune fille en fleur. Comme sa collaboration avec Gainsbourg ne lui apporte que des succès, France Gall a confiance en lui et n’a aucune raison de se méfier. Elle dira même de lui : “J’aimais bien sa timidité, son élégance et son éducation. C’était très agréable comme relation.”

« LES SUCETTES » LUI LAISSERONT UN GOÛT AMER.

Serge Gainsbourg aime les paradoxes et le mélange des styles. Aussi prend-il plaisir à faire chanter à cette jeune tête blonde des textes tantôt noirs, tantôt ironiques. Mais en 1966, il s’amuse à lui écrire « Les sucettes » dont le double sens est presque explicite, sauf pour la première intéressée. En effet, France Gall n’a que 19 ans lorsqu’elle chante « Annie aime les sucettes, les sucettes à l’anis. » Elle n’y voit que le sens premier, dans la même lignée que les autres chansons candides de son disque. Mais évidemment, les auditeurs ont bien compris la double lecture et la chanson devient très vite un véritable scandale, d’autant plus que Gainsbourg ne se gêne pas pour rire publiquement de ce décalage entre la fraîcheur immaculée de France Gall, et les mots osés qu’il lui fait prononcer, en toute ignorance. Lorsque la jeune femme comprend la supercherie, elle se sent humiliée et trahie. Du haut de ses 19 ans, elle n’a pas envie d’être assimilée à un scandale, surtout qu’elle n’a rien vu venir. À l’époque, elle dit d’ailleurs : « Je n’aime pas susciter le scandale. J’aime qu’on m’aime. » Réalisant qu’elle a été manipulée par Gainsbourg, elle décide de ne plus travailler avec lui. Mais la fin de sa collaboration avec l’auteur-compositeur sera synonyme de traversée du désert pour la chanteuse, jusqu’à ce qu’elle rencontre son nouveau mentor, Michel Berger, au début des années 80, qui enflammera à la fois sa carrière et son cœur. Pourtant, le titre « Les sucettes » restera un des grands classiques de son répertoire et ce qui fit scandale à l’époque est aujourd’hui considéré comme l’un des plus beaux coups de génie de Serge Gainsbourg.

France Gall et Michel Berger : un couple mythique !

Il y a certaines choses qui ne s’expliquent pas. Parfois, on croise la route d’une personne et on sait, au fond de nous, qu’elle nous est destinée. Alors forcément, ce n’est pas toujours évident des deux côtés, sinon, ce serait trop simple. Mais c’est ainsi qu’est faite la vie ! Souvent, il faut se battre pour ce que l’on veut. Et c’est exactement ce qui est arrivé à France Gall. En effet, lorsque la chanteuse rencontre pour la première fois Michel Berger, elle est comme foudroyée. Dégommée par la flèche de Cupidon. Cette rencontre a eu lieu en 1966, alors que la starlette traversait une sale période … En effet, sa carrière est au point mort après les nombreux succès qu’elle a connu dans les années 60, et elle vit terriblement mal d’être dans le creux de la vague. C’est alors qu’elle rencontre Michel Berger, lors d’une séance photo pour le magazine Salut les copains, avec Jean-Marie Périer. Timide, elle reste en retrait, l’observe et l’écoute parler, séduite par son charme naturel. Elle connaît ses qualités d’auteur-compositeur, puisqu’elle rêve de travailler avec lui, mais elle ne pensait pas que l’homme était aussi séduisant. Pourtant, elle ne cherche pas à l’aborder, ni à se démarquer des autres filles présentes ce jour-là. Non. Elle se contente de l’épier, secrètement, comme le ferait une adolescente qui vit son premier coup de foudre … Et elle va agir de la même façon lorsqu’elle va le croiser, la deuxième fois, dans les coulisses d’une émission télévisée. Pourtant, cette fois-là, elle se fait la promesse que lorsqu’elle le reverra, – et elle sait pertinemment qu’elle va le revoir-, elle ira le voir. Et c’est exactement ce qu’elle va faire lors du dîner organisé par la maison de disque WEA ! Ce soir-là, elle s’est faite belle afin qu’il ne voit qu’elle. Et lorsqu’elle l’aperçoit au bar, elle prend une profonde inspiration et va le voir pour lui demander de lui écrire une chanson. Manque de chance, Michel Berger n’est pas du tout intéressé ! Il décline poliment en souriant et fuit la conversation. Oui, mais voilà, France Gall sait ce qu’elle veut, et ce quelle veut, c’est lui. Et sur tous les points !

UN ACHARNEMENT QUI VA FINIR PAR PAYER !

Déterminée, France Gall ne va rien lâcher et va même réussir à obtenir ses coordonnées personnelles. « À ce moment précis, France ne veut pas lâcher l’affaire. Elle demande à son manager, Bertrand de Labbey, de contacter directement Michel Berger et d’essayer de le convaincre. Ce dernier lui explique que Michel Berger n’a pas l’habitude d’écrire juste une chanson pour un artiste. Quand il écrit, c’est généralement pour un album entier ! Mais France n’a rien voulu savoir, elle le voulait désespérément », écrit Pierre Pernez dans son livre « France Gall : comme une histoire d’amour ». Et puis, un jour, le chanteur se décide à écouter ses maquettes ! Hélas pour France, c’est la douche froide. Michel Berger n’aime pas du tout son timbre de voix et sa façon un peu niaise de s’approprier les chansons qu’elle chante. En apprenant que ses maquettes ne l’ont pas du touché, France Gall est blessée, abattue … Pourtant, une fois de plus, elle va redoubler d’efforts et ne va pas baisser les bras afin qu’il ne l’oublie pas, multipliant les attentions à son égard. Une détermination dont l’écrivain Alain Wodrascka va parler dans son livre Douce France, paru en octobre 2015 : « Quand un peu plus tard elle a vu Michel Berger à la télévision, elle a dit à un ami j’aurai ce mec et j’aurai ses chansons. Elle a aussi assuré à Véronique Sanson : “Je m’occuperai de sa maison et je lui ferai des enfants » Quelques semaines après que l’interprète du « Paradis blanc » l’eut envoyée paître, France lui fait livrer des croissants de chez Fauchon, par une belle matinée ensoleillée. Sous le charme, il la rappelle et lui propose un dîner. C’est le début du binôme Gall & Berger, puisque de là, il ne se quitteront plus jamais.

Gloire, mariage et rumeurs.

Michel Berger et France Gall sont désormais, un couple. Et en 1974, elle va poser sa voix sur l’une des chansons du nouvel album de ce dernier « Mon fils rira du rock’n’roll ». De là, elle lui demande un service : elle ne veut plus une chanson, elle veut qu’il la fasse renaître. Après avoir longtemps refusé de travailler avec elle, Michel lui écrit « La déclaration d’amour ». Le premier succès d’une longue liste ! Seulement voilà, ça, France ne le sait pas encore, et est loin de s’en douter. Car lorsqu’elle découvre la chanson, elle est terriblement déçue… « Premier disque, première chanson. J’attendais tellement de cette première fois que quand il m’a joué la chanson au piano, j’ai été … comment dire … un peu déçue. Je rêvais d’une chanson rythmique, et me voilà avec une sensuelle déclaration. Le jour du studio, j’étais un peu tendue. Après une ou deux prises, Michel était content. Dans la foulée, il me demande d’écrire un texte parlé, comme si j’avais fait ça toute ma vie, écrire ! » Finalement, France suit les conseils de Michel et ensemble, ils vont écrire. Boucler ce titre afin qu’il soit parfait. Finalement, ils vont se découvrir une complicité artistique qu’ils n’auraient jamais imaginée. Désormais, ils feront équipe aussi bien à la vie qu’en studio ! C’est ainsi que le 6 janvier 1976, après douze ans de carrière, France Gall sort son premier album studio : France Gall ! Lors d’une interview avec le journaliste Richard Cannavo, la blonde est surexcitée, consciente qu’en réalité, il s’agit là du début de sa carrière. Sa véritable carrière : « C’est mon premier album ! C’est un truc énorme pour moi. La première fois que j’aime ce que je chante, et la manière dont je le fais. » Réponse du journaliste : « Effectivement, ce premier album, c’est une manière d’effacer définitivement la France Gall des sixties : on est passé à autre chose. »

Le succès et un mariage à la clé.

Comme cadeau prénuptial, il consacre son Numéro 1, diffusé le 22 mai 1976 sur TF1, à l’écriture d’une comédie musicale, Émilie ou la Petite Sirène 76. Et qui est l’héroïne de ce show ? France Gall, évidemment. « C’est la date de cette émission qui a déterminé la date de notre mariage un mois plus tard », confiera-t-elle en interview quelques semaines après la diffusion. À cette période, il forme le duo du succès de l’été, « Ça balance pas mal à Paris », et ils se marient le 22 juin à la mairie du XVIe arrondissement ! Une cérémonie intimiste, entourée des proches du couple, et durant laquelle le soleil sera au rendez-vous : « Il a fait très beau ce jour-là, tout le monde avait le sourire. C’était une vraie belle journée où l’amour était au rendez-vous. France Gall rayonnait de bonheur !» Au programme de ce mariage entre ces deux stars, que tout opposait ? Dîner dans un petit restaurant de la capitale privatisé pour l’occasion, avant de terminer la soirée au domicile du couple. En 1978, elle devient la maman de Pauline-Isabelle, Raphaël, lui, pointera le bout de nez quatre ans plus tard.

STARMANIA, LE RÔLE D’UNE VIE !

Toujours sous l’aura de son mentor, Michel Berger, France Gall reprend goût à la scène qu’elle avait abandonnée. Grâce à lui, elle a de nouveau confiance en elle et ne se sent plus comme celle qu’on appelle pour boucher les trous ! Alors, elle monte de nouveau sur les planches du théâtre des Champs-Élysées pour un spectacle intitulé Made in France. En 1979, c’est un spectacle inédit auquel Gall participe dans le rôle de Cristal, l’opéra rock Starmania ! Un pari risqué puisque, à cette époque, ce genre de spectacle qui cartonne outre-Atlantique est boudé par le public français. Pourtant, la chanteuse fonce. Elle sait que ce spectacle a été composé par Michel Berger et écrit par Luc Plamondon, et elle a confiance en ces deux hommes de talent. Et elle a raison puisque Starmania va graver les annales, encensé par toutes les critiques de presse du moment. Le bouche à oreille fonctionne tellement qu’un mois plus tard, le show est présenté pendant un mois au Palais des Congrès de Paris. Les shows se jouent à guichets fermés, et les ventes, des disques sont folles. Une fois de plus, France Gall est couronnée de succès grâce à Michel Berger. Pour Michel Berger et France Gall, c’est le début d’un tout ! Les tubes s’enchaînent pour le couple, « Résiste », « Si maman si », « La groupie du pianiste », « Évidemment », « Ella, elle l’a », « Babacar », « Il jouait du piano debout ». En 1980, le couple enregistre avec Elton John « Donner pour donner », un titre qui fait le tour du monde ! Leur carrière commune est désormais lancée à l’internationale. Tout ce qu’ils touchent, ensemble, se transforment en or. Le couple nage en plein bonheur.

Quand le sort s’acharne.

France Gall et Michel Berger vont vivre leur premier coup dur au début de l’année 1982. À cette époque, ils sont en couple depuis huit ans, et vivent une histoire sans fausses notes. Mariés, ils sont les heureux parents de Pauline et de Raphaël, et sont tous les deux à l’apogée de leur carrière. Michel chante et compose pour les plus grands, pendant que France Gall se produit au Palais des Sports dans un spectacle époustouflant conçu par Michel Berger et intitulé Résiste. Pour ce show d’une autre dimension, Michel a fait appel à son frère, Bernard, qui est architecte, lui demandant de réaliser de vraies prouesses techniques pour que sa femme soit magnifiée par le spectacle. Avec lui, Michel vit une véritable relation fusionnelle ! Il faut dire que ce frère, que Michel aime tant, est menacé par une terrible maladie : la sclérose en plaques. Hélas, à ce moment où France triomphe, Michel vit un terrible moment puisqu’il perd ce frère tant aimé. La chanteuse va alors voir son mari plonger dans une profonde dépression, alors qu’elle n’a qu’une envie : partager son bonheur avec lui ! Mais elle le sait, ce serait déplacé. Alors, elle essaie d’être forte pour deux, gérant le spectacle, les enfants, et faisant tout son possible pour l’épauler dans ce moment si difficile.

MORT D’UN FRÈRE, DÉPRESSION ET DIAGNOSTIC D’UNE TERRIBLE MALADIE.

Après le Palais des Sports, ils décident de partir en famille à la montagne. Ils ont désespérément besoin de se retrouver, loin du tumulte parisien et de la pression des médias. Tout est parfait, Michel, loin, semble reprendre du poil de la bête. France est heureuse de voir son homme sourire à nouveau. Seul hic ? La toux de Pauline, qui semble durer depuis plusieurs semaines. Alors, à leur retour, ils décident de consulter un médecin généraliste, pour être rassurés. Malheureusement, le ciel va leur tomber sur la tête lorsque le praticien va lâcher ce terrible diagnostique : la petite fille de 4 ans souffre de la mucoviscidose ! Le couple est abattu, sous le choc. La maladie dont souffre l’enfant est incurable et mortelle. L’horreur absolue. Le couple décide alors de ne parler de cette maladie à personne, afin de ne pas être harceler par la presse.

FRANCE GALL NE VEUT PLUS CHANTER, ET LE COUPLE VA MAL …

Pendant les années qui vont suivre, le couple va petit à petit réduire le rythme des concerts, afin de profiter au maximum des moments en famille. Mais au bout de quelques années, France n’y arrive plus. Elle ne peut plus perdre du temps à être en studio, en promo ou sur scène. Sa fille est malade, et elle ne veut pas perdre une miette du temps qu’il lui reste. Alors, en 1988, alors que la petite Pauline a 10 ans, France décide d’arrêter de chanter. De son côté, Michel choisi une autre thérapie, celui de se plonger dans la musique afin de trouver la force de rester debout. Le couple s’éloigne, jusqu’en 1992 où ils vont décider de renaître, ensemble, en faisant un nouvel album à deux. Ils se jettent à corps perdu dans ce projet, symbole de renouveau.

La fin d’un grand amour …

Dimanche 2 août 1992, à Ramatuelle. Il fait beau, il fait chaud, c’est une belle journée d’été comme on les aime dans la région. Depuis quinze jours, France Gall et Michel Berger sont en vacances dans leur maison de Provence. Les enfants, eux, sont à la montagne. Après l’enregistrement de leur album Double Jeu, ils ont ressenti le besoin de se retrouver à deux, entourés de quelques amis parfois. C’est le cas ce jour-là. Après avoir déjeuner sur la terrasse d’un petit restaurant qu’ils adorent, ils sont rentrés à la maison. En fin de journée, Michel descend au court de tennis, dans le jardin, afin de faire une partie avec deux amis.

Le malaise qu’il a eu quelques semaines plus tôt n’est qu’un lointain souvenir, il préfère ne pas y penser et ce, même si son père, de renom, lui a donné une ordonnance afin qu’un confrère cardiologue l’examine, Oui mais voilà, cette lettre, Michel l’a rangé dans un tiroir. Il s’en occupera à la rentrée. Pour l’instant, place au tennis ! Il est 18 heures lors qu’il se dirige vers le court pour échanger ses premières balles. Seulement voilà, au bout de 45 minutes, il doit interrompre la partie. Une horrible douleur lui serre le cœur. Il décide alors d’aller prendre un bain pour se détendre. Un peu d’eau chaude et de calme lui fera du bien. Il décide ne pas inquiéter France Gall. Pendant que cette dernière prépare à manger, elle entend hurler son prénom …

« JE NE VEUX PLUS SOUFFRIR COMME ÇA »

Elle se dépêche de retrouver Michel, qui lui explique qu’il vient de nouveau de ressentir une douleur dans la poitrine. Inquiète, France appelle le médecin de garde. Quand ce dernier arrive, Michel est allongé sur le lit, France, à ses côtés. Elle pense à ce que lui a dit cette voyante croisée la veille, sur une petite plage de Saint- Tropez. Jamais jusque-là elle n’avait souhaité connaître les visions d’une diseuse de bonne aventure, mais cette fois, allez savoir pourquoi, elle s’était laissé faire. La bohémienne lui avait alors pris la main gauche avant de lui lancer : « Vous entrez dans l’immortalité … C’est pour maintenant. » Le soir, elle avait raconté l’anecdote à Michel qui lui avait demandé : « Elle pensait à toi ou à moi ? » France Gall secoue la tête et décide ne plus penser à cette prémonition. Ce n’est pas le moment ! Elle se dit qu’il ne faut pas s’inquiéter : après tout, son mari ne boit pas, ne fume pas et ne fait aucun excès. Il n’a aucune raison d’être gravement malade ! Elle sort de ses pensées en entendant son mari parler au médecin : « Cela me serrait dans la poitrine, je ne veux pas resouffrir comme ça ! » Ce dernier décide de prévenir SOS médecin et le Samu car il n’a pas le matériel nécessaire. Hélas, à peine a-t-il raccroché que Michel porte à nouveau la main à sa poitrine. Le médecin se dépêche pour lui faire une injection, mais il est trop tard. Michel est parti rejoindre le Paradis blanc.

UN AMOUR SANS FAILLE !

Michel Berger fut le plus bel amour de France Gall. Dans une interview accordée à Paris Match en 2012, à l’occasion des vingt ans de sa mort, elle avait confié : « Nous avons eu une vie absolument magnifique, follement agréable, dans la fête, la réussite, le bonheur de la famille … C’était la perfection. Nous avons grandi ensemble, nous nous sommes élevés ensemble, nous avons construit notre vie ensemble. Nous étions différents, mais complémentaires. » Même analyse du compositeur Claude-Michel Schönberg, au micro d’RTL : « France Gall a réussi à tirer de Michel le meilleur de lui-même. Et elle, a été la parfaite chanteuse pour ses œuvres, elle l’a beaucoup inspiré. Il y a tellement de chansons extraordinaires qu’il a écrites pour elle, c’est un phénomène formidable. Ils se sont aimés, et ont grandi ensemble. »

La mucoviscidose lui a pris sa fille … Pauline, la blessure d’une vie.

Début 1982, France Gall et Michel Berger se sont offert un séjour à la montagne avec leurs enfants, sans doute pour se retrouver en famille dans le calme loin de l’effervescence parisienne. Pauline, alors âgée de 3 ans, s’est mise à tousser … beaucoup trop. Voyant que cela persistait, les parents l’ont emmenée consulter un généraliste qui a lâché une bombe : la fillette était atteinte de mucoviscidose, une maladie génétique rare qui touche notamment les voies respiratoires.

Le couple s’est alors tourné vers le père de Michel Berger, médecin réputé, en quête d’une lueur d’espoir, l’ombre d’une solution pour soigner leur fille. Mais sa réponse a été sans appel. Cité par France Dimanche, il leur aurait révélé : « Le seul véritable espoir pour Pauline serait que la médecine fasse de grands progrès dans les quinze ans à venir. » Les parents ont alors compris, désespérés, que la maladie allait mettre fin aux jours de leur fillette.

« JE NE VEUX PLUS SOUFFRIR COMME ÇA »

Ensemble, les deux artistes ont décidé de ne pas ébruiter la maladie de Pauline pour la préserver, mais aussi se consacrer à leur carrière chacun une année sur deux, pour s’alterner aux côtés de leur fille. Sur ces douloureuses années, France Gall s’est confiée à Paris Match : « La maladie de notre fille Pauline a été une tragédie dans notre existence. [Michel] m’a totalement épaulée, jour après jour. Quand l’un faiblissait, l’autre était là pour le relever.

Nous étions habités par la peur et le désespoir, mais quand Pauline n’était pas malade, la vie reprenait aussitôt… » Mais en 1992, à la disparition tragique de son mari, France Gall s’est retrouvée seule dans ce combat qu’elle a mené de front, toujours dans le plus grand secret, jusqu’à ce que Pauline la quitte à son tour en ce triste jour de décembre 1997, à l’âge de 19 ans. Un coup de poignard dans le cœur de cette mère brisée, qui n’a plus eu goût à son art. Toujours à Paris Match, elle a confié : « À la disparition de Michel, j’ai eu envie de continuer à chanter. À la disparition de Pauline, j’ai eu envie de me taire. » À Gala, elle a expliqué : « Ma fille était malade, ma fille a disparu, et donc plus rien n’avait de sens. Plus rien n’était comme avant. Il fallait être heureux pour chanter. »

ENFIN, RESPIRER.

Aux obsèques de sa fille, la mère endeuillée a livré un poignant discours louant l’exception de sa défunte fille : « Il n’y a pas, je dis bien pas, une personne qui ait croisé le regard de Pauline, même furtivement, qui ne s’est pas arrêtée quelques instants sur elle. » Elle a également décrit les « pouvoirs » qu’avait Pauline, « déclencher l’hilarité juste avec son rire », « nous apprendre la patience », « se faire aimer jusqu’à en briser le cœur d’un père », « souffrir en secret », « être quand même heureuse dans cette vie irrespirable », « nous pousser à Donner ». Elle a conclu par un terrible : « Ma chérie, Raphaël, moi et tout le monde ici, nous sommes là pour dire au revoir. Et respire maintenant ! ».

LA LITTÉRATURE POUR RÉCONFORT.

L’une a perdu sa fille et l’autre son fiancé, arrachés à la vie par la même maladie impitoyable. Interviewée par Karine Ferri sur RFM, France Gall s’est laissé aller à des confidences quant aux douloureuses années qui ont suivi le départ de Pauline : « On avance dans le brouillard et on fait les choses qu’il faut faire parce que la vie continue, qu’on a des enfants, un métier, un public. » Le réconfort, elle l’a cherché en lisant les auteurs qui avaient perdu leur fille, comme Victor Hugo avec « Demain, dès l’aube » : « C’est vraiment un poème extraordinaire. » Plutôt que de tenter de surmonter son malheur en se changeant les idées, elle a choisi de l’accepter : « Quitte à vivre des choses extraordinairement tristes et douloureuses, autant les vivre en face. Ça ne sert à rien de sortir, de se distraire ou quoi que ce soit. ».

CHACUN SON HEURE.

Les années passant, et malgré une souffrance qui ne s’est jamais estompée, France Gall a pris son drame avec philosophie, et se dire que chacun d’entre nous à une heure à laquelle il doit quitter cette Terre, « que les départs sont programmés », comme elle l’a expliqué à Paris Match. Elle a compris que le départ de Michel Berger et de Pauline n’était pas un acharnement de l’univers contre elle, mais qu’une telle horreur frappait de nombreuses personnes à travers le monde et que cela pouvait même être pire, comme elle l’a confié à Gala : « Il m’a fallu toutes ces épreuves pour comprendre : ce n’est pas avec le bonheur qu’on avance, il faut être secouée violemment pour percevoir ce type de chose, pour nous donner une chance de changer, d’évoluer, de grandir. »

« JE ME RÉVEILLE AVEC LE SOURIRE »

Malgré tout, France Gall a choisi de sourire à la vie, à lui faire confiance et, surtout, faire honneur à la chance qui lui a été donnée d’être encore là : « Et lui faire honneur, c’est être heureux. Depuis que je suis toute petite, je veux être heureuse. Tous les matins, je me réveille avec le sourire. » Plutôt que de penser à sa tristesse de l’avoir perdue, elle a préféré se concentrer sur son « extraordinaire » bonheur de l’avoir connue : « On me l’a reprise, mais on me l’a quand même donnée pendant dix-neuf ans. Et pour Michel, c’est aussi ça que j’ai pensé tout de suite. Quelle chance j’ai eue de le rencontrer. Ça c’est des idées très fortes qui m’ont aidée énormément. » Vingt-cinq ans après Michel et vingt ans après Pauline, France Gall s’en est allée les rejoindre dans le « Paradis blanc ».

Sa victoire contre le cancer !

Un an après le décès de Michel Berger, les médecins lui diagnostiquent en 1993 un cancer du sein. À 45 ans, elle se retrouve confrontée à une nouvelle épreuve. Le lien entre la maladie et le deuil sont évidents pour France Gall. La mort brutale de Michel Berger le 2 août 1992, son compositeur et époux terrassé par une crise cardiaque, a été un traumatisme pour elle. Elle perd son âme sœur : son chagrin est immense, sa peine incommensurable.

Ce choc psychologique a pu être le détonateur de la tumeur, à cause d’une baisse de ses défenses immunitaires. Elle voit elle-même dans sa propre maladie l’expression de sa profonde souffrance intérieure. « À l’annonce de la mort de Michel, j’ai ressenti une douleur dans le ventre, dans le corps, tellement forte, je me suis dit qu’elle devait ressortir d’une manière ou d’une autre. Mon cancer était la concrétisation de mon mal intérieur », confiait-elle à Gala en 2012. La thèse n’est pas approuvée par tous les cancérologues, qui précisent qu’aucun lien n’a été démontré entre le chagrin, le veuvage et la déclaration d’un cancer.

LA PEUR SURMONTÉE.

L’annonce de cette nouvelle est violente pour la jeune veuve, qui doit en plus accompagner sa fille Pauline, atteinte d’une mucoviscidose. Elle a confié son désarroi : « c’était un cauchemar quand je l’ai appris, comme tout le monde. En très peu de temps, on passe dans le monde de la maladie, des malades, c’est une autre planète. J’ai eu très peur. »

UNE OPÉRATION À SUCCÈS.

Elle subit le 22 avril 1993 une opération chirurgicale pour une tumeur maligne du sein et suit immédiatement un traitement. Les pronostics sont favorables, les médecins optimistes car le cancer a été découvert à temps. Il n’y a pas eu ablation. Le traitement par radiothérapie s’annonce cependant fatigant. Sur les conseils de son médecin, elle décide d’annuler toute une série de concerts, prévus à Bercy début juin 1993. Professionnelle, elle prévient son public, mais reste laconique sur sa maladie. France Gall a toujours préféré la discrétion et voulu garder le silence sur le mal qui la rongeait. Elle se fait soigner pendant deux mois et se met en convalescence. Les concerts sont reportés en septembre de la même année, une fois les traitements terminés. Son combat est un succès !

TOUT POUR LA MUSIQUE !

La musique accompagne France Gall dans son combat. Jamais elle ne renonce, son moral est d’acier ! C’est à ce moment-là, animée d’une grande énergie, quelle enregistre « Mademoiselle Chang », un titre du répertoire de Michel Berger. Le CD sort en vingt-quatre heures, elle l’enregistre à l’issue de sa deuxième série de rayons ! La star révèle un sacré courage ; le « petit caporal » comme l’appelait son père fait face et elle retrouve l’automne suivant les planches de Bercy … La chanteuse a toujours tenu la barre avec force dans les épreuves. Le cancer lui laissera alors quinze années de répit, avant de l’emporter à l’âge de 70 ans à l’Hôpital américain de Neuilly.

LE SÉNÉGAL, SA PATRIE D’ADOPTION

En 1985, France Gall découvre le pays qui deviendra sa seconde patrie : le Sénégal. Entre ce pays et la chanteuse, un lien indicible et indéfectible se crée. « Je n’ai jamais compris pourquoi j’ai toujours été attirée par le Sénégal », révélera-t-elle plus tard. Son premier voyage là-bas lui laissera un souvenir impérissable et bouleversant, et notamment grâce à une rencontre : celle avec une mère de famille complètement désemparée, qui n’a plus les moyens financiers de s’occuper de son fils, Babacar, et supplie la chanteuse de l’adopter. France Gall ne peut retenir son émotion et, dans sa tête, elle fait un pacte avec elle-même : elle ne se contentera pas de chanter pour les plus démunis, mais cherchera à en faire toujours plus pour eux. Entre les années 90 et 2000, elle vit littéralement entre la France et le Sénégal ; elle y a acheté une maison, sur l’île de Ngor, près de Dakar. Son voisin direct ? Le musicien sénégalais star Wasis Diop, avec qui le courant passe tout de suite, et qui devient un ami. Le Sénégal devient vraiment sa patrie d’adoption, c’est le berceau où elle se rend chaque fois que la vie lui apporte un coup tragique du sort. Elle s’y réfugie notamment à la mort de Michel Berger en 1992, et suite à celle de sa fille en 1997 … « Ça a commencé, le Sénégal, avec ma prise de conscience, au milieu des années 80, des problèmes que peut rencontrer le monde, L’Afrique entre autres, mais pas seulement l’Afrique. Et une femme, un jour, m’a donné son bébé. Ça, c’est un choc énorme quand il vous arrive quelque chose comme ça ! Finalement, on a pris la décision – mon mari Michel Berger et moi – de ne pas prendre cet enfant, mais d’aider la mère à lui donner les moyens d’apprendre un métier. Ce petit bébé s’appelait Babacar. D’où la chanson. Les gens connaissent l’histoire et la chanson. Et on est revenus ici pour tourner le clip. J’ai retrouvé Babacar à ce moment-là … », confie-t-elle aux journalistes de la radio RTL, se souvenant de ses premiers émois dakarois.

L’AFRIQUE LUI REND HOMMAGE.

Passionnément, elle a aimé le continent africain et ce dernier le lui a bien rendu. En ce début d’année 2018, en apprenant sa mort, Wasis Diop a été particulièrement ému, et a déclaré à son sujet qu’elle n’avait jamais joué les stars : chaque fois qu’elle venait quelques jours sur l’île de Ngor, elle redevenait une femme « normale », avec une humanité, un sourire et une joie de vivre extraordinaire. Il la qualifie lui-même de « vivante », d’un souffle d’air frais dans la vie de ceux à qui elle a tendu la main. Le chanteur Youssou N’Dour, sans conteste la plus grande star de la chanson sénégalaise, relaie le même son de cloche. « France est respectée pour ce qu’elle fait déjà dans la musique. Ensuite, c’est une sœur pour nous au Sénégal. Parce que c’est une personne qui a montré et démontré son amour pour le pays et son attachement pour la ville de Dakar et pour l’île de Ngor », a-t-il à son tour déclaré à Radio France International.

UN CŒUR D’OR, QUI A MARQUÉ L’HISTOIRE DE L’ACTION HUMANITAIRE.

Lors des hommages qui lui ont été rendus, toutes les stars ont tenu à rappeler que France Gall était avant tout une femme de cœur, qui n’a jamais fait de concessions sur ses engagements en faveur de l’Afrique. Et particulièrement l’acteur Richard Berry, qui l’a vue faire ses premiers pas au Mali et au Sénégal, et se souvient d’une « très belle personne », qui n’aimait pas s’apitoyer, mais préférait agir, avec force, patience et conviction. Au-delà de la muse qu’elle a été pour Serge Gainsbourg, puis pour Michel Berger, elle a su imposer son propre talent, ses propres idées, et les mettre au service de tous ceux qui en ont eu besoin. Tendre la main était, pour France Gall, un moyen de survivre, un don gratuit et totalement désintéressé qui lui a permis de rester à jamais dans nos cœurs, une belle âme autant qu’une voix d’ange.

Retour sur scène avec « Résiste »

Même si elle reprenait les plus grands classiques de France Gall et Michel Berger, même si elle racontait l’histoire d’une chanteuse tombant amoureuse d’un pianiste (et inversement) et même si elle chantait bon la nostalgie, la comédie musicale Résiste n’a jamais eu vocation d’être autobiographique.

Son scénario s’inspirait des paroles du titre « La chanson de Maggie », écrite en 1977. Résiste suivait l’histoire du club Lola’s, une boîte de nuit en difficulté gérée par un homme et ses deux filles. Pour ce spectacle exceptionnel, France Gall ne chantait pas.

Elle avait laissé la place à de jeunes artistes à qui elle voulait offrir une exposition importante : Léa Deleau (puis Fanny Delaigue) qui incarnait Maggie Bouvier, Victor Le Douarec alias Mathis … Babou, quant à elle, tient le rôle d’une narratrice filmée, dont le récit est projeté en fil conducteur du show. « Je vais faire ce que j’ai refusé toute ma vie : l’actrice. […] En revanche, je serai sur scène pour conserver ce lien avec le public, avec Michel », révélait-elle au magazine Gala avant la première qui s’est tenue le 4 novembre 2015 au Palais des Sports de Paris.

SUCCÈS POPULAIRE.

Co-écrite par France Gall et Bruck Dawit, la comédie musicale Résiste est rapidement devenue un phénomène populaire. En salles, le public ne résistait pas à l’envie de se lever et d’assaillir les bords de la scène pour danser au rythme des mélodies entraînantes. Le même succès s’est répété, chaque soir, à travers la France. La troupe de Résiste s’est installée pendant trois mois à Paris avant de partir en tournée pour plus d’une cinquantaine de dates et de terminer par deux représentations au Zénith de Lille. En tout, le club Lola’s a fait danser la France pendant plus d’une année et pour l’anecdote, même François Hollande, président de la République en exercice à l’époque, a assisté à l’une des représentations. Au-delà du succès en salles, la comédie musicale a donné lieu à quatre vidéo clips : « Résiste », « Les accidents d’amour », « Ella elle l’a » et « Si maman si ». Cerise sur le gâteau, le spectacle a décroché le prix du public lors de la toute première cérémonie des « Trophées de la comédie musicale ».

LES ADIEUX DU CLUB LOLA’S.

L’annonce du décès de France Gall a profondément bouleversé l’ensemble du casting de la comédie musicale. En plus d’être l’artiste dont ils ont chanté le répertoire pendant des mois, elle était aussi l’icône de la chanson française avec laquelle ils ont passé quelques-uns des moments les plus marquants de leurs jeunes carrières. Ce dimanche 7 janvier, les hommages postés sur les réseaux sociaux ont été nombreux. Parmi eux, les messages de la troupe de Résiste étaient teintés d’une émotion supplémentaire. « Aujourd’hui ce sont des images qui me reviennent, des moments de bonheur, de musique partagée, de repas autour d’une grande table où nous étions tous réunis. […] Tu vas beaucoup nous manquer », a écrit Élodie Martelet, qui jouait le rôle de Mandoline, la sœur de Maggie. Gwendal Marimoutou, alias Tennesse, n’a pu écrire qu’un seul mot qui, ce jour-là, a fait écho à la tristesse de beaucoup de fans à travers le pays : « Effondré ».

Raphaël, la relève !

Raphaël Hamburger aurait pu profiter de son statut de « fils de » et faire jouer la notoriété de ses parents pour accéder sans peine au statut de star. Mais c’était bien loin de ses ambitions.

Le jeune homme ne voulait pas emprunter le chemin (trop) facile, mais bâtir lui-même sa carrière, exister par son propre travail. C’est la raison pour laquelle il n’a pas pris le nom d’artiste de l’un de ses parents, Gall ou Berger, mais son véritable patronyme. Il espérait ainsi faire oublier qui il était. Pour atteindre son objectif, il a étudié l’ingénierie du son et exercé ce métier avant de fonder ses propres maisons de disques dont Hamburger Records et Chi-Fou-Mi Records, ainsi qu’une radio, « Radiooooo », qui se veut « véritable machine à remonter le temps musicale ».

LA FIERTÉ DE SA MÈRE.

En quelques années à peine, Raphaël a supervisé la musique de nombreux films français et américains à grand succès, de tout genre, allant de la comédie au fantastique en passant par le drame. Il a également produit plusieurs artistes comme Adrienne Pauly, Spleen et HollySiz, tout cela dans l’ombre. Jamais n’a-t-il médiatisé sa participation au moindre de ces projets, ni fait savoir que le fils des grands Michel Berger et France Gall se cachait derrière. Lors d’une interview accordée à Paris Match, la chanteuse n’avait pas caché sa fierté des nombreuses réalisations de son fils, tout en confirmant qu’il avait toujours souhaité « faire les choses par lui-même ». Elle a précisé que malgré la diversité de ses actions, il avait des limites : « Il ne montera pas sur scène avec un micro. » Il ne prévoyait pas non plus de travailler avec elle. Pourtant, elle l’aurait tellement voulu …

UN RÊVE INACHEVÉ.

Toujours à Paris Match, France Gall avait confié rêver de collaborer avec son fils : « J’espère que la prochaine fois que je ferai quelque chose, ce sera avec lui. » La chanteuse fourmillait de projets qu’elle souhaitait réaliser avec lui, mais n’avait que peu d’espoir, sachant que le jeune homme ne recherchait surtout pas la célébrité : « Il est extrêmement concerné, mais il a décidé, très intelligemment, de faire d’abord sa propre vie. » S’il tenait tellement à mener son existence telle qu’il l’entendait, c’est peut-être parce qu’il avait compris que du jour au lendemain, tout pouvait s’arrêter. Il n’avait que 11 ans lorsque son père a succombé à une crise cardiaque, et 16 ans lorsque sa sœur Pauline l’a à son tour quitté. Une jeunesse marquée par les drames, dont il est sorti plus fort grâce à la force et la bienveillance de sa mère. Et si France Gall n’est plus, son fils continue de faire vivre le talent familial.

Une santé vacillante …

S’il y a bien un maître mot qui a toujours défini France Gall, c’est « discrétion ». Jamais elle n’a cherché à faire de vagues, et il s’agissait bien plus là d’une volonté de protéger sa vie privée que de réelle envie de taire les événements de sa vie. Il en a toujours été de même pour sa santé, qui a connu au cours de ces dernières années bien des hauts … et des bas ; seuls ses fans de la première heure, qui ont cherché à en savoir plus sur ses absences, étaient au courant.

France Gall n’a jamais servi à en faire étalage, pas une fois elle n’en a profité pour s’attirer la couverture à elle. Une battante, en somme, qui a toujours fait de son mieux pour se montrer sous son meilleur jour, par respect pour son public.

LES PROBLÈMES DE SANTÉ : DE SI DOULOUREUX SOUVENIRS …

Il faut dire qu’à plusieurs reprises, France Gall a été touchée par les affres de la maladie. En 1992, lors du décès de Michel Berger, qu’elle aimait d’une tendresse infinie. Puis il y a la mucoviscidose, longue, angoissante et terriblement douloureuse, qui lui a arraché sa fille adorée Pauline. C’est pourquoi quand elle a été malade à son tour, la chanteuse n’en a jamais fait étalage. Déjà en 2011, elle avait dû être hospitalisée, presque en urgence, pour le début de ses problèmes respiratoire. Mais elle avait, à l’époque, gardé une confiance absolue en le savoir – faire des médecins ; si le sort avait frappé plusieurs fois dans sa vie, elle n’a jamais baissé les bras. Et ce, jusqu’à son ultime lutte, celle qui a duré presque deux ans …

DES HOSPITALISATIONS À RÉPÉTITION.

Et pourtant, malgré ses luttes acharnées et sa joie de vivre plus forte que tout, France Gall est bien vite rattrapée par la maladie. Au mois de février 2016, une nouvelle hospitalisation en urgence survient. Les résultats de la batterie d’examens quelle passe ne se veulent pas rassurants : non seulement ses difficultés respiratoires s’aggravent, mais elle subit, en plus, de gros problème rénaux. Peu à peu, son corps, jusqu’alors si résistant, lâche. Une nouvelle fois, silence radio dans les médias : France Gall a de grands projets professionnels, et elle ne veut pas que son état de santé empiète dessus. Son entourage révèle également qu’elle a mal réagi à une overdose de médicaments, sensés apaiser ses douleurs… Elle sort pourtant de l’hôpital après plusieurs semaines, persuadée qu’elle sera vite sur pieds. Mais c’est sans compter sur le destin, fatal, qui lui jouera un second et ultime coup dur …

JUSQU’AU BOUT, ELLE A CHOISI LA LUTTE.

Ces derniers mois, la santé de France Gall n’a finalement fait que décroître, l’obligeant à lâcher du lest côté travail, et notamment sur ses engagements pour la comédie musicale Résiste. Au début du mois de décembre, elle est même bien trop faible pour se rendre aux obsèques de son grand ami Johnny Hallyday. Elle avait seulement eu la force de déclarer sa tristesse via l’émission hommage de Michel Drucker. Le 19 décembre, elle est une ultime fois transportée à l’Hôpital américain de Neuilly ; la rumeur enfle, la chanteuse irait très mal. Ses fans sont fous d’inquiétude, si bien que la famille, par respect pour les fans, finit par avouer la vérité : France souffre d’une très grave infection … Infection qui ne pourra être soignée et emportera la chanteuse dans la nuit du samedi 6 au dimanche 7 janvier, au bout d’une lutte acharnée. Avec elle, sont partis un océan de gentillesse, une voix des plus marquantes et l’un des plus adorables sourire de l’histoire de la chanson française.

Ses dernières semaines …

L’alerte a été donnée le mardi 19 décembre dernier. Et c’est l’hebdomadaire Ici Paris qui annonce la nouvelle, révélant que la chanteuse a été admise à l’Hôpital américain de Neuilly-Sur-Seine, en proche banlieue parisienne. D’après une source proche de la star, elle aurait été placée en service de soins intensifs suite à une infection. La chanteuse est épuisée, au plus mal, mais au fond d’elle, elle espère tout de même être sortie pour les fêtes de Noël. Hélas, les médecins ne sont pas très optimistes et préfèrent qu’elle reste hospitalisée sous surveillance. C’est donc dans sa chambre d’hôpital que France a dû passer le 24 décembre, une déchirance pour elle : « Elle avait envie d’être avec ses proches, elle aime les fêtes et ne voulaient surtout pas les passer seule dans une chambre d’hôpital.» En février 2016 déjà, quelques mois après le lancement triomphal de sa comédie musicale Résiste, l’ex-compagne de Michel Berger avait été victime d’un malaise qui l’avait conduite entre les murs de ce même hôpital, dans ce même service des soins intensifs. À sa sortie, la société de production de l’artiste avait publié un communiqué révélant que France Gall avait eu une « intolérance médicamenteuse » et qu’elle avait été hospitalisée pour subir tous les examens nécessaires afin de la soigner. Et cette fois, rebelote. Afin de ne pas inquiéter les foules, l’attaché de presse de la star a tenu : « Dans un souci de toute transparence et pour mettre fin à cette déferlante, France Gall tient à informer ses amis, son public et les médias qu’elle a en effet été hospitalisée pour raison d’infection sévère et qu’elle est actuellement soignée. Cette annonce est dans le seul but que soit respectée sa vie à la mesure de sa discrétion et de sa pudeur. »

ELLE S’EST ÉTEINTE DANS LES BRAS DE SON FILS !

Hélas, après plusieurs semaines de lutte, France Gall a perdu sa bataille contre la récidive de son cancer du sein. Cette terrible maladie s’était déclarée en 1993, quelques mois seulement avec la disparition, tragique, de Michel Berger, son compagnon de toujours. Quelques jours avant sa mort, sa chargée de communication avait annoncé à l’AFP que la chanteuse s’était éteinte après avoir « défié depuis deux ans, avec discrétion et dignité, la récidive de son cancer ». Elle s’est éteinte dans les bras de son fils, Raphaël Hamburger, et de son compagnon, Bruck Dawit. C’est en 1993, quelques mois seulement après la mort de Michel Berger, disparu le 2 août 1992 suite à un arrêt cardiaque à 44 ans, que la maladie s’était déclarée. « À l’annonce de la mort de Michel, j’ai ressenti une douleur dans le ventre, dans le corps, tellement forte, je me suis dit qu’elle devait ressortir d’une manière ou d’une autre. Mon cancer était la concrétisation de mon mal intérieur », expliqua-t-elle il y a cinq ans de cela à Gala. Lorsqu’elle a découvert le mal qui la rongeait, ce fut « un cauchemar ». « En très peu de temps, on passe dans le monde de la maladie, des malades, c’est une autre planète. J’ai eu très peur. » En 2015, France Gall a découvert que la maladie était revenue. Pendant des mois, et sans jamais s’étaler sur ce combat quelle livrait dans l’ombre, la chanteuse de 70 ans a multiplié les traitements. Un combat qu’elle n’a malheureusement pas remporté.

Les célébrités lui rendent hommage !

HUGUES AUFRAY

« Je revois la petite fille, qui est avec son papa, qui vient me voir pour me présenter une chanson en 1959 », s’est souvenu Hugues Aufray, en apprenant le décès de l’artiste. En effet, la première fois qu’il l’a rencontrée, France n’avait que 12 ans. Car oui, sa carrière avait démarré très tôt : « Très peu de temps après notre rencontre, en 1959, elle a commencé à devenir une véritable vedette avec ses premières chansons qui ont été des succès tout de suite. » Il s’est aussi rappelé à quel point l’artiste avait un truc en plus : « Elle avait une voix de petite fille, elle chantait très juste avec une véritable naïveté. Je crois qu’elle était sincère absolument, elle n’a jamais joué aucun rôle. Elle était nature. Je crois que c’est ça, son succès : son naturel. C’était une petite jeune femme charmante, qui riait tout le temps. »

JENIFER

Lorsque Jenifer a sorti son album hommage à France Gall, comportant des reprises des chansons de l’artiste, elle a assuré que cette dernière était au courant et qu’elle avait validé le projet. Sauf que voilà, de son côté, France a assuré le contraire, lâchant en interview : « Elle raconte des bobards, je n’étais au courant de rien ! » Un clash qui avait conduit Jenifer à annuler sa tournée et qui avait laissé des traces entre les deux interprètes qui ne s’étaient jamais reparlé. Seulement voilà, en apprenant la mort de cette artiste qu’elle respectait tant, la Corse n’a pu s’empêcher de publier un message sur son compte Facebook : « Une autre artiste majeure nous quitte, triste saison pour la chanson française. Mon respect éternel à France Gall. »

KARINE FERRI

Karine Ferri et France Gall avec un point commun : celui d’avoir toutes les deux perdu quelqu’un de la mucoviscidose. Pour l’animatrice de TF1, Gregory Lemarchal, son compagnon. Pour l’interprète de « Si maman si », sa fille Pauline. Alors, pour lui rendre un dernier hommage la compagne de Yoann Gourcuff a publié une photo où elle pose avec la chanteuse. En commentaire, Karine Ferri s’est souvenue du « doux moment » partagé avec cette dernière le temps d’une interview pour RFM. Elle a terminé son tweet en écrivant : « au revoir, vous allez nous manquer. »

FRANÇOISE HARDY.

Elle était de trois ans plus âgée que France Gall et, pourtant, Françoise Hardy s’est toujours sentie toute petite aux côtés de l’artiste, tellement elle l’admirait. Interrogée par Europe 1, elle a confié que France Gall avait amené quelque chose de différent dans la chanson française, et qu’elle était terriblement triste de savoir qu’elle était décédée : « J’étais vraiment une fan de France Gall. J’ai tous ses disques, j’allais la voir chanter à chaque fois qu’elle faisait une scène à Paris. Je connaissais tout, pas par cœur, mais presque »

EMMANUEL MACRON ET FRANÇOIS HOLLANDE.

Comme il l’avait fait lorsque Johnny Hallyday s’est éteint, Emmanuel Macron a tenu à prendre la parole pour exprimer toute sa tristesse suite au décès de France Gall. Il faut dire que comme Johnny, la blonde était un emblème national, une artiste qui a su sans cesse se renouveler, traversant les époques grâce à sa sincérité et sa générosité. « Elle laisse des chansons connues de tous les Français et l’exemple d’une vie tournée vers les autres, ceux qu’elle aimait et ceux qu’elle aidait », a écrit le président de la République sur son compte Twitter. Même son de cloche du côté de son prédécesseur François Hollande : “France Gall était une chanteuse lumineuse, qui a su donner sa voix aux plus grands auteurs, et notamment Michel Berger. Elle a fait de ses chansons des succès qui sont entrés dans notre patrimoine musical.”

CHARLES AZNAVOUR.

Sur le plateau de France 2, lors de l’émission hommage diffusée suite à la mort de la chanteuse, Charles Aznavour s’est souvenu des tout débuts de France Gall, alors que celle-ci ne souhaitait pas se lancer dans une carrière d’artiste. Il s’est souvenu que c’est son père qui l’avait encouragée à chanter, persuader du talent d’interprète de sa progéniture. « Il avait amené sa fille à Bruxelles pour que je la pousse à chanter. Elle ne voulait pas chanter, mais lui trouvait qu’elle avait une voix merveilleuse. Heureusement, elle a finalement accepté de le faire, et elle a fait une carrière extraordinaire », s’est rappelé le chanteur de 93 ans avec émotion : « Elle est pour toujours dans le cœur des Français. C’est une grande perte. »

Sa dernière scène avec Johnny !

Avec la disparition de France Gall, c’est l’esprit d’une génération tout entière qui disparaît ! En effet, le 7 janvier dernier, la chanson française a perdu l’une de ses icônes. Et si ses tubes – « Poupée de cire, Poupée de son », « Babacar », « Cézanne peint », « Si, maman si » – resteront à jamais gravés dans les mémoires, beaucoup ont oublié que la chanteuse n’était pas remontée sur scène depuis plus de dix-sept ans ! Car, après la mort de Michel Berger et celle de sa fille Pauline, elle avait choisi de ne plus faire de scène et d’arrêter de chanter. L’envie n’était plus là. Pourtant, elle était remontée sur scène une dernière fois, le 15 août 2000. Ce soir-là, elle avait chanté sur la scène de !’Olympia, main dans la main avec Johnny Hallyday, « Quelque chose de Tennessee », l’un des plus grands hits du rockeur. Dans la version originale de cette chanson écrite par Michel Berger, en hommage au dramaturge Tennessee Williams et sortie en octobre 1985, France Gall figure dans les chœurs avec son mari. Son duo avec Johnny Hallyday à l’Olympia est sa dernière prestation sur scène.

ELLE N’A PU SE RENDRE À L’ENTERREMENT DE JOHNNY.

À la mi-décembre 2017, France Gall qui combattait en secret le cancer depuis plus de deux ans avait été rattrapée par la maladie et hospitalisée suite à une infection sévère. Et forcément, si fragile, elle n’avait pu se rendre à l’hommage populaire du Taulier du rock, célébré le 9 décembre en l’Église de la Madeleine. De toute façon, ses médecins l’en aurait empêchée, son état de santé était trop grave … Pourtant, l’artiste avait tenu à publier un long message en l’honneur de ce fidèle ami quelle a tant aimé : « Je suis infiniment attristée par l’annonce du départ de Johnny. Je salue l’artiste unique, l’ami fidèle. J’ai toujours été touchée par sa gentillesse, son charisme, sa voix irremplaçable et son sourire irrésistible. Je garde en moi cinquante ans de souvenirs et d’amitié et plus particulièrement les instants inoubliables passés avec Johnny et Michel lors de leur rencontre artistique. Aujourd’hui, toutes mes tendres pensées se tournent vers Laetitia, David, Laura, Jade et Joy. Comme une étoile qui s’éteint dans la nuit sans un éclat de voix et sans un bruit. Ainsi disparut Johnny. »

Magazine : France Actu
Date : 2018
Numéro : HS 24H
FRANCE GALL MAGAZINE HOMMAGE
Hors série de FRANCE ACTU est édité par Presse Actu Ltd
4 Praed Street W21JE Londres Royaume-Uni
Bureau: 7, rue Beccaria 75012 Paris
Directeur de Publication: Frédéric Truskolaski
Dépôt légal à parution. Commission Paritaire n° 0617K93134.
Trimestriel imprimé par CORELI0 10, allée de la Recherche, Bruxelles Belgique

Prouve que tu existes – Numéro spécial France Gall

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Deux légendes, deux monuments, à quasi un mois d'intervalle, viennent de nous quitter. Johnny Hallyday et France Gall ne sont plus là. Comment les oublier ?
Deux légendes, deux monuments, à quasi un mois d'intervalle, viennent de nous quitter. Johnny Hallyday et France Gall ne sont plus là. Comment les oublier ?

Johnny Hallyday et France Gall : deux légendes disparaissent à un mois d’intervalle …

6 décembre 2017 / 7 janvier 2018.

Deux légendes, deux monuments, à quasi un mois d’intervalle, viennent de nous quitter. Johnny Hallyday et France Gall ne sont plus là. Comment les oublier ? Pendant des années, ils ont accompagné nos vies. Pendant des années, ils feront danser et chanter les jeunes et les plus vieux encore.

France Gall partageait sa vie entre la France et surtout l’Afrique. Elle avait été d’une rare discrétion à tous les niveaux ces derniers temps. Seuls ses proches savaient qu’elle luttait de nouveau contre la maladie.

Trop affaiblie, elle n’avait pas pu dire un dernier au revoir à son ami Johnny. Mais elle a avait tenu à ce que Michel Drucker lise à l’antenne ces quelques mots d’amour : « Je suis infiniment attristée, je salue l’artiste unique, l’ami fidèle. J’ai toujours été touchée par sa gentillesse, son charisme, sa voix, irremplaçable et son sourire irrésistible ».

Comment ne pas lui dire les mêmes mots d’amour …

« La prochaine fois, je demanderai à avoir une vie plus douce … »

Elle a rejoint son mari Michel, et sa fille Pauline-Isabelle au paradis que l’on espère blanc maculé. L’Etoile France Gall n’est plus. La France qui a à peine eu le temps de sécher ses larmes pour Johnny sort de nouveau ses mouchoirs. « C’était notre France » : le titre de une du Parisien au lendemain de sa disparition résume tout. Évidemment … On retiendra ses débuts étincelants, les moqueries de Gainsbourg à son égard – elle parlera d’humiliation plus tard – de sa victoire suivie par quelques 200 millions de téléspectateurs en 1965 au concours de l’Eurovision. Jaloux, Claude François, son fiancé d’alors la quitte. « Tu as gagné, mais tu m’as perdu ! » France Gall découvre que sa vie ne sera pas facile. Elle rame assez vite sur un plan musical et dans ses amours. Malgré une période de succès en Allemagne et une belle histoire d’amour avec Julien Clerc, elle se cherche. Son bonheur, elle l’a identifié. Il s’appelle Michel Berger. Véronique Sanson vient de le quitter brutalement. France Gall veut, elle aussi une chanson de lui, pour se relancer. Michel n’est pas chaud. Pas fan … Mais la Déclaration d’amour ne va pas tarder.

La suite, on la connait… Deux beaux enfants, des tubes et encore des tubes. Mais le destin va vite en décider autrement. France Gall doit faire face à la disparition de son grand amour, Michel Berger, terrassé par une crise cardiaque, et cinq ans, plus tard, de sa fille Pauline, à l’âge de seulement 19 ans. Résiste ! Prouve que tu existes ! Cherche ton bonheur partout, va ! Se reconstruire, aider les autres, survivre. France Gall se trouve avec le Sénégal un nouveau pays d’adoption. Là, elle arrive à tout oublier, à redécouvrir ce que peut être le bonheur. Jusqu’à ce que ce satané cancer qui s’était manifesté peu de temps après la mort de Michel Berger, une première fois, rattrape l’artiste. France Gall repose désormais en paix au paradis, avec une autre étoile. Elle qui disait : « Si on me proposait de revivre la même vie, je dirais non. La prochaine fois, je demanderai à avoir une vie plus douce. »

1965, Naples. France Gall remporte pour le Luxembourg le concours de l’Eurovision après un concours très animé et houleux. Elle s’impose avec un titre écrit par Serge Gainsbourg, Poupée de cire, poupée de son qu’elle enregistrera en trois langues : allemand, italien et japonais. La chanson se classera numéro 2 des ventes en Allemagne, numéro 5 aux Pays-Bas, numéro 9 en Italie. Le public français lui reproche d’avoir gagné pour le Luxembourg. Elle s’est défendue en affirmant qu’elle ne connaissait guère les coulisses de sa sélection par RTL. Claude François lui a annoncé la rupture de leur couple juste après la proclamation de sa victoire. En pleurs au moment de son sacre, ses larmes n’étaient pas d’émotion mais de tristesse …

Son association diabolique avec Serge Gainsbourg fonctionne moins bien au fil des mois. France Gall découvre alors que tout ne sera pas aussi facile qu’elle l’a imaginé pour rester en haut de l’affiche. Elle n’hésite pas à prendre des risques et à aller conquérir le public allemand ! Pari audacieux mais gagnant ! Dès 1966, elle s’impose et elle collectionne les succès jusqu’en 1972 avec le compositeur et orchestrateur Werner Müller, avec le concours de Georgio Moroder, le futur Pygmalion de Donna Summer (I feel love, Love to love you baby) et de l’acteur Horst Buchholz (Les sept mercenaires). Elle enchaine les tubes : Love, l’amour und liebe – 1967- , Hippie, hippie -1968- France Gall n’oublie pas pour autant la France, même si elle se garde bien de participer à Mai 68. Elle traverse une période difficile dont elle a confié à un journaliste de Platine : « C’est assez angoissant à vingt ans de ne pas avoir d’argent quand on en a eu beaucoup à seize. »

Une vraie poupée, mais pas en cire … Fille d’un chanteur-compositeur, France Gall a toujours baigné dans le milieu du show-biz, mais elle ne pensait pas qu’elle deviendrait dès l’âge de 16 ans une vraie star ! Son look autant que sa voix en ont fait une idole. Et comme on peut le voir sur ces photos Collector, l’interprète de Sacré Charlemagne avait aussi du Britney Spears, déjà en elle … « Je les effacerais bien ces dix premières années de carrière, disait-elle. A 16 ans, au lieu d’aller en classe, je participais à des émissions, des séances photo alors que je ne voulais pas me montrer. J’avais le sentiment d’être violée en permanence. »

France Gall aurait pu rester dans le registre du titre qui a lancé sa carrière, « Sacré Charlemagne ». Un tube écrit par son père, Robert Gall – auteur de la Mamma de Charles Aznavour qui se vend à plus deux millions d’exemplaires. « Sacré Charlemagne », j’en étais malade, je me souviens, je n’aimais pas du tout ça. Je ne l’aimais pas et pourtant je l’ai laissé sortir. C’est vous dire à quel point je ne maîtrisais pas la situation ». Elle va connaître le creux de la vague sans jamais vendre son âme au diable et faire ce qui ne lui plait pas. France Gall qui sort d’une collaboration professionnelle compliquée avec Serge Gainsbourg a su attendre, se mettre à l’écart, changer de maison de disque, de producteur. Bref, elle savait qu’une bonne étoile guiderait son destin musical. France Gall croise pour la première fois Michel Berger lors d’une séance photo pour Salut les Copains avec Jean-Marie Périer en 1966. En 1973, toujours en pleine traversée du désert. Elle lui demande une chanson que Michel refuse de lui écrire avec le sourire. La petite histoire veut qu’elle l’aurait fait craquer en lui faisant « livrer des croissants de chez Fauchon ». S’en suit « La Déclaration d’amour ».

« J’attendais tellement de cette première fois que quand il m’a joué la chanson au piano, j’ai été … comment dire … un peu déçue. Je rêvais d’une chanson rythmique, et me voilà avec une sensuelle déclaration. » La suite, on la connaît, un mariage en 1976 et une belle collection de tubes …

France Gall se classe en huitième position des artistes français qui ont le plus vendu de disques. Plus de vingt millions, depuis 1963 ! Ses plus grands tubes resteront évidemment les premiers succès de ses débuts, « Sacré Charlemagne », « Les Sucettes », « Tout pour la musique », « Résiste », « Il jouait du piano debout », « Diego libre dans sa tête », « Cézanne peint », « Ella elle l’a ».

Entre 1980 et 1985, elle est présente pendant 36 semaines au classement du Top Album, avec Paris, France et Débranche. On retiendra aussi son opéra rock, Starmania en 1979 et l’album de son influence africaine « Babacar » et son spectacle hommage écrit en l’honneur de Michel Berger, Résiste en 2016. Ses tubes vont résonner longtemps encore dans nos mémoires et marqueront bien des générations encore.

Claude François. Leur histoire a duré trois ans France Gall n’a que 17 ans, il en a 25. Claude François se montre très jaloux, l’empêchant même de tourner aux côtés d’Alain Delon. Leur relation se termine dans la douleur et inspirera tout de même Claude François avec la chanson Comme d’habitude. Tout commence à l’été 1964. France Gall séjourne en Provence. Elle intègre le groupe vocal féminin les Gam’s, dont elle est une admiratrice assidue, et chante même avec les chœurs de Claude François sur la chanson « J’y pense et puis j’oublie ». « Quand j’ai rencontré France Gall, confie-t-il, j’ai compris que mon cœur était cicatrisé, qu’à nouveau j’étais capable de dire « Je t’aime » à une fille, que le souvenir de Janet ne viendrait plus jamais hanter mes nuits. Avec France, cela dura un peu plus de trois années, trois merveilleuses années qui marqueront ma vie. Ça a été plus que de l’amour, c’était de la passion. On s’est aimés puis déchirés, puis quittés, puis aimés à nouveau. »

Un document rarissime : France Gall dans le célèbre moulin de Dannemois situé dans le village de Dannemois dans l’Essonne en Île-de-France, où Claude François vécut entre 1964 et sa disparition en 1978. Le couple adorait s’y retrouver avec des amis ou de la famille comme ici avec la mère du chanteur, sa sœur Josette et son mari Éric, et Jean-Marie Perier. France Gall a souvent raconté leur séparation brutale alors qu’elle venait de remporter l’Eurovision : « Il s’est passé un drame absolu pour moi. J’étais avec un garçon, et ce garçon j’ai demandé à ce qu’on l’appelle quand j’ai gagné. Et ce garçon, juste avant que je monte sur scène, pour aller rechanter ma chanson, il me dit : « Je te quitte. » Claude François lui aurait lancé :« Tu as gagné, mais tu m’as perdu. »

Julien Clerc. Leur histoire débute en 1970. Âgé de 23 ans, il tient le rôle principal de la comédie musicale Hair. Il se souvient : « Elle venait me chercher à la sortie du spectacle avec sa Porche. J’étais un peu inconscient, en ce temps-là … Je ne faisais pas vraiment attention à sa carrière. Moi, je traçais. Nous étions deux personnes connues, du même âge (…) Notre histoire est un joli souvenir ».

Alain Wodrascka dans sa biographie, Douce France (Éditions du Moment) rapporte : « En août, France Gall accepte d’accompagner la fiancée de son frère Philippe, au spectacle de Julien Clerc (…) Comme elle l’avait fait pour Claude François cinq ans auparavant, elle assiège chaque soir le théâtre et pénètre dans la loge du crooner. (…) Bientôt, les deux tourtereaux s’installent dans l’appartement du XVIe arrondissement de la famille Gall où, comme il se doit, il a dû subir l’épreuve du feu familial.

Julien Clerc enchaine les tubes dont Si on chantait. France, elle, rame, et vit mal le fait d’être dans son ombre. Le couple s’en explique. Selon Alain Wodrascka, « Julien lui jure qu’il va enfin lui faire les enfants dont elle rêve, une promesse qu’elle juge déplacée, voire humiliante, dans la mesure où elle est concédée sous le coup de la panique. Elle claque à tout jamais la porte de leurs amours ». En 1974, Julien Clerc écrit « Souffrir par toi n’est pas souffrir » : « Si un jour tu veux revenir/ Sans mots, sans pleurs, sans même sourire/ Négligemment et sans te retenir/ Sans farder du passé tout l’avenir ». Le chanteur dans la biographie Julien (Ed. Calmann-Lévy) qui lui a été consacrée, affirme avoir tout fait pour que France Gall revienne. « À travers ces mots, je lui demande de revenir. Je n’ai pas imaginé que c’était possible, mais la chanson traduit parfaitement ce que je ressentais. Pour qu’elle revienne, j’ai tout essayé. » Julien Clerc se consolera avec Miou Miou.

C’est en écoutant la chanson « Attends-moi » que France Gall a voulu rencontrer Michel Berger. France Gall est au creux de la vague, et elle a l’intuition qu’elle a trouvé celui qui va relancer sa carrière. Michel Berger ne partage pas cet enthousiasme. Il n’a pas le cœur à écrire. La femme qu’il aime, Véronique Sanson, pour qui il vient de composer « Amoureuse », est partie sans prévenir. France insiste. Elle lui demande de la faire renaitre. Michel Berger se prend au jeu. La suite on la connaît, un bonheur privé avec la naissance de leur premier enfant, Pauline, des tubes, et un opéra rock, Starmania. Elton John craque pour le couple qu’il rencontre à Saint-Tropez. Un mois plus tard, Michel Berger, France Gall et Elton John enregistrent une chanson qui va faire le tour du monde : « Donner pour donner ».

Le 2 août 1992, Michel Berger meurt d’une crise cardiaque à la suite d’une partie de tennis dans sa propriété de Ramatuelle, dans le Sud de la France. Il est âgé de 44 ans. Michel est inhumé au cimetière de Montmartre à Paris. Quelques mois après sa mort, France Gall apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. La maladie est soignée rapidement. « A l’annonce de la mort de Michel (…) j’ai ressenti une douleur dans le ventre, dans le corps, tellement forte (…) je me suis dit qu’elle devait ressortir d’une manière ou d’une autre ».

« On n’en revient pas de vivre ça ! » Déjà anéantie par la mort de Michel Berger, France Gall a dû faire face, cinq ans plus tard, à la disparition de sa fille Pauline Isabelle, décédée d’une mucoviscidose. Quel terrible acharnement du destin : « On n’en revient pas de vivre ça, car c’est justement le truc qu’on ne veut pas et qu’on ne peut pas vivre. Tout le monde dit que c’est impossible, inhumain … Et pourtant on me le fait vivre et je n’en revenais pas que ce soit possible ». Pauline avait 19 ans.

1992. Michel Berger s’est envolé dans son paradis blanc, et France Gall tente de refaire sa vie. Chez des amis communs, elle rencontre Bruck Dawit. Ingénieur du son, compositeur, arrangeur et producteur, il est grand, charmant, charismatique et incroyablement doué pour associer avec subtilité les notes d’une mélodie. Il est né en Éthiopie et vit à New-York. Il a collaboré avec les plus grands, de Sting à Prince en passant par les Rolling Stones ou encore Éric Clapton. C’est à Bruck qu’elle fait appel pour remastériser deux de ses morceaux, « Résiste » en 1997 et « Privé d’amour » en 2004. Fidèle, rassurant et solide, Bruck Dawit a su se faire une place sa vie. Ensemble, le couple écrit ensuite la comédie musicale Résiste, en hommage à Michel Berger, dont la première a eu lieu e 4 novembre 2015 à Paris. Personne ne connaît mieux la musique de Michel que moi. Avec Bruck Dawit, on s’est dit qu’on allait essayer de le faire. « Nous nous sommes vite rendu compte qu’en connaissant formidablement bien le répertoire, on pouvait écrire une histoire. C’est le départ qui a été difficile. On avait 400 chansons à notre disposition. Nous prenons lesquelles ? On en fait quoi ? Que va-t-on raconter ? Voilà les trois questions que nous nous sommes posées. On a cherché un lien qui pourrait unir le public et les chansons, et ce durant plusieurs années. En remasterisant les vieux albums, on est tombé sur « La chanson de Maggie » et là, le déclic est arrivé. Le spectacle a d’ailleurs failli s’intituler Appelez-moi moi Maggie. On a fini par trouver que Résiste, c’était plus parlant, plus fort. On est parti de ce personnage qui nous donnait un décor formidable, puisqu’il travaille dans une boîte de nuit. Après, il a fallu avoir un peu d’imagination pour inventer une vie à Maggie et créer les liens qui relient les chansons choisies. Depuis, le temps que je fais ce métier, je connais les règles, les lois de ce métier, pour faire un beau show. C’est ma force. »

Un cœur tourné vers les autres … France Gall adorait s’amuser avec les stars du show-biz – Balavoine, Coluche, Eddy Mitchell, et bien sûr Johnny Hallyday- mais elle savait aussi se mobiliser. Avec Daniel Balavoine, Michel Berger, le journaliste Lionel Rotcage et Richard Berry, ils avaient donné vie à « Action Écoles », une opération humanitaire de grande envergure, et chanté sur le modèle du célèbre Band Air du musicien Bob Geldof, contre la famine en Éthiopie avec le Collectif Chanteurs sans frontières. « Les épreuves qu’elle a vécues lui ont donné un regard à la fois blessé et tendre dur le monde », souligne Richard Berry. France Gall avait craqué pour l’Afrique. Le Sénégal était devenu son pays d’adoption depuis qu’elle avait acquis une maison sur l’ile de Ngor. C’est là qu’elle a rencontré la mère de Babacar. -Babacar avait un mois, il est aujourd’hui âgé de 32 ans – France Gall avait ainsi raconté cette rencontre : « Un jour, une femme m’a donné son bébé. Ça, c’est un choc énorme quand il vous arrive quelque chose comme ça ! Finalement, on a pris la décision, Michel et moi, de ne pas prendre cet enfant, mais d’aider la mère à lui donner les moyens d’apprendre un métier. On lui a payé ses études et permis à sa mère de travailler et donné à sa mère les moyens de travailler à Dakar. Ce petit bébé s’appelait Babacar, » France Gall ne l’a jamais revu. Du Sénégal, elle disait : « c’est ici que j’ai retrouvé une sérénité. Je vis dans un village. Je n’ai jamais compris pourquoi j’étais attirée par ce pays. (…) Lorsque je me rends sur mon île, il y a une espèce de purification extraordinaire. On arrive dans un endroit où il n’y a pas l’électricité, on est avec la nature, les oiseaux, pas de route et pas de voitures. C’est une terre que je reconnais comme la mienne. C’est un pays qui me donne sans le savoir ». Youssou N’Dour, chanteur et musicien sénégalais lui a ainsi rendu hommage : « France Gall était la plus Sénégalaise des Françaises. Avec Babacar, elle a élevé les consciences, et l’engouement a été énorme. C’est une sœur pour nous au Sénégal. »

Une autre femme dans la vie de Michel ? Ce sont les proches du couple qui l’ont dévoilé. Notamment Yves Bigot dans un livre très remarqué. « Quelque chose en nous de Michel Berger (Don Quichotte) » écrit que France Gall aurait eu une rivale, B.G. Selon lui, le chanteur projetait de s’installer à Santa Monica, Californie, avec sa nouvelle compagne pour laquelle il venait de réaliser un album entier, inédit à ce jour. Elle serait l’auteur des paroles (en anglais), tandis que lui aurait signé les mélodies et la production de ce disque fantôme, dont la sortie devait suivre la tournée Double Jeu. B.G. est allemande et descendante des frères G. Mannequin, elle était l’ancienne compagne de Timothy Dalton et de Billy Joel. Fabienne Thibeault, qui fréquenta le duo Berger-Gall confirme l’existence de B.G. : « À Ramatuelle, Michel tenait à rester au calme pour travailler avec Luc Plamondon et régler ses problèmes de couple avec l’avocat, avant de rejoindre B.G. à Los Angeles où il devait préparer sa vie avec elle … »

Grégoire Collard, attaché de presse de Michel Berger, pendant seize ans avait lui, aussi, dévoilé : « Michel soldait sa vie. Son couple avec France était au plus bas. Pendant tout l’enregistrement de Double jeu, ça allait au plus mal entre eux. Elle était tout à fait au courant de l’existence d’une autre femme. Michel finissait sa vie par une séparation. Il était très épris mais ne savait pas comment s’y prendre. »

Véronique Sanson a quitté Michel Berger du jour au lendemain prétextant qu’elle allait acheter des cigarettes pour ne plus jamais revenir. En réalité, elle rejoint le célèbre chanteur et guitariste américain Stephen Stills … Le parolier est ensuite tombé amoureux de France Gall, qu’il a épousé en 1976. En 2012, l’interprète d’Amoureuse avait confirmé au micro d’Europe 1 : « On n’a pas du tout gardé contact, même si on était très proches à un moment donné. Mais, de ma part en tout cas, ce n’est pas parce que je ne veux pas ! On doit avoir peur inconsciemment toutes les deux qu’on nous refiche Michel Berger dans les pattes. On a déformé nos propos à tire larigot ! Je me disais : « Mais pourquoi elle dit ça sur moi » et elle se disait sans doute la même chose. » Il y a quelque temps, Véronique Sanson avait admis au Nouvel Observateur qu’elle ne voulait plus trop évoquer Michel Berger dans ses interviews. « Sinon, France Gall va encore m’écrire des lettres d’insultes épouvantables » … Quelques mots d’amour …

Jenifer avait alors reconnu : « Je ne suis pas une menteuse. Je suis très affectée par la tournure des événements. Évidemment, cette polémique m’a touché. J’ai souhaité par cet album rendre hommage à France Gall et à ses chansons. Ça me blesse beaucoup. Je suis déçue. Je suis désolée de cette situation. J’aurais dû faire ça différemment. Je me suis contentée un peu trop facilement de ce qu’on me disait. Je m’en suis voulu d’abord à moi. Ça m’a fait mal, mais peut-être que si j’avais été à sa place, j’aurais réagi de la même manière. J’ai voulu rendre hommage, certainement pas faire un coup marketing. Je ne veux plus du tout parler de cet album. Je ne m’attendais tellement pas à ça ! Ce n’est pas un simple album de reprises, ce sont les mots de Michel Berger, de Gainsbourg, des gens avec lesquels j’aurais aimé collaborer ».

Un an après, la hache de guerre semblait enterrée. France Gall confiait : « Je n’ai aucun problème avec Jenifer. »

« Le jour où Je m’arrêterai, ce sera quelque chose de très douloureux … Mais c’est une chose à laquelle je me prépare depuis des années déjà. Tant que je me sens proche de mon public, ça va. Mais un jour je m’arrêterai, c’est sûr. Je crois que ce qui sera plus fort que ma passion pour ce métier, c’est la crainte de tout gâcher. Parce que ce qui me fait peur surtout, c’est l’idée de ne pas me rendre compte que je vieillis, et que je ne parle plus le même langage. C’est ça qui me fera décrocher : lorsque je ne parlerai plus « leur » langage. Et je veux que ce soit par ma propre volonté, par-delà ma tristesse. »

France Gall a toujours refusé d’avoir un fan-club et ne signait jamais d’autographes.

« Qu’il reste quelque chose de moi m’indiffère. Je ne suis pas comme ces personnalités politiques qui éprouvent le besoin de faire bâtir un monument afin de laisser une trace tangible de leur passage : moi, je ne construis que ma vie … Je n’écrirai jamais d’autobiographie. »

Magazine : Forever
Date : Février et Mars 2018
Numéro : 2H

Merci à Elisabeth.

Adieu, douce France

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Après Johnny Hallyday, c'est France Gall qui vient de nous quitter. Avec elle, c'est encore un peu de nous qui s'en va. Retour sur ses combats, ses chansons et son couple avec Michel Berger.
Après Johnny Hallyday, c'est France Gall qui vient de nous quitter. Avec elle, c'est encore un peu de nous qui s'en va. Retour sur ses combats, ses chansons et son couple avec Michel Berger.

Après Johnny Hallyday, c’est France Gall qui vient de nous quitter. Avec elle, c’est encore un peu de nous qui s’en va. Retour sur ses combats, ses chansons et son couple avec Michel Berger.

Le décès de l’interprète de Résiste, le 7 janvier dernier à l’âge de 70 ans, a suscité de nombreux témoignages de sympathie. De cette artiste généreuse, on gardera en mémoire des chansons éternelles, l’image du couple solide qu’elle formait avec Michel Berger et le souvenir d’une femme de combats.

Ses plus belles chansons

“Ma chanson préférée ? Plus haut ! Plus haut/Celui que j’aime vit dans un monde/Plus haut/Bien au-dessus du niveau de l’eau/Plus haut que le vol des oiseaux. Il écrivait bien Michel [Berger], hein ?”

Quand on l’interrogeait en 2015, au moment où se montait Résiste, le spectacle musical autour de ses chansons, France Gall, née Isabelle Gall, reconnaissait qu’il lui était difficile de choisir sa chanson préférée. Le grand public, lui, retiendra surtout Évidemment, en hommage à Daniel Balavoine, Il jouait du piano debout, clin d’œil à Jerry Lee Lewis, Ella, elle l’a, en l’honneur d’Ella Fitzgerald, ou Musique, repris un temps par les élèves de Star Academy. Mais d’autres chansons, plus confidentielles, méritent d’être réécoutées, comme La chanson d’Azima, sur l’Afrique, Ce soir, je ne dors pas, sur une idylle naissante, ou Besoin d’amour, extraite de Starmania. Sans oublier celles des années 1960, dont elle était moins fière, comme Bébé requin, signé Joe Dassin, ou les fameuses Sucettes, qui l’avaient fâchée un temps avec Serge Gainsbourg. La chance de sa vie, c’est d’avoir frappé à la porte de Michel Berger. Elle voulait travailler avec celui qui avait tour à tour lancé Véronique Sanson et relancé Françoise Hardy. La déclaration d’amour, en 1974, a été le premier d’une longue série de tubes jusqu’à Laissez passer les rêves, en 1992. Mais un seul titre a marqué durablement sa vie : Babacar en 1987. Babacar, c’était le prénom d’un bébé sénégalais qu’elle avait rencontré là-bas. Trop pauvre pour s’en occuper, sa mère avait proposé à France Gall de repartir en Europe avec lui. Mieux, la chanteuse avait décidé de lui payer des études. Elle est toujours restée en contact avec Babacar, devenu un brillant jeune homme.

Ses combats

C’est avec Daniel Balavoine, en 1985, que France Gall livre sa plus belle bataille. Lors de son premier rallye Paris-Dakar, le chanteur avait constaté que rien n’était fait sur place pour l’éducation des enfants. Avec les comités Action Écoles, lancés dans la foulée de Chanson pour l’Éthiopie, elle s’était impliquée sur le terrain, au Sénégal. La tragique disparition du chanteur, en 1986, n’avait fait que décupler son énergie. Au-delà du plaisir d’avoir ces dernières années une maison sur la petite île de N’Gor, elle s’impliquait totalement dans la vie locale. « C’était la première à participer aux actions caritatives », se souvient le peintre Abdoulaye Diallo. Ses autres combats? Ceux qu’elle livrait contre un destin cruel. En 1997, sa fille Pauline mourrait de mucoviscidose, à 19 ans.

Cinq ans plus tôt, le 2 août 1992, c’était Michel Berger, « À l’annonce de sa disparition, j’ai ressenti une douleur dans le ventre, tellement forte, je me suis dit qu’elle devait ressortir d’une manière ou d’une autre », expliqua-t-elle. Très vite, on lui diagnostique en effet un cancer du sein, qu’elle soigne avec succès.

« J’ai eu très peur », confiait-elle. En 2015, la maladie était revenue. Un combat qu’elle a, hélas, perdu. Elle s’est éteinte dans les bras de son fils Raphaël, 36 ans, et de son compagnon Bruck.

Sa vie avec Michel Berger

Depuis une vingtaine d’années, la chanteuse avait refait sa vie avec Bruck Dawit, un musicien et producteur qu’elle avait connu … dans les années 1970. Ce proche de Bruce Springsteen et de Prince avait choisi de rester dans l’ombre pour ne pas heurter le souvenir du tandem qu’elle formait avec Michel Berger, le seul homme de sa vie aux yeux du public.

Il leur avait suffi d’une furtive rencontre dans les couloirs d’une radio pour que l’étincelle jaillisse. S’en suivit dix-huit ans d’une relation sans heurts. Au moment du décès de Michel Berger, en 1992, il était pourtant question d’une séparation. Il ne supportait plus son sens aigu de la fête, elle goûtait moins son addiction au travail. Il se dit même, sous la plume d’Yves Bigot dans Quelque chose en nous de Michel Berger, que le chanteur était tombé amoureux du mannequin allemand Béatrice Grimm, avec qui il rêvait de s’installer en Californie.

Laissons à Julien Clerc, son amour de jeunesse, le dernier mot : “France, nous avions 20 ans, des bonheurs, des chagrins. Une part de ma vie s’en va avec toi.”

Magazine : Télé Magazine
Par Frédéric Jarreau
Numéro du 27 janvier au 2 février 2018
Numéro : 3247

Merci à Elisabeth.

L’histoire de France Gall

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Les chansons de France Gall sont des reflets de nos vies, nous avons dévoré le récit de ses amours et frissonné des drames qui la frappaient.
Les chansons de France Gall sont des reflets de nos vies, nous avons dévoré le récit de ses amours et frissonné des drames qui la frappaient.

Ses chansons sont des reflets de nos vies, nous avons dévoré le récit de ses amours et frissonné des drames qui la frappaient.

France Gall s’en est allée en toute discrétion, comme elle vivait depuis une vingtaine d’années …

Après la mort de Johnny, nous peinions à reprendre notre souffle … Un mois et un jour plus tard, France Gall, à son tour, nous fausse compagnie. Richard Anthony, Frank Alamo, Johnny Hallyday, France Gall … Oui, les yéyés ont commencé de mourir et c’est un pan de notre jeunesse qui se dérobe. En 2015, France nous revenait avec la comédie musicale Résiste dédiée au répertoire de Michel Berger, avant de s’effacer à nouveau. Sans que l’on s’en inquiète vraiment … On avait fini par s’habituer à sa discrétion depuis vingt-cinq ans que Michel Berger avait rejoint l’ombre. On la savait errant entre Paris, dans l’appartement des jours heureux, Ramatuelle, là où est mort son homme, Honfleur et l’île de N’Gor au large de Dakar, dans sa maison sans électricité ni eau courante à laquelle on n’accède qu’en pirogue.

Au détour de Noël, une mauvaise nouvelle fuitait : France Gall hospitalisée en raison d’une infection pulmonaire sévère. Mais de là à imaginer le pire … Pourtant le pire est arrivé. La mort, le 7 janvier dernier, un dimanche gris, à 10 heures le matin, à l’hôpital américain de Neuilly. Deux ans que France ne s’était pas montrée, et pour cause ! Deux ans qu’elle luttait de toutes ses forces contre une récidive du cancer du sein qui l’avait heurtée neuf mois après la mort de Michel Berger. Une guerre de plus, sans rémission cette fois.

À jamais blessée par les humiliations de sa jeunesse.

La chanson, pour France, c’est une affaire de famille. Entre un grand-père maternel, créateur des Petits Chanteurs à la croix de bois, et un papa, Robert Gall, à qui l’on doit La Mamma de Charles Aznavour ou encore Les Amants merveilleux d’Edith Piaf, il y avait de quoi rêver sa vie en musique ! Née le 9 octobre 1947, Isabelle, Babou pour les intimes, grandit parmi les chanteurs. Avec ses frères jumeaux, elle monte même un petit groupe. Son caractère plutôt directif lui vaut le surnom de « petit caporal ».

A 15 ans, elle envie Sylvie Vartan, en plus elle habite dans sa rue ! Son père, devinant la force de son désir, lui permet d’enregistrer un 45 tours quatre titres, dont deux d’un certain Serge Gainsbourg : N’écoute pas les idoles et Laisse tomber les filles. Un honorable succès très vite dépassé par l’enfantin Sacré Charlemagne. Le 20 mars 1965, elle portera Poupée de cire, poupée de son sur l’autel de l’Eurovision. Seul hic, une autre Isabelle a remporté le concours trois ans plus tôt, Isabelle Aubret. On lui trouve à la hâte un nom rien qu’à elle, ce sera France, inspiré par l’imminence d’un match de rugby, France-Galles. C’est la désolation, elle aimait tant qu’on l’appelle Babou et voici qu’en chansons, dans les larmes, elle quitte l’enfance … Ses débuts lui restent sur le cœur. « Je les effacerais bien », confiera-t-elle quarante ans plus tard. La belle enfant n’imaginait pas le poids de la célébrité, ce dont elle avait rêvé lui fait bientôt horreur. « Je ne voulais pas me montrer. J’avais le sentiment d’être violée en permanence », lance-t-elle.

Un premier amour, mauvaise pioche. Il s’appelle Claude : Claude François ! Elle a 17 ans, il en a 25. Un amour brûlant qui la consume. Il est dominateur, jaloux, manipulateur. Trois années durant lesquelles elle encaisse les coups bas et le désamour. Il ne supporte pas son succès, moins encore sa victoire à l’Eurovision. La coupe est pleine, France, en mille morceaux, s’enfuit. Cette rupture est un crime de lèse-majesté que Claude François ne lui pardonnera pas. De cette douleur d’avoir été abandonné, naît le plus grand tube du chanteur, Comme d’habitude. Baignant dans son chagrin, elle enregistre Les Sucettes, un titre imaginé par Gainsbourg. Toute à la candeur de ses tendres années, elle ne soupçonne pas un instant le double sens des paroles de l’auteur. « Quand j’ai compris, je me suis enfermée pendant six mois. Je ressentais une tromperie des adultes, une trahison [ … ]. J’ai été humiliée par cette chanson. Cela a changé mon rapport aux garçons », confiera l’intéressée.

Loin du monde, dans les bras de Julien Clerc.

Hardy, Vartan et Sheila continuent de mener leur barque mais le temps des yéyés s’essouffle. France Gall, elle, en a assez d’être un produit, elle cherche un autre chemin, le sien. « Elle durera parce qu’elle n’est pas grande. Les petits compensent par un travail fou », témoigne Charles Aznavour, il sait de quoi il parle ! Enfin sortie de l’adolescence, elle entre en rébellion contre son père. Après le succès en 1967 de Bébé requin, signé par un jeune Américain, Joe Dassin, elle fuit sèchement la voie qu’on avait tracée pour elle, préférant se mettre au vert loin du petit monde de la chanson.

Se retirer est aussi une façon de mettre à distance la traversée du désert qui punit les artistes de sa génération. Pendant plus de quatre ans, elle partagera la vie d’un débutant au physique romantique, Julien Clerc. Un repli médiatique qui au passage arrange le jeune chanteur adoré des minettes, si soucieux de tenir secrète cette relation. Elle vit à la campagne, cuisine et rêve d’enfants. Mais après avoir sous-estimé la force de ses ambitions, voici qu’elles lui reviennent en pleine face. « Plus personne ne voulait miser un kopeck sur moi », avouera-t-elle. France veut de nouveau vivre en musique, elle quitte Julien Clerc pour marcher libre. Au comble du chagrin d’amour, l’éconduit enregistre Ballade pour un fou et Souffrir par toi n’est pas souffrir. La vie de France Gall est décidément une histoire de chansons …

Michel Berger, l’homme par qui le bonheur arrive.

Printemps 1973. France est dans sa voiture quand jaillit de l’autoradio une voix et une poésie qui la bouleversent. Une chanson, en forme d’invitation, qui s’intitule Attends-moi. Tandis qu’elle cherche un renouveau que personne n’a le talent de lui offrir, le nom de Michel Berger énoncé par le speaker sonne comme une promesse. Elle se souvient l’avoir déjà croisé à deux reprises, sans qu’ils se soient parlé. Le destin toutefois à des vues sur eux … En effet, quelques jours plus tard, par le plus grand des hasards, les voici réunis dans un studio de radio. France propose alors au jeune compositeur de prêter une oreille aux titres qu’a réunis pour elle sa maison de disques. Rendez-vous est pris. « C’est complètement nul ! », lâche Berger. Voici qui réjouit France puisqu’elle porte sur cette bouillie le même jugement. C’est aussi pour elle l’occasion de lui en réclamer de meilleurs … Berger décline gentiment. Jusqu’à ce que des sentiments qu’il n’a pas vu venir lui inspirent une mélodie et des mots. « Quand je suis seule et que je peux rêver, je rêve que je suis dans tes bras, je rêve que je te fais tout bas une déclaration, ma déclaration ». France reçoit le message en plein cœur, « J’ai eu un sentiment d’apaisement la première fois que je me suis assise au piano avec lui », dira-t-elle. La Déclaration d’amour signe son retour à la chanson, son épanouissement en amour. Michel entre dans sa vie, côté cour et côté jardin. Harmonie musicale et amoureuse, le mariage et la naissance de leurs enfants, Pauline et Raphaël. Comme autant de fleurs sur le chemin de leur histoire, éclosent des chansons, rien que des tubes, la bande son de nos années 70 et 80, celles de Starmania, puis Si maman si, Il jouait du piano debout, Résiste, Débranche, Cézanne peint, Ella elle l’a, Babacar, Évidemment … Leur bonheur est immense, autant que leurs succès. « Je ne peux m’empêcher de penser qu’il y aura une facture à payer un jour », déclarera France. Une prémonition qui donne le frisson.

En effet, le couple apprend bientôt que leur petite Pauline, 4 ans, est atteinte d’une mucoviscidose. « Il y avait un décalage terrible entre l’artiste comblée et la maman déchirée. Cela se voyait sur nos visages : nous étions moins gais », évoquera France. Tandis qu’elle tremble pour sa fille, le 6 août 1992, c’est Michel que France porte en terre, victime d’une crise cardiaque, au plus chaud de l’été, lors d’un match de tennis. Cinq ans plus tard, Pauline, à 19 ans, rejoint son père. Rideau, l’heure est au silence.

Survivre à l’écart du monde.

Résiste est son tube, son hymne, le nom du spectacle hommage qu’elle consacre en 2015 à l’œuvre de Berger, mais aussi son credo intime. Résister au flot des épreuves! Elle érige des remparts et se retire loin des regards, refait sa vie en toute discrétion avec Bruck Dawit, un musicien américain d’origine éthiopienne rencontré dans les années 90. Il est l’homme de son dernier album, en 1996, et tout simplement l’homme de sa vie. Et si c’ était à refaire ? demanda-t-on à celle que la vie avait comblée et giflée. « La prochaine fois, je demanderai à avoir une vie plus douce », réplique-t-elle. On la lui souhaite.


Les chansons de France Gall sont des reflets de nos vies, nous avons dévoré le récit de ses amours et frissonné des drames qui la frappaient.

Dans nos mémoires, elle chante encore.

Tant de tubes ! Ceux d’une enfant sage, entre Sheila, Sylvie et Françoise, puis ceux d’une femme libre et engagée des années 80. Les notes jaillissent et on se surprend à balancer la tête sur le côté, comme elle le faisait si joliment.

1965 / Poupée de cire, poupée de son

Avec cette chanson de Gainsbourg, France Gall décroche le premier prix du concours Eurovision, sous la bannière du Luxembourg. « Tu as gagné mais tu m’as perdu », répliquera Claude François, fou de jalousie, à l’issue de la soirée.

1974 / La Déclaration d’amour

La première chanson que France inspire à Michel ! Le retour de France sur le devant de la scène mais surtout le début de l’histoire d’amour du compositeur et de sa muse.

1977 / Si, maman si

« Maman, si tu voyais ma vie … Je pleure comme je ris … », superbe complainte teintée de mélancolie qui restera l’un des titres les plus émouvants de France. Signée Berger évidemment, extraite de l’album Dancing disco écoulé à 500 000 exemplaires.

1980 / Il jouait du piano debout

C’est après avoir vu à la télé Jerry Lee Lewis, pionnier du rock’n’roll jouer du piano debout que Michel Berger a écrit ce qui devient un tube.

1981 / Résiste

En 1981, France et Michel habitent à Rueil-Malmaison, dans une maison qu’ils louent à Adamo, lorsqu’ils réécoutent le disque qu’ils viennent d’enregistrer. Michel Berger décide qu’il manque deux titres. A son piano, dans le garage, il crée en quelques heures Résiste et Tout pour la musique. Résiste, une chanson toute en force et en énergie qui symbolise parfaitement les années 80. Elle restera si chère à France qu’elle la reprendra dans son ultime album en 1996.

1984 / Débranche

Berger a imaginé ce titre en repensant à des villages de Chine totalement perdus qu’il avait traversés avec France dans les années 70. « Les habitants regardaient la pluie tomber et semblaient heureux en vivant totalement déconnectés du monde moderne », se souvenait France.

1987 / Babacar

Au Sénégal, une maman tend son bébé, le petit Babacar, à France pour qu’elle le ramène en Europe afin qu’il reçoive une bonne éducation. France et Michel préféreront donner à cette maman le métier de ses rêves, couturière. Ils lui paient des études, une machine à coudre, des tissus, du fil. Une chanson voit le jour.

1992 / Laissez passer les rêves

Double Jeu, dont est extrait ce titre, est l’album en duo dont France et Michel avaient rêvé. Il sera aussi un chant d’adieux. Michel meurt sitôt l’album publié tandis qu’ils s’apprêtaient à entamer pour la première fois une tournée ensemble.

Magazine : Nous Deux
Par David Lelait-Helo
Date : 23 janvier 2018
Numéro : 3682

Merci à Elisabeth.

France Gall, l’album de sa vie

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Alors que s'organise le casting du candidat français à l’Eurovision 2018, Poupée de cire, poupée de son nous rappelle qu'en 1965 France Gall remportait le concours pour le Luxembourg.
Alors que s'organise le casting du candidat français à l’Eurovision 2018, Poupée de cire, poupée de son nous rappelle qu'en 1965 France Gall remportait le concours pour le Luxembourg.

L’édito : Chansons de France

Alors que s’organise le casting du candidat français à l’Eurovision 2018, Poupée de cire, poupée de son nous rappelle qu’en 1965 France Gall remportait le concours pour le Luxembourg. Cinquante-trois ans après, chacun redécouvre que ses chansons ont rythmé le quotidien de deux générations : le Sacré Charlemagne des débuts (1964), La Déclaration d’amour de son mari Michel Berger, ou Évidemment, dédiée à son ami Daniel Balavoine.

Sans oublier Il jouait du piano debout, Babacar ou Résiste (1981), qui avait récemment inspiré une comédie musicale à la chanteuse, désireuse de partager ce patrimoine artistique avec de jeunes talents et un nouveau public. Les années qu’elle a passées loin de la scène et des studios n’ont pas altéré notre souvenir de ses textes, légers ou forts, engagés ou nostalgiques, portés par cette voix immédiatement identifiable …

Claude Bosle, Directeur de la rédaction.

« Quand je l’observais en secret … » Par Laurent Boyer

La première fois que je l’ai vue, j’avais 10 ans.

Je suis de Noirmoutier, et la famille de France avait une maison là-bas, tout au bout de l’île, à La Linière. Je la trouvais tellement belle ! Je me planquais derrière la dune pour l’observer en secret quand elle venait avec ses amis. Elle était déjà très connue. Plus tard, j’ai souvent fait des émissions de radio avec elle pour RTL. Un jour, j’ai osé lui raconter ma petite histoire. Cela l’a beaucoup amusée, et peut-être même flattée. Elle me répétait en riant : “Ah, toi, quand même … “

France faisait très peu d’émissions de télé, mais elle m’a dit : « Ok, je vais faire Fréquenstar et je vais t’ouvrir les portes de notre maison en Normandie, que Michel (Berger, ndlr) adorait. » Nous étions en 1993. Michel venait de mourir quelques mois plus tôt (le 2 août 1992) et France venait juste d’apprendre qu’elle avait un cancer du sein. Elle était donc malade, encore sonnée par la disparition de l’amour de sa vie, et pourtant elle a été très généreuse, très simple, tellement sensuelle. Pour moi, c’était une icône. Mais je ne suis pas objectif.

Pour tout vous dire, dans les années 70, ma petite amie lui ressemblait beaucoup, et je me souviens m’être précipité pour acheter des billets pour la voir en concert quand est sorti l’album Dancing Disco, en 1977 (vendu à plus de 500 000 exemplaires), avec Musique, Si, maman si, Ce garçon qui danse … Mais mes deux chansons préférées sont Évidemment (1987) et Cézanne peint (1985).

La dernière fois que nous nous sommes vus, c’était à Noirmoutier, l’été 2015. Elle était venue assister au concert du Michel Jonasz Quartet, avec Manu Katché à la batterie, dont elle adorait le jeu. Nous étions en coulisses, collés à la scène, juste derrière la console de mixage. Après, nous avons passé des heures dans la loge de Michel Jonasz à boire et à discuter. Elle était tellement simple, si aimable. Avec Michel Berger, ils formaient un pluriel très singulier. »

Télé 7 Jours
Par Laurent Boyer
Propos recueillis par Frédérick Rapilly
20 janvier 2018
Numéro : 3008