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Voilà … voilà … France Gall

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Pour déchiffrer son courrier, signer des autographes, France Gall porte à présent des lunettes. Un air à la manière de Sylvie Vartan ...
Pour déchiffrer son courrier, signer des autographes, France Gall porte à présent des lunettes. Un air à la manière de Sylvie Vartan ...

Pour déchiffrer son courrier, signer des autographes, France Gall porte à présent des lunettes.

Un air à la manière de Sylvie Vartan …

Cela n’altère en rien son attitude juvénile mais confère à son regard une assurance qu’elle a acquise pour plusieurs années de travail. Sourire, sérieux, sagesse, sérénité : les quatre “s” qui mènent ou triomphe.

En Amérique, elle est la « Little french Doll » ; au Japon, des millions de personnes achètent les disques de « la petite Poupée aux cheveux de soleil » ; en Europe, tous les pays la sollicitent, et la France, qui l’a lancée, garde à France Gall une place méritée au royaume du music-hall. Et, puisque dimanche 27 aout, à 20 h 30, sur la deuxième chaine, dans l’émission « Voilà, voilà », nous la reverrons, nous sommes allés lui demander qui était cette jeune fille de vingt ans et comment elle était arrivée à s’imposer.

Avec un grand-père, Paul Berthier, organiste à la cathédrale d’Auxerre et fondateur, avec Mgr Maillet, de la chorale des Petits chanteurs à la croix de bois. Avec une maman pianiste, Cécile, qui n’a pas fait de carrière professionnelle, mais qui a toujours joué pour sa petite fille. Avec un père parolier, Robert, qui a écrit des « tubes », pour ne citer que « la Mamma ». Avec des frères jumeaux, Patrice et Philippe, musiciens … Comment France Gall aurait-elle pu sortir du « clan » familial, pour faire sa médecine, par exemple ?

– Il n’a jamais été question, dit-elle, de faire autre chose. Aussi loin que je me souvienne, je me revois chantant toute la journée, imitant les vedettes, enregistrant au magnétophone les succès du moment, créant avec mes frères un groupe (guitare-basse-chant) qui n’avait alors comme public que les parents et les amis. Mais il ne faut pas croire que tout a été simple. Mon père était d’accord pour que j’essaie de faire « carrière », mais il refusait d’entendre parler de quoi que ce fût avant mon bachot. Il était catégorique et, à la fin de ma classe de troisième, j’ai enregistré mon premier disque. Nous nous amusons encore beaucoup, avec papa, de ce souvenir.

Après ce premier disque. France Gall était quand même entrée en classe de seconde au lycée Paul Valéry, mais le succès était si grand, les sollicitations venaient en si grand nombre que cette jeune élève fantaisiste et un peu fofolle quittait définitivement les études à la fin du premier trimestre. Et, à Naples, le 20 mars 1965, France Gall recevait sa Légion d’honneur en gagnant le Grand Prix Eurovision de la chanson avec « Poupée de cire, poupée de son », de Serge Gainsbourg.

Trois ans ont passé et France Gall connaît maintenant l’emploi du temps des grandes vedettes (jamais de vacances, beaucoup de voyages, des galas, des télévisions, des répétitions, des enregistrements, des interviews). Si elle peut assurer tant de travail, c’est que, vivant toujours au sein de sa famille, une vie régulière lui est imposée.

– Je gagne très bien ma vie, avoue-t-elle, mais c’est papa qui s’occupe de tout et il me donne l’argent dont j’ai besoin. Mon seul luxe c’est ma MG, familiale à quatre places. Dans le travail, mon père est aussi ferme que du temps du lycée. Il m’écrit des chansons et choisit avec moi celles des autres compositeurs.

Mais, cet été, fatiguée par tant d’années sans vraies vacances, France Gall n’a accepté aucun contrat pour aller en vacances avec sa famille à Noirmoutier. Autrefois, les cinq Gall habitaient une caravane ; aujourd’hui, c’est une belle maison qui les abrite. On chante et on joue de la musique sans délaisser les passions communes de toujours : volley-ball, ping-pong, voile.

Depuis le 14 août, France Gall a repris le chemin du travail à Cannes pour l’émission de Maurice Dumay, en Allemagne pour trois semaines, en Espagne, au Portugal, puis de nouveau en France pour la grande émission de fin d’année de François Chatel.

Le Japon, qui vient de lui décerner le prix de « Femme de l’année » l’attend encore en 1968.

France Gall est préparée au travail, et elle y fera face tranquillement, sérieusement, gravissant les marches de la célébrité comme on joue à la marelle, sautillant joyeusement avec son petit air mutin qui semble dire : « Attention ! Voilà, voilà France Gall »

Magazine : Télé Poche
Il faut noter que la photo de la couverture a été inversée (le grain de beauté de France Gall n’est pas du bon coté)
Date : 23 août 1967
Numéro : 85

France Gall en toutes pièces plage 67

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En mousse de nylon, en laine ou en éponge, unis ou à rayures de couleurs vives, ce sont des maillots de bain une et deux pièces créés spécialement pour vos vacances. C'est France Gall qui a choisi de vous les présenter ici.
En mousse de nylon, en laine ou en éponge, unis ou à rayures de couleurs vives, ce sont des maillots de bain une et deux pièces créés spécialement pour vos vacances. C'est France Gall qui a choisi de vous les présenter ici.

En mousse de nylon, en laine ou en éponge, unis ou à rayures de couleurs vives, ce sont des maillots de bain une et deux pièces créés spécialement pour vos vacances.

C’est France Gall qui a choisi de vous les présenter ici.

Magazine : Mademoiselle Age Tendre
Date : Mensuel Juillet 1967
Numéro : 33

Spécial beauté présenté par France Gall

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Comme beaucoup de magazines dans les années 60, seule la première de couverture est dédiée à France Gall.
Comme beaucoup de magazines dans les années 60, seule la première de couverture est dédiée à France Gall.

Comme beaucoup de magazines dans les années 60, seule la première de couverture est dédiée à France Gall. Il n’y a pas d’article dans le magazine, ni même une petite mention ou une autre photo.

Ce magazine est aujourd’hui introuvable.

Magazine : 20 ans Magazine
Date : Juin 1967
Numéro : 61

France Gall, la petite qui a bien grandi !

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Quel bilan tracer de cette carrière précoce de France ? Où en est-elle aujourd'hui ? Quelles sont, en 1967, les aspirations de cette jeune fille de vingt ans qui est déjà millionnaire du disque ? France s'est laissée psychanalyser pour vous …
Quel bilan tracer de cette carrière précoce de France ? Où en est-elle aujourd'hui ? Quelles sont, en 1967, les aspirations de cette jeune fille de vingt ans qui est déjà millionnaire du disque ? France s'est laissée psychanalyser pour vous …
Quel bilan tracer de cette carrière précoce de France ? Où en est-elle aujourd'hui ? Quelles sont, en 1967, les aspirations de cette jeune fille de vingt ans qui est déjà millionnaire du disque ? France s'est laissée psychanalyser pour vous …

Aujourd’hui Paris, demain Lisbonne, après-demain Paris, le jour suivant Collioure, et puis Luxembourg, Paris, Hambourg et de nouveau Paris. Cette sarabande de kilomètres, c’est la vie quotidienne d’une jeune fille qui s’appelle France Gall.

Il n’y a pas que ça : il y a aussi des dizaines d’heures de studio d’enregistrement, de séances de photos, d’audition des succès du jour, d’interviews et d’activités de toutes sortes.

Voici trois ans que France Gall est, à l’échelle française – et bientôt européenne – l’une de nos jeunes chanteuses les plus populaires. Est-elle aujourd’hui la même qu’à ses débuts un gamine malicieuse, échappée dans le monde du spectacle, et à qui le rôle de poupée semble un destin parfait ? – J’ai changé, avoue France. Je ne suis plus une petite fille.

Oui, j’ai toujours une voix de petite fille, mais je crois avoir beaucoup évolué. Je ne suis plus la France Gall de “Ne sois pas si bête”, j’en suis sûre …

Une chose est certaine : tu as changé de tête. Tu te préfères maintenant ou “avant” ?

Oh, maintenant ! La forme de mon visage a changé. Mes joues, que j’avais toutes rondes, se sont creusées. Je me trouve, disons, “plus mignonne” maintenant !

As-tu changé de caractère ?

De caractère, pas. J’ai toujours eu les mêmes réactions devant des situations données. Par exemple, je suis fidèle. J’ai, aujourd’hui comme il y a trois ans, les mêmes amis de lycée. J’y tiens, quelles que soient mes obligations professionnelles. Autre exemple : je me mets en colère pour un rien. Quand j’avais seize ans, c’était pareil. Mon caractère ne change pas. Ce qui a changé, ce sont mes goûts personnels, ma façon de m’habiller, ma conception du métier …

Considères-tu que chanter est ton vrai métier ?

Absolument. Au début, c’était un passe-temps un peu fou et puis je me suis prise au jeu. En fait, aujourd’hui, je rne passionne pour tout ce qui touche à la profession, côtés techniques et commerciaux y compris.

Tu te “manages” toi-même, si on peut dire, pour parler en jargon de spectacle …

Je suis assez indépendante. Je tiens compte des conseils, mais j’aime bien faire connaître mes idées. Maintenant j’ai une production indépendante en Allemagne qui fait la promotion de mes disques là-bas. Ce n’est plus de l’hébreu pour moi, tu comprends ?

Eh bien, parle-moi de tes enregistrements dans la langue de Goethe.

Je vais aller à Hambourg la semaine prochaine pour enregistrer un 45t de chansons inédites, écrites spécialement pour l’Allemagne.

As-tu un accent lorsque tu chantes en allemand ?

Tout petit. Un tout petit accent français, c’est assez amusant, D’ailleurs, écoute ca … France branche son magnétophone et me fait entendre quelques mesures de l’une de ses chansons.

Jolie chanson, d’ailleurs, et jolie voix, au timbre sensiblement différent de celui de la France Gall que nous connaissons.

Tu vois, j’ai une voix marrante non ? Oh là là, ce que je déteste ma voix ! Je t’assure, je déteste ma voix. Si je pouvais en changer …

Oui, mais elle constitue ta personnalité. On ne la confond pas avec celle de Françoise ou de Sylvie

J’aimerais parfois qu’on la confonde avec celle de Françoise, car j’ai une voix de gamine et on me prendra toujours pour une gamine. Avec cette voix-là, je ne peux pas chanter de chansons sérieuses !

Qu’appelles-tu des chansons sérieuses ?

Je ne sais pas, moi. Des chansons pas destinées aux petits enfants. Je précise : j’adore enregistrer des chansons enfantines, parce que j’adore les enfants, mais je ne voudrais pas être systématiquement étiquetée en fonction de ces chansons. J’aimerais interpréter de vraies histoires d’amour comme Françoise. Mais il se trouve que mes paroliers-compositeurs, eux aussi, sont influencés et me font des chansons “sur mesure”. Bref, sur ce plan-là, c’est difficile d’évoluer …

Je vais te poser une question hardie : aimerais-tu conquérir les U.S.A. ?

Je ne peux pas te répondre “non”. C’est un rêve merveilleux et impossible. Non, ce que j’aimerais, c’est avoir la voix de Nancy Sinatra. Je l’adore, dis-le …

Et l’Angleterre, qu’est-ce que c’est pour toi ?

Un autre rêve, beaucoup moins inaccessible, celui-là. Tu vois, je suis allée à Tokyo, au bout du monde, et je ne connais même pas Londres. L’Angleterre. pour moi, cela évoque un pays très avancé en matière de chansons. Le monde du spectacle et du disque y est très dynamique, beaucoup plus qu’en France. Enfin, c’est ce qu’on dit … Je pourrai t’en parler mieux dans quelques semaines, puisque, en principe, je dois aller enregistrer mon prochain disque à Londres.

On connaît peu ton personnage “privé”. Est-ce que, par exemple, tu sors souvent le soir ?

Très peu. Je pourrais même dire “pas du tout”. Je ne suis pas une noctambule et les boîtes m’ennuient. Si, par hasard, je vais dans l’une d’elles, c’est en compagnie de quelques amis, pour écouter du jazz. Et puis. il y a le cinéma ~

Tu m’avais dit, il y a quelque mois, que tu allais faire du cinéma. Où en sont tes projets ?

Il faut que je mette les choses au point. J’aimerais faire du cinéma, c’est vrai, mais comme j’ai d’autre part la conviction que je n’ai aucun don de comédienne, je n’accepte rien pour l’instant. Je me contente d’attendre … en allant voir beaucoup de films. J’ai un héros : Peter O’Toole. Je suis folle de lui. Si on me proposait de jouer n ‘importe quoi avec lui, j’accepterais.

Et une comédie musicale ?

Oh ça, c’est le thème bateau ! Tous les chanteurs et toutes les chanteuse: déclarent qu’ils aimeraient faire – et qu’ils vont faire – une comédie musicale française … Et puis, il ne se passe rien. C’est trop facile de dire ça. Bien sûr que j’aimerais …

Tes fans sont plutôt des filles ou des garçons ?

Moitié moitié à peu près. Les lettres sont incroyables de gentillesse et les âges des gens qui l’écrivent sont malgré tout assez variés. Tu vois, c’est Michèle qui a la tâche de dépouiller tout ça, Elle est parfaite et n’a qu’un défaut : elle chante faux.

Ah… Et elle chante souvent ?

Toute la journée, assure Michèle, mais je ne chante pas faux du tout. Des tas de gens du métier m’ont dit que je chantais juste.

Non, intervient France, péremptoire, tu chantes faux et pas en mesure. Tu es insupportable. Voilà.

Des couleurs gaies et vives, qui fassent vacances, voilà ce que je vais mettre. Tu ne crois pas ?

Le mot “vacances”, cela évoque quoi, pour toi ?

Une rupture avec ma vie de chanteuse. Cela évoque trois semaines sans donner ni recevoir de coups de téléphone. Cela évoque pour moi Noirmoutier …

Quand tu ne parles pas métier, quel est, dans la vie, ton sujet de conversation favori ?

La mode et le cinéma. C’est à peu près tout. Je ne m’intéresse pas beaucoup à la politique, aux voitures.

Tu te désintéresses des problème des garçons ?

Mais non. Chaque fois que je rentre d’un pays étranger, je rapport plein de trucs pour mes frères. Mais évidemment, c’est encore le domaine de la mode …

Combien possèdes-tu de disques .

Oh là là, quelle question ! Je ne sais pas, très peu en tout cas. Je n’en achète pratiquement jamais. Mon dernier achat doit remonter au lycée et ce devait être le premier disque des Beatles. Mais j’ai quand même des disque plus récents, de Ray Charles, de James Brown.

Tu aimes le style rhythm and blues ?

J’adore les chanteurs noirs. Figures-toi que j’ai découvert ce style de musique seulement cette année, comme une bonne partie du grand public. Pour moi, ce fut une révélation. Maintenant, je suis dingue de Percy Sledge, James Brown, Otis Redding.

Raconte-moi une de tes journées à Paris.

Une vie très régulière, tu sais : lever 11h, rendez-vous pour la presse, jusqu’en début d’après-midi, ensuite cours de chant chez Jean Lumière (c’est très important) et puis, selon les cas, je rentre chez moi ou je vais au studio pour répéter. Par exemple, tout à l’heure, il va falloir que je répète toutes mes vieilles chansons pour Lisbonne.

Comment cela ?

Parce que je me produis demain à Lisbonne à un gala radiodiffusé et que, là-bas, ils n’ont pas encore reçu mes trois derniers disques. Alors, je suis obligée de “reconstruire” un tour de chant avec des titres anciens. Bon, je continue mon planning (tu vois, depuis que je suis une grande fille, j’emploie des mots compliqués !) : plusieurs fois par semaine, je prends de cours de danse moderne chez Valérie Camille …

Toujours en vue de cette fameuse comédie musicale ?

Mais pas du tout ! C’est ma petite gymnastique personnelle. Au lycée, je faisais du sport et de l’éducation physique. Ensuite, clac, j’ai arrêté pendant trois ans, et j’ai senti un beau jour que j’étais en mauvaise forme physique. Eh bien, depuis que je prends des cours de danse, j’ai retrouvé un équilibre parfait. Je me sens dix fois mieux. Et je me fais faire des massages aussi, je n’ai pas honte de le dire. Ce n’est pas du tout de la coquetterie, mais un simple moyen de conserver “la forme”.

Oui, je vais sûrement évoluer encore, mûrir, vieillir, quoi … Je le souhaite un peu. Je ne veux pas rester enfermée dans le personnage de “Charlemagne”. Car les gens, c’est ça qu’ils attendent : encore et encore “Charlemagne”. Alors que ce n’est pas vraiment moi …

Marrante et désolée, France s’apitoie (oh, juste un peu) sur elle avec une moue boudeuse. Je pense qu’à cet instant, des milliers d’entre vous aimeraient être, sinon à sa place, du moins à la mienne pour la consoler et lui expliquer qu’elle est jolie, et que ses chansons ont un goût de miel. Mais il ne faut pas se leurrer : faire le tour de … France, c’est découvrir qu’elle a d’autres aspirations à satisfaire, et qu’elle les satisfera sûrement. Que pensez-vous de sa conclusion ?

Ah ! si seulement je pouvais muer …

Magazine : Salut les copains
Eric VINCENT
Date : Juin 1967
Numéro : 59

Boutique M.A.T. France Gall au soleil

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Photographiées au Liban, voici des tenues de printemps choisies pour vous par France Gall. Toutes proviennent des « boutiques M.A.T. » que vous reconnaitrez grâce au papillon rouge qui orne leur vitrine.
Photographiées au Liban, voici des tenues de printemps choisies pour vous par France Gall. Toutes proviennent des « boutiques M.A.T. » que vous reconnaitrez grâce au papillon rouge qui orne leur vitrine.

Photographiées au Liban, voici des tenues de printemps choisies pour vous par France Gall.

Toutes proviennent des « boutiques M.A.T. » (liste complète page 44) que vous reconnaitrez grâce au papillon rouge qui orne leur vitrine.

Les voyages de France

En moins de six semaines, elle aura pris l’avion seize fois, visité le Liban (pour M.A.T., d’ailleurs ; voyez notre reportage de la page 64), et se sera rendue deux fois, pour deux jours, à Cannes : très bientôt, elle partira pour le Japon, où elle est aujourd’hui première vedette féminine de la chanson.

France Gall est devenue une grande voyageuse ! De sa dernière randonnée à Tokyo, elle avait rapporté une superbe caméra automatique pour films de huit millimètres : elle s’en sert beaucoup, et surtout, dit-elle, lorsqu’elle se trouve en présence de ses deux -sujets favoris, ses frères, Patrice et Philippe.

Magazine : Mademoiselle Âge Tendre
Date : Avril 1967
Numéro : 30

Pour moi, la famille, c’est sacré !

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Pour interviewer la benjamine de la chanson France Gall, B. S. avait délégué Aliette de Sainprés, la plus jeune de nos rédactrices.
Pour interviewer la benjamine de la chanson France Gall, B. S. avait délégué Aliette de Sainprés, la plus jeune de nos rédactrices.

Pour interviewer la benjamine de la chanson, B. S. avait délégué Aliette de Sainprés, la plus jeune de nos rédactrices.

Timidement, celle-ci est revenue nous trouver, magnétophone sous le bras : « Je crois que c’est raté … Jamais je ne serai journaliste ! » Nous avons écouté la conversation de France et d’Aliette. Elle nous a plu par sa fraîcheur et sa spontanéité, et nous avons décidé de la reproduire, sans rien changer, dans nos colonnes. A vous de nous dire si nous avons eu tort.

ALIETTE DE SAINPRÉS : Alors, France, ça va ?

FRANCE GALL : Tu parles ! On ne peut mieux ! J’ai un travail fou !

ALIETTE DE SAINPRÉS : Que fais-tu de particulier en ce moment ?

FRANCE GALL : Des galas, des télévisions, des disques en anglais et en allemand. Et je prépare une grande tournée en province.

ALIETTE DE SAINPRÉS : Qu’est-ce que c’est, cette pile de lettres, là-bas, sur ta coiffeuse ?… Le courrier du mois dernier ?

FRANCE GALL : Là-bas, c’est le courrier de ce matin, tu veux dire !

ALIETTE DE SAINPRÉS : Quoi ! toute cette pile en un seul jour ?

FRANCE GALL : Mais oui, c’est tous les jours la même chose. Tiens… Regarde… Il y a des lettres de tous les coins du monde : Allemagne, Suisse, Belgique, Japon, Antilles l Il faudra que tu remercies tous ces gens dans « Bonne Soirée ». Moi, je n’ai absolument pas le temps de leur répondre comme j’aimerais le faire. Je passe déjà au moins une heure par jour à signer mes photos. C’est toujours moi qui le fais : mes idiots de frangins n’ont jamais réussi à imiter ma signature !

ALIETTE DE SAINPRÉS : A propos, Philippe vient de rentrer du service militaire, je crois ?

FRANCE GALL : Oui, il a eu « la quille » le 17 décembre.

ALIETTE DE SAINPRÉS : Et Patrice, il ne l’a pas encore fait ?

FRANCE GALL : Non. Lorsqu’il y a des jumeaux dans une famille, on ne les envoie jamais en même temps au service militaire.

ALIETTE DE SAINPRÉS : Qu’est-ce que tu leur as donné pour Noël ?

FRANCE GALL : Des vêtements. Il n’y a que cela qui les intéresse ! Il faut dire qu’ils ont vingt et un an. C’est l’âge où l’on est coquet. Et puis, Philippe, qui a porté le kaki pendant deux ans, a, je crois, une sérieuse envie de changer de couleur.

ALIETTE DE SAINPRÉS : Et eux, qu’est-ce qu’ils t’ont donné ?

FRANCE GALL : Plein de bibelots et de bricoles pour la chambre que je suis en train d’aménager dans la maison de campagne que mes parents possèdent à Pourrain, près d’Auxerre. Je vais enfin avoir la chambre et la salle de bains dont j’ai toujours rêvé.

ALIETTE DE SAINPRÉS : Dis donc, France, tu as de plus en plus de disques !

FRANCE GALL : Oui, ça c’est une de mes grandes passions. Dès que j’ai une minute de libre, je me rue sur le pick-up et j’écoute mes chanteuses et chanteurs préférés …

ALIETTE DE SAINPRÉS : Qui, par exemple ?

FRANCE GALL : Françoise Hardy, les Double-Six, Charles Aznavour, les Beatles, Claude Nougaro, les Swingle Singer et beaucoup d’autres encore. Seulement j’ai un défaut épouvantable : je ne remets jamais les disques dans leurs pochettes, alors ils s’entassent dans tous les coins de ma chambre, et Sacha s’assoit dessus !

ALIETTE DE SAINPRÉS : Sacha… Qui est-ce ?

FRANCE GALL : Mais c’est mon chat, un adorable petit chat de gouttière.

ALIETTE DE SAINPRÉS : Je croyais que tu avais un caniche ?

FRANCE GALL : Oui, j’ai aussi un caniche, « Nougat », et aussi « Problèmes », mon cocker !

ALIETTE DE SAINPRÉS : Le kimono, là-bas, sur le cintre, c’est du Japon que tu l’as rapporté ?

FRANCE GALL : Tout juste ! J’en ai ramené une pleine valise. Ils sont tous plus beaux les uns que les autres. J’ai aussi ramené une quantité incroyable de gadgets japonais, une caméra, un parapluie qui s’ouvre tout seul !

ALIETTE DE SAINPRÉS : Tu as eu un succès terrible, là-bas, paraît-il ?

FRANCE GALL : Oui, c’était incroyable ! Ce voyage au Japon restera pour moi l’un des plus beaux souvenirs de ma vie. Pourtant il m’est arrivé de m’ennuyer quand j’étais là-bas. Il me manquait une copine de mon âge, parce que lorsque je n’étais pas en train de chanter, je devais me terrer dans ma chambre d’hôtel, car chaque fois que je mettais le nez dehors, cela provoquait un attroupement. Et la foule, cela me fait un petit peu peur ! Alors, souvent, les gens croient que je suis prétentieuse. C’est idiot, parce que c’est juste le contraire : je crève de timidité.

ALIETTE DE SAINPRÉS : Penses-tu y retourner un, de ces jours ?

FRANCE GALL : J’espère. Je vais peut-être aller aussi très bientôt aux États-Unis. Tu sais qu’ils ont sorti mon disque ?

ALIETTE DE SAINPRÉS : Lequel, France : « Bonsoir, John-John » ? ·

FRANCE GALL : Oui, c’est cela.

ALIETTE DE SAINPRÉS : Mais pourquoi fais-tu la grimace ?

FRANCE GALL : Comme cela. Oh ! oui, je sais bien : ‘Il y a des gens à qui cette chanson n’a pas plu. Moi, je l’aime cette chanson. Elle est jolie d’abord, et puis, lorsque je l’interprète, je n’ai pas à me forcer, je suis sincère. Comme tout le monde, j’ai été bouleversée par la mort du président John Kennedy et j’ai eu envie de chanter cette berceuse pour son fils John-John. Je ne vois pas où est le mal. En plus, c’est une chanson « osée » : on y parle des soldats, de la mort, de la guerre et, pour une fois, on n’y attaque pas les parents. Avoue que c’est rare. Aujourd’hui, pour être « dans le vent », il faut taper sur nos aînés.

ALIETTE DE SAINPRÉS : La famille a une grande importance à tes yeux ?

FRANCE GALL : Et comment ! Pour moi, la famille passe avant tout le reste. Tant pis si je passe pour une petite bourgeoise, mais mes parents sont depuis toujours mes meilleurs copains, et je ne vois pas ce qu’il y a de déshonorant à préférer leur compagnie à celle des noceurs du « Paris by night ».

ALIETTE DE SAINPRÉS : C’est toujours ton père qui s’occupe de ta carrière ?

FRANCE GALL : Oui, bien sûr. Il supervise tout : contrats, enregistrements, tournées et il écrit au moins la moitié des chansons qui sont à mon répertoire. Tu sais, finalement je suis dix fois plus « surveillée » que lorsque j’allais au lycée. Remarque, je ne m’en plains pas, et sans papa j’ai bien l’impression que le succès m’aurait « enflé » la tête.

ALIETTE DE SAINPRÉS : Es-tu amoureuse ?

FRANCE GALL : Ah ! ça, cela ne te regarde pas !

ALIETTE DE SAINPRÉS : Décris-moi au moins ton type de garçon.

FRANCE GALL : Pffff … Je ne sais pas, moi I Il faudrait qu’il ait les yeux clairs, de l’autorité – j’ai horreur des « mollassons » -, de la personnalité et qu’il soit galant.

ALIETTE DE SAINPRÉS : C’est un vrai prince charmant qu’il te faut. Tu n’as pas peur de l’attendre longtemps ?

FRANCE GALL : Mais non, j’ai bien le temps. Tu sais, je n’ai que dix-neuf ans !

ALIETTE DE SAINPRÉS : Auras-tu des enfants lorsque tu seras mariée ?

FRANCE GALL : Oui. Au moins trois.

ALIETTE DE SAINPRÉS : Et tu continueras de chanter ?

FRANCE GALL : Non, je m’arrêterai très vite. En ce moment, chanter est mon unique passion, mais le jour où j’aurai mari et enfants, je ne penserai plus qu’à m’occuper de mon foyer comme toutes les autres filles de mon âge.

ALIETTE DE SAINPRÉS : Tu te marieras avec un chanteur ?

FRANCE GALL : Oh là là, ce que tu peux être curieuse. Non, je ne crois pas, mais ce sera peut-être quand même avec quelqu’un du “métier”. Parce que je suis un peu « intoxiquée » par cette vie, et je pense que nous nous comprendrons plus facilement l’un l’autre si les mêmes choses nous intéressent.

ALIETTE DE SAINPRÉS : Alors, il faudra aussi qu’il sache jouer au football ?

FRANCE GALL : Et comment ! Lorsque nous allons à la campagne, mes frères et moi, la première chose que nous faisons en débarquant, c’est un match de foot ! Moi, je garde toujours les buts !

ALIETTE DE SAINPRÉS : Et il aura intérêt à aimer les gâteaux, ton mari, non ?

FRANCE GALL : Ma parole, tu connais tous mes défauts ! Ça, il faut bien le dire, les gâteaux au chocolat, c’est mon péché mignon. Ceci dit, je sais aussi très bien faire les tomates farcies et les œufs sur le plat !

ALIETTE DE SAINPRÉS : Tu es heureuse, France ?

FRANCE GALL : Oui. Très.

Magazine : Bonne Soirée
Propos recueillis par Aliette de SAINPRÉS
Numéro du 29 janvier 1967
Numéro : 2346

France Gall, opération 20 ans !

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Célèbre depuis 1964, France GalI commençait à s'ennuyer dans son personnage de bébé-idole innocent, candide, maladroitement dissipé.
Célèbre depuis 1964, France GalI commençait à s'ennuyer dans son personnage de bébé-idole innocent, candide, maladroitement dissipé.

Célèbre depuis 1964, France Gall commençait à s’ennuyer dans son personnage de bébé-idole innocent, candide, maladroitement dissipé.

A la faveur de son 20 anniversaire, « la petite France » – qui, déjà, jette « poupées » et « sucettes » qui ont fait sa gloire – veut changer, devenir une idole adulte. Yves Salgues vous raconte cette métamorphose.

A Boulogne, au seizième étage d’un immeuble de grand standing (qui domine avec superbe le parc de Saint-Cloud et Paris), règne l’ambiance des veilles d’armes.

On se croirait à vingt-quatre heures d’un événement dont toute une carrière, toute une vie vont dépendre : débuts de tête d’affiche sur une scène parisienne, prix de l’Eurovision, etc. Le téléphone interrompt un chorus de guitare électrique : un orchestrateur anglais est à l’appareil, depuis Londres. Un garçon de courses apporte une chanson qu’on lui arrache des mains : est-ce le titre promis, revu et corrigé ? On se passe des photos, représentant des essais de coiffure : laquelle retenir ?

Cheveux d’un blond scintillant, yeux noisette tirant sur le bistre et éclairés d’un sourire qui ajoute encore à leur candeur : la principale intéressée aura vingt ans à l’automne prochain.

Oui, tout est là. Le 9 octobre 1967, France Gall fêtera son vingtième anniversaire. Elle le fêtera par une métamorphose à peu près totale de son personnage. C’est une image, un symbole : France jettera ses « Sucettes », ces fameuses « sucettes à l’anis » que lui a composées Serge Gainsbourg (en y mettant un peu de la saveur acide de ses fruits) et qui doivent se promener, d’un bout à l’autre de l’Europe, sur 250 millions de lèvres environ.

Vous objecterez qu’elle s’y prend assez tôt, « la petite France », qu’elle a neuf mois devant elle ? Alors, pourquoi cette atmosphère de répétition générale, trois trimestres avant qu’on frappe les trois coups ?

Chez les Gall – c’est un principe de famille – on n’aime pas être pris au dépourvu. Père de France et chef de la tribu, Robert Gall déclare : « Avec les moyens audio-visuels dont dispose notre siècle, il suffit de quatre semaines pour faire un tube d’une chanson inédite, et de quatre tubes pour faire une idole d’une fille inconnue. Mais, avec ou sans télé, il faut quatre ans pour faire de cette idole une artiste, et d’autant plus qu’elle a brûlé les étapes du vedettariat… ».

Les étapes du vedettariat, France Gall les a brûlées ; non pas à train d’enfer, comme un Antoine ou un Edouard, mais avec une rapidité consciencieuse et lucide : cela, grâce au cadre familial dont elle n’a cessé de bénéficier. Comme disent ses frères, Philippe et Patrice : « France n’a jamais cru au père Noël des idoles, à ses coups de pouce magiques qui ne se répètent guère au-delà de trois ou quatre fois. Papa l’a éduquée dans un esprit de méfiance à l’égard du miracle ; le seul miracle possible étant le travail. »

Il n’est point vrai (l’aventure d’Antoine le prouve) qu’on puisse poursuivre concurremment un destin d’étoile de music-hall et des études d’ingénieur de Centrale.

France Gall, elle, a pris un départ plus modeste ; mais elle a choisi, d’emblée, la chanson, plutôt que le collège. Elle a seize ans quand, son premier disque sorti (« Ne sois pas si bête » ), elle quitte le lycée Paul-Valéry, à Saint-Mandé (le plus moderne de France). Son deuxième 45 tours, publié en avril 1964, contient un titre-talisman : « N’écoutez pas les idoles ». Il éclate. L’année suivante – mars 1965 – France remporte la bataille de Naples : le prix Eurovision lui est décerné pour cette « Poupée de cire, poupée de son », qui crée sa propre légende et qu’elle continue de bercer, depuis, inlassablement. L’escalade est cependant constante : en 1966, elle passe du stade de réalité nationale à celui de phénomène international. La tournée au Japon, en juin dernier, marque l’apogée de sa carrière. Comme c’est le mois des pluies violentes, les étudiants de Tokyo l’appellent « notre mousson venue de France ».

En réalité, cette « mousson » (qui, comme son aînée Sheila, n’a jamais paru sur une scène parisienne) est prisonnière du mythe qu’elle incarne : France est « la petite Gall » ; une image d’Épinal, infiniment proche de l’adolescente française modèle ; une émanation paisible et fidèle de la comtesse de Ségur au temps tapageur du big-beat et du yé-yé. Ce qui ne signifie pas pour autant que France Gall soit un personnage anachronique. Ses innombrables « fans » sont si satisfaits de ridée qu’ils se font d’elle qu’ils ne veulent pas qu’elle grandisse.

Yves Salgues : Quel événement précis vous a poussée, France Gall, à tenter cette « Opération Chrysalide » ?

France Gall : Il y en a plusieurs, dont une tribune radiophonique, qui s’est déroulée fin décembre, sur France-Inter. Vous connaissez le principe de l’émission : trente « contemporains », âgés de quinze à vingt et un ans, vous posent, à brûle-pourpoint, des questions dures, méchantes, dans le but de vous « déshabiller ». Unanimes, ils m’ont posé la même : « Vous apparaissez, d’après vos chansons, sous les traits d’une fille assez insignifiante, naïve et très peu dans le vent. Êtes-vous, réellement ainsi ? » Il faut croire que mes réponses les ont rendus plus cordiaux, puisqu’ils m’ont demandé, par la suite : « Pourquoi vos paroliers ne vous montrent-ils pas telle que vous êtes ? » Il est difficile de transformer les auteurs qui écrivent pour vous ; mais, ce soir-là, j’ai soudain compris la nécessité de transformer l’image que mes chansons projettent de moi.

YS : Les chansons que vous lui avez inspirées, de « Poupée de cire », à « Baby Pop », ont procuré à Serge Gainsbourg (en devenant des best-sellers) une dimension populaire qu’il n’avait pu acquérir auparavant. Pour un auteur-compositeur intelligent et spirituel (le cas de Gainsbourg), il doit être aisé d’élever le niveau de votre répertoire ?

FG : Le problème ne se limite pas à mon seul répertoire, bien qu’on lui reproche quelquefois d’être infantile. Dans « Les Sucettes », par exemple, l’infantilisme est voulu. Le drame est qu’une certaine partie du public répugne à me considérer autrement que comme un enfant ; et qu’il me refuse ainsi le droit à l’évolution. Prenez le cas de Mireille Mathieu. Elle a commencé très jeune et a été célèbre en novembre 1965, donc deux ans après moi. Eh bien, les gens lui demandent : « Quel âge as-tu maintenant ?. Avec moi, ils se figurent toujours que j’ai l’âge de mes débuts, que j’en suis restée à mon point de départ. Et cet état d’esprit déteint sur mes auteurs.

YS : Comment comptez-vous y remédier ?

FG : Mon problème essentiel est de trouver le style qui corresponde à mes vingt ans. Pour y parvenir, j’ai supprimé tournées et galas pour un temps indéterminé. Mon mot d’ordre : plus de scène. J’ai renvoyé mes quatre musiciens, sauf mon frère Philippe - bien entendu – qui est mon contrebassiste et qui vient de terminer son service militaire à Thionville. Mon autre frère, Patrick, m’accompagne à la guitare et écrit des chansons. J’en créerai une d’ici peu : « Ma guitare désaccordée ».

YS : Elle convient donc à France Gall, style 67 ? En quoi consistera votre new-look ?

FG : Tout d’abord, en une production discographique différente de ton, d’esprit, de rythme.

YS : A qui avez-vous confié le soin de la réaliser ?

FG : En grande partie à mon auteur préféré : Gainsbourg. Mon prochain 45 tours est exclusivement son œuvre. Parmi ses quatre titres, je mets tous mes espoirs dans un duo que nous interprétons, Serge et moi. Nos voix opposées jusqu’au contraste (la sienne est grave et inquiétante) arrivent-à se marier parfaitement. Serge attaque : « Toi, tu n’es qu’un bébé, rien qu’un bébé loup, tu as des dents de lait, des dents de lait de loup … ». Ce duo s’intitule : « Dents de lait, dents de loup. »

YS : Vous quittez le Gainsbourg des « Sucettes » pour retrouver le Gainsbourg des jeux de mots et des facéties innocentes : genre Charles Trénet dans « Débit de l’eau, débit de lait ». En somme, on peut vous appliquer la formule employée, en politique, pour la république des camarades : « On prend les mêmes et on recommence » ?

FG : Je fais également appel à Bourgeois et Rivière : pour « Il neige », que je vais chanter à « Discorama », à Vic et Thibault, qui ont signé pour moi : « Mon premier chagrin d’amour ».

YS : Et votre brain-trust ?

FG : Je ne vois pas la nécessité de le renouveler. La chanson, pour les Gall, est une affaire de famille. Papa reste mon directeur artistique ; Maurice Tézé, qui s’occupe aussi de Sacha Distel, mon imprésario. Une seule nouveauté : je fais équipe avec Michèle Pétrowski, une fille de vingt-cinq ans, courageuse, épatante. Elle est mon bras droit.

YS : Au changement de style que vous préconisez, correspondra, je suppose, une métamorphose physique ?

FG : Ma coiffure, surtout, me préoccupe. On me prend pour Sylvie Vartan ou on m’accuse de l’imiter. Pourtant, nous ne nous connaissons pas. A mes débuts, je portais la frange et les cheveux courts. A présent, je les laisse pousser. Je les veux très longs, mais ne me séparerai pas de ma frange.

YS : Quelles sont, selon vous, les causes de votre renommée internationale ?

FG : Si tant de chanteurs français ne « passent pas les frontières », c’est – le plus souvent – parce qu’ils se contentent d’adaptations étrangères … Moi, je n’interprète que de l’original.

YS : Dans votre « Opération Vingt Ans », vous pensez beaucoup aux publics européens?

FG : Énormément. J’ai fait cinq ans d’anglais, au lycée Paul-Valéry. Je m’y suis remise d’arrache-pied, ainsi qu’à l’allemand. Comme j’ai gardé tous mes livres de classe, il m’a suffi d’acheter les disques adéquats.

Ce sens pratique ne trompe pas. Il s’inscrit dans un ensemble de vertus et de qualités au service d’une ambition méthodique. Ce qui surprend, chez France Gall, c’est l’absence absolue de « folie », d’actes inconséquents ou légers inhérents à sa jeunesse. Le flirt n’a pas sa place dans l’esprit de ce papillon qui vole, toutes ailes tendues, vers sa vingtième année.

Magazine : JOURS DE FRANCE
Propos recueillis par Yves Salgues
Numéro du 28 janvier 1967
Numéro : 637

France Gall en 1967

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L’année 1966 s’ouvre sur un nouveau succès, Baby Pop, cinquième au classement Salut les copains. Cette chanson aux allures martiales est la plus désenchantée du répertoire de la jeune France Gall.*
L’année 1966 s’ouvre sur un nouveau succès, Baby Pop, cinquième au classement Salut les copains. Cette chanson aux allures martiales est la plus désenchantée du répertoire de la jeune France Gall.*

1967 est une année de bascule pour France Gall, à la fois discrète et révélatrice. Après les polémiques de l’année précédente, elle prend ses distances avec Serge Gainsbourg et entame une phase de transition artistique.

Ses chansons, comme Bébé requin ou Teenie Weenie Boppie, oscillent entre pop acidulée et satire décalée, mais sans retrouver l’impact de ses précédents tubes. Elle continue à se produire sur scène et reste très présente dans la presse et à la télévision, mais l’enthousiasme du grand public commence à s’essouffler. Les photos de 1967 montrent une jeune femme plus réservée, parfois mélancolique, moins exposée que les années précédentes. Le style change aussi : plus sobre, plus adulte, comme si elle cherchait à se redéfinir. Cette année marque une étape silencieuse, mais essentielle, dans son évolution personnelle et musicale.


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Textes librement inspirés du livre : France Gall l’intégrale / L’histoire de tous ses disques par Norman Barreau-Gély aux Editions EPA avec les pochettes de France Gall Collection

El clan familiar de France Gall (Espagne 🇪🇸)

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Article en langue espagnole paru dans le magazine Garbo. : El clan familiar de France Gall (Presse) Espagne 🇪🇸
Article en langue espagnole paru dans le magazine Garbo. : El clan familiar de France Gall (Presse) Espagne 🇪🇸
Article en langue espagnole paru dans le magazine Garbo. : El clan familiar de France Gall (Presse) Espagne 🇪🇸

Le clan familial de France Gall

En voyant la minuscule France Gall, 1’53m de taille et 42 kilos, personne n’aurait dit qu’elle était destinée à devenir une idole de la chanson, cependant, même si sa carrière n’est peut-être pas si spectaculaire que celle d’une certaine Sylvie Vartan ou d’une certaine Françoise Hardy, il est certain que France avance d’un pas sûr et ferme.

À 18 ans et demi, car elle ne fêtera pas ses 19 ans le 9 octobre, France reste souvent parmi les dix premières places du « hit-parade » français. Sa chanson « Sacré Charlemagne » est devenue l’hymne national de la jeunesse dans plusieurs pays ; aux États-Unis on ne cesse de la chanter, les « boy-scouts » de Nebraska et du Vermont fredonnent la chanson pendant ses longues courses ; elle a été même traduite en seize langues.

 Au Japon, France Gall est la reine ; son disque « Poupée de cire » a devancé les Beatles dans le « hit-parade » pendant plusieurs mois d’affilé ; c’est pour cela qu’elle décida de faire une tournée passant par les principales villes japonaises ; de cette manière ses admirateurs pourraient l’écouter. France s’est armée de courage et a préparé un tour de chant qui dure deux heures et demie ; un spectacle qu’elle a présenté à Tokyo, Sendai, Osaka et Nagoya ; des grandes salles, des énormes scènes et au centre une petite figure à travers laquelle sorte une voix enfantine qui enthousiasme des milliers de spectateurs. Quand elle aura fini sa tournée nippone, court retour en France pour partir immédiatement vers la Belgique, où elle participera aux “Fêtes de la Bière et du Folklore”, aux côtés de Jacques Brel, Adamo et les Rolling Stones. En juillet elle revient en France pour chanter dans plusieurs villes et ensuite elle part à Londres pour enregistrer un disque et faire une télé ; puis elle ira en Tunisie. L’emploi du temps de France Gall est interminable, même elle ne le sait pas ; la seule chose qu’elle sait c’est qu’elle passe sa vie allant d’un côté à un autre, infatigable, heureuse parce qu’elle fait ce qu’elle aime, parce que le public l’accueille avec sympathie. La petite France, n’a jamais reçu de tomates comme Sylvie, ni des sifflets ; sa carrière n’as pas connu d’incident désagréable ; elle a toujours été aimée, gâtée, adorée : en résumé, une fille avec de la chance.

Mais la chance a besoin d’un coup de main, et en cela son petit clan familial a contribué. Parce que les réussites de France sont celles de toute la famille Gall. Son père, comme vous tous le savez, est auteur de chansons à succès telles que “La mamma”, “À bientôt nous deux”, connue grâce à Hugues Aufray, “Les rubans et la fleur” et « Sacré Charlemagne » ; et a contribué de façon définitive à la carrière de sa fille. Philippe et Patrice, les frères jumeaux qui ont un an et demi de plus que France, jouent de la batterie et de la guitare. Philippe intervient de manière décisive aux activités professionnelles de sa sœur ; il s’occupe des sons, des micros, de ses rendez-vous avec les journalistes, il prépare avec elle toutes les émissions de radio et de télévision ; ses tours de chant, ses programmes, son répertoire. Patrice étudie les mathématiques, et même si son rapport à la vie professionnelle de France n’est pas si direct, il a toujours son choix ; son opinion est toujours réclamée, on lui demande des conseils, on répète en sa présence. C’est précisément maintenant qu’il a fait sa parution dans le monde de la chanson en écrivant “Le temps de la rentrée” pour elle.

Celui qui tient le tempo est Robert Gall, le père de France, qui l’accompagne partout, veille pour ses intérêts artistiques et économiques, et investit les bénéfices de sa fille de la façon la plus convenable. C’est lui qui l’avait encouragée à chanter en 1963. Au début, la mère n’était pas très enthousiaste pour la carrière artistique de France, mais elle n’a pas mis beaucoup de temps pour comprendre que c’était ce que France pouvait faire de mieux car cela lui plaisait. Elle est aussi une passionnée de musique.

Au contraire que les coutumes instaurées par les divas et les idoles ; France n’a jamais abandonné sa maison ; elle continue à vivre avec les siens dans un joli et grand appartement.  Aussi bien elle que ses frères ont un salon-chambre et une salle de bain propre ; en réalité un petit appartement où ils peuvent accueillir leurs amis et mener une vie indépendante, cependant restant unis.

La famille est à l’origine de la force de France ; tous veillent pour sa carrière, pour la cadette, et c’est peut-être pour cela que derrière son apparence fragile elle est une des chanteuses les plus fermes et sûres. Elle se sent épaulée par les siens et tient en compte ses observations. Une de ses plus grandes illusions est de débuter au cinéma ; les producteurs lui en ont demandé avec insistance, mais la tribu Gall a considéré que c’est encore trop tôt, qu’elle devait surtout faire plusieurs tournées au Japon, en Amérique du Sud, aux États-Unis, au Canada, tous ces pays où elle connaît une grande popularité ; pour cimenter son prestige, son succès. France a obéi parce qu’elle sait que quand les décisions sont prises en commun, le clan rare fois se trompe. La réussite atteinte grâce à sa tournée actuelle au Japon leur a donné raison. Ainsi donc, France attendra le moment convenu pour commencer au cinéma ; elle a beaucoup de temps devant soi.

France Gall – qui a fait une tournée artistique à travers le Japon, où sa chansons “Poupée de cire” a eu un succès sensationnel – partage la joie de la réussite avec sa famille. Elle a d’ailleurs trouvé et trouve dans le foyer le ressort qui l’a propulsée vers la célébrité. Son père est auteur de l’inoubliable chanson “La mamma”, et ses frères Philippe et Patrice, jumeaux, s’occupent de ses intérêts commerciaux et artistiques. Philippe est celui qui exerce le plus d’influence sur les activités professionnelles de France. La chanteuse n’a pas abandonné la maison parentale, où on la voit avec sa mère et ses frères.”

Magazine : Garbo (Espagne)
Article en espagnol
Traduction : Fanbabou47
Date : 2 juillet 1966
Numéro : 695

Le Japon accueille France Gall les bras ouverts

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France Gall est au Japon pour deux semaines. Elle y donne 12 récitals (dont un devant 4000 étudiants) et triomphe des Beatles au hit-parade.
France Gall est au Japon pour deux semaines. Elle y donne 12 récitals (dont un devant 4000 étudiants) et triomphe des Beatles au hit-parade.

France Gall est au Japon pour deux semaines. Elle y donne 12 récitals (dont un devant 4000 étudiants) et triomphe des Beatles au hit-parade. A dix-huit ans, le “poids plume” de la chanson française se maintient régulièrement dans les dix premières places.

Sacré Charlemagne (deux millions d’exemplaires vendus) est un hymne officiel pour la jeunesse de plusieurs pays.

Sa réussite est celle d’une famille groupée autour de sa petite idole. France a trois maisons, le matériel le plus perfectionné et le caravaning le plus imposant de la jeune vague.

Yves Salgues vous explique ce succès et vous révèle comment fonctionne le « cirque Gall ».


« Tu dois être une copine formidable, et j’aimerais faire ma vie avec toi … », « Ah ! si je pouvais te rencontrer à la faveur des prochaines vacances., « Tiens, à titre documentaire, voici ma photo ! »

Ce genre de lettres que, naguère encore, les « fans » d’une Sylvie Vartan ou d’une Françoise Hardy adressaient à leur idole, on ne les écrit jamais à France Gall.

Par contre, décembre venu, les explorateurs de l’expédition polaire dessinent à son intention, depuis le lointain rivage antarctique, une carte de vœux (représentant un coucher de soleil sur la banquise) et lui avouent : « En cette veillée de Noël, nous pensons à toi. Nous écoutons tes couplets. Tu es notre vrai lien avec la France. Aux antipodes, dans la brûlante Afrique Noire, les soldats d’une garnison s’endorment – c’est rituel – sur deux des chansons (« Nounours » et « Bonne nuit les petits ») que France a enregistrées pour les enfants. Un soir – et- dans le seul but de tenter une expérience – le lieutenant-colonel a supprimé France Gall à ses hommes.  J’ai cru que la caserne allait exploser », raconte-t-il.

Quand, plus récemment, France a quitté l’Algérie – où « Sacré Charlemagne » est un hymne national adopté par tous les mouvements de jeunesse – un groupe d’étudiants musulmans lui a remis un somptueux étendard, avec ces mots brodés à la main et daté : « A toi, France Gall, qui symbolise la véritable adolescence. »

Poids plume de notre nouveau music-hall, France Gall (1m53 de taille pour 42 kg de poids et 18 ans et demi d’âge) n’est pas populaire à la façon des autres idoles. Ses chansons forment une sorte de chaine de solidarité, étendue à tous les pays de la planète. Elles sont, pour des centaines de milliers de jeunes, une manière d’espéranto, un signe de ralliement qui exclue la notion de frontière. Quant aux adultes ils éprouvent – d’instinct – le besoin de protéger cette petite fée remuante et menue, ce « bout de chou » aussi blond que frêle.

Des scouts marchent en chantant « Charlemagne ».

Pourtant, ce « bout de chou » est une « Grande ». Après trente mois d’une carrière commencée à seize ans (record de précocité), France – se maintient régulièrement dans les dix premières ventes françaises : avec une moyenne globale de 120 000 disques vendus sur un super 45 tours publié. Or, elle en est à son dixième microsillon de poche. Lancé par le puissant tremplin de l’Eurovision, « Poupée de cire, poupée de son » – son tube numéro 1 – dépasse à présent les 2 millions d’exemplaires. S’il conduit, en Allemagne, le peloton de tête des best-sellers étrangers, il coiffe – au Japon – les Beatles sur te poteau : avec un tirage de 350 000 unités.

Autre refrain-talisman, le fameux « Charlemagne », traduit en 16 langues, a envahi les cours de récréation américaines ; les scouts du Vermont et du Nebraska I’ entonnent pour se mettre en marche dimanches et jeudis.

Gamine archimillionnaire, France ne se contente pas de bien réciter ses leçons de chant, elle innove. Grâce à Serge Gainsbourg, son compositeur fétiche (à qui elle procure la dimension publique, faisant de lui une des fortunes de la S.A.C.E.M.), la petite Gall est la première, en France, à parler du Pop à une époque où le Pop’art bouscule les normes artistiques officielles.

« Baby Pop » est non seulement un candidat sérieux au hit-parade international, mais aussi une locomotive.

La réussite ne se limite pas au studio ; sans cesse, elle se confirme sur scène. Au Majestic, l’Olympia d’Alger : 2 800 places – France fait un triomphe ; dans des conditions d’autant plus difficiles que la première partie du spectacle comporte un programme exclusivement « oriental ». Avec elle, après l’entracte, on accueille l’Occident : l’Occident qui plait.

Il y a un miracle Gall, dit Gainsbourg. En 1966, les miracles s’expliquent. « La petite France » est aussi facile d’accès que le sont ses chansons. Les gens trouvent exactement devant eux le personnage qu’ils s’attendent à voir. On ne découvre pas « la môme Gall », on la connait d’avance. Hommes et femmes, papas et mamans ont envie de la serrer dans leurs bras. Car elle est le contraire d’une star orgueilleuse. Sa modestie physique est un atout considérable. Si Aznavour, mesurant 2 mètres de haut avait été capable de mettre K.O. Cassius Clay, pensez-vous qu’il aurait fait cette immense carrière mondiale ? Non. Eh bien, avec l’abattage d’une Bardot, « la petite France » n’eût duré que le temps d’un feu de paille … »

Chez les Gall, chacun a son appartement.

Elle est là, devant moi, « la petite France » : sur une terrasse de 400 m2, en plein ciel de Paris. Comme des sapins grandissent alentour, des plantes vertes poussent, des massifs d’hortensias fleurissent la balustrade… on se croirait dans un jardin suspendu, avec vue sur le pont de Billancourt. La famille Gall – une moderne tribu plutôt – se singularise dans tous les domaines de l’existence ; et, tout d’abord, l’habitation. A Boulogne, sur le toit d’un immeuble de seize étages (compris dans le « complexe Pouillon », l’architecte de toutes les audaces), les Gall résident dans une maison indépendante, où chaque membre de la tribu dispose personnellement de 250 mètres d’espace pour vivre à sa guise. « La liberté, c’est cela : une attribution d’espace vital non rationné », affirme « le patriarche, Robert Gall, parolier de « La Mamma » et de quinze autres best-sellers. France possède son living-room, sa chambre, sa salle de bain, son bureau de travail… installés selon ses goûts et vœux.

En ce lundi de Pentecôte (« J’ai quartier libre pour le week-end, déclare-t-elle), France parait particulièrement heureuse. La tribu Gall – la plus unie du show business français – est au complet pour ces jours de fête. Philippe et Patrice – les frères jumeaux et ainés : ils ont dix-huit mois de plus que France – grattent la guitare à l’ombre d’un fusain en pot. Militaire à Thionville, l’artilleur lourd Philippe Gall est arrivé en auto-stop. « J’ai eu de la chance, clame-t-il, j’ai fait 300 km d’une traite, sans changer de chauffeur.

Ici, chacun a de la chance. Patrice, qui – en signant « Le Temps de la Rentrée » pour sa sœur bien sûr – a fait ses débuts de compositeur, cherche un thème de mélodie.

– Tu le trouveras, ton thème ! lance l’idole, en souriant.

– Comme tu as trouvé ta voie ! réplique Philippe, avec une gentille ironie.

– Oh ! vous m’avez tellement aidée, vous, les éclaireurs ! poursuit France. Vous êtes de merveilleux défricheurs de savane.

– Silence ! hurle Patrice.

YVES SALGUES : En quoi consiste, France Gall, cette tournée au Japon, où vous n’êtes jamais allée jusqu’ici. Est-elle si importante à vos yeux ?

FRANCE GALL : C’est la plus importante de ma carrière, parce que pour la première fois, je vais tenir la scène pendant plus de deux heures trente. Un one-woman show quoi ! Je ferai le spectacle toute seule en intercalant – entre deux chansons – une courte confidence : pour éviter la monotonie.

YVES SALGUES : Vous ne redoutez pas une réaction de lassitude de la part des Japonais qui ne comprennent pas notre langue ?

FRANCE GALL : Nous avons prévu cela. C’est pourquoi les vingt-quatre chansons de mon répertoire seront traduites sur le programme, gratuitement distribué. A la fin de chaque petit intermède, après un titre, j’annoncerai le suivant, ainsi que la page où figurent son texte français et sa traduction japonaise.

YVES SALGUES : Votre itinéraire nippon ?

FRANCE GALL : Mardi 7 juin, départ d’Orly, avec 500 kg de bagages et ma troupe : les musiciens, les régisseurs et papa, neuf personnes au total. Mercredi 8, arrivée à Tokyo ; le lendemain, conférence de presse ; le 10, récital au Sankei Hall, l’équivalent de notre salle Pleyel, mais en plus vaste ; le 11, nous reprenons l’avion pour Sendaï, la capitale du Japon du nord ; le 12, Osaka ; le 13, Nagoya, la métropole du sud, où je chanterai devant 4000 étudiants groupés au Centre Culturel ; le 14, deuxième gala à Osaka … Ce qu’il y a de surprenant, dans cette tournée en Extrême-Orient, c’est la dispersion géographique à laquelle nous serons soumis. Chaque jour, ou presque, nous traversons l’Empire du Soleil Levant de part en part.

YVES SALGUES : Quelle surprise réservez-vous à vos spectateurs ?

FRANCE GALL : Demain, mardi, je grave un disque en japonais : mon second dans cette langue, que je puis apprendre par cœur mais non parler couramment. Il aura « Le Prince Charmant », pour titre-étoile. On adore, là-bas, légendes, contes et féeries.

YVES SALGUES : Et cette bonne vieille Europe ?

FRANCE GALL : Je rentre à Paris le 23, pour repartir pour la Belgique. A Huy, près de Namur, je participe aux « Fêtes de la Bière et du Folklore » : avec Jacques Brel, Adamo, les Rolling Stones… Le 7 juillet, je suis à Colmar ; le 8, à Istres, où je chante en matinée. De Marseille, je m’envole pour Londres : 45 tours simple et émission de TV. Le 16, j’atterris à Tunis. Ma mémoire se perd dans ce calendrier trop rempli. Certaines semaines, je passe plus d’heures dans le ciel que sur terre. Tenez, sans voir si loin, je fais un gala, samedi 4 juin, à Saint-Hilaire-du-Harcouët près d’Avranches. A peine aurons-nous le temps de remballer les instruments, la sono … et d’atteindre Paris par la route qu’il nous faudra, dès 8 heures du matin, mettre le cap sur Marseille à bord d’une Caravelle : car je passe dimanche après-midi, au théâtre municipal de Fabregoulles, près d’Aix-en-Provence.

YVES SALGUES : Votre père, Robert Gall, assume votre organisation professionnelle ? Racontez-nous.

FRANCE GALL : J’ai quatre musiciens, tous des jeunes, dont le benjamin, Mimi, seize ans, remplace mon frère Philippe à la guitare. Nous n’avons de problème qu’avec l’orgue : un orgue Hammond à deux claviers, qui a les dimensions d’un orgue d’église, et que nous transportons dans un car aménagé tout exprès. Comme il n’est pas question de l’emmener au Japon, nous avons dû nous rabattre sur un instrument de format plus modeste : ce qui désespère Henri Garella, l’organiste, un garçon de vingt-deux ans, musicien en diable.

YVES SALGUES : Parlez-nous de votre caravaning. On le dit imposant. Depuis que vous avez obtenu votre permis, vous pilotez, France Gall, une Hillmann blanche à intérieur écarlate.

FRANCE GALL : Taisez-vous ! Par excès de précipitation – un démarrage trop spontané, cinq secondes avant le passage du feu rouge au feu vert – j’ai défoncé une superbe Lancia. L’homme, au volant, était furieux …

YVES SALGUES : Vous avez pourtant dans votre famille, le culte des voitures de sport ?

FRANCE GALL : Il y a quatre machines au garage. Papa, qui dirige tous mes déplacements, a une Jaguar couleur terre cuite, du type 3 litres 8S, rapide comme un météore. Moi, j’ai – outre mon Hillmann – un petit engin complémentaire (ou de secours, si vous préférez) pour assurer la liaison avec la secrétaire qui m’accompagne. Nous possédons, en plus, un car à couchettes : pour l’orchestre, le matériel et les costumes de scène. Enfin, un break ID, pour les régisseurs et la sonorisation.

YVES SALGUES : Votre port d’attache, votre piste d’envol est ici, à Boulogne ?

FRANCE GALL : Oui, mais pas pour longtemps. A partir du 1er juillet, ce sera l’ile de Noirmoutier. Nous y avons une vieille maison vendéenne, avec un toit en forme de demi-cercle et qui tombe en pente douce. La cuisine est dans le four à pain et ma chambre dans une petite tour exquise. Dans le jardin, nous disposons de deux caravanes, que je réserve à mes amies. C’est à côté de Lherbaudière, le port de pêche de l’ile. La plage est à un jet de fronde. -Nous avons un bateau à voile et moteur. Comme le club d’équitation est tout proche, l’on peut faire du cheval sur la grève, à marée basse. Cette maison, que nous baptiserons probablement « La Galère », est l’œuvre de mes parents, surtout de ma mère, Cécile Gall. Sainte-Cécile, vous le savez, est la patronne des musiciens.

YVES SALGUES : Vous avez la passion de la pierre ?

FRANCE GALL : Mon père l’a pour moi. Bientôt, nous pourrons vivre en Bourgogne une partie de l’année. Robert Gall fait retaper une magnifique ocrerie – située à 15 km de Chablis, dans l’Yonne – que nous avons héritée de mes arrière-grands-parents maternels, les Parquin, lesquels découvrirent l’ocre dans la région de la Puisaye, non loin d’Auxerre. La demeure n’a rien de seigneurial, elle est même primitive et rustre ; mais la salle commune mesure 160 m2, et, dans la cheminée de la cuisine – faite avec d’antiques auges à vache – douze personnes peuvent contenir debout. Nous mettrons partout des peaux de bêtes. Pas de fauteuil en cuir, évidemment ! La vue est splendide sur les anciennes carrières d’ocre, aujourd’hui recouvertes de chênes. Je suis amoureuse d’un buis deux fois séculaire.

YVES SALGUES : Jamais deux sans trois, affirme le proverbe. Existe-il, hors de Paris, une troisième maison de France ?

FRANCE GALL : Pour l’instant, non. Mais, ça viendra. Je m’étais éprise d’un relais de templiers dans la campagne d’Aix, avec 80 hectares de terres alentour. C’était beaucoup trop. Et puis, mon père craignait les incendies. Nous cherchons autre chose dans le coin. Nous avons pignon sur l’Atlantique, droit de cité en Bourgogne. Il ne nous manque plus qu’un domicile dans le bassin méditerranéen …

La force de France, c’est sa famille.

Soulignons-le : en Robert Gall, ce solide paysan passé à la poésie de chanson, la « petite France » possède un argentier qui sait convertir les cachets de sa fille en « valeurs éternelles ». La force de France, c’est sa famille, cette tribu dont tous les membres ne font qu’un. Dans cette tribu, chacun fait confiance à l’autre : L’erreur individuelle est quasiment impossible : à celui qui se tromperait, tous les autres crieraient gare ! Très sollicitée par les producteurs, France brûle du désir de faire ses débuts au cinéma cette année : n’a-t-elle pas pour meilleure amie Béatrice Rappeneau, sœur cadette de Jean-Pierre, le metteur en scène de « La Vie de Château » ?

« Non, se sont insurgés Robert, Philippe et Patrice Gall. Avant de mettre les pieds dans un studio, tu dois aller partout où tu es la première. Au Japon, en Amérique du Sud, au Canada ! La « petite France » a obéi, la petite France ne pouvait qu’obéir.

Magazine : JOURS DE FRANCE
Par Yves Salgues
Numéro du 11 juin 1966
Numéro : 604