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Pour France Gall, une chaumière et un show

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Le 29 avril 68, France Gall est une nouvelle fois en couverture du journal Elle où elle pose très sage, coiffure de Dessange et robe jaune à col rond de Courrèges.

Après sa performance dans le show Jacques Chazot à la télévision, France Gall a quitté sa perruque de « Cléopâtre », ses plumes et ses bijoux, elle a laissé sa petite robe à col Claudine pour retrouver à Pourrain (Yonne) sa maison de famille (et de campagne).

Dix pièces et un grand parc de dix hectares où elle oublie ses tournées et ses enregistrements en France et en Allemagne (en français et en allemand).

Une double vie bien ordonnée et un succès bien assuré.

Dans le ELLE du 8 octobre 2001, France Gall commente elle-même ses couvertures

AVRIL 1968 « Ma première couverture ! Je trouve cette photo très ELLE, très moderne. C’est en avril. Rien ne pouvait laisser supposer les événements qui allaient bouleverser la France un mois après. A l’époque, j’étais dans mon rêve, comme Alice au pays des Merveilles, totalement inconsciente, en dehors de la vie. Pas très épanouie en fait. »

Magazine : ELLE
Date : 29 avril 1968
Numéro : 1167

France Gall : Teatro y television (Espagne 🇪🇸)

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Depuis qu'elle a rencontré le succès à l'Eurovision, il y a 3 ans, avec la chanson « Poupée de cire », France Gall a monté quelques marches du chemin vers la réussite.
Depuis qu'elle a rencontré le succès à l'Eurovision, il y a 3 ans, avec la chanson « Poupée de cire », France Gall a monté quelques marches du chemin vers la réussite.
Depuis qu'elle a rencontré le succès à l'Eurovision, il y a 3 ans, avec la chanson « Poupée de cire », France Gall a monté quelques marches du chemin vers la réussite.

Depuis qu’elle a rencontré le succès à l’Eurovision, il y a 3 ans, avec la chanson « Poupée de cire », France Gall a monté quelques marches du chemin vers la réussite.

Ayant à peine 20 ans, France est aujourd’hui une des chanteuses françaises les plus cotées.

La mince et blonde poupée est toujours fidèle au compositeur qui rendit possible ce tel succès, Serge Gainsbourg, un des plus « in » en ce moment.

Gainsbourg, qui est aussi le compositeur préféré de Mireille Mathieu et Brigitte Bardot, a écrit de nouvelles chansons pour France, qu’elle a interprété dans un show à la télé qui pourra bientôt être vu par les téléspectateurs français.

De plus, France prépare un spectacle musical comptant avec une chorégraphie audacieuse, et fera son début d’ici peu de temps sur une scène parisienne. Les deux photos montrent France Gall lors de l’enregistrement du programme télévisé pour la R.T.F.

Magazine : Garbo (Espagne)
Article en espagnol

Traduction : Fanbabou47
Date : 9 mars 1968
Numéro : 783

France Gall : Oh, les beaux jours !

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Six tenues et tous leurs accessoires, six nouvelles façons d'être coquette : voilà ce que France vous propose pour les premiers beaux jours.
Six tenues et tous leurs accessoires, six nouvelles façons d'être coquette : voilà ce que France vous propose pour les premiers beaux jours.

Six tenues et tous leurs accessoires, six nouvelles façons d’être coquette : voilà ce que France vous propose pour les premiers beaux jours.

Les robes qu’elle porte dans ces pages proviennent toutes du « Printemps ».

Monsieur Gainsbourg à cœur ouvert (extraits)

France Gall, Mireille Darc (notre photo), Brigitte Bardot, Régine, Jeanne Moreau, Anna Karina : elles lui ont, toutes, demandé de leur écrire des chansons. Que pense-t-il de sa popularité, de ses amies, chanteuses ou comédiennes, et de vous, les filles ? Sincère et désinvolte, Serge Gainsbourg répond ici à ces questions.

M.A.T. / Quelle fui la première chanteuse qui le demanda d’écrire pour elle ? France Gall ?

SERGE GAINSBOURG : Non, ce ne fut pas France. Je composais déjà depuis longtemps lorsque j’ai écrit pour elle « Poupée de cire, poupée de son ». Elle avait alors dix-sept ans. Elle a présenté cette chanson au jury de l’Eurovision et a obtenu le Grand Prix. Ça se passait en Italie, à Naples, en 1965.

M.A.T. / As-tu été étonné par cette victoire de France ?

SERGE GAINSBOURG : Pourquoi aurais-je été étonné ? France est une petite fille très courageuse, qui a beaucoup de talent, travaille énormément et sa popularité me fait plaisir. Notre association est bénéfique, pour elle et pour moi. De toute manière, j’ai toujours pensé que j’arriverais à plaire au grand public.

Extrait de l’article consacré à Serge Gainsbourg

Magazine : Mademoiselle Age Tendre
Date : Mars 1968
Numéro : 41

France Gall : week-end à la neige

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Avoriaz nous voilà ! a dit France Gall, skis sur l'épaule en découvrant les plus beaux champs de neige de France.
Avoriaz nous voilà ! a dit France Gall, skis sur l'épaule en découvrant les plus beaux champs de neige de France.

Avoriaz nous voilà ! a dit France Gall, skis sur l’épaule en découvrant les plus beaux champs de neige de France.

France Gall a bien commencé son année.

Elle a profité du premier week-end de l’année pour aller prendre un bol d’air à la montagne compagnie des reporters de Moins 20.

France aime la neige, le soleil et les sports d’hiver. Mais elle est aussi très curieuse : c’est pourquoi elle a choisi de séjourner à Avoriaz, la nouvelle grande station française à la mode qui va révolutionner les loisirs en montagne par sa conception originale et son architecture insolite. Découvrez avec France cet îlot de rêve perché à 1.800 mètres entre le ciel et la neige.

Avoriaz est une station construite artificiellement au-dessus de Morzine spécialement à l’intention des sportifs. Tout est prévu pour que chacun soit abreuvé de soleil à toute heure du jour et pratique les sports d’hiver avec toutes les facilités possibles. Le village s’intègre totalement à la montagne grâce à une architecture très rationnelle, tandis que la disposition des divers magasins, restaurants, boites de nuit et autres drugstores est conçue de façon très pratique pour donner à tous les résidents un maximum de confort. France n’a pas perdu une minute: à peine arrivée, elle a voulu chausser les skis et se lancer sur une des pistes qui paraissait à sa mesure. France n’a rien d’une Goitchell – et elle le regrette – mais elle s’amuse beaucoup même quand son contact avec la neige est un peu brutal ! Elle a été emballée par le ski-bob que lui a prêté Jean Vuarnet (le directeur de la station, ancien médaillé olympique à Squaw Valley) et qui est une solution très pratique pour les mauvais skieurs qui veulent suivre les bons sans prendre de risque. Elle a fait la course avec son inséparable amie Michèle jusqu’à la patinoire où elle nous a fait une petite démonstration de ses talents. Pourtant, l’entrée de France Gall dans la troupe d’Hollydays on ice n’est pas encore pour demain !

France Relax. A la montagne, on ne fait pas que du sport, on doit aussi se reposer, s’amuser, se dorer au soleil… France s’en donne à cœur joie. A l’hôtel, elle se concentre avant d’aller à la patinoire, puis elle prend la voiture au grand désarroi de Michèle qui n’est pas du tout rassurée par les routes enneigées. Devant la plus grande maison d’Avoriaz, France pose pour l’immortalité. Mais elle veut surtout profiter du soleil. Installée sur sa chaise longue, elle se laisse brunir en refusant obstinément de se lever. Ses joues ne tarderont pas à devenir écarlates!

« J’ai le vertige » s’est écriée France en regardant le vide du haut du téléphérique qui l’emmenait au départ des pistes. Ses ennuis ne faisaient que commencer. Les pentes lui semblaient bien raides, son équilibre bien instable, et la neige finalement bien mouillée pour une frêle jeune fille inexpérimentée comme elle.

Magazine : Moins 20
Date : Février 1968
Numéro : 33

France aux deux visages | Rock & Folk | Février 1968

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France Gall | Rock & Folk 1968 | Interview de Philippe Constantin sur son image, Gainsbourg et Les Sucettes
France Gall en interview dans Rock & Folk n°15 | Février 1968 | Texte de Philippe Constantin | Photos de Bruno Vincent
France Gall | Rock & Folk 1968 | Interview de Philippe Constantin sur son image, Gainsbourg et Les Sucettes
France Gall | Rock & Folk 1968 | Interview de Philippe Constantin sur son image, Gainsbourg et Les Sucettes

France Gall est un personnage ambigu. Sous couvert d’une gentillesse enfantine (« le monde tendre et poétique de l’enfance », celui du Seigneur des Mouches de William Golding), elle est la seule de nos chanteuses pop à attaquer effectivement le système. Si vous la prenez pour une aimable petite gourde, vous avez tort. Je la prenais pour Lolita. J’avais tort aussi. France Gall, c’est Alice au pays des Merveilles, une Alice qui aurait un penchant avoué pour la littérature érotique. On ne dit pas de mal d’Alice. Ceux qui n’aiment pas France Gall se trompent. Je leur opposerai cette phrase sans réplique du grand penseur marxiste J.-P. Anastassopoulos : « Bouche qui vase n’haroun tazieff ».

Philippe Constantin à Serge Gainsbourg (Rock & Folk) : Vous avez trouvé en France Gall l’interprète idéale ?

Serge Gainsbourg : Non, c’est elle qui a trouvé en moi le compositeur idéal… Non, mais ça fait un joli couple. Vous savez, avant que j’écrive pour elle, on ricanait à mon sujet, on disait : ouais, ésotérique… Mais je n’admets pas qu’on dise du mal de cette fille qui, à son âge, gagne sa vie…

Philippe Constantin : France Gall, c’est avec une certaine perplexité que j’envisage de l’interviewer.

Serge Gainsbourg : Moi, il paraît que je ne parle pas, et voilà une heure et demie qu’on cause… En Suisse, je suis tombé sur un gars, en direct : « Vous… êtes pas un marrant… vous ». Je suis marrant… En tête à tête avec une fille, je suis très marrant… Elle peut en pleurer, même… de rire. Mais en face d’un connard, non… Alors pour en revenir à France, si vous savez ouvrir cette huître, eh bien vous trouverez la perle… Sinon vous tomberez sur une moule…

France Gall est un personnage ambigu. Sous couvert d’une gentillesse enfantine (« le monde tendre et poétique de l’enfance », celui du Seigneur des Mouches de William Golding), elle est la seule de nos chanteuses pop à attaquer effectivement le système. Si vous la prenez pour une aimable petite gourde, vous avez tort. Je la prenais pour Lolita. J’avais tort aussi. France Gall, c’est Alice au pays des Merveilles, une Alice qui aurait un penchant avoué pour la littérature érotique. On ne dit pas de mal d’Alice. Ceux qui n’aiment pas France Gall se trompent. Je leur opposerai cette phrase sans réplique du grand penseur marxiste J.-P. Anastassopoulos : « Bouche qui vase n’haroun tazieff ».

Philippe Constantin : Pour une oreille quelque peu attentive, il y avait dans « Ne sois pas si bête » les germes prometteurs de ce qui allait être la France Gall d’aujourd’hui. Je m’explique : d’abord cette voix très originale, très amusante, très distanciée, si vous voulez, par rapport aux textes. Et surtout le thème de cette chanson où l’on voit, pour la première fois je crois dans l’histoire chargée de la chanson française, une jeune fille prendre l’initiative des relations amoureuses. Très différent de l’amour genre bête blessée de Françoise Hardy, ou de celui turbulent mais prosaïquement hygiénique de Sylvie Vartan. C’était hardi et même osé. Ensuite, il y a eu toute une série de chansons pour enfants dont le sommet, si j’ose dire, est « Charlemagne ».

France Gall : Oui, j’ai toujours gardé un public très jeune depuis cette période. Mais il y a un renversement de tendance dans mes deux derniers disques, où les plus vieux peuvent s’intéresser à moi sans avoir de complexes. Ce public de jeunes de mes débuts, je l’aime bien parce que c’est le plus fidèle qui soit.

Philippe Constantin : Vous vous êtes donc créée une image de marque de chanteuse pour enfants. Est-ce que c’est à ce public que la plupart de vos chansons s’adressent ? N’y aurait-il pas un autre public, plus adulte, qui ne vous écoute pas justement à cause de cette image, parce qu’il s’imagine que vous ne chantez pas pour lui ? Dans votre répertoire, il y a une rupture très nette au niveau de « Poupée de cire », qui est, je crois, la première chanson que Serge Gainsbourg ait écrite pour vous.

France Gall : Non, Serge Gainsbourg avait déjà fait pour moi « N’écoute pas les idoles » et « Laisse tomber les filles ». Il est exact qu’elles sont dans la lignée de « Ne sois pas si bête ».

Philippe Constantin : « Poupée de cire » est toujours, à un certain niveau, une chanson pour enfants, mais le contenu y est plus agressif que le style : « Si t’écoutes Sheila, je balance tes disques dans le vide-ordures ». À cet égard, la chute de la chanson est révélatrice.

France Gall : « Un jour je vivrai mes chansons, sans craindre la chaleur des garçons ». Eh oui, de toutes façons, les trois quarts des gens n’ont absolument rien compris à cette chanson.

Philippe Constantin : Voilà. Nous retombons sur le grand problème : dès qu’on fait dans l’abusif, ça manque son but. On vous a donc collé une étiquette, « chanteuse pour enfants », et maintenant, vous pourriez chanter les pires insanités que les mères de famille écouteraient d’un air béat en disant : « Ce qu’elle est mignonne cette petite ». Ceci, sans faire aucunement allusion à une chanson dont vous devriez avoir honte… Vous êtes, curieusement, une chanteuse incomprise.

France Gall : Les gens du milieu semblent comprendre.

Philippe Constantin : S’ils comprenaient vraiment, est-ce qu’ils la passeraient à la radio ? Car je voudrais enfin en venir à la plus belle de toutes, celle qui restera…

France Gall : Je vous vois venir, avec votre barboteuse, vous allez encore me parler des « Sucettes »… Vous croyez que ça restera ?

Philippe Constantin : Ça j’en suis sûr. Et c’est un avis que je partage avec Monsieur Gainsbourg himself.

France Gall : Pour lui, c’est la plus belle chanson qu’il ait jamais écrite. Il la trouve tellement belle qu’il la fera empailler sur son prochain 33 tours. Je ne sais pas ce que ça va donner avec Serge, ça sera mieux en tout cas que par Régine… Il est vrai qu’elle peut le faire, avec sa dernière chanson, du Gainsbourg, je ne vous le cacherai pas.

Philippe Constantin : C’est moins sous-entendu, donc moins bon, que « Les Sucettes ». De toute façon, le problème de l’interprète est important. « Les Sucettes », par Serge Gainsbourg, ce sera forcément moins bon que par France Gall. Le message sera transmis par un érotomane notoire et le décalage saisissant entre la blonde innocence de l’interprète et le contenu de la chanson disparaissant, le résultat sera plus anodin. Comme disait Klossowski, Sade ne serait pas Sade s’il n’avait utilisé le langage de Bossuet dans ses descriptions.

France Gall : Mais (gémissement) écoutez, « Les Sucettes », j’avais seize ans et demi à l’époque… et je l’ai enregistrée très, très, très innocemment. Contrairement à ce qu’on a pu dire… je suis partie au Japon pendant que le disque sortait à Paris. Les programmateurs de radio ont hurlé : « Elle est complètement folle, elle va se ridiculiser ». Moi, je n’en savais rien. Et quand je suis revenue, je n’osais plus sortir de chez moi. Je n’osais plus faire de radio, plus de télé. En plus, la première télé que j’ai faite, c’était avec Averty. C’est le plus mauvais souvenir de ma vie. Il y avait cent personnes sur le plateau. Et ils étaient là pour ça. C’était atroce. Atroce. Averty m’avait donné une sucette à sucer. Et il me disait : « Alors sale petite Gall, t’as jamais sucé de sucette. Je vais t’enfoncer des couteaux et des fourchettes dans les yeux ». Mais moi, je ne voulais pas la sucer comme on suce une sucette habituellement. C’était affreux. Finalement, il l’a fait faire par les danseuses, qui se sont débrouillées merveilleusement bien.

Philippe Constantin : Vous voulez dire que vous n’aviez aucune idée du contenu réel de cette chanson ?

France Gall : Absolument, oui. Mon impresario, le coquin, le savait très bien. Mais il n’en a jamais rien dit. De toute façon, le public l’a prise aussi comme une chanson pour enfants.

Philippe Constantin : Invitons-les donc à une réécoute. Mais maintenant que vous « savez », comment la chantez-vous ?

France Gall : Mais… exactement pareil, sans changer quoi que ce soit à mes intonations. Les mêmes mimiques, ce que je fais avec mes yeux… maintenant je sais… bon, d’accord.

Philippe Constantin : En résumé, tout se passe comme si un personnage occulte, animé des plus noires intentions, s’était servi de vous pour corrompre la jeunesse française.

France Gall : « Bébé Requin », ce n’était pas tout à fait innocent, et j’en suis consciente, si c’est ça que vous voulez savoir.

Philippe Constantin : On vieillit, que voulez-vous… mais j’ai écouté hier soir avec ravissement vos premiers disques. On voit ce personnage devenir de plus en plus présent. Par exemple, « Et des baisers », tout gentil que cela paraisse, n’est ni plus ni moins qu’une apologie de l’adultère concerté. « Et des amis, et des amis, et des amis »… cette insistance semble réclamer une nouvelle conception, plus saine, de la vie du couple.

France Gall : Là vous charriez… cette chanson, c’est mon père qui l’a faite ! Alors ça m’étonnerait. C’est vous qui avez l’esprit mal tourné.

Philippe Constantin : Pas du tout, je cherche des significations. Qu’elles soient conscientes ou non m’importe peu. Est-ce que vous allez continuer à chanter toute votre vie ou allez-vous diversifier votre activité ?

France Gall : La plus grosse bêtise que j’ai faite, c’était pendant une interview. On m’avait demandé combien de temps je comptais chanter. J’ai répondu : « Cinq ans et je m’arrête ». Ça m’a valu une belle gifle de mon impresario.

Philippe Constantin : Cinq ans, c’était pas assez pour assurer un avenir assez réconfortant, non ?

France Gall : Pour moi, c’était le bout du monde. Maintenant, ça fait cinq ans, et j’ai l’impression que c’est le commencement. Je suis persuadée que je chanterai jusqu’à 25 ans.

Philippe Constantin : C’est bien, vous travaillez sur plan quinquennal.

France Gall : Et puis après, je me marierai. Après, on a des enfants. Et quand on est âgé, c’est pas drôle. Un jour, j’ai été obligée d’aller à Munich et j’ai rencontré un bonhomme qui lit les lignes de la main. Ça m’a fait un effet extraordinaire. Il m’a dit que ma vie était une vie de chanteuse. Pour l’instant, ce n’était rien de ce que j’allais être plus tard. Je me marierai au milieu de ma vie, je n’aurai pas du tout d’enfants, pas de vie de famille, mon mari me suivra partout, il m’aidera… les valises… dans mon métier. Ça m’a ennuyée, qu’il me dise tout ça, parce que j’ai l’impression que je suis faite pour avoir une vie de famille…

Philippe Constantin : Oui.

France Gall : Des enfants ; j’adore les enfants. Maintenant, quand on me demande ce que je vais devenir, je n’ose plus rien dire.

Philippe Constantin : Je vais vous dire une chose, ce bonhomme, c’était votre impresario déguisé. De toute façon, « Bébé Requin » correspond à une stabilisation chez vous. Un peu plus indépendant de votre personnage. Alors que pour « Les Sucettes », il était difficile de ne pas imaginer ce plan bien précis du film de Stanley Kubrick où l’on voit Lolita dans son jardin en train d’en savourer une.

France Gall : Oui, depuis deux disques, mes fans ont vieilli de deux ans.

Philippe Constantin : Ils ont vieilli ou vous les éduquez ?

France Gall : Oh, je crois que ceux du début restent, et maintenant, j’en glane par-ci par-là, des plus vieux. Ceux-là sont moins fidèles, mais je les aime bien aussi.

Philippe Constantin : Est-ce que vous avez une conception de la chanson ?

France Gall : La chanson, je ne pouvais pas rêver mieux. Je voulais faire quelque chose, et j’ai toujours vécu dans ce milieu où est mon père. Et plus j’en fais, plus j’aime ça. Pour moi, la chanson est un moyen d’accès à un monde qui me plaît.

Philippe Constantin : Est-ce que vous aimeriez chanter comme quelqu’un ?

France Gall : Non, je n’aimais pas tellement ma voix au début, trop enfantine, trop acidulée. J’avais peur qu’elle agace les gens. Maintenant, ça va. J’ai ma personnalité. Mes chanteurs préférés, ce sont les Beatles, de très loin. En France, c’est selon les chansons. J’aime bien Françoise Hardy, quelques chansons de Sylvie, mais je n’ai pas de phobie particulière.

Philippe Constantin : Il faudrait.

France Gall : Non, je n’ai aucun ami dans ce métier et je n’ai pas de raison de détester qui que ce soit. J’essaie de sortir de ce petit monde ; par exemple, je crois qu’un jour je me déciderai à faire du cinéma. Peut-être cette année. On m’a proposé des tas de trucs, mais je voudrais quelque chose qui soit différent. Je ne veux pas qu’on pense que c’est moi qui suis sur l’écran. Si, à la fin du film, on pense toujours que c’est France Gall, ce sera raté. Et je ne voudrais pas une histoire d’amour. Parce que… embrasser un garçon qui ne m’attire pas, j’aimerais pas tellement. Je ne suis pas une comédienne.

Philippe Constantin : Ah bon, comment occupez-vous vos loisirs ?

France Gall : Je ne peux pas faire comme Sheila ou Mathieu, être 24 heures sur 24 la chose publique. Ça me profiterait peut-être, mais ça ne m’intéresse pas. Maintenant, je suis parfaitement heureuse… actuellement, c’est extraordinaire, il ne me manque rien. Je n’ai besoin de rien, j’ai tout ce que je veux, je trouve ça merveilleux, pas vous ?

Philippe Constantin : Oh si ! Au stade où cela a l’air d’être, je trouve ça fascinant.

France Gall : Je ne suis pas particulièrement sûre de moi, mais je ne voudrais pas changer quoi que ce soit à ce que je suis actuellement. Même mon mauvais caractère.

Philippe Constantin : Ah ?

France Gall : Non, je suis quand même supportable.

Philippe Constantin : Oui.

France Gall : Je ne frappe pas les gens. Vous voyez, ma secrétaire est en bonne santé. Mais mon père m’appelle « La Chèvre », parce que je me propulse la tête la première dans tous les azimuts.

Philippe Constantin : Est-ce que vous lisez ? Je veux dire, pas ce qui est sur cette étagère, des vies de saints… encore que ce soit quelquefois assez salace.

France Gall : Non, pas ça. Je ne lis pas tellement. Ce que ma mère me conseille… J’aime bien les femmes écrivains. Et puis je suis en train de lire toute une série de Mazo de la Roche que je trouve ravissante… 25 volumes…

Philippe Constantin : Tiens donc…

France Gall : Mais, j’aime Colette, Daphné du Maurier, Balzac et des trucs comme Druon par exemple.

Philippe Constantin : Avez-vous lu « Lolita » ?

France Gall : Oui. Je l’avais acheté dans une gare parce que le titre me plaisait. Ma mère m’a dit : « France, je ne veux pas que tu lises ça. D’ailleurs ça ne te plaira pas. » Eh bien, ça m’a beaucoup plu. J’ai quelques autres titres dans ma bibliothèque innocente… « Thérèse et Isabelle » que j’aime beaucoup… et aussi la moitié du fameux « Trois filles de leur mère » de Pierre Louÿs. C’est Bardot qui a l’autre moitié ; on l’a piqué ensemble dans la bibliothèque de quelqu’un qui nous avait invitées, on l’a déchiré en deux et on se le repasse périodiquement.

Philippe Constantin : Tiens, tiens, il faudra lire « Emmanuelle ». Ça risque de vous plaire. Est-ce que vous aimez le cinéma ?

France Gall : J’ai horreur du théâtre mais j’adore le cinéma. J’y allais presque tous les soirs. Maintenant un peu moins. Il y a un film que je veux voir absolument, c’est « Cendrillon ». Mais j’aime bien les choses violentes. Récemment j’ai vu « Luke la main froide », « Le Viol », « Le Samouraï »… « Le Viol », j’ai assez aimé, mais j’étais furieuse parce que mon interprétation a été contredite par un journal.

Philippe Constantin : Oui, quel journal ?

France Gall : J’ai honte de vous le dire. Je l’avais trouvé dans le train, c’était « Minute ».

Philippe Constantin : C’est pas un journal, c’est un caleçon. C’est évidemment vous qui avez raison. Parlez-nous un peu de Gainsbourg.

France Gall : Un jour, on a demandé à Serge Gainsbourg s’il avait quelqu’un de moins de trente ans à statufier et il a dit quelque chose qui m’a bouleversée : « Ce serait France Gall. Ce serait une immense statue en sucre d’orge et tous les enfants viendraient lécher ses doigts. »

Philippe Constantin : Très joli. Et on mettrait sur le socle « À France Gall, les entreprises Pierrot Gourmand reconnaissantes » ? Visiblement, Gainsbourg vous voue une affection toute débordante. On pourrait comparer vos rapports avec ceux qui liaient Magali Noël et Boris Vian. Elle semblait être pour lui un personnage échappé d’un de ses romans, une confirmation de ses rêves, une jeunesse retrouvée… Et il y a ce décalage quand vous chantez ses chansons, et qui est absent des interprétations de Minouche Boumbadaboum-Barelli ou de Dominique Boudin-Walter.

France Gall : Je ne sais pas. Je le connais très peu en définitive, on se voit rarement. Mais il est tellement gentil avec moi, et vous savez, il ne l’est pas spécialement avec les autres. Je voudrais qu’il continue toujours à écrire des chansons pour moi.

Philippe Constantin : Vous faites de la scène ?

France Gall : J’aime bien en faire. Mais c’est trop épuisant pour une fille comme moi. Il y a des exceptions… Gréco, Barbara, Mathieu maintenant. Elles ont leur orchestre et leur tête…

Philippe Constantin : Mathieu, une tête ? Vous avez encore lu ça dans les journaux.

France Gall : Oui, mais faire 800 km tous les jours, pas de loge, pas d’eau… Ou alors au Japon. Parce que là-bas ils m’adorent et j’aime bien les gens qui se prosternent devant moi.

Philippe Constantin : Et aux USA, ça va bien ?

France Gall : Pour « John-John » ? Oui, ils ont aimé. Mais ici on m’est encore tombé dessus.

Philippe Constantin : Ah oui, nécrophilie… Braves ménagères françaises, si elles avaient vu les ravissants coquetiers à l’effigie de Kennedy, avec la trace des balles dessinée en rouge sur le support…

France Gall : Oui, mais je n’aime pas susciter le scandale ; j’aime qu’on m’aime.

Philippe Constantin : La politique ?

France Gall : Ça ne m’intéresse pas du tout.

Philippe Constantin : Indifférente ? Ce qui veut dire que vous concevez avec sérénité l’existence de guerres atroces et injustes…

France Gall : Je vais vous dire, j’ai vu « Vivre pour vivre » ; il y a dedans une séquence sur la guerre du Viet-Nam. Ça m’a sidérée ; franchement, j’ignorais pratiquement tout. J’étais bouleversée ; ça m’a gâché les trois quarts du film…

Philippe Constantin : Il ne devait pas rester grand-chose alors. Enfin, nous découvrons là la véritable ignominie de cette guerre : elle vous a gâché un film… France, vous vivez dans un petit nuage rose. Avec qui ?

France Gall : Mon poisson rouge, deux caniches et un chat. Venez, je vais vous les présenter.

Magazine : Rock & Folk
Interview par Philippe Constantin
Photos de Bruno Vincent
Date : Février 1968
Numéro : 15

France Gall en 1968

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1968 est l’année de l’émancipation pour France Gall, vingt ans. Finie la frange et les éclats de rire : sur la pochette de Chanson indienne, la chanteuse hiératique est prisonnière d’une étrange tunique, au milieu d’une composition aux couleurs psychédéliques.
1968 est l’année de l’émancipation pour France Gall, vingt ans. Finie la frange et les éclats de rire : sur la pochette de Chanson indienne, la chanteuse hiératique est prisonnière d’une étrange tunique, au milieu d’une composition aux couleurs psychédéliques.

En 1968, France Gall tente de trouver un nouveau souffle dans un paysage musical en pleine mutation. Après les ruptures artistiques de l’année précédente, elle explore d’autres registres, entre variété orchestrale et pop psychédélique.

Des titres comme Gare à toi… Gargantua ou Y’a du soleil à vendre témoignent de cette recherche, parfois déroutante pour son public. La scène yéyé décline, et France, encore très présente dans les médias, cherche sa voie parmi de nouvelles influences. Elle continue de voyager, notamment en Allemagne, où sa popularité reste forte. Les photos de 1968 captent un mélange d’élégance, de retenue et de liberté. Moins souriante, plus intérieure, elle apparaît dans des mises en scène plus sophistiquées. Cette année charnière reflète une transition : l’icône pop des débuts laisse place à une jeune femme en quête de sens.


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Textes librement inspirés du livre : France Gall l’intégrale / L’histoire de tous ses disques par Norman Barreau-Gély aux Editions EPA avec les pochettes de France Gall Collection

France Gall Psychédélic

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Les temps sont au psychédélisme le plus total... les musiques sont démentielles, les costumes loufoques.
Les temps sont au psychédélisme le plus total... les musiques sont démentielles, les costumes loufoques.

Les temps sont au psychédélisme le plus total… les musiques sont démentielles, les costumes loufoques.

Mais pour France Gall, seule la réalité existe et cette réalité, ce sont les costumes que lui a créés spécialement son ami Jean Bouquin, qui sévit, sous le nom de Mayfair, à Saint-Tropez et à Biarritz …

La suite s’est terminée devant l’objectif de notre photographe, avec comme fond sonore “Teenie Weenie Boppie”, une élucubration de Gainsbourg.

Quand une poupée de cire devient bébé requin on peut s’attendre à de grands chambardements… C’est ce qui vient d’arriver à l’une de nos chanteuses les plus populaires … Pour elle, finies les chansons enfantines, modifiée ln coiffure, transformée la garde-robe… Cette nouvelle France Gall est en train d’apparaitre à l’horizon !

« J’en avais assez d’être traitée petite fille ; j’ai voulu enfin être moi-même. Oh, bien sûr, mon caractère s’est bien peu modifié… tout le monde sait, et toi le premier que je suis à la fois coléreuse et, paradoxalement, toujours gaie ! »

France Gall

Le paradoxe me plait, mais c’est en partie vrai, quoique je connaisse France plus sous des jours rieurs que sous des jours maussades …

« Ce qui a changé en moi, ce sont mes goûts et mes problèmes personnels, ma façon de voir les choses, mon style d’habillement et la manière d’exercer mon métier .. Je dis bien mon métier ! Chanter est pour moi synonyme de sérieux, de raison de vivre, et non plus un amusement ou une folie passagère. Je mets tout en œuvre pour le faire de mon mieux ; je ne veux pas décevoir ceux qui ont eu confiance en moi. Et la mode du psychédélic a été pour moi un excellent prétexte pour bouleverser ma façon de vivre ! Ce qui ne veut pas dire que je me complais totalement dans le genre psychédélic … il y a eu trop d’excès dans le mouvement « hippie » pour que j’en partage entièrement les idées … Mais reconnais quand même que les costumes sont extraordinaires… »

Je reconnais d’autant plus volontiers que France porte à merveille ces vêtements coupés dans les meilleurs tissus, dans les plus beaux cuirs… Pour le moment, vêtue d’une mini-jupe plissée et d’un blouson en chevreau ornée de motifs de couleurs vives, elle s’est lancée dans une danse effrénée, au son d’un disque des Flower Potmen …

« Tu sais que les vêtements que m’a faits Jean Bouquin ont eu un succès monstre en Allemagne, ou je me trouvais la semaine dernière … »

Cela ne m’étonne pas du tout car je sais que France, outre-Rhin, avec ou sans costume psychédélic, est la chanteuse française la plus populaire. D’ailleurs tous les pays étrangers lui font des offres alléchantes … Les États-Unis réclament « The little french -doll », et le Japon ne peut se passer d’elle …

« Mais, moi je ne peux pas me passer de ma famille, ni de mes amies… Tu sais, je retrouve de temps à autre des camarades de classe ; ça me fait plaisir parce que je m’aperçois que je suis une fille comme elles ! Oui, c’est vrai, le Japon est fascinant, et j’aurais envie, comme tout le monde, de découvrir les États-Unis … mais je trouve qu’on est aussi bien ici. »

Et voilà … France tient à la France et la France ne veut pas perdre un bébé requin qui s’appelle France …

Ce magazine est aujourd’hui très rare.

Magazine : Formidable
Par J.-C. Thévenot
Date : Novembre 1967
Numéro : 26

La nouvelle France Gall

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France Gall n’a (même) plus le temps de penser à l’amour.
France Gall n’a (même) plus le temps de penser à l’amour.

France Gall n’a (même) plus le temps de penser à l’amour.

Le 10 septembre, le magazine « Dim, Dam, Dom » nous a présenté une nouvelle France Gall, complètement transformée par Dessanges, l’un des coiffeurs préférés des vedettes.

Toujours plus jolie, France abandonne peu à peu ses allures de petite fille. Elle a bien changé depuis ses débuts de l’automne 1963 …

En octobre 1963, une petite jeune fille mignonne et bien comme il faut, nommée France Gall, tentait sa chance dans la chansonnette. A l’époque, cela n’avait rien d’original. Et comme la chanson française était déjà riche d’une petite Sheila et d’une grande Françoise, personne ne crut à l’avenir de la petite nouvelle : « Son succès aura la portée de sa voix entendait-on. C’est une question de semaines. »

Il y a quatre ans de cela. France Gall chante plus que jamais et elle conduit avec bonheur sa petite carrière internationale. Il était audacieux mais tentant de lui demander si elle attribue son succès au hasard, à la chance ou au talent.

Un premier bon point pour France. Elle a répondu calmement et franchement : « J’admets volontiers avoir une voix un peu criarde mais j’ai quand même quelques atouts importants : je chante juste, j’ai une voix qui se reconnait facilement et j’ai un style bien à moi. »

C’est vrai. Et deux hommes ont bien compris et servi les qualités de France. Son père Robert Gall et Serge Gainsbourg …

Robert Gall, le premier, a eu, en effet, l’idée de faire chanter sa fille. Et il connait la musique puisqu’il écrit des chansons depuis toujours et que Charles Aznavour lui doit son plus gros succès, « La Mamma ».

Il offrit à France sa première grande chance avec un titre qui prit la tête des hit-parades, « Sacré Charlemagne ». C’était un beau démarrage qui appelait une suite.

Ce fut, un an plus tard, le Grand Prix de l’Eurovision, à Naples, avec une chanson de Gainsbourg, « Poupée de cire, poupée de son ».

Du jour au lendemain, le nom de France fut connu dans toute l’Europe. Depuis, France voyage beaucoup. Vedette en Allemagne, elle a fait un triomphe au Japon qui la réclame après en avoir fait « la femme de l’année » …

A presque vingt ans, France est donc très satisfaite de ses quatre années de carrière. Elle se sentirait même plus heureuse… si elle n’était un peu inquiète d’elle-même. C’est vrai, depuis quelques semaines, France se sent « terriblement changée » … et elle n’a pas tort. Personne ne reconnait plus la petite fille des « sucettes à l’anis ». Et ce n’est pas seulement une question de coiffure. En réalité, France est en train de prendre un tournant capital de sa vie.

Il va être difficile à la femme qu’elle est devenue de défendre le répertoire très jeune qui a fait son succès. Il faut que son public évolue en même temps qu’elle. Son entourage est persuadé qu’elle prendra le bon virage. France est plus mignonne, plus séduisante que jamais. Sa volonté et son expérience lui donnent de plus l’esprit tranquille.

« Ma première ambition, avoue-t-elle, est de consolider ma position à l’étranger et de faire de très bons disques… » Sans doute fera-t-elle moins de scène. « Je trouve, dit-elle, que les filles ne sont pas faites pour les longues tournées. »

Peut-être aussi prendra-t-elle enfin le temps de vivre un peu pour elle-même. Depuis qu’elle a quitté le lycée, son métier lui a pris tout son temps. Longtemps, les journaux ont donné la vedette à ses amours avec Claude François. Depuis quelques mois, Claude et France ont tourné la page. Ils ne se voyaient jamais. Mais France n’a pas pour autant renoncé à l’amour. Elle en parle gentiment, en rougissant, comme effrayée par le sujet : « C’est merveilleux l’amour dans la vie d’une femme. Et c’est important. C’est aussi très compliqué dans mon métier. Il faut avoir le temps… pour l’autre. »

Si elle pouvait acheter du temps, France dépenserait certainement beaucoup d’argent …

Magazine : Télé Magazine
Par Philippe Gosset
Date : du 23 au 29 septembre 1967
Numéro : 622

À Noirmoutier, France Gall pêche tous les jours

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Noir et Blanc avec France Gall. Le premier numéro de Noir et Blanc paraît le 14 février 1945 et son prix est de dix francs.
Noir et Blanc avec France Gall. Le premier numéro de Noir et Blanc paraît le 14 février 1945 et son prix est de dix francs.

Avec France Gall, le premier numéro de Noir et Blanc paraît le 14 février 1945 et son prix est de dix francs.

Le magazine traite de l’actualité et plus particulièrement de la vie des célébrités.

Pendant 26 ans, le magazine conserve une couverture en noir et blanc, conforme à son titre (avec de rares exceptions).
Fin 1970, la maquette de la couverture est rénovée, avec apparition de la couleur ; la parution du magazine semble cesser peu après Avril 1971. (source Wikipedia)

Magazine : Noir et Blanc
Date : du 7 au 13 septembre 1967
Numéro : 1175

Connaissez-vous bien France Gall ?

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Son animal préféré est-il le cheval ? A-t-elle un frère jumeau ? Son plat préféré est-il la raie au beurre noir ?
Son animal préféré est-il le cheval ? A-t-elle un frère jumeau ? Son plat préféré est-il la raie au beurre noir ?
  1. Son animal préféré est-il le cheval ?
  2. A-t-elle un frère jumeau ?
  3. Son plat préféré est-il la raie au beurre noir?
  4. A-t-elle acheté le dernier trente centimètres des Beatles ?
  5. Avant de passer en scène, se préoccupe-t-elle de la couleur du rideau ?
  6. Est-elle très connue, à Paris des noctambules de « Chez Castel » ?
  7. Y a-t-il, dans chacun de ses 45 tours, une chanson de Gainsbourg ?
  8. Pourrait-elle passer une journée entière à faire de la broderie ?
  9. Est-elle capable de jouer de l’hélicon?
  10. Son principal hobby est-il la peinture?
  11. A-t-elle déjà possédé plus de trois voitures ?
  12. S’endort-elle quand elle le veut ?
  13. Est-elle plus connue à la Guadeloupe qu’en France?
  14. Est-elle pour le style Mao ?
  15. Fait-elle des exercices de souffle avant d’entrer en scène?
  16. Sacrifie-t-elle toutes ses heures de loisir à la danse ?
  17. Son photographe préféré est-il David Bailey ?
  18. Chez elle, porte-t-elle toujours une djellaba ?
  19. Reçoit-elle une demande en manage par semaine ?
  20. Son surnom est-il Chouffa ?
  21. Le dernier cadeau qu’elle ait reçu, était-ce une paire de babouches ?
  22. Lui a-t-il fallu une semaine complète pour enregistrer « Jazz à gogo » ?
  23. Refuse-t-elle de prêter ses affaires ?
  24. Son disque de chevet est-il un trente centimètres de musique concrète ?
  25. Déteste-t-elle les gens affairés ?
  26. A-t-elle déjà enregistré une chanson composée par Johnny Hallyday ?
  27. Aime-t-elle paraître sophistiquée?
  28. Fume-t-elle 20 gauloises par jour ?
  29. L’avion est-il son moyen de locomotion préféré ?
  30. Son cœur s’est-il déjà arrêté de battre durant quarante secondes ?
  1. Non. Le cheval a été son animal pré­féré jusqu’à il y a deux mois environ. Mais, alors qu’elle posait à Chantilly, chez les Clout, pour le journal « Mademoiselle Age Tendre », sur un magni­fique cheval de course, celui-ci a pris la fuite à soixante kilomètres à l’heure. Comme elle est loin d’être une ama­zone accomplie (et a peu de chances de le devenir, puisqu’elle refuse désor­mais d’approcher un cheval), elle a préféré se laisser tomber par terre, au risque de se rompre les os, plutôt que de continuer à cette allure.
  2. Non. Mais elle a deux frères jumeaux qui sont de deux ans ses aînés. Pour­tant, la ressemblance qui existe entre Philippe et elle est telle que la plu­part des gens croient qu’ils sont jumeaux.
  3. Non. Elle déteste tellement ce plat qu’elle ne peut même pas en supporter l’odeur. Par contre elle adore les œufs brouillés aux tomates qu’elle pré­pare, dit-elle en toute modestie, « gé­nialement».
  4. Non. Il y a bien trois ans qu’elle n’a pas acheté un disque. Tous ses amis ont une discothèque fantastique. En ce qui concerne le disque des Beatles, elle l’a tout simplement volé à son cousin le jour même de son achat, et il a dû s’en procurer un autre.
  5. Oui. Elle a pris l’habitude d’assortir ses chaussures de scène à la couleur du rideau, et ne pourrait chanter si ces conditions n’étaient pas remplies. En outre, elle jure ses grands dieux qu’elle n’est pas maniaque.
  6. Non. Sûrement pas. Elle déteste tous les clubs et n’en fréquente aucun, quels que soient les impératifs de son métier. Elle ne va jamais ni « Chez Castel » ni « Chez Régine» ni au « Bilboquet » et ni au « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club ».
  7. Oui. C’est une quasi-superstition, au même titre que porter un voile noir sur scène. Elle espère que cela lui portera chance, sans compter qu’en la matière, le talent de Serge Gainsbourg aide beaucoup la chance.
  8. Non. Sûrement pas. Elle est beaucoup trop nerveuse pour cela. Pourtant, elle adore la broderie et voudrait avoir le temps d’en faire beaucoup plus.
  9. Non. Et elle le regrette. Mais clic joue déjà du piano, de la guitare et de la batterie, cc qui n’est déjà pas si mal.
  10. Non. Elle a eu, comme tout le monde, une « phase peinture» pendant laquelle elle n’a pas arrêté de peindre.
  11. Oui. Elle vient d’acheter la quatrième : une Wolseley. Auparavant, elle avait eu deux Austin, démolies par ses frères, et une Hillman, démolie par sa secrétaire, Michèle.
  12. Non. Elle a même des problèmes à ce sujet. Si la maison n’est pas par­faitement calme et surtout si la cham­bre n’est pas totalement noire, elle ne peut trouver le sommeil.
  13. Oui. Elle est numéro un à la Guade­loupe, et c’est de là-bas que vient la majeure partie de son courrier. Dans ce pays, son premier disque marche encore aussi bien que le der­nier … et se vend autant.
  14. Oui. Généralement, elle aime les garçons habillés d’une manière assez classique, mais la, ça a été le coup de foudre. Elle était contre les mous­taches et les vestes militaires, mais elle est pour, pour, pour les chemises et les vestes Mao.
  15. Oui. Elle est très maniaque en matière de chant. Elle a pris des cours avec Jean Lumière. li lui a montré comment se “faire” la voix avant de passer sur scène, et elle préfère arriver en retard et faire attendre le public plutôt que de rater ses exercices. Sinon, elle aurait l’impression de faire du mauvais travail.
  16. Oui. Elle prend des cours de danse moderne avec Valérie Camille (qui est également le professeur de Marpessa Dawn, Nicole Croisille et Valérie Lagrange) et se passerait même de manger pour ne pas rater un cours.
  17. Non. Elle sait à peine qui est David Bailey, et de toutes façons il ne lui a jamais fait de photos. Son photographe préféré est André Berg de « Mademoi­selle Age tendre », parce que c’est le seul qui air réussi à lui faire paraitre les yeux bleus sur une photo.
  18. Non. Elle a acheté à Kyoto, au cours d’un voyage au Japon, un magnifique kimono à fleurs qu’elle porte constam­ment. Pourtant, il parait qu’il n’est pas tout à fait authentique. En effet, ces kimonos ne sont fabriqués que pour l’exportation (principalement aux Etats-Unis). Les véritables kimonos japonais, ceux que portent les femmes du pays, son paraît-il très laids.
  19. Oui. La dernière en date a été faite par un officier de garde du shah d’Iran qui précisait en outre : “Grand, beau, situation enviable”
  20. Non. Si vous n’avez pas trouvé, vous méritez que l’on vous renvoie au « Connaissez-vous bien Claude François ». Le surnom de France est « Babou », il lui a été donné par ses parents à l’âge de 4 ans.
  21. Non. Ça, c’était un cadeau précé­dent. Son dernier cadeau lui a été fait par les filles de la gardienne de sa maison de Noirmoutier. Elles ont constitué pour elle de petites figurines de coquillages peintes et assemblées d’une manière amusante.
  22. Non. Elle l’a enregistré sans avoir pratiquement répété, tout en improvi­sation. La ligne mélodique de la chan­son n’était même pas écrite, elle a ainsi pu donner libre cours à son imagination. La séance n’a même pas duré une heure.
  23. Oui. Elle ne peut pas supporter de voir ses affaires sur quelqu’un d’autre, même si c’est sa meilleure amie, elle aime passer pour une égoïste.
  24. Non. C’est simplement un trente centimètres de Julie London « Cry me a river». Ses goûts en matière de musi­que sont plutôt classiques et elle a une discothèque de jazz fantastique.
  25. Non. Elle ne supporte pas la lenteur et veut que l’on vive, que l’on bouge autour d’elle. Elle est très nerveuse, bouge beaucoup et aime que l’on soit comme elle.
  26. Non. Mais en revanche, elle vient de faire une chanson composée par Joe Dassin : « Bébé-Requin ». Elle a d’ail­leurs l’intention de ne pas s’arrêter en si bon chemin. Elle a demandé Johnny de lui faire une chanson pour la rentrée mais ça n’est encore qu’à l’état de projet.
  27. Non. Elle se déteste lorsqu’elle sort de chez le coiffeur. S’habille simple­ment et se maquille très peu (pas du tout en été). Elle ne supporte pas les filles sophistiquées et associe ce défaut à la notion de bêtise.
  28. Non. Il y a deux ans qu’elle a arrêté de fumer, et n’a pas repris une cigarette depuis. Elle assure que sa voix (et surtout son souffle) s’en portent beaucoup mieux.
  29. Non, surtout pas. Un jour qu’elle voyageait à bord d’un petit biplace, elle a été prise dans une tempête : le pilote a fait un atterrissage forcé et l’avion s’est planté au sol par le nez, à cent kilomètres à l’heure. Le pilote a été assommé, mais France en est sortie indemne, ou presque. Elle a simplement chanté pendant deux mois avec un œil qui est passé par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Mais, depuis, elle préfère annuler un gala plutôt que d’avoir à prendre l’avion.
  30. Oui. Au cours d’une opération des amygdales, subie à l’âge de neuf ans, son cœur s’est arrêté de battre. Il a fallu deux heures pour la réanimer. Depuis, elle est persuadée qu’elle a le coeur fragile, et est morte (c’est le cas de le dire) de peur, chaque fois qu’elle a des palpitations.

Magazine : Salut les copains
Date : Septembre 1967
Numéro : 62