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Comment Michel Berger a réinventé France Gall

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Le 7 janvier 2018, la chanteuse décédait à l'âge de 70 ans. Une artiste qui avait connu ses plus grands succès sous l'impulsion du couple mythique qu'elle formait avec Michel Berger.
Le 7 janvier 2018, la chanteuse décédait à l'âge de 70 ans. Une artiste qui avait connu ses plus grands succès sous l'impulsion du couple mythique qu'elle formait avec Michel Berger.
Le 7 janvier 2018, la chanteuse décédait à l'âge de 70 ans. Une artiste qui avait connu ses plus grands succès sous l'impulsion du couple mythique qu'elle formait avec Michel Berger.

Le 7 janvier 2018, la chanteuse décédait à l’âge de 70 ans. Une artiste qui avait connu ses plus grands succès sous l’impulsion du couple mythique qu’elle formait avec Michel Berger.

L’attente est grande.

Sept ans que le rideau ne s’est pas levé sur elle. Un air de clarinette, joué lentement, emplit l’enceinte veloutée du Théâtre des Champs-Élysées, à Paris (VIII”).

C’est subtil, presque subliminal, mais on reconnaît la ritournelle de « Poupée de cire, poupée de son », tube de 1965.

Une petite vingtaine de secondes à peine et puis la mélodie est chassée avec fracas : un sacré riff de guitare, énergisant, renvoie le hit lauréat de l’Eurovision au rang de relique moyenâgeuse : place à « Musique ».

« Faisons taire les mélancoliques, entonne-telle.
Avec notre propre rythmique et notre joie. »

Un changement de tempo qui symbolise la mue d’une chanteuse, d’une femme. Après une traversée du désert et la tentation viscérale de tout plaquer, ce vendredi 14 avril 1978 marque un événement : le premier concert depuis 1971 d’une certaine France Gall dont l’alliance, musicale et amoureuse, avec Michel Berger fait déjà des étincelles.

Sur les planches, radieuse avec son nœud papillon rouge assorti à son pantalon, l’artiste enchaine ses nouveaux tubes au milieu de 17 musiciennes et danseuses. Elle retrouve ses repères. Et va devenir mère. Le public ne le sait pas, mais la chanteuse est enceinte. En coulisses, le futur papa fait des signes à son épouse quand celle-ci s’agite un peu trop sur scène.

Elle a tout juste 30 ans. Et déjà mille vies. Enfant de la balle – son papa a écrit « la Mamma » pour Aznavour, Isabelle Gall a dû changer de prénom dès 15 ans pour ne pas faire d’ombre à Isabelle Aubret, vedette de sa maison de disques. Elle vient de traverser sa jeunesse comme on embarque dans un grand huit : à toute allure, alternant de hauts et bas, frissons et joies.

Son adolescence a été balayée par la tornade yé-yé. « Laisse tomber les filles », « Sacré Charlemagne », « Bébé requin », Gainsbourg comme premier mentor, des boy-friends nommés Cloclo puis Julien Clerc … Tout va si vite, même la disgrâce. Engoncée dans son costume de lolita, elle voit son succès s’étioler. Boudée en France, elle trouve refuge un temps auprès du public allemand, cherche la martingale, change d’auteurs. Rien à faire.

Has been à 25 ans : cruelle destinée pour l’ex-petite fiancée des Français. « Personne ne voulait miser 1 kopeck sur moi, confiera-t-elle après coup au Parisien. Les années 1960 me collaient à la peau. Les gens ne savaient pas très bien qui j’étais, et moi non plus. Avec les textes que je défendais, je n’arrivais pas à être heureuse. »

À la radio, en 1973, passe « Attends-moi », une des pépites du premier album solo de Michel Berger, « Cœur brisé ». Celui de France Gall fait un bond : la relance de sa carrière au point mort, ça sera lui, sinon personne. « Il y avait une vraie fraîcheur, une modernité, décryptera-t-elle. On sentait une gaieté, mais aussi une sensibilité, une façon très simple de dire les choses. C’était exactement ce que j’avais envie de faire. »

« C’est absolument nul »

Michel Berger

Quand on connaît la suite de l’histoire – leurs deux enfants, les montagnes de disques d’or, les tubes indémodables qui serviront de bande originale à la France Mitterrandienne, on imagine le démarrage de leur duo comme une évidence. Il n’en est rien. Ces deux-là se sont déjà croisés dans le passé. Ils se revoient par hasard dans les couloirs d’Europe 1.

  • Elle : « J’aimerais vous faire écouter ce que ma maison de disques veut que je sorte. »
  • Lui : « C’est absolument nul ! »

Il ne fait que confirmer ce qu’elle pense. Marqué par sa rupture récente avec Véronique Sanson et peu fan du répertoire de la jeune blonde, Berger se fait prier pour collaborer avec l’ex-baby Doll. Il hait par-dessus tout « Sacré Charlemagne », point commun qu’il partage … avec Gall elle-même. France est toutefois conviée à poser sa voix sur quelques strophes de « Mon fils rira du rock’n’roll », une chanson que Michel Berger enregistre pour son deuxième album.

Une prise. C’est dans la boite. Si c’est un test, il est concluant.

Elle qui, plus jeune, s’offrait des échappées belles sur des morceaux jazzy gravés en face B de ses 45 tours sait faire swinguer la langue de Molière. Une qualité en or aux yeux de Michel Berger, qui s’est lancé dans une vaste entreprise de dépoussiérage de la chanson française. « Je fais une musique très spéciale, avec un balancement dans les mots assez particulier, et il y a très peu de gens qui peuvent le chanter : elle est tellement fantastique », soufflera-t-il admiratif à la télévision.

Une complicité est née. Elle commence au piano, déborde rapidement. « Quand je suis seul et que je peux rêver. Je rêve que je suis dans tes bras. » Michel s’assoit un jour au clavier et lui fait, littéralement, sa « Déclaration », qui deviendra le premier tube de France « made in Berger ».

Une nuit, en cette année 1974, vers 4 heures du matin, le téléphone sonne chez la chanteuse. À l’autre bout du fil et de la planète, Véronique Sanson, partie vivre aux États-Unis avec son nouveau fiancé, le musicien Américain Stephen Stills. Les deux femmes s’apprécient. « Je crois que je suis en train de tomber amoureuse de Michel », se livre France Gall. Un long silence. « Je ne sais pas comment on fait pour ne pas tomber amoureuse de Michel », lui répond Sanson avant de raccrocher aussi sec.

Un album et puis deux. Un succès et puis plein.

« Comment lui dire », « Samba Mambo », « Ce soir je ne dors pas », « Musique », « Si maman si » … Grande sœur de toutes les jeunes femmes dont elle épouse les espoirs et les doutes, la nouvelle France est née. Michel Berger lui offre des textes sur mesure. Dans une formule flaubertienne, le musicien clame : « France, j’ai une impression très bizarre que c’est moi… »

Ils ne courent pas les flashs.  La première fois qu’ils s’affichent véritablement ensemble ? Casquette bleue de poulbot pour elle, exubérant foulard rose pour lui, c’est pour partager leur premier duo. « Ça balance pas mal à Paris », tube de l’été 1976 imaginé par Michel pour les besoins d’une éphémère comédie musicale, retransmise sur la Une. Un mois plus tard, ils se marient à la mairie du 16e arrondissement. Elle en blanc, lui en noir. Complémentaires, comme toujours.

Une idée fixe du « Professeur Tournesol », le surnom donné par « Babou » à Berger. Le sujet était déjà à l’ordre du jour de leur premier voyage commun en 1974. À Los Angeles, les deux jeunes chanteurs commencent à enregistrer ce qui doit donner naissance à « Angelina Dumas ». Une histoire inspirée de l’affaire Patricia Hearst, fille d’un magnat de la presse qui, après un enlèvement, tombera amoureuse d’un de ses ravisseurs.

Les textes de Michel sont jugés trop tendres. Le projet finit à la corbeille. Enfin … pas tout à fait : une love story entre kidnappeur et kidnappée figure bien dans « Starmania », la comédie musicale que Michel Berger écrit avec le Québécois Luc Plamondon au printemps 1977. Une collaboration née du flair de France Gall : c’est elle qui, ébahie par l’album signé par le parolier canadien pour Diane Dufresne, conseille à son mari d’appeler l’auteur.

Ces deux-là s’entendent comme larrons en foire. Sous le soleil du cap d’Antibes où le couple Berger-Gall a loué une villa avec piscine, Michel et Luc donnent vie à l’intrigue de l’opéra-rock prophétique.

Le premier doit parfois rappeler à l’ordre le deuxième pour qu’il ne profite pas trop de ses vacances azuréennes et se remette à la tâche. Mais de « Monopolis » au « Blues du businessman », le duo est prolifique et, entre mai et juin 1977, a déjà terminé une douzaine de morceaux

Oui, mais qui va chanter tout ça ? L’idée est de miser sur un jeune casting franco-canadien. Assise dans son canapé, France flashe un dimanche sur un chanteur écorché vif aux cheveux longs se produisant pour la première fois chez Jacques Martin. « Il faut le rencontrer », lance-t-elle à Berger. Bonne pioche : Daniel Balavoine deviendra l’une des vedettes de Starmania. Et un ami précieux du couple.

À l’origine, France Gall et Diane Dufresne ne sont pas prévues au casting. Mais vu la difficulté à financer ce barnum inédit, il serait dommage de se passer de telles vedettes. France sera Cristal, la journaliste kidnappée par Johnny Rockfort (Balavoine). Un album, censé appâter le chaland avant le spectacle, sort à la rentrée 1978.

Problème : dans un premier temps, c’est un bide. Avec la complicité de l’amie Marie-France Brière, à la direction des programmes d’Antenne 2, une émission de télé est montée en urgence le 11 décembre 1978. Miracle, elle permettra aux ventes d’exploser, au spectacle de prendre son envol.

Berger, Plamondon, Balavoine, Dufresne, Thiebault. Tout le monde mouille le maillot sous l’œil des caméras pour faire découvrir « Starmania » au grand public. Sauf France Gall. Mais elle a un mot d’absence sous forme de carnet rose : elle vient tout juste d’accoucher d’une petite Pauline. Un frère, Raphaël, suivra en 1981 : « C’est ce qui a fini de m’épanouir, je n’aurais jamais pu vivre sans enfants. »

La mayonnaise « Starmania » a pris. De nouvelles chansons sont ajoutées en vue du show qui voit le jour au Palais des Congrès le 10 avril 1979. Jusqu’au 3 mai, 96000 personnes défilent dans un Palais des Congrès bondé. Mais pas de prolongation possible en raison de l’agenda des chanteurs. Celui de France Gall en tête. La jeune maman ne chôme pas. Entre 1980 et 1981, deux nouveaux albums signés Berger finissent de l’installer à la première place des chanteuses les plus populaires de France. « Il jouait du piano debout », « Tout pour la musique », « Diego libre dans sa tête » trustent les hit-parades.

Le roi Elton John en personne demande à Michel de lui écrire un duo avec France, « Donner pour donner ». Une famille épanouie, un succès professionnel XXL.

« J’ai réussi ma vie d’artiste, ma vie de femme. Que demander de plus ? » résumera-t-elle en 2004 au « Parisien » malgré les nuages, noirs, qui se sont installés au-dessus de sa tête entre-temps avec la mort de Michel Berger en 1992, puis celle de sa fille Pauline cinq ans plus tard.

Samedi 5 novembre 2022. La Seine musicale à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), accueille une flamboyante nouvelle version de « Starmania ». Succès, guichets fermés. Assis au rang derrière le nôtre, son fils, Raphaël Hamburger (le vrai nom de Michel Berger), aux manettes de cette superproduction mise en scène par Thomas Jolly, assiste, ému, à la renaissance de l’opéra rock composé par son père.

Sur scène, l’ombre du pianiste à la chevelure bouclée est omniprésente. Soudain, sur un écran apparaît le tout premier visage de Cristal. La voix de France Gall, qui préparait le retour de la comédie musicale avant de disparaître à 70 ans le 7 janvier 2018, enveloppe l’assemblée dans un moment suspendu. Dans la salle, un ange est passé. Dans nos vies aussi.

Magazine : Le Parisien
Par Grégory Plouviez
Date : 8 janvier 2023
Numéro : 24 374 bis

Merci à Philippe Lefèvre pour cet article.

❤️ France Gall ❤️ Chanteuse – 9 octobre 1947 / 7 janvier 2018

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Voilà déjà 5 ans, le 7 janvier 2018, France Gall nous quittait au terme d'un long combat avec la maladie. Le site France Gall Collection est là pour faire vivre son oeuvre et ne pas oublier la femme.
Voilà déjà 5 ans, le 7 janvier 2018, France Gall nous quittait au terme d'un long combat avec la maladie. Le site France Gall Collection est là pour faire vivre son oeuvre et ne pas oublier la femme.

Voilà déjà 5 ans, le 7 janvier 2018, France Gall nous quittait au terme d’un long combat avec la maladie. Le site France Gall Collection est là pour faire vivre son oeuvre et ne pas oublier la femme.

Le 7 janvier 2018, voilà déjà 5 ans, France Gall nous quittait au terme d'un combat avec la maladie. Nous ne l'oublions pas.

Même d’une région si lointaine
Qu’il se peut
Que jamais l’homme ne l’atteigne
Même de ces points infinis
Lumineux
On dit qu’un jour ils s’éteignent
Si tout disparaît
Même si tout doit toujours finir bien
L’avenir n’a qu’à revenir demain
Retenir un peu le plaisir dans nos mains
Juste le temps de se souvenir au moins
Il ne faudrait
Jamais partir
Jamais partir
Jamais partir
Personne ne saura être sans savoir devenir
Quelqu’un sera là peut-être pour se souvenir

Même si de nos horizons dérisoires
{Illusoires tu peux dire}
Tout nous paraît provisoire
Même si les silences profonds des miroirs
Taisent les secrets de notre histoire
Si tout disparaît
Même si tout doit toujours finir bien
L’avenir n’a qu’à revenir demain
Retenir un peu le plaisir dans nos mains
Juste le temps de se souvenir au moins
Il ne faudrait
Jamais partir
Jamais partir
Jamais partir
Il ne faudrait
Jamais partir
Jamais partir
Jamais partir

Paroles et musique de Michel Berger

France Gall : 5 ans déjà

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Elle a connu la gloire à 17 ans, l’amour fusionnel avec Michel Berger puis une succession de drames. Le 7 janvier 2018, elle s’en allait, épuisée par la vie.
Elle a connu la gloire à 17 ans, l’amour fusionnel avec Michel Berger puis une succession de drames. Le 7 janvier 2018, elle s’en allait, épuisée par la vie.

France Gall a connu la gloire à 17 ans, l’amour fusionnel avec Michel Berger puis une succession de drames.

Le 7 janvier 2018, elle s’en allait, épuisée par la vie.

« Tout pour la musique », le titre de son album enregistré en 1981, aurait pu être la devise de sa famille. Paul Berthier, son grand-père, a été l’un des fondateurs des Petits Chanteurs à la Croix de Bois, sa mère a fait partie des chœurs de la cathédrale d’Auxerre, Patrice et Philippe, ses deux frères, sont guitaristes, tandis que son père, Robert Gall, est considéré comme l’un des paroliers les plus demandés des années 50/ 60.

C’est ainsi que dès l’adolescence, France, dont le vrai prénom est Isabelle, s’amuse à enregistrer sur le magnétophone de papa des refrains diffusés à la radio. Un après-midi, ce dernier demande au directeur artistique d’une maison de disques d’écouter l’une de ces bandes. Il se garde bien de préciser qu’il s’agit de la voix de sa fille.

Un premier 45 tours

L’idée d’un premier 45 tours naît presque naturellement. France, qui vient de terminer ses études secondaires, ne bondit pas de joie à l’idée de se rendre en studio, mais accepte néanmoins de se prêter au jeu. « Ne sois pas si bête » sort le 9 octobre 1963, le jour de ses 17 printemps. Le succès est immédiat : elle devient « Chouchou » dans l’émission « Salut les copains » et entre au hit-parade. Au début de 1964, dans l’ascenseur de l’immeuble où elle vit avec ses parents, elle découvre qu’un ancêtre des tagueurs a écrit « Vive Charlemagne ! ». C’est ainsi que naît « Sacré Charlemagne ». Le refrain est repris par des dizaines de chorales et devient l’hymne des cours d’école. Le disque se vend à plus d’un million d’exemplaires ! Elle est ensuite choisie par le Luxembourg pour représenter ce pays au concours de l’Eurovision 1965. Le 27 mars, à Naples, elle triomphe avec « Poupée de cire, poupée de son », de Serge Gainsbourg. À partir de ce jour, elle va passer sa vie à courir d’un avion à l’autre ou à donner, neuf mois par an, des concerts, parfois en plein air sous la pluie ou sous des chapiteaux à la sonorisation défaillante.

La jeune fille sage qu’elle est alors enregistre « Les sucettes » sans imaginer le double sens des paroles ! Elle accepte enfin, sans rechigner, de poser pendant des heures pour d’innombrables magazines. Elle vit parfois des moments difficiles, comme un après-midi qu’elle a passé avec des rondelles de concombre sur le visage. Un cauchemar ! Elle finit par regretter le temps où elle déambulait tranquillement sur les Champs-Élysées ou profitait du soleil d’une plage lointaine.

Sa rencontre avec Michel Berger

En mai 68, elle craque ! Elle fait sa révolution culturelle ! Elle ne supporte plus les clichés qu’elle découvre à son propos, comme « elle vit chez ses parents comme une petite fille sage au milieu de ses peluches ». Elle en a assez de chanter des textes de Gainsbourg qui ne correspondent pas à la réalité de sa personnalité, de ses idées, de ses désirs. Elle choisit de travailler avec d’autres auteurs et compositeurs. Ce tournant est un échec. À l’exception, en 1969, de « Bébé requin », le succès n’est pas à la hauteur de ses espoirs. C’est ainsi que petit à petit, elle se fait à l’idée de renoncer définitivement à son métier et de se consacrer à une vie privée qu’elle est miraculeusement parvenue à conserver discrète. À l’époque, le public ignore qu’elle a vécu une histoire d’amour particulièrement difficile avec Claude François. Lorsqu’elle a claqué la porte, le chanteur a digéré cette rupture en écrivant « Comme d’habitude ». Une autre idylle avec Julien Clerc s’est révélée beaucoup plus douce.

Un soir de 1973, elle entend à la radio « Attends-moi », par Michel Berger. Un véritable coup de foudre musical ! C’est avec lui qu’elle veut travailler, et avec personne d’autre. Elle trouve son numéro de téléphone, l’appelle. Elle lui demande s’il pourrait lui écrire des chansons. Il n’est visiblement pas intéressé. Elle insiste tellement qu’il finit par céder, et compose « Ma déclaration ». Il n’y a pas la moindre pensée amoureuse derrière ce titre, qui devient le premier succès de la « nouvelle France Gall » : plus de 100.000 disques s’arrachent en un mois. Petit à petit, la complicité entre le musicien et son interprète devient plus intime. Ils finissent par découvrir combien, moralement, ils se ressemblent. À une osmose musicale évidente s’ajoutent un jugement et une vision commune sur le monde qui les entoure. « Pour la première fois de ma vie, je fais le métier que j’aime, avec l’homme que j’aime », déclare France juste avant un mariage volontairement discret. Soucieux de protéger leur vie privée, ils refusent de poser ensemble devant les photographes et préservent, de la même façon, leurs enfants, Pauline et Raphaël. Leur complémentarité est totale à la scène, mais aussi à la ville. France gère un quotidien que Michel est incapable d’assumer. Quand elle s’absente, ne serait-ce que pour quelques jours, le réfrigérateur demeure désespérément vide.

Le succès puis les drames

Pendant près de deux décennies, ils multiplient les succès, les concerts où ils affichent complet, et les actions humanitaires en Afrique, en particulier à travers une association baptisée « Action écoles ». Le destin met un terme à ce bonheur. Le 2 août 1992, Michel meurt brutalement à Ramatuelle, quelques minutes seulement après une partie de tennis. Le 15 décembre 1997, Pauline, 19 ans, disparaît à son tour, après des mois de lutte contre la maladie. Tout en veillant à la postérité des chansons et de l’opéra rock « Starmania » composés par son mari, France choisit de se faire encore plus discrète que d’habitude. Elle s’installe au Sénégal, où elle ouvre une école et un restaurant. Elle ne revient en France que pour des apparitions exceptionnelles à la télévision et la création de « Résiste », un spectacle musical interprété par de jeunes comédiens-chanteurs. En 2015, elle souffre à nouveau d’un cancer du sein qu’elle avait vaincu 20 ans plus tôt. Elle nous quitte le 7 janvier 2018.

Quand on l’interrogeait sur sa propre postérité, elle assurait que ses chansons disparaîtraient avec elle. Les hommages qu’elle a reçus depuis démontrent le contraire.

Et c’est bien ainsi.

Magazine : Soir mag (Belgique)
De notre correspondant à Paris, Jacques Pessis
Date : 4 janvier 2023
Numéro : 4724

Bonne et heureuse année 2023

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Toi qui as posé les yeux sur moi
Toi qui me parles pour que j’aie moins froid
Je te donne tout ce que j’ai à moi
La clé d’un monde qui n’existe pas

Viens, je t’emmène
Où les étoiles retrouvent la lune en secret
Viens, je t’emmène
Où le soleil le soir va se reposer
J’ai tell’ment fermé les yeux
J’ai tell’ment rêvé
Que j’y suis arrivée

Viens, je t’emmène
Où les rivières vont boire et vont se cacher
Viens, je t’emmène

Où les nuages tristes vont s’amuser
J’ai tell’ment fermé les yeux
J’ai tell’ment rêvé
Que j’y suis arrivée
Plus loin, plus loin, plus loin que la baie de Yen Thaî
Plus loin, plus loin, plus loin que la mer de corail

Viens, je t’emmène
Derrière le miroir de l’autre côté
Viens, je t’emmène
Au pays du vent au pays des fées
J’ai tell’ment fermé les yeux
J’ai tell’ment rêvé
Que j’y suis arrivée

Viens, je t’emmène

Viens, je t’emmène

J’ai tellement fermé les yeux
J’ai tell’ment rêvé
Que j’y suis arrivé
Plus loin, plus loin, plus loin que la baie de Yen Thaî
Plus loin, plus loin, plus loin que la mer de corail

Viens, je t’emmène
Où l’illusion devient réalité
Viens, je t’emmène
Derrière le miroir de l’autre côté …

Paroles et musique de Michel Berger

Très joyeuses fêtes de fin d’année

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"Il y a des moments où j'aime tout le monde". C'est ce moment de partage en famille ou entres amis, ce moment de fête et d'amour. Ce moment pour se retrouver et vivre des moments intenses.
"Il y a des moments où j'aime tout le monde". C'est ce moment de partage en famille ou entres amis, ce moment de fête et d'amour. Ce moment pour se retrouver et vivre des moments intenses.

Il y a des moments où j’aime tout le monde“. C’est ce moment de partage en famille ou entres amis, ce moment de fête et d’amour. Ce moment pour se retrouver et vivre des moments intenses. Je vous souhaite à toutes et à tous de très belles fêtes de fin d’année 🥳 Rendez-vous en janvier. Joyeuses fêtes !

🎄 Joyeux Noël 🎄 Je vous souhaite à toutes et à tous de très belles fêtes de fin d'année 🥳

Je suis comme une plume
Qui rebondit d’un souffle d’air
Je suis comme une note
Sifflée gaiement à la légère
Et je me fous bien de demain
Ou de dans deux secondes
Il y a des moments où j’aime tout le monde
Je suis comme cette goutte de pluie
Qui coule sur ma joue rose
Qui dure le temps de sa vie
Et ce n’est pas grand chose
Mais je me fous des grands orages
Et du tonnerre qui gronde
Il y a des moments où j’aime tout le monde
Peu importe qu’on se moque
Ou bien qu’on y réponde
Il y a des moments où j’aime tout le monde

Starmania

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44 ans. C’est le nombre d’années que séparent la première version sur scène de Starmania dont la première a eu lieu le 10 avril 1979, et cette nouvelle version de l’Opéra Rock de Luc Plamondon et Michel Berger, le 8 novembre 2022.
44 ans. C’est le nombre d’années que séparent la première version sur scène de Starmania dont la première a eu lieu le 10 avril 1979, et cette nouvelle version de l’Opéra Rock de Luc Plamondon et Michel Berger, le 8 novembre 2022.

44 ans. C’est le nombre d’années que sépare la première version sur scène de Starmania dont la première se déroule le 10 avril 1979, et cette nouvelle version de l’Opéra Rock de Luc Plamondon et Michel Berger, qui débute à Paris le 8 novembre 2022 à La Scène Musicale.

Précisément 15 918 jours pendant lesquels Starmania n’a jamais cessé de vivre, de grandir, de changer et d’évoluer au fil des versions tant cette histoire, que peu de gens connaissent finalement réellement, colle encore aujourd’hui à la réalité.

Si vous vous penchez vraiment sur l’histoire de Starmania, vous n’en ressortez pas tout à fait indemne.

Michel Berger travaille en 1974 sur le projet « Angelina Dumas », une comédie musicale inspirée de Patty Hearst, fille de 19 ans du magnat de la presse américaine enlevée et tombée amoureuse au point d’épouser la cause de ses geôliers. Michel Berger se passionne pour cette histoire dont tous les ingrédients feront l’histoire de Starmania : rapt, rançon, engagement humanitaire, amour, sexe et violence !

C’est France Gall qui demande à Michel Berger de contacter Luc Plamondon, alors jeune parolier québécois, qui a écrit pour Diane Dufresne. Elle aime tant les textes de Luc Plamondon que le couple décide d’approcher Luc Plamondon et la première rencontre se fait en novembre 1976. L’aventure Starmania commence alors …

De ces deux visionnaires hyper créatifs va naître alors Starmania, le tout premier Opéra Rock qui traite de sujets jamais abordés à l’époque pour un spectacle : politique, pouvoir, terrorisme, écologie, télévision, médias, homosexualité, transgenre …

Les interprètes du spectacle de Starmania en 1979 sont pour la plupart inconnus : Daniel Balavoine, René Joly, Fabienne Thibeault, Nanette Workman, Etienne Chicot, Grégory Ken, Roddy Julienne, Violette Vial ainsi que Diane Dufresne, star au Québec depuis son premier album écrit par Luc Plamondon en 1972 et France Gall dont la carrière renait avec Michel Berger.

Pour les puristes de la version originale en live de 1979, l’ordre modifié des chansons sera sans doute déroutant. Luc Plamondon et Thomas Jolly, metteur en scène de génie au théâtre et à l’Opéra, souhaitent rendre à l’histoire sa fluidité originale pour retrouver une construction narrative plus lisible. Et ça fonctionne tellement bien ! Tout évolue, tout change et pourtant l’œuvre originale est tellement respectée !

Mais c’est bien l’intention de l’œuvre de 1979 qui est projetée avec une mise en scène époustouflante, lumineuse et qui résonne au fond du cœur et du corps ! C’est un florilège d’idées artistiques incroyables qui redonne à cette nouvelle version de Starmania une dimension moderne et puissante. Chaque tableau est une œuvre unique, un moment suspendu dans le temps !


Starmania, à partir du 8 novembre 2022 à Paris, dans toute la France, en suisse et en Belgique
BILLETTERIE OFFICIELLE

Starmania
Première à Paris le 8 novembre 2022 à la Scène Musicale
Compositeur : Michel Berger
Auteur : Luc Plamondon
Mise en scène : Thomas Jolly assisté de Samy Zerrouki
Production : Aurélien Binder et Thierry Suc
Chorégraphies : Sidi Larbi Cherkaoui
Direction musicale et arrangements : Victor Le Masne
Scénographie : Emmanuelle Favre
Coiffures et maquillages : Caroline Bitu
Costumes : Nicolas Ghesquière et Léo Buchet
Coach vocal : Damien Silvert
Lumières : Thomas Dechandon
Vidéos : Guillaume Cottet / Mathematic
Johnny Rockfort : Côme
Cristal : Lilya Adad et Gabrielle Lapointe
Sadia : Miriam Baghdassarian
Ziggy : Adrien Fruit
Marie-Jeanne : Alex Montembault
Zéro janvier : David Latulippe
Stella Spotlight : Maag
Gourou Marabout : Simon Geoffroy
Danseurs : Jade Bayonne, Jocelyn Laurent, Sarah Nait Hamoud, Hajiba Fahmy, Sorna Condevaux Ndoye, Stencia Yambogaza, Nathalia Meneses Gonzales, Andréa Bouothmane, Yoan Grosjean, Isaies Santamaria, Jade Caumet et Mathys Kaibo.
Voix de Roger Roger : Thomas Jolly

Starmania, un retour pas comme les autres

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Le début du troisième millénaire était resté un mur infranchissable dans la dramaturgie de Starmania. Et comme un tabou pesant sur la postérité de l'œuvre.
Le début du troisième millénaire était resté un mur infranchissable dans la dramaturgie de Starmania. Et comme un tabou pesant sur la postérité de l'œuvre.

« Quand viendra l’an 2000, on aura 4o ans. Si on vit pas maintenant, demain, il sera trop tard. » Starmania

Le début du troisième millénaire était resté un mur infranchissable dans la dramaturgie de Starmania. Et comme un tabou pesant sur la postérité de l’œuvre. Créé en 1979, repris en 1988, puis dans les années 1990, pour ne citer que les versions françaises, l’opéra rock de Michel Berger et Luc Plamondon demeurait invisible depuis la date fatidique que ses chansons avaient agitée comme un chiffon rouge. Le retour sur scène du spectacle, cet automne, à La Seine musicale de Boulogne-Billancourt, puis en tournée durant deux ans, suscite donc une immense curiosité. Comment présenter une histoire qui fut spontanément prophétique en son temps, mais qui arbore aujourd’hui une flagrante patine vintage ?

Sans préjuger de la qualité du résultat, c’est un spectacle luxueux qui s’annonce. Le budget s’élève à plus de 7 millions d’euros, alors que les chanteurs sont tous inconnus. « Pour ce nouveau Starmania, nous voulions les meilleurs créateurs, chacun dans son domaine », résume le producteur Thierry Suc, lui-même référence incontestable de sa profession. Une impressionnante combinaison de grands noms s’affaire en coulisses. Le metteur en scène Thomas Jolly, étoile montante du théâtre public, a été choisi le premier (bien avant qu’il soit nommé directeur artistique des jeux Olympiques de 2024), suivi du prestigieux chorégraphe flamand Sidi Larbi Cherkaoui. Plus tard sont arrivés Victor Le Masne, l’un des gourous de studio les plus cotés de la pop française (un fidèle de Juliette Armanet), à la direction musicale et Nicolas Ghesquière, l’influent styliste de Louis Vuitton, pour la création des costumes. Même la communication visuelle a été confiée à des orfèvres, les designers M/M (Michaël Amzalag et Mathias Augustyniak), réputés, entre autres, pour leur collaboration avec Björk. Et les photographies des affiches sont griffées par le légendaire Jean-Baptiste Mondino …

Les entreprises comme celle-là s’enracinent dans une histoire personnelle et affective. L’homme derrière Starmania 2022 s’appelle Raphaël Hamburger. Il est le seul survivant de la famille formée par Michel Berger (1947-1992) et France Gall (1947-2018) – sa sœur aînée est morte d’une mucoviscidose en 1997, à 19 ans. Musicien, propriétaire de studios, l’héritier de 41 ans assume passionnément son rôle de gardien du temple, mais dans l’ombre – il refuse de parler à la presse. Alors que l’aura de ses parents et l’influence de leur musique n’ont cessé de grandir, Raphaël Hamburger concrétise, en fait, un projet de sa mère. Le producteur Thierry Suc se souvient : « Lorsque nous avons travaillé avec France Gall sur sa comédie musicale Résiste, en 2015, elle avait déjà le désir de voir rejouer Starmania. Raphaël, devenu à son tour l’ayant droit de Michel Berger, a repris le flambeau. » Et il a choisi de revenir aux sources, aux partitions et aux pistes originales, comme un archéologue. « Pendant des mois, raconte le directeur musical Victor Le Masne, j’ai fait plancher et répéter les musiciens à partir des voix nues du Starmania historique, méticuleusement isolées en studio par Raphaël Hamburger : Daniel Balavoine, France Gall, Diane Dufresne ou Fabienne Thibeault. »

Le metteur en scène Thomas Jolly a lui aussi œuvré à cette recherche d’ADN avec le livret : « Mon souhait était de rebâtir la narration, avec Luc Plamondon, par-delà l’autonomie que les chansons ont acquise en quarante ans de succès. Dans les versions postérieures à celle de 1979, des morceaux et même des personnages ont disparu. Certains refrains sont passés d’un protagoniste à l’autre … Je me suis emparé de Starmania comme je l’avais fait avec les pièces de Shakespeare, en misant sur la force de la dramaturgie. » Témoin, le personnage appelé à l’origine le Gourou Marabout, écologiste fanatique et adversaire politique du leader néofasciste. Disparu depuis la création du spectacle, il fera son retour dans la nouvelle version. L’éco-anxiété s’ajoutera ainsi aux sujets dont l’opéra rock avait brillamment anticipé la montée en puissance dans son portrait de l’Occident : la quête effrénée de célébrité, l’ascension des partis d’extrême droite, la fracture sociale, la perte de sens induite par le capitalisme, la revendication d’une différence en matière de sexualité comme de genre.

Pour que le spectacle sillonne la France et le monde – la production rêve d’un million de spectateurs -, les interprètes chanteront en alternance : il s’agit de faire valoir les personnages d’abord. Ces chanteurs que Starmania 2022 va révéler sont des « athlètes de la voix », prévient Thomas Jolly. Ils ont été choisis pour ce don-là. Au metteur en scène d’en faire aussi des acteurs. Ils danseront également. « La chorégraphie peut et doit être narrative », affirme Sidi Larbi Cherkaoui, retenu pour sa capacité à faire « fictionner » les corps. Il compare Starmania à une tragédie grecque, eu égard à la noirceur des destins racontés et à la profondeur des questionnements qui hantent les personnages. Et s’il a travaillé gestes et postures avec les chanteurs, il réserve aux danseurs professionnels la mission de former le chœur antique.

Reste le défi de l’articulation des époques. Le monde du premier Starmania avait un pied dans les années 1970 finissantes (on s’y envoyait des télégrammes), un autre dans un avenir lointain – on y partait en voyage de noces sur Mars. Thomas Jolly admet avoir beaucoup réfléchi autour de cette équation : il rejette notamment l’idée du « rétrofuturisme » et l’imagerie qui lui est associée. Il ambitionne un spectacle à la fois intemporel et contemporain, à même de frapper les jeunes spectateurs qui découvriront l’histoire et les personnages. « C’est un Starmania naviguant entre aujourd’hui et demain. Faute d’une meilleure expression, je parlerais d’un onirisme du futur. »

Et Starmania arriva en ville

C’était le rêve de Michel Berger. Il l’a réalisé avec le parolier Luc Plamondon. Tous deux ont écrit l’un des premiers opéras rock en français. Une machine à tubes devenue mythique, non sans difficultés.

« Quand je l’ai rencontré, en 1975, il me vouvoyait, je le tutoyais, se souvient Luc Plamondon, 80 printemps, alors qu’on l’interroge sur son binôme avec Michel Berger. Il estimait qu’il écrivait des chansonnettes, disait ne plus vouloir travailler pour des chanteuses mais bâtir une œuvre. »

Objectif atteint par le biais de cet attelage inattendu : celui d’un auteur-compositeur-interprète français à succès et d’un parolier québécois, tous deux dotés d’une muse médiatique – France Gall pour le premier, Diane Dufresne pour le second. Berger rêve alors d’adapter l’histoire de Patty Hearst, l’héritière d’un empire de la presse kidnappée par un groupe d’extrême gauche armé. Or Plamondon refuse l’idée de raconter une histoire américaine en français.

Pas question non plus de donner dans la comédie musicale : c’est d’un « opéra rock » qu’il s’agit, « non au sens de rock’n’roll mais de musique rythmée », précise Bernard Jeannot-Guérin, enseignant-chercheur à l’université d’Angers, docteur en arts du spectacle et organisateur en 2021 d’un colloque consacré à Starmania.

« Pour Michel Berger, ce genre devait explorer les thématiques de la jeunesse et du mal de vivre. Ses inspirations se situaient en Angleterre ou aux États-Unis, du côté de Tommy des Who, des spectacles Hair ou Jesus Christ Superstar. Mais lui a voulu utiliser tous les genres musicaux : blues, ballade, pop, et même classique – les accords du Monde est stone sont les mêmes que ceux du Canon de Pachelbel. » Marqué par les actions de la bande à Baader ou la guerre des gangs à Soho, comme par la multiplication des chaînes de télé dans les années 1970 et le « quart d’heure de célébrité » de chacun prophétisé par Andy Warhol, Luc Plamondon ancre, lui, pleinement l’œuvre dans l’actualité de son temps.

« Il ne faut pas oublier que Plamondon a fait le petit séminaire, qu’il a une culture à la fois ultra classique et hors des codes, note notre spécialiste universitaire de Starmania – qui, en tant qu’artiste amateur, a lui-même mis en scène l’œuvre par trois fois. Le personnage du dictateur Zéro Janvier est inspiré du Citizen Kane d’Orson Welles, la ville de Monopolis évoque Metropolis, de Fritz Lang, la star déchue Stella Spotlight rappelle l’ancienne vedette hollywoodienne incarnée par Gloria Swanson dans Sunset Boulevard, le film de Billy Wilder. Tandis que le couple Johnny Rockfort-Cristal fait écho à des personnages de Marvel, la superhéroïne Crystal et son amoureux Johnny Storm, alias la Torche humaine. »

Pendant deux ans, le duo Berger-Plamondon planche sur ce récit choral désespéré et entièrement chanté, dont les héros sont en quête éperdue de lumière, au mépris – pour certains – de toute humanité. Avant de le porter sur scène, il faut sortir un disque pour le faire connaître. Luc Plamondon tient à un casting mi-français, mi-québécois.

« Une chose est cependant entendue entre lui et Michel Berger : leurs interprètes fétiches, à savoir Diane Dufresne et France Gall, ne seront pas du nombre », précise François Alquier dans son ouvrage L’aventure Starmania (éd. Hors Collection). Et ce pour éviter que la célébrité des chanteuses éclipse le propos de l’œuvre. Le rôle de Marie-Jeanne la « serveuse automate » est confié à la jeune Fabienne Thibeault, repérée quelques années plus tôt par Plamondon. D’autres quasi-inconnus sont recrutés, dont Daniel Balavoine pour le rôle du rebelle Johnny Rockfort. Et finalement, pour rendre le projet commercialement plus viable, quelques vedettes vont revenir au casting, dont … Diane Dufresne et France Gall.

Les auteurs s’arrachent parfois les cheveux : ainsi, la chanson Les Uns contre les autres, que Michel Berger avait sauvée de la poubelle de Luc Plamondon, ne trouve pas preneur. « Comme elle aurait pu aller à tous les personnages, on a d’abord pensé la donner à Diane, raconte Plamondon. Mais elle m’a appelé en disant: « Diane Dufresne ne chante pas les slows ». On l’a ensuite proposée à France Gall, qui voulait un air de plus. Sauf qu’elle a refusé cette « chansonnette ». Et puis Fabienne Thibeault s’est proposée … »

Les ventes de l’album, sorti en 1978, sont d’abord modestes. Or, pour le producteur Bernard de Bosson, qui finance l’onéreuse opération, elles conditionnent la tenue du spectacle. Le 11 décembre 1978, une grande partie de la troupe est invitée pour une heure d’émission télévisée, avec l’orchestre symphonique d’Antenne 2. Là, enfin, la mayonnaise prend.

Mis en scène par l’Américain Tom O’Horgan, Starmania fait l’événement dès son lancement, le 10 avril 1979. En coulisses, des tensions naissent entre les équipes française et québécoise, et entre les Américains et le reste du monde. « Je savais que je participais à un spectacle important, livrait Diane Dufresne à Télérama en 2014. Mais l’ambiance était lourde; les costumes, affreux : du burlesque raté. Et puis c’était un peu la bataille des ego. » Le show est un succès, mais ne tient l’affiche pour trente-trois représentations seulement. Car les agendas des artistes sont surchargés et les décors, intransportables. Starmania laisse dans la mémoire collective des chansons aux textes aussi marquants que leurs mélodies.

« L’écriture des morceaux concourt à l’intemporalité de l’œuvre, assure le spécialiste Bernard Jeannot-Guérin. Les Uns contre les autres est une succession de pronoms et d’infinitifs auxquels tout le monde peut s’identifier; la jeunesse dans son ensemble peut endosser le “on” de Quand on arrive en ville; chacun peut se reconnaître dans le refrain de Besoin d’amour … » Et ainsi continuer, au fil des décennies, de se projeter dans cet opéra rock « tubesque » et crépusculaire.

Magazine : Télérama
Par Louis Guichard et Laurence Le Saux
du 29 octobre au 4 novembre 2022
Numéro : 3798

Merci à Elisabeth.

Discographie 1964 à aujourd’hui des albums 🇫🇷

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Disques vinyles LP (Long Play), CD (Compacts Disques), K7S (Cassettes audio).
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*Comparativement aux albums produits avant 1976 qui compilent des titres enregistrés et diffusés individuellement à des périodes différentes, les albums studio, au sens musical du terme, désignent l’enregistrement de titres jamais diffusés au public.

Discographie 1963 à 1997 des singles 🇫🇷

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Disques SP (Single Play 2 titres), EP (Extended Play 4 titres), CDS (CD single 2 titres et plus), K7S (K7 single 2 titres).
Disques SP (Single Play 2 titres), EP (Extended Play 4 titres), CDS (CD single 2 titres et plus), K7S (K7 single 2 titres).

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France Gall et Michel Berger

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100 pages de photos et de reportages exclusifs consacrées à France Gall et Michel Berger, en vente dès le jeudi 18 août 2022 en kiosque.
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Nul autre que Daniel Filipacchi, créateur de «Salut les copains» (toute une époque, et quelle époque!), longtemps propriétaire d’un florissant Paris Match, n’était mieux placé pour nous conter, d’une brève évocation affective, les destins croisés de France Gall et de Michel Berger. Il est vrai qu’à l’époque de leur puberté – en ce temps-là, on baptisait les ados «teen-agers» – il avait pris sous son aile un trio d’artistes qui avaient pour nom France Gall, Michel Berger et Véronique Sanson! Trio gagnant. Berger avait 14 ans quand il a rencontré Daniel… Promoteur de «Pour ceux qui aiment le jazz» sur Europe n°1, ce dernier se vit propulser patron de Warner France en 1970, après avoir produit des albums de Sylvie Vartan, Chantal Goya et même Jean Ferrat pour RCA et Decca.

«France Gall était la plus douée des espoirs», écrira-t-il dans de flamboyants Mémoires (*). Elle chantait en mesure et toujours juste. De plus, Serge Gainsbourg, jongleur de mots et d’ambiguës partitions, lui avait bâti un répertoire subtil à la (dé)mesure de sa juvénile candeur. Sa victoire à l’Eurovision, à 17 ans, fera d’elle, à jamais, une fragile «Poupée de cire, poupée de son» que gifla la candidate anglaise, grande favorite et vexée d’échouer derrière une cadette aux intonations enfantines. Le pire était à venir.

France entretenait une liaison passionnelle avec l’inattendu Claude François, plus obnubilé par son succès que par la carrière des autres, même celle de sa compagne! Lorsqu’elle l’appelle au téléphone pour lui faire partager son sacre à l’Eurovision, il réplique sèchement: «Tu as gagné, mais tu m’as perdu.» De là naîtra peut-être (en mode inversé) son futur tube «Le téléphone pleure»… Daniel Filipacchi – dont le succès de «Salut les copains» obsédait Claude François, à tel point qu’il créa «Podium », pâle concurrence – félicita Cloclo d’avoir séduit France Gall: «Et le magazine, tu ne me félicites pas pour “Podium”? – Si, Claude, mais je préfère France, elle est bien plus intéressante, crois-moi.»

Daniel, doué de prémonition, avait encore vu juste. Et ce n’est pas Michel Berger, né comme France en 1947, qui s’en plaindra. Sur la photo mythique de Jean-Marie Périer, en 1966, ils ne sont pas encore côte à côte, contrairement à Johnny et Sylvie. Mais, un septennat plus tard et déjà loin des années yé-yé qui signèrent leur avènement, France Gall contacte celui qui, auteur-compositeur, à l’écoute des sons nouveaux venus d’Amérique, peut donner un second souffle à sa carrière. S’il est libre dans sa tête, il l’est aussi dans sa vie depuis sa rupture avec Véronique Sanson. Pour France, il ne joue pas seulement «du piano debout» mais devient son Pygmalion, son meilleur ami, le compagnon et le père de ses deux enfants, Pauline et Raphaël… Sous l’éternelle «Déclaration d’amour» (1974) qui scelle à jamais le couple dans l’imaginaire des fans, la grande faucheuse guette. Elle arrache Michel à France en 1992. Cinq étés plus tard, elle perd leur fille Pauline, âgée de 19 ans.

«Résiste» sera le dernier chant de France Gall. Avec cette comédie musicale, en 2015, elle redonne vie aux compositions de Michel. Comme un requiem.*

Disponible en kiosque ou sur https://boutique.parismatch.com/

Magazine : Paris Match
100 pages consacrées à France Gall et Michel Berger / Hors-Série
Date : 18 août 2022
Numéro : 29H

*Présentation officielle Paris Match