La chanteuse française France Gall a surpris ses fans dans une émission télévisée dans laquelle elle est apparue la semaine dernière.
Fransız şarkıcısı France Gal geçen hafta içinde çıktığı-bir televizyon programında hayranlarını oldukça şaşırtmıştır.
Programı izleyenler France Gall’in şarkı söylemesini beklerlerken şarkıcı söze “Genç kızlar 1969 yazında saçlarınıza bu modelleri tatpik ediniz” diye başlamış ve çeşit,çeşit pekuklar takarak ayrı ayrı tiplere bUrUnmUştur.
Kapaktaki resimde ve yukarıda yer alan fotoğraflarda France Gall taktığı peruklar ve burtındUğU tiplerle görUfmektedir.
La chanteuse française France Gall a beaucoup surpris ses fans lors d’une émission télévisée à laquelle elle a participé la semaine dernière.
Alors que les téléspectateurs s’attendaient à ce qu’elle chante, France Gall a commencé en disant : « Jeunes filles, adoptez ces styles pour vos cheveux pendant l’été 1969 », avant d’enfiler diverses perruques et de se transformer en plusieurs personnages différents.
Sur l’image de couverture ainsi que sur les photos ci-dessus, on peut voir France Gall avec les perruques qu’elle portait et les personnages qu’elle incarnait.
Magazine : Pazar Format type “journal” de 6 pages, de grande taille (39 cm x 27 cm) Magazine Turc Date : 25 mai 1969 Numéro : 25
Petite et mince (1,59 m, 42 kg). Jolie. Un journaliste américain l'a qualifiée de « little french doll » (petite poupée française).
Carte d’identité de France Gall : née le 9 octobre 1947 à Paris. Petite et mince (1,59 m, 42 kg). Jolie. Un journaliste américain l’a qualifiée de « little french doll » (petite poupée française).
- Que rêviez-vous d’être ?
– Chanteuse. Je voulais avoir une vie différente des autres jeunes filles. Mais ce n’est pas pour cela que j’aurais accepté de faire quelque chose qui ne m’aurait pas plu.
– Qui vous a inspiré cette passion de chanter ?
– J’ai toujours vécu dans cette atmosphère de spectacle. Mon père, Robert Gall, chantait. Aujourd’hui, il est auteur de chansons, c’est une contagion.
– Que lisez-vous ?
– Des classiques. J’aime particulièrement Balzac et Dostoïevski.
– A quelle carrière vos parents vous destinaient-ils ?
– Ma mère souhaitait que je continue mes études. Elle m’imaginait ensuite mariée et menant l’existence habituelle d’une mère de famille. Mon père, lui, rêvait que je chante. Quand j’étais toute gosse, il m’emmenait avec lui et, des coulisses, je regardais et l’écoutais chanter.
– Votre famille est-elle heureuse du métier que vous avez choisi ?
– Oui, car je reste dans la tradition … un peu « saltimbanque ». D’ailleurs nous surnommons notre maison la « roulotte ».
– Comment trouvez-vous les jeunes ?
– Très gentils. Je reçois un courrier adorable. Par exemple, cette toute jeune fille du Maroc qui, l’autre jour, m’a envoyé un savon, de l’eau de Cologne et une chemise de laine « pour que tu n’attrapes pas froid l’hiver… que tu aies bien chaud » …, m’écrit-elle.
– Que représente pour vous votre métier ?
– Un rêve réalisé. C’est merveilleux, non ?
– Quel est votre genre de garçon ?
– Je n’ai pas de genre précis. Disons que j’aime les yeux clairs.
– Aimez-vous danser ?
– Oui, beaucoup. Mais j’en ai rarement’ l’occasion.
– Que faites-vous chez vous ?
– Hélas ! j’y reste trop peu de temps, ce qui désespère maman. J’ai pourtant une règle : celle de me coucher et de me lever tôt. Je m’amuse aussi avec mon caniche noir qui s’appelle Nougat.
– Quelles sont vos qualités ?
– Je ne sais pas … Il faut poser cette question aux autres. Pourtant, je crois dire toujours exactement ce que je pense et je ne suis pas sous l’influence des modes simplement pour faire bien.
– Avez-vous des amis ?
– J’ai conservé de bonnes relations avec mes amies de classe et j’ai de nouveaux amis dans le métier.
– Merci, France Gall. Je suis l’interprète de nos lectrices des « Veillées » pour vous souhaiter bonne chance et… vous embrasser affectueusement.
Magazine : Veillées 69 Par Séverine Legrand Date : 17 mai 1969 Numéro : 766
« Tout ce monde va, rit, chante ... » Le rêve de France Gall est devenu réalité. Sur la piste magique du cirque, elle est apparue parmi les paillettes et les rires d'enfants dans les tenues ravissantes qu'elle a choisi de présenter ici aux lectrices de M.A. T.
France en piste ! Pour le plein hiver, avec France Gall, une mode toute blanche …
« Tout ce monde va, rit, chante … » Le rêve de France Gall est devenu réalité. Sur la piste magique du cirque, elle est apparue parmi les paillettes et les rires d’enfants dans les tenues ravissantes qu’elle a choisi de présenter ici aux lectrices de M.A. T.
France à Médrano
Une douce robe-polo en jersey de laine, Penthouse (159 F). Bas, Le Bourget (20 F). Ceinture en vernis, La Bagagerie (45 F). Bottes, « City 55 » (180 F).
Prise au piège
Robe en voile et crêpe, avec le col, les parmentures et les poignets en dentelle, chez Lany (199 F). Sac, La Bagagerie (99 F). Bas, Le Bourget, Grands Magasins (20 F). Escarpins, « City 55 » (69,95 F).
Avec leurs canotiers
En grosse laine, robe col roulé, La Gisquette (159 F). Bas, Le Bourget, Grands Magasins (20 F). Ceinture, La Bagagerie (40 F). Sac enveloppe, La Bagagerie (65 F). Bottes, « City 55 » (180 F).
Trois hommes dans un bateau
Ensemble blouson et pantalon en Gamma. Blouson fermé par un zip, poches devant (180 F), pantalon droit (120 F), chez Marie-Louise. Boots en vernis blanc, « City 55 » (69,95 F). Lunettes des Frères Lissac (25 F). Col roulé blanc, chez Madd (45 F).
Bébé requin apprivoisé
Robe jersey à manches ballon bordée d’un feston à l’encolure et aux manches, garnie de pompons sur le devant, Opus 6 (169 F). Bas, Le Bourget, Grands Magasins (20 F). Escarpins, « City 55 » (69,95 F).
France chez les cosaques
Manteau à capuche en lainage imitation mouton, chez L’Engin (299 F). Col roulé en cachemire, chez Vog (109 F). Collant en nylon, Esders (22 F).
Clown blanc
Des losanges devant et des boutons sur le côté pour ce chandail en laine, aux Galeries Lafayette (72 F). Le pantalon est dans le même jersey que le chandail du Bistrot du Tricot, aux Galeries Lafayette (90 F). Bottines, « City 55 » (69,95 F).+
Comme un poisson dans l’eau
Imperméable en Gamma, chez Marie-Louise (219 F). Un col roulé en cachemire, chez Vog (109 F). Un collant, chez Esders (22 F). Des bottes, chez City 55 (180 F). Les lunettes, Truc (56 F).
Équilibrée
Blouson Harry Lans chez Dorothée Bis (199 F). Jupe plissée jusqu’aux hanches, au Drugstore Nation (109 F). Le sac, chez Madd (95 F).
Magazine : Mademoiselle Age Tendre Date : Mensuel Février 1969 Numéro : 51
En 1969, France Gall affirme son style avec La Compagnie. Une année d’exploration musicale, visuelle et personnelle, entre jazz, pop et ironie douce.
France Gall en 1969, c’est une année de transition marquée par l’émancipation artistique. Après avoir brillé dans l’univers yéyé, elle explore de nouveaux répertoires, notamment à travers le label La Compagnie, avec des titres comme Homme tout petit ou Les Gens bien élevés qui montrent un ton plus affirmé et parfois plus ironique.
Elle chante également La Pioggia au festival de Sanremo, révélant une dimension plus internationale. L’année est aussi marquée par des incursions originales, entre jazz, bossa nova et folklore mexicain, comme en témoignent Zozoï ou La Manille et la Révolution. Ses pochettes deviennent plus libres, moins posées, traduisant un changement d’image. Loin de se contenter de son succès passé, France Gall cherche sa place dans une scène musicale en pleine évolution. Ces photos de 1969 capturent ce moment charnière, entre spontanéité, rébellion douce et quête de nouveaux horizons.
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Sais-tu ce que signifie, en argot journalistique, le mot perruque ?
France Gall. C’est un journaliste qui a la grosse tête, non ?
Nicoletta. Attends, que je me souvienne … Je crois qu’on appelle perruque un article fait “en extra”, en plus du travail normal, c’est ça?
Bravo, Nicoletta, pour ta connaissance de la presse ! En effet, une perruque est un article (ou tout autre travail) fait par un journaliste, pendant ·les heures de travail, pour un autre employeur que son employeur principal. Pratique très courante dans la presse, soit dit en passant. Quelles sont, à ton avis, les principales qualités de ta partenaire de ce match ?
France. Facile … la franchise, la spontanéité, le côté “nature”, le côté “vivant” et puis elle a de l’humour. C’est important.
Nicoletta. France ? Elle est fraîche, jolie, fragile, un peu sophistiquée et ça lui va bien, Elle doit avoir un caractère exigeant… C’est encore une qualité.
Combien peux-tu citer de numéros d’appel de compagnies de taxi ?
France. PEL 22-22, JUS 67-89, PYR 3950, 405-00-00, 608-00-00, JAS 01-01. Il y a trois ans j’en connaissais beaucoup plus, mais maintenant que j’ai une voiture …
Nicoletta. Hum … Je n’ai pas l’impression d’en connaitre beaucoup. Moi, je fais toujours POR 67-89 ou PEL 22-22.
Cette fois, c’est France qui marque ·: tous les numéros cités sont bons. Il y avait aussi BOL 77-77, ALE 94-00, POR 89-89, AMP 28-30, PY,R 36-50, etc. Peux-tu dire ce qu’est devenu le chanteur Hector (SLC a parlé de lui dans son dernier numéro) ?
France. Ah oui, Je l’ai lu dans le dernier SLC … Heu … Ce n’est pas lui qui est devenu chauffeur de taxi ?
Nicoletta. Ah ! J’ai lu entièrement le “Que sont-ils devenus ?” publié dans SLC et je peux te répondre très précisément : Hector est actuellement producteur et imprésario au Canada et il s’occupe notamment de l’ex-chanteur des Chats Sauvages, Mike Shannon.
La réponse de Nicoletta est parfaite : il n’y a rien à y ajouter. Nous lui décernons un brevet de superlectrice de SLC ! Comment enlèverais-tu une tache de bougie sur une moquette ?
France. Je prendrais du papier de soie, je le poserais sur la tache, je donnerais un bon coup de fer à repasser dessus ( à chaud bien sûr) et hop, la tache disparaît !
Nicoletta. Je commencerais par racler la cire avec une lame et ensuite je laverais la tache avec une bonne lessive et une éponge.
La bonne réponse est celle de France. Le système qu’elle préconise est en effet le plus efficace. Vous pouvez essayer … Essaie de définir Johnny Hallyday en dix mots, maximum.
France. Bon, allons-y, je commence : c’est un garçon romantique aimant flâner et cueillir des fleurs
Nicoletta. Dix mots ? Il faudrait un dictionnaire pour définir parfaitement Johnny ! Disons que Johnny est « un garçon fier et sauvage qui a réinventé le music-hall » …
Entre la définition quasi technique de Nicoletta et celle, très fantaisiste, de France, à vous de choisir (comme dit la télé). Peux-tu donner l’âge de Richard Nixon (tu as droit a deux ans d’erreur) ?
France. Il a 50 ans c’est ça ?
Nicoletta. Il doit avoir dans les 50 ans, non ?
Zéro pour tout le monde. Richard Nixon, le nouveau président des États-Unis, a cinquante-six ans cette année. De ces trois héros de légende : Bonnot, Eliott Ness, Al Capone, lequel est, à ton avis, imaginaire ?
France. Eliott Ness, il a été inventé pour la télé, non ?
Nicoletta. La Bande à Bonnot au cinéma, Al Capone aussi … Ce doit être Eliott Ness qui est bidon …
Encore un zéro pour les deux joueuses. La question était piégée. Ces trois personnages ont effectivement existé, même Eliott Ness qui fut vraiment un agent fédéral “incorruptible”des années 1930. Peux-tu dire qui est l’acteur principal du film d’Annabel Buffet “Les Vieux Gamins” ?
France. C’est Benjamin Auger. Tu penses si je suis au courant.
Nicoletta. C’est un piège, n’est-ce pas Bernard Buffet qui tient le rôle ?
Bravo, France ! Honte à Nicoletta qui s’est souvenue quelques minutes trop tard de la bonne réponse ! C’est en effet Benjamin Auger, photographe à SLC, qui est la vedette masculine principale des « Vieux Gamins » (film qui sera programmé très bientôt à la télé). Sais-tu qui a obtenu cette année le 1er prix Goncourt, décerné le 18 novembre dernier ?
France. C’est un Noir ou un Japonais … Non, je confonds avec un prix Nobel. C’est Bernard Clavel avec « Les Fruits de l’hiver », qui a eu le Goncourt.
Nicoletta. Je crois que c’est un certain Bernard Clavel avec « Les Fruits de l’hiver », livre que je n’ai pas encore lu d’ailleurs.
Combien de notions évoquent pour toi les lettres A, M et T réunies ?
France. MAT le journal, mat comme le teint (voir mes produits de beauté !) … et mon organiste qui s’appelle Mat ; c’est tout ce à quoi je pense …
Nicoletta. Je pense évidemment à un journal, le journal MAT. Y-a-t-il autre chose?
France a de la chance… et de l’astuce. Mais aucune des deux partenaires n’a cité le journal TAM. (organe de presse très connu des armées françaises), qui est exactement l’inverse de MAT ! Cite les cinq acteurs, français ou étrangers, que tu trouves les plus beaux ?
France. Terence Stamp, Alain Delon, Clint Eastwood, Paul Newman, Michel Piccoli et Alix Chevissieux (c’est un copain à moi, il va faire du cinéma et il est terrible).
Nicoletta. Alain Delon, Sean Connery, Peter O’Toole, Waren Beatty et Marlon Brando.
Combien peux-tu citer de surnoms donnés familièrement aux chanteurs ou artistes de cinéma, connus ?
France. Schmoll pour Eddy, Jojo pour Johnny, Clo-Clo pour Claude François, la Grande pour Françoise.; Je n’en vois pas d’autres sur le moment.
Nicoletta. Bonne question. Je vais en profiter pour placer mon surnom qui est Gri-Gri. Il y a aussi Schmoll (Eddy), la Grande (Françoise), Bébel (Belmondo), Clo-Clo (Claude François), Jojo (Johnny), Bibi (Herbert Léonard) et Jacquot pour Dutronc, mais c’est plutôt un diminutif qu’un surnom.
Nicoletta bat France pour cette question. Elle a donné pratiquement tous les surnoms très usités. A ton avis, les Brésiliens parlent-ils le brésilien, l’espagnol, le portugais ou l’anglais ?
France. A mon avis, ils parlent le brésilien et l’espagnol. J’ai failli aller au Brésil (j’aurais pu compléter ma culture), mais ça a raté !
Nicoletta. Ils parlent le portugais, j’en suis à peu près sûre.
Encore un point pour Gri-Gri (faisons-lui plaisir !). Les Brésiliens, envahis jadis par les Portugais, continuent de parler la langue de leurs colonisateurs. Si on te mettait dans le plateau d’une balance, toi, France, en compagnie de Francis Blanche, et toi, Nicoletta, dans l’autre plateau en compagnie de Jean Yanne, de quel côté pencherait la balance (vous avez droit toutes deux à 10 % d’erreur)?
France. La balance pencherait largement du côté de Nicoletta et Jean Yanne.
Nicoletta. Maigre comme je suis maintenant, je ne pèse plus rien. La balance ferait un bond du côté de Francis et de France, non ?
Zéro partout : la balance resterait horizontale. Hé oui : France pèse 43 kilos et Francis Blanche 90 kilos, ce qui fait un total de 123 kilos. De l’autre côté, Nicoletta, pesant 56 kilos, et Jean Vanne 67 kilos, totalisent eux aussi 123 kilos. Surprenant, non ? Sais-tu quel est le mot le plus long de la langue française ?
France. Anticonstitutionnellement, et juste avant, il y a longitudinalement.
Nicoletta. Ce doit être un mot technique, un truc compliqué, non ? En tout cas, je ne vois pas.
C’est France qui marque. Elle a donné la bonne réponse. Quelle chanson de ta partenaire aurais-tu aimé créer toi-même ?
France. “Il est mort le soleil”. Et d’ailleurs je vais peut-être bien l’enregistrer, si Nicoletta est d’accord, bien sûr!
Nicoletta. J’étais très fan d’une de ses très vieilles chansons “J’ai le cœur qui jazze” ; et puis, j’aurais bien aimé chanter aussi “Poupée de cire, poupée de son”.
Peux-tu dire à quelle place a terminé Jean-Pierre Beltoise au Championnat du monde 1968 des conducteurs?
France. Ge doit être troisième ou cinquième, non ?
Nicoletta, Il a terminé à la huitième place. C’est Graham Hill qui est champion du monde cette année (pour la deuxième fois d’ailleurs).
Nicoletta termine en beauté, car la réponse est juste. Mais France s’est très brillamment défendue elle aussi. De toute façon, à vous de décider de votre gagnante pour ce match amical.
Magazine : Salut les copains Date : janvier 1969 Numéro : 77
Nous connaissons tous France Gall, mais combien de Français l'appellent Babou ? Ses intimes : ils sont peu. Sa famille : elle est nombreuse.
Nous connaissons tous France Gall, mais combien de Français l’appellent Babou ? Ses intimes : ils sont peu. Sa famille : elle est nombreuse. Quarante personnes au total la désignent par ce surnom qui paraît mieux convenir à une enfant qu’à une idole.
Ces gentilles syllabes – Babou – ne suffisent certes pas à expliquer la réussite de France Gall, mais elles symbolisent le support de son succès. Chapitre cinéma ou domaine show business (ces disciplines se confondent de plus en plus), il serait facile de dresser la liste des couples, des dynasties, des parentés … qui rayonnent sur ces départements du spectacle.
Les Gall se différencient des actuelles familles du music-hall par une qualité rare dans cet univers : un culte si profond du « clan » que tout ce qui altère ou détériore l’unité des autres renforce le leur. Chez eux, on ne fait pas de la chanson « en famille ». Toute la famille se met au service de la chanson : pour sa figure de proue, devenue célèbre à seize ans. En 1968 (aussi haut qu’ait brillé l’étoile de France, lauréate du Prix de l’Eurovision), la devise des Gall reste invariablement la même qu’en 1964, date de ses débuts : « En avant, toujours en avant pour Babou. » Nous avons déniché Babou à Noirmoutier, dans sa tour (une tour qui n’est pas d’ivoire), dominant le village vendéen de La Linière où les Gall possèdent leur maison d’été : la seule peut-être, dans cette « île aux mimosas », à ne pas avoir un nom inscrit sur sa façade. « A une époque où les vedettes se produisent chaque soir, de casino en théâtre de verdure, vous êtes en vacances, France Gall. En 1965, vous plantiez votre chapiteau de plage en plage : c’était « Le Cirque de France ».
YVES SALGUES : Pourquoi avez-vous renoncé aux tournées ? »
FRANCE GALL : « Ce nomadisme chronométré, ces étapes sans repos qui font de vous une esclave du temps … sont épuisants pour une fille de mon âge. Mais je n’y ai pas renoncé. Je m’accorde une halte : pour préparer un show, le roder, puis l’emmener avec moi autour du monde. »
YVES SALGUES : Ce tour du monde sera plus exténuant que vos tours de France ?
FRANCE GALL : Non, puisqu’il s’agira d’une aventure nouvelle. L’enthousiasme donne des ailes au courage. Chanter sur une scène avec quatre musiciens : la formule n’a plus d’intérêt. Envahir la même scène avec vingt-cinq partenaires : le programme est grisant.
YVES SALGUES : Vous vous inspirerez du Show Sylvie Vartan ?
FRANCE GALL : Non. Un show se conçoit pour une tête d’affiche. Son rôle est de la mettre en valeur, en tenant scrupuleusement compte de son caractère. Sylvie est une vamp. Je suis une ingénue libertine.
YVES SALGUES : Le show obéit néanmoins à des lois immuables. Si la meneuse de jeu change, les règles du jeu sont irréversibles.
FRANCE GALL : C’est la raison pour laquelle je prends, depuis dix-huit mois, des cours de danse classique avec Muriel Belmondo, la sœur de Jean-Paul. Pas fondamentaux, exercices d’assouplissement, petits et grands écarts … elle m’enseigne l’ABC du métier.
YVES SALGUES : Il s’agit là d’une éducation quasiment secrète. A quand le bout d’essai, l’expérience publique ?
FRANCE GALL : Au 24 août, avec l’émission télévisée « Cavalcade à Deauville », à laquelle participent Hugues Aufray, Petula Clark… Je viens de l’enregistrer devant 5 000 spectateurs massés sur « les planches ». J’interprète « Mon petit Soldat, entre une double haie de pompiers en uniforme. Je suis très « relax », Blue Jean et tee-shirt. Par contre, je chante ma bossa-nova (« Y a du soleil à vendre ») seule sur le sable et tout de blanc vêtue.
YVES SALGUES : Au Festival international de Berlin, qui s’est déroulé du 1er au 4 juillet, vous avez décroché le troisième prix. C’est un exploit.
FRANCE GALL : Je vous signale que ce festival est exclusivement au féminin, qu’aucun garçon n’y prend part. Une sélection s’opère à la base. Quinze concurrentes se présentent avec une chanson de leur choix, qu’elles créent pour la circonstance et interprètent en allemand. Ma chanson s’intitulait « Der Computer Nummer Drei » : « La machine à trouver le garçon ». Depuis décembre 1966, j’enregistre régulièrement dans la langue de Gœthe : à Cologne, Hambourg, Düsseldorf … Au lycée, j’ai fait de l’allemand pendant trois ans. Durant le trimestre qui a précédé le concours, j’ai pris des leçons : douze heures par semaine. Je partais donc pour Berlin avec un bagage, et mes chances.
YVES SALGUES : En juin 1965, les étudiants japonais vous ont chaleureusement accueillie. Vous continuez à enregistrer des microsillons dans leur langue, à leur intention. Vous gravez également des disques en italien, en anglais. Ici, un détail frappe. Vous avez quitté votre arrangeur officiel – Alain Goraguer – pour un orchestrateur britannique.
FRANCE GALL : Quitté, c’est beaucoup dire. De 1964 à 1967, je n’ai travaillé, en effet, qu’avec Alain : « Gogo », si vous préférez. A présent, je joue automatiquement sur plusieurs tableaux. Chaque 45 tours que je réalise à Londres est suivi d’un disque que je grave à Paris, ou vice versa. Ainsi, j’ai dû m’attacher les services d’un musicien de trente ans, David Whittaker, dont les orchestrations vives, modernes, originales enrobent parfaitement des mélodies rythmées : comme « Bébé Requin ».
YVES SALGUES : Sorti en novembre, « Bébé Requin » est justement votre cheval de bataille : 85 000 exemplaires vendus. Le bébé vorace marque un tournant dans votre carrière. Alors que vous devez à Serge Gainsbourg (outre votre tube record : « Poupée de cire, poupée de son »), des succès indiscutables – tels « Baby Pop », « Les Sucettes », « Teenie Weenie Boppie » … – vous faites brusquement appel, l’automne dernier, à Joe Dassin. Les résultats ne se font pas attendre. « Bébé Requin » s’installe d’emblée au sommet des hit-parades. Aussitôt, les mauvaises langues murmurent : « France lâche Serge, son révélateur. »
FRANCE GALL : Le reproche est injustifié. Serge est une sorte de génie nonchalant et volage (amoureux de sa liberté plus que de lui-même), qui compose et écrit pour sept vedettes dont Bardot, Régine … C’est un phénomène insolite, indispensable à la chanson contemporaine, dont il représente l’avant-garde avec un brio sans pareil. Mais Serge est insaisissable : au point d’échapper à Gainsbourg. Joe Dassin personnifie un type de créateur absolument différent. J’ai besoin du premier comme du second. Que suis-je pour Serge ? Une gamine à qui l’on offre des chansons comme des sucettes, ce jeu l’amusant beaucoup. Il fait des bulles pour la petite France : c’est un illusionniste qui m’aime bien. Moi, j’éprouve une réelle amitié pour Joe. Mes frères le considèrent comme le chef de file de la nouvelle vague renouvelée.
YVES SALGUES : Parlons de vos frères : ces jumeaux âgés de vingt-deux ans, dont Philippe est l’aîné, bien qu’il soit venu au monde deux heures après Patrice. Philippe jouait de la guitare basse dans votre orchestre. Patrice joue de la guitare solo. Il ne vous a jamais accompagnée, mais ses premiers pas dans la chanson ne sont point passés inaperçus.
FRANCE GALL : Patrice est le poète de la famille. Les poètes se trompent parfois d’itinéraire. Au lycée Paul-Valéry, à Vincennes, Patrice se croyait un « scientifique ». Au bout de quinze jours, il abandonnait ses mathématiques supérieures. « Les Jeunes Amants », « Chimène » : il y a de jolies pièces dans le disque de ses débuts. Dans son second, qui sortira en septembre, il y aura deux titres ravissants : « Je vous embrase » et « La mer en colère », qui comptera trois changements de rythme. Patrice devait tourner un film sur les beatniks, avec Nino Ferrer, sous la direction de Marcel Camus, le réalisateur d’Orfeu Negro, de « Vivre la nuit » … Le projet a échoué. Il s’en console en rédigeant des nouvelles de science-fiction, dont plusieurs vont paraître incessamment.
YVES SALGUES : Et Philippe ?
FRANCE GALL : Philippe ne laisse rien au hasard, m’aide énormément et dit, avec une conviction exempte de vanité : « J’organise le destin de Babou. »
YVES SALGUES : Dans ce destin, une place est prévue pour le cinéma ?
FRANCE GALL : J’y pense, j’y ai pensé, j’y penserai assurément encore. Didier Decoin – fils du metteur en scène – voulait me faire tourner mais l’affaire est tombée à l’eau.
Une affaire qui ne se noie pas, c’est « La Maquillagerie France Gall ». Refusant d’imiter Sheila et Sylvie Vartan dans leur entreprise de prêt-à-porter, Babou a inventé un coffret ingénieux, d’un prix abordable, contenant une gamme complète de produits pour le visage ; rouges à lèvres, dont les coloris portent les noms de ses « tubes » : « Rouge Sucette », « Rose Baby Pop », « Nacré Bébé Requin »; crèmes de beauté pour la ville, lotions contre les rigueurs du froid ou les violences du soleil… « Désormais, la coquetterie ne sera plus ruineuse pour les filles aux moyens modestes », déclare Babou, qui lance cet automne sa mallette magique dans huit pays d’Europe et 25 000 points- de vente français, grands magasins et drugstores compris.
Le prince charmant est prévu au programme
Cet automne, le 11 octobre exactement, France Gall soufflera les vingt et une bougies d’un solennel gâteau d’anniversaire. Babou majeure : qu’est-ce que cela signifie ? Aucun changement dans sa façon de vivre. Avec une autorité prudente, elle conduira dans Paris sa Porsche Targa blanche à toit ouvrant. Elle ira promener dans le parc de Saint-Cloud son caniche noir (« Nougat ») et son cocker (« Problème »), vivants cadeaux d’un Claude François qui fit naguère battre son cœur un peu plus vite, un peu plus fort. Elle sortira – jusqu’à minuit et « en copains », avec Philippe Debarge, un des fils du riche propriétaire de laboratoires pharmaceutiques. Elle verra Joe Dassin : par amitié et pour le travail.
Robert Gall – le patriarche, le chef de la tribu – nous annonce cependant des métamorphoses spectaculaires. Le show de France : elle rentre le 16 août au matin pour s’y attaquer. Des transformations dans l’équipe : les éléments « paresseux » seront évincés. Une révolution chez « Bagatelle », la maison d’édition dont Babou prendra l’avenir en main. Des déplacements à Londres pour rencontrer les Beatles. Un voyage aux U.S.A. : pour y voir à l’œuvre les seigneurs du rythm and blues et les champions de la comédie musicale … Enfin, le passage au crible de quarante-deux mélodies, signées Patrice et Denis Lable, son cousin germain.
Après, il ne restera plus à Babou qu’à attendre l’arrivée du prince charmant.
Magazine : JOURS DE FRANCE Par Yves Salgues Numéro du 17 août 1968 Numéro : 714
C’est à France Gall, ce mois-ci de décider du sommaire de S.L.C. et, si vous êtes d’accord, d’une nouvelle couverture du magazine pour le mois prochain.
Histoires de Charlots
La première fois que j’ai vu les Charlots, ce n’est pas sur une scène, comme le commun des Français, mais dans un restaurant de Saint-Germain-des-Prés où le destin (oui, encore lui) nous avait fait nous rencontrer.
Ils étaient attablés tous les cinq autour d’une… longue table et s’adonnaient à une absorbante occupation généralement désignée par la plupart des gens à l’aide du verbe « manger », mais qui, les concernant, aurait été beaucoup mieux définie par l’éventail des mots suivants : braire, concasser, s’engorger, exploser, bêler, éclater, roter, bâfrer, tempêter, délirer et j’en passe…
Derrière sa caisse, le malheureux patron de l’établissement comptait des moutons pour ne pas trop songer aux côtes d’agneau qui volaient dans les airs selon des trajectoires extrêmement fantaisistes, tandis que les garçons, imperturbables et de toute façon inaccessibles à l’humour des consommateurs, continuaient à clamer dans les allées menant aux cuisines : « Et une pipérade pour le huit, une ! ».
Je pensais, en considérant ce spectacle inattendu et fort pittoresque, à une petite fête paillarde organisée par le célèbre groupe en vue de célébrer quelque anniversaire, mais je devais apprendre par la suite qu’ils étaient là plutôt par hasard, plutôt pressés et plutôt déprimés…
Bref, je saisissais donc la vie des Charlots dans un instantané on ne peut plus classique !
Mais tout de même : moi qui ai toujours été habituée à respecter la purée de pommes de terre, moi qui ai toujours considéré l’existence de ce mets estimable comme indissociable des notions d’assiette et de fourchette, j’étais quelque peu surprise de voir ladite purée partir en salves sur les costumes des clients, jaillir du plat en feu d’artifice, retomber en milliers d’étoiles sur les tables environnantes et même, parfois, atteindre sa destination la moins attendue : la bouche de l’un des convives !
Une séance qui m’enleva tout appétit, sauf celui de mieux connaître ces joyeux drilles, rabelaisiens en diable. Depuis cette date — il y a un an et… deux jours — les Charlots, que j’ai largement eu le temps de pratiquer, comme on dit « dans le monde », sont devenus non seulement d’excellents copains à moi, avec qui j’aime bien sortir pour prendre quelques crises de rire, mais aussi mon groupe français préféré.
Les Charlots ont beaucoup de talent. Sans eux, aujourd’hui, le rire aurait sûrement en grande partie disparu de la chanson pop en France. Ils ont choisi une voie difficile, car faire rire le public n’est pas de tout repos ; mais, apparemment, ils ont fort bien réussi dans leur entreprise.
De fait, si vous avez eu la chance, un jour ou l’autre, d’assister à l’un des shows du groupe, vous avez sûrement été plié de rire au point d’en être malade. Quand ils sont passés à l’Olympia, j’ai eu personnellement le coup de pot inouï d’obtenir une place au premier rang et j’ai été absolument sidérée par la sincérité et la perfection technique de leur numéro.
De plus, les Charlots savent se renouveler. Le dynamisme de chacun des membres du groupe est à toute épreuve.
Les Charlots ? Je les aime tous les cinq, bien que chacun ait sa personnalité propre.
Alfred, le chanteur soliste et le leader du groupe, est un comédien consommé, bourré d’idées et de résolutions, grand pince-sans-rire à ses heures. Il a plusieurs passions, d’abord celle de bien faire son métier et d’entraîner les autres à faire de même (on est leader ou on ne l’est pas !), et ensuite celle de trafiquer sans arrêt son spider Alfa Romeo 1600 : il a dans ce domaine de sérieux atouts puisque son père est garagiste.
Félix est le plus étourdi de tous. Constamment dans la lune, il doit peut-être cet état d’esprit à sa passion pour l’astrologie, art dans lequel il excelle. C’est d’ailleurs lui qui tient à jour l’agenda du groupe : il décide, en accord avec les astres, du programme à suivre et des écueils à éviter. Grand gaffeur dans le civil, il a le don de dire des énormités devant les gens importants du show-business, ce qui lui vaut les regards courroucés de ses compères. Ceux-ci se vengent de lui sur scène : ils l’ont nommé à l’unanimité, depuis bien longtemps, « receveur de baffes » officiel, ce qui n’est pas une sinécure pour le malheureux !
Lucien, Luis Rego de son vrai nom, ex-prisonnier politique de son état, est un Portugais qui a eu des ennuis dans son pays. Il joint dans le groupe des qualités sérieuses d’humoriste à un talent non moins affirmé de chanteur : c’est lui qui chante en second, après Alfred. Il a même fait sur scène d’excellents numéros de rock vieux style. Moi, je l’adore parce qu’il est d’une gentillesse et d’une spontanéité rares.
Émile, lui, a un passé d’auteur : c’est lui le créateur de « Chauffe Marcel », la chanson qui a en quelque sorte « fait » les Charlots. Méfiez-vous de lui, c’est le perfide du clan. Son jeu favori consiste à « lancer des vannes » et à dresser les gens les uns contre les autres. Il adore les bagarres, surtout les bagarres de tartes à la crème. D’ailleurs, référez-vous à un récent numéro de « Salut les Copains » !
Le dernier, le plus grand par la taille, c’est Marcel. Parfait rouquin au tempérament flegmatique, il est serein en toute occasion et même un écroulement d’immeuble ne lui ferait pas lever la tête lorsqu’il règle sa petite auto de mini-racers. Il est un fan invétéré du mini-racing et son nom fait autorité dans Paris. Sur scène, il joue (ou essaie de jouer) de l’accordéon, instrument qu’il déteste, au demeurant.
Voilà. Vous mélangez le tout astucieusement et vous obtenez le plus farfelu des groupes de music-hall.
J’ajoute que les Charlots habitent ensemble au sein d’une communauté autonome (faisant en cela depuis deux ans figure de précurseurs !) et autarcique, où le rire, la bonne humeur et l’équitable partage des responsabilités sont de règle. Le moindre instantané de la vie courante leur est prétexte à inventer un nouveau gag qui viendra (peut-être) enrichir leur numéro scénique par la suite.
Et puis, les Charlots ont une qualité : ils ne se prennent pas au sérieux. Aucun d’eux n’est cabotin, tous sans exception ont conservé des réactions saines face à leur réussite. C’est peut-être pourquoi le groupe atteint cette performance de pouvoir se renouveler avec bonheur, chose extrêmement délicate dans le rire, tous les comiques vous le diront.
Je sais pourtant que les Charlots sont de perpétuels insatisfaits. Ils rêvent (mais lucidement et avec méthode) à un spectacle entier, très élaboré, qui ferait appel à la fois à la comédie, au chant, à la danse et à la fantaisie au sens le plus large du mot. Mais n’ont-ils pas les épaules assez larges pour monter un vrai show « bien à eux » ?
Alfred, l’âme du groupe, a déjà, à ce propos, des idées plein la tête. Mais il est prudent, et sa devise est assez éloquente : « À vouloir aller trop vite, on finit toujours par se casser la gueule. »
Je vous le dis : dans quelques mois, nous verrons sûrement ces satanés Charlots nous offrir un petit programme « de derrière les fagots » qui fera un certain bruit. Le bruit, au même titre que le rire d’ailleurs, c’est leur vie, leur maison, leur jardin et leur bas de laine.
Lucien
Dans un compartiment de chemin de fer, un type déchire son journal en petits morceaux et les jette par la fenêtre.
Son voisin l’interroge :
« Mais pourquoi faites-vous ça ? »
— C’est pour éloigner les lions.
— Les lions ? Mais il n’y en a pas à 1 000 kilomètres à la ronde.
— Vous voyez, c’est efficace, mon truc !
Marcel
Un homme rentre chez lui avec deux kilos de beurre. Il se dit : « Si je les mets sur la table, le chat va les manger. »
Le téléphone sonne. Il pose son beurre sur la table, va répondre, puis revient… plus de beurre !
Il met le chat sur la balance. Elle accuse juste deux kilos.
« M… ! Alors, où est passé ce sacré chat ? »
Félix
Il était une fois une dame laide, très laide. Elle faisait peur aux petits enfants dans la rue.
Il était une fois un monsieur laid, très laid, encore plus laid que la dame. Il faussait les miroirs dans lesquels il se regardait.
Ils se rencontrèrent, ils se plurent, ils se marièrent, ils eurent un enfant !
Eh bien, il fallut le jeter !
Alfred
Un kangourou entre dans un bar. Il choisit une table et s’y installe.
« Un scotch », dit-il au barman. Stupéfait, celui-ci le sert.
« Qu’est-ce que je vous dois ?
— Qua… qua… quatre-vingts francs… Mais c’est bien la première fois qu’un kangourou vient boire un scotch chez moi.
— Ben, à ce prix-là, ça ne m’étonne pas ! »
Émile
Un cow-boy se marie. En sortant de chez le shérif, il prend sa femme en croupe et part au galop pour regagner son ranch.
À un moment, le cheval refuse de sauter un ruisseau.
« Et d’un ! », crie le cow-boy.
Un peu plus loin, le cheval fait un écart devant un serpent.
« Et de deux ! »
La bête refuse de prendre un sentier sous les bois.
« Et de trois ! »
Le cow-boy descend, sort son pistolet et abat son cheval.
« Mais, mon chéri, tu es fou, pourquoi as-tu fait ça ? C’était un bon cheval », s’indigne sa femme.
Alors le cow-boy la fixe étrangement :
« Et d’un ! »
Le cahier de France
Ce n’est qu’un au revoir, les Indes. Elles sont finies les méditations. C’était la belle époque, les Beatles méditaient en compagnie de leur maître spirituel, le Maharishi.
De gauche à droite : Ringo et sa femme Maureen, Jane Asher, Paul, le Maharishi, George et Patti, sa sœur Jenny et John. Ils repartirent en Angleterre couverts de colliers de fleurs, une vingtaine de chansons dans leurs valises, mais déçus des premiers balbutiements de leur firme « Apple ». Sous cette marque, ils voulaient fonder une vaste organisation de promotion et de production artistiques dont les têtes pensantes devaient être les deux couturiers hollandais Simon et Marika. « Apple » devait encore regrouper des productions musicales, nouveaux groupes et disques, éditions musicales, productions de films longs et courts métrages pour le cinéma et la télévision, boutiques de mode, etc.
Mais une fois le premier enthousiasme calmé, les difficultés et la discorde commençaient à régner au siège d’« Apple », une maison entièrement peinte de motifs psychédéliques dans Baker Street, à Londres.
Simon et Marika, les couturiers du groupe, dénonçaient publiquement l’incurie et l’incompétence des Beatles comme hommes d’affaires, déclarant qu’ils n’avaient nommé aux postes de direction d’« Apple » que des amis à eux totalement incapables de gérer correctement des affaires.
En vertu de quoi ils décidaient de quitter « Apple » et d’émigrer aux U.S.A., où on leur faisait des propositions très intéressantes.
Paul, se portant en porte-parole des Beatles, reste très optimiste en ce qui concerne l’avenir d’« Apple ».
Tout a commencé dans le chaos et l’enthousiasme, mais maintenant nous y voyons plus clair. Nous allons bientôt ouvrir une quinzaine de boutiques dans les principales villes anglaises.
Quant aux Beatles, ils enregistrent un grand nombre de chansons qui vont probablement sortir sous la forme d’un double ou d’un triple album 33 tours.
Mon meilleur copain – Mireille Darc
« Quand une fille en pantalon rencontre une autre fille en pantalon, pour qui se prennent-elles ? Pour des garçons, bien sûr… »
Mireille, une fille ? Pas du tout. Elle est un vrai garçon, avec tout ce que le mot comporte dans son meilleur sens, bien entendu de franchise, de spontanéité, de naturel et de dynamisme. C’est pour ça que je l’aime. Mireille, ce n’est pas du tout le genre de personne dont on puisse dire : « La première fois que je l’ai vue, je l’ai trouvée prétentieuse, distante, etc., puis par la suite j’ai compris que, etc., etc. » Tout premier contact avec elle est quelque chose qui sonne juste et clair. Ou on « aime » tout de suite, ou on n’aimera jamais. Moi, j’adore. J’adore Mireille parce que je trouve extraordinaires sa simplicité, sa gentillesse et le tonus qui les anime. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi Mireille Darc, qui est l’une des trois vedettes de cinéma les plus populaires et les mieux payées de France, ne sera jamais une idole ? C’est tout simplement parce qu’elle est trop pure, trop libre, trop « nature ». La toute première fois que je l’ai rencontrée, j’ai d’ailleurs été très frappée, pour ne pas dire choquée, par son tempérament fort et équilibré comme celui d’un garçon.
Nous nous sommes connues, il y a trois ans ce mois-ci, à l’occasion d’une séance photo qui devait avoir lieu chez elle avec des reporters de « Jours de France ». Mireille habitait alors rue Thiers, à Boulogne, c’est-à-dire tout près de chez moi. Comme je savais par la presse et la télé qu’elle avait un chien, j’avais décidé d’emmener mon caniche de l’époque, Nougat, au rendez-vous. Les photographes étaient en retard (d’ailleurs seuls ceux de « S. L. C. » sont toujours à l’heure !) et nous avons eu tout loisir de faire connaissance et d’embrasser nos chiens respectifs en attendant leur arrivée. Moi, à l’époque, j’étais encore extrêmement timide, et j’ai été fort surprise de voir que Mireille me tutoyait d’emblée, comme si c’était une chose tout à fait normale. « As-tu remarqué, France, me dit-elle aussitôt, que nous sommes voisines… à vol d’oiseau ? De ma terrasse, je vois très bien la tienne. On pourra se faire des signaux si tu veux ! » Puis Mireille m’a fait visiter son petit deux-pièces, très joliment décoré d’ailleurs, mais sans aucun luxe superflu, et nous avons bavardé… Bref, quand les photographes sont arrivés, ils n’ont pas eu à s’inquiéter du climat qui devait régner dans les photos : Mireille et moi avions l’air d’amies d’enfance.
Mireille n’est pas une fille sportive au sens olympique du mot (j’ajouterai : heureusement !), mais elle est sportive à sa manière. D’abord, elle a horreur d’être habillée en robe et ce qui lui sied le mieux est bien un bon vieux blue jean délavé. Pantalon et pull, espadrilles, une montre au poignet pour unique bijou, elle est parée pour ses journées. Et ses journées, en dehors des heures où elle tourne sur un plateau, ce sont de vrais westerns en couleur. J’ai eu l’occasion d’aller à la campagne avec Mireille quelques fois : la suivre est toute une aventure. Elle ne peut voir un arbre sans grimper dessus. Dès qu’elle croise un paysan sur un tracteur, elle se débrouille pour emprunter le tracteur, et elle est capable de changer une roue à sa Mini-Moke. Si vous ajoutez à cela que Mireille conduit sa Porsche (une 911 S, s’il vous plaît, alors que moi j’ai opté, plus sagement, pour une 911 T à boîte automatique) à la manière de Jean-Pierre Beltoise, qu’elle sait parfaitement différencier un beaujolais 64 d’un beaujolais de Mascara, qu’elle rêve de visiter une autre planète dès que ce sera possible, qu’elle lit Proust modérément et Astérix immodérément, qu’un voyage à Tokyo ne l’effraie pas plus qu’une visite à son épicier et qu’elle préfère les petits bistrots de l’île Saint-Louis aux grandes premières du Festival de Cannes, vous aurez une image à peu près exacte du personnage.
Ce qui me sidère chez Mireille, c’est qu’elle est toujours en forme. Les événements de la vie courante n’ont pas de prise sur elle : elle prend les choses désagréables avec le sourire, les tourne à sa façon et vous fait paraître dérisoire ce qui, en temps normal, vous déprimerait « en profondeur ». Oui, elle est marrante en toutes occasions, mais elle n’est pas pour autant superficielle. En fait, Mireille a beaucoup de sensibilité et si elle a les qualités d’un authentique garçon, elle a aussi les atouts féminins les plus positifs : intuition, réalisme, esprit pratique. Ce qui reste féminin chez elle aussi, c’est son charme. Mireille est belle, attirante et attachante. Être avec elle, c’est agréable, sans problème, tonifiant même. Je pense à une comparaison qui irait bien à Mireille : elle est un peu un Dutronc-fille.
Si j’ai fait de nombreuses séances photo avec elle pour des magazines et si nous nous sommes vues des centaines de fois au cours de dîners chez elle ou ailleurs, nous avons ensemble une autre expérience… très professionnelle celle-là : un disque en duo. C’est Denis Bourgeois, notre impresario à toutes les deux, qui a eu l’idée de nous faire enregistrer ensemble. Notre chanson en commun « Ne cherche pas à plaire » est parue il y a à peu près un an. Oh, ce ne fut pas un super-succès, mais nous avons fait ça pour nous amuser et, en ce sens, ce fut parfaitement réussi. Nous avons transformé le studio en drugstore et la séance d’enregistrement en surprise-party, à la grande joie des techniciens, d’ailleurs. Peut-être referons-nous un disque ensemble de nouveau ? Mireille a prouvé, par son dernier enregistrement, qu’elle avait de sérieuses qualités de chanteuse et elle peut très bien continuer dans cette voie.
Moi, en ce qui me concerne, je vais sans doute bientôt tourner un petit rôle aux côtés de Mireille. Elle me l’a promis… Ce qu’elle m’a encore promis, Mireille, c’est de me prendre en photo. Elle est passionnée par la photographie et elle possède tout l’attirail du parfait artiste. Dans son nouvel appartement du quai Kennedy, un superbe duplex plus terrasse qui surplombe la Seine, elle réalise, chaque fois qu’elle en a le temps, de vraies photos de studio qui feraient pâlir… Jean-Marie Périer. C’est dans cet appartement très vaste et fort bien aménagé (Mireille a du goût et elle sait ce qu’elle veut) qu’elle reçoit sa bande d’amis, tous choisis et triés sur le volet. Mireille n’aime que les gens « nets » et gais. Son clan est composé en grande partie de l’équipe des cinéastes avec lesquels elle travaille : Michel Audiard, dialoguiste de tous ses films (ou presque) ; Georges Lautner, le metteur en scène qui l’a « découverte » et qui l’a fait tourner régulièrement ; son ami Lino Ventura, solide comme un roc ; Simonin et bien d’autres…
On leur reproche à tous, dans certains milieux qui se disent intellectuels, de faire du cinéma commercial. Moi qui connais bien Mireille, je peux affirmer que les seuls critères qui la poussent à travailler dans telle ou telle direction sont des besoins délibérés d’expression simple et naturelle. Si Mireille a tourné beaucoup de films « populaires » (ce qui ne veut pas dire faciles ou inintéressants : voyez « Galia »), c’est parce que le climat dans lequel elle devait les faire lui convenait et cadrait avec son personnage dans la vie. Cela dit, Jean-Luc Godard a prouvé, s’il en était besoin, avec « Week-end », que Mireille était très douée pour le cinéma au sens le plus complet du mot. Personnellement, je prends toujours du plaisir à voir Mireille sur un écran, toujours à cause de ce coefficient de « naturel brut » qu’elle possède à un degré si élevé. D’ailleurs, depuis quelques mois, les pays étrangers demandent « du Mireille Darc » : les metteurs en scène la sollicitent et ses cachets montent à une allure vertigineuse.
Mireille, elle, n’a pas conscience du succès. Bien sûr, elle sait qu’on la reconnaît dans la rue, elle signe des autographes et elle voit ses affiches en grand format devant les cinémas, mais rien de tout cela n’est de nature à perturber sa sérénité première. En toute occasion, vedette ou pas, elle garde la tête froide, le gag aux lèvres et l’allure désinvolte d’un garnement de banlieue qui n’est pas prêt à s’en laisser conter. Malgré ses nombreuses occupations, Mireille continue de vivre à sa guise. Elle répond elle-même au téléphone, elle éconduit les parasites sans avoir recours à douze intermédiaires et elle se contente, pour coordonner ses activités, d’employer une seule personne, sa secrétaire, Véronique. En fait, Véronique est beaucoup plus, pour Mireille, une amie qu’une secrétaire. Elles sont inséparables et leurs rapports relèvent plus du folklore style « S. L. C. » que du protocole employeur-employé.
Bref, vous le voyez, Mireille, c’est un vrai garçon manqué, mais aussi une fille extra et surtout un personnage d’une étonnante présence. Tout ce qui l’entoure est imprégné de chaleur et de couleur : elle sait créer une atmosphère vivifiante au maximum. En fait, nous réussissons à nous voir assez souvent malgré nos occupations respectives. Il faut dire que nous n’avons pas d’heure pour nous téléphoner. Ce peut être à midi comme à trois heures du matin. À chaque fois, nous avons une foule de choses à nous dire, qui vont de la banalité la plus éculée aux propos les plus sérieux. Et, entre nous, je sais très bien ce qu’elle va me dire quand elle lira tout ce que j’ai écrit sur elle dans « S. L. C. ». Elle me téléphonera chez moi, à n’importe quelle heure, et me claironnera quelque chose comme : « Dis donc, Babou, j’ai lu ton truc dans Salut. Je suis comme ça, moi ? Tu es complètement dingue ! »
Mon petit chouchou c’est mon frère Patrice
Mon frère a longuement hésité avant d’enregistrer sous le nom de Patrice Gall. Les garçons ont leur fierté : « Cela m’ennuie de profiter de ton nom dans la chanson pour tenter de m’imposer », disait-il.
Mais… Gall est notre nom, c’est même pour nous depuis longtemps le symbole d’un petit clan bien sympathique, alors il n’y avait pas de raison pour que Patrice décide de s’appeler « James Colorado » ou « Patrice Gaulle ». Maintenant, c’est fait : Patrice s’est lancé dans la grande aventure. Oh ! ce n’est pas le résultat d’un coup de foudre. Il y avait bien longtemps que l’idée d’enregistrer lui trottait dans la tête. En fait, c’est plutôt Philippe (mon autre frère, jumeau de Patrice) et moi qui avions toujours conseillé à Patrice de faire carrière.
Quoi d’étonnant ? Papa a toujours vécu dans la musique. Mes frères et moi avons, depuis notre plus tendre enfance, baigné dans le milieu de la chanson : nous avons connu les mêmes disques, développé les mêmes goûts, ressenti les mêmes aspirations. Patrice (comme Philippe) est mon aîné d’un an puisqu’il est né en 1946 (le 30 mai très exactement). Nous n’avions que treize ou quatorze ans quand éclata la révolution du rock and roll. À l’âge où d’autres sont fous de bicyclette, de couture ou de football, nous étions, nous, déjà de parfaits fans de musique pop grâce au milieu dans lequel nous vivions.
Certes, nous aurions pu nous passionner pour la chanson traditionnelle, pour la mélodie bien française dont papa était l’un des spécialistes avertis (il écrivait pour Edith Piaf, pour Charles Aznavour…), mais le choc du rock et de la musique américaine nous avait touchés. Dès l’âge de quatorze ans, Philippe, Patrice et moi grattions nos guitares à la maison, le soir, après les cours, pour imiter Elvis Presley et Little Richard.
Si je dois beaucoup à la compréhension paternelle en ce qui concerne ma carrière, je suis persuadée que Patrice pourra dire exactement la même chose lorsqu’il se sera imposé. Papa marche « à fond » avec nous et il fera tout pour que Patrice réussisse. « Réussir », ce n’est pas facile. Patrice a beaucoup de talent ; c’est du moins ainsi que j’appelle les sources de l’émotion que je ressens lorsqu’il interprète l’une de ses chansons. Mais il est, pour l’instant, trop timide pour briser tous les obstacles qui risquent de se présenter à lui. Il aura besoin d’aide. Et cette aide, elle lui est déjà acquise dans le « clan ».
Mais qui est Patrice ? Un « Gémeaux », répondrai-je pour les fans d’astrologie. Un garçon vif, intelligent et sensible, préciserai-je pour les autres. Si j’ai toujours adoré mes deux frères, je crois bien que Patrice demeure « un tout petit peu » mon préféré. Sa douceur a eu maintes fois l’occasion de se manifester à mon bénéfice durant notre enfance. Philippe, qui était passablement turbulent, ne cessait de me faire des farces, de me tirer les cheveux : plus d’une fois, j’ai pleuré au cours de ces jeux de méchant garnement. C’était constamment Patrice qui venait consoler mes gros chagrins ! Alors, n’est-il pas normal que j’aie envie, à mon tour, de le protéger ?
Il a toujours été très doué en classe. Élève brillant, notamment dans les disciplines scientifiques, il a obtenu ses deux baccalauréats à l’âge de seize ans et il aurait pu devenir un parfait ingénieur si son goût pour la musique ne l’avait poussé dans une autre voie. Papa n’a pas « rechigné » quand Patrice a annoncé qu’il préférait renoncer à la Faculté pour écrire des chansons. Il savait que Patrice ferait, dans ce domaine comme dans l’autre, d’excellentes choses. De fait, Patrice écrivait de nombreuses chansons déjà, pour son plaisir. Cette activité qu’il considérait comme une détente a fini par le passionner au plus haut point et je lui dois moi-même plusieurs mélodies que j’ai enregistrées, comme « Celui que j’aime », « La Guerre des chansons » ou « Le Temps de la rentrée ». Patrice, de plus, adorait fredonner ses œuvres et, à force de l’entendre chanter à la maison, Philippe et moi avons conseillé à papa de l’écouter sérieusement et de lui proposer d’enregistrer.
Patrice a mis longtemps à se laisser convaincre. Son souci du travail bien fait lui dictait une conduite d’attente. Aujourd’hui, après qu’il se fut senti « au point », fort de chansons bien travaillées (aussi bien sur le plan du texte que sur celui de la mélodie), il vient de tenter sa première expérience. Un premier disque, c’est déjà un engagement, et Patrice sait qu’il devra « s’accrocher ». Mais il est paré. Il a bon nombre de jolies chansons en réserve, plus de quarante je crois, dont certaines risquent bien d’être de grands succès. Patrice pense qu’on ne peut être un vrai artiste sans l’expérience de la scène. Il se prépare donc de ce côté-là avec une égale conscience professionnelle. Lucide, il l’est. Pour se roder, il a choisi la meilleure école : celle des petits cabarets, où le contact avec le public est direct, franc, spontané. Durant les semaines qui viennent, il se produira au « Don Camillo », « Chez Patachou », « Chez ma Cousine »…
Bien sûr, j’irai applaudir mon frère chaque soir et, déjà, je formule un souhait : que l’on dise, dans quelques mois, en parlant de moi : « France Gall ? Ah ! oui, la sœur de Patrice, le chanteur… » Et, croyez-moi, je ne fais pas ainsi de fausse modestie !
France : Mon petit ballet pour Salut les copains
La danse, classique ou moderne, c’est mon péché mignon. Toute petite, je voulais faire partie des ballets de l’Opéra. Je connais l’art du rock, du twist et du jerk. J’adore passer mes nuits dans les clubs. Je vous présente la traduction de quatre chansons anglaises et américaines sur lesquelles j’ai dansé beaucoup ces dernières semaines.
Mrs. Robinson
« Extraite d’un film qui remporte beaucoup de succès aux États-Unis, « The Graduate », cette chanson de Simon et Garfunkel est dédiée à la mère de la jeune fille que courtise le héros. »
Nous aimerions vous connaître un peu plus. C’est pour notre dossier. Nous aimerions vous apprendre à vous aider vous-même. Regardez autour de vous ! Que de gens sympathiques ! Vagabondez dans les champs. On peut s’y sentir comme chez soi. Cachez bien ces paroles, que personne ne puisse les trouver. Mettez-les dans un placard avec vos plats à gâteaux. C’est un petit secret qui n’appartient qu’à nous. Ne le dites même pas aux enfants. Allongez-vous sur un canapé le dimanche après-midi, ou bien assistez aux réunions électorales. Vous pouvez prendre parti, vous pouvez vous passionner, mais quel que soit votre élu, les choses ne changeront pas pour autant.
This side of heaven
« J’aimais déjà beaucoup David McWilliams dans « Days of Pearly Spencer ». J’aime tout autant son nouveau disque et je le demande toujours dans les clubs. Les paroles sont plutôt étranges. »
Sur l’autre côté du paradis où le serpent règne, mon fils, il n’y a pas de vérité à suivre et tous les mensonges sont permis. Les prêtres et les pauvres y trouvent place. Les chanteurs peuvent y chanter ce qu’ils veulent. N’essayez pas d’éviter ce pays. La mort peut vous tomber dessus sans crier gare. Bon, mauvais ou indifférent, ne laissez à personne le soin de choisir pour vous. Les saints et les pêcheurs peuvent voir la réalité. Le poisson nage dans l’océan et l’aigle vole librement. Où es-tu, prédicateur qui nous avait trompés, toi comme moi ? Même si tu ne crois pas ce que tu vois, prends tes désirs pour des réalités. Oui, les voleurs ne peuvent pas voler, les rois et les princes non plus. Ne prends garde qu’à leurs pensées. Le fou sur la colline agite une fleur. Il ne sait pas ce qu’il fait là et ne comprend pas. Rien dans sa vie ne lui appartient et son destin n’est pas fixé. Qui peut dire s’il est fou et où s’arrête la raison ?
My year is a day
« J’ai beaucoup dansé ce slow des « Irrésistibles » en début d’été. Les paroles sont très tristes. C’est l’histoire d’un chagrin d’amour. »
J’ai besoin de changer mes idées, mais je sais que ça prendra du temps. Mes pensées se mélangent. Ô Dieu, vont-elles changer ? J’ai l’impression de l’avoir perdue depuis des années. J’en ai tellement besoin. Je ne veux plus être triste. Je me sens si mal. Les jours me semblent des années. Je pense à ses mensonges. Je vais chanter une autre chanson, mais surtout pas celle qui court dans ma tête. Je dois apprendre à être un homme. Il faut continuer à vivre. Ça ne peut plus durer. Je ne veux plus chanter cette chanson. Les jours me semblent des années.
Someone singing
« Cette chanson, extraite du dernier 33 tours de Donovan, n’est pas tellement connue. J’aime beaucoup son optimisme et sa joie de vivre. »
Je suis heureux. C’est un nouveau jour. Je suis heureux. Les gens et les fleurs font partie de la même chaîne. C’est le début d’un nouveau monde. Quelqu’un chante, je crois que c’est moi. L’amour, c’est un sentiment, celui que j’ai pour vous. L’amour, c’est un sentiment, celui que tu as pour moi. Dans votre vie, des amis viendront, peut-être une femme qui vous donnera un enfant et un amour pur. Quelqu’un fait un tableau, je crois que c’est moi. Quelqu’un est heureux de vivre, je crois que c’est moi. Et comme vous voyez, l’amour, c’est un sentiment, celui que j’ai pour toi. L’amour, c’est un sentiment, celui que tu as pour moi.
Magazine : Salut les copains Photos : Jean-Marie Périer : couverture, pages 32 à 35. 36 à 47, 48 et 49, 56 à 59. 66 à 71, 72 à 75, 82 à 87. Benjamin Auger : pages 62, 65, 76 à 81. Jean-Jacques Damour : page 61. Pierre Azéma : page 63. Alexis Stroukoff : pages 92 à 101. Date : Août 1968 Numéro : 72
Tout le monde parlait de guerre civile autour de moi. Jusque-là, j'avais été très heureuse, trouvant que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. J'étais parfaitement insouciante.
Et les fameuses « idoles des jeunes » ?
Que pensent-elles au juste des événements qui ont secoué la France, et plus particulièrement la jeunesse de France ?
Elles qui avaient coutume de brandir leurs guitares électriques comme des mitraillettes et qui, dans le déchaînement des « sonos », transformaient leurs récitals en meetings révolutionnaires, ont-elles disparu de la scène au moment où le passage à l’action a succédé à la « contestation » théorique gravée dans la résine des super 45 tours ? Sont-elles subitement devenues muettes, se trouvent-elles soudain frappées de paralysie ?
Car enfin, hommes de lettres ou de science, journalistes, auteurs dramatiques, cinéastes, comédiens, tout le monde a pris position – en des sens divers – devant le raz-de-marée revendicatif qui a déferlé sur le pays. Et les « enfants de la batterie », eux, sont restés étrangement absents de ce débat tumultueux, qui avait pris pour théâtre la rue, les usines et les Facultés. Ils avaient mille fois « cassé la baraque » en chansons, en contorsions et gesticulations. Ont-ils estimé qu’ils en avaient assez fait, à l’heure où étudiants et forces de l’ordre s’affrontaient sur les barricades, où s’entrecroisaient, dans un ciel embrasé par l’incendie, cocktails Molotov et grenades soufflantes, où s’organisaient partout d’immenses cortèges fleuris de noir, de rouge et de tricolore ? Nous avons voulu connaître les raisons profondes d’une attitude à première vue surprenante. D’où l’enquête dont vous trouverez ci-dessous le résultat. Parmi les « idoles » interrogées par nos soins, certaines ont refusé tout net de nous répondre. C’est leur affaire… Mais la plupart ont satisfait à notre légitime curiosité. Nous vous donnons, sans y changer une virgule, le texte de leurs déclarations.
A vous, chers lecteurs, de les apprécier et, bien que la mode ne soit plus aux examens, de leur attribuer une note de O à 20 – « avec le motif », comme on disait dans l’armée de papa.
France Gall
Ah là, là, ce que j’ai pu avoir peur ! Au début, je n’éprouvais qu’une certaine irritation. A cause des batailles du Quartier latin et des grèves, voilà que la sortie de mon nouveau super 45 tours se trouvait compromise ! Moi qui avais tant travaillé pour qu’il soit réussi ! Et puis, à l’irritation a succédé la peur. Une peur carabinée. Tout le monde parlait de guerre civile autour de moi. Jusque-là, j’avais été très heureuse, trouvant que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. J’étais parfaitement insouciante. Soudain, je me suis rendu compte que tout pouvait changer, que je risquais d’être moins heureuse, que j’aurais du souci à me faire. Alors, j’ai tremblé de tous mes membres … Mais aujourd’hui, je suis complètement rassurée. Tout est rentré dans l’ordre. Quel bonheur !
Le premier numéro de Noir et Blanc paraît le 14 février 1945 et son prix est de dix francs. Le magazine traite de l’actualité et plus particulièrement de la vie des célébrités. Pendant 26 ans, le magazine conserve une couverture en noir et blanc, conforme à son titre (avec de rares exceptions). Fin 1970, la maquette de la couverture est rénovée, avec apparition de la couleur ; la parution du magazine semble cesser peu après Avril 1971. (source Wikipedia)
Magazine : Noir et Blanc Date : du 27 juin au 3 juillet 1968 Numéro : 1213
Je l'adore ! C'est mon frère, me direz-vous. Mais je peux vous assurer que j'adore sa façon de chanter, sa voix, ses chansons, simplement parce que ce qu'il fait est excellent !
France Gall : Je l’adore ! C’est mon frère, me direz-vous.
Mais je peux vous assurer que j’adore sa façon de chanter, sa voix, ses chansons, simplement parce que ce qu’il fait est excellent !
On s’entend très bien. Nous ne nous sommes jamais disputés ou taquinés étant petits, comme le font certains frères et sœurs. J’ai toujours eu de très bons rapports professionnels avec Patrice et une entente complète au point de vue musical. Je l’ai chanté plusieurs fois : « Celui que j’aime », « La Guerre des Chansons » et « Le Temps de la Rentrée ».
C’est après son bac qu’il a commencé à écrire des chansons. À cette époque, il voulait devenir ingénieur ou quelque chose dans ce genre, mais tout le monde l’a incité a chanter. Il s’est enfin décidé.
C’est un poète, souvent dans les nuages, pas physionomiste, il ne reconnait jamais personne (comme sa sœur ! chez moi, c’en est un drame). A part cela, il a un caractère merveilleux, pas rancunier du tout.
Notre enfance fut extraordinaire, pleinement heureuse. Nous étions une famille très unie, papa, maman et mes deux frères. Oui, j’ai un autre frère, Philippe ; c’est un garçon trop timide, très réservé, extrêmement musicien, le plus musicien de nous tous, mais je ne suis pas ici pour vous parler de lui !
Nous continuons à vivre tous ensemble, à nous retrouver chaque année dans la maison de Noirmoutier où nous passions nos vacances étant enfants. Je suis assez renfermée ! Je ne sors pas tellement. J’aime être avec des gens que j’aime, et il y en a peu. Mes meilleures amies sont restées mes amies d’enfance et mes cousines. Dans le métier, j’ai un tas de copains, de copines mais pas d’amis ! …
Quand j’ai commencé à chanter, Patrice était toujours près de moi. Il me suivait dans mes tournées, mes galas, j’étais une petite fille qui venait de quitter l’école en troisième.
J’étais triste, j’abandonnais mes petites amies avec qui j’allais en classe depuis la maternelle ! Je voulais devenir interprète. Pourquoi interprète ? Je n’en sais rien. Puis ce fut mon premier disque, et depuis tout a marché comme sur des roulettes. Je suis restée trois ans sans prendre de vacances. J’avais amassé une telle dose de fatigue que j’étais perpétuellement grognon et capricieuse.
Patrice m’aidait a tout supporter, mais il me reprochait et me reproche toujours mes caprices et une certaine décontraction et inconscience qu’il ne comprend pas ! J’ai fait un métier de femme très jeune, encore enfant, c’est certainement dû a cela ! Quand Patrice a choisi son nom, il était très ennuyé : il avait peur qu’on l’accuse de profiter du nom de Gall et d’en faire une affaire de famille. Il voulait simplement s’appeler « Patrice ». Mais il s’est rendu compte que tout le monde le connaissait sous le nom de Patrice Gall, et de plus, Gall étant notre nom véritable, pourquoi changer ?
« J’aimerais beaucoup chanter en duo avec lui, il faudra y songer. Pour l’instant, je suis débordée : La Maquillagerie France Gall, vient de démarrer. Toute une gamme de produits de beauté allant du vernis à ongles au blush, en passant par les rouges a lèvres qui portent le nom de mes chansons : « Le rose sucette », le « Vernis baby-bop », etc.
J’ai eu un travail fou avec tous ces préparatifs. Mais il y a longtemps que je voulais faire autre chose a côté de la chanson ; comme je suis très coquette (Patrice se moque souvent de moi) et adore me maquiller, j’ai pensé tout naturellement au maquillage.
Voilà en quelques mots nos dernières nouvelles. Le premier disque de Patrice « marche » très bien, et j’en suis ravie. Sa carrière semble démarrer d’une façon formidable. Papa (Robert Gall) l’encourage, comme il m’a encouragée a mes débuts. Il s’y connait, papa, en « chansons », il en a tellement écrit pour les autres ! Mais il n’a jamais cherché a nous influencer. Il nous laisse nous en donner à cœur joie.
Magazine : Bonne Soirée Par Frédérique Mory Date : 26 mai 1968 Numéro : 2415