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❤️ France Gall ❤️ Chanteuse – 9 octobre 1947 / 7 janvier 2018

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Voilà déjà 5 ans, le 7 janvier 2018, France Gall nous quittait au terme d'un long combat avec la maladie. Le site France Gall Collection est là pour faire vivre son oeuvre et ne pas oublier la femme.
Voilà déjà 5 ans, le 7 janvier 2018, France Gall nous quittait au terme d'un long combat avec la maladie. Le site France Gall Collection est là pour faire vivre son oeuvre et ne pas oublier la femme.

Voilà déjà 5 ans, le 7 janvier 2018, France Gall nous quittait au terme d’un long combat avec la maladie. Le site France Gall Collection est là pour faire vivre son oeuvre et ne pas oublier la femme.

Le 7 janvier 2018, voilà déjà 5 ans, France Gall nous quittait au terme d'un combat avec la maladie. Nous ne l'oublions pas.

Même d’une région si lointaine
Qu’il se peut
Que jamais l’homme ne l’atteigne
Même de ces points infinis
Lumineux
On dit qu’un jour ils s’éteignent
Si tout disparaît
Même si tout doit toujours finir bien
L’avenir n’a qu’à revenir demain
Retenir un peu le plaisir dans nos mains
Juste le temps de se souvenir au moins
Il ne faudrait
Jamais partir
Jamais partir
Jamais partir
Personne ne saura être sans savoir devenir
Quelqu’un sera là peut-être pour se souvenir

Même si de nos horizons dérisoires
{Illusoires tu peux dire}
Tout nous paraît provisoire
Même si les silences profonds des miroirs
Taisent les secrets de notre histoire
Si tout disparaît
Même si tout doit toujours finir bien
L’avenir n’a qu’à revenir demain
Retenir un peu le plaisir dans nos mains
Juste le temps de se souvenir au moins
Il ne faudrait
Jamais partir
Jamais partir
Jamais partir
Il ne faudrait
Jamais partir
Jamais partir
Jamais partir

Paroles et musique de Michel Berger

France Gall : 5 ans déjà

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Elle a connu la gloire à 17 ans, l’amour fusionnel avec Michel Berger puis une succession de drames. Le 7 janvier 2018, elle s’en allait, épuisée par la vie.
Elle a connu la gloire à 17 ans, l’amour fusionnel avec Michel Berger puis une succession de drames. Le 7 janvier 2018, elle s’en allait, épuisée par la vie.

France Gall a connu la gloire à 17 ans, l’amour fusionnel avec Michel Berger puis une succession de drames.

Le 7 janvier 2018, elle s’en allait, épuisée par la vie.

« Tout pour la musique », le titre de son album enregistré en 1981, aurait pu être la devise de sa famille. Paul Berthier, son grand-père, a été l’un des fondateurs des Petits Chanteurs à la Croix de Bois, sa mère a fait partie des chœurs de la cathédrale d’Auxerre, Patrice et Philippe, ses deux frères, sont guitaristes, tandis que son père, Robert Gall, est considéré comme l’un des paroliers les plus demandés des années 50/ 60.

C’est ainsi que dès l’adolescence, France, dont le vrai prénom est Isabelle, s’amuse à enregistrer sur le magnétophone de papa des refrains diffusés à la radio. Un après-midi, ce dernier demande au directeur artistique d’une maison de disques d’écouter l’une de ces bandes. Il se garde bien de préciser qu’il s’agit de la voix de sa fille.

Un premier 45 tours

L’idée d’un premier 45 tours naît presque naturellement. France, qui vient de terminer ses études secondaires, ne bondit pas de joie à l’idée de se rendre en studio, mais accepte néanmoins de se prêter au jeu. « Ne sois pas si bête » sort le 9 octobre 1963, le jour de ses 17 printemps. Le succès est immédiat : elle devient « Chouchou » dans l’émission « Salut les copains » et entre au hit-parade. Au début de 1964, dans l’ascenseur de l’immeuble où elle vit avec ses parents, elle découvre qu’un ancêtre des tagueurs a écrit « Vive Charlemagne ! ». C’est ainsi que naît « Sacré Charlemagne ». Le refrain est repris par des dizaines de chorales et devient l’hymne des cours d’école. Le disque se vend à plus d’un million d’exemplaires ! Elle est ensuite choisie par le Luxembourg pour représenter ce pays au concours de l’Eurovision 1965. Le 27 mars, à Naples, elle triomphe avec « Poupée de cire, poupée de son », de Serge Gainsbourg. À partir de ce jour, elle va passer sa vie à courir d’un avion à l’autre ou à donner, neuf mois par an, des concerts, parfois en plein air sous la pluie ou sous des chapiteaux à la sonorisation défaillante.

La jeune fille sage qu’elle est alors enregistre « Les sucettes » sans imaginer le double sens des paroles ! Elle accepte enfin, sans rechigner, de poser pendant des heures pour d’innombrables magazines. Elle vit parfois des moments difficiles, comme un après-midi qu’elle a passé avec des rondelles de concombre sur le visage. Un cauchemar ! Elle finit par regretter le temps où elle déambulait tranquillement sur les Champs-Élysées ou profitait du soleil d’une plage lointaine.

Sa rencontre avec Michel Berger

En mai 68, elle craque ! Elle fait sa révolution culturelle ! Elle ne supporte plus les clichés qu’elle découvre à son propos, comme « elle vit chez ses parents comme une petite fille sage au milieu de ses peluches ». Elle en a assez de chanter des textes de Gainsbourg qui ne correspondent pas à la réalité de sa personnalité, de ses idées, de ses désirs. Elle choisit de travailler avec d’autres auteurs et compositeurs. Ce tournant est un échec. À l’exception, en 1969, de « Bébé requin », le succès n’est pas à la hauteur de ses espoirs. C’est ainsi que petit à petit, elle se fait à l’idée de renoncer définitivement à son métier et de se consacrer à une vie privée qu’elle est miraculeusement parvenue à conserver discrète. À l’époque, le public ignore qu’elle a vécu une histoire d’amour particulièrement difficile avec Claude François. Lorsqu’elle a claqué la porte, le chanteur a digéré cette rupture en écrivant « Comme d’habitude ». Une autre idylle avec Julien Clerc s’est révélée beaucoup plus douce.

Un soir de 1973, elle entend à la radio « Attends-moi », par Michel Berger. Un véritable coup de foudre musical ! C’est avec lui qu’elle veut travailler, et avec personne d’autre. Elle trouve son numéro de téléphone, l’appelle. Elle lui demande s’il pourrait lui écrire des chansons. Il n’est visiblement pas intéressé. Elle insiste tellement qu’il finit par céder, et compose « Ma déclaration ». Il n’y a pas la moindre pensée amoureuse derrière ce titre, qui devient le premier succès de la « nouvelle France Gall » : plus de 100.000 disques s’arrachent en un mois. Petit à petit, la complicité entre le musicien et son interprète devient plus intime. Ils finissent par découvrir combien, moralement, ils se ressemblent. À une osmose musicale évidente s’ajoutent un jugement et une vision commune sur le monde qui les entoure. « Pour la première fois de ma vie, je fais le métier que j’aime, avec l’homme que j’aime », déclare France juste avant un mariage volontairement discret. Soucieux de protéger leur vie privée, ils refusent de poser ensemble devant les photographes et préservent, de la même façon, leurs enfants, Pauline et Raphaël. Leur complémentarité est totale à la scène, mais aussi à la ville. France gère un quotidien que Michel est incapable d’assumer. Quand elle s’absente, ne serait-ce que pour quelques jours, le réfrigérateur demeure désespérément vide.

Le succès puis les drames

Pendant près de deux décennies, ils multiplient les succès, les concerts où ils affichent complet, et les actions humanitaires en Afrique, en particulier à travers une association baptisée « Action écoles ». Le destin met un terme à ce bonheur. Le 2 août 1992, Michel meurt brutalement à Ramatuelle, quelques minutes seulement après une partie de tennis. Le 15 décembre 1997, Pauline, 19 ans, disparaît à son tour, après des mois de lutte contre la maladie. Tout en veillant à la postérité des chansons et de l’opéra rock « Starmania » composés par son mari, France choisit de se faire encore plus discrète que d’habitude. Elle s’installe au Sénégal, où elle ouvre une école et un restaurant. Elle ne revient en France que pour des apparitions exceptionnelles à la télévision et la création de « Résiste », un spectacle musical interprété par de jeunes comédiens-chanteurs. En 2015, elle souffre à nouveau d’un cancer du sein qu’elle avait vaincu 20 ans plus tôt. Elle nous quitte le 7 janvier 2018.

Quand on l’interrogeait sur sa propre postérité, elle assurait que ses chansons disparaîtraient avec elle. Les hommages qu’elle a reçus depuis démontrent le contraire.

Et c’est bien ainsi.

Magazine : Soir mag (Belgique)
De notre correspondant à Paris, Jacques Pessis
Date : 4 janvier 2023
Numéro : 4724

Bonne et heureuse année 2023

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Toi qui as posé les yeux sur moi
Toi qui me parles pour que j’aie moins froid
Je te donne tout ce que j’ai à moi
La clé d’un monde qui n’existe pas

Viens, je t’emmène
Où les étoiles retrouvent la lune en secret
Viens, je t’emmène
Où le soleil le soir va se reposer
J’ai tell’ment fermé les yeux
J’ai tell’ment rêvé
Que j’y suis arrivée

Viens, je t’emmène
Où les rivières vont boire et vont se cacher
Viens, je t’emmène

Où les nuages tristes vont s’amuser
J’ai tell’ment fermé les yeux
J’ai tell’ment rêvé
Que j’y suis arrivée
Plus loin, plus loin, plus loin que la baie de Yen Thaî
Plus loin, plus loin, plus loin que la mer de corail

Viens, je t’emmène
Derrière le miroir de l’autre côté
Viens, je t’emmène
Au pays du vent au pays des fées
J’ai tell’ment fermé les yeux
J’ai tell’ment rêvé
Que j’y suis arrivée

Viens, je t’emmène

Viens, je t’emmène

J’ai tellement fermé les yeux
J’ai tell’ment rêvé
Que j’y suis arrivé
Plus loin, plus loin, plus loin que la baie de Yen Thaî
Plus loin, plus loin, plus loin que la mer de corail

Viens, je t’emmène
Où l’illusion devient réalité
Viens, je t’emmène
Derrière le miroir de l’autre côté …

Paroles et musique de Michel Berger

Très joyeuses fêtes de fin d’année

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"Il y a des moments où j'aime tout le monde". C'est ce moment de partage en famille ou entres amis, ce moment de fête et d'amour. Ce moment pour se retrouver et vivre des moments intenses.
"Il y a des moments où j'aime tout le monde". C'est ce moment de partage en famille ou entres amis, ce moment de fête et d'amour. Ce moment pour se retrouver et vivre des moments intenses.

Il y a des moments où j’aime tout le monde“. C’est ce moment de partage en famille ou entres amis, ce moment de fête et d’amour. Ce moment pour se retrouver et vivre des moments intenses. Je vous souhaite à toutes et à tous de très belles fêtes de fin d’année 🥳 Rendez-vous en janvier. Joyeuses fêtes !

🎄 Joyeux Noël 🎄 Je vous souhaite à toutes et à tous de très belles fêtes de fin d'année 🥳

Je suis comme une plume
Qui rebondit d’un souffle d’air
Je suis comme une note
Sifflée gaiement à la légère
Et je me fous bien de demain
Ou de dans deux secondes
Il y a des moments où j’aime tout le monde
Je suis comme cette goutte de pluie
Qui coule sur ma joue rose
Qui dure le temps de sa vie
Et ce n’est pas grand chose
Mais je me fous des grands orages
Et du tonnerre qui gronde
Il y a des moments où j’aime tout le monde
Peu importe qu’on se moque
Ou bien qu’on y réponde
Il y a des moments où j’aime tout le monde

Starmania

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44 ans. C’est le nombre d’années que séparent la première version sur scène de Starmania dont la première a eu lieu le 10 avril 1979, et cette nouvelle version de l’Opéra Rock de Luc Plamondon et Michel Berger, le 8 novembre 2022.
44 ans. C’est le nombre d’années que séparent la première version sur scène de Starmania dont la première a eu lieu le 10 avril 1979, et cette nouvelle version de l’Opéra Rock de Luc Plamondon et Michel Berger, le 8 novembre 2022.

44 ans. C’est le nombre d’années que sépare la première version sur scène de Starmania dont la première se déroule le 10 avril 1979, et cette nouvelle version de l’Opéra Rock de Luc Plamondon et Michel Berger, qui débute à Paris le 8 novembre 2022 à La Scène Musicale.

Précisément 15 918 jours pendant lesquels Starmania n’a jamais cessé de vivre, de grandir, de changer et d’évoluer au fil des versions tant cette histoire, que peu de gens connaissent finalement réellement, colle encore aujourd’hui à la réalité.

Si vous vous penchez vraiment sur l’histoire de Starmania, vous n’en ressortez pas tout à fait indemne.

Michel Berger travaille en 1974 sur le projet « Angelina Dumas », une comédie musicale inspirée de Patty Hearst, fille de 19 ans du magnat de la presse américaine enlevée et tombée amoureuse au point d’épouser la cause de ses geôliers. Michel Berger se passionne pour cette histoire dont tous les ingrédients feront l’histoire de Starmania : rapt, rançon, engagement humanitaire, amour, sexe et violence !

C’est France Gall qui demande à Michel Berger de contacter Luc Plamondon, alors jeune parolier québécois, qui a écrit pour Diane Dufresne. Elle aime tant les textes de Luc Plamondon que le couple décide d’approcher Luc Plamondon et la première rencontre se fait en novembre 1976. L’aventure Starmania commence alors …

De ces deux visionnaires hyper créatifs va naître alors Starmania, le tout premier Opéra Rock qui traite de sujets jamais abordés à l’époque pour un spectacle : politique, pouvoir, terrorisme, écologie, télévision, médias, homosexualité, transgenre …

Les interprètes du spectacle de Starmania en 1979 sont pour la plupart inconnus : Daniel Balavoine, René Joly, Fabienne Thibeault, Nanette Workman, Etienne Chicot, Grégory Ken, Roddy Julienne, Violette Vial ainsi que Diane Dufresne, star au Québec depuis son premier album écrit par Luc Plamondon en 1972 et France Gall dont la carrière renait avec Michel Berger.

Pour les puristes de la version originale en live de 1979, l’ordre modifié des chansons sera sans doute déroutant. Luc Plamondon et Thomas Jolly, metteur en scène de génie au théâtre et à l’Opéra, souhaitent rendre à l’histoire sa fluidité originale pour retrouver une construction narrative plus lisible. Et ça fonctionne tellement bien ! Tout évolue, tout change et pourtant l’œuvre originale est tellement respectée !

Mais c’est bien l’intention de l’œuvre de 1979 qui est projetée avec une mise en scène époustouflante, lumineuse et qui résonne au fond du cœur et du corps ! C’est un florilège d’idées artistiques incroyables qui redonne à cette nouvelle version de Starmania une dimension moderne et puissante. Chaque tableau est une œuvre unique, un moment suspendu dans le temps !


Starmania, à partir du 8 novembre 2022 à Paris, dans toute la France, en suisse et en Belgique
BILLETTERIE OFFICIELLE

Starmania
Première à Paris le 8 novembre 2022 à la Scène Musicale
Compositeur : Michel Berger
Auteur : Luc Plamondon
Mise en scène : Thomas Jolly assisté de Samy Zerrouki
Production : Aurélien Binder et Thierry Suc
Chorégraphies : Sidi Larbi Cherkaoui
Direction musicale et arrangements : Victor Le Masne
Scénographie : Emmanuelle Favre
Coiffures et maquillages : Caroline Bitu
Costumes : Nicolas Ghesquière et Léo Buchet
Coach vocal : Damien Silvert
Lumières : Thomas Dechandon
Vidéos : Guillaume Cottet / Mathematic
Johnny Rockfort : Côme
Cristal : Lilya Adad et Gabrielle Lapointe
Sadia : Miriam Baghdassarian
Ziggy : Adrien Fruit
Marie-Jeanne : Alex Montembault
Zéro janvier : David Latulippe
Stella Spotlight : Maag
Gourou Marabout : Simon Geoffroy
Danseurs : Jade Bayonne, Jocelyn Laurent, Sarah Nait Hamoud, Hajiba Fahmy, Sorna Condevaux Ndoye, Stencia Yambogaza, Nathalia Meneses Gonzales, Andréa Bouothmane, Yoan Grosjean, Isaies Santamaria, Jade Caumet et Mathys Kaibo.
Voix de Roger Roger : Thomas Jolly

Starmania, un retour pas comme les autres

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Le début du troisième millénaire était resté un mur infranchissable dans la dramaturgie de Starmania. Et comme un tabou pesant sur la postérité de l'œuvre.
Le début du troisième millénaire était resté un mur infranchissable dans la dramaturgie de Starmania. Et comme un tabou pesant sur la postérité de l'œuvre.

« Quand viendra l’an 2000, on aura 4o ans. Si on vit pas maintenant, demain, il sera trop tard. » Starmania

Le début du troisième millénaire était resté un mur infranchissable dans la dramaturgie de Starmania. Et comme un tabou pesant sur la postérité de l’œuvre. Créé en 1979, repris en 1988, puis dans les années 1990, pour ne citer que les versions françaises, l’opéra rock de Michel Berger et Luc Plamondon demeurait invisible depuis la date fatidique que ses chansons avaient agitée comme un chiffon rouge. Le retour sur scène du spectacle, cet automne, à La Seine musicale de Boulogne-Billancourt, puis en tournée durant deux ans, suscite donc une immense curiosité. Comment présenter une histoire qui fut spontanément prophétique en son temps, mais qui arbore aujourd’hui une flagrante patine vintage ?

Sans préjuger de la qualité du résultat, c’est un spectacle luxueux qui s’annonce. Le budget s’élève à plus de 7 millions d’euros, alors que les chanteurs sont tous inconnus. « Pour ce nouveau Starmania, nous voulions les meilleurs créateurs, chacun dans son domaine », résume le producteur Thierry Suc, lui-même référence incontestable de sa profession. Une impressionnante combinaison de grands noms s’affaire en coulisses. Le metteur en scène Thomas Jolly, étoile montante du théâtre public, a été choisi le premier (bien avant qu’il soit nommé directeur artistique des jeux Olympiques de 2024), suivi du prestigieux chorégraphe flamand Sidi Larbi Cherkaoui. Plus tard sont arrivés Victor Le Masne, l’un des gourous de studio les plus cotés de la pop française (un fidèle de Juliette Armanet), à la direction musicale et Nicolas Ghesquière, l’influent styliste de Louis Vuitton, pour la création des costumes. Même la communication visuelle a été confiée à des orfèvres, les designers M/M (Michaël Amzalag et Mathias Augustyniak), réputés, entre autres, pour leur collaboration avec Björk. Et les photographies des affiches sont griffées par le légendaire Jean-Baptiste Mondino …

Les entreprises comme celle-là s’enracinent dans une histoire personnelle et affective. L’homme derrière Starmania 2022 s’appelle Raphaël Hamburger. Il est le seul survivant de la famille formée par Michel Berger (1947-1992) et France Gall (1947-2018) – sa sœur aînée est morte d’une mucoviscidose en 1997, à 19 ans. Musicien, propriétaire de studios, l’héritier de 41 ans assume passionnément son rôle de gardien du temple, mais dans l’ombre – il refuse de parler à la presse. Alors que l’aura de ses parents et l’influence de leur musique n’ont cessé de grandir, Raphaël Hamburger concrétise, en fait, un projet de sa mère. Le producteur Thierry Suc se souvient : « Lorsque nous avons travaillé avec France Gall sur sa comédie musicale Résiste, en 2015, elle avait déjà le désir de voir rejouer Starmania. Raphaël, devenu à son tour l’ayant droit de Michel Berger, a repris le flambeau. » Et il a choisi de revenir aux sources, aux partitions et aux pistes originales, comme un archéologue. « Pendant des mois, raconte le directeur musical Victor Le Masne, j’ai fait plancher et répéter les musiciens à partir des voix nues du Starmania historique, méticuleusement isolées en studio par Raphaël Hamburger : Daniel Balavoine, France Gall, Diane Dufresne ou Fabienne Thibeault. »

Le metteur en scène Thomas Jolly a lui aussi œuvré à cette recherche d’ADN avec le livret : « Mon souhait était de rebâtir la narration, avec Luc Plamondon, par-delà l’autonomie que les chansons ont acquise en quarante ans de succès. Dans les versions postérieures à celle de 1979, des morceaux et même des personnages ont disparu. Certains refrains sont passés d’un protagoniste à l’autre … Je me suis emparé de Starmania comme je l’avais fait avec les pièces de Shakespeare, en misant sur la force de la dramaturgie. » Témoin, le personnage appelé à l’origine le Gourou Marabout, écologiste fanatique et adversaire politique du leader néofasciste. Disparu depuis la création du spectacle, il fera son retour dans la nouvelle version. L’éco-anxiété s’ajoutera ainsi aux sujets dont l’opéra rock avait brillamment anticipé la montée en puissance dans son portrait de l’Occident : la quête effrénée de célébrité, l’ascension des partis d’extrême droite, la fracture sociale, la perte de sens induite par le capitalisme, la revendication d’une différence en matière de sexualité comme de genre.

Pour que le spectacle sillonne la France et le monde – la production rêve d’un million de spectateurs -, les interprètes chanteront en alternance : il s’agit de faire valoir les personnages d’abord. Ces chanteurs que Starmania 2022 va révéler sont des « athlètes de la voix », prévient Thomas Jolly. Ils ont été choisis pour ce don-là. Au metteur en scène d’en faire aussi des acteurs. Ils danseront également. « La chorégraphie peut et doit être narrative », affirme Sidi Larbi Cherkaoui, retenu pour sa capacité à faire « fictionner » les corps. Il compare Starmania à une tragédie grecque, eu égard à la noirceur des destins racontés et à la profondeur des questionnements qui hantent les personnages. Et s’il a travaillé gestes et postures avec les chanteurs, il réserve aux danseurs professionnels la mission de former le chœur antique.

Reste le défi de l’articulation des époques. Le monde du premier Starmania avait un pied dans les années 1970 finissantes (on s’y envoyait des télégrammes), un autre dans un avenir lointain – on y partait en voyage de noces sur Mars. Thomas Jolly admet avoir beaucoup réfléchi autour de cette équation : il rejette notamment l’idée du « rétrofuturisme » et l’imagerie qui lui est associée. Il ambitionne un spectacle à la fois intemporel et contemporain, à même de frapper les jeunes spectateurs qui découvriront l’histoire et les personnages. « C’est un Starmania naviguant entre aujourd’hui et demain. Faute d’une meilleure expression, je parlerais d’un onirisme du futur. »

Et Starmania arriva en ville

C’était le rêve de Michel Berger. Il l’a réalisé avec le parolier Luc Plamondon. Tous deux ont écrit l’un des premiers opéras rock en français. Une machine à tubes devenue mythique, non sans difficultés.

« Quand je l’ai rencontré, en 1975, il me vouvoyait, je le tutoyais, se souvient Luc Plamondon, 80 printemps, alors qu’on l’interroge sur son binôme avec Michel Berger. Il estimait qu’il écrivait des chansonnettes, disait ne plus vouloir travailler pour des chanteuses mais bâtir une œuvre. »

Objectif atteint par le biais de cet attelage inattendu : celui d’un auteur-compositeur-interprète français à succès et d’un parolier québécois, tous deux dotés d’une muse médiatique – France Gall pour le premier, Diane Dufresne pour le second. Berger rêve alors d’adapter l’histoire de Patty Hearst, l’héritière d’un empire de la presse kidnappée par un groupe d’extrême gauche armé. Or Plamondon refuse l’idée de raconter une histoire américaine en français.

Pas question non plus de donner dans la comédie musicale : c’est d’un « opéra rock » qu’il s’agit, « non au sens de rock’n’roll mais de musique rythmée », précise Bernard Jeannot-Guérin, enseignant-chercheur à l’université d’Angers, docteur en arts du spectacle et organisateur en 2021 d’un colloque consacré à Starmania.

« Pour Michel Berger, ce genre devait explorer les thématiques de la jeunesse et du mal de vivre. Ses inspirations se situaient en Angleterre ou aux États-Unis, du côté de Tommy des Who, des spectacles Hair ou Jesus Christ Superstar. Mais lui a voulu utiliser tous les genres musicaux : blues, ballade, pop, et même classique – les accords du Monde est stone sont les mêmes que ceux du Canon de Pachelbel. » Marqué par les actions de la bande à Baader ou la guerre des gangs à Soho, comme par la multiplication des chaînes de télé dans les années 1970 et le « quart d’heure de célébrité » de chacun prophétisé par Andy Warhol, Luc Plamondon ancre, lui, pleinement l’œuvre dans l’actualité de son temps.

« Il ne faut pas oublier que Plamondon a fait le petit séminaire, qu’il a une culture à la fois ultra classique et hors des codes, note notre spécialiste universitaire de Starmania – qui, en tant qu’artiste amateur, a lui-même mis en scène l’œuvre par trois fois. Le personnage du dictateur Zéro Janvier est inspiré du Citizen Kane d’Orson Welles, la ville de Monopolis évoque Metropolis, de Fritz Lang, la star déchue Stella Spotlight rappelle l’ancienne vedette hollywoodienne incarnée par Gloria Swanson dans Sunset Boulevard, le film de Billy Wilder. Tandis que le couple Johnny Rockfort-Cristal fait écho à des personnages de Marvel, la superhéroïne Crystal et son amoureux Johnny Storm, alias la Torche humaine. »

Pendant deux ans, le duo Berger-Plamondon planche sur ce récit choral désespéré et entièrement chanté, dont les héros sont en quête éperdue de lumière, au mépris – pour certains – de toute humanité. Avant de le porter sur scène, il faut sortir un disque pour le faire connaître. Luc Plamondon tient à un casting mi-français, mi-québécois.

« Une chose est cependant entendue entre lui et Michel Berger : leurs interprètes fétiches, à savoir Diane Dufresne et France Gall, ne seront pas du nombre », précise François Alquier dans son ouvrage L’aventure Starmania (éd. Hors Collection). Et ce pour éviter que la célébrité des chanteuses éclipse le propos de l’œuvre. Le rôle de Marie-Jeanne la « serveuse automate » est confié à la jeune Fabienne Thibeault, repérée quelques années plus tôt par Plamondon. D’autres quasi-inconnus sont recrutés, dont Daniel Balavoine pour le rôle du rebelle Johnny Rockfort. Et finalement, pour rendre le projet commercialement plus viable, quelques vedettes vont revenir au casting, dont … Diane Dufresne et France Gall.

Les auteurs s’arrachent parfois les cheveux : ainsi, la chanson Les Uns contre les autres, que Michel Berger avait sauvée de la poubelle de Luc Plamondon, ne trouve pas preneur. « Comme elle aurait pu aller à tous les personnages, on a d’abord pensé la donner à Diane, raconte Plamondon. Mais elle m’a appelé en disant: « Diane Dufresne ne chante pas les slows ». On l’a ensuite proposée à France Gall, qui voulait un air de plus. Sauf qu’elle a refusé cette « chansonnette ». Et puis Fabienne Thibeault s’est proposée … »

Les ventes de l’album, sorti en 1978, sont d’abord modestes. Or, pour le producteur Bernard de Bosson, qui finance l’onéreuse opération, elles conditionnent la tenue du spectacle. Le 11 décembre 1978, une grande partie de la troupe est invitée pour une heure d’émission télévisée, avec l’orchestre symphonique d’Antenne 2. Là, enfin, la mayonnaise prend.

Mis en scène par l’Américain Tom O’Horgan, Starmania fait l’événement dès son lancement, le 10 avril 1979. En coulisses, des tensions naissent entre les équipes française et québécoise, et entre les Américains et le reste du monde. « Je savais que je participais à un spectacle important, livrait Diane Dufresne à Télérama en 2014. Mais l’ambiance était lourde; les costumes, affreux : du burlesque raté. Et puis c’était un peu la bataille des ego. » Le show est un succès, mais ne tient l’affiche pour trente-trois représentations seulement. Car les agendas des artistes sont surchargés et les décors, intransportables. Starmania laisse dans la mémoire collective des chansons aux textes aussi marquants que leurs mélodies.

« L’écriture des morceaux concourt à l’intemporalité de l’œuvre, assure le spécialiste Bernard Jeannot-Guérin. Les Uns contre les autres est une succession de pronoms et d’infinitifs auxquels tout le monde peut s’identifier; la jeunesse dans son ensemble peut endosser le “on” de Quand on arrive en ville; chacun peut se reconnaître dans le refrain de Besoin d’amour … » Et ainsi continuer, au fil des décennies, de se projeter dans cet opéra rock « tubesque » et crépusculaire.

Magazine : Télérama
Par Louis Guichard et Laurence Le Saux
du 29 octobre au 4 novembre 2022
Numéro : 3798

Merci à Elisabeth.

Discographie 1964 à aujourd’hui des albums 🇫🇷

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Disques vinyles LP (Long Play), CD (Compacts Disques), K7S (Cassettes audio).
Disques vinyles LP (Long Play), CD (Compacts Disques), K7S (Cassettes audio).

Disques vinyles LP (Long Play), CD (Compacts Disques), K7S (Cassettes audio).

*Comparativement aux albums produits avant 1976 qui compilent des titres enregistrés et diffusés individuellement à des périodes différentes, les albums studio, au sens musical du terme, désignent l’enregistrement de titres jamais diffusés au public.

Discographie 1963 à 1997 des singles 🇫🇷

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Disques SP (Single Play 2 titres), EP (Extended Play 4 titres), CDS (CD single 2 titres et plus), K7S (K7 single 2 titres).
Disques SP (Single Play 2 titres), EP (Extended Play 4 titres), CDS (CD single 2 titres et plus), K7S (K7 single 2 titres).

Disques SP (Single Play 2 titres), EP (Extended Play 4 titres), CDS (CD single 2 titres et plus), K7S (K7 single 2 titres).

France Gall et Michel Berger

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100 pages de photos et de reportages exclusifs consacrées à France Gall et Michel Berger, en vente dès le jeudi 18 août 2022 en kiosque.
100 pages de photos et de reportages exclusifs consacrées à France Gall et Michel Berger, en vente dès le jeudi 18 août 2022 en kiosque.
100 pages de photos et de reportages exclusifs consacrées à France Gall et Michel Berger, en vente dès le jeudi 18 août 2022 en kiosque.

100 pages de photos et de reportages exclusifs consacrées à France Gall et Michel Berger, en vente dès le jeudi 18 août 2022 en kiosque.


Nul autre que Daniel Filipacchi, créateur de «Salut les copains» (toute une époque, et quelle époque!), longtemps propriétaire d’un florissant Paris Match, n’était mieux placé pour nous conter, d’une brève évocation affective, les destins croisés de France Gall et de Michel Berger. Il est vrai qu’à l’époque de leur puberté – en ce temps-là, on baptisait les ados «teen-agers» – il avait pris sous son aile un trio d’artistes qui avaient pour nom France Gall, Michel Berger et Véronique Sanson! Trio gagnant. Berger avait 14 ans quand il a rencontré Daniel… Promoteur de «Pour ceux qui aiment le jazz» sur Europe n°1, ce dernier se vit propulser patron de Warner France en 1970, après avoir produit des albums de Sylvie Vartan, Chantal Goya et même Jean Ferrat pour RCA et Decca.

«France Gall était la plus douée des espoirs», écrira-t-il dans de flamboyants Mémoires (*). Elle chantait en mesure et toujours juste. De plus, Serge Gainsbourg, jongleur de mots et d’ambiguës partitions, lui avait bâti un répertoire subtil à la (dé)mesure de sa juvénile candeur. Sa victoire à l’Eurovision, à 17 ans, fera d’elle, à jamais, une fragile «Poupée de cire, poupée de son» que gifla la candidate anglaise, grande favorite et vexée d’échouer derrière une cadette aux intonations enfantines. Le pire était à venir.

France entretenait une liaison passionnelle avec l’inattendu Claude François, plus obnubilé par son succès que par la carrière des autres, même celle de sa compagne! Lorsqu’elle l’appelle au téléphone pour lui faire partager son sacre à l’Eurovision, il réplique sèchement: «Tu as gagné, mais tu m’as perdu.» De là naîtra peut-être (en mode inversé) son futur tube «Le téléphone pleure»… Daniel Filipacchi – dont le succès de «Salut les copains» obsédait Claude François, à tel point qu’il créa «Podium », pâle concurrence – félicita Cloclo d’avoir séduit France Gall: «Et le magazine, tu ne me félicites pas pour “Podium”? – Si, Claude, mais je préfère France, elle est bien plus intéressante, crois-moi.»

Daniel, doué de prémonition, avait encore vu juste. Et ce n’est pas Michel Berger, né comme France en 1947, qui s’en plaindra. Sur la photo mythique de Jean-Marie Périer, en 1966, ils ne sont pas encore côte à côte, contrairement à Johnny et Sylvie. Mais, un septennat plus tard et déjà loin des années yé-yé qui signèrent leur avènement, France Gall contacte celui qui, auteur-compositeur, à l’écoute des sons nouveaux venus d’Amérique, peut donner un second souffle à sa carrière. S’il est libre dans sa tête, il l’est aussi dans sa vie depuis sa rupture avec Véronique Sanson. Pour France, il ne joue pas seulement «du piano debout» mais devient son Pygmalion, son meilleur ami, le compagnon et le père de ses deux enfants, Pauline et Raphaël… Sous l’éternelle «Déclaration d’amour» (1974) qui scelle à jamais le couple dans l’imaginaire des fans, la grande faucheuse guette. Elle arrache Michel à France en 1992. Cinq étés plus tard, elle perd leur fille Pauline, âgée de 19 ans.

«Résiste» sera le dernier chant de France Gall. Avec cette comédie musicale, en 2015, elle redonne vie aux compositions de Michel. Comme un requiem.*

Disponible en kiosque ou sur https://boutique.parismatch.com/

Magazine : Paris Match
100 pages consacrées à France Gall et Michel Berger / Hors-Série
Date : 18 août 2022
Numéro : 29H

*Présentation officielle Paris Match

Le dernier été de Michel Berger

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Le 2 août 1992, le chanteur Michel Berger décédait des suites d'un infarctus en vacances à Ramatuelle (Var). Une tournée à venir avec France Gall, des projets de cinéma, l'envie de réussir à l'étranger, des tourments personnels ... Il était alors à la croisée des chemins ...
Le 2 août 1992, le chanteur Michel Berger décédait des suites d'un infarctus en vacances à Ramatuelle (Var). Une tournée à venir avec France Gall, des projets de cinéma, l'envie de réussir à l'étranger, des tourments personnels ... Il était alors à la croisée des chemins ...

Le 2 août 1992, le chanteur décédait des suites d’un infarctus en vacances à Ramatuelle (Var).

Une tournée à venir avec France Gall, des projets de cinéma, l’envie de réussir à l’étranger, des tourments personnels … Il était alors à la croisée des chemins …

Le public réclame un rappel. Souriante, soulagée par le concert qui vient parachever des semaines de préparation, la chanteuse demande : « Michel, tu veux pas chanter Seras-tu là ? Elle est belle, celle-là. »

Premier lundi de l’été. La soirée est douce, ce 22 juin 1992, même si quelques gouttes sont tombées sur le bitume parisien. Au New Morning, charmante boîte de jazz installée dans l’ancienne imprimerie du « Parisien », près de la gare de l’Est, France Gall et Michel Berger viennent de jouer les chansons de leur premier album commun, « Double Jeu », tout juste sorti dans les bacs. Un événement, d’autant que France Gall avait annoncé à la fin des années 1980 vouloir se mettre en retrait après le triomphe de « Babacar ».

Seize ans jour pour jour que ces deux-là sont mariés. Date symbolique, concert qui l’est tout autant Avant une tournée à la rentrée qui doit les mener à la Cigale puis à Bercy, les deux géants de la chanson française n’ont réuni que des proches à ce showcase. Alors, à la fin, on joue les prolongations. Au débotté, France improvise une version de « Ma déclaration ». Au piano, Michel réplique avec « Quelques mots d’amour ». Suivent « La Groupie du pianiste », « Ella, elle l’a », « Évidemment » … instants rares, suspendus.

« C’était extraordinaire, se souvient Serge Perathoner, leur claviériste. J’avais installé au début du showcase une caméra. La batterie a lâché à la fin du premier morceau. Il n’y a aucune trace de ce moment. Mais c’est gravé dans nos cœurs. »

Épuisé après une année intense

Les vacances approchent. Elles vont faire du bien à tout le monde. Surtout à Michel Berger. À 44 ans, l’interprète de « Ça ne tient pas debout » est éreinté après une année très dense. Il y a eu cet album coréalisé avec la mère de ses deux enfants. « Ils n’avaient jamais eu un tel projet commun, il est né dans la douleur », synthétise l’ami Claude-Michel Schönberg, auteur du tube « le Premier Pas ».

L’enregistrement, au Face B, leur studio du 7e arrondissement de Paris, n’a pas été de tout repos. France Gall ne se contente plus de se mettre derrière le micro. Elle réoriente la production musicale. Il y a bien deux capitaines à la barre. Quelques semaines plus tard, lorsqu’un journaliste lui demandera si l’album ressemble plus à « son papa » ou à « sa maman », Michel Berger répondra : « Je pense que c’est un mélange. L’écriture est signée du père, une grande part de la direction du disque a été faite par la mère. Si j’avais composé tout seul, ce n’aurait pas été ce disque-là. »

« Malgré l’amour qu’il portait à France, il n’était pas habitué à coproduire, il n’avait pas forcément ça dans le sang », note l’éditeur Jean Brousse, compagnon de route de Michel Berger depuis le lycée Carnot, à Paris. « Michel intervenait moins qu’avant, il nous laissait beaucoup jouer. Avec une pointe d’humour, il nous disait , « Je n’entends plus trop mon piano, c’est normal ? » sourit Serge Perathoner. On formait une équipe de choc, c’était un travail de groupe, on fonctionnait à l’anglo-saxonne, presque comme du jazz. Lui qui sortait les idées de chansons de sa tête, de son cœur, de ses doigts, les meilleurs moments de sa vie, c’était quand il les créait avec ses musiciens. »

Le rêve de Broadway

Mélodiste de génie, parolier à fleur de peau, celui qui a su faire swinguer la langue française comme personne et broder sur mesure des tubes pour France Gall, Johnny Hallyday, Françoise Hardy ou Véronique Sanson rêve aussi en anglais cet été-là. Depuis un an, il travaille d’arrache-pied sur « Tycoon », adaptation dans la langue de Shakespeare de son opéra rock « Starmania ». Cette incroyable usine à hits en France (« les Uns contre les autres », « le Blues du businessman » … ) peine pourtant à s’exporter.

« Il se sentait très étriqué de Dunkerque à Marseille, de Strasbourg à Brest. Il voulait sortir du quadrilatère de la France, confirme Claude-Michel Schönberg. Ce n’était pas l’été de sa grande forme. Il avait l’impression de tourner en rond, il avait cumulé plusieurs niveaux de frustration. »

« Cette année-là, c’était un jour à Los Angeles, le lendemain à New York ou Londres, toujours entre deux avions. Il n’arrêtait pas », commente Thierry Boccon-Gibod, son ami photographe depuis l’adolescence. Mais pas facile pour un Frenchy de se frayer un chemin jusqu’à Broadway. « On a une réputation terrible chez les Anglo-Saxons : comédie musicale française, c’est une contradiction en soi pour eux », constate Claude-Michel Schönberg. S’il a réussi, lui, à percer en Angleterre avec « les Misérables », c’est accompagné d’un producteur local à l’initiative de l’adaptation. « Sans ça, c’était presque impossible, estime le compositeur. Mais Michel, c’était une forte personnalité, très intelligente, une volonté extraordinaire, vous ne pouviez pas lui dire : Laisse tomber, ça ne marchera jamais aux États-Unis et en Angleterre. Et puis, Starmania, c’est quand même la compilation des plus belles chansons françaises. »

Un autre projet anime secrètement Michel Hamburger, son vrai nom. Le cinéma. « Il se demandait, lui dont la manière de parler au monde était la musique, s’il serait aussi capable de se saisir de l’image », rapporte Jean Brousse. Avec Jacques Kerchache, le spécialiste des arts premiers qui donnera à Jacques Chirac l’idée du musée du Quai Branly, Michel Berger écrit un film sur les Indiens d’Amérique, une de ses vieilles passions. « Michel possédait une des plus belles collections de photos anciennes d’Edward Curtis (célèbre anthropologue spécialiste des Amérindiens), confie Thierry Boccon-Gibod. Il avait le financement pour tourner son film. Il était à un vrai tournant dans sa carrière. »

Dans sa vie sentimentale aussi, tiraillé par « les élans du cœur » pour reprendre le titre d’une chanson de « Double Jeu ».

La mort en embuscade

Et puis le deuil, la mort qui rôde. En dix ans, il a perdu son frère, ses proches amis Daniel Balavoine et Coluche. En ce début d’année 1992, le chanteur voit disparaître son papa. Jean Hamburger, grand professeur à qui l’on doit la première greffe de rein en France. Un père fuyard, longtemps absent, dont il avait fini par se rapprocher – à défaut de renouer avec lui – à la fin de sa vie après avoir appris que Pauline, la fille de Michel et France, était atteinte de mucoviscidose, terrible maladie génétique. Serge Perathoner, qui vient alors aussi de perdre son père, se souvient d’une conversation intime. « Michel m’avait dit cette phrase que je n’ai comprise qu’un peu plus tard : Les prochains, ce sera nous. Avec le recul, lui qui pesait chaque mot, je pense qu’il voulait dire que la logique, c’était de mourir avant ses enfants. Et pour lui, ça voulait dire avant sa fille. »

Pauline décédera en 1997, à 19 ans.

Fin juillet 1992. Jean Brousse retrouve Michel Berger dans un restaurant chinois à Paris. « Il était content, il partait en vacances. Lui qui vivait des situations très stressantes était extrêmement attaché à sa famille. »

Direction le Var. où il possède avec France Gall une magnifique propriété de 7 500 m2 sur les hauteurs avec piscine et court de tennis, à cheval entre Ramatuelle et Saint-Tropez. « En jouant, on peut changer de commune en changeant de côté », a coutume de s’amuser Michel Berger.

« Silence les grillons », dit la chanson. Ici, c’est silence le showbiz : les vacances sont douces, les rituels immuables. Le déjeuner au bord de la plage. La partie d’échecs à 17 heures avec le « voisin » Claude-Michel Schönberg. Ensuite, les matchs de tennis endiablés, souvent en double. Et les dîners simples et conviviaux, entre copains, chez les uns ou chez les autres. « Michel préférait ça à pas mal de mondanités que son statut lui imposait », rapporte Claude-Michel Schönberg.

En ce dimanche 2 août, la partition est entrecoupée d’une interview donnée à un journaliste, envoyé spécial du « Parisien ». L’occasion de parler de la tournée à venir. « Nous irons chanter dans des endroits où nous avons toujours eu envie d’aller, comme Phnom Penh, Hanoï, Shanghai, Dakar », annonce France Gall au reporter. L’interprète de « Débranche » évoque aussi sa déconnexion varoise , « Michel aime bien quand il y a beaucoup de monde, quand ça passe », confie France Gall.

Partie de tennis fatale

Johnny Hallyday est venu déjeuner le vendredi. « Chez toi, je me sens bien », a-t-il glissé à son pote Michel. Attablé, en short et chemise verte, Berger livre au journaliste une esquisse d’autoportrait. Sa dernière parole publique. « Plein de gens me croient blasé, froid, docile. En fait, je suis tout le contraire. J’ai en moi une pudeur et une distraction qui me font traiter par France de Professeur Tournesol. Mais j’ai aussi une vraie révolte contre un monde injuste où il est trop difficile d’être complètement heureux. »

Il est 17 heures, le journaliste repart, les vacanciers vont jouer au tennis. Il fait encore chaud, au moins 30 degrés, les balles fusent. Les rires des copains aussi. Au bout d’un moment, Michel Berger pose sa raquette et tend sa bouteille de Badoit inentamée à son pote Claude Michel. « T’aurais dû boire un peu de flotte « , le gronde gentiment Schönberg.

On ne s’inquiète pas de son départ précipité, le chanteur avait prévenu qu’il devait s’arrêter tôt pour voir « Ruy Blas », avec Lambert Wilson, au festival de Ramatuelle. Mais vingt minutes après, on entend crier au loin. À la maison, Michel fait un infarctus. La suite, c’est un parfait dimanche d’été qui vire au drame. Les médecins, les pompiers, et cette phrase, terrible, fatale , « On est désolés, on ne peut plus rien faire. »

Le musicien qui nous envoyait des flèches en plein cœur vient de voir le sien céder subitement.

Les jours suivants, ses amis apprendront que le chanteur avait fait un premier malaise à la montagne deux ans plus tôt. Qu’il rechignait – aversion peut-être due à son père pour les blouses blanches – à soigner des soucis de cholestérol. Partout en France, les fans en deuil passeront et repasseront les dix chansons de « Double Jeu ».

Dans le dernier titre de son dernier album, Michel Berger y chante pour l’éternité : « Quelqu’un sera là peut-être pour se souvenir/ Que j’étais là ]. .. ]/ Il ne faudrait jamais partir. »

Son fils à la baguette pour la reprise de « Starmania »

Trente ans après sa mort, à 44 ans, quelle trace a laissé Michel Berger dans le paysage musical ? « Il a ouvert énormément de portes, estime le compositeur Claude-Michel Schönberg. Michel a contribué à changer une grande partie de la chanson française. Sans lui, probablement qu’il n’y aurait pas eu Jean-Jacques Goldman, par exemple. »

D’ici à octobre, un nouveau best of, disponible en trois formats (CD, triple CD et double vinyle), réunira ses incontournables. Un écrin assorti de la réédition à la même période de « Puzzle », rareté de 1971. Un album pour lequel le jeune musicien de 23 ans avait cassé sa tirelire afin de se payer un orchestre symphonique. Alliage entre rock et classique, disque qui casse les frontières, « Puzzle » préfigure l’ambition concrétisée près de dix ans plus tard avec « Starmania ». L’opéra rock créé par Michel Berger et Luc Plamondon s’apprête aussi à revivre à l’automne. Les affiches de la nouvelle version que s’apprête à mettre en scène Thomas Jolly, grande figure du théâtre contemporain, fleurissent déjà à Paris.

Rendez-vous à la Seine musicale en novembre

Une reprise dans laquelle les chorégraphies – signées du Belge Sidi Larbi Cherkaoui – auront une part importante, contrairement aux versions précédentes. Après des reports dus à la pandémie, « Starmania » atterrira à partir du 8 novembre à la Seine musicale, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), avant une tournée des Zénith à compter de février 2023. En coulisses, garant du patrimoine de son père, un certain Raphaël Hamburger, qui avait 11 ans au moment de la mort de Michel Berger, œuvre très activement sur cette reprise dont il est en quelque sorte le chef d’orchestre. Le jeune quadragénaire travaille depuis des années dans la production musicale. Très discret, il refuse, pour l’heure, toute demande d’interview. Mais les personnes qui l’ont croisé parlent d’un homme « fin, très malin, d’une extrême pudeur », préférant rester dans l’ombre. « Faut le comprendre : ce n’est pas facile quand on est le fils de Michel Berger et France Gall », souffle un ami.

Magazine : Le Parisien Dimanche
Dossier réalisé par Grégory Plouviez
Numéro 31 juillet 2022
Numéro : 3667

Merci à Elisabeth.